
मण्डल 10
The Closing Collection
La Mandala 10 est le livre le plus tardif et le plus ample du Rig-Véda ; elle conserve des hymnes qui passent de la louange rituelle à une réflexion explicitement philosophique et sociale. On y trouve des textes cosmogoniques et spéculatifs majeurs (notamment l’hymne Nāsadīya), ainsi que des hymnes pour les rites du cycle de la vie, tels que les observances funéraires, et des prières pour la protection et la victoire. Les thèmes des anuvāka mettent en relief le mantra (brahman) comme une force intérieure, de type rudrien, qui rétablit l’ordre par la parole inspirée, et une str…
Sukta 10.1
RV 10.1 ouvre le dixième maṇḍala en invoquant Agni comme la première émergence rayonnante hors des ténèbres, se tenant devant les Aurores et emplissant toutes les demeures de lumière. L’hymne célèbre les multiples formes d’Agni — sans cesse renouvelées par les offrandes — et l’établit comme le Hotṛ des lignées humaines, qui porte les prières et amène les dieux au sacrifice.
Sukta 10.2
Cet hymne invoque Agni comme le plus jeune et le plus compétent Hotṛ, qui connaît ṛtu (les saisons/temps justes) et peut «placer» correctement les dieux dans leur ordre propre au sacrifice. Il demande à Agni de nourrir les dieux, de réparer les manquements humains aux ordonnances divines, et de flamboyer au sein des adorants — lui qui connaît même la voie des ancêtres (pitṛyāṇa) et conduit le rite vers une réussite lumineuse.
Sukta 10.3
Ce bref hymne à Agni dépeint le dieu du feu comme une puissance farouche mais propice, douée de discernement, dont l’immense rayonnement chasse les ténèbres et conduit le sacrifiant vers l’« aube » de la clarté. Il allume Agni comme un compagnon bienveillant et le prie de venir vite avec ses coursiers bien attelés, de s’asseoir sur le siège rituel et de porter l’offrande et l’intention entre le Ciel et la Terre.
Sukta 10.4
Cet hymne loue Agni comme le roi très ancien et le seigneur de la maison, qui devient un refuge pour celui qui sacrifie, tel une source vivifiante en terre stérile. Il s’émerveille de la nature d’Agni, cachée mais agissante : d’abord dissimulé, il bondit pour « goûter » l’offrande, et on le prie de protéger la famille, la descendance, ainsi que l’intégrité du corps et le cours de la vie. Dans l’ensemble, c’est à la fois une invocation pour la réussite du yajña et une prière pour sauvegarder prospérité et continuité.
Sukta 10.5
Cet hymne énigmatique contemple un unique principe cosmique caché — éprouvé comme Agni‑Sūrya, le feu intérieur et le voyant solaire — qui soutient l’abondance tel un « océan » et révèle la piste secrète déposée au sein de la source de la vie. Il déploie des images de nourriture dissimulée, des voies du Ṛta (ordre‑vérité) et de l’étreinte cosmogonique de l’être et du non‑être dans l’immensité d’Aditi, pour culminer en Agni, premier‑né du Ṛta, source à la fois de force et de plénitude.
Sukta 10.6
Cet hymne loue Agni comme une présence lumineuse, qui éclaire tout, abrite le chantre et rend l’offrande efficace. Agni est célébré comme le messager rapide qui, réjoui par les hymnes, attire les dieux vers le sacrifice et devient lui-même la première « havya », l’offrande primordiale. Les strophes soulignent la grandeur d’Agni, ses rayons les plus anciens, et son rôle d’éveiller et d’accroître les toutes premières énergies divines.
Sukta 10.7
Ce bref hymne à Agni implore la svasti (bien-être) du ciel comme de la terre, demandant à Agni d’établir la « vie universelle » (viśvāyus), apte au sacrifice et à la vie droite. Il sollicite une intuition (dhī) aiguisée et victorieuse sous la garde d’Agni au foyer, et s’achève en le priant d’être aide, protecteur, donneur de vie et conservateur du corps sur la voie juste.
Sukta 10.8
Cet hymne célèbre Agni comme une puissance cosmique dont l’étendard de lumière s’avance entre le Ciel et la Terre, croissant dans les Eaux et gardant Ṛta (l’ordre cosmique). Il déploie les multiples identités d’Agni — lumière voyante, soutien de la loi à la manière de Varuṇa, Apāṃ Napāt, et l’envoyé qui transmet les offrandes — tout en rappelant l’épisode mythique de la victoire d’Indra sur Viśvarūpa, afin de souligner le triomphe d’une puissance ordonnée sur l’arrogance.
Sukta 10.9
RV 10.9 est un hymne aux Eaux (Āpaḥ), louées comme sources de joie, de nourriture, de force, de vision claire et de guérison. Le poète les implore pour la vitalité et une purification semblable à un remède, et s’achève sur un sentiment de communion intime avec leur rasa (essence), entraînant Agni dans cet état renouvelé et lumineux.
Sukta 10.10
Cet hymne dialogué présente le célèbre échange entre Yama et Yamī : Yamī presse l’union pour assurer la continuité des humains, tandis que Yama insiste sur la retenue et l’accord avec ṛta, l’ordre cosmique. Le poème met en scène la tension entre désir et loi, montrant comment les normes sociales et cosmiques s’établissent par un choix conscient et la maîtrise de soi. Il s’achève lorsque Yama détourne Yamī vers une union ailleurs, favorable et légitime, en soulignant l’harmonie (saṃvid) plutôt que la transgression.
Sukta 10.11
Cet hymne tardif de la dixième Maṇḍala relie la garde omnisciente de Varuṇa sur ṛta (l’ordre cosmique) à la puissance vivifiante d’Aditi et au juste moment (ṛtu) du sacrifice. Il se tourne ensuite vers Agni, feu sacerdotal opérant, le priant de prospérer grâce aux invocations, de s’approcher avec abondance et d’amener au rite les dieux et les Deux Mondes.
Sukta 10.12
Cet hymne invoque Agni en tant que Hotṛ (le prêtre invocateur) dans le vaste cadre de Dyāvā‑Pṛthivī (Ciel et Terre), présentant le sacrifice comme le moyen par lequel les mortels deviennent aptes à s’approcher des dieux. Il passe d’une vision primordiale du ṛta (vérité/ordre cosmique) et de la parole véridique à une auto‑interrogation en quête sur la transgression de la loi divine, et s’achève par une supplication directe à Agni : qu’il entende, qu’il attelle son char porteur de richesses et qu’il fasse venir les Deux Mondes dans le rite.
Sukta 10.13
Ce bref hymne attelle la « Parole ancienne » (pūrvyaṃ brahma) à une puissance divine en paire (vām), demandant que le chant clarifié avance comme une voie sûre pour le voyant inspiré. Il se tourne ensuite vers l’intérieur, vers une analyse symbolique, presque métrique et rituelle, de la parole et de la forme — cinq pas, une mesure à quatre pieds et la syllabe impérissable (akṣara) — afin d’accorder le chanteur à ṛta, l’ordre-vérité. Les images finales de sept courants qui s’écoulent et d’une dualité lumineuse présentent une totalité réconciliée et nourrie, où des puissances complémentaires soutiennent ensemble l’œuvre de vérité.
Sukta 10.14
Cet hymne est une invocation funéraire et ancestrale qui guide le défunt vers Yama Vaivasvata, le premier à « s’être avancé » et à avoir découvert la voie pour beaucoup. Il prie pour un passage sûr, pour un lieu de repos stable parmi les Pères (Pitṛs), et pour que l’au-delà soit établi comme un domaine légitime, bien ordonné et structuré, plutôt que comme un chaos de peur.
Sukta 10.15
RV 10.15 est un hymne aux Pitṛ (ancêtres) qui, par une convocation rituelle, appelle les Pères — inférieurs, moyens et supérieurs — à se lever et à venir auprès des vivants, à entendre leurs appels et à accepter les offrandes. Il relie le monde des Pitṛ à Soma, à ṛta (l’ordre cosmique) et au gouvernement de Yama, demandant protection, bénédiction et une « voie du souffle vital » bien guidée pour l’être incarné.
Sukta 10.16
RV 10.16 est un hymne funéraire à Agni Jātavedas : il demande au feu de la crémation de transformer le défunt sans « dispersion » violente et de le conduire vers les Pitṛs (Pères/ancêtres). Agni y est présenté comme un psychopompe attentif : il « cuit/mûrit » le corps pour le passage, préserve ce qui ne doit pas être atteint, et ouvre une voie vers le domaine ancestral. L’hymne recourt aussi à des images rituelles de vases et d’offrandes, et se clôt par une pacification qui refroidit et éclaire le feu afin que le rite s’achève sous de bons auspices.
Sukta 10.17
Cet hymne tisse un récit mythico-rituel autour de la parure nuptiale façonnée par Tvaṣṭṛ pour sa fille (Saraṇyū) et du complexe Vivasvat–Yama, recourant aux images du mariage et du passage pour dire la traversée, la lignée et l’ordonnancement des mondes. Il se tourne ensuite vers les ancêtres (Pitṛ) et les puissances purificatrices — Sarasvatī, les eaux et les herbes porteuses de lait — en quête de nourriture, d’un élan sans faute et de la purification/édulcoration de la parole. Dans l’ensemble, il fonctionne comme un sūkta liminal, joignant généalogie cosmique, rite et renouvellement intérieur.
Sukta 10.18
RV 10.18 est une séquence funéraire tardive du Rigveda qui règle rituellement la frontière entre les morts et les vivants. Elle éloigne la Mort de la communauté, prescrit le traitement approprié du corps et de la tombe, et rétablit la continuité sociale et vitale pour ceux qui demeurent — en particulier la maisonnée et ses générations futures.
Sukta 10.19
RV 10.19 est un hymne apotropaïque et réparateur : il ordonne à plusieurs reprises aux forces nuisibles, à l’égarement et à enas (souillure/péché) de « faire demi-tour », tout en priant Agni–Soma de rétablir en le fidèle rayi (intégrité, prospérité, vigueur vitale). Son langage agit comme un remède verbal : il renverse la perte, rappelle ce qui s’est égaré et restaure l’ordre protecteur de toutes les directions.
Sukta 10.20
Cet hymne s’ouvre par une prière à Vāta — le Souffle/Vent inspirant — afin qu’il insuffle aux adorants une impulsion auspicieuse (bhadra) qui mette justement l’esprit en mouvement. Il se tourne ensuite vers Agni comme voie sûre et paix du sacrifice, pour culminer dans l’offrande du poète : une parole inspirée qui cherche nourriture, force et une demeure stable dans l’existence.
Sukta 10.21
Cet hymne choisit Agni comme Hotṛ du sacrifice et le loue comme le purificateur rayonnant qui rend le rite efficace et élargit l’esprit. Il rappelle la naissance très ancienne d’Agni et ses lignées (Atharvan, Vivasvat, Yama), le présentant comme messager entre les mondes et comme la puissance qui plante parmi parents et clans un nouveau « germe » de vie et de clairvoyance. Le but est double : rituel — la réussite du yajña grâce au feu correctement allumé — et intérieur — l’éveil d’une volonté lumineuse et stable par la flamme purificatrice d’Agni.
Sukta 10.22
Cet hymne à Indra s’ouvre sur une question saisissante d’absence — « Où entend-on Indra aujourd’hui ? » — et transforme ce doute en une invocation qui le fait venir par la parole inspirée. Il demande ensuite à Indra de vaincre les forces hostiles et sans loi (dasyu/dāsa) qui oppriment les adorateurs, et s’achève sur l’invitation à l’offrande de Soma : qu’Indra boive, protège le chanteur et accorde une richesse abondante et lumineuse ainsi que le bien-être.
Sukta 10.23
RV 10.23 est un hymne bref à Indra où le poète-sacrificateur invoque Indra comme le guerrier de char portant le vajra, qui brise les limites et répartit richesses et force à ses alliés. L’imagerie, vive et corporelle — la barbe d’Indra frémissante, ses troupes en marche, la pluie et le vent qui répondent — relie la puissance martiale à la fécondité et à l’ivresse inspirée par le Soma. L’hymne s’achève sur une prière : que l’amitié d’Indra avec le voyant Vimadá demeure intacte et devienne propice aux adorateurs.
Sukta 10.24
Cet hymne est une invocation lors de l’offrande de Soma : on prie Indra de boire le Soma pressé, riche de miel, et d’établir chez les adorants un rayi mille fois accru — richesse, plénitude, pleine vitalité. Avec l’ivresse d’Indra et sa largesse, l’hymne rappelle aussi comment les Aśvinā (Nāsatyas), appelés par Vimadá, ont « baratté » la douceur cachée. Il s’achève par une prière afin que le départ au dehors et le retour en sûreté soient rendus « miellés » — de bon augure, prospères et protégés.
Sukta 10.25
Cet hymne loue Soma (andhas) comme l’inspirateur qui insuffle au fidèle l’auspice : clarté de l’esprit (manas), habileté/efficacité (dakṣa) et intention droite, volonté d’accomplir (kratu). Il célèbre la «māda» enivrante de Soma, qui élargit la pensée, fortifie le voyant et le donateur, et emporte l’homme au-delà de l’impuissance (l’image de «l’aveugle et du boiteux») vers l’accroissement et l’atteinte.
Sukta 10.26
Cet hymne invoque Pūṣan comme le guide divin des routes et des voyages, le priant de mettre le char de l’énergie vitale sur une voie sûre et prospère et d’entendre l’appel de l’adorant. Dans ses vers concis, il relie le voyage extérieur à la juste orientation intérieure : inspirations ordonnées, puissances bien attelées et suppression des obstacles pour le voyant et l’officiant du sacrifice.
Sukta 10.27
Cet hymne est une critique morale et psychologique incisive du pouvoir exercé sans la force ordonnatrice d’Indra : ceux qui participent à la vigueur ou à la boisson rituelle tout en demeurant « anindrāḥ » (sans Indra) tombent dans la violence, l’inversion et le contrecoup autodestructeur. Par des images gnomiques de renversement (tombé mais pourtant éveillé, tête dressée contre tête), il diagnostique un être déformé et exhorte le chercheur à ne pas dissimuler la « force de vie » intérieure ni la vision de Svar (le monde solaire), mais à les porter dans la lutte pour l’accomplissement juste.
Sukta 10.28
Cet hymne est en grande partie une auto-proclamation à la voix d’Indra : il naît puissant, accomplit des exploits à chaque acte, et il est célébré pour avoir tué Vṛtra et libéré les richesses retenues au profit du fidèle généreux. À côté de cette veine héroïque, la sūkta porte aussi une note rituelle et sociale : on accueille le rival/l’hôte qui arrive avec nourriture et soma, puis on le renvoie chez lui satisfait — encadrant ainsi la puissance d’Indra comme ce qui protège l’ordre, la prospérité et la juste distribution.
Sukta 10.29
Cet hymne loue Indra comme l’allié toujours efficace, éveillé par un stoma « pur » (chant d’éloge), et comme celui qui, durant de nombreuses nuits et de nombreux jours, agit pour les communautés humaines à la manière du hotṛ — appelant la lumière à travers l’obscurité. Il met l’accent sur la réciprocité : la parole inspirée et les offrandes se nourrissent l’une l’autre, et la force propre d’Indra se répand et ordonne les combats, demeurant ferme comme un char au cœur du conflit tout en étant portée par bhadrā sumati (la juste pensée de bon augure). Dans l’ensemble, la sūkta recherche la compagnie d’Indra, la victoire et la clarté intérieure pour l’adorant au milieu de la lutte.
Sukta 10.30
Cet hymne loue Āpaḥ (les Eaux) comme des puissances divines vivantes, qui apportent douceur, purification et soutien propice au sacrifice et à la vie humaine. Il relie la bienfaisance des Eaux à la vaste « dhāsi » (soutien porteur) de Mitra–Varuṇa, et culmine dans une scène rituelle où les Eaux « prennent place » sur le barhis tandis que le Soma est pressé pour Indra.
Sukta 10.31
Cet hymne s’adresse aux Viśve Devāḥ (Tous les Dieux) comme à un collectif unique, prompt à secourir, demandant que la louange du chanteur les atteigne et qu’ils fassent passer l’adorant au-delà de la détresse et des sentiers tortueux. Au fil du texte, la sūkta se tourne vers une symbolique cosmique intérieure : la Vache comme lumière/savoir ancien et expansif, et le « sein de l’Asura » comme source unifiée ; elle s’achève sur des affirmations de ṛta (l’ordre-vérité) et de son accroissement sans diminution.
Sukta 10.32
RV 10.32 est un hymne tardif à Indra : on y invite le généreux Maghavan à prendre place au pressurage du Soma, à s’éveiller à l’essence pressée et à accorder « les deux » — l’acceptation de l’offrande et la prospérité qu’elle procure. À travers des images d’un chemin en quête du dieu, de puissances protectrices et d’une abondance miellée, il s’achève sur le vœu d’accomplir des œuvres rituelles de bon augure et de garder le Soma intérieurement « dans le cœur », unissant le sacrifice extérieur à la dévotion intérieure.
Sukta 10.33
Cet hymne présente Pūṣan comme le guide intérieur porté « au-dedans », tandis que les Viśve Devāḥ se tiennent comme protecteurs collectifs contre le danger et les forces hostiles. Il mêle un motif de voyage et de protection à un enseignement moral : il ne faut pas transgresser le vrata des dieux (loi cosmique), et la véritable expansion vient du juste attelage — un alignement discipliné sur l’ordre divin.
Sukta 10.34
RV 10.34, le célèbre « Hymne du jeu », est une lamentation à la première personne qui dépeint les dés comme une puissance envoûtante et redoutable, enivrant l’esprit et détruisant foyer, richesse et réputation. Par une confession saisissante et un réalisme social marqué, l’hymne devient un avertissement didactique contre l’addiction, appelant à la retenue, à la réconciliation et au retour à une vie ordonnée.
Sukta 10.35
Cet hymne salue l’éveil des Feux sacrés à l’aube — Agni en formes plurielles — chargés d’une puissance semblable à celle d’Indra pour apporter la lumière, l’ordre (Ṛta) et un passage sûr dans le jour. L’invocation s’élargit aux soutiens cosmiques (Uṣas, Dyāvāpṛthivī, les Eaux), demandant que la « parole du Ṛta » divine remplisse l’adorant et que, sous la garde des dieux, naissent l’intrépidité et la prospérité.
Sukta 10.36
Cet hymne est une vaste invocation aux Viśvedevāḥ, rassemblant de nombreuses puissances cosmiques — l’Aurore et la Nuit, le Ciel et la Terre, les Ādityas, Indra, les Maruts, les Eaux, et d’autres — en un seul champ de protection et d’ordre juste (ṛta) pour l’adorant. Par une louange énumérative et des demandes, il sollicite l’« aide » divine (avaḥ) pour le sacrifice, la vitalité et un passage sûr à travers la vie. Il s’achève par un appel directionnel et englobant à Savitar afin qu’il impulse la « sarvatāti » (plénitude/bien-être total) et accorde une longue vie.
Sukta 10.37
Cet hymne vénère Sūrya comme l’« Œil » clairvoyant de Mitra–Varuṇa, garant du ṛta (l’ordre vrai du monde), dont le lever révèle, mesure et protège les mondes. Il implore une vision limpide, le bien-être et la protection contre l’hostilité, et comporte une note pénitentielle : que les fautes commises par la parole ou par l’esprit soient effacées et détournées loin de l’adorant.
Sukta 10.38
Ce bref hymne en triṣṭubh est une invocation martiale à Indra : qu’il rugisse dans le choc du combat, assure la victoire et conquière les « vaches/rayons » au milieu d’assauts étincelants. On prie Indra de neutraliser tout hostile—Dāsa ou Ārya—qui trame contre les adorateurs, et l’hymne s’achève en exhortant le Taureau puissant à se délier et à venir promptement au secours, loin de liens rivaux.
Sukta 10.39
Cet hymne invoque le char rapide et omnimouvant des Aśvins afin qu’ils viennent dans la nuit et à l’aurore, répondant à l’appel du sacrifiant avec une intimité comparable à celle d’un père qu’on appelle par son nom. Il célèbre leurs hauts faits de sauvetage et de restauration — le renouvellement de la jeunesse, le salut des dévots en péril, le retour de la mobilité et de l’intégrité — et présente l’hymne lui-même comme une offrande soigneusement façonnée, destinée à les réjouir et à les attirer tout près.
Sukta 10.40
Cet hymne est une invocation pressante et affectueuse aux Aśvinau, médecins divins qui chevauchent l’aurore : il demande où ils sont et qui les reçoit aujourd’hui. Il loue leur char rapide, leurs bienfaits accordés de clan en clan, et leurs sauvetages célèbres — secours aux faibles, protection des vulnérables, et ouverture des « enclos » obstrués afin que prospérité et guérison puissent s’écouler. Le dessein du poète est d’attirer les Jumeaux dans la maison du sacrifiant au moment juste (à l’aube) et d’assurer paix, bien-être et passage heureux à travers les transitions de la vie.
Sukta 10.41
Ce bref hymne invoque le mouvement divin de l’heure de l’aurore : la venue rayonnante d’Uṣas avec son char emblématique, et l’approche rapide des Aśvins vers les pressurages matinaux du soma. L’aurore y est présentée comme le seuil rituel où se rejoignent parole inspirée, sacrifice ordonné et arrivée des dieux ; on prie les divinités de s’éveiller et de donner force au rite et à ses chantres.
Sukta 10.42
Cet hymne est une invocation énergisante à Indra, fortifié par Soma : les chanteurs sont exhortés à « porter en avant » un stoma (éloge) puissant, tel un jet décisif qui assure un meilleur gain. On prie Indra de repousser au loin les ennemis, d’accorder l’abondance en bétail et en grain, et de donner la pensée inspirée (dhī), qui devient un trésor de force (vāja). La formule finale de protection élargit le cercle de sûreté : on appelle Bṛhaspati à garder de toutes les directions, tandis qu’Indra protège l’avant et le milieu intérieur, créant varivas — espace libre et mouvement sans entrave pour les alliés et les puissances intérieures.
Sukta 10.43
Cet hymne est une louange unifiée d’Indra, puissance généreuse et victorieuse au combat, ardemment recherchée par les pensées inspirées du voyant, telles des compagnons aimants étreignant le bien-aimé. On prie Indra de circuler parmi les clans, de rendre visible la prospérité (bétail/richesse) et d’aider l’adorant à l’emporter sur l’hostilité grâce à de fortes libations de Soma. La conclusion demande une protection totale : que Bṛhaspati garde de tous côtés, et qu’Indra ouvre un « vaste espace » (varivas) à ses compagnons sur la voie.
Sukta 10.44
Cet hymne est une invocation à Indra comme force maîtresse d’elle-même, accordée à la loi (ṛta), qui se précipite vers la joie du Soma et surmonte toute résistance par une vaste vṛṣṇi (puissance héroïque). Il tisse louange et instruction : les « premiers, appelés par les dieux » — les pionniers — atteignent une gloire difficile à franchir, tandis que les inaptes ne parviennent pas à monter dans la « barque » sacrificielle et sombrent. La prière finale s’élargit en une protection de tous côtés : Bṛhaspati garde l’arrière, et Indra ouvre pour ses compagnons un espace sûr et vaste.
Sukta 10.45
Cet hymne loue Agni en tant que Jātavedas et Vaiśvānara, retraçant sa « triple naissance » — au ciel, parmi les hommes et dans les eaux — et décrivant comment il est sans cesse attisé par l’intention juste et l’habileté. Agni y est présenté comme purificateur et guide, présence immortelle établie au sein des mortels, dont la fumée et l’éclat montent vers le ciel. L’hymne s’achève par une invocation paisible du Ciel et de la Terre et une prière pour le rayi (plénitude/prospérité) riche en force héroïque.
Sukta 10.46
Cet hymne célèbre Agni comme le Hotṛ primordial, établi par les dieux et les hommes tout ensemble comme porteur des offrandes et organisateur de l’ordre juste (ṛta) dans la vie communautaire. Agni est dépeint assis « au giron des eaux » et pourtant caché dans les maisons et dans des enceintes semblables à un ventre; il rassemble les hommes et les met en mouvement par les « jougs » du dharma vers la prospérité et vers une gloire ancestrale renouvelée.
Sukta 10.47
Cet hymne est une supplication soutenue adressée à Indra pour un rayi « citra » (multiforme, rayonnant) et « vṛṣan » (vigoureux, puissant) — une richesse qui est à la fois prospérité matérielle, force victorieuse (vāja) et accroissement lumineux. Les orants affirment leur intimité avec Indra (« nous saisissons ta main droite ») et le louent comme gardien des vaches/rayons, demandant une demeure grande, sans égale, et un fondement sûr, béni par le Ciel et la Terre.
Sukta 10.48
Cet hymne est une auto‑proclamation d’Indra à la première personne : il y déclare sa seigneurie primordiale sur la richesse, la victoire et la juste distribution du « plaisir/part de jouissance » (bhójana) au sacrifiant. Indra rappelle qu’il a terrassé des adversaires qui voulaient retourner la force en arme contre lui, et il affirme son statut inattaquable parmi les classes divines (Ādityas, Vasus, Rudriyas). La sukta fonctionne comme un chant de louange qui affermit la confiance dans la protection d’Indra et dans l’efficacité de l’offrande et de la parole juste.
Sukta 10.49
Le Rigveda 10.49 est une Indra-ātmastuti : Indra parle à la première personne, proclamant sa souveraine puissance d’action à l’origine de la victoire, de l’expansion et du juste ordonnancement du sacrifice. L’hymne présente Indra comme le dispensateur d’une richesse ancienne au chanteur de louange, l’éveilleur du yajamāna et le briseur décisif des obstacles (forces de type Vṛtra), culminant dans sa pénétration des dieux et des hommes par une impulsion irrésistible (cyautna).
Sukta 10.50
Cet hymne est une indra-stuti qui loue Indra comme Viśvānara/Viśvabhū — la puissance omniprésente qui soutient le monde, se réjouissant du Soma et grandie par le brahman (la parole sacrée). Indra y est présenté comme la force première à chaque pressurage (du Soma) et dans toute lutte humaine ; sa renommée et sa vaillance héroïque sont servies par les deux mondes. L’hymne s’achève en soulignant le rôle des poètes inspirés qui « font » le brahman afin d’ouvrir une voie vers la grâce et les dons d’Indra.
Sukta 10.51
Cet hymne présente Agni Jātavedas comme le feu cosmogonique qui pénètre les Eaux primordiales, revêt de multiples formes et devient le connaisseur et le porteur de toutes les naissances. Il se tourne ensuite vers le présent rituel : Agni est invité à prendre place dans l’allumage humain, à ouvrir les « voies qui mènent aux dieux » et à porter les offrandes, afin que tout le yajña soit pleinement établi en lui.
Sukta 10.52
Ce bref hymne est un récit d’initiation au rôle de Hotṛ, à tonalité introspective : Agni (comme voix sacerdotale) demande aux Viśve Devāḥ de l’instruire sur la voie rituelle correcte, sur la part qui lui revient et sur la manière juste de transmettre l’oblation. Les dieux l’« établissent » alors comme havyavāha, porteur de l’offrande, capable de traverser les difficultés et de façonner correctement le sacrifice selon des mesures ordonnées, jusqu’à son intronisation comme Hotṛ sur le barhis étendu.
Sukta 10.53
Cet hymne dépeint la quête des sacrifiants pour le véritable Hotṛ — Agni comme le connaisseur intérieur du yajña, « plus ancien que nous » et assis au-dedans, capable d’établir la présence divine dans l’adorant. Il tisse des images rituelles (fil, tissage, voies de lumière) avec une discipline intérieure de la pensée et de la parole, pour culminer dans une vision de gestation créatrice où la puissance sacrificielle est déposée dans le sein des forces féminines et remporte la victoire par le juste faire (kāra).
Sukta 10.54
Ce bref hymne à Indra rappelle la puissance fameuse du dieu : le Ciel et la Terre eux-mêmes, alarmés, l’invoquent, et il protège les Devas tout en terrassant les forces dāsa par la seule force de son ojas (vigueur). Il suggère aussi les noms plus profonds, « asuriques » (souverains), d’Indra et le présente comme un principe d’illumination intérieure — « lumière placée dans la lumière » —, tandis que le poète offre un brahman puissant (formule sacrée) pour accroître la prospérité et la descendance.
Sukta 10.55
Cet hymne à Indra (Maghavan) mêle l’éloge du guerrier héroïque, fortifié par le Soma, à des réflexions énigmatiques et pleines de paradoxes sur les noms cachés, le temps et le renversement (la jeunesse « dévorée » par le gris). Il rappelle le soutien cosmique qu’Indra apporte au Ciel et à la Terre ainsi que sa protection des vulnérables, et s’achève sur son élan guerrier qui chasse les Dasyus et rétablit l’ordre. Dans l’ensemble, c’est à la fois une stotra (louange) et une méditation sur le pouvoir secret d’Indra, qui renverse les attentes ordinaires.
Sukta 10.56
Cet hymne médite sur la guidance d’une « troisième Lumière » qui conduit le chercheur vers un lieu de rencontre plus élevé, où l’être incarné devient rayonnant et cher aux dieux. Il réfléchit aussi à la manière dont les puissances ancestrales et divines établissent l’ordre en rassemblant dans le corps des forces dispersées, permettant un passage sûr à travers des franchissements difficiles et l’établissement de la descendance à travers les plans inférieurs et supérieurs.
Sukta 10.57
Ce bref hymne est une prière de protection et de restauration pour ceux qui accomplissent le sacrifice du Soma : il demande à Indra que les sacrifiants ne s’écartent pas de la voie juste et ne soient pas entravés par des forces hostiles. Puis l’invocation se tourne vers l’intérieur, appelant le retour et la stabilisation du manas (mental/esprit) pour la volonté droite (kratu), le discernement (dakṣa), la vie et la vision soutenue du Soleil comme lumière intérieure. La clôture affirme l’accord avec les vratas du Soma (justes fonctionnements/observances) : portant dans le corps le mental restauré, on obtient une vitalité créatrice féconde (prajā).
Sukta 10.58
Cet hymne est une invocation thérapeutique visant à rappeler et à réinstaller l’esprit errant (manas) dans le corps vivant et dans la « demeure de la vie » (kṣaya), surtout lorsqu’il s’égare vers Yama — l’attrait de la mort dans l’imagerie. Des vers au caractère de refrain énumèrent les nombreux lieux où l’esprit a pu partir (vers la mort, dans les eaux, parmi les plantes, dans le passé et le futur), et les chantres le « ramènent » rituellement pour que se maintiennent la vie, la cohérence, l’intégrité et le bien-être.
Sukta 10.59
Cet hymne est une prière āyuṣya, protectrice de la vie : il presse la force vitale d’avancer vers une continuité « plus lointaine, toujours plus neuve », tout en chassant Nirṛti, puissance de déclin et de dissolution. Il demande le rétablissement de la vue, du souffle et de la jouissance vitale, ainsi que la longue contemplation sans entrave du Soleil levant — signes d’une vitalité renouvelée et d’un heureux augure. La finale, de tonalité apotropaïque, invoque des puissances de soutien (et l’impulsion d’Indra) pour écarter l’affliction, afin qu’aucun mal n’atteigne l’adorant.
Sukta 10.60
Cet hymne passe d’une approche révérencieuse envers une puissance rayonnante et louée à un registre nettement restaurateur de vie et guérisseur : il rappelle le souffle et la vitalité, réaffirme la parenté, et exhorte l’affligé à « sortir au-dehors ». Il culmine dans la consécration de la main humaine comme remède universel (viśvabheṣaja), un toucher de bon augure qui transmet bien-être et paix.
Sukta 10.61
RV 10.61 est un hymne tardif en triṣṭubh qui présente le mantra (brahman) comme une force farouche, de type rudrien, agissant dans une « bataille » intérieure : la parole inspirée et la volonté juste brisent les divisions hostiles et refondent le sacrifice dans l’unité. Il déploie des images à la manière d’Angiras/Bṛhaspati de la puissance victorieuse du Verbe, nomme le principe igné rayonnant comme Bharga/Agni, qui assied les dieux sur un triple fondement, et s’achève en appelant les Viśve Devāḥ à aider à la concorde et au discernement clair.
Sukta 10.62
Cet hymne invoque les Aṅgirasas comme une lignée collective de puissances de voyants qui, par le yajña et la dakṣiṇā, ont gagné l’amitié d’Indra et une part d’« immortalité ». Il rappelle leur naissance ardente issue d’Agni, leur compagnie fameuse en tant que Navagvas et Daśagvas, et leur demande de « saisir » le sacrifiant humain — protégeant le patron Manu, vivifiant la dakṣiṇā, et prolongeant la vie afin que la communauté obtienne vāja (plénitude, puissance victorieuse).
Sukta 10.63
RV 10.63 est une invocation tardive et ample aux Viśve Devāḥ (Tous‑les‑Dieux), qui ancre le culte présent dans la lignée d’exemplaires primordiaux et royaux du sacrifice — Vivasvat, Manu, Yayāti et Nahusha. L’hymne rassemble de nombreuses divinités (Indra, Agni, Mitra‑Varuṇa, Bhaga, Dyāvāpṛthivī, les Maruts et les Ādityas) afin d’obtenir protection dans le conflit, réussite dans l’acquisition, et une louange juste et inspirée qui maintient le sacrifiant en accord avec ṛta.
Sukta 10.64
Cet hymne s’ouvre sur une invocation en quête de réponse : le poète demande lequel des dieux entend vraiment, accorde la joie et se tourne vers l’adorateur avec une aide salvatrice. Puis l’appel s’élargit en une supplication collective aux puissances divines — surtout aux Eaux et aux rivières nourricières de vie — et s’achève par la louange des Ādityas et d’Aditi, souverains garants de l’ordre et de la protection.
Sukta 10.65
Cet hymne est une invocation ample aux Viśve Devāḥ (Tous les Dieux) : il nomme explicitement de nombreuses grandes puissances védiques et leur demande d’agir « d’un seul accord » pour soutenir le sacrifice et le bien-être des humains. Il tisse ensemble l’ordre cosmique (ṛta), les parents nourriciers Ciel et Terre, et la guidance protectrice et étendue des dieux, pour culminer en une prière pour une svasti durable (bien-être, salut).
Sukta 10.66
Cet hymne invoque les Viśve Devāḥ — « tous les dieux » — comme des puissances à l’ouïe vaste, lumineuses dans le rite, qui établissent le sacrifice et font progresser l’adorant vers le bien-être (svasti). Avec Indra comme le premier d’entre eux, ils sont loués comme soutiens et accroisseurs du ṛta, rappelés par des mythes de victoire tels que la libération des eaux après la lutte contre Vṛtra. Le sukta se clôt sur la révérence de Vasiṣṭha aux immortels qui se tiennent au-dessus de tous les mondes, demandant une prospérité ample et lointaine, ainsi qu’une protection constante.
Sukta 10.67
Cet hymne (RV 10.67) célèbre la puissance victorieuse d’Indra comme inséparable du courant angirasa/bṛhaspatien : la Parole inspirée (dhī/uktha) est « trouvée » et « mise au monde », puis employée pour briser les thésauriseurs et libérer richesse, lumière et les courants de la vie. Ayāsya est présenté comme le voyant qui énonce la quatrième mesure/puissance, tandis que le cadre mythique rappelle l’écrasement de l’obstruction (ahi, Arbuda) et la délivrance des sept rivières. La visée est à la fois laudative et opérative : invoquer Indra (et la force brahmanique alliée) afin d’ouvrir l’abondance et de protéger la communauté.
Sukta 10.68
Cet hymne à Bṛhaspati célèbre la puissance montante de la parole inspirée (brahman), qui brise la caverne de la dissimulation et libère les « vaches » rayonnantes de lumière et de vérité. Il rappelle la victoire mythique des Aṅgiras/Bṛhaspati : la découverte du Nom secret, le roc fendu comme un œuf, et l’éclosion d’une plénitude lumineuse pour les adorants. Les poètes concluent en offrant leur rite accompli et en demandant à Bṛhaspati d’établir l’abondance de vie, la force et la prospérité humaine.
Sukta 10.69
Cet hymne loue Agni comme le Feu faste et lumineux, qui conduit Vadhryaśva et les siens par la juste amitié (sumitrā) et l’allumage correct au premier rang du rite. Il célèbre la puissance expansive d’Agni — purifiée par l’effort humain, resplendissant parmi les resplendissants — et s’achève sur une supplication protectrice adressée à l’antique Agni Vṛtrahan : qu’il se tienne au-dessus des adorants contre les forces hostiles.
Sukta 10.70
Cet hymne en triṣṭubh s’ouvre en allumant Agni et en déposant l’offrande brillante de ghee sur le siège d’Ilā, en priant que le feu s’élève sur la terre comme la force de l’intelligence juste qui porte le culte vers le haut. Puis la vision s’élargit en une liturgie du seuil : l’Aurore et la Nuit sont invoquées pour asseoir les dieux dans le « sein » ordonné du rite—aboutissant au rôle d’Agni comme convocateur, qui amène Varuṇa, Indra, les Maruts et tous les Dieux au siège sacrificiel pour l’accomplissement intérieur et extérieur.
Sukta 10.71
Cet hymne médite le mystère de Vāc (la Parole inspirée), mise en mouvement pour la première fois sous la conduite de Bṛhaspati, où le vrai « nom » et le sens sans défaut demeurent cachés comme un trésor dans une caverne. Il oppose ceux qui n’entendent qu’un son vide à ceux qui gardent le bon compagnon/guide et obtiennent ainsi une part dans la Parole. Il s’achève en reliant la parole sacrée au mètre, aux fonctions sacerdotales et au juste « mesurage » du yajña, montrant Vāc comme l’intelligence organisatrice du rituel et de la vision intérieure.
Sukta 10.72
Cet hymne cosmogonique médite sur les «naissances» (janma) et l’ordonnancement des dieux, présentant la création comme une manifestation progressive que l’on peut véritablement «voir» grâce à la parole inspirée et à une compréhension ultérieure. Il retrace une généalogie paradoxale autour de Dakṣa et d’Aditi et s’achève sur le motif des sept fils d’Aditi et du retour de Mārtāṇḍa, exprimant comment immortalité et mortalité surgissent ensemble au sein de la manifestation.
Sukta 10.73
Cet hymne en triṣṭubh célèbre la naissance, la croissance et la force victorieuse d’Indra, en soulignant comment les Maruts — compagnons et amplificateurs de sa puissance — le fortifient pour renverser les puissances obstructrices. Passant des images cosmogoniques et du triomphe guerrier à l’illumination intérieure, les voyants prient Indra de rouler au loin les ténèbres, de remplir l’œil de vision et de les délivrer des liens, tel un trésor caché.
Sukta 10.74
Cet hymne loue l’ensemble des puissances lumineuses (les Vasus) comme des auxiliaires divins multiples, grâce auxquels les chercheurs atteignent la plénitude — par l’effort intérieur austère, l’intuition illuminée et l’acte sacrificiel qui unit le Ciel et la Terre. Il se tourne ensuite vers Indra comme la force décisive permettant la traversée vers un riche « dépôt » de lumière et d’abondance, affirmant ses nombreux pouvoirs et sa capacité d’accomplir ce que recherche l’aspirant.
Sukta 10.75
Cet hymne est une vaste louange des Eaux (Āpas), avec une exaltation particulière de Sindhu, célébrée comme la plus puissante, la plus rapide et la plus victorieuse des rivières. Il nomme et invoque un large réseau de cours d’eau sacrés afin qu’ils se joignent au stoma du poète; les rivières y sont dépeintes comme des puissances vivantes qui portent force, nourriture et juste mouvement, proclamées «dans le siège de Vivasvat», le contexte solaire et lumineux de l’ordre et de la vérité.
Sukta 10.76
Cet hymne, chant de louange tardif du Rigveda, vivifie Indra avec les Maruts ; il invoque les Deux Mondes (Rodasī) et les Deux Jours afin que, par la percée de la lumière et de la puissance, s’ouvre pour le sacrifiant un « vaste espace ». Il célèbre les forces rituelles — surtout les pierres à presser le soma et les officiants experts — dont l’effort intensifié rend l’offrande efficace, de sorte que richesse et vigueur affluent à la fois sur les plans céleste et terrestre.
Sukta 10.77
Cet hymne loue les Maruts comme une troupe d’orage rayonnante, dont les « averses » sont à la fois pluie et bénédictions ; ils avancent avec un ordre intentionnel, tels des sacrifices bien conduits. Par des comparaisons vives — embruns de nuages, rayons du soleil, faucons et coursiers aux longues courses — il invoque leur puissance protectrice pour écarter le mal, fortifier la pensée inspirée et faire resplendir le yajña. La prière finale demande à ces puissances, les plus « dignes du yajña », de garder l’inspiration rapide comme un char et la grandeur qui croît par le rite.
Sukta 10.78
Cet hymne loue les Maruts comme des puissances sans défaut, splendides et rapides — tels des voyants inspirés, des rois héroïques et des eaux impétueuses — qui apportent vigueur, éclat et élan victorieux. Il sollicite leur présence bienveillante au sein même du chant de louange, demandant que les chanteurs soient rendus fortunés et dotés de « trésors » durables (ratna) que les Maruts gardent depuis les temps anciens.
Sukta 10.79
Cet hymne médite une Puissance immortelle, terrifiante mais bienfaisante, qui se meut parmi les mortels—identifiée de la manière la plus cohérente à Agni dans son aspect dévorant et transmutateur. Le Feu y est décrit comme un « embryon » qui engloutit tout et se nourrit de ses deux Mères (Ciel et Terre), puis comme une force d’attelage qui discipline des énergies divergentes et aboutit à l’harmonie et au juste ordre (ṛta) sous Mitra et les Vasus.
Sukta 10.80
Ce bref hymne à Agni loue le Feu divin comme dispensateur d’énergies efficaces, de puissance héroïque et de formation prospère, se mouvant entre les deux mondes (terre et ciel) et les harmonisant. Il demande à Agni d’étendre l’offrande vers le domaine supérieur, de soutenir ses nombreuses demeures dans l’existence, de protéger le chanteur et d’accorder un « grand draviṇa » — une vaste plénitude de richesse/d’être.
Sukta 10.81
Cet hymne célèbre Viśvakarman, l’artisan cosmique qui façonne tout, comme le Voyant sacerdotal qui « offre » les mondes et établit la création depuis des profondeurs cachées. Il déroule des interrogations cosmogoniques pleines d’émerveillement — comment le Ciel et la Terre furent façonnés — et s’achève par une invocation directe de Viśvakarman en tant que Vācaspati (Seigneur de la Parole), afin qu’il accepte le culte et accorde bien-être, protection et sauvegarde.
Sukta 10.82
RV 10.82 médite sur Viśvakarman comme l’artisan cosmique caché qui fixe les premières limites et permet ainsi au Ciel et à la Terre de s’élargir en un espace ordonné. L’hymne oscille entre louange et interrogation : il honore les offrandes des anciens voyants au Façonneur, tout en avertissant que la simple récitation et la spéculation peuvent manquer le véritable Créateur, voilé derrière les apparences. Son dessein est de recentrer le rite et la pensée sur l’unique Intelligence formatrice qui façonne la multiplicité en un tout cohérent.
Sukta 10.83
Cet hymne invoque Manyu — la colère/ardeur divine — comme une puissance quasi divine alliée à la force victorieuse d’Indra, et lui demande d’être attelé avec l’adorant dans le combat contre des obstacles de type Vṛtra et des forces hostiles. Manyu est loué comme né de lui-même, irrésistible et actif partout, et on le supplie de « mettre en nous la force » pour les conflits intérieurs et extérieurs. Le sūkta s’achève sur une image de proche compagnonnage — Manyu à la main droite — scellée par une offrande d’essence douce (Soma/libation miellée) destinée à une consommation secrète, intérieure.
Sukta 10.84
Cet hymne invoque Manyu — fureur guerrière, ardeur juste et volonté indomptable — comme allié divin, qui attelle à un seul char les puissances de guerre semblables aux Marut et les lance contre l’obstruction. Il entraîne les clans (viśaṃ-viśam) à la victoire, transforme la parole en un cri de bataille ininterrompu, et demande une prospérité et une protection intégrées ; enfin, il prie pour que les ennemis soient saisis de peur intérieure et se retirent.
Sukta 10.85
RV 10.85 est le célèbre hymne du Sūryā‑Vivāha (mariage védique), qui présente l’union comme un acte cosmique fondé sur satya (vérité) et ṛta (ordre juste). Il bénit le couple d’accord, de fécondité, de protection contre les forces d’entrave, et d’une vie établie dans la loi lumineuse que soutiennent les Ādityas, Soma et Sūrya.
Sukta 10.86
RV 10.86 est un hymne-dialogue saisissant centré sur Indra et l’énigmatique Vṛṣākapi, où Indrāṇī entre aussi dans l’échange, le tout encadré par une louange répétée : « Indra est plus haut que tous ». Sous un ton humoristique et domestique, l’hymne interroge la rivalité, la loyauté et la juste canalisation de la puissance inspirée par le soma, afin que la force souveraine d’Indra soit affirmée et restaurée. Il conserve également des motifs folkloriques (fécondité, guérison, naissance extraordinaire) comme signes de la capacité d’Indra à élever les êtres au-delà de toute contrainte.
Sukta 10.87
Cet hymne est une invocation protectrice, farouche, à Agni en tant que rakṣohaṇa — le pourfendeur des Rakṣas et des Yātudhānas —, le priant de garder les adorants jour et nuit et de briser les puissances hostiles. Agni y est sans cesse fait « arme » active du mantra et du feu sacrificiel, brûlant, dévoilant et chassant les maux invisibles, les malédictions et la sorcellerie. Le but de la sūkta est apotropaïque : purification, protection du rite et fortification intérieure par la volonté flamboyante d’Agni.
Sukta 10.88
Cet hymne loue Agni comme le feu sans vieillesse, touchant le ciel, qui boit l’oblation et soutient les mondes par ṛta (l’ordre cosmique). Il rappelle comment les dieux engendrèrent et façonnèrent Agni sous une forme triple, faisant de lui le transformateur de la croissance, qui mûrit les plantes et entretient la vie. La sukta évoque aussi Mātariśvan comme le porteur d’Agni et relie la diffusion de la lumière de l’aube à l’établissement correct du yajña et de l’ordre sacerdotal.
Sukta 10.89
Cet hymne est une vaste louange d’Indra comme puissance suprême, qui ouvre les mondes lumineux, déborde au-delà des « rivières » et assure à ses adorateurs victoire, richesse et bien-être. Il affirme à plusieurs reprises la souveraineté d’Indra sur le ciel, la terre, les eaux et les montagnes, et le supplie d’entendre l’appel dans le conflit comme dans les rites paisibles, en abattant les obstacles de type Vṛtra. Le propos est à la fois célébratoire et pratique : invoquer la protection, la force et l’abondance d’Indra dans le « portage » (bhara) de la vie et dans l’obtention de la plénitude (vājasāti).
Sukta 10.90
Le Puruṣa Sūkta présente la Personne cosmique (Puruṣa) comme omniprésente : elle contient le monde entier et le dépasse pourtant. Il décrit la création comme un sacrifice primordial, d’où l’univers, le Veda et les fonctions socio-cosmiques émergent comme des expressions ordonnées d’un seul Être intégral. La visée de l’hymne est contemplative et rituelle : fonder le yajña et le dharma sur un unique prototype cosmique.
Sukta 10.91
RV 10.91 est un hymne à Agni qui loue le Feu comme présence domestique toujours éveillante et comme Hotṛ universel rendant le sacrifice efficace. Agni y est présenté comme une intelligence lumineuse (mati/medhā) qui établit l’offrande juste, la juste compagnie avec les dieux, et accorde aux adorateurs une richesse vaste et héroïque.
Sukta 10.92
Cet hymne loue Agni comme le cocher du sacrifice et le prêtre du clan (Hotṛ), l’hôte nocturne qui s’embrase dans le bois sec et s’élève, tel un ketu rayonnant, vers le ciel. Il exalte sa puissance irrésistible — si grande qu’elle évoque le mouvement solaire et une force semblable à celle d’Indra — tout en rappelant l’antique tradition des voyants Aṅgiras et les instruments du pressurage du Soma, qui tracent une voie claire pour le rite et pour la vision intérieure.
Sukta 10.93
Cet hymne invoque Dyāvāpṛthivī — le Ciel et la Terre — comme le vaste Deux maternel qui soutient les mondes et accorde une protection continue contre les forces écrasantes et violentes. Au fil de la sukta, la prière s’élargit en une vision de puissance ordonnée : le rite devient « plus-qu’humain », et l’agencement cosmique de multiples forces est affirmé comme déjà établi pour le bien du sacrifiant.
Sukta 10.94
Cet hymne personnifie poétiquement les pierres à presser le Soma (Grāvāṇaḥ/Adrayaḥ) comme des puissances vivantes et parlantes, dont le cliquetis rythmique devient un chant offert à Indra. Il célèbre la mécanique et la sainteté du pressurage du Soma — son son, sa rapidité et son mouvement ordonné — tout en présentant les pierres comme des agents qui libèrent l’essence du Soma et éveillent, dans le sacrifice, la parole inspirée (Vāc).
Sukta 10.95
RV 10.95 est un dialogue dramatique entre le roi mortel Purūravas (Aiḷa) et l’apsaras Urvāśī, qui explore la tension entre le désir humain et les conditions divines. Par des échanges tranchants, l’hymne présente l’amour comme une puissance capable d’élever ou de défaire; il se clôt en assignant au partenaire humain la mortalité, tout en laissant une voie de participation au céleste — par la descendance et le sacrifice.
Sukta 10.96
RV 10.96 est un Indra-stuti du maṇḍala tardif, qui invite Indra — surtout en tant que Harivat, « celui au couple fauve » — à entrer dans l’hymne par la parole inspirée et à boire le Soma au goût de miel. L’hymne associe à plusieurs reprises les deux Harī d’Indra (deux coursiers/jumeaux, puissances) à un dynamisme rapide et victorieux qui accomplit l’aspiration, affermit le chercheur et apporte joie, force et réussite. Il s’achève sur une sommation rituelle directe : mettre de côté les pressages antérieurs et revendiquer l’offrande présente de Soma comme la part propre d’Indra.
Sukta 10.97
RV 10.97 est un hymne de guérison qui invoque les Oṣadhīs — les plantes médicinales comme puissance divine collective — afin qu’elles pénètrent tout le corps et chassent la maladie, surtout le yakṣma (consomption/affliction dévorante). Il loue les plantes comme primordiales, aux formes multiples et divinement établies, et présente la guérison par les herbes à la fois comme remède physique et comme protection sacrée contre le mal et l’hostilité.
Sukta 10.98
Cet hymne est une invocation de la pluie, encadrée comme un récit sacré : Devāpi, agissant comme prêtre du roi Śaṃtanū, reçoit de Bṛhaspati une parole investie de puissance afin de déverrouiller la venue des pluies de Parjanya. Bṛhaspati est loué comme maître du mantra et de la coordination divine, capable d’agir par l’entremise de divinités alliées (Mitra, Varuṇa, Pūṣan, les Ādityas, les Vasus, les Maruts) pour que l’eau, la fertilité et le bien-être de la communauté soient rétablis. Le mouvement final se tourne vers Agni pour la protection et pour que la « plénitude des eaux » soit libérée de l’océan et du ciel.
Sukta 10.99
Cet hymne loue Indra dans le cadre classique du meurtre de Vṛtra : la forge et la projection du vajra, la rupture des puissances obstructrices et l’ouverture de la prospérité pour l’adorant. Il mêle le mythe héroïque à des accents éthiques et sociaux—Indra protège le véridique, brise les forteresses hostiles et accorde iṣa (élan), ūrj (force vitale) et sukṣiti (demeure sûre). L’image finale de la « fourmi » s’approchant d’Indra souligne une dévotion humble et persévérante comme moyen d’accroissement divin et de rayonnement universel.
Sukta 10.100
Cet hymne est un vigoureux appel à Indra pour qu’il « tienne ferme », s’éveille par le Soma et accorde aux adorants une jouissance victorieuse, l’accroissement et la protection. À côté de la force héroïque d’Indra, Savitṛ est invoqué pour guider et sauvegarder le rite, et Aditi est choisie à maintes reprises comme la vaste « totalité » qui préserve la vérité, l’intégrité et la liberté hors du voile de l’illusion.
Sukta 10.101
Cet hymne est un appel collectif au réveil adressé à une troupe de compagnons animés du même esprit, afin d’allumer ensemble Agni et de mettre le sacrifice en marche, en invoquant l’Aurore (Uṣas) et Dadhikrāvan, avec Indra pour allié qui confère la puissance (indra-vat). Par des images vives de fabrication du char, d’excitation des « chevaux » (forces vitales) et de remplissage d’auges/récipients, il présente le yajña comme un travail concerté et habile, qui obtient force, prospérité et mouvement victorieux. Il s’achève en exhortant à un labeur décisif et en appelant explicitement Indra à boire le Soma et à accorder son aide.
Sukta 10.102
Cet hymne à Indra est formulé dans l’idiome saisissant d’une course de chars : il demande au dieu de protéger le coureur, l’attelage et le gain de gloire et de richesse. Il célèbre Indra comme maître de l’adresse, de la vitesse et de l’élan victorieux — celui qui « voit » tout le monde en mouvement et qui donne puissance aux forces jumelées qui remportent la course. Sous l’imagerie extérieure, c’est une prière pour une juste direction, des moyens efficaces et le triomphe sur les obstacles, dans la bataille comme dans l’effort de la vie.
Sukta 10.103
Cet hymne est une invocation martiale à Indra, rapide, sans cligner des yeux, champion unique, qui brise les armées ennemies et ouvre les passages obstrués pour la communauté aryenne. Il prie pour la victoire au combat, la protection de ses troupes, et le courage ainsi que la cohésion nécessaires pour avancer et l’emporter sous la conduite d’Indra.
Sukta 10.104
Cet hymne est une invitation pressante à Indra, « maintes fois invoqué », porté par des coursiers fauves, à venir promptement au yajña et à boire le Soma fraîchement pressé. Il célèbre Indra comme l’auditeur de la prière, le connaisseur de la voie du rite, et le vainqueur qui abat les puissances obstructrices (résistances de type vṛtra), recherché pour l’aide dans la lutte et pour l’obtention de richesse, de force et de plénitude.
Sukta 10.105
Cet hymne est une louange vigoureuse d’Indra (invoqué sous l’épithète « Vasu ») : il demande quand le stotra saura vraiment le « satisfaire » et appelle le pressurage du Soma comme fondement vivifiant de son secours. Il rappelle la puissance façonnée et l’habileté d’Indra (comparées à celles des Ṛbhu et de Mātariśvan) et s’achève sur le souvenir de sa protection de Kutsa et de ses victoires dans le massacre des Dasyu, affirmant que la louange et l’alliance attirent son aide décisive.
Sukta 10.106
Cet hymne est une invocation aux Deux Puissances divines jumelles, comprises comme les Aśvins : on les prie de venir avec leur char, d’élargir la pensée inspirée et de mettre en mouvement les énergies vitales tels des artisans habiles. Il célèbre leur action rapide et harmonisante et demande la force (vāja), la joie et un accroissement « sans vieillissement » de la force de vie, pour finir par la requête d’accomplir le désir le plus profond de l’adorant.
Sukta 10.107
Cet hymne célèbre Dakṣiṇā — le don sacré, justement orienté, qui accomplit le sacrifice (pūrtí) et conduit l’adorant des ténèbres vers une voie vaste et lumineuse. Le don n’y est pas présenté comme une simple charité, mais comme une puissance consacrée qui porte à la perfection les fonctions sacerdotales, soutient l’ordre social et procure protection, prospérité et victoire.
Sukta 10.108
RV 10.108 présente un dialogue dramatique où Saramā, la messagère rapide d’Indra, affronte les Paṇis qui ont caché les « vaches » (lumière/richesse/trésors) au-delà de la rivière Rasā. L’hymne se joue sur la persuasion, le refus et l’avertissement : les Paṇis tentent de corrompre et d’égarer, tandis que Saramā se tient du côté de ṛta (l’ordre-vérité) et de la récupération légitime des richesses dissimulées. La conclusion souligne le pouvoir révélateur de Bṛhaspati, qui découvre ce qui est caché — vaches, Soma, instruments sacrés et les voyants eux-mêmes — afin que la lumière puisse se répandre.
Sukta 10.109
Cet hymne traite d’un grave « brahma-kilbiṣa » (faute contre l’ordre sacré et la sainteté brahmanique) et montre comment les puissances cosmiques — surtout les Eaux se mouvant dans Ṛta — prennent d’abord la parole au sujet de la faute et de son remède. Il met l’accent sur la restitution (rendre ce qui a été pris à tort), la purification par les divines Āpaḥ et le retour à l’harmonie avec les dieux, culminant dans un culte renouvelé et une juste position dans Ṛta.
Sukta 10.110
Cet hymne est centré sur Agni Jātavedas, feu domestique allumé, qui agit comme Hotṛ et messager divin, portant aux dieux l’offrande et l’intention humaines. Le sacrifice y est présenté comme un mouvement ordonné dans le Ṛta, où des puissances complémentaires telles que l’Aurore et la Nuit soutiennent le rythme du rite, et il s’achève par une oblation préparée avec le svāhā, afin que les dieux en prennent part.
Sukta 10.111
Cet hymne appelle les penseurs inspirés à élever leur manīṣā (intuition formée) et, par la vérité et l’acte accompli, à « mettre Indra en mouvement » vers la victoire et la protection. Il rappelle l’exploit archétypal d’Indra — briser Vṛtra avec le vajra et dissiper la māyā des impies — puis transforme ce triomphe cosmique en bénéfice présent : des rivières allant vers la mer, des richesses qui arrivent, et la parole vraie (sūnṛtā) qui vient au fidèle.
Sukta 10.112
Cet hymne est une invocation matinale du Soma à Indra : on l’exhorte à boire le Soma pressé comme sa « première gorgée » et à réveiller son énergie victorieuse contre les forces hostiles. Il loue l’antique et légitime droit d’Indra au vase du Soma, célèbre le désir partagé des dieux pour la boisson miellée, et s’achève par une prière afin qu’Indra regarde les adorateurs en effort, accorde le triomphe au combat et répartisse la richesse même à partir de ce qui paraît non attribué.
Sukta 10.113
Cet hymne célèbre l’élan de puissance d’Indra : le Ciel et la Terre, ainsi que tous les Dieux, soutiennent sa force, surtout lorsque le Soma vivifie sa volonté et son intelligence. Il rappelle son exploit de tueur de Vṛtra — fendant l’obscurité qui retenait les eaux — et transforme cette victoire en prière pour une protection actuelle, un passage sûr au-delà des épreuves et une base vaste et stable pour les adorateurs.
Sukta 10.114
RV 10.114 est un hymne énigmatique, fait d’énigmes, sur l’architecture cachée du yajña (sacrifice) : comment le Feu (Mātariśvan) et les puissances de connaissance (Viśve Devāḥ) instaurent l’ordre par le mètre, le nombre et la parole inspirée. Il parle de « mesurer » l’œuvre — fixer les chandas, ordonner les décomptes cosmiques et faire avancer le char sacrificiel par le Ṛk et le Sāman — afin d’assurer la nourriture céleste et la juste répartition du labeur et du destin.
Sukta 10.115
Cet hymne à Agni loue le dieu du feu comme un « jeune enfant » merveilleux, dont la croissance dépasse ses deux Mères et qui assume d’emblée le grand rôle de messager entre les humains et les dieux. Il met en lumière la puissance d’Agni à établir et protéger l’ordre rituel, à porter les offrandes et à sauvegarder les chanteurs et les chefs voyants — surtout la lignée des Kaṇva —, culminant dans une montée liturgique avec les cris de vaṣaṭ et le namas répété.
Sukta 10.116
Cet hymne est une invocation pressante à Indra pour qu’il boive le Soma et s’élève à la plénitude de sa puissance victorieuse, afin de briser les forces obstructrices (une résistance de type Vṛtra) et de protéger la prospérité des adorants. Il mêle une imagerie martiale — abattre des puissances hostiles et sorcières — à un acte rituel et poétique : la parole du voyant est lancée comme une barque, portant la louange aux dieux pour la richesse, l’ouverture et un passage sûr.
Sukta 10.117
Le Rigveda 10.117 est un hymne tardif et didactique qui enseigne le dharma de la générosité : la richesse est faite pour circuler, et celui qui refuse de partager se trouve abandonné spirituellement et socialement. Le don (pṛṇ-) y est présenté comme un accord avec ṛta (l’ordre cosmique) ; l’hymne avertit que la thésaurisation et la négligence des nécessiteux mènent au déclin, tandis que le partage soutient à la fois le donateur et la communauté.
Sukta 10.118
Ce bref hymne à Agni dépeint le feu sacrificiel qui, correctement allumé, s’élève, se réjouit du ghee et garde l’offrande en abattant le « dévoreur » hostile (atriṇa). Agni y est loué comme l’immortel gṛhapati, seigneur de la demeure, invoqué parmi les mortels pour protéger, purifier et établir le rite dans son ordre juste.
Sukta 10.119
Cet hymne est un élan vif et introspectif de confiance inspirée : le locuteur sent naître en lui puissance, gain et égalité avec le monde, demandant sans cesse si cela vient « des Eaux du Soma ». Par une cadence quasi refrain, Soma y apparaît non seulement comme la boisson pressée, mais comme un champ lumineux et aqueux de délice qui élève la pensée, le courage et la capacité d’agir. Le sukta s’achève sur la disponibilité au service divin — devenir « une maison bien faite », apte à porter les offrandes aux dieux.
Sukta 10.120
RV 10.120 est un hymne héroïque et martial qui célèbre une puissance conquérante, nouvellement surgie et première au monde — Indra dans son aspect ugra (farouche) —, laquelle soumet aussitôt les ennemis et dégage les obstacles. Le poète présente le mantra (brahman) comme un allié agissant, qui aiguise les armes de la divinité et accroît son élan, reliant l’inspiration intérieure à la victoire extérieure. La clôture encadre Indra comme une incarnation cosmique, confirmée par l’autorité atharvanique, soutenue et augmentée par des puissances maternelles/sororales bienveillantes.
Sukta 10.121
Cet hymne médite le premier principe de la création — Hiraṇyagarbha, le « Germe d’or » — comme l’unique Seigneur qui soutient le ciel et la terre et dont procèdent tous les êtres. Chaque strophe s’achève sur le refrain interrogatif « kasmai devāya haviṣā vidhema » (« à quel dieu offrirons-nous l’oblation ? »), exprimant l’émerveillement révérencieux devant l’Un derrière le multiple. Le dernier verset résout l’interrogation en nommant Prajāpati comme ce Seigneur englobant, à qui l’on confie désirs et offrandes pour la plénitude et la prospérité.
Sukta 10.122
Cet hymne loue Agni comme l’« hôte » de la maison, de bon augure et sans hostilité, et comme l’Hotṛ indispensable qui fait passer offrandes et bénédictions entre les humains et les dieux. Il prie Agni de libérer d’abondants « flots » de richesse et de vitalité, d’être allumé et purifié dans la demeure du sacrifiant, et d’assurer aux yajamānas un bien-être durable et un accroissement. La lignée des Vasiṣṭha revendique explicitement cette invocation, inscrivant l’hymne dans une tradition familiale vivante de louange rituelle et de protection.
Sukta 10.123
Le RV 10.123 célèbre Vena comme une puissance lumineuse et médiatrice — souvent lue comme un complexe Gandharva–Sūrya — qui impulse la naissance, la révélation et la conjonction des opposés cosmiques. Les strophes déploient des images saisissantes de lumière en gestation, de la confluence des Eaux et du Soleil, et d’une union céleste érotico-symbolique, pour culminer dans la « goutte/raie de lumière » établissant l’ordre à travers les trois mondes.
Sukta 10.124
Cet hymne invoque principalement Agni afin qu’il vienne au sacrifice comme feu guide et porteur des offrandes, marchant en tête et dissipant la longue obscurité par une lumière durable. Au fil des strophes, l’hymne dépasse Agni et aborde des thèmes de souveraineté connexes : Ṛta face au non-vrai (Varuṇa), le déclin des puissances hostiles, et, en aboutissement, la reconnaissance d’Indra par une imagerie symbolique — signe d’une tendance tardive du Rig-Véda à tisser plusieurs divinités en un seul mouvement rituel et spirituel.
Sukta 10.125
RV 10.125 est le célèbre Devī-sūkta, où Vāk (la Parole) parle à la première personne comme puissance divine omniprésente, qui accompagne et soutient chaque dieu et toute fonction cosmique. L’hymne proclame que la parole inspirée confère l’autorité, fait de l’homme un ṛṣi ou un brahmā, et s’étend au-delà du ciel et de la terre, révélant la Parole comme principe spirituel à l’origine de la création, du savoir et de la souveraineté.
Sukta 10.126
Cet hymne est une prière de protection et de délivrance centrée sur les Ādityas—Varuṇa, Mitra et Aryaman—qui, « d’un même accord », conduisent l’adorant au-delà de l’hostilité, du péché et du malheur. Il s’élargit ensuite en une coalition plus vaste d’auxiliaires divins (Rudra avec les Maruts, Indra, Agni et les Vasus), demandant le bien-être (svasti), la libération des liens/de la détresse et un passage sûr vers une force vitale plus pleine et plus stable.
Sukta 10.127
Cet hymne loue Rātrī (la Nuit) comme une puissance divine qui se manifeste en de multiples lumières, rassemble toutes les splendeurs et installe le monde dans le calme, la sécurité et le repos. On prie la Nuit d’apaiser les êtres errants et l’agitation intérieure, de protéger la demeure et d’accueillir le chant du poète comme l’offrande d’un chercheur en vue de la paix, du bien-être et d’une heureuse prospérité.
Sukta 10.128
Cet hymne est une prière de victoire et de protection, centrée sur Agni comme commandant intérieur et extérieur de la force et de l’éclat (varcas) dans le conflit, demandant que toutes les directions et toutes les puissances deviennent favorables. À partir de la souveraineté d’Agni, l’hymne s’élargit à une coalition divine plus vaste — Déesses, Tous-les-Dieux, Soma, Indra–Agni et les classes divines (Vasus, Rudras, Ādityas) — afin d’assurer la descendance, l’intégrité du corps et la défaite des rivaux.
Sukta 10.129
Le Sūkta Nāsadīya médite le mystère des origines, refusant toute certitude facile sur ce qui aurait existé « avant » l’être et le non-être. Il suit un mouvement subtil, de la dissimulation indifférenciée vers les premiers frémissements de l’esprit et du désir, tout en interrogeant sans cesse les limites du savoir. Le but de l’hymne n’est pas de narrer une cosmogonie de façon dogmatique, mais de consacrer l’émerveillement, l’enquête et un agnosticisme révérencieux devant l’Absolu (tad ekam).
Sukta 10.130
Cet hymne présente le yajña (sacrifice) comme un métier à tisser cosmique : une trame tendue en tous sens par des « œuvres » divines, tissée par les Pères et soutenue par des voyants inspirés. Il propose aussi une mise en correspondance réfléchie entre les dieux et les mètres védiques (chandas), suggérant que la parole rituelle juste et la juste mesure sont elles-mêmes l’action de l’ordre du monde (ṛta).
Sukta 10.131
Cet hymne tardif du Rig-Véda invoque Indra comme protecteur des quatre directions, rejetant les forces hostiles de chaque côté afin que les adorants puissent se réjouir de son vaste abri (śarman). Il mêle une prière protectrice et apotropaïque à un rappel mythique (dont l’épisode de Namuci avec les Aśvins) pour affirmer la puissance victorieuse d’Indra et assurer le bien-être de la communauté. L’hymne s’achève sur le souhait de demeurer dans l’esprit bienveillant de la divinité et de voir même la plus petite inimitié repoussée au loin.
Sukta 10.132
Ce bref hymne loue les Aśvins comme des auxiliaires rapides et bienfaisants, qui affermissent le véritable sacrifiant ; le Ciel et la Terre y sont dépeints comme des puissances cosmiques de soutien, accroissant la prospérité de l’adorant. Il comporte aussi une note royale et éthique saisissante, invoquant Varuṇa comme le roi universel qui retient le péché et met fin au tort. L’hymne s’achève sur un témoignage personnel de « passage au-delà de la détresse », demandant que les aides des Aśvins, allant de l’avant, portent les chanteurs à travers l’angoisse.
Sukta 10.133
Cet hymne à Indra en sept strophes est une prière martiale pour la protection et la victoire : les chanteurs éveillent Indra, faiseur du monde et tueur de Vṛtra, afin qu’il se tienne à leurs côtés dans le combat rapproché et qu’il déconcerte les forces hostiles. Comme un refrain, il demande que les cordes des arcs des adversaires se relâchent et que les agresseurs soient repoussés et abattus ; il s’achève sur un don d’abondance — le présent d’Indra coulant vers le poète qui le loue, telle une vache de prospérité aux mille ruisseaux.
Sukta 10.134
Cet hymne célèbre Indra comme le souverain immense qui élargit le monde, dont la puissance n’est pas seulement héroïque mais aussi génératrice — mise au monde par Devī Janitrī, la Force‑Mère de bon augure. Il relie les actes cosmiques d’Indra (étendre le Ciel et la Terre, secouer l’opposition) à une aide concrète au presseur de Soma, en accordant rayi — abondance et plénitude. Il s’achève sur un vœu de révérence non sectaire — n’entraver aucun dieu — et sur une ascension intérieure par « l’écoute du mantra », comme si l’on prenait son essor grâce à l’écoute juste.
Sukta 10.135
Ce bref hymne énigmatique médite le domaine de Yama et la voie des Ancêtres : les Pères sont envisagés dans un « arbre au beau feuillage », où Yama converse avec les dieux, et le père défunt se réjouit de l’antique chemin. Par des images proches de l’énigme — un jeune homme met un char en mouvement, et le chant du Sāman suit comme porteur — la sūkta suggère que la parole sacrée ordonnée et l’offrande juste guident le voyage de l’âme et mènent à la délivrance.
Sukta 10.136
Cet hymne célèbre le Keśin, ou Muni — l’ascète inspiré aux longs cheveux —, dépeint comme un être liminal et lumineux, portant en lui des contraires (le feu et le poison) et se mouvant librement à travers les mondes. Le Muni y apparaît porté par le vent, mû par les dieux et allié au « Dieu des dieux », révélant un idéal védique de liberté intérieure inspirée et de vision prophétique.
Sukta 10.137
Ce bref hymne de guérison invoque l’ensemble des dieux comme puissances restauratrices afin de relever celui qui est tombé et de lui rendre sa vigueur, même si la maladie est liée à une faute ou à un faux pas. Il associe prière, bénédiction protectrice et acte rituel‑psychologique de « toucher par le mantra », chassant le yakṣma (maladie de dépérissement) et rétablissant l’intégrité (anāmaya).
Sukta 10.138
Ce bref hymne à Indra rappelle les percées célèbres du dieu : il brise les puissances d’enfermement (Vala), libère l’Aurore et les eaux, et assure à Kutsa la victoire contre une constriction serpentine. Il élève aussi Indra du simple seigneur de bataille au rang d’ordonnateur cosmique, en lui attribuant l’établissement de l’ordonnance du temps (les mois) et la transformation du « non-sacrifiant » en quelqu’un d’apte au yajña.
Sukta 10.139
Cet hymne relie l’impulsion de l’aube de Savitṛ — son ascension régulière en tant que lumière — au mouvement conducteur et protecteur de Pūṣan, qui « voit » et fait paître tous les mondes. Il s’élargit ensuite en une vision mythico-rituelle où les Eaux, le Gandharva (Viśvāvasu) et Indra participent à la révélation du Ṛta : bornes cachées, horizons lumineux, et délivrance de richesses entravées (amṛta/énergies) hors d’enclos semblables à la pierre.
Sukta 10.140
Cet hymne de six strophes loue Agni comme la puissance largement rayonnante, illuminant tout, dont les rayons et la force établissent chez l’adorateur la plénitude victorieuse (vāja). Il demande à Agni de s’étendre parmi les hommes, d’enrichir le sacrifiant de richesse et d’une volonté efficace (kratu), et affirme que l’humanité, en tout âge, place Agni en tête pour la bénédiction, le chantant comme le guide divin porteur de ṛta.
Sukta 10.141
Ce bref hymne est une invocation collective qui rassemble les puissances védiques majeures — Agni, Soma, les Āditya, Viṣṇu, Sūrya, et surtout Indra–Vāyu avec Bṛhaspati — en leur demandant de se tourner vers les adorants avec faveur et secours. Son but pratique est la prospérité et la protection, et son but social la concorde : que, dans l’assemblée, tous les hommes, en se réunissant, deviennent « d’un même bon esprit ».
Sukta 10.142
Ce bref hymne à Agni présente l’entière dépendance de l’adorant envers Agni, seul refuge assuré, et demande une protection « gardée par trois » contre le mal et contre les transgresseurs. Il dépeint ensuite Agni comme une puissance unificatrice et ordonnatrice, ramenant de multiples mouvements sur une seule voie juste, et s’achève sur des images de croissance propice et d’eaux (herbe dūrvā, lacs, lotus) accompagnant les allées et venues de la divinité.
Sukta 10.143
Ce bref hymne aux Aśvin invoque les Nāsatyā comme de prompts sauveurs et rénovateurs, qui rendent la force, la capacité et le juste mouvement de la vie. En rappelant leur aide vivifiante accordée à des voyants tels qu’Atri et Kakṣīvant, le poète prie les Jumeaux de venir au « vaste siège » de l’adorant et de faire passer la communauté saine et sauve à travers les épreuves, la comblant d’une nourriture débordante et de bienveillance.
Sukta 10.144
Ce bref hymne célèbre le Soma pressé (Indu) comme une puissance vivante et impétueuse, offerte à un « immortel »—aboutissant explicitement à Indra—qu’elle fortifie et rend victorieux. Le Soma y est décrit comme rapide tel un coursier, soutien de vie et doué de discernement (dakṣa), et comme un trésor jadis rapporté du lointain au-delà selon le motif du Suparṇa/Śyena. L’intention de l’hymne est de consacrer le Soma comme la force qui accroît la vitalité, la volonté (kratu) et le triomphe divin.
Sukta 10.145
Ce bref hymne est une oṣadhi-sūkta pratique : un charme qui invoque une puissante force végétale afin d’écarter une « sapatnī » (rivale/présence obstructive) et de rétablir l’attirance, l’harmonie et l’union légitime. Le locuteur « déterre » rituellement l’herbe et l’applique comme une force contraignante, dispensatrice de victoire, pour que l’esprit de la personne désirée se retourne et revienne en hâte — comme une vache vers son veau —, tandis que la rivale est envoyée au loin.
Sukta 10.146
Ce bref hymne loue Araṇyānī, présence vivante de la forêt, la décrivant comme intrépide, insaisissable et généreusement nourricière, mais au-delà de la vie du village. Il saisit le paysage sonore mystérieux de la forêt — appels, craquements et voix imaginées — et transforme la solitude en une ambiance divine et maternelle. L’hymne s’achève en célébrant Araṇyānī comme parfumée, abondante et mère des êtres sauvages, intacte, jamais touchée par la charrue.
Sukta 10.147
Ce bref hymne loue Indra à travers son Manyu — sa puissance de courroux, née la première, qui brisa Vṛtra et libéra les eaux retenues, au point de faire trembler le Ciel et la Terre. Il se tourne ensuite vers la sphère sociale et rituelle, demandant à Indra d’écouter les généreux donateurs et d’accroître pour les adorants leur espace, leur richesse, leur protection et un partage équitable, tel un père bienveillant.
Sukta 10.148
Ce bref hymne à Indra se concentre sur la louange des presseurs de soma, demandant à Indra d’apporter suvita — un « bon passage » et une réussite juste — ainsi que le vāja vivifiant qui accompagne l’immense puissance héroïque du dieu. Le poète présente le culte comme une joie réciproque : les hommes réjouissent Indra par le soma et des offrandes nourrissantes, et Indra, en retour, soutient leur force intérieure et leur vie incarnée. L’hymne s’achève sur un appel saisissant venu de la vaste terre, où des chevaux rapides portent la parole inspirée vers le siège d’Indra, brillant de ghee.
Sukta 10.149
Ce bref hymne à Savitṛ (le divin Impulseur) célèbre sa puissance cosmique d’« attelage », par laquelle la Terre et le Ciel sont fixés dans leur juste ordre, et par laquelle l’espace intermédiaire et l’océan sont contenus dans une loi inattaquable. Il évoque ensuite l’emblème aviaire de Savitṛ (Garutmān), se mouvant selon le dharma, et s’achève sur la vigilance éveillée et dévotionnelle du poète, attendant l’impulsion activatrice de Savitṛ comme on guette le rayon resplendissant du Soma.
Sukta 10.150
Ce bref hymne invoque Agni Jātavedas, le havya-vāhana (porteur des offrandes), afin qu’il vienne avec les principales cohortes divines — les Ādityas, les Rudras et les Vasus — en apportant mṛḻīka (grâce guérissante). Agni est loué comme le feu sans cesse renouvelé, constamment rallumé, qui convoque les dieux et établit pour les adorants une présence protectrice et de bon augure. Le dernier vers rappelle l’aide passée d’Agni à de célèbres voyants et rois, fondant la demande d’assistance sur un précédent mémorisé.
Sukta 10.151
Ce bref hymne personnifie Śraddhā (foi/assentiment) comme la puissance cachée qui rend le sacrifice efficace : elle allume Agni, élève l’offrande et assure, par Bhaga, une part de bon augure. Il demande que la même confiance inébranlable que les dieux ont établie au milieu de forces hostiles soit établie dans les desseins du sacrifiant. La Foi est invoquée aux trois articulations du jour — l’aube, le midi et le coucher du soleil — afin que l’intention orientée vers la vérité s’affermisse dans le cœur.
Sukta 10.152
Ce bref hymne à Indra invoque la Puissance souveraine divine comme un allié infaillible, rendant son compagnon invincible. Il prie Indra de briser les forces obstructrices (rakṣas, mṛdhaḥ, Vṛtra), de dissiper la colère hostile et d’établir un vaste abri protecteur (śarma) contre les coups des ennemis. Dans l’ensemble, il s’agit d’une prière concise de protection et de victoire pour ceux qui affrontent le conflit, la rivalité et l’agitation intérieure.
Sukta 10.153
Ce bref hymne à Indra loue la présence nouvellement éveillée du dieu parmi les «faiseurs de l’œuvre» en pleine action, qui s’approchent de lui pour participer à la puissance héroïque (suvīrya). Il rappelle les hauts faits cosmiques classiques d’Indra — la mise à mort de Vṛtra, l’élargissement de l’espace médian et le soutien du ciel — puis s’achève en proclamant qu’il est la force dominatrice qui surpasse tous les êtres par l’ojas (puissance concentrée). Le but de l’hymne est d’invoquer l’énergie victorieuse d’Indra pour la protection, la force et l’accomplissement réussi.
Sukta 10.154
Ce bref hymne est une prière funéraire tournée vers les ancêtres: que le défunt soit conduit vers la compagnie bienheureuse de ceux pour qui Soma s’écoule en douceur, en éclat semblable au ghee et en offrande sacrée. Il énumère des catégories de «bien partis» — les braves au combat, ceux qui se sont sacrifiés, les grands donateurs, les voyants nés du tapas — et demande que l’âme atteigne leur domaine lumineux sous la souveraineté de Yama.
Sukta 10.155
Ce bref hymne apotropaïque est une expulsion vigoureuse d’Arāyi — privation, manque hostile et malheur — à qui l’on ordonne de s’en aller vers des lieux lointains et déserts (la montagne, l’autre rive du fleuve). Il invoque la puissance auxiliaire Śirimbiṭha comme force qui pousse et qui frappe pour chasser l’affliction au loin. Il s’achève sur une affirmation protectrice pleine d’assurance autour d’Agni et de la « vache / lumière », proclamant le cercle protégé imprenable.
Sukta 10.156
Ce bref hymne à Agni exhorte à ce que les pensées inspirées et la louange poussent Agni en avant comme un cheval rapide dans la joute, afin que l’adorant remporte sans cesse l’abondance (dhanam-dhanam). Il demande à Agni d’apporter une richesse vaste et solide — lumière, bétail et puissances rapides —, tout en abattant le Paṇi intérieur (la tendance à thésauriser et à faire obstacle) et en s’éveillant à l’hymne comme à la lumière-étendard des peuples.
Sukta 10.157
Ce bref hymne invoque Indra avec les Viśve Devāḥ (« tous les dieux ») afin de « remettre les mondes dans le juste ordre », établissant l’harmonie à travers les plans de l’existence et la vie humaine. Il demande qu’Indra, accompagné des Ādityas et des Maruts, devienne le protecteur de notre vitalité incarnée ; et il s’achève par un retournement intérieur du chant‑rayon sacré (arká) qui rétablit la svadhā — la loi innée et la puissance de soutien.
Sukta 10.158
Ce bref hymne est une prière de protection et de guérison qui invoque une triade de gardiens cosmiques—Sūrya au ciel, Vāta dans la région intermédiaire et Agni sur la terre—afin d’assurer le fidèle sur tous les plans. Il se tourne ensuite vers la restauration et l’élargissement de la vue (cakṣus), demandant aux puissances divines qui posent, stabilisent et établissent la vision d’accorder une claire perception extérieure et intérieure. L’hymne s’achève sur le vœu de contempler Sūrya «parfaitement visible» et de voir au loin, comme ceux dont la vue humaine est illuminée.
Sukta 10.159
Ce bref hymne parle à la première personne d’une voix féminine — souvent comprise comme celle d’une épouse ou d’une fiancée — qui invoque Sūrya levant et Bhaga (dispensateur de la part légitime) afin d’assurer l’union conjugale, la prospérité et la souveraineté sociale. Il fonctionne comme un charme de victoire contre les « rivales » (sapatnī) et les forces corrosives qui troublent l’harmonie, accordant la fortune domestique à la puissance triomphante exemplifiée par Indra.
Sukta 10.160
Ce bref hymne à Indra est une invitation précise à demeurer auprès du sacrifiant présent et à protéger le Soma fraîchement pressé, plein de vigueur. On prie Indra de dételer ses coursiers au rite, de ne pas être « entraîné au loin » par des patrons rivaux, et d’accorder à l’adorateur les dons classiques d’Indra — vaches, chevaux et force victorieuse. L’hymne souligne qu’une offrande entière, animée du désir du dieu, assure la faveur d’Indra et la prospérité.
Sukta 10.161
Ce bref hymne de guérison (bhaiṣajya/āyuṣya) invoque la puissance conjointe d’Indra et d’Agni afin de délivrer le souffrant de maladies tenaces et débilitantes, ainsi que du « saisisseur » invisible (grāhi). Par la force du havis (offrande/oblation) et de la parole sacrée, le patient est symboliquement « ramené », rétabli dans la vue, les membres et la durée de vie, et conduit au-delà de durita (détresse, malheur, mouvement erroné).
Sukta 10.162
Ce bref hymne de protection invoque Agni en tant que rakṣohā, « tueur des forces hostiles », fortifié par le brahman, afin d’expulser une présence dévorante, « au mauvais nom », que l’on croit entrée dans le sein et menaçant la conception et la descendance. Il énumère plusieurs modes d’intrusion : guet physique, infiltration rampante à l’intérieur de la yoni, et égarement par le rêve et l’obscurité ; à maintes reprises, il ordonne à la force expulsante de chasser le danger au loin. La sukta fonctionne comme une prière d’exorcisme et de guérison visant à préserver la fertilité, la grossesse et la continuité de la lignée familiale.
Sukta 10.163
Ce bref hymne de guérison est une formule d’« extraction » (vṛh-) visant à déraciner yakṣman, une affection débilitante, de chaque partie du corps du patient. Vers après vers, il énumère les régions du corps — de la tête et des sens jusqu’aux hanches, aux membres, aux cheveux et aux articulations —, séparant rituellement la maladie afin de rétablir l’intégrité. La puissance invoquée réside прежде tout dans le mantra lui-même et dans l’acte thérapeutique de nommer, de localiser et d’expulser le mal.
Sukta 10.164
RV 10.164 est un hymne apotropaïque et expiatoire qui détourne l’esprit de Nirṛti (déchéance, destruction, malchance) et réoriente la conscience vers la vie, l’ampleur et la direction propice. Il prie pour que les fautes commises à l’état de veille ou dans le sommeil — par peur, sous l’effet d’une malédiction ou par intention égarée — soient ôtées par des puissances purificatrices (notamment Agni), scellant le rite par un transfert protecteur de l’intention mauvaise loin du sacrifiant.
Sukta 10.165
Ce bref hymne apotropaïque s’adresse collectivement aux Devas afin d’écarter un signe funeste : un pigeon apparaissant comme un possible messager de Nirṛti (malheur, dissolution). Par le mantra (ṛc), l’hymne accomplit une « délivrance / expiation » (niṣkṛti), demandant protection pour toute prospérité vivante — bipèdes et quadrupèdes — surtout autour de l’espace rituel du feu.
Sukta 10.166
Ce bref hymne est un charme compétitif d’affirmation de soi, demandant la prééminence sur les rivaux : devenir le « taureau » parmi ses pairs, le frappeur des ennemis, et le détenteur de prospérité et de statut. Il mêle l’idiome d’une victoire à la manière d’Indra à un appel appuyé à Vācaspati (Seigneur de la Parole) pour brider les paroles des adversaires, et s’achève sur une image vive : des rivaux contraints de crier d’en bas, tels des grenouilles remontant de l’eau.
Sukta 10.167
Ce bref hymne à Indra se présente comme une adresse lors du pressurage du Soma : le Soma doux est versé pour Indra, salué comme seigneur du vase pressé et dispensateur de rayi (abondance assortie de force héroïque). La victoire d’Indra — la conquête de svah, le ciel lumineux — est reliée à l’ordre rituel soutenu par Soma, Varuṇa et Bṛhaspati ; la conclusion met au premier plan le rôle actif du poète, qui prépare l’offrande et façonne le stoma (l’hymne).
Sukta 10.168
Ce bref hymne de louange à Vāta célèbre le Vent comme une puissance invisible mais indubitable : son char gronde comme le tonnerre, touche le ciel et soulève la poussière de la terre. Il s’émerveille du mouvement incessant de Vāta dans l’espace intermédiaire et de son origine mystérieuse, puis culmine en l’identifiant comme le « Soi » même des dieux et comme le sein/l’embryon du monde, digne d’oblation.
Sukta 10.169
Ce bref hymne est une prière de guérison et de prospérité : il appelle le Vent (Vāta), porteur de joie, à souffler favorablement afin que les herbes vivifiantes (Oṣadhīs) croissent avec force et deviennent nourrissantes. Le bien-être du corps y est lié au soutien cosmique : on demande à Rudra une grâce protectrice, tandis que les « Puissances » nourricières sont invitées à s’établir dans le goṣṭha sûr — symbole d’un champ de vie et de vitalité protégé et lumineux — sous l’aval plus large d’Indra, de Soma et de Prajāpati.
Sukta 10.170
Ce bref hymne loue Sūrya comme la Lumière suprême et omniprésente (Bṛhat, Vibhrāṭ), qui boit le miel du Soma et, par là, affermit la force vitale et le sacrifice. Le Soleil y est présenté comme se soutenant lui-même, mû par le vent, gardien des êtres, rayonnant de multiples façons, et maintenant tous les mondes grâce à l’ouvrage cosmique de Viśvakarman et au soutien de tous les dieux.
Sukta 10.171
Ce bref hymne à Indra s’adresse à plusieurs reprises au dieu comme à celui qui « fait avancer » ce qui est arrêté ou caché — le char, l’intention, et même le Soleil lui-même. Le poète loue Indra d’entendre l’appel de l’offrant de Soma, de délier le mortel de contraintes enchaînantes et de pousser la lumière au-delà des puissances limitantes.
Sukta 10.172
Ce bref hymne relie la venue de l’Aurore à la réouverture de la juste « voie » (vartani) pour la vie et le sacrifice : les ténèbres sont chassées, les rayons/vaches se rassemblent, et l’œuvre est remise en mouvement ordonné. Le renouveau y apparaît à la fois comme un événement cosmique (Uṣas rétablit la lumière) et comme un acte rituel‑psychologique (réinstaurer le « fil » de continuité dans le yajña et dans la conscience).
Sukta 10.173
Ce bref hymne est un charme‑prière de rāṣṭra (souveraineté) qui «installe» rituellement un souverain (ou le principe même de la royauté) dans une stabilité inébranlable (dhruva), afin que le royaume ne se dérobe pas. Il accorde l’ordre politique à l’ordre cosmique : ciel, terre, montagnes et monde en mouvement sont invoqués comme modèles de fermeté ; puis Soma et Indra (avec, selon la tradition, des divinités royales alliées) sont appelés à assurer l’adhésion volontaire du peuple et le tribut.
Sukta 10.174
Ce bref hymne en triṣṭubh est une prière de type rāṣṭra/abhīvarta (souveraineté et « retournement » victorieux) qui demande à Brahmaṇaspati de « tourner » l’adorant vers une domination ordonnée et la réussite, en prenant pour paradigme le retournement victorieux d’Indra. Il sollicite une prééminence protectrice sur les rivaux et les forces hostiles, et s’achève sur l’assurance de devenir asapatna — « sans adversaires » — grâce à l’efficacité de l’offrande consacrée et à la faveur divine.
Sukta 10.175
Ce bref hymne rituel du mandala tardif s’adresse aux grāvāṇaḥ, les pierres à presser le Soma, en les exhortant à prendre place sur les planches de pressurage et à exprimer le Soma. Savitṛ, l’Impulseur divin, est invoqué pour mettre les instruments en mouvement juste et conforme à la loi (dharmaṇā), afin que le pressurage du sacrifiant procure aux dieux force et ivresse exaltante — surtout au « Fort » (souvent Indra).
Sukta 10.176
Ce bref hymne invoque les R̥bhus — puissances divines d’artisans — et leurs « fils » comme des forces qui étendent et parfont la grande œuvre, tirant leur nourriture de la Terre, telle une vache-mère. Il se tourne ensuite vers l’efficacité même du sacrifice : le Hotṛ en quête des dieux et Agni, qui avancent comme un char bien conduit et sont « façonnés » en nous pour la protection, élargissant la vie vers une origine immortelle.
Sukta 10.177
Cet hymne bref mais hautement mystique contemple Pataṅga, le principe solaire « ailé », comme le Soleil caché de la conscience, perçu par les voyants à travers le cœur et l’esprit. Il relie l’Oiseau-Soleil à la māyā d’Asura (puissance souveraine de mise en forme), aux Marīcīs (rayons d’illumination) et à Vāk, la Parole inspirée, gardée au poste du Ṛta (ordre de vérité).
Sukta 10.178
Ce bref hymne de deux strophes invoque Tārkṣya comme un protecteur rapide, mû par la puissance divine, qui assure un passage sûr et la victoire au milieu des périls du voyage et du combat. Le poète demande le bien-être (svasti), comparant l’appui recherché au don d’Indra et à une barque qui fait traverser sain et sauf, sans dommage à l’aller comme au retour.
Sukta 10.179
Ce bref hymne est une convocation rituelle à se lever, à contempler et à présenter à Indra sa part légitime dans le sacrifice accompli en temps voulu. Il souligne la préparation (śrāta) de l’offrande — surtout le pressurage de midi — et invite Indra à venir, à s’asseoir parmi ses compagnons et à boire avec joie le caillé/la libation pressée, confirmant ainsi que l’acte est conforme à Ṛta (l’ordre cosmique).
Sukta 10.180
Ce bref hymne à Indra invoque le héros tant appelé afin qu’il terrasse les ennemis et « apporte la richesse de la main droite », c’est‑à‑dire par une puissance favorable et légitime. Indra y est dépeint comme une bête redoutable rôdant dans les montagnes : il aiguise ses armes, disperse les forces hostiles et ouvre un vaste domaine sûr où les dieux (et les puissances supérieures de l’adorant) peuvent agir.
Sukta 10.181
Ce bref hymne médite sur la manière dont la puissance du sacrifice est « portée » et rendue efficace par une formulation correcte — le mètre (Anuṣṭubh), la découverte inspirée et la juste parole yājñika (yajus). Il rapporte l’efficacité du rite à une triade de sources divines — Dhātṛ comme ordonnateur, Savitṛ comme impulsateur et Viṣṇu comme pénétrant — par lesquelles sont retrouvés et amenés dans le champ rituel les sièges cachés du yajña, les formules primordiales et le « gharma » solaire (chaleur sacrificielle).
Sukta 10.182
Ce bref hymne invoque Narāśaṃsa afin qu’il protège le sacrifiant, en particulier durant les offrandes préliminaires (prayāja) et les offrandes subséquentes (anuyāja), assurant ainsi paix et bien-être dans le rite. Il demande que la parole nuisible (aśasti) et la mauvaise intention (durmati) soient rejetées, et que les forces hostiles — surtout les Rakṣasas qui s’opposent au brahman (la formulation sacrée) — soient brûlées et détruites par une puissance protectrice ardente.
Sukta 10.183
Ce bref hymne tardif du Rig-Véda invoque une Puissance génératrice née du tapas afin qu’elle « naisse » et qu’elle accorde une descendance — surtout le fils désiré — avec la prospérité. Le voyant affirme percevoir intérieurement cette force comme consciente, œuvrant au rythme des saisons et incarnée ; le texte culmine dans une révélation à la première personne d’une créatrice immanente qui dépose l’embryon dans les plantes et soutient la naissance à travers les mondes.
Sukta 10.184
RV 10.184 est un hymne bref mais puissant de génération, qui invoque plusieurs artisans divins de la création afin d’établir et de protéger une grossesse. Il demande à Viṣṇu de « préparer le sein maternel », à Tvaṣṭṛ de façonner la forme, à Prajāpati et à Dhātṛ d’insuffler et de placer l’embryon ; puis il appelle Sinīvālī, Sarasvatī et les Aśvins à assurer la conception et à conduire l’enfant jusqu’à la naissance à terme au dixième mois.
Sukta 10.185
Ce bref hymne de trois strophes invoque les « Trois » Ādityas — Mitra, Aryaman et Varuṇa — comme vastes soutiens du ṛta (l’ordre cosmique) et comme protecteurs de la vie humaine. Il demande leur force lumineuse et une garde inexpugnable, afin que les puissances hostiles et la parole malveillante ne puissent prendre le dessus sur le chemin de l’homme. L’hymne s’achève sur la promesse que les fils d’Aditi accordent une lumière continue et la vitalité au mortel qu’ils favorisent.
Sukta 10.186
Ce bref hymne en trois strophes invoque Vāta (le Vent) comme un guérisseur bienveillant, qui apporte paix et joie au cœur et porte le souffle vital vers la plénitude de la vie. Le lien s’approfondit en s’adressant à Vāta comme à un père, un frère et un ami ; enfin, on demande une part du « trésor d’immortalité » que l’on croit conservé dans la demeure même de Vāta — c’est‑à‑dire une vitalité soutenante, sans mort, pour continuer à vivre.
Sukta 10.187
Ce bref hymne à Agni invoque à plusieurs reprises le Feu comme le puissant « taureau » des mondes et lui demande de porter l’adorant au-delà des forces hostiles — adversaires extérieurs comme résistances intérieures. Agni est loué comme la puissance lumineuse qui écrase les rakṣas (forces de distorsion) par sa flamme pure, et comme un feu transcendant « né sur l’autre rive », guidant le sacrifice et la parole vers la sûreté et la victoire.
Sukta 10.188
Ce bref hymne invoque Agni en tant que Jātavedas, pressant son « coursier » — sa puissance rapide et efficace — de venir prendre place sur le barhis préparé, le sol rituel sacré. Le poète élève ensuite une louange bien formée à Agni, généreux dispensateur, et appelle enfin les rayons resplendissants d’Agni — ceux qui portent les offrandes vers les dieux — à impulser et mener à bonne fin le sacrifice.
Sukta 10.189
Ce bref hymne, hautement symbolique, suit le mouvement d’une « vache » rayonnante de lumière bigarrée — souvent comprise comme l’Aurore ou l’illumination solaire — qui marche devant la Mère (la Terre) et s’avance vers le Père (le Ciel). Il dépeint ensuite la Puissance cosmique qui « expire et inspire », révélant le ciel par un mouvement rythmique, et s’achève sur la vision de l’« oiseau » solaire (pataṅga) en qui est établie Vāk (la Parole), resplendissant à travers de nombreux mondes à chaque aube et chaque jour.
Sukta 10.190
Ce bref hymne cosmogonique retrace le déploiement ordonné de la création : du tapas (chaleur créatrice) naissent Ṛta et Satya, puis la Nuit et l’Océan cosmique, et de là l’Année qui mesure les jours et les nuits. Il culmine avec Dhātṛ, l’Ordonnateur, qui place le Soleil et la Lune et établit les mondes superposés — ciel, terre, espace intermédiaire et svah — affirmant ainsi que le cosmos est fondé sur un ordre intelligible.
Sukta 10.191
Ce bref hymne relie l’allumage d’Agni à l’allumage de la concorde parmi les hommes : de même que le feu parvient à sa plénitude grâce au combustible rassemblé, ainsi une communauté se fortifie par l’intention réunie. Il prie pour une parole commune, un esprit commun et un rite commun, présentant le yajña comme le moyen pratique de former « une seule conscience » dans la multiplicité.
It is widely regarded as a late compilation because it gathers many seers and styles and includes more explicit philosophical speculation, social themes, and life-cycle rites than the family books. Its contents range from ritual praise to reflective hymns on creation, speech, law (ṛta), and death.
The best-known are RV 10.129 (Nāsadīya Sūkta on creation and uncertainty), RV 10.121 (Hiraṇyagarbha on the cosmic origin), RV 10.125 (Vāc Sūkta on the divinity of speech), and RV 10.14–10.15 (Yama and the Fathers in funerary context).
They emphasize two complementary strands: mantra (brahman) as an inner, forceful power that breaks hostile divisions and restores right order through inspired speech, and protection/victory through cosmic guardianship—especially Night’s shelter and Agni’s commanding, protective agency. Together they frame Mandala 10 as both reflective and practical: metaphysical inquiry alongside rites and safeguards for human life.
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