Rig Veda Sukta 90
Mandala 10Sukta 9016 Mantras

Sukta 90

Sukta 10.90

Rishi

Nārāyaṇa / Purusha-sūkta tradition (later Anukramaṇī attribution varies; commonly ‘Nārāyaṇa’ or ‘unknown’ in scholarly catalogues)

Devata

Puruṣa (Cosmic Being)

Chandas

Triṣṭubh (standard for much of 10.90; verify per verse in critical edition)

Le Puruṣa Sūkta présente la Personne cosmique (Puruṣa) comme omniprésente : elle contient le monde entier et le dépasse pourtant. Il décrit la création comme un sacrifice primordial, d’où l’univers, le Veda et les fonctions socio-cosmiques émergent comme des expressions ordonnées d’un seul Être intégral. La visée de l’hymne est contemplative et rituelle : fonder le yajña et le dharma sur un unique prototype cosmique.

Mantras

Mantra 1

सहस्रशीर्षा पुरुषः सहस्राक्षः सहस्रपात् । स भूमिं विश्वतो वृत्वात्यतिष्ठद्दशाङ्गुलम् ॥

Le Puruṣa a mille têtes, mille yeux, mille pieds. Enveloppant la terre de toutes parts, il la dépasse, se tenant au-delà d’elle de dix doigts.

Mantra 2

पुरुष एवेदं सर्वं यद्भूतं यच्च भव्यम् । उतामृतत्वस्येशानो यदन्नेनातिरोहति ॥

Le Puruṣa est vraiment tout ceci: ce qui fut et ce qui sera. Et il est le seigneur de l’immortalité, car par la nourriture il s’élève au-delà, dépassant par ce dont il se nourrit.

Mantra 3

एतावानस्य महिमातो ज्यायाँश्च पूरुषः । पादोऽस्य विश्वा भूतानि त्रिपादस्यामृतं दिवि ॥

Telle est sa grandeur — et Puruṣa est encore plus grand que cela. Un quart de lui, ce sont tous les êtres; trois quarts de lui, l’Immortel au ciel.

Mantra 4

त्रिपादूर्ध्व उदैत्पुरुषः पादोऽस्येहाभवत्पुनः । ततो विष्वङ्व्यक्रामत्साशनानशने अभि ॥

Trois quarts de Puruṣa s’élevèrent vers le haut; un quart de lui redevint ici. De là, il se déploya de toutes parts — vers ce qui mange et vers ce qui ne mange pas.

Mantra 5

तस्माद्विराळजायत विराजो अधि पूरुषः । स जातो अत्यरिच्यत पश्चाद्भूमिमथो पुरः ॥

De lui naquit Virāj, et de Virāj surgit Puruṣa. Né, il dépassa — derrière la terre comme devant elle.

Mantra 6

यत्पुरुषेण हविषा देवा यज्ञमतन्वत । वसन्तो अस्यासीदाज्यं ग्रीष्म इध्मः शरद्धविः ॥

Quand les dieux, prenant Puruṣa pour havis (offrande sacrificielle), déployèrent le sacrifice, le printemps devint son ājya (beurre clarifié), l’été son idhma (bois de feu), l’automne son havis (oblation).

Mantra 7

तं यज्ञं बर्हिषि प्रौक्षन्पुरुषं जातमग्रतः । तेन देवा अयजन्त साध्या ऋषयश्च ये ॥

Ce sacrifice, ils l’aspergèrent sur le barhis (litière sacrée) : Puruṣa, né au-devant, au commencement. Par lui sacrifièrent les dieux, et les Sādhyas, et les Ṛṣis aussi.

Mantra 8

तस्माद्यज्ञात्सर्वहुतः सम्भृतं पृषदाज्यम् । पशून्ताँश्चक्रे वायव्यानारण्यान्ग्राम्याश्च ये ॥

De ce sacrifice tout-offert (sarvahuta) fut rassemblé le pṛṣad-ājya, l’ājya tacheté (beurre clarifié consacré). De là il façonna les bêtes : celles des vents, celles de la forêt et celles du village.

Mantra 9

तस्माद्यज्ञात्सर्वहुत ऋचः सामानि जज्ञिरे । छन्दांसि जज्ञिरे तस्माद्यजुस्तस्मादजायत ॥

De ce sacrifice d’oblation totale (sarvahuta) naquirent les strophes Ṛc et les chants Sāman ; de là naquirent les mètres (chandas) ; de là aussi se manifesta le Yajus.

Mantra 10

तस्मादश्वा अजायन्त ये के चोभयादतः । गावो ह जज्ञिरे तस्मात्तस्माज्जाता अजावयः ॥

De là naquirent les chevaux — tous ceux qui ont des dents des deux sortes ; de là naquirent les bovins ; de là aussi naquirent les chèvres et les brebis.

Mantra 11

यत्पुरुषं व्यदधुः कतिधा व्यकल्पयन् । मुखं किमस्य कौ बाहू का ऊरू पादा उच्येते ॥

Quand ils disposèrent le Puruṣa et le répartirent de multiples façons, qu’est-ce qui devint sa bouche ? Quels furent ses bras ? Qu’appelle‑t‑on ses cuisses, et qu’appelle‑t‑on ses pieds ?

Mantra 12

ब्राह्मणोऽस्य मुखमासीद्बाहू राजन्यः कृतः । ऊरू तदस्य यद्वैश्यः पद्भ्यां शूद्रो अजायत ॥

Le Brāhmaṇa fut sa bouche ; ses bras devinrent le Rājanya (Kṣatriya). Ses cuisses sont ce qu’est le Vaiśya ; de ses pieds naquit le Śūdra.

Mantra 13

चन्द्रमा मनसो जातश्चक्षोः सूर्यो अजायत । मुखादिन्द्रश्चाग्निश्च प्राणाद्वायुरजायत ॥

La Lune naquit de l’esprit ; de l’œil naquit le Soleil. De la bouche surgirent Indra et Agni ; du souffle naquit Vāyu.

Mantra 14

नाभ्या आसीदन्तरिक्षं शीर्ष्णो द्यौः समवर्तत । पद्भ्यां भूमिर्दिशः श्रोत्रात्तथा लोकाँ अकल्पयन् ॥

Du nombril naquit l’espace intermédiaire (Antarikṣa) ; de la tête se mit en ordre le ciel. Des pieds naquit la terre ; de l’ouïe, les directions : ainsi façonnèrent-ils les mondes.

Mantra 15

सप्तास्यासन्परिधयस्त्रिः सप्त समिधः कृताः । देवा यद्यज्ञं तन्वाना अबध्नन्पुरुषं पशुम् ॥

Sept furent les enceintes (paridhis), et trois fois sept bois d’allumage (samidhs) furent apprêtés. Quand les dieux déployaient le sacrifice, ils lièrent le Puruṣa comme victime sacrificielle (paśu).

Mantra 16

यज्ञेन यज्ञमयजन्त देवास्तानि धर्माणि प्रथमान्यासन् । ते ह नाकं महिमानः सचन्त यत्र पूर्वे साध्याः सन्ति देवाः ॥

Par le sacrifice, les dieux sacrifièrent le Sacrifice au Sacrifice; telles furent les premières lois (dharmāṇi). Par cette grandeur ils atteignirent le plus haut ciel, là où demeurent les antiques Sādhyas — dieux accomplis.

Frequently Asked Questions

Puruṣa is the Cosmic Person—the all-pervading Being who contains the universe and also transcends it. The hymn presents all worlds and beings as expressions of this one total reality.

It teaches that the universe arises through a primordial “all-offering” in which order, life, and sacred speech unfold from the One. Yajña is shown not only as a ritual act but as a cosmic principle of transformation and harmony.

Because it became a key text for explaining the unity behind diversity, the sacred basis of dharma, and the idea that Vedic speech and ritual mirror cosmic structure. It is widely recited in rituals and interpreted in Vedānta and devotional traditions.

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