
Le chapitre déploie un enseignement théologique en plusieurs strates. Yudhiṣṭhira demande à Mārkaṇḍeya comment le tīrtha de Jāleśvara, évoqué précédemment, confère un mérite exceptionnel, vénéré par les siddha et les ṛṣi. Mārkaṇḍeya élève Jāleśvara au rang de lieu sacré sans égal, puis en donne une justification cosmico-historique : les deva et les ṛṣi sont tourmentés par Bāṇa et des asura alliés, liés à la redoutable Tripura mobile. Ils cherchent d’abord refuge auprès de Brahmā, qui reconnaît l’invulnérabilité pratique de Bāṇa, sauf par l’action de Śiva ; ils s’approchent alors de Mahādeva avec des hymnes soulignant la théologie multiforme de Śiva (motifs du pañcākṣara, du pañcavaktra et de l’aṣṭamūrti). Śiva promet de résoudre la crise et appelle Nārada comme instrument décisif. Nārada est envoyé à Tripura pour susciter une différenciation interne par « de nombreux dharma ». Il parvient à la cité splendide de Bāṇa, y est accueilli avec honneur, et s’entretient avec Bāṇa et la reine. Le propos se tourne ensuite vers l’instruction normative : Nārada enseigne aux femmes des cadres de vrata et de dāna liés aux tithi lunaires, avec une liste de dons (nourritures, vêtements, sel, ghee, etc.) et les fruits attribués (santé, auspice, continuité de la lignée). Un ensemble majeur détaille le vœu Madhūkā/Lalitā, commençant à Caitra śukla tṛtīyā : installation et culte d’une image de l’arbre madhuka avec Śiva-Umā, adoration des membres selon les mantras, formules d’arghya et de karaka-dāna, observance mensuelle, puis udyāpana annuel avec offrande au guru/ācārya. Le chapitre s’achève sur les phala : dissipation du malheur, accroissement de l’harmonie conjugale et de la prospérité, et renaissances favorables, dans un cadre éthique et rituel.
Verse 1
युधिष्ठिर उवाच । जालेश्वरेऽपि यत्प्रोक्तं त्वया पूर्वं द्विजोत्तम । तत्कथं तु भवेत्पुण्यमृषिसिद्धनिषेवितम्
Yudhiṣṭhira dit : Ô meilleur des deux-fois-nés, ce que tu as jadis déclaré au sujet de Jāleśvara, comment naît ce mérite sacré, ce tīrtha fréquenté par les ṛṣi et les siddha ?
Verse 2
श्रीमार्कण्डेय उवाच । जालेश्वरात्परं तीर्थं न भूतं न भविष्यति । तस्योत्पत्तिं कथयतः शृणु त्वं पाण्डुनन्दन
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Nul tīrtha plus élevé que Jāleśvara n’a existé, et jamais n’existera. Écoute, ô fils de Pāṇḍu, tandis que j’en raconte l’origine.
Verse 3
पुरा ऋषिगणाः सर्वे सेन्द्राश्चैव मरुद्गणाः । तापिता असुरैः सर्वैः क्षयं नीता ह्यनेकशः
Dans les temps anciens, toutes les assemblées de ṛṣi—avec Indra et les troupes des Marut—furent tourmentées par les asura et, maintes fois, réduites à la ruine de bien des façons.
Verse 4
बाणासुरप्रभृतिभिर्जम्भशुम्भपुरोगमैः । वध्यमाना ह्यनेकैश्च ब्रह्माणं शरणं गताः
Pourchassés et frappés par beaucoup—menés par Bāṇāsura et suivis de Jambha et de Śumbha—les deva cherchèrent refuge auprès de Brahmā.
Verse 5
विमानैः पर्वताकारैर्हयैश्चैव गजोपमैः । स्यन्दनैर्नगराकारैः सिंहशार्दूलयोजितैः
Ils vinrent sur des vimāna vastes comme des montagnes, avec des chevaux pareils à des éléphants, et des chars semblables à des cités, attelés de lions et de tigres.
Verse 6
कच्छपैर्मकरैश्चान्ये जग्मुरन्ये पदातयः । प्राप्य ते परमं स्थानमशक्यं यदधार्मिकैः
Les uns allèrent sur des tortues et des makara, d’autres à pied. Ainsi atteignirent-ils la demeure suprême, inaccessible aux injustes.
Verse 7
दृष्ट्वा पद्मोद्भवं देवं सर्वलोकस्य शङ्करम् । ते सर्वे तत्र गत्वा तु स्तुतिं चक्रुः समाहिताः
Ayant contemplé le dieu né du lotus, Śaṅkara, bienfaiteur de tous les mondes, ils s’y rendirent tous et, l’esprit recueilli, offrirent des hymnes de louange.
Verse 8
देवा ऊचुः । जयामेय जयाभेद जय सम्भूतिकारक । पद्मयोने सुरश्रेष्ठ त्वां वयं शरणं गताः
Les dieux dirent : « Victoire à toi, ô invincible ; victoire, source de toute manifestation ! Ô né du lotus, le meilleur des dieux, nous venons à toi pour refuge. »
Verse 9
तच्छ्रुत्वा तु वचो देवो देवानां भावितात्मनाम् । मेघगम्भीरया वाचा प्रत्युवाच पितामहः
Entendant ces paroles des dieux au cœur maîtrisé, Pitāmaha répondit d’une voix profonde comme les nuées du tonnerre.
Verse 10
किं वो ह्यागमनं देवाः सर्वेषां च विवर्णता । केनावमानिताः सर्वे शीघ्रं कथयतामराः
« Pourquoi êtes-vous venus, ô dieux, et pourquoi vous vois-je tous si pâles ? Par qui avez-vous été outragés ? Dites-le-moi vite, ô immortels. »
Verse 11
देवा ऊचुः । बाणो नाम महावीर्यो दानवो बलदर्पितः । तेनास्माकं हृतं सर्वं धनरत्नैर्वियोजिताः
Les dieux dirent : « Il est un dānava nommé Bāṇa, grand héros, enivré de l’orgueil de sa force. Il nous a tout ravi, nous dépouillant de richesses et de joyaux. »
Verse 12
देवानां वचनं श्रुत्वा ब्रह्मा लोकपितामहः । चिन्तयामास देवेशस्तस्य नाशाय या क्रिया
Ayant entendu les paroles des dieux, Brahmā, l’Aïeul des mondes, se mit à réfléchir à l’acte qui pourrait amener sa destruction.
Verse 13
अवध्यो दानवः पापः सर्वेषां वै दिवौकसाम् । मुक्त्वा तु शङ्करं देवं न मया न च विष्णुना
«Ce dānava pécheur est invulnérable à tous les habitants du ciel ; hormis Śaṅkara, il ne peut être tué, ni par moi ni par Viṣṇu.»
Verse 14
तत्रैव सर्वे गच्छामो यत्र देवो महेश्वरः । स गतिश्चैव सर्वेषां विद्यतेऽन्यो न कश्चन
«Allons tous là où demeure le Seigneur Maheśvara. Il est l’unique refuge et l’ultime voie de tous ; en dehors de Lui, nul autre destin n’existe.»
Verse 15
एवमुक्त्वा सुरैः सर्वैर्ब्रह्मा वेदविदांवरः । ब्राह्मणैः सह विद्वद्भिरतो यत्र महेश्वरः
Après avoir ainsi parlé à tous les Devas, Brahmā, le plus éminent des connaisseurs des Vedas, partit avec de savants brāhmaṇas vers le lieu où se tient Maheśvara.
Verse 16
स्तुतिभिश्च सुपुष्टाभिस्तुष्टाव परमेश्वरम्
Et par des hymnes bien formés et puissants, ils louèrent Parameśvara.
Verse 17
देवा ऊचुः । जय त्वं देवदेवेश जयोमार्धशरीरधृक् । वृषासन महाबाहो शशाङ्ककृतभूषण
Les Deva dirent : Victoire à Toi, Seigneur des seigneurs des dieux ! Victoire à Toi qui portes Umā comme la moitié de Ton corps. Ô Cavalier du Taureau, aux bras puissants, dont l’ornement est la lune !
Verse 18
नमः शूलाग्रहस्ताय नमः खट्वाङ्गधारिणे । जय भूतपते देव दक्षयज्ञविनाशन
Hommage à Celui dont la main tient la pointe du trident ; hommage au porteur du khaṭvāṅga. Victoire à Toi, Seigneur des êtres — ô Deva, destructeur du sacrifice de Dakṣa !
Verse 19
पञ्चाक्षर नमो देव पञ्चभूतात्मविग्रह । पञ्चवक्त्रमयेशान वेदैस्त्वं तु प्रगीयसे
Hommage à Toi par le mantra aux cinq syllabes, ô Deva — Toi dont la forme est l’âme même des cinq grands éléments. Ô Īśāna, manifesté comme le Cinq-Visages, Tu es véritablement chanté dans les Veda.
Verse 20
सृष्टिपालनसंहारांस्त्वं सदा कुरुषे नमः । अष्टमूर्ते स्मरहर स्मर सत्यं यथा स्तुतः
Hommage à Toi qui accomplis sans cesse création, maintien et dissolution. Ô Toi aux Huit Formes, destructeur de Kāma, souviens-Toi de notre prière comme vraie, ainsi que Tu es loué.
Verse 21
पञ्चात्मिका तनुर्देव ब्राह्मणैस्ते प्रगीयते । सद्यो वामे तथाघोरे ईशो तत्पुरुषे तथा
Ô Deva, les Brāhmaṇa chantent que Ton corps est d’essence quintuple : Sadyojāta, Vāma, Aghora, Īśa, et aussi Tatpuruṣa.
Verse 22
हेमजाले सुविस्तीर्णे हंसवत्कूजसे हर । एवं स्तुतो मुनिगणैर्ब्रह्माद्यैश्च सुरासुरैः
Ô Hara, dans l’immense étendue d’or, tu résonnes tel le chant du cygne. Ainsi fus-tu loué par les multitudes de sages, par Brahmā et les autres dieux, et par les Devas comme par les Asuras.
Verse 23
प्रहृष्टः सुमना भूत्वा सुरसङ्घानुवाच ह
Dans la joie, le cœur plein de bienveillance, il s’adressa alors aux troupes rassemblées des Devas.
Verse 24
ईश्वर उवाच । स्वागतं देवविप्राणां सुप्रभाताद्य शर्वरी । किं कुर्मो वदत क्षिप्रं कोऽन्यः सेव्यः सुरासुरैः
Īśvara dit : «Soyez les bienvenus, ô dieux et brahmanes-sages. Cette nuit s’est changée en une aurore de bon augure. Dites-moi vite : que devons-nous faire ? Qui d’autre est digne d’être recherché comme refuge et service par les Devas et les Asuras ensemble ?»
Verse 25
किं दुःखं को नु सन्तापः कुतो वो भयमागतम् । कथयध्वं महाभागाः कारणं यन्मनोगतम्
«Quel chagrin est-ce là ? Quelle affliction s’est levée ? D’où vient votre peur ? Dites-moi, ô bienheureux, la cause qui pèse sur vos cœurs.»
Verse 26
एवमुक्तास्तु रुद्रेण प्रत्यवोचन्सुरर्षभाः । स्वान्स्वान्देहान्दर्शयन्तो लज्जमाना अधोमुखाः
Ainsi interpellés par Rudra, les meilleurs des dieux répondirent, montrant leurs propres corps, honteux, le visage baissé.
Verse 27
अस्ति घोरो महावीर्यो दानवो बलदर्पितः । बाणो नामेति विख्यातो यस्य तत्त्रिपुरं महत्
Il est un Dānava redoutable, d’une grande vaillance, enivré de sa force et de son orgueil, célèbre sous le nom de Bāṇa. À lui appartient la vaste cité appelée Tripura.
Verse 28
तेन वै सुतपस्तप्तं दशवर्षशतानि हि । तस्य तुष्टोऽभवद्ब्रह्मा नियमेन दमेन च
Il accomplit de rudes austérités durant mille années entières. Satisfait par ses observances et sa maîtrise de soi, Brahmā fut content de lui.
Verse 29
पुराणि तान्यभेद्यानि ददौ कामगमानि वै । आयसं राजतं चैव सौवर्णं च तथापरम्
Il lui accorda ces cités : inviolables et se mouvant à volonté—l’une de fer, l’autre d’argent, et une autre encore d’or.
Verse 30
त्रिपुरं ब्रह्मणा सृष्टं भ्रमत्तत्कामगामि च । तस्यैव तु बलोत्कृष्टास्त्रिपुरे दानवाः स्थिताः
Tripura fut façonnée par Brahmā, errante et se mouvant selon le désir. Là, au sein de Tripura, demeuraient des Dānavas d’une force exceptionnelle, qui lui étaient attachés.
Verse 31
त्रैलोक्यं सकलं देव पीडयन्ति महासुराः । दण्डपाशासिशस्त्राणि अविकारे विकुर्वते । त्रिपुरं दानवैर्जुष्टं भ्रमत्तच्चक्रसंनिभम्
Ô Deva, les grands asuras tourmentent l’ensemble des trois mondes. Avec massues, lassos, épées et armes, ils sèment le ravage sans retenue. Tripura, remplie de Dānavas, erre telle une roue en rotation.
Verse 32
क्वचिद्दृश्यमदृश्यं वा मृगतृष्णैव लक्ष्यते
Tantôt on le voit, tantôt on ne le voit pas : il apparaît tel un mirage.
Verse 33
यस्मिन्पतति तद्दिव्यं दृप्तस्य त्रिपुरं महत् । न तत्र ब्राह्मणा देवा गावो नैव तु जन्तवः
Là où descend cette Tripura, divine et immense, de l’orgueilleux, il n’y a ni brāhmaṇas, ni dieux, ni vaches ; en vérité, nul être vivant n’y demeure.
Verse 34
न तत्र दृश्यते किंचित्पतेद्यत्र पुरत्रयम् । नद्यो ग्रामाश्च देशाश्च बहवो भस्मसात्कृताः
Là où tombe la Triple Cité (Tripura), on ne voit plus rien subsister ; bien des rivières, des villages et des contrées entières sont réduits en cendres.
Verse 35
सुवर्णं रजतं चैव मणिमौक्तिकमेव च । स्त्रीरत्नं शोभनं यच्च तत्सर्वं कर्षते बलात्
Or et argent, gemmes et perles, et même le précieux trésor des femmes : tout ce qui est splendide, il l’emporte par la seule violence de sa force.
Verse 36
न शस्त्रेण न चास्त्रेण न दिवा निशि वा हर । शक्यते देवसङ्घैश्च निहन्तुं स कथंचन
Ni par les armes de la main ni par les traits; ni de jour ni de nuit, ô Hara, les cohortes des dieux ne peuvent en aucune manière le mettre à mort.
Verse 37
तद्दहस्व महादेव त्वं हि नः परमा गतिः । एवं प्रसादं देवेश सर्वेषां कर्तुमर्हसि
Ainsi, consume cela par le feu, ô Mahādeva, car Tu es notre refuge suprême. Ô Seigneur des dieux, daigne accorder une telle grâce à tous.
Verse 38
येन देवाश्च गन्धर्वा ऋषयश्च तपोधनाः । परां धृतिं समायान्ति तत्प्रभो कर्तुमर्हसि
Ô Seigneur, accomplis ce par quoi les dieux, les Gandharvas et les sages riches d’austérités retrouvent la suprême constance et le courage.
Verse 39
ईश्वर उवाच । एतत्सर्वं करिष्यामि मा विषादं गमिष्यथ । अचिरेणैव कालेन कुर्यां युष्मत्सुखावहम्
Īśvara dit : «Je ferai tout cela ; ne tombez pas dans le chagrin. En très peu de temps, j’accomplirai ce qui vous apportera bien et bonheur».
Verse 40
आश्वासयित्वा तान्देवान्सर्वानिन्द्रपुरोगमान् । चिन्तयामास देवेशस्त्रिपुरस्य वधं प्रति
Après avoir rassuré tous ces dieux, avec Indra à leur tête, le Seigneur des dieux se mit à méditer sur la mise à mort de Tripura.
Verse 41
कथं केन प्रकारेण हन्तव्यं त्रिपुरं मया । तमेकं नारदं मुक्त्वा नान्योपायो विधीयते
«Comment, et par quel moyen, dois-je abattre Tripura ? En dehors de cet unique—Nārada—nul autre moyen ne se présente».
Verse 42
एवं संस्तभ्य चात्मानं ततो ध्यातः स नारदः । तत्क्षणादेव सम्प्राप्तो वायुभूतो महातपाः
Ainsi, s’étant affermi, il médita sur Nārada ; et à l’instant même, le grand ascète arriva, rapide comme le vent.
Verse 43
कमण्डलुधरो देवस्त्रिदण्डी ज्ञानकोविदः । योगपट्टाक्षसूत्रेण छत्रेणैव विराजितः
Ce sage divin, portant le kamaṇḍalu, tenant le triple bâton, expert en la connaissance sacrée, et paré d’une ceinture yogique, d’un rosaire et d’un parasol, rayonnait de splendeur.
Verse 44
जटाजूटाबद्धशिरा ज्वलनार्कसमप्रभः । त्रिधा प्रदक्षिणीकृत्य दण्डवत्पतितो भुवि
La tête liée par un chignon de jaṭā, brillant comme le feu ardent et le soleil, il fit trois pradakṣiṇā puis se jeta à terre en prosternation totale.
Verse 45
कृताञ्जलिपुटो भूत्वा नारदो भगवान्मुनिः । स्तोत्रेण महता शर्वः स्तुतो भक्त्या महामनाः
Alors le bienheureux sage Nārada, les paumes jointes en révérence, loua Śarva (Śiva) par un grand hymne, le cœur empli de dévotion.
Verse 46
नारद उवाच । जय शम्भो विरूपाक्ष जय देव त्रिलोचन । जय शङ्कर ईशान रुद्रेश्वर नमोऽस्तु ते
Nārada dit : Victoire à toi, Śambhu, l’aux yeux singuliers ; victoire à toi, divin Trilocana, le Trois-Yeux. Victoire à toi, Śaṅkara, Īśāna, Rudreśvara ; salutations à toi !
Verse 47
त्वं पतिस्त्वं जगत्कर्ता त्वमेव लयकृद्विभो । त्वमेव जगतां नाथो दुष्टातकनिषूदनः
Tu es le Seigneur ; tu es le créateur du monde, et toi seul en accomplis la dissolution, ô Toi qui pénètres tout. Toi seul es le Maître des êtres, le destructeur des méchants et du péché.
Verse 48
त्वं नः पाहि सुरेशान त्रयीमूर्ते सनातन । भवमूर्ते भवारे त्वं भजतामभयो भव
Protège-nous, ô Seigneur des dieux, ô Éternel dont la forme est celle des trois Veda. Ô Bhava, dont l’être même est existence et qui dissipe le devenir du monde, accorde l’intrépidité à ceux qui te vénèrent.
Verse 49
भवभावविनाशार्थं भव त्वां शरणं भजे । किमर्थं चिन्तितो देव आज्ञा मे दीयतां प्रभो
Pour anéantir le devenir du monde, ô Bhava, je prends refuge en toi. Dans quel dessein as-tu été invoqué, ô Dieu ? Accorde-moi ton ordre, ô Seigneur.
Verse 50
कस्य संक्षोभये चित्तं को वाद्य पततु क्षितौ । कमद्य कलहेनाहं योजये जयतांवर
De qui troublerai-je l’esprit ? Qui donc sera jeté à terre ? Qui, aujourd’hui, engagerai-je dans le conflit par la querelle, ô meilleur des vainqueurs ?
Verse 51
नारदस्य वचः श्रुत्वा देवदेवो महेश्वरः । उत्फुल्लनयनो भूत्वा इदं वचनमब्रवीत्
Entendant les paroles de Nārada, Maheśvara, le Dieu des dieux, les yeux épanouis de joie, prononça ces mots.
Verse 52
स्वागतं ते मुनिश्रेष्ठ सदैव कलहप्रिय । वीणावादनतत्त्वज्ञ ब्रह्मपुत्र सनातन
Sois le bienvenu, ô le plus éminent des munis, toujours porté à éveiller les querelles ; connaisseur de l’art véritable du jeu de la vīṇā ; fils éternel de Brahmā.
Verse 53
गच्छ नारद शीघ्रं त्वं यत्र तत्त्रिपुरं महत् । बाणस्य दानवेन्द्रस्य सर्वलोकभयावहम्
Va vite, Nārada, là où se trouve la grande Tripura, qui appartient à Bāṇa, seigneur des Dānavas, et qui répand la crainte dans tous les mondes.
Verse 54
भर्तारो देवतातुल्याः स्त्रियस्तत्राप्सरःसमाः । तासां वै तेजसा चैव भ्रमते त्रिपुरं महत्
Dans cette cité, les époux sont semblables aux dieux eux-mêmes, et les femmes égales aux apsaras célestes. Oui, par l’éclat de ces femmes, la grande Tripura semble tournoyer et scintiller.
Verse 55
न शक्यते कथं भेत्तुं सर्वोपायैर्द्विजोत्तम । गत्वा त्वं मोहय क्षिप्रं पृथग्धर्मैरनेकधा
On ne peut la briser par aucun moyen, ô le meilleur des deux-fois-nés. Va donc : trouble-les sans tarder, en les divisant de multiples façons par des règles de dharma divergentes.
Verse 56
नारद उवाच । तव वाक्येन देवेश भेदयामि पुरोत्तमम् । अभेद्यं बहुधोपायैर्यत्तु देवैः सवासवैः
Nārada dit : «Par ta parole, ô Seigneur des Devas, je diviserai cette cité suprême, tenue pour imprenable même par les dieux avec Indra, malgré maints moyens».
Verse 57
एवमुक्त्वा गतो भूप शतयोजनमायतम् । बाणस्य तत्पुरश्रेष्ठमृद्धिवृद्धिसमायुतम्
Ayant ainsi parlé, ô roi, il se rendit à la cité de Bāṇa, longue de cent yojanas, métropole éminente, comblée de prospérité et d’une splendeur sans cesse grandissante.
Verse 58
कृतकौतुकसम्बाधं नानाधातुविचित्रितम् । अनेकहर्म्यसंछन्नमनेकायतनोज्ज्वलम्
Elle était pleine de merveilles façonnées, chatoyante de maints minéraux et métaux; couverte d’innombrables demeures et rayonnante de nombreux sanctuaires et halls.
Verse 59
द्वारतोरणसंयुक्तं कपाटार्गलभूषितम् । बहुयन्त्रसमोपेतं प्राकारपरिखोज्ज्वलम्
Elle était pourvue de portes et de portiques, ornée de battants et de verrous; munie de nombreux mécanismes, et resplendissante de remparts et de fossés.
Verse 60
वापीकृपतडागैश्च देवतायतनैर्युतम् । हंसकारण्डवाकीर्णं पद्मिनीखण्डमण्डितम्
Elle était embellie de puits, d’étangs et de bassins, et accompagnée de temples et de sanctuaires. Elle regorgeait de cygnes et d’oiseaux kāraṇḍava, et se parait de vastes bosquets de lotus.
Verse 61
अनेकवनशोभाढ्यं नानाविहगमण्डितम् । एवं गुणगणाकीर्णं बाणस्य पुरमुत्तमम्
Riche de la beauté de nombreuses forêts et parée d’oiseaux variés, telle était l’excellente cité de Bāṇa, débordante de multitudes de nobles qualités.
Verse 62
तस्य मध्ये महाकायं सप्तकक्षं सुशोभितम् । बाणस्य भवनं दिव्यं सर्वं काञ्चनभूषितम्
En son milieu s’élevait le palais divin de Bāṇa : immense de stature, harmonieusement ordonné en sept chambres, et tout entier paré d’or.
Verse 63
मौक्तिकादामशोभाढ्यं वज्रवैडूर्यभूषितम् । रुक्मपट्टतलाकीर्णं रत्नभूम्या सुशोभितम्
Il rayonnait de la beauté des guirlandes de perles, orné de diamants et de gemmes vaidūrya. Ses sols étaient incrustés de panneaux d’or, et le dallage étincelait de pierreries.
Verse 64
मत्तमातङ्गनिःश्वासैः स्यन्दनैः संकुलीकृतम् । हयहेषितशब्दैश्च नारीणां नूपुरस्वनैः
Il était encombré de chars et rempli du souffle brûlant des éléphants en rut ; il résonnait du hennissement des chevaux et du tintement des grelots aux chevilles des femmes.
Verse 65
खड्गतोमरहस्तैश्च वज्राङ्कुशशरायुधैः । रक्षितं घोररूपैश्च दानवैर्बलदर्पितैः
Il était gardé par de terribles Dānavas, enorgueillis de leur force, tenant épées et javelots, armés de foudres, d’aiguillons et de flèches.
Verse 66
एवं गुणगणाकीर्णं बाणस्य भवनोत्तमम् । कैलासशिखरप्रख्यं महेन्द्रभवनोपमम्
Ainsi était le très excellent palais de Bāṇa, comblé d’innombrables splendeurs : pareil au sommet du Kailāsa, comparable au séjour de Mahendra (Indra).
Verse 67
नारदो गगने शीघ्रमगमत्पुरसंमुखः । द्वारदेशं समासाद्य क्षत्तारं वाक्यमब्रवीत्
Nārada s’élança promptement dans le ciel vers la cité. Parvenu au lieu de la porte, il adressa ces paroles au chambellan, gardien du seuil.
Verse 68
भोभोः क्षत्तर्महाबुद्धे राजकार्यविशारद । शीघ्रं बाणाय चाचक्ष्व नारदो द्वारि तिष्ठति
«Hé, hé ! Ô chambellan, grand d’esprit et versé dans les affaires du roi, va promptement dire à Bāṇa que Nārada se tient à la porte.»
Verse 69
स वन्दयित्वा चरणौ नारदस्य त्वरान्वितः । सभामध्यगतं बाणं विज्ञप्तुमुपचक्रमे
S’étant incliné aux pieds de Nārada, il se hâta et entreprit d’en faire le rapport à Bāṇa, assis au milieu de la salle d’assemblée.
Verse 70
वेपमानाङ्गयष्टिस्तु करेणापिहिताननः । शृण्वतां सर्वयोधानामिदं वचनमब्रवीत्
Le corps tremblant, la main couvrant son visage, il prononça ces paroles, tandis que tous les guerriers écoutaient.
Verse 71
वन्दितो देवगन्धर्वैर्यक्षकिन्नरदानवैः । कलिप्रियो दुराराध्यो नारदो द्वारि तिष्ठति
«Nārada—vénéré des Devas et des Gandharvas, des Yakṣas, des Kinnaras et des Dānavas—qui aime semer la discorde et qu’il est malaisé d’apaiser, se tient à la porte.»
Verse 72
द्वारपालस्य तद्वाक्यं श्रुत्वा बाणस्त्वरान्वितः । द्वाःस्थमाह महादैत्यः सविस्मयमिदं तदा
Ayant entendu les paroles du gardien de la porte, Bāṇa parla en hâte ; et sur‑le‑champ, le grand Daitya, saisi d’étonnement, s’adressa au portier.
Verse 73
बाण उवाच । ब्रह्मपुत्रं सतेजस्कं दुःसहं दुरतिक्रमम् । प्रवेशय महाभागं किमर्थं वारितो बहिः
Bāṇa dit : «Fais entrer le fils de Brahmā, rayonnant, redoutable et qu’on ne saurait entraver. Ô bienheureux, pourquoi l’a‑t‑on retenu dehors ?»
Verse 74
श्रुत्वा प्रभोर्वचस्तस्य प्रावेशयदुदीरितम् । गत्वा वेगेन महता नारदं गृहमागतम्
Entendant l’ordre de son seigneur d’admettre l’hôte, il se hâta à grande vitesse et fit entrer Nārada dans la demeure du palais.
Verse 75
दृष्ट्वा देवर्षिमायान्तं नारदं सुरपूजितम् । साहसोत्थाय संहृष्टो ववन्दे चरणौ मुनेः
Voyant s’avancer le Devarṣi Nārada, honoré même des dieux, il se leva aussitôt, transporté de joie, et se prosterna aux pieds du sage.
Verse 76
ददौ चासनमर्घ्यं च पाद्यं पूजां यथाविधि । न्यवेदयच्च तद्राज्यमात्मानं बान्धवैः सह
Il offrit un siège, l’arghya, l’eau pour laver les pieds et le culte selon la règle ; puis il remit aussi son royaume—et lui‑même, avec ses proches—à la disposition du sage.
Verse 77
पप्रच्छ कुशलं चापि मुनिं बाणासुरः स्वयम्
Alors Bāṇāsura lui-même interrogea le sage sur son bien-être.
Verse 78
नारद उवाच । साधु साधु महाबाहो दनोर्वंशविवर्द्धन । कोऽन्यस्त्रिभुवने श्लाघ्यस्त्वां मुक्त्वा दनुपुंगव
Nārada dit : « Bien, bien, ô toi aux bras puissants, toi qui fais croître la lignée de Danu ! Qui donc, dans les trois mondes, est digne d’éloge, hormis toi, ô le plus éminent des Dānavas ? »
Verse 79
पूजितोऽहं दनुश्रेष्ठ धनरत्नैः सुशोभनैः । राज्येन चात्मना वापि ह्येवं कः पूजयेत्परः
« Ô le meilleur de la race de Danu, tu m’as honoré de richesses et de joyaux resplendissants, et même de ton royaume et de ta propre personne. Qui d’autre honorerait ainsi autrui ? »
Verse 80
न मे कार्यं हि भोगेन भुङ्क्ष्व राज्यमनामयम् । त्वद्दर्शनोत्सुकः प्राप्तो दृष्ट्वा देवं महेश्वरम्
« Je n’ai nul besoin de jouissances ; règne sur ton royaume en santé et en paix. Désireux de te voir, je suis venu, après avoir eu la vision du Seigneur Maheśvara. »
Verse 81
भ्रमते त्रिपुरं लोके स्त्रीसतीत्वान्मया श्रुतम् । तान्द्रष्टुकामः सम्प्राप्तस्त्वद्दारान्दानवेश्वर
« J’ai entendu dire dans le monde que Tripurā erre çà et là grâce à sa chasteté d’épouse. Désireux de les voir, je suis venu auprès de tes épouses, ô seigneur des Dānavas. »
Verse 82
मन्यसे यदि मे शीघ्रं दर्शयस्व च माचिरम् । नारदस्य वचः श्रुत्वा कञ्चुकिं समुदीक्ष्य वै
«Si tel est ton désir, montre-les-moi vite, sans tarder.» Ayant entendu les paroles de Nārada, le roi porta alors son regard vers le kancukī, le chambellan.
Verse 83
अन्तःपुरचरं वृद्धं दण्डपाणिं गुणान्वितम् । उवाच राजा हृष्टात्मा शब्देनापूरयन्दिशः
Le roi, l’âme réjouie, s’adressa au vénérable vieillard, vertueux, qui allait dans l’intérieur du palais des femmes, bâton en main, emplissant de sa voix les directions.
Verse 84
नारदाय महादेवीं दर्शयस्वेह कञ्चुकिन् । अन्तःपुरचरैः सर्वैः समेतामविशङ्कितः
«Ô kancukīn, fais paraître ici devant Nārada la Mahādevī, la grande Reine. Qu’elle vienne avec tous les serviteurs de l’intérieur, sans crainte ni soupçon.»
Verse 85
नाथस्याज्ञां पुरस्कृत्य गृहीत्वा नारदं करे । प्रविश्याकथयद्देव्यै नारदोऽयं समागतः
Honorant l’ordre du Seigneur, le kancukī prit Nārada par la main, entra au dedans et annonça à la Reine : «Voici Nārada ; il est arrivé».
Verse 86
दृष्ट्वा देवी मुनिश्रेष्ठं कृत्वा पादाभिवन्दनम् । आसनं काञ्चनं शुभ्रमर्घ्यपाद्यादिकं ददौ
Voyant le plus éminent des sages, la Reine se prosterna à ses pieds ; puis elle lui offrit un siège d’or pur et благоприятный, ainsi que l’arghya, l’eau pour les pieds et les autres rites d’accueil.
Verse 87
तस्यै स भगवांस्तुष्टो ह्याशीर्वादमदात्परम् । नान्या देवि त्रिलोकेऽपि त्वत्समा दृश्यतेऽङ्गना
Satisfait d’elle, le sage bienheureux lui accorda une bénédiction suprême : «Ô Devī, dans les trois mondes, nulle femme n’est vue égale à toi.»
Verse 88
पतिव्रता शुभाचारा सत्यशौचसमन्विता । यस्याः प्रभावात्त्रिपुरं भ्रमते चक्रवत्सदा
«Épouse vouée à son seigneur, de conduite noble, unie à la vérité et à la pureté : par la puissance de sa vertu spirituelle, Tripura elle-même tourne sans cesse comme une roue.»
Verse 89
तच्छ्रुत्वा वचनं देवी नारदस्य सुदान्वितम् । पर्यपृच्छदृषिं भक्त्या धर्मं धर्मभृतांवरा
Entendant les paroles bienveillantes de Nārada, la Reine—la première parmi les gardiens du dharma—interrogea avec dévotion le sage au sujet du juste devoir.
Verse 90
राज्ञ्युवाच । भगवन्मानुषे लोके देवास्तुष्यन्ति कैर्व्रतैः । कानि दानानि दीयन्ते येषां च स्यान्महत्फलम्
La Reine dit : «Ô Vénérable, dans le monde des hommes, par quels vœux les dieux sont-ils satisfaits ? Et quelles aumônes faut-il offrir, celles qui portent un grand fruit ?»
Verse 91
उपवासाश्च ये केचित्स्त्रीधर्मे कथिता बुधैः । यैः कृतैः स्वर्गमायान्ति सुकृतिन्यः स्त्रियो यथा
«Et aussi, les jeûnes que les sages ont enseignés comme faisant partie du dharma des femmes, par l’accomplissement desquels les femmes vertueuses atteignent le ciel : dis-m’en davantage.»
Verse 92
यत्तत्सर्वं महाभाग कथयस्व यथातथम् । श्रोतुमिच्छाम्यहं सर्वं कथयस्वाविशङ्कितः
Ô grand être, dis-moi tout exactement tel que cela est. Je désire tout entendre ; parle sans hésitation.
Verse 93
नारद उवाच । साधु साधु महाभागे प्रश्नोऽयं वेदितस्त्वया । यं श्रुत्वा सर्वनारीणां धर्मवृद्धिस्तु जायते
Nārada dit : « Bien dit, bien dit, ô noble dame. Tu as compris et posé cette question comme il convient ; en entendant sa réponse, le dharma croît assurément chez toutes les femmes. »
Verse 94
उपवासैश्च दानैश्च पतिपुत्रौ वशानुगौ । बान्धवैः पूज्यते नित्यं यैः कृतैः कथयामि ते
Par les jeûnes et par les dons de charité, l’époux et les fils deviennent dévoués et dociles ; et l’on est honorée chaque jour par les proches. Je te dirai les rites dont l’accomplissement donne ces fruits.
Verse 95
दुर्भगा सुभगा यैस्तु सुभगा दुर्भगा भवेत् । पुत्रिणी पुत्ररहिता ह्यपुत्रा पुत्रिणी तथा
Par ces (rites), la malheureuse devient heureuse ; et même l’heureuse peut devenir malheureuse lorsqu’on les néglige. Celle qui a des fils peut en être privée, et la sans-enfant peut pareillement en obtenir.
Verse 96
भर्तारं लभते कन्या तथान्या भर्तृवर्जिता । कृताकृतैश्च जायन्ते तन्निबोधस्व सुन्दरि
Une jeune fille obtient un époux, tandis qu’une autre demeure sans époux. De tels résultats naissent des actes accomplis et non accomplis ; comprends-le bien, ô belle.
Verse 97
तिलधेनुं सुवर्णं च रूप्यं गा वाससी तथा । पानीयं भूमिदानं च गन्धधूपानुलेपनम्
L’offrande de la « vache de sésame », ainsi que l’or et l’argent, les vaches et les vêtements ; de même le don d’eau à boire et de terres, et les offrandes de parfums, d’encens et d’onguents — telles sont les aumônes louées.
Verse 98
पादुकोपानहौ छत्रं पुण्यानि व्यञ्जनानि च । पादाभ्यङ्गं शिरोऽभ्यङ्गं स्नानं शय्यासनानि च
Sandales et chaussures, un parasol, et des mets salutaires ; massage des pieds et de la tête, bain, et dons de lits et de sièges — tout cela aussi est source de mérite.
Verse 99
एतानि ये प्रयच्छन्ति नोपसर्पन्ति ते यमम् । मधु माषं पयः सर्पिर्लवणं गुडमौषधम्
Ceux qui accordent ces dons ne s’approchent pas de Yama, le seigneur de la mort. Sont encore loués : le miel, le haricot noir, le lait, le ghee, le sel, le jaggery et les remèdes.
Verse 100
पानीयं भूमिदानं च शालीनिक्षुरसांस्तथा । आरक्तवाससी श्लक्ष्णे दम्पत्योर्ललितादिने
Le don d’eau à boire et de terres, ainsi que du riz et du jus de canne à sucre ; et des vêtements doux, d’une teinte rougeâtre — tels sont les présents à offrir au couple au jour faste de Lalitā.
Verse 101
सौभाग्यं जायते चैव इह लोके परत्र च । ब्राह्मणे वृत्तसम्पन्ने सुरूपे च गुणान्विते
De là naît la bonne fortune, en ce monde et dans l’autre, surtout lorsque le don est offert à un brāhmane à la conduite droite, à l’aspect agréable et riche de vertus.
Verse 102
तिथौ यस्यामिदं देयं तत्ते राज्ञि वदाम्यहम् । प्रतिपत्सु च या नारी पूर्वाह्णे च शुचिव्रता
Je te dirai, ô reine, à quel tithi (jour lunaire) ceci doit être offert. À Pratipat, la femme qui, dans la matinée, entreprend un vœu de pureté…
Verse 103
इन्धनं ब्राह्मणे दद्यात्प्रीयतां मे हुताशनः । तस्या जन्मानि षट्त्रिंशदङ्गप्रत्यङ्गसन्धिषु
Qu’elle donne du bois de feu à un brāhmaṇa, en pensant : «Qu’Agni soit satisfait de moi». Pour elle, il y a trente-six (effets) dans les jointures des grands et des petits membres…
Verse 104
न रजो नैव सन्तापो जायते राजवल्लभे । द्वितीयायां तु या नारी नवनीतमुदान्विता
Ô bien-aimée du roi, pour cette femme ne naissent ni trouble des menstrues ni ardeur du corps. En vérité, celle qui, à Dvitīyā (le second jour lunaire), offre du beurre frais en aumône obtient ce mérite.
Verse 105
ददाति द्विजमुख्याय सुकुमारतनुर्भवेत् । लवणं विप्रवर्याय तृतीयायां प्रयच्छति
En donnant en aumône à un brāhmaṇa éminent, on obtient un corps délicat et gracieux ; et celle qui, à Tṛtīyā (le troisième jour lunaire), offre du sel à un brāhmaṇa excellent reçoit un tel fruit.
Verse 106
गौरी मे प्रीयतां देवी तस्याः पुण्यफलं शृणु । कौमारिका पतिं प्राप्य तेन सार्द्धमुमा यथा
«Que la déesse Gaurī soit satisfaite de moi.» Écoute le fruit méritoire de cette observance : une jeune fille obtient un époux et, telle Umā, demeure avec lui dans une union de bon augure.
Verse 107
क्रीडत्यविधवा चापि लभते सा महद्यशः । नक्तं कृत्वा चतुर्थ्यां वै दद्याद्विप्राय मोदकान्
Elle demeure dans la joie et ne devient pas veuve; elle obtient aussi une grande renommée. Après avoir observé le jeûne nocturne (nakta), au quatrième tithi (Caturthī) qu’on offre des modakas sucrés à un brāhmane.
Verse 108
प्रीयतां मम देवेशो गणनाथो विनायकः । तस्यास्तेन फलेनाशु सर्वकर्मसु भामिनि
«Que mon Seigneur des dieux—Gaṇanātha, Vināyaka—soit satisfait.» Par le fruit de ce mérite, ô belle dame, elle réussit promptement en toutes entreprises.
Verse 109
विघ्नं न जायते क्वापि एवमाह पितामहः । पञ्चमीं तु ततः प्राप्य ब्राह्मणे तिलदा तु या
Nul obstacle ne naît nulle part—ainsi parla Pitāmaha (Brahmā). Puis, au cinquième tithi (Pañcamī), celle qui offre du sésame à un brāhmane obtient le mérite énoncé.
Verse 110
सा भवेद्रूपसम्पन्ना यथा चैव तिलोत्तमा । षष्ठ्यां तु या मधूकस्य फलदा तु भवेत्सदा
Elle devient comblée de beauté, telle Tilottamā elle-même. Et celle qui, au sixième tithi (Ṣaṣṭhī), offre le fruit du madhūka, demeure toujours dispensatrice de fruits, jouissant d’une prospérité durable.
Verse 111
उद्दिश्य चाग्निजं देवं ब्राह्मणे वेदपारगे । तस्याः पुत्रो यथा स्कन्दो देवसङ्घेषु चोत्तमः
En dédiant l’offrande au dieu né du feu, fils d’Agni, et en la donnant à un brāhmane versé dans les Veda, son fils devient tel Skanda, le plus éminent parmi les cohortes divines.
Verse 112
उत्पद्यते महाराजः सर्वलोकेषु पूजितः । सप्तम्यां या द्विजश्रेष्ठं सुवर्णेन प्रपूजयेत्
Un grand roi naît, honoré dans tous les mondes. Celle qui, au jour lunaire de Saptamī, vénère avec dévotion le plus excellent des brāhmaṇas en lui offrant de l’or, obtient ce mérite.
Verse 113
उद्दिश्य जगतो नाथं देवदेवं दिवाकरम् । तस्य पुण्यफलं यद्वै कथितं द्विजसत्तमैः
En dédiant l’acte au Seigneur du monde, au Dieu des dieux, le Soleil, Divākara, le fruit méritoire de cela a été, en vérité, proclamé par les plus éminents brāhmaṇas.
Verse 114
तत्ते राज्ञि प्रवक्ष्यामि शृणुष्वैकमनाः सति । दद्रूचित्रककुष्ठानि मण्डलानि विचर्चिका
Ô reine, je vais te l’exposer ; écoute d’un esprit recueilli, ô dame vertueuse : la teigne, la lèpre tachetée, les maladies de peau en plaques et la gale (sont écartées par les observances sacrées et les dons prescrits).
Verse 115
न भवन्तीह चाङ्गेषु पूर्वकर्मार्जितान्यपि । कृष्णां धेनुं तथाष्टम्यां या प्रयच्छति भामिनी
Même les maux acquis par les actes des karmas antérieurs ne se manifestent pas sur son corps ici, ô noble dame : celle qui, au jour lunaire d’Aṣṭamī, donne en aumône une vache noire.
Verse 116
ब्राह्मणे वृत्तसम्पन्ने प्रीयतां मे महेश्वरः । तस्या जन्मार्जितं पापं नश्यते विभवान्विता
Lorsque le don est offert à un brāhmaṇa doté d’une conduite droite, que mon Maheśvara en soit satisfait. Pour cette femme, comblée de prospérité, le péché amassé au fil des naissances est détruit.
Verse 117
जायते नात्र सन्देहो यस्माद्दानमनुत्तमम् । गन्धधूपं तु या नारी भक्त्या विप्राय दापयेत्
Il n’y a nul doute, car ce don est sans égal : la femme qui, avec dévotion, fait offrir parfums et encens à un brāhmane en signe de vénération.
Verse 118
कात्यायनीं समुद्दिश्य नवम्यां शृणु यत्फलम् । तस्या भ्राता पिता पुत्रः पतिर्वा रणमुत्तमम्
Écoute le fruit du rite accompli à la Navamī, dédié à Kātyāyanī : son frère, son père, son fils ou son époux obtient l’excellence au combat.
Verse 119
प्राप्यते नैव सीदन्ति तेन दानेन रक्षिताः । इक्षुदण्डरसं देवि दशम्यां या प्रयच्छति
Ils atteignent leur but et ne tombent pas dans la détresse, protégés par ce don. Ô Déesse, celle qui, à la Daśamī, offre le jus de canne à sucre—
Verse 120
लोकपालान्समुद्दिश्य ब्राह्मणे व्यङ्गवर्जिते । तेन दानेन सा नित्यं सर्वलोकस्य वल्लभा
Le dédiant aux Gardiens des Mondes et le donnant à un brāhmane sans défaut corporel, par cette aumône elle devient à jamais chère à tous les êtres.
Verse 121
जायते नात्र सन्देह इत्येवं शङ्करोऽब्रवीत् । एकादश्यामुपोष्याथ द्वादश्यामुदकप्रदा
«Cela advient assurément, sans aucun doute», ainsi parla Śaṅkara. «Jeûnant à l’Ekādaśī, puis, à la Dvādaśī, offrant l’eau en don—».
Verse 122
नारायणं समुद्दिश्य ब्राह्मणे विष्णुतत्परे । सा सदा स्पर्शसम्भाषैर्द्रावयेद्भावयेज्जनम्
Dédiant l’offrande à Nārāyaṇa et la remettant à un brāhmane voué à Viṣṇu, elle gagne toujours les êtres et les élève, par son toucher et par sa parole.
Verse 123
यस्माद्दानं महर्लोके ह्यनन्तमुदके भवेत् । पादाभ्यङ्गं शिरोऽभ्यङ्गं काममुद्दिश्य वै द्विजे
Car le don d’eau devient infini par son mérite et atteint même le Maharloka. De même, le massage des pieds et l’onction de la tête, offerts à un dvija avec l’intention juste, portent un grand fruit.
Verse 124
ददाति च त्रयोदश्यां भक्त्या परमयाङ्गना । यस्यां यस्यां मृता जायेद्भूयो योन्यां तु जन्मनि
Qu’une femme dévote fasse l’aumône au treizième jour lunaire, avec une foi suprême. Dans le sein où elle meurt, dans ce même sein elle renaît lors d’une naissance ultérieure.
Verse 125
तस्यां तस्यां तु सा भर्तुर्न वियुज्येत कर्हिचित् । तथाप्येवं चतुर्दश्यां दद्यात्पात्रमुपानहौ
Dans chacune de ces naissances, elle n’est jamais séparée de son époux. Pourtant, ainsi, au quatorzième jour lunaire, on doit donner en aumône un récipient et une paire de sandales.
Verse 126
ब्रह्मणे धर्ममुद्दिश्य तस्या लोका ह्यनामयाः । एवं च पक्षपक्षान्ते श्राद्धे तर्पेद्द्विजोत्तमान्
En dédiant l’acte à Brahman et au Dharma, ses mondes deviennent exempts d’affliction. De même, à la fin de chaque quinzaine, lors du śrāddha, qu’on offre le tarpaṇa aux meilleurs des dvija.
Verse 127
अव्युच्छिन्ना सदा राज्ञि सन्ततिर्जायते भुवि । एवं ते तिथिमाहात्म्यं दानयोगेन भाषितम्
Ô Reine, sur la terre naît toujours une lignée ininterrompue de descendance. Ainsi t’a été exposée la grandeur des tithi par la discipline du don charitable.
Verse 128
तथा वनस्पतीनां तु आराधनविधिं शृणु । जम्बूं निम्बतरुं चैव तिन्दुकं मधुकं तथा
Écoute maintenant aussi le rite d’adoration des arbres sacrés : le jambū, l’arbre nimba (neem), ainsi que le tinduka et le madhūka.
Verse 129
आम्रं चामलकं चैव शाल्मलिं वटपिप्पलौ । शमीबिल्वामलीवृक्षं कदलीं पाटलीं तथा
Ainsi le manguier et l’āmalaka, le śālmali, le banyan et le pippala ; les arbres śamī, bilva et āmalī ; et de même le bananier et le pāṭalī.
Verse 130
अन्यान्पुण्यतमान्वृक्षानुपेत्य स्वर्गमाप्नुयात्
En s’approchant et en honorant aussi d’autres arbres au mérite suprême, on atteint le ciel.
Verse 131
नारद उवाच । चैत्रे मासे तु या नारी कुर्याद्व्रतमनुत्तमम् । तस्य व्रतस्य चान्यानि कलां नार्हन्ति षोडशीम्
Nārada dit : Au mois de Caitra, la femme qui accomplit le vœu incomparable—nulle autre observance n’égale ne fût-ce qu’un seizième du mérite de ce vœu.
Verse 132
श्रुतेन येन सुभगे दुर्भगत्वं न पश्यति । यथा हिमं रविं प्राप्य विलयं याति भूतले
Ô bienheureuse, en l’entendant, le malheur ne se voit plus ; telle la gelée, rencontrant le soleil, elle se fond sur la terre.
Verse 133
तथा दुःखं च दौर्भाग्यं व्रतादस्माद्विलीयते । मधुकाख्यां तु ललितामाराधयति येन वै
De même, la douleur et la mauvaise fortune se dissolvent par ce vœu, grâce auquel l’on adore Lalitā, dite « Madhukā ».
Verse 134
विधिं तं शृणु सुभगे कथ्यमानं सुखावहम् । चैत्रे शुक्लतृतीयायां सुस्नाता शुद्धमानसा
Ô dame fortunée, écoute la règle qu’on expose à présent, source de bien-être et de joie. Au troisième tithi de la quinzaine claire de Caitra, après un bain purificateur et l’esprit limpide, qu’on commence l’observance.
Verse 135
प्रतिमां मधुवृक्षस्य शाङ्करीमुमया सह । कारयित्वा द्विजवरैः प्रतिष्ठाप्य यथाविधि
Après avoir fait façonner une image sacrée—de Śaṅkara avec Umā, en lien avec l’arbre madhūka—qu’on la fasse installer par d’excellents brāhmaṇas selon le rite prescrit.
Verse 136
सुगन्धिकुसुमैर्धूपैस्तथा कर्पूरकुङ्कुमैः । पूजयेद्विधिना देवं मन्त्रयुक्तेन भामिनी
Avec des fleurs parfumées, de l’encens, ainsi que du camphre et du kuṅkuma, ô belle dame, qu’on adore le Seigneur selon le rite, accompagné des mantras convenables.
Verse 137
पादौ नमः शिवायेति मेढ्रे वै मन्मथाय च । कालोदरायेत्युदरं नीलकंठाय कण्ठकम्
Qu’on vénère les pieds par le mantra « Namaḥ Śivāya » ; l’organe générateur par « (Hommage) à Manmatha » ; le ventre par « (Hommage) à Kālodara » ; et la gorge par « (Hommage) à Nīlakaṇṭha ».
Verse 138
शिरः सर्वात्मने पूज्य उमां पश्चात्प्रपूजयेत् । क्षामोदरायैह्युदरं सुकण्ठायै च कण्ठकम्
Après avoir vénéré la tête par (hommage) au « Sarvātman », l’« Âme de tout », qu’on vénère ensuite dûment Umā—(honorant) son ventre comme « Kṣāmodarā » et sa gorge comme « Sukaṇṭhā ».
Verse 139
शिरः सौभाग्यदायिन्यै पश्चादर्घ्यं प्रदापयेत्
À la tête, (la vénérant) comme « Celle qui accorde la bonne fortune », qu’on offre ensuite l’arghya.
Verse 140
नमस्ते देवदेवेश उमावर जगत्पते । अर्घ्येणानेन मे सर्वं दौर्भाग्यं नाशय प्रभो । इति अर्घ्यमन्त्रः
Hommage à Toi, ô Seigneur des seigneurs, ô Époux d’Umā, ô Maître des mondes. Par cet arghya, ô Seigneur, anéantis toute ma mauvaise fortune : tel est le mantra de l’arghya.
Verse 141
अर्घ्यं दत्त्वा ततः पश्चात्करकं वारिपूरितम् । मधूकपात्रोपभृतं सहिरण्यं तु शक्तितः
Après avoir offert l’arghya, qu’on présente ensuite un karaka (vase) rempli d’eau, placé dans un récipient de bois de madhūka et, selon ses moyens, accompagné d’or.
Verse 142
करकं वारिसम्पूर्णं सौभाग्येन तु संयुतम् । दत्तं तु ललिते तुभ्यं सौभाग्यादिविवर्धनम् । इति करकदानमन्त्रः
«Ce karaka, rempli d’eau et doté d’heureuse fortune, t’est offert, ô Lalitā, pour l’accroissement de la prospérité et des autres bienfaits»—tel est le mantra du karaka-dāna.
Verse 143
मन्त्रेणानेन विप्राय दद्यात्करकमुत्तमम् । लवणं वर्जयेच्छुक्लां यावदन्यां तृतीयिकाम्
Par ce mantra, on doit donner l’excellent karaka à un brāhmaṇa. Qu’on s’abstienne de sel durant toute la quinzaine claire, jusqu’au prochain troisième jour lunaire (tṛtīyā).
Verse 144
क्षमाप्य देवीं देवेशां नक्तमद्यात्स्वयं हविः । अनेन विधिना सार्धं मासि मासि ह्यपक्रमेत्
Après avoir imploré le pardon de la Déesse, Souveraine suprême des dieux, qu’on ne mange que la nuit, prenant soi-même la simple nourriture sacrificielle (havis). Selon cette règle même, qu’on poursuive l’observance mois après mois, dans l’ordre prescrit.
Verse 145
फाल्गुनस्य तृतीयायां शुक्लायां तु समाप्यते । वैशाखे लवणं देयं ज्येष्ठे चाज्यं प्रदीयते
Cela s’achève au troisième jour de la quinzaine claire de Phālguna. En Vaiśākha, qu’on donne du sel en aumône; et en Jyeṣṭha, qu’on offre du ghee en don.
Verse 146
आषाढे मासि निष्पावाः पयो देयं तु श्रावणे । मुद्गा देया नभस्ये तु शालिमाश्वयुजे तथा
Au mois d’Āṣāḍha, qu’on donne des haricots niṣpāva; au mois de Śrāvaṇa, qu’on fasse don de lait. En Nabhasya (Bhādrapada), qu’on donne des mungos; et de même en Āśvayuja, qu’on offre le riz śāli.
Verse 147
कार्त्तिके शर्करापात्रं करकं रससंभृतम् । मार्गशीर्षे तु कार्पासं करकं घृतसंयुतम्
Au mois de Kārttika, qu’on offre un récipient de sucre et une cruche remplie de suc doux. Au mois de Mārgaśīrṣa, qu’on offre une cruche garnie de coton, accompagnée de ghee.
Verse 148
पौषे तु कुङ्कुमं देयं माघे पात्रं तिलैर्भृतम् । फाल्गुने मासि सम्प्राप्ते पात्रं मोदकसंभृतम्
En Pauṣa, qu’on offre le kuṅkuma. En Māgha, qu’on fasse don d’un récipient rempli de sésame. Quand vient Phālguna, qu’on offre un récipient plein de modakas, douceurs d’offrande.
Verse 149
पश्चात्तृतीयादेयं यत्तत्पूर्वस्यां विवर्जयेत् । विधानमासां सर्वासां सामान्यं मनसः प्रिये
Ce qui est prescrit d’être donné après le troisième jour ne doit pas être donné le jour précédent. Telle est la règle commune du rite pour tous les mois, ô bien-aimé de mon cœur.
Verse 150
प्रतिमां मधुवृक्षस्य तामेव प्रतिपूजयेत् । तस्मै सर्वं तु विप्राय आचार्याय प्रदीयते
Qu’on façonne une image de l’arbre Madhu et qu’on adore cette image même avec le respect requis. Ensuite, que tout soit remis à un brāhmaṇa—à son propre ācārya—comme don conclusif.
Verse 151
ततः संवत्सरस्यान्ते उद्यापनविधिं शृणु । मधुवृक्षं ततो गत्वा बहुसम्भारसंवृतः
Ensuite, à la fin de l’année, écoute le rite de l’udyāpana, la cérémonie de clôture. Puis, s’étant rendu auprès de l’arbre Madhu, qu’on soit muni d’abondants objets rituels.
Verse 152
निखनेत्प्रतिमां मध्ये माधूकीं मधुकस्य च । तत्रस्थं पूजयेत्सर्वमुमादेहार्द्धधारिणम्
Au milieu du lieu, qu’on établisse une image de la Mādhūkī (Madhūka) et de l’arbre Madhu. Là, qu’on adore, avec l’ensemble des rites accomplis, le Seigneur portant la moitié du corps d’Umā—Śiva en sa forme d’Ardhanārī.
Verse 153
पूजोपहारैर्विपुलैः कुङ्कुमेन पुनःपुनः । श्लक्ष्णाभिः पुष्पमालाभिः कौसुम्भैः केसरेण च
Par de riches offrandes de culte—à maintes reprises avec le kuṅkuma—qu’on l’orne de guirlandes de fleurs délicates, de fleurs de carthame (kausumbha) et aussi de filaments de safran (kesara).
Verse 154
कौसुम्भे वाससी शुभ्रे अतसीपुष्पसन्निभे । परिधाप्य तां प्रतिमां दम्पती रविसंख्यया
Revêtant cette image divine de vêtements kausumbha, purs et de bon augure, semblables aux fleurs d’atasi (lin), le couple doit parer l’icône comme il convient, selon le compte prescrit par la tradition.
Verse 155
उपानद्युगलैश्छत्रैः कण्ठसूत्रैः सकण्ठिकैः । कटकैरङ्गुलीयैश्च शयनीयैः शुभास्तृतैः
Avec des paires de sandales, des ombrelles, des cordons de cou munis de pendeloques, des bracelets et des bagues, et des lits garnis de couvertures de bon augure—par de telles offrandes qu’on honore le Couple divin/l’image sacrée.
Verse 156
कुङ्कुमेन विलिप्ताङ्गौ बहुपुष्पैश्च पूजितौ । भोजयेद्विविधै रत्नैर्मधूकावासके स्थितौ
Oignant leurs membres de kuṅkuma et les adorant par maintes fleurs, qu’on les nourrisse ensuite et qu’on leur offre des dons précieux et variés, tandis que le rite s’accomplit au sanctuaire, demeure du madhūka.
Verse 157
भुक्तोत्थितौ तु विश्राम्य शय्यासु च क्षमापयेत् । गुरुमूलं यतः सर्वं गुरुर्ज्ञेयो महेश्वरः
Après qu’ils ont mangé et se sont levés, les faisant reposer sur des lits, qu’on leur demande pardon ; car tout le dharma a sa racine dans le guru — le guru doit être reconnu comme Maheśvara lui-même.
Verse 158
प्रीते गुरौ ततः सर्वं जगत्प्रीतं सुरासुरम् । यद्यदिष्टतमं लोके यत्किंचिद्दयितं गृहे
Quand le guru est satisfait, alors le monde entier — dieux et asuras pareillement — est satisfait. Tout ce qui est le plus chéri dans le monde, et tout bien aimé dans la maison—
Verse 159
तत्सर्वं गुरवे देयमात्मनः श्रेय इच्छता । इदं तु धनिभिर्देयमन्यैर्देयं यथोच्यते
Tout cela doit être donné au guru par celui qui recherche pour soi le bien suprême. Toutefois, cela convient aux riches ; les autres donneront selon ce qui est juste et selon l’ordonnance.
Verse 160
दाम्पत्यमेकं विधिवत्प्रतिपूज्य शुभव्रतैः । द्वितीयं गुरुदाम्पत्यं वित्तशाठ्यं विवर्जयेत्
Après avoir vénéré selon la règle un unique « couple » divin par des vœux de bon augure, qu’on vénère en second le « couple du guru » ; et qu’on écarte toute tromperie ou avarice concernant les richesses dans ces offrandes.
Verse 161
ततः क्षमापयेद्देवीं देवं च ब्राह्मणं गुरुम् । यथा त्वं देवि ललिते न वियुक्तासि शम्भुना
Ensuite, qu’on demande pardon à la Déesse, au Dieu et au brahmane-guru, en priant : «Ô Déesse Lalitā, de même que tu n’es jamais séparée de Śambhu—».
Verse 162
तथा मे पतिपुत्राणामवियोगः प्रदीयताम् । अनेन विधिना कृत्वा तृतीयां मधुसंज्ञिकाम्
«Ainsi aussi, qu’il me soit accordé de ne jamais être séparée de mon époux et de mes fils.» Ayant accompli, selon ce même rite, la troisième observance appelée « Madhu »—
Verse 163
इन्द्राणी चेन्द्रपत्नीत्वमवाप सुतमुत्तमम् । सौभाग्यं सर्वलोकेषु सर्वर्द्धिसुखमुत्तमम्
Indrāṇī obtint la dignité d’épouse d’Indra et reçut un fils excellent, ainsi que la bonne fortune dans tous les mondes et la félicité suprême née de toute prospérité.
Verse 164
अनेन विधिना या तु कुमारी व्रतमाचरेत् । शोभनं पतिमाप्नोति यथेन्द्राण्या शतक्रतुः
Une jeune fille qui accomplit ce vœu selon ce même rite obtient un époux excellent, comme Indrāṇī obtint Śatakratu (Indra).
Verse 165
दुर्भगा सुभगत्वं च सुभगा पुत्रिणी भवेत् । पुत्रिण्यक्षयमाप्नोति न शोकं पश्यति क्वचित्
La malchanceuse obtient la bonne fortune, et la chanceuse est bénie d’enfants. La mère atteint une prospérité inépuisable et ne voit la peine nulle part.
Verse 166
अनेकजन्मजनितं दौर्भाग्यं नश्यति ध्रुवम् । मृता तु त्रिदिवं प्राप्य उमया सह मोदते
La malchance née de nombreuses existences est assurément détruite. Et, lorsqu’elle meurt, parvenant au ciel, elle se réjouit avec Umā.
Verse 167
कल्पकोटिशतं साग्रं भुक्त्वा भोगान् यथेप्सितान् । पुनस्तु सम्भवे लोके पार्थिवं पतिमाप्नुयात्
Après avoir goûté les plaisirs désirés durant plus de cent crores de kalpas, elle renaît dans le monde et obtient pour époux un roi.
Verse 168
सुभगा रूपसम्पन्ना पार्थिवं जनयेत्सुतम्
Elle devient heureuse et parée de beauté, et elle enfante un fils de lignée royale.
Verse 169
एतत्ते कथितं सर्वं व्रतानामुत्तमं व्रतम् । अन्यत्पृच्छस्व सुभगे वाञ्छितं यद्धृदि स्थितम्
Tout cela t’a été exposé : ce vœu est le plus excellent des vœux. À présent, ô dame de bon augure, demande encore ce que ton cœur désire.