
Ce chapitre déploie un enseignement théologique sous forme de dialogue entre Īśvara et Devī au sujet d’un lieu de pèlerinage caché mais d’une efficacité exceptionnelle à Prabhāsa : Goṣpada Tīrtha, situé dans/près du réseau fluvial de Nyanku-matī et lié à une « preta-śilā », pierre associée à la délivrance des ancêtres. Le texte affirme que le fruit du śrāddha accompli à Goṣpada est « sept fois celui de Gayā », et propose un exemple : le śrāddha du roi Pṛthu qui élève le roi Vena d’une naissance souillée par le péché. Devī demande l’origine du lieu, la procédure rituelle, les mantras et les officiants qualifiés ; Īśvara présente cet enseignement comme un rahasya, à transmettre seulement aux fidèles. Vient ensuite un itinéraire rituel structuré : disciplines de pureté (brahmacarya, śauca, āstikya), évitement de la fréquentation des nāstika, préparation des éléments du śrāddha, bain dans Nyanku-matī, puis tṛpaṇa offert aux devas et aux pitṛ. Sont donnés des mantras d’invocation des pitṛ-deva tels qu’Agniṣvātta, Barhiṣad, Somapā, ainsi que des offrandes de piṇḍa destinées aux ancêtres connus et inconnus, y compris ceux en états post-mortem difficiles ou dans des naissances non humaines. Le texte mentionne les offrandes (pāyasa, miel, saktu, piṣṭaka, caru, grains, racines/fruits), les dāna comme go-dāna et dīpa-dāna, la pradakṣiṇā, la dakṣiṇā et l’immersion des piṇḍa. La longue section itihāsa raconte le règne adharma de Vena, sa mort infligée par les ṛṣi, l’apparition de Niṣāda et de Pṛthu, la royauté de Pṛthu et le motif de « traire la terre ». Lorsque Pṛthu cherche à racheter Vena, les tīrtha ordinaires reculent devant la gravité du péché ; une instruction céleste le dirige vers Prabhāsa et spécialement Goṣpada, où le rite réussit et Vena obtient la délivrance. Le chapitre se clôt en rappelant la souplesse des temps d’accomplissement, en énumérant des occasions propices, et en prescrivant une transmission restreinte de ce secret aux pratiquants sincères.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि गोष्पदं तीर्थमुत्तमम् । यत्र श्राद्धं नरः कृत्वा गयासप्तगुणं फलम् । लभते नात्र संदेहो यदि श्रद्धा दृढा भवेत्
Īśvara dit : Ensuite, ô Grande Déesse, qu’on se rende au tīrtha excellent nommé Goṣpada. Celui qui y accomplit le śrāddha obtient un mérite sept fois supérieur à celui de Gayā—sans aucun doute—si la foi est ferme.
Verse 2
यत्र श्राद्धं पृथुः कृत्वा पितरं पापयोनितः उद्दधार महादेवि वेनंनाम महाप्रभुम्
Ô Grande Déesse, c’est là que Pṛthu, après avoir accompli le śrāddha, releva son père—le puissant nommé Vena—d’une matrice mauvaise (d’un état déchu).
Verse 3
देव्युवाच । कस्मिन्स्थाने स्थितं तीर्थमुत्पत्तिस्तस्य कीदृशी । कथं स वेनराजो वा उद्धृतः पापयोनितः
La Déesse dit : En quel lieu se trouve ce tīrtha, et quelle est la nature de son origine ? Et comment le roi Vena fut-il délivré d’un sein mauvais, d’une naissance déchue ?
Verse 4
गयासप्तगुणं पुण्यं कथं तत्र प्रजायते । श्राद्धस्य किं विधानं तु के मंत्रास्तत्र के द्विजाः । एतन्मे कौतुकं देव यथावद्वक्तुमर्हसि
Comment le mérite, sept fois celui de Gayā, naît-il en ce lieu ? Quelle est la règle juste du śrāddha ; quels mantras y sont récités, et quels brāhmaṇas (dvijas) convient-il d’y engager ? Telle est ma curiosité, ô Seigneur : daigne l’exposer correctement, comme il se doit.
Verse 5
ईश्वर उवाच । इदं रहस्यं देवेशि यत्त्वया परिपृच्छितम् । अप्रकाश्यमिदं तीर्थमस्मिन्पापयुगे प्रिये
Īśvara dit : «Ô Déesse, le secret que tu as demandé—ce tīrtha sacré ne doit pas être divulgué en cet âge de péché, ô bien-aimée.»
Verse 6
तथापि संप्रवक्ष्यामि तव स्नेहात्सुरेश्वरि । न पापिन इदं ब्रूयान्नैव तर्करताय वै
«Pourtant, ô Souveraine des dieux, par affection pour toi je l’exposerai. Mais il ne faut pas le dire à un pécheur, ni à celui qui se complaît dans la controverse.»
Verse 7
न नास्तिकाय देवेशि न सुवर्णेतराय च । अस्ति देवि महासिद्धा पुण्या न्यंकुमती नदी
«Ce n’est pas pour l’incrédule, ô Déesse, ni pour celui qui manque de vraie valeur. Ô Devī, il existe la rivière Nyanku-matī, très sainte et d’une puissance d’accomplissement suprême.»
Verse 8
मर्यादार्थं मयाऽनीता क्षेत्रस्यास्य महेश्वरि । संस्थिता पापशमनी पर्णादित्याच्च दक्षिणे
« Afin de délimiter la frontière sacrée de ce saint kṣetra, ô Maheśvarī, je l’ai amenée ici. La rivière qui apaise les péchés se tient au sud de Parṇāditya. »
Verse 9
नारायणगृहात्सौम्ये नातिदूरे व्यवस्थिता । तस्या मध्ये महादेवि तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम्
« Ô douce, elle se tient non loin de la demeure de Nārāyaṇa. En son sein, ô grande Déesse, se trouve un tīrtha renommé dans les trois mondes. »
Verse 10
गोष्पदं नाम विख्यातं कोटिपापहरं नृणाम् । गोष्पदस्य समीपे तु नातिदूरे व्यवस्थितः
« Il est connu sous le nom de Goṣpada, ôtant aux hommes des crores de péchés. Et près de Goṣpada, non loin, une autre présence demeure. »
Verse 11
अनन्तो नाम नागेन्द्रः स्वयंभूतो धरातले । तस्य तीर्थस्य रक्षार्थं विष्णुना सन्नियोजितः
« Il est un roi des nāga nommé Ananta, apparu de lui-même sur la terre. Pour la garde de ce tīrtha, Viṣṇu l’y a établi. »
Verse 12
कांक्षंति पितरः पुत्रान्नरकादतिभीरवः । गंता यो गोष्पदे पुत्रः स नस्त्राता भविष्यति । गोष्पदे च सुतं दृष्ट्वा पितॄणामुत्सवो भवेत्
« Les Ancêtres (Pitṛ), saisis d’une grande crainte de l’enfer, désirent des fils. Le fils qui se rendra à Goṣpada deviendra notre libérateur. Et, voyant un fils à Goṣpada, les Pitṛ se réjouissent en une célébration. »
Verse 13
पद्भ्यामपि जलं स्पृष्ट्वा अस्मभ्यं किं न दास्यति । अपि स्यात्स कुलेऽस्माकं यो नो दद्याज्जलांजलिम् । प्रभासक्षेत्रमासाद्य गोष्पदे तीर्थ उत्तमे
Ne fût-ce qu’en effleurant l’eau de ses pieds, que ne nous donnerait-il pas, à nous les Pitṛ (ancêtres) ? Puissions-nous avoir dans notre lignée quelqu’un qui nous offre une poignée d’eau (jalāñjali), après être parvenu à Prabhāsa-kṣetra, à Goṣpada, le tīrtha suprême.
Verse 14
अपि स्यात्स कुलेऽस्माकं खड्गमांसेन यः सकृत् । श्राद्धं कुर्यात्प्रयत्नेन कालशाकेन वा पुनः
Puissions-nous avoir dans notre lignée quelqu’un qui, ne fût-ce qu’une fois, accomplisse avec ardeur le Śrāddha—que ce soit avec de la viande de khaḍga, ou bien avec les herbes kālaśāka.
Verse 15
अपि स्यात्स कुलेऽस्माकं गोष्पदे दत्तदीपकः । आकल्पकालिका दीप्तिस्तेनाऽस्माकं भविष्यति
Ah, s’il se trouvait dans notre lignée quelqu’un qui offre ne serait-ce qu’une lampe à Goṣpada ! Par cet acte, une clarté durable, jusqu’à la fin du kalpa, naîtra pour notre famille.
Verse 16
गोष्पदे चान्नशता यः पितरस्तेन पुत्रिणः । दिनमेकमपि स्थित्वा पुनात्यासप्तमं कुलम्
Les Pitṛ, rassasiés à Goṣpada par cent offrandes de nourriture, accordent la descendance; et en y demeurant ne fût-ce qu’un seul jour, on purifie la lignée jusqu’à la septième génération.
Verse 17
पिण्डं दद्याच्च पित्रादेरात्मनोऽपि स्वयं नरः । पिण्याकेंगुदकेनापि तेन मुच्येद्वरानने
Qu’un homme offre lui-même le piṇḍa à ses Pitṛ et ancêtres—et même pour lui-même. Fût-ce avec de simple tourteau d’huile et de l’eau, par cela il est délivré, ô toi au visage gracieux.
Verse 18
ब्रह्मज्ञानेन किं योगैर्गोग्रहे मरणेन किम् । किं कुरुक्षेत्रवासेन गोष्पदे यदि गच्छति
À quoi bon la connaissance de Brahman, les austérités du yoga, mourir à Go-graha ou demeurer à Kurukṣetra, si l’on parvient à Goṣpada ?
Verse 19
सकृत्तीर्थाभिगमनं सकृत्पिण्डप्रपातनम् । दुर्ल्लभं किं पुनर्नित्यमस्मिंस्तीर्थे व्यवस्थितम्
Aller au tīrtha ne fût-ce qu’une fois, offrir le piṇḍa ne fût-ce qu’une fois—qu’y a-t-il encore de difficile à obtenir pour celui qui demeure ici sans cesse, en ce lieu saint ?
Verse 20
अर्द्धकोशं तु तत्तीर्थं तदर्द्धार्द्धं तु दुर्ल्लभम् । तन्मध्ये श्राद्धकृत्पुण्यं गयासप्तगुणं लभेत्
Ce tīrtha s’étend sur un demi-krośa ; mais son quart le plus intérieur est rare à atteindre. Accomplir le śrāddha en son plein milieu confère un mérite sept fois supérieur à celui obtenu à Gayā.
Verse 21
श्राद्धकृद्गोष्पदे यस्तु पितॄणामनृणो हि सः । पदमध्ये विशेषेण कुलानां शतमुद्धरेत्
Quiconque accomplit le śrāddha à Goṣpada devient réellement quitte envers les ancêtres (pitṛ). Et surtout, au centre même de ce ‘pada’ sacré, il relève cent lignées.
Verse 22
गृहाच्चलितमात्रस्य गोष्पदे गमनं प्रति । स्वर्गारोहणसोपानं पितॄणां तु पदेपदे
Pour celui qui n’a fait que quitter sa maison afin d’aller à Goṣpada, chacun de ses pas devient un degré de l’escalier par lequel les ancêtres montent au ciel.
Verse 23
पायसेनैव मधुना सक्तुना पिष्टकेन च । चरुणा तंदुलाद्यैर्वा पिंडदानं विधीयते
L’offrande de piṇḍa est prescrite avec le pāyasa (riz au lait), le miel, la farine grillée, des gâteaux, le caru (oblations cuites selon le rite), ou encore avec le riz et d’autres grains.
Verse 24
गोप्रचारे तु यः पिण्डा ञ्छमीपत्रप्रमाणतः । कन्दमूलफलाद्यैर्वा दत्त्वा स्वर्गं नयेत्पितॄन्
Mais dans les pâturages des vaches, quiconque offre des piṇḍa de la mesure d’une feuille de śamī—faits de bulbes, de racines, de fruits et autres—conduit les ancêtres au ciel.
Verse 25
गोष्पदे पिण्डदानेन यत्फलं लभते नरः । न तच्छक्यं मया वक्तुं कल्पकोटिशतैरपि
Le fruit qu’un homme obtient en offrant des piṇḍa à Goṣpada est tel que je ne puis l’exprimer, fût-ce en des centaines de crores d’âges.
Verse 26
अथातः संप्रवक्ष्यामि सम्यग्यात्राविधिं शुभम् । यात्राविधानं च तथा सम्यक्छ्रद्धान्विता शृणु
À présent, je vais exposer correctement la méthode propice et juste du pèlerinage. Écoute avec une foi constante les règles et le déroulement de la yātrā également.
Verse 27
यदि तीर्थं नरो गच्छेद्गयाश्राद्धफलेप्सया । तथाविधविधानेन यात्रा कुर्याद्विचक्षणः
Si un homme se rend à un tīrtha en désirant le fruit du Gayā-śrāddha, que l’homme avisé accomplisse le pèlerinage selon cette même discipline prescrite.
Verse 28
ब्रह्मचारी शुचिर्भूत्वा हस्तपादेषु संयतः । श्रद्धावानास्तिको भावी गच्छेत्तीर्थं ततः सुधीः
Devenu brahmacārī et pur, maîtrisant sa conduite dans les mains et les pieds, plein de foi, théiste et animé d’une intention droite—que le sage se rende alors au tīrtha.
Verse 29
न नास्तिकस्य संसर्गं तस्मिंस्तीर्थे नरश्चरेत् । सर्वोपस्करसंयुक्तः श्राद्धार्ह द्रव्यसंयुतः । गच्छेत्तीर्थं साधुसंगी गयां मनसि मानयन्
En ce tīrtha, qu’un homme ne fréquente pas l’incrédule. Pourvu de tout le nécessaire et des offrandes dignes du śrāddha, qu’il aille au lieu saint en compagnie des vertueux, portant Gayā dans son cœur avec révérence.
Verse 30
एवं यस्तु द्विजो गच्छेत्प्रतिग्रहविवर्जितः । पदेपदेऽश्वमेधस्य फलं प्राप्नोत्य संशयम्
Ainsi, le dvija (deux-fois-né) qui part en pèlerinage sans accepter de dons obtient, à chaque pas, le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha—sans aucun doute.
Verse 31
तत्र स्नात्वा न्यंकुमत्यां सिद्धये पितृमुक्तये । स्नात्वाथ तर्प्पणं कुर्याद्देवादीनां यथाविधि
Là, après s’être baigné dans la Nyaṅkumatī pour l’accomplissement spirituel et la délivrance des ancêtres, qu’il accomplisse ensuite, selon le rite, le tarpaṇa pour les dieux et les autres.
Verse 32
ब्रह्मादिस्तंबपर्यंता देवर्षि मनुमानवाः । तृप्यन्तु पितरः सर्वे मातृमातामहादयः
De Brahmā jusqu’à l’herbe et aux plantes; dieux, ṛṣi, Manu et humains : que tous les Pitṛ soient comblés—les ancêtres du côté maternel, les grands-pères maternels et les autres.
Verse 33
एवं संतर्प्य विधिना कृत्वा होमादिकं नरः । श्राद्धं सपिण्डकं कुर्यात्स्वतंत्रोक्तविधानतः
Ainsi, après avoir comblé (les destinataires) selon la règle et accompli le homa ainsi que les rites connexes, l’homme doit ensuite célébrer le śrāddha avec le sapiṇḍīkaraṇa, conformément au procédé transmis par la tradition faisant autorité.
Verse 34
आमन्त्र्य ब्राह्मणांस्तत्र शास्त्रजान्दोषवर्जितान् । एवं कृतोपचारस्तु इमं मन्त्रमुदीरयेत्
Après avoir invité là, avec respect, des brahmanes—versés dans les śāstra et exempts de défauts—et leur avoir offert comme il se doit les honneurs convenables, il doit alors réciter ce mantra.
Verse 35
कव्यवाडनलः सोमो यमश्चैवार्यमा तथा । अग्निष्वात्ता बर्हिषदः सोमपाः पितृदेवताः । आगच्छन्तु महाभागा युष्माभी रक्षिता स्त्विह
Que Kavyavāḍānala, Soma, Yama et Aryamā, ainsi que les Agniṣvāttas, les Barhiṣads et les Somapās—les divines divinités Pitṛ—viennent ici, ô très fortunés. Ici, puissions-nous être protégés par vous.
Verse 36
मदीयाः पितरो ये च कुले जाताः सनाभयः । तेषां पिण्डप्रदाताऽहमागतोऽस्मिन्पितामहाः
Ô grands-pères ancestraux : à ces pères miens nés dans ma lignée, parents d’un même sang, je suis venu ici comme donateur des piṇḍa, les boulettes de riz offertes aux défunts.
Verse 37
एवमुक्त्वा महादेवि इमं मन्त्रमुदीरयेत्
Ayant ainsi parlé, ô Grande Déesse, il doit alors réciter ce mantra.
Verse 38
पिता पितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः । माता पितामही चैव तथैव प्रपितामही
Père, grand-père et arrière-grand-père ; de même mère, grand-mère et arrière-grand-mère—
Verse 39
मातामहः प्रमाता च तथा वृद्धप्रमातृकः । तेषां पिंडो मया दत्तो ह्यक्षय्यमुपतिष्ठताम्
Grand-père maternel, arrière-grand-père maternel et l’aïeul vénérable au-delà d’eux—que le piṇḍa que je leur ai offert devienne impérissable, inépuisable, et demeure comme un appui durable.
Verse 40
ॐ नमो भानवे भर्त्रेऽब्जभौमसोमरू पिणे । एवं नत्वाऽर्चयित्वा तु इमां स्तुतिमथो पठेत्
Om—hommage à Bhānu, le Seigneur, dont la forme est aussi le Né du Lotus, Bhūma et Soma. Après s’être ainsi prosterné et avoir adoré, qu’on récite ensuite cet hymne.
Verse 41
तत्र गोष्पदसामीप्ये चरुणा सुशृतेन च । पितॄणामनाथानां च मंत्रैः पिंडांश्च निर्वपेत्
Là, près du lieu sacré nommé Goṣpada, avec du caru bien cuit, qu’on dépose aussi, au moyen des mantras, des offrandes de piṇḍa pour ces Pitṛs dénués de soutien (sans personne pour les servir).
Verse 42
अस्मत्कुले मृता ये च गतिर्येषां न विद्यते । रौरवे चांधतामिस्रे कालसूत्रे च ये गताः । तेषामुद्धरणार्थाय इमं पिंडं ददाम्यहम्
Pour ceux qui sont morts dans notre lignée et dont nul ne connaît l’issue ni le refuge—ceux qui sont allés à Raurava, à Andhatāmisra ou à Kālasūtra—pour leur délivrance, j’offre ce piṇḍa.
Verse 43
अनेकयातनासंस्थाः प्रेतलोकेषु ये गताः । तेषामुद्धरणार्थाय इमं पिंडं ददाम्यहम्
Pour ceux qui sont allés aux mondes des preta et demeurent en maints tourments—pour leur délivrance, j’offre ce piṇḍa.
Verse 44
पशुयोनिगता ये च ये च कीटसरी सृपाः । अथवा वृक्षयोनिस्थास्तेभ्यः पिंडं ददाम्यहम्
Et pour ceux qui sont entrés dans des matrices animales, et pour ceux devenus insectes, êtres rampants ou reptiles—voire ceux qui demeurent dans la naissance des arbres—à eux j’offre ce piṇḍa.
Verse 45
असंख्या यातनासंस्था ये नीता यमशासकैः । तेषामुद्धरणार्थाय इमं पिंडं ददाम्यहम्
Pour ceux que les agents de Yama ont menés vers d’innombrables demeures de supplice—pour leur délivrance, j’offre ce piṇḍa.
Verse 46
येऽबांधवा बांधवा ये येऽन्यजन्मनि बांधवाः । ते सर्वे तृप्तिमायांतु पिंडेनानेन सर्वदा
Que tous—ceux qui ne sont pas mes parents, ceux qui sont mes parents, et ceux qui furent parents en une autre naissance—obtiennent à jamais une satisfaction durable par ce piṇḍa.
Verse 47
ये केचित्प्रेतरूपेण वर्त्तंते पितरो मम । ते सर्वे तृप्तिमायांतु पिंडेनानेन सर्वदा
Quels que soient mes ancêtres qui subsistent sous la forme de preta, que tous, par cette offrande de piṇḍa, obtiennent la satisfaction à jamais.
Verse 48
दिव्यांतरिक्षभूमिस्थपितरो बांधवादयः । मृताश्चासंस्कृता ये च तेषां पिंडोस्तु मुक्तये
Que ce piṇḍa sacré soit pour la délivrance des ancêtres et des proches demeurant aux cieux, dans l’espace intermédiaire ou sur la terre, ainsi que de ceux qui sont morts sans les rites requis.
Verse 49
पितृवंशे मृता ये च मातृवंशे तथैव च । गुरुश्वशुरबंधूनां ये चान्ये बांधवा मृताः
Ceux qui sont morts dans la lignée de mon père et de même dans la lignée de ma mère; et les défunts parmi mes maîtres, mes beaux-pères et les autres parents—
Verse 50
ये मे कुले लुप्तपिंडाः पुत्रदारविवर्जिताः । क्रियालोपगता ये च जात्यंधाः पंगवस्तथा
Ceux de ma famille dont l’offrande de piṇḍa s’est interrompue—ceux qui furent sans fils ni épouse; ceux pour qui les rites furent omis; et ceux qui étaient aveugles de naissance ou pareillement boiteux—
Verse 51
विरूपा आमगर्भा येऽज्ञाता ज्ञाताः कुले मम । तेषां पिंडो मया दत्तो ह्यक्षय्यमुपतिष्ठताम्
Qu’ils aient été difformes, ou morts comme des embryons non encore formés; qu’ils soient inconnus ou connus dans ma lignée—j’ai offert pour eux ce piṇḍa; qu’il devienne un appui inépuisable.
Verse 52
प्रेतत्वात्पितरो मुक्ता भवंतु मम शाश्वतम् । यत्किंचिन्मधुसमिश्रं गोक्षीरं घृतपायसम्
Que mes ancêtres soient à jamais délivrés de l’état de preta. Toute offrande mêlée de miel—lait de vache et riz cuit au ghee—
Verse 53
अक्षय्यमुपतिष्ठेत्त्वत्त्वस्मिंस्तीर्थे तु गोष्पदे । स्वाध्यायं श्रावयेत्तत्र पुराणान्यखिलान्यपि
Que le fruit inépuisable demeure ici pour toi, en ce tīrtha nommé Goṣpada. Là, l’on doit faire entendre la récitation du svādhyāya, et aussi celle de tous les Purāṇa sans exception.
Verse 54
ब्रह्मविष्ण्वर्करुद्राणां स्तवानि विविधानि च । ऐंद्राणि सोमसूक्तानि पावमानीश्च शक्तितः
Et (qu’on récite) aussi des hymnes variés à Brahmā, Viṣṇu, Arka (le Soleil) et Rudra, ainsi que des hymnes à Indra, des Soma-sūkta et les chants purificatoires Pāvamānī, selon sa capacité.
Verse 55
बृहद्रथंतरं तद्वज्ज्येष्ठसाम सरौरवम् । तथैव शांतिकाध्यायं मधुब्राह्मणमेव च
De même, qu’on récite le Bṛhadrathantara, le Jyeṣṭha-sāman et le Saraurava; ainsi que le chapitre de Śānti pour l’apaisement, et le Madhu Brāhmaṇa aussi.
Verse 56
मंडलं ब्राह्मणं तत्र प्रीतकारि च यत्पुनः । विप्राणामात्मनश्चैव तत्सर्वं समुदीरयेत्
Là, l’on doit aussi réciter comme il se doit les Maṇḍala et les passages Brāhmaṇa; et tout ce qui est encore source de joie—pour les brāhmaṇa comme pour soi-même—qu’on le prononce intégralement.
Verse 57
एवं न्यंकुमतीमध्ये गोष्पदे तीर्थ उत्तमे । दत्त्वा पिंडांश्च विधिवत्पुनर्मंत्रमिमं पठेत्
Ainsi, au milieu de la Nyaṅkumatī, à Goṣpada—le tīrtha d’excellence—après avoir offert les piṇḍa selon le rite, l’on doit réciter de nouveau ce mantra.
Verse 58
साक्षिणः संतु मे देवा ब्रह्माद्या ऋषिपुंगवाः । मयेदं तीर्थमासाद्य पितॄणां निष्कृतिः कृता
Que les dieux—Brahmā et les autres—ainsi que les plus éminents des ṛṣi soient mes témoins : parvenu à ce tīrtha, j’ai accompli l’expiation et la délivrance dues à mes ancêtres.
Verse 59
आगतोऽस्मि इदं तीर्थं पितृकार्ये सुरोत्तमाः । भवंतु साक्षिणः सर्वे मुक्तश्चाहमृणत्रयात्
Ô le meilleur des dieux, je suis venu à ce tīrtha pour l’acte rituel envers les ancêtres. Soyez tous témoins, et que je sois délivré de la triple dette (ṛṇa-traya).
Verse 60
एवं प्रदक्षिणीकृत्य गोष्पदं तीर्थमुत्तमम् । विप्रेभ्यो दक्षिणां दत्त्वा नद्यां पिंडान्विसर्जयेत्
Ainsi, après avoir accompli la circumambulation (pradakṣiṇā) de Goṣpada, tīrtha excellent, et après avoir offert la dakṣiṇā aux brāhmaṇa, on doit remettre les piṇḍa au courant du fleuve.
Verse 61
गोदानं तत्र देयं तु तद्वत्कृष्णाजिनं प्रिये । अष्टकासु च वृद्धौ च गयायां मृतवासरे
Là, il faut assurément offrir le don d’une vache, et de même, ô bien-aimée, une peau d’antilope noire (kṛṣṇājina) : aux jours d’Aṣṭakā, lors des occasions de vṛddhi (prospérité), et à Gayā au jour anniversaire du décès.
Verse 62
अत्र मातुः पृथक्छ्राद्धमन्यत्र पतिना सह । वृद्धिश्राद्धे तु मात्रादि गयायां पितृपूर्वकम्
Ici, le śrāddha pour la mère s’accomplit séparément ; ailleurs, il se fait avec l’époux. Mais dans le vṛddhi-śrāddha, il convient de commencer par la mère et les parents maternels ; tandis qu’à Gayā, on commence d’abord par la lignée du père.
Verse 63
गयावदत्रैव पुनः श्राद्धं कार्यं नरोत्तमैः । तस्माद्गुप्तगया प्रोक्ता इयं सा विष्णुना स्वयम्
Comme à Gayā, ici aussi les meilleurs des hommes doivent accomplir de nouveau le śrāddha. C’est pourquoi ce lieu a été nommé par Viṣṇu lui-même « Gayā Cachée » (Guptagayā).
Verse 64
गंधदानेन गंधाप्तिः सौभाग्यं पुष्पदानतः । धूपदानेन राज्याप्तिर्दीप्तिर्दीपप्रदानतः
En offrant des parfums, on obtient le parfum (raffinement et douceur) ; en offrant des fleurs, on reçoit la bonne fortune. En offrant l’encens, on obtient la souveraineté, et en offrant des lampes, on obtient la radiance.
Verse 65
ध्वजदानात्पापहानिर्यात्राकृद्ब्रह्मलोकभाक् । श्राद्धपिंडप्रदो लोके विष्णुर्नेष्यति वै पितॄन्
En offrant un étendard (dhvaja), les péchés sont détruits ; le pèlerin obtient le monde de Brahmā. Et celui qui offre les piṇḍa du śrāddha en ce domaine sacré—Viṣṇu lui-même, en vérité, guide ses ancêtres vers leur voie bienheureuse.
Verse 66
एकं यो भोजयेत्तत्र ब्राह्मणं शंसितव्रतम् । गोप्रचारे महातीर्थे कोटिर्भवतिभोजिता
Quiconque y nourrit ne serait-ce qu’un seul brāhmaṇa—établi dans des vœux dignes d’éloge—au grand tīrtha nommé Gopracāra, c’est comme s’il avait nourri un koṭi (dix millions).
Verse 67
इति संक्षेपतः प्रोक्तस्तत्र श्राद्धविधिस्तव । अथ ते कथयिष्यामि इतिहासं पुरातनम्
Ainsi, brièvement, je t’ai exposé le rite du śrāddha en ce lieu. Maintenant, je vais te raconter une antique histoire sacrée (itihāsa).
Verse 68
वेनस्य राज्ञश्चरितं पृथोश्चैव महात्मनः । यथा तत्राभवन्मुक्तिस्तस्य चांडालयोनितः । तत्सर्वं शृणु देवेशि सम्यक्छ्रद्धासमान्विता
Écoute en entier, ô Dame du Seigneur, avec une foi inébranlable : les hauts faits du roi Vena et du magnanime Pṛthu—comment, en ce lieu, la délivrance lui advint, bien qu’il fût né d’un sein de cāṇḍāla.
Verse 69
पिशुनाय न पापाय नाशिष्यायाहिताय च । कथनीयमिदं पुण्यं नाव्रताय कथंचन
Cet enseignement méritoire ne doit pas être confié au médisant, ni au pécheur, ni à celui qui n’est pas disciple et agit avec malveillance ; et jamais il ne doit être dit à qui est sans vœux (sans discipline).
Verse 70
स्वर्ग्यं यशस्यमायुष्यं धन्यं वेदेन संमितम् । रहस्यमृषिभिः प्रोक्तं शृणुयाद्योऽनसूयकः
Cet enseignement mène au ciel, donne la renommée, accroît la longévité et porte l’auspice—mesuré selon le Veda. C’est un secret proclamé par les ṛṣi ; que celui qui est sans jalousie l’écoute.
Verse 71
यश्चैनं श्रावयेन्मर्त्यः पृथो र्वैन्यस्य संभवम् । ब्राह्मणेभ्यो नमस्कृत्वा न स शोचेत्कृताऽकृते
Et le mortel qui fait réciter ce récit de la naissance de Pṛthu Vainya—après s’être incliné avec révérence devant les brāhmaṇa—ne s’afflige ni de ce qui fut fait ni de ce qui ne le fut pas.
Verse 72
गोप्ता धर्मस्य राजाऽसौ बभौ चात्रिसमप्रभः । अत्रिवंशसमुत्पन्नो ह्यंगो नाम प्रजापतिः
Ce roi devint le protecteur du dharma et resplendit tel Atri. De la lignée d’Atri naquit le Prajāpati nommé Aṅga.
Verse 73
तस्य पुत्रोऽभवेद्वेनो नात्यर्थं धार्मिकस्तथा । जातो मृत्युसुतायां वै सुनीथायां प्रजापतिः
Son fils fut Véna, nullement remarquable par la droiture. Ce Prajāpati naquit de Sunīthā, fille de Mṛtyu, le Seigneur de la Mort.
Verse 74
समातामह दोषेण तेन कालात्मकाननः । स धर्मं पृष्ठतः कृत्वा पापबुद्धिरजायत
Par la faute héritée de son grand-père maternel, son visage même prit la nature de la Mort-Temps. Rejetant le dharma derrière lui, il engendra une pensée pécheresse.
Verse 75
स्थितिमुत्थापयामास धर्मोपेतां सनातनीम् । वेदशास्त्राण्यतिक्रम्य ह्यधर्म निरतोऽभवत्
Il renversa l’ordre ancien, imprégné de dharma. En transgressant les Veda et les śāstra, il se voua à l’adharma.
Verse 76
निःस्वाध्यायवषट्काराः प्रजास्तस्मिन्प्रशासति । डिंडिमं घोषयामास स राजा विषये स्वके
Sous son règne, le peuple fut privé d’étude védique et du cri «vaṣaṭ» des sacrifices. Ce roi fit proclamer l’ordre au son du tambour dans tout son royaume.
Verse 77
न दातव्यं न यष्टव्यं मयि राज्यं प्रशासति । आसीत्प्रतिज्ञा क्रूरेयं विनाशे प्रत्युपस्थिते
«Qu’on ne donne point d’aumône, qu’on n’accomplisse point de sacrifices tant que je gouverne le royaume» : tel fut ce vœu cruel, formulé lorsque la ruine s’approchait.
Verse 78
अहमीड्यश्च पूज्यश्च सर्वयज्ञैर्द्विजोत्तमैः । मयि यज्ञा विधातव्या मयि होतव्यमित्यपि
«Moi seul dois être loué et adoré par les meilleurs des deux-fois-nés, au moyen de tout sacrifice; les yajñas doivent être institués pour moi, et les oblations doivent m’être offertes»—ainsi le déclara-t-il encore.
Verse 79
तमतिक्रांतमर्यादं प्रजापीडनतत्परम् । ऊचुर्महर्षयः क्रुद्धा मरीचिप्रमुखास्तदा
Alors les grands rishis—courroucés—conduits par Marīci, s’adressèrent à celui qui avait franchi toute limite et s’acharnait à tourmenter le peuple.
Verse 80
माऽधर्मं वेन कार्षीस्त्वं नैष धर्मः सनातनः । अत्रेर्वंशे प्रसूतोऽसि प्रजापतिरसंशयम्
«Ne commets pas l’adharma, ô Vena; ceci n’est pas le dharma éternel (sanātana). Tu es né dans la lignée d’Atri; tu es un Prajāpati, sans aucun doute.»
Verse 81
पालयिष्ये प्रजाश्चेति पूर्वं ते समयः कृतः । तांस्तथावादिनः सर्वान्ब्रह्मर्षीनब्रवीत्तदा
«“Je protégerai les sujets” : tel fut l’engagement que tu pris jadis. Alors il s’adressa à tous ces brahmarishis qui avaient parlé ainsi.»
Verse 82
वेनः प्रहस्य दुर्बुद्धिरिदं वचनकोविदः । स्रष्टा धर्मस्य कश्चान्यः श्रोतव्यं कस्य वा मया
Vena—stupide mais habile en paroles—rit et dit : «Qui d’autre est le créateur du dharma ? Et qui devrais-je donc écouter ?»
Verse 83
वीर्यश्रुततपःसत्यैर्मयान्यः कः समो भुवि । मदात्मानो न नूनं मां यूयं जानीथ तत्त्वतः
Par la vaillance, le savoir, l’ascèse et la vérité, qui sur la terre m’est égal ? Assurément, vous ne me connaissez pas selon la réalité ultime, car vos esprits ne sont pas accordés au mien.
Verse 84
प्रभवं सर्वलोकानां धर्माणां च विशेषतः । इत्थं देहेन पृथिवीं भावेन यजनेन च
Je suis la source de tous les mondes, et tout particulièrement des dharmas. Ainsi, par ma propre personne, par ma volonté et par le culte, je soutiens la terre.
Verse 85
सृजेयं च ग्रसेयं च नात्र कार्या विचारणा । यदा न शक्यते स्तंभान्मत्तश्चैव विमोहितः
Je puis créer et je puis dévorer : ici, point besoin de délibération. Quand nul ne peut m’arrêter ni me contenir, je m’enivre et sombre dans l’illusion totale.
Verse 86
अनुनेतुं नृपो वेनस्तत्र क्रुद्धा महर्षयः । आथर्वणेन मंत्रेण हत्वा तं ते महाबलम्
Là, les grands sages, courroucés (contre lui), cherchèrent à ramener le roi Vena à la raison ; puis, par un mantra atharvanique, ils abattirent ce puissant.
Verse 87
ततोऽस्य वामबाहुं ते ममंथुर्भृशकोपिताः । तस्माच्च मथ्यमानाद्वै जज्ञे पूर्वमिति श्रुतिः
Puis, dans une colère farouche, ils barattèrent son bras gauche ; et de ce barattage, selon la tradition, naquit d’abord un être.
Verse 88
ह्रस्वोऽतिमात्रः पुरुषः कृष्णश्चापि तदा प्रिये । स भीतः प्राञ्जलिश्चैव तस्थिवान्संमुखे प्रिये
Alors, ô bien-aimée, un homme apparut : de petite taille, d’une difformité excessive et au teint sombre. Saisi de peur, il se tint là, les mains jointes en hommage, face à eux.
Verse 89
तमात्तं विह्वलं दृष्ट्वा निषीदेत्यब्रुवन्किल । निषादो वंशकर्ता वै तेनाभूत्पृथुविक्रमः
Le voyant terrifié et tremblant, ils lui dirent : « Assieds-toi », rapporte-t-on. Ainsi fut-il connu sous le nom de Niṣāda, fondateur d’une lignée ; et de cette lignée naquit le vaillant Pṛthu.
Verse 90
धीवरानसृजच्चापि वेनपापसमुद्भवान् । ये चान्ये विन्ध्यनिलयास्तथा वै तुंबराः खसाः
Il fit aussi naître les pêcheurs (Dhīvara), issus du péché de Vena ; et d’autres peuples encore : ceux qui demeuraient dans les régions du Vindhya, ainsi que les Tumbara et les Khasa.
Verse 91
अधर्मे रुचयश्चापि वर्द्धिता वेनपापजाः । पुनर्महर्षयस्तेथ पाणिं वेनस्य दक्षिणम्
Et les penchants vers l’adharma s’accrurent aussi, nés du péché de Vena. Alors, de nouveau, les grands sages présents se tournèrent vers la main droite de Vena.
Verse 92
अरणीमिव संरब्धा ममंथुर्जात मन्यवः । पृथुस्तस्मात्समुत्पन्नः कराज्ज्वलनसंनिभः
Tels des hommes faisant tourner l’arani pour faire naître le feu, ils le firent avec ferveur, la colère éveillée. De là surgit Pṛthu, semblable à une flamme, hors de la main.
Verse 93
पृथोः करतलाच्चापि यस्माजातस्ततः पृथुः । दीप्यमानश्च वपुषा साक्षादग्निरिव ज्वलन्
Parce qu’il naquit de la paume (karatala), on le nomma donc Pṛthu ; et son corps rayonnait, flamboyant tel Agni lui-même.
Verse 94
धनुराजगवं गृह्य शरांश्चाशीविषोपमान् । खङ्गं च रक्षन्रक्षार्थं कवचं च महाप्रभम्
Saisissant l’arc Ājagava et des flèches pareilles à des serpents venimeux, et aussi une épée pour la protection, il portait encore une armure splendide, d’un grand éclat.
Verse 95
तस्मिञ्जातेऽथ भूतानि संप्रहृष्टानि सर्वशः । संबभूवुर्महादेवि वेनश्च त्रिदिवं गतः
Lorsqu’il naquit, ô Mahādevī, tous les êtres, de toutes parts, furent saisis de joie ; et Vena aussi s’en alla vers le monde céleste.
Verse 96
ततो नद्यः समुद्राश्च रत्नान्यादाय सर्वशः । अभिषेकाय ते सर्वे राजानमुपतस्थिरे
Alors les fleuves et les océans, apportant des joyaux de toutes les directions, vinrent tous se tenir présents pour l’onction sacrée (abhiṣeka) du roi.
Verse 97
पितामहश्च भगवानृषिभिश्च सहामरैः । स्थावराणि च भूतानि जंगमानि च सर्वशः
Le Bienheureux Pitāmaha (Brahmā) arriva aussi, avec les sages et les dieux ; et tous les êtres, immobiles comme mobiles, affluèrent de toutes parts.
Verse 98
समागम्य तदा वैन्यमभ्यषिंचन्नराधि पम् । सोऽभिषिक्तो महातेजा देवैरंगिरसादिभिः
Alors, s’étant rassemblés, ils oignirent Vainya comme suzerain des hommes. Ainsi consacré, cet être au grand éclat fut établi par les dieux, conduits par Aṅgiras et les autres.
Verse 99
अधिराज्ये महाभागः पृथुर्वैन्यः प्रतापवान् । पित्रा न रंजिताश्चास्य प्रजा वैन्येन रंजिताः
Dans la souveraineté, le bienheureux et vaillant Pṛthu Vainya rayonna de puissance. Les sujets que son père n’avait pu contenter furent, sous Vainya, réellement comblés et apaisés.
Verse 100
ततो राजेति नामास्य अनुरागादजायत । आपः स्तस्तंभिरे चास्य समुद्रमभियास्यतः
Puis, par affection, naquit pour lui le nom de « Rājā » (Roi). Et lorsqu’il s’avança vers l’océan, les eaux elles-mêmes s’immobilisèrent devant lui.
Verse 101
पर्वताश्चापि शीर्यंते ध्वजसंगोऽपि नाऽभवत् । अकृष्टपच्या पृथिवी सिध्यंत्यन्नानि चिंतया । सर्वकामदुघा गावः पुटकेपुटके मधु
Même les montagnes cédèrent et se désagrégèrent ; nul obstacle ne s’opposa même à son étendard. La terre devint « féconde sans labour » : les vivres s’obtenaient par la seule pensée. Les vaches devinrent dispensatrices de tout désir, et du miel se trouvait dans chaque petit vase.
Verse 102
तस्मिन्नेव तदा काले पुन र्जज्ञेऽथ मागधः । सामगेषु च गायत्सु स्रुग्भांडाद्वैश्वदेविकात्
En ce même temps, le Māgadha naquit de nouveau : tandis que les chantres du Sāma chantaient, il surgit du récipient-louche employé pour l’offrande de Vaiśvadeva.
Verse 103
सामगेषु समुत्पन्नस्तस्मान्मगध उच्यते । ऐंद्रेण हविषा चापि हविः पृक्तं बृहस्पतिः
Puisqu’il naquit parmi les chantres du Sāma, on l’appelle donc « Magadha ». Et Bṛhaspati aussi mêla l’oblation (havis) à l’offrande destinée à Indra.
Verse 104
यदा जुहाव चेंद्राय ततस्ततो व्यजायत । प्रमादस्तत्र संजज्ञे प्रायश्चित्तं च कर्मसु
Lorsqu’il versa l’offrande dans le feu pour Indra, de cet acte naquit une défaillance ; ainsi, dans les actes rituels, apparut la nécessité du prāyaścitta, les rites d’expiation.
Verse 105
शेषहव्येन यत्पृक्तमभिभूतं गुरोर्हविः । अधरोत्तरस्वारेण जज्ञे तद्वर्णवैकृतम्
Lorsque l’oblation du précepteur, mêlée au reste de l’offrande sacrificielle, fut comme submergée, une déformation du son surgit—par les intonations graves et aiguës—altérant les syllabes et la forme phonétique.
Verse 106
यज्ञस्तस्यां समभवद्ब्राह्मण्यां क्षत्रयोनितः । ततः पूर्वेण साधर्म्यात्तुल्यधर्माः प्रकीर्त्तिताः
Dans cette lignée de brāhmaṇas naquit Yajña, issu d’une souche kṣatriya ; et, en raison de leur parenté d’autrefois et de leur nature commune, on proclame qu’ils portent des devoirs comparables.
Verse 107
मध्यमो ह्येष तत्त्वस्य धर्मः क्षत्रोपजीवनम् । रथनागाश्वचरितं जघन्यं च चिकित्सितम्
On dit que tel est le devoir moyen selon le principe : vivre selon la voie des kṣatriyas—par les chars, les éléphants et les chevaux ; tandis que l’occupation la plus basse est tenue pour la pratique de la médecine.
Verse 108
पृथोः कथार्थं तौ तत्र समा हूतौ महर्षिभिः । तावूचुर्मुनयः सर्वे स्तूयतामिति पार्थिवः
Afin de raconter les hauts faits de Pṛthu, ces deux-là furent mandés ensemble en ce lieu par les grands ṛṣi ; et tous les sages leur dirent : « Que le roi soit loué. »
Verse 109
कर्मभिश्चानुरूपो हि यतोयं पृथिवीपतिः । तानूचतुस्तदा सर्वानृषींश्च सूतमागधौ
« Car ce seigneur de la terre est véritablement conforme à ses actes. » Ainsi, en ce temps-là, le Sūta et le Māgadha s’adressèrent à tous ces ṛṣi.
Verse 110
आवां देवानृषींश्चैव प्रीणयाव स्वकर्मभिः । न चास्य विद्वो वै कर्म न तथा लक्षणं यश
« Par nos propres devoirs, nous contentons à la fois les dieux et les ṛṣi. Pourtant, nous ne connaissons pas pleinement ses actes, ni, à cette mesure, ses signes et sa renommée. »
Verse 111
स्तोत्रं येनास्य संकुर्वो राज्ञस्तेजस्विनो द्विजाः । ऋषिभिस्तौ नियुक्तौ तु भविष्यैः स्तूयतामिति
« Ô deux-fois-nés, par quel hymne composerons-nous la louange de ce roi rayonnant ? » Ainsi, ces deux-là furent mandatés par les ṛṣi avec cette injonction : « Qu’il soit loué pour les âges à venir. »
Verse 112
यानि कर्माणि कृतवान्पृथुः पश्चान्महाबलः । तानि गीतानि बद्धानि स्तुवद्भिः सूतमागधैः
Quels que fussent les actes accomplis ensuite par le puissant Pṛthu, ces actes furent chantés et liés en strophes par les Sūta et les Māgadha qui le louaient.
Verse 113
ततः श्रुतार्थः सुप्रीतः पृथुः प्रादात्प्रजेश्वरः । अनूपदेशं सूताय मागधान्मागधाय च
Alors Pṛthu, seigneur des peuples, ayant entendu leurs paroles et comblé de joie, accorda au Sūta une contrée convenable, et au Māgadha il donna aussi la terre de Māgadha, domaine des Māgadhas.
Verse 114
तदादि पृथिवीपालाः स्तूयन्ते सूतमागधैः । आशीर्वादैः प्रशंस्यंते सूतमागधबंदिभिः
Dès lors, les protecteurs de la terre (les rois) sont célébrés par les Sūtas et les Māgadhas, et ils sont exaltés par des bénédictions par les Sūtas, les Māgadhas et les bardes de cour.
Verse 115
तं दृष्ट्वा परमं प्रीताः प्रजा ऊचुर्महर्षयः । एष वो वृत्तिदो वैन्यो विहितोऽथ नराधिपः
En le voyant, le peuple, rempli d’une joie suprême, dit aux grands sages : «Voici le souverain Vainya, descendant de Vena ; il est désormais établi comme celui qui vous assurera subsistance et moyens de vie.»
Verse 116
ततो वैन्यं महाभागं प्रजाः समभिदुद्रुवुः । त्वं नो वृत्तिविधातेति महर्षिवचनात्तथा
Alors les sujets accoururent vers le bienheureux Vainya et, selon la parole des sages, le supplièrent : «C’est toi qui dois désormais ordonner notre subsistance et notre bien-être.»
Verse 117
सोऽभीहितः प्रजाभिस्तु प्रजाहितचिकीर्षया । धनुर्गृहीत्वा बाणांश्च वसुधामार्दयद्बली
Ainsi sollicité par le peuple et voulant accomplir leur bien, le puissant saisit son arc et ses flèches, et se mit à presser et à soumettre la Terre (Vasudhā).
Verse 118
ततो वैन्यभयत्रस्ता गौर्भूत्वा प्राद्रवन्मही । तां धेनुं पृथुरादाय द्रवन्तीमन्वधावत
Alors la Terre, terrifiée par Vainya, prit la forme d’une vache et s’enfuit. Pṛthu saisit cette vache et la poursuivit tandis qu’elle courait.
Verse 119
सा लोकान्ब्रह्मलोकादीन्गत्वा वैन्यभयात्तदा । ददर्श चाग्रतो वैन्यं कार्मुकोद्यतपाणिनम्
Par crainte de Vainya, elle traversa les mondes, à commencer par le Brahmaloka. Pourtant, devant elle, elle vit Vainya, la main levée, l’arc prêt à tirer.
Verse 120
ज्वलद्भिर्विशिखैस्तीक्ष्णैर्दीप्ततेजःसमन्वितैः । महायोगं महात्मानं दुर्द्धर्षममरैरपि
Il était redoutable : ses flèches acérées, flamboyantes, rayonnaient d’un éclat de feu. Grande âme, maître du grand yoga, il était difficile à soutenir même pour les dieux.
Verse 121
अलभंती तु सा त्राणं वैन्यमेवाभ्यपद्यत । कृतांजलिपुटा देवी पूज्या लोकैस्त्रिभिस्सदा
Ne trouvant aucun refuge, elle chercha protection auprès de Vainya lui-même. La déesse Terre, les mains jointes en hommage, est à jamais digne d’être vénérée par les trois mondes.
Verse 122
उवाच चैनं नाधर्म्यं स्त्रीवधं परिपश्यसि । कथं धारयिता चासि प्रजा राजन्मया विना
Et elle lui dit : «Ne vois-tu pas que tuer une femme est adharma, contraire à la droiture ? Ô roi, sans moi, comment soutiendras-tu et protégeras-tu les êtres ?»
Verse 123
मयि लोकाः स्थिता राजन्मयेदं धार्यते जगत् । मदृते तु विनश्येयुः प्रजाः पार्थिव विद्धि तत्
Ô roi, les mondes reposent en moi ; par moi cet univers est soutenu. Sans moi, ô souverain, les créatures périraient—sache-le comme vérité.
Verse 124
स मां नार्हसि हंतुं वै श्रेयश्चेत्त्वं चिकीर्षसि । प्रजानां पृथिवीपाल शृणुष्वेदं वचो मम
Ainsi, tu ne dois pas me tuer si tu désires vraiment le bien suprême. Ô protecteur de la terre et gardien du peuple, écoute mes paroles.
Verse 125
उपायतः समारब्धाः सर्वे सिध्यंत्युपक्रमाः । हत्वा मां त्वं न शक्तो वै प्रजाः पालयितुं नृप
Les entreprises commencées par des moyens justes réussissent en tout. Mais si tu me tues, ô roi, tu ne pourras pas vraiment protéger tes sujets.
Verse 126
अनुकूला भविष्यामि त्यज कोपं महाद्युते । अवध्याश्च स्त्रियः प्राहुस्तिर्यग्योनिगता अपि
Je te serai favorable—renonce à la colère, ô toi de grande splendeur. Car l’on dit que les femmes ne doivent pas être tuées, même nées d’un ventre animal.
Verse 127
एकस्मिन्निधनं प्राप्ते पापिष्ठे क्रूरकर्मणि । बहूनां भवति क्षेमस्तत्र पुण्यप्रदो वधः । सत्येवं पृथिवीपाल धर्म्मं मा त्यक्तुमर्हसि
Quand la mort atteint un seul être, le plus pécheur et aux actes cruels, beaucoup trouvent la sécurité ; en ce cas, cette mise à mort devient dispensatrice de mérite. Ainsi, ô protecteur de la terre, puisque cela est vrai, ne délaisse pas le dharma.
Verse 128
एवंविधं तु तद्वाक्यं श्रुत्वा राजा महाबलः । क्रोधं निगृह्य धर्मात्मा वसुधामिदमब्रवीत्
Entendant ces paroles, le puissant roi, juste et maître de lui-même, réprima sa colère et parla ainsi à Vasudhā.
Verse 129
एकस्यार्थे च यो हन्यादात्मनो वा परस्य वा । एकं वापि बहून्वापि कामतश्चास्ति पातकम्
Quiconque tue pour le bien d'un seul, que ce soit pour lui-même ou pour autrui, qu'il tue une ou plusieurs personnes, commet un péché s'il agit par désir.
Verse 130
यस्मिंस्तु निधनं प्राप्ता एधन्ते बहवः सुखम् । तस्मिन्हते च भूयो हि पातकं नास्ति तस्य वै
Mais si, par la mort d'un seul, beaucoup prospèrent dans le bonheur, alors tuer cet individu n'entraîne assurément aucun péché.
Verse 131
सोऽहं प्रजानिमित्तं त्वां हनिष्यामि वसुन्धरे । यदि मे वचनं नाद्य करिष्यसि जगद्धितम्
C'est pourquoi, pour le bien du peuple, je te tuerai, ô Vasundharā, si aujourd'hui tu n'exécutes pas ma parole qui vise le bien du monde.
Verse 132
त्वां निहत्याद्य बाणेन मच्छासनपराङ्मुखीम् । आत्मानं पृथुकृत्वेह प्रजा धारयितास्म्यहम्
T'ayant abattue aujourd'hui de ma flèche, puisque tu t'es détournée de mon ordre, je m'étendrai ici-même et soutiendrai le peuple.
Verse 133
सा त्वं वचनमास्थाय मम धर्मभृतांवरे । सञ्जीवय प्रजा नित्यं शक्ता ह्यसि न संशयः
Ainsi, ô le meilleur des gardiens du dharma, accueille ma parole et, sans cesse, ranime et soutiens le peuple; tu en as le pouvoir—il n’y a nul doute.
Verse 134
दुहितृत्वं हि मे गच्छ एवमेतन्महच्छरम् । नियच्छे त्वद्वधार्थं च प्रयुक्तं घोरदर्शनम् । प्रत्युवाच ततो वैन्यमेवमुक्ता महासती
«Deviens pour moi comme une fille—qu’il en soit ainsi.» Alors je retiendrai cette grande flèche, terrible à voir, lancée pour te donner la mort. Ainsi interpellée, la grande dame vertueuse répondit à Vainya (le roi).
Verse 135
सर्वमेतदहं राजन्विधास्यामि न संशयः । वत्सं तु मम संयुक्ष्व क्षरेयं येन वत्सला
«Ô Roi, j’accomplirai assurément tout cela—sans aucun doute. Mais d’abord, attelle pour moi un veau; alors je ferai couler mon lait, telle une vache tendre envers son petit.»
Verse 136
समां च कुरु सर्वत्र मां त्वं सर्वभृतां वर । यथा विस्यन्दमानाहं क्षीरं सर्वत्र भावये
«Ô le meilleur de tous les soutiens, rends-moi égale et plane partout, afin que, lorsque je m’écoule, mon lait soit présent en tous lieux.»
Verse 137
ईश्वर उवाच । तत उत्सारयामास शिलाजालानि सर्वशः । धनुष्कोट्या ततो वैन्यस्तेन शैला विवर्द्धिताः
Īśvara dit : «Alors Vainya repoussa de toutes parts les amas de rochers; et, de la pointe de son arc, il les façonna—ainsi les montagnes furent formées et s’élevèrent.»
Verse 138
मन्वतरेष्वतीतेषु चैवमासीद्वसुन्धरा । स्वभावेनाभवत्तस्याः समानि विषमाणि च
Dans les Manvantaras révolus, la Terre était vraiment ainsi : par sa propre nature, elle portait des étendues planes et des régions inégales.
Verse 139
न हि पूर्वनिसर्गे वै विषमं पृथिवीतलम् । प्रविभागः पुराणां च ग्रामाणां चाथ विद्यते
Car lors de la création première, la surface de la terre n’était pas inégale ; et alors il n’existait aucune délimitation des cités ni des villages.
Verse 140
न सस्यानि न गोरक्षं न कृषिर्न वणिक्पथः
Il n’y avait ni récoltes, ni protection des troupeaux, ni agriculture, ni routes de commerce.
Verse 141
चाक्षुषस्यांतरे पूर्वमासीदेतत्पुरा किल । वैवस्वतेऽन्तरे चास्मिन्सर्वस्यैतस्य संभवः । समत्वं यत्रयत्रासीद्भूमेः कस्मिंश्चिदेव हि
Dans l’âge antérieur, au Manvantara de Cākṣuṣa, il en était ainsi, comme on s’en souvient depuis l’antique. Mais dans ce Manvantara de Vaivasvata naquirent toutes ces institutions. Là où la terre se trouvait plane, là même les hommes s’établissaient.
Verse 142
तत्रतत्र प्रजास्ता वै निवसन्ति स्म सर्वदा । आहारः फलमूलं तु प्रजानामभवत्किल
En de tels lieux, les êtres humains demeuraient sans cesse ; et la nourriture de ces créatures, dit-on, était faite de fruits et de racines.
Verse 143
कृच्छ्रेणैव तदा तासामित्येवमनुशुश्रुम । वैन्यात्प्रभृतिलोकेऽस्मिन्सर्वस्यैतस्य संभवः
Ainsi avons-nous entendu que, même alors, leur subsistance se gagnait dans la peine. Depuis Vainya (le roi Pṛthu) et par la suite, en ce monde, prit naissance l’origine de tous ces moyens ordonnés de vivre.
Verse 144
संकल्पयित्वा वत्सं तु चाक्षुषं मनुमीश्वरम् । पृथुर्दुदोह सस्यानि स्वहस्ते पृथिवीं ततः
Ayant établi Cākṣuṣa Manu, le seigneur, comme veau, Pṛthu alors tira de la Terre les moissons en la « trayant », sa propre main servant de vase.
Verse 145
सस्यानि तेन दुग्धा वै वेन्येनेयं वसुन्धरा । मनुं वै चाक्षुषं कृत्वा वत्सं पात्रे च भूमये
Par lui—Vainya (le roi Pṛthu)—cette Terre, la Soutenante, fut véritablement « trayée » de ses moissons. Prenant Cākṣuṣa Manu pour veau et faisant de la terre elle-même le récipient, il en tira les grains pour le soutien du monde.
Verse 146
तेनान्नेन तदा ता वै वर्त्तयन्ते सदा प्रजाः । ऋषिभिः श्रूयते चापि पुनर्दुग्धा वसुन्धरा
Par cette nourriture même, les créatures d’alors—et toujours ensuite—furent soutenues. Et l’on entend aussi des Ṛṣis que, maintes fois, la Terre fut « trayée » pour le bien de divers ordres d’êtres.
Verse 147
वत्सः सोमस्ततस्तेषां दोग्धा चापि बृहस्पतिः । पात्रमासन्हि च्छन्दांसि गायत्र्यादीनि सर्वशः
Alors, pour eux, Soma devint le veau, et Bṛhaspati, certes, le trayeur. Et les vases furent les mètres védiques—Gāyatrī et les autres sous toutes leurs formes—par lesquels l’essence fut tirée.
Verse 148
क्षीरमासीत्तदा तेषां तपो ब्रह्म च शाश्वतम् । पुनस्ततो देवगणैः पुरंदरपुरोगमैः
En ce temps-là, pour eux, le fruit fut le lait — le tapas et le brahman éternels (puissance spirituelle et science sacrée). Puis, de nouveau, ensuite, par les cohortes des devas conduites par Purandara (Indra)…
Verse 149
सौवर्णं पात्रमादाय दुग्धेयं श्रूयते मही । वत्सस्तु मघवा चासीद्दोग्धा च सविताऽभवत्
Prenant un vase d’or, on dit que la Terre (Mahī) fut de nouveau traitée. Maghavān (Indra) devint le veau, et Savitṛ (le Soleil en tant qu’Impulseur) devint le trayeur.
Verse 150
क्षीरमूर्जामधु प्रोक्तं वर्तंते तेन देवताः । पितृभिः श्रूयते चापि पुनर्दुग्धा वसुन्धरा
Ce lait est proclamé ‘ūrjā’ et ‘madhu’ — vigueur vitale et douceur — par quoi les divinités sont soutenues. Et l’on entend aussi des Pitṛ (ancêtres) que, de nouveau, la Terre fut encore traitée.
Verse 151
राजतं पात्रमादाय स्वधा त्वक्षय्यतृप्तये । वैवस्वतो यमस्त्वासीत्तेषां वत्सः प्रतापवान्
Prenant un vase d’argent, pour une satiété inépuisable par la svadhā. Vaivasvata Yama (Yamarāja) devint leur veau puissant.
Verse 152
अंतकश्चाभवद्दोग्धा पितृणां भगवा न्प्रभुः । असुरैः श्रूयते चापि पुनर्दुग्धा वसुन्धरा
Et Antaka devint le trayeur pour les Pitṛ — le seigneur béni et souverain. Et l’on entend aussi parmi les Asuras que, de nouveau, la Terre fut traitée à nouveau.
Verse 153
आयसं पात्रमादाय बलमाधाय सर्वशः । विरोचनस्तु प्राह्लादिस्तेषां वत्सः प्रतापवान्
Prenant un vase de fer et rassemblant la force de toutes parts, Virocana—fils de Prahlāda—devint pour eux le veau puissant.
Verse 154
ऋत्विग्द्विमूर्द्धा दैत्यानां दोग्धा तु दितिनन्दनः । मायाक्षीरं दुदोहासौ दैत्यानां तृप्तिकारकम्
Pour les Daityas, l’ṛtvik fut Dvimūrdhā, et le trayeur, le fils de Diti. Il fit couler le « lait d’illusion », māyā-kṣīra, qui rassasia les Daityas.
Verse 155
तेनैते माययाऽद्यापि सर्वे मायाविदोऽसुराः । वर्त्तयंति महावीर्यास्तदेतेषां परं बलम्
Par cette puissance, aujourd’hui encore tous les Asuras versés dans l’illusion se maintiennent; grands en vaillance, ils en vivent — telle est, en vérité, leur force suprême.
Verse 156
नागैश्च श्रूयते दुग्धा वत्सं कृत्वा तु तक्षकम् । अलाबुपात्रमादाय विषं क्षीरं तदा महत्
On rapporte que les Nāgas aussi traitèrent la Terre, prenant Takṣaka pour veau; et, munis d’un vase de gourde, ils en tirèrent alors un grand « lait » sous forme de poison.
Verse 157
तेषां वै वासुकिर्दोग्धा काद्रवेयो महायशाः । नागानां वै महादेवि सर्पाणां चैव सर्वशः
Pour eux, l’illustre Vāsuki—fils de Kadrū—fut le trayeur, ô Grande Déesse; pour les Nāgas et, en vérité, pour tous les serpents.
Verse 158
तेन वै वर्त्तयन्त्युग्रा महाकाया विषोल्बणाः । तदाहारास्तदाचारास्तद्वीर्यास्तदपाश्रयाः
Par cela seul, ces êtres farouches, au corps immense et chargés de venin, se maintiennent—s’en nourrissant, s’y conformant, y puisant leur vigueur et s’y appuyant comme sur leur soutien.
Verse 159
आमपात्रे पुनर्दुग्धा त्वंतर्द्धानमियं मही । वत्सं वैश्रवणं कृत्वा यक्षपुण्यजनैस्तथा
De nouveau, cette Terre fut traitée dans un vase d’argile non cuite; et son « lait » fut le pouvoir de « disparaître / devenir invisible ». Prenant Vaiśravaṇa (Kubera) pour veau, les Yakṣas, ainsi que les Puṇyajanas, la traitèrent.
Verse 160
दोग्धा रजतनागस्तु चिन्तामणिचरस्तु यः । यक्षाधिपो महातेजा वशी ज्ञानी महातपाः
Le trayeur fut le « Serpent d’Argent », celui qui se meut parmi les joyaux cintāmaṇi exauçant les vœux : seigneur des Yakṣas, d’un éclat immense, maître de soi, sage et d’austérité puissante.
Verse 161
तेन ते वर्त्तयं तीति यक्षा वसुभिरूर्जितैः । राक्षसैश्च पिशाचैश्च पुनर्दुग्धा वसुन्धरा
Par cela, ces Yakṣas, fortifiés par les richesses, se maintiennent; et de nouveau la Terre fut traitée par les Rākṣasas et aussi par les Piśācas.
Verse 162
ब्रह्मोपेन्द्रस्तु दोग्धा वै तेषामासीत्कुबेरतः । वत्सः सुमाली बलवान्क्षीरं रुधिरमेव च
Pour eux, Brahmā et Upendra (Viṣṇu) furent véritablement les trayeurs—dans la lignée commençant avec Kubera; le veau fut le puissant Sumālī, et le « lait » fut le sang lui-même.
Verse 163
कपालपात्रे निर्दुग्धा त्वंतर्द्धानं तु राक्षसैः । तेन क्षीरेण रक्षांसि वर्त्तयन्तीह सर्वशः
Traite dans un bol fait d’un crâne, la puissance de « disparition/invisibilité » fut tirée par les Rākṣasas ; et par ce « lait » les Rākṣasas se maintiennent ici de toutes les façons.
Verse 164
पद्मपत्रेषु वै दुग्धा गंधर्वाप्सरसां गणैः । वत्सं चैत्ररथं कृत्वा शुचिगन्धान्मही तदा
Alors la Terre fut traite dans des feuilles de lotus par les troupes de Gandharvas et d’Apsaras, prenant Caitraratha pour veau ; et elle donna des parfums purs.
Verse 165
तेषां वत्सो रुचिस्त्वासीद्दोग्धा पुत्रो मुनेः शुभः । शैलैस्तु श्रूयते देवि पुनर्दुग्धा वसुंधरा
Pour eux, Ruci fut le veau, et le fils благоприятный du sage fut le trayeur. Et, ô Devī, on entend dire que Vasundharā (la Terre) fut de nouveau traite, cette fois pour le bien des montagnes.
Verse 166
तदौषधीर्मूर्तिमती रत्नानि विविधानि च । वत्सस्तु हिमवांस्तेषां दोग्धा मेरुर्महागिरिः
Alors les plantes médicinales prirent une forme incarnée, et diverses sortes de joyaux apparurent aussi. Pour eux, Himavān fut le veau, et Meru —la grande montagne— le trayeur.
Verse 167
पात्रं शिलामयं ह्यासीत्तेन शैलाः प्रतिष्ठिताः । श्रूयते वृक्षवीरुद्भिः पुनर्दुग्धा वसुन्धरा
Le récipient était, en vérité, de pierre ; par là les montagnes furent solidement établies. On entend aussi que Vasundharā (la Terre) fut de nouveau traite, cette fois par les arbres et les plantes grimpantes.
Verse 168
पालाशं पात्रमादाय च्छिन्नदग्धप्ररोहणम् । दोग्धा तु पुष्पितः शालः प्लक्षो वत्सो यशस्विनि । सर्वकामदुघा दोग्धा पृथिवी भूतभाविनी
Prenant un vase de bois de palāśa—qui, même coupé ou brûlé, peut repousser—le śāla en fleurs devint le trayeur, et le plakṣa fut le veau, ô illustre. Ainsi la Terre, mère qui enfante les êtres, fut traitée comme dispensatrice de tout bien désiré.
Verse 169
सैषा धात्री विधात्री च धरणी च वसुन्धरा । दुग्धा हितार्थं लोकानां पृथुना इति नः श्रुतम्
Elle est bien Dhātrī et Vidhātrī, Dharaṇī et Vasundharā. Nous avons entendu qu’elle fut traitée par Pṛthu pour le bien des mondes.
Verse 170
चराचरस्य लोकस्य प्रतिष्ठा योनिरेव च । आसीदियं समुद्रांता मेदिनीति परिश्रुता
Elle est le fondement du monde mobile et immobile, et aussi son sein même. Cette Terre, bordée par les océans, est renommée dans la tradition sous le nom de Medinī.
Verse 171
मधुकैटभयोः पूर्वं मेदोमांसपरिप्लुता । वसुन्धारयते यस्माद्वसुधा तेन कीर्तिता
Avant (la mise à mort) de Madhu et Kaiṭabha, elle était submergée de graisse et de chair. Parce qu’elle porte le « vasu » (trésors et êtres), elle est donc célébrée comme Vasudhā.
Verse 172
ततोऽभ्युपगमाद्राज्ञः पृथोर्वैन्यस्य धीमतः । दुहितृत्वमनुप्राप्ता पृथिवीत्युच्यते ततः
Puis, par l’acceptation (et la protection) du sage roi Pṛthu Vainya, elle obtint le statut de fille ; c’est pourquoi on l’appelle Pṛthivī.
Verse 173
प्रथिता प्रविभक्ता च शोभिता च वसुन्धरा । दुग्धा हि यत्नतो राज्ञा पत्तनाकरमालिनी
Ainsi la Terre (Vasundharā) devint renommée, justement répartie et magnifiée. Car le roi, par un effort délibéré, la « traya » : elle, parée d’une guirlande de cités et de mines.
Verse 174
एवं प्रभावो राजासीद्वैन्यः स नृपसत्तमः । ततः स रंजयामास धर्मेण पृथिवीं तदा
Telle fut la puissance et la grandeur du roi Vainya, le meilleur des souverains. Puis, en ce temps-là, il réjouit la Terre et la gouverna selon le dharma.
Verse 175
ततो राजेति शब्दोऽथ पृथिव्यां रंजनादभूत् । स राज्यं प्राप्य वैन्यस्तु चिंतयामास पार्थिवः
Ensuite, sur la terre, le mot même « rājā » (roi) naquit de l’acte de « réjouir et contenter » le peuple. Et Vainya, ayant obtenu la royauté, se mit à méditer profondément en souverain.
Verse 176
पिता मम ह्यधर्मिष्ठो यज्ञाद्युच्छित्तिकारकः । कस्मिन्स्थाने गतश्चासौ ज्ञेयं स्थानं कथं मया
« Mon père fut excessivement contraire au dharma, destructeur des yajñas et des autres devoirs sacrés. Vers quel séjour est-il allé ? Comment puis-je connaître le lieu où il se trouve ? »
Verse 177
कथं तस्य क्रिया कार्या हतस्य ब्राह्मणैः किल । कथं गतिर्भवेत्तस्य यज्ञदानक्रियाबलात्
«Comment accomplir pour lui les rites funéraires (kriyā), puisqu’on dit qu’il fut tué par des brāhmaṇas ? Et par la puissance du sacrifice, du don et des rites prescrits, comment améliorer sa destinée future ?»
Verse 178
इत्येव चिंतया तस्य नारदोभ्याजगाम ह । तस्यैवमासनं दत्त्वा प्रणिपत्य च पृष्टवान्
Tandis qu’il demeurait ainsi plongé dans sa pensée, Nārada vint à lui. Le roi lui offrit un siège, se prosterna avec respect, puis l’interrogea.
Verse 179
भगवन्सर्वलोकस्य जानासि त्वं शुभाशुभम् । पिता मम दुराचारो देवब्राह्मणनिंदकः
« Ô Bienheureux, tu connais l’auspicieux et le néfaste de tous les mondes. Mon père fut d’une conduite mauvaise, outrageant les dieux et les brāhmaṇas. »
Verse 180
स्वकर्मणा हतो विप्रैः परलोकमवाप्तवान् । कस्मिंस्थाने गतस्तातः श्वभ्रं वा स्वर्गमेव च
« Frappé par les brāhmaṇas sous la force de ses propres actes, il a gagné l’au-delà. Où mon père est-il allé : dans un gouffre effroyable (enfer) ou bien au ciel ? »
Verse 181
ततोऽब्रवीन्नारदस्तु ज्ञात्वा दिव्येन चक्षुषा । शृणु राजन्महाबाहो यत्र तिष्ठति ते पिता
Alors Nārada parla, l’ayant discerné par la vision divine : « Écoute, ô roi aux bras puissants, le lieu où demeure à présent ton père. »
Verse 182
अत्र देशो मरुर्नाम जलवृक्षविवर्जितः । तत्र देशे महारौद्रे जनकस्ते नरोत्तम
« Il est ici une contrée nommée Maru, privée d’eau et d’arbres. Dans cette terre d’une effroyable rudesse, ô meilleur des hommes, ton père se trouve à présent. »
Verse 183
म्लेच्छमध्ये समुत्पन्नो यक्ष्मी कुष्ठसमन्वितः । उच्छिष्टभोजी म्लेच्छानां कृमिभिः संयुतो व्रणैः
Né au milieu des mlecchas, consumé par la phtisie et atteint de lèpre ; se nourrissant de leurs restes, avec des plaies remplies de vers.
Verse 184
तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य नारदस्य महात्मनः । हाहाकारं ततः कृत्वा मूर्छितो निपपात ह
Entendant les paroles du magnanime Nārada, il poussa un cri de détresse, puis, accablé, tomba évanoui.
Verse 185
चिंतयामास दुःखार्तः कथं कार्यं मया भवेत् । इत्येवं चिंतयानस्य मतिर्जाता महात्मनः । पुत्रः स कथ्यते लोके पितरं त्रायते तु यः
Accablé de chagrin, il se dit : «Que dois-je faire ?» Tandis qu’il méditait ainsi, une noble résolution naquit en ce grand être : dans le monde, on n’appelle “fils” que celui qui délivre vraiment son père.
Verse 186
स कथं तु मया तातः पापान्मुक्तो भविष्यति । एवं संचिंत्य स ततो नारदं पर्यपृच्छत
«Mais comment, par mon entremise, mon père sera-t-il délivré des péchés ?» Ainsi pensant, il interrogea alors Nārada.
Verse 188
नारद उवाच । गच्छ राजन्प्रधानानि तीर्थानि मनुजेश्वर । पितरं तेषु चानीय तस्माद्राजन्मरुस्थलात्
Nārada dit : «Va, ô Roi, vers les tīrthas les plus éminents, seigneur des hommes. Conduis-y ton père, en l’amenant hors de cette terre désertique, ô Roi.»
Verse 189
यत्र देवाः सप्रभावास्तीर्थानि विमलानि च । तत्र गच्छ महाराज तीर्थयात्रां कुरु प्रभो
Va en ce lieu, ô grand Roi—là où les dieux se manifestent dans leur puissance et où les tīrtha sont d’une pureté sans tache. Ô seigneur, accomplis le pèlerinage vers ces sanctuaires.
Verse 190
एवं ह्यवितथं विद्धि मोक्षस्ते भविता पितुः । तच्छ्रुत्वा वचनं राजा नारदस्य महात्मनः । सचिवे भारमाधाय स्वराजस्य जगाम ह
Sache-le comme une vérité infaillible : la délivrance (mokṣa) adviendra à ton père. Ayant entendu les paroles du magnanime Nārada, le roi remit le fardeau du royaume à son ministre et se mit en route.
Verse 191
स गत्वा मरुभूमिं तु म्लेच्छमध्ये ददर्श ह । कुष्ठरोगेण महता क्षयेण च समावृतम्
Parvenu au désert, il vit (son père) au milieu des Mleccha, accablé d’une lèpre terrible et d’un mal qui consumait son corps.
Verse 192
गव्यूतिमात्रं तत्रैव शून्यं मानुषवर्जितम् । एवं दृष्ट्वा स राजा तु संतप्तो वाक्यमब्रवीत्
Ce lieu était vide, déserté des hommes, sur environ un gavyūti d’étendue. Voyant cela, le roi, brûlant de chagrin, prononça ces paroles.
Verse 193
हे म्लेच्छ रोगिपुरुषं स्वगृहं च नयाम्यहम् । तत्राहमेनं निरुजं करोमि यदि मन्यथ
Ô Mleccha, je conduirai cet homme malade dans ma propre demeure. Là, je le rendrai sain et sans mal—si vous y consentez.
Verse 194
ज्ञात्वेति सर्वे ते म्लेच्छाः पुरुषं तं दयापरम् । ऊचुः प्रणतसर्वांगाः शीघ्र नय जगत्पते । अस्मद्भाग्यवशान्नाथ त्वमेवात्र समागतः
L’ayant reconnu comme un homme voué à la compassion, tous ces Mlecchas parlèrent, prosternés de tout leur corps : «Conduis-le vite, ô Seigneur du monde. Par la puissance de notre bonne fortune, ô Protecteur, c’est toi-même qui es venu ici.»
Verse 195
दुर्गंधोपहता लोकास्त्वया नाथ सुखीकृताः । तत आनाय्य पुरुषाञ्छिबिकावाहनोचितान्
«Les gens accablés par la puanteur, tu les as rendus à l’aise, ô Seigneur.» Puis ils firent venir des hommes dignes de porter le palanquin, afin de le transporter.
Verse 196
ततः श्रुत्वा तु वचनं तस्य राज्ञो दयावहम् । प्रापुस्तीर्थान्यनेकानि केदारादीनि कोटिशः
Alors, ayant entendu les paroles du roi, porteuses de compassion, d’innombrables tīrthas—à commencer par Kedāra—s’y rassemblèrent en foule.
Verse 197
यत्रयत्र स गच्छेत वैन्यो वेनेन संयुतः । तत्र तत्रैव तीर्थानामाक्रंदः श्रूयते महान्
Partout où Vainya allait, accompagné de son arc, là même s’entendait la grande plainte des tīrthas.
Verse 198
हा दैव रिपुरायाति अस्माकं नाशहेतवे । अधुना क्व गमिष्याम इति चिंता पुनःपुनः
«Hélas ! Par le destin, l’ennemi s’avance, cause de notre perte. Où irons-nous maintenant ?»—telle inquiétude renaissait sans cesse.
Verse 199
दर्शनेनापि तस्यैव हाहाकारं विधाय वै । पलायंते च तीर्थानि देवा नश्यंति तत्क्षणात्
À sa seule vue, des cris de «hélas !» s’élevèrent ; les tīrtha prirent la fuite, et les divinités s’évanouirent à l’instant même.
Verse 200
एवं वर्षत्रयं राजा तीर्थयात्रां चकार वै । न तस्य मुक्तिर्ददृशे ततः शोकमगात्परम्
Ainsi, durant trois années, le roi accomplit des pèlerinages vers les tīrtha ; mais il n’aperçut pour lui aucune délivrance, et tomba alors dans une affliction extrême.
Verse 201
ततस्तु प्रेरिता भृत्याः कुरुक्षेत्रे महाप्रभे । यदि वापि पुनस्तत्र पापमुक्तिर्भवेत्ततः
Alors, poussés par ses serviteurs, ô grand seigneur, ils dirent : «Peut-être là-bas, à Kurukṣetra, y aura-t-il encore délivrance du péché».