
Le chapitre 11 se présente comme une exposition théologique conduite par le dialogue. Devī, réjouie mais encore curieuse, demande un récit plus ample de Prabhāsa-kṣetra. Īśvara répond en posant d’abord un cadre cosmographique : il décrit Jambūdvīpa et Bhārata-varṣa avec leurs mesures et leurs limites, et affirme Bhārata comme la principale karmabhūmi, où le puṇya et le pāpa opèrent et portent leurs fruits de manière manifeste. Puis il superpose l’ordre astral à la géographie selon le modèle en forme de kūrma (tortue) : groupements de nakṣatra, positions des rāśi et seigneuries des graha sont projetés sur le « corps » de Bhārata, établissant un principe de diagnostic—l’affliction d’un graha/nakṣatra entraîne l’affliction de la région correspondante, et des actes de tīrtha sont recommandés comme remède. Dans ce paysage ainsi cartographié, Saurāṣṭra est localisée, et Prabhāsa est reconnue comme une portion éminente proche de l’océan, dotée d’une pīṭhikā centrale où Īśvara demeure sous la forme de liṅga, plus chère encore que Kailāsa et gardée comme un secret. Plusieurs étymologies de « Prabhāsa » sont proposées (rayonnement, primauté parmi les lumières et les tīrtha, présence solaire, éclat retrouvé). Devī interroge ensuite l’origine dans le kalpa actuel ; Īśvara commence le récit mythique : les mariages de Sūrya (Dyauḥ/Prabhā et Pṛthivī/Nikṣubhā), la détresse de Saṃjñā devant le tejas insoutenable de Sūrya, le remplacement par Chāyā, des naissances dont Yama et Yamunā, la révélation à Sūrya, et l’« amenuisement » de sa radiance par Viśvakarmā. Le récit culmine dans le motif de localisation : une part de l’éclat solaire, de nature ṛk-maya, serait tombée à Prabhāsa, fondant la sainteté exceptionnelle du kṣetra et la logique de son nom.
Verse 1
सूत उवाच । इति प्रोक्ता तदा देवि विस्मयोत्फुल्ललोचना । रोमांचकञ्चुका सुभ्रूः पुनः पप्रच्छ भूसुराः
Sūta dit : Quand cela eut été dit, la Déesse—les yeux épanouis d’émerveillement, le corps frémissant de chair de poule, les sourcils gracieux—interrogea de nouveau le sage divin.
Verse 2
देव्युवाच । धन्याऽहं कृतपुण्याऽहं तपः सुचरितं मया । यदेष क्षेत्र महिमा महादेवान्मया श्रुतः
La Déesse dit : Je suis bénie ; je suis comblée de mérite—mon ascèse a été bien accomplie—car j’ai entendu de Mahādeva la grandeur de ce kṣetra sacré.
Verse 3
भगवन्देवदेवेश संसारार्णवतारक । पृष्टं तु यन्मया पूर्वं तत्सर्वं कथितं हर
Ô Seigneur Bienheureux, Dieu des dieux, passeur à travers l’océan du saṃsāra : tout ce que je t’ai demandé auparavant, tu l’as entièrement expliqué, ô Hara.
Verse 4
पुनश्च देवदेवेश त्वद्वाक्यामृतरंजिता । न तृप्तिमधिगच्छामि देवदेव महेश्वर
Et pourtant, ô Seigneur des dieux—enivré par le nectar de tes paroles—je n’atteins point la satiété, ô Dieu des dieux, ô Maheśvara.
Verse 5
किंचित्प्रष्टुमनाश्चास्मि प्रभासक्षेत्रविस्तरम् । तन्मे कथय कामेश दयां कृत्वा जगत्प्रभो
Je désire encore demander un peu au sujet de toute l’étendue de Prabhāsa-kṣetra. Dis-le-moi, ô Kāmeśa—par compassion, ô Seigneur du monde.
Verse 6
ईश्वर उवाच । पृथिव्या मध्यगर्भस्थं जंबूद्वीपमिति स्मृतम् । तच्च वै नवधा भिन्नं वर्षभेदेन सुन्दरि
Īśvara dit : «Au cœur même de la terre se trouve ce que l’on nomme Jambūdvīpa. Ô belle, il est en vérité divisé en neuf parts, distinguées en régions (varṣa) séparées.»
Verse 7
तस्याद्यं भारतं वर्षं तच्चापि नवधा स्मृतम् । नवयोजनसाहस्रं दक्षिणोत्तरमानतः
«Parmi elles, la première est Bhārata-varṣa ; elle aussi est tenue pour neuf fois divisée. Mesurée du sud au nord, elle s’étend sur neuf mille yojanas.»
Verse 8
अशीतिश्च सहस्राणि पूर्वपश्चायतं स्मृतम् । उत्तरे हिमवानस्ति क्षीरोदो दक्षिणे स्मृतः
«Son étendue d’est en ouest est dite de quatre-vingt mille yojanas. Au nord se dresse Himavān, et au sud l’on se souvient du Kṣīroda (l’océan de lait).»
Verse 9
एतस्मिन्नंतरे देवि भारतं क्षेत्रमुत्तमम् । कृतं त्रेता द्वापरं च तिष्यं युगचतुष्टयम्
Dans cette étendue, ô Déesse, Bhārata est le kṣetra sacré le plus excellent. Ici l’on dénombre les quatre yuga : Kṛta, Tretā, Dvāpara et Tiṣya (Kali).
Verse 10
अत्रैवैषा युगावस्था चतुर्वर्णश्च वै जनः । चत्वारि त्रीणि च द्वे च तथैवैक शरच्छतम्
Ici même se trouve l’ordre des yuga, et ici aussi l’humanité est disposée selon les quatre varṇa. (La durée des yuga) se mesure par quatre, trois, deux, et de même cent « siècles d’automne », selon leur mesure propre.
Verse 11
जीवन्त्यत्र नरा देवि कृतत्रेतादिषु क्रमात् । यदेतत्पार्थिवं पद्मं चतुष्पत्रं मयोदितम्
Ici, ô Déesse, les hommes vivent selon l’ordre, à travers Kṛta, Tretā et les autres yuga. Ce lotus terrestre que j’ai décrit possède quatre pétales.
Verse 12
वर्षाणि भारताद्यानि पत्राण्यस्य चतुर्द्दिशम् । भारतं केतुमालं च कुरु भद्राश्वमेव च
Les régions commençant par Bhārata sont ses pétales, s’étendant aux quatre directions : Bhārata, Ketumāla, Kuru et Bhadrāśva.
Verse 13
भारतं नाम यद्वर्षं दाक्षिणात्यं मयोदितम् । दक्षिणापरतो यस्य पूर्वेण च महोदधिः । हिमवानुत्तरेणास्य कार्मुकस्य यथा गुणः
La région nommée Bhārata, que j’ai décrite comme méridionale, a le grand océan à l’est, ainsi qu’au sud et à l’ouest ; et au nord se dresse Himavān. Ainsi sa forme est semblable à celle d’un arc.
Verse 14
तदेतद्भारतं वर्षं सर्वबीजं वरानने । तत्कर्मभूमिर्नान्यत्र संप्राप्तिः पुण्यपापयोः
Ainsi, ô toi au visage gracieux, ce Bhārata-varṣa est la semence et la source de tous les fruits spirituels. C’est la terre du karma ; nulle part ailleurs on n’obtient, par l’acte, un tel mérite et un tel péché.
Verse 15
देवानामपि देवेशि सदैवैष मनोरथः । अपि मानुष्यमाप्स्यामो भारते प्रत्युत क्षितौ
Même pour les dieux, ô Déesse, voici un vœu toujours chéri : «Puissions-nous obtenir une naissance humaine, oui, sur la terre en Bhārata !»
Verse 16
भद्राश्वेऽश्वशिरा विष्णुर्भारते कूर्मसंस्थितः । वराहः केतुमाले च मत्स्यरूपस्तथोत्तरे
En Bhadrāśva, Viṣṇu demeure en Hayagrīva, à tête de cheval ; en Bhārata, Il est établi dans la forme de la Tortue (Kūrma) ; en Ketumāla, Il est présent comme le Sanglier (Varāha) ; et dans la région du Nord, Il apparaît sous la forme du Poisson (Matsya).
Verse 17
तेषु नक्षत्रविन्यासाद्विषयाः समवस्थिताः । चतुर्ष्वपि महादेवि विग्रहो नव पादकः
Dans ces régions, les domaines sont ordonnés selon la disposition des nakṣatras (demeures lunaires). Ô Grande Déesse, dans les quatre directions, la forme manifestée est « à neuf pieds » (partagée en neuf parts ou pas).
Verse 18
भारतो यो महादेवि कूर्मरूपेण संस्थितः । नक्षत्रग्रहविन्यासं तस्य ते कथयाम्यहम्
Ô Grande Déesse, au sujet de Bhārata — établie dans la forme de la Tortue (Kūrma) — je vais maintenant te décrire l’ordonnance de ses nakṣatras et de ses planètes (grahas).
Verse 19
प्राङ्मुखो भगवान्देवो कूर्मरूपी व्यवस्थितः । आक्रम्य भारतं वर्षं नवभेदमिदं प्रिये
Tourné vers l’orient, le Seigneur Bienheureux, établi sous la forme de Kūrma (la Tortue), embrasse Bhārata-varṣa—cette terre bien-aimée, partagée en neuf parts, ô bien-aimée.
Verse 20
नवधा संस्थितस्यास्य नक्षत्राणि निबोध मे । कृत्तिका रोहिणी सौम्यं तृतीयं कूर्मपृष्ठिगम्
Comprends de moi les nakṣatras de ce (Bhārata) établi en neuf divisions. Kṛttikā, Rohiṇī et Saumya (Mṛgaśīrṣa) : ces trois-là sont dits reposer sur le dos de la Tortue.
Verse 21
रौद्रं पुनर्वसुः पुष्यं नक्षत्रत्रितयं मुखे । आश्लेषाख्यं तथा पैत्रं फाल्गुनी प्रथमा प्रिये
Raudra (Ārdrā), Punarvasu et Puṣya : cette triade de nakṣatras se tient au visage de la Tortue. Puis viennent Āśleṣā, Paitra (Maghā) et la première Phālgunī (Pūrva-Phālgunī), ô bien-aimée.
Verse 22
नक्षत्रत्रितयं पादमाश्रितं पूर्वदक्षिणम् । फाल्गुनी चोत्तरा हस्तं चित्रा चर्क्षत्रयं स्मृतम्
Une triade de nakṣatras repose sur le pied au sud-est. Là, Phālgunī (Uttara-Phālgunī), Hasta et Citrā sont mémorisés comme un groupe de trois.
Verse 23
कूर्मस्य दक्षिणे कुक्षौ चर्क्षपादं तथाऽपरम् । स्वाती विशाखा मैत्रं च नैरृते त्रितयं स्मृतम्
Sur le flanc sud de la Tortue—au niveau du ventre—se trouve une autre portion de l’agencement des nakṣatras. Au sud-ouest, la triade Svātī, Viśākhā et Maitra (Anurādhā) est rappelée.
Verse 24
ऐंद्रं मूलं तथाषाढा पृष्ठे तु त्रितयं स्मृतम् । आषाढा श्रवणं चैव धनिष्ठा चात्र शब्दिता
Sur le dos, la triade est rappelée comme Aiṃdra (Jyeṣṭhā), Mūla et Āṣāḍhā. Ici sont aussi mentionnées Āṣāḍhā, Śravaṇa et Dhaniṣṭhā comme l’ensemble concerné.
Verse 25
नक्षत्रितयं पादे वायव्ये तु यशस्विनि । वारुणं चैव नक्षत्रं तथा प्रोष्ठपदाद्वयम्
Sur le pied au nord-ouest, ô illustre, se trouve une triade de nakṣatras : le nakṣatra Vāruṇa (Śatabhiṣaj) et la paire de Proṣṭhapadā (Pūrva- et Uttara-Proṣṭhapadā).
Verse 26
कूर्मस्य वामकुक्षौ तु त्रितयं संस्थितं प्रिये । रेवती चाश्विदैवत्यं याम्यं चर्क्षमिति त्रयम् । ईशपादे समाख्यातं शुभाशुभफलं शृणु
Bien-aimée, sur le flanc gauche de la Tortue se tient une triade : Revatī, l’astérisme dont la divinité est celle des Aśvins, et l’astérisme du Sud ; tels sont les trois. On les dit appartenir au quartier du Seigneur ; écoute maintenant les fruits fastes et néfastes qui s’y rattachent.
Verse 27
यस्यर्क्षस्य पतिर्यो वै ग्रहस्तद्धैन्यतो भयम् । तद्देशस्य महादेवि तथोत्कर्षे शुभागमः
Ô Grande Déesse, quel que soit l’astre-planète qui gouverne un asterisme : si cette planète est affligée, la crainte née du malheur s’abat sur cette région ; mais lorsqu’elle s’élève en puissance, des issues propices adviennent à ce pays.
Verse 28
एष कूर्मो मयाख्यातो भारते भगवानिह । नारायणो ह्यचिंत्यात्मा यत्र सर्वं प्रतिष्ठितम्
Ainsi ai-je décrit ici, en Bhārata, cette Tortue divine. Il est Nārāyaṇa, d’essence inconcevable, sur qui tout cela est établi.
Verse 29
मेषवृषौ हृदो मध्ये मुखे च मिथुनादिकौ । प्राग्दक्षिणे तथा पादे कर्कसिंहौ व्यवस्थितौ
Le Bélier et le Taureau sont établis au milieu du cœur ; les Gémeaux et le signe suivant sont placés à la bouche. De même, au pied vers le sud-est se tiennent le Cancer et le Lion.
Verse 30
सिंहकन्यातुलाश्चैव कुक्षौ राशित्रयं स्मृतम् । धटोऽध वृश्चिकाश्चोभौ पादे दक्षिणपश्चिमे
Le Lion, la Vierge et la Balance —cette triade de signes est dite se tenir au flanc. Plus bas, au pied vers le sud-ouest, le Verseau et le Scorpion sont placés tous deux.
Verse 31
पुच्छे तु वृश्चिकश्चैव सधनुश्च व्यवस्थितः । वायव्ये वामपादे च धनुर्ग्राहादिकं त्रयम्
À la queue se tient le Scorpion, et le Sagittaire avec lui. Au nord-ouest, sur le pied gauche, est disposée la triade commençant par le Sagittaire et le Capricorne.
Verse 32
कुम्भ मीनौ तथा चास्य उत्तरां कुक्षिमाश्रितौ । मीनमेषौ महादेवि पादे पूर्वोत्तरे स्थितौ
Le Verseau et les Poissons occupent aussi son flanc du nord. Ô Grande Déesse, les Poissons et le Bélier se tiennent au pied vers le nord-est.
Verse 33
कूर्म्मदेशांस्तथर्क्षाणि देशेष्वेतेषु वै प्रिये । राशयश्च तथर्क्षेषु ग्रहा राशिव्यवस्थिताः
Bien-aimée, ainsi les régions de Kūrma (la Tortue) et les nakshatras sont assignées à ces contrées. De même, les signes du zodiaque sont disposés au sein des nakshatras, et les planètes sont ordonnées selon les signes.
Verse 34
तस्माद्ग्रहर्क्षपीडासु देशपीडां विनिर्दिशेत् । तत्र स्नानं प्रकुर्वंति दानं होमादिकं तथा
Ainsi, lorsque les planètes et les astérismes (nakṣatra) sont frappés d’affliction, on doit en déduire l’affliction de la contrée correspondante. Là, les gens accomplissent le bain rituel, la dāna (aumône) et les offrandes au feu (homa), ainsi que d’autres rites semblables.
Verse 35
स एष वैष्णवः पादो देवि मध्ये ग्रहोऽस्य यः । नारायणाख्योऽचिंत्यात्मा कारणं जगतः प्रभुः
Ô Déesse, voici le quartier vaiṣṇava ; l’astre placé en son centre est Celui qu’on nomme Nārāyaṇa—d’essence inconcevable—le Seigneur, cause de l’univers entier.
Verse 36
भौमशुक्रबुधेंद्वर्कबुधशुक्रमहीसुताः । गुरुमंदासुराचार्या मेषादीनामधीश्वराः
Mars, Vénus, Mercure, la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus et Mars ; ainsi que Jupiter, Saturne et le précepteur des Asuras : tous sont proclamés seigneurs présidant au Bélier et aux autres signes du zodiaque.
Verse 37
एवंविधो महादेवि कूर्मरूपी जनार्द्दनः । तस्य नैऋतपादे तु सौराष्ट्र इति विश्रुतः
Ainsi, ô Grande Déesse, Janārdana est décrit sous la forme d’une tortue. Sur son pied du sud-ouest se trouve la région renommée appelée Saurāṣṭra.
Verse 38
स चैवं नवधा भिन्नः पुरभेदेन सुंदरि । तस्य यो नवमो भागः सागरस्य च सन्निधौ
Et, ô belle, cet espace sacré est ainsi divisé en neuf parts selon les distinctions de ses cités ou établissements. Parmi elles, la neuvième portion se trouve tout près de l’océan.
Verse 39
प्रभास इति विख्यातो मम देवि प्रियः सदा । योजनानां दशद्वे च विस्तीर्णः परिमण्डलम्
Ô Déesse, ce lieu est renommé sous le nom de « Prabhāsa » et m’est à jamais cher. Son étendue circulaire s’étire sur douze yojanas.
Verse 40
मध्येस्य पीठिका प्रोक्ता पंचयोजनविस्तृता । तन्मध्ये मद्ग्रहं देवि तिष्ठत्युदधिसंनिधौ
En son centre, on dit qu’il est une « pīṭhikā » (siège/enceinte d’autel), large de cinq yojanas. En son sein, ô Déesse, se tient ma demeure sacrée, près de la présence de la mer.
Verse 41
तस्य मध्ये महादेवि लिंगरूपो वसाम्यहम्
En son centre même, ô Grande Déesse, je demeure sous la forme du Liṅga.
Verse 42
कृतस्मरात्पश्चिमतो धनुषां च शतत्रये । वसामि तत्र देवेशि त्वया सह वरानने
À l’ouest de Kṛtasmarā, à la distance de trois cents arcs, je demeure là, ô Souveraine des dieux, avec toi, ô belle au visage.
Verse 43
तन्मे स्थानं महादेवि कैलासादपि वल्लभम् । गोचर्ममात्रं तत्रापि महागोप्यं वरानने
Ce lieu qui est mien, ô Grande Déesse, m’est plus cher encore que le Kailāsa. Bien qu’il n’ait que la mesure d’une peau de vache, il demeure très secret, ô belle au visage.
Verse 44
अकथ्यं देवदेवेशि तव स्नेहात्प्रकाशितम् । एतत्प्राभासिकं क्षेत्रं प्रभया दीपितं मम
Ô Déesse, Souveraine du Seigneur des dieux, ceci est indicible ; pourtant, par affection pour toi, cela a été révélé. Ce kṣetra sacré, Prābhāsika, est illuminé par mon rayonnement.
Verse 45
तेन प्रभासमित्युक्तमादिकल्पे वरानने । द्वितीये तु प्रभा लब्धा सर्वैर्देवैः सवासवैः
Ainsi, dans l’âge primordial, ô belle au visage, on l’appela « Prabhāsa ». Dans le second âge, tous les dieux, avec Indra (les Vāsava), obtinrent la radiance.
Verse 46
मम प्रभाभा देवेशि तेन प्राभासिकं स्मृतम् । प्रभाववन्तो देवेशि यत्र संति महासुराः
« Ô Déesse, parce que ceci est la radiance de ma propre splendeur, on s’en souvient comme de Prābhāsika. Et, ô Souveraine des dieux, là se trouvent de grands asura, puissants et pleins d’énergie. »
Verse 47
अथवा तेन लोकेषु प्रभासमिति कीर्त्यते । प्रथमं भासते देवि सर्वेषां भुवि तेजसाम् । तीर्थानामादितीर्थं यत्प्रभासं तेन कीर्त्तितम्
« Ou bien, pour cette même raison, il est célébré dans les mondes sous le nom de “Prabhāsa”. Ô Devī, il brille le premier parmi toutes les lumières de la terre. Et parce qu’il est le tīrtha primordial entre les tīrtha, il est donc proclamé Prabhāsa. »
Verse 48
प्रकृष्टं भानुरथवा भासितो विश्वकर्मणा । यत्र साक्षात्प्रभापातो जातः प्राभासिकं ततः
« Ou bien, parce que là le Soleil brille d’une excellence incomparable — comme illuminé par Viśvakarman — et parce qu’il s’y produisit une “descente directe de radiance” (prabhāpāta), on l’appelle donc Prābhāsika. »
Verse 49
अथवा दक्षसंशप्तेनेन्दुना निष्प्रभेणच । तत्र देवि प्रभा लब्धा तेन प्राभासिकं स्मृतम् । प्रोद्दधे भारती देवी ह्यौर्वाग्निं वडवानलम्
Ou encore : lorsque la Lune, maudite par Dakṣa, fut privée d’éclat, ô Devī, elle y retrouva sa splendeur ; c’est pourquoi l’on s’en souvient sous le nom de Prābhāsika. Là aussi, la Devī Bhāratī fit surgir le feu d’Aurva, la flamme sous-marine (Vaḍavānala).
Verse 50
अथवा तेन देवेशि प्रभासमिति कीर्त्यते । प्रकृष्टा भारती ब्राह्मी विप्रोक्ता श्रूयतेऽध्वनि । सदा यत्र महादेवि प्रभासं तेन कीर्तितम्
Ou encore pour cette raison, ô Souveraine des dieux, on le loue sous le nom de « Prabhāsa ». Là, sur le chemin, on entend la sublime Bhāratī — la Vāc brahmī, puissance de Brahmā, parole sacrée — telle que la prononcent les sages. Puisque cette « clarté » y demeure à jamais, ô Grande Devī, on le proclame donc Prabhāsa.
Verse 51
प्रोल्लसद्वीचिभिर्भाति सर्वदा सागरः प्रिये । तेन प्रभास नामेति त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्
Bien-aimée, l’océan y resplendit sans cesse, illuminé par ses vagues frémissantes. Ainsi le nom de « Prabhāsa » est renommé dans les trois mondes.
Verse 52
प्रत्यक्षं भास्करो यत्र सदा तिष्ठति भामिनि । तेन प्रभास नामेति प्रसिद्धिमगमत्क्षितौ
Ô lumineuse, là où le Soleil est comme présent à découvert et demeure sans cesse—c’est pourquoi le nom de « Prabhāsa » a acquis renommée sur la terre.
Verse 53
प्रकृष्टं भाविनां सर्वं कामं तत्र ददाम्यहम् । तेन प्रभासनामेति तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम्
Là, j’accorde tous les désirs excellents à ceux qui s’approchent avec foi. Ainsi ce tīrtha, nommé « Prabhāsa », est renommé dans les trois mondes.
Verse 54
कल्पभेदेन नामानि तथैव सुरसुन्दरि । निरुक्तभेदैर्बहुधा भिद्यंते कारणैः प्रिये । प्रभासमिति यन्नाम दातव्यं निश्चलं स्मृतम्
Ô beauté céleste, selon la diversité des kalpa, les noms eux aussi varient ; et, bien-aimée, par des dérivations (nirukta) différentes, ils se divisent de multiples façons pour diverses raisons. Pourtant, le nom qu’il faut donner avec constance est « Prabhāsa » — on le tient pour immuable.
Verse 55
अप्तत्त्वे संस्थितं देवि विष्णोराद्यकलेवरे । इति ते कथितं देवि संक्षेपात्क्षेत्रकारणम्
Ô Devī, cela est établi dans le principe des Eaux (ap-tattva), dans la forme primordiale de Viṣṇu. Ainsi, ô Devī, je t’ai exposé brièvement la cause de ce kṣetra sacré.
Verse 56
पुनस्ते कथयाम्यद्य यत्पृच्छसि वरानने । तद्ब्रूहि शीघ्रं कल्याणि यत्ते मनसि वर्तते
De nouveau, aujourd’hui, je te dirai ce que tu demandes, ô toi au visage gracieux. Parle vite, dame de bon augure : dis-moi ce qui demeure en ton esprit.
Verse 57
देव्युवाच । अस्मिन्कल्पे यथा जातं क्षेत्रं प्राभासिकं हर । तन्मे विस्तरतो ब्रूहि उत्पत्तिं कारणं तथा
La Déesse dit : En ce kalpa, ô Hara, comment le saint Kṣetra Prābhāsika est-il advenu ? Dis-le-moi en détail : son origine et sa cause également.
Verse 58
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि यथावत्क्षेत्रकारणम् । यच्छ्रुत्वा मानवो भक्त्या मुच्यते सर्वपातकैः
Īśvara dit : Écoute, ô Déesse ; je vais exposer comme il convient la cause de cette région sacrée. Celui qui l’entend avec dévotion est délivré de tous les péchés.
Verse 59
आदिक्षेत्रस्य माहात्म्यं रहस्यं पापनाशनम् । कथयिष्ये वरारोहे तव स्नेहेन भामिनि
Ô noble dame, par affection pour toi, je vais dire la grandeur du lieu sacré primordial—son secret, qui détruit les péchés.
Verse 60
अस्मिन्कल्पे तु यद्देवि आदावेव वरानने । स्वायंभुवे मनौ तत्र ब्रह्मणः सृजतः पुरा
En ce kalpa même, ô Déesse au beau visage, dès l’origine—au temps de Svāyambhuva Manu—lorsque jadis Brahmā créait…
Verse 61
दक्षिणाल्लोचनाज्जातः पूर्वं सूर्य इति प्रिये । ततः कालान्तरे तस्य भार्ये द्वे च बभूवतुः
Ô bien-aimée, de l’œil droit (de Brahmā) naquit d’abord le Soleil. Puis, avec le temps, il eut aussi deux épouses.
Verse 62
तयोस्तु राज्ञी द्यौर्ज्ञेया निक्षुभा पृथिवी स्मृता । सौम्यमासस्य सप्तम्यां द्यौः सूर्येण च युज्यते
Des deux, sache que Dyauḥ est la reine; Nikṣubhā est tenue pour la Terre. Le septième jour du mois lunaire, Dyauḥ s’unit au Soleil.
Verse 63
माघमासे तु सप्तम्यां मह्या सह भवेद्रविः । भूश्चादित्यश्च भगवान्गच्छते संगमं तदा
Mais le septième jour du mois de Māgha, Ravi (le Soleil) s’unit à la Terre. Alors le Seigneur Āditya, avec Bhū, se rend au lieu de la confluence.
Verse 64
ऋतुस्नाता मही तत्र गर्भं गृह्णाति भास्करात् । द्यौर्जलं सूयते गर्भं वर्षास्वास्विह भूतले
Là, la Terre—baignée par la saison—reçoit de Bhāskara (le Soleil) la semence du sein. Et Dyauḥ enfante l’embryon d’eau sous forme de pluies, encore et encore, sur cette terre-ci.
Verse 65
ततस्त्रैलोक्यवृत्त्यर्थं मही सस्यानि सूयते । सस्योपयोगात्संहृष्टा जुह्वत्याहुतिभिर्द्विजाः
Ensuite, pour la subsistance des trois mondes, la Terre fait naître les moissons. Réjouis par l’usage de ces fruits, les deux-fois-nés (dvija) offrent des oblations dans le sacrifice.
Verse 66
स्वाहाकारस्वधाकारैर्यजंति पितृदेवताः । निःक्षुधः कुरुते यस्माद्गर्भौषधिसुधाऽमृतैः
Les divinités Pitṛ sont honorées par les paroles ‘svāhā’ et ‘svadhā’. Et parce qu’elle délivre les êtres de la faim par les herbes de son sein, le nectar et une nourriture semblable à l’amṛta, elle est vénérée comme celle qui écarte famine et dénuement.
Verse 67
मर्त्यान्पितॄंश्च देवांश्च तेन भूर्निक्षुभा स्मृता । यथा राज्ञी च संजाता यस्य चेयं सुता मता
Puisqu’elle soutient les mortels, les Pitṛs et même les dieux, la Terre est rappelée sous le nom de ‘Nikṣubhā’, celle qui repousse la faim. Et on la tient pour la fille de celui dont elle est issue, comme une reine naît dans une lignée royale.
Verse 68
अपत्यानि च यान्यस्यास्तानि वक्ष्याम्यशेषतः । मरीचिर्ब्रह्मणः पुत्रो मारीचः कश्यपः स्मृतः
À présent, je vais énoncer, sans rien omettre, la descendance qui lui appartient. Marīci est le fils de Brahmā, et Kaśyapa—né dans la lignée de Marīci—est rappelé sous le nom de ‘Mārīca’.
Verse 69
तस्माद्धिरण्यकशिपुः प्रह्रादस्तस्य चात्मजः । प्रह्रादस्य सुतो नाम्ना विरोचन इति स्मृतः
De lui naquit Hiraṇyakaśipu, et son fils fut Prahrāda. Le fils de Prahrāda est rappelé par son nom : Virocana.
Verse 70
विरोचनस्य भगिनी संज्ञा या जननी तु सा । हिरण्यकशिपोः पौत्री दितेः पुत्रस्य सा स्मृता
Celle que l’on connaît sous le nom de Saṃjñā devint (sa) mère ; et l’on se souvient d’elle comme de la sœur de Virocana, petite-fille de Hiraṇyakaśipu, née dans la lignée du fils de Diti.
Verse 71
सा विश्वकर्मणः पत्नी प्राह्लादी प्रोच्यते बुधैः
Elle est l’épouse de Viśvakarman, et les sages la déclarent être Prāhlādī.
Verse 72
अथ नाम्नातिरूपेति मरीचिदुहिता शुभा । पत्नी ह्यंगिरसः सा तु जननी च बृहस्पतेः
Ensuite, l’auspicieuse fille de Marīci, nommée Atirūpā, devint l’épouse d’Aṅgiras ; et elle est aussi la mère de Bṛhaspati.
Verse 73
बृहस्पतेस्तु भगिनी विश्रुता ब्रह्मवादिनी । प्रभासस्य तु सा पत्नी वसूनामष्टमस्य वै
La sœur de Bṛhaspati—célèbre comme brahmavādinī, connaisseuse et proclamatrice du brahman—devint l’épouse de Prabhāsa, le huitième des Vasus.
Verse 74
प्रसूता विश्वकर्माणं सर्वशिल्पवतां वरम् । स चैव नाम्ना त्वष्टा तु पुनस्त्रिदशवार्द्धकिः
Elle enfanta Viśvakarman, le plus éminent de tous les maîtres des arts et des métiers. Il est aussi connu sous le nom de Tvaṣṭṛ, et encore comme l’architecte divin des dieux.
Verse 75
देवाचार्यस्य तस्येयं दुहिता विश्वकर्मणः । सुरेणुरिति विख्याता त्रिषु लोकेषु भामिनी
Cette dame illustre est la fille de ce précepteur divin, Viśvakarman. Elle est célèbre sous le nom de Sureṇu, rayonnante et renommée dans les trois mondes.
Verse 76
प्रह्रादपुत्री या प्रोक्ता भार्या वष्टुस्तु सा स्मृता । तस्यां स जनयामास पुत्रीस्ता लोकमातरः
Celle dont on dit qu’elle est la fille de Prahlāda est rappelée comme l’épouse de Tvaṣṭṛ. Par elle, il engendra des filles, vénérées comme les Mères des mondes.
Verse 77
राज्ञी संज्ञा च द्यौस्त्वष्ट्री प्रभा सैव विभाव्यते । तस्यास्तु वलया छाया निक्षुभा सा महीयसी
Cette reine est Saṃjñā ; on la connaît aussi sous les noms de Dyauḥ, Tvaṣṭrī et Prabhā. D’elle se manifestèrent Valayā et Chāyā, ainsi que la grande Nikṣubhā.
Verse 78
सा तु भार्या भगवती मार्तंडस्य महात्मनः । साध्वी पतिव्रता देवी रूपयौवनशालिनी
Elle est véritablement l’épouse bénie du magnanime Mārtaṇḍa (Sūrya). Déesse vertueuse, elle demeure ferme dans le vœu de fidélité conjugale, rayonnante de beauté et de jeunesse.
Verse 79
न तु तां नररूपेण भार्यां भजति वै पुरा । आदित्यस्येह तप्तत्वं महता स्वेन तेजसा
Mais jadis il ne s’unit point à son épouse sous une forme humaine ; car ici l’Āditya, le Soleil, brûlait, tant était grande la splendeur de sa propre radiance.
Verse 80
गात्रेष्वप्रतिरूपेषु मासिकांतमिवाभवत् । संज्ञा च रविणा दृष्टा निमीलयति लोचने । यतस्ततः सरोषोऽर्कः संज्ञां वचनमब्रवीत्
Ses membres devinrent comme difformes, tels ceux d’une personne souffrante à la fin du mois. Et lorsque Ravi vit Saṃjñā, elle fermait les yeux. Voyant cela maintes fois, Arka, le Soleil, irrité, adressa des paroles à Saṃjñā.
Verse 81
रविरुवाच । मयि दृष्टे सदा यस्मात्कुरुषे नेत्रसंक्षयम् । तस्माज्जनिष्यसे मूढे प्रजासंयमनं यमम्
Ravi dit : «Puisque, chaque fois que tu me regardes, tu blesses sans cesse tes yeux, alors, ô égarée, tu enfanteras Yama, le restricteur des créatures».
Verse 82
ईश्वर उवाच । ततः सा चपला दृष्टिं देवी चक्रे भयाकुला । विलोलितदृशं दृष्ट्वा पुनराह च तां रविः
Īśvara dit : Alors la déesse, agitée et saisie de crainte, rendit son regard instable. Voyant ses yeux vaciller, Ravi s’adressa de nouveau à elle.
Verse 83
रविरुवाच । यस्माद्विलोलिता दृष्टिर्मयि दृष्टे त्वया पुनः । तस्माद्विलोलां तनयां नदीं त्वं प्रसविष्यसि
Ravi dit : «Puisque, m’ayant regardé de nouveau, ton regard a vacillé, tu enfanteras une fille vacillante — un fleuve nommé Vilolā».
Verse 84
ईश्वर उवाच । ततस्तस्यास्तु संजज्ञे भर्तृशापेन तेन वै । यमश्च यमुना चेयं प्रख्याता सुमहानदी । तृतीयं च सुतं जज्ञे श्राद्धदेवं मनुं शुभम्
Īśvara dit : Alors, en vérité, par cette malédiction de son époux, elle enfanta Yama et cette Yamunā, renommée comme un fleuve immense. Et comme troisième fils, elle mit au monde l’auspicieux Manu, la divinité qui préside aux rites de śrāddha.
Verse 85
सापि संज्ञा रवेस्तेजो गोलाकारं महाप्रभम् । असहन्ती च सा चित्ते चिन्तयामास वै तदा
Et Saṃjñā aussi—incapable de supporter l’éclat puissant du Soleil, rond comme un globe et d’une grande splendeur—médita alors en son cœur sur ce qu’il convenait de faire.
Verse 86
किं करोमि क्व यास्यामि क्व गतायाश्च निर्वृतिः । भवेन्मम कथं भर्ता कोपमर्क्कश्च नेष्यति
«Que ferai-je ? Où irai-je ? Et si je m’en vais, où trouverai-je la paix ? Comment mon époux sera-t-il apaisé—et comment Arka (le Soleil), dans sa colère, ne me poursuivra-t-il pas ?»
Verse 87
इति संचिन्त्य बहुधा प्रजापतिसुता तदा । बहु मेने महाभागा पितृसंश्रयमेव च
Ainsi, après avoir réfléchi de bien des façons, la bienheureuse fille de Prajāpati considéra profondément et se résolut à prendre refuge auprès de son père.
Verse 88
ततः पितृगृहं गन्तुं कृतबुद्धिर्यशस्विनी । छायामयीमात्मतनुं प्रत्यंगमिव निर्मिताम्
Alors la dame illustre, résolue à se rendre dans la demeure de son père, façonna d’elle-même un corps fait d’ombre, tel un double, membre après membre.
Verse 89
सम्मुखं प्रेक्ष्य तां देवीं स्वां छायां वाक्यमब्रवीत्
La Déesse, la regardant face à face, s’adressa à sa propre ombre en ces paroles.
Verse 90
संज्ञोवाच । अहं यास्यामि भद्रं ते स्वकं च भवनं पितुः । निर्विकारं त्वया त्वत्र स्थेयं मच्छासनाच्छुभे
Saṃjñā dit : «Je partirai—que le bien t’advienne—vers la demeure même de mon père. Toi, l’auspicieuse, demeure ici sans altération, selon mon ordre.»
Verse 91
इमौ च बालकौ मह्यं कन्या च वरवर्णिनी । संभाव्या नैव चाख्येयमिदं भगवते त्वया
«Ces deux garçons et cette jeune fille au teint excellent, prends-en soin comme des miens. Et ne révèle point cette affaire au Seigneur Bienheureux (Sūrya).»
Verse 92
पृष्टयापि न वाच्यं ते तथैतद्गमनं मम । तेनास्मि नामसंज्ञेति वाच्यसे तत्प्रतिष्ठया
«Même si l’on t’interroge, tu ne diras rien de ceci, ni de mon départ. Ainsi, par l’établissement de cet arrangement, tu porteras le nom de “Saṃjñā”.»
Verse 93
छायोवाच । आ केशग्रहणाद्देवि आ शापान्नैव कर्हिचित् । आख्यास्यामि मतं तुभ्यं गम्यतां यत्र वांछितम्
Chāyā dit : «Ô Déesse, depuis l’instant où l’on saisit les cheveux jusqu’au point d’une malédiction, jamais je ne le divulguerai. Je suivrai ton dessein : va où tu le désires.»
Verse 94
ईश्वर उवाच । इत्युक्ता सा तदा देवी जगाम भवनं पितुः । ददर्श तत्र त्वष्टारं तपसा धूतकल्मषम्
Īśvara dit : Ainsi interpellée, la Déesse se rendit alors à la demeure de son père. Là, elle vit Tvaṣṭṛ, dont les souillures avaient été consumées par l’austérité.
Verse 95
बहुमानाच्च तेनापि पूजिता विश्वकर्मणा । वर्षाणां च सहस्रं तु वसमाना पितुर्गृहे । तस्थौ पितृगृहे सा तु किंचित्कालमनिंदिता
Avec une grande considération, lui-même—Viśvakarman—l’accueillit par des honneurs et un culte. Ayant demeuré mille ans dans la maison paternelle, la Déesse irréprochable y resta encore quelque temps.
Verse 96
ततस्तां प्राह चार्वंगीं पिता नातिचिरोषिताम् । स्तुत्वा तु तनयां प्रेम्णा बहुमानपुरःसरम्
Alors son père s’adressa à sa fille aux membres gracieux, qui n’avait pas séjourné longtemps. Après l’avoir louée avec tendresse—précédée d’honneur et d’estime—il lui parla.
Verse 97
विश्वकर्मोवाच । त्वामेव पश्यतो वत्से दिनानि सुबहून्यपि । मुहूर्तार्द्धसमानि स्युः किं तु धर्मो विलुप्यते
Viśvakarmā dit : «Ô mon enfant bien-aimée, même si de nombreux jours s’écoulent tandis que je ne fais que te regarder, ils me semblent n’être qu’une demi-muhūrta. Pourtant, le dharma s’altère.»
Verse 98
बांधवेषु चिरं वासो नारीणां न यशस्करः । मनोरथा बांधवानां नार्या भर्तृगृहे स्थितिः
Le long séjour d’une femme parmi ses parents de naissance n’est pas tenu pour source de renom. Le vœu chéri des siens est qu’elle demeure établie dans la maison de son époux.
Verse 99
सा त्वं त्रैलोक्यनाथेन भर्त्रा सूर्येण संयुता । पितुर्गृहे चिरं कालं वस्तुं नार्हसि पुत्रिके
Tu es unie à Sūrya, seigneur des trois mondes, comme à ton époux. Aussi, ma chère fille, il ne te convient pas de demeurer longtemps dans la maison de ton père.
Verse 100
तत्त्वं भर्तृगृहं गच्छ दृष्टोऽहं पूजितासि मे । पुनरागमनं कार्यं दर्शनाय शुचिस्मिते
Va donc à la demeure de ton époux. Je t’ai vue, et tu m’as honoré. Pourtant, ô toi au sourire pur, reviens encore afin que je reçoive ton darśana.
Verse 101
ईश्वर उवाच । इत्युक्ता सा तदा पित्रा गच्छगच्छेति सा पुनः । संपूजयित्वा पितरं वडवारूपधारिणी
Īśvara dit : Ainsi, lorsque son père lui dit : « Va, va », elle, qui avait pris la forme d’une jument, l’honora de nouveau par un culte accompli.
Verse 102
मेरोरुत्तरतस्तत्र वर्षं यद्धनुषाकृति । उत्तराः कुरवो लोके प्रख्याता ये यशस्विनि
Au nord du Meru se trouve cette contrée (varṣa) en forme d’arc. Là demeurent les Uttara Kuru, renommés dans le monde, ô déesse glorieuse.
Verse 103
तत्र तेपे तपः साध्वी निराहाराऽश्वरूपिणी । एतस्मिन्नंतरे देवि तस्याश्छाया विवस्वतः
Là, la dame vertueuse, sous la forme d’une jument, accomplit des austérités sans nourriture. Cependant, ô déesse, son ombre (Chāyā) demeurait auprès de Vivasvān (Sūrya).
Verse 104
समीपस्था तदा देवी संज्ञाया वाक्यतत्परा । तस्यां च भगवान्सूर्यो द्वितीयायां दिवस्पतिः
Alors la déesse Chāyā demeura tout près, attentive aux paroles de Saṃjñā. Et en elle—la seconde—le bienheureux Sūrya, seigneur du jour, poursuivit sa vie d’époux.
Verse 105
संज्ञेयमिति मन्वानो रूपौदार्येण मोहितः । तस्यां च जनयामास द्वौ पुत्रौ कन्यकां तथा
Pensant : «C’est Saṃjñā», et égaré par l’éclat de sa beauté, Sūrya engendra en elle deux fils et aussi une fille.
Verse 106
पूर्वं यस्तु मनोस्तुल्यः सावर्णिस्तेन सोऽभवत् । यः सूर्यात्प्रथमं जातः पुत्रयोः सुरसुन्दरि
Ô belle jeune fille céleste, celui qui jadis était l’égal de Manu fut connu sous le nom de Sāvarṇi. Et celui qui naquit le premier du Soleil—parmi les deux fils—fut ainsi désigné.
Verse 107
द्वितीयो योऽभवच्चान्यः स ग्रहोऽभूच्छनैश्चरः । कन्या ऽभूत्तपती या तां वव्रे संवरणो नृपः
L’autre, né en second, devint la divinité planétaire Śanaiścara (Saturne). Et la fille née—Tapati—fut choisie pour épouse par le roi Saṃvaraṇa.
Verse 108
तापीनाम नदी चेयं विंध्यमूलाद्विनिःसृता । नित्यं पुण्यजला स्नाने पश्चिमोदधिगामिनी
Cette rivière se nomme Tāpī. Elle jaillit au pied des monts Vindhya ; ses eaux sont à jamais saintes pour le bain rituel, et elle s’écoule vers l’océan de l’Ouest.
Verse 109
अन्या चैव तथा भद्रा जाता पुत्री महाप्रभा । संज्ञा तु पार्थिवी छाया आत्मजानां यथाकरोत्
Et une autre fille naquit, Bhadrā, rayonnante d’une grande splendeur. Mais l’ombre terrestre de Saṃjñā (Chāyā) traita les enfants comme bon lui semblait.
Verse 110
स्नेहं न पूर्वजातानां तथा कृतवती सती । लालनाद्युपभोगेषु विशेषमनुवासरम्
Cette noble dame ne manifesta pas une telle affection envers les enfants nés auparavant. Jour après jour, elle fit des distinctions dans les soins et les douceurs—caresses, choyer et autres agréments.
Verse 111
यथा स्वेष्वनुवर्तेत न तथान्येषु भामिनी । मनुस्तु क्षांतवांस्तस्या भविष्यो यो हि पार्वति
Ô femme au cœur ardent, elle s’occupait des siens selon son bon plaisir, mais non des autres. Pourtant Manu—celui qui devait devenir le Manu à venir—endura sa conduite, ô Pārvatī.
Verse 112
मेरौ तिष्ठति सोऽद्यापि तपः कुर्वन्वरानने । सर्वं तत्क्षांतवान्मातुर्यमस्तस्या न चक्षमे
Ô toi au visage gracieux, aujourd’hui encore il demeure sur le mont Meru, accomplissant des austérités. Il endura tout cela de la part de sa mère; mais Yama ne put le supporter.
Verse 113
बहुशो याचमानस्तु छाययाऽतीव कोपितः । स वै कोपाच्च बाल्याच्च भाविनोऽर्थस्य वै बलात्
Bien qu’il eût supplié maintes fois, il s’irrita violemment contre Chāyā. Et certes, par la colère et l’élan de l’enfance—et par la force de ce qui devait advenir—il fut poussé en avant.
Verse 114
ताडनाय ततः कोपात्पादस्तेन समुद्यतः । तथा पुनः क्षांतिमता न तु देहे निपातितः
Alors, dans sa colère, il leva le pied pour frapper. Mais, de nouveau, retenu par la patience, il ne l’abattit pas sur son corps.
Verse 115
पदा संतर्जयामास छायां संज्ञासुतो यमः
Yama, fils de Saṃjñā, menaça Chāyā de son pied.
Verse 116
तं शशाप ततश्छाया क्रुद्धा सा पार्थिवी भृशम् । किंचित्प्रस्फुरमाणोष्ठी विचलत्पाणिपल्लवा
Alors Chāyā, reine sur la terre, saisie d’une colère ardente, le maudit ; ses lèvres frémissaient légèrement et ses mains délicates tremblaient.
Verse 117
छायोवाच । पितुः पत्नीममर्याद यन्मां तर्जयसे पदा । भुवि तस्मादयं पादस्तवाद्यैव पतिष्यति
Chāyā dit : «Ô toi sans bienséance ! Puisque tu me menaces, moi, l’épouse de ton père, de ton pied, que ce pied même tombe à terre dès aujourd’hui !»
Verse 118
ईश्वर उवाच । यमस्तु तेन शापेन भृशं पीडितमानसः । मनुना सह धर्मात्मा पित्रे सर्वं न्यवेदयत्
Īśvara dit : Yama, l’esprit profondément accablé par cette malédiction, lui dont l’âme était droite, alla avec Manu rapporter toute l’affaire à son père.
Verse 119
यम उवाच । तातैतन्महदाश्चर्यं न दृष्टमिह केनचित् । माता वात्सल्यमुत्सृज्य शापं पुत्रे प्रयच्छति
Yama dit : «Père, voici une grande merveille, jamais vue ici par quiconque : qu’une mère, rejetant sa tendresse, accorde une malédiction à son propre fils.»
Verse 120
स्नेहेन तुल्यमस्मासु माताद्य नैव वर्त्तते । विसृज्य ज्यायसो यस्मात्कनीयःसु बुभूषति
«Aujourd’hui notre mère ne se conduit plus envers nous avec une affection égale : elle a mis de côté l’aîné et veut favoriser le cadet.»
Verse 121
तस्या मयोद्यतः पादो न तु देहे निपातितः । बाल्याद्वा यदि वा मोहात्तद्भवान्क्षंतुमर्हति
«Mon pied s’est levé contre elle, mais il n’est pas tombé sur son corps. Si c’était par enfantillage ou par égarement, daignez le pardonner.»
Verse 122
शप्तोऽहं तात कोपेन तया सुत इति स्फुटम् । अतो न मह्यं जननी सा भवेद्वदतां वर
«Père, dans sa colère elle m’a clairement maudit : “Tu es mon fils.” Dès lors, elle ne peut être ma mère, ô le meilleur des orateurs.»
Verse 123
निगुर्णेष्वपि पुत्रेषु न माता निर्गुणा भवेत् । पादस्ते पततां पुत्र कथमेतत्तयोदितम्
«Même si les fils sont sans mérite, une mère ne doit pas être dépourvue de vertu. “Que ton pied tombe, mon fils !” Comment a-t-elle pu dire cela ?»
Verse 124
तव प्रसादाच्चरणो न पतेद्भगवन्यथा । मातृशापादयं मेऽद्य तथा चिंतय गोपते
Ô Seigneur, par ta grâce, que mon pied ne trébuche point. Puisque cela est advenu aujourd’hui par la malédiction de ma mère, considère-le et tranche selon ce qui convient, ô Protecteur (Gopati).
Verse 126
रविरुवाच । असंशयं महत्पुत्र भविष्यत्यत्र कारणम् । येन ते ह्याविशत्क्रोधो धर्मज्ञस्य महात्मनः
Ravi (le Soleil) dit : « Sans aucun doute, mon fils, il y a là une grande cause ; c’est par elle que la colère t’a saisi, toi qui es une grande âme et connaisseur du dharma. »
Verse 127
न युक्तमेतन्मिथ्या तु कर्तुं मातुर्वचस्तव । किंचित्ते संविधास्यामि पुत्रस्नेहादनुग्रहम्
« Il ne convient pas que tu rendes mensongère la parole de ta mère. Par tendresse pour mon fils, je mettrai en place un moyen pour ton bien et je t’accorderai ma grâce. »
Verse 128
कृमयो मांसमादाय प्रयास्यंति महीतलम् । कृतं तस्या वचः सत्यं त्वं च त्रातो भविष्यसि
« Les vers emporteront la chair et s’enfonceront dans la terre. Ainsi sa parole sera rendue vraie, et toi aussi tu seras sauvé. »
Verse 129
ईश्वर उवाच । आदित्यस्त्वब्रवीच्छायां किमर्थं तनयेषु वै । तुल्येष्वप्यधिकः स्नेह एकत्र क्रियते त्वया
Īśvara dit : « Sūrya s’adressa à Chāyā : “Pourquoi donc, parmi tes fils — bien qu’ils soient semblables — accordes-tu un amour plus grand à un seul ?” »
Verse 130
नूनं न चैषां जननी त्वं संज्ञा क्वापि सा गता । विकलेष्वप्यपत्येषु न माता शापदा भवेत्
Assurément, tu n’es pas leur véritable mère ; Saṃjñā est sans doute partie ailleurs. Même si les enfants sont imparfaits ou s’égarent, une mère ne doit pas devenir celle qui profère des malédictions.
Verse 131
अपि दोषसहस्राणि यदि पुत्रः समाचरेत् । प्राणद्रोहेऽपि निरतो न माता पापमाचरेत् । तस्मात्सत्यं मम ब्रूहि मा शापवशगा भव
Quand bien même un fils commettrait mille fautes—fût‑il même porté à attenter à la vie—une mère ne doit pas commettre le péché. Dis‑moi donc la vérité ; ne tombe pas sous l’emprise de la malédiction.
Verse 132
ईश्वर उवाच । तं शप्तुमुद्यतं दृष्ट्वा छायासंज्ञा दिनाधिपम् । भयेन कंपती देवी यथावृत्तं महासती
Īśvara dit : Voyant le Seigneur du Jour prêt à la maudire, la déesse Chāyā‑Saṃjñā trembla de crainte, elle la grande vertueuse, et s’apprêta à raconter ce qui s’était passé.
Verse 133
सा चाह तनया त्वष्टुरहं संज्ञा विभावसो । पत्नी तव त्वया पत्या पतियुक्ता दिवाकर
Elle dit : « Je suis Saṃjñā, fille de Tvaṣṭṛ, ô Vibhāvasu. Je suis ton épouse, unie à toi comme à mon époux, ô Divākara. »
Verse 134
इत्थं विवस्वतः सा तु बहुशः पृच्छतोऽन्यथा । न वाचा भाषते क्रुद्धः शापं दातुं समुद्यतः
Bien que Vivasvān l’interrogeât maintes fois et de bien des manières, elle ne répondit pas d’un mot ; lui, courroucé, se leva pour proférer une malédiction.
Verse 135
शापोद्यतकरं दृष्ट्वा सूर्यं छाया विवस्वतः । कथयामास तत्सर्वं संज्ञायाः सुविचेष्टितम्
Voyant Sūrya—Vivasvān—la main levée pour maudire, Chāyā lui révéla tout : l’entière conduite, savamment concertée, des actes de Saṃjñā.
Verse 136
तच्छ्रुत्वा भगवान्सूर्यो जगाम त्वष्टुरालयम् । ततः संपूजयामास तदा त्रैलोक्यपूजितम्
À ces mots, le bienheureux Sūrya se rendit à la demeure de Tvaṣṭṛ ; et là, il lui rendit l’hommage dû — à Tvaṣṭṛ, vénéré dans les trois mondes.
Verse 137
निर्दग्धुकामं रोषेण सान्त्वयामास पार्वति । भास्वंतं निजया दीप्त्या निजगेहमुपागतम् । क्व संज्ञेति च पृच्छन्तं कथयामास विश्वकृत्
Pārvatī apaisa Kāma, consumé par la colère. Puis Bhāsvān (le Soleil), flamboyant de sa propre splendeur, regagna sa demeure. Lorsqu’il demanda : « Où est Saṃjñā ? », Viśvakṛt, l’Artisan du monde, le lui exposa.
Verse 138
विश्वकर्म्मोवाच । आगतैव हि मे वेश्म भवता श्रूयतां वचः । विख्यातं तेजसाऽढ्यं त इदं रूपं सुदुःसहम्
Viśvakarman dit : « Te voici vraiment parvenu à ma demeure ; écoute mes paroles. Cette forme qui est tienne, illustre et saturée d’une puissance flamboyante, est d’une dureté extrême à supporter. »
Verse 139
असहन्ती ततः संज्ञा वने चरति वै तपः । द्रक्ष्यसे तां भवानद्य स्वभार्यां शुभचारिणीम्
Ne pouvant le supporter, Saṃjñā s’en est allée dans la forêt et y pratique véritablement l’austérité. Aujourd’hui, tu verras ta propre épouse, la vertueuse aux actes de bon augure.
Verse 140
रूपार्थं चरतेऽरण्यं चरंती सुमहत्तपः । मतं मे ब्रह्मणो वाक्याद्यदि ते देव रोचते । रूपं निर्वर्त्तयाम्यद्य तव कांतं दिवस्पते
«En quête d’une forme convenable, elle demeure dans la forêt, accomplissant de très grandes austérités. Selon l’injonction de Brahmā, telle est ma pensée : si cela te plaît, ô Deva—ô seigneur du jour—aujourd’hui même je façonnerai pour toi une forme aimée et charmante.»
Verse 141
ईश्वर उवाच । यतो हि भास्वतो रूपं प्रागासीत्परिमंडलम् । ततस्तथेति तं प्राह त्वष्टारं भगवान्रविः
Īśvara dit : «Puisque jadis la forme du Soleil était circulaire, le bienheureux Ravi répondit alors à Tvaṣṭṛ, le façonneur divin : “Qu’il en soit ainsi.”»
Verse 142
विश्वकर्मात्वनुज्ञातः शाकद्वीपे विवस्वता । भृ मिमारोप्य तत्तेजः शातनायोपचक्रमे
Avec l’assentiment de Vivasvān (le Soleil), Viśvakarman, en Śākadvīpa, plaça le Soleil sur un dispositif tournant et entreprit de réduire cette énergie flamboyante.
Verse 143
भ्रमताऽशेषजगतामधिभूतेन भास्वता । समुद्रा द्रविणोपेताश्चुक्षुभुश्च समन्ततः
Lorsque ce seigneur resplendissant—présidant à tous les mondes—fut mis en rotation, les océans, riches de trésors, s’agitèrent et grondèrent de toutes parts.
Verse 144
भ्रमता खलु देवेशि सचंद्रग्रहतारकम् । अधोगति महाभागे बभूवाक्षिप्तमाकुलम्
Tandis qu’il tournoyait, ô déesse des dieux, toute l’étendue—avec la Lune, les planètes et les étoiles—fut jetée dans la confusion et sembla plonger vers le bas, ô très fortunée.
Verse 145
विक्षिप्तसलिलाः सर्वे बभूवुश्च तथा नदाः । व्यभिद्यंत तथा शैलाः शीर्णसानुनिबंधनाः
Tous les fleuves virent leurs eaux projetées et dispersées ; et les montagnes, de même, furent déchirées, leurs crêtes et leurs liens brisés.
Verse 146
ध्रुवाधाराण्यशेषाणि धिष्ण्यानि वरवर्णिनि । भ्राम्यद्रश्मिनिबद्धानि अधो जग्मुः सहस्रशः
Ô dame au teint gracieux, toutes les demeures célestes, appuyées sur le Pôle pour soutien, liées par des rayons tourbillonnants, chutèrent vers le bas par milliers.
Verse 147
व्यशीर्यंत महामेघा घोरारावविराविणः । भास्वद्भ्रमणविभ्रांतभूम्याकाशमहीतलम्
Alors les immenses nuées se déchirèrent, retentissant d’un tonnerre effroyable ; et, sous la rotation du Resplendissant (Bhāsvat), la terre, le ciel et la surface du monde chancelaient, désorientés.
Verse 148
जगदाकुलमत्यर्थं तदाऽसीद्वरवर्णिनि । त्रैलोक्ये सकले देवि भ्रममाणे महर्षर्यः । देवाश्च ब्रह्मणा सार्द्धं भास्वंतमभितुष्टुवुः
Ô toi au teint gracieux, alors le monde entier fut jeté dans un trouble extrême. Ô Déesse, tandis que les trois mondes tourbillonnaient, les grands sages et les dieux, avec Brahmā, se mirent à chanter des hymnes au Resplendissant (Bhāsvat).
Verse 149
देवा ऊचुः । आदिदेवोऽसि देवानां जातमेतत्स्वयं तव । सर्गस्थित्यंतकालेषु त्रिधा भेदेन तिष्ठसि
Les dieux dirent : Tu es le Deva primordial des devas ; ceci est né de toi-même. Aux temps de la création, du maintien et de la dissolution, tu demeures selon une triple distinction.
Verse 151
ऋषयश्च ततः सप्त वसिष्ठात्रिपुरोगमाः । तुष्टुवुर्विविधैः स्तोत्रैः स्वस्ति स्वस्तीति वादिनः । वेदोक्तिभिरथाग्र्याभिर्वालखिल्याश्च तुष्टुवुः
Alors les sept ṛṣi, conduits par Vasiṣṭha, Le louèrent par maints hymnes, proclamant : « Svasti ! Svasti ! » Et les Vālakhilya aussi Le célébrèrent par de nobles paroles tirées du Veda.
Verse 152
वालखिल्या ऊचुः । नमस्त ऋक्स्वरूपाय सामरूपाय ते नमः । यजुःस्वरूपरूपाय साम्नां धामग ते नमः
Les Vālakhilya dirent : Hommage à Toi, qui es la forme même du Ṛk ; hommage à Toi, qui es la forme du Sāman. Hommage à Toi, qui incarnes le Yajus ; hommage à Toi, demeure des Sāman.
Verse 153
ज्ञानैकरूपदेहाय निर्धूततमसे नमः । शुद्धज्योतिःस्वरूपाय त्रिमूर्तायामलात्मने
Hommage à Celui dont le corps est l’unique forme de la connaissance, qui a dissipé les ténèbres. Hommage à Celui dont la nature est pure splendeur ; au Trimūrti, au Soi sans tache.
Verse 154
वरिष्ठाय वरेण्याय सर्वस्मै परमात्मने । नमोऽखिलजगद्व्यापिरूपायानंतमूर्त्तये
Hommage au Suprême, au plus excellent et au plus digne, au Paramātman qui est tout. Hommage à Celui aux formes infinies, dont la nature même pénètre l’univers entier.
Verse 155
सर्वकारणभूताय निष्ठाय ज्ञान चेतसाम् । नमः सूर्यस्वरूपाय प्रकाशालक्ष्यरूपिणे
Hommage à Celui qui est le fondement de toutes les causes, l’appui inébranlable de ceux dont l’esprit demeure dans la connaissance. Hommage à Celui dont la forme est Sūrya, dont l’essence est lumière, et dont la vraie forme demeure au-delà de la perception.
Verse 156
भास्कराय नमस्तुभ्यं तथा दिनकृते नमः । सर्वस्मै हेतवे चैव संध्याज्यो त्स्नाकृते नमः
Hommage à Toi, Bhāskara ; hommage au Faiseur du jour. Hommage à la Cause universelle ; et hommage au Créateur du crépuscule et de la clarté lunaire.
Verse 157
त्वं सर्वमेतद्भगवञ्जगच्च भ्रमता त्वया । भ्रमत्याविश्वमखिलं ब्रह्मांडं सचराचरम् । त्वदंशुभिरिदं सर्वं स्पृष्टं वै जायते शुचि
Ô Seigneur, Tu es tout cela, et Tu es aussi cet univers en mouvement. Quand Tu te meuves, le cosmos entier—le brahmāṇḍa tout entier, avec le mobile et l’immobile—se met en marche. Touché par Tes rayons, tout devient pur et rayonnant.
Verse 158
क्रियते त्वत्करस्पर्शैर्जलादीनां पवित्रता
Par le toucher de Tes mains, même l’eau et les choses semblables sont purifiées.
Verse 159
होमदानादिको धर्मो नोपकाराय जायते । तात यावन्न संयोगि जगदेतत्त्वदंशुभिः
Ô cher enfant, les rites tels que le homa (offrande au feu) et le don ne naissent pas vraiment comme un Dharma bienfaisant, tant que ce monde n’est pas uni à Tes rayons, à Ta splendeur divine.
Verse 160
ऋचस्ते सकला ह्येतास्तथा यानि यजूंषि च । सकलानि च सामानि निपतंति त्वदंगतः
Tous ces versets du Ṛg sont à Toi ; de même les formules du Yajus ; et tous les chants du Sāman jaillissent de Ton propre corps.
Verse 161
ऋङ्मयस्त्वं जगन्नाथ त्वमेव च यजुर्मयः । यतः साममयश्चैव ततो नाथ त्रयीमयः
Ô Seigneur du monde, tu es fait du Ṛg ; toi seul es fait du Yajus ; et puisque tu es aussi fait du Sāman, ainsi, ô Maître, tu es l’incarnation même de la triade védique.
Verse 162
त्वमेव ब्रह्मणो रूपं परं चापरमेव च । मूर्त्तामूर्त्तं तथा सूक्ष्मं स्थूलं रूपेण संस्थितः
Toi seul es la forme de Brahman — à la fois transcendant et immanent ; établi comme forme et sans forme, subtil et dense, selon tes propres modes de manifestation.
Verse 163
निमेषकाष्ठादिमयः कालरूपक्षणात्मकः । प्रसीद स्वेच्छया रूपं स्वं तेजः शमनं कुरु । त्वं देव जगतां हेतोर्दुःखं सहसि दुःसहम्
Toi qui es la forme du Temps—fait de clignements, de kāṣṭhās et du reste—dont la nature est l’instant même comme figure du Temps : sois favorable. De ton plein gré, tempère ta manifestation ; fais s’apaiser ton éclat de feu. Ô Dieu, pour le bien des mondes tu endures une souffrance insupportable.
Verse 164
त्वं नाथ मोक्षिणां मोक्षो ध्येयस्त्वं ध्यायतां वरः । त्वं गतिः सर्वभूतानां कर्मकांडनिवर्तिनाम्
Ô Seigneur, tu es la délivrance même de ceux qui cherchent la délivrance ; tu es l’objet suprême de méditation pour les méditants ; tu es le refuge et le but de tous les êtres qui se détournent du simple ritualisme.
Verse 165
शं प्रजाभ्योऽस्तु देवेश शन्नोऽस्तु जगतांपते
Ô Seigneur des dieux, que l’auspice soit pour les peuples ; ô Maître des mondes, que l’auspice soit pour nous.
Verse 166
त्वं धाता विसृजसि विश्वमेक एव त्वं पाता स्थितिकरणाय संप्रवृत्तः । त्वय्यंते लयमखिलं प्रयाति चैतत्त्वत्तोन्यो न हि तपनास्ति सर्वदाता
Toi seul, en tant que Créateur, fais jaillir l’univers ; toi seul, en tant que Protecteur, t’emploies à le maintenir. En Toi, à la fin, tout s’en va en dissolution ; et hors de Toi il n’est ni Soleil (source de lumière et de vie), ni Donateur de tous les dons.
Verse 167
त्वं ब्रह्मा हरिहरसंज्ञितस्त्वमिन्द्रो वित्तेशः पितृपितरंबुपः समीरः । सोमोऽग्निर्गगनमहाधरादिरूपः किं न त्वं सकलमनोरथप्रदाता
Tu es Brahmā ; tu es nommé Hari et Hara ; tu es Indra ; tu es le Seigneur des richesses ; tu es les Pitṛs et le Père des Pitṛs ; tu es les eaux et le vent. Tu es Soma et Agni ; tu es le ciel, les grandes montagnes et toute forme—comment ne serais-tu pas le Donateur de tous les désirs ?
Verse 168
यज्ञैस्त्वामनुदिनमात्मकर्म्मसक्ताः स्तुवन्तो विविधपदैर्द्विजा यजंति । ध्यायन्तः सविनयचेतसो भवन्तं योगस्थाः परमपदं प्रयांति मर्त्त्या
Jour après jour, attachés à leurs devoirs prescrits, les deux-fois-nés t’adorent par les sacrifices et te louent en maints hymnes. Te méditant avec un cœur humble, les mortels établis dans le yoga atteignent l’état suprême.
Verse 169
तपसि पचसि विश्वं पासि भस्मीकरोषि प्रकटयसि मयूखैर्ह्लादयतस्यंशुगर्भैः । सृजसि कमलजन्मा पालयस्यच्युताख्यः क्षपयसि च युगांते रुद्ररूपस्त्वमेकः
Tu chauffes et fais mûrir l’univers ; tu le protèges et tu le réduis aussi en cendres. Par des rayons portant la joie au cœur de leur lumière, tu révèles et illumines toute chose. Tu crées comme le Né du Lotus (Brahmā), tu maintiens comme l’Immuable (Viṣṇu), et à la fin des âges tu dissous comme Rudra—et pourtant tu es Un.
Verse 171
विवस्वते प्रणतजनानुकम्पिने महात्मने समजवसप्तसप्तये । सतेजसे कमलकुलालिबंधवे सदा तमःपटलपटावपाटिने
Hommage à Vivasvān (le Soleil), compatissant envers ceux qui se prosternent ; au grand d’âme dont les sept chevaux vont en parfaite harmonie ; à l’ami rayonnant de l’essaim des lotus ; à Celui qui, à jamais, déchire les rideaux superposés des ténèbres—(salutation).
Verse 172
पावनातिशयसर्वचक्षुषे नैककामविषयप्रदायिने । भासुरामलमयूखमालिने सर्वभूतहितकारिणे नमः
Salut et prosternation à l’Œil suprêmement purificateur de tous; au Donateur de maints objets désirés; à Celui qui porte une guirlande de rayons éclatants et sans tache; au Bienfaiteur qui œuvre au bien de tous les êtres.
Verse 173
अजाय लोकत्रयभावनाय भूतात्मने गोपतये वृषाय । नमो महाकारुणिकोत्तमाय सूर्याय वस्तुप्रभवालयाय
Hommage à Sūrya — l’Inengendré; le Nourricier des trois mondes; le Soi intime des êtres; le Seigneur protecteur des créatures (Gopati); le Juste et le Puissant. Hommage au premier en grande compassion, demeure d’où naît le réel.
Verse 174
विवस्वते ज्ञानभृतेऽन्तरात्मने जगत्प्रतिष्ठाय जगद्धितैषिणे । स्वयंभुवे निर्मललोकचक्षुषे सुरोत्तमायामिततेजसे नमः
Salut à Vivasvān — porteur de connaissance, Soi intérieur; soutien du monde et chercheur du bien du monde; l’Auto-né, l’Œil immaculé des mondes; le meilleur des dieux, d’une splendeur sans mesure.
Verse 175
क्षणमुदयाचलभालितार्च्चिः सुरगणगीतिगरिष्ठगीतः । त्वमुत मयूखसहस्रवज्जगति विकासितपद्मनाभः
En un instant, ta splendeur pareille à une flamme couronne le front de la montagne d’Orient, tandis que les cohortes des dieux chantent de graves hymnes. Toi, aux mille rayons, tu éveilles le monde—comme le lotus qui s’ouvre en fleur.
Verse 176
तव तिमिरासवपानमदाद्भवति विलोहितविग्रहता । मिहिरविभासतया सुतरां त्रिभुवनभावनमात्रपरः
Sous l’ivresse d’avoir bu le vin des ténèbres, ta forme paraît vermeille; pourtant, par ta clarté solaire, tu es tout entier voué à nourrir les trois mondes.
Verse 177
रथमारुह्य समावयवं रुचिरविकलितदिव्यहयम् । सततमरिबले भगवंश्चरसि जगद्धितबद्धरसः
Ô Seigneur Bienheureux, monté sur ton char bien ordonné, attelé de splendides coursiers divins et infatigables, tu chemines sans cesse, toujours voué au bien du monde et domptant les forces ennemies.
Verse 178
अमृतमयेन रसेन समं विबुधपितॄनपि तर्प्पयसे । अरिगणसूदन तेन तव प्रणतिमुपेत्य लिखामि वपुः
Par ton essence semblable à l’ambroisie, tu rassasies pareillement jusqu’aux dieux et aux ancêtres. Ô pourfendeur des cohortes ennemies, c’est pourquoi je m’approche avec révérence et t’offre cet hymne du fond de mon être.
Verse 179
शुभसमवर्णमयं रचितं तव पदपांसुपवित्रतमम् । नतजनवत्सल मां प्रणतं त्रिभुवनपावन पाहि रवे
Ô Ravi, dont la poussière des pieds est la purification suprême : cet hymne, tissé de paroles auspiciennes et harmonieuses, t’est offert. Ô toi qui chéris ceux qui se prosternent, protège-moi, moi qui suis tombé à tes pieds, ô purificateur des trois mondes.
Verse 180
इति सकलजगत्प्रसूति भूतं त्रिभुवनभावनधामहेतुमेकम् । रविमखिलजगत्प्रदीपभूतं त्रिदशवरं प्रणतोऽस्मि देवदेवम्
Ainsi je me prosterne devant l’unique Ravi : source de la naissance de tous les mondes, cause unique et demeure qui soutient les trois mondes ; lui qui brille comme la lampe de l’univers entier, le meilleur parmi les dieux, le Dieu des dieux.
Verse 181
ईश्वर उवाच । हाहाहूहश्च गन्धर्वो नारदस्तुंबरुस्तथा । उपगातुं समारब्धा गांधर्वकुशला रविम्
Īśvara dit : Hāhā et Hūhū, les Gandharvas, ainsi que Nārada et Tuṃbaru—experts en musique gandharvique—se mirent à chanter des louanges à Ravi.
Verse 182
षड्जमध्यमगांधारग्रामत्रयविशारदाः । मूर्छनाभिश्च तानैश्च सुप्रयोगैः सुखप्रदम्
Ils étaient maîtres des trois grāmas musicaux—ṣaḍja, madhyama et gāndhāra—et, par les mūrchanās, les tānas et des emplois parfaits, ils réjouissaient le cœur.
Verse 183
सप्तस्वरविनिर्वृत्तं यतित्रयविभूषितम् । सप्तधातुसमायुक्तं षड्जाति त्रिगुणाश्रयम्
Ce chant naquit des sept notes, paré des trois yatis ; pourvu des sept dhātus, fondé sur les six jātis et reposant sur les trois guṇas.
Verse 184
चतुर्गीतसमायुक्तं चतुवर्णसमुत्थितम् । चतुर्वर्णप्रतीकारं सप्तालंकारभूषितम्
Il était pourvu des quatre modes du chant, issu des quatre varṇas ; portant l’emblème des quatre varṇas, et orné de sept alaṃkāras.
Verse 185
त्रिस्थानशुद्धं त्रिलयं सम्यक्कालव्यवस्थितम् । चित्ते चित्ते च नृत्ये च रसेषु लयसंयुतम्
Pur dans ses trois registres, il possédait les trois laya et était parfaitement établi dans le temps ; son rythme s’unissait à l’esprit et à l’émotion, à la danse et aux rasas.
Verse 186
चतुर्विंशद्गुणैर्युक्तं जगुर्गीतं च गायनाः । विश्वार्ची च घृताची च उर्वश्यथ तिलोत्तमा
Les chanteurs entonnèrent un chant doté de vingt-quatre excellences. Viśvārcī et Ghṛtācī, puis Urvaśī et Tilottamā, s’y joignirent également.
Verse 187
मेनका सहजन्या च रंभा चाप्सरसां वरा । चतुर्विधपदं तालं त्रिप्रकारं लयत्रयम्
Menakā, Sahajanyā et Rambhā—les plus éminentes des Apsaras—dansèrent selon un tāla aux quatre pas, en trois modes, et avec les trois laya.
Verse 188
यतित्रयं तथाऽतोद्यं नाट्यं चैव चतुर्विधम् । ननृतुर्जगतामीशे लिख्यमाने विभावसौ
Avec les trois yati, l’accompagnement instrumental et l’art du nāṭya en quatre formes, elles dansèrent devant le Seigneur des mondes, tandis que Vibhāvasu (le Feu) regardait comme s’il en consignait la scène.
Verse 189
भावान्भावविशारद्यः कुर्वन्त्यो विधिवद्बहून् । देवदुन्दुभयः शंखाः शतशोऽथ सहस्रशः
Expertes en bhāva et animées de dévotion, elles accomplirent selon le rite de nombreuses observances propices; alors les timbales divins et les conques retentirent—par centaines, voire par milliers.
Verse 190
अनाहता महादेवि नेदिरे घननिस्वनाः । गायद्भिश्चैव गंधर्वैर्नृत्यद्भिश्चाप्सरोगणैः
Ô Grande Déesse, des résonances anāhata—nées d’elles-mêmes, sans qu’on les frappe—retentirent, profondes et puissantes; tandis que les Gandharvas chantaient et que les troupes d’Apsaras dansaient.
Verse 191
अवाद्यंत ततस्तत्र वेणुवीणादिझर्झराः । पणवाः पुष्कराश्चैव मृदंगपटहानकाः
Puis, là, dans l’assemblée, retentirent flûtes, vīṇā et autres instruments; on joua aussi les paṇava, puṣkara, mṛdaṅga, paṭaha et ānaka.
Verse 192
तूर्यवादित्रघोषैश्च सर्वं कोलाहलीकृतम् । ततः कृतांजलिपुटा भक्तिनम्रात्ममूर्त्तयः
Au fracas des trompettes et des instruments, tout retentit d’un tumulte de fête. Puis, les mains jointes en añjali révérencieux, leurs corps mêmes s’inclinèrent, abaissés par la dévotion.
Verse 193
ततः कलकले तस्मिन्सर्वदेवसमागमे । संवत्सरं भ्रमस्थस्य विश्वकर्मा रवेस्ततः
Puis, au cœur du vacarme de cette assemblée de tous les dieux, Viśvakarmā servit Ravi (le Soleil), demeuré en mouvement, durant une année entière.
Verse 194
तेजसः शातनं चक्रे स्तूयमानस्य दैवतैः । देवं चक्रे समारोप्य भ्रामयामास सूत्रभृत्
Tandis que les dieux le louaient, lui (Viśvakarmā) entreprit d’amoindrir cette radiance. Ayant placé la divinité sur une roue, le porteur du cordon la fit tourner.
Verse 195
मृत्पिंडवत्कुलालस्य संस्पृशन्क्षुरधारया । पतंगस्य स्तवं कुर्वन्विश्वकर्मा दिवस्पतेः
De même que le potier effleure une motte d’argile avec le tranchant d’une lame, ainsi Viśvakarmā—chantant les louanges de Pataṅga (le Soleil), seigneur du jour—rasa et façonna avec soin sa splendeur.
Verse 196
तेजसः षोडशं भागं मण्डलस्थमधारयत् । शातितं तस्य तत्तेजो यावत्पादौ वरानने
Il conserva un seizième de cette radiance au sein du disque solaire. Cette splendeur ne fut amoindrie que jusqu’à ses pieds, ô toi au beau visage.
Verse 197
यत्तस्य ऋङ्मयं तेजस्तत्प्रभासेऽपतत्प्रिये । यजुर्मयेन देवेशि भाविता द्यौर्महाप्रभोः
Cette radiance de lui, de nature Ṛk (Ṛgveda), tomba à Prabhāsa, ô bien-aimée. Et par la part de nature Yajus (Yajurveda), ô Souveraine des dieux, le ciel du Grand Seigneur fut vivifié de puissance.
Verse 198
स्वर्गं साममयेनापि भूर्भुवःस्वरितिस्थितम् । ततस्तैस्तेजसो भागैर्दशभिः पंचभिस्तथा
Et par la part de nature Sāma (Sāmaveda) également, le royaume du ciel—demeurant comme Bhūr, Bhuvaḥ et Svaḥ—fut établi. Puis, de ces parts de radiance—dix et aussi cinq—(le récit se poursuit).
Verse 199
तेन वै निर्मितं चक्रं विष्णोः शूलं हरस्य च । महाप्रभं महाकायं शिबिका धनदस्य च
Par lui furent façonnés le disque (cakra) de Viṣṇu et le trident (śūla) de Hara (Śiva) ; et aussi la palanquine (śibikā) de Dhanada (Kubera), splendide et de vaste stature.
Verse 200
दण्डः प्रेतपतेः शक्तिर्देवसेनापतेस्तथा । अन्येषां च सुराणां च अस्त्राण्युक्तानि यानि वै
Le bâton du Seigneur des Pretas (Yama), la lance śakti du chef de l’armée des dieux (Kārttikeya), et de même toutes les autres armes dites appartenir aux dieux : tout cela aussi fut façonné par lui.
Verse 201
यक्षविद्याधराणां च तानि चक्रे स विश्वकृत् । ततः षोडशमं भागं बिभर्त्ति भगवान्रविः । तत्तेजो रविभागश्च खस्थो विचरति प्रिये
Lui, l’artisan de l’univers, façonna aussi ces choses pour les Yakṣas et les Vidyādharas. Ensuite, le bienheureux Ravi (le Soleil) porte la seizième part de cette radiance ; et cette splendeur—la part de Ravi—chemine dans le ciel, ô bien-aimée.
Verse 202
इति शातिततेजाः स श्वशुरेणातिशोभनम् । वपुर्दधार मार्त्तंडः पुष्पबाणमनोरमम्
Ainsi, Mārtaṇḍa (le Soleil), dont l’éclat fut apaisé par l’acte de son beau-père, revêtit une forme des plus splendides, charmante comme une guirlande de fleurs.
Verse 204
अपापां सर्वभूतानां तपसा नियमेन च । सा च दृष्ट्वा तमायांतं परपुंसो विशंकया । जगाम संमुखं तस्य अश्वरूपधरस्य च
Elle—sans péché, vouée à l’ascèse et aux vœux de discipline pour le bien de tous les êtres—le voyant s’approcher, le soupçonna d’être un autre homme ; et elle alla à sa rencontre face à face, car il avait pris la forme d’un cheval.