Adhyaya 6
Prabhasa KhandaVastrapatha Kshetra MahatmyaAdhyaya 6

Adhyaya 6

Le chapitre 6 s’ouvre sur Īśvara exposant un itinéraire de pèlerinage vers l’ouest depuis Maṅgala : le darśana de Siddheśvara, dispensateur d’accomplissements spirituels ; Cakratīrtha, explicitement présenté comme donnant le fruit de « crores de tīrthas » ; et Lokeśvara, liṅga svayambhū, auto-manifesté. Le chemin se poursuit jusqu’à Yakṣavana, où Yakṣeśvarī est décrite comme une Déesse exauçant les vœux, puis revient à Vastrāpatha avec une extension au mont Raivataka, proclamé riche d’innombrables tīrthas (dont Mṛgīkūṇḍa et d’autres lieux nommés) et de multiples présences divines : Ambikā, Pradyumna, Sāmba, ainsi que d’autres marques śaiva. Le cadre dialogué se déplace lorsque Pārvatī énumère les grands fleuves sacrés et les cités dispensatrices de délivrance déjà entendus, puis demande pourquoi Vastrāpatha est tenu pour particulièrement éminent et comment Śiva y est établi comme svayambhū. Īśvara introduit l’explication promise par un récit d’origine : à Kānyakubja, le roi Bhoja capture, au sein d’un troupeau, une mystérieuse femme au visage de biche ; elle demeure muette jusqu’à ce que des prêtres l’orientent vers l’ascète Sārasvata. Par la consécration rituelle (abhiṣeka) et des procédures encadrées de mantras, sa parole et sa mémoire reviennent, et elle commence à raconter une longue histoire karmique à travers des naissances successives (royauté, veuvage, renaissances animales, motifs de mort violente), aboutissant à Raivataka/Vastrāpatha, où le kṣetra apparaît comme la clé de la purification et de la libération.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । अधुना संप्रवक्ष्यामि मंगलात्पश्चिमे व्रजेत् । तत्र सिद्धेश्वरं पश्येत्सर्वसिद्धिप्रदायकम्

Īśvara dit : À présent, j’exposerai l’itinéraire. Depuis Maṅgala, qu’on aille vers l’ouest ; là, qu’on contemple Siddheśvara, dispensateur de toutes les accomplissements.

Verse 2

तत्रैव चक्रतीर्थं तु तीर्थकोटिफलप्रदम् । लोकेश्वरं स्वयंभूतं पूर्वमिंद्रेश्वरेति च

Là même se trouve Cakratīrtha, qui accorde le fruit de myriades de tīrtha. On y trouve Lokeśvara, apparu de lui-même ; et jadis on le nommait aussi Indreśvara.

Verse 3

दृष्ट्वा तं विधिवद्देवि ततो यक्षवनं व्रजेत् । मंगलात्पश्चिमे भागे यत्र देवी स्वयं स्थिता

Après l’avoir contemplé selon le rite, ô Déesse, qu’on se rende ensuite à Yakṣavana, dans la région occidentale depuis Maṅgala, où la Devī elle-même demeure.

Verse 4

यक्षेश्वरी महाभागा वांछितार्थप्रदायिनी । तां संपूज्य विधानेन ततो वस्त्रापथं पुनः

Yakṣeśvarī, la très fortunée, accorde les buts désirés. L’ayant honorée selon le rite prescrit, on (revient) ensuite de nouveau à Vastrāpatha.

Verse 5

गिरिं रैवतकं गत्वा कुर्याद्यात्राविधानतः । मृगीकुंडादितीर्थानि संति तत्रैव कोटिशः

Étant allé au mont Raivataka, qu’on accomplisse le pèlerinage selon l’observance prescrite. Là se trouvent d’innombrables tīrtha—par crores—tels que Mṛgīkuṇḍa et d’autres.

Verse 6

यद्भुक्तिशिखरे देवि सीमालिंगं हि तत्स्मृतम् । दशकोटिस्तु तीर्थानि तत्र संति वरान ने

Ô Déesse, au sommet nommé Bhuktiśikhara, l’on se souvient du Sīmāliṅga. Là se trouvent dix koṭi de tīrthas, ô la meilleure des femmes.

Verse 7

यत्र वै यादवाः सिद्धाः कलौ ये बुद्धिरूपिणः । शतसहस्रार्बुदं च लिंगं तत्रैव तिष्ठति

Là où demeurent les Yādavas, siddhas accomplis, qui en l’âge de Kali se manifestent comme le discernement éveillé, s’élève aussi le liṅga nommé Śatasahasrārbuda.

Verse 8

गजेंद्रस्य पदं तत्र तत्रैव रसकूपिकाः । सप्त कुण्डानि तत्रैव रैवते पर्वतोत्तमे

Là aussi se trouve l’empreinte de Gajendra, et là même sont les puits de l’essence sacrée. Là encore se tiennent sept bassins saints, sur Raivata, le plus excellent des monts.

Verse 9

अंबिका च स्थिता देवी प्रद्युम्नः सांब एव च । लिंगाकारे पर्वते तु तत्र तीर्थानि कोटिशः

Là demeure la Déesse Ambikā, et Pradyumna, ainsi que Sāmba. Sur cette montagne en forme de liṅga se trouvent des tīrthas par crores.

Verse 10

मृगीकुंडं च तत्रैव कालमेघस्तथैव च । क्षेत्रपालस्वरूपेण महोदधि स्वयं स्थितः । दामोदरश्च तत्रैव भवो ब्रह्माडनायकः

Là se trouvent aussi Mṛgī-kuṇḍa, et de même Kāla-megha. L’océan immense lui-même demeure là sous la forme de Kṣetrapāla, gardien du lieu sacré. Là encore sont Dāmodara et Bhava, seigneur du Brahmāṇḍa (l’univers).

Verse 11

पार्वत्युवाच । श्रुतानि तव तीर्थानि देवेश वदतस्तव । गंगा सरस्वती पुण्या यमुना च महानदी

Pārvatī dit : Ô Seigneur des dieux, j’ai entendu parler de tes tīrtha, tels que tu les décrivais — le Gaṅgā, la Sarasvatī très pure, la sainte Yamunā, et les grands fleuves (et d’autres encore).

Verse 12

गोदावरी गोमती च नदी तापी च नर्मदा । सरयूः स्वर्णरेखा च तमसा पापनाशिनी

La Godāvarī et la Gomatī ; la rivière Tāpī et la Narmadā ; la Sarayū et la Svarṇarekhā ; et la Tamasā, qui détruit les péchés.

Verse 13

नद्यः समुद्रसंयोगाः सर्वाः पुण्याः श्रुता मया । मोक्षारण्यानि दिव्यानि ।दिव्यक्षेत्राणि यानि च

J’ai entendu dire que tous les fleuves—surtout là où ils rejoignent l’océan—sont saints. Et j’ai entendu parler des forêts divines qui accordent la délivrance, ainsi que des kṣetra sacrés célébrés comme divins.

Verse 14

नगर्यो मुक्तिदायिन्यस्ताः श्रुतास्त्वत्प्रसादतः । ब्रह्मविष्णुशिवादीनां सूर्येंदुवरुणस्य च

Et par ta grâce, j’ai entendu parler de ces cités qui donnent la délivrance ; et des demeures sacrées associées à Brahmā, Viṣṇu, Śiva et aux autres, ainsi qu’à Sūrya, à la Lune et à Varuṇa.

Verse 15

देवताना मृषीणां च संति स्थानान्यनेकशः । परं देव त्वया पुण्यं प्रभासं कथितं मम

Nombreuses sont les demeures des dieux et des ṛṣi. Pourtant, ô Seigneur, tu m’as dit que le saint Prabhāsa est suprême.

Verse 16

तस्माद्यच्चाधिकं प्रोक्तं क्षेत्रं वस्त्रापथं त्वया । शृण्वंत्या च मया पूर्वं न पृष्टं कारणं तदा

Ainsi, puisque tu as proclamé Vastrāpatha comme un kṣetra encore plus excellent, moi—bien que l’ayant entendu auparavant—je n’en ai pas alors demandé la raison.

Verse 17

इदानीं च श्रुतं सर्वं स्वस्थाहं कारणं वद । प्रभावं प्रथमं ब्रूहि क्षेत्रस्य च भवस्य च

À présent, j’ai tout entendu et je suis paisible ; dis-moi la raison. D’abord, explique la gloire : celle de ce kṣetra et celle de Bhava (Śiva) également.

Verse 18

कस्मिन्देशे च तत्तीर्थं शिवः केनात्र संस्थितः । स्वयंभूर्भगवान्रुद्रः कथं तत्र स्थितः स्वयम् । प्रभो मे महदाश्चर्यं वर्तते तद्वदाधुना

En quel pays se trouve ce tīrtha ? Par qui Śiva y fut-il établi ? Comment Rudra, le Bienheureux, svayambhū, demeura-t-il là de lui-même ? Ô Seigneur, c’est pour moi un grand prodige : dis-le-moi maintenant.

Verse 19

ईश्वर उवाच । वस्त्रापथस्य क्षेत्रस्य प्रभावं प्रथमं शृणु । पश्चाद्भवस्य माहात्म्यं शृणु त्वं च वरानने

Īśvara dit : «D’abord, écoute la puissance et l’excellence du kṣetra de Vastrāpatha ; ensuite, ô toi au beau visage, écoute aussi la grandeur de Bhava (Śiva) en ce lieu.»

Verse 20

कान्यकुब्जे महाक्षेत्रे राजा भोजेति विश्रुतः । पुरा पुण्ययुगे धर्म्यः प्रजा धर्मेण शासति

Dans la grande région sacrée de Kānyakubja, il y eut un roi renommé, nommé Bhoja. Jadis, en cet âge propice, ce souverain juste gouvernait ses sujets selon le dharma.

Verse 21

विशालाक्षो दीर्घबाहुर्विद्वान्वाग्ग्मी प्रियंवदः । सर्वलक्षणसंपूर्णो बह्वाश्चर्यविलोककः

Il avait de grands yeux et de longs bras—savant, éloquent et au parler doux; pourvu de tous les signes nobles, et prompt à contempler maintes merveilles.

Verse 22

वनात्कदाचिदभ्येत्य वनपालोब्रवीदिदम् । आश्चर्यं भ्रमता देव वने दृष्टं मयाधुना

Un jour, revenant de la forêt, le garde-forestier dit: «Ô Roi, tandis que j’errais dans les bois, je viens de voir un prodige».

Verse 23

गिरौ विषमभूभागे वहुवृक्षसमाकुले । मृगयूथगता नारी मया दृष्टा मृगानना

Sur la montagne, en un terrain accidenté et encombré de nombreux arbres, je vis une femme au milieu d’un troupeau de cerfs—le visage pareil à celui d’une biche.

Verse 24

मृगवत्प्लवते बाला सदा तत्रैव दृश्यते । इति श्रुत्वा वचो राजा तुष्टस्तस्मै धनं ददौ

«La jeune fille bondit comme un cerf et on la voit toujours là-bas». À ces mots, le roi, satisfait, lui accorda une récompense en richesses.

Verse 25

चतुरं तुरगं दिव्यं वाससी स्वर्णभूषणम् । इदानीमेव यास्यामि सेनाध्यक्ष त्वया सह

«Apporte un cheval divin, excellent et rapide, des vêtements et des ornements d’or. J’irai sur-le-champ—ô chef de l’armée—avec toi».

Verse 26

अश्वानां दशसाहस्रं वागुराणां त्वनेकधा । पत्तयो यांतु सर्वत्र वेष्टयंतु गिरिंवरम्

Que dix mille cavaliers—munis de filets de maintes sortes—se répandent en tous lieux; et que les fantassins encerclent la montagne sublime.

Verse 27

न हंतव्यो मृगः कश्चिद्रक्षणीया हि सा मृगी । स्त्रीवेषधारिणी नारी मृगी भवति भूतले

Qu’aucun cerf ne soit tué; cette biche, en vérité, doit être protégée. La femme qui porte l’apparence de femme devient biche sur la terre.

Verse 28

क्व यास्यति वराकी सा मद्बलैः परिपीडिता । शस्त्रास्त्रवर्जितं सैन्यं वनपालपदानुगम्

Où pourrait aller cette malheureuse, pressée de toutes parts par mes troupes ? Cette troupe est sans armes ni traits, et marche sous la conduite du gardien de la forêt.

Verse 29

अहोरात्रेण संप्राप्तं बहुव्याधजनाग्रतः । अश्वाधिरूढो बलवान्भोजराजो ययौ स्वयम्

En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit, avec de nombreux chasseurs en tête, le puissant roi Bhoja partit lui-même à cheval.

Verse 30

निःशब्दपदसञ्चारः संज्ञासंकेतभाषकः । गिरिं संवेष्टयामास वागुराभिः स्वयं नृपः

D’un pas sans bruit, ne parlant que par signes et signaux, le roi lui-même encercla la montagne de filets.

Verse 31

वनपालेन सहितो मृगयूथं ददर्श सः । सा मृगी मृगमध्यस्था नारीदेहा मुखे मृगी । मृगवच्चेष्टते बाला धावते च मृगैः सह

Accompagné du gardien de la forêt, il vit un troupeau de cerfs. Au milieu se tenait une biche : corps de femme, mais visage de cerf. La jeune fille se mouvait comme un cerf et courait avec les cerfs.

Verse 32

अश्वगंधान्समाघ्राय सन्त्रस्ता मृगयूथपाः । क्षुब्धा भ्रान्ताः क्षणे तस्मिन्सर्वे यांति दिशो दश

Ayant flairé l’odeur des chevaux, les chefs des hardes de cerfs furent saisis d’effroi. Agités et égarés, à l’instant même ils s’enfuirent tous vers les dix directions.

Verse 33

मृगवक्त्रा तु या नारी मृगैः कतिपयैः सह । प्लवमाना निपतिता वागुरायां विचेतना

Mais la femme au visage de cerf, avec quelques cerfs, bondit et tomba dans le filet, perdant connaissance.

Verse 34

बलाध्यक्षेण विधृता मृगैः सह शनैर्नृपः । ददर्श महदाश्चर्यं भोजराजो जनैर्वृतः

Maintenu par le chef des troupes, et les cerfs étant maîtrisés, le roi Bhojarāja—entouré de son peuple—contempla lentement une grande merveille.

Verse 35

ततः कोलाहलो जातः परमानंदिनिस्वनः । मृगैः सह समानिन्ये कान्यकुब्जं मृगीं नृपः

Alors s’éleva un grand tumulte, rempli de cris de joie. Avec les cerfs, le roi conduisit cette « biche » à Kānyakubja.

Verse 36

दिव्यवस्त्रसमाच्छन्ना दिव्याभरणभूषिता । नरयानस्थिता नारी प्रविवेश मृगैर्वृता

Revêtue de vêtements divins et parée d’ornements célestes, la femme, assise sur un véhicule des hommes, entra, entourée de biches.

Verse 37

वादित्रैर्ब्रह्मघोषैश्च नीयते नृपमंदिरम् । जनैर्जानपदैर्मार्गे दृश्यते नृपमन्दिरे

Au son des instruments et des acclamations védiques, on la mena au palais du roi. Sur la route, les gens du pays la virent, et de même dans la demeure royale.

Verse 38

नीयमाना नागरैश्च महदाश्चर्यभाषकैः । पुण्ये मुहूर्त्ते संप्राप्ते सा मृगी नृपमन्दिरम्

Escortée par les citadins qui parlaient avec une grande stupeur, cette jeune biche fut conduite au palais du roi lorsque survint l’instant propice.

Verse 39

प्रतीहारेण राजेन्द्र वचसा वारितो जनः । गतः सेनापतिः सैन्यं गृहीत्वा स्वनिकेतनम्

Ô roi éminent, la foule fut retenue par l’ordre du chambellan. Et le chef de l’armée, ayant rassemblé les troupes, se retira vers ses quartiers.

Verse 40

राजापि स्वगृहं प्राप्य स्नात्वा संपूज्य देवताः । तां मृगीं स्नापयामास दिव्यगन्धानुलेपनाम्

Le roi, de retour en sa demeure, se baigna et vénéra dûment les divinités; puis il fit baigner cette jeune biche et l’oignit de parfums célestes.

Verse 41

कुङ्कुमेन विलिप्तांगीं दिव्यवस्त्रावगुंठिताम् । यथोचितं यथास्थानं दिव्याभरणभूषिताम्

Ses membres étaient oints de kunkuma, voilés de vêtements divins; et, comme il sied, à leur juste place, elle était parée d’ornements célestes.

Verse 42

एकांते निर्जने राजा बभाषे चारुलोचनाम् । का त्वं कस्य सुता केन कारणेन मृगैः सह

Dans un lieu retiré et désert, le roi s’adressa à la belle aux yeux charmants : « Qui es-tu ? De qui es-tu la fille ? Et pour quelle raison es-tu ici parmi les daims ? »

Verse 43

स्त्रीणां शरीरं ते कस्मान्मृगीणां वदनं कुतः । इति सर्वं समाचक्ष्व परं कौतूहलं हि मे

« Pourquoi as-tu le corps d’une femme, et pourtant le visage d’une biche ? Dis-moi tout cela, car mon étonnement et ma curiosité sont immenses. »

Verse 44

एवं सा प्रोच्यमानापि न बभाषे कथंचन । मूकवन्न विजानाति न च भुंक्ते सुलोचना

Bien qu’on l’interrogeât ainsi, elle ne répondit en rien. Telle une muette, elle semblait ne pas comprendre; et la belle aux yeux charmants ne prit même pas de nourriture.

Verse 45

न भुंक्ते पृथिवीपालो न राज्यं बहु मन्यते । न दारैर्विद्यते कार्यं नाश्वैर्न च गजै रथैः

Le protecteur de la terre ne mangeait plus, et ne tenait plus son royaume en haute estime. Il ne voyait plus d’utilité dans les épouses, ni dans les chevaux, les éléphants ou les chars.

Verse 46

तदेव राज्यं ते दारास्ते गजास्तद्धनं बहु । प्रमदामदसंरक्तं यत्र संक्रीडते मनः

Pour lui, cela seul est le « royaume » ; cela seul est l’« épouse » ; cela seul sont les « éléphants » et l’« abondante richesse » : là où l’esprit, enivré de passion pour une femme, s’ébat et se réjouit.

Verse 47

आहूयाह प्रतीहारं तया संमोहितो नृपः । पुरोधसं गुरुं विप्रानाचार्याञ्छीघ्रमानय

Troublé et abusé par elle, le roi fit appeler le chambellan et dit : « Vite, amène le purohita royal, le précepteur et les maîtres brāhmanes. »

Verse 48

दैवज्ञानथ मन्त्रज्ञान्भिषजस्तांत्रिकांस्तथा । इति सन्नोदितो राज्ञा प्रतीहारो ययौ स्वयम्

Ainsi pressé par le roi, le chambellan partit lui-même pour convoquer ceux qui étaient versés dans les présages divins, la science des mantras, la médecine et les rites tantriques.

Verse 49

आजगाम स वेगेन समानीय द्विजोत्तमान् । राज्ञे विज्ञापयामास देव विप्राः समागताः

Il revint en hâte, ayant amené les plus éminents des deux fois nés, et fit son rapport au roi : « Ô Seigneur, les brāhmanes sont arrivés. »

Verse 50

प्रवेशय गुरुं द्वाःस्थं संप्राप्तान्मद्धिते रतान् । इति सन्नोदितो राज्ञा तथा चक्रे स बुद्धिमान्

« Fais-les entrer, ô gardien de la porte, ceux qui sont venus soucieux de mon bien. » Ainsi instruit par le roi, le serviteur avisé fit exactement cela.

Verse 51

अभ्युत्थाय नृपः पूर्वं नमस्कृत्य प्रपूज्य च । आसनेषूपविष्टांस्तान्बभाषे कार्यतत्परः

Le roi se leva le premier, s’inclina en hommage et les honora selon le rite; puis, lorsqu’ils furent assis sur leurs sièges, il leur adressa la parole, l’esprit tout entier tourné vers l’affaire à traiter.

Verse 52

इदमाश्चर्यमेवैकं कथं शक्यं निवेदितुम् । जानीत हि स्वयं सर्वे लोकतः शास्त्रतोऽपि वा

«C’est là un prodige unique en vérité : comment l’exposer comme il se doit ? Vous le savez tous par vous-mêmes, soit par la rumeur du monde, soit par les Écritures.»

Verse 53

कथमेषा समुत्पन्ना कस्येदं कर्मणः फलम् । अस्यां केन प्रकारेण वचनं मानुषं भवेत्

«Comment est-elle apparue, et de quel acte est-ce le fruit ? Et par quel moyen la parole humaine pourrait-elle jamais se manifester en elle ?»

Verse 54

स्वयं मनुष्यवदना कथमेषा भविष्यति । सावधानैर्द्विजैर्भूयः सर्वं संचिन्त्य चोच्यताम्

«Comment pourrait-elle, d’elle-même, en venir à porter un visage humain ? Que les brāhmanes, vigilants, réfléchissent encore à tout, puis qu’ils l’énoncent.»

Verse 55

विप्रा ऊचुः । देव सारस्वतो नाम कुरुक्षेत्रे द्विजोत्तमः । ऊर्द्ध्वरेताः सरस्वत्यां तपस्तेपे जितेन्द्रियः

Les brāhmanes dirent : «Ô roi, à Kurukṣetra se trouve un brāhmane éminent nommé Deva Sārasvata ; observant le brahmacarya et maître de ses sens, il accomplit des austérités sur la Sarasvatī.»

Verse 56

कथयिष्यति सर्वं ते तेनादिष्टा मृगी स्वयम् । इति श्रुत्वा वचो राजा ययौ सारस्वतं द्विजम्

«Il te racontera tout ; la biche elle-même a reçu de lui l’injonction». Ayant entendu ces paroles, le roi se rendit auprès du brāhmane Sārasvata.

Verse 57

सरस्वतीजले स्नातं प्रभासे ध्यानतत्परम् । दृष्ट्वा प्रदक्षिणीकृत्य साष्टांगं तं प्रणम्य च । उपविष्टो नृपो भूमौ प्रांजलिः सञ्जितेन्द्रियः

Le voyant—baigné dans les eaux de la Sarasvatī à Prabhāsa et tout entier voué à la méditation—le roi fit la circumambulation, se prosterna selon l’hommage des huit membres, puis s’assit à même le sol, les mains jointes, les sens maîtrisés.

Verse 58

मनुष्यपदसंचारं श्रुत्वा ज्ञात्वा च कारणम् । सारस्वतो बभाषेऽथ तं नृपं भक्तितत्परम्

Ayant entendu le bruit de pas humains et en ayant compris la cause, Sārasvata s’adressa alors à ce roi, tout entier tourné vers la bhakti.

Verse 59

सारस्वत उवाच । भोजराज शुभं तेस्तु ज्ञातं तत्कारणं मया । मृगानना त्वया नारी समानीता वनात्किल

Sārasvata dit : «Ô Bhojarāja, que l’auspice soit sur toi. J’ai compris la raison de ceci. En vérité, tu as amené de la forêt une femme au visage de biche».

Verse 60

महदाश्चर्यमेवैतत्तव चेतसि वर्त्तते । आदिष्टा तु मया बाला सर्वं ते कथयिष्यति

«Cette affaire te paraît un grand prodige dans le cœur. Mais la jeune fille a reçu mon instruction : elle te dira tout».

Verse 61

जानाम्यहं महाराज चरित्रं जन्म यादृशम् । आश्चर्यं संभवेल्लोके कथ्यमानं तया स्वयम्

Ô grand roi, je connais le récit — telle fut sa naissance. Lorsqu’elle le racontera elle-même, ce sera vraiment une merveille pour le monde.

Verse 62

इत्यादिश्य गतो वेगाद्रथेनादित्यवर्चसा । अहोरात्रद्वयेनैव संप्राप्तो नृप मन्दिरम्

Après avoir ainsi donné ses instructions, il partit en hâte sur un char éclatant comme le soleil; et en deux jours et deux nuits seulement, il parvint au palais du roi.

Verse 63

प्रविश्य च मृगीं दृष्ट्वा यत्रास्ते मृगलोचना । तया सारस्वतो ज्ञातो धर्मज्ञः सर्वविद्द्विजः

Entrant et voyant la femme aux yeux de biche là où elle demeurait, elle reconnut Sārasvata comme un brahmane connaissant le dharma et sachant tout.

Verse 64

मृग्युवाच । एष सर्वं हि जानाति कारणं यच्च यादृशम् । वर्त्तमानं भविष्यं च भूतं यद्भुवनत्रये

La femme-biche dit : « Il sait vraiment tout — la cause et sa nature — ce qui est présent, ce qui doit venir et ce qui a été, à travers les trois mondes ».

Verse 65

एतेन मरणं ज्ञातं मदीयं पूर्वजन्मनि । वस्त्रापथे महाक्षेत्रे तपस्तप्तं भवालये

« Par lui, ma mort dans une naissance antérieure a été connue : lorsque, dans le grand champ sacré de Vastrāpatha, en la demeure de Bhava (Śiva), j’accomplissais des austérités ».

Verse 66

विधूय कलुषं सर्वं ज्ञानमुत्पाद्य यत्नतः । जरामरणनिर्मुक्तः प्रत्यक्षं दृष्टवान्भवम्

Ayant secoué toute souillure et, par un effort assidu, fait naître la vraie connaissance, on se libère de la vieillesse et de la mort, et l’on contemple Bhava (Śiva) face à face.

Verse 67

अस्य तुष्टो भवो देवो ज्ञातं तीर्थस्य कारणम् । आदिष्टया मया वाच्यं भवेज्जन्मनि कारणम्

Bhava, le Seigneur, satisfait de lui, fit connaître la cause de ce tīrtha. Et, selon l’ordre qui m’a été donné, je dois dire la cause de cette naissance.

Verse 68

इति चिन्तापरा यावत्तावद्विप्रः समागतः । तस्मै प्रणामपरमा मूर्च्छिता निपपात सा

Tandis qu’elle demeurait plongée dans l’angoisse, un brāhmane arriva. Voulant se prosterner devant lui avec la plus haute révérence, elle s’effondra au sol, évanouie.

Verse 69

अथ सारस्वतो ज्ञानाज्ज्ञातवान्कारणं च तत् । आनयन्तु द्विजा वेगात्कलशं तोयसंभृतम्

Alors, par l’intelligence née de Sarasvatī, le brāhmane comprit la cause. Il dit : « Ô deux-fois-nés, apportez vite un kalaśa rempli d’eau. »

Verse 70

सवौंषधीः पल्लवांश्च दूर्वाः पुष्पाणि चाक्षतान् । धूपं च चंदनं चैव गोमयं मधुसर्पिषी

« Apportez toutes les herbes médicinales, des jeunes pousses fraîches, l’herbe dūrvā, des fleurs et l’akṣata (grains intacts) ; apportez aussi l’encens et le santal, la bouse de vache, le miel et le ghee. »

Verse 71

इत्यादिष्टैर्द्विजैर्वेगात्समानीतं नृपाज्ञया । उपलिप्य च भूभागं स्वस्तिकं संनिवेश्य च

Ainsi instruits, les deux-fois-nés apportèrent promptement tout selon l’ordre du roi. Ils enduisirent le sol et y disposèrent le signe faste du svastika.

Verse 72

तत्राग्निकार्यं कृत्वाऽथ वेदान्कुंभे निधाय सः । इन्द्रं तस्मिंश्च विन्यस्य दिक्पालांश्च यथाक्रमम् । हुत्वाग्निं स चरुं कृत्वा ग्रहपूजामकारयत्

Là, il accomplit le rite du feu; puis il déposa les Veda dans une jarre. Il y installa Indra et, selon l’ordre prescrit, les gardiens des directions. Après avoir versé les oblations dans le feu et préparé l’offrande de caru, il fit accomplir le culte des planètes.

Verse 73

तोयं सुवर्णपात्रस्थं कृत्वा कुंभान्स्वयं गुरुः । अभिषेकं ततश्चक्रे मुहूर्ते सार्वकामिके

Ayant placé l’eau dans un vase d’or et disposé lui-même les jarres, le guru accomplit ensuite l’abhiṣeka, à l’instant propice qui exauce les vœux.

Verse 74

अभिषिक्ता तु सा तेन पूता स्नानार्थवारिणा । जाता सचेतना बाला सर्वं पश्यति चक्षुषा

Lorsqu’il l’aspergea de cette eau purifiée destinée au bain, elle fut purifiée et reprit conscience. La fillette, revenue à elle, voyait tout clairement de ses yeux.

Verse 75

शृणोति सर्वं जानाति चरित्रं पूर्वजन्मनः । बदरीफलमात्रं तु पुरोडाशं ददौ गुरुः

Elle entendait tout et comprenait le récit de sa naissance antérieure. Alors le guru lui donna une offrande de puroḍāśa, à peine de la taille d’un seul fruit de badarī (jujube).

Verse 76

तयोपभुक्तं यत्नेन ततश्चक्रे स मार्ज्जनम् । मानुषे वचने कर्णे ददौ ज्ञानं गुरुस्ततः

Après qu’elle en eut pris part avec soin, il accomplit un rite de purification. Ensuite, le guru lui conféra l’intelligence, en murmurant des paroles humaines à son oreille.

Verse 77

गुरवे दक्षिणां दत्त्वा ततः सा च मृगानना । भोजराजाय सर्व च चरित्रं पूर्वजन्मनः

Après avoir offert au guru la dakṣiṇā (l’offrande due), elle—au visage de biche, aux traits doux—raconta au roi Bhoja tout le récit de sa naissance antérieure.

Verse 78

वक्तुं प्रचक्रमे बाल्याद्यद्वृत्तं पूर्वजन्मनि । नमस्कृत्य गुरुं पूर्वं ब्राह्मणान्क्षत्रियांस्तथा

Alors il se mit à raconter les événements de sa vie antérieure depuis l’enfance ; d’abord il se prosterna devant son maître, et de même devant les brāhmaṇas et les kṣatriyas.

Verse 79

मृग्युवाच । न विषादस्त्वया कार्यो राजञ्च्छ्रुत्वा मयोदितम् । इतस्त्वं सप्तमे स्थाने कलिंगाधिपतेः सुतः

Mṛgyu dit : «Ô roi, ne t’afflige pas après avoir entendu ce que j’ai dit. À partir d’ici, lors de la septième étape (naissance), tu naîtras comme fils du souverain de Kaliṅga.»

Verse 80

मृते पितरि बालस्त्वं स्वभिषिक्तः स्वमंत्रिभिः । अहं हि वंगराजस्य संजाता दुहिता किल

«Quand ton père mourut, tu n’étais encore qu’un enfant, et pourtant tes propres ministres t’oignirent roi. Et moi, en vérité, je naquis fille du roi de Vaṅga.»

Verse 81

परिणीता त्वया देव पित्रा दत्ता स्वयं नृप । त्वयाऽहं पट्टमहिषी कृता योषिद्वरा यतः

Ô seigneur, ô roi — mon père lui-même m’a donnée à toi, et tu m’as prise pour épouse. Tu as fait de moi ta reine couronnée, la première entre les femmes.

Verse 82

युवा जातः क्रमेणैव हिंस्रः क्रूरो बभूव ह । न वेदशास्त्रकुशलो दयाधर्मविवर्जितः

À mesure qu’il parvenait à l’âge adulte, il devint violent et cruel. Il n’était versé ni dans les Veda ni dans les śāstra, et il était dépourvu de compassion et de dharma.

Verse 83

लुब्धो मानी महाक्रोधी सत्याचार बहिष्कृतः । न देवं न गुरुं विप्रान्नो जानाति दुराशयः

Cupide, orgueilleux et saisi d’une grande colère, il fut retranché de la conduite véridique. Avec des desseins mauvais, il ne reconnaissait ni Dieu, ni le maître, ni les sages brāhmaṇa.

Verse 84

विरक्ता हि प्रजास्तस्य ब्राह्मणोच्छेदकारकः । समासन्नैर्नृपैस्तस्य देशः सर्वो विलुंपितः । सैन्यं सर्वं समादाय युद्धायोपजगाम सः

Ses sujets se détournèrent de lui, car il était un destructeur de brāhmaṇa. Les rois voisins pillèrent tout son royaume. Alors il rassembla toutes ses troupes et s’avança vers la guerre.

Verse 85

सहैवाहं गता देव युद्धं जातं नृपैः सह । हारितं सैनिकैस्तस्य गता नष्टा दिशो दश

Je partis avec lui, ô seigneur. Une bataille s’engagea contre ces rois. Ses troupes furent mises en déroute, et je m’enfuis, égarée vers les dix directions.

Verse 86

त्यक्त्वा धर्मं निजं राजा पलायनपरोऽभवत् । गच्छमानस्तु नृपतिः शत्रुभिः परिपीडितः

Ayant abandonné son propre dharma, le roi ne songea plus qu’à fuir. Chemin faisant, le souverain fut harcelé et tourmenté par ses ennemis.

Verse 87

तवास्मिवादी दुष्टात्मा हतो लोकविरोधकः । देहं तस्य गृहीत्वाग्नौ प्रविष्टाहं नृपोत्तम

Cette âme perverse—qui ne cessait de dire : « je suis à toi »—fut abattue, ennemie du peuple. Prenant son corps, j’entrai dans le feu, ô meilleur des rois.

Verse 88

मृतस्यैवं गतिर्नास्ति नरके स विपच्यते । मृतं कांतं समादाय भार्याग्नौ प्रविशेद्यदि

Pour un tel homme, il n’est point de passage heureux après la mort ; il est consumé en enfer. Mais si l’épouse, prenant son bien-aimé défunt, entre dans le feu funéraire de l’épouse, alors un autre destin est enseigné.

Verse 89

सा तारयति पापिष्ठं यावदाभूतसंप्लवम् । इह पापक्षयं कृत्वा पश्चात्स्वर्गे महीयते

Elle délivre même le plus pécheur, jusqu’au temps de la dissolution cosmique. Ici, elle épuise le péché, puis elle est honorée au ciel.

Verse 90

अतस्त्वं ब्राह्मणो जातो देशे मालवके नृप । तस्यैव तत्र भार्याहं संभूता ब्राह्मणी नृप

Ainsi, ô roi, tu naquis brāhmaṇa au pays de Mālava. Et là même, ô roi, je naquis comme son épouse elle-même, en tant que brāhmaṇī.

Verse 91

धनधान्यसमृद्धोऽभूत्तथा जीवधनाधिकः । मृतः पिता मृता माता स च भ्रातृविवर्जितः

Il devint prospère en richesses et en grains, et abondant en « richesse vivante » (dépendants, serviteurs). Son père mourut, sa mère mourut, et il demeura sans frères.

Verse 92

धनधान्यसमृद्धोऽपि लुब्धो भ्रमति भूतले । अतीव कोपनो विप्रो वेदपाठविवर्जितः

Bien qu’opulent en richesses et en grains, il errait sur la terre, poussé par l’avidité. Ce brāhmane était d’une colère extrême et privé de l’étude des Veda.

Verse 93

स्नानसंध्यादिहीनश्च मायावी याचते जनम् । भक्तिं करोमि परमां स च क्रुध्यति मां प्रति

Privé du bain rituel, des rites de sandhyā et autres observances, enclin à la ruse, il mendiait auprès des gens. Bien que je lui offrisse la dévotion la plus haute, il s’irrita contre moi.

Verse 94

संतानं तस्य वै नास्ति धनरक्षापरो हि सः । न ददाति न चाश्नाति न जुहोति स रक्षति

Il n’avait pas de descendance, car il ne songeait qu’à garder sa richesse. Il ne fait pas l’aumône, ne jouit pas vraiment de ses biens, n’accomplit pas d’offrandes; il ne fait qu’amasser et protéger.

Verse 95

न तर्पणं तिलैर्विप्रो विदधात्यतिलो भतः । कार्त्तिकेऽपि च संप्राप्ते विष्णुपूजाविवर्जितः

Ce brāhmane, par avidité excessive, n’accomplit pas le tarpaṇa avec des graines de sésame. Même lorsque vint Kārttika, il demeura sans culte rendu à Viṣṇu.

Verse 96

दीपं ददाति नो विप्रो मासमेकं निरन्तरम् । न भुंक्ते शाकपत्रं स एकाहारो निरंतरम्

Ce brāhmane n’offrait pas une lampe de façon continue, fût-ce durant un seul mois. Il ne mangeait pas de légumes à feuilles ; il observait sans relâche la règle d’un seul repas.

Verse 97

मासे नभस्ये संप्राप्ते प्राप्ते कृष्णे नृपोत्तम । न करोति गृहे श्राद्धं स्नानतर्पणवर्जितः

Ô meilleur des rois, lorsque vint le mois de Nabhasya et que survint la quinzaine sombre, il n’accomplit pas chez lui le śrāddha, privé du bain rituel et du tarpaṇa (offrande d’eau).

Verse 98

न जानाति दिनं पित्र्यं पक्षमेकं निरन्तरम् । अन्यत्र भुंक्ते विप्रोऽसौ क्षयाहेऽपि समागते

Ce brāhmane ne connaît même pas le jour des ancêtres ni la quinzaine continue assignée aux Pitṛ. Même lorsque survient le kṣayāha (jour lunaire retranché), il mange ailleurs, sans révérence pour les rites dus aux aïeux.

Verse 99

मकरस्थेऽपि संक्रांतौ कृशरान्नं ददाति न । तिलान्सुवर्णं तारं वा वस्त्रं वा फलमेव च । शाकपत्रं स पुष्पं वा न ददाति तथेंधनम्

Même à la Saṅkrānti, lorsque le Soleil entre en Makara (Capricorne), il ne donne pas de kṛśara, nourriture rituelle. Il ne donne ni sésame, ni or, ni argent, ni vêtement, pas même des fruits ; ni légumes à feuilles ni fleurs — ni même du bois de feu.

Verse 100

गवां गवाह्निकं नैव कथं मुक्तिर्भविष्यति । न याति विष्णुशरणं संप्राप्ते दक्षिणायने

S’il n’accomplit pas le devoir quotidien dû aux vaches, comment la délivrance pourrait-elle advenir ? Quand vient le dakṣiṇāyana, la course méridionale du Soleil, il ne prend pas refuge en Viṣṇu.

Verse 101

धेनुं ददाति नो विप्रो ग्रहणे चंद्रसूर्ययोः

Ce brāhmane ne fait pas don d’une vache laitière lors des éclipses de la Lune et du Soleil.

Verse 102

एकापि दत्ता सुपयस्विनी सा सवस्त्रघंटाभरणोपपन्ना । वत्सेन युक्ता हि ददाति दात्रे मुक्तिं कुलस्यास्य करोति वृद्धिम्

Fût-ce une seule vache, abondante en lait, offerte avec un tissu, une cloche et des parures, et accompagnée de son veau : un tel don accorde la délivrance au donateur et fait croître la prospérité de sa lignée.

Verse 103

यावंति रोमाणि भवंति तस्यास्तावंति वर्षाणि महीयते सः । ब्रह्मालये सिद्ध गणैर्वृतोऽसौ संतिष्ठते सूर्यसमानतेजाः

Autant il y a de poils sur cette vache, autant d’années le donateur est honoré. Entouré des troupes de Siddhas, il demeure dans le monde de Brahmā, rayonnant d’un éclat égal à celui du Soleil.

Verse 104

देवालयं नो विदधाति वापीं कूपं तडागं न करोति कुण्डम् । पुण्यं विवाहं सुजनोपकारं नासौ सतां वा द्विजमंदिरं च

Il ne bâtit ni temple, ni puits à degrés, ni puits ; il ne fait ni étang ni réservoir d’eau. Il n’accomplit ni mariage méritoire, ni service rendu aux gens de bien, et n’établit ni demeure pour les vertueux ni maison pour les brāhmanes.

Verse 105

धनं सदा भूमिगतं करोति धर्मं न जानाति कुलस्य चासौ । अहं हि तस्यानुगता भवामि कथं हि कांतं परिवं चयामि

Il enfouit sans cesse sa richesse dans la terre et ne comprend pas le dharma qui soutient la lignée. Pourtant je lui demeure attachée : comment pourrais-je quitter mon époux bien-aimé et aller ailleurs ?

Verse 106

एवं हि वर्त्तमानः स कालधर्ममुपेयिवान् । धनलोभान्मया देव मरणं परिवर्जितम्

Vivant ainsi, il en vint à subir la loi du Temps, c’est-à-dire la mort. Ô Seigneur, par avidité de richesses, c’est moi qui détournai de lui la mort.

Verse 107

पश्यन्त्या गोत्रिभिः सर्वं गृहीतं धनसंचयम् । कालेन महता देव मृताऽहं द्विजमंदिरे

Sous les yeux de mes proches, tout le trésor amassé fut saisi. Après un long temps, ô Seigneur, je mourus dans la demeure d’un brāhmane.

Verse 108

श्वेतसर्पः समभवद्देशे तस्मिन्नरोत्तम । तत्रैवाहं ब्राह्मणस्य संजाता तनया नृप

Ô le meilleur des hommes, en cette contrée même apparut un serpent blanc. Et là encore, ô roi, je naquis fille d’un brâhmane.

Verse 109

वर्षेष्टमे तु संप्राप्ते परिणीता द्विजन्मना । तस्मिन्नेव गृहे सर्पो मदीये वसते नृप

Lorsque vint la huitième année, je fus mariée à un « deux-fois-né ». Dans cette même maison, ô roi, le serpent demeurait — oui, dans mon propre logis.

Verse 110

भार्या ममेति संदष्टो रात्रौ भर्त्ता महा हिना । मृतोऽपि ब्राह्मणैः सर्पो लगुडैर्विनिपातितः

La nuit, le grand serpent mordit mon époux, pensant : « Elle est mon épouse ». Et bien qu’il fût déjà mort, le serpent aussi fut abattu par les brâhmanes à coups de bâtons.

Verse 111

वैधव्यं मम दत्त्वा तु द्विजसर्पौ मृतावुभौ । पित्रा मात्रा महाशोकं कृत्वा मे मुण्डितं शिरः

Ainsi, m’ayant vouée au veuvage, le brāhmane (mon époux) et le serpent moururent tous deux. Alors mon père et ma mère, accablés d’une immense affliction, firent raser ma tête.

Verse 112

वसाना श्वेतवस्त्रं च विष्णुभक्तिपरायणा । मासोपवासनिरता यानि तीर्थान्यनेकशः

Vêtue de blanc et tout entière vouée à la bhakti de Viṣṇu, je m’appliquai aux jeûnes mensuels et entrepris, maintes et maintes fois, des pèlerinages vers de nombreux tīrthas, gués sacrés.

Verse 113

सर्पस्तु मकरो जातो गोदावर्यां शिवालये । देवं भीमेश्वरं द्रष्टुं गताऽहं स्वजनैः सह

Mais ce serpent renaquit en makara dans la Godāvarī, près d’un sanctuaire de Śiva. Et je partis avec les miens pour contempler le Seigneur Bhīmeśvara.

Verse 114

यावत्स्नातुं प्रविष्टाऽहं वृता सर्वजनैर्नृप । मकरेण तदा दृष्टा भार्येयं मम वल्लभा । गृहीता मकरेणाहं नेतुमंतर्जले नृप

Quand j’entrai dans l’eau pour me baigner—ô roi—entourée de la foule, le makara m’aperçut et pensa : « Voici mon épouse bien-aimée. » Il me saisit et se mit à m’entraîner vers les profondeurs, ô roi.

Verse 115

हाहाकारः समभवज्जनः क्षुब्धः समंततः । कुंताघातेन केनासौ मकरस्तु निपातितः

Un grand cri de détresse s’éleva, et la foule fut bouleversée de toutes parts. Alors ce makara fut terrassé par quelqu’un d’un coup de lance.

Verse 116

झषवक्त्रः स्थिता चाहं मृता कृष्टा जनैर्बहिः । अग्निं दत्त्वा जले क्षिप्त्वा भस्म लोका गृहान्गताः

Le visage défiguré comme celui d’un poisson, je gisais là—déjà morte—et les gens me traînèrent dehors. Après avoir offert les rites du feu (Agni) et jeté les cendres dans l’eau, ils retournèrent à leurs demeures.

Verse 117

स्त्रीवधाल्लुब्ध्वको जातो झषस्तीर्थप्रभावतः । मानुषीं योनिमापन्नस्तस्मिन्नेव महावने

Pour avoir tué une femme, il naquit chasseur; mais par la puissance de ce tīrtha du poisson, il obtint de nouveau une naissance humaine, dans cette même grande forêt.

Verse 118

अग्नेर्जलाच्च सर्पाच्च गजात्सिंहादवृषादपि । झषाद्विस्फोटकान्मृत्युर्येषां ते नरके गताः

Ceux qui trouvent la mort par le feu, l’eau, un serpent, un éléphant, un lion, un taureau, un poisson, ou par une maladie éruptive, on dit qu’ils sont allés en enfer.

Verse 119

आत्महा भ्रूणहा स्त्रीहा ब्रह्मघ्नः कूटसाक्ष्यदः । कन्याविक्रयकर्ता च मिथ्या ब्रतधरस्तु यः

Le suicidé, le meurtrier d’un embryon, le meurtrier d’une femme, le meurtrier d’un brāhmaṇa, celui qui rend un faux témoignage, celui qui vend une jeune fille, et celui qui porte frauduleusement les marques d’un vœu—un tel homme est compté parmi les grands pécheurs.

Verse 120

विक्रीणाति क्रतुं यस्तु मद्यपः स्याद्द्विजस्तु यः । राजद्रोही स्वर्णचौरो ब्रह्मवृत्तिविलोपकः

Celui qui vend un sacrifice, le deux-fois-né qui boit des liqueurs, le traître au roi, le voleur d’or, et celui qui détruit le moyen de subsistance prescrit aux brāhmaṇas—tous sont proclamés grands coupables.

Verse 121

गोघ्नस्तु निक्षेपहरो ग्रामसीमाहरस्तु यः । सर्वे ते नरकं यांति या च स्त्री पतिवंचका

Le tueur de vache, le voleur d’un dépôt confié, et celui qui dérobe la terre des limites du village—tous ceux-là vont en enfer; de même la femme qui trompe son époux.

Verse 122

झषमृत्युप्रभावेन जाता क्रौंची वने नृप । गोदावरीवने व्याधो भ्रमते मृगमार्गकः

Par la puissance d’une mort causée par un poisson, ô roi, je naquis dans la forêt comme femelle de l’oiseau krauñca. Dans le bois de la Godāvarī, un chasseur errait, suivant les pistes des cerfs.

Verse 123

वने क्रौंचः सकामो मां मुदा कामयितुमुद्यतः । दृष्टाहं भ्रमता तेन व्याधेनाकृष्य कार्मुकम्

Dans la forêt, un krauñca mâle, plein de désir, s’élança joyeusement pour s’unir à moi. Alors le chasseur qui errait m’aperçut et banda son arc.

Verse 124

हतः क्रौंचो मृतो राज न्नष्टा स्थानादहं ततः । गोदावरीवने तस्मिन्नेवंरूपं ददर्श तम्

Le krauñca fut frappé et mourut, ô roi, et alors je disparus de ce lieu. Dans cette même forêt de la Godāvarī, il le vit sous une telle forme.

Verse 125

ऋषिर्व्याधं शशापाथ दृष्ट्वा कर्म विगर्हितम् । कामधर्ममकुर्वाणं प्रिया संभाषतत्परम् । क्रौंचं त्वमवधीर्यस्मात्तस्मात्सिंहो भविष्यसि

Alors un sage, voyant l’acte blâmable du chasseur—tuer l’oiseau tandis qu’il accomplissait le dharma naturel de l’amour et demeurait absorbé à converser avec sa compagne—le maudit : «Puisque tu as tué le krauñca, tu deviendras un lion».

Verse 126

ऋषिस्तेन विनीतेन स्थित्वा सन्तोषितो नृप । ऋषिर्वदति तस्याग्रे न मे मिथ्या वचो भवेत्

Lorsque cet homme, plein d’humilité, se tint devant lui, le sage en fut satisfait, ô roi. Le sage déclara en sa présence : «Mes paroles ne seront point mensongères.»

Verse 127

सिंहस्थस्य प्रसादं ते करिष्ये मुक्तिहेतवे । सुराष्ट्रदेशे भविता सिंहो रैवतके गिरौ

«Quand tu seras établi comme un lion, je t’accorderai ma grâce en vue de la délivrance. Dans le pays de Surāṣṭra, tu deviendras un lion sur le mont Raivataka.»

Verse 128

वस्त्रापथे महा क्षेत्रे मुक्तिस्ते विहिता ध्रुवा । इत्युक्त्वा स ऋषिर्देव गतो भीमेश्वरं प्रति । दुर्वचःश्रवणाद्व्याधः क्रमात्पंचत्वमाययौ

«Dans le grand champ sacré de Vastrāpatha, ta délivrance est assurée avec certitude.» Ayant ainsi parlé, le sage divin se rendit vers Bhīmeśvara. Mais le chasseur, pour avoir entendu des paroles dures et pécheresses, en son temps alla vers la mort.

Verse 129

क्रौंची क्रौंचवियोगेन गता सा च वनांतरे । मृता दैववशाज्जाता मृगी रैवतके गिरौ

Séparée de son compagnon krauñca, la krauñcī s’en alla errer au cœur de la forêt. Sous l’empire du destin, elle mourut et renaquit en biche sur le mont Raivataka.

Verse 130

मृगयूथगता नित्यं मोदते मदविह्वला । व्याधः सिंहः समभवद्गिरेस्तस्य महावने

Vivante à jamais parmi un troupeau de cerfs, elle se réjouissait, troublée par l’ivresse de la jeunesse. Et le chasseur, dans la grande forêt de cette montagne, devint un lion.

Verse 131

कामार्ता भ्रमता दृष्टा मृगी सिंहेन यत्नतः । तत्र संभ्रमते नित्यं सिंहश्चापि मृगी वने

Tandis qu’elle errait, la biche, tourmentée par l’élan d’amour, fut aperçue avec soin par le lion. Dès lors, dans cette forêt, le lion rôdait sans cesse, l’esprit attaché à la biche.

Verse 132

सिंहोऽपि दैवयोगेन ममेयमिति मन्यते । परं हिंस्रस्वभावेन तामादातुं प्रचक्रमे

Par un concours du destin, le lion se dit : « Elle est à moi ». Pourtant, de par sa nature violente, il entreprit de la saisir.

Verse 133

चलत्वं मृगजातीनां विहितं वेधसा स्वयम् । पुनर्गता मृगी यूथं क्रीडते चारुलोचना

L’agitation des hardes de cervidés fut ordonnée par le Créateur lui-même. Ainsi la biche aux beaux yeux retourna vers son troupeau et s’ébatit.

Verse 134

भवस्य पश्चिमे भागे तत्र रैवतके गिरौ । अनुयातः शनैः सोऽथ मृगेन्द्रो मृगयूथपः । उत्पपात ततः सिंहो संघस्य मूर्द्धनि

Sur le versant occidental du domaine de Bhava, là, au mont Raivataka, le seigneur des bêtes, chef de la harde des cerfs, la suivit lentement. Puis le lion bondit sur la tête même du troupeau.

Verse 135

सिंहस्य न मृगैः कार्यं हरिणीं प्रति पश्यतः । यत्र सा हरिणी याति ययौ सिंहस्तथैव ताम्

Pour le lion, nul souci des autres cerfs : il ne regardait que la biche. Où qu’elle allât, le lion la suivait de même.

Verse 136

यदा वेगं मृगी चक्रे सिंहः कुद्धस्तदा वने । सिंहोऽपि वेगवाञ्जातो मृगीवेगाधिकोऽभवत्

Lorsque la biche s'élança à toute vitesse dans la forêt, le lion entra en fureur. Le lion devint lui aussi rapide, et sa vitesse surpassa celle de la biche.

Verse 137

यदा सिंहेन संक्रांता ददौ झम्पां मृगी तु सा । भवस्याग्रे नदीतोये पतिता जलमूर्द्धनि

Lorsque le lion bondit sur elle, cette biche fit un saut soudain. Elle tomba dans l'eau de la rivière devant Bhava, plongeant dans la surface du courant.

Verse 138

लंबते तु शरीरं मे वेणौ प्रोतं शिरो मम । सिंहः सहैव पतितो मृतः पयसि मध्यतः

Mon corps est suspendu, tandis que ma tête est coincée fermement dans le bambou. Le lion est lui aussi tombé avec moi et est mort au milieu de l'eau.

Verse 139

स्वर्णरेषाजले देव विशीर्णं मम तद्वपुः । न तु वक्त्रं निपतितं त्वक्सारशिरसि स्थितम्

Ô Roi, dans les eaux de la Svarṇareṣā, mon corps fut déchiqueté ; pourtant mon visage ne tomba pas dans l'eau, il resta logé sur cette pointe de bambou.

Verse 140

एतच्चरित्रं यत्सर्वं दृष्टं सारस्वतेन वै । तत्तीर्थस्य प्रभावेन सिंहस्त्वं समजायथाः

Tout cet épisode fut en effet observé par Sārasvata. Et par le pouvoir de ce gué sacré (tīrtha), tu es né en tant que lion.

Verse 141

इदं हि सप्तमं जन्म सर्वपापक्षयोदयम् । कान्यकुब्जे महादेशे राजा भोजेतिविश्रुतः

En vérité, voici la septième naissance, d’où s’élève l’anéantissement de tous les péchés. Dans la grande contrée de Kānyakubja se trouve un roi renommé sous le nom de Bhoja.

Verse 142

अहं हि हरिणीगर्भे जाता मानुषरूपिणी । जातं वक्त्रं मृगीणां मे यस्मान्न पतितं जले

En vérité, je suis née dans le ventre d’une biche, tout en ayant une forme humaine. Et j’ai reçu un visage de biche, parce qu’il n’est pas tombé dans l’eau.