Adhyaya 41
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 41

Adhyaya 41

Le chapitre déploie un enseignement théologico‑éthique, méthodique, que Mahākāla donne en réponse aux questions de Karaṇḍhama. Il commence par l’examen des discours comparatifs sur les divinités : les uns louent Śiva, d’autres Viṣṇu, d’autres encore Brahmā comme voie vers la mokṣa. Mahākāla met en garde contre les hiérarchies trop simplistes et rappelle un épisode antérieur à Naimiṣāraṇya, où des sages cherchaient un verdict et reçurent des affirmations honorant plusieurs formes du Divin. Le texte établit ensuite une taxinomie détaillée des fautes : méfaits de la pensée, de la parole et du corps ; l’hostilité envers Śiva est signalée comme particulièrement lourde de conséquences. Sont exposés les degrés allant des grands péchés (mahāpātaka) aux transgressions secondaires (upapātaka), ainsi que des manquements sociaux et moraux tels que la tromperie, la cruauté, l’exploitation et la calomnie. Le discours se tourne alors vers la prescription rituelle : une procédure abrégée mais technique de Śiva‑pūjā—temps du culte, purification (dont la bhasma), entrée au sanctuaire, nettoyage, vases d’eau (gaḍuka), offrandes, dhyāna, emploi des mantras (avec un mūlamantra énoncé), arghya, dhūpa‑dīpa‑naivedya, nīrājana, puis stotra final et demandes de pardon à la manière d’un prāyaścitta. Enfin, un vaste recueil d’ācāra décrit la discipline quotidienne du dévot chef de maison : observance des sandhyā, retenue dans la parole, règles de pureté corporelle, respect des aînés et des réalités sacrées, et prescriptions pratiques pour protéger le dharma et favoriser le progrès spirituel. Le chapitre s’achève sur une assemblée divine qui honore Mahākāla, confirme la renommée du liṅga et du tīrtha associé, et proclame les bienfaits de l’écoute, de la récitation et du culte accompli selon ces règles.

Shlokas

Verse 1

करधम उवाच । केचिच्छिवं समाश्रित्य विष्णुमाश्रित्य वेधसम् । वर्णयंति परे मोक्षं त्वं तु कस्मात्तु मन्यसे

Karadhama dit : «Les uns prennent refuge en Śiva, d’autres en Viṣṇu, d’autres encore en Vedhas (Brahmā), et ils exposent la délivrance suprême. Mais toi, quel est, selon toi, le véritable fondement du mokṣa ?»

Verse 2

महाकाल उवाच । अपारवैभवा देवास्त्रयोऽप्येते नरर्षभ । योगींद्राणामपि त्वत्र चेतो मुह्यति किं मम

Mahākāla dit : «Ces trois dieux sont d’une majesté sans bornes, ô taureau parmi les hommes. En cette matière, même l’esprit des plus grands yogin s’égare ; que dire alors du mien ?»

Verse 3

पुरा किलैवं मुनयो नैमिषारण्यवासिनः । संदिह्यांतः श्रेष्ठतायां ब्रह्मलोकमुपागमन्

Autrefois, les sages demeurant à Naimiṣāraṇya, doutant de qui était le Suprême, se rendirent à Brahmaloka.

Verse 4

तस्मिन्क्षणे विरिंचोऽपि श्लोकं प्रह्वोऽब्रवीत्किल । अनंताय नमस्तस्मै यस्यांतो नोपलभ्यते

À cet instant même, Viriñca (Brahmā), s’inclinant avec humilité, aurait prononcé ce verset : «Hommage à l’Infini, dont on ne peut jamais trouver la fin».

Verse 5

महेशाय च भक्ते द्वौ कृपायेतां सदा मयि । ततः श्रेष्ठं च तं मत्वा क्षीरोदं मुनयो ययुः

«Que ces deux—Maheśa et le dévot—me témoignent à jamais leur compassion.» Alors, jugeant ce (séjour) le plus excellent, les sages se rendirent à l’Océan de Lait (Kṣīroda).

Verse 6

तत्र योगेश्वरः श्लोकं प्रबुध्यन्नमुमब्रवीत् । ब्रह्माणं सर्वभूतेषु परमं ब्रह्मरूपिणम्

Là, le Seigneur du Yoga, éveillant leur intelligence, récita ce śloka : «Brahmā, présent en tous les êtres, est le Suprême, revêtu de la forme même du Brahman».

Verse 7

सदाशिवं च वंदे तौ भवेतां मंगलाय मे । ततस्ते विस्मिता विप्रा अपसृत्य ययुः पुनः

«Et je me prosterne devant Sadāśiva ; que ces deux-là soient pour moi source d’heureux présages.» Alors ces sages brāhmaṇa, saisis d’étonnement, se retirèrent et repartirent.

Verse 8

कैलासे ददृशुः स्थाणुं वदंतं गिरिजां प्रति । एकादश्यां प्रनृत्यानि जागरे विष्णुसद्मनि

Sur le Kailāsa, ils virent Sthāṇu (Śiva) s’adresser à Girijā (Pārvatī). Et, au jour d’Ekādaśī, dans la demeure de Viṣṇu, des danses furent offertes durant la veille nocturne (jāgara).

Verse 9

सदा तपस्यां चरामि प्रीत्यर्थं हरिवेधसोः । श्रुत्वेति चापसृत्यैव खिन्नास्ते मुनयोऽब्रुवन्

(Il dit :) «Je pratique sans cesse l’ascèse pour la joie de Hari et de Vedhas (Brahmā).» L’ayant entendu, ces sages se retirèrent aussitôt et parlèrent avec abattement.

Verse 10

यद्वा देवा न संयांति पारं ये च परस्परम् । तत्सृष्टसृष्टसृष्टेषु गणना काऽस्मदादिषु

Si même les dieux ne peuvent atteindre la limite ultime les uns des autres, alors, dans des créations issues de créations sur créations, quelle mesure ou comparaison pourrait-il y avoir pour des êtres tels que nous ?

Verse 11

उत्तमाधममध्यत्वममीषां वर्णयंति ये । असत्यवादिनः पापास्ते यांति निरयं ध्रुवम्

Ceux qui décrivent ces êtres divins comme « supérieurs, inférieurs ou moyens », ces pécheurs menteurs, vont assurément en enfer.

Verse 12

एवं ते निश्चियामासुर्नैमिषेया स्तपस्विनः । सत्यमेतच्च राजेंद्र ममापीदं मतं स्फुटम्

Ainsi les sages ascètes de Naimiṣa parvinrent à leur conclusion. « Ceci est véritablement vrai, ô meilleur des rois ; telle est aussi, clairement, ma propre opinion. »

Verse 13

जापकानां सहस्राणि वैष्मवानां तथैव च । शैवानां च विधिं विष्णुं स्थाणुं चाप्यन्वमूमुचन्

Des milliers de pratiquants du japa — vaiṣṇavas comme śaivas — suivirent et vénérèrent Vidhi (Brahmā), Viṣṇu et aussi Sthāṇu (Śiva).

Verse 14

तस्माद्यस्य मनोरागो यस्मिन्देवे भवेत्स्फुटम् । स तं भजेद्विपापः स्यान्ममेदं मतमुत्तमम्

C’est pourquoi, quelle que soit la divinité vers laquelle le cœur d’un homme se tourne clairement, qu’il adore cette même divinité : il sera délivré du péché. Telle est mon opinion la plus élevée.

Verse 15

करंधम उवाच । कानि पापानि विप्रेंद्र यैस्तु संमूढचेतसः । न वेदेषु न धर्मेषु रतिमापद्यते मनः

Karaṃdhama dit : Ô meilleur des brāhmaṇas, quels sont les péchés par lesquels l’esprit de l’homme s’égare, au point de ne trouver de joie ni dans les Veda ni dans le dharma ?

Verse 16

महाकाल उवाच । अधर्मभेदा विज्ञेयाश्चित्तवृत्तिप्रभेदतः । स्थूलाः सूक्ष्मा असूक्ष्माश्च कोटिभेदैरनेकशः

Mahākāla dit : Les divisions de l’adharma doivent être comprises selon les diverses dispositions de l’esprit. Elles sont nombreuses — grossières, subtiles et intermédiaires — se manifestant en d’innombrables formes.

Verse 17

तत्र ये पापनिचयाः स्थूला नरकहेतवः । ते समासेन कथ्यंते मनोवाक्कायसाधनाः

Parmi elles, les amas grossiers de péché, causes de l’enfer, sont maintenant énoncés brièvement : ceux accomplis par l’esprit, la parole et le corps.

Verse 18

परस्त्रीद्रव्यसंकल्पश्चेतसानिष्टचिंतनम् । अकार्याभिनिवेशश्च चतुर्द्धा कर्म मानसम्

L’action mentale est quadruple : convoiter l’épouse d’autrui ou les biens d’autrui ; nourrir des pensées nuisibles ; et s’attacher avec obstination à ce qui ne doit pas être fait.

Verse 19

अनिबद्धप्रलापित्वमसत्यं चाप्रियं च यत् । परापवादपैशुन्यं चतुर्धा कर्म वाचिकम्

L’action verbale est quadruple : bavardage incohérent ou futile ; mensonge ; paroles dures ou déplaisantes ; et médisance calomnieuse contre autrui.

Verse 20

अभक्ष्यभक्षणं हिंसा मिथ्या कामस्य सेवनम् । परस्वानामुपादानं चतुर्धा कर्म कायिकम्

L’acte du corps est de quatre sortes : manger ce qui est interdit, commettre la violence, s’adonner au désir illicite, et prendre le bien d’autrui.

Verse 21

इत्येतद्द्वादशविधं कर्म प्रोक्तं त्रिसंभवम् । अस्य भेदान्पुनर्वक्ष्ये येषां फलमनंतकम्

Ainsi a été décrit ce karma en douze formes, né des trois voies (mental, parole et corps). J’exposerai encore ses subdivisions, dont les conséquences sont sans fin.

Verse 22

ये द्विषंति महादेवं संसारार्णवतारकम् । सुमहात्पातकोपेतास्ते यांति नरकाग्निषु

Ceux qui haïssent Mahādeva—celui qui fait traverser aux êtres l’océan du saṃsāra—sont chargés de fautes immenses ; ils vont aux feux de l’enfer.

Verse 23

महांति पातकान्याहुर्निरंतरफलानि षट् । नाभिनंदंति ये दृष्ट्वा शंकरं न स्तुवंति ये

On énonce six grands péchés dont le fruit est ininterrompu. Parmi eux : ceux qui, voyant Śaṅkara, ne se réjouissent pas, et ceux qui ne le louent pas.

Verse 24

यथेष्टचेष्टा निःशंकाः संतिष्ठंति रमंति च । उपचारविनिर्मुक्ताः शिवस्य गुरुसंनिधौ

En présence du Guru de Śiva, ils agissent à leur gré, sans crainte : ils se tiennent debout ou se divertissent, affranchis des formalités et de l’étiquette rituelle extérieure.

Verse 25

शिवाचारं न मन्यंते शिवभक्तान्द्विषंति षट् । गुरुमार्त्तमशक्तं वा विदेशप्रस्थितं तथा

Ils sont six, ceux qui ne respectent pas la discipline śaiva et qui haïssent les dévots de Śiva : ceux qui abandonnent le Guru lorsqu’il est accablé, lorsqu’il est impuissant, ou lorsqu’il est parti vers une contrée lointaine, et autres semblables.

Verse 26

अरिभिः परिभूतं वा यस्त्यजति स पापकृत् । तद्भार्यापुत्रमित्रेषु यश्चावज्ञां करोति वा

Quiconque abandonne le Guru lorsqu’il est humilié par des ennemis commet un péché ; de même, quiconque traite avec mépris son épouse, ses enfants ou ses amis commet aussi une faute.

Verse 27

इत्येतत्पातकं ज्ञेयं गुरुनिंदासमं महत् । ब्रह्मघ्नश्च सुरापश्च स्तेयी च गुरुतल्पगः

Ce péché doit être reconnu comme une grande faute, égale à l’injure faite au Guru. Le meurtrier d’un brāhmaṇa, le buveur d’alcool, le voleur et celui qui profane le lit du Guru—

Verse 28

महापातकिनस्त्वेते तत्संसर्गी च पंचमः । क्रोधाद्द्वेषाद्भयाल्लोभाद्ब्राह्मणस्य वदंति ये

Ceux-là sont véritablement de grands pécheurs (mahāpātakin), et comme cinquième est compté celui qui s’associe à eux. Ceux qui, par colère, haine, peur ou avidité, parlent contre un brāhmaṇa—

Verse 29

मर्मांतिकं महादोषं ब्रह्मघ्नः स प्रकीर्तितः । ब्राह्मणं यः समाहूय याचमानमकिंचनम्

Il est déclaré meurtrier d’un brāhmaṇa—celui qui commet une faute immense, qui transperce le cœur—celui qui fait venir un brāhmaṇa mendiant, démuni et sans rien,

Verse 30

पश्चान्नास्तीति यो ब्रूयात्स च वै ब्रह्महा स्मृतः । यश्च विद्याभिमानेन निस्तेजयति सद्द्विजम्

Et celui qui dit plus tard 'Il n'y a rien' est considéré comme un tueur de brahmane. De même celui qui, par orgueil de son savoir, dépouille un vertueux brahmane de sa dignité et de son éclat.

Verse 31

उदासीनः सभामध्ये ब्रह्महा स प्रकीर्तितः । मिथ्यागुणैः स्वमात्मानं नयत्युत्कर्षतां बलात्

Il est proclamé tueur de brahmane, celui qui reste indifférent au milieu d'une assemblée. Et celui qui, par de fausses vertus, se hisse de force vers une position de supériorité...

Verse 32

विरुद्धं गुरुभिः सार्धं ब्रह्मघ्नः स प्रकीर्तितः । क्षुत्तृष्णातप्तदेहानां द्विजानां भोक्तुमिच्छताम्

Il est proclamé tueur de brahmane, celui qui s'oppose aux Gourous. Et concernant les deux-fois-nés dont les corps sont brûlés par la faim et la soif, désirant manger...

Verse 33

यः समाचरते विघ्नं तमाहुर्ब्रह्मगातकम् । पिशुनः सर्वलोकानां छिद्रान्वेषणतत्परः

Celui qui crée délibérément des obstacles est appelé tueur de brahmane. Le rapporteur — toujours prompt à rechercher les fautes de chacun...

Verse 34

उद्वेगजननः क्रूरः स च वै ब्रह्महा स्मृतः । गवां तृषाभिभूतानां जलार्थमुपसर्पताम्

Celui qui engendre l'angoisse et se montre cruel est en effet considéré comme un tueur de brahmane — surtout s'il fait obstacle aux vaches tourmentées par la soif qui s'approchent de l'eau.

Verse 35

यः समाचरते विघ्नं तमाहुर्ब्रह्मघातकम् । परदोषं परिज्ञाय नृपकर्णे जपेत यः

Celui qui, délibérément, suscite des obstacles est appelé meurtrier de brahmanes ; de même celui qui, connaissant la faute d’autrui, la murmure comme un japa secret à l’oreille du roi.

Verse 36

पापीयान्पिशुनः क्रूरस्तमाहुर्ब्रह्मघातकम् । न्यायेनोपार्जितं विप्रैस्तद्द्रव्यहरणं च यत्

Le colporteur cruel, plus pécheur encore, est appelé meurtrier de brahmanes ; de même, s’emparer des biens que les brahmanes ont acquis selon la justice.

Verse 37

छद्मना वा बलाद्वापि ब्रह्महत्यासमं मतम् । अधीत्य यश्च शास्त्राणि परित्यजति मूढधीः

Par ruse ou même par la force, une telle conduite est tenue pour égale à la brahmahatyā. Et celui qui, après avoir étudié les śāstras, les délaisse par intelligence égarée, est pareillement blâmable.

Verse 38

सुरापानसमं ज्ञेयं जीवनायैव वा पठेत् । अग्निहोत्रपरित्यागः पंचयज्ञोपकर्मणाम्

Qu’on sache que cela équivaut à boire des liqueurs : réciter l’Écriture uniquement pour gagner sa vie. De même, abandonner l’Agnihotra et les observances liées aux cinq grands sacrifices (pañca-yajña).

Verse 39

मातृपितृपरित्यागः कूटसाक्षी सुहृद्वधः । अभक्ष्यभक्षणं वन्यजंतूनां काम्यया वधः

Abandonner sa mère et son père, porter un faux témoignage, tuer un ami, manger ce qui est interdit, et tuer des bêtes sauvages par désir : tout cela est péché très grave.

Verse 40

ग्रामं वनं गवावासं यश्च क्रोधेन दीपयेत् । इति घोराणि पापानि सुरापानसमानि च

Quiconque, dans la colère, met le feu à un village, à une forêt ou à un abri pour les vaches—commet des péchés terribles, tenus pour égaux à celui de boire des liqueurs.

Verse 41

दीनसर्वस्वहरणं नरस्त्रीगजवाजिनाम् । गोभूरत्नसुवर्णानामौषधीनां रसस्य च

Ravir tout le moyen de subsistance des démunis—enlever hommes et femmes, éléphants et chevaux; vaches, terres, joyaux et or; remèdes et essences précieuses—est un péché très grave.

Verse 42

चंदनागरुकर्पूरकस्तूरीपट्टवाससाम् । हस्तन्यासापहरणं स्कमस्तेयसमं स्मृतम्

Dérober santal, bois d’aloès, camphre, musc, soieries fines et vêtements—et voler aussi ce qui a été placé dans la main d’autrui en dépôt de confiance—est déclaré égal au vol le plus infâme.

Verse 43

कन्यानां वरयोग्यानामदानं सदृशे वरे । पुत्रमित्रकलत्रेषु गमनं भगिनीषु च

Ne pas donner en mariage une jeune fille en âge de l’être à un époux convenable—et commettre une faute charnelle avec l’épouse du fils, l’épouse d’un ami ou sa propre sœur—sont des péchés très graves.

Verse 44

कुमारीसाहसं घोरमंत्यजस्त्रीनिषेवणम् । सवर्णायाश्च गमनं गुरुतल्पसमं स्मृतम्

Violer une jeune fille, fréquenter une femme d’une communauté proscrite, et s’approcher d’une femme de son propre proche lignage—sont tenus en mémoire pour aussi graves que le péché de souiller le lit du maître.

Verse 45

द्विजायार्थं प्रतिश्रुत्य न प्रयच्छति यः पुनः । न च चस्मारयते विप्रं तुल्यं तदुपपपातकम्

Celui qui, après avoir promis quelque chose à un « deux-fois-né » (brāhmaṇa), ne le donne pas, et ne rappelle ni n’accomplit même son engagement envers le brāhmaṇa, est tenu pour un upapātaka du même ordre (faute subsidiaire grave).

Verse 46

अभिमानोतिकोपश्च दांभिकत्वं कृतघ्नता । अत्यंतविषयासक्तिः कार्पण्यं शाठ्यमत्सरम्

L’orgueil et la colère excessive, l’hypocrisie et l’ingratitude ; l’attachement extrême aux objets des sens, l’avarice, la duplicité et l’envie : tout cela est blâmé comme des dispositions répréhensibles.

Verse 47

भृत्यानां च परित्यागः साधुबंधुतपस्विनाम् । गवां क्षत्रियवैश्यानां स्त्रीशूद्राणां च ताडनम्

Abandonner ceux qui dépendent de soi et se détourner de la compagnie des vertueux, des parents et des ascètes ; et frapper les vaches, les kṣatriya, les vaiśya, les femmes et les śūdra : tout cela est blâmé comme des actes répréhensibles.

Verse 48

शिवाश्रमतरूणां च पुष्पारामविनाशनम् । अयाज्यानां याजनं चाप्ययाच्यानां च याचनम्

Détruire les arbres des āśrama de Śiva et ravager les jardins de fleurs ; accomplir des sacrifices pour ceux qui ne sont pas dignes d’être servis, et mendier auprès de ceux à qui l’on ne doit pas mendier : tout cela est blâmé comme des actes répréhensibles.

Verse 49

यज्ञारामतडागादिदारापत्यस्य विक्रयः । तीर्थयात्रोपवासानां व्रतायतनकर्मणाम्

Vendre des jardins de sacrifice, des étangs et autres biens semblables, voire sa propre épouse et ses enfants ; et faire commerce (ou détourner à des fins lucratives) des pèlerinages aux tīrtha, des jeûnes (upavāsa) et des œuvres liées aux vœux (vrata) et à leurs lieux sacrés : tout cela est compté parmi les conduites blâmées.

Verse 50

स्त्रीधनान्युपजीवंति स्त्रीभिरत्यंतनिर्जिताः । अरक्षणं च नारीणां मद्यपस्त्रीनिषेवणम्

Vivre des biens d’une femme, être entièrement dominé par les femmes faute de maîtrise de soi, ne pas protéger les femmes, boire des enivrants et rechercher la compagnie des femmes par désir—tout cela est blâmé comme actes répréhensibles.

Verse 51

ऋणानामप्रदानं च मिथ्याघृद्ध्युपजीवनम् । निंदितानां धनादानं साद्वीकन्योक्तिदूषणम्

Ne pas acquitter ses dettes, gagner sa vie par le mensonge et l’avidité, donner des richesses aux réprouvés (aux méchants), et calomnier les paroles d’une femme vertueuse ou d’une jeune fille—tout cela est condamné comme blâmable.

Verse 52

विषमारणयंत्राणां प्रोयगो मूलकर्मणाम् । उच्चाटनाभिचाराश्च रागविद्वेषणक्रिया

L’usage d’engins pour empoisonner et tuer, la pratique de sorcelleries fondées sur des racines, les rites d’expulsion et la magie noire, ainsi que les actes visant à attiser la passion ou la haine—tout cela est condamné comme blâmable.

Verse 53

जिह्वाकामोपभो गार्थं यस्यारंभः स्वकर्मसु । मूल्येनाध्यापयेद्यस्तु मूल्येनाधीयते च ये

Celui qui entreprend ses œuvres uniquement pour le plaisir de la langue et du désir des sens; et celui qui enseigne pour un salaire, ainsi que ceux qui étudient pour un salaire—tout cela est compté parmi les pratiques réprouvées.

Verse 54

व्रात्यता व्रतसंत्यागः सर्वाहारनिषेवणम् । असच्छास्त्राभिगमनं शुष्कतर्काव लंबनम्

Vivre en paria hors de la discipline védique, abandonner les vœux sacrés, manger sans discernement toutes sortes d’aliments, recourir à de fausses Écritures et s’attacher à une sophistique stérile—tout cela est condamné comme des voies de vie impures.

Verse 55

देवाग्निगुरुसाधूनां निंदा गोब्राह्मणस्य च । प्रत्यक्षं वा परोक्षं वा राज्ञां मंडलिनामपि

Médire des dieux, du feu sacré du sacrifice (Agni), des maîtres et des saints; de même outrager les vaches et les brāhmaṇa—ouvertement ou en secret—et même dire du mal des rois et des gouvernants, est blâmé comme une conduite pécheresse.

Verse 56

उत्सन्नपतृदेवेज्याः स्वकर्मत्यागिनश्च ये । दुःशीला नास्तिकाः पापा न सदा सत्यवादिनः

Ceux qui laissent tomber dans la négligence le culte des ancêtres et des dieux, qui abandonnent leurs devoirs légitimes, dont la conduite est corrompue, incrédules (nāstika), pécheurs et non constants dans la vérité—de tels hommes sont condamnés.

Verse 57

पर्वकाले दिवा चाप्सु वियोनौ पशुयोनिषु । रजस्वलास्वयोनौ च मैथुनं यः समाचरेत्

Quiconque s’adonne à l’union charnelle aux temps interdits, en plein jour, dans l’eau, d’une manière contre nature, avec des animaux ou avec une femme en période de menstrues—une telle conduite est blâmée comme péché.

Verse 58

स्त्रीपुत्रमित्रसुहृदामाशाच्छेदकराश्च ये । जनस्याप्रियवक्तारः क्रूराः समयभेदिनः

Ceux qui brisent l’espérance de l’épouse, des enfants, des amis et des bienveillants; ceux qui profèrent des paroles haïssables; les cruels; et ceux qui rompent les accords et les lois de la confiance—de tels hommes sont tenus pour pécheurs.

Verse 59

भेत्ता तडागकूपानां संक्रमाणांरसस्य च । एकपंक्तिस्थितानां च पाकभेदं करोति यः

Quiconque brise ou endommage étangs et puits, trouble les passages publics et les ouvrages d’eau, ou introduit une discrimination dans un repas commun en séparant la cuisson ou les parts de nourriture—celui-là est condamné.

Verse 60

इत्येतैश्च नराः पापैरुपपातकिनः स्मृताः । युक्तास्तदुनकैः पापैः पापिनस्तान्निबोध मे

Ainsi, par ces péchés, les hommes sont tenus pour des upapātakin (auteurs de fautes secondaires). Sache de ma bouche que ceux qui s’attachent à ces péchés et à d’autres semblables doivent être regardés comme pécheurs.

Verse 61

ये गोब्राह्मणकन्यानां स्वामिमित्रतपस्विनाम् । अन्तरं यांति कार्येषु ते स्मृताः पापिनो नराः

Ceux qui s’immiscent dans les affaires des vaches, des brāhmaṇa et des jeunes filles, et qui suscitent division ou obstacle dans les affaires du maître, des amis et des ascètes, de tels hommes sont déclarés pécheurs.

Verse 62

परश्रियाभितप्यंते हीनां सवंति ये स्त्रियाम् । पंक्त्यर्थं ये न कुर्वंति दानयज्ञादिकाः क्रियाः

Ceux qui brûlent d’envie devant la prospérité d’autrui, ceux qui engendrent des enfants avec une femme interdite ou de condition basse, et ceux qui n’accomplissent pas des actes tels que l’aumône et le sacrifice pour le devoir religieux commun, ceux-là sont blâmés.

Verse 63

गोष्ठाग्निजलरथ्यासु तरुच्छायानगेषु च । त्यजंति ये पुरीषाद्यमारामायतनेषु च

Ceux qui se soulagent—excréments et autres souillures—dans les étables à vaches, près du feu, dans l’eau, sur les routes, sous l’ombre des arbres, sur les montagnes, et dans les jardins comme dans les enceintes des temples, sont blâmés pour impureté et péché.

Verse 64

गीतवाद्यरता नित्या मत्ताः किलकिलापराः । कूटवेषक्रियाचाराः कूटसंव्यवहारिणः

Ceux qui s’adonnent sans cesse aux chants et aux instruments, perpétuellement ivres et portés à une clameur bruyante et insensée; ceux qui prennent des déguisements mensongers, des conduites trompeuses et qui traitent par la fraude, sont condamnés comme corrupteurs du dharma.

Verse 65

कूटशासनकर्तारः कूटयुद्धकराश्च ये । निर्दयोऽतीव भृत्येषु पशूनां दमनश्च यः

Ceux qui forgent des ordonnances trompeuses et trament des guerres perfides; ceux qui se montrent d’une cruauté excessive envers les serviteurs; et ceux qui écrasent et tourmentent les animaux—de tels êtres s’opposent à l’ordre juste du dharma.

Verse 66

मिथ्याप्रसादितो वाक्यमाकर्णयति यः शनैः । चपलश्चापिमायावी शठो मिथ्याविनीतकः

Celui que gagne la flatterie mensongère et qui n’écoute les conseils qu’avec lenteur; inconstant, trompeur, fourbe, et ne feignant l’humilité—les sages le blâment comme indigne d’une vie selon le dharma.

Verse 67

यो भार्यापुत्रमित्राणि बालवृद्धकृशातुरान् । भृत्यानतिथिबंधूंश्च त्यक्त्वाश्राति बुभुक्षितान्

Celui qui abandonne épouse, enfants et amis—délaissant les petits, les vieux, les amaigris et les malades—qui repousse serviteurs, hôtes et parents, et mange tandis qu’ils demeurent affamés: celui-là transgresse le dharma du maître de maison.

Verse 68

यः स्वयं मृष्टमश्राति विप्रायान्यत्प्रयच्छति । वृथापाकः स विज्ञेयो ब्रह्मवादिविगर्हितः

Celui qui mange pour lui-même une nourriture raffinée et choisie, mais donne une chose inférieure à un brāhmaṇa—sachez que sa cuisine est vaine, et qu’il est blâmé par ceux qui gardent la vérité sacrée.

Verse 69

नियमान्स्वयमादाय ये त्यजंत्यजितेंद्रियाः । ये ताडयंति गां नित्यं वाहयंति मुहुर्मुहुः

Ceux qui prennent des observances sacrées pour ensuite les abandonner, les sens non maîtrisés; et ceux qui frappent sans cesse le bétail et le font tirer encore et encore—une telle conduite est déclarée blâmable, contraire au dharma de la discipline.

Verse 70

दुर्बलान्नैव पुष्णंति प्रणष्टार्था द्विषंति च । पीडयन्त्यभिचारेण सक्षतान्वाहयंति च

Ils ne soutiennent pas les faibles ; quand leur richesse se perd, ils deviennent haineux. Ils tourmentent autrui par des rites malveillants, et contraignent même les blessés à porter des fardeaux — de tels êtres tombent dans une adharma funeste.

Verse 71

तेषा मदत्त्वा चाश्रंति चिकित्संति न रोगिणः । अजाविको माहिषिकः समुद्री वृषलीपतिः

Ils boivent jusqu’à l’ivresse puis se lamentent ; ils ne soignent pas les malades. Ce passage énumère aussi, comme marques d’une conduite déchue : le gardien de chèvres et de moutons, le gardeur de buffles, le voyageur des mers, et l’époux d’une femme śūdra — ainsi sont-ils cités ici.

Verse 72

हीनवर्णात्मवृत्तिश्च वैद्यो धर्मध्वजी च यः । यश्च शास्त्रमतिक्रम्य स्वेच्छयैवाहरेत्करम्

Celui qui vit d’un métier d’un ordre social inférieur ; le médecin qui agit sans retenue dharmique ; l’hypocrite qui brandit la religion comme un étendard ; et celui qui, transgressant les śāstras, prélève l’impôt selon son seul bon plaisir — tous sont ici blâmés comme transgresseurs de la juste règle.

Verse 73

सदा दण्डरुचिर्यश्च यो वा दण्डरुचिर्न हि । उत्कोचकैरधिकृतैस्तस्करैस्च प्रपीड्यते

Qu’on soit sans cesse épris du châtiment, ou qu’on ne l’aime point, on est harcelé et opprimé par des fonctionnaires preneurs de pots-de-vin et par des voleurs.

Verse 74

यस्य राज्ञः प्रजा राष्ट्रे पच्यते नरकेषु सः । अचौरं चौरवत्पश्येच्चौरं वाऽचौररूपिणम्

Le roi dont les sujets, dans son royaume, sont tourmentés comme « cuits » dans les enfers, c’est celui qui voit l’innocent comme un voleur, ou le voleur comme s’il n’était pas voleur (déguisé en innocent).

Verse 75

आलस्योपहतो राजा व्यसनी नरकं व्रजेत् । एवमादीनि चान्यानि पापान्याहुः पुराविदः

Le roi frappé par la paresse, et celui qui s’adonne aux vices, va en enfer. Les connaisseurs de la tradition ancienne évoquent aussi d’autres péchés de ce genre.

Verse 76

यद्वातद्वा परद्रव्यमपि सर्षपमात्रकम् । अपहृत्य नरः पापो नारकी नात्र संशयः

Quoi que ce soit : si un homme pécheur dérobe le bien d’autrui, fût-ce gros comme une graine de moutarde, il est voué à l’enfer ; il n’y a là aucun doute.

Verse 77

एवमाद्यैर्नरः पापैरुत्क्रान्तैः समनंतरम् । शरीरं यातनार्थाय पूर्वाकारमवाप्नुयात्

Après avoir quitté la vie avec de tels péchés et d’autres semblables, l’homme obtient aussitôt un corps du même genre qu’auparavant, afin d’endurer le tourment.

Verse 78

तस्मात्त्रिविधमप्येतन्नारकीयं विवर्जयेत् । सदाशिवं च शरणं व्रजेत्सच्छ्रद्धया युतः

C’est pourquoi il faut éviter cette triple conduite qui mène à l’enfer, et—avec une foi authentique—prendre refuge en Sadāśiva.

Verse 79

नमस्कारः स्तुतिः पूजा नामसंकीर्तनं तथा । संपर्कात्कौतुकाल्लोभान्न तस्य विफलं भवेत्

La prosternation, la louange, le culte et la récitation chantée du Nom : rien de cela n’est sans fruit pour une personne, même si cela est fait par simple fréquentation, par curiosité, ou même par avidité.

Verse 80

करंधम उवाच । संक्षेपाच्छिवपूजाया विधानं वक्तुमर्हसि । कृतेन येन मनुजः शिवपूजाफलं लभेत्

Karaṃdhama dit : «Daigne exposer brièvement la juste règle du culte de Śiva ; en l’accomplissant, l’homme obtient le fruit de l’adoration de Śiva.»

Verse 81

महाकाल उवाच । प्रातर्मध्याह्नसायाह्ने शंकरं सर्वदा भजेत् । दर्शनात्स्पर्शनान्मर्त्यः कृततृत्यो भवेत्स्फुटम्

Mahākāla dit : «Le matin, à midi et le soir, qu’on adore toujours Śaṅkara. Par la seule vision et par le toucher (de son liṅga, signe sacré), le mortel devient manifestement celui qui a accompli son devoir.»

Verse 82

आदौ स्नानं प्रकुर्वित भस्मस्नानमथापि वा । आपद्गतः कण्ठस्नानं मन्त्रस्नानमथापि वा

D’abord, qu’on accomplisse le bain purificateur : bain d’eau, ou même bain de cendre sacrée (bhasma). En cas de détresse, on peut faire le « bain du cou » (ablution partielle) ou encore le « bain par mantra », purification par le mantra.

Verse 83

आविकं परिदध्याच्च ततो वासः सितं च वा । धातुरक्तमथो नव्यं मलिनं संधितं न च

Qu’on revête d’abord un vêtement de laine, puis des habits blancs. On peut aussi porter une étoffe teinte de rouge minéral ; mais qu’elle soit neuve, non souillée, et ni rapiécée ni recousue.

Verse 84

उत्तरीयं च संदध्याद्विना तन्निष्फलार्चनम् । भस्मत्रिपुण्ड्रधारी च ललाटे हृति चांसयोः

Qu’il revête aussi l’étoffe supérieure ; sans elle, l’adoration demeure sans fruit. Portant le tripuṇḍra de cendre sacrée, qu’il en marque le front, la poitrine et les épaules.

Verse 85

पूजयेद्यो महादेवं प्रीतः पश्यति तं मुहुः । सर्वदोषान्बहिः क्षिप्य शिवायतनमाविशेत्

Celui qui vénère Mahādeva et, le cœur comblé, Le contemple sans cesse—rejetant au-dehors toutes les fautes—doit alors entrer dans la demeure de Śiva (le temple).

Verse 86

प्रविश्य च प्रणम्येशं ततो गर्भगृहं विशेत् । पाणी प्रक्षाल्य तच्चित्तो निर्माल्यमवरोपयेत्

Étant entré et s’étant prosterné devant le Seigneur, qu’il pénètre ensuite dans le garbhagṛha (sanctuaire intérieur). Après s’être lavé les mains et avoir recueilli son esprit, qu’il retire le nirmālya, les offrandes précédentes.

Verse 87

येन रुद्रायते भक्त्या कुरुते मार्जनक्रियाम् । तस्मान्मार्जयते त्वेवं स्थाणुनैतत्परस्परम्

Par la dévotion grâce à laquelle le fidèle « devient semblable à Rudra » et accomplit le rite de purification, par cette même dévotion le Seigneur immobile, Sthāṇu, est comme purifié ; pourtant, en vérité, il ne s’agit pas d’une purification littérale et réciproque.

Verse 88

रुद्रभक्त्या च संतिष्ठेनमालिन्यं मार्जयेत्ततः । भक्तिर्देवस्य तिष्ठेन्न मालिन्यं मार्जतः सदा

Demeurant ferme dans la dévotion à Rudra, qu’il efface ensuite toute souillure. Car la dévotion au Seigneur demeure ; et l’impureté ne demeure pas chez celui qui, sans cesse, s’applique au service de purification.

Verse 89

गडुकान्पूरयेत्पश्चान्निर्मलेन जलेन वै । गडुकास्तु समाः सर्वे सर्वे च शुभदर्शनाः

Ensuite, qu’il remplisse les pots d’eau (gaḍuka) d’une eau pure. Que tous les gaḍuka soient semblables, et que tous offrent une apparence de bon augure.

Verse 90

निर्व्रणाः सौम्यरूपाश्च सर्वे चोदकपूरिताः । वस्त्रपूतजलैः पूर्णागन्धधूपैश्च वासिताः

Qu’ils soient sans fissure ni défaut, d’aspect doux et plaisant, et tous remplis d’eau — d’une eau filtrée à travers un tissu, puis parfumée de senteurs et d’encens.

Verse 91

क्षालिताः पूरिता नीताः षडक्षरजपेन च । गडुकाष्चशतं कुर्यादथवाप्यष्टविंशतिः

Qu’ils soient lavés, remplis et portés (pour le culte), avec la récitation du mantra aux six syllabes ; qu’on dispose cent gaḍukas, ou du moins vingt-huit.

Verse 92

अष्टादशापि चतुरस्ततोन्यूनं न कारयेत् । पयो दधि घृतं चैव क्षौद्रमिक्षुरसं तथा

Ou bien on peut en faire dix-huit, ou quatre ; mais qu’on n’en fasse pas moins que cela. (Qu’on prépare aussi) du lait, du caillé, du ghee, du miel, et de même du jus de canne à sucre.

Verse 93

एवं सर्वं च तद्द्रव्यं वामतः संन्यसेद्भवात् । ततो बहिर्विनिष्क्रम्य पूजयेत्प्रतिहारकान्

Ainsi, qu’il dépose toutes ces offrandes à la gauche du Seigneur (Bhava). Puis, sortant au dehors, qu’il rende un culte aux serviteurs et gardiens de la porte (pratihārakas).

Verse 94

सर्वेषां वाचका मन्त्राः कथ्यंतेऽतः परं क्रमात्

À présent, selon l’ordre prescrit, sont énoncés les mantras qui invoquent et désignent l’ensemble (des divinités et des éléments requis du rite).

Verse 95

ओंगं गणपतये नमः ओंक्षां क्षेत्रपालाय नमः ओंगं गुरुभ्यो नमः इति आकाशे ओंकौं कुलदेव्यै नमः ॐ नंदिने नमः ओंमहाकालाय नमः ओंधात्रे विधात्रै नमः । ततः प्रविस्य लिंगाच्च किञ्चिद्दक्षिणतः शुचिः । उदङ्मुखः क्षणं ध्यायेत्समकायासनस्थितः

«Oṃgaṃ, hommage à Gaṇapati. Oṃkṣāṃ, hommage à Kṣetrapāla, Gardien de l’enceinte sacrée. Oṃgaṃ, hommage aux Gurus.» Puis, dans l’espace du ciel, prononcer : «Oṃkauṃ, hommage à la Déesse du lignage» ; et : «Oṃ, hommage à Nandin ; Oṃ, hommage à Mahākāla ; Oṃ, hommage à Dhātṛ et à Vidhātṛ.» Ensuite, entrant dans le sanctuaire et demeurant pur, qu’on se tienne un peu à droite du liṅga et, tourné vers le nord, qu’on médite un instant, assis en āsana, le corps immobile et stable.

Verse 96

दर्भादिभिः परिवृतं मध्यपद्मार्कमंडलम् । सोममण्डलमध्यस्थं ध्यायेद्वै वह्निमंडलम्

Qu’on se représente le maṇḍala solaire comme un lotus au centre, entouré de darbha et d’objets rituels semblables ; et qu’au cœur du maṇḍala lunaire, on médite le maṇḍala du Feu, flamboyant.

Verse 97

तन्मध्ये विश्वरूपं च वामाद्यष्टादिशक्तिकम् । पंचवक्त्रं दशभुजं त्रिनेत्रं चंद्रभूषितम्

En son milieu, qu’on contemple le Seigneur en sa Forme universelle (Viśvarūpa), pourvu des huit śakti des directions à commencer par Vāmā ; à cinq visages, dix bras, trois yeux, et paré de la lune.

Verse 98

वामांकगिरिजं देवं ध्यायेत्सिद्धैः स्तुतं मुहुः । ततः पूर्वं प्रदद्याच्च पाद्यार्घं शंभवे नृप

Qu’on médite sans cesse le Dieu qui porte Girijā (Pārvatī) sur son flanc gauche, loué maintes fois par les Siddhas. Puis, ô roi, qu’on offre d’abord à Śambhu le pādya (eau pour les pieds) et l’arghya.

Verse 99

पानीयमक्षता दर्भा गंधपूष्पं ससर्पिषम् । क्षीरं दधि मधु पुनर्नवांगोऽर्घः प्रकीर्तितः

Eau, akṣata (grains intacts), herbe darbha, parfum et fleurs avec du ghee ; puis encore lait, caillé et miel : tel est proclamé l’arghya aux neuf éléments.

Verse 100

ततः श्रद्धार्द्रचित्तस्य स्नानं लिंगस्य चाचरेत् । गृहीत्वा गडुकं पूर्वं मलस्नानं समाचरेत्

Ensuite, le cœur attendri par la foi, on doit accomplir l’ablution du liṅga. Prenant d’abord le petit vase d’eau (gaḍuka), on exécutera le bain de purification des souillures (malasnāna).

Verse 101

अर्द्धेन स्नापयेत्पूर्वं कुर्याच्च मलघर्षणम् । सर्वेण स्नापयेत्पश्चात्पूजयेत्स्नापयेत्ततः

D’abord, on baignera (le liṅga) avec une partie de l’eau et l’on fera le frottement pour ôter les impuretés. Ensuite on le baignera entièrement; puis on rendra le culte—et, selon la règle, on le baignera de nouveau.

Verse 102

प्रणम्य च ततो भक्त्या स्नापयेन्मूलमंत्रतः । ओंहूं विश्वमूर्तये शिवाय नम । इति द्वादशाक्षरो मूलमंत्रः

Puis, s’étant prosterné avec dévotion, on baignera (le liṅga) au moyen du mūla-mantra : « Oṃ hūṃ—hommage à Śiva, à la Forme universelle ». Tel est proclamé le mūla-mantra de douze syllabes.

Verse 103

वारिक्षरदधिक्षौद्रघृतेनेक्षुरसेन च । स्नापयेन्मूलमन्त्रेण जलधूपार्चनात्पृथक्

Avec l’eau, le sucre, le caillé (dadhi), le miel, le ghee et aussi le jus de canne, on baignera (le liṅga) au moyen du mūla-mantra—distinctement des actes séparés d’offrande d’eau, d’encens et de culte formel.

Verse 104

गडुकैः स्नापयेत्सर्वैः स्नातं गन्धैर्विरूक्षयेत्

On baignera (la Divinité) avec tous les vases d’eau (gaḍuka) ; et, après l’ablution, on la séchera doucement et la préparera avec des substances parfumées.

Verse 105

विरूक्षितं ततः स्नाप्य श्रीखण्डेन विलेपयेत् । पूजयेद्विविधैः पुष्पैर्विधिना येन तच्छृणु

Ensuite, après l’avoir laissé sécher, qu’on le baigne de nouveau et qu’on l’oigne de pâte de santal. Qu’on l’honore avec des fleurs variées selon la règle prescrite—écoute ce rite.

Verse 106

आग्नेयपादे ओंधर्माय नमः नैरृतके ओंज्ञानाय नमः वायव्ये ओंवैराग्याय नमः ईशानपादे ओंऐश्वर्याय नमः पूर्वपादे ओंअधर्माय नमः दक्षिणे ओंअज्ञानाय नमः पश्चिमे ओंअवैराग्याय नमः उत्तरे ओंअनैश्वर्याय नमः ओंअनन्ताय नमः ओंपद्माय नमः ओंअर्कमण्डला नमः ओंसोममण्डलाय नमः ओंवह्निमण्डला नमः ओंवामाज्येष्ठादिपंचमन्त्रशक्तिभ्यो नमः ओंपरमप्रकृत्यै देव्यै नमः ओंईशानतत्पुरुषाघोरवामदेवसद्योजातपञ्चवक्त्राय रुद्रसाध्यवस्वादित्यविश्वेदेवादिदेवविश्वरूपाय अण्डजस्वेदजोद्भिज्जजरायुजरूपस्थावरजङ्गममूर्तये परमेश्वराय ओंहूं विश्वमूर्तये शिवाय नमस्त्रिशूलधनुःखड्गकपालदण्डकुठारेभ्यः

Au pied du sud-est : « Oṁ, salutations à Dharma » ; au sud-ouest : « Oṁ, salutations à la Connaissance (Jñāna) » ; au nord-ouest : « Oṁ, salutations au Détachement (Vairāgya) » ; au nord-est : « Oṁ, salutations à la Souveraineté (Aiśvarya) ». À l’est : « Oṁ, salutations à Adharma » ; au sud : « Oṁ, salutations à l’Ignorance (Ajñāna) » ; à l’ouest : « Oṁ, salutations au Non-détachement (Avairāgya) » ; au nord : « Oṁ, salutations au Manque de souveraineté (Anaiśvarya) ». Salutations à Ananta ; salutations au Lotus ; salutations à l’orbe solaire, à l’orbe lunaire et à l’orbe du Feu ; salutations aux puissances des śaktis des cinq mantras, à commencer par Vāmā et Jyeṣṭhā ; salutations à la Déesse, Prakṛti suprême ; salutations au Seigneur aux cinq faces—Īśāna, Tatpuruṣa, Aghora, Vāmadeva, Sadyojāta—forme universelle, Dieu des dieux, qui assume tous les êtres mobiles et immobiles, nés de l’œuf, de la sueur, du germe et du sein ; salutations à Śiva, Corps cosmique, avec le trident, l’arc, l’épée, le crâne, le bâton et la hache.

Verse 107

ततो जलाधारमुखे चण्डीश्वराय नमः । एवं संपूज्य विधिवत्ततोऽर्घं संनिवेशयेत्

Puis, à l’orifice du réservoir d’eau, (offrir) : « Salutations à Caṇḍīśvara ». Après avoir ainsi adoré selon le rite, qu’on dépose alors l’offrande d’arghya.

Verse 108

पानीयमक्षताः पुष्पमेतैर्युक्तं फलोत्तमैः । गृहाणार्घ्यं महादेव पूजासंपूर्तिहेतवे

Eau, akṣata (grains intacts) et fleurs—accompagnés de fruits excellents—sont offerts. Ô Mahādeva, reçois cet arghya afin que le culte s’accomplisse pleinement.

Verse 109

अर्घादनंतरं शक्तः पूजयेद्वसुपूजया । धूपं दीपं च नैवेद्यं क्रमात्पश्चान्निवेदयेत्

Après l’arghya, si l’on en a la capacité, qu’on accomplisse la « vasu-pūjā » (offrande aux Vasus/divinités d’assistance). Puis, dans l’ordre, qu’on présente l’encens, la lampe et le naivedya (offrande de nourriture).

Verse 110

घण्टां च वादयेत्तत्र ततो नीराजनं चरेत् । भ्रामयेद्देवदेवस्य शंखवादित्रनिःस्वनैः

Là, qu’on fasse d’abord sonner la cloche; puis qu’on accomplisse le nīrājana (l’offrande des lumières en les faisant tournoyer). Au retentissement de la conque et des instruments, qu’on tourne en cercle devant Devadeva, le Seigneur des dieux.

Verse 111

नीराजनं च यः पश्ये द्देवदेवस्य शूलिनः । स मुच्येत्पातकैः सर्वैः किं पुनर्यः करिष्यति

Quiconque contemple le nīrājana de Devadeva, le Seigneur au trident, est délivré de toutes les fautes; combien plus encore celui qui l’accomplit lui-même !

Verse 112

नृत्यं गीतं च वाद्यं च अलीकमपि यश्चरेत् । तस्य तुष्येदनंतंहि गीतवाद्यफलं यतः

Même si quelqu’un exécute danse, chant et musique instrumentale avec imperfection, Ananta s’en trouve satisfait; car de ces chants et de ces sons offerts avec dévotion naissent leurs fruits méritoires.

Verse 113

स्तोत्रैस्ततश्च संस्तूय दण्डवत्प्रणमेद्भुवि । क्षमापयेच्च देवेशं सुकृतं कुकृतं क्षम

Ensuite, après L’avoir loué par des hymnes, qu’on se prosterne à terre en dandanvat. Et qu’on implore le pardon du Seigneur des dieux : «Pardonne, de même, mes bonnes actions et mes mauvaises actions».

Verse 114

य एवं यजते रुद्रमस्मिंल्लिंगे विशेषतः । पितरं पितामहं चैव तथैव प्रपितामहम्

Quiconque adore Rudra en ce liṅga avec une dévotion particulière apporte contentement et élévation à son père, à son grand-père et de même à son arrière-grand-père.

Verse 115

सर्वात्पापात्समुत्तार्य रुद्रलोके वसेच्चिरम् । एवं माहेश्वरो भूत्वा सदाचारव्रतस्थितः

Délivré de tout péché, il demeure longtemps dans le monde de Rudra. Ainsi, devenu un véritable dévot de Maheśvara et établi dans le vœu de la juste conduite, il atteint cet état.

Verse 116

पशुपाशविमोक्षार्थं पूजयेत्तन्मना यदि । य एवं यजते रुद्रं तेनैतत्तर्पितं जगत्

Si, l’esprit absorbé en Lui, on l’adore afin de délivrer le paśu (l’âme liée) de ses pāśa (liens), celui qui vénère ainsi Rudra, par lui ce monde entier est comme rassasié et nourri.

Verse 117

किं त्वेतत्सफलं राजन्नाचारयो न लंघयेत् । आचारात्फलते धर्मो ह्याचारात्स्वर्गमश्नुते

Mais pour que cela porte fruit, ô Roi, il ne faut pas transgresser la juste conduite. De la conduite, le dharma devient fécond; en vérité, par la conduite on atteint le ciel.

Verse 118

आचाराल्लभते ह्यायुराचारो हंत्यलक्षणम् । यज्ञदानतपांसीह पुरुषस्य न भूतये

De la juste conduite on obtient une longue vie; la juste conduite détruit l’inauspice. Mais le sacrifice, le don et l’austérité, ici-bas, n’apportent pas au homme une véritable prospérité lorsqu’ils sont séparés de la bonne conduite.

Verse 119

भवन्ति यः सदाचारं समुल्लंघ्य प्रवर्तते । तस्य किञ्चित्समुद्देशं वक्ष्ये तं श्रृणु पार्थिव

Quant à celui qui, méprisant la bonne conduite, agit à sa guise, je dirai brièvement ce qu’il en est; écoute-le, ô souverain de la terre.

Verse 120

त्रिवर्गसाधने यत्नः कर्तव्यो गृहमेधिना । तत्संसिद्धौ गृहस्थस्य सिद्धिरत्र परत्र च

Le maître de maison doit s’appliquer à réaliser les trois buts de la vie (dharma, artha, kāma). Lorsqu’ils sont accomplis comme il se doit, le gṛhastha obtient la réussite ici-bas et dans l’au-delà.

Verse 121

ब्राह्मे मुहूर्ते बुध्येन धर्मार्थौ चापि चिन्तयेत् । समुत्थाय तथाचम्य दंतधावनपूर्वकम्

Au brāhma-muhūrta, l’esprit clair, qu’il médite sur le dharma et l’artha. Puis, se levant, qu’il accomplisse l’ācamana, en commençant par se nettoyer les dents.

Verse 122

सन्ध्यामुपासीत बुधः संशांतः प्रयतः शुचिः । पूर्वां सन्ध्यां सनक्षत्रां पश्चिमां सदिवाकराम्

Le sage—paisible, maîtrisé et pur—doit accomplir le culte de la sandhyā. La sandhyā du matin quand les étoiles sont encore visibles, et celle du soir quand le soleil est encore présent.

Verse 123

उपासीत यथान्यायं नैनां जह्यादनापदि । वर्जयेदनृतं चासत्प्रलापं परुषं तथा

Qu’on l’accomplisse selon la règle, et qu’on ne l’abandonne pas sans nécessité. Qu’on évite aussi le mensonge, les propos vains et faux, ainsi que la parole dure.

Verse 124

असत्सेवां ह्यसद्वादं ह्यसच्छास्त्रं च पार्थिव । आदर्शदर्शनं दंतधावनं केशसाधनम्

Ô roi, qu’on évite la fréquentation des méchants, la parole mensongère et les enseignements trompeurs. De même, qu’on s’abstienne d’actes inconvenants ou hors de propos, tels que se regarder au miroir, se nettoyer les dents et arranger ses cheveux.

Verse 125

देवार्चनं च पूर्वाह्णे कार्याण्याहुर्महर्षयः । पालाशमासनं चैव पादुके दंतधावनम् । वर्जयेदासनं चैव पदा नाकर्षयेद्बुधः

Les grands sages enseignent que le culte rendu aux Devas doit être accompli dans la matinée, avant midi. Qu’on s’assoie sur un siège de bois de palāśa, qu’on porte des sandales et qu’on se nettoie les dents selon la règle. Le sage évitera toute irrévérence envers le siège et ne le traînera pas du pied.

Verse 126

जलमग्निं च निनयेद्यगपन्न विचक्षणः

L’homme avisé ne doit pas, par négligence, mettre l’eau au contact du feu, ni agir d’une manière désordonnée ou inconvenante.

Verse 127

पादौ प्रसारयेन्नैव गुरुदेवाग्निसंमुखौ । चतुष्पथं चैत्यतरुं देवागारं तथा यतिम्

Qu’on ne tende jamais les pieds face au guru, aux Devas ou au feu sacré. De même, qu’on témoigne de révérence envers le carrefour, l’arbre sacré du sanctuaire, le temple et l’ascète.

Verse 128

विद्याधिकं गुरुं वृद्धं कुर्यादेतान्प्रदक्षिणान्

Qu’on fasse la circumambulation révérencieuse autour de ceux qui excellent en savoir, de son guru et des anciens vénérables.

Verse 129

आहारनीहारविहारयोगाः सुसंवृता धर्मविदानुकार्याः । वाग्बुद्धिवीर्याणि तपस्तथैव वार्तायुषी गुप्ततमे च कार्ये

Que l’alimentation, l’évacuation et les usages du corps, le délassement et la discipline du yoga soient bien maîtrisés, à l’exemple de ceux qui connaissent le dharma. Que la parole, l’intelligence et la vigueur soient gouvernées; qu’on pratique l’austérité, qu’on parle utilement, et qu’on protège avec le plus grand secret les affaires les plus confidentielles.

Verse 130

उभे मूत्रपुरीषे तु दिवा कुर्यादुदङ्मुखः । दक्षिणाभिमुखो रात्रौ ह्येवमायुर्न रिष्यते

Pour uriner comme pour déféquer, le jour on doit faire face au nord ; la nuit, au sud. Ainsi, la force vitale et la durée de vie ne sont pas atteintes.

Verse 131

प्रत्यग्निं प्रति सूर्यं च प्रति गां व्रतिनं प्रति । प्रति सोमोदकं सन्ध्यां प्रज्ञा नश्यति मेहतः

Si l’on urine face au feu sacré (Agni), au soleil, à une vache, à un observant de vœu (vratin), à l’eau sacrée de Soma ou au culte du crépuscule (sandhyā), on dit que le discernement s’éteint.

Verse 132

भोजने शयने स्थाने उत्सर्गे मलमूत्रयोः । रथ्याचंक्रमणे चार्द्रपञ्चकश्चाचमेत्सदा

Après avoir mangé, après s’être couché, en changeant de lieu, après l’évacuation des selles ou de l’urine, et après avoir marché dans la rue, on doit toujours accomplir l’ācamana (gorgée rituelle d’eau) ainsi que les « cinq purifications humides » prescrites.

Verse 133

न नद्यां मेहनं कुर्यान्न श्मशाने नभस्मनि । न गोमये न कृष्टे च नैवालूने न शाड्वले

On ne doit pas uriner dans une rivière, ni dans un lieu de crémation, ni sur des cendres ; ni sur de la bouse de vache, ni sur une terre labourée ; ni sur des récoltes non coupées, ni sur l’herbe verte.

Verse 134

उद्धृत्ताभिस्तथाद्भिस्तु शौचं कुर्याद्विचक्षणः । अंतर्जलाद्देवकुलाद्वल्मीकान्मूषकस्थलात्

L’homme avisé doit accomplir la purification (śauca) avec de la terre prélevée et de l’eau ; surtout lorsque l’impureté provient d’un contact avec l’eau à l’intérieur de la demeure, du périmètre d’un temple (devakula), d’une termitière, ou d’un lieu fréquenté par les souris.

Verse 135

अपविद्धापशौचाश्च वर्जयेत्पंच मृत्तिकाः । गन्धलेपापहरणं शौचं कुर्यात्तथा बुधः

Qu’on évite les cinq sortes de terre employées pour la purification lorsqu’elles sont souillées ou rejetées à tort ; que le sage accomplisse la purification afin d’ôter les odeurs et les traces d’onguent.

Verse 136

नात्मानं ताडयेन्नैव दद्याद्दुः खेभ्य एव च । उभाभ्यामपि पाणिभ्यां कण्डूयेन्नात्मनः शिरः

Qu’on ne se frappe jamais soi-même, qu’on ne s’abandonne pas au chagrin ; et qu’on ne se gratte pas la tête avec les deux mains.

Verse 137

रक्षेद्दारांस्त्यजेदीष्यां तासु निष्कारणं बुधः । सूर्यास्तं न विनाकाश्चित्क्रिया नैवाचरेत्तथा

Que le sage protège son épouse et renonce à la jalousie sans motif envers elle ; de même, qu’il n’entreprenne aucun rite ni aucune action sans égard au coucher du soleil et au temps convenable.

Verse 138

अद्रोहेणैव भूतानामल्पद्रोहेण वा पुनः । शिवचित्तोर्जयोद्वित्तं न चातिकृपणो भवेत्

Par une totale absence d’hostilité envers les êtres—ou du moins en réduisant le tort—qu’on obtienne la prospérité avec un esprit voué à Śiva, et qu’on ne devienne pas d’une avarice excessive.

Verse 139

नेर्ष्युः स्यान्न कृतघ्नः स्यान्न परद्रोहकर्मधीः । न पाणिपादचपलो न नेत्रचपलोऽनृजुः

Qu’on soit sans envie, qu’on ne soit pas ingrat, et qu’on n’ait pas l’esprit porté à nuire à autrui ; qu’on ne soit pas agité des mains et des pieds, ni changeant du regard, ni tortueux dans sa conduite.

Verse 140

न च वागङ्गचपलो न चाशिष्टस्य गोचरः । न शुष्कवादं कुर्वीत शुष्क्रवैरं तथैव च

Qu’on ne soit ni volage dans la parole ni instable dans les gestes du corps, et qu’on ne fréquente pas les gens sans bienséance ; qu’on ne se livre ni à des propos vains, ni à une hostilité sans nécessité.

Verse 141

उपायैः साधयेदर्थान्दण्डस्त्वगतिका गतिः । भिन्नाशनं भिन्नशय्यां वर्जयेद्भिन्नभाजनम्

Qu’on accomplisse ses desseins par des moyens justes ; le châtiment n’est une voie qu’en l’absence de toute autre issue. Qu’on évite les sièges brisés, les lits brisés et les récipients fêlés.

Verse 142

अंतरेण न गच्छेन द्वयोर्ज्वलनलिंगयोः । नाग्न्योर्न विप्रयोश्चैव न दंपत्योर्नृपोत्तम

Ô roi excellent, qu’on ne passe pas entre deux feux ; ni entre deux feux sacrés ; ni entre deux brahmanes ; ni entre l’époux et l’épouse.

Verse 143

न सूर्यव्योमयोर्नैव हरस्य वृषभस्य च । एतेषामंतरं कुर्वन्यतः पापमवाप्नुयात्

Qu’on ne se place pas non plus entre le soleil et le vaste ciel, ni entre Hara (Śiva) et son taureau ; car en introduisant une séparation entre eux, on s’attire le péché.

Verse 144

नैकवस्त्रश्च भुंजीत नाग्नौ होममथाचरेत् । न चार्चयेद्द्विजान्नैव कुर्याद्देवार्चनं बुधः

Le dévot avisé ne doit pas manger vêtu d’un seul vêtement, ni accomplir l’offrande au feu (homa) d’une manière impropre. S’il se trouve dans un état qui contrevient à la discipline de l’observance māheśvara, qu’il ne rende pas un culte rituel aux dvija (brahmanes), ni n’accomplisse l’adoration formelle des divinités.

Verse 145

खंडनं पेषणं मार्ष्टिं जलसंशोधनं तथा । रंधनं भोजनं स्वाप उत्थानं गमनं क्षुतम्

Couper, broyer, balayer, et aussi filtrer ou purifier l’eau; cuisiner, manger, dormir, se lever, marcher, et même l’apparition de la faim : ces actes quotidiens doivent être réglés avec soin par celui qui observe la discipline māheśvara.

Verse 146

कार्यारंभं समाप्तिं च वचः प्रोच्य तथा प्रियम् । पिबञ्जिघ्रन्स्पृशञ्छृण्वन्विवक्षुर्मैथुनं तथा

Commencer une action et l’achever; prononcer des paroles, même agréables; boire, sentir, toucher, entendre, l’intention de parler, et aussi l’union sexuelle : tout cela doit être soumis à la retenue et à la règle dans la discipline māheśvara.

Verse 147

शुचित्वं च जपं स्थाणुं यः कुर्याद्विंशतिं तथा । माहेश्वरः स विज्ञेयः शेषोन्यो नामधारकः

Celui qui maintient la pureté et accomplit le japa de Sthāṇu (Śiva) vingt fois, selon la prescription, doit être reconnu comme un véritable māheśvara ; tous les autres ne portent que le nom.

Verse 148

स वै रुद्रमयो भूत्वा ततश्चांते शिवं व्रजेत् । परस्त्रियं नाभिभाषेत्तथा संभाषयेद्यदि

Devenu tout entier imprégné de la nature de Rudra, il atteint Śiva au terme de la vie. Qu’il ne s’adresse pas à l’épouse d’autrui ; et s’il doit parler, qu’il le fasse avec retenue et convenance.

Verse 149

मातः स्वसरथो पुत्रि आर्येति च वदेद्बुधः । उचछिष्टो नालभेत्किंचिन्न च सूर्यं विलोकयेत्

Le sage doit s’adresser (aux femmes) avec respect en disant : « Mère », « Sœur », « Fille » ou « Dame noble ». Tant qu’il est dans l’état qui suit le repas (avec des restes et une impureté), qu’il ne touche à rien et qu’il ne fixe pas le soleil.

Verse 150

नेन्दुं न तारकाश्चैव नादयेन्नात्मनः शिरः । स्वस्रा दिहित्रा मात्रा वा नैकांतासन माचरेत्

Qu’il ne fixe pas la lune ni les étoiles, et qu’il ne frappe jamais sa propre tête par agitation ou ostentation. Qu’il ne demeure pas non plus en complète retraite, seul, avec sa sœur, sa fille, ni même avec sa mère.

Verse 151

दुर्जयो हींद्रियग्रामो मुह्यते पंडितोऽपि सन् । गुरुमभ्यागतं गेहे स्वयमुत्थाय यत्नतः

Le cortège des sens est, en vérité, difficile à vaincre; même l’homme instruit peut s’égarer. Aussi, lorsque le guru arrive à la maison, qu’on se lève soi-même et qu’on l’accueille avec soin.

Verse 152

आसनं कल्पयेत्तस्य कुर्यात्पादाभिवंदनम् । नोदक्छिराः स्वपेज्जातु न च प्रत्यक्छिरा बुधः

Qu’on lui prépare un siège (au guru) et qu’on se prosterne à ses pieds. Le sage ne doit jamais dormir la tête tournée vers le nord, ni la tête tournée vers l’ouest.

Verse 153

शिरस्यगस्त्यमाधाय तथैव च पुरंदरम् । उदक्यादर्शनं स्पर्शं वर्ज्यं संभाषणं तथा

Gardant en son esprit Agastya et de même Purandara (Indra) comme exemples vénérables, qu’il évite de voir une femme en menstruation, qu’il évite de la toucher et qu’il évite aussi de lui parler durant le temps de restriction.

Verse 154

नाप्सु मूत्रं पुरीषं वा मैथुनं वा समाचरेत् । कृत्वा विभवतो देवमनुष्यर्षिसमर्चनाम्

Qu’il n’urine ni ne défèque dans l’eau, et qu’il n’y accomplisse pas non plus l’union charnelle. Ensuite, selon ses moyens, qu’il accomplisse d’abord le culte dû aux Divinités, aux hommes dignes d’honneur et aux Ṛṣi.

Verse 155

पितॄणां च ततः शेषं भोक्तुं माहेश्वरोऽर्हति । वाग्यतः शुचिराचांतः प्राङ्मुखोदङ्मुखोऽपि वा

Ensuite, le reste (après les offrandes) est digne d’être consommé par un dévot de Maheśvara. La parole maîtrisée, purifié, et après avoir accompli l’ācamana (gorgée d’eau rituelle), qu’il mange tourné vers l’est, ou bien, à défaut, vers le nord.

Verse 156

अन्तर्जानुश्च तच्चित्तो भुञ्जीतान्नमकुत्सयन् । नोपघातं विना दोषान्न तस्योदाहरेद्बुधः

Les genoux ramenés et l’esprit concentré, qu’il mange sans dénigrer la nourriture. Le sage ne doit pas en relever les défauts, à moins qu’il n’y ait un tort réel.

Verse 157

नग्नस्नानं न कुर्वीत न शयीत व्रजेत वा । दुष्कृतं न गुरोर्ब्रूयात्क्रुद्धं चैनं प्रसादयेत्

Qu’il ne se baigne pas nu, et qu’il ne s’allonge ni ne vagabonde d’une manière inconvenante. Qu’il ne parle pas de fautes devant le guru; et si le guru s’irrite, qu’il s’efforce de l’apaiser.

Verse 158

परिवादं न श्रृमुयादन्येषामपि जल्पताम् । सदा चा कर्णयेद्धमास्त्यक्त्वा कृत्यशतान्यपि

Qu’il n’écoute pas la médisance, même si d’autres la profèrent. Au contraire, mettant de côté fût-ce des centaines de tâches, qu’il prête toujours l’oreille aux enseignements du dharma.

Verse 159

नित्यं नित्यं हि संमार्ष्टि गेहदर्पणयोरिव । शुक्लायां च चतुर्दश्यां नक्तभोजी सदा भवेत्

Jour après jour, qu’il maintienne toute chose bien purifiée, comme on polit une maison et un miroir. Et au quatorzième jour lunaire de la quinzaine claire, qu’il observe toujours la règle de ne manger que la nuit.

Verse 160

तिस्रो रात्रीर्न शक्तश्चेदेवं माहेश्वरो भवेत् । संयावकृशरामांसं नात्मानमुपसाधयेत्

S’il n’est pas capable d’observer la discipline durant trois nuits, qu’il soit néanmoins, de cette manière, tenu pour un Māheśvara. Mais qu’il ne se complaise pas en mets riches, tels que le saṃyāva, le kṛśarā et la viande.

Verse 161

सायंप्रातश्च भोक्तव्यं कृत्वा ह्यतिथि भोजनम् । स्वप्नाध्ययनभोज्यानि संध्ययोश्च विवर्जयेत्

Qu’il prenne sa nourriture le soir et le matin, après avoir d’abord nourri l’hôte. Et aux deux crépuscules (sandhyā), qu’il s’abstienne de dormir, d’étudier et de manger.

Verse 162

भुंजानः संध्ययोर्मोहादसुरावसथो भवेत् । स्नातो न धूनयेत्केशान्क्षुते निष्ठीवितेऽध्वनि

Si, par égarement, l’on mange aux crépuscules, on devient demeure des asuras. Après le bain, qu’on ne secoue pas ses cheveux ; et lorsqu’on éternue ou crache sur la route, qu’on observe la retenue et la pureté requises.

Verse 163

आलभेद्दक्षिणं कर्णं सर्वभूतानि क्षामयेत् । न चापि नीलीवासाः स्यान्न विपर्यस्तवस्त्रधृक्

Qu’il touche son oreille droite et demande pardon à tous les êtres. Qu’il ne porte pas de vêtements bleus, ni des habits mis à l’envers ou arrangés de façon impropre.

Verse 164

वर्ज्यं च मलिनं वस्त्रं दशाभिश्च विवर्जितम् । प्रक्षाल्य मुखहस्तौ च पादौ चाप्युपविश्य च

Qu’on évite les vêtements souillés, et aussi ceux qui sont défectueux, privés de ourlets ou de bords convenables. Après avoir lavé le visage et les mains, ainsi que les pieds, qu’on s’asseye alors comme il convient.

Verse 165

अंतजानुस्त्रिराचामेद्दिर्मुखं परिमार्जयेत् । तोयेन स्पर्शयेत्खानि स्वमूर्धानं तथैव च

Assis, les genoux ramenés, qu’on accomplisse l’ācāmana trois fois et qu’on essuie soigneusement le visage. Avec l’eau, qu’on touche les ouvertures des sens, et de même le sommet de sa tête.

Verse 166

आचम्य पुनराचम्य क्रियाः कुर्वीत सर्वशः । क्षुते निष्ठीविते चैव दंतलग्ने तथैव च

Après avoir accompli l’ācāmana, et en le répétant au besoin, qu’on exécute tous les rites. De même, après un éternuement, après avoir craché, et lorsqu’une chose reste entre les dents, qu’on refasse la purification.

Verse 167

पतितानां च संभाषे कुर्यादाचमनिक्रियाम् । अध्येतव्या त्रयी नित्यं भवितव्यं विपश्चिता

Et après avoir conversé avec les déchus (ceux qui ont failli au dharma), qu’on accomplisse l’acte d’ācāmana. Qu’on étudie chaque jour la triade védique et qu’on s’efforce de devenir vraiment clairvoyant.

Verse 168

धर्मतो धनमाहार्य यष्टव्यं चापि यत्नतः । हीनेभ्योपि न युंजीत त्वंकारं कर्हिचिद्बधः । त्वंकारो वा वधो वापि गुरूणामुभयं समम्

La richesse doit être acquise selon le dharma, et le sacrifice (yajña) doit être accompli avec effort et vigilance. Qu’on n’emploie pas un “toi !” méprisant, même envers les inférieurs : un tel tvaṃkāra est une forme de blessure. Pour les maîtres vénérables, l’adresse insolente et la violence réelle ont une gravité égale.

Verse 169

सत्यं वाच्यं नित्यमैत्रेण भाव्यं कार्यं त्याज्यं नित्यमायासकारि । लोकेऽमुष्मिन्यद्दिनं स्यात्तथास्मिन्नात्मा योगे येजनीयो गभीरैः

Que la vérité soit toujours dite ; qu’on cultive sans cesse une disposition amicale ; et qu’on renonce aux actes qui engendrent constamment peine et agitation. Comme se déroule le jour en ce monde, ainsi se façonne l’autre : aussi les sages doivent-ils vénérer le Soi intérieur par un yoga profond.

Verse 170

तीर्थस्नानैः सोपवासैर्व्रतैश्च पात्रे दानैर्होमजप्यैश्चयज्ञैः । भवार्चनैर्देवपूजाविशेषैरात्मा नित्यं शोधनीयो मलाक्तः

Par les bains aux tīrtha, par les jeûnes et les vœux, par les dons aux récipiendaires dignes, par le homa, le japa et les sacrifices, par l’adoration de Bhava (Śiva) et par des formes particulières de culte—ainsi l’âme, souillée d’impuretés, doit être purifiée jour après jour.

Verse 171

यत्रापि कुर्वतो नात्मा जुगुप्सामेति पार्थिव । तत्कर्तव्यसमसंगेन यन्नगोप्यं महाजने

Ô roi, tout acte que tu accomplis et qui ne fait pas reculer ta propre conscience avec dégoût—accomplis-le, en compagnie de ce qui est juste; et fais ce qui n’a pas à être caché au grand public.

Verse 172

इति ते वै समुद्देशः कीर्तितः किंचिदेव च । शेषः स्मृतिपुराणेभ्यस्त्वया श्रोतव्य एव च

Ainsi, je t’ai exposé ce bref aperçu. Le reste, en vérité, tu dois l’entendre des Smṛti et des Purāṇa.

Verse 173

एवमाचरतो धर्मं महेशस्य गृहे सतः । धर्मार्थकामसंप्राप्तौ परत्रेह च शोभनम्

Pour celui qui, en dévot, demeure dans la maison de Maheśa et pratique ainsi le dharma, l’obtention de dharma, artha et kāma est assurée; et c’est de bon augure ici-bas comme dans l’au-delà.

Verse 174

एवं नानाविधान्धर्मान्महाकालस्य फाल्गुन । वदतो ध्वनिराकाशे सुमहानभ्यजायत

Lorsque Mahākāla parla ainsi des multiples formes de dharma, ô Phālguna, une très grande résonance s’éleva dans le ciel.

Verse 175

यावत्पश्यंति ये तत्र समाजग्मुः श्रृणुष्व तान् । ब्रह्मा विष्णुः स्वयं रुद्रो दे वी रुद्रगणास्तथा

Tandis qu’ils regardaient en ce lieu, écoute qui s’y assembla : Brahmā, Viṣṇu, Rudra lui-même, la Devī, ainsi que les cohortes des Rudras.

Verse 176

इंद्रादयस्तथा देवा वसिष्ठाद्या मुनीश्वराः । तुंबरुप्रवराश्चापि गंधर्वाप्सरसां गणाः

Indra et les autres dieux vinrent aussi ; les seigneurs des sages, à commencer par Vasiṣṭha ; et encore les troupes de Gandharvas et d’Apsaras, avec Tumburu en tête.

Verse 177

तान्महेशमुखान्सर्वान्महाकालो महामतिः । अर्चयामास बहुधा भक्त्युद्रेकातिपूरितः

Alors Mahākāla, l’âme magnanime, les vénéra tous—Maheśa et les autres—de maintes façons, débordant d’un élan de bhakti.

Verse 178

ततो ब्रह्मादिभिर्देवैर्वरे रत्नमयासने । उपविष्टोऽभिषिक्तश्च महीसागरसंगमे

Puis, par les dieux conduits par Brahmā, il fut assis sur un trône excellent fait de joyaux, et reçu l’onction (abhiṣeka) au lieu où la terre rejoint l’océan.

Verse 179

ततो देव्या समालिंग्य नीत्वोत्संगं स्वकं मुदा । पुत्रत्वे कल्पितः पार्थ महाकालो महामतिः

Alors la Devī l’enlaça et, dans la joie, le posa sur ses genoux ; ainsi Mahākāla, le magnanime, fut adopté comme son fils, ô Pārtha.

Verse 180

उक्तञ्च यावद्ब्रह्माण्डमिदमास्ते शिवव्रत । तावत्तिष्ठ शिवस्थाने शिववच्छिवभक्तितः

Et il fut proclamé : « Tant que cet univers subsistera, ô observant du vœu de Śiva, demeure dans la demeure de Śiva, voué à Śiva comme Śiva lui-même. »

Verse 181

देवेन च वरो दत्तस्त्वल्लिंगं योऽर्चयिष्यति । जितेन्द्रियः शुचिर्भूत्वा ऊर्ध्वं मल्लोकमेष्यति

Et le Seigneur accorda cette grâce : «Quiconque vénérera ton liṅga, devenu pur et maître de ses sens, s’élèvera jusqu’à mon monde.»

Verse 182

दर्शनं स्तवनं पूजा प्रणामश्च ततो जपः । दानं चात्र कृतं लिंगे ममातितृप्तिकारणम्

Voir, louer, offrir le culte, se prosterner, puis réciter le japa ; et l’aumône accomplie ici pour le liṅga : tout cela est cause de ma suprême satisfaction.

Verse 183

इत्युक्ते विस्मिता देवाः साधु साध्विति ते जगुः । ब्रह्मविष्णुमुखाश्चैव महाकालं प्रतुष्टुवुः

Quand cela fut dit, les dieux, émerveillés, s’écrièrent : « Bien dit ! Bien dit ! » Et Brahmā et Viṣṇu, avec les autres, louèrent Mahākāla.

Verse 184

ततः सुरैःस्तूयमानो वंद्यमानश्च चारणैः । नृत्यद्भिरप्सरोभिश्च कीतैर्गंधर्वजैः शुभैः

Alors il fut loué par les dieux et salué avec révérence par les Cāraṇas ; tandis que les Apsaras dansaient et que les Gandharvas de bon augure chantaient, l’honorant en une fête divine.

Verse 185

कोटिकोटिगणैश्चैव स्तुवद्भिः सर्वतो वृतः

Et il était entouré de toutes parts par des myriades et des myriades de troupes, toutes chantant des hymnes de louange.

Verse 186

महाकालो रुद्रभवनं गतो भवपुरस्सरः । एवमेतन्महालिंगमुत्पन्नं कुरुनंदन

Mahākāla, avec Bhava (Śiva) en tête, se rendit au séjour de Rudra. Ainsi, ô joie des Kuru, ce grand Liṅga se manifesta.

Verse 187

कूपश्चापि सरः पुण्यं महाकालस्य सिद्धिदम् । अत्र ये मनुजाः पार्थ लिंगस्याराधने रताः

Ici se trouvent un puits et aussi un lac sacré—saint et dispensateur d’accomplissements en lien avec Mahākāla. Ô Pārtha, les hommes qui demeurent ici, voués à l’adoration du Liṅga—

Verse 188

महाकालः समालिंग्य ताञ्छिवाय निवेदयेत् । एतदत्यद्भुतं लिंगं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्

Mahākāla, les étreignant, les présentait à Śiva. Ce Liṅga des plus merveilleux est renommé dans les trois mondes.

Verse 189

दृष्टं स्पृष्टं पूजितं च गतास्ते भवसद्म तत् एवमेतानि लिंगानि सप्त जातानि फाल्गुन

L’ayant vu, touché et vénéré, ils gagnèrent la demeure de Bhava (Śiva). Ainsi, ô Phālguna, ces sept Liṅga prirent naissance.

Verse 190

ये श्रृण्वंति गृणंत्येतत्तेपि धन्या नरोत्तमाः

Ceux qui entendent ce récit et ceux qui le récitent—ces meilleurs des hommes sont vraiment bénis.