Adhyaya 274
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 274

Adhyaya 274

Le chapitre se déploie comme un dialogue entre Sūta et les ṛṣi : il désigne d’abord un Śiva-liṅga « Trinetra » établi par le sage Durvāsas, puis raconte un cas exemplaire mêlant morale et rite. Un supérieur de monastère accomplit le culte du liṅga, mais thésaurise des richesses issues de transactions intéressées, enfermant l’or dans un coffre verrouillé. Un voleur nommé Duḥśīla s’introduit en feignant le renoncement, reçoit la dīkṣā śaiva et attend l’occasion. Lors d’un voyage, à l’arrêt près de la rivière sacrée Muralā, la confiance du guru grandit ; le coffre est un instant laissé accessible, et Duḥśīla dérobe l’or puis s’enfuit. Plus tard, devenu chef de famille, il rencontre Durvāsas en un lieu de pèlerinage et voit la bhakti devant le liṅga, par la danse et le chant. Durvāsas explique qu’il a installé ce liṅga parce que Maheśvara se réjouit d’une telle dévotion, puis prescrit une voie d’expiation et de rectitude : offrir une peau d’antilope noire (kṛṣṇājina), donner régulièrement du sésame en récipients (tilapātra) avec de l’or, et achever un prāsāda (sanctuaire) inachevé comme guru-dakṣiṇā, avec offrandes, fleurs et arts dévotionnels. La phalaśruti conclut : le darśana au mois de Chaitra efface les fautes d’une année ; les rites de bain/ablution effacent celles de plusieurs décennies ; et danser et chanter devant la Divinité peut délivrer des péchés d’une vie entière et conférer un mérite orienté vers la libération.

Shlokas

Verse 1

। सूत उवाच । तथान्यदपि तत्रास्ति दुर्वासःस्थापितं पुरा । तल्लिंगं देवदेवस्य त्रिनेत्रस्य महात्मनः

Sūta dit : De plus, il s’y trouve un autre objet sacré, jadis établi par Durvāsas : le liṅga du Dieu des dieux, le grand Seigneur aux Trois Yeux.

Verse 2

चैत्रमासि नरो यस्तु तमाराधयते द्विजाः । नृत्यगीतप्रवाद्यैश्च त्रिकालं विहितक्षणः । स नूनं तत्प्रसादेन गन्धर्वाधिपतिर्भवेत् १

Ô deux-fois-nés, celui qui L’adore au mois de Caitra—aux trois temps du jour, selon les observances prescrites, avec danse, chant et musique d’instruments—par la grâce de ce Seigneur deviendra assurément le chef des Gandharvas.

Verse 3

ऋषय ऊचुः । दुर्वासा नामकश्चायं केनायं स्थापितो हरः । कस्मिन्काले महाभाग सर्वं नो विस्तराद्वद

Les sages dirent : « Ce liṅga est nommé “Durvāsā” ; par qui ce Hara fut-il installé ? En quel temps cela advint-il, ô bienheureux ? Dis-nous tout en détail. »

Verse 4

सूत उवाच । आसीत्पुरा निंबशुचो वैदिशे च पुरोत्तमे

Sūta dit : « Jadis, dans l’excellente cité de Vidiśā, vivait un homme nommé Nimbaśuca. »

Verse 5

स च पूजयते लिंगं किंचिन्मठपतिः स्थितः । स यत्किंचिदवाप्नोति वस्त्राद्यं च तथा परम्

Lui, un certain supérieur résident d’un maṭha, rendait un culte au Liṅga. Tout ce qu’il obtenait—vêtements et autres biens, et même davantage encore—

Verse 6

माहेश्वरस्य लोकस्य विक्रीणीते ततस्ततः । ततो गृह्णाति नित्यं स हेम मूल्येन तस्य च

—il les “vendait” sans cesse comme promesse d’accès au monde de Maheśvara, et chaque jour il en prenait de l’or pour prix.

Verse 7

न करोति व्ययं तस्य केवलं संचये रतः । ततः कालेन महता मंजूषाऽस्य निरर्गला । जाता हेममयी विप्राः कार्पण्यनिरतस्य च

Il ne faisait aucune dépense, ne goûtant de joie que dans l’accumulation. Avec le long cours du temps, ô brāhmaṇas, le coffre qu’il gardait—sans même un verrou—se remplit d’or, car il était voué à l’avarice.

Verse 8

अथ संस्थाप्य भूमध्ये मंजूषां तां प्रपूरिताम् । करोति व्यवहारं स कक्षां तां नैव मुंचति

Puis, ayant placé ce coffre tout rempli au milieu du sol, il poursuivit ses affaires, sans jamais quitter cette pièce.

Verse 9

कदाचिद्देवपूजायां सोऽपि ब्राह्मणसत्तमाः । विश्वासं नैव निर्याति कस्यचिच्च कथंचन

Parfois, même durant le culte rendu à la Divinité, cet homme—ô le meilleur des brāhmaṇas—n’accordait sa confiance à personne, d’aucune manière.

Verse 10

कस्यचित्त्वथ कालस्य परवित्तापहारकः । अलक्षद्ब्राह्मणस्तच्च दुःशीलाख्यो व्यचिंतयत्

Or, à un certain moment, un brāhmaṇa voleur des biens d’autrui, nommé Duḥśīla, s’en aperçut et se mit à ourdir un dessein.

Verse 11

ततः शिष्यो भविष्यामि विश्वासार्थं दुरात्मनः । सुदीनैः कृपणैर्वाक्यैश्चाटुकारैः पृथग्विधैः

«Alors je deviendrai son disciple afin de gagner la confiance de ce scélérat, par des paroles plaintives et mesquines, et par des flatteries de toutes sortes.»

Verse 12

आलस्यं च दिवानक्तं साधयिष्याम्यसंशयम् । अन्यस्मिन्नहनि प्राप्ते दृष्ट्वा तं मठमध्यगम्

«Je cultiverai l’indolence jour et nuit, sans aucun doute.» Puis, un autre jour, l’ayant aperçu au sein de l’enceinte du monastère,

Verse 13

ततः समीपमगमद्दंडाकारं प्रणम्य च । अब्रवीत्प्रांजलिर्भूत्वा विनयावनतः स्थितः

Alors il s’approcha, se prosterna de tout son long, tel un bâton, et rendit hommage. Puis, les mains jointes, il parla en demeurant courbé avec humilité.

Verse 14

भगवंस्ते प्रभावोऽद्य तपसा वै मया श्रुतः

Ô Seigneur Bienheureux, aujourd’hui j’ai entendu—par le récit de tes austérités—la véritable grandeur de ta puissance spirituelle.

Verse 15

यदन्यस्तापसो नास्ति ईदृशोऽत्र धरातले । तेनाहं दूरतः प्राप्तो वैराग्येण समन्वितः

Parce qu’en cette terre il n’est point d’ascète semblable à toi, je suis venu de loin—doué de détachement—afin de solliciter ta guidance.

Verse 16

संसारासारतां ज्ञात्वा जन्ममृत्युजरात्मिकाम् । अर्थात्स्वप्नप्रतीकाशं यौवनं च नृणा मिह

Ayant compris la vanité du samsara—fait de naissance, de mort et de décrépitude—et reconnaissant que même la jeunesse des hommes ici n’est, en vérité, qu’une fugitive apparence de songe…

Verse 17

यद्वत्पर्वतसंजाता नदी च क्षणभंगुरा । पुत्राः कलत्राणि च वा ये चान्ये बांधवादयः

De même qu’un fleuve né de la montagne est fugitif et fragile, de même les fils, l’épouse et tous les autres liens de parenté et d’attachement sont éphémères.

Verse 18

ते सर्वे च परिज्ञेया यथा पाप समागमाः । तत्संसारसमुद्रस्य तारणार्थं ब्रवीहि मे

Tout cela doit être reconnu comme un simple enchevêtrement mondain, semblable à des occasions de faute. Dis‑moi donc le moyen par lequel je pourrai traverser cet océan de saṃsāra.

Verse 19

उपायं कंचिदद्यैव उपदेशे व्यवस्थितम् । तरामि येन संसारं प्रसादात्तव सुव्रत

Établis dans ton enseignement, dès aujourd’hui, quelque moyen praticable par lequel je puisse traverser le saṃsāra — par ta grâce, ô toi aux vœux nobles.

Verse 20

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा रोमांचित तनूरुहः । ज्ञात्वा माहेश्वरः कोऽयं चिंतावान्समुपस्थितः

Entendant ses paroles, le corps couvert de frissons et les poils hérissés d’extase, l’ascète songea : «Qui donc est ce dévot de Maheśvara ?» Puis, songeur, il s’approcha.

Verse 21

यथा ब्रवीषि धन्योऽसि यस्य ते मतिरीदृशी । तारुण्ये वर्तमानस्य सुकुमारस्य चैव हि

À t’entendre parler, tu es vraiment béni, car une telle compréhension est tienne, alors même que tu demeures dans la jeunesse, dans sa vigueur tendre.

Verse 22

तारुण्ये वर्तमानो यः शांतः सोऽत्र निगद्यते । धातुषु क्षीयमाणेषु शमः कस्य न जायते

Celui qui, tout en étant dans la jeunesse, demeure paisible, est ici tenu pour véritablement exceptionnel; car lorsque les constituants du corps s’épuisent, en qui la quiétude ne naît-elle pas?

Verse 23

यद्येवं सुविरक्तिः स्यात्संसारोपरि संस्थिता । समाराधय देवेशं शंकरं शशिशेखरम्

Si un tel détachement ferme s’est levé, se tenant au-dessus des exigences de la vie mondaine, alors adore avec une entière dévotion le Seigneur des dieux—Śaṅkara, le Porteur de la lune en diadème.

Verse 24

नान्यथा घोरजाप्येन तीर्यते भवसागरः । मया सम्यक्परिज्ञातमेतच्छास्त्रसमागमात्

L’océan du devenir mondain ne peut être traversé autrement que par un japa ardent. Je l’ai compris avec justesse grâce au témoignage concordant des Écritures.

Verse 25

शूद्रो वा यदि वा विप्रो म्लेछो वा पापकृन्नरः । शिवदीक्षासमोपेतः पुष्पमेकं तु यो न्यसैत्

Qu’il soit Śūdra ou Brāhmane, qu’il soit mleccha ou même un homme ayant commis des fautes: s’il est pourvu de la dīkṣā de Śiva et dépose ne fût-ce qu’une seule fleur en offrande,

Verse 27

यो ददाति प्रभक्त्या च शिवदीक्षान्विताय च । वस्त्रोपानहकौपीनं स यज्ञैः किं करिष्यति

Celui qui, avec une profonde dévotion, offre à un initié de Śiva des vêtements, des sandales et un pagne, quel besoin a-t-il encore d’acquérir du mérite par des sacrifices?

Verse 28

तच्छ्रुत्वा चरणौ तस्य दुःशीलोऽसौ तदाऽददे । विन्यस्य स्वशिर स्ताभ्यां ततोवाक्यमुवाच ह

En entendant cela, Duḥśīla saisit ses pieds. Posant sa tête sur eux, il prononça alors ces mots.

Verse 29

शिवदीक्षाप्रमाणेन प्रसादं कुरु मे प्रभो । शुश्रूषां येन ते नित्यं प्रकरोमि समाहितः

Ô Seigneur, accorde-moi ta grâce selon le rite de l'initiation à Śiva, afin que, l'esprit recueilli, je puisse te servir à jamais.

Verse 30

ततोऽसौ तापसो विप्राश्चिंतयामास चेतमि । दक्षोऽयं दृश्यते कोऽपि पुमांश्चैव समागतः

Alors cet ascète brāhmaṇa réfléchit en son esprit : « Cet homme qui est venu ici semble capable et compétent. »

Verse 31

ममास्ति नापरः शिष्यस्तस्मादेनं करोम्यहम् । ततोऽब्रवीत्करे गृह्य यद्येवं वत्स मे समम् । समयं कुरु येन त्वां दीक्षयाम्यद्य चैव हि

« Je n'ai pas d'autre disciple ; c'est pourquoi je l'accepterai. » Puis, le prenant par la main, il dit : « S'il en est ainsi, mon enfant, accepte l'observance, afin que je puisse t'initier ce jour même. »

Verse 32

त्वया कुटीरकं कार्यं मठस्यास्य विदूरतः । प्रवेशो नैव कार्यस्तु ममात्रास्तं गते रवौ

Tu dois construire une petite hutte à distance de ce monastère. Et tu ne dois pas entrer ici tant que je suis présent, jusqu'à ce que le soleil soit couché.

Verse 33

दुःशील उवाच । तवादेशः प्रमाणं मे केवलं तापसोत्तम । किं मठेन करिष्यामि विशेषाद्रा त्रिसंगमे

Duḥśīla dit : «Ton ordre seul est pour moi l’unique autorité, ô le meilleur des ascètes. De quel monastère aurais-je besoin, surtout ici, au saint confluent des trois courants ?»

Verse 34

यः शिष्यो गुरुवाक्यं तु न करोति यथोदितम् । तस्य व्रतं च तद्व्यर्थं नरकं च ततः परम्

Le disciple qui n’accomplit pas la parole du guru telle qu’elle a été dite, voit son vœu devenir vain, puis il tombe en enfer.

Verse 35

तच्छ्रुत्वा तुष्टिमापन्नः शिवदीक्षां ततो ददौ । तस्मै विनययुक्ताय तदा निंबशुचो मुनिः

À ces paroles, le sage Nimbaśuca fut comblé de satisfaction ; puis il conféra la Śivadīkṣā, l’initiation à Śiva, à cet homme humble et bien discipliné.

Verse 36

ततःप्रभृति सोऽतीव तस्य शुश्रूषणे रतः । रंजयामास तच्चित्तं परिचर्यापरायणः

Dès lors, il se voua ardemment à son service ; toujours appliqué à l’assistance et aux soins, il réjouit l’esprit de son guru.

Verse 37

मनसा चिन्तयानस्तु तन्मात्रार्थं दिनेदिने । न च्छिद्रं वीक्षते किंचिद्वीक्षमाणोऽपि यत्नतः

Jour après jour, il ne méditait en son cœur que ce seul but ; et, même en scrutant avec soin et effort, il ne voyait aucune faille, pas la moindre ouverture.

Verse 38

शैवोऽपि च स कक्ष्यां तां तां मात्रां हेमसंभवाम् । कथंचिन्मोक्षते भूमौ भोज्ये देवार्चनेऽपि न

Bien qu’il portât les marques d’un dévot śivaïte, il ne posa jamais à terre cette bourse/mesure d’or tenue contre son flanc — ni en mangeant, ni même lors du culte rendu à la divinité.

Verse 39

ततोऽसौ चिन्तयामास दुःशीलो निजचेतसि । मठे तावत्प्रवेशोऽस्ति नैव रात्रौ कथंचन

Alors cet homme de mauvaise nature trama en son for intérieur : «Entrer dans le monastère n’est possible que jusqu’à un certain point ; mais la nuit, cela n’est possible d’aucune manière.»

Verse 40

सूर्यास्तमानवेलायां यत्प्रयच्छति तत्क्षणात् । परिघं सुदृढं पापस्तत्करोमि च किं पुनः

«À l’heure du coucher du soleil, dès qu’il ferme, ce pécheur met aussitôt une barre très solide ; que puis-je faire de plus ?»

Verse 41

मठोऽयं सुशिलाबद्धो नैव खातं प्रजायते । तुंगत्वान्न प्रवेशः स्यादुपायैर्विविधैः परैः

«Ce monastère est solidement assemblé de pierres bien posées ; aucune brèche ne peut y être creusée. Et, à cause de sa hauteur, il n’y a pas d’entrée, même par mille stratagèmes.»

Verse 42

तत्किं विषं प्रयच्छामि शस्त्रैर्व्यापादयामि किम् । दिवापि पशुमारेण पंचत्वं वा नयामि किम्

«Alors, dois-je lui donner du poison ? Ou le tuer par les armes ? Ou même en plein jour, le conduire à la mort par quelque moyen violent, tel un tueur de bêtes ?»

Verse 43

एवं चिन्तयतस्तस्य प्रावृट्काल उपस्थितः । श्रावणस्यासिते पक्षे कर्कटस्थे दिवाकरे

Tandis qu’il méditait ainsi, la saison des pluies survint — durant la quinzaine sombre de Śrāvaṇa, lorsque le Soleil se trouvait dans le signe du Cancer.

Verse 44

प्राप्तो महेश्वरस्तस्य कोऽपि तत्र धनी द्रुतम् । तेनोक्तं प्रणिपत्योच्चैः करिष्यामि पवित्रकम्

Alors un homme fortuné accourut en ce lieu auprès de Maheśvara (Śiva). S’inclinant avec révérence, il déclara à haute voix : « J’accomplirai le Pavitraka (rite de purification). »

Verse 45

चतुर्द्दश्यामहं स्वामिन्यद्यादेशो भवेत्तव । यद्यागच्छसि मे ग्रामं प्रसादेन सम न्वितः

« Ô Dame vénérable, qu’en ce jour, au quatorzième jour lunaire, ton ordre repose sur moi. Si tu daignes venir dans mon village, comblée de ta grâce… »

Verse 46

सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा तुष्टिमापन्नस्ततो निंबशुचो मुनिः । तथेति चैवमुक्त्वा तं प्रेषयामास तत्क्षणात्

Sūta dit : À ces paroles, le sage Niṃbaśuca fut satisfait ; et disant « Qu’il en soit ainsi », il le renvoya sur-le-champ.

Verse 47

आगमिष्याम्यहं काले स्वशिष्येण समन्वितः । करिष्यामि परं श्रेयस्तव वत्स न संशयः

« Je viendrai en temps voulu, accompagné de mon propre disciple. J’accomplirai pour toi le bien suprême, mon enfant bien-aimé — sans aucun doute. »

Verse 48

अथ काले तु संप्राप्ते चिन्तयित्वा प्रभातिकम् । प्रभातसमये प्राप्ते स शैवः प्रस्थितस्तदा । दुःशीलेन समायुक्तः संप्रहृष्टतनूरुहः

Quand l’heure fixée fut venue, après avoir accompli les préparatifs du matin, à l’aube ce dévot śaiva se mit en route—accompagné de Duḥśīla—les poils dressés d’allégresse.

Verse 49

ततो वै गच्छमानस्य तस्य मार्गे व्यवस्थिता । पुण्या नदी सुविख्याता मुरला सागरंगमा

Comme il poursuivait sa route, se trouvait sur son chemin une rivière méritoire et fort renommée : la Murala, qui s’écoule vers l’océan.

Verse 50

स तां दृष्ट्वाऽब्रवीद्वाक्यं वत्स शिष्य करोम्यहम् । भवता सह देवार्चां मुरलायां स्थिरो भव

À la vue de cette rivière, il dit : « Mon enfant, je te prendrai pour disciple. Demeure ici, au Murala, avec fermeté, et avec moi rends un culte aux dieux. »

Verse 51

बाढमित्येव स प्रोक्त्वा संस्थितोऽस्यास्तटे शुभे । सोऽपि निंबशुचस्तस्य रंजितः सर्वदा गुणैः

Disant « Qu’il en soit ainsi », il demeura sur sa rive de bon augure. Et Niṃbaśuca, lui aussi, se réjouissait sans cesse de ses vertus.

Verse 52

सुशिष्यं तं परिज्ञाय विश्वासं परमं गतः । स्थगितां तां समादाय हेममात्रासमुद्भवाम्

Le reconnaissant pour un excellent disciple, il parvint à une confiance totale. Puis il prit cet objet dissimulé, apparu selon une mesure d’or.

Verse 53

जागेश्वरसमोपेतां स कन्थां व्याक्षिपत्क्षितौ । पुरीषोत्सर्गकार्येण ततस्तोकांतरं गतः

Il jeta à terre le manteau associé à Jāgeśvara ; puis, sous prétexte d’aller se soulager, il s’éloigna de quelques pas.

Verse 54

यावच्चादर्शनं प्राप्तो वेतसैः परिवारितः । तावन्मात्रां समादाय दुःशीलः प्रस्थितो द्रुतम् । उत्तरां दिशमाश्रित्य प्रहृष्टेनांतरात्मना

Dès qu’il eut disparu à la vue, dissimulé par les roseaux, Duḥśīla ne prit que cette mesure et s’enfuit aussitôt—se dirigeant vers le nord, l’âme intérieure en joie.

Verse 55

अथासौ चागतो यावद्दुःशीलं नैव पश्यति । केवलं दृश्यते कन्था जागेश्वरसमन्विता

Puis, lorsqu’il arriva, il ne vit nullement le méchant Duḥśīla ; seul le manteau apparaissait, demeurant encore lié à Jāgeśvara.

Verse 56

षडक्षरेण मंत्रेण लिंगस्योपरि भक्तितः । स तां गतिमवाप्नोति यांयां यांतीह यज्विनः

Par dévotion, en prononçant et en appliquant sur le liṅga le mantra aux six syllabes, il obtient la même destinée bienheureuse que celle qu’atteignent ici les sacrifiants et les pieux adorateurs.

Verse 57

यावन्मात्राविहीनां च ततो ज्ञात्वा च तां हृताम् । तेन शिष्येण मूर्च्छाढ्यो निपपात महीतले

Alors, comprenant que sa « mātrā » (la mesure confiée) manquait et avait été dérobée, ce disciple, saisi d’évanouissement, s’effondra sur le sol.

Verse 58

ततश्च चेतनां प्राप्य कृच्छ्राच्चोत्थाय तत्क्षणात् । शिलायां ताडयामास निजांगानि शिरस्तथा

Puis, reprenant conscience et se levant avec peine à cet instant même, il frappa ses propres membres, ainsi que sa tête, contre un rocher.

Verse 59

हा हतोऽस्मि विनष्टोऽस्मि मुष्टस्तेन दुरात्मना । किं करोमि क्व गच्छामि कथं तं वीक्षयाम्यहम्

« Hélas, je suis tué ; je suis ruiné, volé par cet homme à l'âme perverse ! Que faire ? Où aller ? Comment pourrai-je jamais le retrouver ? »

Verse 60

ततस्तु पदवीं वीक्ष्य तस्य तां चलितो ध्रुवम् । वृद्ध भावात्परिश्रांतो वावृत्य स मठं गतः

Alors, voyant la trace de son chemin, il se mit à sa poursuite avec certitude ; mais, épuisé par l'âge, il fit demi-tour et retourna au monastère.

Verse 61

दुःशीलोऽपि समादाय मात्रां स्थानांतरं गतः । ततस्तेन सुवर्णेन व्यवहारान्करोति सः

Même cet homme méchant, emportant le butin, s'en alla vers un autre lieu ; puis, avec cet or, il se livra au commerce et aux affaires.

Verse 62

ततो गृहस्थतां प्राप्तः कृतदारपरिग्रहः । वृद्धभावं समापन्नः संतानेन विवर्जितः

Par la suite, il entra dans la vie de maître de maison en prenant épouse ; il atteignit la vieillesse, mais resta privé de descendance.

Verse 63

कस्यचित्त्वथ कालस्य तीर्थयात्रापरायणः । भार्यया सहितो विप्रश्चमत्कारपुरं गतः

Puis, après quelque temps, le brāhmane, voué au pèlerinage vers les tīrtha sacrés, se rendit avec son épouse à la cité de Camatkārapura.

Verse 64

स्नात्वा तीर्थेषु सर्वेषु देवतायतनेषु च । भ्रममाणेन संदृष्टो दुर्वासा नाम सन्मुनिः

Après s’être baigné en tous les tīrtha et dans les sanctuaires des dieux, tandis qu’il errait, il aperçut le saint sage nommé Durvāsā.

Verse 65

निजदेवस्य सद्भक्त्या नृत्यगीतपरायणः । तं च दृष्ट्वा नमस्कृत्य वाक्यमेतदुवाच सः

Absorbé dans la danse et le chant, par une dévotion sincère envers sa divinité d’élection, l’ayant vu, il se prosterna avec respect et dit ces paroles.

Verse 66

केनैतत्स्थापितं लिंगं निर्मलं शंकरोद्भवम् । किं त्वं नृत्यसि गीतं च पुरोऽस्य प्रकरोषि च । मुनीनां युज्यते नैव यदेतत्तव चेष्टितम्

« Par qui ce liṅga immaculé, né de Śaṅkara, a-t-il été installé ? Pourquoi danses-tu et chantes-tu devant lui ? Une telle conduite, comme la tienne, ne sied nullement aux sages. »

Verse 67

दुर्वासा उवाच । मयैतत्स्थापितं लिंगं देवदेवस्य शूलिनः । नृत्यगीतप्रियो यस्माद्देवदेवो महेश्वरः

Durvāsā dit : « C’est moi qui ai installé ce liṅga pour Śūlin, le Dieu des dieux. Car Maheśvara, Seigneur des dieux, aime véritablement la danse et le chant. »

Verse 68

न मेऽस्ति विभवः कश्चिद्येन भोगं करोम्यहम्

Je n’ai aucune richesse par laquelle je pourrais me livrer aux jouissances.

Verse 69

एतस्मिन्नंतरे प्राप्तश्चिर्भटिर्नाम योगवित् । तेन पृष्टः स दुर्वासा वेदांतिकमिदं वचः

Entre-temps arriva un connaisseur du yoga nommé Cirbhaṭi. Interrogé par lui, Durvāsā énonça cet enseignement de nature védantique.

Verse 70

असूर्या नाम ते लोका अंधेन तमसा वृताः । तांस्ते प्रेत्याऽभिगच्छंति ये केचात्महनो जनाः

Sans soleil sont vraiment ces mondes, enveloppés d’une ténèbre aveuglante ; vers eux, après la mort, vont ceux qui tuent leur propre Soi.

Verse 71

उपविश्य ततस्तेन तस्य दत्तस्तु निर्णयः । दुःशीलेनापि तत्सर्व विज्ञातं तस्य संस्तुतम्

Puis, s’étant assis, il reçut de ce maître une décision nette. Même un homme de mauvaise conduite comprit tout cela, et l’enseignement fut loué.

Verse 72

ततो विशेषतो जाता भक्तिस्तस्य हरं प्रति । तं प्रणम्य ततश्चोच्चैर्वाक्यमेतदुवाच ह

Ensuite, sa dévotion envers Hara (Śiva) s’éveilla avec une intensité particulière. S’inclinant devant lui, il prononça à haute voix ces paroles.

Verse 74

भगवन् ब्राह्मणोऽस्मीति जात्या चैव न कर्मणा । न कस्यचिन्मया दत्तं कदाचिन्नैव भोजनम् । केवलं देवविप्राणां वंचयित्वा धनं हृतम् । व्यसनेनाभिभूतेन द्यूतवेश्योद्भवेन च

Ô Seigneur Bienheureux, je ne suis dit brāhmane que par la naissance, non par la conduite. Jamais je n’ai donné de nourriture à quiconque. Au contraire, j’ai trompé jusqu’aux dieux et aux brāhmanes pour leur ravir des richesses, vaincu par des vices nés du jeu et de la fréquentation des courtisanes.

Verse 75

तथा च ब्राह्मणेनापि मया शैवो गुरुः कृतः । वंचितश्च तथानेकैश्चाटुभिर्विहृतं धनम्

Ainsi, bien que brâhmane, je pris même un maître śaiva pour prétexte et je le trompai. De même, par maints flatteurs je fus dupé, et ma richesse fut dissipée.

Verse 76

तस्य सक्तं धनं भूयः साधुमार्गेण चाहृतम् । स चापि च गुरुर्मह्यं परलोकमिहागतः

Ensuite, par la voie juste, je recouvrai de nouveau cette richesse qui était demeurée liée et perdue. Et cette même personne—devenue mon guru—est maintenant venue ici depuis l’autre monde.

Verse 77

पश्चात्तापेन तेनैव प्रदह्यामि दिवानिशम् । पुरश्चरणदानेन तत्प्रसादं कुरुष्व मे

Par ce même repentir, je brûle jour et nuit. Par le don accompli en lien avec le puraścaraṇa, daigne m’assurer cette grâce.

Verse 78

अस्ति मे विपुलं वित्तं न संतानं मुनीश्वर । तन्मे वद मुने श्रेयस्तद्वित्तस्य यथा भवेत् । इह लोके परे चैव येन सर्वं करोम्यहम्

Je possède d’immenses richesses, ô seigneur des sages, mais je n’ai point de descendance. Dis-moi, ô muni, ce qui est le meilleur : comment cette fortune peut devenir vraiment féconde, afin que j’accomplisse ce qui convient ici-bas comme dans l’au-delà.

Verse 79

दुर्वासा उवाच । कृत्वा पापसहस्राणि पश्चाद्धर्मपरो भवेत् । यः पुमान्सोऽतिकृच्छ्रेण तरेत्संसारसागरम्

Durvāsā dit : Même après avoir commis des milliers de fautes, un homme peut ensuite se vouer au dharma ; pourtant, ce n’est qu’au prix d’une grande peine qu’il traverse l’océan du saṃsāra, l’existence mondaine.

Verse 80

दिनेनापि गुरुर्योऽसौ त्वया शैवो विनिर्मितः । अधर्मेणापि संजातः स गुरुस्तेन संशयः

Même si, en un seul jour, tu as façonné ce « guru » śaiva, bien qu’il soit né par des moyens contraires au dharma, il est ton guru ; là-dessus, aucun doute.

Verse 81

ब्राह्मणो ब्रह्मचारी स्याद्ग्रहस्थस्तदनंतरम् । वानप्रस्थो यतिश्चैव तत श्चैव कुटीचरः

Un brāhmaṇa doit d’abord être brahmacārin ; ensuite, devenir maître de maison. Puis (il peut être) vānaprastha, habitant de la forêt, et yati, renonçant ; et après cela, assurément, kuṭīcara, celui qui vit retiré dans une hutte.

Verse 82

बहूदकस्ततो हंसः परमश्च ततो भवेत् । ततश्च मुक्तिमायाति मार्गमेनं समाश्रितः

Ensuite, on devient bahūdaka ; puis haṃsa ; puis parama. En prenant refuge dans cette voie, on parvient alors à la libération (mukti).

Verse 83

त्वया पुनः कुमार्गेण यद्व्रतं ब्राह्मणेन च । शैवमार्गं समास्थाय तन्महापातकं कृतम्

Mais toi, de nouveau, par une voie mauvaise, avec un brāhmaṇa, tu as entrepris un vœu en adoptant la voie śaiva ; cela est devenu un mahāpātaka, un grand péché.

Verse 84

दुःशील उवाच । सर्वेष्वेव हि वेदेषु रुद्रः संकीर्त्यते प्रभुः । तत्किं दोषस्त्वया प्रोक्तस्तस्य दीक्षासमुद्भवः

Duḥśīla dit : En vérité, dans tous les Veda, Rudra est célébré comme le Seigneur. Alors, quelle faute as-tu évoquée, née de sa dīkṣā, l’initiation sacrée ?

Verse 85

दुर्वासा उवाच । सत्यमेतत्त्वया ख्यातं वेदे रुद्रः प्रकीर्तितः । बहुधा वासुदेवोऽपि ब्रह्मा चैव विशेषतः

Durvāsā dit : Ce que tu as affirmé est vrai : dans le Veda, Rudra est proclamé. De même, Vāsudeva est loué de multiples façons, et Brahmā aussi, tout particulièrement.

Verse 86

परं विप्रस्य या दीक्षा व्रतवंधसमुद्भवा । गायत्री परमा जाप्ये गुरुर्व्रतपरो हि सः । वैष्णवीं चाथ शैवीं च योऽन्यां दीक्षां समाचरेत्

Pour un brāhmaṇa, l’initiation la plus haute est celle qui naît du vœu contraignant de la discipline sacrée (vrata). Dans le japa, le mantra suprême est la Gāyatrī ; et son véritable guru est celui qui est voué aux vœux. Mais si quelqu’un, ayant déjà reçu une initiation vaiṣṇava ou śaiva, entreprenait encore une autre initiation par versatilité—

Verse 87

ब्राह्मणो न भवेत्सोऽत्र यद्यपि स्यात्षडंगवित् । अपरं लिंगभेदस्ते संजातः कपटादिषु

Ici, il ne serait pas un brāhmaṇa véritable, même s’il connaissait les six auxiliaires (ṣaḍaṅga) du Veda. De plus, en toi s’est levé un autre « signe » de déchéance : la tromperie et autres semblables.

Verse 88

व्रतत्यागान्न संदेहस्तत्र ते नास्ति किंचन । प्रायश्चित्तं मया सम्यक्स्मृतिमार्गेण चिंतितम्

Du fait de l’abandon du vœu, il n’y a point de doute : pour toi, il ne demeure aucune incertitude à ce sujet. J’ai mûrement envisagé une expiation (prāyaścitta) convenable, selon la voie des Smṛti.

Verse 89

दुःशील उवाच । सतां सप्तपदीं मैत्रीं प्रवदंति मनीषिणः । मित्रतां तु पुरस्कृत्य किंचिद्वक्ष्यामि तच्छृणु

Duḥśīla dit : «Les sages déclarent que, parmi les gens de bien, l’amitié se raffermit après sept pas accomplis ensemble. Honorant cette amitié, je dirai quelque chose—écoute.»

Verse 90

अस्ति मे विपुलं वित्तं यदि तेन प्रसिद्ध्यति । तद्वदस्व महाभाग येन सर्वं करोम्यहम्

«Je possède d’immenses richesses—si par elles l’on peut obtenir renommée ou réussite. Dis-moi, ô bienheureux, par quel moyen je pourrai tout accomplir.»

Verse 91

दुर्वासा उवाच । एक एव ह्युपायोऽस्ति तव पातकनाशने । तं चेत्करोषि मे वाक्याद्विशुद्धः संभविष्यसि

Durvāsā dit : «Il n’existe en vérité qu’un seul moyen de détruire ton péché. Si tu l’accomplis selon ma parole, tu deviendras purifié.»

Verse 92

तपः कृते प्रशंसंति त्रेतायां ज्ञानमेव च । द्वापरे तीर्थयात्रां च दानमेव कलौ युगे

Dans l’âge Kṛta, on loue l’austérité; dans Tretā, la connaissance seule; dans Dvāpara, le pèlerinage aux tīrtha; mais dans l’âge Kali, la charité seule est tenue pour suprême.

Verse 93

सांप्रतं कलिकालोऽयं वर्तते दारुणाकृतिः । तस्मात्कृष्णाजिनं देहि सर्वपापविशुद्धये

«À présent, l’âge de Kali prévaut, d’une forme redoutable. C’est pourquoi offre une peau d’antilope noire (kṛṣṇājina) pour la purification de tous les péchés.»

Verse 94

तथा च ते घृणाऽप्यस्ति गुरुवित्तसमुद्भवा । तदर्थं कुरु तन्नाम्ना शंकरस्य निवेशनम्

Et toi aussi, tu portes de l’aversion, née de l’attachement aux richesses du guru. C’est pourquoi, pour cette raison, édifie une demeure pour Śaṅkara, en Son propre Nom.

Verse 95

येन तस्मादपि त्वं हि आनृण्यं यासि तत्क्षणात् । अन्यत्रापि च तद्वित्तं यत्किंचिच्च प्रपद्यते

Par cet acte, à l’instant même tu seras délivré de toute dette, même envers lui. Et quelle que soit la part de cette richesse qui, d’une autre manière, parvienne entre tes mains,

Verse 96

ब्राह्मणेभ्यो विशिष्टेभ्यो नित्यं देहि समाहितः । तिलपात्रं सदा देहि सहिरण्यं विशेषतः

L’esprit recueilli, donne sans cesse aux brāhmaṇas éminents. Offre toujours en aumône un vase de sésame, et tout particulièrement en l’accompagnant d’or.

Verse 97

येन ते सकलं पापं देहान्नाशं प्रगच्छति । अपरं चैत्रमासेऽहं सदाऽगच्छामि भक्तितः

Par cela, tout ton péché s’éloigne et se trouve détruit du corps. De plus, au mois de Caitra, je viens ici sans cesse, par dévotion.

Verse 98

कल्पग्रामात्सुदूराच्च प्रासादेऽत्र स्वयं कृते । पुनर्यामि च तत्रैव व्रतमेतद्धि मे स्थितम्

Depuis le lointain Kalpagrāma, je viens à ce temple que j’ai moi-même établi ici. Puis je retourne encore en ce même lieu : tel est, en vérité, le vœu que je garde.

Verse 99

तस्माच्चिंत्यस्त्वयाह्येष प्रासादो यो मया कृतः । चिंतनीयं सदैवेह स्नानादिभिरनेकशः

C’est pourquoi tu dois garder en ton cœur ce sanctuaire que j’ai édifié. Ici, qu’on s’en souvienne sans cesse, maintes et maintes fois, avec le bain rituel et les autres actes sacrés.

Verse 100

दुःशील उवाच । करिष्यामि वचस्तेऽहं यथा वदसि सन्मुने

Duḥśīla dit : «J’accomplirai ta parole, ô sage vénérable, exactement comme tu l’ordonnes.»

Verse 101

दुर्वासा उवाच । सर्वपापविशुद्ध्यर्थं दत्ते कृष्णाजिने द्विजः । प्रयच्छ तिलपात्राणि गुप्तपापस्य शुद्धये

Durvāsā dit : «Pour se purifier de tous les péchés, lorsqu’un brāhmane donne une peau d’antilope noire, qu’il offre aussi des récipients de sésame, afin de laver même les fautes cachées.»

Verse 102

सूत उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा दत्तं तेन महात्मना । ततः कृष्णाजिनं भक्त्या ब्राह्मणायाहिताग्नये

Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, cet homme au grand cœur donna comme il avait été prescrit. Puis, avec dévotion, il offrit la peau d’antilope noire à un brāhmane qui entretenait les feux sacrés.

Verse 103

दुर्वाससः समा देशाद्यथोक्तविधिना द्विजाः । यच्छतस्तिलपात्राणि तस्य नित्यं प्रभक्तितः

Alors les brāhmanes, selon le rite enseigné par Durvāsā, lui remettaient des récipients de sésame de cette contrée, régulièrement et avec une grande dévotion.

Verse 104

गतपापस्य दीक्षां च ददौ निर्वाणसंभवाम् । तथासौ गतपापस्य दीक्षां दत्त्वा यथाविधि

À celui dont les péchés avaient été effacés, il accorda une dīkṣā menant à la délivrance. Ainsi, après avoir conféré selon la règle l’initiation au purifié,

Verse 105

ततः प्रोवाच मधुरं देहि मे गुरुदक्षिणाम्

Alors il dit avec douceur : «Donne-moi la guru-dakṣiṇā, l’offrande d’honneur due au maître.»

Verse 106

दुःशील उवाच । याचस्व त्वं प्रभो शीघ्रं यां ते यच्छामि दक्षिणाम् । तां प्रदास्यामि चेच्छक्तिर्वित्तशाठ्यविवर्जिताम्

Duḥśīla dit : «Ô Seigneur, demande vite la guru-dakṣiṇā que je t’offre. Si j’en ai le pouvoir, je la donnerai, sans aucune ruse ni tromperie au sujet des biens.»

Verse 107

दुर्वासा उवाच । कल्पग्रामं गमिष्यामि सांप्रतं वर्तते कलिः । नाहमत्रागमिष्यामि यावन्नैव कृतं भवेत्

Durvāsā dit : «Je vais maintenant à Kalpagrāma, car c’est le temps où Kali prévaut. Je ne reviendrai pas ici tant que cela ne sera pas réellement achevé.»

Verse 108

अर्धनिष्पादितो ह्येष प्रासादो यो मया कृतः । परिपूर्तिं त्वया नेय एषा मे गुरुदक्षिणा

«Ce temple (prāsāda) que j’ai entrepris n’est achevé qu’à moitié. C’est à toi de le mener à son accomplissement : telle sera ma guru-dakṣiṇā.»

Verse 109

नृत्यगीतादिकं यच्च तथा कार्यं स्वशक्तितः । पुरतोऽस्य बलिर्देयस्तथान्यत्कुसुमादिकम्

Et tout le reste—danse, chant et autres—qu’on l’organise selon sa propre capacité. Devant cette divinité/ce sanctuaire, qu’on offre le bali (offrande rituelle), ainsi que d’autres offrandes telles que des fleurs, et ainsi de suite.

Verse 110

एवमुक्त्वा गतः सोऽथ कल्पग्रामं मुनीश्वरः । दुःशीलोऽपि तथा चक्रे यत्तेन समुदाहृतम्

Après avoir ainsi parlé, ce seigneur parmi les sages se rendit à Kalpagrāma. Et Duḥśīla, lui aussi, accomplit exactement ce qui lui avait été prescrit.

Verse 111

सूत उवाच । एवं तस्य प्रभक्तस्य तत्कार्याणि प्रकुर्वतः । तन्नाम्ना कीर्त्यते सोऽथ दुःशील इति संज्ञितः

Sūta dit : «Ainsi, tandis qu’il accomplissait ces actes avec dévotion et fidélité, il devint ensuite célèbre sous ce même nom, étant appelé “Duḥśīla”.»

Verse 112

चैत्रमासे च यो नित्यं तं च देवं प्रपश्यति । क्षणं कृत्वा स पापेन वार्षिकेण प्रमुच्यते

Quiconque, durant le mois de Caitra, contemple chaque jour cette divinité—ne fût-ce qu’un instant—est délivré du péché accumulé en une année.

Verse 113

यः पुनः स्नपनं तस्य सर्वं चैव करोति च । त्रिंशद्वर्षोद्भवं पापं तस्य गात्रात्प्रणश्यति

Et quiconque accomplit intégralement le rite du bain (snapana) pour cette divinité—dans toutes ses parties—voit s’anéantir, depuis son propre corps, le péché né de trente années.

Verse 114

यः पुनर्नृत्यगीताद्यं कुरुते च तदग्रतः । आजन्ममरणात्पापात्सोऽपि मुक्तिमवाप्नुयात्

De plus, quiconque offre devant Lui danse, chant et offrandes semblables est délivré même des péchés amassés de la naissance à la mort, et parvient à la Libération (mokṣa).