
Cet adhyāya, sous forme de dialogue entre Śiva et Devī, explique pourquoi Savitrī est associée au Kṣetra de Prabhāsa et comment l’urgence rituelle peut engendrer une tension éthique et théologique. Śiva raconte la décision de Brahmā d’instituer un grand yajña à Puṣkara, avec l’exigence d’une patnī (partenaire rituelle) pour la dīkṣā et le homa. Retardée par les devoirs du foyer, Savitrī est absente ; Indra fait venir une jeune bergère convenable, qui devient Gāyatrī, et le yajña se poursuit. Lorsque Savitrī arrive avec d’autres déesses, elle affronte Brahmā dans l’assemblée et prononce une suite de śāpa (malédictions) : contre Brahmā (culte annuel restreint, avec exception marquée en Kārtikī), contre Indra (humiliation et captivité futures), contre Viṣṇu (souffrance de séparation conjugale lors d’une incarnation mortelle), contre Rudra (conflit dans l’épisode de Daruvana), ainsi que contre Agni et divers spécialistes du rite—dénonçant l’action guidée par le désir et la commodité procédurale. Viṣṇu offre alors une stuti solennelle à Savitrī ; elle accorde des bienfaits compensateurs et permet l’achèvement du yajña, tandis que Gāyatrī assure l’efficacité du japa, du prāṇāyāma, de la dāna et l’atténuation des fautes rituelles, surtout à Prabhāsa et Puṣkara. Le chapitre se clôt en situant Savitrī à Prabhāsa près de Someshvara et en prescrivant des pratiques locales : adoration pendant une quinzaine, bain au Pāṇḍu-kūpa avec darśana de cinq liṅga installés par les Pāṇḍava, et récitation des Brahma-sūkta près du lieu de Savitrī à la pleine lune de Jyeṣṭha. Le fruit promis est la délivrance des péchés et l’accès à l’état suprême.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि सावित्रीं लोकमातरम् । महा पापप्रशमनीं सोमेशादीशदिक्स्थिताम्
Īśvara dit : Ensuite, ô Grande Déesse, il faut se rendre auprès de Sāvitrī, la Mère des mondes—celle qui apaise les lourds péchés—établie dans la direction qui commence par (le quartier de) Someśa.
Verse 2
संयतात्मा नरः पश्येत्तत्र तां नियतात्मवान्
L’homme maître de lui et au mental discipliné doit la contempler en ce lieu.
Verse 3
ब्रह्मणा यष्टुकामेन सावित्री सहधर्मिणी । कृता तां बलतो ज्ञात्वा गायत्रीं कोपमाविशत्
Lorsque Brahmā, désireux d’accomplir un sacrifice, prit Sāvitrī pour épouse légitime, Gāyatrī—comprenant que cela avait été fait par contrainte—fut saisie de colère.
Verse 4
ततः संत्यज्य सा देवी ब्रह्माणं कमलोद्भवम् । सपत्नीरोषसन्तप्ता प्रभासं क्षेत्रमाश्रिता
Alors la Déesse, quittant Brahmā, le Né du lotus, tourmentée par la colère née de la rivalité d’une coépouse, prit refuge dans le kṣetra sacré de Prabhāsa.
Verse 5
तपः करोति विपुलं देवैरपि सुदुःसहम् । तत्र स्थले स्थिता देवी साऽद्यापि प्रियदर्शना
Là, elle accomplit une austérité immense, épreuve difficile même pour les dieux; demeurant en ce lieu même, la Déesse y reste encore aujourd’hui, belle et douce à contempler.
Verse 6
श्रीदेव्युवाच । किमर्थं सा परित्यक्ता सावित्री ब्रह्मणा पुरा । गायत्री च कथं प्राप्ता केन चास्य निवेदिता
La Déesse bienheureuse dit : «Pour quelle raison Sāvitrī fut-elle jadis délaissée par Brahmā ? Et comment Gāyatrī vint-elle à lui, et par qui lui fut-elle présentée ?»
Verse 7
कीदृशीं तां च गायत्रीं लब्धवान्पद्मसंभवः । यस्तां पत्नीं समुत्सृज्य तस्यामेव मनो दधौ
Et quelle était donc cette Gāyatrī que le Né-du-Lotus (Brahmā) obtint—lui qui, délaissant son épouse, fixa son esprit sur elle seule ?
Verse 8
कस्य सा दुहिता देव किमर्थं च विवाहिता । एतन्मे कौतुकं सर्वं यथावद्वक्तुमर्हसि
Ô Seigneur, de qui était-elle la fille, et dans quel dessein fut-elle mariée ? Tout cela éveille ma curiosité—daigne l’exposer correctement, tel que cela advint en vérité.
Verse 9
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि सावित्र्याश्चरितं महत् । यथा सा ब्रह्मणा त्यक्ता गायत्री च विवाहिता
Īśvara dit : «Écoute, ô Déesse ; je vais raconter la grande histoire de Sāvitrī—comment elle fut délaissée par Brahmā, et comment Gāyatrī fut mariée».
Verse 10
पुरा बुद्धिः समुत्पन्ना ब्रह्मणोऽव्यक्तजन्मनः । इति वेदा मया प्रोक्ता यज्ञार्थं नात्र संशयः
Autrefois, une intention naquit en Brahmā, dont la naissance est inmanifestée : «Les Veda ont été proclamés par moi pour le but du sacrifice (yajña) ; là-dessus, point de doute».
Verse 11
यज्ञैः संतर्पिता देवा वृष्टिं दास्यंति भूतले । ततश्चौषधयः सर्वा भविष्यंति धरातले
Rassasiés par les sacrifices, les dieux accorderont la pluie sur la terre ; alors toutes les herbes médicinales et les moissons prospéreront sur le sol.
Verse 12
तस्मात्संजायते शुक्रं शुक्रात्सृष्टिः प्रवर्तते । सृष्ट्यर्थं सर्वलोकानां ततो यज्ञं करोम्यहम्
De là naît la puissance génératrice; de cette puissance procède la création. Ainsi, pour engendrer tous les mondes, j’accomplis le sacrifice sacré, le yajña.
Verse 13
दृष्ट्वा मां यज्ञ आसक्तं ये च विप्रा धरातले । ते यज्ञान्प्रचरिष्यंति शतशोऽथ सहस्रशः
Me voyant voué au yajña, les brahmanes sur la terre propageront les sacrifices, par centaines, et même par milliers.
Verse 14
एवं स निश्चयं कृत्वा यज्ञार्थं सुरसुंदरि । तीर्थं निवेशयामास पुष्करं नाम नामतः
Ainsi, ayant arrêté sa résolution pour le yajña, ô jeune fille divine, il établit là un tīrtha, un gué sacré, renommé sous le nom de Puṣkara.
Verse 15
यज्ञवाटो महांस्तत्र आसीत्तस्य महात्मनः । तत्र देवर्षयः सर्वे देवाः सेन्द्रपुरोगमाः
Là, pour ce grand être, se dressait un vaste enclos sacrificiel (yajñavāṭa) ; et là s’assemblèrent tous les sages divins, ainsi que les dieux conduits par Indra.
Verse 16
समायाता महादेवि यज्ञे पैतामहे तदा । पुण्यास्तेऽपि द्विजश्रेष्ठास्तत्रर्त्विजः प्रजज्ञिरे
Alors, ô grande Déesse, ils se rassemblèrent pour ce yajña Paitāmaha ; et là, ces méritants, les meilleurs des deux-fois-nés, devinrent les ṛtvij, prêtres officiants.
Verse 17
सावित्री लोकजननी पत्नी तस्य महात्मनः । गृहकार्ये समासक्ता दीक्षा कालव्यतिक्रमात् । अध्वर्युणा समाहूता सावित्री वाक्यमब्रवीत्
Sāvitrī, mère des mondes et épouse de ce grand d’âme, était absorbée par les devoirs du foyer ; et comme l’heure de la dīkṣā (consécration) était dépassée, le prêtre Adhvaryu la fit appeler—alors Sāvitrī prononça ces paroles.
Verse 18
सावित्र्युवाच । अद्यापि न कृतो वेषो न गृहे गृहमण्डनम् । लक्ष्मीर्नाद्यापि संप्राप्ता न भवानी न जाह्नवी
Sāvitrī dit : «Jusqu’à présent, ma tenue n’est pas prête, et la maison n’est pas ornée. Lakṣmī n’est pas encore arrivée—ni Bhavānī, ni Jāhnavī».
Verse 19
न स्वाहा न स्वधा चैव तथा चैवाप्यरुंधती । इन्द्राणी देवपत्न्योऽन्याः कथमेकाकिनी व्रजे
«Ni Svāhā ni Svadhā ne sont ici, pas plus qu’Arundhatī ; ni Indrāṇī ni les autres épouses des dieux. Comment pourrais-je m’y rendre seule ?»
Verse 20
उक्तः पितामहो गत्वा पुलस्त्येन महात्मना । सावित्री देव नायाति प्रसक्ता गृहकर्मणि
Alors le grand d’âme Pulastya alla informer Pitāmaha : «Ô dieu, Sāvitrī ne vient pas—elle est prise par les travaux du foyer».
Verse 21
त्वत्पत्नी किमिदं कर्म फलेन संप्रवर्तते । तच्छ्रुत्वा दीक्षितो वाचं शिखी मुंडी मृगाजिनी
«Quelle est donc cette conduite de ton épouse—quel fruit peut en sortir ?» À ces mots, le consacré—portant la śikhā, la tête rasée, vêtu d’une peau de daim—réagit.
Verse 22
पत्नीकोपेन संतप्तः प्राह देवं पुरंदरम्
Brûlant de colère à cause de son épouse, il s’adressa au dieu Purandara (Indra).
Verse 23
गच्छ मद्वचनाच्छक्र पत्नीमन्यां कुतश्चन । गृहीत्वा शीघ्रमागच्छ न स्यात्कालात्ययो यथा
«Va, ô Śakra, selon mon ordre : amène de quelque part une autre épouse et reviens vite, afin que l’heure prescrite ne soit point dépassée.»
Verse 24
जगाम बलहा तूर्णं वचनात्परमेष्ठिनः । अपश्यमानः कांचित्स्त्रीं या योग्या हंसवाहने
Sur l’ordre de Parameṣṭhin (Brahmā), Balahā s’en alla promptement, cherchant une femme digne d’être unie au Seigneur porté par le cygne, pour le rite sacré.
Verse 25
अथ शापाद्बिभीतेन सहस्राक्षेण धीमता । दृष्टा गोपालकन्यैका रूपयौवनशालिनी
Alors le sage Sahasrākṣa (Indra), saisi de crainte à cause d’une malédiction, aperçut une jeune vachère, rayonnante de beauté et de grâce juvénile.
Verse 26
बिभ्रती तत्र पूर्णं सा कुम्भं कन्येत्यचोदयत् । तां गृहीत्वा ततः शक्रः समायाद्यत्र दीक्षितः । देवदेवश्चतुर्वक्त्रो विष्णुरुद्रसमन्वितः
Là, elle se tenait, portant une cruche d’eau pleine ; (Indra) l’exhorta en disant : «Jeune fille !» Puis Śakra l’emmena au lieu où se déroulait la consécration, où se tenait le Seigneur des dieux, le Quatre-Visages (Brahmā), accompagné de Viṣṇu et de Rudra.
Verse 27
संप्रदानं तु कृतवान्कन्याया मधुसूदनः
Alors Madhusūdana (Viṣṇu) accomplit le saṃpradāna, le rite solennel de « remise » de la jeune fille.
Verse 28
प्रेरितः शंकरेणैव ब्रह्मा देवर्षिभिस्तथा । परिणीयतां ततो दीक्षां तस्याश्चक्रे यथात्मनः
Pressé par Śaṅkara et par les sages célestes, Brahmā la fit marier selon le rite et accomplit pour elle la dīkṣā, comme il l’aurait faite pour lui-même.
Verse 29
ततः प्रवर्तितो यज्ञः सर्वकामसमन्वितः
Ensuite, le sacrifice (yajña) fut mis en mouvement, doté du pouvoir d’exaucer tous les vœux légitimes.
Verse 30
अत्रिर्होतार्चिकस्तत्र पुलस्त्योऽध्वर्युरेव च । उद्गाताऽथो मरीचिश्च ब्रह्माहं सुरपुंगवः
Là, Atri officia comme Hotṛ et aussi comme récitant des Ṛc; Pulastya fut l’Adhvaryu; Marīci fut l’Udgātṛ; et moi, le plus éminent des dieux, je fus le prêtre Brahmā, gardien du rite.
Verse 31
सनत्कुमारप्रमुखाः सदस्यास्तस्य निर्मिताः । वस्त्रैराभरणैर्युक्ता मुकुटैरंगुलीयकैः
Sanatkumāra et d’autres furent établis comme membres de l’assemblée pour ce rite, parés de vêtements et d’ornements — couronnes et anneaux.
Verse 32
भूषिता भूषणोपेता एकैकस्य पृथक्पृथक् । त्रयस्त्रयः पृष्ठतोऽन्ये ते चैवं षोडशर्त्विजः
Ils étaient magnifiquement parés, chacun portant des ornements distincts. D’autres se tenaient derrière eux par groupes de trois ; ainsi furent disposés les seize ṛtvij, prêtres officiants.
Verse 33
प्रोक्ता भवद्भि र्यज्ञेऽस्मिन्ननुगृह्योऽस्मि सर्वदा । पत्नी ममेयं गायत्री यज्ञेऽस्मिन्ननुगृह्यताम्
«Dans ce yajña, vous avez parlé et dirigé ; par vous je suis toujours comblé de faveur. Voici mon épouse, Gāyatrī : qu’elle aussi soit accueillie avec grâce dans ce sacrifice».
Verse 34
मृदुवस्त्रधरां साक्षात्क्षौमवस्त्रावगुण्ठिताम् । निष्क्रम्य पत्नीशालात ऋत्विग्भिर्वेदपारगैः
Vêtue d’étoffes douces et voilée de lin, elle sortit de la salle des épouses, accompagnée des ṛtvij, parfaitement versés dans les Veda.
Verse 35
औदुम्बरेण दण्डेन संवृतो मृगचर्मणा । तया सार्धं प्रविष्टश्च ब्रह्मा तं यज्ञमण्डपम्
Portant un bâton de bois d’udumbara et enveloppé d’une peau de daim, Brahmā entra dans ce pavillon sacrificiel avec elle.
Verse 36
ईश्वर उवाच । एतस्मिन्नेव काले तु संप्राप्ता देवयोषितः । संप्राप्ता यत्र सावित्री यज्ञे तस्मिन्निमंत्रिताः
Īśvara dit : «À cet instant même arrivèrent les dames célestes ; elles vinrent au yajña où Sāvitrī avait été conviée».
Verse 37
भृगोः ख्यात्यां समुत्पन्ना विष्णुपत्नी यशस्विनी । आमन्त्रिता सा लक्ष्मीश्च तत्रायाता त्वरान्विता
Lakṣmī—glorieuse épouse de Viṣṇu, née de Bhṛgu et de Khyāti—ayant été conviée, se hâta de venir en ce lieu.
Verse 38
तत्र देवी महाभागा योगनिद्रादिभूषिता । देवी कांतिस्तथा श्रद्धा द्युतिस्तुष्टिस्तथैव च
Là vint la Déesse, très fortunée, parée de Yoga-nidrā et des autres; vinrent aussi les déesses Kānti, Śraddhā, Dyuti et Tuṣṭi.
Verse 39
सती या दक्षतनया उमा या पार्वती शुभा । त्रैलोक्यसुन्दरी देवी स्त्रीणां सौभाग्यदायका
Elle qui est Satī, fille de Dakṣa; elle qui est Umā l’auspicieuse, Pārvatī la bienfaisante : la Déesse, beauté des trois mondes, dispensatrice de bonne fortune aux femmes.
Verse 40
जया च विजया चैव गौरी चैव महाधना । मनोजवा वायुपत्नी ऋद्धिश्च धनदप्रिया
Vinrent aussi Jayā et Vijayā, ainsi que Gaurī et Mahādhanā; Manojavā, l’épouse de Vāyu; et Ṛddhi, bien-aimée du Seigneur des richesses.
Verse 41
देवकन्यास्तथाऽयाता दानव्यो दनुवंशजाः । सप्तर्षीणां तथा पत्न्य ऋषीणां च तथैव च
Arrivèrent aussi des jeunes filles célestes, ainsi que des femmes Dānava issues de la lignée de Danu; de même les épouses des Sept Ṛṣis et celles des autres sages.
Verse 42
प्लवा मित्रा दुहितरो विद्याधरगणास्तथा । पितरो रक्षसां कन्यास्तथाऽन्या लोकमातरः
Plavā et Mitrā, ainsi que les filles, les cohortes des Vidyādhara, les Pitṛ, les jeunes filles des Rākṣasa, et d’autres Mères des mondes encore, s’y assemblèrent.
Verse 43
वधूभिश्चैव मुख्याभिः सावित्री गन्तुमिच्छति । अदित्याद्यास्तथा देव्यो दक्षकन्याः समागताः
Sāvitrī voulut s’y rendre, accompagnée des épouses les plus éminentes; et les déesses, à commencer par Aditi—filles de Dakṣa—s’y rassemblèrent également.
Verse 44
ताभिः परिवृता सार्धं ब्रह्माणी कमलालया । काश्चिन्मोदकमादाय काश्चित्पूपं वरानने
Entourée de ces dames, Brahmāṇī—l’épouse de Brahmā, la déesse demeurant dans le lotus—se mit en route avec elles : certaines portaient des modaka sucrés, d’autres des pūpa (gâteaux), ô toi au beau visage.
Verse 45
फलानि तु समादाय प्रयाता ब्रह्मणोऽन्तिकम् । आढकीश्चैव निष्पावान्राजमाषांस्तथाऽपराः
Ayant pris des fruits, elles s’avancèrent jusqu’à la présence de Brahmā. Certaines portaient de l’āḍhakī (légumineuses), d’autres des haricots niṣpāva, et d’autres encore du rāja-māṣa (haricot de choix).
Verse 46
दाडिमानि विचित्राणि मातुलिंगानि शोभने । करीराणि तथा चान्या गृहीत्वा करमर्दकान्
Certaines prirent des grenades bigarrées et de beaux mātuliṅga (cédrats), ô toi qui rayonnes; d’autres portèrent aussi des fruits de karīra et, les ayant cueillis, des fruits de karamardaka également.
Verse 47
कौसुंभं जीरकं चैव खर्जूरं चापरास्तथा । उततीश्चापरा गृह्य नालिकेराणि चापराः
D’autres apportèrent le kausuṃbha (carthame) et le cumin, ainsi que des dattes ; certains portaient l’utatī, et d’autres prirent des noix de coco.
Verse 48
द्राक्षया पूरितं चाम्रं शृङ्गाराय यथा पुरा । कर्बुराणि विचित्राणि जंबूकानि शुभानि च
On apporta aussi des mangues remplies de raisins—comme jadis pour la joie—ainsi que des fruits karbura bigarrés et de bons fruits de jambu, de bon augure.
Verse 49
अक्षोडामलकान्गृह्य जंबीराणि तथा पराः । बिल्वानि परिपक्वानि चिर्भटानि वरानने
Prenant des noix et des āmalaka, d’autres apportèrent aussi des citrons jambīra ; ô toi au beau visage, il y avait des fruits de bilva bien mûrs et des cirbhaṭa (melons).
Verse 50
अन्नपानाधिकाराणि बहूनि विविधानि च । शर्करापुत्तलीं चान्या वस्त्रे कौसुम्भके तथा
On apporta de nombreuses provisions de nourriture et de boisson, diverses et abondantes. Une autre portait des douceurs de sucre, ainsi que des vêtements teints au kausumbha (carthame).
Verse 51
एवमादीनि चान्यानि गृह्य पूर्वे वरानने । सावित्र्या सहिताः सर्वाः संप्राप्तास्तु तदा शुभाः
Ainsi, ô toi au beau visage, ayant pris bien d’autres objets de ce genre, toutes ces nobles dames arrivèrent alors en ce lieu, avec Sāvitrī, sous de favorables auspices.
Verse 52
सावित्रीमागतां दृष्ट्वा भीतस्तत्र पुरंदरः । अधोमुखः स्थितो ब्रह्मा किमेषा मां वदिष्यति
Voyant Sāvitrī arriver, Purandara (Indra) fut saisi de crainte en ce lieu. Brahmā demeura, le visage baissé, songeant : «Que va-t-elle me dire ?»
Verse 53
त्रपान्वितौ विष्णुरुद्रौ सर्वे चान्ये द्विजातयः । सभासदस्तथा भीतास्तथैवान्ये दिवौकसः
Viṣṇu et Rudra furent saisis de honte; tous les autres « deux-fois-nés » le furent aussi. Les membres de l’assemblée prirent peur, de même que les autres êtres célestes.
Verse 54
पुत्रपौत्रा भागिनेया मातुला भ्रातरस्तथा । ऋतवो नाम ये देवा देवानामपि देवताः
Fils et petits-fils, fils des sœurs, oncles maternels et frères également ; avec les divinités nommées les Saisons (Ṛtu), vénérées même parmi les dieux, tous étaient présents en ce lieu.
Verse 55
विलक्षास्तु तथा सर्वे सावित्री किं वदिष्यति । ब्रह्मवाक्यानि वाच्यानि किं नु वै गोपकन्यया
Tous demeurèrent interdits : «Que dira Sāvitrī ? Comment les paroles solennelles de Brahmā pourraient-elles être prononcées—et comment une jeune vachère pourrait-elle les dire ?»
Verse 56
मौनीभूतास्तु शृण्वानाः सर्वेषां वदतां गिरः । अध्वर्युणा समाहूता नागता वरवर्णिनी
Ils se turent, écoutant les voix de tous ceux qui parlaient. Bien qu’invitée par le prêtre Adhvaryu, la belle dame ne vint pas.
Verse 57
शक्रेणान्या तथाऽनीता दत्ता सा विष्णुना स्वयम् । अनुमोदिता च रुद्रेण पित्रा दत्ता स्वयं तथा
Alors Śakra (Indra) amena une autre femme. Viṣṇu lui-même la donna en mariage ; Rudra l’approuva, et son père aussi la remit de sa propre main.
Verse 58
कथं सा भविता यज्ञः समाप्तिं वा कथं व्रजेत् । एवं चिन्तयतां तेषां प्रविष्टा कमलालया
«Comment ce sacrifice se poursuivra-t-il, et comment parviendra-t-il à son achèvement ?»—tandis qu’ils s’interrogeaient ainsi, la Dame qui demeure dans le lotus entra dans la salle.
Verse 59
वृतो ब्रह्मा भार्यया स ऋत्विग्भिर्वेदपारगैः । हूयन्ते चाग्नयस्तत्र ब्राह्मणैर्वेदपारगैः
Brahmā, accompagné de son épouse, était entouré d’officiants versés dans les Veda ; et là, les feux sacrés étaient dûment invoqués par des brahmanes maîtres du savoir védique.
Verse 60
पत्नीशाले तथा गोपी रौप्यशृंगा समेखला । क्षौमवस्त्रपरीधाना ध्यायन्ती परमेश्वरम्
Dans la patnīśālā, le pavillon des épouses, se tenait la jeune gopī—parée d’ornements d’argent et d’une ceinture, vêtue de lin fin—méditant sur le Seigneur Suprême.
Verse 61
पतिव्रता पतिप्राणा प्राधान्येन निवेशिता । कृपान्विता विशालाक्षी तेजसा भास्करोपमा
Elle était une pativratā, vouée à son époux et le tenant pour sa propre vie ; on la fit asseoir en un lieu d’honneur—pleine de compassion, aux grands yeux, et rayonnante de splendeur telle le soleil.
Verse 62
द्योतयंती सदस्तत्र सूर्यस्येव यथा प्रभा । ज्वलमानस्तथा वह्निर्भ्रमंते चर्त्विजस्तथा
Elle illumina la salle du sacrifice, telle la radiance même du soleil. Le feu aussi flamboyait avec éclat, et les prêtres officiants allaient et venaient selon l’ordre prescrit.
Verse 63
पशूनामवदानानि गृह्णंति द्विजसत्तमाः । प्राप्ता भागार्थिनो देवा विलंबसमयोऽभवत्
Les plus excellents des brahmanes prirent les parts assignées des animaux du sacrifice. Les dieux, venus réclamer leur dû, étaient arrivés, mais un retard survint.
Verse 64
कालहीनं न कर्तव्यं कृतं न फलदं भवेत् । वेदेष्वयमधीकारो दृष्टः सर्वो मनीषिभिः
Un rite ne doit pas être accompli hors de son temps propre ; fait à contretemps, il ne porte pas de fruit. Cette règle d’habilitation et de juste moment se voit dans tous les Veda, ainsi que l’ont reconnu les sages.
Verse 65
प्रवर्ग्ये क्रियमाणे तु ब्राह्मणैर्वेदपारगैः । क्षीरद्वये हूयमाने मंत्रेणाध्वर्युणा तथा
Lorsque le rite du Pravargya était accompli par des brahmanes maîtres des Veda, et lorsque les deux oblations de lait étaient versées dans le feu avec mantra par l’Adhvaryu, selon la prescription—
Verse 66
उपहूतोपहूतेन आगतेषु द्विजन्मसु । क्रियमाणे तथा भक्ष्ये दृष्ट्वा देवी क्रुधान्विता । उवाच देवी ब्रह्माणं सदोमध्ये तु मौनिनम्
Lorsque les deux-fois-nés furent arrivés selon les invitations et contre-invitations, et tandis que l’on préparait la nourriture, la Déesse, voyant cela, s’emplit de colère. Au milieu de la salle d’assemblée, elle s’adressa à Brahmā, assis là dans le silence.
Verse 67
किमेवं बुध्यते देव कृतमेतद्विचेष्टितम् । मां परित्यज्य यः कामात्कृतवानसि किल्बिषम्
Ô Deva, comment as-tu pu penser et agir ainsi ? En m'abandonnant par désir, tu as commis une transgression pécheresse.
Verse 68
न तुल्या पादरजसा समा साऽधिशिरः कृता
Elle n'est même pas l'égale de la poussière des pieds ; pourtant, elle a été placée comme une égale, voire mise au-dessus de la tête.
Verse 69
यद्वदंति नराः सर्वे संगताः सदसि स्थिताः । आश्चर्यं च प्रभूणां तु कुरुते यं यमिच्छति
Ce que disent tous les gens réunis et assis dans l'assemblée est ceci : les puissants peuvent produire n'importe quelle merveille qu'ils souhaitent, comme ils le souhaitent.
Verse 70
भवता रूपलोभेन कृतं कर्म विगर्हितम्
Poussé par l'avidité de la beauté, tu as commis un acte blâmable.
Verse 71
न पुत्रेषु कृता लज्जा पौत्रेषु च न ते विभो । कामकारकृतं मन्ये ह्येतत्कर्म विगर्हितम्
Tu n'as éprouvé aucune honte devant tes fils, ni même devant tes petits-fils, ô Seigneur. Je considère que cet acte répréhensible a été accompli sous la contrainte du désir.
Verse 72
पितामहोऽसि देवानामृषीणां प्रपितामहः । कथं न ते त्रपा जाता आत्मनः पश्यतस्तनुम्
Tu es l’Aïeul des dieux, l’arrière-aïeul des sages ṛṣi. Comment la honte ne s’est-elle pas levée en toi, alors même que tu contemplais ton propre corps ?
Verse 73
लोकमध्ये कृतं हास्यमिह चैव विगर्हितः । यद्येष ते स्थितो भावस्तिष्ठ देव नमोऽस्तु ते
Au milieu du monde tu es devenu la risée, et ici même tu es blâmé. Si tel est l’état fixé en toi, demeure donc ainsi, ô Deva — à toi mon hommage.
Verse 74
अहं कथं सखीनां तु दर्शयिष्यामि वै मुखम् । भर्त्रा मे विहिता पत्नी कथमेतदहं वदे
Comment pourrai-je montrer mon visage à mes compagnes ? Comment dire ceci : que mon époux m’a désignée pour épouse ?
Verse 75
ब्रह्मोवाच । ऋत्विग्भिरहमाज्ञप्तो दीक्षा कालोऽतिवर्तते । पत्नीं विना न होमोत्र शीघ्रं पत्नीमिहानय
Brahmā dit : « Les ṛtvij m’ont enjoint : le temps de la dīkṣā s’écoule. Sans épouse, le homa ne peut être accompli ici ; amène vite l’épouse en ce lieu. »
Verse 76
शक्रेणैषा समानीता दत्ता चैवाऽथ विष्णुना । गृहीता च मया त्वं हि क्षमस्वैकं मया कृतम् । न चापराध्यं भूयोऽन्यं करिष्ये तव सुव्रते
Elle a été amenée par Śakra et, certes, donnée par Viṣṇu ; et moi, je l’ai acceptée. Ô toi de noble vertu, pardonne-moi cet acte unique. Je ne commettrai plus aucune faute envers toi.
Verse 77
ईश्वर उवाच । एवमुक्ता तदा क्रुद्धा ब्रह्माणं शप्तुमुद्यता । यदि मेऽस्ति तपस्तप्तं गुरवो यदि तोषिताः
Īśvara dit : Ainsi interpellée, elle s’emporta et se prépara à maudire Brahmā : «Si j’ai vraiment accompli le tapas (l’austérité), si mes maîtres ont été réellement satisfaits…»
Verse 78
सर्वब्राह्मणशालासु स्थानेषु विविधेष्वपि । न तु ते ब्राह्मणाः पूजां करिष्यंति कदाचन
«Dans toutes les salles des brahmanes et en maints endroits, les brahmanes n’accompliront jamais de culte pour toi.»
Verse 79
ऋते वै कार्तिकीमेकां पूजां सांवत्सरीं तव । करिष्यंति द्विजाः सर्वे सत्येनानेन ते शपे । एतद्बुद्ध्वा न कोपोस्तु हतो हन्ति न संशयः
«Hormis l’unique culte annuel du mois de Kārtika, tous les dvija (les “deux-fois-nés”) ne t’adoreront pas. Par cette vérité, je te le jure. Sachant cela, qu’il n’y ait point de colère : celui qui est frappé frappe en retour, sans doute.»
Verse 80
सावित्र्युवाच । भोभोः शक्र त्वयानीता आभीरी ब्रह्मणोऽन्तिकम् । यस्मादीदृक्कृतं कर्म तस्मात्त्वं लप्स्यसे फलम्
Sāvitrī dit : «Ô Śakra (Indra), c’est toi qui as conduit l’Ābhīrī, la bergère, auprès de Brahmā. Puisque tu as fait accomplir un tel acte, tu en recevras le fruit.»
Verse 81
यदा संग्राममध्ये त्वं स्थाता शक्र भविष्यसि । तदा त्वं शत्रुभिर्बद्धो नीतः परमिकां दशाम्
«Quand toi, ô Śakra, tu te tiendras au cœur de la bataille, alors tu seras lié par les ennemis et conduit à l’état le plus funeste.»
Verse 82
अकिंचनो नष्टसुतः शत्रूणां नगरे स्थितः । पराभवं महत्प्राप्य अचिरादेव मोक्ष्यसे
Dénué de tout appui, ton ‘fils’ perdu, demeurant dans la cité de l’ennemi—après une grande humiliation, tu seras délivré sous peu.
Verse 83
शक्रं शप्त्वा तदा देवी विष्णुं चाऽथ वचोब्रवीत्
Après avoir maudit Śakra, la Déesse adressa aussi des paroles à Viṣṇu.
Verse 84
गुरुवाक्येन ते जन्म यदा मर्त्ये भवि ष्यति । भार्याविरहजं दुःखं तदा त्वं तत्र भोक्ष्यसे
Par l’ordre de ton précepteur, lorsque tu naîtras parmi les mortels, tu y goûteras la peine née de la séparation d’avec ton épouse.
Verse 85
हृतां शत्रुगणैः पत्नीं परे पारे महोदधेः । न च त्वं ज्ञायसे सीतां शोकोपहचेतनः
Quand ton épouse sera enlevée par des troupes ennemies vers l’autre rive lointaine du grand océan, tu ne la reconnaîtras pas, l’esprit submergé par le chagrin.
Verse 86
भ्रात्रा सह परां काष्ठामापदं दुःखितस्तथा । पशूनां चैव संयोगश्चिरकालं भविष्यति
Avec ton frère, tu atteindras l’extrémité du malheur, accablé de peine; et longtemps encore tu vivras aussi au milieu des troupeaux (vie pastorale et errante).
Verse 87
तथाऽह रुद्रं कुपिता यदा दारुवने स्थितः । तदा ते मुनयः क्रुद्धाः शापं दास्यंति ते हर
De même, lorsque Rudra se tiendra dans le Dāruvana et qu’(ils) s’irriteront, alors ces sages, courroucés, prononceront contre toi une malédiction, ô Hara.
Verse 88
भोभोः कापालिक क्षुद्र पत्न्योऽस्माकं जिहीर्षसि । तदेतद्भूषितं लिंग भूमौ रुद्र पतिष्यति
«Hé, hé, Kāpālika misérable ! Tu cherches à ravir nos épouses. C’est pourquoi ce liṅga paré, ô Rudra, tombera à terre.»
Verse 89
विहीनः पौरुषेण त्वं मुनिशापाच्च पीडितः । गंगातीरे स्थिता पत्नी सा त्वामाश्वासयिष्यति
Privé de vigueur virile et tourmenté par la malédiction des sages, ton épouse—demeurant sur la rive de la Gaṅgā—te consolera.
Verse 90
अग्ने त्वं सर्वभक्षोऽसि पूर्वं पुत्रेण मे कृतः । भ्रूणहा धर्म इत्येष कथं दग्धं दहाम्यहम्
Ô Agni, tu es le dévoreur de tout ; jadis, mon fils t’a fait tel. Mais « celui qui tue un embryon est hors du dharma » : comment pourrais-je brûler ce qui a déjà été brûlé ?
Verse 91
जातवेदस रुद्रस्त्वां रेतसा प्लावयिष्यति । मेध्येषु च कृतज्वाला ज्वालया त्वां ज्वलिष्यति
Ô Jātavedas, Rudra t’inondera de sa semence ; et la flamme allumée dans les rites sacrificiels s’embrasera contre toi de son feu flamboyant.
Verse 92
ब्राह्मणानृत्विजः सर्वान्सावित्री ह्यशपत्तदा
Alors Sāvitrī, en vérité, maudit tous les brāhmanes qui officiaient comme prêtres du rite.
Verse 93
प्रतिग्रहाग्निहोत्राश्च वृथा दारा वृथाश्रमाः । सदा क्षेत्राणि तीर्थानि लोभादेव गमिष्यथ
«Votre acceptation des dons et votre agnihotra seront vains ; vains seront vos foyers, vains vos ermitages. Et, par seule cupidité, vous irez sans cesse vers les kṣetra sacrés et les tīrtha.»
Verse 94
परान्नेषु सदा तृप्ता अतृप्ताः स्वगृहेषु च । अयाज्ययाजनं कृत्वा कुत्सितस्य प्रतिग्रहम्
Toujours rassasiés par la nourriture d’autrui, mais insatisfaits dans leurs propres demeures — ayant accompli des rites sacerdotaux pour ceux qui n’étaient pas dignes d’être servis, et ayant accepté des dons des ignobles.
Verse 95
वृथा धनार्जनं कृत्वा व्यवश्चैव तथा वृथा । मृतानां तेन प्रेतत्वं भविष्यति न संशयः
Ayant amassé des richesses en vain et vécu de même en vain, par cela, pour les défunts, naîtra l’état de preta, l’esprit errant ; il n’y a là aucun doute.
Verse 96
एवं शक्रं तथा विष्णुं रुद्रं वै पावकं तथा । ब्रह्माणं ब्राह्मणांश्चैव सर्वांस्तानशपत्तदा
Ainsi, en ce temps-là, elle maudit Śakra (Indra), Viṣṇu, Rudra, Pāvaka (Agni), Brahmā, ainsi que les brāhmanes — tous sans exception.
Verse 97
शापं दत्त्वा तथा तेषां तदा सावस्थिता स्थिरा
Après avoir ainsi proféré la malédiction contre eux, elle demeura ferme, stable et sans le moindre ébranlement.
Verse 98
लक्ष्मीः प्राह सखीं तां च इन्द्राणी च वरानना । अन्या देव्यस्तथा प्राहुः साऽह स्थास्यामि नात्र वै । तत्र चाहं गमिष्यामि यत्र श्रोष्ये न तु ध्वनिम्
Lakṣmī parla, et Indrāṇī au beau visage parla aussi à cette amie; d’autres déesses parlèrent de même. Elle dit : «Je ne demeurerai pas ici. J’irai là où je n’entendrai aucun son».
Verse 99
ततस्ताः प्रमदाः सर्वाः प्रयाताः स्वं निकेतनम् । सावित्री कुपिता तासां पुनः शापाय चोद्यता
Alors toutes ces dames célestes partirent vers leurs propres demeures. Sāvitrī, irritée contre elles, fut de nouveau poussée à proférer une malédiction.
Verse 100
यस्मान्मां संपरित्यज्य गतास्ता देवयोषितः । तासामपि तथा शापं प्रदास्ये कुपिता भृशम्
«Puisque ces femmes divines sont parties en m’abandonnant, moi aussi—dans une colère ardente—je leur infligerai pareillement une malédiction».
Verse 101
नैकत्र वासो लक्ष्म्यास्तु भविष्यति कदाचन । रुद्रापि चंचला तावन्मूर्खेषु च वसिष्यसि
«Lakṣmī ne demeurera jamais longtemps en un seul lieu. Et toi, bien que l’on te nomme “Rudrā” (la Dame de bon augure), tu resteras changeante, et tu habiteras parmi les insensés».
Verse 102
म्लेच्छेषु पर्वतीयेषु कुत्सिते कुष्ठिते तथा । वाचाटे चावलिप्ते च अभिशस्ते दुरात्मनि । एवंविधे नरे तुभ्यं वसतिः शापकारिता
Par cette malédiction, ta demeure sera parmi des hommes tels que ceux-ci : les Mlecchas, les montagnards, les vils, les lépreux, les bavards, les arrogants, les condamnés et les âmes méchantes.
Verse 103
शापं दत्त्वा ततस्तस्या इन्द्राणीमशपत्तदा
Ayant ainsi prononcé cette malédiction, elle maudit alors, à ce moment-là, Indrāṇī.
Verse 104
त्वष्टुर्वाचा गृहीतेन्द्रे पत्यौ ते दुष्टकारिणि । नहुषाय गते राज्ये दृष्ट्वा त्वां याचयिष्यति
Ô malfaisante ! Lorsque ton époux Indra sera saisi par la malédiction de Tvaṣṭṛ, et que la souveraineté passera à Nahūṣa, il te verra et te recherchera avec un désir inapproprié.
Verse 105
अहमिन्द्रः कथं चैषा नोपतिष्ठति चालसा । सर्वान्देवान्हनिष्यामि लप्स्ये नाहं शचीं यदि
Je suis Indra — comment se fait-il que cette insolente ne me serve pas ? Si je n'obtiens pas Śacī, je tuerai tous les dieux !
Verse 106
नष्टा त्वं च तदा शस्ता वने महति दुःखिता । वसिष्यसि दुराचारे शापेन मम गर्विते
Alors tu seras rejetée et chassée dans une grande forêt, affligée de chagrin. Ô arrogante, au comportement méchant, tu y demeureras par ma malédiction.
Verse 107
देवभार्यासु सर्वासु तदा शापमयच्छत
Alors elle proféra une malédiction contre toutes les épouses des dieux.
Verse 108
न चापत्यकृता प्रीतिः सर्वास्वेव भविष्यति । दह्यमाना दिवारात्रौ वंध्याशब्देन दुःखिताः
«Et en aucune d’elles ne sera la joie qui naît d’avoir des enfants. Brûlant de chagrin jour et nuit, elles souffriront du nom infamant de “stérile”.»
Verse 109
गौरीमेवं तथा शप्त्वा सा देवी वरवर्णिनी । उच्चै रुरोद सावित्री भर्तृ यज्ञाद्बहिः स्थिता
Ainsi, après avoir maudit Gaurī, la déesse Sāvitrī, au teint exquis, demeura hors du sacrifice de son époux et pleura à haute voix.
Verse 110
रोदमाना तु सा दृष्टा विष्णुना च प्रसादिता । मा रोदीस्त्वं विशालाक्षि एह्यागच्छ सदः शुभे
La voyant pleurer, Viṣṇu la consola : «Ne pleure pas, ô toi aux grands yeux ; viens, entre dans l’auguste salle du sacrifice.»
Verse 111
प्रविष्टा च शुभे यागे मेखलां क्षौमवाससी । गृहाण दीक्षां ब्रह्माणि पादौ ते प्रणमे शुभे
Elle entra dans le sacrifice propice, ceinte d’une ceinture et vêtue de lin. «Ô épouse de Brahmā, reçois la dīkṣā (consécration) ; ô bienheureuse, je me prosterne à tes pieds.»
Verse 112
एवमुक्ताऽब्रवीदेनं नाहं कुर्यां वचस्तव । तत्राहं च गमिष्यामि यत्र श्रोष्ये न च ध्वनिम्
Ainsi interpellée, elle lui dit : «Je ne ferai pas selon ta parole. J’irai en un lieu où je n’entendrai même pas un son (de cela).»
Verse 113
एतावदुक्त्वा व्यरमदुच्चैः स्थाने क्षितौ स्थिता
N’ayant dit que cela, elle s’arrêta et demeura là, debout sur la terre, en un lieu élevé.
Verse 114
विष्णुस्तदग्रतः स्थित्वा बद्ध्वा च करसंपुटम् । तुष्टाव प्रणतो भूत्वा भक्त्या परमया युतः
Alors Viṣṇu se tint devant elle, joignit les paumes en signe de révérence, s’inclina et la loua avec une dévotion suprême.
Verse 115
विष्णुरुवाच । नमोऽस्तु ते महादेवि भूर्भुवःस्वस्त्रयीमयि । सावित्रि दुर्गतरिणि त्वं वाणी सप्तधा स्मृता
Viṣṇu dit : «Hommage à toi, ô Grande Déesse, faite de la triple Veda et de Bhūr, Bhuvaḥ et Svaḥ. Ô Sāvitrī, toi qui fais traverser aux êtres la détresse, tu es célébrée comme la Parole (Vāc) en sept formes.»
Verse 116
सर्वाणि स्तुतिशास्त्राणि लक्षणानि तथैव च । भविष्या सर्वशास्त्राणां त्वं तु देवि नमोऽस्तु ते
«Tous les traités de louange, ainsi que tous les signes et caractéristiques : en vérité, ô Déesse, tu deviendras la source et l’avenir de tout śāstra. Hommage à toi.»
Verse 117
श्वेता त्वं श्वेतरूपासि शशांकेन समानना । शशिरश्मिप्रकाशेन हरिणोरसि राजसे । दिव्यकुंडलपूर्णाभ्यां श्रवणाभ्यां विभूषिता
Ô toi, éclatante et blanche de forme, au visage pareil à la lune. Par la splendeur des rayons lunaires, tu resplendis sur la peau de daim (siège ou vêtement). Tes deux oreilles sont ornées de boucles d’oreilles divines et accomplies.
Verse 118
त्वं सिद्धिस्त्वं तथा ऋद्धिः कीर्तिः श्रीः संततिर्मतिः । संध्या रात्रि प्रभातस्त्वं कालरात्रिस्त्वमेव च
Tu es Siddhi (l’accomplissement) et aussi Ṛddhi (la prospérité) ; tu es la renommée, Śrī (la fortune), la lignée et l’intelligence. Tu es le crépuscule, la nuit et l’aurore—et tu es aussi, en vérité, Kālarātri, la Nuit du Temps.
Verse 119
कर्षुकाणां यथा सीता भूतानां धारिणी तथा । एवं स्तुवंतं सावित्री विष्णुं प्रोवाच सुव्रता
De même que la “sītā”, le sillon, est pour les laboureurs, ainsi est-elle le soutien de tous les êtres. Ainsi, tandis que Viṣṇu la louait, Sāvitrī—ferme dans ses vœux sacrés—lui adressa la parole.
Verse 120
सम्यक्स्तुता त्वया पुत्र अजेयस्त्वं भविष्यसि । अवतारे सदा वत्स पितृमातृसु वल्लभः
«Mon fils, tu m’as louée comme il se doit ; tu deviendras invincible. Et dans tes descentes (avatāra), cher enfant, tu seras toujours l’aimé des pères et des mères.»
Verse 121
अनेन स्तवराजेन स्तोष्यते यस्तु मां सदा । सर्वदोषविनिर्मुक्तः परं स्थानं गमिष्यति
«Quiconque me loue toujours par ce “Roi des Hymnes” sera délivré de toute faute et atteindra la demeure suprême.»
Verse 122
गच्छ यज्ञं चिरं तस्य समाप्तिं नय पुत्रक
Va, mon fils, et conduis ce sacrifice longtemps différé jusqu’à son parfait achèvement.
Verse 123
कुरुक्षेत्रे प्रयागे च भविष्ये यज्ञकर्मणि । समीपगा स्थिता भर्तुः करिष्ये तव भाषितम्
À Kurukṣetra et à Prayāga, et plus tard lors des rites sacrificiels, demeurant auprès de mon époux, j’accomplirai ce que tu as prononcé.
Verse 124
एवमुक्तो गतो विष्णुर्ब्रह्मणः सद उत्तमम् । सावित्री तु समायाता प्रभासे वरवर्णिनि
Ainsi interpellé, Viṣṇu se rendit à la demeure très excellente de Brahmā. Et Savitrī, ô toi au teint gracieux, arriva à Prabhāsa.
Verse 125
गतायामथ सावित्र्यां गायत्री वाक्यमब्रवीत्
Alors, lorsque Savitrī fut partie, Gāyatrī prononça ces paroles.
Verse 126
शृण्वंतु मुनयो वाक्यं मदीयं भर्तृसन्निधौ । यदहं वच्मि संतुष्टा वरदानाय चोद्यता
Que les munis entendent mes paroles en présence de mon seigneur. Ce que je dis, comblée, je suis poussée à le proclamer pour l’octroi de grâces.
Verse 127
ब्रह्माणं पूजयिष्यंति नरा भक्तिसमन्विताः । तेषां वस्त्रं धनं धान्यं दाराः सौख्यं सुताश्च वै
Les hommes remplis de dévotion adoreront Brahmā. Pour eux, il y aura vêtements, richesse, grains, épouse, bonheur et, certes, des enfants.
Verse 128
अविच्छिन्नं तथा सौख्यं गृहं वै पुत्रपौत्रिकम् । भुक्त्वाऽसौ सुचिरं कालं ततो मोक्षं गमिष्यति
Il y aura de même un bonheur ininterrompu et un foyer béni de fils et de petits-fils. Après en avoir joui très longtemps, il atteindra alors la délivrance (mokṣa).
Verse 129
शक्राहं ते वरं वच्मि संग्रामे शत्रुभिः सह । तदा ब्रह्मा मोचयिता गत्वा शत्रुनिकेतनम्
Ô Śakra (Indra), je te dis une grâce : dans la bataille contre tes ennemis, alors Brahmā sera ton libérateur, se rendant jusqu’au bastion des adversaires.
Verse 130
सपुत्रशत्रुनाशात्त्वं लप्स्यसे च परं मुदम् । अकंटकं महद्राज्यं त्रैलोक्ये ते भविष्यति
Par la destruction de l’ennemi avec ses fils, tu obtiendras la joie suprême. Et une grande souveraineté, sans entraves, dans les trois mondes sera tienne.
Verse 131
मर्त्यलोके यदा विष्णो ह्यवतारं करिष्यसि । भ्रात्रा सह परं दुःखं स्वभार्या हरणं च यत्
Et lorsque, ô Viṣṇu, tu prendras une incarnation dans le monde des mortels, avec ton frère tu connaîtras une grande affliction : l’enlèvement de ta propre épouse.
Verse 132
हत्वा शत्रुं पुनर्भार्यां लप्स्यसे सुरसन्निधौ । गृहीत्वा तां पुनः प्राज्यं राज्यं कृत्वा गमिष्यसि
Après avoir terrassé l’ennemi, tu retrouveras ton épouse en présence des dieux. La reprenant auprès de toi et rétablissant un royaume florissant, tu quitteras ensuite ce monde.
Verse 133
एकादश सहस्राणि कृत्वा राज्यं पुनर्दिवम् । ख्यातिस्ते विपुला लोके चानुरागो भविष्यति
Après avoir régné onze mille ans, tu retourneras de nouveau au ciel. Ta renommée dans le monde sera immense, et envers toi naîtront dévotion et affection.
Verse 134
गायत्री ब्राह्मणांस्तांश्च सर्वानेवाब्रवीदिदम्
Alors Gāyatrī s’adressa à tous ces brāhmaṇas et prononça ces paroles.
Verse 135
युष्माकं प्रीणनं कृत्वाऽ तृप्तिं यास्यंति देवताः । भवंतो भूमिदेवा वै सर्वे पूज्या भविष्यथ
En vous comblant, les divinités elles-mêmes atteignent le contentement. En vérité, vous êtes des « dieux sur la terre » ; vous tous deviendrez dignes de vénération.
Verse 136
युष्माकं पूजनं कृत्वा दत्त्वा दानान्यनेकशः । प्राणायामेन चैकेन सर्वमेतत्तरिष्यथ
En vous rendant un culte, en offrant de nombreux dons, et même par une seule pratique de prāṇāyāma, vous franchirez tout cela (fautes et épreuves).
Verse 137
प्रभासे तु विशेषेण जप्त्वा मां वेदमातरम् । प्रतिग्रहकृतान्दोषान्न प्राप्स्यध्वं द्विजोत्तमाः
Mais à Prabhāsa, tout particulièrement, en me récitant—Moi, la Mère des Veda—ô brāhmaṇa d’élite, vous n’encourrez pas les fautes nées de l’acceptation des dons.
Verse 138
पुष्करे चान्नदानेन प्रीताः सर्वे च देवताः । एकस्मिन्भोजिते विप्रे कोटिर्भवतिभोजिता
À Puṣkara aussi, par le don de nourriture, toutes les divinités sont comblées. Quand un seul brāhmaṇa est nourri, c’est comme si un crore l’avait été.
Verse 139
ब्रह्महत्यादिपापानि दुरितानि च यानि च । तरिष्यंति नराः सर्वे दत्ते युष्मत्करे धने
Quand la richesse est remise entre vos mains, tous les hommes franchissent au-delà des péchés tels que le brahmahatyā et de tous les autres maux.
Verse 140
महीयध्वे तु जाप्येन प्राणायामैस्त्रिभिः कृतैः । ब्रह्महत्यासमं पापं तत्क्षणादेव नश्यति
Mais vous serez grandement honorés par le japa ; lorsque trois prāṇāyāma sont accomplis, le péché égal au brahmahatyā s’anéantit à l’instant même.
Verse 141
दशभिर्जन्मजनितं शतेन तु पुरा कृतम् । त्रियुगं तु सहस्रेण गायत्री हंति किल्बिषम्
Par dix (récitations), Gāyatrī détruit les péchés nés en cette vie ; par cent, ceux commis jadis ; par mille, elle anéantit les souillures de trois yuga.
Verse 142
एवं ज्ञात्वा सदा पूज्या जाप्ये च मम वै कृते । भविष्यध्वं न सन्देहो नात्र कार्या विचारणा
Sachant cela, honore-Moi et rends-Moi un culte en tout temps, et accomplis le japa de Mon mantra. Tu obtiendras le fruit promis—sans aucun doute; ici, nul besoin de délibération.
Verse 143
ओंकारेण त्रिमात्रेण सार्धेन च विशेषतः । पूज्याः सर्वे न सन्देहो जप्त्वा मां शिरसा सह
Surtout par l’Oṃkāra (praṇava) aux trois mātrā, avec sa forme ajoutée; après M’avoir récité en japa et l’avoir porté au sommet de la tête (selon le rite), tous deviennent dignes d’honneur—sans doute.
Verse 144
अष्टाक्षरस्थिता चाहं जगद्व्याप्तं मया त्विदम् । माताऽहं सर्ववेदानां वेदैः सर्वैरलङ्कता
«Je demeure dans la forme sacrée aux huit syllabes, et ce monde entier est pénétré par Moi. Je suis la Mère de tous les Veda, parée et attestée par toutes les révélations védiques.»
Verse 145
जत्वा मां परमां सिर्द्धि पश्यन्ति द्विजसत्तमाः । प्राधान्यं मम जाप्येन सर्वेषां वो भविष्यति
«En Me vénérant ou en Me récitant, les meilleurs des deux-fois-nés contemplent l’accomplissement suprême. Par le japa de Mon mantra, la prééminence et la distinction parmi tous viendront à vous.»
Verse 146
गायत्रीसारमात्रोऽपि वरं विप्रः सुयन्त्रितः । नायंत्रितश्चतुर्वेदः सर्वाशी सर्वविक्रयी
«Même un brāhmane qui ne connaît que l’essence de la Gāyatrī est supérieur s’il est bien discipliné. Mais l’indiscipliné—fût-il versé dans les quatre Veda—devient dévoreur de tout et vendeur de tout (faisant du dharma une marchandise).»
Verse 147
यस्माद्भवतां सावित्र्या शापो दत्तो सदे त्विह । अत्र दत्तं हुतं चापि सर्वमक्षयकारकम् । दत्तो वरो मया तेन युष्माकं द्विजसत्तमाः
« Puisque, en ce lieu, Sāvitrī a fait peser sur vous une malédiction, tout don offert ici en aumône et toute oblation versée ici dans le feu devient d’un mérite inépuisable. C’est pourquoi je vous ai accordé cette grâce, ô meilleurs des deux-fois-nés. »
Verse 148
अग्निहोत्रपरा विप्रास्त्रिकालं होमदायिनः । स्वर्गं ते तु गमिष्यंति एकविंशतिभिः कुलैः
« Les brāhmanes voués à l’Agnihotra, qui accomplissent le homa aux trois temps du jour, iront assurément au ciel, avec vingt et une générations de leur lignée. »
Verse 149
एवं शक्रे च विष्णौ च रुद्रे वै पावके तथा । ब्रह्मणो ब्रह्मणानां च गायत्री सा वरं ददौ । तस्मिन्काले वरं दत्त्वा ब्रह्मणः पार्श्वगाऽभवत्
« Ainsi Gāyatrī accorda une grâce à Śakra (Indra), à Viṣṇu, à Rudra, et de même à Pāvaka (Agni) — ainsi qu’à Brahmā et aux brāhmanes. Après avoir donné cette grâce en ce temps-là, elle devint celle qui demeure auprès de Brahmā. »
Verse 150
हरिणा तु समाख्यातं लक्ष्म्याः शापस्य कारणम् । युवतीनां च सर्वासां शापस्तासां पृथक्पृथक्
« Alors Hari exposa la cause de la malédiction de Lakṣmī, et raconta aussi les diverses malédictions, chacune distincte, qui s’abattirent sur toutes ces jeunes femmes, chacune à sa manière. »
Verse 151
लक्ष्म्यास्तदा वरं प्रादाद्गायत्री ब्रह्मणः प्रिया
« Alors Gāyatrī, bien-aimée de Brahmā, accorda une grâce à Lakṣmī. »
Verse 152
अकुत्सिताः सदा पुत्रि तव वासेन शोभने । भविष्यति न संदेहः सर्वेभ्यः प्रीतिदायकाः
«Ô ma fille, ils ne seront jamais méprisés ; par ta demeure parmi eux, ô belle, sans nul doute, ils deviendront agréables et chers à tous.»
Verse 153
ये त्वया वीक्षिताः सर्वे सर्वे वै पुण्यभाजनाः । तेषां जातिः कुलं शीलं धर्मश्चैव वरानने
«Tous ceux que ton regard a touchés—chacun d’eux—sont vraiment des réceptacles de mérite. Ô toi au beau visage, leur naissance, leur lignée, leur conduite et leur dharma aussi seront rendus auspices et maintenus.»
Verse 154
परित्यक्तास्त्वया ये तु ते नरा दुःखभागिनः । सभायां ते न शोभन्ते मन्यन्ते न च पार्थिवैः
Les hommes que tu délaisses deviennent héritiers de la souffrance. Dans les assemblées royales ils ne brillent point, et les rois ne les tiennent pas en estime.
Verse 155
आशिषश्चैव तेषां तु कुर्वते वै द्विजोत्तमाः । सौजन्यं तेषु कुर्वन्ति नप्ता भ्राता पिता गुरुः
Et pour eux, les meilleurs des deux-fois-nés (brahmanes) prononcent des bénédictions. À leur égard, le petit-fils, le frère, le père et le maître témoignent de bienveillance.
Verse 156
बांधवोऽसि न संदेहो न जीवेऽहं त्वया विना । त्वयि दृष्टे प्रसन्ना मे दृष्टिर्भवति शोभना । मनः प्रसीदतेऽत्यर्थं सत्यंसत्यं वदामि ते
Tu es mon parent, sans aucun doute. Je ne puis vivre sans toi. Quand je te contemple, mon regard devient clair et rayonnant ; mon esprit s’apaise profondément. Vraiment, vraiment, je te le dis.
Verse 157
एवंविधानि वाक्यानि त्वया दृष्ट्या निरीक्षिते । सज्जनास्ते वदिष्यन्ति जनानां प्रीतिदायकाः
Quand tu seras contemplé d’un regard si gracieux, les gens de bien diront de telles paroles—des paroles qui donnent la joie à tous.
Verse 158
इन्द्राणि नहुषः प्राप्य स्वर्गं त्वां याचयिष्यति । अदृष्ट्वा तु हतः पापो अगस्त्यवचनाद्द्रुतम्
Ô Indrāṇī, Nahuṣa, ayant atteint le ciel, te suppliera. Mais sans t’avoir contemplée avec la révérence due, ce pécheur sera promptement terrassé par la parole d’Agastya.
Verse 159
सर्पत्वं समनुप्राप्य प्रार्थयिष्यति तं मुनिम् । दर्पेणाहं विनष्टोऽस्मि शरणं मे मुने भव
Parvenu à l’état de serpent, il implorera ce sage : «Par orgueil je suis perdu ; ô muni, sois mon refuge».
Verse 160
वाक्येन तेन तस्यासौ नृपस्य भगवानृषिः । कृत्वा मनसि कारुण्यमिदं वचनमब्रवीत्
Entendant les paroles du roi, le vénérable rishi—faisant entrer la compassion en son cœur—prononça cette réponse.
Verse 161
उत्पत्स्यति कुले राजा त्वदीये कुरुनंदन । सार्पं कलेवरं दृष्ट्वा प्रश्नैस्त्वामुद्धरिष्यति
Ô joie des Kuru, un roi naîtra dans ta propre lignée. Voyant ton corps de serpent, par ses questions il te délivrera de cet état.
Verse 162
सोऽप्यजगरतां त्यक्त्वा पुनः स्वर्गं गमिष्यति । अश्वमेधे कृते भर्त्रा सह यासि पुनर्दिवि । प्राप्स्यसे वर दानेन ममानेन सुलोचने
Lui aussi, quittant l’état de grand serpent, retournera au ciel. Lorsque ton époux accomplira le saint Aśvamedha, tu iras de nouveau avec lui au monde céleste. Par cette grâce que je t’accorde, ô toi aux beaux yeux, tu l’obtiendras.
Verse 163
देवपत्न्यस्तदा सर्वास्तुष्टया परिभाषिताः । अपत्यैरपि हीनाः स्युर्नैव दुःखं भविष्यति
Alors, toutes les épouses des dieux, auxquelles la Déesse s’adressa avec satisfaction, seraient sans chagrin, même si elles étaient privées d’enfants.
Verse 164
इति दत्त्वा वरान्देवी गायत्री लोकसंमता । जगामादर्शनं देवी सर्वेषां पश्यतां तदा
Ainsi, après avoir accordé les grâces, la Déesse Gāyatrī—révérée par tous les mondes—disparut de la vue à l’instant même, tandis que tous la regardaient.
Verse 165
सावित्री तु तदा देवी प्रभासं क्षेत्रमागता । कृतस्मरस्य शृङ्गे तु श्रीसोमेश्वरपूर्वतः
Alors la Déesse Sāvitrī vint au kṣetra sacré de Prabhāsa, sur le sommet nommé Kṛtasmarā, à l’est du vénérable Someśvara.
Verse 166
मन्वन्तरे चाक्षुषे च द्वितीये द्वापरे शुभे । तत्र यज्ञः समारब्धो ब्रह्मणा लोककारिणा
Dans l’auspicieux âge Dvāpara du second Manvantara (Cākṣuṣa), Brahmā—bienfaiteur des mondes—y entreprit un sacrifice (à Prabhāsa).
Verse 167
यज्ञे याता महात्मानो देवाः सप्तर्षयो वराः । स्वायंभुवे तु ये शस्ताः शप्तास्ते चाभवन्पुरा
À ce sacrifice vinrent les dieux au grand cœur et les excellents Sept Ṛṣi. Ceux qui étaient renommés à l’époque de Svāyambhuva avaient, jadis, eux aussi subi une malédiction.
Verse 168
तस्मात्कालात्समारभ्य प्रभासं क्षेत्रमाश्रिताः
Dès lors, ils prirent refuge et s’établirent dans le kṣetra sacré de Prabhāsa.
Verse 169
सावित्री लोकजननी लोकानुग्रहकारिणी । यस्तां पूजयते भक्त्या पक्षमेकं निरंतरम् । ब्रह्मपूजाविधानेन तस्य पुत्रो ध्रुवो भवेत्
Sāvitrī est la Mère des mondes et celle qui accorde sa grâce aux êtres. Quiconque la vénère avec dévotion durant une quinzaine sans interruption, selon le rite du culte de Brahmā, obtiendra assurément un fils ferme et durable.
Verse 170
पाण्डुकूपे नरः स्नात्वा दृष्ट्वा लिंगानि पञ्च वै । पाण्डवैः स्थापितानीह दृष्ट्वा यज्ञफलं लभेत्
Celui qui se baigne à Pāṇḍu-kūpa et contemple les cinq liṅga établis ici par les Pāṇḍava obtient le mérite d’un sacrifice.
Verse 171
ज्येष्ठस्य पूर्णिमायां तु सावित्रीस्थलसंनिधौ । पठेद्यो ब्रह्मसूक्तानि मुच्यते सर्वपातकैः
À la pleine lune de Jyeṣṭha, près du lieu saint de Sāvitrī, quiconque récite les Brahma-sūkta est délivré de tous les péchés.
Verse 172
एतत्ते सर्वविख्यातमाख्यातं कल्मषापहम् । यश्चेदं शृणुयाद्भक्त्या स गच्छेत्परमं पदम्
Ceci, renommé partout, t’a été exposé comme ce qui détruit l’impureté. Quiconque l’entend avec dévotion atteint l’état suprême.