
Sūta expose aux sages l’efficacité prodigieuse de Cakratīrtha, présenté comme un tīrtha qui anéantit le péché (pāpa-vināśana). Le récit s’ouvre sur le Vasu Vidhūma et la danseuse céleste Alambusā, tous deux frappés d’une terrible malédiction de Brahmā. Dans l’assemblée de Brahmā, le vent soulève le vêtement d’Alambusā ; Brahmā, voyant le désir naître en Vidhūma, le condamne à une naissance humaine et ordonne qu’Alambusā devienne son épouse future. À la supplication de Vidhūma, Brahmā fixe une limite : après avoir régné en roi, engendré un héritier et l’avoir installé sur le trône, Vidhūma devra se baigner avec son épouse à Cakratīrtha, près de Phullagrāma, sur la rive de l’océan du Sud ; alors seulement la malédiction prendra fin. Le chapitre suit ensuite l’accomplissement historique de cette destinée à travers le roi Śatānīka et la reine Viṣṇumatī, liés à la Somavaṃśa ; le sage Śāṇḍilya rend possible la naissance de Sahasrānīka (identifié à Vidhūma), tandis que ses serviteurs renaissent comme compagnons royaux. Alambusā renaît en Mṛgāvatī, fille du roi Kṛtavarman. Vient un épisode de séparation : un oiseau emporte Mṛgāvatī ; elle trouve refuge à l’āśrama de Jamadagni, y met au monde Udayana, puis la réunion s’opère grâce à des signes de reconnaissance et à l’intervention du sage. Après l’intronisation d’Udayana, Sahasrānīka accomplit le pèlerinage prescrit à Cakratīrtha avec Mṛgāvatī et leurs compagnons ; au bain sacré, la condition humaine s’évanouit aussitôt, les formes divines reviennent et l’ascension au ciel est décrite. Le texte s’achève par une phalaśruti : réciter ou entendre ce chapitre procure les fruits désirés et confirme l’autorité rituelle du tīrtha.
Verse 1
श्रीसूत उवाच । प्रस्तुत्य चक्रतीर्थं तु पुण्यं पापविनाशनम् । पुनरप्यद्भुतं किञ्चित्प्रब्रवीमि मुनीश्वराः
Śrī Sūta dit : «Après avoir parlé de Cakra-tīrtha, saint et destructeur des péchés, je vous dirai encore quelque chose de plus, merveilleux, ô seigneurs parmi les sages».
Verse 2
विधूमनामा हि वसुर्देवस्त्री चाप्यलंबुषा । ब्रह्मशापान्महाघोरात्पुरा प्राप्तौ मनुष्यताम्
En vérité, un Vasu nommé Vidhūma, ainsi que son épouse divine Alambuṣā, jadis, sous l’effroyable malédiction de Brahmā, en vinrent à prendre la condition humaine.
Verse 3
चक्रतीर्थे महापुण्ये स्नात्वा शापाद्विमोचितौ । ऋषय ऊचुः । सूतसूत महाप्राज्ञ पुराणार्थविशारद
Après s’être baignés au très méritoire Cakra-tīrtha, tous deux furent délivrés de la malédiction. Les ṛṣis dirent : « Ô fils de Sūta, très sage, expert dans le sens des Purāṇa— ».
Verse 4
प्राज्ञत्वाद्व्यासशिष्य त्वादज्ञातं ते न किंचन । ब्रह्मा केनापराधेन सहालंबुसया वसुम्
Parce que tu es sage et disciple de Vyāsa, rien ne t’est inconnu. Pour quelle faute Brahmā maudit-il le Vasu avec Alambuṣā ?
Verse 5
पुरा विधूमनामानं शप्तवांश्चतुराननः । ब्रह्मशापेन घोरेण कयोस्तौ पुत्रतां गतौ
Autrefois, le Seigneur aux Quatre Visages (Brahmā) maudit celui nommé Vidhūma. Par cette effroyable malédiction de Brahmā, tous deux entrèrent dans l’état de fils, c’est‑à‑dire naquirent comme enfants de quelqu’un.
Verse 6
शापस्यान्तः कथमभूद्ब्रह्मणा शप्तयोस्तयोः । एतन्नः श्रद्दधानानां विस्तराद्वक्तुमर्हसि
Comment la malédiction prit-elle fin pour ces deux êtres maudits par Brahmā ? Daigne nous l’exposer en détail, à nous qui écoutons avec foi.
Verse 7
श्रीसूत उवाच । पुरा हि भगवान्ब्रह्मा स्वयम्भूश्चतुराननः । सावित्र्या च सरस्वत्या पार्श्वयोः प्रविराजितः
Śrī Sūta dit : Jadis, le Seigneur bienheureux Brahmā—l’Auto-né, le Créateur aux quatre visages—resplendissait de gloire, tandis que Sāvitrī et Sarasvatī brillaient à ses deux côtés.
Verse 8
सनातनेन मुनिना सनकेन च धीमता । सनत्कुमारनाम्ना च नारदेन महात्मना
Il était entouré du muni éternel Sanātana, du sage Sanaka, de celui qu’on nomme Sanatkumāra, et du magnanime Nārada.
Verse 9
सनन्दनादिभिश्चान्यैः सेव्यमानो मुनीश्वरैः । सुपर्ववृन्दजुष्टेन स्तूयमानो बिडौजसा
Servi par Sanandana et d’autres sages souverains, et accompagné de troupes d’êtres célestes sublimes, il était sans cesse loué par les puissants êtres divins.
Verse 10
आदित्यादि ग्रहैश्चैव स्तूयमानपदांबुजः । सिद्धैः साध्यैर्मरुद्भिश्च किंनरैश्च समावृतः
Ses pieds de lotus étaient loués même par Āditya et les autres divinités planétaires ; et il était entouré de Siddhas, de Sādhyas, de Maruts et de Kiṃnaras.
Verse 11
गणैः किंपुरुषाणां च वसुभिश्चाष्टभिर्वृतः । उर्वशीप्रमुखानां च स्वर्वेश्यानां मनोरमम्
Il était entouré de groupes de Kiṃpuruṣas et des huit Vasus ; et la présence charmante des apsaras célestes, conduites par Urvaśī, ornait aussi cette assemblée.
Verse 12
नृत्यं वादित्रसहितं वीक्ष्यमाणो मुहुर्मुहुः । गोष्ठीं चक्रे सभामध्ये सत्यलोके कदाचन
Regardant sans cesse la danse accompagnée d’instruments, il tint un jour un saint entretien au cœur de l’assemblée, dans le Satyaloka.
Verse 13
मेघगर्जितगम्भीरो जनानां नंदयन्मुहुः । वीणावेणुमृदंगानां ध्वनिस्तत्र व्यसर्पत
Profond comme le grondement des nuées d’orage, réjouissant sans cesse les êtres rassemblés, le son des vīṇā, des flûtes et des mṛdaṅga se répandit en ce lieu.
Verse 14
गंगातरंगमालानां शीकरस्पर्शशीतलः । पवमानः सुखस्पर्शो मन्दं मन्दं ववौ तदा
Alors souffla une brise douce, rafraîchie par le frôlement des embruns de la guirlande des vagues du Gaṅgā, agréable au toucher.
Verse 15
पर्यायेण तदा सर्वा ननृतुर्देवयोषितः । नृत्यश्रमेण खिन्नासु वेश्यास्वन्यासु सादरम्
Alors, tour à tour, toutes les jeunes femmes divines dansèrent. Quand certaines, lassées par l’effort, s’arrêtaient, d’autres—telles des danseuses de cour—s’avançaient avec une grâce empressée.
Verse 16
अलंबुसा देवनारी रूपयौ वनशालिनी । मदयन्ती जनान्सर्वान्सभामध्ये ननर्त वै
Alors la céleste Alambusā, jeune de beauté et rayonnante d’élégance, dansa véritablement au milieu de l’assemblée, charmant tous ceux qui s’y trouvaient.
Verse 17
तस्मिन्नवसरे तस्या नृत्यंत्याः संसदि द्विजाः । वस्त्रमाभ्यंतरं वायुर्लीलया समुदक्षिपत्
En cet instant même, ô deux-fois-nés, tandis qu’elle dansait dans l’assemblée, le vent, par jeu, souleva son vêtement intérieur.
Verse 19
तत्क्षिप्ते वसने स्पष्टमूरुमूलमदृश्यत । तथाभूतां तु तां दृष्ट्वा सर्वे ब्रह्मादयो ह्रिया
Lorsque le vêtement fut ainsi rejeté, la racine de ses cuisses apparut nettement; la voyant en cet état, tous—à commencer par Brahmā—furent saisis de honte.
Verse 20
तामेव ब्रह्मभवने दृष्ट्वानिलहृतांशुकाम् । हर्षसंफुल्लनयनो हृष्टरोमा ततोऽभवत्
La voyant là, dans la demeure de Brahmā, son vêtement emporté par le vent, il fut transporté de joie : ses yeux s’épanouirent d’émoi et ses poils se dressèrent.
Verse 21
अलंबुसायां तस्यां तु जातकामं विलोक्य तम् । वसुं विधूमनामानं शशाप चतुराननः
Mais lorsque le Seigneur aux Quatre Visages vit que le désir s’était éveillé en lui pour cette Alambusā, il maudit le Vasu nommé Vidhūma.
Verse 22
यस्मात्त्वमीदृशं कार्यं विधूम कृतवानसि । तस्माद्धि मर्त्यलोके त्वं मानुषत्वमवाप्स्यसि
«Puisque toi, Vidhūma, as accompli un tel acte, c’est pourquoi, dans le monde des mortels, tu obtiendras assurément une naissance humaine.»
Verse 23
इयं च देवयोषित्ते तत्र भार्या भविष्यति । एवं स ब्रह्मणा शप्तो विधूमः खिन्नमानसः
«Et cette jeune fille céleste deviendra là ton épouse.» Ainsi maudit par Brahmā, Vidhūma eut le cœur accablé.
Verse 24
प्रसादयामास वसुर्ब्रह्माणं प्रणिपत्य तु । विधूम उवाच । अस्य शापस्य घोरस्य भगवन्भक्तवत्सल
Le Vasu se prosterna et chercha à apaiser Brahmā. Vidhūma dit : «Ô Seigneur Bienheureux, tendre envers tes dévots, au sujet de cette terrible malédiction…».
Verse 25
नाहमर्होऽस्मि देवेश रक्ष मां करुणानिधे । एवं प्रसादितस्तेन भारतीपतिरव्ययः
«Je n’en suis pas digne, ô Seigneur des dieux ; protège-moi, ô trésor de compassion.» Ainsi imploré, l’impérissable Seigneur de Bhāratī, Brahmā, fut apaisé.
Verse 26
कृपया परया युक्तो विधूमं प्राह सांत्वयन् । ब्रह्मोवाच । त्वयि शापोऽप्ययं दत्तो न चासत्यं ब्रवीम्यहम्
Doué d’une compassion suprême, Brahmā parla à Vidhūma pour le réconforter. Brahmā dit : «Ce fléau t’a bien été donné, et je ne profère point de mensonge».
Verse 27
ततोऽवधिं कल्पयामि शापस्यास्य तवाधुना । मर्त्यभावं समापन्नः सहालंबुसयाऽनया
«C’est pourquoi, à présent, je fixe une limite à cette malédiction qui est tienne : étant entré dans la condition mortelle, avec cette Alambusā…».
Verse 28
तत्र भूत्वा महाराजः शासयित्वा चिरं महीम् । पुत्रमप्रतिमं त्वस्यां जनयित्वा महीपतिम्
Là, il deviendrait un grand roi; et, après avoir longtemps gouverné la terre, il engendrerait en elle un fils sans pareil, digne d’être le souverain du royaume.
Verse 29
अभिषिच्य च राज्ये तं राज्यरक्षाविचक्षणम् । एतच्छापस्य शांत्यर्थं दक्षिणस्योदधेस्तटे । फुल्लग्रामसमीपस्थे चक्रतीर्थे महत्तरे
Après avoir sacré sur le trône ce fils, habile à protéger le royaume, afin d’apaiser cette malédiction, (qu’il aille) sur la rive de l’océan du Sud, au grand Cakratīrtha, près de Phullagrāma.
Verse 30
अनया भार्यया सार्द्धं यदा स्नानं करिष्यसि । तदा त्वं मानुषं भावं जीर्णत्वचमिवोरगः
Lorsque tu accompliras le bain sacré avec cette épouse, alors tu reprendras l’état humain, tel le serpent qui rejette sa peau usée.
Verse 31
विसृज्य भार्यया सार्द्धं स्वं लोकं प्रतिपत्स्यसे । चक्रतीर्थे विना स्नानं न नश्येच्छाप ईदृशः
Après avoir accompli cela avec ton épouse, tu regagneras ton propre monde. Sans le bain à Cakratīrtha, une malédiction de cette sorte ne serait pas détruite.
Verse 32
इति ब्रह्मवचः श्रुत्वा विधूमो नातिहृष्टवान् । स्ववेश्म प्राविशत्तूर्णमामंत्र्य चतुराननम्
Ayant entendu ces paroles de Brahmā, Vidhūma ne fut pas grandement réjoui. Après avoir pris congé du Seigneur aux Quatre Visages, il entra promptement dans sa demeure.
Verse 33
चिंतयामास तत्रासौ मर्त्यतां यास्यतो मम । को वा पिता भवेद्भूमौ का वा माता भविष्यति
Alors il réfléchit en ce lieu : «Puisque je dois entrer dans la condition mortelle, qui donc sera mon père sur la terre, et qui deviendra ma mère ?»
Verse 34
बहुधेत्थं समालोच्य विधूमो निश्चिकाय सः । कौशांबीनगरे राजा शतानीक इति श्रुतः
Après avoir délibéré de bien des façons, Vidhūma prit une décision : dans la cité de Kauśāmbī règne un roi renommé du nom de Śatānīka.
Verse 35
अस्ति वीरो महाभागो भार्या चापि पतिव्रता । तस्य विष्णुमतीनाम विष्णोः श्रीरिव वल्लभा
C’est un homme héroïque et comblé de fortune, et son épouse aussi est fidèle à son vœu de pativratā. Elle se nomme Viṣṇumatī, aimée de lui comme Śrī l’est de Viṣṇu.
Verse 36
तमेव पितरं कृत्वा मातरं च विधाय ताम् । संभविष्यामि भूलोके स्वकर्मपरिपाकतः
Le prenant lui seul pour père et l’établissant, elle, pour mère, je naîtrai dans le monde terrestre, par la maturation de mes propres actes.
Verse 37
ततः स माल्यवन्तं च पुष्पदंतं बलोत्कटम् । त्रीनाहूयात्मनो भृत्यान्वृत्तमेतन्न्यवे दयत्
Puis il convoqua trois de ses serviteurs — Malyavant et Pushpadanta, d'une force redoutable — et les informa de tout ce qui s'était passé.
Verse 38
भृत्याः शृणुत भद्रं वो ब्रह्मशापान्महाभयात् । जनिष्यामि शतानीकाद्विष्णुमत्यामहं सुतः
«Serviteurs, écoutez : que le bien vous advienne. Par la grande terreur de la malédiction d’un brahmane, je naîtrai comme fils du roi Śatānīka, de Viṣṇumatī.»
Verse 39
इति श्रुत्वा वचो भृत्यास्तस्या प्राणा बहिश्चराः । वाष्पपूर्णमुखाः सर्वे विधूमं वाक्यमब्रुवन्
Ayant entendu ces paroles, les serviteurs —comme si son souffle vital était sorti au dehors— se tinrent le visage plein de larmes, et tous s’adressèrent à Vidhūma.
Verse 40
भृत्या ऊचुः । त्वद्वियोगं वयं सर्वे त्रयोऽपि न सहामहे । तस्मान्मानुष भावत्वमस्माभिः सह यास्यसि
Les serviteurs dirent : «Nous trois ne pouvons supporter d’être séparés de toi. C’est pourquoi tu prendras une naissance humaine avec nous.»
Verse 41
शतानीकस्य राजर्षेर्मंत्री योऽयं युगन्धरः । सेनानीर्विप्रतीकश्च योऽयं प्राग्रसरो रणे
«Ce Yugandhara, ministre du roi-sage Śatānīka, et ce Vipratīka, chef d’armée qui marche en tête au combat—»
Verse 42
नर्मकर्मसु हृद्विप्रो वल्लभाख्यो महांश्च यः । तेषां पुत्रास्त्रयोऽप्येते भविष्यामो न संशयः
«Et Vallabha, au grand cœur, brahmane versé dans les arts de la joie et de l’amitié : de ces hommes, nous trois deviendrons assurément les fils ; il n’y a nul doute.»
Verse 43
शतानीकस्य राजर्षेः पुत्रभावं गतस्य ते । शुश्रूषां संविधास्यामस्तेषु तेषु च कर्मसु । तानेवंवादिनः सोऽयं विधूमो वाक्यमब्रवीत्
«Lorsque tu seras entré dans l’état de fils du ṛṣi royal Śatānīka, nous te rendrons service en chaque devoir et en chaque acte.» Ainsi parlaient-ils, et Vidhūma leur répondit.
Verse 44
विधूम उवाच । जानेऽहं भवतां स्नेहं तादृशं मय्य नुत्तमम्
Vidhūma dit : «Je connais votre affection, cet amour sans égal que vous portez envers moi.»
Verse 45
तथापि कथयाम्यद्य तच्छृणुध्वं हितं वचः । ब्रह्मशापेन घोरेण स्वेन दुष्कर्मणा कृतम्
«Pourtant, aujourd’hui je parlerai : écoutez ces paroles salutaires. Cette terrible malédiction du brāhmane a été causée par ma propre mauvaise action.»
Verse 46
कुत्सितं मानुषं भावमहमेकोऽनुवर्तये । विहितं न हि युष्माकमेतच्छापानुवर्तनम्
«Moi seul subirai cette condition humaine blâmable. Il n’est pas prescrit pour vous de suivre cette malédiction.»
Verse 47
जुगुप्सितेऽतो मानुष्ये मा कुरुध्वं मनोऽधुना । अतः शापावधिर्यावन्मद्वियोगो विषह्यताम्
«Ainsi, ne tournez pas maintenant votre esprit vers cette condition humaine détestable. Jusqu’à ce que la malédiction prenne fin, supportez la séparation d’avec moi.»
Verse 48
इत्युक्तवन्तं ते सर्वे माल्यवत्प्रमुखास्तदा । ऊचुः प्रणम्य शिरसा प्रार्थयंतः पुनःपुनः
Lorsqu’il eut ainsi parlé, tous—conduits par Mālyavat—s’inclinèrent la tête en signe de vénération et, le suppliant maintes et maintes fois, s’adressèrent à lui.
Verse 49
रक्षित्वा कृपया ह्यस्मान्मा कुरुष्व च साहसम् । परित्यजसि नः सर्वान्भक्तानद्य निरागसः
Toi qui, par compassion, nous as protégés, ne commets pas maintenant un acte téméraire. N’abandonne pas aujourd’hui tous tes dévots, nous qui sommes sans faute.
Verse 50
त्वद्वियोगान्महाघोरान्मानुष्यमपि कुत्सितम् । बहु मन्यामहे देव तस्मान्नस्त्राहि सांप्रतम्
Par la séparation d’avec toi, ô Deva, même la vie humaine nous paraît d’une horreur extrême et méprisable. C’est pourquoi, Seigneur, protège-nous sur-le-champ.
Verse 51
एवं स याचमानांस्त्रीनन्वमन्यत भृत्यकान् । तैस्त्रिभिः सहितः सोऽयं कौशांबीं गन्तुमैच्छत
Ainsi, il donna son assentiment aux trois serviteurs qui le suppliaient. Accompagné de ces trois-là, il voulut alors se rendre à Kauśāmbī.
Verse 52
एतस्मिन्नेव काले तु सोमवंशविवर्द्धनः । अर्जुनाभिजने जातो जनमेजयसंभवः
En ce même temps naquit celui qui devait accroître la dynastie lunaire (Somavaṃśa) : issu de la lignée d’Arjuna, rejeton de Janamejaya.
Verse 53
शतानीको महीपालः पृथिवीमन्वपालयत् । बुद्धिमान्नीतिमान्वाग्मी प्रजापालनतत्परः
Le roi Śatānīka gouverna la terre : sage, versé dans l’art du gouvernement, éloquent, et résolument voué à la protection de ses sujets.
Verse 54
चतुरंगबलोपेतो विक्रमैकधनो युवा । स कौशांबीं महाराजो नगरीमध्युवास वै
Pourvu de l’armée aux quatre corps, jeune et riche seulement de vaillance, ce grand roi demeurait vraiment dans la cité de Kauśāmbī.
Verse 55
तस्य मन्त्ररहस्यज्ञो मन्त्री जातो युगंधरः । सेनानीर्विप्रतीकश्च तस्य प्राग्रसरो रणे
Son ministre fut Yugandhara, connaisseur des secrets du conseil ; et son chef d’armée fut Vipratīka, qui se tenait pour lui au premier rang du combat.
Verse 56
नर्मकर्मसु तस्यासीद्वल्लभाख्यः सखा द्विजः । तस्य विष्णुमती नाम विष्णोः श्रीरिव वल्लभा
Dans les jeux et les affaires familières, il avait pour ami un brāhmane nommé Vallabha. La bien-aimée de Vallabha s’appelait Viṣṇumatī, chère pour lui comme Śrī l’est pour Viṣṇu.
Verse 57
स सर्वगुणसंपन्नः शतानीको महामतिः । पुत्रमात्मसमं तस्यां भार्यायां नान्वविंदत
Ce Śatānīka à la grande intelligence, comblé de toutes les vertus, n’obtint pas de cette épouse un fils égal à lui-même.
Verse 58
आत्मानमसुतं ज्ञात्वा स भृशं पर्यतप्यत । स युगंधरमाहूय मंत्रिणं मन्त्रवित्तमम्
S’apercevant qu’il était sans fils, le roi fut accablé d’une profonde peine. Il fit alors venir Yugandhara, son ministre, éminent entre les sages conseillers.
Verse 59
पुत्रलाभः कथं मे स्यादिति कार्यममन्त्रयत् । युगन्धरो मही पालं पुत्रालाभेन पीडितम् । हर्षयन्वचसा स्वेन वाक्यमेतदभाषत
Il se consulta en lui-même : «Comment pourrai-je obtenir un fils ?» Alors Yugandhara, voyant le maître de la terre tourmenté par l’absence de descendance, prononça ces paroles pour le consoler et le réjouir.
Verse 60
युगन्धर उवाच । अस्ति शांडिल्यनामा तु महर्षिः सत्यवाक्छुचिः
Yugandhara dit : «Il est un grand ṛṣi nommé Śāṇḍilya, véridique en sa parole et d’une pureté parfaite.»
Verse 61
शत्रुमित्रसमो दांतस्तपःस्वाध्यायतत्परः । तमेव मुनिमासाद्य ज्वलंतमिव पावकम्
Il est égal envers l’ennemi comme envers l’ami, maître de lui-même, voué à l’austérité et à l’étude sacrée. Va vers ce muni même, flamboyant tel un feu,
Verse 62
पुत्रमात्मसमं राजन्प्रार्थयेथा विनीतवत् । कृपावान्स महर्षिस्तु पुत्रं ते दास्यति ध्रुवम्
«Ô Roi, demande-lui avec humilité un fils égal à toi. Ce grand sage, par nature compatissant, te donnera assurément un fils.»
Verse 63
इति तद्वचनं श्रुत्वा हर्षसंफुल्ललोचनः । मंत्रिणा तेन संयुक्तस्तस्यागादाश्रमं मुनेः
Entendant ces paroles, les yeux épanouis de joie, le roi—accompagné de ce ministre—se rendit à l’āśrama du sage.
Verse 64
तमाश्रमे समासीनं प्रणनाम महीपतिः । शांडिल्यस्तु महातेजा राजानं प्राप्तमाश्रमम्
Dans l’āśrama, le roi se prosterna devant le sage assis là. Et Śāṇḍilya, rayonnant d’une grande splendeur spirituelle, vit que le roi était venu à l’āśrama.
Verse 65
दृष्ट्वा पाद्यादिभिः पूज्य स्वागतं व्याजहार सः । शांडिल्य उवाच । शतानीक किमर्थं त्वमाश्रमं प्राप्तवान्मम
Le voyant, le sage l’honora par les rites d’accueil—l’eau pour les pieds et autres—et lui adressa ses salutations. Śāṇḍilya dit : «Śatānīka, dans quel dessein es-tu venu à mon āśrama ?»
Verse 66
यत्कर्तव्यमिदानीं ते तद्वदस्व करोम्यहम् । मुनिमेवं वदंतं तं प्रत्यवादीद्युगंधरः
«Dis-moi ce qu’il convient de faire pour toi à présent ; je le ferai.» Ainsi parla le sage, et Yugandhara lui répondit.
Verse 67
भगवन्नेष वै राजा पुत्रालाभेन कर्षितः । भवंतं शरणं प्राप्तः सांप्रतं पुत्रकारणात्
«Ô Bhagavān, ce roi est accablé de n’avoir point obtenu de fils. À présent il est venu à toi comme refuge, pour la cause d’obtenir un fils.»
Verse 68
अस्यापुत्रत्वजं दुःखं त्वमपाकर्तुमर्हसि । इति तस्य वचः श्रुत्वा शांडिल्यो मुनिसत्तमः
«Il te convient d’écarter cette peine née de l’absence d’enfant.» Entendant ces paroles, Śāṇḍilya, le plus éminent des sages, répondit.
Verse 69
पुत्रलाभवरं तस्मै प्रतिजज्ञे नृपाय वै । स राज्ञो वरदः श्रीमान्कौशांबीमेत्य सादरम्
À ce roi, il promit véritablement la grâce d’obtenir un fils. Puis, ce glorieux dispensateur de dons se rendit avec déférence à Kauśāmbī pour le souverain.
Verse 70
पुत्रेष्ट्या पुत्रकामस्य याजकोऽभून्महामुनिः । ततो मुनिप्रसादेन राजा दशरथोपमः
Pour le roi désireux d’un fils, le grand muni devint le prêtre officiant du sacrifice Putreṣṭi. Alors, par la grâce du sage, le roi devint semblable à Daśaratha, comblé de descendance.
Verse 71
यज्वा राममिव प्राप सहस्रानीकमात्मजम् । एवं विधूमः संजज्ञे शतानीकान्नृपोत्तमात्
Après avoir accompli le sacrifice, il obtint un fils nommé Sahasrānīka, comme (Daśaratha obtint) Rāma. Ainsi naquit Vidhūma du roi excellent Śatānīka.
Verse 72
अत्रांतरे मंत्रिवरस्सेनानीस्तु महीपतेः । द्विजो नर्मवयस्यश्च पुत्रान्प्रापुः कुलोचितान्
Cependant, l’excellent ministre du roi et son chef d’armée, ainsi qu’un brāhmane et un compagnon à l’esprit enjoué, obtinrent des fils dignes de leurs nobles lignées.
Verse 73
पुत्रो युगंधरस्यासीन्माल्यवान्नाम भृत्यकः । यौगंधरायणो नाम्ना मन्त्रशास्त्रेषु कोविदः
Le fils de Yugandhara fut un serviteur nommé Mālyavān, aussi appelé Yaugaṃdharāyaṇa, expert dans les śāstra du conseil et de l’art du gouvernement.
Verse 74
विप्रतीकस्य तनयः पुष्पदन्तो बभूव ह । रुमण्वानिति विख्यातः परसैन्यविमर्दनः
Le fils de Vipratīka fut Puṣpadanta ; il était renommé sous le nom de Rumaṇvān, broyant les armées ennemies.
Verse 75
वल्लभस्य तदा जज्ञे तनयो वै बलोत्कटः । वसंतक इति ख्यातो नर्मकर्मसु कोविदः
Alors Vallabha engendra un fils d’une force redoutable, connu sous le nom de Vasaṃtaka, habile aux arts de l’esprit et aux plaisirs gracieux.
Verse 76
अथ ते ववृधुः सर्वे राजपुत्रपुरोगमाः । पञ्चहायनतां तेषु यातेषु तदनंतरम्
Ensuite, tous grandirent, conduits par le prince ; et lorsqu’ils eurent atteint l’âge de cinq ans, alors advint ce qui suit.
Verse 77
अलंबुसापि स्वर्वेश्या भूपतेः कृतवर्मणः । अयोध्यायां महापुर्यां कन्या जाता मृगावती
Et Alambusā, l’apsarā céleste, vint au roi Kṛtavarman ; dans la grande cité d’Ayodhyā naquit une fille : Mṛgāvatī.
Verse 78
एवं विधूममुख्यास्ते जज्ञिरे क्षितिमण्डले । अत्रांतरे महासत्त्वो दुष्टसानुचरो बली
Ainsi, ces chefs—à commencer par Vidhūmamukha—naquirent sur la surface de la terre. Cependant parut un être d’une grande vigueur, puissant et entouré de compagnons pervers.
Verse 79
अहिदंष्ट्र इति ख्यातो महादैत्यो बलोत्कटः । युक्तः स्थूलशिरोनामा सहायेन दुरात्मना
Un grand Dānava, redoutable par sa force, devint célèbre sous le nom d’Ahidaṃṣṭra. Il fut rejoint par un compagnon mauvais nommé Sthūlaśiras.
Verse 80
रुरोध देवनगरं बबाध विबुधानपि । वर्तमाने दिवि महासमरे सुररक्षसाम्
Il assiégea la cité des Devas et tourmenta même les êtres célestes. En ce temps-là, dans le ciel, faisait rage un grand combat entre les Devas et les Rākṣasas.
Verse 81
आनिनाय शतानीकं सहायार्थं पुरंदरः । स यौवराज्ये तनयं विधाय विधिना नृपः
Purandara (Indra) amena Śatānīka pour allié. Et ce roi, selon l’ordre prescrit, établit son fils comme héritier (yauvarāja).
Verse 82
प्रतस्थे रथमास्थाय युद्धाय दितिजैः सह । नीतो मातलिनाभ्येत्य सादरं स धनुर्धरः
Montant sur son char, ce héros porteur d’arc partit combattre les ennemis nés de Diti. Mātali s’approcha et, avec déférence, le guida plus avant.
Verse 83
विधाय प्रेक्षकान्देवाञ्जघान दितिजान्रणे । अथ दैत्याधिपः सोऽपि निहतः समरे दिवि
Ayant établi les devas comme témoins, il abattit au combat les démons nés de Diti. Puis, ce seigneur des Daityas fut lui aussi tué dans la bataille au ciel.
Verse 84
ततः शक्रस्य वचसा परेतं नृपपुंगवम् । रथमारोप्य सहसा कौशांबीं मातलिर्ययौ
Alors, sur l’ordre de Śakra, Mātali hissa promptement sur le char ce taureau parmi les rois, déjà défunt, et se rendit à Kauśāmbī.
Verse 85
नीत्वा महीतलमसौ तत्सुताय न्यवेदयत् । ततः सहस्रानीकोपि विलप्य वहुदुखितः
L’ayant conduit sur la terre, il en informa le fils du roi. Alors Sahasrānīka aussi se lamenta, accablé d’une immense douleur.
Verse 86
मंत्रिभिः सह संभूय प्रेतकार्यं न्यवर्तयत् । मृतं ज्ञात्वा पतिं राज्ञी सहैवानुममार च
S’étant assemblé avec les ministres, il accomplit selon le rite les cérémonies pour le défunt. La reine, apprenant la mort de son époux, le suivit elle aussi dans la mort.
Verse 87
महिष्या सह संप्राप्ते भूपाले कीर्तिशेषताम् । भेजे राज्यं शतानीकतनयो मंत्रिणां गिरा
Lorsque le roi, avec sa reine principale, parvint à l’état où seule sa renommée demeurait, le fils de Śatānīka assuma le royaume sur l’avis des ministres.
Verse 88
युगन्धरे विप्रतीके वल्लभे च मृते सति । यौगन्धरायणमुखास्तत्पुत्राः सर्व एव हि
Lorsque Yugandhara, Vipratīka et Vallabha furent passés de vie, tous ses fils—à commencer par Yaugandharāyaṇa—demeurèrent pour poursuivre les devoirs royaux.
Verse 89
शतानीक सुतस्यास्य तत्तत्कार्यमकुर्वत । एवं स पालयामास महीं राजसुतो बली
Ils accomplirent chaque tâche pour ce fils de Śatānīka. Ainsi, ce prince puissant gouverna et protégea la terre.
Verse 90
याते काले महेन्द्रेण सनन्दनमहोत्सवे । निमंत्रितस्तत्कथितां भाविनीमशृणोत्कथाम्
En temps voulu, lorsque Mahendra célébra la grande fête de Sanandana, il y fut convié et entendit de lui le récit de ce qui devait advenir à l’avenir.
Verse 91
स्वर्योषिद्ब्रह्मणः शापादयोध्यायायामलंबुसा । जाता मृगावती कन्या भूपतेः कृतवर्मणः
Par la malédiction de Brahmā, la nymphe céleste Alaṃbusā naquit à Ayodhyā sous le nom de Mṛgāvatī, fille du roi Kṛtavarman.
Verse 92
विधूम नामा च वसुस्त्वं नाकललनां पुरा । तामेव ब्रह्मसदने दृष्ट्वानिलहृतांशुकाम्
Autrefois, tu fus un Vasu nommé Vidhūma, et elle était une jeune fille céleste. La voyant dans la cour de Brahmā, tandis que le vent emportait son vêtement, ton cœur en fut ému.
Verse 93
तदैव मादनाक्रांतः शापान्मर्त्यत्वमागतः । सैव ते दयिता राजन्भाविनी न चिरात्सखे
À l’instant même, submergé par l’ivresse du désir, tu fus atteint d’une malédiction et tombas dans la condition mortelle. Et cette même personne deviendra bientôt ta bien-aimée, ô Roi, mon ami.
Verse 94
यदा त्वमात्मनः पुत्रं राज्ये संस्थाप्य भूपते । मृगावत्या स्त्रिया सार्द्धं दक्षिणस्योदधेस्तटे
Lorsque toi, ô Roi, auras établi ton propre fils sur le trône, et qu’avec la dame Mṛgāvatī tu parviendras au rivage de l’océan du Sud—
Verse 95
चक्रतीर्थे महापुण्ये फुल्लग्रामसमीपतः । स्नानं करिष्यसि तदा शापान्मुक्तो भविष्यसि
Près du village de Phullagrāma, au très méritoire Cakratīrtha, tu prendras le bain sacré; alors tu seras délivré de la malédiction.
Verse 96
इति प्रोवाच भगवन्सत्यलोके पितामहः । इतींद्रवचनं श्रुत्वा सहस्रानीकभूपतिः
Ainsi parla le vénérable Pitāmaha (Brahmā) en Satyaloka. Entendant ces paroles d’Indra, le roi Sahasrānīka—
Verse 97
तथोद्वाहकृतोत्साहः समामंत्र्य शचीपतिम् । कौशांबीं प्रस्थितो हृष्टः स तिलोत्तमया पथि
Ainsi, plein d’ardeur à accomplir les noces, il prit congé du seigneur de Śacī (Indra) et, joyeux, se mit en route vers Kauśāmbī, accompagné en chemin par Tilottamā.
Verse 98
स्मरन्किमपि तां कांतां भाषमाणामनन्यधीः । ध्यायञ्छतक्रतुवचो नालुलोके महीपतिः
Tandis qu’elle parlait, le roi—l’esprit attaché à elle seule—se souvint pourtant d’une autre bien-aimée ; et, absorbé par les paroles de Śatakratu (Indra), le seigneur de la terre ne daigna même pas la regarder.
Verse 99
सा शशाप नृपं सुभ्रूरनादरतिर स्कृता । आहूयमानोपि मया सहस्रानीक भूपते
Repoussée avec indifférence, la dame aux beaux sourcils maudit le roi : «Ô seigneur aux mille armées, ô roi, bien que je t’appelasse, tu ne m’as point prêté attention.»
Verse 100
मृगावतीं हृदा ध्यायन्किमर्थं मामुपेक्षसे । सौभाग्यमत्ता मानिन्यो न सहंतेऽवधीर णाम्
«Si, dans ton cœur, tu médites sur Mṛgāvatī, pourquoi me négliges-tu ? Les femmes fières, enivrées de leur bonheur, ne supportent pas d’être méprisées.»
Verse 101
मामवज्ञाय यां राजन्हृदा ध्यायसि सांप्रतम् । तया चतुर्दशसमा वियुक्तस्त्वं भविष्यसि
«Ô roi, pour m’avoir méprisée, la femme que tu contemples à présent dans ton cœur—tu en seras séparé, et tu demeureras ainsi quatorze années.»
Verse 102
इति शप्तवतीं राजा तामु वाच तिलोत्तमाम् । तामेव यदि लभ्येयं तनुजां कृतवर्मणः
Ainsi, lorsqu’elle eut proféré la malédiction, le roi dit à Tilottamā : «Si seulement je pouvais l’obtenir, elle—la fille de Kṛtavarman !»
Verse 103
चतुर्दशसमा दुःखं सहिष्ये तद्वियोगजम् । इत्युक्त्वा तद्गतमना नृपः प्राया न्निजां पुरीम्
«Je supporterai quatorze années la douleur née de la séparation.» Ayant ainsi parlé, le roi—l’esprit fixé sur elle—se mit en route vers sa propre cité.
Verse 104
ततः कालेन तनया भूपतेः कृतवर्मणः । तमाससाद दयिता सर्वस्वं पुष्पधन्वनः
Puis, en temps voulu, vint à lui la fille du roi Kṛtavarman, elle qui était l’aimée, le tout de Puṣpadhanvan (Kāma).
Verse 105
मृगावती समासाद्य विला सतरुवल्लरीम् । विभ्रमांभोधिलहरीं ननंद मदनद्युतिः
Ayant obtenu Mṛgāvatī—liane de joie sur l’arbre du jeu, vague sur l’océan de la grâce—il se réjouit, rayonnant de l’éclat de l’amour.
Verse 106
सा तस्माद्गर्भमाधत्त भवानीवेंदुशेखरात् । पांडिम्ना शशिलेखेव पीपूषक्षालिता बभौ
De lui elle conçut, telle Bhavānī du Seigneur au croissant de lune (Śiva) ; et d’une douce pâleur elle brilla, comme le croissant lunaire lavé par les rayons du soleil.
Verse 107
सुन्दरी दौर्हृदव्यक्तेरथ पौरंदरीव दिक् । रराज राजमहिषी रजनीकरगर्भिणी
Alors la belle reine, ses envies de grossesse commençant à paraître, resplendit telle la direction de l’Est présidée par Purandara, portant en son sein le «faiseur de nuit» (la lune).
Verse 108
सा दौर्हृदवशाद्राज्ञी यंयं काममकाम यत् । सुदुर्लभमपिप्रेम्णा तत्तत्सर्वं समाहरत्
Sous l’empire de son désir, la reine—quel que fût l’objet né dans son cœur—le faisait obtenir ; et le roi, par amour, rassemblait chaque chose, fût-elle très difficile à trouver.
Verse 109
पत्यौ समीहितकरे सा कदाचिन्मृगावती । स्वेच्छया वै मतिं चक्रे रक्तवापीनिमज्जने
Bien que son époux exauçât ses souhaits, Mṛgāvatī, un jour, de son plein gré, prit la résolution de se baigner en s’immergeant dans un bassin aux eaux rouges.
Verse 110
अभिलाषं सविज्ञाय मृगावत्या महीपतिः । कौसुम्भसलिलैः पूर्णां क्षणाद्वापीमकारयत्
Comprenant le désir de Mṛgāvatī, le roi fit creuser en un instant un bassin, rempli d’eaux teintes de pourpre, comme par le carthame.
Verse 111
तस्मिन्रक्तजले राज्ञी स्नानं सादरमातनोत् । ततस्तां रक्ततोयार्द्रां फुल्लकिंशुकसन्निभाम्
Dans cette eau rouge, la reine se baigna avec soin ; puis elle apparut ruisselante de pourpre, semblable au kiṃśuka tout en fleurs.
Verse 112
राजस्त्रीमामिषधिया सुपर्णकुलसंभवः । जहार विकटः पक्षी मुग्धां दग्धविधेर्वशात्
La prenant pour de la chair, un oiseau gigantesque, issu de la lignée de Suparṇa, enleva l’innocente dame royale, sous l’impérieuse contrainte d’un destin brûlé.
Verse 113
नीत्वा विहायसा दूरं स तामचलसन्निभः । तत्याजमोहविवशामुदयाचलकंदरे
L’ayant emportée au loin par les airs, l’oiseau pareil à une montagne l’abandonna, accablé de trouble, dans une grotte du mont de l’Orient.
Verse 114
लब्धसंज्ञा शनैः कंपविलोलतनुवल्लरी । दृग्भ्यामुत्पलतुल्याभ्यां मुहुरश्रूण्यवर्तयत्
Revenant peu à peu à elle, son corps frêle tremblait et ondoyait comme une liane; et de ses yeux pareils au lotus, les larmes coulaient sans cesse.
Verse 115
हा नाथ मंदभाग्याहं त्वद्वियोगेनपीडिता । का गतिः क्व नु गच्छामि द्रक्ष्यामि त्वन्मुखं कदा
«Hélas, ô mon Seigneur ! Malheureuse que je suis, tourmentée par la séparation d’avec toi. Quel refuge ai-je—où irai-je ? Quand reverrai-je ton visage ?»
Verse 116
इत्युक्त्वा गजसिंहानां पुरोभूद्वधकांक्षिणी । सा सर्वकेसरिगजैस्त्यक्ता न निधनं गता
Ayant ainsi parlé, désirant la mort, elle s’avança devant les éléphants et les lions; mais, bien que tous ces lions et ces éléphants l’eussent délaissée, elle ne trouva pas la mort.
Verse 117
आपत्काले नृणां नूनं मरणं नैव लभ्यते । अतिदीनं समाकर्ण्य तस्याः क्रंदितमुन्मुखाः
Assurément, au temps du malheur, même la mort ne s’obtient pas aisément. Entendant ses sanglots d’une extrême détresse, ils tournèrent le visage vers elle.
Verse 118
मृगा निष्पंदगतयो न तृणान्यप्यभक्षयन् । ततस्तां करुणासिंधुर्मुनिपुत्रस्तथास्थिताम्
Les cerfs demeurèrent immobiles et ne broutèrent même pas l’herbe. Alors le fils du muni, océan de compassion, remarqua la reine, debout là, en cet état.
Verse 119
रुदतीं कृपया राज्ञीं समानीय स्वमाश्रमम् । न्यवेदयच्च तां राज्ञीं गुरवे जमदग्नये । जमदग्निस्तु धर्मात्मा तामाश्वासयदंतिके
Ému de compassion, il conduisit la reine en pleurs à son propre āśrama et la présenta à son maître, Jamadagni. Jamadagni, au cœur juste, la consola tout près de lui.
Verse 120
जमदग्निरुवाच । तथा जानीहि मां भद्रे कृतवर्मा यथा तव
Jamadagni dit : «Ô dame de bon augure, sache que je suis pour toi tel que Kṛtavarmā l’est».
Verse 121
एवमाश्वासिता तत्र कृपया जमदग्निना । चक्रे तत्रैव सा वासमाश्रमे मुनिसंकुले
Ainsi réconfortée là par la compassion de Jamadagni, elle établit sa demeure dans ce même āśrama, rempli de rishis.
Verse 122
ततस्स्वल्पेन कालेन विशाखमिव पार्वती । असूत तनयं बाला शौर्यधैर्यगुणान्वितम्
Puis, peu de temps après, la jeune femme enfanta un fils—comme Pārvatī enfanta Viśākha—doué des vertus de vaillance et de constance.
Verse 123
सूतिकागृहकृत्यानि यानि कार्याणि बंधुभिः । चक्रिरे मातृवत्तानि मृगावत्या मुनिस्त्रियः
Les épouses des sages accomplirent pour Mṛgāvatī, comme si elle eût été leur propre mère, tous les devoirs que les proches accomplissent dans la chambre d’accouchement.
Verse 124
तं सुजातं नृपसुतं कापि वागशरीरिणी । उदयाचलजातत्वाच्चकारोदयनाभिधम्
Pour ce prince bien né, une voix sans corps se fit entendre; et, parce qu’il était né près de l’Udayācala, elle lui donna le nom d’« Udayana ».
Verse 125
आश्रमे स मुनीन्द्रेण कृतचूडादिकव्रतः । जग्राह सकला विद्या जमदग्नेर्महामुनेः
Dans l’āśrama, après que le chef des sages eut accompli pour lui la cūḍā et les autres rites, il reçut du grand sage Jamadagni l’enseignement de toutes les sciences.
Verse 126
युवा नृपसुतः सोऽयं कदाचिन्मृगयापरः । अपश्यदेकं भुजगं व्याधेन दृढसंयतम्
Un jour, ce jeune prince, tout entier à la chasse, aperçut un serpent solidement maîtrisé par un chasseur.
Verse 127
उवाच स कृपायुक्तो व्याध मुंच भुजंगमम् । किं करिष्यस्यनेन त्वं नैनं हिंसितुर्महसि
Plein de compassion, il dit : « Chasseur, relâche le serpent. Que feras-tu de lui ? Il ne te sied pas de lui faire du mal. »
Verse 128
तमुवाच ततो व्याधः सर्पेणानेन पूरुष । धनधान्यादिकं लप्स्ये ग्रामेषु नगरेषु च
Alors le chasseur dit à l’homme : « Par le moyen de ce serpent, j’obtiendrai des richesses — grains, trésors et autres biens — dans les villages comme dans les cités. »
Verse 129
अतोहं जीविकामेनं नैव मोक्ष्ये कथंचन । इत्युक्त्वा पेटिकायां तं वबंध शबराधमः
« Ainsi, pour assurer ma subsistance, je ne le relâcherai d’aucune manière. » Ayant parlé ainsi, ce misérable Śabara le ligota et l’enferma dans une petite boîte.
Verse 130
बद्धमालोक्य भुजगं शबराय धनार्थिने । अमोचयत्स्वजननीदत्तं दत्त्वा स कंकणम्
Voyant le serpent lié, il le délivra, donnant au Śabara avide d’argent un bracelet que sa propre mère lui avait offert.
Verse 131
मोचितस्तेन सर्पोऽसौ नरो भूत्वा कृतांजलिः । सख्यं कृत्वा च सहसा तं पातालं निनाय वै
Délivré par lui, ce serpent devint un homme, les mains jointes en vénération. Puis, nouant aussitôt amitié, il le conduisit véritablement vers Pātāla.
Verse 132
किन्नराख्येन नागेन धृतराष्ट्रसुतेन सः । पातालं प्राविशत्तत्र न्यवसत्पूजितस्सुखम्
Avec le Nāga nommé Kinnara, fils de Dhṛtarāṣṭra, il entra dans Pātāla. Là, il demeura dans le bonheur, honoré par le culte.
Verse 133
धृतराष्ट्रस्य तनयां भगिनीं किन्नरस्य च । ललिताख्यां गुणोपेतां प्रियां भेजे नृपात्मजः
Le prince prit pour bien-aimée Lalitā, vertueuse et riche de qualités, fille de Dhṛtarāṣṭra et aussi sœur de Kinnara.
Verse 134
सा तस्माज्जनयामास पुत्रमप्रतिमौजसम् । ततः सा ललिता प्राह त्वरितोदयनं प्रति
De lui, elle enfanta un fils d’une vigueur sans pareille. Alors Lalitā s’adressa à Tvaritodayana.
Verse 135
ललितोवाच । अहं विद्या धरी पूर्वं सुकर्णी नाम नामतः । शापात्सर्पत्वमाप्तास्मि शापांतो गर्भ एष मे
Lalitā dit : « Jadis j’étais une Vidyādharī, connue sous le nom de Sukarṇī. Par l’effet d’une malédiction, j’obtins la condition de serpent ; cette grossesse en est la fin ».
Verse 136
ततोऽमुं प्रतिगृह्णीष्व पुत्रमप्रतिमौजसम् । तांबूलीं स्रजमम्लानां वीणां घोषवतीमपि
«Ainsi, reçois ce fils d’une vigueur sans pareille ; reçois aussi le bétel, une guirlande qui ne se fane pas, et une vīṇā au son retentissant».
Verse 137
तथेति प्रतिजग्राह तत्सर्वं नृपनंदनः । पश्यतां सर्वसर्पाणां साप्यगच्छद्विहायसम्
Disant : « Qu’il en soit ainsi », le fils du roi accepta tout cela. Sous le regard de tous les serpents, elle aussi s’en alla dans le ciel.
Verse 138
ततः सोऽपि गृहीत्वा तु वीणां मालां च पुत्रकम् । दुःखितामात्मजननीं द्रषुकामस्त्वरान्वितः
Alors lui aussi, prenant la vīṇā, la guirlande et son petit fils, se hâta, désireux de voir sa propre mère, accablée de chagrin.
Verse 139
श्वशुरादीननुज्ञाप्य सहसा स्वाश्रमं ययौ । जननीं शोकसंतप्तामाश्वस्तां जमदग्निना
Après avoir obtenu la permission de son beau-père et des autres, il se rendit en hâte à son propre āśrama ; là, sa mère, brûlée par le chagrin, avait été apaisée par Jamadagni.
Verse 140
समेत्य तोषयामास वृत्तं चास्यै न्यवेदयत् । तदा प्रहृष्टहृदया सा बभूव मृगावती
L’ayant rejointe, il la réconforta et lui rapporta tout ce qui s’était passé. Alors le cœur de Mṛgāvatī fut rempli de joie.
Verse 141
अत्रांतरे स शबरः कौशांब्यां वणिजं ययौ । सहस्रानीकनामांकं विक्रेतुं मणिकंकणम्
Pendant ce temps, ce Śabara alla trouver un marchand à Kauśāmbī afin de vendre un bracelet orné de gemmes, portant la marque du nom de Sahasrānīka.
Verse 142
राजमुद्रां समालोक्य कंकणे स वणिग्वरः । शबरेण समं गत्वा सर्वं राज्ञे न्यवेदयत्
Voyant le sceau royal sur le bracelet, ce marchand éminent alla avec le Śabara et rapporta tout au roi.
Verse 143
ततः सहस्रानीकोऽयं तत्प्राप्य मणिकंकणम् । मृगावतीविप्रयोगविषाग्निपरिपीडितः
Alors Sahasrānīka, ayant reçu ce bracelet serti de joyaux, demeura tourmenté par le feu-venin de la séparation d’avec Mṛgāvatī.
Verse 144
तद्बाहुसंगपीयूष शीकरासारशीतलम् । कंकणं हृदये न्यस्य विललाप सुदुःखितः
Posant ce bracelet sur son cœur—frais comme la bruine de nectar de son étreinte—il se lamenta, accablé d’une immense douleur.
Verse 145
उवाच च कथं लब्धं कंकणं शबर त्वया । स चैवमुक्तस्तत्प्राप्ति क्रमं तस्मै न्यवेदयत्
Et il demanda : «Śabara, comment as-tu obtenu ce bracelet ?» Ainsi questionné, le Śabara lui rapporta tout l’enchaînement de son acquisition.
Verse 146
शबरस्य वचः श्रुत्वा सहस्रानीकभूपतिः । प्रतस्थे मंत्रिभिः सार्द्धं प्रियालोकनकौतुकी
Entendant les paroles du Śabara, le roi Sahasrānīka se mit en route avec ses ministres, avide de l’espoir de revoir sa bien-aimée.
Verse 147
यत्रेंदुभास्क रमुखा लभंते सहसोदयम् । तमेव गिरिमुद्दिश्य सहसा सोऽभ्यगच्छत
Vers la montagne même où l’on dit que la lune et le soleil se lèvent ensemble, il se hâta aussitôt et s’en approcha.
Verse 148
किंचिन्मार्गं समुल्लंघ्य तस्थौ विश्रांतसैनिकः । तस्मिन्विनिद्रे दयितासंगमध्यानतत्परे
Après avoir franchi un court tronçon du chemin, il s’arrêta, et ses troupes prirent repos. Là, tandis que la somnolence l’envahissait, son esprit se plongea dans la méditation de l’union avec sa bien-aimée.
Verse 149
वसंतको विचित्रास्तु कथयामास वै कथाः । तत्कथाश्रवणेनैव तां रात्रिं स निनाय वै
Alors Vasantaka raconta maints récits merveilleux ; et, à la seule écoute de ces histoires, il traversa toute cette nuit-là.
Verse 150
ततः कालेन ककुभं प्राप्य जंभारिपालिताम् । जमदग्न्याश्रमं गत्वा निर्वैरहरिकुंजरम्
Puis, en temps voulu, il atteignit Kakubha, protégée par l’ennemi de Jambha (Indra). Il se rendit à l’āśrama de Jamadagni, demeure sans inimitié où même le lion et l’éléphant vivent en paix.
Verse 151
तपस्यंतं मुनिं दृष्ट्वा शिरसा प्रणनाम सः । आशीर्वादेन स मुनिः प्रतिजग्राह तं नृपम्
Voyant le muni adonné à l’austérité (tapas), il s’inclina la tête en signe de révérence. Le sage, à son tour, accueillit le roi par une bénédiction.
Verse 152
विधिवत्पूजयामास पाद्यार्घ्याचमनीयकैः । उवाच च महीपालं धर्मार्थसहितं वचः
Selon le rite, il l’honora par l’eau pour les pieds (pādya), l’offrande de respect (arghya) et l’eau pour l’ācamana (ācamanīya). Puis il adressa au roi des paroles fondées sur le dharma et le juste dessein.
Verse 154
भविष्यति दिशां जेता सिंहसंहननो युवा । पौत्र एष महाभाग तथा द्युदयनात्मजः
«Ô toi, le très fortuné, ce petit-fils —fils de Dyudayana— deviendra un jeune conquérant des directions, au corps puissant, semblable au lion.»
Verse 155
इयं मृगावती भार्या पाति व्रत्यपरायणा । तदेतांस्त्रीन्महाराज प्रतिगृह्णीष्व मा चिरम्
«Voici Mṛgāvatī, une épouse vouée aux observances sacrées; aussi, ô grand roi, reçois cette femme sans tarder.»
Verse 156
उक्त्वैवं मुनिना दत्तांस्तान्गृहीत्वा महीपतिः । प्रियासहायः स्वपुरीं प्रतस्थे मंत्रिभिर्वृतः
Ainsi parlé, le roi reçut les présents accordés par le sage; puis, accompagné de sa bien-aimée et entouré de ministres, il se mit en route vers sa cité.
Verse 157
ततः प्रविश्य कौशांबीं नगरीं स नृपोत्तमः । स्मरञ्छक्रस्य वचनं मानुषं जन्म कुत्सयन्
Alors le roi excellent entra dans la cité de Kauśāmbī, se remémorant les paroles de Śakra (Indra) et méprisant la condition de la naissance humaine.
Verse 158
महीमुदयनायैव ददौ पुत्राय धीमते । तस्मिन्नुदयने पुत्र राज्यपालनदक्षिणे
Il confia la terre, le royaume, à son fils sage Udayana. Et lorsque ce fils Udayana fut habile à protéger et administrer le royaume,
Verse 159
राज्यभारं विनिक्षिप्य स शापविनिवृत्तये । वसंतकरुमण्वद्भ्यां मृगावत्या च भार्यया
Déposant le fardeau de la royauté, lui—désireux d’être délivré de la malédiction—se mit en route avec Vasantakarumaṇva et son épouse, Mṛgāvatī.
Verse 160
यौगन्धरायणेनापि मंत्रिपुत्रेण संयुतः । चक्रतीर्थे महापुण्ये दक्षिणस्योदधेस्तटे
Il était aussi accompagné de Yaugandharāyaṇa, fils du ministre; et ils allèrent au très méritoire Cakratīrtha, sur la rive de l’océan du Sud.
Verse 161
स्नानं कर्तुं ययौ तूर्णं सर्वतीर्थोत्त मोत्तमे । वाहनैर्वातरंहोभिरचिराल्लवणोदधिम्
Afin d’accomplir le bain sacré, il se rendit en hâte vers ce tīrtha, le plus excellent de tous; porté par des véhicules rapides comme le vent, il atteignit bientôt l’océan salé.
Verse 162
संप्राप्य चक्रतीर्थं च स्नानं चक्रुर्यथाविधि । तेषु च स्नातमात्रेषु चक्रतीर्थे नृपादिषु
Parvenus à Cakratīrtha, ils accomplirent le bain selon le rite; et dès l’instant même où le roi et les autres s’y furent baignés, à Cakratīrtha…
Verse 163
विनष्टं तत्क्षणादेव मानुष्यमतिकुत्सितम् । ततो विधूतपापास्ते स्वं रूपं प्रतिपेदिरे
À cet instant même disparut leur condition humaine, la plus méprisable; puis, leurs péchés secoués au loin, ils retrouvèrent leur propre forme véritable.
Verse 164
दिव्यांबरधराः सर्वे दिव्यमाल्यानुलेपनाः । विमानानि महार्हाणि समारुह्य विभूषिताः
Tous, revêtus d’habits divins, parés de guirlandes célestes et d’onguents, montèrent, rayonnants d’ornements, dans de splendides et précieux vimānas.
Verse 165
तत्तीर्थं बहु मन्वानाः स्वशापच्छेदकारणम् । पश्यतां सर्वलोकानां स्वर्गलोकं ययुस्तदा
Honorant grandement ce tīrtha comme la cause qui tranche leur propre malédiction, ils partirent alors vers le monde du ciel, sous le regard de tous.
Verse 166
तदाप्रभृति ते सर्वे ज्ञात्वा तत्तीर्थवैभवम् । पावने चक्रतीर्थेऽस्मिन्स्नानं कुर्वंति सर्वदा
Dès lors, tous, connaissant la grandeur de ce tīrtha, accomplissent toujours le bain rituel dans ce Cakratīrtha purificateur.
Verse 167
एवं प्रभावं तत्तीर्थं ये समागत्य मानवाः । स्नानं सकृच्च कुर्वंति ते सर्वे स्वर्गवासिनः
Telle est la puissance de ce tīrtha : ceux qui s’y rendent et accomplissent le bain ne fût-ce qu’une seule fois, tous deviennent habitants du ciel.
Verse 168
एवं वः कथितं विप्रा विधूमचरितं महत् । यः पठेदिममध्यायं शृणुयाद्वा समाहितः । यं यं कामयते कामं तं सर्वं शीघ्रमाप्नुयात्
Ainsi, ô brāhmaṇas, vous a été conté le grand récit de Vidhūma. Quiconque, l’esprit recueilli, récite ce chapitre ou l’écoute, tout désir qu’il désire l’obtient promptement et pleinement.
Verse 193
नरनाथ मृगावत्यां जातोऽयं तनयस्तव । यशोनिधिर्महातेजा रामचंद्र इवापरः
Ô roi des hommes, de Mṛgāvatī est né ce fils qui est tien — océan de renommée, d’un grand éclat, tel un autre Rāmacandra.