
Sūta rapporte qu’après avoir entendu les hymnes de protection précédents, Nārada interroge de nouveau Sanatkumāra. Celui-ci commence un vaste enseignement sur les mantras de Kṛṣṇa, capables d’accorder à la fois la jouissance (bhoga) et la délivrance (mokṣa). Il donne les identifiants rituels du mantra (ṛṣi, chandas, devatā, bīja, śakti, niyoga) et décrit un nyāsa très rigoureux : installation du voyant/mètre/divinité, pañcāṅga et tattva-nyāsa du jīva jusqu’aux mahābhūta, puis mātṛkā-nyāsa, vyāpaka-nyāsa et placements de sṛṣṭi-sthiti-saṃhāra. Il enseigne des rites protecteurs tels que le Sudarśana digbandhana et des mudrā (veṇu, bilva, varma, libération des armes). Le sādhaka est guidé dans une dhyāna élaborée de Vṛndāvana et de Dvārakā, avec l’āvaraṇa-arcana (divinités d’entourage, reines, armes, lokapāla), des nombres prescrits de japa/homa et des règles de tarpaṇa avec substances précises et interdits. Le chapitre présente aussi des kāmya-homa pour la prospérité, la maîtrise, l’apaisement de la pluie/de la fièvre, les rites de descendance et la protection contre les ennemis—tout en avertissant contre les rites meurtriers. Il s’achève par la construction du Gopāla-yantra et un « roi des mantras » de dix syllabes avec son propre nyāsa. Les fruits promis sont la mantra-siddhi, les aṣṭa-siddhi, l’abondance et l’accès final à la demeure de Viṣṇu.
Verse 1
सूत उवाच । श्रुत्वा तु नारदो विप्राः कुमारवचनं मुनिः । यत्पप्रच्छ पुनस्तच्च युष्मभ्यं प्रवदाम्यहम् ॥ १ ॥
Sūta dit : Ô brahmanes, après avoir entendu les paroles des Kumāras, le sage Nārada interrogea de nouveau sur tout ce qu’il désirait savoir ; cela aussi, je vais à présent vous le rapporter.
Verse 2
कार्तवीर्यस्य कवचं तथा हनुमतोऽपि च । चरितं च महत्पुण्यं श्रुत्वा भूयोऽब्रवीद्वचः ॥ २ ॥
Après avoir entendu la cuirasse protectrice (kavaca) de Kārtavīrya, ainsi que celle de Hanumān, et le récit hautement méritoire de Hanumān, il reprit la parole en ces termes.
Verse 3
नारद उवाच । साधु साधु मुनिश्रेष्ठ त्वयातिकरुणात्मना । श्रावितं चरितं पुण्यं शिवस्य च हनूमतः ॥ ३ ॥
Nārada dit : « Bien, bien ! Ô le meilleur des sages ! Le cœur débordant de compassion, tu m’as fait entendre le récit saint et méritoire de Śiva et de Hanumān. »
Verse 4
तन्त्रस्यांस्य क्रमप्राप्तं कथनीयं च यत्त्वया । तत्प्रब्रूहि महाभाग किं पृष्ट्वान्यद्विदांवर ॥ ४ ॥
Ô illustre, explique ce que tu dois enseigner, selon l’ordre prescrit, au sujet de ce Tantra. Dis-le, ô grande âme : que pourrais-je encore te demander, ô le meilleur des sages ?
Verse 5
सनत्कुमार उवाच । अथ वक्ष्ये कृष्णमंत्रान्भुक्तिमुक्तिफलप्रदान् । ब्रह्माद्या यान्समाराध्य सृष्ट्यादिकरणे क्षमाः ॥ ५ ॥
Sanatkumāra dit : À présent, j’exposerai les mantras de Kṛṣṇa qui accordent les fruits de la jouissance en ce monde comme de la délivrance ; par ces mantras, même Brahmā et les autres dieux, l’ayant adoré comme il se doit, deviennent aptes à accomplir la création et les autres fonctions cosmiques.
Verse 6
कामः कृष्णपदं ङतं गोविंदं च तथाविधम् । गोपीजनपदं पश्चाद्वल्लभायाग्निसुंदरी ॥ ६ ॥
On dit que Kāma (la divinité du désir) se rendit aux Pieds de lotus de Kṛṣṇa, et de même auprès de Govinda ; ensuite, Agnisundarī, la belle du Feu, alla au hameau des gopīs afin de devenir l’aimée/épouse de Vallabhā.
Verse 7
अष्टादशार्णो मंत्रोऽयं दुर्गाधिष्ठातृदैवतः । नारदोऽस्य मुनिश्छंदो गायत्री देवता पुनः ॥ ७ ॥
Voici un mantra de dix-huit syllabes, dont la divinité présidente est la Déesse Durgā. Pour lui, Nārada est le ṛṣi (voyant), le mètre est Gāyatrī, et la divinité invoquée est de nouveau déclarée être Gāyatrī.
Verse 8
श्रीकृष्णः परमात्मा च कामो बीजं प्रकीर्तितम् । स्वाहा शक्तिर्नियोगस्तु चतुर्वर्गप्रसिद्धये ॥ ८ ॥
Śrī Kṛṣṇa est le Paramātmā, le Soi suprême ; « Kāma » est proclamé comme le bīja (syllabe-semence). « Svāhā » est la śakti (formule d’énergie), et le niyoga (intention rituelle) vise l’accomplissement des quatre buts de la vie : dharma, artha, kāma et mokṣa.
Verse 9
ऋषिं शिरसि वक्त्रे तु छंदश्च हृदि देवताम् । गुह्ये बीजं पदोः शक्तिं न्यसेत्साधकसत्तमः ॥ ९ ॥
Le meilleur des pratiquants doit accomplir le nyāsa : placer le ṛṣi sur la tête, le chandas sur la bouche, la divinité dans le cœur, le bīja dans la région secrète, et la śakti sur les pieds.
Verse 10
युगेवदाब्धि निगमैर्द्वाभ्यां वर्णैर्मनूद्भवैः । पंचांगानि प्रविन्यस्य तत्त्वन्यासं समाचरेत् ॥ १० ॥
Au moyen des mantras védiques—avec les deux syllabes nées de Manu—qu’on dispose dûment les cinq membres (pañcāṅga), puis qu’on accomplisse le tattva-nyāsa, le nyāsa des principes (tattva).
Verse 11
हृदंतिमादिकांतार्णमपराद्यानि चात्मने । मत्यंतानि च तत्वानि जीवाद्यानि न्यसेत्क्रमात् ॥ ११ ॥
En commençant par le cœur et en allant jusqu’à l’extrémité intérieure (le sommet du crâne), pour le bien de l’Ātman, on doit accomplir le nyāsa en déposant les principes supérieurs; et de même, selon l’ordre prescrit, déposer les principes depuis le jīva jusqu’au niveau mortel du corps.
Verse 12
जीवं प्राणं मतिमहंकारं मनस्तथैव च । शब्दं स्पर्शं रूपरसौ गंधं श्रोत्रं त्वचं तथा ॥ १२ ॥
Le jīva (soi individuel), le prāṇa (souffle vital), la mati (intellect), l’ahaṅkāra (sentiment du moi) et le manas (mental) ; le son, le toucher, la forme et la saveur, l’odeur ; ainsi que l’oreille et la peau — tout cela est énuméré.
Verse 13
नेत्रं च रसनांघ्राणं वाचं पाणिं पदेंद्रियम् । पायुं शिश्नमथाकाशं वायुं वह्निं जलं महीम् ॥ १३ ॥
L’œil ; la langue et le nez ; la parole (vāc) ; la main ; le pied comme organe d’action ; l’anus ; l’organe générateur ; puis l’espace, le vent, le feu, l’eau et la terre — tout cela est énuméré.
Verse 14
जीवं प्राणं च सर्वागे मत्यादित्रितयं हृदि । मूर्द्धास्यहृद्गुह्य पादेष्वथ शब्दादिकान्न्यसेत् ॥ १४ ॥
On doit placer (par le nyāsa) le jīva et le prāṇa dans tous les membres; la triade commençant par la mati dans le cœur; puis placer le son et le reste sur la tête, la bouche, le cœur, la région secrète et les pieds.
Verse 15
कर्णादिस्वस्वस्थानेषु श्रोत्रादीनींद्रियाणि च । तथा वागादींद्रियाणि स्वस्वस्थानषु विन्यसेत् ॥ १५ ॥
On doit placer les facultés sensorielles—à commencer par l’ouïe—dans leurs sièges propres, en partant de l’oreille; et de même placer les organes d’action—à commencer par la parole—dans leurs emplacements respectifs.
Verse 16
मूद्धस्यहृद्गुह्यपादेष्वाकाशादीन्न्यसेत्ततः । हृत्पुंडरीकमर्केन्दुह्निबिंबान्यनुक्रमात् ॥ १६ ॥
Ensuite, qu’on accomplisse le nyāsa en assignant mentalement les éléments, à commencer par l’éther, à la tête, au cœur, à la région secrète et aux pieds ; puis, selon l’ordre prescrit, qu’on contemple dans le lotus du cœur les orbes resplendissants du soleil, de la lune et du feu sacré.
Verse 17
द्विषट्ह्यष्टदशकलाव्याप्तानि च तथा मतः । भूताष्टां गाक्षिपदगैर्वर्णैः प्रग्विन्न्यसेद्धृदि ॥ १७ ॥
On tient aussi que ceux-ci imprègnent les dix-huit kalā ; et les huit bhūta doivent être placés dans le cœur, en disposant correctement les syllabes commençant par « ga » ainsi que celles désignées par les groupes « akṣi » et « pada ».
Verse 18
अथाकाशादिस्थलेषु वासुदेवादिकांस्ततः । वासुदेवः संकर्षणः प्रद्युम्नश्चानिरुद्धकः ॥ १८ ॥
Puis, dans les régions commençant par l’éther (ākāśa) et les autres sphères élémentaires, qu’on médite les formes divines à partir de Vāsudeva : Vāsudeva, Saṅkarṣaṇa, Pradyumna et Aniruddha.
Verse 19
नारायणश्च क्रमशः परमेष्ठ्यादिभिर्युताः । परमेष्ठिपुमांच्छौ चविश्वनिवृत्तिसर्वकाः ॥ १९ ॥
Et Nārāyaṇa, selon l’ordre, est décrit conjointement aux états commençant par Parameṣṭhī ; de même, les appellations Parameṣṭhī et Pumān sont énoncées : tous ces termes indiquent la nivṛtti, le retrait de l’univers, et le Principe suprême qui embrasse tout.
Verse 20
श्वेतानिलाग्न्यंबुभूमिवर्णैः प्राग्वत्प्रविन्यसेत् । स्वबीजाद्यं कोपतत्वं नृसिंहं व्यापकेन च ॥ २० ॥
Comme précédemment, qu’on accomplisse la pose (nyāsa) au moyen des syllabes associées aux couleurs—blanc, vent, feu, eau et terre—dans le même ordre. Puis, en commençant par son propre bīja, qu’on place Nṛsiṃha dans son principe de courroux (kopa-tattva), avec l’aspect qui pénètre tout (vyāpaka).
Verse 21
प्राग्वद्विन्यस्य सर्वाङ्गे तत्त्वन्यासोऽयमीरितः । मकाराद्या आद्यवर्णाः सर्वे स्युश्चंद्रभूषिताः ॥ २१ ॥
Les ayant placés, comme auparavant, sur tout le corps, ceci est proclamé comme le tattva-nyāsa (l’installation des principes). Toutes les lettres initiales commençant par « ma » doivent être ornées de candra, la lune.
Verse 22
वासुदेवादिका ज्ञेया ङेंताः साधकसत्तमैः । प्राणायामं ततः कृत्वा पूरकुम्भकरेचकैः ॥ २२ ॥
Le meilleur des sādhakas doit savoir que les syllabes mantriques commençant par « Vāsudeva » forment l’ensemble directeur. Ensuite, accomplissant le prāṇāyāma, qu’il procède par pūraka (inspiration), kumbhaka (rétention) et recaka (expiration).
Verse 23
चतुर्भिः षड्भर्द्वाभ्यां च मूलमंत्रेण मंत्रवित् । केचिदाहुरिहाचार्याः प्राणायामोत्तरं पुनः ॥ २३ ॥
Le connaisseur du mantra doit pratiquer avec le mūla-mantra, en le comptant quatre fois, ou six fois, ou deux fois. Certains ācāryas d’ici disent encore qu’il faut le refaire après le prāṇāyāma.
Verse 24
पीठन्यासं विधायाथ न्यासानन्यान्समाचरेत् । दशतत्त्वादि विन्यस्य वक्ष्यमाणविधानतः ॥ २४ ॥
Après avoir d’abord accompli le pīṭha-nyāsa, qu’on pratique ensuite les autres nyāsas. En plaçant (en invoquant) les dix tattvas et le reste, qu’on avance exactement selon la procédure qui sera exposée.
Verse 25
मूर्तिपंजरनामानं पूर्वोक्तं विन्यसेद्बुधः । सर्वांगे व्यापकं कृत्वा किरीटमनुना सुधीः ॥ २५ ॥
Le pratiquant avisé doit accomplir le nyāsa de l’ensemble de noms appelé « Mūrti-pañjara », enseigné précédemment. L’ayant rendu omniprésent dans tous les membres du corps, le discernant doit ensuite le sceller par le mantra « Kirīṭa ».
Verse 26
ततस्तारपुटं मंत्रं व्यापय्य करयोस्त्रिशः । पंचांगुलीषु करयोः पंचांगं विन्यसेत्ततः ॥ २६ ॥
Ensuite, après avoir posé le mantra «tāra-puṭa», qu’on le fasse pénétrer sur les deux mains trois fois ; puis, sur les cinq doigts des mains, qu’on y installe l’ensemble quintuple (pañcāṅga) selon l’ordre prescrit.
Verse 27
त्रिशो मूलेन मूर्द्धादिपादांतं व्यापकं न्यसेत् । सकृद्व्यापय्य तारेण मंत्रन्यासं ततश्चरेत् ॥ २७ ॥
Avec le mantra racine (mūla-mantra), qu’on accomplisse trois fois le nyāsa pénétrant de la couronne de la tête jusqu’aux extrémités des pieds. Puis, après avoir fait une fois pénétrer le corps par le mantra Tāra, qu’on procède au mantra-nyāsa selon l’ordre requis.
Verse 28
शिरोललाटे भ्रूमध्ये कर्णयोश्चक्षुषोस्तथा । घ्राणयोर्वदने कंठे हृदि नाभौ तथा पुनः ॥ २८ ॥
Sur la tête et le front ; au milieu des sourcils ; aux deux oreilles et aussi aux deux yeux ; dans les narines, dans la bouche, dans la gorge, dans le cœur, et de nouveau au nombril — qu’on y établisse (par nyāsa).
Verse 29
कट्यां लिंगे जानुनोश्च पादयोर्विन्यसेत्क्रमात् । हृदंतान्मंत्रवर्णांश्च ततो मूर्ध्नि ध्रुवं न्यसेत् ॥ २९ ॥
Dans l’ordre, qu’on place (le mantra) à la taille, à l’organe générateur, aux genoux et aux pieds. Puis, après avoir posé les syllabes du mantra jusqu’au cœur, qu’on fixe enfin l’établissement stable (dhruva) sur la tête.
Verse 30
पुनर्नयनयोरास्ये हृदि गुह्ये च पादयोः । विन्यसेद्धृदयांतानि मनोः पंचपदानि च ॥ ३० ॥
De nouveau, qu’on place les cinq mots du mantra—se terminant par «hṛdaya»—sur les deux yeux, la bouche, le cœur, la région secrète et les pieds.
Verse 31
भूयो मुन्यादिकं न्यस्य पंचांगं पूर्ववन्न्यसेत् । अथ वक्ष्ये महागुह्यं सर्वन्यासोत्तमोत्तमम् ॥ ३१ ॥
De nouveau, après avoir accompli le nyāsa commençant par le muni (ṛṣi) et le reste, comme auparavant, qu’on établisse le nyāsa des cinq membres (pañcāṅga) tel qu’il a été décrit. À présent, j’enseignerai le grand secret : le nyāsa suprême parmi tous les nyāsas, le plus excellent des plus excellents.
Verse 32
यस्य विज्ञानमात्रेण जीवन्मुक्तो भवेन्नरः । अणिमाद्यष्टसिद्धीनामीश्वरः स्यान्न संशयः ॥ ३२ ॥
Par la seule réalisation (vijñāna) de cela, l’homme devient jīvanmukta, libéré tout en vivant ; et il devient maître des huit siddhis, à commencer par aṇimā — il n’y a là aucun doute.
Verse 33
यस्याराधनतो मंत्री कृष्णसंनिध्यतां व्रजेत् । ताराद्याभिर्व्याहृतिभिः संपुटं विन्यसेन्मनुम् ॥ ३३ ॥
Que le pratiquant du mantra dont l’adoration mène à la proximité de Kṛṣṇa dispose le mantra dans un « saṃpuṭa » (enveloppe rituelle), en prenant la syllabe Oṃ (tārā) et les vyāhṛtis (énoncés sacrés) comme formules d’enveloppement.
Verse 34
मंत्रेण पुटितांश्चापि प्रणवाद्यांस्ततो न्यसेत् । गायत्र्या पुटुतं मंत्रं विन्यसेन्मातृकास्थले ॥ ३४ ॥
Ensuite, qu’on établisse (par nyāsa) les syllabes commençant par le Praṇava (Oṃ), « scellées » (pūṭita) par le mantra. Et le mantra fortifié par la Gāyatrī doit être installé au siège des Mātṛkās, la matrice des lettres.
Verse 35
मंत्रेण पुटितां तां च गायत्रीं विन्यसेत्क्रमात् । मातृकापुटितं मूलं विन्यसेत्साधकोत्तमः ॥ ३५ ॥
Alors, le pratiquant éminent doit, selon l’ordre prescrit, accomplir le nyāsa de cette Gāyatrī fortifiée (pūṭita) par le mantra ; et il doit aussi établir par nyāsa le mantra racine (mūla-mantra), fortifié par la Mātṛkā, les lettres.
Verse 36
मूलेन पुटितां चैव मातृकां विन्यसेत्क्रमात् । तृचं न मातृकावर्णान्पूर्वं तत्तत्स्थले सुधीः ॥ ३६ ॥
Le sādhaka avisé doit ensuite, selon l’ordre prescrit, placer (accomplir le nyāsa des) lettres Mātṛkā, chacune enveloppée et protégée par le mantra racine. Qu’il ne place pas d’abord les trois ṛc ; qu’il installe d’abord les syllabes Mātṛkā à leurs emplacements propres.
Verse 37
विन्यसेन्न्यासषट्कं च षोढा न्यासोऽयमीरितः । अनेन न्यासवर्येण साक्षात्कृष्णसमो भवेत् ॥ ३७ ॥
Qu’on accomplisse le nyāsa en six modalités ; cela est proclamé comme un nyāsa en seize parties. Par ce nyāsa suprême, on devient directement égal à Kṛṣṇa (en proximité divine et en puissance conférée).
Verse 38
न्यासेन पुटितं दृष्ट्वा सिद्धगंधर्वकिन्नराः । देवा अपि नमंत्येनं किंपुनर्मानवा भुवि ॥ ३८ ॥
Le voyant consacré et fortifié par le nyāsa, les Siddha, les Gandharva et les Kinnara s’inclinent devant lui ; même les dieux lui rendent hommage—combien plus encore les humains sur la terre !
Verse 39
सुदर्शनस्य मंत्रेण कुर्याद्दिग्बंधनं ततः । देवं ध्यायन्स्वहृदये सर्वाभीष्टप्रदायकम् ॥ ३९ ॥
Ensuite, au moyen du mantra de Sudarśana, qu’on accomplisse le scellement protecteur des directions (digbandhana). Méditant dans son propre cœur le Seigneur—dispensateur de tous les vœux—qu’on poursuive la pratique.
Verse 40
उत्फुल्लकुसुमव्रातनम्रशाखैर्वरद्रुमैः । सस्मेयमंजरीवृंदवल्लरीवेष्टितैः शुभैः ॥ ४० ॥
Ce lieu resplendissait d’arbres exauçant les vœux, dont les branches s’inclinaient sous des grappes de fleurs pleinement épanouies ; et de lianes de bon augure les enlaçant, parées de bouquets de floraisons comme souriantes.
Verse 41
गलत्परागधूलिभिः सुरभीकृतदिङ्मुखः । स्मरेच्छिशिरितं वृंदावनं मंत्रीसमाहितः ॥ ४१ ॥
Quand la poussière de pollen, portée au loin, embaume le visage des directions, le pratiquant du mantra—l’esprit entièrement recueilli—doit contempler Vṛndāvana, rafraîchi comme par la seule souvenance dévotionnelle.
Verse 42
उन्मीलन्नवकंजालिविगलन्मधुसंचयैः । लुब्धांतः करणैर्गुंजद्द्विरेफपटलैः शुभम् ॥ ४२ ॥
La scène était de bon augure : des bouquets de lotus à peine éclos laissaient couler leurs trésors de miel, tandis que des essaims d’abeilles bourdonnantes résonnaient tout autour, l’âme des sens avidement attirée par le nectar.
Verse 43
मरालपरभृत्कीरकपोतनिकरैर्मुहुः । मुखरीकृतमानृत्यन्मायूरकुलमंजुलम् ॥ ४३ ॥
Sans cesse, le lieu résonnait des vols de cygnes, de coucous, de perroquets et de colombes; et les gracieux groupes de paons, dansant, l’animaient de leurs cris.
Verse 44
कालिंद्या लोलकल्लोलविप्रुषैर्मंदवाहिभिः । उन्निद्रांबुरुहव्रातरजोभिर्धूसरैः शिवैः ॥ ४४ ॥
De la Kāliṇdī (Yamunā), les fines gouttelettes de ses vagues doucement roulantes étaient portées par de tendres brises; et l’air de bon augure, fauve de la poussière de pollen des lotus pleinement épanouis, baignait le lieu d’une paix bienfaisante.
Verse 45
प्रदीपित स्मरैर्गोष्ठसुंदरीमृदुवाससाम् । विलोलनपरैः संसेवितं वा तैर्निरंतरम् ॥ ४५ ॥
Ou bien, lorsque le désir s’embrase, ils s’unissent sans relâche aux belles jeunes filles du hameau des gardiens de vaches, aux vêtements doux, vouées aux jeux de l’amour.
Verse 46
स्मरेत्तदंते गीर्वाणभूरुहं सुमनोहरम् । तदधः स्वर्णवेद्यां च रत्नपीठमनुत्तमम् ॥ ४६ ॥
À la fin de cette contemplation, qu’on se souvienne de l’arbre divin exauçant les vœux, d’une beauté ravissante ; et, sous lui, d’un autel d’or et d’un piédestal de joyaux sans pareil.
Verse 47
रत्नकुट्टिमपीठेऽस्मिन्नरुणं कमलं स्मरेत् । अष्टपत्रं च तन्मध्ये मुकुंदं संस्मरेत्स्थितम् ॥ ४७ ॥
Sur ce piédestal pavé de joyaux, qu’on visualise un lotus d’un rouge ardent ; et, en son centre, au cœur du lotus à huit pétales, qu’on se souvienne de Mukunda y demeurant.
Verse 48
फुल्लेंदीवरकांतं च केकिबर्हावतंसकम् । पीतांशुकं चंद्रमुखं सरसीरुहनेत्रकम् ॥ ४८ ॥
Il rayonne tel le lotus bleu pleinement épanoui, paré d’une aigrette de plume de paon ; vêtu de jaune, au visage semblable à la lune, et aux yeux pareils aux pétales de lotus.
Verse 49
कौस्तुभोद्भासितांगं च श्रीवत्सांकं सुभूषितम् । व्रजस्त्रीनेत्रकमलाभ्यर्चितं गोगणावृतम् ॥ ४९ ॥
Son corps resplendissait du joyau Kaustubha ; magnifiquement paré, il portait la marque auspicieuse du Śrīvatsa. Il était adoré par les yeux de lotus des femmes de Vraja et entouré de troupeaux de vaches.
Verse 50
गोपवृंदयुतं वंशीं वादयंतं स्मरेत्सुधीः । एवं ध्यात्वा जपेदादावयुतद्वितयं बुधः ॥ ५० ॥
Que le sage se souvienne du Seigneur, entouré d’une troupe de bouviers, jouant de la flûte. Après avoir ainsi médité, l’homme instruit doit, au commencement, répéter le mantra vingt mille fois.
Verse 51
जुहुयादरुणांभोजैस्तद्दशांशं समाहितः । जपेत्पश्चान्मंत्रसिद्ध्यै भूतलक्षं समाहितः ॥ ५१ ॥
L’esprit recueilli, qu’on offre dans le feu une dixième part avec des lotus rouges ; puis, demeurant concentré, qu’on accomplisse sur la terre un japa de cent mille récitations afin d’obtenir la mantra-siddhi.
Verse 52
अरुणैः कमलैहुत्वा सर्वसिद्धीश्वरो भवेत् । पूर्वोक्ते वैष्णवे पीठे मूर्तिं संकल्प्य मूलतः ॥ ५२ ॥
Après avoir offert le homa avec des lotus rouges, on devient le maître de toutes les siddhis. Dans le pīṭha vaiṣṇava décrit plus haut, qu’on établisse, dès la base même, par saṅkalpa, la forme de la Divinité.
Verse 53
तस्यामावाह्य चाभ्यर्चेद्गोपीजनमनोहरम् । मुखे वेणुं समभ्यर्च्य वनमालां च कौस्तुभम् ॥ ५३ ॥
L’ayant invoqué en ce lieu, qu’on adore le Seigneur qui charme le cœur des gopīs. Qu’on vénère la flûte (veṇu) à Ses lèvres, et qu’on rende aussi hommage à la guirlande des forêts (vanamālā) et au joyau Kaustubha.
Verse 54
श्रीवत्सं च हृदि प्रार्च्य ततः पुष्पांजलिं क्षिपेत् । ततः श्वेतां च तुलसीं शुक्लचंदनपंकिलाम् ॥ ५४ ॥
Après avoir dûment vénéré la marque de Śrīvatsa sur Sa poitrine, qu’on offre ensuite une poignée de fleurs. Puis qu’on présente des feuilles de tulasī blanches, enduites de pâte de santal blanc.
Verse 55
रक्तां च तुलसीं रक्तंचदनाक्तां क्रसात्सुधीः । अर्पयेद्दक्षिणे जद्वयमश्वारियुग्मकम् ॥ ५५ ॥
Le sage doit offrir en dakṣiṇā de la tulasī rouge et une paire d’offrandes enduites de santal rouge, ainsi qu’un couple de chevaux : un étalon et une jument.
Verse 56
हयमारद्वयेनैव हृदि मूर्ध्नि तथा पुनः । पद्मद्वयं च विधिवत्ततः शीर्षे समर्पयेत् ॥ ५६ ॥
Avec le seul couple de « Hayamāra » (syllabes mantriques), qu’on les place dans le cœur puis de nouveau sur le sommet de la tête ; ensuite, selon la règle prescrite, qu’on offre dûment le couple de « Padma » (mantras du lotus) sur la tête.
Verse 57
तुलसीद्वयमंभोजद्वयमश्वारियुग्मकम् । ततः सर्वाणि पुष्पाणि सर्वाङ्गेषु समर्पयेत् ॥ ५७ ॥
Qu’on offre deux brins de tulasī, deux fleurs de lotus et une paire de fleurs aśvāri ; ensuite, qu’on présente toutes les autres fleurs sur tous les membres (de la Divinité).
Verse 58
दक्षिणे वासुदेवाख्यं स्वच्छं चैतन्यमव्ययम् । वामे च रुक्मिणीं तदून्नित्यां रक्तां रजोगुणाम् ॥ ५८ ॥
À droite se tient Vāsudeva — pur, conscience lumineuse et impérissable. À gauche se tient Rukmiṇī — Son éternelle contrepartie — d’une teinte rougeâtre et marquée par la qualité rajas (puissance dynamique).
Verse 59
एवं संपूज्य गोपालं कुर्यादावरणार्चनम् । यजेद्दामसुदामौ च वसुदामं च किंकिणीम् ॥ ५९ ॥
Ainsi, après avoir honoré Gopāla comme il se doit, qu’on accomplisse l’āvaraṇa-arcana, l’adoration des divinités d’entourage. Qu’on vénère aussi Dāma et Sudāma, Vasudāma et Kiṅkiṇī.
Verse 60
पूर्वाद्याशासु दामाद्या ङेंनमोन्तध्रुवादिकाः । अग्निनैर्ऋतिवाय्वीशकोणेषु हृदयादिकान् ॥ ६० ॥
Dans les directions à partir de l’Est, qu’on place (les mantras) commençant par « dāma » ainsi que la série commençant par « ṅeṃ, namaḥ, anta, dhruva », et ainsi de suite ; et dans les angles — Agni (sud-est), Nairṛti (sud-ouest), Vāyu (nord-ouest) et Īśa (nord-est) — qu’on place l’aṅga-nyāsa commençant par « hṛdaya » (le cœur) et le reste.
Verse 61
दिक्ष्वस्त्राणि समभ्यर्च्य पत्रेषु महिषीर्यजेत् । रुक्मिणी सत्यभामा च नाग्नजित्यभिधा पुनः ॥ ६१ ॥
Après avoir vénéré comme il se doit les armes divines dans les huit directions, qu’on rende ensuite un culte aux reines sur des plateaux de feuilles : Rukmiṇī, Satyabhāmā, et de nouveau celle qu’on nomme Nāgnajitī.
Verse 62
सुविंदा मित्रविंदा च लक्ष्मणा चर्क्षजा ततः । सुशीला च लसद्रम्यचित्रितांबरभूषणा ॥ ६२ ॥
Suvindā et Mitravindā; puis Lakṣmaṇā, et ensuite Arkṣajā; et encore Suśīlā — rayonnante et gracieuse, parée de vêtements et d’ornements aux motifs exquis.
Verse 63
ततो यजेद्दलाग्रेषु वसुदेवञ्च देवकीम् । नंदगोपं यशोदां च बलभद्रं सुभद्रिकाम् ॥ ६३ ॥
Ensuite, sur les pointes des feuilles, qu’on présente des offrandes en adoration : d’abord à Vasudeva et Devakī, puis à Nandagopa et Yaśodā, et à Balabhadra et Subhadrā.
Verse 64
गोपानूगोपीश्च गोविंदविलीनमतिलोचनान् । ज्ञानमुद्राभयकरौ पितरौ पीतपांडुरौ ॥ ६४ ॥
Qu’il contemple les bouviers et les gopīs, l’esprit et le regard entièrement fondus en Govinda; et qu’il contemple aussi les deux vénérables anciens, d’une teinte jaune pâle, les mains formant le mudrā de la connaissance et le mudrā de l’absence de crainte.
Verse 65
दिव्यमाल्यांबरालेपभूषणे मातरौ पुनः । धारयंत्यौ चरुं चैव पायसीं पूर्णपात्रिकाम् ॥ ६५ ॥
Puis encore, les deux mères — parées de guirlandes divines, de vêtements, d’onguents et de bijoux — portaient le caru, offrande rituelle de riz cuit, ainsi qu’un bol plein de pāyasī, doux riz au lait.
Verse 66
अरुणश्यामले हारमणिकुं डलमंडिते । बलः शंखेंदुधवलो मुशलं लांगलं दधत् ॥ ६६ ॥
Il est d’une teinte sombre aux reflets rougeâtres, paré d’un collier et de boucles d’oreilles serties de joyaux. Balarāma—blanc comme la conque et la lune—porte la massue et la charrue.
Verse 67
हालालोलो नीलवासा हलवानेककुंडलः । कला या श्यामला भद्रा सुभद्रा भद्रभूषणा ॥ ६७ ॥
Elle est la joueuse qui se balance avec grâce, vêtue de bleu et parée de multiples boucles d’oreilles. Elle est la Kalā divine—sombre de teint, auspicious, très auspicious, ornée d’ornements de bon augure.
Verse 68
वराभययुता पीतवसना रूढयौवना । वेणुवीणाहेमयष्टिशंखश्रृंगादिपाणयः ॥ ६८ ॥
Ils sont pourvus des mudrā qui accordent les dons et dissipent la crainte, vêtus de jaune et établis dans la vigueur de la jeunesse; en leurs mains se trouvent flûte, vīṇā, bâton d’or, conque, cor et autres emblèmes.
Verse 69
गोपा गोप्यश्च विविधप्राभृतान्नकरांबुजाः । मंदारदींश्च तद्बाह्ये पूजयेत्कल्पपादपान् ॥ ६९ ॥
Les gopa et les gopī, leurs mains de lotus portant divers présents et nourritures, doivent vénérer, à l’extérieur de ce lieu, les arbres exauçant les vœux—tels le mandāra et autres.
Verse 70
मंदारश्च तथा संतानको वै पारिजातकः । कल्पद्रुमस्ततः पश्चाद्ध्वरिचन्दनसंज्ञकः ॥ ७० ॥
Il y a le mandāra, ainsi que le saṃtānaka et le pārijāta; puis vient le kalpadruma, et ensuite celui qu’on nomme dhvari-candana.
Verse 71
मध्ये दिक्षु समभ्यर्च्य बहिः शक्रादिकान्यजेत् । तदस्त्राणि च संपूज्य यजेत्कृष्णाष्टकेन च ॥ ७१ ॥
Après avoir adoré comme il se doit la Divinité principale au centre et dans les directions, qu’on fasse ensuite, à l’extérieur, des offrandes à Indra et aux autres devas. Puis, ayant pleinement honoré leurs armes divines, qu’on accomplisse le culte en récitant le Kṛṣṇāṣṭaka, l’hymne de huit stances à Kṛṣṇa.
Verse 72
कृष्णं च वासुदेवं च देवकीनन्दनं तथा । नारायणं यदुश्रेष्ठं वार्ष्णेयं धर्मपालकम् ॥ ७२ ॥
Je me prosterne devant Kṛṣṇa — Vāsudeva, fils de Devakī ; devant Nārāyaṇa, le plus éminent des Yadus ; devant le héros Vārṣṇeya, protecteur et soutien du Dharma.
Verse 73
असुराक्रांतभूभारहारिणं पूजयेत्ततः । एभिरावरणैः पूजा कर्तव्यासुखैरिणः ॥ ७३ ॥
Ensuite, qu’on adore le Seigneur qui ôte le fardeau de la terre lorsqu’elle est accablée par les Asuras. Le culte du Dispensateur de félicité doit être accompli au moyen de ces cercles d’āvaraṇa prescrits, les couches de divinités accompagnatrices.
Verse 74
संसारसागरोत्थीर्त्यै सर्वकामाप्तये बुधः । एवं पूजादिभिः सिद्धा भवद्वैश्रवणो यमः ॥ ७४ ॥
Afin de traverser l’océan du saṃsāra et d’obtenir tous les buts désirés, le sage doit agir ainsi. Par un tel culte et les observances qui l’accompagnent, la faveur de Vaiśravaṇa (Kubera) et de Yama s’accomplit aussi pour toi.
Verse 75
त्रिकालपूजनं चास्य वक्ष्ये सर्वार्थसिद्धिदम् । श्रीमदुद्यानसंवीतिहेमभूरत्नमंडपे ॥ ७५ ॥
Je vais maintenant décrire son culte trois fois par jour, qui confère l’accomplissement de tous les buts : il doit être célébré dans un pavillon serti de joyaux, au sol d’or, entouré de jardins splendides.
Verse 76
लसत्कल्पद्रुमाधस्थरत्नाब्जपीठसंस्थितम् । सुत्रामरत्नसंकाशं गुडस्निग्धालकं शिशुम् ॥ ७६ ॥
Il vit un Enfant assis sur un trône de lotus serti de joyaux, sous l’arbre Kalpadruma, exauçant les vœux et rayonnant—luisant tel un collier de perles sans défaut, avec des boucles sombres et brillantes comme la mélasse.
Verse 77
चलत्कनककुंडलोल्लसितचारुगंडस्थलं सुघोणधरमद्भुतस्मितमुखांवुतं सुन्दरम् । स्फुरद्विमलरत्नयुक्कनकसूत्रनद्धं दधत्सुवर्णपरिमंडितं सुभगपौंडरीकं नखम् ॥ ७७ ॥
Ses belles joues resplendissaient, éclairées par des boucles d’oreilles d’or qui se balançaient; son nez était harmonieusement formé, et son visage charmant était couvert d’un sourire merveilleux. Sur son ongle de bon augure, semblable au lotus, brillait un fil d’or serti de gemmes immaculées, et tout autour il était orné d’or.
Verse 78
समुद्धूसरोरस्थले धेनुधूल्या सुपुष्टांगमष्टापदाकल्पदीप्तम् । कटीलस्थले चारुजंघान्तयुग्मं पिनद्धं क्वणत्किंकिणीजालदाम्ना ॥ ७८ ॥
Sa poitrine était légèrement poudrée de la fine poussière soulevée par les vaches; son corps bien nourri resplendissait comme de l’or affiné. Autour de sa taille, la belle paire de jambes inférieures était ceinte d’une ceinture en résille de petites clochettes, qui tintaient avec douceur.
Verse 79
हसन्तं हसद्वंधुजीवप्रसूनप्रभापाणिपादांबुजोदारकांत्या । दधानं करो दक्षिणे पायसान्न सुहैयंगवीनं तथा वामहस्ते ॥ ७९ ॥
Souriant—ses mains et ses pieds de lotus rayonnant d’un éclat splendide, tel le feu de la fleur bandhujīva—il tenait dans la main droite le doux pāyasa, riz au lait sucré, et dans la gauche du beurre frais, haiyaṅgava.
Verse 80
लसद्गोपगोपीगवां वृंदमध्ये स्थितं वासवाद्यैः सुरैरर्चितांध्रिम् । महाभारभूतामरारातियूथांस्ततः पूतनादीन्निहंतुं प्रवृत्तम् ॥ ८० ॥
Il se tenait au milieu du cercle rayonnant des gopa, des gopī et des vaches—ses pieds étaient vénérés par les dieux conduits par Vāsava (Indra). Puis il s’avança pour anéantir Pūtanā et les autres immenses cohortes d’asura, ennemis des dieux, devenus un lourd fardeau pour la terre.
Verse 81
एवं ध्यात्वार्च्चयेद्देवं पूर्ववत्स्थिरमानसः । दध्ना गुडेन नैवेद्यं दत्वा दशशतं जपेत् ॥ ८१ ॥
Après avoir ainsi médité, l’esprit ferme, qu’on adore le Seigneur comme auparavant; puis, ayant offert un naivedya de lait caillé et de jaggery, qu’on répète le mantra mille fois.
Verse 82
मध्यंदिने यजेदेवं विशिष्यरूपधारिणम् । नारदाद्यैर्मुनिगणैः सुरवृन्दैश्च पूजितम् ॥ ८२ ॥
À midi, qu’on adore ce Seigneur qui revêt une forme des plus excellentes; Lui que vénèrent les troupes de sages, à commencer par Nārada, ainsi que les multitudes de dieux.
Verse 83
लसद्गोपगोपीगवां वृन्दमध्यस्तितं सांद्रमेघप्रभंसुंन्दरांगम् । शिखंडिच्छदापीडमब्जायताक्षं लसञ्चिल्लिकं पूर्णचद्राननं च ॥ ८३ ॥
Il se tient au milieu du cercle rayonnant des gopas, des gopīs et des vaches; ses membres magnifiques brillent de la teinte des nuées d’orage épaisses; couronné d’un panache de plume de paon, aux yeux longs comme le lotus, aux boucles luisantes, et au visage pareil à la pleine lune.
Verse 84
चलत्कुण्डलोल्लासिगंडस्थलश्रीभरं सुन्दरं मंदहासं सुनासम् । सुकार्तस्वराभांबरं दिव्यभूषं क्वणत्किंकिणीजालमत्तानुलेपम् ॥ ८४ ॥
Il était d’une beauté exquise : ses joues rayonnaient de l’éclat des boucles d’oreilles oscillantes; son sourire était doux et son nez bien dessiné. Ses vêtements brillaient comme l’or affiné; il portait des ornements divins; un réseau de grelots tintait, et il était oint d’un onguent exquis au parfum enivrant.
Verse 85
वेणुं धमंतं स्वकरे दधानं सव्ये दरं यष्टिमुदारवेषम् । दक्षे तथैवेप्सितदानदक्षं ध्यात्वार्चयेन्नंदजमिंदिराप्त्यै ॥ ८५ ॥
En méditant sur le fils de Nanda—tenant la flûte et en jouant, portant dans la main gauche un bâton, paré d’un vêtement splendide, et de la main droite habile à accorder les dons désirés—qu’on l’adore afin d’obtenir Śrī, prospérité et grâce divine.
Verse 86
एवं ध्यात्वार्चयेत्कृष्णं पूर्ववद्वैष्णवोत्तमः । अपूपपायसान्नाद्यैर्नैवैद्यं परिकल्पयेत् ॥ ८६ ॥
Ainsi, après avoir médité, le plus éminent des vaiṣṇavas doit adorer Kṛṣṇa comme il a été dit auparavant, et préparer le naivedya en offrande : gâteaux apūpa, riz au lait sucré (pāyasa), riz cuit et autres mets semblables.
Verse 87
हुत्वा चाष्टत्तरशतं पयोऽनैः सर्पिषाप्लुतैः । स्वस्वदिक्षु बलिं दद्याद्दिशेदाचमनं ततः ॥ ८७ ॥
Après avoir accompli cent huit oblations (homa) avec du lait et des mets imprégnés de ghee, qu’il offre ensuite les bali dans chacune des directions selon la règle; puis qu’il accomplisse l’ācamana, la gorgée rituelle d’eau purificatrice.
Verse 88
अष्ट्त्तरसहस्रं च प्रजपेन्मंत्रमुत्तमम् । अह्नो मध्ये यजेदेवं यः कृष्णं वैष्णवोत्तमः ॥ ८८ ॥
Le plus éminent des vaiṣṇavas —dévoué à Kṛṣṇa— doit réciter en japa le mantra suprême mille huit fois; et, à midi, il doit adorer le Seigneur selon cette règle.
Verse 89
देवाः सर्वे नमस्यंति लोकानां वल्लभो नरः । मेधायुःश्रीकांतियुक्तः पुत्रैः पौत्रैश्च वर्द्धते ॥ ८९ ॥
Tous les dieux s’inclinent devant cet homme, chéri des peuples; pourvu d’intelligence, de longévité, de prospérité et d’éclat, il s’épanouit avec ses fils et ses petits-fils.
Verse 90
तृतीयकालपूजायामस्ति कालविकल्पना । सायाह्ने निशि वेत्यत्र वदंत्येके विपश्चितः ॥ ९० ॥
Dans le culte accompli au troisième temps du jour, il existe une divergence quant au moment : certains sages disent qu’il doit être fait en fin d’après-midi, vers le soir, tandis que d’autres disent qu’il doit être fait la nuit.
Verse 91
दशाक्षरेण चेद्रात्रौ सायाह्नेऽष्टादशार्णतः । उभयीमुभयेनैव कुर्यादित्यपरे जगुः ॥ ९१ ॥
Si le rite est accompli la nuit, qu’il soit fait avec le mantra de dix syllabes; mais au crépuscule du soir, qu’il soit fait avec le mantra de dix-huit syllabes. D’autres disent que le rite qui confère les deux fruits doit être accompli en joignant les deux mantras.
Verse 92
सायाह्ने द्वारवत्यां तु चित्रोद्यानोपशोभिते । अष्टसाहस्रसंख्यातैर्भवनैरुपमंडिते ॥ ९२ ॥
Au soir, dans Dvāravatī—ornée de jardins merveilleux et resplendissants, et embellie par huit mille demeures—telle était la scène.
Verse 93
हंससारससंकीर्णकमलोत्पलशालिभिः । सरोभिर्नीलांभोभिः परीते भवनोत्तमे ॥ ९३ ॥
Cette demeure d’excellence était entourée de lacs aux eaux bleues, peuplés de cygnes et de grues sarasa, et riches en lotus et nénuphars bleus.
Verse 94
उद्यत्प्रद्योतनोद्योतद्युतौ श्रीमणिमंडले । हेमांभोजासनासीनं कृष्णं त्रैलोक्यमोहनम् ॥ ९४ ॥
Sur une splendide estrade de joyaux, rayonnante de l’éclat d’une lumière montante, siégeait Kṛṣṇa—l’Enchanteur des trois mondes—sur un trône de lotus d’or.
Verse 95
मुनिवृंदैः परिवृतमात्मतत्त्वविनिर्णये । तेभ्यो मुनिभ्यः स्वं धाम दिशंतं परमक्षरम् ॥ ९५ ॥
Entouré de troupes de sages, appliqués à discerner la vérité du Soi, ce Suprême Impérissable révélait à ces muni sa propre demeure, son dhāma.
Verse 96
उन्निद्रेंदीवरश्यामं पद्मपत्रायतेक्षणम् । स्निग्धं कुंतलसंभिन्नकिरीटवनमालिनम् ॥ ९६ ॥
Il était sombre comme le lotus bleu pleinement épanoui, avec des yeux allongés tels des pétales de lotus ; sa chevelure luisante, il portait une couronne en partie voilée par ses boucles, et une vanamālā, guirlande de fleurs de la forêt.
Verse 97
चारुप्रसन्नवदनं स्फुरन्मकरकुंडलम् । श्रीवत्सवक्षसं भ्राजत्कौस्तुभं सुमनोहरम् ॥ ९७ ॥
Son visage était charmant et paisible ; ses boucles d’oreilles en forme de makara étincelaient. Sur sa poitrine brillait la marque du Śrīvatsa, et la gemme Kaustubha rayonnait : tout en Lui était souverainement captivant.
Verse 98
काश्मीरकपिशोरस्कं पीतकौशेयवाससम् । हारकेयूरकटककटिसूत्रैरलंकृतम् ॥ ९८ ॥
Sa poitrine rayonnait du safran du Cachemire ; il était vêtu de soie jaune. Il était paré d’un collier, de bracelets de bras, de bracelets de poignet et du cordon de taille (kati-sūtra).
Verse 99
हृतविश्वंभराभूरिभारं मुदितमानसम् । शंखचक्रगदापद्मराजद्भुजचतुष्टयम् ॥ ९९ ॥
Le cœur soulagé de l’immense fardeau de soutenir l’univers et l’esprit rempli de joie, (il contempla) le Seigneur aux quatre bras resplendissants, rayonnant de la conque, du disque, de la massue et du lotus.
Verse 100
एवं ध्यात्वार्चयेन्मन्त्री स्यादंगैः प्रथमावृत्तिः । द्वितीया महिषीभिस्तु तृतीयायां समर्चयेत् ॥ १०० ॥
Après avoir ainsi médité, le connaisseur du mantra doit accomplir l’arcanā (adoration) : le premier cycle de récitation se fait avec les aṅgas, les mantras auxiliaires du Deva ; le second avec les épouses divines (mahiṣīs) ; et au troisième cycle il doit adorer pleinement, en toute complétude.
Verse 101
नारदं पर्वतं जिष्णुं निशठोद्धवदारुकान् । विष्वक्सेनं च शैनेयं दिक्ष्वग्रे विनतासुतम् ॥ १०१ ॥
Le Seigneur établit Nārada, Parvata, Jiṣṇu, Niśaṭha, Uddhava et Dāruka ; ainsi que Viṣvaksena et Śaineya ; et, au premier rang dans les directions, le fils de Vinatā, Garuḍa.
Verse 102
लोकपालैश्च वज्राद्यैः पूजयेद्वैष्णवोत्तमः । एवं संपूज्य विधिवत्पायसं विनिवेदयेत् ॥ १०२ ॥
Le meilleur des vaiṣṇava doit aussi honorer les Lokapāla, avec Indra et les autres puissances divines. Après avoir accompli le culte selon l’ordre rituel, qu’il présente dûment le pāyasa, doux riz au lait, en offrande de nourriture.
Verse 103
तर्पयित्वा खंडमिश्रदुग्धबुद्ध्या जलैरिह । जपेदष्टशतं मन्त्री भावयन्पुरुषोत्तमम् ॥ १०३ ॥
Après avoir accompli ici le tarpaṇa avec de l’eau, la tenant en pensée pour du lait mêlé de sucre, le pratiquant du mantra doit le réciter huit cents fois, en méditant sur Puruṣottama (Viṣṇu).
Verse 104
पूजासु होमं सर्वासु कुर्यान्मध्यंदिनेऽथवा । आसनादर्घ्यपर्यंतं कृत्वा स्तुत्वा नमेत्सुधीः ॥ १०४ ॥
Dans tout acte de culte, on doit accomplir un homa, ou bien le faire à midi. Après avoir achevé les offrandes depuis l’āsana jusqu’à l’arghya, le sage doit louer la Divinité puis se prosterner avec révérence.
Verse 105
समर्थात्मानमुद्वास्य स्वीयहृत्सरसीरुहे । विन्यस्य तन्मयो भूत्वा पुनरात्मानमर्चयेत् ॥ १०५ ॥
Après avoir congédié avec respect le Soi intérieur investi de puissance (invoqué pour le culte), et l’avoir replacé sur le lotus du lac du cœur, devenant entièrement uni à Lui, qu’on adore de nouveau le Soi demeurant au-dedans.
Verse 106
सायाह्ने वासुदेवं यो नित्यमेवं समर्चयेत् । सर्वान्कामानवाप्यांते स याति परमां गतिम् ॥ १०६ ॥
Quiconque, au soir, adore chaque jour Vāsudeva de cette manière—ayant obtenu tous les buts désirés, atteint finalement l’état suprême.
Verse 107
रात्रौ चेन्मदनाक्रांतचेतसं नन्दनन्दनम् । यजेद्रासपरिश्रांतं गोपीमंडलमध्यगम् ॥ १०७ ॥
Si, la nuit, l’esprit est envahi par la passion, qu’on adore le Fils de Nanda (Śrī Kṛṣṇa) comme épuisé après la danse du Rāsa, se tenant au milieu du cercle des gopīs.
Verse 108
विकसत्कुंदकह्लारमल्लिकाकुसुमोद्गतैः । रजोभिर्धूसरैर्मंदमारुतैः शिशिरीकृते ॥ १०८ ॥
Le lieu était rafraîchi par de douces brises, poudré du pâle pollen qui s’élevait des jasmins, des nénuphars et des fleurs de mallikā épanouies.
Verse 109
उन्मीलन्नवकैरवालिविगलन्माध्वीकलब्धांतरं भ्राम्यन्मत्तमिलिंदगीतललिते सन्मल्लिकोज्जृम्भिते । पीयूषांशुकरैर्विशालितहरित्प्रांते स्मरोद्दीपने कालिन्दीपुलिनांगणे स्मितमुखं वेणुं रणंतं मुहुः ॥ १०९ ॥
Sur le parvis sablonneux de la rive de la Kāliṇdī—où s’ouvrent de fraîches grappes de lotus blancs, où le miel suinte en leur cœur, où des abeilles ivres errent en chantant doucement, et où le noble jasmin s’épanouit—là, dans l’étendue verte élargie par des rayons lunaires, frais comme le nectar et qui attisent l’amour, lui, le visage souriant, fait résonner la flûte à maintes reprises.
Verse 110
अन्तस्तोयलसन्नवांबुदघटासंघट्टकारत्विषं चंचञ्चिल्लिकमंबुजायतदृशं बिम्बाधरं सुन्दरम् । मायूरच्छदबद्धमौलिविलसद्धम्मिल्लमालं चलं दीप्यत्कुण्डलरत्नरश्मिविलसद्गंडद्वयोद्बासितम् ॥ ११० ॥
Belle est cette face : sombre du lustre d’un nuage de pluie gorgé d’eau ; des yeux frémissants comme des pétales de lotus ; des lèvres semblables au fruit bimba. Sur la tête brille une couronne liée de plumes de paon, avec des guirlandes de cheveux mouvantes ; et les deux joues sont éclairées par les rayons des gemmes serties aux boucles d’oreilles étincelantes.
Verse 111
कांचीनूपुरहारकंकणलसत्केयूरभूषान्वितं गोपीनां द्वितयां तरे सुललितं वन्यप्रसूनस्रजम् । अन्योन्यं विनिबद्धगोपदयितादोर्वल्लिवीतं लसद्रासक्रीडनलोलुपं मनसिजाक्रांतं मुकुन्दं भवेत् ॥ १११ ॥
Que Mukunda demeure dans le cœur—paré de ceinture, d’anneaux de cheville, de collier, de bracelets et de keyūras étincelants; d’une grâce exquise entre deux gopīs; portant une guirlande de fleurs sauvages; enlacé par les bras, tels des lianes, des jeunes vachères qui se serrent l’une l’autre; avide du jeu radieux de la danse rāsa; et subjugué par la puissance de l’amour.
Verse 112
विविधश्रुतिभिन्नमनोज्ञतरस्वरसप्तकमूर्छनतानगणैः । भ्रममाणममूभिरुदारमणिस्फुटमंडनसिंजितचारुतनुम् ॥ ११२ ॥
Avec des groupes de notes ravissantes, diverses par la hauteur, unies aux sept svaras, à leurs mūrchanās et à leurs tānas, le chant se mouvait dans l’exécution; et sa forme gracieuse était parée du tintement clair et sonore de somptueux ornements sertis de joyaux.
Verse 113
इतरेतरबद्धकरप्रमदागणकल्पितरासविहारविधौ । मणिशंकुगमप्यमुना वपुषा बहुधा विहितस्वकदिव्यतनुम् ॥ ११३ ॥
Dans le jeu quasi rituel de la danse rāsa, conçu par des groupes de jeunes filles aux mains enlacées, Lui—tout en se mouvant tel un pilier surmonté de joyaux—manifesta, par son propre corps, sa forme divine de multiples façons (se multipliant).
Verse 114
एवं ध्यात्वार्चयेन्मन्त्री स्यादंगैः प्रथमावृतिः । श्रीकामः सस्वराद्यानि कलाब्जैर्वैष्णवोत्तमः ॥ ११४ ॥
Ayant ainsi médité, le connaisseur du mantra doit accomplir l’arcanā (culte); la première enceinte (āvaraṇa) se réalise avec les mantras des aṅgas. Le vaiṣṇava le plus éminent, désireux de śrī (prospérité et grâce), doit adorer les parties syllabiques, en commençant par les voyelles (svaras), au moyen des « lotus des kalās » (kalā-abjas).
Verse 115
यजेत्केशवकीर्त्यादिमिथुनानि च षोडश । इन्द्राद्यानपि वज्रादीन्पूजयेत्तदनन्तरम् ॥ ११५ ॥
Qu’on adore les seize couples de divinités, en commençant par Keśava et Kīrti; ensuite, qu’on vénère aussi Indra et les autres dieux, avec le Vajra et le reste de leurs insignes et attributs.
Verse 116
पृंथु सुवृत्तं मसृणं वितस्तिमात्रोन्नतं कौ विनिखन्य शंकुम् । आक्रम्य पद्भ्यामितरेतरैस्तु हस्तैर्भ्रमोऽयं खलु रासगोष्ठी ॥ ११६ ॥
Qu’on enfonce solidement en terre un pieu large, parfaitement rond, lisse, élevé à la hauteur d’une empan; puis, en posant les pieds tour à tour et en le faisant tourner des mains, ce tournoiement même est, en vérité, semblable à une assemblée de la danse rāsa.
Verse 117
सपूज्यैवं च पयसा ससितो पलसर्पिषा । नैवेद्यमर्चयित्वा तु चषकैर्नृपसंख्यकैः ॥ ११७ ॥
Ainsi, après avoir honoré la Divinité comme il convient, qu’on offre en naivedya du lait mêlé de sucre et de ghee mesuré à un pala; puis qu’on le présente dans des coupes en nombre égal au compte prescrit selon la mesure royale.
Verse 118
सतं पापप्ते मंत्री मिथुनेष्वर्पयेत्क्रमात् । विधाय पूर्ववच्छेषं सहस्रं प्रजपेन्मनुम् ॥ ११८ ॥
Si le pratiquant du mantra encourt une faute équivalant à un péché au centuple, qu’il offre, selon l’ordre prescrit, les oblations dans les offrandes par paires; puis, accomplissant le reste comme auparavant, qu’il récite le mantra mille fois.
Verse 119
स्तुत्वा नत्वा च संप्रार्थ्य पूजाशेषं समापयेत् । एवं यः पूजयेत्कृष्णं स सस्मृद्धेः पदं भवेत् ॥ ११९ ॥
Après L’avoir loué, s’être incliné et L’avoir imploré avec ferveur, qu’on achève comme il se doit le reste du culte. Celui qui adore ainsi Kṛṣṇa parvient au rang de prospérité et de bien-être.
Verse 120
अणिमाद्यष्टसिद्धीनामीश्वरः स्यान्न संशयः । भुक्त्वेह विविधान्भोगानंते विष्णुपदं व्रजेत् ॥ १२० ॥
Il devient le maître des huit siddhi, à commencer par aṇimā—sans aucun doute. Après avoir goûté ici à des jouissances variées, il atteint finalement le Viṣṇu-pada, la demeure de Viṣṇu.
Verse 121
एवं पूजादिभिः सिद्धे मनौकाम्यानि साधयेत् । अष्टाविंशतिवारं वा त्रिकालं पूजयेत्सुधीः ॥ १२१ ॥
Lorsque le rite a été ainsi accompli par l’adoration et les observances qui l’accompagnent, on peut, par le mantra, obtenir les buts désirés. Ou bien, le sage doit accomplir l’adoration vingt-huit fois, ou adorer aux trois jonctions du jour.
Verse 122
स्वकालविहितान् भूयः परिवारांश्च तर्पयेत् । प्रातर्द्दध्ना गुडाक्तेन मध्याह्ने पयसा पुनः ॥ १२२ ॥
De nouveau, aux temps prescrits pour chacun, il doit aussi accomplir le tarpaṇa (offrande de satiation) pour les divinités d’entourage : le matin avec du caillé mêlé de jaggery, et à midi de nouveau avec du lait.
Verse 123
नवनीतयुतेनाथ सायाह्ने तर्पयेत्पुनः । ससितोपलमिश्रेण पयसा वैष्णवोत्तमः ॥ १२३ ॥
Puis, le soir, le meilleur des dévots vaiṣṇavas doit de nouveau accomplir le tarpaṇa, avec du lait mêlé de beurre frais et associé à des cristaux de sucre.
Verse 124
तर्पयामिपदं योज्यं मंत्रांते स्वेषु नामसु । द्वितीयांतेषु तु पुनः पूजाशेषं समापयेत् ॥ १२४ ॥
Il faut ajouter le mot « tarpayāmi » (« je rassasie / j’offre la libation ») à la fin du mantra, après ses propres noms ; et de nouveau, lorsque la désinence du second cas est employée à la fin, il convient d’achever le reste de l’adoration.
Verse 125
अभ्युक्ष्यतत्प्रसादाद्भिरात्मानं प्रपबेदपः । तत्तृत्पस्तमथोद्वास्य तन्मयः प्रजपेन्मनुम् ॥ १२५ ॥
S’étant aspergé de cette eau sanctifiée (prasāda), il doit ensuite boire l’eau de ce rite. Lorsqu’il est rassasié, qu’il congédie alors (udvāsa) la divinité/le rite ; puis, absorbé en Cela, qu’il répète le mantra.
Verse 126
अथ द्रव्याणि काम्येषु प्रोच्यंते तर्पणेषु च । तानि प्रोक्तविधानानामाश्रित्यान्यतमं भजेत् ॥ १२६ ॥
À présent sont exposées les substances à employer dans les rites accomplis par désir, ainsi que dans les rites de tarpaṇa (oblations d’eau pour apaiser). S’appuyant sur les prescriptions déjà enseignées, que l’on adopte ce qui convient au rite que l’on entend accomplir.
Verse 127
पायसं दाधिकं चाज्यं गौडान्नं कृसरं पयः । दधीनि कदली मोचा चिंचा रजस्वला तथा ॥ १२७ ॥
Pāyasa (riz au lait), préparations au caillé et au ghee, riz sucré, kṛsara (riz aux légumineuses), lait, caillé, bananes, plantain, tamarin (ciñcā) et, de même, une femme en période de menstruation : dans ce contexte rituel, tout cela est tenu pour restreint ou à éviter.
Verse 128
अपूपा मोदका लाजाः पृथुका नवनीतकम् । द्रव्यषोडशकं ह्येतत्कथितं पद्मजादिभिः ॥ १२८ ॥
Apūpa (gâteaux), modaka (boulettes sucrées), lāja (grains grillés), pṛthukā (riz aplati) et navanīta (beurre frais) : tels sont (parmi) les seize ingrédients rituels, ainsi que l’ont proclamé Padmajā (Brahmā) et les autres sages et divinités.
Verse 129
लाजांते पृथुकं प्राक्च समर्प्य च सितोपलम् । चतुःसप्ततिवारं यः प्रातरेवं प्रतर्पयेत् ॥ १२९ ॥
Offrant d’abord la lājā (grains grillés), puis la pṛthukā (riz aplati), et présentant encore la sitopala (sucre candi blanc), celui qui, de cette manière, accomplit le prātarpaṇa (tarpaṇa du matin) soixante-quatorze fois, obtient le mérite rituel énoncé.
Verse 130
ध्यात्वा कृष्णपदं मत्री मंडलादिष्टमाप्नुयात् । धारोष्णपक्कपयसा नवनीतं दधीनि च ॥ १३० ॥
Après avoir médité le mantra sacré lié aux pieds de Kṛṣṇa, le pratiquant obtient le fruit prescrit par le Maṇḍala (procédure rituelle). Et pour l’offrande, qu’il emploie navanīta (beurre frais) et dadhi (caillé) préparés avec du lait cuit alors qu’il est encore chaud et coulant.
Verse 131
दौग्धाम्रमाज्यं मत्स्यंडी क्षौद्रं कीलालमेव च । पूजयेन्नवभिर्द्रव्यैः प्रत्येकं रविसंख्यया ॥ १३१ ॥
Avec du lait, la mangue (ou son jus), le ghee, le sucre candi, le miel, et aussi la liqueur fermentée (kīlāla), qu’on accomplisse le culte avec ces neuf substances, en offrant chacune selon un nombre égal au nombre du Soleil.
Verse 132
एवमष्टोतरशतंसंख्याकं तर्पणं पुनः । यः कुर्याद्वैष्णवश्रेष्टः पूर्वोक्तं फलमाप्नुयात् ॥ १३२ ॥
Ainsi, si un excellent dévot de Viṣṇu accomplit de nouveau le tarpaṇa au nombre de cent huit, il obtient le fruit énoncé précédemment.
Verse 133
किं बहूक्तेन सर्वेष्टदायकं तर्पणं त्विदम् । ससितोपलधारोष्णदुग्धबुद्ध्या जलेन वै ॥ १३३ ॥
À quoi bon en dire davantage ? Ce tarpaṇa accorde tous les buts désirés. En vérité, on l’accomplit avec de l’eau, en la contemplant comme un courant de clarté lunaire, comme du lait tiède et comme un flot de cristal blanc.
Verse 134
कृष्णं प्रतपर्यन् ग्रामं व्रजन्प्राप्नोति साधकः । धनवस्त्राणि भोज्यं च परिवारगणैः सह ॥ १३४ ॥
Le pratiquant qui adore Kṛṣṇa avec révérence et se rend ensuite au village obtient la prospérité — richesses, vêtements et nourriture — avec sa maisonnée et ses dépendants.
Verse 135
यावत्संतर्पयेन्मंत्री तावत्संख्यं जपेन्मनुम् । तर्पणेनैव कार्याणि साधयेदखिलान्यपि ॥ १३५ ॥
Autant de fois que le pratiquant de mantra accomplit le tarpaṇa, autant de fois doit-il répéter le mantra. En vérité, par le tarpaṇa seul, il peut aussi mener à bien tous les autres objectifs rituels.
Verse 136
काम्यहोममथो वक्ष्ये साधकानां हिताय च । श्रीपुष्पैर्जुहुयान्मंत्री श्रियमिच्छन्निनिंदिताम् ॥ १३६ ॥
Je vais maintenant exposer le kāmya-homa (homa accompli en vue d’un fruit désiré) pour le bien des pratiquants. L’officiant connaissant le mantra doit offrir les oblations avec des fleurs de bon augure, s’il souhaite une prospérité sans blâme, acquise selon le dharma.
Verse 137
साज्येनान्नेन जुहुयात्घृतान्नस्य समृद्धये । वन्यपुष्पैर्द्विजान् जातीपुष्पैश्च पृथिवीपतीन् ॥ १३७ ॥
Pour accroître l’abondance de la nourriture cuite au ghee, qu’on offre en oblation un mets cuit mêlé de ghee. Avec des fleurs sauvages, qu’on honore les dvijas (brāhmaṇas) ; et avec des fleurs de jasmin, qu’on honore les rois, seigneurs de la terre.
Verse 138
असितैः कुसुमैर्वैश्यान् शूद्रान्नीलोत्पलैस्तथा । वशयेल्लवणैः सर्वानंबुजैर्युवतीजनम् ॥ १३८ ॥
Avec des fleurs de teinte sombre, on met sous influence les vaiśyas ; de même, avec des lotus bleus, les śūdras. Avec le sel, on met tous sous influence ; avec des lotus, les jeunes femmes.
Verse 139
गोशालासु कृतो होमः पायसेन ससर्पिषा । गवां शांतिं करोत्याशु गोपालो गोकुलेश्वरः ॥ १३९ ॥
Le homa accompli dans les étables, avec du riz au lait (pāyasa) mêlé de ghee, apporte vite paix et bien-être au bétail—car Gopāla, Seigneur de Gokula, est celui qui accorde leur protection.
Verse 140
शिक्षावेषधरं कृष्णं किंकिणीजालशोभितम् । ध्यात्वा प्रतर्पयेन्मंत्री दुग्धबुद्ध्या शुभैर्जलैः ॥ १४० ॥
Après avoir médité sur Kṛṣṇa, revêtu de l’apparence de Śikṣā (le Vedāṅga de la phonétique) et paré d’un réseau de petites clochettes, le connaisseur du mantra doit accomplir le rite d’apaisement en offrant une eau de bon augure, la tenant en son esprit pour du lait.
Verse 141
धनं धान्यं सुतान्कीर्तिं प्रीतस्तस्मै ददाति सः । ब्रह्मवृक्षसमिद्भिर्वा कुशैर्वा तिलतंदुलैः ॥ १४१ ॥
Satisfait de lui, Il lui accorde richesse, grains, fils et renommée—que le rite soit accompli avec des bûchettes sacrées du brahma-vṛkṣa, ou avec l’herbe kuśa, ou avec des graines de sésame et des grains de riz.
Verse 142
जुहुयादयुतं मंत्री त्रिमध्वाक्तैर्हुताशने । वशयेद्ब्राह्मणांश्चाथ राजवृक्षसमुद्भवैः ॥ १४२ ॥
Que le connaisseur des mantras verse dix mille oblations dans le feu sacré, avec des offrandes ointes de tri-madhu (trois substances miellées) ; puis, au moyen de produits tirés du rājavṛkṣa, qu’il amène les brāhmaṇas sous son influence.
Verse 143
प्रसूनैः क्षत्रियान्वैश्यान्कुरंङकुसुमैस्तथा । पाटलोत्थैश्च कुसुमैर्वशयेदंतिमान्सुधीः ॥ १४३ ॥
Avec des fleurs—telles les boutons et les floraisons du pāṭalā—le sage doit amener sous sa maîtrise ceux qui sont orgueilleux ou entêtés.
Verse 144
श्वेतपद्मै रक्तपप्दैश्चंपकैः पाटलैः क्रमात् । हुत्वायुतं त्रिमध्वाक्तैर्वशयेत्तद्वरांगनाः ॥ १४४ ॥
En employant, dans l’ordre prescrit, des lotus blancs, des lotus rouges, des fleurs de campaka et des fleurs de pāṭalā, puis en offrant dix mille oblations ointes de tri-madhu, on peut amener sous son influence les nobles femmes désirées.
Verse 145
नित्यं हयारिकुसुमौर्निशीथे त्रिमधुप्लुतैः । वरस्त्रीर्वशयेत्प्राज्ञः सम्यग्धृत्वा दिनाष्टकम् ॥ १४५ ॥
À minuit, le sage doit accomplir régulièrement le rite avec des fleurs hayāri trempées dans le tri-madhu ; après avoir observé correctement la discipline durant huit jours, on dit qu’il amène sous son influence des femmes d’excellence.
Verse 146
अयुतत्रितयं रात्रौ सिद्धार्थैस्त्रिमधुप्लुतैः । प्रत्यहं जुह्वतो मासात्सुरेशोऽपि वशीभवेत् ॥ १४६ ॥
Si, la nuit, l’on verse dans le feu du homa trente mille graines de moutarde blanche (siddhārtha) trempées dans trois sortes de miel, et que l’on accomplisse ce rite chaque jour durant un mois, même le seigneur des dieux se trouve soumis à son ascendant.
Verse 147
आहृत्य बल्लवीवस्त्राण्यारूढं नीपभूरुहे । स्मरेत्कृष्णं जपेद्रात्रौ सहस्रं खेंदूहात्सुधीः ॥ १४७ ॥
Ayant apporté les vêtements des jeunes vachères (gopī) et étant monté sur un arbre de neem, le sage doit se souvenir de Kṛṣṇa et, durant la nuit, répéter mille fois Son Nom ou Son mantra, le visage tourné vers le ciel et la lune.
Verse 148
हठादाकर्षयेच्छीघ्रमुर्वशीमपि साधकः । बहुना किमिहोक्तेन मंत्रोऽयं सर्ववश्यकृत् ॥ १४८ ॥
Par la seule contrainte de sa puissance, le pratiquant (sādhaka) peut attirer promptement à lui même Urvaśī. Que dire de plus ici ? On dit que ce mantra opère l’assujettissement universel (sarva-vaśya).
Verse 149
रहस्यं परमं चाथ वक्ष्ये मोक्षप्रदं नृणाम् । ध्यायेत्स्वहृत्सरसिजे देवकीनंदनं विभुम् ॥ १४९ ॥
À présent, je vais révéler le secret suprême qui accorde la délivrance aux hommes : que l’on médite, dans le lotus de son propre cœur, sur le Seigneur qui pénètre tout, le fils de Devakī.
Verse 150
श्रीमत्कुन्देंदुगौरं सरसिजनयनं शङ्खचक्रे गदाब्जे बिभ्राणं हस्तपद्मैर्नवनलिनलसन्मालयादीप्यमानम् । वंदे वेद्यं मुनींद्रैः कणिकमुनिलसद्दिव्यभूषाभिरामं दिव्यांगालेपभासं सकलभयहरं पीतवस्त्रं नुरारिम् ॥ १५० ॥
Je me prosterne devant Nārāyaṇa, éclatant et clair comme le jasmin kunda et la lune, aux yeux de lotus; portant la conque et le disque, tenant la massue et le lotus dans Ses mains de lotus, rayonnant de guirlandes telles des lotus nouveaux. Je Le vénère, connu des grands sages par les Védas, charmant de parures divines; resplendissant d’onguents célestes sur Ses membres; dissipateur de toute crainte; vêtu de jaune; ennemi des asuras.
Verse 151
एवं ध्यात्वा पुमांसं स्फुटहृदयसरोजासनासीनमाद्यं सांद्रांभोदाच्छबिंबाद्भुतकनकनिभं संजपेदर्कलक्षम् । मन्वोरेकं द्वितारांतरितमथः हुनेदर्कसाहस्रमिध्मैः क्षीरिद्रूत्थर्यथोक्तैः समधुघृतसितेनाथवा पायसेन ॥ १५१ ॥
Ainsi, après avoir médité sur le Purusha primordial, assis sur le lotus du cœur clairement épanoui—rayonnant comme l’éclat d’un nuage de pluie dense et merveilleusement doré—qu’on récite cent mille fois l’Arka-mantra. Ensuite, prenant un mantra et y insérant deux syllabes « tārā » (le son sacré oṃ), qu’on offre mille oblations au feu à Arka (le Soleil) avec le combustible prescrit, en employant ensemble lait, miel, ghee et sucre—ou bien du pāyasa (riz au lait).
Verse 152
एवं लोकेश्वराराध्यं कृष्णं स्वहृदयांबुजे । ध्यायन्ननुदिनं मंत्री त्रिसहस्रं जपेन्मनुम् ॥ १५२ ॥
Ainsi, méditant chaque jour sur Kṛṣṇa—Seigneur des mondes, digne d’adoration—assis sur le lotus de son propre cœur, le pratiquant du mantra doit réciter le mantra sacré trois mille fois.
Verse 153
सायाह्नोक्तेन विधिना संपूज्य हवनं पुनः । कृत्वा पूर्वोक्तविधिना मन्त्री तद्गतमानसः ॥ १५३ ॥
Ensuite, selon le rite du soir prescrit, qu’il accomplisse pleinement le culte et offre de nouveau l’oblation au feu. L’ayant exécuté conformément à la méthode énoncée plus haut, le pratiquant du mantra doit garder son esprit absorbé en Lui (et en ce mantra).
Verse 154
एवं यो भजते नित्यं विद्वान् गोपालनंदनम् । समुत्तीर्य भवांभोधिं स याति परमं पदम् ॥ १५४ ॥
Ainsi, le sage qui, chaque jour, adore le Fils bien-aimé de Gopāla traverse l’océan du devenir mondain et atteint la Demeure suprême.
Verse 155
मध्ये केणेषु बाह्येष्वनलपुरपुटस्यालिखेत्कर्णिकायां कंदर्पं साध्ययुक्तं विवरगतषडर्णद्विषः केशरेषु । शक्तिः श्रीपूर्विकाणिद्विनवलिपिमनोरक्षराणिच्छदानां मध्ये वर्णान्दशान्तो दशलिपिमनुवर्यस्य वैकैकशोऽब्जम् ॥ १५५ ॥
Dans les angles centraux et extérieurs du diagramme de lotus (l’enceinte de la « cité de feu »), qu’on inscrive, dans le péricarpe, le Kāma-bīja avec l’objet visé (sādhya). Sur les pétales, qu’on place le mantra de six syllabes, « l’ennemi des six ouvertures », qui retient les six portes des sens. Puis, en mettant Śakti et Śrī en tête, qu’on écrive les syllabes protectrices de l’esprit, disposées en deux fois neuf lettres ; et, dans les enveloppes intermédiaires, qu’on inscrive les dix lettres s’achevant à la dixième, ainsi que le mantra de dix lettres de l’excellent Anuvarya—chacun, l’un après l’autre—sur le lotus.
Verse 156
भूसद्मनाभिवृतमस्रगमन्मथेन गोरोचनाविलिखितं तपनीयसूच्या । पट्टे हिरण्यरचिते गुलिकीकृतं तद्गोपालयंत्रमखिलार्थदमेतदुक्तम् ॥ १५६ ॥
Enclos par le signe de Bhūsadman et la marque d’Asragamanmatha, inscrit avec la gorocanā au moyen d’une aiguille d’or pur; puis roulé en une petite boulette et conservé dans un médaillon d’or—tel est proclamé le Gopāla-yantra, dispensateur de toutes les fins.
Verse 157
संयातसिक्तमभिजप्तमिमं महद्भिर्धार्यं जगत्त्रयवशीकरणैकदक्षम् । रक्षायशः सुतमहीधनधान्यलक्ष्मीसौभाग्यलिप्सुभिरजस्रमनर्घ्यवीर्यम् ॥ १५७ ॥
Ceci, dûment rassemblé, consacré et récité en japa par les grands sages, doit être porté; il est, à lui seul, apte à mettre sous domination les trois mondes. Ceux qui aspirent sans cesse à la protection, à la renommée, aux fils, à la terre, aux richesses, aux grains, à Lakṣmī (la prospérité) et à la bonne fortune, qu’ils le portent toujours, car sa puissance est sans prix.
Verse 158
स्मरस्त्रिविक्रमाक्रांतश्चाक्रीष्ट्याय हृदित्यसौ । षडक्षरोऽयं संप्रोक्तः सर्वसिद्धिकरो मनुः ॥ १५८ ॥
« Smara », « Trivikrama-ākrānta », « Cākrīṣṭyāya » et « Hṛt »—telle est la formule. Ce mantra de six syllabes est proclamé : c’est le manu qui accorde toutes les siddhis (accomplissements).
Verse 159
क्रोडः शान्तींदुवह्न्याढ्यो माया बीज प्रकीर्ततम् । गोविंदवह्निचन्द्राढ्यो मनुः श्रीबीजमीरितम् ॥ १५९ ॥
« Kroḍa », conjoint aux syllabes signifiées par Śānti, Indu (la Lune) et Vahni (le Feu), est proclamé comme le célèbre Māyā-bīja. De même, le manu « Govinda », conjoint à Vahni (le Feu) et Candra (la Lune), est déclaré être le Śrī-bīja.
Verse 160
आभ्यामष्टादशक्लिपः स्याद्विंशत्यक्षरो मनुः । शालग्रामे मणौ यंत्रे मंडले प्रतिमासु वा ॥ १६० ॥
Par ces deux (syllabes), on agence une forme de mantra composée de dix-huit éléments; la formule sacrée devient un mantra de vingt syllabes. On peut l’appliquer sur une pierre de Śālagrāma, sur une gemme, sur un yantra rituel, dans un maṇḍala consacré, ou encore sur des images (pratimās).
Verse 161
नित्यं पूजा हरेः कार्या न तु केवलभूतले । एवं यो भजंते कृष्णं स याति परमां गतिम् ॥ १६१ ॥
Le culte de Hari doit être accompli chaque jour, non pas seulement extérieurement ni au seul niveau du corps sur la terre. Celui qui, ainsi, adore Kṛṣṇa atteint l’état suprême.
Verse 162
विंशार्णस्य मुनिर्ब्रह्मा गायत्री छन्द ईरितम् । कृष्णश्च देवता कामो बीजं शक्तिर्द्विठो बुधैः ॥ १६२ ॥
Pour le mantra de vingt syllabes, Brahmā est déclaré ṛṣi (voyant) et Gāyatrī le mètre (chandas). Kṛṣṇa en est la divinité présidante (devatā) ; Kāma en est la semence (bīja) ; et les sages disent que sa puissance (śakti) est « Dviṭhā ».
Verse 163
रामाग्निवेदवेदाब्धेर्नेत्रार्णैरंगकल्पनम् । मूलेन व्यापकं कृत्वा मनुना पुटितानथ ॥ १६३ ॥
Ensuite, au moyen des syllabes indiquées par le code « Rāma–Agni–Veda–Veda–Abdhi » et des « lettres de l’œil » (netrārṇa), il disposa les membres auxiliaires (aṅga) du mantra. L’ayant rendu tout-pénétrant par le mantra racine (mūla), il le scella et l’investit de puissance par la formule (manu) prescrite.
Verse 164
मातृकार्णान्न्यसेत्तत्तत्स्थानेषु सुसमाहितः । दशतत्त्वानि विन्यस्य मूलेन व्यापकं चरेत् ॥ १६४ ॥
Bien recueilli, on doit placer le nyāsa des lettres de la Mātṛkā à leurs emplacements respectifs. Après avoir disposé les dix tattvas, on accomplira le nyāsa tout-pénétrant (vyāpaka) au moyen du mantra racine (mūla).
Verse 165
मंत्रन्यासं ततः कुर्याद्देवताभावसिद्धये । शीर्षे ललाटे भ्रूमध्ये नेत्रयोः कर्णयोस्तथा ॥ १६५ ॥
Ensuite, on accomplira le mantra-nyāsa afin d’obtenir le devatā-bhāva, l’identification à la divinité : sur la tête, sur le front, entre les sourcils, sur les yeux, et de même sur les oreilles.
Verse 166
नसोर्वक्रे च चिबुके कण्ठे दोर्मूलके हृदि । उदरे नाभिदेशे च लिंगे मूलसरोरुहे ॥ १६६ ॥
À la courbure des narines, au menton, à la gorge, à la racine des bras, dans le cœur, dans le ventre, à la région du nombril, à l’organe générateur et au lotus-racine (mūlādhāra) — tels sont les lieux prescrits.
Verse 167
कट्यां जान्वोर्जंघयोश्च गुल्फयोः पादयोः क्रमात् । न्यसेद्धृदंतान्मंत्राणां सृष्टिन्यासोऽयमीरितः ॥ १६७ ॥
Qu’on établisse (nyāsa) les mantras dans l’ordre prescrit — à la taille, aux genoux, aux jambes, aux chevilles et aux pieds — en partant du cœur et en poursuivant. Cela est proclamé comme le « sṛṣṭi-nyāsa », le nyāsa de la création.
Verse 168
हृदये चोदरे नाभौ लिंगे मूलसरोरुहे । कट्यां जान्वोर्जंघयोश्च गुल्फयोः पादयोस्तथा ॥ १६८ ॥
Dans le cœur, dans le ventre, au nombril, à l’organe générateur, au lotus-racine ; et de même à la taille, aux genoux, aux jambes, aux chevilles et aux pieds.
Verse 169
मूर्ध्नि कपोले भ्रूमध्ये नेत्रयोः कर्णयोर्नसोः । वदने चिबुके कंठे दोर्मूले विन्यसेत्क्रमात् ॥ १६९ ॥
Dans l’ordre, qu’on établisse (nyāsa) sur le sommet de la tête, les joues, l’espace entre les sourcils, les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, le menton, la gorge et les racines des bras.
Verse 170
नमोतान्मंत्रवर्णांश्च स्थितिन्यासोऽयमीरितः । पादयोर्गुल्फयोश्चैव जंघयोर्जानुनोस्तथा ॥ १७० ॥
Ainsi a été énoncée la pose des syllabes du mantra commençant par « namo » : c’est le « sthiti-nyāsa », le nyāsa de la stabilité — aux pieds, aux chevilles, aux jambes et aussi aux genoux.
Verse 171
कट्यां मूले ध्वजे नाभौ जठरे हृदये पुनः । दोर्मूले कंठदेशे च चिबुके वदने नसोः ॥ १७१ ॥
À la taille, à la base, sur l’organe générateur, au nombril, dans le ventre et de nouveau au cœur; à la racine des bras, dans la région de la gorge, au menton, dans la bouche et au nez—tels sont les emplacements prescrits.
Verse 172
कर्णयोर्नेत्रयोश्चैव भ्रूमध्ये निटिले तथा । मूर्ध्नि न्यसेन्मंत्रवर्णान्संहाराख्योऽयमीरितः ॥ १७२ ॥
Qu’on place les syllabes du mantra sur les oreilles et sur les yeux, de même dans l’espace entre les sourcils et sur le front; puis, enfin, sur le sommet de la tête. Ceci est proclamé comme le nyāsa nommé « Saṃhāra » (retrait/dissolution).
Verse 173
पुनः सृष्टिस्थितिन्यासौ विधाय वैष्णवोत्तमः । मूर्तिपंजरनामानं विन्यसेत्पूर्ववत्ततः ॥ १७३ ॥
Puis, de nouveau, après avoir accompli les nyāsa de la création et du maintien, le plus éminent des vaiṣṇava, suprême dévot de Viṣṇu, doit ensuite placer les noms du « Mūrti-paṃjara » exactement comme auparavant.
Verse 174
पुनः षडंगं कृत्वाथ ध्यायेत्कृष्णं हृदंबुजे । द्वारवत्यां सहस्रार्कभास्वरैर्भवनोत्तमैः ॥ १७४ ॥
Ensuite, après avoir de nouveau accompli la pratique aux six membres (ṣaḍaṅga), qu’on médite sur Kṛṣṇa dans le lotus du cœur—le contemplant à Dvāravatī, au milieu des palais les plus sublimes, rayonnant comme mille soleils.
Verse 175
अनल्पैः कल्पवृक्षैश्च परीते मणिमण्डपे । ज्वलद्रत्न मयस्तंभद्वारतोरणकुड्यके ॥ १७५ ॥
Dans ce pavillon de pierreries, entouré d’innombrables arbres kalpavṛkṣa exauçant les vœux, les colonnes, les portes, les arcs (toraṇa) et les murs d’enceinte étaient tous façonnés de gemmes flamboyantes.
Verse 176
फुल्लप्रफुल्लसञ्चित्रवितानालंबिमौक्तिके । पद्मरागस्थलीराजद्रत्नसंघैश्च मध्यतः ॥ १७६ ॥
Des guirlandes de perles pendaient d’un dais richement orné de fleurs tantôt pleinement écloses, tantôt à demi ouvertes; et, au milieu, brillaient des amas de gemmes royales, tandis que le sol était incrusté de rubis.
Verse 177
अनारतगलद्रत्नधाराढ्यस्वस्तस्तरोरधः । रत्नप्रदीपावलिभिः प्रदीपितदिगंतरे ॥ १७७ ॥
Sous l’arbre propice Kalpavṛkṣa, riche de flots de gemmes ruisselant sans cesse, les intervalles entre les directions étaient éclairés par des rangées de lampes de joyaux.
Verse 178
उद्यदादित्यसंकाशमणिसिंहासनांबुजे । समासीनोऽच्युतो ध्येयो द्रुतहाटकसन्निभः ॥ १७८ ॥
Que l’on médite sur le Seigneur Acyuta, l’Impérissable, assis sur le lotus d’un trône-lion serti de gemmes; rayonnant tel le soleil levant, et splendide comme l’or en fusion.
Verse 179
समानोदितचंद्रार्कतडित्कोटिसमद्युतिः । सर्वांगसुंदरः सौम्यः सर्वाभरणभूषितः ॥ १७९ ॥
Son éclat était comme la lune et le soleil se levant ensemble, tel le scintillement de myriades d’éclairs. Beau en chacun de ses membres, doux d’aspect, il était paré de tous les ornements.
Verse 180
पीतवासाः शंखचक्रगदांभोजलसत्करः । अनाहतोच्छलद्रत्नधारौघकलशं स्पृशन् ॥ १८० ॥
Vêtu de jaune, les mains rayonnantes tenant la conque, le disque, la massue et le lotus, il toucha la cruche d’où jaillissait, sans qu’aucun choc ne l’éveille, un flot incessant de ruisseaux pareils à des gemmes.
Verse 181
वामपादांबुजाग्रेण मुष्णता पल्लवच्छविम् । रुक्मिणीसत्यभामेऽस्य मूर्ध्नि रत्नौघधारया ॥ १८१ ॥
Du bout de Son pied-lotus gauche, comme dérobant l’éclat tendre des jeunes pousses, Rukmiṇī et Satyabhāmā versèrent sur Sa tête un flot ininterrompu de gemmes.
Verse 182
सिंचंत्यौ दक्षवामस्थे स्वदोस्थकलशोत्थया । नाग्नजिती सुनंदा च दिशंत्यौ कलशौ तयोः ॥ १८२ ॥
Nāgnajitī et Sunandā, tenant chacune des aiguières en leurs mains, versent (l’eau) sur le côté droit et le côté gauche, puis leur remettent les deux vases rituels.
Verse 183
ताभ्यां च दक्षवामस्थमित्रविंदासुलक्ष्मणे । रत्ननद्याः समुद्धृत्य रत्नपूर्णौ घटौ तयोः ॥ १८३ ॥
Puis, pour Mitravindā qui se tenait à droite et Sulakṣmaṇā qui se tenait à gauche, Il tira de la Rivière des Gemmes deux jarres pleines de joyaux et les leur remit.
Verse 184
जांबवती सुशीला च दिशंत्यौ दक्षवामके । बहिः षोडश साहस्रसंख्याकाः परितः प्रियाः ॥ १८४ ॥
Jāmbavatī et Suśīlā se tenaient à droite et à gauche ; au-delà d’elles, tout autour, se trouvaient les épouses bien-aimées, au nombre de seize mille.
Verse 185
ध्येयाः कनकरत्नौघधारायुक्कलशोज्वलाः । तद्बहिश्चाष्टनिधायः पूरयंतो धनैर्धराम् ॥ १८५ ॥
On doit les méditer comme des jarres resplendissantes, débordant de flots d’or et d’amas de joyaux ; et au-delà, les huit trésors (aṣṭa-nidhis) sont envisagés comme emplissant la terre de richesses.
Verse 186
तद्बहिर्वृष्णयः सर्वे पुरोवच्च स्वरादयः । एवं ध्यात्वा जपेल्लक्षपंचकं तद्दशांशतः ॥ १८६ ॥
En dehors de cette disposition intérieure, que tous les Vṛṣṇi soient placés comme auparavant ; de même les voyelles et les autres sons. Ayant ainsi médité, qu’on récite le mantra cinq cent mille fois, puis qu’on accomplisse le dixième en observance finale.
Verse 187
अरुणैः कमलैर्हुत्वा पीठे पूर्वोदिते यजेत् । विलिप्य गंधपंकेन लिखेदष्टदलांबुजम् ॥ १८७ ॥
Après avoir offert l’homa avec des lotus rouges, qu’on adore sur le pīṭha préparé auparavant. Puis, l’ayant enduit d’une pâte parfumée de santal et autres, qu’on y trace un lotus à huit pétales (maṇḍala).
Verse 188
कर्णिकायां च षट्कोणं ससाध्यं तत्र मन्मथम् । शिष्टैस्तु सप्तदशभिरक्षरैर्वेष्टयेत्स्वरम् ॥ १८८ ॥
Dans le péricarpe central (karnikā) du diagramme, qu’on trace un hexagone ; là, avec le sādhya (le but visé), qu’on place Manmatha (Kāma). Ensuite, qu’on entoure le son-semence (bīja-svara) des dix-sept syllabes restantes.
Verse 189
प्राग्रक्षोऽनिलकोणेषु श्रियं शिष्टेषु संविदम् । षट्सु संधिषु षट्कर्णे केसरेषु त्रिशस्त्रिशः ॥ १८९ ॥
Dans le secteur oriental (de devant), placez « Rakṣaḥ » ; dans les angles de la direction du vent, placez « Anila ». Dans les emplacements restants, placez « Śrī », et de même « Saṃvid ». Aux six jonctions — dans la figure à six angles — inscrivez sur les filaments du lotus, trois par trois (à chaque jonction).
Verse 190
विलिखेत्स्मरगायत्रीं मालामंत्रं दलाष्टके । षटूषः संलिख्य तद्बाह्ये वेष्टयेन्मातृकाक्षरैः ॥ १९० ॥
Qu’on inscrive la Smara-gāyatrī et le Mālā-mantra sur le lotus à huit pétales. Après avoir écrit les six « ūṣa » (éléments syllabiques), qu’on entoure ensuite l’extérieur des lettres Mātṛkā, c’est-à-dire l’alphabet sanskrit tout entier.
Verse 191
भूबिंबं च लिखेद्बाह्ये श्रीमायादिग्विदिक्ष्वपि । भूग्रहं चतुरस्रं स्यादष्टवज्रविभूषितम् ॥ १९१ ॥
Sur le pourtour extérieur, qu’on trace le disque de la Terre; et, dans les directions comme dans les directions intermédiaires, en commençant par Śrī et Māyā. Le diagramme terrestre d’enceinte doit être un carré, orné de huit emblèmes de vajra.
Verse 192
एतद्यंत्रं हाटकादिपट्टेष्वालिख्य पूर्ववत् । संस्कृतं धारयेद्यो वै सोऽर्च्यते त्रिदशैरपि ॥ १९२ ॥
Après avoir gravé ce yantra sur une plaque d’or ou semblable, selon le rite prescrit comme auparavant, celui qui le porte—dûment consacré—devient vraiment digne d’être honoré, même par les trente-trois dieux.
Verse 193
स्याद्गायत्री वामदेवपुष्पबाणौ तु ङेंतिमौ । विद्महेधीमहियुतौ तन्नोऽनंगः प्रचोदयात् ॥ १९३ ॥
Ceci doit être une Gāyatrī (mantra) : pour Vāmadeva et Puṣpabāṇa—ces deux noms s’emploient ici. Avec les membres « vidmahe » et « dhīmahi », qu’Ananga (Kāma) stimule et illumine notre intelligence.
Verse 194
जप्या जपादौ गोपालमनूनां जनरंजनी । हृदयं कामदेवाय ङेंतं सर्वजनप्रियम् ॥ १९४ ॥
Au début du japa, qu’on récite la formule Janarañjanī, relevant des mantras de Gopāla, qui réjouit les êtres. Le « Hṛdaya » (mantra du Cœur) pour Kāmadeva, commençant par la syllabe-graine « ṅeṃ », est déclaré cher à tous.
Verse 195
उक्त्वा सर्वजनांते तु संमोहनपदं तथा । ज्वल ज्वल प्रज्वलेति प्रोच्य सर्वजनस्य च ॥ १९५ ॥
Puis, devant toute l’assemblée, après avoir proféré la formule d’envoûtement, il proclama encore à tous : « Brûle, brûle—embrase-toi ! », et il énonça l’incantation.
Verse 196
हृदयं मम च ब्रूयाद्वशंकुरुयुगं शिरः । प्रोक्तो मदनमंत्रोऽष्टचत्वारिंशद्भिरक्षरैः ॥ १९६ ॥
Qu’on prononce « mon cœur », puis qu’on dise « la paire qui soumet (les autres) », et qu’on le place sur la tête. Ainsi est proclamé le Madana-mantra, composé de quarante-huit syllabes.
Verse 197
जपादौ स्मरबीजाद्यो जगत्त्रयवशीकरः । पीठ प्राग्वत्समभ्यर्च्य मूर्ति संकल्प्य मूलतः ॥ १९७ ॥
Au début du japa et des rites connexes, qu’on commence par le Kāma-bīja et les autres syllabes-semences qui soumettent les trois mondes. Après avoir adoré le pīṭha comme auparavant et posé le saṅkalpa, qu’on forme, depuis la racine même de la pratique, l’image de la Divinité par une visualisation recueillie.
Verse 198
तत्रावाह्याच्युतं भक्त्या सकलीकृत्य पूजयेत् । आसनादिविभूषांतं पुनर्न्यासक्रमाद्यजेत् ॥ १९८ ॥
Ensuite, après avoir invoqué Acyuta avec dévotion, qu’on L’adore en rendant le rite complet en toutes ses parties—depuis l’offrande du siège et des services, jusqu’aux derniers ornements. Puis, qu’on accomplisse de nouveau l’adoration selon l’ordre du nyāsa.
Verse 199
सृष्टिं स्थितिं षडंगं च किरीटं कुंडलद्वयम् । शंखं चक्रं गदां पद्मं मालां श्रीवत्सकौस्तुभौ ॥ १९९ ॥
Il porte en puissances la création et la préservation, ainsi que les six Vedāṅga; une couronne et une paire de boucles d’oreilles; et encore la conque, le disque, la massue, le lotus, une guirlande, et les marques de Śrīvatsa et de Kaustubha.
Verse 200
गन्धपुष्पैः समभ्यर्च्य मूलेन वैष्णवोत्तमः । षट्कोणेषु षडंगानि दिग्दलेषु क्रमाद्यजेत् ॥ २०० ॥
Après avoir adoré comme il se doit avec parfums et fleurs, le plus éminent des vaiṣṇava doit, au moyen du mantra racine, adorer les six auxiliaires (ṣaḍaṅga) dans les six angles (ṣaṭkoṇa) du yantra/maṇḍala, puis adorer en ordre les pétales assignés aux directions.
Nyāsa is presented as the ritual ‘installation’ that maps mantra, letters (mātṛkā), and tattvas onto the body to sacralize the sādhaka as a fit vessel; the text explicitly links mastery of nyāsa with mantra-siddhi, aṣṭa-siddhis, and jīvanmukti-like liberation claims.
The chapter alternates technical ritual syntax with vivid contemplations of Vṛndāvana (Yamunā, lotuses, bees, birds, rāsa ambience) and Dvārakā (jeweled pavilions, queens, royal splendor), integrating bhakti-rasa into mantra-vidhi.
Yes—through three-times-daily worship schedules, fixed japa/homa counts, specified naivedya lists, tarpaṇa counts and substances, and āvaraṇa-arcana sequencing, it functions as a Vrata-kalpa manual within a Krishna-mantra framework.
It describes protective and coercive prayogas (e.g., driving away enemies, countering kṛtyā), but explicitly notes that killing rites (māraṇa) are not approved and prescribes expiatory substitutes if attempted.