
Le chapitre 29, rapporté par Nārada, se déploie en plusieurs épisodes à portée théologique. Girijā (Pārvatī) rencontre la déesse tutélaire de la montagne, Kusumāmodinī, puis gagne un sommet élevé pour y accomplir le tapas, des austérités selon les saisons qui manifestent sa puissance ascétique. Parallèlement, l’asura Āḍi (lié à la lignée d’Andhaka) obtient de Brahmā une grâce conditionnelle—ne mourir qu’à la faveur d’un changement de forme—et, par māyā, s’introduit près de Śiva, prend une apparence semblable à Umā et tente de nuire. Śiva démasque l’imposture grâce à des marques corporelles et neutralise la menace, illustrant le viveka, le discernement face à l’illusion. Trompée par de fausses informations, Girijā maudit dans la colère son gardien Vīraka, comme un fils. Mais le récit réinterprète cette malédiction comme une voie providentielle : Vīraka est destiné à naître humain depuis la pierre (śilā) et à servir plus tard. Le texte loue Arbuda/Arbudāraṇya et le liṅga d’Acalēśvara pour leur vertu salvatrice. Brahmā accorde ensuite à Girijā une transformation d’où surgit Kauśikī, forme distincte de la Déesse, à qui il confie des fonctions protectrices, un lion pour vāhana, et des victoires sur les forces démoniaques. Le chapitre passe alors à une cosmogonie Kaumāra : l’épisode d’Agni et de Svāhā (qui prend les formes des épouses de six sages, sauf Arundhatī) explique la transmission du Rudra-tejas, son dépôt, puis la naissance et la croissance de Skanda/Guha. Viśvāmitra présente un stotra de plus de 108 noms, en soulignant ses fruits de protection et de purification. Les prouesses martiales précoces de Skanda troublent les devas ; le vajra d’Indra engendre des émanations (Śākha, Naigameya) et des figures de mères-gaṇa, jusqu’à ce que Skanda accepte la charge de senāpati (commandant) tout en réaffirmant la royauté d’Indra. La conclusion célèbre sur Śveta-parvata la réunion des parents et du fils, unissant éthique (les effets de la colère), théologie rituelle (stotra, parts du yajña) et géographie sacrée (Arbuda) en un enseignement cohérent.
Verse 1
। नारद उवाच । व्रजंती गिरिजाऽपश्यत्सखीं मातुर्महाप्रभाम् । कुसुमामोदिनींनाम तस्य शैलस्य देवताम्
Nārada dit : Tandis que Girijā poursuivait sa route, elle aperçut une amie de sa mère, d’un éclat majestueux—la divinité de cette montagne—nommée Kusumāmodinī.
Verse 2
सापि दृष्ट्वा गिरिसुतां स्नेहविक्लवमानसा । क्वपुनर्गच्छसीत्युच्चैरालिंग्योवाच देवता
Voyant la Fille de la Montagne, la déesse, le cœur bouleversé d’affection, l’enlaça et s’écria : «Où vas-tu donc encore ?»
Verse 3
सा चास्यै सर्वमाचख्यौ शंकरात्कोपकारणम् । पुनश्चोवाच गिरिजा देवतां मातृसंमताम्
Et elle raconta à cette Déesse tout—la cause de la colère de Śaṅkara. Puis Girijā s’adressa de nouveau à la Déesse tenue pour une mère.
Verse 4
नित्यं शैलाधिराजस्य देवता त्वमनिंदिते । सर्वं च सन्निधानं च मयि चातीव वत्सला
« Ô irréprochable, tu es à jamais la divinité du Seigneur des Montagnes ; tu demeures tout entière auprès de lui, et tu m’es d’une tendresse extrême. »
Verse 5
तदहं संप्रवक्ष्यामि यद्विधेयं तवाधुना । अथान्य स्त्रीप्रवेशे तु समीपे तु पिनाकिनः
« C’est pourquoi je vais maintenant te dire ce que tu dois faire. Mais quant à l’entrée de toute autre femme dans le voisinage du Pinākin (Śiva)… »
Verse 6
त्वयाख्येयं मम शुभे युक्तं पश्चात्करोम्यहम् । तथेत्युक्ते तया देव्या ययौ देवी गिरिं प्रति
« Dis-moi, ô bienheureuse, ce qui convient ; ensuite j’agirai en conséquence. » Quand la Déesse répondit : « Ainsi soit-il », la Devī s’en alla vers la montagne.
Verse 7
रम्ये तत्र महाशृंगे नानाश्चर्योपशोभिते । विभूषणादि संन्यस्य वृक्षवल्कलधारिणी
Là, sur un grand sommet charmant, embelli de mille merveilles, elle renonça aux parures et au reste, et revêtit des vêtements d’écorce d’arbre.
Verse 8
तपस्तेपे गिरिसुता पुत्रेण परिपालिता । ग्रीष्मे पंचाग्निसंतप्ता वर्षासु च जलोषिता
La Fille de la Montagne accomplit des austérités, protégée par son fils. En été, elle endura l’ardeur des cinq feux; et durant les pluies, elle demeura trempée d’eau.
Verse 9
स्थंडिलस्था च हेमंते निराहारा तताप सा । एतस्मिन्नंतरे दैत्यो ह्यंधकस्य सुतो बली
En hiver, elle demeura sur le sol nu et s’imposa l’austérité sans nourriture. Pendant ce temps, parut un puissant Daitya, fils d’Andhaka.
Verse 10
ज्ञात्वा गतां गिरिसुतां पितुर्वैरमनुस्मरन् । आडिर्नाम बकभ्राता रहस्यांतरप्रेक्षकः
Ayant appris que la Fille de la Montagne était partie, et se remémorant l’inimitié de son père, il y eut un nommé Āḍi—frère de Baka—qui épiait les secrets de l’intérieur.
Verse 11
जिते किलांधके दैत्ये गिरिशेनामरद्विषि । आडिश्चकार विपुलं तपो हरजिगीषया
Lorsque Andhaka, le Daitya—ennemi des dieux—eut été réellement vaincu par Giriśa (Śiva), Āḍi entreprit une austérité immense, désirant vaincre Hara (Śiva).
Verse 12
तमागत्याब्रवीद्ब्रह्मा तपसा परितोषितः । ब्रूहि किं वासुरश्रेष्ठ तपसा प्राप्तुमिच्छसि
Satisfait de son austérité, Brahmā vint à lui et dit : «Parle, ô le meilleur des Asuras : que désires-tu obtenir par ce tapas ?»
Verse 13
ब्रह्माणमाह दैत्यस्तु निर्मृत्युत्वमहं वृणे । ब्रह्मोवाच । न कश्चिच्च विना मृत्युं जंतुरासुर विद्यते
Le Daitya dit à Brahmā : «Je choisis d’être affranchi de la mort.» Brahmā répondit : «Ô Asura, nul être incarné n’existe sans la mort.»
Verse 14
यतस्ततोऽपि दैत्येंद्र मृत्युः प्राप्यः शरीरिणा । इत्युक्तस्तं तथेत्याह तुष्टः कमलसंभवम्
«Quoi qu’il en soit, ô seigneur des Daityas, la mort est inévitable pour qui possède un corps.» Ainsi admonesté, il dit au Né du Lotus : «Qu’il en soit ainsi», comblé.
Verse 15
रूपस्य परिवर्तो मे यदा स्यात्पद्मसंभव । तदा मृत्युर्मम भवेदन्यथा त्वमरो ह्यहम्
«Ô Né du Lotus, ce n’est que lorsque ma forme se transformera que la mort viendra à moi ; autrement, je suis en vérité immortel.»
Verse 16
इत्युक्तस्तं तथेत्याह तुष्टः कमलसंभवः । इत्युक्तोऽमरतां मेने दैत्यराज्यस्थितोऽसुरः
Ainsi interpellé, le Né du Lotus, satisfait, répondit : «Qu’il en soit ainsi.» Ayant reçu cette parole, l’Asura, établi dans le royaume des Daityas, se crut immortel.
Verse 17
आजगाम स च स्थानं तदा त्रिपुरघातिनः । आगतो ददृशे तं च वीरकं द्वार्यवस्थितम्
Alors il parvint à la demeure du Destructeur de Tripura (Śiva). À son arrivée, il vit Vīraka posté à la porte.
Verse 18
तं चासौ वंचयित्वा च आडिः सर्पशरीरभृत् । अवारितो वीरकेण प्रविवेश हरांतिकम्
L’ayant trompé, Āḍi—portant un corps de serpent—entra, sans être arrêté par Vīraka, et parvint en la présence de Hara (Śiva).
Verse 19
भुजंगरूपं संत्यज्य बभूवाथ महासुरः । उमारूपी छलयितुं गिरिशं मूढचेतनः
Délaissant la forme de serpent, ce grand asura prit un autre déguisement : il revêtit l’apparence d’Umā pour tromper Giriśa (Śiva), l’esprit égaré.
Verse 20
कृत्वोमायास्ततो रूपमप्रतर्क्यमनोहरम् । सर्वावयवसंपूर्णं सर्वाभिज्ञानसंवृतम्
Alors, par la māyā, il façonna une forme d’un charme inconcevable, parfaite en chacun de ses membres et revêtue de tous les signes de reconnaissance, comme si elle était véritable.
Verse 21
चक्रे भगांतरे दैत्यो दंतान्वज्रोपमान्दृढान् । तीक्ष्णाग्रान्बुद्धिमोहेन गिरिशं हंतुमुद्यतः
Dans l’aveuglement de l’esprit, le daitya façonna, dans l’intimité d’elle, des dents dures comme le vajra, aux pointes acérées, résolu à tuer Giriśa (Śiva).
Verse 22
कृत्वोमारूपमेवं स स्थितो दैत्यो हरांतिके । तां दृष्ट्वा गिरिशस्तुषुटः समालिंग्य महासुरम्
Ainsi, ayant pris la forme d’Umā, le daitya se tint tout près de Hara (Śiva). En la voyant, Giriśa fut comblé de joie et étreignit ce grand asura.
Verse 23
मन्यमानो गिरिसुतां सर्वै रवयवांतरैः । अपृच्छत्साधु ते भावो गिरिपुत्री ह्यकृत्रिमा
La prenant pour Girisutā (Pārvatī) en chacun de ses membres et de ses traits, il l’interrogea : «Ta disposition est vraiment convenable—ô fille de la montagne, assurément sans feinte.»
Verse 24
या त्वं मदशयं ज्ञात्वा प्राप्तेह वरवर्णिनि । त्वया विरहितः शून्यं मन्योस्मिन्भुवनत्रये
«Puisque toi, ô dame au teint gracieux, as compris mon cœur et es venue ici, sans toi je tiendrais pour vide l’ensemble de ce triple monde.»
Verse 25
प्राप्ता प्रसन्ना या त्वं मां युक्तमेवंविधं त्वयि । इत्युक्ते गूहयंश्चेष्टामुमारूप्यसुरोऽब्रवीत्
À ces mots, l’asura—ayant pris la forme d’Umā et dissimulant son dessein—déclara : «Puisque tu es venue, gracieuse et satisfaite envers moi, une telle conduite est bien ce qui te sied.»
Verse 26
यातास्मि तपसश्चर्तुं कालीवाक्यात्तवातुलम् । रतिश्च तत्र मे नाभूत्ततः प्राप्ता तवांतिकम्
«Je suis partie accomplir une austérité sans pareille, poussée par les paroles de Kālī. Mais je n’y ai trouvé aucune joie ; c’est pourquoi je suis revenue auprès de toi.»
Verse 27
इत्युक्तः शंकरः शंकां किंचित्प्राप्यवधारयत् । कुपिता मयि तन्वंगी प्रत्यक्षा च दृढव्रता
À ces paroles, Śaṅkara fut saisi d’un léger soupçon et réfléchit : «Cette femme aux membres graciles est manifestement irritée contre moi, et elle est ferme dans son vœu.»
Verse 28
अप्राप्तकामा संप्राप्ता किमेतत्संशयो मम । रहसीति विचिंत्याथ अभिज्ञानाद्विचारयन्
«Celle qui n’avait pas obtenu son désir est venue à présent — pourquoi donc douterais-je ?» Songeant : «Ceci est une affaire secrète», il se mit à examiner la situation par la reconnaissance et les signes.
Verse 29
नापश्यद्वामपार्श्वे तु तस्यांकं पद्मलक्षणम् । लोम्नामावर्तचरितं ततो देवः पिनाकधृक्
Il ne vit pas, sur son flanc gauche, la marque du lotus sur la cuisse, ni le tourbillon caractéristique des poils. Ainsi le Dieu, porteur de l’arc Pināka, reconnut la vérité.
Verse 30
बुद्धा तां दानवीं मायां किंचित्प्रहसिताननः । मेढ्रे रौद्रास्त्रमाधाय चक्रे दैत्यमनोरथम्
Ayant compris qu’il s’agissait d’une māyā démoniaque, il esquissa un léger sourire ; puis, posant l’arme Raudra sur l’organe du daitya, il mena son désir à une fin amère.
Verse 31
स रुदन्भैरवाज्रावानवसादं गतोऽसुरः । अबुध्यद्वीरको नैतदसुरेंद्रनिषूदनम्
Pleurant en poussant des cris terrifiants, l’asura tomba dans le désespoir. Ce Vīraka ne comprit pas que cette puissance était la meurtrière des seigneurs des asuras.
Verse 32
हते च मारुतेनाशुगामिना नगदेवता । अपरिच्छिन्नतत्त्वार्था शैलपुत्र्यां न्यवेदयत्
Lorsqu’il eut été tué par le Vent au mouvement fulgurant, la divinité de la montagne—incapable de saisir le sens véritable de l’événement—en fit le rapport à Śailaputrī (Pārvatī).
Verse 33
श्रुत्वा वायुमुखाद्देवी क्रोधरक्तातिलोचना । अपस्यद्वीरकं पुत्रं हृदयेन विदूयता
L’ayant entendu de la bouche de Vāyu, la Déesse—les yeux rougis par la colère—aperçut son fils Vīraka, le cœur consumé d’angoisse.
Verse 34
मातरं मां परित्यज्य यस्मात्त्वं स्नेहविह्वलाम् । विहितावसरः स्त्रीणां शंकरस्य रहोविधौ
«Puisque tu m’as abandonnée—moi, ta mère—alors que je tremblais d’affection, et puisque tu t’es introduit à contretemps dans le rite secret de Śaṅkara, qui doit être observé avec la juste bienséance,»
Verse 35
तस्मात्ते परुषा रूक्षा जडा हृदय वर्जिता । गणेशाक्षरसदृशा शिला माता भविष्यति
«Ainsi, pour toi, une mère deviendra pierre—dure, sèche, inerte et privée de tendresse—telle la syllabe de Gaṇeśa.»
Verse 36
एवमुत्सृष्टशापाया गिरिपुत्र्यास्त्वनंतरम् । निर्जगाम मुखात्क्रोधः सिंहरूपी महाबलः
Ainsi, aussitôt que Giriputrī eut proféré sa malédiction, sa colère même jaillit de sa bouche, prenant la forme d’un lion d’une force immense.
Verse 37
पश्चात्तापं समश्रित्य तया देव्या विसर्जितः । स तु सिंहः करालास्यो महाकेसरकंधरः
Puis, saisie de repentir, la Déesse le congédia ; et ce lion avait une gueule effrayante et une grande crinière autour du cou.
Verse 38
प्रोद्धूतबललांगूलदंष्ट्रोत्कट गुहामुखः । व्यावृतास्यो ललज्जिह्वः क्षामकुक्षिश्चिखादिषुः
Sa puissante queue se dressait bien haut ; ses mâchoires et ses crocs étaient terribles, tels l’orifice d’une caverne ; la gueule béante, la langue frémissante, le ventre maigre — il demeurait sans cesse avide de proie.
Verse 39
तस्यास्ये वर्तितुं देवी व्यवस्यत सती तदा । ज्ञात्वा मनोगतं तस्या भगवांश्चतुराननः
Alors la Déesse Satī résolut d’entrer dans sa gueule. Connaissant l’intention qu’elle portait en son esprit, le Bienheureux aux Quatre Visages (Brahmā) …
Verse 40
आजगामाश्रमपंद संपदामाश्रयं ततः । आगम्योवाच तां ब्रह्मा गिरिजां मृष्टया गिरा
Alors Brahmā vint à cet āśrama, demeure de prospérité. À son arrivée, il s’adressa à Girijā d’une parole douce et soigneusement choisie.
Verse 41
किं देवी प्राप्तुकामासि किमलभ्यं ददामि ते । तच्छ्रुत्वोवाच गिरिजा गुरुगौरवगर्भितम्
« Déesse, que désires-tu obtenir ? Qu’y a-t-il d’inaccessible ? Je te l’accorderai. » À ces mots, Girijā répondit d’une parole grave, empreinte de dignité.
Verse 42
तपसा दुष्करेणाप्तः पतित्वे शंकरो मया । स मां श्यामलवर्णेति बहुशः प्रोक्तवान्भवः
« Par des austérités sévères et difficiles, j’ai obtenu Śaṅkara pour époux. Pourtant Bhava m’a maintes fois appelée “au teint sombre”. »
Verse 43
स्यामहं कांचनाकारा वाल्लभ्येन च संयुता । भर्तुर्भूतपतेरंगे ह्येकतो निर्विशंकिता
Bien que je sois sombre, je porte une splendeur d’or et je suis comblée d’amour; pourtant, sur le corps de mon époux, le Seigneur des êtres, je demeure reléguée d’un côté, sans assurance.
Verse 44
तस्यास्तद्भाषितं श्रुत्वा प्रोवाच जलजासनः । एवं भवतु भूयस्त्वं भर्तुर्देहार्धधारिणी
Ayant entendu ses paroles, le Lotus-siégé (Brahmā) déclara : «Qu’il en soit ainsi. Puisses-tu redevenir celle qui porte la moitié du corps de ton époux».
Verse 45
ततस्तस्याः शरीरात्तु स्त्री सुनीलांबुजत्विषा । निर्गता साभवद्भीमा घंटाहस्ता त्रिलोचना
Alors, de son corps sortit une femme à l’éclat d’un lotus bleu profond; elle apparut redoutable, trois yeux ouverts, une cloche à la main.
Verse 46
नानाभरणपूर्णांगी पीतकौशेयवासिनी । तामब्रवीत्ततो ब्रह्मा देवीं नीलांबुजत्विषम्
Le corps tout paré de multiples ornements et vêtue de soie jaune, cette Déesse au rayonnement de lotus bleu fut alors adressée par Brahmā.
Verse 47
अस्माद्भूधरजा रदेहसंपर्कात्त्वं ममाज्ञया । संप्राप्ता कृतकृत्यत्वमेकानंशा पुराकृतिः
«Par mon ordre, par le contact avec ce corps né de la montagne, tu as atteint l’accomplissement de ton dessein : une part unique et antique (de la Déesse) de nouveau manifestée.»
Verse 48
य एष सिंहः प्रोद्भूतो देव्याः क्रोधाद्वरानने । स तेस्तु वाहनो देवी केतौ चास्तु महाबलः
Ô toi au visage gracieux, ce lion né de la colère de la Déesse : qu’il soit ta monture, ô Devī, et qu’il devienne aussi ton puissant emblème, ton étendard sacré.
Verse 49
गच्छ विंध्याचले तत्र सुरकार्यं करिष्यति । अत्र शुंभनिशुंभौ च हत्वा तारकसैन्यपौ
Va au mont Vindhya ; là, tu accompliras l’œuvre des dieux. Ici, après avoir terrassé Śumbha et Niśumbha, les chefs des armées de Tāraka…
Verse 50
पांचालोनाम यक्षोऽयं यक्षलक्षपदानुगः । दत्तस्ते किंकरो देवी महामायाशतैर्युतः
Ce Yakṣa nommé Pāñcāla, suivi de centaines de milliers de Yakṣas, t’est donné, ô Devī, comme serviteur, pourvu de centaines de grands pouvoirs de Mahāmāyā.
Verse 51
इत्युक्ता कौशिकी देवी ततेत्याह पितामहम् । निर्गतायां च कौशिक्यां जाता स्वैराश्रिता गुणैः
Ainsi interpellée, la déesse Kauśikī répondit à Pitāmaha (Brahmā) : « Qu’il en soit ainsi. » Et lorsque Kauśikī se fut retirée, une autre forme surgit, libre d’elle-même et établie dans ses propres qualités.
Verse 52
सर्वैः पूर्वभवोपात्तैस्तदा स्वयमुपस्तितैः । उमापि प्राप्तसंकल्पा पश्चात्तापपरायणा
Alors, toutes les conséquences recueillies des existences antérieures se présentèrent d’elles-mêmes ; et Umā aussi affermit sa résolution, tout entière absorbée dans le repentir.
Verse 53
मुहुः स्वं परिनिंदंती जगाम गिरिशांतिकम् । संप्रयांतीं च तां द्वारी अपवार्य समाहितः
Se blâmant sans cesse, elle se rendit en la présence de Girīśa. Comme elle s’avançait, le gardien vigilant s’interposa au seuil et l’arrêta.
Verse 54
रुरोध वीरको देवीं हेमवेत्रलताधरः । तामुवाच च कोपेन तिष्ठ तिष्ठ क्व यासि च
Vīraka, tenant une canne d’or semblable à une liane, barra le passage à la Déesse et, courroucé, lui dit : «Arrête, arrête ! Où vas-tu ?»
Verse 55
प्रयोजनं न तेऽस्तीह गच्छ यावन्न भर्त्स्यसे । देव्या रूपधरो दैत्यो देवं वंचयितुं त्विह
«Tu n’as rien à faire ici : va-t’en avant d’être réprimandée. Car ici un démon, revêtant la forme de la Déesse, cherche à tromper le Seigneur.»
Verse 56
प्रविष्टो न च दृष्टोऽसौ स च देवेन घातितः । घातिते चाहमाक्षिप्तो नीलकण्ठेन धीमता
«Il s’est glissé à l’intérieur sans être aperçu, et le Seigneur l’a terrassé. Et lorsqu’il fut tué, le sage Nīlakaṇṭha me réprimanda.»
Verse 57
कापि स्त्री नापि मोक्तव्या त्वया पुत्रेति सादरम् । तस्मात्त्वमत्र द्वारिस्था वर्षपूगान्यनेकशः
«Tu ne laisseras entrer aucune femme, même si l’on t’appelle avec tendresse “mon fils”. C’est pourquoi tu demeureras ici, au portail, durant d’innombrables années.»
Verse 58
भविष्यसि न चाप्यत्र प्रवेशं लप्स्यसे व्रज । एका मे प्रविशेदत्र माता या स्नेहवत्सला
«Ainsi en sera-t-il — et ici, l’entrée ne te sera point accordée. Va. Une seule peut entrer ici : ma mère, toute pleine de tendresse.»
Verse 59
नगाधिराजतनया पार्वती रुद्रवल्लभा । इत्युक्ता तु ततो देवी चिंतयामास चेतसा
Ainsi appelée : «Pārvatī, fille du roi des montagnes, bien-aimée de Rudra», la Déesse alors réfléchit au fond de son cœur.
Verse 60
न सा नारी तु दैत्योऽसौ वायोर्नैवावबासत । वृथैव वीरकः शप्तो मया क्रोधपरीतया
«Ce n’était pas une femme : c’était un daitya, un démon ; et même Vāyu ne s’en aperçut point. Enveloppée de colère, j’ai maudit Vīraka en pure vanité.»
Verse 61
अकार्यं क्रियते मूढैः प्रायः क्रोधसमन्वितैः । क्रोधेन नश्यते कीर्तिः क्रोधो हंति स्थिरां श्रियम्
Les insensés, saisis de colère, accomplissent le plus souvent ce qui ne devrait pas être fait. Par la colère, la bonne renommée périt ; la colère détruit même une prospérité bien établie.
Verse 62
अपरिच्छिन्नसर्वार्था पुत्रं शापितवत्यहम् । विपरीतार्थबोद्धॄणां सुलभा विपदो यतः
Ô mon fils, n’ayant pas pleinement saisi la vérité de toutes choses, j’en suis venue à te maudire. Car pour ceux dont l’intelligence est inversée ou fautive, les calamités surviennent aisément.
Verse 63
संचिंत्यैवमुवाचेदं वीरकं प्रति शैलजा । अधो लज्जाविकारेण वदनेनांबुजत्विषा
Après avoir ainsi réfléchi, Śailajā s’adressa à Vīraka ; son visage, éclatant comme un lotus, s’abaissa, transfiguré par la pudeur.
Verse 64
अहं वीरक ते माता मा तेऽस्तु मनसो भ्रमः । शंकरस्यास्मि दयिता सुता तु हिमभूभृतः
Vīraka, je suis ta mère : qu’aucun trouble n’égare ton esprit. Je suis la bien-aimée de Śaṅkara et la fille d’Himabhūbhṛt, le Seigneur des monts neigeux.
Verse 65
मम गात्रस्थितिभ्रांत्या मा शंकां पुत्र भावय । तुष्टेन गौरता दत्ता ममेयं पद्मयोनिना
Mon fils, ne nourris aucun doute à cause d’une méprise née de l’état de mon corps. Cette blancheur m’a été accordée par Padmayoni (Brahmā) lorsqu’il fut satisfait.
Verse 66
मया शप्तोऽस्यविदिते वृत्तांते दैत्यनिर्मिते । ज्ञात्वा नारीप्रवेशं तु शंकरे रहसि स्तिते
Je l’ai maudit sans connaître la vérité de l’événement, ourdi par un daitya. Mais, ayant appris l’intervention de la femme, tandis que Śaṅkara se tenait en secret—
Verse 67
न निवर्तयितुं शक्यः शापः किं तु ब्रवीमि ते । मानुष्यां तु शिलायां त्वं शिलादात्संभविष्यसि
La malédiction ne peut être annulée ; pourtant, je te dis ceci : tu viendras au monde en forme humaine à partir d’une pierre, né de Śilād (Śilāda).
Verse 68
पुण्ये चाप्यर्बुदारण्ये स्वर्गमोक्षप्रदे नृणाम् । अचलेश्वरलिंगं तु वर्तते यत्र वीरक
Dans la sainte forêt d’Arbudāraṇya, qui accorde aux hommes le ciel et la délivrance, se dresse le liṅga d’Acaleśvara, ô Vīraka.
Verse 69
वाराणस्यां विश्वनाथसमं तत्फलदं नृणाम् । प्रभासस्य च यात्राभिर्दशभिर्यत्फलं नृणाम्
Pour les hommes, son fruit égale l’adoration de Viśvanātha à Vārāṇasī ; et il confère le même mérite que dix pèlerinages à Prabhāsa.
Verse 70
तदेकयात्रया प्रोक्तमर्बुदस्य महागिरेः । यत्र तप्त्वा तपो मर्त्या देहधातून्विहाय च
Ce même mérite est déclaré naître d’un seul pèlerinage au grand mont Arbuda, où les mortels, après avoir pratiqué l’ascèse, abandonnent les éléments du corps.
Verse 71
संसारी न पुनर्भूयान्महेश्वरवचो यथा । अर्बुदो यदि लभ्येत सेवितुं जन्मदुःखितैः
Afin qu’on ne redevienne plus un errant dans le saṃsāra—selon la parole de Maheśvara—si seulement Arbuda pouvait être atteint et servi par ceux que tourmente la douleur des renaissances.
Verse 72
वाराणसीं च केदारं किं स्मरंति वृथैव ते । तत्राराध्य भवं देवं भवान्नन्दीति नामभृत्
Pourquoi se souvenir en vain de Vārāṇasī et de Kedāra ? Là, après avoir adoré le Seigneur Bhava (Śiva), il devint renommé sous le nom de Bhavān-nandī.
Verse 73
शीघ्रमेष्यसि चात्रैव प्रतीहारत्वमाप्स्यसि । एवमुक्ते हृष्टरोमा वीरकः प्रणिपत्य ताम्
«Tu reviendras bientôt, et ici même tu obtiendras la charge de gardien du seuil (pratīhāra).» Lorsqu’elle eut parlé ainsi, Vīraka—les poils dressés de joie—se prosterna devant elle.
Verse 74
संस्तूय विविधैर्वाक्यैर्मातरं समभाषत । धन्योऽहं देवि यो लप्स्ये मानुष्यमतिदुर्लभम्
La louant par maintes paroles, il s’adressa à la Mère : «Je suis béni, ô Déesse, car j’obtiendrai la naissance humaine, si difficile à obtenir.»
Verse 75
शापोऽनुग्रहरूपोऽयं विशेषादर्बुदाचले । समीपे यस्य पुण्योऽस्ति महीसागरसंगमः
Cette « malédiction » est en vérité une forme de grâce—tout particulièrement sur le mont Arbuda—près duquel se trouve la sainte confluence de la terre et de l’océan.
Verse 76
ऊधः पृथिव्या देशोऽयं यो गिरेश्चार्णवांतरे । तत्र गत्वा महत्पुण्यमवाप्य भवभक्तितः
Cette contrée est comme le « pis de la Terre », située entre la montagne et l’océan. En s’y rendant, on obtient un grand mérite par la dévotion à Bhava (Śiva).
Verse 77
पुनरेष्यामि भो मातरित्युक्त्वाभूच्छिलासुतः । देवी च प्रविवेशाथ भवनं शशिमौलिनः
Disant : «Je reviendrai encore, ô Mère», le fils du rocher s’en alla. Et la Déesse entra alors dans la demeure du Seigneur au croissant de lune (Śiva).
Verse 78
इत्यार्बुदाख्यानम् । ततो दृष्ट्वा च तां प्राह धिग्नार्य इति त्र्यंबकः
Ainsi s’achève le récit d’Arbuda. Puis, l’ayant vue, Tryambaka (Śiva) déclara : «Honte à toi, ô femme !»
Verse 79
सा च प्रण्म्य तं प्राह सत्यमेतन्न मिथ्यया । जडः प्रकृतिभागोयं नार्यश्चार्हंति निन्दनाम्
Elle aussi, s’inclinant devant lui, dit : «Ceci est vrai, non mensonge. Cette lourdeur est une part de Prakṛti ; et les femmes, certes, méritent le blâme.»
Verse 80
पुरुषाणां प्रसादेन मुच्यंते भवसागरात् । ततः प्रहृष्टस्तामाह हरो योग्याऽधुना शुभे
Par la grâce des hommes, elles sont délivrées de l’océan du devenir mondain. Alors Hara, réjoui, lui dit : «Ô bienheureuse, tu es désormais digne.»
Verse 81
पुत्रं दास्यामि येन त्वं ख्यातिमाप्स्यसि शोभने । ततो रेम हि देव्या स नानाश्चर्यालयो हरः
«Je te donnerai un fils, par qui tu obtiendras la renommée, ô belle.» Alors Hara —demeure de mille merveilles— se réjouit véritablement avec la Déesse.
Verse 82
ततो वर्षसहस्रेषु देवास्त्वरितमानसाः । ज्वलनं नोदयामासुर्ज्ञातुं शंकरचेष्टितम्
Puis, après que des milliers d’années se furent écoulées, les dieux —le cœur pressé et agité— poussèrent Agni (Jvalana) en avant, désirant connaître l’intention et l’acte mystérieux de Śaṅkara.
Verse 83
द्वारि स्थितं प्रतिहारं वंचयित्वा च पावकः । पारावतस्य रूपेण प्रविवेश हरांतिकम्
Trompant le gardien posté à la porte, Pāvaka (Agni) pénétra dans l'intimité de Hara, prenant la forme d'une colombe.
Verse 84
ददृशे तं च देवेशो विनतां प्रेक्ष्य पार्वतीम् । ततस्तां ज्वलनं प्राह नैतद्योग्यं त्वया कृतम्
Le Seigneur des dieux l'aperçut et, voyant Pārvatī inclinée, il s'adressa alors à Jvalana (Agni) : « Ce n'est pas un acte digne que tu as commis là. »
Verse 85
यदिदं भुक्षुतं स्थानान्मम तेजो ह्यनुत्तमम् । गृहाण त्वं सुदुर्बुद्धे नो वा धक्ष्यामि त्वां रुषा
« Puisque tu as consumé de ce lieu mon énergie divine insurpassable, reprends-la, ô esprit insensé, sinon, dans ma colère, je te brûlerai. »
Verse 86
भीतस्ततोऽसौ जग्राह सर्वदेवमुखं च सः । तेन ते वह्निसहिता विह्वलाश्च सुराः कृताः
Alors, effrayé, il saisit la bouche de tous les dieux ; et par cela, ces divinités — ainsi qu'Agni — furent plongées dans la détresse et la confusion.
Verse 87
विपाट्य जठराण्येषां वीर्यं माहेश्वरं ततः । निष्क्रांतं तत्सरो जातं पारदं शतयोजनम्
Déchirant leurs ventres, la puissance de Māheśvara s'écoula ; de là surgit un lac de mercure (pārada), s'étendant sur cent yojanas.
Verse 88
वह्निश्च व्याकुलीभूतो गंगायां मुमुचे सकृत् । दह्यमाना च सा देवी तरंगैर्वहिरुत्सृजत्
Agni aussi, saisi de trouble, le relâcha d’un seul jet dans la Gaṅgā. Et la Déesse, brûlée par l’ardeur, rejeta le feu au-dehors à travers ses vagues.
Verse 89
जातस्त्रिभुवनक्यातस्तेन च श्वेतपर्वतः । एतस्मिन्नंतरे वह्निराहूतश्च हिमालये
De là naquit le fameux Śveta-parvata, la Montagne Blanche, renommée dans les trois mondes. Cependant, Agni fut lui aussi appelé vers l’Himālaya.
Verse 90
सप्तर्षिभिर्वह्निहोमं कुर्वद्भिर्मंत्रवीर्यतः । आगत्य तत्र जग्राह वह्निर्भागं च तं हुतम्
Lorsque les Sept Ṛṣi, forts de la puissance des mantras, accomplissaient le homa en offrant dans le feu, Agni s’y rendit et prit sa part de l’oblation déposée.
Verse 91
गतेऽह्न्यत्वस्मिंश्च तत्रस्थः पत्नी स्तेषामपश्यत । सुवर्णकदलीस्तंभनिभास्ताश्चंद्रलेखया
Quand ce jour fut passé, les épouses de ces sages, présentes en ce lieu, les virent tels des troncs de bananier d’or, marqués d’un trait en forme de croissant de lune.
Verse 92
पश्यमानः प्रफुल्लाक्षो वह्निः कामवशं गतः । स भूयश्चिंतयामास न न्याय्यं क्षुभितोऽस्मि यत्
En regardant, les yeux épanouis d’ivresse, Agni tomba sous l’empire du désir. Puis il réfléchit sans cesse : «Il n’est pas juste que je sois ainsi bouleversé».
Verse 93
साध्वीः पत्नीर्द्विजेंद्राणामकामाः कामयाम्यहम् । पापमेतत्कर्म चोग्रं नश्यामि तृमवत्स्फुटम्
«Je convoite les épouses chastes des meilleurs des deux-fois-nés, celles qui ne me désirent point. Cet acte est péché et effroyable ; je serai anéanti tout entier, tel un brin d’herbe.»
Verse 94
कृत्वैतन्नश्यते कीर्तिर्यावदाचंद्रतारकम् । एवं संचिंत्य बहुधा गत्वा चैव वनांतरम्
«Si je fais cela, ma bonne renommée—faite pour durer tant que la lune et les étoiles—sera détruite.» Ainsi méditant maintes fois, il s’enfonça au cœur de la forêt.
Verse 95
संयन्तुं नाभवच्छक्त उपायैर्बहुभिर्मनः । ततः स कामसंतप्तो मूर्छितः समपद्यत
Pourtant, son esprit ne put être maîtrisé, malgré maints moyens. Alors, brûlé par le désir, il tomba en défaillance.
Verse 96
ततः स्वाहा च भार्यास्य बुबुधे तद्विचेष्टितम् । ज्ञात्वा च चिंतयामास प्रहृष्टा मनसि स्वयम्
Alors Svāhā, son épouse, comprit sa conduite. L’ayant su, elle réfléchit en elle-même, secrètement réjouie dans son cœur.
Verse 97
स्वां भार्यामथ मां त्यक्त्वा बहुवासादवज्ञया । भार्याः कामयते नूनं सप्तर्षीणां महात्मनाम्
«Par mépris né de la longue familiarité, il a négligé sa propre épouse—moi—; et, certes, il désire les épouses des Sept Ṛṣis, ces grandes âmes.»
Verse 98
तदासां रूपमाश्रित्य रमिष्ये तेन चाप्यहम् । ततस्त्वंगिरसो भार्या शिवानामेति शोभना
«Revêtant leurs formes, moi aussi je m’ébattrai avec lui.» Alors s’avança l’épouse d’Aṅgiras, la belle nommée Śivā.
Verse 99
तस्या रूपं समाधाय पावकं प्राप्य साब्रवीत् । मामग्ने कामसंतप्तां त्वं कामयितुमर्हसि
Ayant pris sa forme, Svāhā s’approcha de Pāvaka (Agni) et dit : «Ô Agni, je brûle de désir ; il te sied de me désirer.»
Verse 100
न चेत्करिष्यसे देव मृतां मामुपधारय । अहमंगिरसो भार्या शिवानाम हुताशन
«Si tu ne le fais pas, ô dieu, tiens-moi pour morte. Je suis l’épouse d’Aṅgiras, nommée Śivā, ô Hutāśana (Agni).»
Verse 101
सर्वाभिः सहिता प्राप्ता ताश्च यास्यंत्यनुक्रमात् । अस्माकं त्वं प्रियो नित्यं त्वच्चित्ताश्च वयं तथा
«Je suis venue avec elles toutes, et elles viendront aussi l’une après l’autre, selon l’ordre. Tu nous es à jamais cher, et nos pensées, de même, te sont vouées.»
Verse 102
ततः स कामसंतप्तः संबभूव तया सह । प्रीते प्रीता च सा देवी निर्जगाम वनांतरात्
Alors lui, embrasé de désir, s’unit à elle. Lorsqu’il fut comblé, la déesse, elle aussi satisfaite, sortit des profondeurs de la forêt.
Verse 103
चिंतयंती ममेदं चेद्रूपं द्रक्ष्यंति कानने । ते ब्राह्मणीनामनृतं दोषं वक्ष्यंति पावकात्
Elle pensa : «S’ils voient cette forme mienne dans la forêt, ils diront que Pāvaka, le dieu du Feu, a encouru la faute du mensonge à cause des épouses des brāhmaṇas.»
Verse 104
तस्मादेतद्रक्षमाणा गरुडी संभवाम्यहम् । सुपर्णा सा ततो भूत्वा ददृशे श्वेतपर्वतम्
Aussi, pour préserver cela, se dit-elle : «Je deviendrai une Garuḍī.» Puis, devenue Suparṇā, l’oiseau aux vastes ailes, elle aperçut la Montagne Blanche (Śvetaparvata).
Verse 105
शरस्तंबैः सुसंपृक्तं रक्षोभिश्च पिशाचकैः । सा तत्र सहसा गत्वा शैलपूष्ठं सुदुर्गमम्
Ce lieu était épais de roseaux et infesté de rākṣasas et de piśācas. Elle s’y rendit soudain, vers une arête de montagne des plus inaccessibles.
Verse 106
प्राक्षिपत्कांचने कुंडे शुक्रं तद्धारणेऽक्षमा । शिष्टानामपि देवीनां सप्तर्षीणां महात्मनाम्
Ne pouvant le porter, elle jeta cette semence dans un vase d’or — fardeau que même les déesses vertueuses et les Sept Ṛṣis, aux grandes âmes, pouvaient à peine soutenir.
Verse 107
पत्नीसरूपतां कृत्वा कामयामास पावकम् । दिव्यं रूपमरूंधत्याः कर्तुं न शकितं तया
Ayant pris l’apparence d’une épouse, elle désira Pāvaka (Agni) avec ardeur ; pourtant, elle ne put se façonner la forme divine d’Arundhatī.
Verse 108
तस्यास्तपःप्रभावेण भर्तुः शुश्रूषणेन च । षट्कृत्वस्तत्तु निक्षिप्तमग्निरेतः कुरुद्वह
Par la puissance de son austérité et par son service dévoué envers son époux, la semence d’Agni fut véritablement déposée six fois, ô soutien de la lignée des Kuru.
Verse 109
कुंडेऽस्मिंश्चैत्रबहुले प्रतिपद्येव स्वाहया । ततश्च पावको दुःखाच्छुशोच च मुमोह च
Dans ce vase—au Pratipadā, premier jour de la quinzaine claire du mois de Caitra—par Svāhā. Alors Pāvaka, accablé de peine, se lamenta et sombra dans l’égarement.
Verse 110
आः पापं कृतमित्येव देहन्यासेऽकरोन्मतिम् । ततस्तं खेचरी वाणी प्राह मा मरणं कुरु
«Hélas, j’ai commis un péché !»—pensant ainsi, il résolut d’abandonner son corps. Alors une voix céleste lui dit : «Ne te donne pas la mort».
Verse 111
भाव्यमेतच्च भाव्यर्थात्को हि पावक मुच्यते । भाव्यर्थेनापि यत्ते च परदारोप सेवनम्
«Ceci était destiné, et pour ce qui doit advenir—qui donc, ô Pāvaka, peut échapper au destin ? Pourtant, même ainsi, recourir à l’épouse d’autrui est une faute».
Verse 112
कृतं तच्चेतसा तेन त्वामजीर्णं प्रवेक्ष्यति । श्वेतकेतोर्महायज्ञे घृतधाराभितर्पितम्
Parce qu’il l’a arrêté dans son esprit, il entrera en toi alors que tu n’es pas encore digéré—toi qui fus comblé par des flots de ghṛta (beurre clarifié) lors du grand sacrifice de Śvetaketu.
Verse 113
शोकं च त्यज नैतास्ताः स्वाहै वेयं तव प्रिया । श्वेतपर्वतकुंडस्थं पुत्रं त्वं द्रष्टुमर्हसि । ततो वह्निस्तत्र गत्वा ददृशे तनयं प्रभुम्
«Abandonne ton chagrin : celles-ci ne sont pas tes épouses ; voici Svāhā, ta bien-aimée. Va et contemple ton fils, qui demeure dans l’étang de Śvetaparvata.» Alors Agni s’y rendit et vit son fils, le Seigneur.
Verse 114
अर्जुन उवाच । कस्मात्स्वाहा करोद्रूपं षण्णां तासां महामुने
Arjuna dit : «Ô grand sage, pour quelle raison Svāhā prit-elle les formes de ces six (épouses) ?»
Verse 115
यत्ता भर्तृपराः साध्व्यस्तपस्विन्योग्निसंनिभाः । न बिभेति च किं ताभ्यः षड्भ्यः स्वाहाऽपराधिनी । भर्तृभक्त्या जगद्दग्धुं यतः शक्ताश्च ता मुने
Ces femmes sont vouées à leurs époux : ascètes vertueuses, resplendissantes comme le feu. Ô sage, pourquoi Svāhā, fautive, ne craignit-elle pas ces six, alors que, par leur dévotion d’épouses, elles sont capables d’embraser le monde ?
Verse 116
नारद उवाच । सत्यमेतत्कुरुश्रेष्ठ श्रृणु तच्चापि कारणम् । येन तासां कृतं रूपं न वा शापं ददुश्च ताः
Nārada dit : «C’est vrai, ô le meilleur des Kurus. Écoute aussi la raison : pourquoi Svāhā prit leurs formes, et pourquoi ces femmes ne proférèrent pas de malédiction.»
Verse 117
यत्र तद्वह्निना क्षिप्तं रुद्रतेजः सकृत्पुरा । गंगायां तत्र सस्नुस्ताः षटत्न्योऽज्ञनाभावतः
Là où Agni avait jadis jeté l’éclat de Rudra, en ce lieu même les six épouses se baignèrent dans la Gaṅgā, sans rien savoir de ce qui s’était passé.
Verse 118
ततस्ता विह्वलीभूतास्तेजसा तेन मोहिताः । लज्जया च स्वभर्तॄणां गंगातीरस्थिता रहः
Alors elles furent bouleversées, égarées par cet éclat; et, par pudeur devant leurs époux, elles demeurèrent en secret sur la rive de la Gaṅgā.
Verse 119
एतदंतमालोक्य चिकीर्षंती मनीषितम् । स्वाहा शरीरमाविश्यतासां तेजो जहार तत्
Voyant l’état des choses et voulant accomplir son dessein, Svāhā entra dans leurs corps et leur emporta ce tejas, cette splendeur.
Verse 120
चिक्रीड वह्निजायापि यथा ते कथितं मया
Ainsi, même l’épouse d’Agni agit avec un jeu subtil, comme je te l’ai raconté.
Verse 121
उपकारमिमं ताभिः स्मरंतीभिश्च भारत । न शप्ता सा यतः शापो न देयश्चोपकारिणि
Ô Bhārata, se souvenant de cette aide, elles ne la maudirent pas; car on ne doit pas lancer de malédiction contre un bienfaiteur.
Verse 122
ततः सप्तर्षयो ज्ञात्वा ज्ञानेनासुचितां गताः । तत्यजुः षट् तदा पत्नीर्विना देवीमरुंधतीम्
Alors les Sept Sages (Saptarṣi), ayant compris la vérité par leur clairvoyance, se virent tombés dans l’impureté; et ils abandonnèrent leurs six épouses, sauf la déesse Arundhatī.
Verse 123
विश्वामित्रस्तु भगवान्कुमारं शरणं गतः । स्तवं दिव्यं संप्रचक्रे महासेनस्य चापि सः
Le vénérable Viśvāmitra prit refuge en Kumāra, et il composa aussi un hymne divin à la louange de Mahāsena.
Verse 124
अष्टोत्तरशतं नाम्नां श्रृणु त्वं तानि फाल्गुन । जपेन येषां पापानि यांति ज्ञानमवाप्नुयात्
Ô Phālguna, écoute ces cent huit noms ; par leur répétition en japa, les péchés s’évanouissent et l’on obtient la connaissance spirituelle.
Verse 125
त्वं ब्रह्मवादी त्वं ब्रह्मा ब्राह्मणवत्सलः । ब्रह्मण्यो ब्रह्मदेवश्च ब्रह्मदो ब्रह्मसंग्रहः
Tu es le proclamateur du Brahman ; tu es Brahmā ; tu es plein d’affection pour les brāhmaṇas. Tu soutiens l’ordre brahmanique ; tu es le Seigneur divin du Brahman ; tu accordes la sagesse du Brahman ; tu es le réceptacle du Brahman.
Verse 126
त्वं परं परमं तेजो मंगलानां च मंगलम् । अप्रमेयगुणश्चैव मंत्राणां मंत्रगो भवान्
Tu es l’éclat suprême, la splendeur la plus haute, l’auspice au cœur de tout auspice. Tes qualités sont incommensurables, et tu es l’hôte intérieur et l’essence de tous les mantras.
Verse 127
त्वं सावित्रीमयो देव सर्वत्रैवापराजितः । मंत्र शर्वात्मको देवः षडक्षरवतां वरः
Ô Dieu, tu es formé de la puissance de Sāvitrī (Gāyatrī) et, partout, tu demeures invaincu. Ô Dieu, tu es le mantra et le Soi même de Śarva (Śiva), le premier parmi ceux qui portent le mantra aux six syllabes.
Verse 128
माली मौली पताकी च जटी मुंडी शिखंड्यपि । कुण्डली लांगली बालः कुमारः प्रवरो वरः
Tu es paré de guirlandes, couronné et porteur d’étendard; aux cheveux nattés, au crâne rasé, et aussi coiffé d’une huppe. Tu portes des boucles d’oreilles; tu portes la charrue; tu es le Jeune Divin—Kumāra—le plus excellent et le suprême.
Verse 129
गवांपुत्रः सुरारिघ्नः संभवो भवभावनः । पिनाकी शत्रुहा श्वेतो गूढः स्कन्दः कराग्रणीः
Tu es « le fils des vaches », le pourfendeur des ennemis des dieux; l’Auto-né, l’éveilleur du devenir. Tu portes Pināka, destructeur des adversaires; le Blanc, le Caché; Skanda, le chef à l’avant-garde de l’action.
Verse 130
द्वादशो भूर्भुवो भावी भुवः पुत्रो नमस्कृतः । नागराजः सुधर्मात्मा नाकपृष्ठः सनातनः
Tu es l’Être aux douze formes; tu es Bhūr et Bhuvaḥ; tu es Celui qui advient. Tu es le fils de Bhuvaḥ, digne de salutations révérencieuses. Tu es le roi des nāgas, dont la nature est l’ordre juste du dharma; établi sur les hauteurs du ciel, tu es l’Éternel.
Verse 131
त्वं भर्ता सर्वभूतात्मा त्वं त्राता त्वं सुखावहः । शरदक्षः शिखी जेता षड्वक्त्रो भयनाशनः
Tu es le soutien, l’Âme intérieure de tous les êtres; tu es le sauveur, le dispensateur de joie. Tes yeux sont vifs et limpides comme la clarté de l’automne; tu es le coiffé (à l’étendard du paon), le vainqueur; le Six-Visages qui dissipe la peur.
Verse 132
हेमगर्भो महागर्भो जयश्च विजयेश्वरः । त्वं कर्ता त्वं विधाता च नित्यो नित्यारिमर्दनः
Tu es Hemagarbha, l’Embryon d’Or; Mahāgarbha, le Grand Sein de puissance; Jaya, l’esprit même de la victoire, et Vijayeśvara, Seigneur du triomphe. Tu es l’agent et l’ordonnateur; éternel, et l’inlassable écraseur des forces ennemies.
Verse 133
महासेनो महातेज वीरसेनश्च भूपतिः । सिद्धासनः सुराध्यक्षो भीमसेनो निरामयः
Tu es Mahāsena, chef de la grande armée; Mahātejas, d’une splendeur immense; Vīrasena, guide des héros, et Bhūpati, seigneur souverain. Tu es Siddhāsana, assis en trône parmi les accomplis; Surādhyakṣa, gardien des dieux; Bhīmasena, de puissance redoutable; et Nirāmaya, celui qui ôte toute souffrance.
Verse 134
शौरिर्यदुर्महातेजा वीर्यवान्सत्यविक्रमः । तेजोगर्भोऽसुररिपुः सुरमूर्तिः सुरोर्ज्जितः
Tu es Śauri et Yadu—noble par la lignée et la vaillance—d’un éclat immense; puissant en force, dont la prouesse est vraie et sans défaillance. Tu es Tejogarbha, matrice de splendeur; l’ennemi des asuras; l’incarnation même des dieux; et affermi par la puissance divine.
Verse 135
कृतज्ञो वरदः सत्यः शरण्यः साधुवत्सलः । सुव्रतः सूर्यसंकाशो वह्निगर्भः कणो भुवः
Tu es reconnaissant et gardes mémoire du service; dispensateur de grâces; la Vérité elle-même; refuge de ceux qui cherchent asile; et plein d’amour pour les vertueux. Tu es ferme dans les vœux sacrés, rayonnant comme le soleil; d’essence née du feu; et présent jusque dans la particule subtile qui pénètre la terre.
Verse 136
पिप्पली शीघ्रगो रौद्री गांगेयो रिपुदारणः । कार्त्तिकेयः प्रभुः क्षंता नीलदंष्ट्रो महामनाः
Tu es Pippalī; le rapide; le redoutable en puissance; Gāṅgeya, né du Gange; et celui qui brise les ennemis. Tu es Kārttikeya, le Seigneur—patient et indulgent—aux défenses bleues, à l’âme magnanime.
Verse 137
निग्रहो निग्रहाणां च नेता त्वं सुरनंदनः । प्रग्रहः परमानंदः क्रोधघ्नस्तार उच्छ्रितः
Tu es le châtieur, et la retenue même de ceux qui retiennent; tu es le guide, ô joie des dieux. Tu es la rêne qui dirige, la béatitude suprême elle-même; le destructeur de la colère; une étoile salvatrice, élevée dans les hauteurs.
Verse 138
कुक्कुटी बहुली दिव्यः कामदो भूरिवर्धनः । अमोघोऽमृतदो ह्यग्निः शत्रुघ्नः सर्वमोदनः
Tu es Kukkuṭī et Bahulī; l’Être divin; le dispensateur des désirs légitimes; l’accroisseur d’abondance. Infaillible, donateur d’une vie semblable à l’ambroisie; le Feu lui-même; le destructeur des ennemis; et celui qui donne la joie à tous.
Verse 139
अव्ययो ह्यमरः श्रीमानुन्नतो ह्यग्निसंभवः । पिशाचराजः सूर्याभः शिवात्मा शिवनंदनः
Tu es impérissable, immortel et glorieux; élevé, né du feu. Tu es le roi des piśācas; rayonnant comme le soleil; de l’essence même de Śiva; et le fils bien-aimé qui réjouit Śiva.
Verse 140
अपारपारो दुर्ज्ञेयः सर्वभूतहिते रतः । अग्राह्यः कारणं कर्ता परमेष्ठी परं पदम्
Tu n’as ni rive proche ni rive lointaine : illimité, difficile à connaître, toujours voué au bien de tous les êtres. Insaisissable, tu es la cause et l’agent; le Souverain suprême et le but le plus élevé.
Verse 141
अचिंत्यः सर्वभूतात्मा सर्वात्मा त्वं सनातनः । एवं स सर्वभूतानां संस्तुतः परमेश्वरः
Tu es inconcevable : le Soi intérieur de tous les êtres, le Soi de tout, l’Éternel. Ainsi ce Seigneur suprême est-il loué par tous les êtres.
Verse 142
नाम्नामष्टशतेनायं विश्वामित्रमहर्षिणा । प्रसन्नमूर्तिराहेदं मुनींद्रं व्रियतामिति
D’un visage apaisé, le Seigneur déclara : « Cet hymne des huit cents noms a été composé par le grand sage Viśvāmitra. Qu’on accueille et qu’on honore ce meilleur des munis. »
Verse 143
मम त्वया द्विजश्रेष्ठ स्तुतिरेषा निरूपिता । भविष्यति मनोऽभीष्टप्राप्तये प्राणिनां भुवि
Ô meilleur des deux-fois-nés, tu as exposé cet hymne qui est mien ; sur la terre, il deviendra un moyen pour les êtres d’obtenir les désirs de leur cœur.
Verse 144
विवर्धते कुले लक्ष्मीस्तस्य यः प्रपठेदिमम् । न राक्षसाः पिशाचा वा न भूतानि न चापदः
Pour celui qui le récite, la fortune de Lakṣmī croît dans sa lignée ; ni rākṣasas ni piśācas, ni esprits ni calamités ne pourront le troubler.
Verse 145
विघ्नकारीणि तद्गेहे यत्रैव संस्तुवंति माम् । दुःस्वप्नं च न पश्येत्स बद्धो मुच्यते बंधनात्
Dans la demeure où l’on me loue, les obstacles ne naissent pas ; on ne voit point de mauvais rêves, et celui qui est lié est délivré de ses liens.
Verse 146
स्तवस्यास्य प्रभावेण दिव्यभावः पुमान्भवेत् । त्वं च मां श्रुतिसंस्कारैः सर्वैः संस्कर्तुमर्हसि
Par la puissance de cet hymne, l’homme obtient une disposition divine. Et toi, tu es digne de m’accorder toutes les consécrations prescrites par la Śruti, le Veda.
Verse 147
संस्काररहितं जन्म यतश्च पशुवत्स्मृतम् । त्वं च मद्वरदानेन ब्रह्मर्षिश्च भविष्यसि
Car une naissance dépourvue de rites de saṃskāra est tenue pour semblable à celle d’un animal. Mais par la grâce que je t’accorde, toi aussi tu deviendras un Brahmarṣi.
Verse 148
ततो मुनिस्तस्य चक्रे जातकर्मादिकाः क्रियाः । पौरोहित्यं तथा भेजे स्कंदस्यैवाज्ञया प्रभुः
Alors le sage accomplit pour lui les rites sacrés, à commencer par le jātakarma, la cérémonie de naissance. Et, sur l’ordre même de Skanda, ce vénérable prit aussi la charge de prêtre (purohita).
Verse 149
ततस्तं वह्निरभ्यागाद्ददर्श च सुतं गुहम् । षट्छीर्षं द्विगुणश्रोत्रं द्वादशाक्षिभुजक्रमम्
Alors le Feu s’approcha et vit Guha, son fils : à six têtes, aux oreilles doublées, et portant l’ordonnance de douze yeux et de douze bras.
Verse 150
एकग्रीवं चैककायं कुमारं स व्यलोकयत् । कलिलं प्रथमे चाह्नि द्वितीये व्यक्तितां गतम्
Il contempla le Kumāra comme n’ayant qu’un seul cou et un seul corps. Le premier jour, il n’était qu’une masse informe ; le second jour, il parvint à une forme distincte.
Verse 151
दृतीयायां शिशुर्जातश्चतुर्थ्यां पूर्ण एवच । पंचम्यां संस्कृतः सोऽभूत्पावकं चाप्यपश्यत
Au troisième jour, il naquit comme un nourrisson ; au quatrième, il fut pleinement accompli. Au cinquième, il reçut les rites de consécration (saṃskāra) et contempla aussi le Feu, Agni.
Verse 152
ततस्तं पावकः पार्थ आलिलिंग चुचुंब च । पुत्रेति चोक्त्वा तस्मै स शक्त्यस्त्रम ददात्स्वयम्
Alors Pāvaka (Agni) l’enlaça et l’embrassa ; puis, l’appelant « mon fils », il lui remit de sa propre main l’arme-projectile nommée Śakti.
Verse 153
स च शक्तिं समादाय नमस्कृत्य च पावकम् । श्वेतश्रृंगं समारूढो मुखैः पश्यन्दिशो दश
Saisissant la Śakti et s’inclinant en hommage devant Pāvaka (Agni), il monta sur Śvetaśṛṅga ; et, de ses visages, il contempla les dix directions.
Verse 154
व्यनदद्भैरवं नादं त्रास यन्सासुरं जगत् । ततः श्वेतगिरेः श्रृंगं रक्षः पद्मदशावृतम्
Il fit retentir un rugissement effroyable, tel celui de Bhairava, qui épouvanta le monde avec les asuras. Puis il aperçut le sommet de Śvetagiri, ceint de dix formations semblables à des lotus, avec des rākṣasas postés tout autour.
Verse 155
बिभेद तरसा शक्त्या शतयोजनविस्तृतम् । तदेकेन प्रहारेण खंडशः पतितं भुवि
Dans un élan de puissance, il fendit avec la Śakti cette masse immense, étendue sur cent yojanas ; d’un seul coup, elle tomba sur la terre en fragments.
Verse 156
चूर्णीकृता राक्षसास्ते सततं धर्मशत्रवः । ततः प्रव्यथिता भूमिर्व्यशीर्यत समंततः
Ces rākṣasas —ennemis constants du dharma— furent réduits en poussière. Alors la terre, violemment ébranlée, se mit à se fendre de toutes parts.
Verse 157
भीताश्च पर्वताः सर्वे चुक्रुशुः प्रलयाद्यथा । भूतानि तत्र सुभृशं त्राहित्राहीति चोज्जगुः
Toutes les montagnes, saisies d’effroi, crièrent comme au temps du pralaya. Les êtres présents gémirent à grands cris : «Sauvez-nous ! Sauvez-nous !».
Verse 158
एवं श्रुत्वा ततो देवा वासवं सह तेऽब्रुवन् । येनैकेन प्रहारेण त्रैलोक्यं व्याकुली कृतम्
Ayant entendu cela, les dieux s’adressèrent d’une seule voix à Vāsava (Indra) : «Qui donc, d’un seul coup, a jeté les trois mondes dans le trouble ?»
Verse 159
स संक्रुद्धः क्षणाद्विश्वं संहरिष्यति वासव । वयं च पालनार्थाय सृष्टा देवेन वेधसा
«S’il s’irrite, ô Vāsava, en un instant il anéantira l’univers. Et nous avons été créés par le dieu Vedhas (Brahmā) précisément pour le protéger.»
Verse 160
तच्च त्राणं सदा कार्यं प्राणैः कंठगतैरपि । अस्माकं पश्यतामेवं यदि संक्षोभ्यते जगत्
«C’est pourquoi l’œuvre de salut doit toujours être entreprise, fût-ce lorsque le souffle de vie monte à la gorge. Car si, sous nos yeux, le monde est ainsi ébranlé…»
Verse 161
धिक्ततो जन्म वीराणां श्लाघ्यं हि मरणं क्षणात् । तदस्माभिः सहैनं त्वं क्षतुमर्हसि वासव
«Honte à la vie des héros si elle se dérobe à son devoir ; oui, mourir en un instant est digne d’éloge. Ainsi, avec nous, tu dois le contenir, ô Vāsava.»
Verse 162
एवमुक्तस्तथेत्युक्त्वा देवैः सार्धं तमभ्ययात् । विधित्सुस्तस्य वीर्यं स शक्रस्तूर्णतरं तदा
Ainsi interpellé, Indra répondit : «Qu’il en soit ainsi», et aussitôt s’avança vers lui avec les dieux ; alors Śakra redoubla de vitesse, résolu à éprouver la vaillance de ce héros.
Verse 163
उग्रं तच्च महावेगं देवानीकं दुरासदम् । नर्दमानं गुहऋ प्रेक्ष्य ननाद जलधिर्यथा
Voyant cette armée des dieux, terrible, d’un élan fulgurant et imprenable, rugissante, Guha rugit à son tour, tel l’océan lui-même.
Verse 164
तस्य नादेन महता समुद्धूतोदधिप्रभम् । बभ्राम तत्रतत्रैव देव सैन्यमचेतनम्
Sous ce rugissement immense, l’armée des dieux, secouée comme l’océan soulevé en tourmente, chancela, privée de sens, errant çà et là.
Verse 165
जिघांसूनुपसंप्राप्तान्देवान्दृष्ट्वा स पावकिः । विससर्ज्ज मुखात्तत्र प्रवृद्धाः पावकार्चिषः
Voyant les dieux s’avancer avec l’intention de tuer, Pāvaki, fils du Feu, projeta sur-le-champ de sa bouche des langues de flammes, accrues et farouches.
Verse 166
अदहद्देवसैन्यानि चेष्ट मानानि भूतले । ते प्रदीप्तशिरोदेहाः प्रदीप्तायुधवाहनाः
Il brûla les armées des dieux tandis qu’elles se débattaient à terre ; leurs têtes et leurs corps flamboyaient, et leurs armes comme leurs montures s’embrasaient aussi.
Verse 167
प्रच्युताः सहसा भांति दिवस्तारागणा इव । दह्यमानाः प्रपन्नास्ते शरणं पावकात्मजम्
Tombés soudain, ils brillaient comme des grappes d’étoiles chutant du ciel ; brûlants, ils se rendirent et cherchèrent refuge auprès du fils du Feu.
Verse 168
देवा वज्रधरं प्रोचुस्त्यज वज्रं शतक्रतो । उक्तो देवैस्तदा शक्रः स्कंदे वज्रवासृजत्
Les dieux dirent au porteur de la foudre : «Jette le vajra, ô Śatakratu !» Ainsi pressé par les dieux, Indra lança alors son foudre sur Skanda.
Verse 169
तद्विसृष्टं जघानाशु पार्श्व स्कंदस्य दक्षिणम् । बिभेद च कुरुश्रेष्ठ तदा तस्य महात्मनः
Le vajra, une fois lancé, frappa aussitôt le flanc droit de Skanda et le transperça—ô le meilleur des Kuru—oui, il perça le côté de ce grand être.
Verse 170
वज्रप्रहारात्स्कंदस्य संजातः पुरुषोऽपरः । युवा कांचनसन्नाहः शक्तिधृग्दिव्य कुंडलः
Du coup de vajra porté à Skanda surgit un autre être : un jeune guerrier revêtu d’une armure d’or, tenant la śakti (lance), paré de boucles d’oreilles divines.
Verse 171
शाख इत्यभिविख्यातः सोपि व्यनददद्भुतम् । ततश्चेंद्रः पुनः क्रुद्धो हृदि स्कंदं व्यदारयत्
Connu sous le nom de Śākha, lui aussi poussa un rugissement merveilleux. Alors Indra, de nouveau courroucé, frappa et déchira la poitrine de Skanda.
Verse 172
तत्रापि तादृशो जज्ञे नैगमेय इति श्रुतः । ततो विनद्य स्कंदाद्याश्चत्वारस्तं तदाभ्ययुः
Là aussi naquit un autre du même genre, connu dans la tradition sous le nom de Naigameya. Alors, poussant un grand cri, Skanda et les trois autres chefs se ruèrent sur lui d’un seul élan.
Verse 173
तदेंद्रो वज्रमुत्सृज्य प्रांजलिः शरणं ययौ । तस्याभयं ददौ स्कंदः सहसैन्यस्य सत्तमः
Alors Indra, déposant son foudre (vajra), alla chercher refuge les mains jointes. Skanda—le plus excellent des chefs d’armées—lui accorda l’« abhaya », l’assurance d’être hors de danger.
Verse 174
ततः प्रहृष्टास्त्रभिदशा वादित्राण्यभ्यवादयन् । वज्रप्रहारात्कन्याश्च जज्ञिरेऽस्य महाबलाः
Alors les dieux porteurs d’armes, transportés de joie, firent retentir les instruments de musique. Et du coup du vajra naquirent aussi de lui des jeunes filles d’une grande puissance.
Verse 175
या हरं ति शिशूञ्जातान्गर्भस्थांश्चैव दारुणाः । काकी च हिलिमा चैव रुद्रा च वृषभा तथा
Ce sont des êtres redoutables qui enlèvent les nouveau-nés, et même ceux qui sont encore dans le sein maternel. Parmi elles se trouvent Kākī, Hilimā, Rudrā, et aussi Vṛṣabhā.
Verse 176
आया पलाला मित्रा च सप्तैताः शिशुमातरः । एतासांवीर्यसंपन्नः शिशुश्चाभूत्सुदारुणः
Āyā, Palālā et Mitrā—au nombre de sept—sont appelées les «mères des enfants». Pourvu de leur puissance, un enfant naquit aussi, d’une férocité extrême.
Verse 177
स्कंदप्रसादजः पुत्रो लोहिताक्षो भयंकरः । एष वीराष्टकः प्रोक्तः स्कंदमातृगणोऽद्भुतः
De la grâce de Skanda naquit un fils : Lohitākṣa, d’un aspect terrifiant. Ceci est proclamé comme « l’octuple groupe de héros », la merveilleuse troupe des Mères de Skanda.
Verse 178
पूजनीयः सदा भक्त्या सर्वापस्मारशांतिदः । उपातिष्ठत्ततः स्कंदं हिरण्यकवचस्रजम्
Il doit être vénéré sans cesse avec dévotion, car il accorde l’apaisement de tout apasmāra (affliction, convulsion). Alors il se tint au service de Skanda, paré d’une cuirasse d’or et d’une guirlande d’or.
Verse 179
लोहितांबरसंवीतं त्रैलोक्यस्यापि सुप्रभम् । युवानं श्रीः स्वयं भेजे तं प्रणम्य शरीरिणी
Vêtu d’étoffes rouges et rayonnant jusque dans les trois mondes, ce jeune être fut choisi par Śrī (Lakṣmī) elle-même. Elle, incarnée, s’inclina devant lui et le salua avec vénération.
Verse 180
श्रिया जुष्टं च तं प्राहुः सर्वे देवाः प्रणम्य वै । हिरण्यवर्ण्ण भद्रं ते लोकानां शंकरो भव
Tous les dieux, s’inclinant, s’adressèrent à celui que Śrī avait comblé : « Ô toi à la teinte d’or, bénédiction sur toi ; sois le bienfaiteur des mondes et l’artisan de leur prospérité. »
Verse 181
भवानिंद्रोऽस्तु नो नाथ त्रैलोक्यस्य हिताय वै
Ô Seigneur, notre refuge, sois pour nous Indra en vérité, pour le bien des trois mondes.
Verse 182
स्कंद उवाच । किमिंद्रः सर्वलोकानां करोतीह सुरोत्तमाः । कथं देवगणांश्चैव पाति नित्यं सुरेश्वरः
Skanda dit : « Ô vous, les plus éminents des dieux, qu’accomplit donc Indra ici pour tous les mondes ? Et comment le Seigneur des Devas protège-t-il sans cesse les cohortes divines ? »
Verse 183
देवा ऊचुः । इंद्रो दिशति भूतानां बलं तेजः प्रजाः सुखम् । प्रज्ञां प्रयच्छति तथा सर्वान्दायान्सुरेश्वरः
Les Dévas dirent : «Indra dispense aux êtres la force et l’éclat, la descendance et la félicité. De même, le Seigneur des dieux accorde l’intelligence et toutes les parts qui reviennent de droit.»
Verse 184
दुर्वृत्तानां स हरति वृत्तस्थानां प्रयच्छति । अनुशास्ति च भूतानि कार्येषु बलवत्तरः
«Aux hommes de mauvaise conduite, il enlève (puissance et fortune) ; à ceux qui demeurent dans la juste conduite, il accorde (leur dû). Plus fort que tous dans l’action, il instruit aussi les êtres et les discipline dans leurs devoirs.»
Verse 185
असूर्ये च भवेत्सूर्यस्तथाऽचंद्रे च चंद्रमाः । भवत्यग्निश्च वायुश्च पृथिव्यां जीवकारणम्
«Là où il n’y aurait pas de soleil, il devient le soleil ; là où il n’y aurait pas de lune, il devient la lune. Il devient aussi le feu et le vent — sur la terre, la cause même de la vie.»
Verse 186
एतदिंद्रेण कर्तव्यमिंद्रो हि विपुलं बलम् । त्वं चेंद्रो भव नो वीर तारकं जहि ते नमः
«Telle est l’œuvre qu’Indra doit accomplir, car Indra est une puissance immense. Et toi aussi, ô héros, deviens Indra pour nous : terrasse Tāraka. Salut à toi, nos prosternations !»
Verse 187
इंद्र उवाच । त्वं भवेंद्रो महाबाहो सर्वेषां नः सुखावहः । प्रणम्य प्रार्थये स्कंद तारकं जहि रक्ष नः
Indra dit : «Ô toi aux bras puissants, sois Indra, dispensateur de bonheur pour nous tous. Prosterné, je t’implore, Skanda : terrasse Tāraka et protège-nous.»
Verse 188
स्कंद उवाच । शाधि त्वमेव त्रैलोक्यं भवानिंद्रोस्तु सर्वदा । करिष्ये चेंद्रकर्माणि न ममेंद्रत्वमीप्सितम्
Skanda dit : «Toi seul dois régner sur les trois mondes ; sois Indra à jamais. J’accomplirai les œuvres d’Indra, mais la souveraineté d’Indra n’est pas ce que je désire.»
Verse 189
त्वमेव राजा भद्रं ते त्रैलोक्यस्य ममैव च । करोमि किं च ते शक्रशासनं ब्रूहि तन्मम
«Toi seul es le roi —bénédiction sur toi— des trois mondes, et de moi aussi. Que dois-je faire ? Dis-moi ton ordre, ô Śakra ; il m’appartient de l’accomplir.»
Verse 190
इंद्र उवाच । यदि सत्यमिदं वाक्यं निश्चयाद्भाषितं त्वया । अभिषिच्छस्व देवानां सैनापत्ये महाबल । अहमिंद्रो भविष्यामि तव वाक्याद्यशोऽस्तु ते
Indra dit : «Si cette parole est vraie et que tu l’as dite avec résolution ferme, ô puissant, alors fais-toi consacrer comme commandant de l’armée des dieux. Par ta parole je demeurerai Indra ; que la gloire soit tienne.»
Verse 191
स्कंद उवाच । दानवानां विनाशाय देवानामर्थसिद्धये । गोब्राह्मणस्य चार्थाय एवमस्तु वचस्तव
Skanda dit : «Pour la destruction des Dānava, pour l’accomplissement du dessein des dieux, et pour le bien des vaches et des brahmanes : qu’il en soit ainsi, selon ta parole.»
Verse 192
इत्युक्ते सुमहानादः सुराणामभ्यजायत । भूतानां चापि सर्वेषां त्रैलोक्यांकपकारकः
À peine ces paroles furent-elles dites qu’un immense rugissement s’éleva parmi les dieux —et parmi tous les êtres aussi—, résonnant à travers les trois mondes et les ébranlant jusqu’à leurs limites.
Verse 193
जयेति तुष्टुवुश्चैनं वादित्राण्यभ्यवादयन् । ननृस्तष्टुवुश्चैवं कराघातांश्च चक्रिरे
En criant «Victoire !», ils le célébrèrent ; les instruments retentirent. Ils dansèrent et chantèrent sa gloire, et frappèrent des mains dans l’allégresse.
Verse 194
तेन शब्देन महता विस्मिता नगनंदिनी । शंकरं प्राह को देव नादोऽयमतिवर्तते
Émerveillée par ce fracas puissant, la Fille de la Montagne dit à Śaṅkara : «Ô Seigneur, quel est ce rugissement extraordinaire qui surpasse tout ?»
Verse 195
रुद्र उवाच । अद्य नुनं प्रहृष्टानां सुराणां विविधा गिरः । श्रूयंते च तथा देवी यथा जातः सुतस्तव
Rudra dit : «Aujourd’hui, ô Déesse, on entend vraiment les multiples acclamations des dieux en liesse, car ton fils est né.»
Verse 196
गवां च ब्राह्मणानां च साध्वीनां च दिवौकसाम् । मार्जयिष्यति चाश्रूणि पुत्रस्ते पुण्यवत्यपि
Ton fils, ô Dame vertueuse, essuiera les larmes des vaches, des brāhmaṇas, des femmes saintes, et même des habitants du ciel.
Verse 197
एवं वदति सा देवी द्रष्टुं तमुत्सुकाऽभवत् । शंकरश्च महातेजाः पुत्रस्नेहाधिको यतः
À ces paroles, la Déesse brûla du désir de le voir. Et Śaṅkara aussi —bien qu’empreint d’un éclat immense— fut d’autant plus ému par l’amour pour son fils.
Verse 198
वृषभं तत आरुह्य देव्या सह समुत्सुकः । सगणो भव आगच्छत्पुत्र दर्शनलालसः
Alors Bhava (Śiva), monté sur le taureau Vṛṣabha et accompagné de la Déesse, arriva avec ses gaṇas, impatient et brûlant du désir de voir son fils.
Verse 199
ततो ब्रह्मा महासेनं प्रजापतिरथाब्रवीत् । अभिगच्छ महादेवं पितरं मातरं प्रभो
Puis Brahmā, le Prajāpati, Seigneur des créatures, dit à Mahāsena : «Ô Puissant, va vers Mahādeva—ton père—et vers ta mère.»
Verse 200
अनयोर्वीर्यसंयोगात्तवोत्पत्तिस्तु प्राथमी । एवमस्त्विति चाप्युक्त्वा महासेनो महेश्वरम्
«Ta première origine est née de l’union de la puissance de ces deux-là.» Ayant dit aussi : «Qu’il en soit ainsi», Mahāsena s’avança vers Maheśvara.