Adhyaya 278
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 278

Adhyaya 278

Le chapitre 278 se déploie sous forme de dialogue : Sūta explique aux ṛṣi pourquoi, bien que le soleil paraisse unique dans le ciel, douze formes solaires sont rituellement établies dans le Hāṭakeśvara-kṣetra. Le récit rattache ces installations à la consécration (abhiṣeka) de Yājñavalkya, puis retrace une suite d’événements : la descente de Brahmā sous l’effet de la malédiction de Sāvitrī et les tensions éthiques qui en résultent autour de l’ordre conjugal et de la bienséance rituelle. L’histoire se tourne ensuite vers le conflit entre Yājñavalkya et son maître Śākalya. Les demandes répétées du roi pour des rites de śānti conduisent à un épisode d’irrespect, de refus et de querelle guru–disciple, culminant dans l’expulsion forcée du savoir acquis, symbole d’un renoncement à l’enseignement antérieur. Pour se rétablir, Yājñavalkya accomplit une dévotion austère à Sūrya : il façonne et installe douze mūrti solaires, les nomme selon une liste canonique et les vénère par des offrandes. Sūrya se manifeste, accorde une grâce et transmet la science védique par un motif pédagogique extraordinaire (l’apprentissage à l’oreille du cheval solaire), réautorisant la compétence védique de Yājñavalkya. Le chapitre s’achève en instituant cette transmission, en proclamant les mérites du pèlerinage (délivrance des fautes, élévation et mokṣa pour ceux qui récitent et expliquent) et en soulignant l’efficacité particulière du darśana du dimanche.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । ये चान्ये भास्करा स्तत्र संति ब्राह्मणसत्तमाः । हाटकेश्वरजे क्षेत्रे याज्ञवल्क्यप्रतिष्ठिताः

Sūta dit : Ô meilleurs des brāhmanes, il s’y trouve aussi d’autres formes de Bhāskara (le Soleil), établies par Yājñavalkya dans le kṣetra sacré de Hāṭakeśvara.

Verse 2

यस्तान्पूजयते भक्त्या हृदि कृत्वाऽभिवांछितान् । सप्तम्यां चैव सप्तम्यां लभते नात्र संशयः

Quiconque les adore avec dévotion, portant au cœur l’intention désirée—au jour de Saptamī (le septième tithi), il obtient ce vœu même ; il n’y a là aucun doute.

Verse 3

ऋषय उचुः । एक एव स्थितः सूर्यो दृश्यते च नभस्तले । तत्कथं द्वादशैते च तत्र क्षेत्रे प्रतिष्ठिताः । कस्मिन्काले तथा कृत्ये किमर्थं सूतनन्दन

Les sages dirent : Le Soleil n’apparaît que comme un seul, établi dans la voûte du ciel. Comment donc ces douze sont-ils consacrés en ce lieu sacré ? En quel temps, en quelle circonstance et dans quel dessein, ô fils de Sūta ?

Verse 4

सूत उवाच । आसीत्पूर्वं कृतिर्नाम शुनःशेपसमुद्भवः

Sūta dit : Jadis, il y eut un homme nommé Kṛti, né dans la lignée de Śunaḥśepa.

Verse 5

तस्य पुत्रः शुनः पुत्रो बभूव मुनिसत्तमः । चारायणः सुतस्तस्य वभूव मुनिसत्तमः

De lui naquit un fils, le fils de Śuna, qui devint un muni d’exception ; et son fils Cārāyaṇa devint lui aussi l’un des plus éminents voyants.

Verse 6

कस्यचित्त्वथ कालस्य ब्रह्मा लोक पितामहः । सावित्रीशापनिर्दग्धो ह्यवतीर्णो धरातले

Puis, en un temps donné, Brahmā — l’aïeul des mondes —, brûlé par la malédiction de Savitrī, descendit sur la terre.

Verse 7

गायत्री च यदा विप्रास्तेनोढा यज्ञकर्मणि । प्राक्स्थितां च परित्यज्य सर्वदेवसमागमे । कालात्ययो भवेन्नैव सावित्र्यागमने स्थिरे

Ô brāhmaṇas, lorsque Gāyatrī fut épousée pour l’accomplissement du sacrifice — mettant de côté Savitrī, partie plus tôt —, dans l’assemblée de tous les dieux aucun retard ne fut toléré, bien que l’on attendît l’arrivée de Savitrī.

Verse 8

ततस्तस्य समादेशाद्गायत्री गोपकन्यका । शक्रेण च समानीता दिव्यलक्षणलक्षिता

Alors, sur son ordre, Gāyatrī—apparue telle une jeune vachère—fut amenée par Śakra (Indra), parée de signes divins.

Verse 9

गोपकन्यां च तां ज्ञात्वा गोश्च वक्त्रेण पद्मजः । प्रवेश्याकर्षयामास गुह्येन च ततः परम्

La reconnaissant comme cette jeune vachère, Padmaja (Brahmā) la fit entrer par la bouche d’une vache, puis l’attira à lui par un moyen secret.

Verse 10

ब्राह्मणानां गवां चैव कुलमेकं द्विधा स्थितम् । एकत्र मन्त्रास्तिष्ठंति हविरेकत्र संस्थितम्

La lignée des brāhmaṇas et celle des vaches est une, bien qu’elle se tienne en deux formes : en un lieu demeurent les mantras, et en l’autre est établi le havis, l’offrande sacrée.

Verse 11

तेन तां ब्राह्मणीं कृत्वा पश्चात्तस्याः परिग्रहम् । गृह्योक्तविधिना चक्रे पुरःस्थोऽपि पितामहः

Ainsi, l’ayant faite brāhmaṇī, le Grand-Père (Brahmā), bien qu’assis au premier rang, accomplit ensuite son acceptation comme épouse selon la règle enseignée par les rites gṛhya.

Verse 12

पत्नीशालोपविष्टायां ततस्तस्यां द्विजोत्तमाः । सावित्री समनुप्राप्ता देवपत्नीभिरावृता

Ô le meilleur des deux-fois-nés : lorsqu’elle fut assise dans le pavillon de l’épouse, Savitrī arriva, entourée des épouses des dieux.

Verse 13

ततस्तां सा समालोक्य रशनासमलंकृताम् । दौर्भाग्यदुःखमापन्ना शशाप च विधिं ततः

Alors, la voyant parée d’une ceinture, Sāvitrī—accablée par la douleur du malheur—maudit aussitôt Vidhi (Brahmā).

Verse 14

सावित्र्युवाच । यस्मात्त्वया परित्यक्ता निर्दोषाहं पितामह । पितामहोऽसि मे नूनमद्यप्रभृति संगमे

Sāvitrī dit : «Puisque tu m’as délaissée, moi qui suis sans faute, ô Aïeul primordial, dès aujourd’hui, en matière d’union, tu ne seras pour moi qu’un “aïeul”, en vérité.»

Verse 15

मनुष्याणां भवेत्कृत्यमन्यनारीपरिग्रहः । एतत्त्वया कृतं यस्मान्मा नुषस्त्वं भविष्यसि

«Pour les humains, prendre la femme d’autrui est un acte funeste qui mène à la ruine. Puisque tu l’as fait, tu deviendras donc un homme.»

Verse 16

कामार्तश्च विशेषेण मम वाक्यादसंशयम्

«Et, tout particulièrement, tu seras tourmenté par le désir; de cela, point de doute, par ma parole même.»

Verse 17

एवमुक्त्वा तु सावित्री त्यक्त्वा तं यज्ञमंडपम् । गिरेः शिखरमारूढा तपश्चक्रे महत्ततः

Après avoir ainsi parlé, Sāvitrī quitta le pavillon du sacrifice; gravissant le sommet de la montagne, elle entreprit alors de grandes austérités.

Verse 18

पितामहोऽपि तच्छापाच्चारायणनिवेशने । अवतीर्णो धरापृष्ठे कालेन महता ततः

Même Pitāmaha (Brahmā), à cause de cette malédiction, dans l’établissement de Cārāyaṇa, descendit sur la surface de la terre après un très long laps de temps.

Verse 19

स यदा यौवनं भेजे मानुषं च पुरा स्थितः । तथातथा च तापेन कामोत्थेन प्रपीड्यते

Lorsqu’il atteignit la jeunesse humaine, bien qu’autrefois établi autrement, il fut tourmenté sans cesse par la brûlure ardente née du désir.

Verse 20

ततोऽसौ वीक्षते नारीं कन्यां वाथ तपस्विनीम् । अविकल्पमना भेजे रूपसौभाग्यगर्वितः

Alors il aperçut une femme—jeune fille ou ascète—et, l’esprit sans retenue, il céda à elle, enflé d’orgueil de sa beauté et de sa bonne fortune.

Verse 21

ततस्तं ब्यसनार्तं च दृष्ट्वा चारायणो मुनिः । स्वयं निःसारयामास प्रकोपेन निजाश्रमात्

Le voyant accablé par le malheur, le sage Cārāyaṇa, saisi de colère, le chassa lui‑même de son propre ermitage.

Verse 22

स च पित्रा परित्यक्तो भ्रममाणस्ततस्ततः । चमत्कारपुरं प्राप्तः शाकल्यो यत्र तिष्ठति

Abandonné par son père, errant de lieu en lieu, il parvint à Camatkārapura, où demeurait Śākalya.

Verse 23

नाम्ना ब्राह्मणशार्दूलो नागरो वेदपारगः । वृतः शिष्य सहस्रेण वेदविद्यां प्रचारयन्

Là se trouvait un brāhmane Nāgara nommé Brāhmaṇaśārdūla, maître accompli des Veda ; entouré de mille disciples, il répandait la connaissance védique.

Verse 24

अथ तं स प्रणम्योच्चैः शिष्यत्वं समुपागतः । वेदाध्ययनसंपन्नो बभूवाथ चिरादपि

Alors, s’inclinant devant lui avec une haute révérence, il entra en discipleship ; et, avec le temps, il devint lui aussi accompli dans l’étude des Veda.

Verse 25

एतस्मिन्नेव काले नु आनर्ताधिपतिः स्वयम् । आगतस्तिष्ठते यत्र जलशायी हरिः स्वयम्

En ce même temps, le souverain d’Ānarta en personne arriva et demeura au lieu où réside Hari, le Seigneur Jalaśāyī, étendu sur les eaux.

Verse 26

चातुर्मास्यव्रतं तेन गृहीतं तत्पुरस्तदा । प्रार्थितस्तु ततो विप्राः शाकल्यस्तैन भूभुजा

Là, en présence du Seigneur, il prit le vœu de Cāturmāsya. Puis le roi pria les brāhmanes—tout particulièrement Śākalya—d’accomplir les rites requis.

Verse 27

शांतिकं पौष्टिकं नित्यं त्वया कार्यं ममालये । यावत्तिष्ठाम्यहं चात्र प्रसादः क्रियतामिति

Le roi dit : «Dans ma demeure, tu accompliras chaque jour les rites śāntika, d’apaisement, et pauṣṭika, qui confèrent la prospérité ; tant que je resterai ici, que cette faveur me soit accordée».

Verse 28

बाढमित्येव स प्रोक्त्वा दाक्षिण्येन द्विजोत्तमाः । एकैकं प्रेषयामास स्वशिष्यं तस्य मंदिरे

Disant : « Qu’il en soit ainsi », le plus éminent des brāhmaṇa, par bienveillance, envoya ses disciples, l’un après l’autre, à la demeure du roi afin d’y accomplir les devoirs prescrits.

Verse 29

स शांतिकं विधायाथ दत्त्वाशीः पार्थिवस्य च । संप्राप्य दक्षिणां तस्मात्पुनरेति च तं द्विजम्

Après avoir accompli le rite de śānti et avoir accordé ses bénédictions au roi, il reçut de lui la dakṣiṇā, puis revint auprès de ce brāhmaṇa, son maître.

Verse 30

शाकल्याय च तां दत्त्वा दक्षिणां निजमंदिरे । जगाम नित्यमेवं हि व्यवहारो व्यवस्थितः

Et après avoir remis cette dakṣiṇā à Śākalya dans sa propre demeure, il s’en alla. Ainsi, jour après jour, cet arrangement de service fut solidement établi.

Verse 31

अन्यस्मिन्नहनि प्राप्ते शाकल्येन विसर्जितः । शांत्यर्थं याज्ञवल्क्यस्तु पार्थिवस्यनिवेशनम्

Un autre jour, Yājñavalkya, dépêché par Śākalya pour le rite de śānti, se rendit à la demeure du roi.

Verse 32

तस्य भूपस्य रूपाढया मंथरास्ति विलासिनी । रात्रौ च कामिता तेन कामाढयेन सुकामिनी

Ce roi avait une femme éprise de plaisirs, nommée Mantharā, richement dotée de beauté ; et la nuit, elle était désirée par lui, débordant de passion, tandis qu’elle-même aspirait à l’amour.

Verse 33

भावैर्वात्स्यायनप्रोक्तैः समालिंगनपूर्वकैः । स तया विविधैः कृत्तो मयूरपदकादिभिः । शरीरे चाधरे चैव तथा मणिप्रवालकैः

Usant des arts d’amour enseignés par Vātsyāyana, à commencer par les étreintes, elle traça sur lui diverses marques—telles des motifs d’empreinte de paon et autres—sur son corps et même sur ses lèvres, ainsi que des empreintes faites de joyaux et de corail.

Verse 34

संप्राप्तोऽध्ययनार्थाय यावच्छाकल्यसन्निधौ । तावत्संप्रेषितस्तेन शांत्यर्थं भूपमंदिरे

Lorsqu’il parvint auprès de Śākalya pour l’étude, à cet instant même celui-ci l’envoya au palais du roi afin d’accomplir un rite de śānti, pour l’apaisement.

Verse 35

सोऽपि संप्रेषितस्तेन गत्वा तं पार्थिवालयम् । शांतिकं च ततश्चक्रे यथोक्तविधिना द्विजाः

Envoyé par lui, le brāhmane se rendit à la demeure du roi; et là, ô deux-fois-nés, il accomplit le rite d’apaisement (śānti) exactement selon la règle prescrite.

Verse 36

शांतिकस्यावसाने तु प्रगृह्य कलशोदकम् । पंचांगैः कल्पितं रुद्रैः स्वयमेवाभिमंत्रितैः

À la fin du rite de śānti, il prit l’eau du vase rituel (kalaśa), préparée avec les cinq requis et consacrée par des mantras de Rudra, invoqués par lui-même et dûment investis de puissance.

Verse 37

साक्षतं सुमनोयुक्तं समादाय गतस्ततः । संतिष्ठते नृपो यत्र आनर्तो त्रतसंयुतः

Puis, prenant l’akṣata (grains de riz) avec des fleurs, il se rendit là où se tenait le roi d’Ānarta, entouré de sa suite.

Verse 38

द्यामालेखीति मंत्रं स प्रोच्चार्य विधिपूर्वकम् । छंदर्षिसहितं चैव यावत्क्षिपति मस्तके । तावन्निरीक्षितस्तेन नखलेखाविकर्तितः

Récitant selon le rite le mantra commençant par « dyāmālekhī… », avec son chandas et son ṛṣi, il le projeta sur la tête du roi. À l’instant même, on le remarqua : sa lèvre était meurtrie, comme entaillée par l’éraflure d’un ongle.

Verse 39

खंडितेनाधरेणैव ततोऽभूद्दुर्मना नृपः

Alors le roi fut profondément accablé, car sa lèvre était réellement fendue et défigurée.

Verse 40

विटप्रायं तु तं दृष्ट्वा मलिनांबरधारिणम् । तं प्रोवाच विहस्योच्चै देहि विप्राऽक्षताञ्जलम्

Le voyant misérable, vêtu d’habits souillés, quelqu’un l’interpella à haute voix en riant : « Ô brāhmaṇa, donne-moi une poignée d’akṣata (riz intact) ! »

Verse 41

मंदुरायां स्थितं यच्च काष्ठमेतत्प्रदृश्यते । याज्ञवल्क्यस्ततो दृष्ट्वा सकोपस्तमुपाद्रवत्

« Et ce morceau de bois qu’on voit gisant dans l’écurie… »—à cette vue, Yājñavalkya s’emporta et se rua sur lui.

Verse 42

क्षिप्त्वा तत्र जलं विप्राः साक्षतं गृहमागमत् । अगृह्य दक्षिणां तस्य पार्थिवस्य यथास्थिताम्

Après y avoir versé l’eau, les brāhmaṇas rentrèrent chez eux avec leur akṣata, sans accepter la dakṣiṇā (don rituel) que le roi avait mise de côté.

Verse 43

एतस्मिन्नंतरे तस्य धवकाष्ठस्य सर्वतः । निष्क्रांता विविधाः शाखाः पल्लवैः समलंकृताः

Cependant, de ce morceau de bois de dhava jaillirent de toutes parts des branches de diverses sortes, magnifiquement parées de jeunes pousses et de feuilles fraîches.

Verse 44

तद्दृष्ट्वा विस्मितः सोऽथ आनर्ताधिपतिर्नृपः । पश्चात्तापं परं चक्रे धिङ्मयैवमनुष्ठितम्

À cette vue, le roi—souverain d’Ānarta—fut saisi d’étonnement; puis il tomba dans un profond repentir, disant : «Honte à moi d’avoir agi de la sorte !»

Verse 45

स नूनं विबुधः कोऽपि विप्ररूपेण संगतः । येनेदृशः प्रभावोऽयं तस्य मंत्रस्य संस्थितः

Assurément, quelque être divin est venu ici sous l’apparence d’un brāhmaṇa; par lui, ce mantra a été établi avec une puissance si extraordinaire.

Verse 46

यद्यहं प्रतिगृह्णामि तस्य मन्त्रोदितं जलम् । जरामरणहीनस्तु तद्भवाभि न संशयः

Si j’accepte cette eau consacrée par son mantra, je serai délivré de la vieillesse et de la mort; de cela je n’ai aucun doute en mon cœur.

Verse 47

एवं चिंतयतस्तस्य तद्दिनं विस्मितस्य च । पार्थिवस्य द्विजश्रेष्ठा जातं वर्षशतोपमम्

Tandis qu’il méditait ainsi, tout étonné, ô meilleur des brāhmaṇas, ce seul jour du roi lui parut semblable à cent années.

Verse 48

दिवसे तु समाक्रांते कथंचित्तस्य भूपतेः । विभावरी क्षयं याति कथंचिन्नैव शारदी

Quand enfin le jour advint pour ce roi, la nuit, d’une manière mystérieuse, prit fin ; pourtant elle ne s’écoula pas comme une nuit d’automne ordinaire.

Verse 49

ततः प्रभातसमये समुत्थाय महीपतिः । आह्वयामास शाकल्यं पुरुषैराप्तकारिभिः

Puis, à l’heure de l’aurore, le roi se leva et fit appeler Śākalya par ses serviteurs dignes de confiance.

Verse 50

ततः प्रोवाच विनयात्सादरं प्रांजलिः स्थितः । कल्ये शिष्यः समायातो यस्त्वदीयो ममांतिकम्

Alors, debout les mains jointes et parlant avec déférence, il dit : « Ce matin, ton disciple est venu près de moi, celui qui t’appartient ».

Verse 51

शांत्यर्थं प्रेषणीयस्तु सोऽद्यापि च द्विजोत्तम । तस्योपरि परा भक्तिर्मम जाताऽद्य केवलम्

« Il faut encore l’envoyer pour le rite d’apaisement (śānti), ô le meilleur des brāhmaṇas. En vérité, aujourd’hui, ma dévotion la plus haute ne s’est éveillée qu’envers lui seul ».

Verse 53

गच्छ वत्स त्वमद्यैव पार्थिवस्य निवेशनम् । शांत्यर्थं तेन भूयोऽपि त्वमेवाशुनिमंत्रितः

« Va, mon enfant, dès aujourd’hui, à la demeure du roi. Pour l’apaisement (śānti), il t’a de nouveau mandé—hâte-toi ».

Verse 54

याज्ञवल्क्य उवाच । नाहं यास्यामि तद्धर्म्ये शांत्यर्थं द्विजपुंगव । अनादरेण दृष्टोऽहं नाशीर्मे च समाहृता

Yājñavalkya dit : «Je n’irai pas là-bas, ô le plus éminent des brāhmanes, pour ce rite d’apaisement. On m’a regardé avec mépris, et nul honneur ne m’a été offert.»

Verse 55

काष्ठोपरि मया दत्ता तस्य वाक्यादसंशयम् । तस्मात्प्रेषय चान्यं त्वं गुरो शिष्यं विचक्षणम् । आनर्तं रंजयेद्यस्तु विवेकेन समन्वितम्

«Sans aucun doute, à cause de ses paroles, on m’a fait asseoir sur un simple morceau de bois. C’est pourquoi envoie un autre disciple du maître, avisé et clairvoyant, doté de discernement (viveka), capable de contenter et de guider comme il se doit ce roi.»

Verse 56

शाकल्य उवाच । राजाऽदेशः सदा कार्यः पुरुषैर्देशवासिभिः । योगक्षेमविधानाय तथा लाभाय केवलम्

Śākalya dit : «L’ordre du roi doit toujours être accompli par les hommes qui demeurent dans son royaume, car il vise à assurer le yogakṣema — bien-être et protection — et, en vérité, la prospérité aussi.»

Verse 57

प्रतिकूलो भवेद्यस्तु पाथिवानां स मन्दधीः । न तस्य जायते सौख्यं कथंचिद्द्विजसत्तम

«Mais celui qui se montre hostile aux rois est d’esprit obtus ; pour lui, ô le meilleur des deux-fois-nés, le bonheur ne naît d’aucune manière.»

Verse 58

ये जात्यादि महोत्सेकान्न नरेंद्रानुपासते । तेषामामरणं भिक्षा प्रायश्चित्तं विनिर्मितम्

«Ceux qui, enflés d’orgueil de naissance, de caste et autres, n’honorent ni ne servent les rois : pour eux, il est établi comme expiation (prāyaścitta) de mendier l’aumône jusqu’à la mort.»

Verse 59

एवं तयोर्विवदतोस्तदा वै गुरुशिष्ययोः । भूयोऽपि तत्र संप्राप्ताः पुरुषाः पार्थिवेरिताः

Tandis que le guru et le disciple se querellaient ainsi, des hommes dépêchés par le roi arrivèrent de nouveau en ce lieu.

Verse 60

प्रोचुश्च त्वरया युक्ताः शाकल्यं प्रांजलिस्थिताः । शिष्यं तं प्रेषय क्षिप्रं राजा मार्गं प्रतीक्षते

Se hâtant, debout les mains jointes, ils dirent à Śākalya : «Envoie vite ce disciple ; le roi attend sur la route».

Verse 61

असकृत्प्रोच्यमानोऽपि यदा गच्छति नैव सः । तदा संप्रेषयामास उद्दालकमथारुणिम्

Bien qu’on l’exhortât à maintes reprises, comme il ne partait pas, Śākalya envoya alors Uddālaka, le fils d’Aruṇi.

Verse 62

शिष्यं विनयसंपन्नं कृतांजलिपुटं स्थितम् । गच्छ वत्स समादेशात्सांप्रतं नृपमंदिरम्

Au disciple, plein d’humilité, debout les mains jointes, il dit : «Va, mon enfant, sur mon ordre, maintenant au palais du roi».

Verse 63

शांतिकर्म विधायाथ स्वाध्यायं च ततः कुरु

Après avoir accompli le rite d’apaisement (śānti-karman), entreprends ensuite le svādhyāya, la récitation et l’étude védiques.

Verse 64

स तथेति प्रतिज्ञाय गत्वा तं पार्थिवालयम् । चकार शांतिकं कर्म विधिदृष्टेन कर्मणा

Il acquiesça en disant : « Qu’il en soit ainsi », puis se rendit au palais du roi. Là, il accomplit le rite d’apaisement (śāntika) selon l’ordonnance prescrite.

Verse 65

ततः कलशतोयं स साक्षतं सुमनोन्वितम् । गृहीत्वोपाद्रवत्तत्र यत्र राजा व्यवस्थितः

Puis il prit de l’eau du kalaśa (vase rituel), avec de l’akṣata (grains de riz intacts) et des fleurs en offrande, et se hâta vers l’endroit où se tenait le roi.

Verse 66

राजोवाच । स्वकीयमन्त्रलिंगेन अभिषेकं तु यच्छ भोः । काष्ठस्यास्य यदग्रे ते प्रोत्थितं तिष्ठते द्विज

Le roi dit : « Ô vénérable, accorde l’abhiṣeka, l’ablution de consécration, au moyen de ton propre mantra et de ton liṅga. Ô brāhmane, fais-le pour ce morceau de bois, sur le devant duquel cette manifestation s’est levée et se tient. »

Verse 67

ततस्तेन शुभं मंत्रं प्रोच्याभीष्टं जलं स्वयम् । अभिषिच्य च तत्काष्ठं ततश्च स्वगृहं ययौ

Alors, après avoir récité ce mantra de bon augure, il prit lui-même l’eau désirée ; ayant consacré ce morceau de bois par l’abhiṣeka, il regagna ensuite sa demeure.

Verse 68

तावद्रूपं च तत्काष्ठं दृष्ट्वाऽनर्तो महीपतिः । विषादसहितश्चैव पश्चात्तापसमन्वितः

Voyant cette forme sur le morceau de bois, le roi fut bouleversé — rempli de chagrin et accablé de repentir.

Verse 69

भूयस्तु प्रेषयामास याज्ञवल्क्यकृते तदा । अन्यं दूतं विदग्धं च शाकल्यस्य द्विजाश्रयम्

Puis, de nouveau, il envoya un autre messager—habile et avisé—à cause de Yājñavalkya, vers Śākalya, refuge des brāhmaṇas.

Verse 70

वेदना कायसंस्था मे वर्तते द्विजसत्तम । शांत्यर्थं प्रेषया क्षिप्रं तं शिष्यं पूर्वसंचितम्

« Ô le meilleur des brāhmaṇas, une douleur du corps m’accable. Pour l’apaiser, envoie vite ce disciple préparé d’avance. »

Verse 71

अपमानं कृतं तस्य मया कल्ये द्विजोत्तम । तेन मे सहसा व्याधिराशीर्वादमनिच्छतः

« Ô brāhmaṇa éminent, je l’ai insulté hier. De là, une maladie soudaine s’est abattue sur moi—bien qu’il ne voulût point donner de bénédiction. »

Verse 72

तस्मात्प्रेषय मे शीघ्रं येन मे स्वस्थता भवेम् । असकृत्प्रोच्यमानोऽपि यदा नैव स गच्छति

« C’est pourquoi envoie-le-moi sans tarder, afin que je recouvre la santé. Même sollicité à maintes reprises, s’il ne vient toujours pas… »

Verse 73

याज्ञवल्क्यस्ततः शिष्यमन्यं प्रोवाच सादरम् । ततस्तं मधुकं पैग्यं प्रेषयामास तद्गृहे

Alors Yājñavalkya s’adressa avec respect à un autre disciple ; puis il envoya Madhuka Paigya dans cette demeure.

Verse 74

तेनापि विहितं तच्च यथोद्दालकनिर्मितम् । आशीर्वादो नृपोद्देशाद्दत्तः काष्ठस्य तस्य च

Lui aussi l’accomplit de la même manière que l’avait fait Uddālaka. Et, à la demande du roi, une bénédiction fut accordée—même à ce morceau de bois.

Verse 76

असकृत्प्रोच्यमानोऽपि याज्ञवल्क्यो व्रजेन्न हि । यदा तदा बहुगुणमन्यं शिष्यं प्रदिष्टवान्

Bien qu’on le sollicitât à maintes reprises, Yājñavalkya n’y alla pas. Alors, il désigna à sa place un autre disciple—pourvu de nombreuses vertus.

Verse 77

प्रचूडं भागवित्तिं च सोऽपि गत्वा यथा पुरा । चकार शांतिकं कर्म यथा ताभ्यां पुरा कृतम्

Lui aussi se rendit auprès de Pracūḍa et de Bhāgavitti, comme auparavant, et accomplit le rite d’apaisement (śānti-karman) exactement comme ces deux-là l’avaient fait jadis.

Verse 78

ततः शांत्युदकं तस्मिन्प्राक्षिपच्चैव दारुणि । मंत्रवच्च तथाप्येव तद्रूपं च व्यवस्थितम्

Puis il répandit sur cette chose redoutable l’eau de paix consacrée (śānty-udaka) ; et, bien que cela fût fait avec des mantras, cette forme demeura inchangée, telle qu’elle était.

Verse 79

तद्रूपमपि तत्काष्ठं दृष्ट्वा भूयोऽपि पार्थिवः । अन्यं संप्रेषयामास याज्ञवल्क्यकृते नरम्

Voyant que ce morceau de bois gardait encore la même forme, le roi envoya de nouveau un autre homme—cette fois pour faire venir Yājñavalkya.

Verse 80

प्रणम्य स द्विजश्रेष्ठः शाकल्यं च द्विजोत्तमम् । शांत्यर्थं मम हर्म्ये त्वं कल्ये शिष्यं समादिश । येन मे जायते शांतिः शरीरस्य द्विजोत्तम

Après s’être prosterné, le plus éminent des brahmanes s’adressa à Śākalya, le meilleur des deux-fois-nés : «Pour l’apaisement, je t’en prie, désigne un disciple afin qu’il vienne demain matin à mon palais ; que, par lui, naissent pour mon corps la paix et le soulagement, ô brahmane excellent.»

Verse 81

ततः प्रोवाच शाकल्यो याज्ञवल्क्यं द्विजोत्तमाः । भूयोऽपि शृण्वतस्तस्य आनर्तस्य महीपतेः

Alors Śākalya, l’excellent brahmane, s’adressa à Yājñavalkya, tandis que le roi d’Ānarta écoutait de nouveau.

Verse 82

याज्ञवल्क्य द्रुतं गच्छ ममादेशान्नृपालयम् । राज्ञोस्य रोगनाशाय शांतिकं कुरु पुत्रक

«Yājñavalkya, va promptement—sur mon ordre—à la demeure royale. Pour anéantir la maladie de ce roi, accomplis le rite d’apaisement (Śānti), mon fils.»

Verse 83

याज्ञवल्क्य उवाच । नाहं तत्र गमिष्यामि गुरो मैवं ब्रवीहि माम् । अपमानः कृतोऽनेन गुरो मम महीभुजा

Yājñavalkya dit : «Je n’irai pas là-bas, ô Guru ; ne me parle pas ainsi. Ce roi m’a outragé, ô maître.»

Verse 84

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा स कोपं परमं गतः । अब्रवीद्भर्त्समानस्तु याज्ञवल्क्यं ततः परम्

À ces paroles, il fut saisi d’une colère extrême ; puis, le réprimandant, il parla encore à Yājñavalkya.

Verse 85

एकमप्यक्षरं यस्तु गुरुः शिष्ये निवेदयेत् । पृथिव्यां नास्ति तद्द्रव्यं यद्दत्त्वा चानृणी भवेत्

Quand bien même le guru n’enseignerait au disciple qu’une seule syllabe, il n’est sur la terre aucun bien dont l’offrande puisse acquitter cette dette sacrée.

Verse 86

यस्मात्त्वं शिष्यतां गत्वा मम वाक्यं करोषि न । तस्मात्त्वां योजयिष्यामि ब्रह्म शापेन सांप्रतम्

Puisque, bien que tu aies pris l’état de disciple, tu n’exécutes pas ma parole, je vais maintenant te lier par une malédiction brahmanique.

Verse 87

याज्ञवल्क्य उवाच । अन्यायेन हि चेच्छापं गुरो मम प्रदास्यसि । अहमप्येव दास्यामि प्रतिशापं तवाधुना

Yājñavalkya dit : «Si, ô maître, tu veux me maudire injustement, alors moi aussi, à l’instant même, je prononcerai contre toi une contre-malédiction».

Verse 88

गुरोरप्यवलिप्तस्य कार्याकार्यमजानतः । उत्पथे वर्तमानस्य परित्यागो विधीयते

Même un guru—s’il est orgueilleux, ignorant de ce qu’il faut faire ou éviter, et s’engage sur une voie dévoyée—peut légitimement être abandonné ; tel abandon est prescrit.

Verse 89

तस्मात्त्वं हि मया त्यक्तः सांप्रतं हि न मे गुरुः । अविशषेण शिष्यार्थं यदादेशं प्रयच्छसि

C’est pourquoi je t’ai renoncé ; à présent tu n’es plus mon guru. Pourtant, sans distinction, accorde l’enseignement que tu donnerais pour le bien d’un disciple.

Verse 90

यावंतस्ते स्थिताः शिष्यास्तावद्भिर्दिवसैरहम् । तवादेशं करिष्यामि नोचेद्यास्यामि दूरतः

« Tant que tes disciples demeureront auprès de toi, autant de jours j’exécuterai ton ordre ; sinon, je m’en irai au loin. »

Verse 91

शाकल्य उवाच । यदि गच्छसि चान्यत्र तत्त्वं विद्यां परित्यज । यां मया पाठितः पाप व्रज पश्चात्कुशिष्य भोः

Śākalya dit : « Si tu vas ailleurs, renonce au savoir sacré et à son sens véritable que je t’ai enseignés. Va-t’en — ô pécheur, ô disciple indigne — recule et disparais ! »

Verse 92

मयाभिमंत्रितं तोयं क्षुरिकामुण्डसंभवम् । पिब तस्याः प्रभावेण शीघ्रमेव त्यजिष्यसि । जठरान्मामकीं विद्यां त्वयाधीता पुरा तु या

« Bois cette eau que j’ai consacrée par les mantras, issue du “Kṣurikāmuṇḍa”, rite farouche tel une lame. Par sa puissance, tu rejetteras bientôt de ton ventre le savoir qui est mien, celui que jadis tu as appris de moi. »

Verse 93

एवमुक्त्वा स चामंत्र्य मंत्रैराथर्वणैर्जलम् । पानाय प्रददौ तस्मै वांत्यर्थं सद्विजोत्तमः

Après avoir ainsi parlé, le meilleur des deux-fois-nés consacra l’eau par des mantras atharvaniques et la lui donna à boire, afin de provoquer le vomissement.

Verse 94

याज्ञवल्क्योऽपि तत्पीत्वा जलं तेनाभिमंत्रितम् । वांतिं कृत्वा सहान्नेन तद्विद्यां तां परित्यजत्

Yājñavalkya, lui aussi, but cette eau consacrée ; puis, après avoir vomi — avec sa nourriture — il abandonna ce savoir reçu.

Verse 95

ततो मूढत्वमापन्नो विश्वामित्रह्रदं शुभम् । गत्वा स्नातो विधानेन शुचि र्भूत्वा समाहितः

Alors, tombé dans la confusion, il se rendit au lac auspicious de Viśvāmitra. S’y baignant selon le rite prescrit, il devint pur et l’esprit recueilli, en parfaite concentration.

Verse 96

चकार मूर्तीस्ता भक्त्या रवेर्द्वादशसंख्यया । प्रतिष्ठाप्य ततः सर्वाः पूजयामास भक्तितः

Avec dévotion, il façonna douze images de Ravi (le Soleil). Les ayant toutes consacrées et installées, il les adora ensuite avec une bhakti fervente.

Verse 97

धाता मित्रोऽर्यमा शक्रो वरुणः सांब एव च । भगो विवस्वान्पूषा च सविता दशमस्तथा । एकादशस्तथा त्वष्टा विष्णुर्द्वादश उच्यते

Dhātā, Mitra, Aryaman, Śakra, Varuṇa et Sāṃba ; Bhaga, Vivasvān, Pūṣan, et Savitṛ comme le dixième ; puis, en onzième, Tvaṣṭṛ ; et Viṣṇu est déclaré le douzième : ainsi sont énoncées ici les douze formes du Soleil.

Verse 98

एवं द्वादशधा सूर्यः स्थापितोऽत्र विपश्चिता । आराधितस्ततो नित्यं गन्धपुष्पानुलेपनैः

Ainsi, le sage établit ici le Soleil en sa forme décuplée en douze aspects. Dès lors, il l’adora chaque jour avec parfums, fleurs et onguents sacrés.

Verse 99

ततः कालेन महता गत्वा प्रत्यक्षतां रविः । प्रोवाच सुन्दरं प्रीत्या वाक्यमेतन्मुनिं प्रति

Après un long temps, Ravi (le Soleil) se manifesta au grand jour. Satisfait, il adressa au muni ces paroles gracieuses, avec joie et bienveillance.

Verse 100

याज्ञवल्क्य प्रतुष्टोऽहं तव ब्राह्मणसत्तम । इष्टं ददामि ते ब्रूहि यद्यत्संप्रति वांछितम्

«Yājñavalkya, le plus éminent des brāhmaṇa, je suis satisfait de toi. Je t’accorderai la grâce que tu désires : dis-moi donc ce que tu souhaites à présent.»

Verse 101

याज्ञवल्क्य उवाच । वरं ददासि चेन्मह्यं वेदपाठे नियोजय । मां विभो येन शिष्यत्वं तव गच्छामि सांप्रतम्

Yājñavalkya dit : «Si tu m’accordes une grâce, ô Seigneur, assigne-moi à la récitation et à l’étude des Veda, afin qu’à présent j’obtienne la condition de disciple auprès de toi.»

Verse 102

आदित्य उवाच । मया पर्यटनं कार्यं सदैव द्विजसत्तम । मेरोः प्रदक्षिणार्थाय लोकालोककृते द्विज

Āditya dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, je dois sans cesse suivre ma course, tournant autour du Meru pour le bien des mondes et de leurs limites, afin d’ordonner la lumière et les ténèbres, ô brāhmaṇa.»

Verse 103

तत्कथं योजयामि त्वां वेदपाठेन स द्विज

«Comment donc pourrais-je t’engager dans la récitation des Veda, ô deux-fois-né ?»

Verse 104

तस्मात्त्वं लघुतां गत्वा मम मुख्यहयस्य च । श्रवणे तिष्ठ मद्वाक्यात्तेजसा चैव येन मे

«C’est pourquoi, deviens subtil et entre dans l’oreille de mon cheval principal ; demeure là, soutenu par mon ordre et par mon éclat de tejas.»

Verse 105

न दह्यसि महाभाग तत्र स्थोऽध्ययनं कुरु । स तथेति प्रतिज्ञाय प्रविश्यादित्यवाजिनः

« Tu ne seras pas brûlé, ô bienheureux ; demeure là et poursuis ton étude. » Il acquiesça, fit le vœu : « Ainsi soit-il », puis entra dans la monture d’Āditya.

Verse 106

कर्णेऽपठत्ततो वेदांश्चतुरोऽपि च तन्मुखात् । अंगोपांगसमोपेतान्परिशिष्टसमन्वितान्

Alors, par l’oreille, il apprit de cette bouche les quatre Veda—avec leurs aṅga et upāṅga, et avec les appendices auxiliaires (pariśiṣṭa).

Verse 107

ततः समाप्ते स प्राह प्रार्थयस्व विभो हि माम् । प्रदास्यामि न सन्देहस्तवाद्य गुरुदक्षिणाम्

Quand l’étude fut achevée, il dit : « Ô vénérable, demande-moi. Sans nul doute, aujourd’hui je te donnerai ta guru-dakṣiṇā, l’offrande due au maître. »

Verse 108

आदित्य उवाच । यानि सूक्तानि ऋग्वेदे मदीयानि द्विजोत्तम । सावनानि यजुर्वेदे सामानि च तृतीयके

Āditya dit : « Ô le meilleur des deux-fois-nés, les sūkta du Ṛgveda qui sont miens, les formules Sāvana du Yajurveda, et les chants Sāman du troisième Veda, le Sāmaveda— »

Verse 110

ये द्विजास्तानि सर्वाणि कीर्तयिष्यंति मे पुरः । ते सर्वे पाप निर्मुक्ताः प्रयास्यंति दिवालयम्

Les deux-fois-nés qui réciteront tout cela devant moi—tous, délivrés du péché, atteindront la demeure céleste.

Verse 111

व्याख्यास्यंति पुनर्ये च मम भक्तिपरायणाः । ते यास्यंति द्विजा मुक्तिं सत्यमेतन्मयोदितम्

Et ceux qui sont deux fois nés, voués à Ma bhakti, et qui de nouveau exposeront ces enseignements—ils atteindront la délivrance. Ceci est en vérité la parole que J’ai moi-même prononcée.

Verse 112

सूत उवाच । एवं वेदान्पठित्वा स प्रदत्त्वा गुरुदक्षिणाम् । सूर्यायाभ्यागतो भूयश्चमत्कारपुरं प्रति

Sūta dit : «Ainsi, après avoir étudié les Veda et offert la guru-dakṣiṇā (l’offrande d’honneur au maître), il revint auprès de Sūrya, puis se mit en route vers Camatkārapura».

Verse 113

ततः शाकल्यमभ्येत्य गुरुस्त्वं प्राङ् मम स्थितः । प्रार्थयस्व महाभाग दास्यामि गुरुदक्षिणाम्

Puis, s’approchant de Śākalya, il dit : «Tu es mon guru, debout devant moi. Ô bienheureux, demande : je donnerai la guru-dakṣiṇā».

Verse 114

ज्येष्ठो भ्राता पिता चैव माता चैव गुरुस्तथा । वैरुद्ध्येनापि वर्तंते यद्येते द्विजसतम । तथापि पूजनीयाश्च पुरुषेण न संशयः

Le frère aîné, le père, la mère, et de même le guru—ô le meilleur des deux fois nés—même s’ils se comportent avec opposition, doivent être honorés par l’homme; il n’y a là aucun doute.

Verse 115

सांगोपांगा मयाधीता वेदाश्चत्वार एव च । अधीताश्चैव सर्वेषां तेषामर्थोऽवधारितः

J’ai étudié les quatre Veda avec leurs aṅga et upāṅga, leurs disciplines auxiliaires et annexes; et, les ayant tous étudiés, j’en ai saisi le sens.

Verse 116

तत्त्वं वद महाभाग कां ते यच्छामि दक्षिणाम्

Dis la vérité, ô illustre; quelle dakṣiṇā (offrande sacrée) dois-je te donner ?

Verse 117

शाकल्य उवाच । यानि वेदरहस्यानि सूर्येण कथितानि ते

Śākalya dit : « Ces enseignements secrets du Veda que Sūrya t’a révélés— »

Verse 118

यैः स्यात्पापप्रणाशश्च व्याख्यातैः पठितैस्तथा । तानि मे कीर्तय क्षिप्रमेषा मे गुरुदक्षिणा

« Dis-les-moi vite : ces enseignements qui, étudiés et expliqués, détruisent le péché. Voilà ma guru-dakṣiṇā, mon offrande au maître. »

Verse 119

याज्ञवल्क्य उवाच । तदागच्छ मया सार्धं यत्र सूर्याः प्रतिष्ठिताः । मया द्वादश तेषां च कीर्तयिष्यामि चात्रतः

Yājñavalkya dit : « Alors viens avec moi au lieu où sont établies les images de Sūrya. Là, dès maintenant, je décrirai les douze. »

Verse 120

तच्छ्रुत्वा शिष्यसंयुक्तः शाकल्यस्तैश्च सद्द्विजैः । शिष्यैस्तिष्ठन्ति ये तत्र स्थापितास्तेन भास्कराः

À ces mots, Śākalya—accompagné de ses disciples et de ces brāhmaṇas dignes—se rendit là où se dressent les Bhāskaras (formes de Sūrya) qu’il avait installés, les disciples étant présents.

Verse 121

ततस्तु कीर्तयामास व्याख्यानं तत्पुरः स्थितः । वेदान्तानां च सर्वेषां यथोक्तं रविणा पुरा

Alors, se tenant devant eux, il donna l’exposé de tous les Vedānta, tel que jadis le Soleil (Ravi) l’avait enseigné.

Verse 122

अवसाने च तेषां तु चतुश्चरणसंभवैः । ब्राह्मणैर्याज्ञवल्क्यस्तु वेदान्तज्ञैः प्रतोषितः

Et à la fin de cet enseignement, Yājñavalkya fut grandement réjoui par les brāhmaṇas—maîtres de Vedānta—« nés des quatre pieds », c’est‑à‑dire établis dans la tradition védique quadruple.

Verse 123

प्रोक्तस्तव प्रसादेन वेदांतज्ञा वयं स्थिताः । श्रुताध्ययनसंपन्ना याचस्व गुरुदक्षिणाम्

Ils dirent : « Par ta grâce, nous avons reçu l’enseignement et nous demeurons désormais établis comme connaisseurs du Vedānta, accomplis dans l’écoute et l’étude. Demande donc la guru-dakṣiṇā, l’offrande due au maître ».

Verse 124

याज्ञवल्क्य उवाच । एतेषां भास्कराणां च मदीयानां पुरो द्विजाः । कीर्तयिष्यंति ये विप्रास्तेषां युष्मत्प्रसादतः । भूया स्वर्गगतिर्विप्रा एषा मे गुरु दक्षिणा

Yājñavalkya dit : « Ô deux‑fois‑nés, par votre faveur, que les brāhmaṇas qui, en votre présence, proclameront la gloire de ces Bhāskara que j’ai établis, obtiennent une marche vers le ciel toujours plus élevée. Telle est la guru-dakṣiṇā que je demande ».

Verse 125

ये पुनर्भक्तिसंयुक्ताः करिष्यंति विचारणम् । तेषां तुर्यपदं यच्च जरामरणवर्जितम्

Mais ceux qui, unis à la bhakti, entreprennent une enquête méditative, pour eux existe le « quatrième état » (turya), exempt de vieillesse et de mort.

Verse 126

ब्राह्मणा ऊचुः । भविष्यति कलौ विप्रा दौस्थ्यभावसमन्विताः । पठने नैव शक्ताश्च व्याख्यानस्य च का कथा

Les brāhmanes dirent : «Dans l’âge de Kali, les brāhmanes seront accablés par la pauvreté et l’épreuve—incapables même d’étudier ; que dire alors de l’art d’expliquer ?»

Verse 127

तस्मात्सारस्वतं ब्रूहि वेदानां द्विजसत्तम । अपि दौस्थ्यसमायुक्ता येन ते कीर्तयंति च

«C’est pourquoi, ô le meilleur des deux-fois-nés, enseigne le Sārasvata des Veda—afin que même ceux que l’épreuve accable puissent encore les réciter et les proclamer.»

Verse 129

चित्रं देवानामिति च तथान्यत्तस्य वल्लभम् । हंसः शुचिषदित्युक्तं ततश्चापि प्रहर्षदम्

«‘Citraṃ devānām’—et aussi un autre hymne qui Lui est cher ; ‘Haṃsaḥ śuciṣad’, ainsi qu’il est proclamé ; puis, ensuite, celui qui donne l’allégresse—(ces louanges védiques doivent être récitées ici).»

Verse 130

पावमानं तथा सूक्तं ये पठिष्यंति बह्वृचः । इत्येषामाद्यमेवं तु ते यास्यंति परां गतिम्

«Et les récitateurs du Ṛg-Veda (Bahvṛca) qui réciteront le Pāvamāna Sūkta—en commençant ainsi—atteindront l’état suprême.»

Verse 131

एकविंशतिसामानि आदित्येष्टानि यानि च । सामगाः कीर्तयिष्यंति येऽत्रस्थाः शुचयः स्थिताः

«Et les chantres du Sāma-Veda présents ici—purs et inébranlables—chanteront les vingt et un Sāman prescrits pour le culte d’Āditya (Sūrya).»

Verse 132

निश्चयं तु परं धृत्वा येऽपि स्तोष्यंति भास्करम् । ततस्तेऽपि प्रयास्यंति निर्भिद्य रविमंडलम्

Même ceux qui, tenant une résolution ferme et suprême, loueront Bhāskara (le Soleil), eux aussi s’en iront plus avant, perçant l’orbe solaire.

Verse 133

क्षुरिकासंपुटं चैव सूर्यकल्पं तथैव च । शांतिकल्पसमायुक्तं कीर्तयिष्यंति ये द्विजाः

Et les deux-fois-nés qui réciteront le Kṣurikā-saṃpuṭa, le Sūrya-kalpa et ce qui est associé au Śānti-kalpa, eux aussi recevront le mérite énoncé.

Verse 134

अथर्वपाठकास्तेऽपि प्रयास्यंति परां गतिम् । मूर्खा अपि समागत्य संप्राप्ते सूर्यवासरे

Les récitateurs de l’Atharva-veda atteindront eux aussi l’état suprême. Même les ignorants, pourvu qu’ils viennent lorsque survient le jour du Soleil (dimanche)…

Verse 135

प्रणामं ये करिष्यंति श्रद्धया परया युताः । सप्तरात्रकृतात्पापान्मुक्तिं प्राप्संति ते द्विजाः

Les deux-fois-nés qui se prosterneront, dotés de la foi la plus haute, obtiendront la délivrance des péchés commis durant sept nuits (les sept derniers jours).

Verse 136

सूत उवाच । तथेति तैः प्रतिज्ञाते चतुश्चरणसंभवैः । ब्राह्मणैर्याज्ञवल्क्यस्तु विज्ञातो येन केन तु

Sūta dit : «Lorsque ces brahmanes—nés des quatre “pieds” du Veda—eurent acquiescé en disant : “Qu’il en soit ainsi”, Yājñavalkya devint connu du roi, d’une manière ou d’une autre.»

Verse 137

विदेहेन ततः प्राप्तः श्रवणार्थं नराधिपः । वेदांतानां च सर्वेषां रत्नाख्येन महीभुजा

Alors le seigneur des hommes, le roi de Videha nommé Ratna, vint afin d’écouter l’enseignement de tous les Vedānta.

Verse 138

तेनापि च परिज्ञाय माहात्म्यं सूर्यसं भवम् । ततः संस्थापितः सूर्यस्तस्मिन्स्थाने द्विजोत्तमाः

Et lui aussi, ayant compris la grandeur née de Sūrya, établit Sūrya en ce lieu même, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 139

तं चापि सूर्यवारेण यः प्रपश्यति मानवः । सप्तरात्रकृतात्पापान्मुच्यते नात्र संशयः

Quiconque contemple cette présence sacrée un dimanche, ô homme, est délivré des péchés commis durant sept nuits ; il n’y a là aucun doute.

Verse 140

एतद्वः कथितं सर्वं माहात्म्यं सूर्यसंभवम् । यः शृणोति नरो भक्त्या अश्वमेधफलं लभेत्

Ainsi vous ai-je exposé entièrement cette grandeur née de la puissance de Sūrya. L’homme qui l’écoute avec dévotion obtient le fruit du sacrifice Aśvamedha.

Verse 191

संक्रांतौ यत्प्रदानेन सूर्ये वा श्रवणेन तु । तत्फलं समवाप्नोति श्रुत्वा माहात्म्यमुतमम्

Par tout don offert à Saṅkrānti, ou par l’écoute un dimanche, on obtient ce même fruit, rien qu’en entendant ce Māhātmya suprême.

Verse 278

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे श्रीहाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये द्वादशार्कोत्पत्तिरत्नादित्योत्पत्तिमाहात्म्ये याज्ञवल्क्यवृत्तांतवर्णनं नामाष्टसप्तत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le deux-cent-soixante-dix-huitième chapitre, intitulé « Description du récit de Yājñavalkya », dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans la sixième division appelée Nāgara-khaṇḍa, à l’intérieur du Māhātmya du kṣetra de Śrīhāṭakeśvara—plus précisément le Māhātmya de la manifestation des Douze Soleils et de Ratnāditya.

Verse 582

स तथेति प्रतिज्ञाय गत्वाऽथ निजमन्दिरम् । प्रोवाच याज्ञवल्क्यं च शांत्यर्थं श्लक्ष्णया गिरा

Il acquiesça en disant : « Qu’il en soit ainsi », puis se rendit à sa demeure ; et, pour rétablir l’harmonie, il s’adressa à Yājñavalkya d’une parole douce.

Verse 1293

याज्ञवल्क्य उवाच । रथं युञ्जंति सूक्तं यत्प्रथमं वित्तलक्षणम् । त्रिष्टुभेति च यत्सूक्तं तथाद्यं ब्राह्मणोत्तमाः

Yājñavalkya dit : « L’hymne qui commence par “Ils attellent le char” est le premier, caractérisé comme ayant trait à la richesse ; et l’hymne qui commence par “En Triṣṭubh” est pareillement le premier, ô meilleurs des brāhmaṇas. »