Adhyaya 13
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 13

Adhyaya 13

Cet adhyāya se présente comme un discours théologique à plusieurs voix, allant de la dévotion personnelle à la sacralisation d’un lieu et à la prescription des rites. Il s’ouvre sur la résolution d’un roi de demeurer auprès du sage Loṃaśa et de recevoir la Śiva-dīkṣā afin d’adorer le liṅga ; le texte célèbre le sat-saṅga (la compagnie des saints) comme supérieur même aux tīrtha. Un groupe d’êtres—notamment des figures d’oiseaux et d’animaux—cherche à être délivré d’une malédiction et demande un site accordant le fruit de tous les tīrtha. Nārada les dirige vers le yogin Saṃvarta à Vārāṇasī, reconnaissable à un signe de comportement particulier sur la route, la nuit. Saṃvarta enseigne alors la prééminence du Mahī–Sāgara-saṅgama, décrit la sainteté de la rivière Mahī et affirme que le bain sacré et les rites associés en ce lieu égalent ou surpassent les mérites de sites renommés tels que Prayāga et Gayā. Le chapitre fournit aussi des indications calendaires et techniques : amāvāsyā coïncidant avec Śani, yogas spéciaux comme vyatīpāta ; offrandes à Śani et à Sūrya ; arghya-mantras ; et un rite de « mise à l’épreuve de la vérité » au ton juridique, consistant à lever la main droite hors de l’eau. Un long enseignement, à travers l’échange entre Yājñavalkya et Nakula, condamne la parole dure et réaffirme l’éthique, rappelant que le savoir sans discipline demeure incomplet. Le récit culmine avec l’installation du liṅga nommé Indradyumneśvara (également associé à Mahākāla) ; Śiva accorde directement aux dévots des fruits semblables à sāyujya/sārūpya, et l’on conclut sur la puissance salvatrice exceptionnelle de cette confluence.

Shlokas

Verse 1

। नारद उवाच । इति तस्य मुनींद्रस्य भूपतिः शुश्रुवान्वचः । प्राह नाहं गमिष्यामि त्वां विहाय नरं क्वचित्

Nārada dit : Ayant ainsi entendu les paroles de ce grand sage, le roi répondit : « Ô vénérable, sans te laisser derrière moi, je n’irai nulle part. »

Verse 2

लिंगमाराधयिष्येऽद्य सर्वसिद्धिप्रदं नृणाम् । त्वयैवानुगृहीतोऽद्य यांतु सर्वे यथागतम्

Aujourd’hui je rendrai un culte au Liṅga, dispensateur de toutes les perfections aux humains. Puisqu’en ce jour tu m’as comblé de ta grâce, que tous s’en retournent maintenant comme ils étaient venus.

Verse 3

तद्भूपतिवचः श्रुत्वा बको गृध्रोऽथ कच्छपः । उलूकश्च तथैवोचुः प्रणता लोमशं मुनिम्

Ayant entendu les paroles du roi, la grue, le vautour, la tortue et le hibou parlèrent de même, prosternés devant le sage Lomaśa.

Verse 4

स च सर्वसुहृद्विप्रस्तथेत्येवाह तांस्तदा । प्रणोद्यान्प्रणतान्सर्वाननुजग्राह शिष्यवत्

Et ce brāhmane, ami de tous, leur dit alors : « Qu’il en soit ainsi. » Ayant reconnu tous ceux qui s’étaient prosternés, il les accueillit avec bonté, comme des disciples.

Verse 5

शिवदीक्षाविधानेन लिंगपूजां समादिशत् । तेषामनुग्रहपरो मुनिः प्रमतवत्सलः । तीर्थादप्यधिकं स्थाने सतां साधुसमागमः

Selon le rite juste de l’initiation à Śiva, le sage leur enseigna le culte du Liṅga. Soucieux de leur accorder sa grâce, ce muni—plein d’affection pour les serviteurs dévots—déclara : « En tout lieu, la rencontre des hommes de bien vaut plus encore qu’un tīrtha. »

Verse 6

पचेलिमफलः सद्यो दुरंतकलुपापहः । अपूर्वः कोऽपि सद्गोष्ठीसहस्रकिरणोदयः

Il porte fruit sur-le-champ, effaçant même les fautes lourdes et anciennes : tel un aurore sans pareille, l’essor de mille rayons issus de la sainte compagnie.

Verse 7

य एकांततयात्यंतमंतर्गततमोपहः । साधुगोष्ठीसमुद्भूतसुखामृतरसोर्मयः

Par l’unique ferveur de l’esprit, il dissipe entièrement les ténèbres intérieures; et il s’élève en vagues de béatitude, au goût d’amṛta, nées de l’assemblée des sādhus.

Verse 8

सर्वे वराः सुधाकाराः शर्करामधुषड्रसाः । ततस्ते साधुसंसर्गं संप्राप्ताः शिवशासनात्

Toutes les bénédictions deviennent semblables au nectar—douces comme le sucre et le miel, riches des six saveurs. Ainsi, par l’ordre de Śiva, ils obtinrent la compagnie des sādhus.

Verse 9

आरेभिरे क्रियायोगं मार्कंडनृपपूर्वकाः । तेषां तपस्यतामेवं समाजग्मे कदाचन । तीर्थयात्रानुषंगेन लोमशालोकनोत्सुकः

Sous la conduite du roi Mārkaṇḍa, ils entreprirent le kriyā-yoga, la voie disciplinée de la pratique sacrée. Tandis qu’ils s’adonnaient ainsi à l’ascèse, un jour Lomaśa—désireux de les voir—arriva, au cours de son pèlerinage de tīrtha en tīrtha.

Verse 10

मुख्या पुरुषयात्रा हि तीर्थयात्रानुषंगतः । सद्भिः समाश्रितो भूप भूमिभागस्तथोच्यते

«En vérité, le ‘voyage’ le plus élevé est le voyage vers les êtres nobles; le pèlerinage aux tīrthas n’est que secondaire. Ô roi, la contrée de la terre où se réfugient les gens de bien est dite véritablement bénie.»

Verse 11

कृतार्हणातिथ्यविधिं विश्रांतं मां च फाल्गुन । प्रणम्य तेऽथ पप्रच्छुर्नाडीजंघपुरः सराः

Ô Phālguna, après qu’ils eurent accompli comme il se doit les rites d’accueil de l’hôte et que j’eus pris repos, les gens de Nāḍījaṅgha, s’étant inclinés avec vénération, m’interrogèrent.

Verse 12

त उचुः । शापभ्रष्टा वयं ब्रह्मंश्चत्वारोऽपि स्वकर्मणा । तन्मुक्तिसाधनार्थाय स्थानं किंचित्समादिश

Ils dirent : «Ô Brahmane, par nos propres actes, nous quatre sommes déchus de notre état d’autrefois à cause d’une malédiction. Ordonne-nous quelque lieu qui puisse servir de moyen pour obtenir la délivrance de cette condition.»

Verse 13

इयं हि निष्फला भूमिः शपलं भारतं मुने

«Car cette terre nous paraît sans fruit, ô sage ; cette Bhārata semble accablée de malédiction et de souillure.»

Verse 14

तत्रापि क्वचिदेकत्र सर्वतीर्थफलं वद । इति पृष्टस्त्वहं तैश्च तानब्रवमिदं तदा

«Même là, dis-nous un lieu unique où l’on obtient le fruit de tous les tīrthas.» Ainsi questionné par eux, je leur parlai alors comme suit.

Verse 15

संवर्तं परिपृच्छध्वं स वो वक्ष्यति तत्त्वतः । सर्वतीर्थफलावाप्तिकारकं भूप्रदेशकम्

«Allez interroger Saṃvarta ; il vous dira la vérité solidement établie, révélant ce territoire par lequel on obtient le fruit de tous les tīrthas.»

Verse 16

त उचुः । कुत्रासौ विद्यते योगी नाज्ञासिष्म वयं च तम् । संवर्तदर्शनान्मुक्तिरिति चास्मदनुग्रहः

Ils dirent : «Où se trouve ce yogī ? Nous ne le connaissons pas. Et l’on dit que la délivrance vient du seul fait de voir Saṃvarta ; que cela soit ta grâce envers nous.»

Verse 17

यदि जानासि तं ब्रूहि सुहृत्संगो न निष्फलः । ततोऽहमब्रवं तांश्च विचार्येदं पुनःपुनः

«Si vous le connaissez, dites-le-nous : la fréquentation d’un ami bienveillant n’est jamais vaine.» Alors, après y avoir réfléchi maintes fois, je leur adressai la parole.

Verse 18

वाराणस्यामसावास्ते संवर्तो गुप्तलिंगभृत् । मलदिग्धो विवसनो भिक्षाशी कुतपादनु

«Saṃvarta demeure à Vārāṇasī, portant le liṅga en secret. Couvert de saleté, sans vêtement, vivant d’aumônes, il erre avec un haillon pour seul voile.»

Verse 19

करपात्रकृताहारः सर्वथा निष्परिग्रहः । भावयन्ब्रह्म परमं प्रणवाभिधमीश्वरम्

Il prend sa nourriture dans sa main comme dans un bol, entièrement sans possessions, et contemple sans cesse le Brahman suprême—Īśvara, nommé le Pranava (Oṃ).

Verse 20

भुक्त्वा निर्याति सायाह्ने वनं न ज्ञायते जनैः । योगीश्वरोऽसौ तद्रूपाः सन्त्यन्ये लिंगधारिणः

Après avoir mangé, vers la fin de l’après-midi, il sort vers la forêt et n’est pas reconnu des gens. Il est un seigneur parmi les yogīs ; et il existe d’autres porteurs du liṅga qui lui ressemblent.

Verse 21

वक्ष्यामि लक्षणं तस्य ज्ञास्यथ तं मुनिम् । प्रतोल्या राजमार्गे तु निशि भूमौ शवं जनैः

«Je vous dirai ses signes distinctifs, grâce auxquels vous reconnaîtrez ce sage. La nuit, sur la voie royale près de la porte de la cité, que l’on dépose un cadavre à même le sol.»

Verse 22

अविज्ञातं स्थापनीयं स्थेयं तदविदूरतः । यस्तां भूमिमुपागम्य अकस्माद्विनिर्वतते

Il faut le déposer là sans être reconnu des autres, et tu demeureras non loin de cela. Celui qui, parvenu en ce lieu, soudain se retourne en arrière—

Verse 23

स संवर्तो न चाक्रामत्येष शल्यमसंशयम् । प्रष्टव्योऽभिमतं चासावुपाश्रित्य विनीतवत्

—c’est lui, Saṃvarta; il ne le franchira pas—cela est certain, sans doute. Alors, approche-toi de lui avec humilité et demande ce que tu désires.

Verse 24

यदि पृच्छति केनाहमाख्यात इति मां ततः । निवेद्य चैतद्वक्तव्यं त्वामाख्यायाग्निमाविशत्

S’il demande : «Par qui ai-je été désigné pour vous ?», alors, après m’en avoir informé, tu diras ceci : «T’ayant reconnu, il est entré dans le feu».

Verse 25

तच्छ्रुत्वा ते तथा चक्रुः सर्वेपि वचनं मम । प्राप्य वाराणसीं दृष्ट्वा संवर्तं ते तथा व्यधुः

L’ayant entendu, tous agirent exactement selon mes paroles. Parvenus à Vārāṇasī et voyant Saṃvarta, ils firent comme il leur avait été prescrit.

Verse 26

शवं दृष्ट्वा च तैर्न्यस्तं संवर्तो वै न्यवर्तत । क्षुत्परीतोऽपि तं ज्ञात्वा ययुस्तमनु शीघ्रगम्

Voyant le cadavre qu’ils avaient déposé là, Saṃvarta se retourna en vérité. Bien qu’accablés par la faim, ils le reconnurent et, tandis qu’il allait d’un pas rapide, ils se hâtèrent de le suivre.

Verse 27

तिष्ठ ब्रह्मन्क्षणमिति जल्पंतो राजमार्गगम् । याति निर्भर्त्सयत्येष निवर्तध्वमिति ब्रुवन्

Ils l’interpellèrent sur la route royale : «Ô brāhmane, demeure un instant !» Mais lui poursuivit sa marche, les réprimandant : «Retournez en arrière !».

Verse 28

समया मामरे भोऽद्य नागंतव्यं न वो हितम् । पलायनमसौ कृत्वा गत्वा दूरतरं सरः । कुपितः प्राह तान्सर्वान्केनाख्यातोऽहमित्युत

«Vous avez tous conclu un accord avec moi : aujourd’hui vous ne deviez pas venir ; ce n’est pas pour votre bien.» Puis, s’étant enfui, il gagna un lac plus lointain. Courroucé, il dit à tous : «Par qui ai-je été reconnu ?»

Verse 29

निवेदयत शीघ्रं मे यथा भस्म करोमि तम् । शापाग्निनाथ वा युष्मान्यदि सत्यं न वक्ष्यथ

«Dites-le-moi vite, afin que je le réduise en cendres ; sinon, si vous ne dites pas la vérité, je vous consumerai par le feu de ma malédiction.»

Verse 30

अथ प्रकंपिताः प्राहुर्नारदेनेति तं मुनिम् । स तानाह पुनर्यातः पिशुनः क्व नु संप्रति

Alors, tremblants, ils dirent au sage : «C’était Nārada.» Il leur répondit : «Ce médisant est-il revenu ? Où est-il à présent ?»

Verse 31

लोकानां येन सापाग्नौ भस्मशेषं करोमि तम् । ब्रह्मबंधुमहं प्राहुर्भीतास्ते तं पुनर्मुनिम्

«Celui par la puissance duquel je puis réduire les mondes à un simple reste de cendres dans le feu—je le déclare “brahma-bandhu” (brāhmane de seule lignée).» Effrayés, ils s’adressèrent de nouveau au sage.

Verse 32

त ऊचुः । त्वं निवेद्य स चास्माकं प्रविष्टो हव्यवाहनम् । तत्कालमेव विप्रेंद्र न विद्मस्तत्र कारणम्

Ils dirent : «Ô le meilleur des brahmanes, après que tu l’eus annoncé, il entra dans le feu sacrificiel (Agni) sous nos yeux. À cet instant même, nous n’en comprîmes pas la cause.»

Verse 33

संवर्त उवाच । अहमप्येवमेवास्य कर्ता तेन स्वयं कृतम् । तद्ब्रूत कार्यं नैवात्र चिरं स्थास्यामि वः कृते

Saṃvarta dit : «Moi aussi, j’ai pensé : “C’est sûrement moi qui en suis l’auteur” — mais cela fut accompli par lui-même. Dites donc ce qu’il faut faire ; je ne demeurerai pas ici longtemps, même pour vous.»

Verse 34

अर्जुन उवाच । यदि नारद देवर्षे प्रविष्टोऽसि हुताशनम् । जीवितस्तत्कथं भूय आश्चर्यमिति मे वद

Arjuna dit : «Ô Nārada, sage divin, si tu es entré dans le feu flamboyant, comment es-tu encore vivant ? Explique-moi de nouveau cette merveille.»

Verse 35

नारद उवाच । न हुताशः समुद्रो वा वायुर्वा वृक्षपर्वतः । आयुधं वा न मे शक्ता देहपाताय भारत

Nārada dit : «Ni le feu, ni l’océan, ni le vent, ni même les arbres et les montagnes — ni aucune arme — n’ont le pouvoir de provoquer la chute de mon corps, ô Bhārata.»

Verse 36

पुनरेतत्कृतं चापि संवर्तो मन्यते यथा । अहं सन्मानितश्चेति वह्निं प्राप्याप्यगामहम्

Et de nouveau, tandis que Saṃvarta pensait que cet acte avait été accompli par lui, moi — me disant : «J’ai été honoré comme il se doit» — je poursuivis ma marche, même après être parvenu au feu.

Verse 37

यथा पुष्पगृहे कश्चित्प्रविशत्यंग फाल्गुन । तथाहमग्निं संविश्य यातवानुत्तरं श्रृणु

De même que quelqu’un entre dans une demeure de fleurs, ô cher Phālguna, ainsi suis-je entré dans le feu et l’ai traversé. Écoute maintenant ce qui advint ensuite.

Verse 38

संवर्तस्तान्पुनः प्राह मार्कंडेयमुखानिति । विशल्यः पंथाः क्षुधितोऽहं पुनः पुरीम् । भिक्षार्थं पर्यटिष्यामि प्रश्रं प्रब्रूत चैव मे

Saṃvarta leur parla de nouveau, en commençant par Mārkaṇḍeya : «La route est sans danger ; j’ai faim et je retournerai à la cité pour demander l’aumône. Exposez-moi aussi clairement votre question.»

Verse 39

त ऊचुः । शापभ्रष्टा वयं मोक्षं प्राप्स्यामस्तवदनुग्रहात् । प्रतीकारं तदाख्याहि प्रणतानां महामुने

Ils dirent : «Abattus par une malédiction, nous obtiendrons la délivrance par ta grâce. Ô grand sage, déclare le remède pour nous qui nous prosternons devant toi.»

Verse 40

यत्र तीर्थे सर्वतीर्थफलं प्राप्नोति मानवः । तत्तीर्थं ब्रूहि संवर्त तिष्ठामो यत्र वै वयम्

«Dis-nous, ô Saṃvarta, quel est ce tīrtha où l’homme obtient le fruit de tous les tīrthas. Déclare ce tīrtha, car nous désirons y demeurer.»

Verse 41

संवर्त उवाच । नमस्कृत्य कुमाराय दुर्गाभ्यश्च नरोत्तमाः । तीर्थं च संप्रवक्ष्यामि महीसागरसंगमम्

Saṃvarta dit : «Ô meilleurs des hommes, après m’être incliné devant Kumāra et devant les Durgā, je vais maintenant proclamer le tīrtha sacré : la confluence où la rivière Mahī rejoint l’océan.»

Verse 42

अमुना राजसिंहेन इंद्रद्युम्नेन धीमता । यजनाद्द्व्यंगुलोत्सेधा कृतेयं वसुधायदा

Par ce lion parmi les rois, le sage Indradyumna—lorsqu’il accomplit le yajña—la terre alors s’éleva de deux largeurs de doigt.

Verse 43

तदा संताप्यमानाया भुवः काष्ठस्य वै यथा । सुस्राव यो जलौघश्च सर्वदेवनमस्कृतः

Alors, tandis que la terre était embrasée—comme du bois livré au feu—jaillit un flot d’eau, vénéré par tous les dieux.

Verse 44

महीनाम नदी च पृथिव्यां यानिकानिचित् । तीर्थानि तेषां सलिलसंभवं तज्जलं विदुः

Sur la terre, quels que soient les tīrthas (gués sacrés) qui s’y trouvent—et aussi la rivière nommée Mahī—sachez que leurs eaux naissent de ce même écoulement sacré.

Verse 45

महीनाम समुत्पन्ना देशे मालवकाभिधे । दक्षिणं सागरं प्राप्ता पुण्योभयतटाशिवा

La rivière nommée Mahī naquit dans la contrée appelée Mālavaka ; parvenue à l’océan du sud, elle est de bon augure—sainte sur ses deux rives.

Verse 46

सर्वतीर्थमयी पूर्वं महीनाम महानदी । किं पुनर्यः समायोगस्तस्याश्च सरितां पतेः

Le grand fleuve Mahī, depuis l’origine, est rempli de l’essence de tous les tīrthas. Combien plus grand, dès lors, est son confluent avec le seigneur des rivières, l’océan !

Verse 47

वाराणसी कुरुक्षेत्रं गंगा रेवा सरस्वती

Vārāṇasī, Kurukṣetra, le fleuve Gaṅgā, la Revā (Narmadā) et la Sarasvatī—

Verse 48

तापी पयोष्णी निर्विध्या चन्द्रभागा इरावती । कावेरी शरयूश्चैव गंडकी नैमिषं तथा

La Tāpī, la Payoṣṇī, la Nirvindhyā, la Candrabhāgā et l’Irāvatī ; et de même la Kāverī, la Śarayū, la Gaṇḍakī et Naimiṣa—

Verse 49

गया गोदावरी चैव अरुणा वरुणा तथा । एताः पुण्याः शतशोन्या याः काश्चित्सरितो भुवि

Gayā, la Godāvarī, et aussi l’Aruṇā et la Varuṇā ; celles-ci, et des centaines d’autres rivières saintes—quelles que soient les rivières sur la terre—

Verse 50

सहस्रविंशतिश्चैव षट्शतानि तथैव च । तासां सारसमुद्भुतं महीतोयं प्रकीर्तितम्

Vingt et un mille, et encore six cents de plus ; de tous ceux-là, l’essence qui en jaillit est célébrée comme l’eau de la Mahī.

Verse 51

पृथिव्यां सर्वतीर्थेषु स्नात्वा यत्फलमाप्यते । तन्महीसागरे प्रोक्तं कुमारस्य वचो यथा

Quel que soit le fruit obtenu en se baignant dans tous les tīrtha sacrés de la terre—ce même mérite est déclaré se manifester à Mahīsāgara, selon la parole de Kumāra (Skanda).

Verse 52

एकत्र सर्वतीर्थानां यदि संयोगमिच्छथ । तद्गच्छथ महापुण्यं महीसागरसंगमम्

Si tu désires la confluence de tous les tīrtha, les gués sacrés, en un seul lieu, rends-toi à la rencontre d’un mérite suprême appelée Mahīsāgara.

Verse 53

अहं चापि च तत्रैव बहून्वर्षगणान्पुरा । अवसं चागतश्चात्र नारदस्य भयात्तथा

Moi aussi, jadis, j’ai demeuré là même durant de longues années ; puis je suis venu ici également — en vérité, par crainte de Nārada.

Verse 54

स हि तत्र समीपस्थः पिशुनश्च विशेषतः । मरुत्तः कुरुते यत्नं तस्मै ब्रूयादिदं भयम्

Car il se tient tout près de là et, plus que tout, il est colporteur de propos ; le roi Marutta s’emploie avec ardeur — qu’on lui dise cette crainte.

Verse 55

अत्र दिग्वाससां मध्ये बहूनां तत्समस्त्वहम् । निवसाम्यतिप्रच्छन्नो मरुत्तादतिभीतवत्

Ici, au milieu de nombreux ascètes digvāsa, vêtus du ciel, je demeure comme l’un d’eux, profondément dissimulé — tel quelqu’un qui redoute grandement Marutta.

Verse 56

पुनरत्रापि मां नूनं कथयिष्यति नारदः । तथाविधा हि चेष्टास्य पिशुनस्य प्रदृश्यते

Même ici encore, assurément Nārada parlera de moi ; car telle est la conduite que l’on voit chez ce colporteur de récits.

Verse 57

भवद्भिश्च न चाप्यत्र वक्तानां कस्यचित्क्वचित् । मरुत्तः कुरुते यत्नं भूपालो यज्ञसिद्धये

Et vous non plus, ne parlez de ceci à personne, nulle part, ici. Le roi Marutta déploie ses efforts afin que le yajña s’accomplisse avec pleine réussite.

Verse 58

देवाचार्येण संत्यक्तो भ्रात्रा मे कारणां तरे । गुरुपुत्रं च मां ज्ञात्वा यज्ञार्त्विज्यस्य कारणात्

J’ai été délaissé par le précepteur des dieux, et même par mon propre frère, à cause de ma mère ; et, sachant que j’étais le fils de son guru, il agit ainsi pour obtenir l’office de prêtre du yajña.

Verse 59

अविद्यांतर्गतैर्यज्ञकर्मभिर्न प्रयोजनम् । मम हिंसात्मकैरस्ति निगमोक्तैरचेतनैः

Pour moi, les actes sacrificiels enfermés dans l’ignorance n’ont aucune utilité : des rites cités des Veda, mais accomplis sans conscience, mécaniquement, et d’une nature violente.

Verse 60

समित्पुष्पकुशप्रायैः साधनैर्यद्यचेतनैः । क्रियते तत्तथा भावि कार्यं कारणवन्नृणाम्

Si un acte est accompli avec des moyens qui ne sont pour l’essentiel que des bûchettes d’offrande, des fleurs et de l’herbe kuśa—choses sans conscience—alors le fruit pour les hommes naîtra en conséquence, tel un effet dépendant de sa cause.

Verse 61

तद्यूयं तत्र गच्छध्वं शीघ्रमेव नृपानुगाः । अस्ति विप्रः स्वयं ब्रह्मा याज्ञवल्क्यश्च तत्र वै

Ainsi donc, vous, serviteurs du roi, allez-y sur-le-champ, sans tarder. Là se trouve vraiment un brāhmaṇa : Yājñavalkya, semblable à Brahmā lui-même.

Verse 62

स हि पूर्वं मिथेः पुर्यां वसन्नाश्रममुत्तमम् । आगच्छमानं नकुलं दृष्ट्वा गार्गीं वचोऽब्रवीत्

Autrefois, tandis qu’il demeurait dans un āśrama excellent de la cité de Mithā, il vit s’approcher une mangouste et adressa ces paroles à Gārgī.

Verse 63

गार्गि रक्ष पयो भद्रे नकुलोऽयमुपेति च । पयः पातुं कृतिमतिं नकुलं तं निराकुरु

«Gārgī, protège le lait, ô bien-aimée; cette mangouste s’approche. Habile à boire le lait, chasse cette mangouste», dit-il.

Verse 64

इत्युक्तो नकुलः क्रुद्धः स हि क्रुद्धः पुराऽभवत् । जमदग्नेः पूर्वजैश्च शप्तः प्रोवाच तं मुनिम्

Ainsi interpellée, la mangouste s’emporta—car elle était déjà courroucée auparavant. Maudite par les ancêtres de Jamadagni, elle parla à ce muni.

Verse 65

अहो वा धिग्धिगित्येव भूयो धिगिति चैव हि । निर्लज्जता मनुष्याणां दृश्यते पापकारिणाम्

«Hélas ! Honte, honte ! Et encore, honte en vérité ! L’impudence des hommes se voit chez ceux qui commettent le péché», dit-elle.

Verse 66

कथं ते नाम पापानि प्रकुर्वंति नराधमाः । मरणांतरिता येषां नरके तीव्रवेदना

«Comment ces hommes vils peuvent-ils commettre des péchés, alors qu’après la mort les attend en enfer une douleur ardente ?», dit-elle.

Verse 67

निमेषोऽपि न शक्येत जीविते यस्य निश्चितम् । तन्मात्रपरमायुर्यः पापं कुर्यात्कथं स च

Quand même un seul instant de vie n’est pas assuré, comment celui dont la durée est bornée à cette seule mesure pourrait-il encore commettre le péché ?

Verse 68

त्वं मुने मन्यसे चेदं कुलीनोऽस्मीति बुद्धिमान् । ततः क्षिपसि मां मूढ नकुलोऽयमिति स्मयन्

Ô sage, si tu te crois intelligent et de noble lignée, pourquoi donc, insensé, m’insultes-tu en souriant et en disant : « Ceci est une mangouste » ?

Verse 69

किमधीतं याज्ञवल्क्य का योगेश्वरता तव । निरपराधं क्षिपसि धिगधीतं हि तत्तव

Qu’as-tu donc réellement étudié, ô Yājñavalkya, et quelle souveraineté du yoga possèdes-tu ? Tu insultes l’innocent : honte à un tel savoir !

Verse 70

कस्मिन्वेदं स्मृतौ कस्यां प्रोक्तमेतद्ब्रवीहि मे । परुषैरिति वाक्यैर्मां नकुलेति ब्रवीषि यत्

Dis-moi : dans quel Veda, dans quelle Smṛti, est-il enseigné ceci — qu’avec des paroles dures tu doives m’appeler « mangouste » ?

Verse 71

किमिदं नैव जानासि यावत्यः परुषा गिरः । परः संश्राव्यते तावच्छंकवः श्रोत्रतः पुनरा

Ne comprends-tu pas ceci : autant de paroles dures que tu fais entendre à autrui, autant d’épines se plantent, encore et encore, dans les oreilles ?

Verse 72

कंठे यमानुगाः पादं कृत्वा तस्य सुदुर्मतेः । अतीव रुदतो लोहशंकून्क्षेप्स्यंति कर्णयोः

Pour cet esprit méchant, les serviteurs de Yama poseront un pied sur sa gorge ; et tandis qu'il pleure amèrement, ils enfonceront des pointes de fer dans ses oreilles.

Verse 73

वावदूकाश्च ध्वजिनो मुष्णंति कृपणाञ्जनान् । स्वयं हस्तसहस्रेण धर्मस्यैवं भवद्विधाः

Les bavards et les hommes vaniteux dépouillent les pauvres et les sans-défense ; ainsi, des gens comme vous, avec mille mains, pillent le Dharma lui-même.

Verse 74

वज्रस्य दिग्धशस्त्रस्य कालकूटस्य चाप्युत । समेन वचसा तुल्यं मृत्योरिति ममाभवत्

Il m'a semblé que la mort elle-même n'est pas différente d'une parole mielleuse — comme la foudre, comme une arme empoisonnée, comme le mortel Kālakūṭa.

Verse 75

कर्णनासिकनाराचान्निर्हरंति शरीरतः । वाक्छल्यस्तु न निर्हर्तुं शक्यो हृदिशयो हि सः

Les flèches logées dans l'oreille ou le nez peuvent être retirées du corps ; mais l'épine de la parole ne peut être enlevée, car elle est incrustée dans le cœur.

Verse 76

यंत्रपीडैः समाक्रम्य वरमेष हतो नरः । न तु तं परुषैर्वाक्यैर्जिघांसेत कथंचन

Mieux vaut qu'un homme soit tué par les tortures écrasantes des instruments plutôt que l'on cherche à le tuer par des paroles dures.

Verse 77

त्वया त्वहं याज्ञवल्क्य नित्यं पंडितमानिना । नकुलोसीति तीव्रेण वचसा ताडितः कुतः

Ô Yājñavalkya, pourquoi m’as-tu frappé sans cesse, toi qui te crois pandit, par cette parole tranchante : « Tu es un nakula, une mangouste » ?

Verse 78

संवर्त उवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्य भृशं विस्मितमानसः । याज्ञवल्क्योऽब्रवीदेतत्प्रबद्धकरसंपुटः

Saṃvarta dit : Ayant entendu ses paroles, Yājñavalkya, le cœur grandement étonné, parla ainsi, les mains jointes en signe de vénération.

Verse 79

नमोऽधर्माय महते न विद्मो यस्य वै भवम् । परमाणुमपि व्यक्तं कोत्र विद्यामदः सताम्

Hommage au grand Adharma, dont nous ne pouvons sonder la puissance. Si la vérité d’un simple atome n’est pas clairement connue, où donc pourrait se trouver l’orgueil du savoir chez les sages ?

Verse 80

विरंचिविष्णुप्रसमुखाः सोमेंद्रप्रमुखास्तथा । सर्वज्ञास्तेऽपि मुह्यति गणनास्मादृशं च का

Même Brahmā et Viṣṇu à leur tête, et de même Soma et Indra à la leur—bien qu’on les dise omniscients—tombent encore dans l’égarement ; que dire alors de gens comme nous, que l’on voudrait compter et mesurer ?

Verse 81

धर्मज्ञोऽस्मीति यो मोहादात्मानं प्रतिपद्यते । स वायुं मुष्टिना बद्धुमीहते कृपणो नरः

Celui qui, par illusion, se croit « connaisseur du dharma » est un homme pitoyable : il s’efforce de lier le vent dans son poing.

Verse 82

केचिदज्ञानतो नष्टाः केचिज्ज्ञानमदादपि । ज्ञानं प्राप्यापि नष्टाश्च केचिदालस्यतोऽधमाः

Les uns sont perdus par l’ignorance; d’autres, même par l’ivresse du savoir. Et d’autres encore, bien qu’ayant obtenu la connaissance, périssent: les êtres vils, par paresse.

Verse 83

वेदस्मृतीतिहासेषु पुराणेषु प्रकल्पितम् । चतुःपादं तथा धर्मं नाचरत्यधमः पशुः

Ce dharma aux quatre pieds, établi dans les Veda, les Smṛti, les Itihāsa et les Purāṇa, l’homme le plus vil, semblable à une bête, ne le met pas en pratique.

Verse 84

स पुरा शोचते व्यक्तं प्राप्य तच्चांतकं गृहम् । तथाहि गृह्यकारेण श्रुतौ प्रोक्तमिदं वचः

Plus tard, parvenu à cette « demeure ultime », la mort, il se lamente assurément; car telle est la parole proclamée dans la Śruti par l’auteur de la tradition Gṛhya.

Verse 85

नकुलं सकुलं ब्रूयान्न कंचिन्मर्मणि स्पृशेत् । प्रपठन्नपि चैवाहमिदं सर्वं तथा शुकः

Qu’on ne dise que des paroles inoffensives et convenables, et qu’on ne touche personne en son point sensible. Même si je récite tout cela, moi aussi je ne suis qu’un perroquet.

Verse 86

आलस्येनाप्यनाचाराद्वृथाकार्येकमंग तत्

Même par paresse, même par inconduite: cela devient un unique « membre » de l’action vaine.

Verse 87

केवलं पाठ मात्रेण यश्च संतुष्यते नरः । तथा पंडितमानी च कोन्यस्तस्मात्पशुर्मतः

L’homme qui se satisfait de la seule récitation et se croit savant—qui donc, sinon lui, est tenu pour plus bestial?

Verse 88

न च्छंदांसि वृजिनात्तारयंति मायाविनं माययाऽवर्तमानम् । नीडं शकुंता इव जातपक्षाश्छंदास्येनं प्रजहत्यंतकाले

Les mètres védiques ne peuvent faire traverser le péché à l’homme trompeur qui vit de tromperie. Comme les oiseaux, une fois leurs ailes venues, quittent le nid, ainsi les Veda l’abandonnent à l’heure de la mort.

Verse 89

स्वार्गाय बद्धकक्षो यः पाठमात्रेण ब्राह्मणः । स बालो मातुरंकस्थो ग्रहीतुं सोममिच्छति

Le brāhmane qui se ceint pour le ciel par la seule récitation est tel un enfant sur les genoux de sa mère, désirant saisir le Soma.

Verse 90

तद्भवान्सर्वथा मह्यमनयं सोढुमर्हसि । सर्वः कोऽपि वदत्येवं तन्मयैवमुदाहृतम्

Aussi, daigne me pardonner entièrement cette inconvenance. N’importe qui parle ainsi ; moi aussi, j’ai parlé de la sorte.

Verse 91

नकुल उवाच । वृथेदं भाषितं तुभ्यं सर्वलोकेन यत्समम् । आत्मानं मन्यसे नैतद्वक्तुं योग्यं महात्मनाम्

Nakula dit : «Tes paroles sont vaines, semblables à celles des gens ordinaires partout dans le monde. Si tu te crois noble, de tels propos ne conviennent pas aux âmes magnanimes.»

Verse 92

वाजिवारणलोहानां काष्ठपाषाणवाससाम् । नारीपुरुषतोयानामंतरं महदंतरम्

Entre les chevaux, les éléphants et les métaux; entre le bois, la pierre et l’étoffe; et entre la femme, l’homme et l’eau—il existe de grandes différences, essentielles.

Verse 93

अन्ये चेत्प्राकृता लोका बहुपापानि कुर्वते । प्रधानपुरुषेणापि कार्यं तत्पृष्ठतोनु किम्

Même si d’autres gens ordinaires commettent bien des péchés, qu’importe? Un homme éminent devrait-il les suivre et agir de même?

Verse 94

सर्वार्थं निर्मितं शास्त्रं मनोबुद्धी तथैव च । दत्ते विधात्रा सर्वेषां तथापि यदि पापिनः

Les śāstra furent façonnés pour toute finalité, et l’esprit comme l’intelligence furent accordés par le Créateur à tous. Et pourtant, si les hommes deviennent pécheurs…

Verse 95

ततो विधातुः को दोषस्त एव खलु दुर्भगाः । ब्राह्मणेन विशेषेण किं भाव्यं लोकवद्यतः

Dès lors, quelle faute y a-t-il chez le Créateur? Eux seuls sont véritablement infortunés. Et pourquoi un brāhmaṇa—plus que tout autre—agirait-il comme la foule?

Verse 96

यद्यदाचरति श्रेष्ठस्तत्तदेवेतरो जनः । स यत्प्रमाणं कुरुते लोकस्तदनुवर्तते

Ce que pratique l’homme d’excellence, les autres le font à leur tour. La mesure qu’il établit, le monde la suit.

Verse 97

तस्मात्सदा महद्भिश्च आत्मार्थं च परार्थतः । सतां धर्मो न संत्याज्यो न्याय्यं तच्छिक्षणं तव

Ainsi, les grands doivent toujours—pour leur propre bien et pour le bien d’autrui—ne jamais abandonner le dharma des vertueux. Ton enseignement en cela est juste et conforme au droit.

Verse 98

यस्मात्त्वया पीडितोऽहं घोरेण वचसा मुने । तस्माच्छीघ्रं त्वां शप्स्यामि शापयोग्यो हि मे मतः

Puisque j’ai été tourmenté par tes paroles cruelles, ô sage, je vais donc te maudire sans tarder; car, à mes yeux, tu mérites la malédiction.

Verse 99

नकुलोऽसीति मामाह भवांस्तस्मात्कुलाधमः । शीघ्रमुत्पत्स्यसे मोहात्त्वमेव नकुलो मुने

Tu m’as appelé « Nakula »; ainsi tu es la honte de ta lignée. Bientôt, par égarement, toi-même tu renaîtras en nakula (mangouste), ô sage.

Verse 100

संवर्त उवाच । इति वाचं समाकर्ण्य भाव्यर्थकृतनिश्चयः । याज्ञवल्क्यो मरौ देशे विप्रस्याजायतात्मजः

Saṃvarta dit : « Ayant entendu ces paroles et s’étant résolu quant à ce qui devait advenir, Yājñavalkya naquit dans une contrée désertique, fils d’un brāhmaṇa. »

Verse 101

दुराचारस्य पापस्य निघृणस्यातिवादिनः । दुष्कुलीनस्य जातोऽसौ तदा जातिस्मरः सुतः

Alors il naquit fils d’un homme à la conduite mauvaise—pécheur, sans pitié et porté aux paroles dures—d’une lignée ignoble; et pourtant, dès cet instant, l’enfant devint celui qui se souvenait de ses vies passées.

Verse 102

सोऽथ ज्ञानात्समालोक्य भर्तृयज्ञ इति द्विजः । गुप्तक्षेत्रं समापन्नो महीसागरसंगमम्

Alors, par la connaissance intérieure, ce brāhmane nommé Bhartṛyajña reconnut sa voie et parvint à Guptakṣetra, la confluence sacrée où la Mahī rejoint l’océan.

Verse 103

तत्र पाशुपतो भूत्वा शिवाराधनतत्परः । स्वायंभुवं महाकालं पूजयन्वर्ततेऽधुना

Là, il devint un dévot Pāśupata, tout entier voué au culte de Śiva ; et, aujourd’hui encore, il persévère en adorant Mahākāla, le Seigneur auto-manifesté (Svayambhū).

Verse 104

यो हि नित्यं महाकालं श्रद्धया पूजयेत्पुमान् । स दौष्कुलीनदोषेभ्यो मुच्यतेऽहिरिव त्वचः

En vérité, celui qui, chaque jour, adore Mahākāla avec foi est délivré des fautes d’une naissance vile, comme le serpent qui se dépouille de sa peau.

Verse 105

यथायथा श्रद्धयासौ तल्लिंगं परिपश्यति । तथातथा विमुच्येत दोषैर्जन्मशतोद्भवैः

Dans la mesure où l’on contemple avec foi ce Liṅga, dans cette même mesure on est délivré des défauts nés de centaines d’existences.

Verse 106

भर्तृयज्ञस्तु तत्रैव लिंगस्याराधनात्क्रमात् । बीजदोषाद्विनिर्मुक्तस्तल्लिंगमहिमा त्वसौ

Bhartṛyajña, là même, par l’adoration progressive et conforme de ce Liṅga, fut entièrement délivré du défaut de sa propre « semence » (cause racine/karma de lignée). Telle est, en vérité, la grandeur de ce Liṅga.

Verse 107

बभ्रुं च नकुलं प्राह विमुक्तो दुष्टजन्मतः । यस्मात्तस्मादिदं तीर्थं ख्यातं वै बभ्रु पावनम्

Et il dit à Babhru et à Nakula : « J’ai été délivré d’une naissance mauvaise. » C’est pourquoi ce tīrtha est vraiment renommé sous le nom de “Babhru-pāvana”, le purificateur de Babhru.

Verse 108

तस्माद्व्रजध्वं तत्रैव महीसागरसंगमम् । पंच तीर्थानि सेवन्तो मुक्तिमाप्स्यथ निश्चितम्

Allez donc, là même, au confluent de la Mahī et de l’océan. En fréquentant et en servant les cinq tīrthas, vous obtiendrez assurément la délivrance.

Verse 109

इत्येवमुक्त्वा संवर्तो ययावभिमतं द्विजः । भर्तृयज्ञं मुनिं प्राप्य ते च तत्र स्थिताभवन्

Après avoir ainsi parlé, le brāhmane Saṃvarta se rendit au lieu qu’il désirait. Et, ayant rencontré le sage Bhartṛyajña, eux aussi demeurèrent en ce lieu.

Verse 110

ततस्तानाह स ज्ञात्वा गणाञ्ज्ञानेन शांभवान् । महद्वो विमलं पुण्यं गुप्तक्षेत्रे यदत्र वै

Alors, les ayant reconnus, ces gaṇas, par la connaissance śāmbhava, il leur dit : « Grand et sans tache est le mérite sacré qui se trouve ici, en vérité, à Guptakṣetra. »

Verse 111

भवन्तोऽभ्यागता यत्र महीसागरसंगमः । स्नानं दानं जपो होमः पिंडदानं विशेषतः

Vous êtes parvenus au confluent de la rivière Mahī et de l’océan. Ici sont prescrits le bain sacré, le don, la récitation (japa), l’offrande au feu (homa) et, tout particulièrement, l’offrande de piṇḍas aux ancêtres.

Verse 112

अक्षयं जायते सर्वं महीसागर संगमे । कृतं तथाऽक्षयं सर्वं स्नानदानक्रियादिकम्

Au confluent de la Mahī et de l’océan, tout fruit devient impérissable (akṣaya). Tout ce qui y est accompli—bain sacré, aumône et autres observances—confère un mérite infaillible, qui ne s’épuise pas.

Verse 113

यदात्र स्तानकं चक्रे देवर्षिर्नारदः पुरा । तदा ग्रहैर्वरा दत्ताः शनिना च वरस्त्वसौ

Autrefois, lorsque le sage divin Nārada accomplit ici une observance sacrée, les planètes (grahas) lui accordèrent des grâces; et Śani (Saturne), en particulier, lui conféra un don.

Verse 114

शनैश्चरेण संयुक्ता त्वमावास्या यदा भवेत् । श्राद्धं प्रकुर्वीत स्नानदानपुरः सरम्

Lorsque le jour d’Amāvāsyā (nouvelle lune) est conjoint à Śanaiścara (Saturne), on doit accomplir le śrāddha, précédé du bain rituel et de l’aumône.

Verse 115

यदि श्रावणमासस्य शनैश्चरदिने शुभा । कुहूर्भवति तस्यां तु संक्रांतिं कुरुते रविः

Si, dans le mois de Śrāvaṇa, l’auspicieuse tithi Kuhū tombe un jour de Śani (samedi), et que ce même jour le Soleil accomplit une saṅkrānti (entrée zodiacale)…

Verse 116

तस्यामेव तिथौ योगो व्यतीपातो भवेद्यदि । पुष्करंनाम तत्पर्व सूर्यपर्वशताधिकम्

Si, en cette même tithi, survient aussi le yoga Vyatīpāta, cette fête est appelée « Puṣkara » et vaut plus que cent fêtes solaires.

Verse 117

सर्वयोगसमावापः सथंचिदपि लभ्यते । तस्मिन्दिने शनिं लोहं कांचनं भास्करं तथा

En ce jour, on obtient, fût-ce en partie, la conjonction de nombreux yogas fastes. Aussi, ce jour-là, faut-il honorer Śani par le fer, et de même honorer le Soleil par l’or.

Verse 118

महीसागरसंसर्गे पूजयीत यथाविधि । शनिमंत्रैः शनिं ध्यात्वा सूर्यमंत्रैर्दिवाकरम्

À la confluence de la Mahī et de l’océan, qu’on adore selon la règle : méditant Śani par les mantras de Śani, et le Soleil (Divākara) par les mantras de Sūrya.

Verse 119

अर्घ्यं दद्याद्भाकरस्य सर्वपापप्रशांतये । प्रयागादिधिकं स्नानं दानं क्षेत्रात्कुरोरपि

Qu’on offre l’arghya au Soleil pour l’apaisement de tous les péchés. On dit que le bain ici surpasse même celui de Prayāga, et que l’aumône ici surpasse même le saint champ de Kuru.

Verse 120

पिंडदानं गयाक्षेत्रादधिकं पांडुनंदन । इदं संप्राप्यते पर्व महद्भिः पुण्यराशिभिः

Ô fils de Pāṇḍu, l’offrande des piṇḍa ici surpasse même celle de Gayā. Cette fête sacrée n’est atteinte que par ceux qui possèdent d’immenses amas de mérite.

Verse 121

पितॄणामक्षया तृप्तिर्जायते दिवि निश्चितम् । यथा गयाशिरः पुण्यं पितॄणां तृप्तिदं परम्

Il est certain que les Pitṛs obtiennent au ciel une satisfaction inépuisable. De même que le saint Gayāśiras est d’un mérite suprême et donne la pleine satisfaction aux ancêtres, ainsi en est-il ici (selon cet enseignement).

Verse 122

तथा समधिकः पुण्यो महीसागरसंगमः

De même, la confluence de la Mahī et de l’Océan est encore plus méritoire pour les rites sacrés.

Verse 123

अग्निश्च रेतो मृडया च देहे रेतोधा विष्णुरमृतस्य नाभिः । एवं ब्रुवञ्छ्रद्धया सत्यवाक्यं ततोऽवगाहेत महीसमुद्रम्

«Agni est la semence; dans le corps, par la grâce de Rudra; Viṣṇu porte cette semence et il est le nombril de l’immortalité». Ayant ainsi parlé avec foi et parole véridique, qu’on s’immerge ensuite et qu’on se baigne au confluent de la Mahī et de l’Océan.

Verse 124

मुखं च यः सर्वनदीषु पुण्यः पाथोधिरंबा प्रवरा मही च । समस्ततीर्थाकृतिरेतयोश्च ददामि चार्घ्यं प्रणमामि नौमि

À cette « bouche » sacrée entre tous les fleuves, et à l’Océan—mère des eaux—et à l’excellente Mahī, dont la forme incarne tous les tīrthas : j’offre l’arghya ; je me prosterne ; je loue.

Verse 125

ताम्रा रस्याः पयोवाहाः पितृप्रीतिप्रदाः शभाः । सस्यमाला महासिन्धुर्दातुर्दात्री पृथुस्तुता । इन्द्रद्युम्नस्य कन्या च क्षितिजन्मा रावती

Tāmrā, Rasyā, Payovāhā, Pitṛprītipradā, Śabhā ; Sasyamālā, Mahāsindhu, Dātṛ, Dātrī, Pṛthustutā ; la fille d’Indradyumna, Kṣitijanmā et Rāvatī : tels sont les noms sacrés à se remémorer.

Verse 126

महीपर्णा महीशृंगा गंगा पश्चिमवाहिनी । नदी राजनदी चेति नामाष्टाशमालिकाम्

Mahīparṇā, Mahīśṛṅgā, Gaṅgā, Paścimavāhinī, Nadī, Rājanadī : ainsi se poursuit la guirlande des noms sacrés, au nombre de quatre-vingt-huit.

Verse 127

स्नानकाले च सर्वत्र श्राद्धकाले पठेन्नरः । पृथुनोक्तानि नामानि यज्ञमूर्तिपदं व्रजेत्

Au temps du bain—en tout lieu—et au moment du śrāddha, l’homme doit réciter les noms énoncés par Pṛthu ; par là, il atteint l’état de Yajña incarné, le but suprême du sacrifice.

Verse 128

महीदोहे महानंदसंदोहे विश्वमोहिनि । जातासि सरितां राज्ञि पापं हर महीद्रवे । इत्यर्घ्यमंत्रः

« Ô Déesse née de la traite de la Terre, trésor de grande félicité, enchanteresse des mondes ; ô reine des rivières, tu t’es levée—ô Mahī qui t’écoules, ôte le péché ! »—tel est l’arghya-mantra.

Verse 129

कंकणं रजतस्यापि योऽत्र निक्षिपते नरः । स जायते महीपृष्ठे धनधान्ययुते कुले

Quiconque dépose ici ne fût-ce qu’un bracelet d’argent renaît sur la terre dans une lignée pourvue de richesses et de grains.

Verse 130

महीं च सागरं चैव रौप्यकंकण पूजया । पूजयामि भवेन्मा मे द्रव्यानाशो दरिद्रता

Par l’adoration au moyen d’un bracelet d’argent, j’honore Mahī et l’Océan. Qu’il n’y ait pour moi ni perte de biens ni pauvreté.

Verse 131

कंकणक्षेपणम् । यत्फलं सर्वतीर्थेषु सर्वयज्ञैश्च यत्फलम् । तत्फलं स्नानदानेन महीसागरसंगमे

Le rite nommé « jet du bracelet » (kaṅkaṇa-kṣepaṇa) : le mérite acquis dans tous les lieux saints de bain, et le fruit issu de tous les sacrifices—ces mêmes fruits sont obtenus par le bain et le don à la confluence de la Mahī et de l’Océan.

Verse 132

विवादे च समुत्पन्ने अपराधी च यो मतः । जलहस्तः सदा वाच्यो महीसागरसंगमे

Lorsqu’un différend éclate et que l’un est tenu pour fautif, au confluent de la Mahī et de l’Océan, qu’il soit toujours soumis à l’épreuve sacrée de la «main dans l’eau» (jala-hasta) comme test.

Verse 133

संस्नाप्याघोरमंत्रेण स्थाप्य नाभिप्रमाणके । जले करं समुद्धृत्य दक्षिणं वाचयेद्द्रुतम्

Après l’avoir baigné avec le mantra Aghora et l’avoir placé dans l’eau jusqu’au nombril, qu’il lève la main hors de l’eau et récite promptement la formule de la main droite.

Verse 134

यदि धर्मोऽत्र सत्योऽस्ति सत्यश्चेत्संगमस्त्वसौ । सत्याश्चेत्क्रतुद्रष्टारः सत्यं स्यान्मे शुभाशुभम्

«Si le dharma ici est vrai; si ce confluent lui-même est vrai; si les rishis et les témoins des sacrifices sont vrais—alors que la vérité de mon bien ou de mon mal (innocence ou faute) se révèle.»

Verse 135

एवमुक्त्वा करं क्षिप्य दक्षिणं सकलं ततः । निःसृतः पापकारी चेज्ज्वरेणापीड्यते क्षणात्

Ayant ainsi parlé, qu’il tende entièrement la main droite; puis, lorsqu’il sort, s’il est fauteur de péché, il est aussitôt accablé par la fièvre.

Verse 136

सप्ताहाद्दृश्यते चापि तावन्निर्दोषवान्मतः । अत्र स्नात्वा च जप्त्वा च तपस्तप्त्वा तथैव च

Si, même après une semaine, aucun signe d’affliction n’apparaît, alors jusqu’à ce moment il est tenu pour irréprochable. Ici, après s’être baigné, après avoir accompli le japa, et de même après avoir pratiqué le tapas…

Verse 137

रुद्रलोकं सुबहवो गताः पुण्येन कर्मणा । सोमवारे विशेषेण स्नात्वा योत्र सुभक्तितः

Par de tels actes méritoires, beaucoup sont allés au monde de Rudra. En particulier, celui qui se baigne ici un lundi avec une dévotion sincère…

Verse 138

पंच तीर्थानि कुरुते मुच्यते पंचपातकैः । इत्याद्युक्तं बहुविधं तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम्

Il accomplit le mérite de cinq tīrthas et se trouve délivré des cinq grands péchés. Ainsi, et de bien d’autres façons, est proclamée la suprême grandeur de ce lieu saint.

Verse 139

भर्तृयज्ञः शिवस्यो च तेषामाराधने क्रमम् । शिवागमोक्तमादिश्य पूजायोगं यथाविधि

Il exposa le « bhartṛ-yajña » et le culte de Śiva, ainsi que l’ordre juste de leur propitiation, enseignant la méthode d’adoration exactement selon les Śivāgamas.

Verse 140

शिवभक्तिसमुद्रैकपूरितः प्राह तान्मुनिः । न शिवात्परमो देवः सत्यमेतच्छिवव्रताः

Empli comme par l’océan même de la dévotion à Śiva, le sage leur dit : « Il n’est pas de divinité plus haute que Śiva — telle est la vérité, ô observants des vœux de Śiva. »

Verse 141

शिवं विहाय यो ह्यान्यदसत्किंचिदुपासते । करस्थं सोऽमृतं त्यक्त्वा मृगतृष्णां प्रधावति

Quiconque délaisse Śiva et adore quelque autre chose d’irréelle, abandonne le nectar déjà dans sa main et court après un mirage.

Verse 142

शिवशक्तिमयं ह्येतत्प्रत्यक्षं दृश्यते जगत् । लिंगांकं च भगांकं च नान्यदेवांकितं क्वचित्

Ce monde, que nous voyons directement de nos yeux, est pénétré de Śiva et de Śakti. Partout il porte les marques du Liṅga et du Bhaga (yoni) ; nulle part il n’est scellé du signe d’une autre divinité.

Verse 143

यश्च तं पितरं रुद्रं त्यक्त्वा मातरमं बिकाम् । वर्ततेऽसौ स्वपितरं त्यक्तोदपितृपिंडकः । यस्य रुद्रस्य माहात्म्यं शतरूद्रीयमुत्तमम्

Quiconque délaisse Rudra, le Père, et Ambikā, la Mère, vit comme celui qui renie son propre géniteur, comme celui qui n’offre pas le piṇḍa aux ancêtres. La grandeur de ce Rudra est proclamée par le Śatarudrīya suprême.

Verse 144

श्रृणुध्वं यदि पापानामिच्छध्वं क्षालनं परम् । ब्रह्मा हाटकलिंगं च समाराध्य कपर्दिनः

Écoutez : si vous désirez l’ablution suprême des péchés, sachez que Brahmā, après avoir dûment adoré Kapardin (Śiva) au Liṅga d’or, obtint la purification.

Verse 145

जगत्प्रधानमिति च नाम जप्त्वा विराजते । कृष्णमूले कृष्णलिंगं नाम चार्जितमेव च

En récitant le Nom « Jagatpradhāna », l’adorateur resplendit. Et à Kṛṣṇamūla, le Liṅga nommé « Kṛṣṇa-liṅga » fut réellement établi/obtenu.

Verse 146

सनकाद्यैश्च तल्लिंगं पूज्याजयुर्जगद्गतिम् । दर्भांकुरमयं सप्त मुनयो विश्वयोनिकम्

Sanaka et les autres adorèrent ce Liṅga et atteignirent la voie/le but suprême du monde. Les sept sages vénérèrent aussi le Liṅga « Viśvayonika », fait de jeunes pousses d’herbe darbha.

Verse 147

नारदस्त्वंतरिक्षे च जदद्बीजमिदं गृणन् । वज्रमिद्रो लिंगमेवं विश्वात्मानं च नाम च

Nārada, dans l’espace du ciel, loua (Śiva) comme la «Semence du monde». Indra, quant à lui, vénéra un Liṅga de vajra (diamant/foudre), en psalmodiant aussi le Nom «Viśvātman».

Verse 148

सूर्यस्ताम्रं तथा लिंगं नाम विश्वसृजं जपन् । चंद्रश्च मौक्तिकं लिंगं जपन्नाम जगत्पतिम्

Sūrya vénéra un Liṅga de cuivre, en récitant le nom «Viśvasṛj». Et Candra vénéra un Liṅga de perle, en récitant le nom «Jagatpati».

Verse 149

इंद्रनीलमयं वह्निर्नाम विश्वेश्वरं जपन् । पुष्परागं गुरुलिंगं विश्वयोनिं जपन्हरम्

Agni vénéra un Liṅga d’indranīla (saphir), en récitant le nom «Viśveśvara». Il vénéra aussi un Guru-liṅga de puṣparāga (topaze), en récitant «Viśvayoni», nom de Hara.

Verse 150

पद्मरागमयं शुक्रो विश्वकर्मेति नाम च । हेमलिंगं च धनदो जपन्नाम्ना तथेश्वरम्

Śukra vénéra un Liṅga de padmarāga (rubis), en récitant le nom «Viśvakarman». Et Dhanada (Kubera) vénéra un Liṅga d’or, en récitant de même le nom «Īśvara».

Verse 151

रौप्यजं विश्वदेवाश्च नामापि जगतांपतिम् । वायवो रीतिजं लिंगं शंभुमित्येव नाम च

Les Viśvedevas vénérèrent le Liṅga d’argent, le nommant «Jagatāṃpati» (Seigneur des mondes). Les Vāyus vénérèrent le Liṅga façonné de rīti (alliage), l’appelant «Śambhu», le Seigneur de bon augure.

Verse 152

काशजं वसवो लिंगं स्वयंभुमिति नाम च । त्रिलोहं मातरो लिंगं नाम भूतेशमेव च

Les Vasus vénèrent un liṅga fait d’herbe kāśa et l’appellent « Svayaṃbhu » (l’Auto-manifesté). Les Mères (Mātṛkā) vénèrent un liṅga de trois métaux et lui donnent le nom de « Bhūteśa » (Seigneur des êtres).

Verse 153

लौहं च रक्षसां नाम भूतभव्यभवोद्भवम् । गुह्यकाः सीसजं लिंगं नाम योगं जपंति च

Les Rākṣasas vénèrent un liṅga de fer et invoquent le nom « Bhūtabhavyabhavodbhava » (Source des êtres du passé, du futur et du présent). Les Guhyakas vénèrent un liṅga de plomb et psalmodient aussi le nom « Yoga ».

Verse 154

जैगीषव्यो ब्रह्मरंध्रं नाम योगेश्वरं जपन् । निमिर्नयनयोर्लिंगे जपञ्शर्वेति नाम च

Jaigīṣavya, vénérant le liṅga nommé « Brahmaraṃdhra », psalmodie le nom « Yogeśvara » (Seigneur du Yoga). Et le roi Nimi, vénérant le liṅga dans ses yeux, psalmodie le nom « Śarva ».

Verse 155

धन्वंतरिर्गोमयं च सर्वलोकेश्वरेश्वरम् । गंधर्वा दारुजं लिंगं सर्वश्रेष्ठेति नाम च

Dhanvantari vénère un liṅga fait de bouse de vache, invoquant (Śiva comme) « Sarvalokeśvareśvara » — le Seigneur de tous les seigneurs des mondes. Les Gandharvas vénèrent un liṅga de bois et le nomment « Sarvaśreṣṭha » (le Meilleur de tous).

Verse 156

वैडूर्यं राघवो लिंगं जगज्ज्येष्ठेति नाम च । बाणो मारकतं लिंगं वसिष्ठमिति नाम च

Rāghava vénère un liṅga de vaiḍūrya (pierre « œil-de-chat ») et le nomme « Jagajjyeṣṭha » (l’Aîné du monde). Bāṇa vénère un liṅga de mārakata (émeraude) et le nomme « Vasiṣṭha ».

Verse 157

वरुणः स्फाटिकं लिंगं नाम्ना च परमेश्वरम् । नागा विद्रुमलिंगं च नाम लोकत्रयंकरम्

Varuṇa adore un liṅga de cristal (sphāṭika) et l’invoque sous le Nom de « Parameśvara », le Seigneur Suprême. Les Nāga adorent un liṅga de corail et le nomment « Lokatrayaṃkara », Bienfaiteur des trois mondes.

Verse 158

भारती तारलिंगं च नाम लोकत्रयाश्रितम् । शनिश्च संगमावर्ते जगन्नाथेति नाम च

Bhāratī (Sarasvatī) adore le liṅga étincelant tel une étoile (tāra) et lui donne le nom de « Lokatrayāśrita », Refuge des trois mondes. Et Śani adore un liṅga au tourbillon d’une confluence (saṃgamāvarta), le nommant « Jagannātha », Seigneur de l’univers.

Verse 159

शनिदेशे मध्यरात्रौ महीसागरसंगमे । जातीजं रावणो लिंगं जपन्नाम सुदुर्जयम्

Dans le domaine de Śani, à minuit, au point où la terre rejoint l’océan, Rāvaṇa adore un liṅga de bois de jāti, en psalmodiant le Nom « Sudurjaya », l’Invincible.

Verse 160

सिद्धाश्च मानसं नाम काममृत्युजरातिगम् । उंछजं च बलिर्लिंगं ज्ञानात्मेत्यस्य नाम च

Les Siddha adorent le liṅga né de l’esprit (mānasa) et le nomment « Kāmamṛtyujarātiga », Celui qui transcende désir, mort et vieillesse. Et Bali adore un liṅga fait de grains glanés (uṃchaja), le nommant « Jñānātman », dont l’essence est la Connaissance.

Verse 161

मरीचिपाः पुष्पजं च ज्ञानगम्येति नाम च । शकृताः शकृतं लिंगं ज्ञानज्ञेयेति नाम च

Les Marīcipa façonnèrent un Liṅga né des fleurs et proclamèrent son Nom « Jñānagamya », Accessible par la vraie connaissance. Les Śakṛta façonnèrent un Liṅga fait de bouse et déclarèrent son Nom « Jñānajñeya », Ce qui est à connaître par la connaissance.

Verse 162

फेनपाः फेनजं लिंगं नाम चापि सुदुर्विदम् । कपिलो वालुकालिंगं वरदं च जपन्हरम्

Les Phénapa façonnèrent un Liṅga né de l’écume, dont le nom même était d’une compréhension très difficile. Kapila façonna un Liṅga de sable, l’appelant « Varada » (Dispensateur de grâces) et « Japa-hara » (Celui qui ôte le fardeau du japa et l’accomplit).

Verse 163

सारस्वतो वाचिलंगं नाम वागीश्वरेति च । गणा मूर्तिमयं लिंगं नाम रुद्रेति चाब्रुवन्

Sārasvata façonna le Liṅga « Vācila » et l’appela « Vāgīśvara » (Seigneur de la Parole). Les Gaṇa façonnèrent un Liṅga incarné en forme et proclamèrent son nom : « Rudra ».

Verse 164

जांबूनदमयं देवाः शितिकण्ठेति नाम च । शंखलिंगं बुधो नाम कनिष्ठमिति संजपन्

Les dieux façonnèrent un Liṅga d’or jāmbūnada et lui donnèrent le nom de « Śitikaṇṭha » (Celui à la gorge bleue). Budha façonna un Liṅga de conque et, tout en récitant, le nomma « Kaniṣṭha » (le Plus Jeune).

Verse 165

अश्विनौ मृन्मयं लिंगं नाम्ना चैव सुवेधसम् । विनायकः पिष्टलिंगं नाम्ना चापि कपर्दिनम्

Les jumeaux Aśvin façonnèrent un Liṅga d’argile et le nommèrent « Suvedhasa » (le Très Sage). Vināyaka façonna un Liṅga de pâte et le nomma aussi « Kapardin » (le Seigneur aux cheveux nattés).

Verse 166

नावनीतं कुजो लिंगं नाम चापि करालकम् । तार्क्ष्य ओदनलिंगं च हर्यक्षेति हि नाम च

Kuja façonna un Liṅga de beurre et le nomma « Karālaka » (le Terrible). Tārkṣya façonna un Liṅga d’offrande de riz et lui donna en vérité le nom de « Haryakṣa ».

Verse 167

गौडं कामस्तथा लिंगं रतिदं चेति नाम च । शची लवणलिंगं तु बभ्रुकेशेति नाम च

Kāma façonna un Liṅga de jaggery (sucre brut) et le nomma « Ratida », Donateur de délice. Śacī façonna un Liṅga de sel et le nomma « Babhrukeśa ».

Verse 168

विश्वकर्मा च प्रासादलिंगं याम्येति नाम च । विभीषणश्च पांसूत्थं सुहृत्तमेति नाम च । वंशांकुरोत्थं सगरो नाम संगतमेव च

Viśvakarmā façonna un Liṅga semblable à un palais et le nomma « Yāmya ». Vibhīṣaṇa façonna un Liṅga né de la poussière et le nomma « Suhṛttama », le Meilleur des amis. Sagara façonna un Liṅga issu d’une pousse de bambou, et son nom fut « Saṅgata », le Bien-uni.

Verse 169

राहुश्च रामठं लिंगं नाम गम्येति कीर्तयन् । लेप्यलिंगं तथा लक्ष्मीर्हरिनेत्रेति नाम च

Rāhu façonna un Liṅga « Rāmaṭha », le célébrant comme « Gamya », le Facilement accessible. De même, Lakṣmī façonna un Liṅga enduit et le nomma « Harinetra », l’Œil de Hari, ou Śiva dont l’œil est Hari (Viṣṇu).

Verse 170

योगिनः सर्वभूतस्थं स्थाणुरित्येव नाम च । नानाविधं मनुष्याश्च पुरुषंनाम नाम च

Les yogin façonnèrent un Liṅga demeurant en tous les êtres et lui donnèrent le nom même de « Sthāṇu », l’Immuable. Les humains, de multiples façons, façonnèrent (des liṅga) et les nommèrent « Puruṣa », la Personne suprême.

Verse 171

तेजोमयं च ऋक्षाणि भगं नाम च भास्वरम् । किंनरा धातुलिंगं च सुदीप्तमिति नाम च

Les Ṛkṣas (êtres célestes) façonnèrent un Liṅga de pure radiance ; il est renommé sous le nom de « Bhaga », le Lumineux. Les Kiṃnaras façonnèrent un Liṅga de minerai ou de métal ; il est célébré sous le nom de « Sudīpta », l’Éclatant embrasé.

Verse 172

देवदेवेति नामास्ति लिंगं च ब्रह्मराक्षसाः । दंतजं वारणा लिंगं नाम रंहसमेव च

Les Brahmarākṣasas aussi établirent un Liṅga ; son nom est Devadeva, « Dieu des dieux ». Les éléphants établirent un Liṅga fait d’ivoire ; il est véritablement connu sous le nom de Raṃhasa, « le Rapide / l’Impulsant ».

Verse 173

सप्तलोकमयं साध्या बहूरूपेति नाम च । दूर्वांकुरमयं लिंगमृतवः सर्वनाम च

Les Sādhyas établirent un Liṅga qui contient les sept mondes ; il est nommé Bahurūpa, « aux formes multiples ». Les Saisons (Ṛtu) établirent un Liṅga fait de tendres pousses de dūrvā ; il est connu comme Sarvanāman, « Celui de tous les noms ».

Verse 174

कौंकुममप्सरसो लिंगं नाम शंभोः प्रियेति च । सिंदूरजं चोर्वशी च नाम च प्रियवासनम्

Les Apsaras établirent un Liṅga fait de safran ; il est appelé Śambhoḥ Priyā, « la Bien-aimée de Śambhu ». Urvaśī établit un Liṅga fait de vermillon ; il est connu comme Priyavāsana, « Celui dont le parfum / le vêtement est cher ».

Verse 175

ब्रह्मचारि गुरुर्लिंगं नाम चोष्णीषिणं विदुः । अलक्तकं च योगिन्यो नाम चास्य सुबभ्रुकम्

Les gurus brahmacārins établirent un Liṅga ; les sages le connaissent comme Uṣṇīṣin, « le Couronné ». Les Yoginīs établirent un Liṅga de laque rouge ; son nom est Subabhruka, « l’Auspice à la teinte fauve/dorée ».

Verse 176

श्रीखंडं सिद्धयोगिन्यः सहस्राक्षेति नाम च । डाकिन्यो मांस लिंगं च नाम चास्य च मीढुषम्

Les Siddha-Yoginīs établirent un Liṅga de pâte de santal ; il est nommé Sahasrākṣa, « aux Mille Yeux ». Les Ḍākinīs établirent un Liṅga fait de chair ; son nom est Mīḍhuṣa, « le Bienveillant Donateur / Celui qui accorde ».

Verse 177

अप्यन्नजं च मनवो गिरिशेति च नाम च । अगस्त्यो व्रीहिजं वापि सुशांतमिति नाम च

Les Manus établirent un Liṅga façonné de grains nourriciers ; on le nomme Giriśa, « Seigneur de la Montagne ». Agastya aussi établit un Liṅga fait de riz ; il est appelé Suśānta, « le Parfaitement Paisible ».

Verse 178

यवजं देवलो लिंगं पतिमित्येव नाम च । वल्मीकजं च वाल्मीकिश्चिरवासीति नाम च

Devala établit un Liṅga fait d’orge ; on le nomme Pati, « le Seigneur ». Vālmīki établit un Liṅga formé d’une termitière ; il est appelé Ciravāsī, « l’Éternel Demeurant ».

Verse 179

प्रतर्दनो बाणलिंगं हिरण्यभुजनाम च । राजिकं च तथा दैत्या नाम उग्रेति कीर्तितम्

Pratardana établit un Liṅga fait de flèches ; il porte le nom de Hiraṇyabhuja, « aux Bras d’Or ». De même, les Daityas établirent un Liṅga de graines de moutarde ; il est célébré sous le nom d’Ugra, « le Terrible ».

Verse 180

निष्पावजं दानवाश्च लिंगनाम च दिक्पतिम् । मेघा नीरमयं लिंगं पर्जन्यपतिनाम च

Les Dānavas établirent un Liṅga fait de niṣpāva (une sorte de légumineuse) ; on le nomme Dikpati, « Seigneur des Directions ». Les nuées établirent un Liṅga formé d’eau ; il est appelé Parjanyapati, « Seigneur de la Pluie ».

Verse 181

राजमाषमयं यक्षा नाम भूतपतिं स्मृतम् । तिलान्नजं च पितरो नाम वृषपतिस्तथा

Les Yakṣas vénèrent un Liṅga fait de rājamāṣa (une sorte de fève), s’en souvenant sous le nom de Bhūtapati, « Seigneur des êtres ». Et les Pitṛs vénèrent un Liṅga né de l’offrande de riz au sésame, connu aussi sous le nom de Vṛṣapati.

Verse 182

गौतमो गोरजमयं नाम गोपतिरेव च । वानप्रस्थाः फलमयं नाम वृक्षावृतेति च

Gautama adore un liṅga façonné de poussière de vache, et on l’appelle en vérité Gopati, Seigneur des bovins. Les vānaprastha, ermites des forêts, adorent un liṅga fait de fruits, nommé Vṛkṣāvṛta, Celui qu’enveloppent les arbres.

Verse 183

स्कंदः पाषाणलिंगं च नाम सेनान्य एव च । नागश्चाश्वतरो धान्यं मध्यमेत्यस्य नाम च

Skanda adore un liṅga de pierre, nommé Senānī, le Commandant. Et le Nāga appelé Aśvatara adore un liṅga fait de grains, dont le nom est Madhyama, le Médian.

Verse 184

पुरोडाशमयं यज्वा स्रुवहस्तेति नाम च । यमः कालायसमयं नाम प्राह च धन्विनम्

Le yajvā, l’officiant du sacrifice, adore un liṅga fait de puroḍāśa (gâteau rituel), nommé Sruvahasta, Celui dont la main tient la louche sacrée. Yama adore un liṅga de fer sombre et l’appelle Dhanvin, l’Archer.

Verse 185

यवांकुरं जामदग्न्यो भर्गदैत्येति नाम च । पुरूरवाश्चाश्चान्नमयं बहुरूपेति नाम च

Jāmadagnya adore un liṅga fait de pousses d’orge, nommé Bhargadaitya. Et Purūravas adore un liṅga fait de nourriture cuite, appelé Bahurūpa, Celui aux formes multiples.

Verse 186

मांधाता शर्करालिंगं नाम बाहुयुगेति च । गावः पयोमयं लिंगं नाम नेत्रसहस्रकम्

Māndhātṛ adore un liṅga fait de sucre, nommé Bāhuyuga, Celui aux bras parés. Les vaches adorent un liṅga fait de lait, nommé Netrasahasraka, Celui aux mille yeux.

Verse 187

साध्या भर्तृमयं लिंगं नाम विश्वपतिः स्मृतम् । नारायणो नरो मौंजं सहस्रशिरनाम च

Les Sādhyas vénèrent un liṅga où le Seigneur se manifeste comme époux et maître, mémorisé sous le nom de Viśvapati, Seigneur de l’univers. Nārāyaṇa et Nara vénèrent un liṅga fait d’herbe muñja, connu sous le nom de Sahasraśiras, « aux mille têtes ».

Verse 188

तार्क्ष्यं पृथुस्तथा लिंगं सहस्रचरणाभिधम् । पक्षिणो व्योमलिंगं च नाम सर्वात्मकेति च

Tārkṣya (Garuda) et Pṛthu vénèrent un liṅga nommé Sahasracaraṇa, « aux mille pieds ». Et les oiseaux vénèrent un liṅga semblable au ciel, nommé Sarvātman, « le Soi de tous ».

Verse 189

पृथिवी मेरुलिंगं च द्वितनुश्चास्य नाम च । भस्मलिंगं पशुपतिर्नाम चास्य महेश्वरः

La Terre vénère le Meru-liṅga, dont le nom est Dvitanu, « aux deux corps ». Et le liṅga de cendre sacrée (bhasma) est appelé Paśupati ; et son nom est Maheśvara.

Verse 190

ऋषयो ज्ञानलिंगं च चिरस्थानेति नाम च । ब्राह्मणा ब्रह्मलिंगं च नाम ज्येष्ठेति तं विदुः

Les Ṛṣis vénèrent le liṅga de la connaissance, nommé Cirasthāna, « qui demeure longtemps ». Les brāhmaṇas vénèrent le Brahma-liṅga, et le connaissent sous le nom de Jyeṣṭha, « l’Aîné ».

Verse 191

गोरोचनमयं शेषो नाम पशुपतिः स्मृतम् । वासुकिर्विषलिंगं च नाम वै शंकरेति च

Śeṣa est mémorisé comme un liṅga fait de gorocanā, le pigment jaune éclatant, et il est appelé Paśupati. Vāsuki est dit de nature venimeuse, et ce liṅga porte véritablement le nom de Śaṅkara.

Verse 192

तक्षकः कालकूटाख्यं बहुरूपेति नाम च । हालाहलं च कर्कोट एकाक्ष इति नाम च

Takṣaka est appelé « Kālakūṭa » et porte aussi le nom de « Bahurūpa » (aux formes multiples). Karkoṭa est appelé « Hālāhala » et aussi « Ekākṣa » (à l’unique œil).

Verse 193

श्रृंगी विषमयं पद्मो नाम धूर्जटिरेव च । पुत्रः पितृमयं लिंगं विश्वरूपेति नाम च

Śṛṅgī est « formé de poison ». Padma est nommé « Dhūrjaṭi ». Le « Fils » est le liṅga ayant la forme du Père, et il est aussi appelé « Viśvarūpa » (à la forme universelle).

Verse 194

पारदं च शिवा देवी नाम त्र्यम्बक एव च । मत्स्याद्याः शास्त्रलिंगं च नाम चापि वृषाकपिः

Pārada (le vif-argent) est appelé « Śivā Devī » et aussi « Tryambaka ». Les formes telles que Matsya et autres sont le « Śāstra-liṅga », et portent aussi le nom de « Vṛṣākapi ».

Verse 195

एवं किं बहुनोक्तेन यद्यत्सत्त्वं विभूतिमत् । जगत्यामस्ति तज्जातं शिवाराधनयोगतः

À quoi bon en dire davantage ? Tout être au monde qui possède splendeur et puissance—sache qu’il est né de la discipline du culte rendu à Śiva.

Verse 196

भस्मनो यदि वृक्षत्वं ज्ञायते नीरसेवनात् । शिवभक्तिविहीनस्य ततोऽस्य फलमुच्यते

Si même la cendre pouvait, à force d’être arrosée, être connue pour devenir un arbre, alors tel est proclamé le fruit de celui qui est privé de dévotion à Śiva : vain, stérile, sans récolte.

Verse 197

धर्मार्थकाममोक्षाणां यदि प्राप्तौ भवेन्मतिः । ततो हरः समाराध्यस्त्रिजगत्याः प्रदो मतः

Si l’on vise à obtenir dharma, artha, kāma et mokṣa, qu’on adore alors Hara (Śiva) comme il convient, car il est tenu pour le dispensateur des trois mondes.

Verse 198

य इदं शतरुद्रीयं प्रातःप्रातः पठिष्यति । तस्य प्रीतः शिवो देवः प्रदास्यत्यखिलान्वरान्

Quiconque récite ce Śatarudrīya, matin après matin, le dieu Śiva, satisfait de lui, lui accordera tous les bienfaits sans exception.

Verse 199

नातः परं पुण्यतमं किंचिदस्ति महाफलम् । सर्ववेदरहस्यं च सूर्येणोक्तमिदं मम

Rien n’est plus éminemment méritoire que cela, ni plus fécond en fruits. C’est l’essence secrète de tous les Veda, que Sūrya m’a révélée.

Verse 200

वाचा च यत्कृतं पापं मनसा वाप्युपार्जितम् । पापं तन्नाशमायाति कीर्तिते शतरुद्रिये

Quelque péché que l’on ait commis par la parole, ou même amassé dans l’esprit, lorsque le Śatarudrīya est récité, ce péché s’en va vers sa destruction.