Adhyaya 90
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 90239 Verses

Nityā-paṭala-prakaraṇa (The Exposition of the Nityā-paṭala)

Sanatkumāra enseigne à Nārada une « lampe » de culte quotidien, centrée sur l’identité d’Ādyā Lalitā comme unité de Śivā–Śakti. Le chapitre s’ouvre sur la métaphysique du mantra : le nom de Lalitā comme sens condensé, l’univers comme hṛllekhā, et l’achèvement phonétique par la voyelle ī et le bindu. Il passe ensuite au rituel : classifications de la bīja-mālā de Piṇḍakartṛ et méthodes d’agencement du texte, puis contemplations de l’émergence (Devī) et du repos (Śiva) menant à la luminosité non duelle du Soi (sphurattā). Suit un manuel détaillé pour préparer des āsava (gauḍī, paiṣṭī, mādhvī et fermentations d’origine végétale) destinés à l’arghya et à l’adoration, avec de strictes mises en garde éthiques sur leur consommation. Viennent ensuite des calendriers de culte kāmya selon les mois et les jours, des rites selon les lieux (montagnes, forêts, rivages, lieux de crémation) et des correspondances fleurs/substances–résultats (santé, prospérité, parole, victoire, subjugation). Le chapitre codifie la construction du cakra/yantra (triangles, pigments, exigence de safran), énumère des épithètes de la Devī (Vivekā, Sarasvatī, etc.) et prescrit les ratios japa–homa–tarpaṇa–mārjana–brāhmaṇa-bhojana, les nombres selon les yuga et des quotas de japa pour la siddhi de formes nommées de Śrīvidyā, concluant que tout prayoga dépend d’un yantra préparé et de la discipline.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । अथातो विप्र नित्यानां प्रयोगादिसमन्वितम् । पटलं तेऽभिधास्यामि नित्याभ्यर्चनदीपकम् ॥ १ ॥

Sanatkumāra dit : À présent, ô brāhmane, je t’exposerai un passage—avec ses usages pratiques et les procédures qui s’y rattachent—tel une lampe, guide limpide pour le culte quotidien.

Verse 2

ललितायास्त्रिभिवर्णैः सकलार्थोऽभिधीयते । शेषेण देवीरूपेण तेन स्यादिदमीरितम् ॥ २ ॥

Dans le (nom) «Lalitā», tout le sens est exprimé par trois syllabes ; et par la partie restante—prise comme la forme même de la Déesse—cette affirmation est ainsi énoncée.

Verse 3

अशेषतो जगत्कृत्स्नं हृल्लेखात्मकमुच्यते । तस्याश्चार्थस्तु कथितः सर्वतंत्रेषु गोपितः ॥ ३ ॥

Dans son intégralité, l’univers tout entier est dit de nature «hṛllekhā» — l’inscription intérieure (de la conscience). Pourtant, son sens véritable, bien qu’enseigné, demeure caché à travers tous les Tantras.

Verse 4

व्योम्ना प्रकाशमानत्वं ग्रसमानत्वमग्निना । तयोर्विमर्श ईकारो बिंदुना तन्निफालनम् ॥ ४ ॥

Par l’espace (vyoman) se révèle l’éclat; par le feu (agni), la puissance de consumer. Le contact réfléchi (vimarśa) de ces deux-là est la voyelle « ī »; et par le bindu (point nasal) ce son est mené à son accomplissement (niphālana).

Verse 5

पिंडकर्तरि बीजाख्या मन्त्रा मालाभिधाः क्रमात् । एकार्णवन्तो द्व्यर्णाश्च त्रिदिङ्मुखार्णकाः ॥ ५ ॥

Dans le rite nommé Piṇḍakartṛ, les mantras dits « bīja » (semence) sont, selon l’ordre prescrit, appelés aussi « mālā » (guirlandes). Ils sont de trois sortes : d’une seule syllabe, de deux syllabes, et de trois syllabes disposées comme tournées vers les trois directions.

Verse 6

वृत्तिजार्णांल्लिखेदंकैर्व्यत्यस्तक्रमयोगतः । तैर्भेदयो जनं कुर्यात्संदर्भाणामशेषतः ॥ ६ ॥

Qu’on mette par écrit les schémas métriques (vṛtti), en les disposant par inversion et permutation de leur ordre; et par ces procédés, sans rien omettre, qu’on produise la classification et l’agencement complets des compositions (sandarbhas).

Verse 7

देव्यात्मकं समुदयं विश्रांतिं च शिवात्मकम् । उभयात्मकमप्यात्मस्वरूपं तैश्च भावयेत् ॥ ७ ॥

Qu’on contemple l’élan de l’émergence créatrice comme de nature de la Déesse (Devī), et le repos —dissolution et paix— comme de nature de Śiva; et qu’on contemple aussi l’essence du Soi (Ātman) comme embrassant les deux.

Verse 8

कालेनान्यञ्च दुःखार्त्तिवासनानाशनो ध्रुवम् । पराहंतामयं सर्वस्वरूपं चात्मविग्रहम् ॥ ८ ॥

Avec le temps, assurément, se détruisent aussi d’autres vāsanās, impressions latentes tourmentées par la douleur. C’est le Suprême, libre de la maladie de l’ego (ahaṃtā), de nature universelle, et ayant le Soi (Ātman) pour sa propre incarnation.

Verse 9

सदात्मकं स्फुरताख्यमरोषोपाधिवर्जितम् । प्रकाशरूपमात्मत्वे वस्तु तद्भासते परम् ॥ ९ ॥

Cette Réalité suprême resplendit comme le Soi : de la nature de l’Être pur, connue comme la “sphurattā” toujours manifeste (luminosité intérieure), libre des upādhis limitants de désir et de colère, et ayant pour forme la pure lumière (conscience illuminante).

Verse 10

यत एवमतो लोके नास्त्यमंत्रं यदक्षरम् । यद्विद्येति समाख्यातं सर्वथा सर्वतः सदा ॥ १० ॥

Ainsi, en ce monde, il n’est pas une syllabe qui ne soit mantra. Tout ce qui est nommé « vidyā » (connaissance) est, de toute manière, partout et toujours, pénétré par cette puissance mantrique.

Verse 11

वासरेषु तु तेष्वेवं सर्वापत्तारकं भवेत् । तद्विधानं च वक्ष्यामि सम्यगासवकल्पनम् ॥ ११ ॥

En ces jours particuliers, accompli de cette manière, cela devient un moyen de délivrance de toute adversité. À présent, j’exposerai son procédé : la préparation correcte de l’āsava (préparation médicinale fermentée).

Verse 12

गौडी पैष्टी तथा माध्वीत्येवं तत्त्रिविधं स्मृतम् । गतुडमुष्णोदके क्षिप्त्वा समालोड्य विनिक्षिपेत् ॥ १२ ॥

Ainsi, on se souvient qu’il en est de trois sortes : gauḍī, paiṣṭī et mādhvī. Ayant jeté le gatuḍa (levain de fermentation) dans de l’eau tiède, on doit bien remuer puis laisser reposer (pour l’usage).

Verse 13

घटे काचमये तस्मिन् धातकीसुमनोरजः । खात्वा भूमौ संध्ययोस्तु करैः संक्षोभ्य भूयसा ॥ १३ ॥

Dans ce vase de verre, on déposera le pollen des fleurs de dhātakī ; puis, aux deux crépuscules (matin et soir), on l’enfouira dans la terre et on le remuera vigoureusement avec les mains, à plusieurs reprises.

Verse 14

मासमात्रे गते तस्मिन्निमग्ने रजसि द्रुतम् । संशोध्य पूजयेत्तेन गौडी सा गुडयोगतः ॥ १४ ॥

Quand un mois s’est écoulé et que cela s’est promptement déposé dans le sédiment, qu’on le filtre aussitôt puis qu’on accomplisse le culte avec cela ; cette préparation est appelée « Gauḍī », car elle est faite en la mêlant au jaggery (sucre brut).

Verse 15

एवं मधुसमायोगान्माध्वी पैष्टीं श्रृणु प्रिय । अध्यर्द्धद्विगुणे तोये श्रपयेत्तंदुलं शनैः ॥ १५ ॥

Ainsi, après avoir décrit le juste mélange avec le miel, écoute, ô bien-aimé, la préparation de la « mādhvī » (boisson semblable à l’hydromel) à base de farine : dans une eau mesurant deux fois et demie, qu’on fasse bouillir lentement les grains de riz.

Verse 16

दिनत्रयोषिते तस्मिन्धात्र्यंकुररजः क्षिपेत् । दिनमेकं धृते वाते निवाते स्थापयेत्ततः ॥ १६ ॥

Après l’avoir conservé trois jours, qu’on y jette le pollen/la poussière des jeunes pousses de dhātrī (āmalakī). Puis, durant un jour, lorsque le vent est stable, qu’on le place en un endroit sans vent (à l’abri).

Verse 17

उदकैर्लिलितं पश्चाद्गलितं पैष्टिकं मधु । वृक्षजं फलजं चेति द्विविधं क्रियते मधु ॥ १७ ॥

Le miel (ou breuvage doux) se prépare de deux façons : (1) celui fait de farine—d’abord mêlé à l’eau puis filtré ; et (2) celui issu des plantes—provenant soit des arbres, soit des fruits.

Verse 18

तन्निर्माणं श्रृणुष्वाद्य यदास्वादान्मनोलयः । मृद्वीकांवाथ खर्जूरफलं पुष्पमथापि वा ॥ १८ ॥

Écoute maintenant sa préparation—à sa dégustation, l’esprit se fond et s’apaise : on peut le faire avec des raisins, ou avec le fruit du dattier (khārjūra), ou même avec des fleurs.

Verse 19

मधूकस्यांभसि क्षिप्त्वा शतृमर्द्धावशेषितम् । प्राक्सृतासवलेशेन मिलितं दिवसद्वयात् ॥ १९ ॥

Après avoir jeté dans l’eau le résidu de madhūka restant après le pressurage, qu’on le mêle à une petite part d’āsava déjà fermenté ; en deux jours, il s’unit convenablement et commence à devenir āsava.

Verse 20

गालितं स्वादु पूजार्हं मनोलयकरं शुभम् । वार्क्षं तु नालिकेरं स्याद्धिंतालस्याथ तालतः ॥ २० ॥

Le suc filtré est doux, digne d’être offert au culte, de bon augure et apaisant pour l’esprit. La boisson issue de l’arbre est appelée nālikera (cocotier) ; on l’obtient aussi du hiṅtāla et du tāla (palmyre).

Verse 21

फलकांडात्स्नुतं दुग्धं नीतं सद्यो रसावहम् । नालिके रफलांतस्थसलिले शशिना युते ॥ २१ ॥

Le lait qui suinte de la tige d’une plante porteuse de fruits—tiré tout frais et aussitôt riche de son essence—doit être porté et placé dans un tube (nālikā), au sein d’une eau où se trouve la « lune » (śaśin).

Verse 22

अर्द्धपूगफलोत्थं तु रमं संक्षिप्य तापयेत् । आतपे सद्य एवैतदासवं देवताप्रियाम् ॥ २२ ॥

Quant à l’extrait préparé avec une demi-noix de bétel (pūga), qu’on le réduise puis qu’on le chauffe doucement. Exposé au soleil, cet āsava est aussitôt prêt et plaît aux divinités.

Verse 23

आसवैरेभिरुदितैरर्ध्यं देव्यै निवेदयेत् । देवैः कृत्वा ततः सद्यो दद्यात्तत्सिद्धये द्वयम् ॥ २३ ॥

Avec les āsava ainsi prescrits, qu’on présente l’arghya (offrande d’honneur) à la Déesse. Puis, le rite accompli avec les divinités, qu’on donne aussitôt la paire d’offrandes/dons pour la pleine réussite de cette observance.

Verse 24

साधको नियताहारः समाधिस्थः पिबेत्सदा । न कदाचित्पिबोत्सिद्धो देव्यर्थमनिवेदितम् ॥ २४ ॥

Le sādhaka, réglé dans son alimentation et établi en samādhi, peut boire régulièrement la substance prescrite. Mais celui qui n’est pas encore accompli ne doit jamais en boire, à aucun moment, sans l’avoir d’abord offerte à la Devī, la Déesse.

Verse 25

पानं च तावत्कुर्वीत यावता स्यान्मनोलयः । ततः करोति चेत्सद्यः पातकी भवति ध्रुवम् ॥ २५ ॥

Qu’on ne boive que jusqu’à ce que l’esprit se calme et se recueille. Mais si l’on poursuit au-delà, on devient assurément pécheur sur-le-champ.

Verse 26

देवतागुरुशिष्टान्यं पिबन्नासवमाशया । पातकी राजदंड्यश्च रिक्थोपासक एव ॥ २६ ॥

Celui qui boit une liqueur enivrante en prétendant l’offrir aux dieux, au guru ou aux sages vertueux demeure un pécheur ; il s’expose au châtiment du roi et n’est tenu que pour un adorateur des restes impurs.

Verse 27

साध्यसाधकयोरेतत्काम्य एव समीरितम् । सिद्धस्य सर्वदा प्रोक्तं यतोऽसौ तन्मयो भवेत् ॥ २७ ॥

Pour celui qui doit encore s’accomplir et pour le sādhaka, ceci est enseigné comme une pratique kāmya, optionnelle et liée au désir. Mais pour le siddha, l’accompli, cela est prescrit en tout temps, car il devient de la nature même de Cela.

Verse 28

पूजयेत्प्रोक्तरूपस्तु प्रोक्तरूपाश्च ताः क्रमात् । उपचारैरासवैश्च मत्स्यैर्मांसैस्तु संस्कृतैः ॥ २८ ॥

Ayant revêtu la forme prescrite, qu’il les adore dans l’ordre convenable, selon les formes énoncées : en offrant les upacāra usuels, avec des libations fermentées (āsava), ainsi que du poisson et de la viande préparés.

Verse 29

अथ काम्यार्चनं वक्ष्ये प्रयोगांश्चापि नारद । येषामाचरणात्सिद्धिं साधको लभते ध्रुवम् ॥ २९ ॥

À présent, ô Nārada, j’exposerai le kāmyārcana, l’adoration inspirée par le désir, ainsi que ses modes d’exécution; en les accomplissant, le sādhaka obtient sûrement la siddhi recherchée.

Verse 30

चैत्रे दमनकैरर्चेत्पूर्णायां मदनोत्सवम् । वैशाखे मासि पूर्णायां पूजयेद्धेमपुष्पकैः ॥ ३० ॥

À la pleine lune du mois de Caitra, qu’on adore (la Divinité) avec des fleurs de damanaka, en célébrant la fête de Madana; et à la pleine lune de Vaiśākha, qu’on rende le culte avec des fleurs d’or.

Verse 31

ज्यैष्ठ्यां फलैर्यजेंद्देवीं कदलीपनसाम्नजैः । आषाढ्यां चन्दनैरेलाजातीकंकोलकुंकुमैः ॥ ३१ ॥

Au mois de Jyaiṣṭha, qu’on honore la Devī avec des fruits tels que bananes et jacquiers. Au mois d’Āṣāḍha, qu’on l’adore avec du santal, de la cardamome, du jasmin, du kaṅkola (épice parfumée) et du kunkuma (safran).

Verse 32

श्रावण्यामागमोक्तेन विधिनार्चेत्पवित्रकैः । प्रौष्ठपद्यां गन्धपुष्पैर्यजेद्वा केतकीसुमैः ॥ ३२ ॥

Au mois de Śrāvaṇa, qu’on adore le Seigneur avec des fils pavitra selon le rite enseigné par les Āgamas. Au mois de Proṣṭhapadā, qu’on accomplisse le culte avec des fleurs parfumées, ou avec des fleurs de ketakī.

Verse 33

आश्वायुज्यां कन्यकार्चा भूषावस्त्रधनादिभिः । कार्तिक्यां कुंकुमैश्चैव निशि दीपगणैरपि ॥ ३३ ॥

Au mois d’Āśvayuja, qu’on accomplisse la vénération des jeunes filles (kanyā-arcā) avec parures, vêtements, richesses et dons semblables. Au mois de Kārtika, de même, qu’on adore avec du kunkuma (safran) et, la nuit, avec des rangées de lampes allumées.

Verse 34

सचंद्रैर्मार्गशीर्ष्यां तु नालिकेरैरपूपकैः । पौष्यां सशर्करगुडैर्गवां दुग्धैः समर्चयेत् ॥ ३४ ॥

Au mois de Mārgaśīrṣa, qu’on adore dûment la Divinité en offrant des douceurs « candra » (semblables à la lune), avec des noix de coco et des gâteaux apūpa ; et au mois de Pauṣa, qu’on l’honore avec du sucre et du jaggery, accompagnés de lait de vache.

Verse 35

स्वर्णरौप्यैः पंकजैस्तु माघ्यां सौगन्धिकादिभिः । फाल्गुन्यां विविधैर्द्रव्यैः फलैः पुष्पैः सुगंधिभिः ॥ ३५ ॥

Au mois de Māgha, qu’on offre des lotus façonnés d’or et d’argent, avec des fleurs odorantes telles que la saugandhikā ; au mois de Phālguna, qu’on adore avec diverses substances — fruits et fleurs au parfum suave.

Verse 36

पर्वताग्रे यजेद्देवीं पलाशकुसुमैर्निशि । सिद्धद्रव्यैश्च सप्ताहात्खेचरीमेलनं भवेत् ॥ ३६ ॥

Au sommet d’une montagne, la nuit, qu’on adore la Déesse avec des fleurs de palāśa ; et, par des substances rituelles consacrées (siddha), en sept nuits naît la rencontre/communion avec la Khecarī.

Verse 37

अरण्ये वटमूले वा कुंजे वा धरणीभृताम् । कदम्बगजातिपुष्पाभ्यां सिद्धद्रव्यैः शिवां यजेत् ॥ ३७ ॥

Dans la forêt — au pied d’un banian, ou dans un bosquet des montagnes — qu’on adore Śivā, la Déesse de bon augure, avec des substances rituelles accomplies, en offrant des fleurs de kadamba et de jāti.

Verse 38

मासेन सिद्धा यक्षिण्यः प्रत्यक्षा वांछितप्रदाः । केतकीकुसुमैः सिद्धाश्चेटका वारिधेस्तटे ॥ ३८ ॥

En l’espace d’un mois, les yakṣiṇīs s’accomplissent : elles se manifestent au grand jour et accordent les grâces désirées. Par le rite des fleurs de ketakī, l’esprit serviteur Ceṭaka s’accomplit sur le rivage de la mer.

Verse 39

आज्ञामभीष्टां कुर्वन्ति रणे मायां महाद्भुताम् । वसूनि मालां भूषां च दद्युरस्येहयानिशम् ॥ ३९ ॥

Ils accomplissent l’ordre désiré ; au combat, ils déploient une māyā des plus merveilleuses. Et ici, jour et nuit, ils lui offrent sans cesse richesses, guirlandes et parures.

Verse 40

पीठमृक्षद्रुमैः कृत्वा तत्र देवीं यजेन्निशि । शाल्मलैः कुसुमैः सिद्धद्रव्यैर्मासं तु निर्भयम् ॥ ४० ॥

Après avoir préparé un pīṭha (socle rituel) avec les arbres sacrés prescrits, qu’on y vénère la Déesse la nuit ; avec des fleurs de śālmali et des offrandes rituellement accomplies (siddha-dravya), on demeure sans crainte pendant un mois.

Verse 41

श्यशानदेशे विप्रेंद्र सिद्ध्यंत्यस्य पिशाचकाः । अश्मपातप्रहाराद्यैर्जीयादाभिर्द्विषश्चिरम् ॥ ४१ ॥

Ô le meilleur des brāhmaṇas, dans le lieu de crémation les piśācas (esprits funèbres) deviennent soumis à lui. Par de tels moyens — chutes de pierres, coups violents et autres — ses ennemis sont tourmentés longtemps.

Verse 42

निर्जने विपिने रात्रौ मासमात्रं तु निर्भयः । यजेद्देवीं चक्रगतां सिद्धद्रव्यसमन्विताम् ॥ ४२ ॥

Dans une forêt déserte, la nuit, demeurant sans crainte pendant un mois entier, qu’on vénère la Déesse établie dans le cercle rituel (cakra), avec des substances consacrées (siddha-dravya).

Verse 43

मालतीजातपुन्नागकेतकीमरुभिः क्रमात् । तेन सिद्ध्यंति वेतालास्तानारुह्येच्छया चरेत् ॥ ४३ ॥

En utilisant, dans l’ordre prescrit, les fleurs de mālatī, jāti, punnāga, ketakī et maru, les vetālas deviennent soumis ; les chevauchant, on peut alors aller où l’on veut.

Verse 44

श्मशाने चंडिकागेहे निर्जने विपिनेऽपि वा । मध्यरात्रे यजेद्देवीं कृष्णवस्त्रविभूषणैः ॥ ४४ ॥

Au lieu de crémation, dans le sanctuaire de Caṇḍikā, ou même dans une forêt déserte, à minuit l’on doit vénérer la Déesse, parée de vêtements noirs et d’ornements noirs.

Verse 45

कृष्णचक्रेऽतिकृष्णां तामतिक्रुद्धाशयो यजेत् । साध्य योनिं तदग्रे तु बलिं छिंदन्निवेदयेत् ॥ ४५ ॥

Sur le cercle noir du diagramme (kṛṣṇa-cakra), qu’il vénère cette Forme d’une noirceur extrême, l’esprit tendu dans une résolution farouche. Puis, après avoir établi devant elle l’emblème rituel prescrit, la « yoni », qu’il offre le bali comme s’il le tranchait.

Verse 46

सिद्धद्रव्यसमेतं तु मासात्तद्भाललोचनात् । जायन्ते भीषणाः कृत्यास्ताभ्यः सिद्धिं निवेदयेत् ॥ ४६ ॥

Mais lorsqu’il est accompagné des substances accomplies (siddha-dravya), en l’espace d’un mois—par l’« œil » du front—naissent d’effrayantes kṛtyā (projections/œuvres magiques). À celles-ci, qu’il présente la siddhi visée.

Verse 47

विश्वसंहारसंतुष्टाः पुनरेत्य निजेच्छया । देव्या ललाटनेत्रे स्युः प्रार्थिते तु तिरोहिताः ॥ ४७ ॥

Se réjouissant de la dissolution de l’univers, elles reviennent de nouveau selon leur propre volonté. Elles demeurent dans l’œil du front de la Déesse ; mais lorsqu’on les invoque, elles se dérobent au regard.

Verse 48

रक्तभूषांबरालेपमालाभूषितविग्रहाः । उद्याने निर्जने देवीं चक्रे संचिंत्य पूजयेत् ॥ ४८ ॥

Après avoir paré l’effigie d’ornements rouges, de vêtements rouges, d’onguents rouges et de guirlandes, dans un jardin désert qu’on médite la Déesse au sein du cercle rituel (cakra), puis qu’on la vénère.

Verse 49

कह्लारचंपकाशोकपाटलाशतपत्रकैः । सिद्धद्रव्यसमोपेतैर्मायाः सिद्ध्यंति मासतः ॥ ४९ ॥

Avec le kahlāra (lotus bleu), le campaka, l’aśoka, la pāṭalā et le śatapatra (lotus aux cent pétales), unis aux substances rituelles accomplies (siddha-dravya), les œuvres sacrées visées (māyāḥ) s’achèvent avec succès en l’espace d’un mois.

Verse 50

यासां प्रसादलाभेन कामरूपो भवेन्नरः । याभिर्विश्वजयी विश्वचारी विश्वविनोदवान् ॥ ५० ॥

En obtenant la grâce (prasāda) de ces puissances/vidyās, l’homme peut prendre à volonté toute forme; par elles il devient vainqueur du monde, voyageur à travers l’univers, et celui qui se réjouit du monde entier.

Verse 51

षडाधाराब्जमध्ये तु चक्रं संछित्य पूजयेत् । चंद्रचंदनकस्तूरीमृगनाभिमहोदयैः ॥ ५१ ॥

Ensuite, après avoir établi le cakra sacré au sein du lotus des six supports (les six centres intérieurs), qu’on le vénère par des offrandes telles que le camphre, le santal, le musc, le mṛganābhi (parfum de cerf) et d’autres aromates exquis.

Verse 52

त्रिकालज्ञो भवेद्देवीं तेषु सम्यग्विचिंतयेत् । पूर्णप्रतीतौ भव्यानि विकलेऽभव्यमीरितम् ॥ ५२ ॥

Ô Déesse, que l’on devienne connaisseur des trois temps (passé, présent, futur) et que l’on médite justement sur ces signes. Quand la perception est entière, le résultat est dit auspiceux; quand elle est déficiente, il est déclaré néfaste.

Verse 53

देवीं चक्रेण सहितां स्मरेद्भक्तियुतो नरः । विवेका विभवा विश्वा वितता च प्रकीर्तिता ॥ ५३ ॥

Que l’homme rempli de bhakti médite sur la Déesse avec le cakra. Elle est célébrée comme Vivekā (le Discernement), Vibhavā (la Prospérité), Viśvā (l’Omniprésente) et Vitatā (l’Expansion infinie).

Verse 54

कामिनी खेचरी गर्वा पुराणा परमेश्वरी । गौरी शिवा ह्यमेया च विमला विजया परा ॥ ५४ ॥

Elle est Kāminī, Khecarī, Garvā, Purāṇā et la Déesse suprême (Parameśvarī) ; elle est aussi Gaurī, Śivā, l’Incommensurable (Ameyā), l’Immaculée (Vimalā), la Victorieuse (Vijayā) et la Transcendante (Parā).

Verse 55

पवित्रा पीडनी विद्या विश्वेशी शिववल्लभा । अशेषरूपा स्वानंदांबुजाक्षी चाप्यनिंदिता ॥ ५५ ॥

Cette Vidyā (science sacrée) purifie ; elle châtie l’ego et l’ignorance ; elle est la Souveraine de l’univers et la Bien-aimée de Śiva. Elle revêt des formes sans nombre ; elle demeure en sa propre béatitude, a des yeux de lotus et, vraiment, est sans reproche.

Verse 56

वरदा वाक्यदा वाणी विविधा वेदविग्रहा । विद्या वागीश्वरी सत्या संयता च सरस्वती ॥ ५६ ॥

Elle est la dispensatrice de grâces, celle qui donne la parole juste ; elle est Vāṇī, la Parole elle-même—multiple en ses expressions, incarnation du Veda. Elle est Vidyā, la Souveraine de l’éloquence, véridique et maîtrisée : elle est Sarasvatī.

Verse 57

निर्मलानन्दरूपा च ह्यमृता मानदा तथा । पूषा चैव तथा तुष्टिः पुष्टिश्चापि रतिर्धृतिः ॥ ५७ ॥

Elle est de la nature d’une béatitude pure et sans tache ; elle est immortelle ; elle confère l’honneur. Elle est aussi Pūṣā, la Nourricière ; et de même Tuṣṭi (contentement), Puṣṭi (nourrissement), Rati (délice/affection) et Dhṛti (fermeté).

Verse 58

शाशिनी चंद्रिका कांतिर्ज्योत्स्ना श्रीः प्रीतिरंगदा । देवीनामानि चैतानि चुलुके सलिले स्मरन् ॥ ५८ ॥

En se souvenant—sur une paume d’eau—de ces noms de la Déesse : Śāśinī, Candrikā, Kānti, Jyotsnā, Śrī, Prīti et Aṅgadā.

Verse 59

मातृकासहितां विग्नां त्रिरावृत्त्यामृतात्मिकाम् । ताडीं सारस्वतीं जिह्वां दीपाकारां स्मरन्पिबेत् ॥ ५९ ॥

En se souvenant de la langue comme de Sarasvatī—rayonnante telle une flamme—et comme la Tāḍī (le canal intérieur de la parole), qu’on boive ce courant semblable à l’amṛta qui, avec les Mātr̥kās (puissances des syllabes), écarte les obstacles et, par la triple répétition, devient ambroisie par nature.

Verse 60

अब्दाञ्चतुर्विधं तस्य पांडित्यं भुवि जायते । एवं नित्यमुषः काले यः कुर्याच्छुद्धमानसः ॥ ६० ॥

Pour lui, en l’espace d’une année, naît en ce monde une érudition quadruple—s’il accomplit ainsi, chaque jour à l’aube, l’esprit purifié.

Verse 61

स योगी ब्रह्मविज्ञानी शिवयोगी तथात्मवित् । अनुग्रहोक्तचक्रस्थां देवीं ताभिर्वृतास्मरेत् ॥ ६१ ॥

Ce pratiquant est un yogin véritable : connaisseur de Brahman, établi dans le Śiva-yoga et connaisseur du Soi. Qu’il médite la Déesse demeurant dans le chakra enseigné par la grâce divine, entourée de ces puissances qui l’assistent.

Verse 62

चंपकेंदीवरैर्मासादारोग्यमुपजायते । ज्वरभूतग्रहोन्मादशीतकाकामलाक्षिहृत् ॥ ६२ ॥

Par le culte ou les offrandes de fleurs de campaka et de lotus bleu, en l’espace d’un mois la santé se manifeste : sont ôtés la fièvre, les atteintes dues aux bhūtas et aux grahas (influences saisissantes), la folie, les frissons, la jaunisse et les maladies des yeux.

Verse 63

दंतकर्णज्वरशिरः शूलगुल्मादि कुक्षिजाः । व्रणप्रमेहच्छर्द्यर्शोग्रहण्यामत्रिदोषजाः ॥ ६३ ॥

Maux des dents et des oreilles, fièvres, céphalées, coliques du ventre, gulma (masses abdominales) et autres troubles nés dans l’abdomen ; ainsi que plaies, prameha (troubles urinaires/métaboliques), vomissements, hémorroïdes, maladie de grahaṇī (malabsorption) et āma (toxines d’une digestion impure) — tout cela est dit provenir du dérèglement des trois doṣas.

Verse 64

सर्वे तथा शमं यांति पूजया परमेश्वरी । द्रव्यं चक्रस्य निर्माणे काश्मीरं समुदी रितम् ॥ ६४ ॥

Ô Déesse suprême, par un culte accompli selon la règle, tous parviennent pareillement à la quiétude ; et pour la confection du cakra rituel, le kāśmīra — le safran — est déclaré être la substance requise.

Verse 65

सिंदूरं गैरिकं लाक्षा दरदं चंदनद्वयम् । बिलद्वारे लिखेत्त्र्यस्रं षोडशत्र्यस्रसंयुतम् ॥ ६५ ॥

Avec le sindūra (vermillon), le gairika (ocre rouge), la lākṣā, le darada (pigment minéral rouge) et les deux sortes de santal, qu’on trace au seuil une figure triangulaire, jointe à seize triangles secondaires.

Verse 66

दरदेनास्य मध्यस्थां पूजयेत्परमेश्वरीम् । ताभिस्तच्छक्तिभिः साकं सिद्धद्रव्यैः सुगंधिभिः ॥ ६६ ॥

Avec le darada (résine aromatique), qu’on vénère la Déesse suprême qui demeure au centre ; et, avec celles-là — ses śaktis — qu’on accomplisse le culte au moyen de substances rituelles accomplies et d’offrandes parfumées.

Verse 67

कुसुमैर्मासमात्रेण नागकन्यासमन्वितम् । पातालादिषु लोकेषु रमयत्यनिशं चिरम् ॥ ६७ ॥

Par l’offrande de fleurs durant un seul mois, on est accompagné de jeunes filles Nāga et l’on goûte, sans cesse et longtemps, la délectation dans les mondes qui commencent par Pātāla (les régions souterraines).

Verse 68

यक्षराक्षसगंधर्वसिद्धविद्याधरांगनाः । पिशाचा गुह्यका वीराः किन्निरा भुजगास्तथा ॥ ६८ ॥

Yakṣas, Rākṣasas, Gandharvas, Siddhas et les jeunes filles des Vidyādharas ; Piśācas, Guhyakas, êtres héroïques, Kinnaras, et aussi les Bhujagas (races serpents) — tous sont inclus.

Verse 69

सिद्ध्यंति पूजनात्तत्र तथा तत्प्रोक्तकालतः । किंशुकैर्भूषणावाप्तौ पाटलैर्गजसिद्धये ॥ ६९ ॥

Dans ce rite, les effets recherchés s’accomplissent par l’adoration, et aussi par son accomplissement au moment prescrit. Avec les fleurs de kiṃśuka, on obtient des ornements; avec les fleurs de pāṭala, on atteint le siddhi lié aux éléphants.

Verse 70

रक्तोत्पलैरश्वसिद्धौ कुमुदैश्चरसिद्धये । उत्पलैरुष्ट्रसंसिद्ध्यै तगरैः पशुसिद्धये ॥ ७० ॥

Avec des lotus rouges, on accomplit le siddhi concernant les chevaux; avec les lotus blancs (kumuda), on obtient la réussite concernant les bêtes de pâture. Avec des lotus, on parvient à l’accomplissement complet concernant les chameaux; et avec les fleurs de tagara, on obtient la réussite concernant le bétail et les autres animaux.

Verse 71

जंबीरैर्महिषावाप्त्यै लकुचैरजसिद्धये । दाडिमैर्निधिसंसिद्ध्यै मधुकैर्गानसिद्धये ॥ ७१ ॥

Avec le jambīra (cédrat), on obtient des buffles; avec le lakuca (wood-apple), on acquiert la maîtrise concernant les chèvres. Avec le dāḍima (grenade), on parfait la réussite dans l’obtention de trésors; et avec le madhūka, on atteint la perfection dans le chant.

Verse 72

बकुलैरंगनासिद्ध्यै कह्लारैः पुत्रसिद्धये । शतपत्रैर्जयावाप्त्यै केतकैर्वाहनाप्तये ॥ ७२ ॥

Avec les fleurs de bakula, on obtient la réussite auprès des femmes; avec les fleurs de kahlāra, on reçoit le fruit d’un fils. Avec les lotus aux cent pétales (śatapatra), on atteint la victoire; et avec les fleurs de ketaka, on obtient un véhicule, une monture.

Verse 73

सौरभाढ्यैः प्रसूनैस्तु नित्यं सौभाग्यसिद्धये । पूजयेन्मासमात्रं वा द्विगुणं त्रिगुणं तु वा ॥ ७३ ॥

Pour obtenir la bonne fortune, qu’on adore chaque jour avec des fleurs parfumées—ne fût-ce qu’un mois, ou le double, ou même le triple de cette durée.

Verse 74

यावत्फलावाप्तिकांक्षी शर्कराघृतपायसैः । सचक्रपरिवारां तां देवीं सलिलमध्यगाम् ॥ ७४ ॥

Tant que le chercheur aspirait à obtenir les fruits désirés, il s’approcha de cette Déesse—entourée de son cortège portant le disque—au milieu des eaux, en lui offrant un payasa, riz au lait sacré préparé avec sucre et ghee.

Verse 75

तर्प्पयेत्कुसुमैः सार्ध्यैः सर्वोपद्रवशान्तये । घृतैः पूर्णायुषः सिद्ध्यै क्षौद्द्रैः सौभाग्यसिद्धये ॥ ७५ ॥

Qu’on accomplisse le tarpaṇa avec des fleurs pour apaiser toutes les adversités; avec du ghee pour obtenir une longévité accomplie; et avec du miel pour parfaire la bonne fortune et l’auspice.

Verse 76

दुग्धैरारोग्यसंसिद्ध्यै त्रिभिरैश्वर्यसिद्धये । नालिकेरोदकैः प्रीत्यै हिमतोयैर्नृपाप्तये । सर्वार्थसिद्धय तौर्यैरभिषिंचेन्महेश्वरीम् ॥ ७६ ॥

Pour l’accomplissement parfait de la santé, qu’on baigne (abhiṣeka) Maheśvarī avec du lait; pour obtenir prospérité et puissance seigneuriale, avec les trois offrandes sucrées; pour sa joie et sa grâce, avec l’eau de coco; pour gagner la faveur du roi, avec une eau glacée; et pour la réussite de tous les buts, qu’on accomplisse l’abhiṣeka de Maheśvarī au son des instruments.

Verse 77

पूगोद्याने यजेद्देवीं सिद्धद्रव्यैर्दिवानिशम् । निवसंस्तत्र तत्पुष्पैर्जायते मन्मथोपमः ॥ ७७ ॥

Dans un bosquet d’aréquiers, qu’on vénère la Déesse jour et nuit avec des substances rituelles accomplies (siddha). En demeurant là et en la servant avec les fleurs de ce lieu même, on devient beau comme Kāma (Manmatha).

Verse 78

पूर्णासु नियत्तं देवीं कन्यकायां समर्चयन् । कृत्याः परेरिता मंत्रा विमुखांस्तान् ग्रसंति वै ॥ ७८ ॥

Lorsque l’on vénère dûment la Déesse—avec la discipline requise—sous la forme d’une jeune fille aux moments auspices prescrits, alors les mantras mus par la kṛtyā (acte rituel de magie) saisissent et dévorent réellement ceux qui se sont détournés (du rite / de la juste conduite).

Verse 79

लिंगत्रयमयीं देवीं चक्रस्थाभिश्च शक्तिभिः । पूजयन्निष्टमखिलं लभतेऽत्र परत्र च ॥ ७९ ॥

Celui qui adore la Déesse, faite des trois liṅga, avec les Śakti établies dans le chakra sacré, obtient tout ce qu’il désire, en ce monde et dans l’au-delà.

Verse 80

शतमानकृतैः स्वर्णपुष्पैः सौरभ्यवासितैः । पूजयन्मासमात्रेण प्राग्जन्माद्यैर्विमुच्यते ॥ ८० ॥

En accomplissant le culte durant un seul mois avec des fleurs d’or, chacune façonnée à la mesure d’un śatamāna et imprégnée de parfum, on se libère des fautes et des peines issues des vies antérieures.

Verse 81

तथा रत्नैश्च नवभिर्मासं तु यदि पूजयेत् । विमुक्तसर्वपापौघैस्तां च पश्यति चक्षुषा ॥ ८१ ॥

De même, si l’on l’adore pendant un mois avec neuf sortes de joyaux, alors—délivré des flots de toute faute—on la voit de ses propres yeux.

Verse 82

अंशुकैरर्चयेद्देवीं मासमात्रं सुगंधिभिः । मुच्यते पापकृत्यादिदुःखौघैरितरैरपि ॥ ८२ ॥

Si l’on adore la Déesse durant un mois avec des offrandes de vêtements (aṃśuka) et de substances parfumées, on est délivré du flot de souffrances né des actes fautifs—et d’autres épreuves encore.

Verse 83

देवीरूपं स्वमात्मानं चक्रं शक्तीः समंततः । भावयन्विषयैः पुष्पैः पूजयंस्तन्मयो भवेत् ॥ ८३ ॥

Méditant que son propre Soi est la forme même de la Déesse, et que le cercle du chakra alentour est constitué de ses Śakti de tous côtés, celui qui l’adore avec les « fleurs » des objets des sens s’absorbe en Elle et devient de sa nature.

Verse 84

षोडशानां तु नित्यानां प्रत्येक तिथयः क्रमात् । तत्तित्तिथौ तद्भजनं जपहोमादिकं चरेत् ॥ ८४ ॥

Pour les seize observances quotidiennes (nitya), il existe, pour chacune, une tithi (date lunaire) correspondante, selon l’ordre établi. À chaque tithi, on doit accomplir l’adoration de ce qui s’y rapporte, avec japa, homa et les rites connexes.

Verse 85

घृतं च शर्करा दुग्धमपूपं कदलीपलम् । क्षौद्रं गुडं नालिकेरफलं लाजा तिलं दधि ॥ ८५ ॥

Qu’on offre aussi : du ghee, du sucre, du lait, des gâteaux sucrés, des bananes ; ainsi que du miel, du jaggery (sucre brut), de la noix de coco, du riz soufflé/grillé (laja), du sésame et du caillé (dadhi).

Verse 86

पृथुकं चणकं मुद्गपायसं च निवेदयेत् । कामेश्वर्यादिशक्तीनां सर्वासामपि चोदितम् ॥ ८६ ॥

Qu’on présente en naivedya : du riz aplati, des pois chiches, et un pāyasa sucré préparé avec du mung (mudga). Cela est prescrit pour le culte de toutes les Śaktis, à commencer par Kāmeśvarī.

Verse 87

आद्याया ललितायास्तु सर्वाण्येतानि सर्वदा । निवेदयेञ्च जुहुयाद्वह्नौ दद्यान्नृणामपि ॥ ८७ ॥

Toutes ces offrandes doivent être présentées en tout temps à Ādyā Lalitā. On doit aussi les offrir en oblation dans le feu sacré, et les distribuer encore en don aux gens.

Verse 88

तत्तद्विद्याक्षरप्रोक्तमौषधं तत्प्रमाणतः । संपिष्य गुटिकीकृत्य ताभिः सर्वं च साधयेत् ॥ ८८ ॥

Qu’on prenne la substance médicinale indiquée par les syllabes de cette vidyā, selon la mesure prescrite. Qu’on la broie, qu’on en fasse des pilules, et par elles qu’on accomplisse tous les rites et les fruits visés.

Verse 89

रविवारेऽरुणांभोजैः कुमुदैः सोमवारके । भौमे रक्तोत्पलैः सौम्ये वारे तगरसंभवैः ॥ ८९ ॥

Le dimanche, qu’on offre des lotus rouges; le lundi, des kumuda, nénuphars blancs; le mardi, des lotus rouges; et le mercredi, des fleurs parfumées nées du tagara.

Verse 90

गुरुवारे सुकह्लारैः शुक्रवारे सितांबुजैः । नीलोत्पलैर्मंदवारे पूजयेदिष्टमादरात् ॥ ९० ॥

Le jeudi, qu’on adore la divinité choisie avec des nénuphars blancs; le vendredi avec des lotus blancs; et le samedi avec des lotus bleus—en accomplissant le culte avec un respect fervent.

Verse 91

निवेदयेत्क्रमात्तेषु रविवारादिषु क्रमात् । पायसं दुग्धकदलीनवनीतसिताघृतम् ॥ ९१ ॥

Dans ces observances des jours, qu’on présente les offrandes selon l’ordre prescrit, en commençant par le dimanche : pāyasa (riz au lait sucré), lait, bananes, beurre frais, sucre blanc et ghee (beurre clarifié).

Verse 92

एवमिष्टं समाराध्य देवीं गंधादिभिर्यजेत् । ग्रहपीडां विजित्याशुसुखानि च समश्नुते ॥ ९२ ॥

Ayant ainsi apaisé et satisfait la Déesse choisie, qu’on adore la Devī avec des parfums et autres offrandes; vainquant promptement les tourments causés par les planètes, on obtient aussi le bonheur.

Verse 93

अर्धरात्रे तु साध्यां स्त्रीं स्मरन्मदनवह्निना । दह्यमानां हृतस्वांतां मस्तकस्थापितांजलिम् ॥ ९३ ॥

À minuit, se souvenant de la femme désirée, il s’embrase au feu de la passion; et elle aussi, comme consumée, le cœur ravi, demeure debout, les mains jointes posées sur la tête.

Verse 94

विकीर्णकेशीमालोललोचनामरुणारुणाम् । वायुप्रेंखत्पताकास्थपदा पद्मकलेवराम् ॥ ९४ ॥

Ses cheveux étaient dénoués et épars; ses yeux, agités et vacillants; et elle rayonnait d’une rougeur profonde. Ses pieds reposaient sur des étendards flottant, bercés par le vent, et son corps avait la forme et l’éclat du lotus.

Verse 95

विवेकविधुरां मत्तां मानलज्जाभयातिगाम् । चिंतयन्नर्चयेञ्चक्रं मध्ये देवीं दिगंबराम् ॥ ९५ ॥

En méditant sur la Devī — dépouillée du discernement ordinaire, enivrée d’ivresse divine et au-delà de l’orgueil, de la pudeur et de la crainte — qu’on adore le cakra rituel, en y établissant au centre la Devī Digambarā, vêtue du ciel.

Verse 96

जपादाडिमबंधूककिंशुकाद्यैः समर्चयेत् । अन्यैः सुगंधिशेफालीकुसुमाद्यैः समर्चयेत् ॥ ९६ ॥

Qu’on l’honore avec des fleurs telles que la japa (hibiscus), la fleur de grenadier, bandhūka, kiṃśuka et autres; et qu’on l’honore aussi avec d’autres fleurs parfumées, comme la sephālī et des floraisons semblables.

Verse 97

त्रिसप्तरात्रादायाति प्रोक्तरूपा मदाकुला । यावच्छरीरपातः स्याच्छापो वानपगास्य सा ॥ ९७ ॥

Après trois fois sept nuits, elle revient — prenant la forme qui fut énoncée — troublée par l’ivresse. Et cette malédiction demeure sur elle, irrévocable, jusqu’à la chute du corps, c’est-à-dire jusqu’à la mort.

Verse 98

पद्मैरक्तैस्त्रिमध्वक्तैर्होमाल्लक्ष्मीमवाप्नुयात् । तथैव कैरवै रक्तैरंगनाः स्ववशं नयेत् ॥ ९८ ॥

En accomplissant un homa avec des lotus rouges oints de trois sortes de miel, on peut obtenir Lakṣmī, c’est-à-dire la prospérité. De même, en usant de kairava rouges de la même façon, on peut amener les femmes sous son pouvoir.

Verse 99

समानरूपवत्सायाः शुक्लाया गोः पयःप्लुतैः । मल्लिकामालतीजातीशतपत्रैर्हुतैर्भवेत् ॥ ९९ ॥

Qu’on offre dans le feu sacré des fleurs de jasmin, de mālatī, de jāti et de śatapatra, humectées du lait d’une vache blanche dont le veau est de même couleur, en oblation pieuse.

Verse 100

कीर्तिविद्याधनारोग्यसौभाग्यवित्तपादिकम् । आरग्वधप्रसूनैस्तु क्षौद्राक्तैर्हवनाद्भवेत् ॥ १०० ॥

En accomplissant la havana avec des fleurs d’āragvadha ointes de miel, on obtient ce qui confère renommée, savoir, richesse, santé, bonne fortune et prospérité.

Verse 101

स्वर्णादिस्तं भनं शत्रोर्नृपादीनां क्रुधोऽपि च । आज्याक्तैः करवीरोत्थैः प्रसूनैररुणैर्हुतैः ॥ १०१ ॥

En offrant au feu des fleurs rouges de karavīra (laurier-rose) ointes de ghee, on repousse l’assaut de l’ennemi et l’on apaise la colère des rois et des autorités.

Verse 102

रक्तांबराणि वनिता भूपामात्यवशं तथा । भूषावाहनवाणिज्यसिद्धयश्चास्य वांछिताः ॥ १०२ ॥

Pour lui s’obtiennent des vêtements rouges, des femmes, et le pouvoir de mettre rois et ministres sous son influence; de même naissent les réussites désirées en parures, véhicules et commerce.

Verse 103

लवणैः सर्षर्पैरैरितरैर्वाथ होमतः । सतैलाक्तैर्निशामध्ये त्वानयेद्वांछितां वधूम् ॥ १०३ ॥

En offrant l’homa avec du sel, des graines de moutarde et autres substances semblables dans le feu, après les avoir ointes d’huile, on peut, au cœur de la nuit, faire amener l’épouse désirée sous son influence.

Verse 104

तैलाक्तैर्जुहुयात्कृष्णदरपुष्पैर्निशातरे । मासादरातेस्तस्यार्तिर्ज्वरेण भवति ध्रुवम् ॥ १०४ ॥

Si l’on accomplit des oblations avec des fleurs de niśā-tarā (jasmin nocturne) enduites d’huile, alors, dans le mois, un ennemi déterminé sera assurément accablé de souffrance sous la forme de la fièvre.

Verse 105

आरुष्करैर्धृताभ्यक्तैस्तद्बीजैर्निशि होमतः । शत्रोर्द्दाहव्रणानि स्युर्दुःसाध्यानि चिकित्सकैः ॥ १०५ ॥

Si, la nuit, l’on accomplit une offrande au feu avec les graines de la plante āruṣkara ointes de ghee, l’ennemi verra naître des plaies de brûlure, difficiles à guérir même pour les médecins.

Verse 106

तथा तत्तैलसंसिक्तैर्बीजैरंकोलकैरपि । मरिचैः सर्षपाज्याक्तौनशि होमानुसारतः ॥ १०६ ॥

De même, selon la procédure prescrite de l’auṣadhi-homa (homa des plantes médicinales), qu’on offre des graines imprégnées de cette huile, avec des graines d’aṅkola, du poivre noir et de la moutarde mêlée de ghee.

Verse 107

वांछितां वनितां कामज्वरार्तामानयेद्द्रुतम् । शालिभिश्चाज्यसंसिक्तैर्होमाच्छालीनवाप्नुयात् ॥ १०७ ॥

En offrant au feu des oblations de grains de riz humectés de ghee, on fait venir promptement (sous son influence) la femme désirée, tourmentée par la fièvre du désir; et d’un tel homa on obtient aussi une abondance de riz.

Verse 108

मुद्गैर्मुद्गं घृतैराज्यं सिद्धैरित्थं हुतैर्भवेत् । साध्यर्क्षवृक्षसंभूतां पिष्टपादरजःकृताम् ॥ १०८ ॥

Avec le mudga (haricot mungo), qu’on offre du mudga; avec le ghee, qu’on offre du ghee : ainsi, par des oblations dûment préparées, le rite s’accomplit. (La poudre/offrande) doit être faite à partir des produits des arbres Sādhya et Ṛkṣa, réduits en une poudre très fine, issue de la poussière ou des rognures obtenues en les broyant du pied.

Verse 109

राजीमरीचिलोणोत्थां पुत्तलीं जुहुयान्निशि । प्रपदाभ्यां च जंघाभ्यां जानुभ्यामुरुयुग्मतः ॥ १०९ ॥

La nuit, on doit offrir au feu une petite figurine préparée à partir de l'efflorescence saline de la moutarde, pour les pieds, les jambes, les genoux et les cuisses.

Verse 110

नाभेरधस्ताद्धृदयाद्भिन्नेनाकण्ठस्तथा । शिरसा च सुतीक्ष्णेन च्छित्वा शस्त्रेण वै क्रमात् ॥ ११० ॥

Avec une arme tranchante, il faut couper dans l'ordre : d'abord sous le nombril, puis au cœur, ensuite jusqu'à la gorge ; et après, avec une lame très affûtée, trancher aussi la tête.

Verse 111

एवं द्वादशधा होमान्नरनारीनराधिपाः । वश्या भवंति सप्ताडाज्ज्वरार्त्तीश्चास्य वांछया ॥ १११ ॥

Ainsi, en accomplissant le homa de douze manières prescrites, hommes, femmes et même rois deviennent souples en sept jours ; et ceux affligés par la fièvre sont soulagés selon son intention.

Verse 112

पिष्टेन गुडयुक्तेन मरिचैर्जीरकैर्युताम् । कृत्वा पुत्तलिकां साध्यनामयुक्तामथो हृदि ॥ ११२ ॥

Avec de la farine mélangée à du sucre de canne, combinée aussi à du poivre noir et du cumin, on doit façonner une petite poupée, y inscrire le nom de la personne à traiter, puis la placer sur la poitrine.

Verse 113

सनामहोमसंपातघृतेपाच्यतां पुनः । स्पृशन्निजकराग्रेण सहस्रं प्रजपेन्मनुम् ॥ ११३ ॥

Ensuite, elle doit être cuite à nouveau dans du ghee sanctifié par des oblations offertes avec le nom du mantra ; et, en la touchant du bout des doigts, on doit réciter le mantra mille fois.

Verse 114

अभ्यर्च्य तद् घृताभ्यक्तं भक्षयेत्तद्धिया जपन् । नरनारीनृपास्तस्य वश्याः स्युर्मरणावधिं ॥ ११४ ॥

Après l’avoir dûment adorée, puis en consommant cette substance ointe de ghee tout en répétant le mantra, l’esprit fixé sur lui, hommes, femmes et même les rois deviennent soumis à lui—jusqu’à l’heure de la mort.

Verse 115

शक्तयष्टगंधं संपिष्य कन्यया शिशिरे जले । तेन वै तिलकं भाले धारयन्वशयेज्जगत् ॥ ११५ ॥

Qu’une jeune fille broie dans de l’eau fraîche la substance parfumée appelée śaktayaṣṭa-gandha; qu’on la porte ensuite en tilaka sur le front. En portant ce tilaka, dit-on, on met le monde sous son influence.

Verse 116

शालितंदुलमादाय प्रस्थं भांडे नवे क्षिपेत् । समानवर्णेवत्साया रक्ताया गोः पयस्तथा ॥ ११६ ॥

Prenant une mesure d’un prastha de grains de riz, qu’on les dépose dans un récipient neuf; de même, qu’on y ajoute le lait d’une vache rouge dont le veau est de la même couleur.

Verse 117

द्विगुणं तत्र निक्षिप्य श्रपयेत्संस्कृतेऽनले । घृतेन सिक्तं सिक्थं तु कृत्वा तत्ससितं करे ॥ ११७ ॥

En y déposant une mesure double (de l’ingrédient), qu’on fasse bouillir sur un feu dûment préparé. Puis, après avoir humecté la cire avec du ghee, qu’on la façonne et qu’on la tienne en main avec une poudre blanche (sucre ou substance blanche).

Verse 118

विधाय विद्यामष्टोर्द्धूशतं जप्त्वा हुनेत्ततः । एवं होमो महालक्ष्मीमावहेत्प्रतिपत्कृतः ॥ ११८ ॥

Après avoir accompli le rite prescrit et récité le mantra cent huit fois, qu’on offre ensuite les oblations (āhuti) dans le feu. Ainsi accompli au jour de Pratipat (premier jour lunaire), ce homa invoque Mahālakṣmī.

Verse 119

शुक्रवारेष्वपि तथा वर्षान्नृपसमो भवेत् । पंचम्यां तु विशेषेण प्राग्वद्धोमं समाचरेत् ॥ ११९ ॥

De même, si l’on accomplit aussi cette observance les vendredis, durant une année entière, on devient l’égal d’un roi. Mais, tout particulièrement au tithi de Pañcamī (cinquième jour lunaire), on doit accomplir le homa exactement selon la prescription antérieure.

Verse 120

तस्यां तिथौ त्रिमध्वक्तैर्मल्लिकाद्यैः सितैर्हुनेत् । अन्नाज्याभ्यां च नियतं हुत्वान्नाढ्यो भवेन्नरः ॥ १२० ॥

En ce tithi, on doit faire l’offrande au feu avec les trois douceurs, accompagnées de jasmin blanc et d’autres fleurs blanches semblables. Et, en offrant régulièrement du riz cuit et du ghee, l’homme devient prospère.

Verse 121

यद्यद्धि वांछितं वस्तु तत्तत्सर्वं तु सर्वदा । घृतहोमादवाप्नोति तथैव तिलतंदुलैः ॥ १२१ ॥

Quel que soit l’objet désiré par une personne—chacun et tous—elle l’obtient infailliblement par les oblations de ghee ; et de même par les offrandes de sésame et de grains de riz.

Verse 122

अरुणैः पंकजैर्होमं कुर्वंस्त्रिमधुराप्लुतैः । मंडलाल्लभते लक्ष्मीं महतीं श्लाध्यविग्रहाम् ॥ १२२ ॥

Celui qui accomplit le homa avec des lotus rouges, chacun imprégné des trois douceurs, obtient de ce maṇḍala la grande Lakṣmī—une prospérité immense—dotée d’une forme admirable et digne d’éloge.

Verse 123

कह्लारैः क्षौद्रसंसिक्तैः पूर्णाद्यं तद्दिनावधि । जुहुयान्नित्यशो भक्त्या सहस्रं विकचैः शुभैः ॥ १२३ ॥

Avec des fleurs de kahlāra pleinement épanouies et aspergées de miel, en commençant dès la Pūrṇā (observance de pleine lune) et jusqu’à la fin de ce jour, on doit offrir chaque jour avec bhakti—mille oblations—au moyen de fleurs auspiciennes fraîchement écloses.

Verse 124

स तु कीर्तिं धनं पुत्रान्प्राप्नुयान्नात्र संशयः । चंपकैः क्षौद्रसंसिक्तैः सहस्रहवनाद्ध्रुवम् ॥ १२४ ॥

Assurément, il obtiendra renommée, richesse et fils—sans aucun doute—en accomplissant mille oblations (homa) avec des fleurs de campaka ointes de miel.

Verse 125

लभते स्वर्णनिष्काणां शतं मासेन नारद । पाटलैर्घृतसंसिक्तैस्त्रिसहस्रं हुतैस्तथा ॥ १२५ ॥

Ô Nārada, en l’espace d’un mois on obtient cent niṣkas d’or; et de même, en offrant trois mille oblations dans le feu sacré avec du bois de pāṭala enduit de ghee, on obtient ce résultat.

Verse 126

दर्शादिमासाल्लभते चित्राणि वसनानि च । कर्पूरचंदनाद्यानि सुगन्धानि तु मासतः ॥ १२६ ॥

À partir du mois qui commence avec Darśa (l’observance de la nouvelle lune), on obtient des vêtements aux couleurs variées; et, de mois en mois, on reçoit aussi des substances parfumées telles que le camphre, le santal et autres.

Verse 127

वस्तूनि लभते हृद्यैरन्यैर्भोगोपयोगिभिः । शालिभिः क्षीरसिक्ताभिः सप्तमीषु शतं हुतम् ॥ १२७ ॥

En offrant cent oblations aux jours de Saptamī avec des grains de riz śāli humectés de lait, on obtient des objets agréables au cœur et d’autres biens propres à la jouissance et à l’usage du monde.

Verse 128

तेन शालिसमृद्धिः स्याज्मासैः षड्रभिरसंशयम् । तिलैर्हुतैस्तु दिवसैर्वर्षादारोग्यमाप्नुयात् ॥ १२८ ॥

Par cette observance, on obtient assurément l’abondance de riz en six mois, sans aucun doute. Et en offrant des graines de sésame dans le feu sacré jour après jour, on acquiert la santé en l’espace d’un an.

Verse 129

स्वजन्मर्क्षत्रिषु तथा दूर्वाभिर्ज्जुहुयान्नरः । निरातंको महाभोगः शतं वर्षाणि जीवति ॥ १२९ ॥

De même, lors des trois astérismes lunaires liés à sa naissance, l’homme doit offrir des oblations au homa avec l’herbe dūrvā. Il devient alors sans affliction, jouit d’une grande prospérité et vit cent ans.

Verse 130

गुडूचीतिलदूर्वाभिस्त्रिषु जन्मसु वा हुनेत् । तेनायुःश्रीयशोभोगपुण्यनिध्यादिमान्भवेत् ॥ १३० ॥

Si l’on accomplit le homa avec guḍūcī, sésame et herbe dūrvā—fût-ce au long de trois naissances—par cette pratique on est doté de longue vie, de prospérité, de renommée, de jouissances et d’un trésor de mérite et autres grâces.

Verse 131

घृतपायसदुग्धैस्तु हुतैस्तेषु त्रिषु क्रमात् । आयुरारोग्यविभवैर्नृपामात्यो भवेत्तथा ॥ १३१ ॥

Mais si, dans ces trois oblations, l’on offre successivement et selon l’ordre prescrit le ghee, le pāyasa (riz au lait) et le lait, alors on devient aussi ministre d’un roi, doté de longue vie, de santé sans maladie et de prospérité.

Verse 132

सप्तम्यां कदलीहोमात्सौभाग्यं लभतेऽन्वहम् । दूर्वात्रिकैस्तु प्रादेशमानैस्त्रिस्वादुसंयुतैः ॥ १३२ ॥

Au septième jour lunaire (saptamī), en accomplissant le homa avec le bananier, on obtient la bonne fortune jour après jour. Et l’on doit offrir trois faisceaux d’herbe dūrvā, chacun de la mesure d’un prādeśa (une paume), mêlés aux trois substances douces.

Verse 133

जुहुयाद्दिनशो घोरे सन्निपातज्वरे तथा । तद्दिनेषु जपेद्विद्यां नित्यशः सलिलं स्पृशन् ॥ १३३ ॥

Dans une fièvre redoutable née du dérèglement combiné (sannipāta), il faut accomplir des offrandes au feu jour après jour. En ces mêmes jours, on doit aussi réciter sans cesse la mantra-vidyā, en touchant l’eau à plusieurs reprises.

Verse 134

सहस्रवारं तत्तोयैः स्नानं पानं समाचरेत् । पाकाद्यमपि तैरव कुर्याद्रोगविमुक्तये ॥ १३४ ॥

Mille fois, qu’on accomplisse selon le rite le bain et la boisson avec cette eau; et qu’avec cette même eau l’on prépare aussi les mets cuits et autres choses, afin d’être délivré de la maladie.

Verse 135

साध्यर्क्षवृक्षसंचूर्णं त्र्यूषणं सर्षपं तिलम् । पिष्टं च साध्यपादोत्थरजसा च समन्वितम् ॥ १३५ ॥

Qu’on prépare une pâte en mêlant la poudre des parties de l’arbre sādhyarkṣa, les trois épices piquantes (tryūṣaṇa), la moutarde et le sésame; puis qu’on l’unisse à la poussière recueillie aux pieds du digne (sādhya).

Verse 136

कृत्वा पुत्तलिकां सम्यग्धृदये नामसंयुताम् । प्राग्वच्छित्वायसैस्तीक्ष्णैः शस्त्रैः पुत्तलिकां हुनेत् ॥ १३६ ॥

Après avoir façonné correctement une petite effigie et y avoir inscrit le nom visé dans la région du cœur, conformément à ce qui fut prescrit, qu’on la tranche avec des instruments de fer aiguisés, puis qu’on l’offre au feu rituel.

Verse 137

एवं दिनैः सप्तभिस्तु साध्यो वश्यो भवेद्दृढम् । तथाविधां पुत्तलिकां कुंडमध्ये निखन्य च ॥ १३७ ॥

Ainsi, en sept jours, la personne visée devient fermement docile. Et l’on achèvera le rite en ensevelissant au milieu de la fosse à feu (kuṇḍa) l’effigie façonnée selon cette prescription.

Verse 138

उपर्यग्निं निधायाथ विद्यया दिनशो हुनेत् । त्रिसहस्रं त्रियमायां सर्षपैस्तद्रसाप्लुतैः ॥ १३८ ॥

Ensuite, l’ayant placé au-dessus du feu, qu’on accomplisse chaque jour les oblations avec la vidyā-mantra prescrite : trois mille offrandes au cours de trois yāmas, au moyen de graines de moutarde trempées dans son suc exprimé.

Verse 139

शतयोजनदूरादप्यानयेद्वनितां बलात् । वशयेद्वनितां होंमात्कौशिकैर्मधुमिश्रितैः ॥ १३९ ॥

Même à la distance de cent yojanas, on dit qu’on pourrait amener une femme par la force ; et par le homa, l’offrande au feu avec de l’herbe kuśa mêlée de miel, on pourrait la mettre sous emprise.

Verse 140

नालिकेरफलोपे तैर्गुडैर्लक्ष्मीमवाप्नुयात् । तथाज्यसिक्तैः कह्लारैः क्षीराक्तैररुणोत्पलैः ॥ १४० ॥

En offrant du jaggery avec des noix de coco, on obtient Lakṣmī, la prospérité. De même, en offrant des lotus kahlāra aspergés de ghee et des lotus rouges oints de lait, on atteint une fortune de bon augure.

Verse 141

त्रिमध्वक्तैश्चंपर्कश्च प्रसूनैर्बकुलोद्भवैः । मधूकजैः प्रसूनैश्च हुतैः कन्यामवाप्नुयात् ॥ १४१ ॥

En accomplissant le homa, en offrant au feu sacré les trois sortes de miel avec des fleurs de campaka, des fleurs nées du bakula et des fleurs de madhūka, on obtient une jeune fille, c’est-à-dire une épouse convenable.

Verse 142

पुन्नागजैर्हुतैर्वस्त्राण्याज्यैरिष्टमवाप्नुयात् । माहिषैर्महिषीराजैरजान् गव्यैश्च गास्तथा ॥ १४२ ॥

En offrant du bois de pūnnāga dans le feu sacré, on obtient des vêtements ; en offrant du ghee, on atteint le fruit désiré. En offrant des buffles et les meilleures bufflonnes, on obtient des chèvres ; et en offrant du bétail, on obtient aussi des vaches.

Verse 143

अवाप्नोति हुतैराज्यैः रत्नै रत्नं च साधकः । शालिपिष्टमयीं कृत्वा पुत्तलीं ससितां ततः ॥ १४३ ॥

Par des offrandes de ghee, le sādhaka obtient la souveraineté ; et en offrant des joyaux, il obtient des joyaux. Ensuite, après avoir façonné une petite effigie en pâte de farine de riz, blanche, il doit poursuivre le rite.

Verse 144

हृद्देशन्यस्तनामार्णां पचेत्तैलाज्ययोर्निशि । तन्मनाश्च दिवारात्रौ विद्याजप्तां तु भक्षयेत् ॥ १४४ ॥

La nuit, après avoir déposé sur la région du cœur les syllabes du Saint Nom, qu’on fasse cuire l’offrande dans l’huile de sésame ou dans le ghee. L’esprit fixé sur Lui (déité/mantra), jour et nuit, qu’on consomme ensuite ce qui a été sanctifié par le japa de la vidyā (mantra).

Verse 145

सप्तरात्रप्रयोगेण नरो नारी नृपोऽपि वा । दासवद्वशमायाति चित्तप्राणादि चार्पयेत् ॥ १४५ ॥

Par l’accomplissement du rite des sept nuits, qu’il s’agisse d’un homme, d’une femme, ou même d’un roi, on devient maîtrisable comme un serviteur ; et le pratiquant doit alors offrir et remettre l’esprit, le souffle vital (prāṇa) et le reste.

Verse 146

हयारिपुष्पैररुणैः सितैर्वा जुहुयात्तथा । त्रिसप्तरात्रान्महतीमवाप्नोति श्रियन्नरः ॥ १४६ ॥

De même, si un homme accomplit des oblations (homa) avec les fleurs de Hayāri, rouges ou blanches, alors, durant trois fois sept nuits, il obtient une grande prospérité, la faveur de Śrī.

Verse 147

छागमांसैस्त्रिमध्वक्तैर्होमात्स्वर्णमवाप्नुयात् । क्षीराक्तैः सस्यसंपन्नां भुवमाप्नोति मंडलात् ॥ १४७ ॥

Par le homa avec de la chair de chèvre ointe des trois sortes de miel, on obtient de l’or. Par des offrandes ointes de lait, on acquiert, depuis le maṇḍala, une terre abondante en récoltes et en prospérité.

Verse 148

पद्माक्षैर्हवनाल्लक्ष्मीमवाप्नोति त्रिभिर्दिनैः । बिल्वैर्दशांशं जुहुयान्मंत्राद्यैः साधने जपे ॥ १४८ ॥

Par le havana (homa) avec des graines de lotus, en trois jours on obtient Lakṣmī. Et avec des feuilles de bilva, lorsqu’on entreprend la sādhana du mantra et le japa, on doit offrir au feu, en oblation, le dixième du nombre de mantras récités.

Verse 149

एवं संसिद्धमंत्रस्तु मंत्रितैश्चुलुकोदकैः । फणिदष्टमृतानां तु मुखे संताड्य जीवयेत् ॥ १४९ ॥

Ainsi, lorsque le mantra a été dûment accompli, avec l’eau consacrée par ce mantra dans le creux de la main (culuka), on doit frapper la bouche de ceux qui sont morts d’une morsure de serpent et, par là, les ramener à la vie.

Verse 150

तत्कर्णयोर्जपन्विद्यां यष्ट्या वा जपसिद्धया । संताड्यशीर्षं सहसा मृतमुत्थापयेदिति ॥ १५० ॥

Qu’il murmure la science du mantra dans ses deux oreilles; ou bien—ayant obtenu la réussite par le japa—qu’il frappe soudain la tête avec un bâton; ainsi dit-on qu’on peut relever même un mort.

Verse 151

कृत्वा योनिं कुंडमध्ये तत्राग्नौ विधिवद्ध्रुनेत् । तिलसर्षपगोधूमशालिधान्ययवैर्हुनेत् ॥ १५१ ॥

Après avoir façonné au milieu du foyer sacrificiel la forme de yoni (semblable à un sein maternel), qu’il y allume le feu selon la règle, puis qu’il accomplisse les oblations avec sésame, moutarde, blé, riz fin, grains et orge.

Verse 152

त्रिमध्वक्तैरेकशो वा समेतैर्वा समृद्धये । बकुलैश्चंपकैरब्जैः कह्लारैररुणोत्पलैः ॥ १५२ ॥

Pour la prospérité, qu’on offre les trois préparations au miel (trimadhu), séparément ou mêlées, avec des fleurs de bakula, de campaka, des lotus, des nénuphars kahlāra et des lotus utpala rouges.

Verse 153

कैरवैर्मल्लिकाकुंदमधूकैरिंदिराप्तये । अशोकैः पाटलैर्विल्वैर्जातीविकंकतैः सितैः ॥ १५३ ॥

Pour obtenir la grâce d’Indirā (Śrī Lakṣmī), qu’on offre des nénuphars blancs (kairava), du jasmin mallikā, des fleurs de kunda et de madhūka; et aussi des aśoka, des pāṭala, des feuilles de bilva, du jasmin jātī blanc et les fleurs blanches de vikaṅkata.

Verse 154

नवनीलोत्पलैरश्वरिपुजैः कर्णिकारजैः । होमाल्लक्ष्मीं च सौभाग्यं निधिमायुर्यशो लभेत् ॥ १५४ ॥

En accomplissant un homa avec des lotus bleus frais, des fleurs d’aśvaripujā et des fleurs de karṇikāra, on obtient Lakṣmī (la prospérité), la bonne fortune, des trésors/biens, une longue vie et la renommée.

Verse 155

दूर्वां गुडूचीमश्वत्थं वटमारग्वधं तथा । सितार्कप्लक्षजं हुत्वा चिरान्मुच्येत रोगतः ॥ १५५ ॥

En offrant dans le feu sacré la dūrvā, la guḍūcī, (le bois/les feuilles de) l’aśvattha, le vaṭa et le māragvadha, ainsi que l’arka blanc et le plakṣa, on est, en temps voulu, délivré de la maladie.

Verse 156

इक्षुजंबूनालिकेरमोचागुडसितायुतैः । अचलां लभते लक्ष्मीं भोक्ता च भवति ध्रुवम् ॥ १५६ ॥

Par une offrande accompagnée de canne à sucre, de fruit de jambu, de noix de coco, de banane, de jaggery et de sucre, on obtient une Lakṣmī inébranlable, et l’on devient assurément jouisseur de conforts.

Verse 157

सर्षपाज्यैर्हुते मृत्युः काष्ठाग्नौ वैरिमृत्यवे । चतुरंगुलजैर्होमाञ्चतुरंगबले रिपोः ॥ १५७ ॥

Quand on offre, dans un feu nourri de bois, une oblation de graines de moutarde mêlées de ghee, cela entraîne la mort—spécialement la mort de l’ennemi. De même, en accomplissant un homa avec des offrandes préparées à la mesure de quatre aṅgulas, la force militaire quadripartite de l’adversaire est détruite.

Verse 158

सप्ताहाद्रोगदुःखार्तिर्भवत्येव न संशयः । नित्यं नित्यार्चनं कुर्यात्तथा होमं घृतेन वै ॥ १५८ ॥

En l’espace d’une semaine, l’affliction de la maladie et de la peine surgit à coup sûr—sans aucun doute. C’est pourquoi il faut accomplir chaque jour le culte régulier, et offrir aussi dans le feu sacré une oblation de ghee.

Verse 159

विद्याभिमंत्रितं तोयं पिबेत्प्रातस्तदाप्तये । चंदनोशीरकर्पूरकस्तूरीरोचनान्वितैः ॥ १५९ ॥

Pour obtenir le fruit désiré, qu’on boive au matin une eau consacrée par un vidyā-mantra, préparée avec santal, uśīra (vétiver), camphre, musc et gorocanā.

Verse 160

काश्मीरकालागुरुभिर्मृगस्वेदमयैरपि । पूजयेच्च शिवामेतैर्गंधैः सर्वार्थसिद्धये ॥ १६० ॥

Avec le safran (kāśmīra), l’aguru noir (bois d’aloès) et même des senteurs préparées à partir de musc, qu’on adore Śivā par ces parfums, pour l’accomplissement de tous les buts.

Verse 161

सर्वाभिरपि नित्याभिः प्रातर्मातृकया समम् । त्रिजप्ताभिः पिबेत्तोयं तथा वाक्सिद्वये शिवम् ॥ १६१ ॥

À l’aurore, avec la Mātṛkā (la matrice des lettres sacrées) et avec toutes les Nityā (énergies éternelles), après avoir récité trois fois, qu’on boive l’eau ; et de même, dans la paire des accomplissements de la parole (vāk-siddhi), qu’on établisse Śiva, l’auspiciosité.

Verse 162

विदध्यात्साधनं प्राग्वद्वर्णलक्षं पयोव्रतः । त्रिस्वादुसिक्तैररुणैरंबुजैर्हवनं चरेत् ॥ १६२ ॥

Que l’observant du vœu du lait prépare les instruments rituels comme il a été dit auparavant, marqués des signes de couleur prescrits ; puis qu’il accomplisse le homa avec des lotus rouges aspergés des trois substances douces.

Verse 163

जपतर्पणहोमार्चासेकसिद्धमनुर्नरः । कुर्यादुक्तान्प्रयोगांश्च न चेत्तन्मनुदेवताः ॥ १६३ ॥

Qu’on n’accomplisse les pratiques énoncées—japa, tarpaṇa, homa, adoration (arcā) et aspersion/ablution consacratoire (seka)—qu’avec un mantra dûment perfectionné pour ces rites ; autrement, les divinités qui président à ce mantra ne répondent pas.

Verse 164

प्राणांस्तस्य ग्रसंत्येव कुपितास्तत्क्षणान्मुने । अनया विद्यया लोके यदसाध्यं न तत्क्वचित् ॥ १६४ ॥

Ô sage, dans leur courroux, ils engloutissent aussitôt son souffle vital à l’instant même. Par cette vidyā dans le monde, rien nulle part ne demeure impossible à accomplir.

Verse 165

अरण्यवटमूले च पर्वताग्रगुहासु च । उद्यानमध्यकांतारे मातृपादपमूलतः ॥ १६५ ॥

Au pied du banyan dans la forêt, dans les grottes des sommets, au cœur d’un jardin devenu solitude sauvage, et à la base de l’« arbre-mère » sacré : tels sont des lieux propices au retrait et à la pratique.

Verse 166

सिंधुतीरे वने चैता यक्षिणीः साधयेन्नरः । कमलैः कैरवै रक्तैः सितैः सौगंधिकोत्पलैः ॥ १६६ ॥

Sur la rive du Sindhu et dans la forêt, l’homme doit accomplir la sādhana pour apaiser ces Yakṣiṇīs, en offrant des lotus : kairava rouges et blancs, et le lotus bleu parfumé (saugandhika-utpala).

Verse 167

सुगंधिशिफालिकया त्रिमध्वक्तैर्यथाविधि । होमात्सप्तसु वारेषु तन्मंडलत एव वै ॥ १६७ ॥

Avec la śiphālikā parfumée (semblable au jasmin), mêlée aux trois douceurs et au ghee, qu’on accomplisse le homa selon la règle. En pratiquant le homa durant sept jours, le fruit désiré naît vraiment de ce maṇḍala même.

Verse 168

विजयं समवाप्रोति समरे द्वंद्वयुद्धके । मल्लयुद्धे शस्त्रयुद्धे वादे द्यूतह्नयेऽपि च ॥ १६८ ॥

Il obtient la victoire au combat—que ce soit en duel, en lutte (malla-yuddha), en affrontement armé, en débat, et même dans une partie de dés.

Verse 169

व्यवहारेषु सर्वत्र जयमाप्नोति निश्चितम् । चतुरंगुलजैः पुप्पैर्होमात्संस्तंभयेदरीन् ॥ १६९ ॥

Dans toutes les affaires du monde, on obtient assurément la victoire. En accomplissant le homa (offrande au feu) avec des fleurs de quatre largeurs de doigt, on peut immobiliser ses ennemis.

Verse 170

तथैव कर्णिकारोत्थैः पुन्नागोत्थैर्नमेरुजैः । चंपकैः केतकै राजवृक्षजैर्माधवोद्भवैः ॥ १७० ॥

De même, le culte doit être accompli avec des fleurs de karṇikāra, de punnāga et celles qui croissent sur le mont Meru ; avec les fleurs de campaka et de ketaka ; ainsi qu’avec celles nées du rājavṛkṣa et de la liane mādhava.

Verse 171

प्राग्वद्दारेषु जुहुयात्क्रमात्पुष्पैस्तु सप्तभिः । प्रोक्तेषु स्तंभनं शत्रोर्भंगो वा भवति ध्रुवम् ॥ १७१ ॥

Comme il a été dit plus haut, on doit verser les oblations aux seuils, dans l’ordre requis, en utilisant sept fleurs. Lorsque ces actes prescrits sont accomplis, l’ennemi est assurément immobilisé — ou bien réduit à la ruine.

Verse 172

शत्रोर्नक्षत्रवृक्षाग्नौ तत्समिद्धिस्तु होमतः । सर्षपाज्यप्लुताभिस्ते प्रणमंत्येव पादयोः ॥ १७२ ॥

Dans le feu allumé avec le bois sacré lié au nakṣatra de l’ennemi, on doit accomplir le homa en utilisant le combustible qui lui convient. Par des offrandes imprégnées de graines de moutarde et de ghee, les adversaires se prosterneront vraiment à tes pieds.

Verse 173

मृत्युकाष्ठानले मृत्युपत्रपुष्पफलैरपि । समिद्भिर्जुहुयात्सम्यग्वारे शार्चनपूर्वकम् ॥ १७३ ॥

Dans le feu allumé avec le bois sacré de « mṛtyu » (qui écarte la mort), on doit offrir les oblations comme il se doit, en utilisant aussi les feuilles, fleurs et fruits prescrits pour le rite « mṛtyu », avec les baguettes de combustible. Que cela soit accompli au jour fixé, précédé de l’adoration (arcana).

Verse 174

अरातेश्चतुरंगं तु बलं रोगार्द्दितं भवेत् । तेनास्य विजयो भूयान्निधनेनापि वा पुनः ॥ १७४ ॥

Mais si l’armée quadripartite de l’ennemi est accablée par la maladie, alors la victoire devient très probable—soit par cet affaiblissement même, soit encore, fût-ce par la mort de l’ennemi.

Verse 175

अर्कवारेऽर्कजैरिध्मैः समिद्धेऽग्नौ तदुद्भवैः । पत्रैः पुष्पैः फलैः काण्डैर्मूलैश्चापि हुनेत्क्रमात् ॥ १७५ ॥

Le dimanche, après avoir allumé le feu sacré avec des bûchettes tirées de la plante arka, on offrira ensuite, selon l’ordre prescrit, des oblations dans ce feu avec les produits mêmes de l’arka : feuilles, fleurs, fruits, tiges et aussi racines.

Verse 176

सवर्णारुणवत्साया घृतसिक्तैस्तु मण्डलात् । अरातिदिङ्मुखो भूत्वा कुंडे त्र्यस्रे विधानतः ॥ १७६ ॥

À partir d’un mandala circulaire, après l’avoir aspergé de ghee, selon la règle prescrite, on se placera face à la direction opposée à l’ennemi et l’on accomplira le rite dans un foyer triangulaire.

Verse 177

पलायते वा रोगार्तः प्रणमेद्वा भयान्वितः । पलाशेध्मानले तस्य पंचांगैस्तद्घृताप्लुतैः ॥ १७७ ॥

Que l’affligé par la maladie s’enfuie dans sa détresse, ou qu’il se prosterne, saisi de peur, on accomplira néanmoins le rite pour lui : en offrant le homa dans un feu allumé avec du bois de palāśa, au moyen de ses cinq parties (pañcāṅga) enduites de ce ghee.

Verse 178

होमेन सोमवारे च भवेत्प्राग्वन्न संशयः । खादिरेध्मानले तस्य पंचांगैस्तद्घृताप्लुतैः ॥ १७८ ॥

En accomplissant un homa le lundi, on obtient assurément le même fruit que celui énoncé plus haut, sans aucun doute. Cette oblation doit être offerte dans un feu nourri de bois de khadira, au moyen de ses cinq parties, chacune humectée de ghee.

Verse 179

वारे भौमस्य हवनात्तदाप्नोति सुनिश्चितम् । अपामार्गस्य सौम्येऽह्नि पिप्पलस्य गुरोर्दिने ॥ १७९ ॥

Le mardi, celui qui accomplit l’homa, l’oblation au feu, obtient assurément le fruit énoncé. De même, le mercredi l’oblation avec l’apāmārga, et le jeudi—jour de Guru—l’oblation avec le pippala, donnent chacune leur résultat certain.

Verse 180

उदुंबरस्य भृगुजे शम्या मांदेऽह्नि गोघृतैः । शुभ्रपीतसितश्यामवर्णाद्याः पूर्ववत्तथा ॥ १८० ॥

Au jour de Bhṛgu (vendredi), que l’on accomplisse l’homa avec le bois d’allumage śamī de l’udumbara ; et au jour de Manda (samedi), avec le ghee de vache. Les signes ou effets—blanc, jaune, pâle, sombre, etc.—sont à comprendre comme il a été dit auparavant.

Verse 181

तत्फलं समवाप्नोति तत्समिद्दीपितेऽनले । प्रतिपत्तिथिमारभ्य पंचम्यंतं क्रमेण वै ॥ १८१ ॥

Lorsque le feu sacrificiel est attisé par ces (bâtons/offrandes), on obtient exactement ce fruit-là. À partir du tithi de Pratipat, qu’on progresse selon l’ordre établi jusqu’au cinquième jour, Pañcamī.

Verse 182

शालीचणकमुद्गैश्च यवमाषैश्च होमतः । माहिषाज्यप्लुतैस्ताभिस्तिथिभिः समवाप्नुयात् ॥ १८२ ॥

En accomplissant l’homa avec des offrandes de riz, pois chiches, haricots mungo, orge et urad (haricot noir), chaque oblation étant imprégnée de ghee de bufflonne, on obtient les fruits correspondant à ces tithis.

Verse 183

षष्ठ्यादिसप्तम्यंतं तु चाजाभवघृतैस्तथा । प्रागुक्तैर्निस्तुषैर्होमात्प्रागुक्तफलमाप्नुयात् ॥ १८३ ॥

Mais du sixième tithi jusqu’au septième, qu’on accomplisse pareillement l’homa avec du ghee provenant de la chèvre, et avec les grains décortiqués mentionnés plus haut ; par cet homa, on obtient le même fruit que celui énoncé auparavant.

Verse 184

तद्वर्द्धं पंचके त्वेतैः समस्तैश्च तिलद्वयैः । सितान्नैः पायसैः सिक्तैराविकैस्तु घृतैस्तथा ॥ १८४ ॥

Dans l’ensemble des cinq offrandes, qu’on accroisse cette quantité d’une moitié encore, en les réunissant toutes : les deux sortes de sésame, le riz sucré, le riz cuit au lait (pāyasa), les éléments humectés de pāyasa, et aussi le ghee (ghṛta) tiré du lait de brebis.

Verse 185

हवनात्तदवाप्नोति यदादौ फलमीरितम् । एवं नक्षत्रवृक्षोत्थवह्नौ तैस्तैर्मधुप्लुतैः ॥ १८५ ॥

Par la havana (oblations au feu), on obtient le fruit même proclamé au commencement. De même, lorsque l’on offre dans le feu, allumé avec les bois des arbres liés à chaque nakṣatra, des offrandes chacune imprégnée de miel, les fruits énoncés sont obtenus.

Verse 186

हवनादपि तत्प्राप्तिर्भवत्येव न संशयः । विद्यां संसाध्य पूर्वं तु पस्चादुक्तानशेषतः ॥ १८६ ॥

Même par la havana, cette obtention advient assurément : il n’y a nul doute. Mais d’abord il faut parfaire la vidyā, la connaissance sacrée requise ; ensuite, toutes les prescriptions énoncées doivent être accomplies sans rien omettre.

Verse 187

प्रयोगान्साधयेद्धीमान् मंगलायाः प्रसादतः । संपूज्य देवतां विप्रकुमारीं कन्यकां तु वा ॥ १८७ ॥

Le sage doit mener à bien les prayogas, les applications rituelles prescrites, par la grâce de Maṅgalā, la divinité de bon augure. Après avoir d’abord vénéré la divinité, qu’il honore comme il se doit une jeune fille brāhmane ou une jeune vierge non mariée.

Verse 188

सशुभावयवां मुग्धां स्नातां धौतांबरां शुभाम् । तथाविधं कुमारं वा संस्थाप्यभ्यर्च्य विद्यया ॥ १८८ ॥

Après avoir fait asseoir devant soi une jeune fille innocente aux membres de bon augure—baignée, vêtue d’habits fraîchement lavés et d’allure pure—ou bien un garçon de même nature, qu’on adore cette forme choisie au moyen de la vidyā, le rite sacré prescrit.

Verse 189

स्पृष्टशीर्षो जपेद्विद्यां शतवारं तथार्चयेत् । प्रसूनैररुणैः शुभ्रैः सौरभाढ्यैरथापि वा ॥ १८९ ॥

En touchant de la tête, avec révérence, le siège sacré ou la Divinité, qu’on récite la vidyā cent fois; puis qu’on accomplisse pareillement l’adoration, en offrant des fleurs rouges ou blanches, ou toute fleur abondante en parfum.

Verse 190

दद्याद्गुग्गुलधूपं च यावत्कर्मावसानकम् । ततो देव्या समाविष्टे तस्मिन्संपूज्य भक्तितः ॥ १९० ॥

Qu’on offre l’encens parfumé de guggulu jusqu’à l’achèvement du rite. Puis, lorsque la Déesse est entrée et se rend présente dans cette image ou ce réceptacle, qu’on vénère cette présence avec bhakti.

Verse 191

ततस्तामुपचारैस्तैः प्रागुक्तैर्विद्यया व्रती । प्रजपंस्तां ततः पृच्छेदभीष्टं कथयेच्च सा ॥ १९१ ॥

Alors, l’observant du vœu, avec les upacāras mentionnés plus haut et selon la vidyā prescrite, qu’il récite maintes fois pour Elle; ensuite qu’il l’interroge sur ce qu’il désire, et Elle le révélera.

Verse 192

भूतं भवद्भविष्यं च यदन्यन्मनसि स्थितम् । जन्मांतराण्यतीतानि सर्वं सा पूजिता वदेत् ॥ १९२ ॥

Le passé, le présent et l’avenir, et tout ce qui demeure dans l’esprit, ainsi que les naissances des vies antérieures : lorsqu’Elle est honorée comme il se doit, Elle révèle tout.

Verse 193

ततस्तां प्राग्वदभ्यर्च्य स्वात्मन्युद्वास्य तां जपेत् । सहस्रवारं स्थिरधीः पूर्णात्मा विचरेत्सुखी ॥ १९३ ॥

Ensuite, l’ayant de nouveau honorée comme auparavant et l’ayant installée en son propre Soi, qu’on récite ce mantra. En le récitant mille fois, l’intelligence stable, on devient intérieurement comblé et l’on chemine dans la joie.

Verse 194

मधुरत्रयसंसिक्तैररुणैरंबजैः श्रियम् । प्राप्नोति मंडलं होमात्सितैश्च महद्यशः ॥ १९४ ॥

En accomplissant le homa avec des lotus rouges imprégnés des trois substances douces, on obtient la prospérité; et en offrant des lotus blancs dans le homa, on acquiert une grande renommée.

Verse 195

क्षौद्राक्तैरुप्तलै रक्तैर्हवनात्प्रोक्तकालतः । सुवर्णं समवाप्नोति निधिं वा वसुधां तु वा ॥ १९५ ॥

En accomplissant l’offrande au feu au moment prescrit avec des lotus rouges enduits de miel, on obtient de l’or—ou bien un trésor, voire des terres.

Verse 196

क्षीराक्तैः कैरवैर्होमात्प्रोक्तं काममवाप्नुयात् । धान्यानि विविधान्याशु सुभगः स भवेन्नरः ॥ १९६ ॥

En accomplissant le homa avec des fleurs de kumuda (nénuphar blanc) enduites de lait, on obtient le but désiré tel qu’il a été énoncé. On acquiert vite des grains variés, et l’homme devient chanceux et prospère.

Verse 197

आज्याक्तैरुत्पलैर्होमाद्वांछितं समवाप्नुयात् । तदक्तैरपि कह्लारैर्हवनाद्राजवल्लभः ॥ १९७ ॥

En offrant le homa avec des lotus bleus enduits de ghee, on obtient le résultat désiré. Et en faisant des oblations avec des lotus kahlāra enduits de même, on devient cher au roi.

Verse 198

पलाशपुष्पैस्त्रिस्वादुयुक्तैस्तत्कालहोमतः । चतुर्विधं तु पांडित्यं भवत्येव न संशयः ॥ १९८ ॥

En accomplissant au moment opportun le homa avec des fleurs de palāśa imprégnées des trois douceurs, on obtient assurément une maîtrise savante en quatre aspects — sans aucun doute.

Verse 199

लाजैस्त्रिमधुरोपेतैस्तत्कालहवनेन वै । कन्यकां लभते पत्नीं समस्तगुणसंयुताम् ॥ १९९ ॥

En offrant des grains grillés (lāja) accompagnés des trois douceurs, et en accomplissant l’oblation dans le feu sacré au moment prescrit, on obtient véritablement une jeune fille pour épouse, pourvue de toutes les vertus.

Verse 200

नालिकेरफलक्षोदं ससितं सगुडं तु वा । क्षौद्राक्षं जुहुयात्तद्वदयत्नाद्धनदोपमः ॥ २०० ॥

Qu’on verse dans le feu sacré l’essence/eau de coco mêlée de sucre, ou bien de jaggery (sucre brut) ; de même, qu’on offre du miel mêlé de raisins ou de raisins secs. En agissant ainsi, sans peine, on devient prospère comme Kubera, Seigneur des richesses.

Frequently Asked Questions

It standardizes mantra-sādhana into a measurable completion protocol: homa is one-tenth of japa, tarpaṇa one-tenth of homa, mārjana one-tenth of tarpaṇa, and feeding brāhmaṇas one-tenth of mārjana—presented as the prerequisite framework for vidyā-siddhi before attempting prayogas.

It permits regulated use for worship and for a disciplined practitioner only after offering to the Goddess, warns against excess beyond mind-settling, and declares even ‘devatā/guru’ pretexts insufficient to excuse intoxicant-use when it becomes mere consumption of remnants—thereby framing ritual substances within dharmic restraint.

It functions as a compact catalog of mantra theory, yantra geometry, calendrical worship schedules, pharmacological/fermentation recipes, homa material science (woods, flowers, oils), and outcome taxonomies—organizing diverse technical domains into a single procedural map.