Adhyaya 197
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 197

Adhyaya 197

Sūta raconte une crise morale touchant Parāvasu, fils du brāhmane savant Viśvāvasu. Au mois de Māgha, épuisé et négligent, Parāvasu séjourne chez une courtisane et boit par mégarde de l’alcool, le prenant pour de l’eau. Dès qu’il comprend sa faute, il est saisi de remords et cherche la purification : il se baigne à Śaṅkha-tīrtha puis se présente devant son maître dans une posture d’abaissement social, demandant un prāyaścitta (expiation). Ses amis se moquent d’abord de lui et proposent un remède inconvenant ; mais Parāvasu exige une réparation sérieuse, ce qui conduit à consulter des brāhmanes versés dans les smṛti. Ils distinguent l’absorption volontaire de l’absorption involontaire et prescrivent une expiation classique : boire du ghee brûlant, en proportion de la quantité ingérée. Son père et sa mère tentent d’empêcher une pénitence si dangereuse, craignant la mort et le déshonneur. La communauté se tourne alors vers Bhartṛyajña (également associé à Haribhadra dans la scène de cour), autorité respectée, qui reformule l’affaire : même des paroles dites en plaisantant peuvent devenir effectives dans le dharma local lorsqu’une interprétation savante et le contexte les valident. Avec une solution arbitrée par le tribunal et l’appui du roi, la princesse Ratnāvatī, adoptant une attitude maternelle, permet une épreuve rituelle symbolique de purification : au toucher et au contact des lèvres, c’est du lait et non du sang qui apparaît, signe public du retour à la pureté. L’épisode s’achève par une règle civique : une ordonnance interdit les intoxicants et la viande dans de telles maisons, avec sanctions à la clé, reliant l’expiation personnelle à la gouvernance éthique de la cité.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । एतस्मिन्नेव काले तु नागरो द्विजसत्तमाः । विश्वावसुरिति ख्यातो वेदवेदांगपारगः

Sūta dit : En ce même temps, ô meilleurs des deux-fois-nés, il y avait un brahmane nāgara, renommé sous le nom de Viśvāvāsu, parfaitement versé dans les Veda et leurs auxiliaires.

Verse 2

पश्चिमे वयसि प्राप्ते तस्य पुत्रो बभूव ह । परावसुरिति ख्यातस्तस्य प्राणसमः सदा

Lorsqu’il parvint à l’âge avancé, un fils lui naquit, connu sous le nom de Parāvasu, toujours aussi cher à lui que son propre souffle.

Verse 3

स वेदाध्ययनं चक्रे यौवने समुपस्थिते । वयस्यैः संमतैः सार्धं सदा हास्य परायणैः

Lorsque la jeunesse fut venue à lui, il entreprit l’étude des Veda, avec des compagnons de son âge, agréables et approuvés, toujours portés au rire et à la légèreté.

Verse 4

कस्यचित्त्वथ कालस्य माघमास उपस्थिते । रात्रौ सोऽध्ययनं चक्र उपाध्यायगृहं गतः

Puis, à un certain moment, lorsque le mois de Māgha fut arrivé, il se rendit chez son maître et étudia durant la nuit.

Verse 5

निशीथे स समुत्थाय सर्वैर्मि त्रैश्च रक्षितः । वेश्यागृहं समासाद्य प्रसुप्तो वेश्यया सह

À minuit, il se leva, gardé par tous ses compagnons ; parvenu à la maison de la courtisane, il s’étendit et s’endormit auprès d’elle.

Verse 6

जलपूर्णं समाधाय जलपात्रं समीपगम् । निजाचमनयोग्यं च जलपानार्थमेव च

Il plaça tout près un récipient rempli d’eau, convenant à son ācamanam (geste rituel de rinçage et de gorgée), et destiné uniquement à boire de l’eau.

Verse 7

निशाशेषे तु संप्राप्ते स पिपासासमाकुलः । निद्रालस्यसमोपेतः शय्यां त्यक्त्वा समुत्थितः

Quand la nuit touchait à sa fin, tourmenté par la soif et encore alourdi de sommeil et de torpeur, il se leva en quittant la couche.

Verse 8

वेश्याया मद्यपात्रं तु ह्यधस्तात्सं व्यवस्थितम् । तदादाय पपौ मद्यं जलभ्रांत्या यदैव सः

Mais au-dessous se trouvait le récipient de liqueur de la courtisane ; le prenant, il but l’alcool, le prenant pour de l’eau.

Verse 9

तदा मद्यं परिज्ञाय पात्रं त्यक्त्वा सुदुःखितः । वैराग्यं परमं गत्वा प्रलापानकरो द्बहून्

Alors, comprenant que c’était de la liqueur, il jeta le récipient, accablé de douleur ; saisi d’un détachement suprême, il proféra de nombreuses plaintes.

Verse 10

अहो निद्रान्वितेनाद्य किं मया विकृतं कृतम् । यदद्य मद्यमापीतं जलभ्रांत्या विगर्हितम्

« Hélas ! Aujourd’hui, vaincu par le sommeil, quel acte funeste ai-je commis ? J’ai bu de la liqueur—acte blâmé—en la prenant pour de l’eau. »

Verse 11

किं करोमि क्व गच्छामि कथं शुद्धिर्भवेन्मम । प्रायश्चित्तं करिष्यामि यद्यपि स्यात्सुदुष्करम्

« Que faire, et où aller ? Comment la pureté pourrait-elle m’advenir ? J’accomplirai l’expiation (prāyaścitta), fût-ce d’une difficulté extrême. »

Verse 12

एवं निश्चित्य मनसा प्रभाते समुपस्थिते । शंखतीर्थं समासाद्य कृत्वा स्नानं तथा परम्

Ayant ainsi pris sa résolution, lorsque l’aurore parut il atteignit Śaṃkhatīrtha et y accomplit un bain purificateur des plus excellents.

Verse 13

सशिखं वपनं पश्चात्कारयित्वा त्वरावितः । गतश्च तिष्ठते यत्र ब्रह्मघोषपरायणः

Ensuite, après s’être fait raser tout en conservant la śikhā, il se hâta vers le lieu où demeurait celui qui se vouait à la récitation védique (brahmaghoṣa).

Verse 14

उपाध्यायः सशिष्यश्च ब्रह्मस्थानं समाश्रितः । स गत्वा दूरतः स्थित्वा संनिविष्टो यथान्त्यजः

Le précepteur, avec son disciple, demeurait au Brahmasthāna. S’y rendant, il se tint au loin et s’assit, tel un paria, abaissé par sa faute.

Verse 15

श्मश्रुमूर्धजहीनस्तु यदा मित्रैर्विलोकितः । तदा हास्याद्धतो मूर्ध्नि हस्ताग्रैश्च मुहुर्मुहुः

Quand ses amis le virent privé de barbe et de chevelure, ils éclatèrent de rire et, à maintes reprises, lui frappèrent le sommet du crâne du bout des doigts, par moquerie.

Verse 16

उपाध्यायस्तु तं दृष्ट्वा दीनं बाष्पपरिप्लुतम् । श्मश्रुमूर्धजसंत्यक्तं ततः प्रोवाच सादरम्

Le voyant misérable, baigné de larmes, ayant renoncé à sa barbe et à sa chevelure, le maître lui adressa alors la parole avec bonté.

Verse 17

किमद्य वत्स दूरे त्वमुपविष्टस्तु दैन्यधृक् । एहि मे संनिधौ ब्रूहि पराभूतोऽसि केन वा

« Qu’y a-t-il aujourd’hui, mon enfant ? Pourquoi es-tu assis si loin, portant une telle affliction ? Viens près de moi et dis-moi : par qui as-tu été humilié ? »

Verse 18

परावसुरुवाच । अयोग्योऽहं गुरो जातः सेवायास्तव सांप्रतम् । वेश्याया मंदिरस्थेन ज्ञात्वा निजकमंडलुम्

Parāvasu dit : «Ô Guru vénérable, je suis désormais devenu indigne de te servir ; car, me trouvant dans la maison d’une courtisane, j’ai appris quelque chose au sujet de mon propre kamaṇḍalu, mon vase d’eau».

Verse 19

वेश्याया मद्यपात्रं तु मद्यपूर्णं प्रगृह्य च । तस्माद्देहि विभो मह्यं प्रायश्चित्तं विशुद्धये

«J’ai pris le récipient de liqueur d’une courtisane, rempli de vin. C’est pourquoi, ô Vénérable, accorde-moi une expiation (prāyaścitta) afin que je sois purifié.»

Verse 20

धर्मद्रोणेषु यत्प्रोक्तं तत्करिष्याम्यसंशयम्

«Tout ce qui est prescrit dans les traités du Dharma, je l’accomplirai, sans aucun doute.»

Verse 21

अथ तं बटवः प्रोचुर्वयस्यास्तस्य ये स्थिताः । हास्यं कृत्वा प्रकामाश्च वेश्या या गुरुसंनिधौ

Alors les garçons —ses compagnons du même âge, qui se tenaient tout près— lui parlèrent ; après s’être longuement moqués de lui, ils se mirent à évoquer cette courtisane qui se trouvait près de la demeure du maître.

Verse 22

या एषा नृपतेः कन्या ख्याता रत्नावती जने । अस्याः स्तनौ गृहीत्वा त्वमधरं पिबसि द्रुतम् । ततस्ते स्याद्विशुद्धिश्च नान्यथा प्रभविष्यति

«Celle-ci est la fille du roi, connue du peuple sous le nom de Ratnāvatī. Si tu saisis ses seins et bois promptement à ses lèvres, tu obtiendras la purification ; autrement, cela ne pourra advenir.»

Verse 23

परावसुरुवाच । न वयस्या नर्मकालो विषमे मम संस्थिते । ममोपरि यदि स्नेहो वालमित्रत्वसंभवः । तदानीय द्विजानन्यान्वदध्वं निष्कृतिं मम

Parāvasu dit : «Amis, ce n’est pas l’heure des plaisanteries, car je me tiens dans une détresse profonde. Si vous avez pour moi une affection véritable, née de notre amitié d’enfance, alors amenez d’autres brāhmaṇas et dites-moi le prāyaścitta, le juste rite d’expiation, pour que je sois délivré.»

Verse 24

अथ ते नर्ममुत्सृज्य तद्दुःखेन च दुःखिताः । विश्वावसुं समासाद्य तद्वृत्तांतमथाब्रुवन्

Alors ils cessèrent leurs plaisanteries et, peinés de sa peine, s’approchèrent de Viśvāvasu et lui rapportèrent en entier tout ce qui s’était passé.

Verse 25

सोऽपि तेषां समाकर्ण्य तत्कर्णकटुकं वचः । सभार्यः प्रययौ तत्र यत्र पुत्रो व्यवस्थितः

Entendant leurs paroles—dures et amères à l’oreille—Viśvāvasu partit lui aussi, avec son épouse, vers l’endroit où demeurait son fils.

Verse 26

दुःखेन महता युक्तः स्खलमानः पदेपदे । वृद्धभावात्तथा शोकात्पुत्राकृत्यसमुद्भवात्

Accablé d’une grande douleur, il trébuchait à chaque pas—à cause de la vieillesse, et du chagrin né de la faute de son fils.

Verse 27

ततस्तौ प्रोचतुः पुत्रं बाष्पगद्गदया गिरा । दंपती बहुशोकार्तौ हा पुत्र किमिदं कृतम् । सोऽपि सर्वं समाचख्यौ ताभ्यां वृतांतमात्मनः

Alors l’époux et l’épouse, accablés de maints chagrins, parlèrent à leur fils d’une voix étranglée de larmes : «Hélas, mon enfant, qu’as-tu donc fait ?» Et lui, à son tour, leur exposa tout, le récit entier de ce qui lui était advenu.

Verse 28

प्रायश्चित्तं करिष्यामि तस्मादात्मविशुद्धये । ततो विश्वावसुर्विप्रान्स्मार्ताञ्छ्रुतिसमन्वितान् । तदर्थमानयामास वेदविद्याविचक्षणान्

«Ainsi, pour la purification de mon propre être, j’accomplirai le prāyaścitta (expiation).» Alors Viśvāvasu fit venir des brāhmaṇa savants—autorités de la Smṛti, affermis dans la Śruti—experts clairvoyants de la connaissance védique, pour ce dessein même.

Verse 29

ततः परावसुस्तेषां पुरः स्थित्वा कृतांजलिः । प्रोवाच स्वादितं मद्यं मया रात्रावजानता । वेश्या भांडं समादाय ज्ञात्वा निजकमंडलुम्

Alors Parāvasu, se tenant devant eux les mains jointes, déclara : «Dans la nuit, à mon insu, j’ai goûté une liqueur enivrante. Une courtisane, prenant un récipient—le reconnaissant comme mon propre kamaṇḍalu (pot à eau)…»

Verse 31

एवमुक्तास्ततस्तेन विप्रास्ते स्मृतिवादिनः । धर्मशास्त्रं समालोक्य ततः प्रोचुश्च तं द्विजाः

Ainsi interpellés par lui, ces brāhmaṇa—exégètes des Smṛti—consultèrent le Dharmaśāstra, puis les «deux-fois-nés» lui adressèrent la parole.

Verse 32

अतिमानादतिक्रोधात्स्नेहाद्वा यदि वा भयात् । प्रायश्चित्तमनर्हं तु ददत्तत्पापमश्नुते

Par orgueil excessif, par colère excessive, par attachement, ou même par crainte—si l’on prescrit une expiation à quelqu’un qui n’y est pas apte, celui qui la prescrit encourt ce péché même.

Verse 33

प्रायश्चित्तं प्रदास्यामस्तस्माद्युक्तं वयं तव । यदि शक्नोषि तत्कर्तुं तत्कुरुष्व समाहितः

«C’est pourquoi nous te prescrirons une expiation qui te convient. Si tu peux l’accomplir, accomplis-la—ferme et recueilli.»

Verse 34

परावसुरुवाच । करोमि वो न चेद्वाक्यं तत्पृच्छामि कुतो द्विजाः । नाहं केनापि संदृष्टो मद्यपानं समाचरन्

Parāvasu dit : «Je ferai selon votre parole ; pourtant je demande ceci, ô deux-fois-nés : comment cela est-il su ? Nul ne m’a vu tandis que je buvais la liqueur enivrante.»

Verse 35

तस्माद्ब्रूत यथार्हं मे प्रायश्चित्तं विशुद्धये । अपि प्राणहरं रौद्रं नो चेत्पापमवाप्स्यथ

«Aussi, dites-moi l’expiation qui convient à ma purification, fût-elle farouche et ôtant la vie ; sinon, vous encourrez le péché.»

Verse 36

ब्राह्मणा ऊचुः । बुध्यमानो द्विजो यस्तु मद्यपानं समाचरेत् । तावन्मात्रं हिरण्यं च तप्तं पीत्वा विशुध्यति

Les brāhmaṇas dirent : «Si un deux-fois-né, en pleine conscience, commet l’acte de boire la liqueur, il se purifie en buvant de l’or fondu et chauffé, en la même mesure.»

Verse 37

अज्ञानतो यदा पीतं मद्यं विप्रेण कर्हिचित् । अग्नितुल्यं घृतं पीत्वा तावन्मात्रं विशुध्यति

«Mais si, à quelque moment, un brāhmaṇa boit la liqueur par ignorance, il se purifie en buvant du ghee (beurre clarifié) brûlant comme le feu, en la même mesure.»

Verse 38

एवं ते सर्वमाख्यातं प्रायश्चित्तं विशुद्धये । यदि शक्तोषि चेत्कर्तुं कुरुष्व त्वं द्विजोत्तम

«Ainsi, l’expiation entière pour la purification t’a été exposée. Si tu as la force de l’accomplir, accomplis-la, ô le meilleur des deux-fois-nés.»

Verse 39

परावसुरुवाच । गंडूषमेकं मद्यस्य मया पीतं द्विजोत्तमाः । तावन्मात्रं पिबाम्येव घृतं वह्निसमं कृतम्

Parāvasu dit : «Ô meilleurs des deux-fois-nés, je n’ai bu qu’une seule gorgée de liqueur. Aussi boirai-je du ghee chauffé jusqu’à être semblable au feu, en la même mesure.»

Verse 40

युष्मदादेशतोऽद्यैव स्वशरीरविशुद्धये । विश्वावसुश्च तच्छ्रुत्वा वज्रपातोपमं वचः

«Par votre ordre, dès aujourd’hui, pour la purification de mon propre corps…» Et Viśvāvasu, entendant ces paroles—pareilles à la chute de la foudre—

Verse 41

विप्राणां चाथ पुत्रस्य तदोवाच सुदुःखितः । कृत्वाश्रुमोक्षणं भूरि बाष्पगद्गदया गिरा

Alors, accablé de douleur, il parla aux brāhmaṇa et à son fils ; il versa d’abondantes larmes, la voix étranglée par les sanglots.

Verse 42

सर्वस्वमपि दास्यामि पुत्रस्यास्य विशुद्धये । प्रायश्चित्तं समाचर्तुं न दास्यामि कथंचन

«Pour la purification de ce fils, je donnerai même tout ce que je possède. Mais jamais je ne donnerai mon assentiment pour qu’il accomplisse cette expiation (prāyaścitta).»

Verse 43

अश्राद्धेयो विपांक्तेयः सपुत्रो वा भवाम्यहम् । स्थानं वा संत्यजाम्येतत्पुत्र मैवं समाचर

«Je puis devenir indigne des rites de śrāddha et indigne de prendre place dans la rangée des brāhmaṇa—avec mon fils ; ou bien je quitterai ce lieu. Ô mon fils, n’agis pas ainsi.»

Verse 44

तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य पितुर्विघ्नकरं परम् । प्रायश्चित्तस्य सस्नेहं पुत्रो वचनमब्रवीत्

Ayant entendu les paroles de son père—grand obstacle à l’accomplissement du prāyaścitta (expiation)—le fils parla alors avec tendresse au sujet du prāyaścitta.

Verse 45

त्यज तात मम स्नेहं मा विघ्नं मे समाचर । प्रायश्चित्तं करिष्यामि निश्चयोऽयं मया कृतः

Le fils dit : «Père, mets de côté ton affection pour moi ; ne m’oppose pas d’obstacle. J’accomplirai le prāyaścitta ; telle est la résolution que j’ai prise.»

Verse 46

मातोवाच । यदि पुत्र त्वया कार्यं प्रायश्चित्तं विशुद्धये । तदहं पतिना सार्धं प्रवेक्ष्यामि पुरोऽनलम्

La mère dit : «Si, mon fils, tu dois accomplir le prāyaścitta pour la purification, alors moi, avec ton père, j’entrerai avant toi dans le feu flamboyant.»

Verse 47

त्वां द्रष्टुं नैव शक्रोमि पिबंतमग्निवद्घृतम् । पश्चात्प्राणपरित्यक्तं सत्येना त्मानमालभे

«Je ne puis supporter de te voir boire le ghee comme s’il était du feu. Après que tu auras quitté la vie, moi aussi, par la puissance de la vérité, j’abandonnerai mon propre être.»

Verse 48

पितोवाच । युक्तं पुत्रानया प्रोक्तं मात्रा तव हितं तथा । ममापि संमतं ह्येतत्करिष्यामि न संशयः

Le père dit : «Mon fils, ce que ta mère a dit est juste et véritablement pour ton bien. Moi aussi je l’approuve ; je le ferai, sans aucun doute.»

Verse 49

तच्छ्रुत्वा तं समायाता वृत्तांतं दुःखसंयुताः

Ayant entendu ce récit, ils s’y rassemblèrent, accablés de chagrin.

Verse 51

पुत्रं प्रबोधयामासुः प्रायश्चित्तनिवृत्तये । तदा न शक्नुवंति स्म निवर्तयितुमं जसा

Ils tentèrent d’exhorter le fils à renoncer à l’expiation; mais, même alors, ils ne purent aisément le faire revenir.

Verse 52

तावुभौ च पितापुत्रौ प्राणत्यागकृतादरौ

Ainsi, le père et le fils se vouèrent tous deux à l’abandon de la vie.

Verse 53

ततो वास्तुपदं जग्मुः सर्वज्ञो यत्र तिष्ठति । भर्तृयज्ञो महाभागः सर्वसंदेह वारकः

Ils se rendirent alors à Vāstupada, où demeurait l’Omniscient—Bhartṛyajña, le très fortuné, celui qui dissipe tous les doutes.

Verse 54

तस्य सर्वं समाचख्युः परावसुसमुद्भवम् । वृत्तांतं मद्यपानोत्थं यन्मित्रैस्तस्य कीर्तितम्

Ils lui exposèrent tout : l’affaire entière née de Parāvasu—l’incident issu de la boisson enivrante, tel que ses amis l’avaient rapporté.

Verse 55

प्रायश्चित्तं तु हास्येन यच्च स्मार्तैः प्रकीर्तितम् । विश्वावसोश्च संकल्पं वह्निसाधनसंभवम्

Ils rapportèrent aussi l’expiation (prāyaścitta) que les autorités Smārta avaient mentionnée—énoncée avec dérision—ainsi que la résolution de Viśvāvasu, née du « moyen du feu ».

Verse 56

सपत्नीकस्य मित्राणां यच्च दुःखमुपस्थितम् । निवेद्य तत्तथा प्रोचुर्भू योऽपिविनयान्वितम्

Ils présentèrent encore la peine survenue aux amis avec leurs épouses ; l’en ayant informé, ils parlèrent de nouveau avec humilité.

Verse 57

अतीतं वर्तमानं च भविष्यद्वापि यद्भवेत् । न तेऽस्त्यविदितं किंचित्सर्वं जानीमहे वयम्

Le passé, le présent et tout ce qui peut advenir dans l’avenir : rien ne t’est inconnu. En vérité, nous te connaissons comme celui qui comprend tout.

Verse 58

एतच्च नगरं सर्वं विश्वावसुकृतेऽधुना । संशयं परमं प्राप्तं तेन प्राप्तास्तवांतिकम्

À cause de ce que Viśvāvasu vient de faire, toute cette cité est tombée dans un doute profond ; c’est pourquoi nous sommes venus en ta présence.

Verse 59

तस्माद्ब्रूहि महाभाग यद्यस्त्यपरमेव हि । प्रायश्चित्तं द्विजस्यास्य मद्यपानविशुद्धये

C’est pourquoi, ô très fortuné, dis-nous—s’il existe vraiment un remède suprême—quelle expiation peut purifier ce « deux-fois-né » de la faute d’avoir bu des liqueurs.

Verse 60

न ते ह्यविदितं किंचित्तव वेदसमुद्भवम् । भर्तृयज्ञो विहस्योच्चैस्ततो वचनमब्रवीत्

Rien de ce qui naît du Veda ne t’est inconnu. Alors Bhartṛyajña, riant à haute voix, prononça ces paroles.

Verse 61

ब्राह्मणस्यास्य शुद्ध्यर्थमप्ययुपायः सुखावहः । विद्यमानोऽपि नास्त्येव मतिरेषा स्थिता मम

Pour la purification de ce brāhmane, il existe certes un moyen qui apporte l’aisance; pourtant, bien qu’il existe, c’est comme s’il n’existait pas : telle est la pensée fermement établie en moi.

Verse 62

ब्राह्मणा ऊचुः पूर्वापरविरोधे नवाक्यमेतन्महामते । कथमस्ति कथं नास्ति तस्मात्त्वं वक्तुमर्हसि । विस्मयोऽयं महाञ्जातः सर्वेषां च द्विजन्मनाम्

Les brāhmanes dirent : «Ô esprit magnanime, cette parole est nouvelle et semble contredire ce qui précède et ce qui suit. Comment cela peut-il être, et comment peut-il ne pas être ? Aussi dois-tu l’expliquer. Un grand étonnement s’est levé chez tous les deux-fois-nés.»

Verse 63

भर्तृयज्ञ उवाच । जपच्छिद्रं तपश्छिद्रं यच्छिद्रं यज्ञकर्मणि । सर्वं भवति निश्छिद्रं यस्य चेच्छंति ब्राह्मणाः

Bhartṛyajña dit : «Toute faille dans le japa, toute faille dans l’austérité, et quelque faille qu’il y ait dans les actes du yajña — tout cela devient sans défaut pour celui que les brāhmanes approuvent et désirent (redresser).»

Verse 64

अच्छिद्रमिति यद्वाक्यं वदंति क्षितिदेवताः । विशेषान्नागरोद्भूतास्तत्तथैव न चान्यथा

Les «dieux de la terre» (les brāhmanes) disent la formule : «C’est sans défaut.» Mais ceux qui sont issus de la tradition Nāgara constituent un cas particulier : c’est exactement ainsi, et non autrement.

Verse 65

तथा च ब्रह्मशालायां संस्थितैर्यदुदाहृतम् । नान्यथा तत्परिज्ञेयं हास्येनापि स्मृतिं विना

De plus, tout ce qui fut proclamé par ceux rassemblés dans la salle de Brahmā doit être compris exactement en ce sens, et non autrement ; même si cela fut dit sur le ton de la plaisanterie, on ne doit pas l’admettre sans le souvenir dû de la Smṛti, la tradition faisant autorité.

Verse 66

स एष हास्यभावेन प्रोक्तो मित्रैः परावसुः

Ce Parāvasu fut évoqué par ses amis dans un esprit de plaisanterie.

Verse 67

रत्नवत्याः स्तनौ गृह्य यद्यास्वादयतेऽधरम् । तद्भविष्यति मे शुद्धिर्मद्यपान समुद्भवा

« S’il saisit les seins de Ratnavatī et goûte sa lèvre inférieure, alors l’impureté née en moi de la boisson enivrante sera purifiée. »

Verse 68

तदुपायो मया प्रोक्तो विप्रस्यास्य सुखावहः । पराशरमतेनैव करोति यदि शुध्यति

« J’ai énoncé ce remède pour ce brāhmane, et l’on dit qu’il lui apporte apaisement. S’il l’accomplit selon l’avis de Parāśara, il devient purifié. »

Verse 69

ब्राह्मणा ऊचुः । यद्येतच्छुणुते राजा वाक्यमीर्ष्यापरायणः । तत्सर्वेषां वधं कुर्याद्विप्राणामन्यथा भवेत्

Les brāhmanes dirent : « Si le roi, tout entier voué à la jalousie, entend ces paroles, il pourrait faire mettre à mort nous tous, brāhmanes ; autrement, l’issue sera autre (que celle visée). »

Verse 70

तस्मात्करोतु चाभीष्टमेष विप्रः परावसुः । मातापितृसमोपेतो वयं यास्यामहे गृहम्

Ainsi, que le brāhmane Parāvasu accomplisse ce qu’il désire. Nous, accompagnés de notre mère et de notre père, retournerons à la maison.

Verse 71

भर्तृयज्ञ उवाच । स राजा नीतिमान्विज्ञः सर्वधर्मपरायणः । भक्तो देवद्विजानां च सर्वशास्त्र विचक्षणः

Bhartṛyajña dit : «Ce roi est juste dans sa conduite politique, clairvoyant, voué à tout dharma ; dévot aussi envers les dieux et les deux-fois-nés, et habile à pénétrer tous les śāstras.»

Verse 72

तस्मान्मया समं सर्वे नागरायांतु तद्ग्रहे

Ainsi, que tous les gens de la cité viennent avec moi jusqu’à sa demeure en ville.

Verse 73

मध्यगं पुरतः कृत्वा तद्वक्त्रेण च तत्पुरः । कथयंतु च वृत्तांतं मद्यपान समुद्भवम्

Le plaçant au milieu et le menant au premier rang, qu’en présence du roi—de sa propre bouche—soit rapporté le récit né de la boisson enivrante.

Verse 74

परावसोश्च यत्प्रोक्तं वयस्यैर्हास्यमाश्रितैः । पराशरसमुत्थं च यद्वाक्यं तत्स्मृतेः परम्

Et ce que ses compagnons, dans la plaisanterie, dirent à Parāvasu—avec l’énoncé issu de Parāśara—porte un poids supérieur au simple souvenir, comme parole faisant autorité.

Verse 75

तच्छ्रुत्वा यदि भूपाल ईर्ष्या लोभसमन्वितः । भविष्यति ततोऽहं तं धारयिष्यामि सत्पथे

« Si, en l’entendant, le roi est saisi de jalousie et d’avidité, alors je le retiendrai et le maintiendrai sur la voie juste du dharma. »

Verse 76

सूतौवाच । ततस्ते नागराः सर्वे सन्तोषं परमं गताः । साधुवादैः समभ्यर्च्य भर्तृयज्ञं पृथग्विधैः

Sūta dit : « Alors tous les habitants de la cité atteignirent la plus haute satisfaction et, honorant Bhartṛyajña par maintes bénédictions et des acclamations de “Bien dit !”, ils lui rendirent hommage. »

Verse 77

तेनैव सहितं तूर्णं मध्ये कृत्वा च मध्यगम् । गर्त्तातीर्थसमुद्भूतं वेदवेदांगपारगम्

Promptement, l’emmenant avec eux et le plaçant au milieu, ils firent venir celui qui s’était manifesté en lien avec Garttā-tīrtha, un expert ayant franchi l’autre rive des Veda et des Vedāṅga.

Verse 78

स्मृतिज्ञं लक्षणज्ञं तमाहिताग्निं यशस्विनम् । यष्टारं बहुयज्ञानां भर्तृयज्ञमते स्थितम्

Il connaissait la Smṛti et les signes auspicieux; illustre gardien des feux sacrés (āhita-agni), accomplisseur de nombreux yajñas, et établi dans la discipline sacrificielle de Bhartṛyajña.

Verse 79

आनर्तेनापि भूपेन स्वर्गभ्रष्टेन वै पुरा । कर्णोत्पलाजनित्रेण यश्च पूर्वं चिरन्तनः

Autrefois, même le roi d’Ānarta — déchu du ciel — honora/établit ce vénérable à la renommée antique, né de la lignée de Karṇotpalājanitrā.

Verse 80

चमत्कारपुरे न्यस्तः स्थानेऽस्मिन्विप्रगौरवात् । येन सिध्यंति कार्याणि सर्वेषां च द्विजन्मनाम्

Par vénération pour les brāhmanes, il fut établi en ce lieu même, à Camatkārapura ; par lui, les entreprises de tous les « deux-fois-nés » parviennent à leur accomplissement.

Verse 81

तथा चैव तु चान्यानि चमत्कारपुरस्य च । हरिभद्राभिधानं तं भर्तृयज्ञसमन्वितम्

De même, dans d’autres récits liés à Camatkārapura, on le désigne sous le nom de Haribhadra, pourvu de l’observance du Bhartṛyajña.

Verse 82

कृत्वा ते नागराः सर्वे राजद्वारमुपागताः । परावसुं समादाय मातापितृसमन्वितम्

Après cela, tous les habitants de la cité se rendirent à la porte royale, amenant Parāvasu avec sa mère et son père.

Verse 83

अथ द्वाःस्थो द्रुतं गत्वा भूपतेस्तान्न्यवेदयत् । ब्राह्मणान्भर्तृयज्ञेन हरिभद्रेण संयुतान्

Alors le portier se hâta d’aller informer le roi : « Des brāhmanes sont arrivés, accompagnés d’Haribhadra, lié au Bhartṛyajña ».

Verse 84

आनर्तोऽपि च ताञ्छ्रुत्वा राजद्वारसमागतान् । पुरोधसा समायुक्तः संमुखं प्रययौ तदा

En apprenant qu’ils étaient arrivés à la porte royale, le roi Ānarta, accompagné de son prêtre royal, sortit alors pour aller à leur rencontre, face à face.

Verse 85

दत्त्वार्घं मधुपर्कं च विष्टरं गां तथा नृपः । प्रथमं भर्तृयज्ञाय हरिभद्राय वै ततः

Le roi offrit l’arghya, le madhuparka, un siège et une vache—d’abord à Haribhadra, l’officiant du Bhartṛ-yajña, puis aux autres.

Verse 86

चतुर्णां मुद्गहस्तानां तथान्येषां द्विजन्मनाम् । आद्यऋग्यजुःसाम्नां च प्रगृह्याशीर्वचः परम्

Et de quatre brahmanes dits « mudga-hasta », ainsi que d’autres deux-fois-nés—les plus éminents des lignées du Ṛg-, du Yajur- et du Sāma-Veda—il reçut les paroles de bénédiction suprême.

Verse 88

तथा तेषूपविष्टेषु सर्वेषु पृथिवीपतिः । उपविश्य धरापृष्ठे कृतांजलिर भाषत

Lorsque tous eurent pris place, le seigneur de la terre, le roi, s’assit à même le sol et, les paumes jointes en signe de révérence, il parla.

Verse 89

धन्योऽस्म्यनुगृहीतोऽस्मि यन्मे गृहमुपागतः । सर्वोऽयं नागरो लोको भर्तृयज्ञसमन्वितः

«Je suis béni, je suis comblé de grâce—puisque vous êtes venus jusqu’à ma demeure. Toute cette communauté des Nāgara est unie dans l’observance du Bhartṛ-yajña.»

Verse 90

तदादिशतु मां लोको यत्कृत्यं प्रकरोमि वः । अदेयमपि यच्छामि गृहायातस्य सांप्रतम्

«Que l’assemblée m’ordonne ce qu’il convient que j’accomplisse pour vous. Même ce qui ne devrait pas être donné, je le donnerai à présent—puisque vous êtes venus chez moi.»

Verse 91

अगम्यमपि यास्यामि करिष्येऽकृत्यमेव च । तच्छ्रुत्वा हरिभद्रः स समुत्थाय त्वरान्वितः

«Même vers un lieu difficile d’accès, j’irai ; et j’accomplirai même ce qui, autrement, serait inconvenant.» À ces mots, Haribhadra se leva aussitôt, saisi d’une vive urgence.

Verse 92

पप्रच्छाद्यांस्तदर्थं च बह्वृचांस्तदनंतरम् । अध्वर्यूंश्चैव छांदोग्याननुज्ञातश्च तैस्तदा

Puis il interrogea les plus éminents parmi les Bahvṛcas au sujet de cette affaire ; ensuite il consulta aussi les Adhvaryus et les Chāndogyas — et, muni de leur assentiment, il poursuivit.

Verse 93

प्राणरुद्रान्वदंत्वाद्या जीवसूक्तं च बह्वृचाः । एषां चैव पृथिव्यादिसवनं यत्पुरा कृतम्

«Que les premiers récitent les Prāṇa-Rudras, et que les Bahvṛcas récitent le Jīva-sūkta. Et qu’on accomplisse le savana de “Pṛthivī et le reste”, comme on le fit jadis pour ces rites.»

Verse 94

पठन्त्वध्वर्यवः सर्वे छांदोग्याश्च पृथक्पृथक् । मधुच्युतेन संयुक्तं प्रपठन्तु च सिद्धये

«Que tous les Adhvaryus et les Chāndogyas récitent, chacun selon sa propre manière. Et qu’ils récitent conjointement avec la section “Madhucyuta”, afin d’obtenir l’accomplissement.»

Verse 95

भर्तृयज्ञमतेनैवं तेन प्रोक्ता द्विजोत्तमाः । पप्रच्छुश्चैव तत्सर्वं यत्प्रोक्तं तेन धीमता

Ainsi, selon la doctrine du Bhartṛ-yajña, ce sage instruisit les meilleurs parmi les deux-fois-nés ; et eux, à leur tour, l’interrogèrent sur tout ce qu’il avait exposé.

Verse 96

ततः पाठावसाने तु मध्यगः प्राह सादरम् । परावसुसमुद्भूतं वृत्तांतं तस्य भूपतेः

Puis, lorsque la récitation fut achevée, celui qui siégeait au milieu parla avec respect, rapportant un récit né de Parāvasu au sujet de ce roi.

Verse 97

सभामंडपमासाद्य सर्वान्समुपवेशयत् । वरासनेषु हैमेषु यथावदनुपूर्वशः

Parvenu au pavillon de l’assemblée, il fit asseoir chacun comme il convient, dans l’ordre prescrit, sur d’excellents sièges d’or.

Verse 98

भर्तृयज्ञेन चानीता यथा सर्वे द्विजातयः । तच्छ्रुत्वा पार्थिवो हृष्टः कृतांजलिपुटोऽब्रवीत्

Lorsque Bhartṛyajña l’eut ainsi amenée, avec tous les deux-fois-nés, le roi, l’ayant entendu, se réjouit et, les mains jointes, prit la parole.

Verse 99

धन्योहं कृतपुण्योऽस्मि यस्य मे नागरैर्द्विजैः । विप्रत्रयप्ररक्षार्थं प्रसादोऽयं महान्कृतः

«Je suis béni, je suis vraiment comblé de mérite, puisque par les dwija Nāgara cette grande grâce a été accomplie pour moi, afin de protéger les trois brāhmaṇa.»

Verse 100

धन्या मे कन्यका चेयं रक्षयिष्यति च स्वयम् । ब्राह्मणत्रितयं ह्येतन्मरणे कृतनिश्चयम्

«Bénie aussi est cette fille qui est mienne ; elle-même protégera cette triade de brāhmaṇa, eux qui se sont résolus à la mort.»

Verse 101

अथाऽसावानयामास तां कन्यां तत्क्षणाद्द्विजाः । उपविष्टं सभामध्ये ब्राह्मणेभ्यो न्यवेदयत्

Alors il amena aussitôt cette jeune fille ; et, assis au milieu de l’assemblée, il exposa l’affaire aux brāhmaṇas.

Verse 102

एषा कन्या मयानीता युष्मद्वाक्याद्द्विजोत्तमाः । भर्तृयज्ञेन यत्प्रोक्तं तत्करोतु च स द्विजः

« Ô meilleurs des deux-fois-nés, selon votre parole j’ai amené cette jeune fille. Que ce brāhmaṇa accomplisse exactement ce que Bhartṛyajña a déclaré. »

Verse 103

ततस्तत्र समानीय ब्राह्मण तं परावसुम् । भर्तृयज्ञ इदं वाक्यं कन्यायाः पुरतोऽब्रवीत्

Puis on y fit venir le brāhmaṇa Parāvasu ; et Bhartṛyajña prononça ces paroles devant la jeune fille.

Verse 104

इमां त्वं कन्यकां चित्ते जननीं यदि मन्यसे । अधरास्वादनं कुर्वंस्ततः सिद्धिमवाप्स्यसि

« Si, dans ton cœur, tu considères cette jeune fille comme ta mère, alors, en goûtant ses lèvres, tu atteindras l’accomplissement (la preuve visée sera établie). »

Verse 105

अनुरागपरो भूत्वा यद्यास्वादनतत्परः । भविष्यति ततो रक्तं तव वक्त्रे परावसो

« Mais si tu le fais poussé par la passion — tout entier voué à une saveur sensuelle — alors du sang apparaîtra dans ta bouche, ô Parāvasu. »

Verse 106

शुद्धस्य त्वथ दुग्धं च भविष्यति न संशयः

Mais pour celui qui est pur, le lait apparaîtra—il n’y a là aucun doute.

Verse 107

स्तनाभ्यां तव हस्ताभ्यां स्पर्शात्क्षीरं भवेद्यदि । तत्ते शुद्धिः परिज्ञेया रक्तं वा न भविष्यति

Si, par le contact de tes mains sur ses seins, du lait venait à couler, alors ta pureté sera reconnue; et le sang n’apparaîtra pas.

Verse 108

एवमुक्त्वाथ तं कन्यां ततः प्रोवाच स द्विजः । एनं त्वं पुत्रवत्पश्य पुत्रि ब्राह्मणसत्तमम्

Après avoir ainsi parlé à la jeune fille, le brāhmane dit encore : « Ma fille, considère cet excellent brāhmane comme tu considérerais un fils. »

Verse 109

येन शुद्धिमवाप्नोति त्वदोष्ठास्वादने कृते । स्पर्शिताभ्यां स्तनाभ्यां च प्रायश्चित्तं यतः स्मृतम्

« Par cela, il obtient la purification—car, après avoir goûté tes lèvres et touché tes seins, une expiation (prāyaścitta) est véritablement prescrite. »

Verse 110

एतदस्य द्विजेंद्रस्य वयस्यैर्हास्यसंयुतैः । येन शुद्धिमवाप्नोति नो चेन्मृत्युमवाप्स्यति

« Voilà ce que ses compagnons, en riant, ont imposé à ce chef des brāhmanes : par cela il peut recouvrer la pureté ; sinon, il rencontrera la mort. »

Verse 111

सूत उवाच । सा तथेति प्रतिज्ञाय सव्रीडं तमुवाच ह । एहि वत्स कुरुष्व त्वं प्रायश्चित्तं विशुद्धये

Sūta dit : Elle acquiesça en disant : « Qu’il en soit ainsi », puis, avec une pudeur empreinte de modestie, elle lui parla : « Viens, cher enfant ; accomplis l’expiation (prāyaścitta) pour une purification parfaite ».

Verse 112

मातृभावं समाधाय मया त्वं कल्पितः सुतः । सोऽपि तां मातृवन्मत्वा तस्याः सांनिध्यमागतः

«Ayant pris une disposition maternelle, je t’ai établi comme fils ; et lui aussi, la tenant pour une mère, s’approcha de sa présence.»

Verse 113

स्पृष्टवांश्च स्तनौ तस्याः सर्वलोकस्य पश्यतः । स्पृष्टाभ्यां च स्तनाभ्यां च तत्क्षणाद्द्विजसत्तमाः

Et il toucha ses seins sous le regard de tout le peuple ; et dès l’instant même où ces seins furent touchés, ô le meilleur des brāhmaṇas—

Verse 114

क्षीरधारे विनिष्क्रांते कुन्देंदुहिमसंनिभे

Alors jaillit un filet de lait, d’une blancheur pareille au jasmin, à la lune et à la neige.

Verse 115

अथौष्ठास्वादनं यावत्तस्याः स कुरुते द्विजः । तावत्क्षीरं विनिष्क्रांतं तादृग्रूपं तदाननात्

Puis, tant que le brāhmaṇa goûtait ses lèvres, durant tout ce temps un lait de même blancheur s’écoula de sa bouche.

Verse 116

एतस्मिन्नंतरे सर्वैस्ताला दत्ता द्विजातिभिः । राज्ञाऽयं ब्राह्मणः शुद्धो वदमानैर्मुहुर्मुहुः

Cependant, tous les deux-fois-nés applaudirent sans cesse, proclamant : « Par l’autorité du roi, ce brāhmaṇa est désormais purifié ! »

Verse 117

सोऽपि प्रदक्षिणीकृत्य तां च कन्यां मुहुर्मुहुः । नमस्कृत्य क्षमस्वेति त्वं मातः पुत्रवत्सले

Lui aussi fit pradakṣiṇā autour de la jeune fille, encore et encore ; puis, s’inclinant, il dit : « Ô Mère, tendre envers ton fils, pardonne-moi, je t’en prie. »

Verse 118

तद्दृष्ट्वा महदाश्चर्यमानर्तो विस्मयान्वितः । शशंस भतृयज्ञं तं प्रायश्चित्तप्रदायकम्

Voyant ce grand prodige, Ānarta, saisi d’émerveillement, loua ce Bhatṛ-yajña comme un rite qui confère le prāyaścitta, l’expiation purificatrice des fautes.

Verse 119

अहोऽतीव सुभा ग्योऽहं यस्य मे गृहमागताः । ईदृशा ब्राह्मणाः सर्वे चमत्कारपुरोद्भवाः

« Ah ! Je suis comblé de fortune, car de tels brāhmaṇas—nés du prodige et merveilleux par leur seule présence—sont venus jusqu’à ma demeure. »

Verse 120

तथा चैतादृशी कन्या ह्यसामान्यप्रवर्तिनी । रत्नावती महाभागा सत्यशौचसमन्विता

« Et de même cette jeune fille—Ratnāvatī—n’agit point d’une manière ordinaire : elle est grandement bénie, pourvue de vérité et de pureté. »

Verse 121

तथाऽयं नैव सामान्यो ब्राह्मणश्च परावसुः । यश्चेदृशीं समासाद्य कन्यां नो विकृतः स्थितः

Ainsi, ce brahmane Parāvasu n’est nullement ordinaire ; ayant rencontré une telle jeune fille, il demeure pourtant sans altération et d’une constance inébranlable.

Verse 122

एवमुक्त्वा विसृज्याथ तान्विप्रान्पार्थिवोत्तमाः । तां च कन्यां समादाय ततश्चांतःपुरं ययौ

Après avoir ainsi parlé, le meilleur des rois congédia ces brahmanes ; puis, prenant la jeune fille avec lui, il se rendit aux appartements intérieurs du palais.

Verse 123

अथ ते नागराः सर्वे मर्यादां चक्रिरे ततः । अद्यप्रभृति या वेश्या स्थानेऽस्मिन्वासमेष्यति

Alors tous les habitants de la cité établirent une ordonnance : « À partir d’aujourd’hui, quelle que soit la courtisane qui viendra demeurer en ce lieu— »

Verse 124

तया नैव गृहे धार्यं सुरामांसं कथंचन । दूषयंति सदा दुष्टा नागराणां सुतानिह

« À cause d’elle, qu’on ne garde en aucune manière ni liqueur enivrante ni viande dans la maison ; car de telles femmes dépravées corrompent sans cesse les fils des habitants de la cité ici. »

Verse 125

अथ व्यवस्थामुत्क्रम्य या हि तद्धारयिष्यति । सा दण्ड्यास्माच्च निर्वास्या प्रेत्य स्यात्पापभागिनी

« Et si quelque femme transgresse cette règle et conserve ces choses, qu’elle soit punie et bannie d’entre nous ; et, après la mort, elle deviendra participante au péché. »

Verse 126

औदुम्बर्या मध्यगेन दत्तं तालत्रयं तदा

Alors, en ce temps-là, fut accordé et mis à part un groupe de trois arbres tāla, avec un udumbara (figuier sacré) dressé au milieu.

Verse 197

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये परावसुप्रायश्चित्तविधानवृत्तांतवर्णनंनाम सप्तनवत्युत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā, dans le sixième Nāgara-khaṇḍa, dans le Māhātmya du saint domaine de Hāṭakeśvara—le chapitre intitulé «Récit de la procédure de l’expiation de Parāvasu», à savoir le chapitre 197.