
Le chapitre expose un entretien théologique entre Mārkaṇḍeya et Yudhiṣṭhira au sujet d’un tīrtha sur la rive de la Revā/Narmadā, nommé Hanūmanta ou Hanūmanteśvara, réputé capable d’effacer des démérites très graves, y compris des souillures du type brahmahatyā. Le lieu est d’abord identifié comme un liṅga éminent sur la rive méridionale de la Revā, et Yudhiṣṭhira demande l’origine du nom Hanūmanteśvara. Mārkaṇḍeya raconte alors l’arrière-plan épique : après le conflit Rāma–Rāvaṇa et l’anéantissement des rākṣasa, Nandinī avertit Hanumān qu’il porte une charge d’impureté due aux nombreux massacres, et l’oriente vers la Narmadā pour l’austérité et les bains rituels. Hanumān accomplit une longue adoration ; Śiva apparaît avec Umā, lui accorde le darśana, l’assure de sa purification par la grandeur sacrée de la Narmadā et lui confère d’autres grâces, dont plusieurs noms honorifiques. Hanumān établit ensuite le liṅga Hanūmānīśvara/Hanūmanteśvara, dit indestructible et exauçant les vœux. Un second exemple sert de « preuve manifeste » : l’histoire du roi Supārva et de son fils Śatabāhu, souverain moralement égaré. Śatabāhu rencontre un brāhmaṇa chargé d’immerger des restes d’os à Hanūmanteśvara ; celui-ci rapporte la mémoire d’une princesse concernant une vie antérieure : son corps fut tué dans la forêt, et un fragment d’os tomba dans la Narmadā à ce tīrtha, entraînant une renaissance méritoire et une ferme retenue éthique contre le remariage. Le rite de collecte et d’immersion des os restants est prescrit selon des repères temporels (mois d’Aśvina, quinzaine sombre, tithi liée à Śiva), avec veille nocturne et bain après le rite ; l’avidité et l’attachement mental sont dénoncés comme obstacles à la purification. Le chapitre se clôt par des prescriptions rituelles : aṣṭamī et caturdaśī (surtout Aśvina kṛṣṇa caturdaśī), abhiṣeka avec miel et lait, ghee, caillé sucré et eau au kuśa ; onction de santal, offrandes de bilva et de fleurs saisonnières, lampe, śrāddha avec des brāhmaṇa qualifiés, et insistance sur le go-dāna comme don suprême. La vache est dite « sarvadevamayī » (porteuse de tous les dieux), et même le simple souvenir lointain de Hanūmanteśvara est proclamé dissipateur de démérite.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महाराज तीर्थं परमशोभनम् । ब्रह्महत्याहरं प्रोक्तं रेवातटसमाश्रयम् । हनूमताभिधं ह्यत्र विद्यते लिङ्गमुत्तमम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô grand roi, qu’on se rende à un tīrtha d’une beauté suprême, réputé effacer le péché du meurtre d’un brahmane, établi sur la rive de la Revā. Ici se trouve un Liṅga excellent nommé «Hanūmata».
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । हनूमन्तेश्वरं नाम कथं जातं वदस्व मे । ब्रह्महत्याहरं तीर्थं रेवादक्षिणसंस्थितम्
Yudhiṣṭhira dit : Dis-moi comment naquit le nom «Hanūmateśvara»—ce tīrtha qui ôte la brahmahatyā, situé sur la rive méridionale de la Revā.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । साधु साधु महाबाहो सोमवंशविभूषण । गुह्याद्गुह्यतरं तीर्थं नाख्यातं कस्यचिन्मया
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Bien parlé, bien parlé, ô toi aux bras puissants, ornement de la lignée lunaire. Ce tīrtha est plus secret que le secret ; je ne l’ai révélé à personne.
Verse 4
तव स्नेहात्प्रवक्ष्यामि पीडितो वार्द्धकेन तु । पूर्वं जातं महद्युद्धं रामरावणयोरपि
Par affection pour toi, je vais le raconter, bien que la vieillesse m’accable. Jadis eut lieu une grande bataille, même entre Rāma et Rāvaṇa.
Verse 5
पुलस्त्यो ब्रह्मणः पुत्रो विश्रवास्तस्य वै सुतः । रावणस्तेन संजातो दशास्यो ब्रह्मराक्षसः
Pulastya était un fils de Brahmā ; et son fils, en vérité, fut Viśravā. De lui naquit Rāvaṇa, aux dix visages, renommé comme brahma-rākṣasa.
Verse 6
त्रैलोक्यविजयी भूतः प्रसादाच्छूलिनः स च । गीर्वाणा विजिताः सर्वे रामस्य गृहिणी हृता
Par la grâce du Seigneur au trident, il devint vainqueur des trois mondes ; tous les dieux furent soumis, et l’épouse de Rāma fut enlevée.
Verse 7
वारितः कुम्भकर्णेन सीतां मोचय मोचय । विभीषणेन वै पापो मन्दोदर्या पुनःपुनः
Ce pécheur fut maintes fois retenu par Kumbhakarṇa, par Vibhīṣaṇa et, encore et encore, par Mandodarī, disant : «Délivre Sītā, délivre-la !»
Verse 8
त्वं जितः कार्तवीर्येण रैणुकेयेन सोऽपि च । स रामो रामभद्रेण तस्य संख्ये कथं जयः
Tu fus vaincu par Kārtavīrya, et lui-même le fut par Rāma Jāmadagnya, fils de Reṇukā. Or ce Rāma fut vaincu par Rāmabhadra ; dès lors, dans la mêlée, comment la victoire pourrait-elle lui être assurée ?
Verse 9
रावण उवाच । वानरैश्च नरैरृक्षैर्वराहैश्च निरायुधैः । देवासुरसमूहैश्च न जितोऽहं कदाचन
Rāvaṇa dit : «Jamais je n’ai été vaincu, ni par les vānara, ni par les hommes, ni par les ours, ni par les sangliers, désarmés qu’ils sont ; pas même par les multitudes de devas et d’asuras».
Verse 10
श्रीमार्कण्डेय उवाच । सुग्रीवहनुमद्भ्यां च कुमुदेनाङ्गदेन च । एतैरन्यैः सहायैश्च रामचन्द्रेण वै जितः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «C’est bien par Rāmacandra que tu fus vaincu, avec Sugrīva et Hanumān, avec Kumuda et Aṅgada, et avec ceux-ci et d’autres alliés».
Verse 11
रामचन्द्रेण पौलस्त्यो हतः संख्ये महाबलः । वनं भग्नं हताः शूराः प्रभञ्जनसुतेन च
Le puissant Paulastya (Rāvaṇa) fut tué au combat par Rāmacandra ; la forêt fut ravagée, et des guerriers héroïques furent aussi abattus par le fils de Prabhañjana (Hanumān).
Verse 12
रावणस्य सुतो जन्ये हतश्चाक्षकुमारकः । आयामो रक्षसां भीमः सम्पिष्टो वानरेण तु
Dans la bataille, Akṣakumāra, fils de Rāvaṇa, fut tué ; et un redoutable champion des rākṣasas fut écrasé par un vānara.
Verse 13
एवं रामायणे वृत्ते सीतामोक्षे कृते सति । अयोध्यां तु गते रामे हनुमान्स महाकपिः
Ainsi, lorsque les événements du Rāmāyaṇa se furent accomplis et que la délivrance de Sītā eut été réalisée, et lorsque Rāma fut retourné à Ayodhyā, le grand singe Hanumān poursuivit sa route.
Verse 14
कैलासाख्यं गतः शैलं प्रणामाय महेशितुः । तिष्ठ तिष्ठेत्यसौ प्रोक्तो नन्दिना वानरोत्तमः
Il se rendit à la montagne nommée Kailāsa afin de se prosterner devant Maheśa. Alors Nandin s’adressa au meilleur des vānaras : «Arrête, arrête !».
Verse 15
ब्रह्महत्यायुतस्त्वं हि राक्षसानां वधेन हि । भैरवस्य सभा नूनं न द्रष्टव्या त्वया कपे
Assurément, tu portes le péché de brahmahatyā à cause du meurtre des Rākṣasas. C’est pourquoi, ô singe, l’assemblée de Bhairava ne doit ni être approchée ni contemplée par toi.
Verse 16
हनुमानुवाच । नन्दिनाथ हरं पृच्छ पातकस्योपशान्तिदम् । पापोऽहं प्लवगो यस्मात्संजातः कारणान्तरात्
Hanumān dit : «Ô seigneur Nandin, interroge Hara (Śiva) sur ce qui apaise le péché. Car moi, bien que je sois un plavaga, je suis devenu pécheur à cause d’une autre circonstance».
Verse 17
नन्द्युवाच । रुद्रदेहोद्भवा किं ते न श्रुता भूतले स्थिता । श्रवणाज्जन्मजनितं द्विगुणं कीर्तनाद्व्रजेत्
Nandin dit : «Ô toi né du corps de Rudra, n’as-tu pas entendu cela en demeurant sur la terre ? Par la seule écoute, le péché accumulé depuis la naissance est apaisé ; en le proclamant par le kīrtana, on obtient un mérite double».
Verse 18
त्रिंशज्जन्मार्जितं पापं नश्येद्रेवावगाहनात् । तस्मात्त्वं नर्मदातीरं गत्वा चर तपो महत्
Le péché amassé durant trente naissances s’anéantit par le bain dans la sainte Revā. Va donc sur la rive de la Narmadā et accomplis une grande austérité.
Verse 19
गन्धर्वाहसुतोऽप्येवं नन्दिनोक्तं निशम्य च । प्रयातो नर्मदातीरमौर्व्यादक्षिणसङ्गमम्
Ainsi, le fils de Gandharvāhā, ayant entendu les paroles de Nandin, se mit en route vers la rive de la Narmadā, au confluent méridional avec l’Aurvī.
Verse 20
दध्यौ सुदक्षिणे देवं विरूपाक्षं त्रिशूलिनम् । जटामुकुटसंयुक्तं व्यालयज्ञोपवीतिनम्
Tourné vers le sud, il médita sur le Dieu—Virūpākṣa, le Porte-Trident—couronné de mèches emmêlées et portant un serpent pour cordon sacré.
Verse 21
भस्मोपचितसर्वाङ्गं डमरुस्वरनादितम् । उमार्द्धाङ्गहरं शान्तं गोनाथासनसंस्थितम्
Il contempla Celui dont tout le corps était enduit de cendre sacrée, vibrant du son du ḍamaru; paisible, portant Umā comme moitié de son être, et assis sur le seigneur des taureaux, Nandin.
Verse 22
वत्सरान् सुबहून् यावदुपासांचक्र ईश्वरम् । तावत्तुष्टो महादेव आजगाम सहोमया
Durant de très nombreuses années, il adora le Seigneur. Alors Mahādeva, satisfait, vint en ce lieu avec Umā.
Verse 23
उवाच मधुरां वाणीं मेघगम्भीरनिस्वनाम् । साधु साध्वित्युवाचेशः कष्टं वत्स त्वया कृतम्
Il parla d’une voix douce, profonde comme le tonnerre des nuées : « Bien, bien », dit le Seigneur. « Ô cher enfant, tu as accompli une œuvre difficile. »
Verse 24
न च पूर्वं त्वया पापं कृतं रावणसंक्षये । स्वामिकार्यरतस्त्वं हि सिद्धोऽसि मम दर्शनात्
Et tu n’as pas commis de péché auparavant lors de la destruction de Rāvaṇa. En vérité, voué à l’œuvre de ton maître, tu as obtenu l’accomplissement en Me contemplant.
Verse 25
हनुमांश्च हरं दृष्ट्वा उमार्द्धाङ्गहरं स्थिरम् । साष्टाङ्गं प्रणतोऽवोचज्जय शम्भो नमोऽस्तु ते । जयान्धकविनाशाय जय गङ्गाशिरोधर
Voyant Hara—immuable, portant Umā comme la moitié de Son être—Hanūmān se prosterna selon l’hommage aux huit membres et dit : « Victoire à Toi, Śambhu ; salutations à Toi. Victoire au destructeur d’Andhaka ; victoire à Celui qui porte Gaṅgā sur Sa tête. »
Verse 26
एवं स्तुतो महादेवो वरदो वाक्यमब्रवीत् । वरं प्रार्थय मे वत्स प्राणसम्भवसम्भव
Ainsi loué, Mahādeva, dispensateur de grâces, dit : « Demande-Moi une faveur, cher enfant, ô rejeton de la source du souffle vital (le dieu du Vent). »
Verse 27
श्रीहनुमानुवाच । ब्रह्मरक्षोवधाज्जाता मम हत्या महेश्वर । न पापोऽहं भवेदेव युष्मत्सम्भाषणे क्षणात्
Śrī Hanūmān dit : « Ô Maheśvara, pour avoir tué un brahmarākṣasa, le péché du meurtre s’est levé sur moi. Ô Seigneur, que je ne demeure pas souillé—ne fût-ce qu’un instant—après m’être entretenu avec Toi. »
Verse 28
ईश्वर उवाच । नर्मदातीर्थमाहात्म्याद्धर्मयोगप्रभावतः । मन्मूर्तिदर्शनात्पुत्र निष्पापोऽसि न संशयः
Īśvara dit : « Par la grandeur du tīrtha sacré de la Narmadā, par la puissance du dharma uni au yoga, et par la vision de Ma propre forme, ô mon fils — tu es sans péché ; il n’y a là aucun doute. »
Verse 29
अन्यं च ते प्रयच्छामि वरं वानरपुंगव । उपकाराय लोकानां नामानि तव मारुते
«Et je t’accorde encore une autre grâce, ô le plus éminent des singes : pour le bien des mondes, ô fils du Vent, tes noms seront proclamés.»
Verse 30
हनूमानं जनिसुतो वायुपुत्रो महाबलः । रामेष्टः फाल्गुनो गोत्रः पिङ्गाक्षोऽमितविक्रमः
«Il est Hanūmān — fils d’Añjanā, fils de Vāyu, d’une grande force ; bien-aimé de Rāma ; de la lignée de Phālguna ; aux yeux fauves, au courage sans mesure.»
Verse 31
उदधिक्रमणश्रेष्ठो दशग्रीवस्य दर्पहा । लक्ष्मणप्राणदाता च सीताशोकनिवर्तनः
«Le plus éminent pour franchir l’océan ; celui qui brise l’orgueil de Daśagrīva (Rāvaṇa) ; celui qui rend la vie à Lakṣmaṇa ; et celui qui apaise la peine de Sītā.»
Verse 32
इत्युक्त्वान्तर्दधे देव उमया सह शङ्करः । हनूमानीश्वरं तत्र स्थापयामास भक्तितः
Après avoir ainsi parlé, Śaṅkara—le Seigneur—disparut avec Umā. Alors Hanūmān, dans la dévotion, y établit Īśvara comme sainte présence.
Verse 33
आत्मयोगबलेनैव ब्रह्मचर्यप्रभावतः । ईश्वरस्य प्रसादेन लिङ्गं कामप्रदं हि तत् । अच्छेद्यमप्रतर्क्यं च विनाशोत्पत्तिवर्जितम्
Par la seule force du yoga intérieur et par la puissance du brahmacarya, par la grâce d’Īśvara, ce liṅga devint vraiment dispensateur des buts désirés : incoupable, au-delà du raisonnement, et exempt de destruction comme de naissance.
Verse 34
श्रीमार्कण्डेय उवाच । हनूमन्तेश्वरे पुत्र प्रत्यक्षप्रत्ययं शृणु । यद्वृत्तं द्वापरस्यादौ त्रेतान्ते पाण्डुनन्दन
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ô fils, à Hanūmanteśvara, écoute le témoignage direct et manifeste : ce qui advint au commencement du Dvāpara-yuga et à la fin de la Tretā, ô joie des Pāṇḍu».
Verse 35
सुपर्वा नाम भूपालो बभूव वसुधातले । तस्य राज्ञः सदा सौख्यं नरा दीर्घायुषः सदा
Sur la face de la terre, il y eut un roi nommé Suparvā. Sous son règne, le bonheur demeurait constant, et les hommes étaient toujours bénis d’une longue vie.
Verse 36
स पुत्रधनसंयुक्तश्चौरोपद्रववर्जितः । शतबाहुर्बभूवास्य पुत्रो भीमपराक्रमः
Il était comblé de fils et de richesses, et son royaume était exempt des tourments causés par les voleurs. Son fils était Śatabāhu, un prince à la vaillance redoutable.
Verse 37
आसक्तोऽसौ सदा कालं पापधर्मैर्नरेश्वर । अटाट्यत धरां सर्वां पर्वतांश्च वनानि च
Ô seigneur des hommes, il s’attachait sans cesse aux voies du péché ; errant sans repos, il parcourait toute la terre, montagnes et forêts indistinctement.
Verse 38
वधार्थं मृगयूथानामागतो विन्ध्यपर्वतम् । तरुजातिसमाकीर्णे हस्तियूथसमाचिते
Désireux d’abattre des hardes de cerfs, il parvint au mont Vindhya, épais de maintes essences d’arbres et rempli de troupes d’éléphants.
Verse 39
सिंहचित्रकशोभाढ्ये मृगवाराहसंकुले । क्रीडित्वा स वने राजा नर्मदामानतः क्वचित्
Dans cette forêt—resplendissante de lions et d’éclats merveilleux, foisonnante de cerfs et de sangliers—le roi se divertit; puis, en un lieu, il s’approcha de la Narmadā.
Verse 40
हनूमन्तवने प्राप्तः शतक्रोशप्रमाणके । चिञ्चिणीवनशोभाढ्ये कदम्बतरुसंकुले
Il atteignit Hanūmantavana, vaste de cent krośas, embelli de bosquets de tamarin et serré de kadamba.
Verse 41
नित्यं पालाशजम्बीरैः करंजखदिरैस्तथा । पाटलैर्बदरैर्युक्तैः शमीतिन्दुकशोभितम्
Il était sans cesse orné de palāśa et de jambīra, ainsi que de karañja et de khadira; accompagné de pāṭala et de badara, et embelli par śamī et tinduka.
Verse 42
मृगयूथैः समाछन्नशिखण्डिस्वरनादितम् । पारावतकसङ्घानां समन्तात्स्वरशोभितम्
Couvert de hardes de cerfs et retentissant des cris des paons, il était de toutes parts embelli par les doux sons des volées de colombes.
Verse 43
शरत्कालेऽरमद्राजा बहुले चाश्विनस्य सः । वनमध्यं गतोऽद्राक्षीद्भ्रमन्तं पिङ्गलद्विजम्
À la saison d’automne, lors de la pleine lune d’Āśvina, le roi se divertissait ; pénétrant au cœur de la forêt, il aperçut un brāhmane au teint fauve errant çà et là.
Verse 44
पुस्तिकाकरसंस्थं च पप्रच्छ चपलं द्विजम्
Et il interrogea ce brāhmane agité, qui tenait en sa main un petit livre.
Verse 45
शतबाहुरुवाच । एकाकी त्वं वने कस्माद्भ्रमसे पुस्तिकाकरः । इतस्ततोऽपि सम्पश्यन् कथयस्व द्विजोत्तम
Śatabāhu dit : «Pourquoi erres-tu seul dans cette forêt, tenant ton manuscrit à la main ? Regardant de-ci de-là, dis-le-moi, ô le meilleur des brāhmanes.»
Verse 46
ब्राह्मण उवाच । कान्यकुब्जात्समायातः प्रेषितो राजकन्यया । अस्थिक्षेपाय वै राजन्हनूमन्तेश्वरे जले
Le brāhmane dit : «Je viens de Kānyakubja, envoyé par la fille du roi. Ô Roi, c’est pour déposer des ossements dans les eaux de Hanūmanteśvara.»
Verse 47
राजोवाच । अस्थिक्षेपो जले कस्माद्धनूमन्तेश्वरे द्विज । क्रियते केन कार्येण साश्चर्यं कथ्यतां मम
Le roi dit : «Pourquoi accomplit-on l’immersion des ossements dans les eaux de Hanūmanteśvara, ô brāhmane ? Dans quel but le fait-on ? Raconte-moi cette chose merveilleuse.»
Verse 48
सुपर्वणः सुतो यानं त्यक्त्वा भूमौ प्रणम्य च । कृताञ्जलिपुटो भूत्वा ब्राह्मणाय नरेश्वर । समस्तं कथयामास वृत्तान्तं स्वं पुरातनम्
Ô seigneur des hommes, le fils de Suparvan descendit de son char, se prosterna à terre et, les mains jointes en vénération, raconta au brahmane tout le récit ancien de sa vie.
Verse 49
ब्राह्मण उवाच । शिखण्डी नाम राजास्ति कन्यकुब्जे प्रतापवान् । अपुत्रोऽसौ महीपालः कन्या जाता मनोरथैः
Le brahmane dit : « À Kānyakubja règne un roi vaillant nommé Śikhaṇḍī. Bien qu’il fût sans fils, une fille naquit, selon le vœu chéri de son cœur. »
Verse 50
जातिस्मरा सुचार्वङ्गी नर्मदायाः प्रभावतः । पित्रा च सैकदा कन्या विवाहाय प्रजल्पिता
Par la puissance de la sainte Narmadā, la jeune fille était jātismarā — se souvenant de ses naissances antérieures — et d’une beauté harmonieuse. Un jour, son père évoqua de la donner en mariage.
Verse 51
अनित्ये पुत्रि संसारे कन्यादानं ददाम्यहम् । श्वःकृत्यमद्य कुर्वीत पूर्वाह्णे चापराह्णिकम् । न हि प्रतीक्षते मृत्युः कृतं चास्य न चाकृतम्
« Ma fille, en ce monde impermanent, je te donnerai en mariage. Que le devoir de demain soit accompli aujourd’hui, et même celui de l’après-midi dès le matin ; car la Mort n’attend pas, que l’on ait fait ou laissé à faire. »
Verse 52
कन्योवाच । इच्छेयं यत्र काले हि तत्र देया त्वया पितुः । पुत्रीवाक्यादसौ राजा विस्मितो वाक्यमब्रवीत्
La jeune fille dit : « Père, tu dois me donner (en mariage) au moment que je choisirai. » Entendant les paroles de sa fille, le roi, étonné, lui répondit.
Verse 53
शिखण्ड्युवाच । कथ्यतां मे महाभागे साश्चर्यं भाषितं त्वया । पितुर्वाक्येन सा बालोत्तमा ह्यागतान्तिकम्
Śikhaṇḍī dit : «Ô bienheureuse, explique-moi cette parole merveilleuse que tu as proférée.» À la parole de son père, la jeune fille d’élite s’approcha.
Verse 54
कथयामास यद्वृत्तं हनूमन्तेश्वरे नृप । कलापिनी ह्यहं तात युता भर्त्रावसं तदा
Ô roi, elle raconta alors ce qui s’était passé à Hanūmanteśvara : «Père bien-aimé, j’étais alors Kalāpinī, demeurant là avec mon époux».
Verse 55
रेवौर्व्यासङ्गमन्तिस्था रेवाया दक्षिणे तटे । हनूमन्तवने पुण्ये चिक्रीडाहं यदृच्छया
Près du confluent de la Revā, sur la rive méridionale du fleuve, dans la forêt sainte de Hanūmant, j’errai et m’ébattis là, par pur hasard.
Verse 56
भर्तृयुक्ता च संसुप्ता रजन्यां सरले नगे । आगता लुब्धकास्तत्र क्षुधार्ता वनमुत्तमम्
Avec mon époux, je m’endormis profondément la nuit sous un arbre semblable à un pin ; des chasseurs y arrivèrent alors, tourmentés par la faim, dans cette forêt excellente.
Verse 57
भर्तृयोगयुता पापैर्दृष्टाहं वधचिन्तकैः । पाशबन्धं समादाय बद्धाहं स्वामिना सह
Bien que je fusse avec mon époux, ces hommes pécheurs, qui méditaient le meurtre, me virent ; prenant leurs lacets de corde, ils me lièrent avec mon seigneur.
Verse 58
ग्रीवां ते मोटयामासुः पिच्छाछोटनकं कृतम् । हुताशनमुखे तैस्तु सह कान्तेन लुब्धकैः
Ils te tordirent le cou, façonnant un ornement de plumes ; puis ces chasseurs, avec mon bien-aimé, nous jetèrent à la gueule du feu.
Verse 59
परिभर्ज्यावयोर्मांसं भक्षयित्वा यथेष्टतः । सुप्ताः स्वस्थेन्द्रिया रात्रौ सा गता शर्वरी क्षयम्
Ils rôtirent notre chair et la mangèrent à leur gré ; puis, la nuit venue, les sens rassasiés, ils s’endormirent : ainsi cette nuit s’acheva.
Verse 60
प्रभाते मांसशेषं च जम्बुकैर्गृध्रघातिभिः । मच्छरीरोद्भवं चास्थि स्नायुमांसेन चावृतम्
À l’aube, les restes de chair furent emportés par des chacals, tueurs de vautours ; et demeura un os issu de mon corps, encore couvert de nerfs et de chair.
Verse 61
गृहीतं घातिनैकेन चाकाशात्पतितं तदा । तं मांसभक्षणं दृष्ट्वा परे पक्षिण आगताः
Alors un seul prédateur s’en empara, et cela tomba du ciel ; voyant cette chair dévorée, d’autres oiseaux accoururent aussi.
Verse 62
दृष्ट्वा पक्षिसमूहं तु अस्थिखण्डं व्यसर्जयत् । विहगानां समस्तानां धावतां चैव पश्यताम्
Mais, voyant la troupe d’oiseaux, il laissa tomber le fragment d’os, tandis que tous les oiseaux accouraient et regardaient.
Verse 63
पतितं नर्मदातोये हनूमन्तेश्वरे नृप । मदीयमस्थिखण्डं च पतितं नर्मदाजले
Ô roi, un fragment de mes os tomba dans les eaux de la Narmadā, à Hanūmanteśvara ; il tomba dans le courant sacré de la Narmadā.
Verse 64
तस्य तीर्थस्य पुण्येन जाताहं पुत्रिका तव । भूपकन्या त्वहं जाता पूर्णचन्द्रनिभानना
Par le mérite de ce gué sacré, je naquis comme ta fille ; je devins princesse, le visage pareil à la pleine lune.
Verse 65
जातिस्मरा नरेन्द्रस्य संजाता भवतः कुले । तस्माद्विवाहं नेच्छामि मम भर्ता नृपोत्तम
Dans ta lignée royale, ô roi, je suis née avec la mémoire des existences passées. C’est pourquoi je ne souhaite pas le mariage : mon époux est un roi très excellent.
Verse 66
विषमे वर्ततेऽद्यापि शकुन्तमृगजातिषु । तस्यास्थिशेषं राजेन्द्र तस्मिंस्तीर्थे भविष्यति
Aujourd’hui encore, il demeure en une condition périlleuse, parmi les naissances d’oiseaux et de bêtes. Pourtant, ô seigneur des rois, les os qui restent de son corps se trouveront en ce gué sacré.
Verse 67
तत्क्षेपणार्थं वै तात प्रेषयाद्य द्विजोत्तमम् । एतत्ते सर्वमाख्यातं कारणं नृपसत्तम
Ainsi, cher père, afin de les remettre comme il convient, envoie sur-le-champ un excellent brāhmane. Ô meilleur des rois, je t’ai exposé toute la raison.
Verse 68
मद्भर्ता विषमे स्थाने शकुन्तमृगजातिषु । यदि प्रेषयसे तात कंचित्त्वं नर्मदातटे
Mon époux est en un état douloureux, parmi les renaissances d’oiseaux et de bêtes. Si tu envoies quelqu’un, ô père bien-aimé, que ce soit sur la rive de la Narmadā.
Verse 69
तस्याहं कथयिष्यामि स्थानैश्चिह्नैश्च लक्षितम् । शिखण्डिनाप्यहं तत्र ह्याहूतो ह्यवनीपते
Je te dirai ce lieu, reconnu par des emplacements et des signes. Là aussi, j’ai été réellement mandée par Śikhaṇḍin, ô seigneur de la terre.
Verse 70
दास्यामि विंशतिग्रामान्गच्छ त्वं नर्मदातटे । प्रेषणं मे प्रतिज्ञातमलक्ष्म्या पीडितेन तु
Je donnerai vingt villages : va, toi, sur la rive de la Narmadā. Cette mission mienne a été vouée, car elle est pressée par un être accablé de malheur.
Verse 71
कन्योवाच । गच्छ त्वं नर्मदां पुण्यां सर्वपापक्षयंकरीम् । आग्नेय्यां सोमनाथस्य हनूमन्तेश्वरः परः
La jeune fille dit : Va vers la sainte Narmadā, qui consume tous les péchés. Au sud-est de Somanātha se trouve le sanctuaire suprême de Hanūmanteśvara.
Verse 72
अर्धक्रोशेन रेवाया विस्तीर्णो वटपादपः । करंजः कटहश्चैव सन्निधाने वटस्य च
À une demi-krośa de la Revā se dresse un banian aux vastes ramures ; et près de ce banian se trouvent aussi un arbre karañja et un arbre kaṭaha.
Verse 73
न्यग्रोधमूलसांनिध्ये सूक्ष्मान्यस्थीनि द्रक्ष्यसि । समूह्य तानि संगृह्य गच्छ रेवां द्विजोत्तम
Près des racines du banian, tu verras de minuscules os. Rassemble-les, recueille-les avec soin, puis rends-toi vers la sainte Revā, ô brāhmane éminent.
Verse 74
आश्विनस्यासिते पक्षे त्रिपुरारिस्तु वै तिथौ । स्नाप्य त्रिशूलिनं भक्त्या रात्रौ त्वं कुरु जागरम्
Dans la quinzaine sombre d’Āśvina, au tithi consacré à Tripurāri, baigne avec dévotion le Seigneur au trident et veille toute la nuit en observance sacrée.
Verse 75
क्षिपेः प्रभाते तानि त्वं नाभिमात्रजलस्थितः । इत्युच्चार्य द्विजश्रेष्ठ विमुक्तिस्तस्य जायताम्
«À l’aube, jette-les, debout dans l’eau jusqu’au nombril.» Ayant ainsi énoncé l’instruction, ô meilleur des deux-fois-nés, la délivrance lui est accordée.
Verse 76
क्षिप्त्वास्थीनि पुनः स्नानं कर्तव्यं त्वघनाशनम् । एवं कृते तु राजेन्द्र गतिस्तस्य भविष्यति
Après avoir jeté les os, il faut se baigner de nouveau : cela anéantit le péché. Quand cela est accompli, ô seigneur des rois, sa destinée s’accomplira assurément en bon état.
Verse 77
कथितं कन्यया यच्च तत्सर्वं पुस्तिकाकृतम् । आगतोऽहं नृपश्रेष्ठ तीर्थेऽत्र दुरितापहे
Tout ce qu’a dit la jeune fille, je l’ai consigné dans un petit livret. C’est pourquoi je suis venu, ô meilleur des rois, à ce tīrtha qui efface les fautes.
Verse 78
सोऽभिज्ञानं ततो दृष्ट्वा नीत्वास्थीनि नरेश्वर । पूर्वोक्तेन विधानेन प्राक्षिपं नार्मदा मसिपुष्पवृष्टिःऽशु साधु साध्विति पाण्डव । विमानं च ततो दिव्यमागतं बर्हिणस्तदा
Alors, ayant vu le signe de reconnaissance, ô seigneur des hommes, je pris les ossements et, selon le rite précédemment énoncé, je les jetai dans la Narmadā. Aussitôt tomba une pluie de fleurs pareilles à des épées, et l’on entendit : « Sādhu, sādhu ! », ô Pāṇḍava ; puis un vimāna divin arriva en ce lieu.
Verse 79
दिव्यरूपधरो भूत्वा गतो नाके कलापवान् । एवं तु प्रत्ययं दृष्ट्वा हनूमन्तेश्वरे नृप
Revêtu d’une forme divine, il s’en alla au ciel, rayonnant de splendeur. Voyant une telle preuve, ô roi, (cela fut constaté) à Hanūmanteśvara.
Verse 80
चकारानशनं विप्रः शतबाहुश्च भूपतिः । शोषयामासतुस्तौ स्वमीश्वराराधने रतौ
Le brāhmane entreprit le jeûne, et le roi Śatabāhu aussi. Tous deux, voués à l’adoration de leur Seigneur, Īśvara, commencèrent à dessécher leur corps par l’austérité.
Verse 81
ध्यायन्तौ तस्थतुर्देवं शतबाहुद्विजोत्तमौ । मासार्धेन मृतो राजा शतबाहुर्महामनाः
Méditant sur le Seigneur, ces deux-là—Śatabāhu et l’excellent brāhmane—demeurèrent inébranlables. Au bout d’une demi-lune, le roi Śatabāhu, à l’âme grande, mourut.
Verse 82
किङ्कणीजालशोभाढ्यं विमानं तत्र चागतम् । साधु साधु नृपश्रेष्ठ विमानारोहणं कुरु
Un vimāna céleste arriva en ce lieu, splendide, orné de réseaux de grelots tintants. « Sādhu, sādhu, ô meilleur des rois : monte dans le vimāna ! »
Verse 83
। अध्याय
Fin du chapitre (marque de clôture).
Verse 84
अप्सरस ऊचुः । लोभावृतो ह्ययं विप्रो लोभात्पापस्य संग्रहः । हनूमन्तेश्वरे राजन्ये मृताः सत्त्वमास्थिताः
Les Apsaras dirent : «Ce brāhmane est vraiment voilé par l’avidité ; de l’avidité naît l’amoncellement du péché. Mais ceux de lignée royale morts à Hanūmanteśvara ont atteint la vertu ferme (sattva).»
Verse 85
ते यान्ति शांकरे लोके सर्वपापक्षयंकरे । नैव पापक्षयश्चास्य ब्राह्मणस्य नरेश्वर
Ils parviennent au monde de Śaṅkara, qui consume tous les péchés. Mais, ô seigneur des hommes, pour ce brāhmane il n’y eut pas encore cessation du péché.
Verse 86
गृहं च गृहिणी चित्ते ब्राह्मणस्य प्रवर्तते । शतबाहुस्ततो विप्रमुवाच विनयान्वितः
Dans l’esprit du brāhmane se remirent à naître les pensées de «maison» et d’«épouse». Alors Śatabāhu, plein d’humilité, s’adressa au brāhmane.
Verse 87
त्यज मूलमनर्थस्य लोभमेनं द्विजोत्तम । इत्युक्त्वा स्वर्ययौ राजा स्वर्गकन्यासमावृतः
«Abandonne cette avidité, ô meilleur des deux-fois-nés : elle est la racine du malheur.» Ayant ainsi parlé, le roi s’en alla vers le ciel, entouré de jeunes filles célestes.
Verse 88
दिनैः कैश्चिद्गतो विप्रः स्वर्गं वैतालिकैर्वृतः । बर्ही च काशीराजस्य पुत्रस्तीर्थप्रभावतः
Après quelques jours, le brāhmane monta au ciel, entouré de bardes célestes. Et Barhī, fils du roi de Kāśī, obtint lui aussi cet état par la puissance de ce tīrtha sacré.
Verse 89
आत्मानं कन्यया दत्तं पूर्वजन्म व्यचिन्तयन् । सा च तं प्रौढमालोक्य पितुराज्ञामवाप्य च । स्वयंवरे स्वभर्तारं लेभे साध्वी नृपात्मजम्
Se remémorant sa naissance antérieure, il songea à la manière dont la jeune fille l’avait « donné ». Et elle, le voyant désormais parvenu à maturité et ayant obtenu l’assentiment de son père, choisit pour époux, au svayaṃvara, ce prince vertueux.
Verse 90
श्रीमार्कण्डेय उवाच । एतद्वृत्तान्तमभवत्तस्मिंस्तीर्थे नृपोत्तम । एतस्मात्कारणान्मेध्यं तीर्थमेतत्सदा नृप
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ô meilleur des rois, tout cet épisode eut lieu en ce tīrtha. Pour cette raison, ô roi, ce gué sacré demeure à jamais pur et sanctifiant.»
Verse 91
अष्टम्यां वा चतुर्दश्यां सर्वकालं नरेश्वर । विशेषाच्चाश्विने मासि कृष्णपक्षे चतुर्दशीम्
Au huitième tithi ou au quatorzième—en tout temps, ô roi—mais tout particulièrement au quatorzième jour de la quinzaine sombre du mois d’Āśvina.
Verse 92
स्नापयेदीश्वरं भक्त्या क्षौद्रक्षीरेण सर्पिषा । दध्ना च खण्डयुक्तेन कुशतोयेन वै पुनः
Avec dévotion, qu’on baigne le Seigneur : avec miel et lait, avec ghee, avec caillé mêlé de sucre, puis de nouveau avec de l’eau sanctifiée par l’herbe kuśa.
Verse 93
श्रीखण्डेन सुगन्धेन गुण्ठयेच्च महेश्वरम् । ततः सुगन्धपुष्पैश्च बिल्वपत्रैश्च पूजयेत्
Qu’on oigne Maheśvara d’une pâte de santal au doux parfum; puis qu’on L’adore avec des fleurs odorantes et des feuilles de bilva.
Verse 94
मुचकुन्देन कदेन जातीकाशकुशोद्भवैः । उन्मत्तमुनिपुष्पौघैः पुष्पैस्तत्कालसम्भवैः
Avec des fleurs de mucakunda, des fleurs de kadā, du jasmin, et des fleurs nées du kāśa et du kuśa; avec profusion de fleurs dites ‘unmattamuni’, et avec tout ce qui fleurit en cette saison—
Verse 95
अर्चयेत्परया भक्त्या हनूमन्तेश्वरं शिवम् । घृतेन दापयेद्दीपं तैलेन तदभावतः
Avec une dévotion suprême, qu’on adore Śiva en tant que Hanūmanteśvara. Qu’on offre une lampe avec du ghee; à défaut de ghee, qu’on l’offre avec de l’huile.
Verse 96
श्राद्धं च कारयेत्तत्र ब्राह्मणैर्वेदपारगैः । सर्वलक्षणसम्पूर्णैः कुलीनैर्गृहपालकैः
Et là, qu’on fasse accomplir le śrāddha par des Brāhmaṇas maîtres des Veda, pourvus de tous les signes requis (de conduite et de qualification), de noble lignée et attachés à la discipline du foyer.
Verse 97
तर्पयेद्ब्राह्मणान् भक्त्या वसनान्नहिरण्यतः । नरकस्था दिवं यान्तु प्रोच्येति प्रणमेद्द्विजान्
Avec dévotion, qu’on comble les Brāhmaṇas par des dons de vêtements, de nourriture et d’or. En disant : «Que ceux qui sont en enfer atteignent le ciel», qu’on se prosterne ensuite devant les deux-fois-nés.
Verse 98
पतितान् वर्जयेद्विप्रान् वृषली यस्य गेहिनी । स्ववृषं चापरित्यज्य वृषैरन्यैर्वृषायते
Qu’on évite les brāhmaṇas déchus; et qu’on évite aussi celui dont l’épouse est une vṛṣalī : femme qui, délaissant son propre mari, vit comme « épouse » d’autres hommes.
Verse 99
वृषलीं तां विदुर्देवा न शूद्री वृषली भवेत् । ब्रह्महत्या सुरापानं गुरुदारनिषेवणम्
Les dieux la reconnaissent comme vṛṣalī ; une femme śūdra ne devient pas vṛṣalī par la seule naissance. Le terme se rattache à de lourds péchés : tuer un brāhmaṇa, boire des liqueurs, et violer l’épouse du maître.
Verse 100
सुवर्णहरणन्यासमित्रद्रोहोद्भवं तथा । नश्यते पातकं सर्वमित्येवं शङ्करोऽब्रवीत्
De même, les fautes nées du vol de l’or, de la trahison d’un dépôt confié et de la perfidie envers un ami—oui, toute faute—s’évanouissent : ainsi l’a proclamé Śaṅkara (Śiva).
Verse 101
श्रीमार्कण्डेय उवाच । वाक्प्रलापेन भो वत्स बहुनोक्तेन किं मया । सर्वपातकसंयुक्तो दद्याद्दानं द्विजन्मने
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ô enfant, à quoi bon tant de paroles, simple bavardage ? Même celui qui porte tous les péchés doit faire un don (dāna) à un brāhmaṇa».
Verse 102
गोदानं च प्रकर्तव्यमस्मिंस्तीर्थे विशेषतः । गोदानं हि यतः पार्थ सर्वदानाधिकं स्मृतम्
Et l’offrande d’une vache (go-dāna) doit assurément être accomplie, surtout en ce tīrtha sacré. Car, ô Pārtha, le go-dāna est tenu pour supérieur à tous les autres dons.
Verse 103
सर्वदेवमया गावः सर्वे देवास्तदात्मकाः । शृङ्गाग्रेषु महीपाल शक्रो वसति नित्यशः
Les vaches sont imprégnées de tous les dieux ; tous les dieux y sont incarnés. Sur la pointe de leurs cornes, ô protecteur de la terre, Śakra (Indra) demeure à jamais.
Verse 104
उरः स्कन्दः शिरो ब्रह्मा ललाटे वृषभध्वजः । चन्द्रार्कौ लोचने देवौ जिह्वायां च सरस्वती
Skanda est en sa poitrine ; Brahmā dans sa tête ; et le Seigneur à l’étendard du taureau (Śiva) sur son front. La Lune et le Soleil sont les deux divinités de ses yeux, et Sarasvatī demeure sur sa langue.
Verse 105
मरुद्गणाः सदा साध्या यस्या दन्ता नरेश्वर । हुङ्कारे चतुरो वेदान् विद्यात्साङ्गपदक्रमान्
Ô seigneur des hommes, les troupes des Marut sont toujours présentes comme ses dents, et les Sādhya y demeurent aussi. De son propre « huṅ » — le mugissement sacré — il faut connaître les quatre Veda, avec leurs auxiliaires et la récitation ordonnée des mots.
Verse 106
ऋषयो रोमकूपेषु ह्यसंख्यातास्तपस्विनः । दण्डहस्तो महाकायः कृष्णो महिषवाहनः
D’innombrables ṛṣi ascètes demeurent dans les pores de son pelage. Et là se tient le Seigneur au bâton, au corps immense, à la sombre couleur, monté sur un buffle.
Verse 107
यमः पृष्ठस्थितो नित्यं शुभाशुभपरीक्षकः । चत्वारः सागराः पुण्याः क्षीरधाराः स्तनेषु च
Yama demeure à jamais sur son dos, l’examinateur des actes bons et mauvais. Et les quatre océans sacrés sont là comme des flots de lait en ses mamelles.
Verse 108
विष्णुपादोद्भवा गङ्गा दर्शनात्पापनाशनी । प्रस्रावे संस्थिता यस्मात्तस्माद्वन्द्या सदा बुधैः
Gaṅgā, née des pieds de Viṣṇu, anéantit les péchés par la seule vision. Puisqu’elle demeure dans l’écoulement qui provient de la vache, les sages la saluent et se prosternent sans cesse devant ce qui est digne d’adoration.
Verse 109
लक्ष्मीश्च गोमये नित्यं पवित्रा सर्वमङ्गला । गोमयालेपनं तस्मात्कर्तव्यं पाण्डुनन्दन
Lakṣmī demeure sans cesse dans la bouse de vache, pure et source de toute auspiciosité. C’est pourquoi, ô fils de Pāṇḍu, il convient d’en enduire (en crépi) pour la purification.
Verse 110
गन्धर्वाप्सरसो नागाः खुराग्रेषु व्यवस्थिताः । पृथिव्यां सागरान्तायां यानि तीर्थानि भारत । तानि सर्वाणि जानीयाद्गौर्गव्यं तेन पावनम्
Gandharvas, Apsaras et Nāgas demeurent aux pointes de ses sabots. Ô Bhārata, quels que soient les tīrthas sur la terre ceinte par les océans, sache qu’ils sont tous présents dans la vache ; ainsi, tout ce qui vient d’elle est purifiant.
Verse 111
युधिष्ठिर उवाच । सर्वदेवमयी धेनुर्गीर्वाणाद्यैरलंकृता । एतत्कथय मे तात कस्माद्गोषु समाश्रिताः
Yudhiṣṭhira dit : «La vache est remplie de tous les dieux et parée par les êtres célestes et les autres. Dis-le-moi, vénérable père : pourquoi ont-ils pris refuge dans les vaches ?»
Verse 112
श्रीमार्कण्डेय उवाच । सर्वदेवमयो विष्णुर्गावो विष्णुशरीरजाः । देवास्तदुभयात्तस्मात्कल्पिता विविधा जनैः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Viṣṇu est fait de tous les dieux, et les vaches sont nées du corps même de Viṣṇu. Ainsi, de ces deux vérités, les hommes conçoivent de multiples façons la présence des dieux dans la vache.»
Verse 113
श्वेता वा कपिला वापि क्षीरिणी पाण्डुनन्दन । सवत्सा च सुशीला च सितवस्त्रावगुण्ठिता
Qu’elle soit blanche ou fauve, riche de lait, ô fils de Pāṇḍu; avec son veau, douce de nature, et voilée d’un tissu blanc (telle vache doit être offerte).
Verse 114
कांस्यदोहनिका देया स्वर्णशृङ्गी सुभूषिता । हनूमन्तेश्वरस्याग्रे भक्त्या विप्राय दापयेत्
Qu’on offre un récipient de traite en bronze, et que la vache soit parée de cornes d’or et de beaux ornements. Devant Hanūmanteśvara, avec dévotion, qu’on la fasse donner à un brāhmaṇa.
Verse 115
नियमस्थेन सा देया स्वर्गमानन्त्यमिच्छता । असमर्थाय ये दद्युर्विष्णुलोके प्रयान्ति ते
Celui qui demeure établi dans l’observance réglée doit faire ce don, désirant l’infinité du ciel. Ceux qui donnent à l’indigent, démuni de moyens, parviennent au monde de Viṣṇu.
Verse 116
असौ लोके च्युतो राजन्भूतले द्विजमन्दिरे । कुशलो जायते पुत्रो गुणविद्याधनर्द्धिमान्
Ô Roi, lorsque tel être déchoit de ce monde et renaît sur la terre, il naît dans une demeure de brāhmaṇas; il devient un fils accompli, pourvu de vertus, de savoir, de richesse et de prospérité.
Verse 117
सर्वपापहरं तीर्थं हनूमन्तेश्वरं नृप । शृण्वन्विमुच्यते पापाद्वर्णसंकरसंभवात्
Ô Roi, Hanūmanteśvara est un tīrtha qui enlève tous les péchés. Par le seul fait d’en entendre (la grandeur), on est délivré du péché, même de la souillure née du varṇa-saṅkara.
Verse 118
दूरस्थश्चिन्तयन् पश्यन्मुच्यते नात्र संशयः
Même de loin, celui qui médite et contemple (cette réalité sacrée) est délivré ; là-dessus, point de doute.