
Ce chapitre expose une légende de tīrtha, d’une composition serrée, qui explique la sacralisation d’un lieu par un récit de conflit et ses suites rituelles. L’épisode s’ouvre sur l’arrivée de Nārada au milieu des sons cérémoniels, puis sur sa prosternation émue devant sa mère (Jananī), installant une tension à la fois familiale et cosmique. Vient ensuite la justification de l’introduction d’une épouse de remplacement—une jeune fille née parmi les gopas—nommée Gāyatrī et publiquement désignée comme « Brāhmaṇī » par une proclamation collective. Le pivot dramatique survient lorsque Sāvitrī entre dans le yajña-maṇḍapa : les devas et les officiants se taisent, saisis de crainte et de honte. Sāvitrī prononce une longue mise en accusation éthique, dénonçant l’impropriété du rite et le désordre socio-religieux, puis conclut par une série de malédictions visant Brahmā (Vidhī), Gāyatrī, ainsi que plusieurs divinités et prêtres. Chaque malédiction sert d’explication causale à des conditions futures : perte du culte, malchance, captivité, et dégradation des fruits rituels. Le récit passe ensuite du conflit à la fondation du lieu sacré : Sāvitrī s’en va en laissant sur un versant montagneux une empreinte vénérable, reconnue comme marque pāpa-hara, « qui enlève les péchés ». La fin, didactique et axée sur le mérite, prescrit l’adoration à la pleine lune, l’offrande de lampes par les femmes (avec des bénéfices auspices précisés), la danse et le chant dévotionnels comme purification, le don de fruits et de nourriture, l’accomplissement du śrāddha avec de simples offrandes donnant un mérite égal au Gayā-śrāddha, et le japa devant Sāvitrī pour effacer les fautes accumulées. Le chapitre se clôt par une exhortation à se rendre à Chamatkārapura pour vénérer la Déesse, et par une phalaśruti promettant pureté et bien-être aux lecteurs et aux auditeurs.
Verse 1
सूत उवाच । अथ श्रुत्वा महानादं वाद्यानां समुपस्थितम् । नारदः सम्मुखः प्रायाज्ज्ञात्वा च जननीं निजाम्
Sūta dit : Alors, entendant le puissant fracas des instruments rassemblés en ce lieu, Nārada s’avança droit devant—reconnaissant sa propre mère.
Verse 2
प्रणिपत्य स दीनात्मा भूत्वा चाश्रुपरिप्लुतः । प्राह गद्गदया वाचा कण्ठे बाष्पसमावृतः
Il se prosterna ; et, l’âme accablée, inondée de larmes, il parla d’une voix tremblante, la gorge étouffée par les sanglots.
Verse 3
आत्मनः शापरक्षार्थं तस्याः कोपविवृद्धये । कलिप्रियस्तदा विप्रो देवस्त्रीणां पुरः स्थितः
Alors le brahmane Kalipriya se tint devant les femmes célestes—cherchant à se préserver d’une malédiction et à attiser davantage sa colère.
Verse 4
मेघगम्भीरया वाचा प्रस्खलंत्या पदेपदे । मया त्वं देवि चाहूता पुलस्त्येन ततः परम्
D’une voix grave comme les nuées, trébuchant à chaque pas de la parole, il dit : « Ô Déesse, c’est moi qui t’ai appelée ; et ensuite Pulastya t’a appelée lui aussi. »
Verse 5
स्त्रीस्वभावं समाश्रित्य दीक्षाकालेऽपि नागता
Se retranchant derrière le « naturel d’une femme » comme prétexte, elle ne vint pas, pas même au moment de la dīkṣā (consécration).
Verse 6
ततो विधेः समादेशाच्छक्रेणान्या समाहृता । काचिद्गोपसमुद्भूता कुमारी देव रूपिणी
Alors, sur l’ordre de Vidhātṛ (Brahmā), Śakra (Indra) amena une autre jeune fille : née parmi les bouviers, vierge non mariée, d’une forme divine, semblable aux dieux.
Verse 7
गोवक्त्रेण प्रवेश्याथ गुह्यमार्गेण तत्क्षणात् । आकर्षिता महाभागे समानीताथ तत्क्षणात्
Ô très fortunée ! Entrée à l’instant par la bouche de la vache, par un passage secret, elle fut tirée au dehors et aussitôt amenée (au rite).
Verse 8
सा विष्णुना विवाहार्थं ततश्चैवानुमोदिता । ईश्वरेण कृतं नाम गायत्री च तवानुगम्
Alors Viṣṇu l’agréa en vue du mariage ; et par Īśvara (le Seigneur) lui fut donné le nom de « Gāyatrī », afin de t’accompagner.
Verse 9
ब्राह्मणैः सकलैः प्रोक्तं ब्राह्मणीति भवत्वियम् । अस्माकं वचनाद्ब्रह्मन्कुरु हस्तग्रहं विभो
Tous les brāhmaṇas déclarèrent : « Qu’elle soit connue sous le nom de Brāhmaṇī. » Ainsi, ô Brahman—ô Seigneur—selon notre parole, accomplis la prise de sa main (le rite nuptial).
Verse 10
देवैः सर्वैः स सम्प्रोक्तस्ततस्तां च वराननाम् । ततः पत्न्युत्थधर्मेण योजयामास सत्वरम्
Ainsi exhorté par tous les dieux, il accepta la jeune fille au beau visage ; puis, sans tarder, il l’unit à lui selon le dharma et les devoirs nés de la prise d’épouse.
Verse 11
किं वा ते बहुनोक्तेन पत्नीशालां समागता । रशना योजिता तस्या गोप्याः कट्यां सुरेश्वरि
Mais à quoi bon s’étendre ? On la conduisit aux appartements des femmes ; et l’on attacha à sa taille une ceinture—l’écharpe de la jeune vachère—ô Dame des dieux.
Verse 12
तद्दृष्ट्वा गर्हितं कर्म निष्क्रांतो यज्ञमण्डपात् । अमर्ष वशमापन्नो न शक्तो वीक्षितुं च ताम्
Voyant cet acte blâmable, il sortit du pavillon sacrificiel. Submergé par l’indignation, il ne put même pas la regarder.
Verse 13
एतज्ज्ञात्वा महाभागे यत्क्षमं तत्समाचर । गच्छ वा तिष्ठ वा तत्र मण्डपे धर्मवर्जिते
Sachant cela, ô toi le très fortuné, agis comme il convient. Va, ou bien demeure là—dans ce pavillon délaissé par le dharma.
Verse 14
तच्छ्रुत्वा सा तदा देवी सावित्री द्विजसत्तमाः । प्रम्लानवदना जाता पद्मिनीव हिमागमे
À ces paroles, la déesse Sāvitrī eut alors le visage abattu, ô le meilleur des deux-fois-nés, telle un lotus qui se flétrit à l’approche de l’hiver.
Verse 15
लतेव च्छिन्नमूला सा चक्रीव प्रियविच्युता । शुचिशुक्लागमे काले सरसीव गतोदका
Elle devint telle une liane aux racines tranchées, telle la femelle cakravāka séparée de son bien-aimé; telle un lac dont les eaux se sont retirées quand vient la saison claire.
Verse 16
प्रक्षीणचन्द्रलेखेव मृगीव मृगवर्जिता । सेनेव हतभूपाला सतीव गतभर्तृका
Elle paraissait comme le croissant de lune qui décroît; comme une biche privée de son cerf; comme une armée dont le roi a été tué; comme une épouse fidèle privée de son époux.
Verse 17
संशुष्का पुष्पमालेव मृतवत्सैव सौरभी । वैमनस्यं परं गत्वा निश्चलत्वमुपस्थिताम् । तां दृष्ट्वा देवपत्न्यस्ता जगदुर्नारदं तदा
Elle était flétrie comme une guirlande de fleurs, comme la vache Surabhī dont le veau est mort. Tombée dans une affliction extrême, elle était devenue immobile. La voyant ainsi, les épouses des dieux s’adressèrent alors à Nārada.
Verse 18
धिग्धिक्कलिप्रिय त्वां च रागे वैराग्यकारकम् । त्वया कृतं सर्वमेतद्विधेस्तस्य तथान्तरम्
Honte à toi, ô « bien-aimé de Kali », toi qui fais naître le détachement là où devraient régner l’amour et l’attachement ! Tout cela a été accompli par toi, et de même le trouble porté à cet ordre du Créateur (Vidhātṛ).
Verse 19
गौर्युवाच । अयं कलिप्रियो देवि ब्रूते सत्यानृतं वचः । अनेन कर्मणा प्राणान्बिभर्त्येष सदा मुनिः
Gaurī dit : «Ô Déesse, celui-ci, nommé “kali-priya”, profère des paroles mêlées de vérité et de non-vérité. Par cette même conduite, le muni soutient sans cesse sa vie.»
Verse 20
अहं त्र्यक्षेण सावित्रि पुरा प्रोक्ता मुहुर्मुहुः । नारदस्य मुनेर्वाक्यं न श्रद्धेयं त्वया प्रिये । यदि वांछसि सौख्यानि मम जातानि पार्वति
«Ô Sāvitri, jadis le Trinètre me mit en garde maintes fois : “Bien-aimée, ne te fie pas aux paroles du sage Nārada, si tu désires les bonheurs qui naissent de moi, ô Pārvatī.”»
Verse 21
ततःप्रभृति नैवाहं श्रद्दधेऽस्य वचः क्वचित् । तस्माद्गच्छामहे तत्र यत्र तिष्ठति ते पतिः
«Depuis lors, je n’ai jamais, en aucune circonstance, accordé foi à ses paroles. Allons donc là-bas, là où demeure ton époux.»
Verse 22
स्वयं दृष्ट्वैव वृत्तांतं कर्तव्यं यत्क्षमं ततः । नात्रास्य वचनादद्य स्थातव्यं तत्र गम्यताम्
«Après avoir vu de nos propres yeux toute l’affaire, nous ferons ce qui convient. Aujourd’hui, ne demeurons pas ici en nous appuyant sur ses paroles : allons là-bas.»
Verse 23
सूत उवाच । गौर्या स्तद्वचनं श्रुत्वा सावित्री हर्षवर्जिता । मखमण्डपमुद्दिश्य प्रस्खलन्ती पदेपदे
Sūta dit : Ayant entendu les paroles de Gaurī, Sāvitrī, privée de toute joie, se dirigea vers le pavillon du sacrifice, trébuchant à chaque pas.
Verse 24
प्रजगाम द्विजश्रेष्ठाः शून्येन मनसा तदा । प्रतिभाति तदा गीतं तस्या मधुरमप्यहो
Ô meilleurs des deux-fois-nés, elle poursuivit alors, l’esprit comme vidé. Même son chant — pourtant si doux — parut en cet instant autre, étrangement changé.
Verse 25
कर्णशूलं यथाऽयातमसकृद्द्विजसत्तमाः । वन्ध्यवाद्यं यथा वाद्यं मृदंगानकपूर्वकम्
Ô très nobles deux-fois-nés, cela frappait ses oreilles sans cesse, tel un élancement aigu. C’était comme une musique stérile et sans joie, fût-elle accompagnée de tambours et de timbales.
Verse 26
प्रेतसंदर्शनं यद्वन्मर्त्यं तत्सा महासती । वीक्षितुं न च शक्रोति गच्छमाना तदा मखे
De même que la vue d’un spectre est insupportable à un mortel, ainsi Sāvitrī, la grande dame chaste, en allant vers le sacrifice, ne put se résoudre à regarder ce qui s’y passait.
Verse 27
शृंगारं च तथांगारं मन्यते सा तनुस्थितम् । वाष्पपूर्णेक्षणा दीना प्रजगाम महासती
Elle jugea l’ornement lui-même semblable à des braises ardentes sur son corps. Les yeux pleins de larmes, cette grande femme vertueuse poursuivit sa route, accablée de chagrin.
Verse 28
ततः कृच्छ्रात्समासाद्य सैवं तं यज्ञमंडपम् । कृच्छ्रात्कारागृहं तद्वद्दुष्प्रेक्ष्यं दृक्पथं गतम्
Puis, non sans peine, elle parvint à ce pavillon du sacrifice. Il entra dans son regard tel une prison difficile à soutenir, douloureuse à contempler.
Verse 29
अथ दृष्ट्वा तु संप्राप्तां सावित्रीं यज्ञमण्डपम् । तत्क्षणाच्च चतुर्वक्त्रः संस्थितोऽधोमुखो ह्रिया
Lorsqu’il vit Sāvitrī parvenir au pavillon du sacrifice, à l’instant même le Quatre-Visages (Brahmā) se tint debout, le visage baissé, accablé de honte.
Verse 30
तथा शम्भुश्च शक्रश्च वासुदेवस्तथैव च । ये चान्ये विबुधास्तत्र संस्थिता यज्ञमंडपे
De même s’y trouvaient Śambhu (Śiva), Śakra (Indra) et Vāsudeva ; ainsi que d’autres êtres célestes, debout dans le pavillon du sacrifice.
Verse 31
ते च ब्राह्मणशार्दूलास्त्यक्त्वा वेदध्वनिं ततः । मूकीभावं गताः सर्वे भयसंत्रस्तमानसाः
Ces brāhmanes, tels des tigres, cessèrent le son de la récitation védique ; tous tombèrent dans le silence, l’esprit bouleversé par la peur.
Verse 32
अथ संवीक्ष्य सावित्री सपत्न्या सहितं पतिम् । कोपसंरक्तनयना परुषं वाक्यमब्रवीत्
Alors Sāvitrī, voyant son époux accompagné d’une coépouse, les yeux rougis de colère, prononça des paroles dures.
Verse 33
सावित्र्युवाच । किमेतद्युज्यते कर्तुं तव वृद्ध तमाकृते । ऊढवानसि यत्पत्नीमेतां गोपसमुद्भवाम्
Sāvitrī dit : «Comment cela peut-il convenir que tu fasses une telle chose, toi qui es âgé et de telle apparence : avoir pris pour épouse cette femme née de la communauté des gardiens de vaches ?»
Verse 34
उभयोः पक्षयोर्यस्याः स्त्रीणां कांता यथेप्सिताः । शौचाचारपरित्यक्ता धर्मकृत्यपराङ्मुखाः
Des deux côtés de sa lignée, les hommes aimés des femmes vivent à leur guise : ils ont renoncé à la pureté et à la juste conduite, et se sont détournés des devoirs du dharma.
Verse 35
यदन्वये जनाः सर्वे पशुधर्मरतोत्सवाः । सोदर्यां भगिनीं त्यक्त्वा जननीं च तथा पराम्
Dans cette lignée, tous se complaisent dans la « loi des bêtes » : ils abandonnent même la sœur de sang, et de même la mère et d’autres encore.
Verse 36
तस्याः कुले प्रसेवंते सर्वां नारीं जनाः पराम् । यथा हि पशवोऽश्नंति तृणानि जलपानगाः
Dans sa lignée, les gens se livrent sans retenue à toute femme, sans discernement ; tels des bovins qui, allant boire, broutent l’herbe en chemin.
Verse 37
तद्वदस्याः कुलं सर्वं तक्रमश्राति केवलम्
Ainsi, toute sa famille ne vit plus que de babeurre (buttermilk) בלבד.
Verse 38
कृत्वा मूत्रपुरीषं च जन्मभोगविवर्जितम् । नान्यज्जानाति कर्तव्यं धर्मं स्वोदरसं श्रयात्
Ayant rabaissé la vie à l’urine et aux excréments—privée du vrai but de la naissance et de la joie supérieure—on ne connaît plus aucun devoir, sinon un « dharma » qui ne sert que son propre ventre.
Verse 39
अन्त्यजा अपि नो कर्म यत्कुर्वन्ति विगर्हितम् । आभीरास्तच्च कुर्वंति तत्किमेतत्त्वया कृतम्
Même ceux de la condition la plus basse ne commettent pas un acte si blâmable ; et pourtant les Ābhīra le font. Pourquoi donc as-tu agi ainsi ?
Verse 40
अवश्यं यदि ते कार्यं भार्यया परया मखे । त्वया वा ब्राह्मणी कापि प्रख्याता भुवनत्रये
Si vraiment il t’est nécessaire d’avoir une épouse pour le sacrifice (mākha), qu’elle soit une femme brāhmane, renommée dans les trois mondes.
Verse 41
नोढा विधे वृथा मुण्ड नूनं धूर्तोऽसि मे मतः । यत्त्वया शौचसंत्यक्ता कन्याभावप्रदूषिता
Ô toi que le destin a marqué—homme vain à la tête rasée—, à mes yeux tu es assurément un trompeur : par toi, elle a renoncé à la pureté, et son état de jeune fille a été souillé.
Verse 42
प्रभुक्ता बहुभिः पूर्वं तथा गोपकुमारिका । एषा प्राप्ता सुपापाढ्या वेश्याजनशताधिका
Cette jeune vachère a jadis été possédée par beaucoup ; elle est venue ici chargée d’un grand péché, surpassant même des centaines de prostituées.
Verse 43
अन्त्यजाता तथा कन्या क्षतयोनिः प्रजायते । तथा गोपकुमारी च काचित्तादृक्प्रजायते
De même, une jeune fille née de la condition la plus basse peut venir au monde avec le sein blessé ou violé ; et, parmi les vachères aussi, certaines naissent dans un tel état.
Verse 44
मातृकं पैतृकं वंशं श्वाशुरं च प्रपातयेत् । तस्मादेतेन कृत्येन गर्हितेन धरातले
Par cet acte blâmable, on fait choir la lignée maternelle, la lignée paternelle et même la famille du beau-père ; ainsi, sur cette terre, un tel geste est réprouvé.
Verse 46
पूजां ये च करिष्यंति भविष्यंति च निर्धनाः । कथं न लज्जितोसि त्वमेतत्कुर्वन्विगर्हितम्
Ceux qui accompliront le culte de cette manière deviendront aussi pauvres. Comment n’as-tu pas honte en commettant cet acte réprouvé ?
Verse 47
पुत्राणामथ पौत्राणामन्येषां च दिवौकसाम् । अयोग्यं चैव विप्राणां यदेतत्कृतवानसि
Ce que tu as fait est indigne : devant les fils et les petits-fils, devant les autres êtres célestes, et assurément inconvenant en présence des brāhmaṇas.
Verse 48
अथ वा नैष दोषस्ते न कामवशगा नराः । लज्जंति च विजानंति कृत्याकृत्यं शुभाशुभम्
Ou peut-être n’est-ce pas ta faute : ceux que le désir ne gouverne pas éprouvent la honte et discernent ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas—l’auspicieux et le néfaste.
Verse 49
अकृत्यं मन्यते कृत्यं मित्रं शत्रुं च मन्यते । शत्रुं च मन्यते मित्रं जनः कामवशं गतः
Celui qui tombe sous l’emprise du désir prend ce qu’il ne faut pas faire pour ce qu’il faut faire ; il tient l’ami pour ennemi et l’ennemi pour ami.
Verse 50
द्यूतकारे यथा सत्यं यथा चौरं च सौहृदम् । यथा नृपस्य नो मित्रं तथा लज्जा न कामिनाम्
De même que la vérité manque au joueur, que l’amitié manque au voleur, et que le roi n’a point d’ami véritable—ainsi la pudeur manque à ceux que la convoitise entraîne.
Verse 51
अपि स्याच्छीतलो वह्निश्चंद्रमा दहनात्मकः । क्षाराब्दिरपि मिष्टः स्यान्न कामी लज्जते ध्रुवम्
Le feu pourrait devenir frais, la lune pourrait brûler, et l’océan salé pourrait devenir doux—mais celui que gouverne la luxure, assurément, ne connaît pas la honte.
Verse 52
न मे स्याद्दुखमेतद्धि यत्सापत्न्यमुपस्थितम् । सहस्रमपि नारीणां पुरुषाणां यथा भवेत्
Ce ne serait pas là ma peine—qu’une coépouse soit apparue; car les hommes peuvent avoir même mille femmes, comme on le sait.
Verse 53
कुलीनानां च शुद्धानां स्वजात्यानां विशेषतः । त्वं कुरुष्व पराणां च यदि कामवशं गतः
Surtout envers les femmes nobles et pures, et plus encore de ta propre communauté—si tu es tombé sous l’empire du désir, ne fais pas cela aux autres.
Verse 54
एतत्पुनर्महद्दुःखं यदाभीरी विगर्हिता । वेश्येव नष्टचारित्रा त्वयोढा बहुभर्तृका
Mais une peine bien plus grande est celle-ci : que la femme Ābhīrī soit désormais vouée au blâme; telle une courtisane, sa conduite est ruinée—mariée à toi, on la dit pourvue de nombreux maris.
Verse 55
तस्मादहं प्रयास्यामि यत्र नाम न ते विधे । श्रूयते कामलुब्धस्य ह्रिया परिहृतस्य च
C’est pourquoi je m’en irai—vers un lieu où l’on n’entend même pas ton nom, ô Vidhī; car l’on dit que celui qui convoite le désir est rejeté par Hriyā, la pudeur sacrée.
Verse 56
अहं विडंबिता यस्मादत्रानीय त्वया विधे । पुरतो देवपत्नीनां देवानां च द्विजन्मनाम् । तस्मात्पूजां न ते कश्चित्सांप्रतं प्रकरिष्यति
J’ai été tournée en dérision parce que tu m’as amenée ici, ô Vidhī—devant les épouses des dieux, devant les dieux eux-mêmes et devant les dvija, les deux-fois-nés. C’est pourquoi, désormais, nul n’accomplira de pūjā en ton honneur.
Verse 57
अद्य प्रभृति यः पूजां मंत्रपूजां करिष्यति । तव मर्त्यो धरापृष्ठे यथान्येषां दिवौकसाम्
Dès ce jour, quiconque accomplira le culte—un culte accompagné de mantra—celui-là, bien que mortel sur la terre, atteindra un état comparable à celui des autres habitants du ciel.
Verse 58
भविष्यति च तद्वंशो दरिद्रो दुःखसंयुतः । ब्राह्मणः क्षत्रियो वापि वैश्यः शूद्रोपि चालये
Et la lignée de cette personne deviendra pauvre et accablée de souffrance—qu’elle soit en ce monde brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya ou même śūdra—tel est le résultat en ce cadre sacré.
Verse 59
एषाऽभीरसुता यस्मान्मम स्थाने विगर्हिता । भविष्यति न संतानस्तस्माद्वाक्यान्ममैव हि
Puisque cette fille de l’Ābhīra a été blâmée en mon propre lieu, dès lors—par mes propres paroles—il n’y aura point de descendance pour ceux qui en sont responsables.
Verse 60
न पूजां लप्स्यते लोके यथान्या देवयोषितः
En ce monde, elle n’obtiendra ni honneur ni culte, comme les autres femmes célestes.
Verse 61
करिष्यति च या नारी पूजा यस्या अपि क्वचित् । सा भविष्यति दुःखाढ्या वंध्या दौर्भाग्यसंयुता
Toute femme qui, à quelque moment que ce soit, accomplit un culte (d’une manière interdite ou impropre en ce lieu sacré) deviendra, dit-on, riche de souffrances — stérile et vouée au malheur.
Verse 62
पापिष्ठा नष्टचारित्रा यथैषा पंचभर्तृका । विख्यातिं यास्यते लोके यथा चासौ तथैव सा
De même que cette femme, la plus pécheresse, au comportement ruiné, connue comme « l’épouse de cinq maris », deviendra infâme dans le monde, ainsi cette autre femme sera connue de la même façon.
Verse 63
एतस्या अन्वयः पापो भविष्यति निशाचर । सत्यशौचपरित्यक्ताः शिष्टसंगविवर्जिताः
Ô rôdeur de la nuit, quiconque demeure associé à sa lignée deviendra pécheur : ayant abandonné vérité et pureté, il sera privé de la compagnie des vertueux.
Verse 64
अनिकेता भविष्यंति वंशेऽस्या गोप्रजीविनः । एवं शप्त्वा विधिं साध्वी गायत्रीं च ततः परम्
«Dans sa lignée, ils seront sans demeure, vivant de la garde des vaches.» Ayant ainsi proféré la malédiction, la femme vertueuse maudit ensuite Vidhī (Brahmā), puis, après cela, Gāyatrī également.
Verse 65
ततो देवगणान्सर्वाञ्छशाप च तदा सती । भोभोः शक्र त्वयानीता यदेषा पंचभर्तृका
Alors, à l’instant même, Satī proféra une malédiction contre toutes les cohortes des dieux : «Écoute-moi, ô Śakra (Indra) ! C’est par toi que cette femme, vouée à avoir cinq époux, a été amenée ici.»
Verse 66
तदाप्नुहि फलं सम्यक्छुभं कृत्वा गुरोरिदम् । त्वं शत्रुभिर्जितो युद्धे बंधनं समवाप्स्यसि
Après avoir accompli comme il se doit cet acte de bon augure selon l’enseignement du guru, tu en recevras assurément le fruit : au combat, tu seras vaincu par tes ennemis et tu connaîtras la captivité, sous les liens.
Verse 67
कारागारे चिरं कालं संगमिष्यत्यसंशयम् । वासुदेव त्वया यस्मादेषा वै पंचभर्तृका
Puisque, ô Vāsudeva, tu t’es uni à cette femme—connue comme «celle aux cinq époux»—sans nul doute elle sera contrainte de demeurer longtemps dans une prison.
Verse 68
अनुमोदिता विधेः पूर्वं तस्माच्छप्स्याम्यसंशयम् । त्वं चापि परभृत्यत्वं संप्राप्स्यसि सुदुर्मते
Puisque cela a été auparavant approuvé par Vidhātṛ, l’Ordonnateur, je te maudirai donc à coup sûr. Et toi aussi, ô esprit mauvais, tu atteindras l’état de servitude sous autrui.
Verse 69
समीपस्थोऽपि रुद्र त्वं कर्मैतद्यदुपेक्षसे । निषेधयसि नो मूढ तस्माच्शृणु वचो मम
Bien que tu sois tout proche, ô Rudra, tu négliges cet acte ; tu ne l’empêches pas, ô insensé. Écoute donc mes paroles.
Verse 70
जीवमानस्य कांतस्य मया तद्विरहोद्भवम् । संसेवितं मृतायां ते दयितायां भविष्यति
Tant que ton bien-aimé vit encore, je me suis abandonnée à ce qui naît de la séparation d’avec lui ; mais lorsque ton cher mourra, cet abandon même retombera sur toi comme ton lot.
Verse 71
यत्र यज्ञे प्रविष्टेयं गर्हिता पंचभर्तृका । भवानपि हविर्वह्ने यत्त्वं गृह्णासि लौल्यतः
Dans le sacrifice où entra cette femme blâmée, « aux cinq époux », toi aussi — ô Agni, Porteur des oblations — as accepté l’offrande par avidité.
Verse 72
तथान्येषु च यज्ञेषु सम्यक्छंकाविवर्जितः । तस्माद्दुष्टसमाचार सर्वभक्षो भविष्यसि
De même, dans d’autres sacrifices, entièrement dépourvu de la juste retenue, ainsi — d’une conduite pervertie — tu deviendras mangeur de tout, sans discernement.
Verse 73
स्वधया स्वाहया सार्धं सदा दुःखसमन्वितः । नैवाप्स्यसि परं सौख्यं सर्वकालं यथा पुरा
Avec Svadhā et Svāhā, tu seras toujours accablé de peine ; jamais plus tu n’atteindras la félicité suprême en aucun temps, comme jadis.
Verse 74
एते च ब्राह्मणाः सर्वे लोभोपहतचेतसः । होमं प्रकुर्वते ये च मखे चापि विगर्हिते
Et tous ces brāhmanes, l’esprit frappé par l’avidité — ceux qui accomplissent l’oblation au feu même dans un sacrifice blâmable —
Verse 75
वित्तलोभेन यत्रैषा निविष्टा पञ्चभर्तृका । तथा च वचनं प्रोक्तं ब्राह्मणीयं भविष्यति
Là où, par convoitise des richesses, fut installée cette femme « aux cinq époux », là aussi des paroles furent prononcées ; et cela deviendra une affaire impliquant les brāhmaṇa.
Verse 76
दरिद्रोपहतास्तस्माद्वृषलीपतयस्तथा । वेदविक्रयकर्तारो भविष्यथ न संशयः
Ainsi, frappés par la pauvreté, vous deviendrez les époux de femmes śūdra ; et vous deviendrez des vendeurs du Veda—sans aucun doute.
Verse 77
भोभो वित्तपते वित्तं ददासि मखविप्लवे । तस्माद्यत्तेऽखिलं वित्तमभोग्यं संभविष्यति
Ô seigneur des richesses ! Tu offres des biens dans un sacrifice tombé dans le désordre. Aussi toute ta fortune deviendra-t-elle inutilisable, impropre à être goûtée.
Verse 78
तथा देवगणाः सर्वे साहाय्यं ये समाश्रिताः । अत्र कुर्वंति दोषाढ्ये यज्ञे वै पांचभर्तृके
De même, toutes les cohortes de dieux venues ici en quête d’assistance—participant à ce sacrifice—agissent au sein d’un rite lourd de fautes, dans ce sacrifice « aux cinq époux ».
Verse 79
संतानेन परित्यक्तास्ते भविष्यंति सांप्रतम् । दानवैश्च पराभूता दुःखं प्राप्स्यति केवलम्
À présent, ils seront abandonnés par leur propre descendance ; et, vaincus par les Dānavas, ils n’obtiendront rien d’autre que la souffrance.
Verse 80
एतस्याः पार्श्वतश्चान्याश्चतस्रो या व्यवस्थिताः । आभीरीति सप त्नीति प्रोक्ता ध्यानप्रहर्षिताः
Et, à ses côtés, se tenaient quatre autres femmes—dites «Ābhīrī» et «épouses rivales»—transportées de joie par leur propre élan de contemplation.
Verse 81
मम द्वेषपरा नित्यं शिवदूतीपुरस्सराः । तासां परस्परं संगः कदाचिच्च भविष्यति
Toujours vouées à la haine contre moi, menées par la messagère de Śiva; entre elles, leur fréquentation réciproque n’adviendra qu’à quelque occasion (fort rarement).
Verse 82
नान्येनात्र नरेणापि दृष्टिमात्रमपि क्षितौ । पर्वताग्रेषु दुर्गेषु चागम्येषु च देहिनाम् । वासः संपत्स्यते नित्यं सर्वभोगविवर्जितः
Ici, même la simple vue d’un autre homme sur la terre ne leur échoira pas. Leur demeure se fera toujours sur des sommets, en des lieux rudes et inaccessibles aux êtres incarnés, dépouillés de tout confort et de toute jouissance.
Verse 83
सूत उवाच । एवमुक्त्वाऽथ सावित्रीकोपोपहतचेतसा । विसृज्य देवपत्नीस्ताः सर्वा याः पार्श्वतः स्थिताः
Sūta dit : Ayant ainsi parlé, Sāvitrī—l’esprit accablé par la colère—congédia toutes les épouses des dieux qui se tenaient à ses côtés.
Verse 84
उदङ्मुखी प्रतस्थे च वार्यमाणापि सर्वतः । सर्वाभिर्देवपत्नीभिर्लक्ष्मीपूर्वाभिरेवच
Tournée vers le nord, elle se mit en route, bien qu’on la retînt de toutes parts—par toutes les épouses des dieux, avec Lakṣmī à leur tête.
Verse 85
तत्र यास्यामि नो यत्र नामापि किल वै यतः । श्रूयते कामुकस्यास्य तत्र यास्याम्यहं द्रुतम्
J’irai en un lieu où, en vérité, on n’entend même pas le nom de cet être mû par la convoitise. Vers ce lieu j’irai—sans tarder.
Verse 86
एकश्चरणयोर्न्यस्तो वामः पर्वतरोधसि । द्वितीयेन समारूढा तस्यागस्य तथोपरि
Posant son pied gauche sur le flanc de la montagne, et de l’autre elle monta—gravissant aussi cette arête.
Verse 87
अद्यापि तत्पदं वामं तस्यास्तत्र प्रदृश्यते । सर्वपापहरं पुण्यं स्थितं पर्वतरोधसि
Aujourd’hui encore, on y voit l’empreinte de son pied gauche. Cette marque sacrée—posée sur le flanc de la montagne—est sainte et détruit tous les péchés.
Verse 88
अपि पापसमाचारो यस्तं पूजयते नरः । सर्वपातकनिर्मुक्तः स याति परमं पदम्
Même un homme au comportement pécheur—s’il vénère cette présence sacrée—est délivré de toutes les fautes graves et atteint l’état suprême.
Verse 89
यो यं काममभि ध्याय तमर्चयति मानवः । अवश्यं समवाप्नोति यद्यपि स्यात्सुदुर्लभम्
Quel que soit le désir qu’un être médite et, avec cette intention, adore cette puissance sacrée, il l’obtient assurément—fût-ce d’une extrême difficulté.
Verse 90
सूत उवाच । एवं तत्र स्थिता देवी सावित्री पर्वता श्रया । अपमानं महत्प्राप्य सकाशात्स्वपतेस्तदा
Sūta dit : Ainsi la déesse Sāvitrī demeura en ce lieu, prenant la montagne pour refuge ; et alors, auprès de son propre seigneur, elle subit un grand affront.
Verse 91
यस्तामर्चयते सम्यक्पौर्णमास्यां विशेषतः । सर्वान्कामानवाप्नोति स मनोवांछितां स्तदा
Quiconque l’adore comme il se doit—surtout au jour de pleine lune—obtient tous les désirs, même ceux longtemps chéris dans le cœur et l’esprit.
Verse 92
या नारी कुरुते भक्त्या दीपदानं तदग्रतः । रक्ततंतुभिराज्येन श्रूयतां तस्य यत्फलम्
Toute femme qui, avec dévotion, offre une lampe devant Elle—avec des mèches rouges et du ghee—qu’elle écoute le fruit qui en résulte.
Verse 93
यावन्तस्तंतवस्तस्य दह्यंते दीप संभवाः । मुहूर्तानि च यावंति घृतदीपश्च तिष्ठति । तावज्जन्मसहस्राणि सा स्यात्सौभाग्यभांगिनी
Autant de fils (mèches) que cette lampe consume, et autant de muhūrtas que la lampe de ghee demeure allumée—pour autant de milliers de naissances, elle sera partagée de bonne fortune.
Verse 94
पुत्रपौत्रसमोपेता धनिनी शील मंडना न दुर्भगा न वन्ध्या च न च काणा विरूपिका
Elle sera comblée de fils et de petits-fils, prospère et parée de bonne conduite : ni malheureuse, ni stérile, ni borgne, ni d’apparence difforme.
Verse 95
या नृत्यं कुरुते नारी विधवापि तदग्रतः । गीतं वा कुरुते तत्र तस्याः शृणुत यत्फलम्
Toute femme—fût-elle veuve—qui, en ce lieu, danse devant la Déesse ou y chante, écoutez le fruit de mérite qui en résulte pour elle.
Verse 96
यथायथा नृत्यमाना स्वगात्रं विधुनोति च । तथातथा धुनोत्येव यत्पापं प्रकृतं पुरा
De la manière dont elle danse et secoue ses membres, dans cette même mesure elle secoue et rejette les péchés commis jadis.
Verse 97
यावन्तो जन्तवो गीतं तस्याः शृण्वंति तत्र च । तावंति दिवि वर्षाणि सहस्राणि वसेच्च सा
Autant d’êtres vivants entendent là son chant sacré, autant de milliers d’années demeure-t-elle au ciel.
Verse 98
सावित्रीं या समुद्दिश्य फलदानं करोति सा । फलसंख्याप्रमाणानि युगानि दिवि मोदते
Celle qui, en l’offrant à Sāvitrī, fait don de fruits, se réjouit au ciel durant des yuga en nombre égal aux fruits donnés.
Verse 99
मिष्टान्नं यच्छते यश्च नारीणां च विशेषतः । तस्या दक्षिणमूर्तौ च भर्त्राढ्यानां द्विजोत्तमाः । स च सिक्थप्रमाणानि युगा नि दिवि मोदते
Et celui qui offre des mets sucrés—surtout aux femmes—sur son aspect méridional, ô le meilleur des deux-fois-nés, se réjouit lui aussi au ciel durant des yuga mesurés selon la mesure « siktha » de l’offrande.
Verse 100
यः श्राद्धं कुरुते तत्र सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः । रसेनैकेन सस्येन तथैकेन द्विजोत्तमाः । तस्यापि जायते पुण्यं गयाश्राद्धेन यद्भवेत्
Quiconque accomplit là le śrāddha avec une foi juste—fût-ce avec une seule préparation savoureuse et une seule offrande de grain, ô le plus éminent des deux-fois-nés—obtient un mérite égal à celui qui naît du śrāddha accompli à Gayā.
Verse 101
यः करोति द्विजस्तस्या दक्षिणां दिशमाश्रितः । सन्ध्योपासनमेकं तु स्वपत्न्या क्षिपितैर्जलैः
Si un deux-fois-né, se tenant à son côté méridional, accomplit ne fût-ce qu’une seule adoration de sandhyā avec l’eau aspergée par sa propre épouse,
Verse 102
सायंतने च संप्राप्ते काले ब्राह्मणसत्तमाः । तेन स्याद्वंदिता संध्या सम्यग्द्वादशवार्षिकी
Lorsque vient l’heure du soir, ô le meilleur des brāhmaṇas, par cet acte la sandhyā est dûment honorée, comme si l’on en avait observé la discipline durant douze années.
Verse 103
यो जपेद्ब्राह्मणस्तस्याः सावित्रीं पुरतः स्थितः । तस्य यत्स्यात्फलं विप्राः श्रूयतां तद्वदामि वः
Si un brāhmaṇa, se tenant devant elle, récite la Sāvitrī (mantra), alors écoutez, ô brāhmaṇas : je vous dirai le fruit qui en découle.
Verse 104
दशभिर्ज्जन्मजनितं शतेन च पुरा कृतम् । त्रियुगे तु सहस्रेण तस्य नश्यति पातकम्
Par dix récitations, le péché né en cette vie est détruit ; par cent, celui commis jadis ; et par mille, au sein de trois yugas, son péché s’évanouit.
Verse 105
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन चमत्कारपुरं प्रति । गत्वा तां पूजयेद्देवीं स्तोतव्या च विशेषतः
Ainsi, avec tous ses efforts, qu’on se rende à Chamatkārapura, qu’on y vénère cette Déesse et qu’on la loue tout particulièrement par des hymnes sacrés.
Verse 106
सावित्र्या इदमाख्यानं यः पठेच्छृणुयाच्च वा । सर्वपापविनिर्मुक्तः सुखभागत्र जायते
Quiconque lit ce récit de Sāvitrī —ou même l’entend— est délivré de tous les péchés et devient, en ce monde même, participant au bonheur.
Verse 107
एतद्वः सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽहं द्विजोत्तमाः । सावित्र्याः कृत्स्नं माहात्म्यं किं भूयः प्रवदाम्यहम्
Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vous ai dit tout ce que vous m’avez demandé. La grandeur entière de Sāvitrī a été exposée ; que pourrais-je ajouter encore ?
Verse 192
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये सावित्रीमाहात्म्यवर्णनंनाम द्विनवत्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—dans la sixième section appelée Nāgara Khaṇḍa, dans le Māhātmya du saint domaine de Hāṭakeśvara—s’achève le chapitre intitulé «Description de la grandeur de Sāvitrī», à savoir le chapitre 192.