
Le chapitre 23 rapporte l’enseignement de Mārkaṇḍeya au roi Indradyumna sur le statut exceptionnel et salvifique de Dvārakā au Kali-yuga. Une phalaśruti comparative y est posée : un bref séjour, la simple intention d’y voyager, ou une seule journée de Kṛṣṇa-darśana (vision du Seigneur Kṛṣṇa) sont célébrés comme équivalents, en mérite, aux grands tīrtha de l’Inde et à de longues austérités. Vient ensuite l’énumération des sevā accomplies au temple lors du rite de snāna de Kṛṣṇa : bain avec lait, caillé, ghee, miel et eaux parfumées ; essuyage de la Divinité ; guirlandes ; conque et musique ; récitations, notamment le nāma-sahasra ; chant, danse, ārātrika ; circumambulation, prosternation ; offrandes de lampes, naivedya, fruits, tāmbūla et vases d’eau. S’ajoutent des services d’ornement et de construction : dhūpa, drapeaux, maṇḍapa, peinture, ombrelles et éventails. La troisième partie se tourne vers un exposé éthique et normatif sur la justesse du calendrier, surtout la Dvādaśī et les défauts de « vedha », illustré par le rêve de Candraśarman rencontrant des ancêtres souffrants. La conclusion harmonise : le pèlerinage à Somanātha s’achève pleinement par le Kṛṣṇa-darśana à Dvārakā, et l’exclusivisme sectaire est déconseillé. La clôture magnifie le bain dans la Gomati, l’efficacité du śrāddha/tarpaṇa et la dévotion à la tulasī (mālā et feuilles) comme protections et purifications au Kali-yuga.
Verse 1
मार्कंडेय उवाच । द्वारकायाश्च माहात्म्यमिंद्रद्युम्न निबोध मे । कलौ निवसते यत्र क्लेशहा रुक्मिणीपतिः
Mārkaṇḍeya dit : Ô Indradyumna, apprends de moi la grandeur de Dvārakā, où, même au temps de Kali, demeure Celui qui dissipe les peines, le Seigneur de Rukmiṇī.
Verse 2
कलौ कृष्णस्य माहात्म्यं ये शृण्वंति पठंति च । न तेषां जायते वासो यमलोके युगाष्टकम्
Au Kali-yuga, ceux qui écoutent et récitent la grandeur de Kṛṣṇa ne vont pas demeurer dans le royaume de Yama, fût-ce pour huit âges.
Verse 3
नित्यं कृष्णकथा यस्य प्राणादपि गरीयसी । न तस्य दुर्ल्लभं किंचिदिह लोके परं नृप
Ô roi, pour celui à qui le récit sacré de Kṛṣṇa est toujours plus cher que le souffle même de la vie, rien n’est difficile à obtenir, ni en ce monde ni dans l’autre.
Verse 4
मन्वंतरसहस्रैस्तु काशीवासेन यत्फलम् । तत्फलं द्वारकावासे वसतां पंचभिर्दिनैः
Le mérite acquis en demeurant à Kāśī durant des milliers de Manvantaras, ce même mérite est obtenu par ceux qui résident à Dvārakā pendant cinq jours.
Verse 5
कलौ निवसते यस्तु श्वपचो द्वारकां यदि । यतीनां गतिमाप्नोति प्राह ह्येवं प्रजापतिः
En vérité, même si un « cuiseur de chiens » (des plus basses castes) demeure à Dvārakā au Kali-yuga, il atteint l’état spirituel des ascètes ; ainsi l’a proclamé Prajāpati.
Verse 6
द्वारकां गंतुकामं यः प्रत्यहं कुरुते नरः । फलमाप्नोति मनुजः कुरुक्षेत्रसमुद्भवम्
Celui qui, jour après jour, nourrit sincèrement l’intention d’aller à Dvārakā obtient le mérite qui naît du pèlerinage à Kurukṣetra.
Verse 7
सोमग्रहे च यत्प्रोक्तं यत्फलं सोमनायके । दृष्ट्वा तत्फलमाप्नोति द्वारवत्यां जनार्द्दनम्
Et quel que soit le fruit proclamé au temps de l’éclipse de Soma, et quel que soit le mérite attribué à Somanātha, ce même fruit est obtenu en contemplant Janārdana à Dvāravatī.
Verse 8
पुष्करे कार्त्तिकीं कृत्वा यत्फलं वर्षकोटिभिः । तत्फलं द्वारकावासे दिनेनैकेन जायते
Le mérite acquis en accomplissant l’observance de Kārtikī à Puṣkara durant des crores d’années, ce même mérite naît en demeurant à Dvārakā ne fût-ce qu’un seul jour.
Verse 9
द्वारकायां दिनैकेन दृष्टे देवकिनंदने । फलं कोटिगुणं ज्ञेयमत्र लक्षशतोद्भवम्
À Dvārakā, en contemplant le Fils de Devakī ne fût-ce qu’un seul jour, il faut savoir que le fruit se multiplie au crore, faisant naître ici des centaines de milliers de mérites.
Verse 10
कलौ निवसतां भूप धन्यास्तेषां मनोरथाः । कृष्णस्य दर्शने नित्यं द्वारकागमने मतिः
Ô roi, bienheureuses sont les aspirations de ceux qui vivent en l’âge de Kali : leur esprit demeure sans cesse tourné vers la vision de Śrī Kṛṣṇa et vers le départ pour Dvārakā.
Verse 11
एकामपि द्वादशीं तु यः करोति नृपोत्तम । कृष्णस्य सन्निधौ भूप द्वारकायाः फलं शृणु
Ô meilleur des rois, ô souverain, écoute le fruit de Dvārakā : quiconque observe ne serait-ce qu’une seule Dvādaśī en la présence de Śrī Kṛṣṇa en reçoit la récompense.
Verse 12
धन्यास्ते कृतकृत्यास्ते ते जना लोकपावनाः । दृष्टं कृष्णमुखं यैस्तु पापकोट्ययुतापहम्
Bienheureux sont-ils, accomplis sont-ils, ces êtres qui purifient le monde : ceux qui ont contemplé le visage de Kṛṣṇa, car il efface des dizaines de millions de crores de péchés.
Verse 13
यत्फलं व्रतसंयुक्तैर्वासरैः कृष्णसंयुतैः । यज्ञैर्दानैर्बृहद्भिश्च द्वारकायां तथैकया
Le fruit acquis par des jours unis aux vœux et voués à Kṛṣṇa, ainsi que par de grands sacrifices et de grands dons—ce même fruit s’obtient aussi, fût-ce par une seule observance, à Dvārakā.
Verse 14
क्षीरस्नानं प्रकुर्वंति ये नराः कृष्ण मूर्धनि । शताश्वमेधजं पुण्यं बिंदुना बिंदुना स्मृतम्
Ceux qui accomplissent l’aspersion rituelle de lait (abhiṣeka) sur la tête de Kṛṣṇa—chaque goutte est tenue en mémoire comme conférant le mérite né de cent sacrifices Aśvamedha.
Verse 15
दधि क्षीराद्दशगुणं घृतं दध्नो दशोत्तरम् । घृताद्दशगुणं क्षौद्रं क्षौद्राद्दशगुणोत्तरम्
Le caillé (dadhi) confère un mérite dix fois supérieur à celui du lait ; le ghee (ghṛta) dix fois plus que le caillé ; le miel dix fois le mérite du ghee ; et au-delà du miel, il croît encore au décuple.
Verse 16
पुष्पोदकं च रत्नोदं वर्द्धनं च दशोत्तरम् । मंत्रोदकं च गंधोदं तथैव नृपसत्तम
De même, ô meilleur des rois : l’eau de fleurs et l’eau de joyaux, ainsi que l’eau « vardhana » (qui accroît), sont chacune dix fois supérieures ; de même encore, l’eau consacrée par les mantras et l’eau parfumée sont louées.
Verse 17
इक्षो रसेन स्नपनं शतवाजिमखैः समम् । तथैव तीर्थनीरं स फलं यच्छति भूमिप
Ô roi : baigner (le Seigneur) avec le jus de canne à sucre équivaut à cent sacrifices Aśvamedha ; de même, le bain avec l’eau d’un tīrtha confère ce même fruit.
Verse 18
कृष्णं स्नानार्द्रगात्रं च वस्त्रेण परिमार्जति । तस्य लक्षार्जितस्यापि भवेत्पापस्य मार्जनम्
Quiconque essuie, avec un tissu, le corps de Śrī Kṛṣṇa encore humide après le bain, pour lui advient l’effacement du péché, même de celui amassé par centaines de milliers.
Verse 19
स्नापयित्वा जगन्नाथं पुष्पमालावरोहणम् । कुरुते प्रतिपुष्पं तु स्वर्णनिष्कायुतं फलम्
Après avoir baigné Jagannātha, Seigneur de l’univers, si l’on dépose ensuite sur Lui une guirlande de fleurs, pour chaque fleur on obtient un fruit égal à un niṣka d’or.
Verse 20
स्नानकाले तु देवस्य शंखादीनां तु वादनम् । कुरुते ब्रह्मलोके तु वसते ब्रह्मवासरम्
Quiconque, au moment du bain rituel du Seigneur, fait retentir la conque (śaṅkha) et d’autres instruments de bon augure, obtient demeure dans le monde de Brahmā et y séjourne durant un « jour de Brahmā », immense durée cosmique.
Verse 21
स्नानकाले स कृष्णस्य पठेन्नामसहस्रकम् । प्रत्यक्षरं लभेत्प्रेष्टं कपिलागोशतोद्भवम्
Si, au moment du bain rituel de Kṛṣṇa, l’on récite Ses mille noms, alors pour chaque syllabe on reçoit une récompense chérie : un mérite égal au don de cent vaches fauves.
Verse 22
फलमेतन्महीपाल गीतायाः परिकीर्तितम् । गजेंद्रमोक्षणेनैवं स्तवराजेन कीर्त्तितम्
Ô roi, tel est le fruit proclamé pour la Gītā sacrée ; de même il est déclaré pour l’hymne « Gajendra-mokṣaṇa », ce roi des stotras.
Verse 23
स्तवैरृषिकृतैरन्यैः पठितैश्च नराधिप । तोषमाप्नोति देवेशः सर्वान्कामान्प्रयच्छति
Ô roi, lorsque l’on récite d’autres hymnes composés par les ṛṣi, le Seigneur des dieux s’en trouve comblé et accorde tous les buts désirés.
Verse 24
किं पुनर्वेदपाठं तु स्नानकाले करोति यः । तस्य यल्लभते पुण्यं न ज्ञातं नरनायक
À plus forte raison, ô chef des hommes, pour celui qui récite le Veda au temps du bain rituel : le mérite qu’il acquiert est sans mesure.
Verse 25
स्नान काले च संप्राप्ते कृष्णस्याग्रे तु नर्तनम् । गीतं चैव पुनस्तत्र स्तवनं वदनेन हि
Quand vient l’heure du bain rituel, qu’on danse devant Kṛṣṇa ; et là, qu’on chante aussi, puis qu’on profère encore des louanges de sa propre voix.
Verse 26
स्नानकाले तु कृष्णस्य जयशब्दं करोति यः । करताल समायुक्तं गीतनृत्यं करोति च
Quiconque, au temps du bain rituel de Kṛṣṇa, élève le cri de « Jaya ! » et accomplit chant et danse avec des battements de mains rythmés, acquiert un grand mérite.
Verse 27
तत्र चेष्टां प्रकुर्वाणो हसते जल्पतेऽपि वा । मुक्तं तेन परं मातुर्योनियंत्रस्य निर्गमम्
Là, même si l’on fait des gestes, si l’on rit ou si l’on parle, par cette participation dévotionnelle on est délivré du joug de sortir encore et encore du sein maternel : la contrainte des renaissances est brisée.
Verse 28
नोत्तानशायी भवति मातुरंके नरेश्वर । गुणान्पठति कृष्णस्य यः काले स्नानकर्मणः
Ô roi, celui qui récite les vertus de Kṛṣṇa au moment du rite du bain ne gîra plus, impuissant, sur les genoux de sa mère : il ne reviendra pas à la naissance d’un nourrisson.
Verse 29
चंदनागुरुमिश्रेण कंकुमेन सुगंधिना । विलेपयति यः कृष्णं कर्पूरमृगनाभिना । कल्पं तु भवने विष्णोर्वसते पितृभिः सह
Quiconque oint Kṛṣṇa de santal parfumé mêlé d’agaru, de safran odorant, et de camphre et de musc, demeure un kalpa entier dans la demeure de Viṣṇu, avec ses ancêtres.
Verse 30
प्रत्येकं चंदनादीनामिंद्रद्युम्न न चान्यथा । नानादेशसमुद्भूतैः सुवस्त्रैश्च सुकोमलैः
Ô Indradyumna—il en est bien ainsi et non autrement—chaque offrande de santal et autres parfums, et la présentation de vêtements très doux et raffinés venus de maintes contrées, devient à Dvārakā un acte distinct de culte, chargé de mérite.
Verse 31
धूपयित्वा सुगंधैश्च यो धूपयति मानवः । मन्वंतराणि वसते तत्संख्यानि हरेर्गृहे
Celui qui offre des encens parfumés, embaumant la présence de Hari, demeure dans la demeure de Hari durant autant de manvantaras que le nombre de ces offrandes.
Verse 32
स्वशक्त्या देवदेवेशं भूषणैर्भूषयंति च । हेमजैरतुलैः शुभ्रैर्मणिजैश्च सुशोभनैः
Selon leurs moyens, ils parent le Deva-deveśa, Seigneur des dieux, d’ornements : parures d’or sans égales et gemmes éclatantes, d’une beauté exquise.
Verse 33
तेषां फलं महाराज रुद्राश्च वासवादयः
Ô grand roi, même les Rudra, les Indra et les autres dieux ne connaissent qu’en partie le fruit d’un tel culte.
Verse 34
जानंति मुनयो नैव वर्जयित्वा तु माधवम् । येऽर्चयंति जगन्नाथं कृष्णं कलिमलापहम् । केतकीतुलसीपत्रैः पुष्पैर्मालतिसंभवैः
Même les sages ne le connaissent pas pleinement—sauf en ce qui concerne Mādhava—: ceux qui vénèrent Jagannātha Kṛṣṇa, l’effaceur de la souillure du Kali, avec des fleurs de ketakī, des feuilles de tulasī et des fleurs nées du mālatī.
Verse 35
तद्देशसंभवैश्चान्यैर्भूरिभिः कुसुमैर्नृप । एकैकं नृप शार्दूल राजसूयसमं स्मृतम्
Ô roi, avec bien d’autres fleurs abondantes nées de cette même contrée—chaque offrande, ô tigre parmi les rois, est tenue en mémoire comme égale au sacrifice du Rājasūya.
Verse 36
ये कुर्वंति नराः पूजां स्वशक्त्या रुक्मिणीपतेः । क्रीडंति विष्णुलोके ते मन्वतरशतं नराः
Ceux qui, selon leurs moyens, accomplissent le culte du Seigneur de Rukmiṇī, se réjouissent dans le monde de Viṣṇu durant cent Manvantara.
Verse 37
यः पुनस्तुलसीपत्रैः कोमलमंजरीयुतैः । पूजयेच्छ्रद्धया यस्तु कृष्णं देवकिनंदनम्
Mais quiconque, avec foi, vénère Kṛṣṇa—fils de Devakī—au moyen de feuilles de tulasī portant de tendres boutons, obtient le mérite suprême.
Verse 38
या गतिर्योगयुक्तानां या गतिर्योगशालिनाम् । या गतिर्दानशीलानां या गतिस्तीर्थसेविनाम्
Quel que soit le séjour promis à ceux qui ont atteint le yoga, et le séjour de ceux qui demeurent établis dans le yoga; le séjour des âmes charitables et le séjour de ceux qui servent les tīrtha, les lieux saints—
Verse 39
या गतिर्मातृभक्तानां द्वादशीं वेधवर्जिताम् । कुर्वतां जागरं विष्णोर्नृत्यतां गायतां फलम्
—et quel que soit le séjour de ceux qui honorent leur mère; ainsi que le fruit de ceux qui, lors d’une Dvādaśī sans vedha (conforme aux signes célestes), veillent pour Viṣṇu, dansant et chantant en dévotion.
Verse 40
वैष्णवानां तु भक्तानां यत्फलं वेदवादिनाम् । पठतां वैष्णवं शास्त्रं वैष्णवानां तु यच्छताम्
Ô roi, le fruit qui revient aux dévots vaiṣṇava est le même que celui des exégètes des Veda : celui de ceux qui lisent et étudient les śāstra vaiṣṇava, et de ceux qui font des dons aux vaiṣṇava.
Verse 41
तुलसीमालया कृष्णः पूजितो रुक्मिणी पतिः । फलमेतन्महीपाल यच्छते नात्र सशयः
Lorsque Kṛṣṇa, l’époux de Rukmiṇī, est adoré avec une guirlande de tulasī, Il accorde ce fruit, ô souverain de la terre ; il n’y a là aucun doute.
Verse 42
यथा लक्ष्मीः प्रिया विष्णोस्तुलसी च ततोऽधिका । द्वारकायां समुत्पन्ना विशेषेण फलाधिका
De même que Lakṣmī est chère à Viṣṇu, ainsi la tulasī Lui est plus chère encore qu’elle. Et la tulasī née à Dvārakā est, d’une manière toute particulière, supérieure par le fruit qu’elle accorde.
Verse 43
यत्र तत्र स्थितो विष्णुस्तुलसीदलमालया । पूजितो द्वारकातुल्यं पुण्यं स यच्छते कलौ
Où que se tienne Viṣṇu, s’il est vénéré d’une guirlande de feuilles de tulasī, il accorde un mérite égal à celui de Dvārakā, même en l’âge de Kali.
Verse 44
योऽर्चयेत्केतकीपत्रैः कृष्णं कलिमलापहम् । पत्रेपत्रेऽश्वमेधस्यफलं यच्छति भूभुज
Ô roi, quiconque vénère Kṛṣṇa, celui qui efface la souillure de Kali, avec des feuilles de ketakī : à chaque feuille offerte, il accorde le fruit du sacrifice Aśvamedha.
Verse 45
योऽर्चयेन्मालतीपुष्पैः कृष्णं त्रिभुवनेश्वरम् । तेनाप्तं नास्ति संदेहो यत्फलं दुर्लभं हरेः
Quiconque vénère Kṛṣṇa, Seigneur des trois mondes, avec des fleurs de mālatī, obtient assurément, par ce culte, le fruit de Hari, autrement difficile à atteindre.
Verse 46
ऋतुकालोद्भवैः पुष्पैर्योऽर्चयेद्रुक्मिणीपतिम् । सर्वान्कामानवाप्नोति दुर्लभान्देवमानुषैः
Quiconque vénère l’Époux de Rukmiṇī avec des fleurs nées en leur saison propre obtient tous les vœux, même ceux que dieux et hommes peinent à atteindre.
Verse 47
कृष्णेनागुरुणा कृष्णं धूपयंति कलौ युगे । सकर्पूरेण राजेन्द्र कृष्णतुल्या भवंति ते
Ô seigneur des rois, en l’âge de Kali, ceux qui encensent Kṛṣṇa avec de l’aguru sombre mêlé de camphre deviennent semblables à Kṛṣṇa en splendeur divine et béatitude.
Verse 48
साज्येन गुग्गुलेनापि सुगंधेन जनार्द्दनम् । धूपयित्वा नरो याति पदं भूयः सदा शिवम्
Même avec du guggulu parfumé mêlé de ghee, si un homme offre l’encens à Janārdana, il parvient à la demeure suprême, toujours propice, et ne revient plus jamais.
Verse 49
यो ददाति महीपाल कृष्णस्याग्रे तु दीपकम् । पातकं तु समुत्सृज्य ज्योतीरूपं लभेत्पदम्
Ô roi, quiconque place une lampe devant Kṛṣṇa rejette le péché et obtient l’état suprême, resplendissant, de nature lumineuse.
Verse 50
द्वारे कृष्णस्य यो नित्यं दीपमालां करोति हि । सप्तद्वीपवतीराज्यं द्वीपेद्वीपे फलं लभेत्
Quiconque, chaque jour, dispose une guirlande de lampes au seuil de Śrī Kṛṣṇa obtient le fruit de la souveraineté sur les « sept continents » ; et dans chaque île ou royaume, il reçoit la récompense qui lui revient.
Verse 51
नैवेद्यानि मनोज्ञानि कृष्णाय विनिवेदयेत् । कल्पांतं तत्पितॄणां हि तृप्तिर्भवति शाश्वती
Qu’on présente à Kṛṣṇa des naivedya, offrandes de nourriture agréables au cœur ; par cela, jusqu’à la fin de l’âge, les pitṛs (ancêtres) obtiennent une satisfaction perpétuelle.
Verse 52
फलानि यच्छते यो वै सुहृद्यानि नरेश्वर । जायंते तस्य कल्पांतं सफलास्तु मनोरथाः
Ô seigneur des hommes, celui qui offre des fruits choisis avec dévotion voit ses vœux du cœur s’élever et s’accomplir, jusqu’à la fin de l’âge.
Verse 53
तांबूलं तु सकर्पूरं सपूगं नरनायक । कृष्णाय यच्छते यो वै पदं तस्याग्निदैवतम्
Ô chef des hommes, quiconque offre à Kṛṣṇa le tāmbūla—bétel préparé avec camphre et noix d’arec—atteint un état associé au Deva du Feu, Agni.
Verse 54
सनीरं कर्पुरोपेतं कुंभं कृष्णाग्रतो न्यसेत् । कल्पांते न जलापेक्षां कुर्वंति च पितामहाः
Qu’on dépose devant Kṛṣṇa un pot rempli d’eau, parfumé au camphre ; ainsi, jusqu’à la fin du kalpa, ses ancêtres ne souffriront pas du manque d’eau.
Verse 56
तत्कुले नास्ति पापिष्ठो न च लोके यमस्य च । वायुलोकान्महीपाल न पुनर्विद्यते गतिः
Ô roi, dans cette lignée il n’est point de pécheur suprême, et nul ne va au royaume de Yama. Du monde de Vāyu, il n’y a plus de retour vers la renaissance mortelle.
Verse 57
कृष्णवेश्मनि यः कुर्य्यात्सधूपं पुष्पमंडपम् । सपुष्पकविमानैस्तु क्रीडते कोटिभिर्द्दिवि
Celui qui, dans la demeure de Kṛṣṇa, érige un pavillon de fleurs accompagné d’encens, se réjouit au ciel parmi des crores de vimānas célestes ornés de fleurs.
Verse 58
चलच्चामरवातेन कृष्णं यस्तोषयेन्नरः । तस्योत्तमांगं देवेशश्चुंबते स्वमुखेन हि
Celui qui réjouit Kṛṣṇa en l’éventant d’un cāmara (éventail de queue de yak) en mouvement, le Seigneur des dieux lui-même embrasse de sa propre bouche le sommet de la tête de ce dévot.
Verse 59
व्यजनेनाथ वस्त्रेण सुभक्त्या मातरिश्वना । देवदेवस्य राजेन्द्र कुरुते धर्मवारणम्
Ô roi, par l’éventail et aussi par le tissu—lorsqu’ils sont offerts avec une dévotion pure—Mātariśvan (Vāyu) accomplit une « protection du dharma » pour le Dieu des dieux.
Verse 60
धूपं चंदनमालां तु कुरुते कृष्णसद्मनि । देवकन्यायुतैर्लक्षैः सेव्यते सुरनायकैः
Quiconque offre de l’encens et une guirlande de santal dans la demeure de Kṛṣṇa est servi par les chefs des dieux, avec des centaines de milliers de jeunes filles célestes.
Verse 61
ध्वजमारोपयेद्यस्तु प्रासादोपरि भक्तितः । तस्य ब्रह्मपदे वासः क्रीडते ब्रह्मणा सह
Celui qui, avec dévotion, hisse un drapeau au sommet du palais-temple du Seigneur obtient demeure dans le monde de Brahmā et s’y réjouit en compagnie de Brahmā.
Verse 62
प्रांगणं वर्णकोपेतं स्वस्तिकैश्च समन्वितैः । देवदेवस्य कुरुते क्रीडते भुवनत्रये
Quiconque décore la cour de motifs colorés, ornés de svastikas de bon augure, pour le Dieu des dieux, se réjouit et se divertit à travers les trois mondes.
Verse 63
यो दद्यान्मण्डपे पुष्पप्रकरं रुक्मिणीपतेः । देवोद्यानेषु सर्वेषु क्रीडते नरनायकैः
Quiconque offre, dans le pavillon, un amas de fleurs au Seigneur de Rukmiṇī se divertit dans tous les jardins divins, en compagnie des nobles chefs parmi les hommes.
Verse 64
प्रासादे देवदेवस्य चित्रकर्म करोति यः । वसते रुद्रलोके तु यावत्तिष्ठंति सागराः
Celui qui accomplit l’art ornemental dans le temple du Dieu des dieux demeure au monde de Rudra aussi longtemps que les océans subsistent.
Verse 65
दद्याच्चन्द्रमयं यस्तु कृष्णोपरि नरेश्वर । वसते द्वारकां यावत्सोमलोके स तिष्ठति
Ô roi, quiconque offre sur Kṛṣṇa un ornement semblable à la lune (emblème lunaire), tant que Dvārakā subsiste, demeure au monde de Soma.
Verse 66
छत्रं बहुशलाकं तु किंकिणीवस्रगुण्ठितम् । दिव्यरत्नैश्च संयुक्तं हेमदण्डसमन्वितम्
Un parasol cérémoniel aux nombreuses baleines, enveloppé d’étoffe et garni de grelots, serti de gemmes divines et muni d’une hampe d’or—
Verse 67
समर्पयति कृष्णाय च्छत्रं लक्षार्बुदैर्वृतम् । अमरैः सहितः सर्वैः क्रीडते पितृभिः सह
Celui qui offre ce parasol à Kṛṣṇa—entouré d’immenses multitudes—se réjouit avec tous les immortels, et aussi avec les Pitṛ (ancêtres).
Verse 68
दद्यान्नरविमानं तु कृष्णाय नरनायक । सत्कृतो धनदेनैव वसते ब्रह्मवासरम्
Ô chef des hommes, quiconque donne à Kṛṣṇa un véhicule splendide tel un vimāna—honoré par Kubera (Dhanada) lui-même—demeure durant un « jour de Brahmā ».
Verse 69
कृता पूजा दिकं भूप ज्वलंतं कृष्णमूर्द्धनि । आरार्तिकं प्रकुर्वाणो मोदते कृष्णसन्निधौ
Ô roi, après avoir accompli le culte, celui qui offre l’ārati avec une lampe flamboyante devant le visage de Śrī Kṛṣṇa se réjouit dans la présence même de Kṛṣṇa.
Verse 70
दीप्तिमंतं सकर्पूरं करोत्यारार्तिकं नृप । कृष्णस्य वसते लोके सप्तकल्पानि मानवः
Ô roi, l’homme qui accomplit un ārati rayonnant avec du camphre demeure dans le monde de Kṛṣṇa durant sept kalpas.
Verse 71
धृत्वा शंखोदकं यस्तु भ्रामयेत्केशवोपरि । संनिधौ वसते विष्णोः कल्पांतं क्षीरसागरे
Quiconque prend l’eau sanctifiée dans la conque (śaṅkha) et la fait tourner au-dessus de Keśava (Śrī Kṛṣṇa) demeure dans la présence immédiate de Viṣṇu jusqu’à la fin du kalpa, dans l’Océan de Lait.
Verse 72
एवं कृत्वा तु कृप्णस्य यः करोति प्रदक्षिणाम् । पठन्नामसहस्रं तु स्तवमन्यं पठन्नृप । सप्तद्वीपवतीपुण्यं लभते तु पदेपदे
Ayant fait ainsi, ô roi, quiconque accomplit la circumambulation (pradakṣiṇā) de Kṛṣṇa en récitant le Sahasranāma (les Mille Noms) ou d’autres hymnes, obtient à chaque pas un mérite égal à celui du monde entier aux sept continents.
Verse 73
कुर्य्याद्दण्डनमस्कारमश्वमेधायुतैः समम् । कृष्णं संतोषयेद्यस्तु सुगीतैर्मधुरैः स्वरैः । सामवेदफलं तस्य जायते नात्र संशयः
La prosternation totale (daṇḍa-namaskāra) est, en mérite, égale à dix mille sacrifices Aśvamedha. Et celui qui réjouit Kṛṣṇa par des chants bien exécutés, aux accents doux, obtient le fruit du Sāma Veda — sans aucun doute.
Verse 74
यो नृत्यति प्रहृष्टात्मा भावैर्बहु सुभक्तितः । स निर्द्दहति पापानि मन्वंतरकृतान्यपि
Celui qui danse le cœur ravi, rempli d’un profond élan de bhakti, consume les péchés, même ceux amassés au fil des manvantaras.
Verse 75
यः कृष्णाग्रे महाभक्त्या कुर्य्यात्पुस्तकवाचनम् । प्रत्यक्षरं लभेत्पुण्यं कपिलाशतदानजम्
Quiconque, avec une grande dévotion, fait la lecture des Écritures devant Kṛṣṇa, reçoit pour chaque syllabe un mérite égal au don de cent vaches fauves.
Verse 76
ऋग्यजुःसामभिर्वाग्भिः कृष्णं संतोषयंति ये । कल्पांतं ब्रह्मलोके तु ते वसंति द्विजोत्तमाः
Les éminents dvijas qui réjouissent Kṛṣṇa par les paroles du Ṛg, du Yajus et du Sāma Veda demeurent en Brahmaloka jusqu’à la fin du kalpa.
Verse 77
योगशास्त्राणि वेदांता न्पुराणं कृष्णसन्निधौ । पठंति रविबिंबं ते भित्त्वा यांति हरेर्लयम्
Ceux qui lisent les Yoga-śāstras, les Vedāntas et les Purāṇas en la présence de Kṛṣṇa percent au-delà du disque solaire et atteignent l’absorption en Hari.
Verse 78
गीता नामसहस्रं तु स्तवराजो ह्यनुस्मृतिः । गजेन्द्रमोक्षणं चैव कृष्णस्यातीव वल्लभम्
La Gītā, le Nāma-sahasra (les Mille Noms), le Stavarāja (Roi des Hymnes), la remémoration (anusmṛti) et l’épisode de la délivrance de Gajendra — tout cela est infiniment cher à Kṛṣṇa.
Verse 79
श्रीमद्रागवतं यस्तु पठते कृष्णसन्निधौ । कुलकोटिशतैर्युक्तः क्रीडते योगिभिः सदा
Celui qui récite le «Śrīmad Bhāgavata» en la présence de Kṛṣṇa, entouré de centaines de crores de sa lignée, se réjouit sans cesse dans la sainte līlā avec les yogins.
Verse 80
यः पठेद्रामचरितं भारतं व्यासभाषितम् । पुराणानि महीपाल प्राप्तो मुक्तिं न संशयः
Ô souverain de la terre, quiconque récite le Rāma-carita, le Bhārata enseigné par Vyāsa, ainsi que les Purāṇa, obtient la délivrance (mokṣa) — sans aucun doute.
Verse 81
द्वादशीवासरे प्राप्त एवं कुर्वंति ये नराः । गीताद्यैः शतसाहस्रं पुण्यं यच्छति केशवः
Lorsque vient le jour de Dvādaśī, ceux qui agissent ainsi—par des œuvres de bhakti telles que le chant sacré—Keśava leur accorde un mérite cent mille fois accru.
Verse 82
जागरे कोटिगुणितं पुण्यं भवति भूभिप । वसतां द्वारकावासात्प्रत्यहं लभते फलम्
Ô roi, par la veille (jāgara) le mérite se trouve multiplié par un crore. Et ceux qui demeurent à Dvārakā obtiennent le fruit jour après jour, par le seul fait d’y résider.
Verse 83
गोमतीनीरपूतानां कृष्णवक्त्रावलोकि नाम् । दर्शनात्पातकं तेषां याति वर्षशतार्जितम्
Pour ceux que les eaux de la Gomati ont purifiés et que la vision du visage de Kṛṣṇa a bénis, par ce seul darśana s’en vont les péchés amassés durant cent ans.
Verse 84
धन्यास्ते मानुषे लोके गोमत्युदधिवारिणा । तर्पयंति पितॄन्देवान्गत्वा द्वारवतीं कलौ
Vraiment bienheureux, dans le monde des hommes, sont ceux qui, en l’âge de Kali, se rendent à Dvāravatī et, avec les eaux de la Gomati et de l’océan, accomplissent le tarpaṇa, rassasiant les Pitṛs et les Devas.
Verse 85
गंगाद्वारे प्रयागे च गंगायां कुरुजांगले । प्रभासे शुक्लतीर्थे च श्रीस्थले पुष्करेऽपि च
À Gaṅgādvāra, à Prayāga, sur la Gaṅgā en Kurujāṅgala, à Prabhāsa, à Śukla-tīrtha, à Śrī-sthala, et aussi à Puṣkara—
Verse 86
स्नानेन पिंडदानेन पितॄणां तर्पणे कृते । तृप्तिर्भवति भूपाल तथा गोमतिदर्शनात्
Par le bain sacré, par l’offrande des piṇḍas et par l’accomplissement du tarpaṇa aux Pitṛs, la satisfaction naît, ô roi ; de même, cette satisfaction est obtenue même par le darśana de la Gomati.
Verse 87
योजनैर्बहुभिस्तिष्ठन्गोमतीति च यो वदेत् । चांद्रायणसहस्रस्य फलमाप्नोति यत्नतः
Même en demeurant à de nombreuses yojanas, quiconque prononce « Gomati » obtient, par un effort fervent, le fruit de mille observances de Cāndrāyaṇa.
Verse 88
धन्या द्वारवती लोके वहते यत्र गोमती । स्वयं तु तिष्ठते यत्र नित्यं रुक्मिणिवल्लभः
Bénie est Dvāravatī dans le monde, là où coule la Gomati ; et c’est là même que demeure à jamais le Bien-aimé de Rukmiṇī.
Verse 89
न स्नाता गोमतीतीरे कलौ पापेन मोहिताः । भविष्यति कथं तेषां पापबंधस्य संक्षयः
En l’âge de Kali, ceux que le péché égare et qui ne se baignent pas sur les rives de la Gomati—comment le lien de leurs fautes pourrait-il jamais se dissoudre ?
Verse 90
निर्मिता स्वर्गनिःश्रेणी कलौ कृष्णेन गोमती । मनसः प्रीतिजननी जंतूनां नरसत्तम
Ô meilleur des hommes, en l’âge de Kali, Kṛṣṇa façonna la Gomati comme une échelle vers le ciel ; elle fait naître la joie dans le cœur des êtres vivants.
Verse 91
न दृश्यं स्वर्गसोपानं दृश्यते गोमतीसमम् । सुखदं पापिनां पुंसां स्नानमात्रेण मोक्षदम्
On ne voit rien au monde d’égal à la Gomati, comme si elle était l’escalier même du ciel. Elle donne le bonheur même aux pécheurs, et par le seul bain elle accorde la délivrance.
Verse 92
गोमतीनीरसंयुक्तो यत्र गर्जति सागरः । तत्र गच्छेन्नरव्याघ्र कृष्णस्तिष्ठति यत्र वै
Là où l’océan gronde, mêlé aux eaux de la Gomati, rends-toi, ô tigre parmi les hommes ; car c’est là, en vérité, que demeure Kṛṣṇa.
Verse 93
यत्र चक्रांकितशिला गोमत्युदधिनिःसृताः । यच्छंति पूजिता मोक्षं तां पुरीं को न सेवते
Là où se trouvent des pierres marquées du disque, nées de la Gomati et de l’océan, qui, vénérées, accordent la délivrance : qui ne servirait et ne révérerait cette cité ?
Verse 94
यत्र चक्रांकिता मृत्स्ना तिष्ठते निर्मला नृप । कलौ पापविनाशार्थं तां पुरीं को न सेवते
Là où demeure une terre immaculée, marquée du disque sacré, ô roi—surtout en l’âge de Kali pour l’anéantissement des péchés—qui ne recourrait pas à cette cité ?
Verse 95
अप्रदृश्या पुरा लोके दैत्यदानवरक्षसाम् । शरण्या देवतादीनां पुरीं तां को न सेवते
Autrefois, cette cité était invisible et inaccessible aux Daityas, Dānavas et Rākṣasas; pourtant elle était un refuge pour les dieux et les autres—qui ne s’y rendrait pas ?
Verse 96
त्यजते यां कलौ नैव कृष्णो देवकिनन्दनः । कर्मणा मनसा वाचा तां पुरीं को न सेवते
Cette cité que Kṛṣṇa, fils de Devakī, n’abandonne pas même en l’âge de Kali—qui ne l’honorerait et n’y recourrait par l’acte, la pensée et la parole ?
Verse 97
मार्कंडेय उवाच । शृणु राजन्प्रवक्ष्यामि कथां पापप्रणाशिनीम् । यां श्रुत्वा मुच्यते नूनं दुःखसंसार बंधनात्
Mārkaṇḍeya dit : Écoute, ô roi ; je vais te raconter un récit qui détruit les péchés—en l’entendant, on est assurément délivré des liens du saṃsāra, cette existence douloureuse.
Verse 98
अवन्तीविषये पूर्वं ब्राह्मणो वेदपारगः । चंद्रशर्मेति विख्यातः शिवभक्तः सदा नृप
Autrefois, dans la région d’Avantī, vivait un brāhmaṇa, maître des Veda, connu sous le nom de Candraśarman—toujours dévot de Śiva, ô roi.
Verse 99
मनसा कर्मणा वाचा नान्यं ध्याति सदाशिवात् । शैवाद्व्रताद्व्रतं नान्यत्करोति च नराधिप
Par la pensée, par l’acte et par la parole, il ne méditait nul autre que Sadāśiva ; et, hormis les observances śaiva, il n’accomplissait aucun autre vœu, ô seigneur des hommes.
Verse 100
नोपवासं हरिदिने कुरुते न व्रतं हरेः । विना चतुर्दशीं राजन्नान्यदेवसमुद्भवम्
Il n’observait pas le jeûne (upavāsa) au jour de Hari, ni ne prenait de vœu pour Hari—sauf au quatorzième jour lunaire (caturdaśī), ô roi ; et il ne suivait aucune observance issue d’autres divinités.
Verse 101
यत्रयत्र शिवक्षेत्रं यत्र तीर्थं तु शांकरम् । तत्र गच्छति राजेन्द्र वैष्णवं नैव गच्छति
Ô roi, partout où se trouve un domaine sacré de Śiva—partout où il y a un tīrtha de Śaṅkara—c’est là qu’il se rend ; aux lieux saints vaiṣṇava, il ne va point.
Verse 102
प्रतिवर्षं तु कुरुते सोमनाथस्य दर्शनम् । न जहाति विशेषेण सोमपर्व नरेश्वर
Chaque année, il accomplit l’auspicieux darśana de Somanātha ; et, tout particulièrement, ô roi, il ne néglige jamais le jour de la fête de Soma (Soma-parva).
Verse 103
एवं प्रकुर्वतस्तस्य वर्षाणि नवसप्ततिः । गतानि किल राजेन्द्र शिवभक्तिं प्रकुर्वतः
Ainsi, ô le meilleur des rois, tandis qu’il persévérait de la sorte—pratiquant la bhakti envers Śiva—on dit que soixante-dix-neuf années s’écoulèrent.
Verse 104
कदाचित्सोमपर्वण्यागते सोमोपनायकम् । नानादेशान्महीपाल ह्यसंख्याताश्च मानवाः
Un jour, lorsque vint la fête de Soma, ô roi, d’innombrables hommes, venus de maints pays, arrivèrent en apportant des offrandes pour le rite de Soma.
Verse 105
गताः कृष्णपुरीं सर्वे दृष्ट्वा सोमेश्वरं प्रभुम् । आहूतस्तैश्चंद्रशर्मा न गतो द्वारकां पुरीम्
Tous se rendirent à Kṛṣṇapurī et, après avoir contemplé le Seigneur Someśvara, ils invitèrent Candraśarman ; mais lui n’alla pas à la cité de Dvārakā.
Verse 106
शिवक्षेत्रात्परं तीर्थं नाहं मन्ये जग त्त्रये । नान्यदेवो मया ज्ञात ईश्वराद्देवनायकात्
Dans les trois mondes, je ne tiens aucun lieu de pèlerinage pour supérieur à un Śiva-kṣetra ; et je ne reconnais nul autre dieu qu’Īśvara, chef des dieux.
Verse 108
विनाऽन्ये चंद्रशर्माणं गतास्ते द्वारकां पुरीम् । अन्यस्मिन्दिवसे राजन्गच्छतः स्वगृहं प्रति । चक्रुस्ते दर्शनं स्वप्ने चंद्रशर्मपितामहाः
Laissant Candraśarman en arrière, les autres allèrent à la cité de Dvārakā. Un autre jour, ô roi, tandis qu’il se rendait vers sa demeure, les ancêtres de Candraśarman lui apparurent en songe.
Verse 109
प्रेतभूता महाकायाः क्षुत्क्षामाश्चैव भीषणाः । दृष्ट्वा स्वप्नं महा रौद्रं भीतोऽसौ च प्रकंपितः
Ils étaient tels des esprits preta : de vastes corps, desséchés par la faim, et terrifiants. Voyant ce songe d’une effroyable rudesse, il fut saisi de peur et se mit à trembler.
Verse 110
चन्द्रशर्मोवाच । के यूयं विकृताकारा जंतूनां च भयानकाः । पृथ्वीसमुद्भवा जीवा न दृष्टा न श्रुता मया
Candraśarman dit : «Qui êtes-vous, aux formes altérées, effrayantes pour les êtres vivants ? Vous semblez des créatures nées de la terre, et pourtant je ne vous ai jamais vus ni même entendus mentionner auparavant.»
Verse 111
प्रेता ऊचुः । मा भयं कुरु विप्रेंद्र तव पूर्वपितामहाः । आगतास्त्वत्समीपे तु महादुःखेन पीडिताः
Les pretas dirent : «N’aie pas peur, ô le meilleur des brāhmaṇas. Nous sommes tes ancêtres d’autrefois ; nous sommes venus près de toi, accablés d’une grande souffrance.»
Verse 112
चन्द्रशर्मोवाच । इष्टं दत्तं तपस्तप्तं भवद्भिर्मत्पितामहैः । प्रेतत्वे कारणं यत्स्याद्भवतां विस्मयो मम
Candraśarman dit : «Mes aïeux — vous-mêmes — avez accompli des sacrifices, fait des dons et pratiqué l’austérité. Comment donc la cause a-t-elle surgi, par laquelle vous êtes tombés dans l’état de pretas ? Cela m’émerveille.»
Verse 113
प्रेता ऊचुः । शृणु पुत्र प्रवक्ष्यामः प्रेतयोनेस्तु कारणम् । वासरं वासुदेवस्य सदा विद्धं कृतं पुरा
Les pretas dirent : «Écoute, cher fils ; nous t’expliquerons la cause de notre naissance en tant que pretas. Jadis, nous avons commis à maintes reprises la faute dite “viddha”, en profanant le jour sacré de Vāsudeva.»
Verse 114
प्रेतत्वं तेन संप्राप्तमस्माभिः शृणु पुत्रक । विशेषेण कृतं रात्रौ विद्धं जागरणं हरेः
«C’est ainsi que nous avons atteint l’état de pretas — écoute, petit enfant. Plus particulièrement, nous avons commis la faute de “viddha” en gâchant la veille nocturne (jāgaraṇa) consacrée à Hari.»
Verse 115
पतनं नरके घोरे भविष्यति न संशयः । त्वया सह न संदेहो यावदाभूतसंप्लवम्
La chute dans un enfer terrible adviendra sans aucun doute ; et, avec toi, sans incertitude, elle se prolongera jusqu’à la grande dissolution des êtres.
Verse 116
चन्द्रशर्मोवाच । हरिभक्तिविहीनानां द्वादशीव्रतवर्जिनाम् । नाशं न याति प्रेतत्वं पूजितैः शंकरादिभिः
Candraśarman dit : «Ceux qui sont dépourvus de dévotion envers Hari et qui abandonnent le vœu de Dvādaśī ne voient pas leur état de preta détruit, même s’ils vénèrent Śaṅkara et d’autres divinités».
Verse 117
न वा सन्तोषितो देवो भक्त्या त्रिपुरनाशनः । प्रदास्यति गतिं नूनं प्रेतत्वं न गमिष्यति
Et si le dieu Tripuranāśana (Śiva) n’est pas réellement satisfait par la dévotion, il n’accordera certes pas la voie du salut ; ainsi, l’état de preta ne prendra pas fin.
Verse 118
प्रेता ऊचुः । प्रायश्चित्तं विना पुत्र द्वादशीवेधसंभवम् । आपन्न गच्छते नूनं प्रेतत्वं नैव गच्छति
Les pretas dirent : «Ô fils, sans prāyaścitta, l’expiation de la faute née de la transgression de Dvādaśī, on tombe assurément dans le malheur ; l’état de preta ne s’en va nullement».
Verse 119
प्रायश्चित्ती सदा पुत्र पूजयानोऽपि शंकरम् । विना केशवपूजाभिः पापं भजति गोवधम्
Ô fils, même celui qui accomplit sans cesse l’expiation et qui vénère même Śaṅkara, s’il le fait sans adorer Keśava, contracte un péché comparable au meurtre d’une vache.
Verse 120
प्रथमं केशवः पूज्यः पश्चाद्देवो महेश्वरः । पूजनीयाश्च भक्त्या वै याश्चान्याः संति देवताः
D’abord, que Keśava soit honoré; ensuite, le dieu Maheśvara. Et avec dévotion, que soient aussi vénérées toutes les autres divinités qui existent.
Verse 121
मूलाच्छाखाः प्रशाखाश्च भवंति बहुशस्ततः । वासुदेवात्समुद्भूतं जगदेतच्चराचरम्
D’une racine naissent maintes branches et rameaux; de même, de Vāsudeva est issu cet univers tout entier, fait d’êtres mobiles et immobiles.
Verse 122
तस्मान्मूलं परित्यज्य शाखां नैवार्चयेद्बुधः । विशेषेण जगन्नाथं त्रैलोक्याधिपतिं हरिम्
Ainsi, le sage ne doit pas délaisser la racine pour n’honorer qu’une branche; surtout lorsqu’il s’agit d’adorer Jagannātha Hari, le Seigneur des trois mondes.
Verse 123
तद्दिने ये प्रकुर्वंति सम्यग्वेधेन शोभितम् । सशल्यं तन्न संदेहः प्रेतत्वं याति तेन च
Ceux qui, ce jour-là même, accomplissent le rite comme s’il était « bien marqué », mais embelli d’un vedha impropre et ainsi souillé—oui, cet acte est « avec une épine »; sans doute, par cela ils tombent dans l’état de preta, esprit sans repos.
Verse 124
हव्यं देवा न गृह्णन्ति कव्यं च पितरस्तथा । पूजां गृह्णाति नो सूर्यस्तथा चैव पितामहाः
Les dieux n’acceptent pas l’offrande havya, et de même les ancêtres n’acceptent pas l’offrande kavya. En ce temps-là, même le Soleil n’accueille pas l’adoration, pas plus que les pitāmahas, les aïeux d’autrefois.
Verse 125
प्रेतास्ते ये प्रकुर्वंति सशल्यं वासरं हरेः । पौर्णमासीद्वये प्राप्ते राका साग्निविवर्जिता
Ils deviennent des prétas : ceux qui, au jour sacré de Hari, accomplissent un rite « entaché d’épines » (saśalya). Lorsque deux observances de pleine lune se rencontrent, la pleine lune Rākā doit être célébrée sans le feu sacré, selon la règle.
Verse 126
विशेषेण तु वैशाखी श्राद्धादीनां प्रशस्यते । वैशाखे तु तृतीयां वै पूर्वविद्धां करोति यः
En particulier, le mois de Vaiśākha est loué pour le śrāddha et les rites apparentés. Mais celui qui, en Vaiśākha, accomplit la tṛtīyā (troisième tithi) en mode « pūrva-viddhā » (entamée par le jour précédent) agit à tort.
Verse 127
हव्यं देवा न गृह्णंति कव्यं चैव पितामहाः । यत्र देवा न गृह्णंति कथं तत्र पितामहाः । तस्मात्कार्य्या तृतीया च पूर्वविद्धा बुधैर्नरैः
Les dieux n’acceptent pas le havya, et les ancêtres n’acceptent pas le kavya. Là où les dieux n’acceptent pas, comment les ancêtres accepteraient-ils? C’est pourquoi les sages doivent accomplir la tṛtīyā selon la règle du pūrva-viddhā, comme il est prescrit.
Verse 128
कुर्वते यदि मोहाद्वा प्रेतत्वं शाश्वतं ततः । नापयाति कृतैः पुण्यैर्बहुशस्तीर्थसेवनैः
Si, par égarement, on l’accomplit à tort, il en naît une condition de préta durable; elle ne s’efface pas aisément, même par des mérites amassés et par le service répété de nombreux tīrthas.
Verse 129
दशमीं पौर्णमासीं च पित्रोः सांवत्सरं दिनम् । पूर्वविद्धं प्रकुर्वाणो नरकं प्रतिपद्यते
Celui qui accomplit la Daśamī, la Paurṇamāsī et le jour annuel des ancêtres (sāṃvatsarika) en mode pūrva-viddha —selon un chevauchement fautif— tombe en enfer.
Verse 130
दर्शश्च पौर्णमासी च साग्निकैः पूर्वसंयुता । नाग्निहीनैस्तु कर्त्तव्या पुनराह प्रजापतिः
Pour ceux qui entretiennent les feux sacrés, les rites de Darśa et de Paurṇamāsī doivent être accomplis selon le temps antérieur (pūrva), en lien avec le feu ; mais pour ceux qui n’ont pas de feu, ils doivent être accomplis autrement—ainsi Prajāpati l’a de nouveau proclamé.
Verse 131
क्षयाहे तु पुनः प्रोक्ता स्वकालव्यापिनी तिथिः । श्राद्धं तत्र प्रकर्तव्यं ह्रासवृद्धी न कारणम्
Au jour de perte de tithi (kṣaya), il est de nouveau enseigné qu’il faut retenir la tithi qui embrasse son temps propre. C’est alors qu’il convient d’accomplir le śrāddha ; l’apparente diminution ou augmentation (de l’étendue de la tithi) n’est pas une raison de s’en abstenir.
Verse 132
तत्रोक्तं मनुना पुत्र वेदांतैर्भाष्यकारिभिः । तत्प्रमाणं प्रकर्तव्यं प्रेतत्वं भवतोऽन्यथा
Mon fils, ce qui y a été enseigné par Manu, ainsi que par les autorités du Vedānta et les grands commentateurs, doit être reçu comme norme et mis en pratique ; autrement, l’état de preta (esprit défunt sans repos) s’abattra sur toi.
Verse 133
एतै प्रकारैः प्रेतत्वं प्राणिनां जायते भुवि । निरीक्ष्य धर्मशास्त्राणि कार्य्यं विहितमात्मनः
C’est ainsi que, sur la terre, l’état de preta naît chez les êtres vivants. Aussi, après avoir examiné les Dharma-śāstras, doit-on accomplir ce qui est prescrit pour son propre bien.
Verse 134
प्रणम्य सोमनाथं तु यात्रां कृत्वा न गच्छति । कृष्णस्य दर्शनार्थाय तस्य किं जायते फलम्
Si quelqu’un se prosterne devant Somanātha et entreprend le pèlerinage, mais ne poursuit pas sa route pour obtenir la vision (darśana) de Kṛṣṇa, quel fruit recueille-t-il donc ?
Verse 135
कथ्यते परमा मूर्तिर्हरिरीश्वरसं संस्थिता । विभेदो नात्र कर्तव्यो यथा शंभुस्तथा हरिः
Il est proclamé que la Forme suprême—Hari (Viṣṇu)—demeure établie dans l’union avec Īśvara. Ici, nulle distinction ne doit être faite : tel est Śambhu (Śiva), tel est aussi Hari.
Verse 136
कृष्णस्य सोमनाथस्य नांतरं दृश्यते क्वचित् । यात्रा श्रीसोमनाथस्य संपूर्णा कृष्णदर्शनात्
Entre Kṛṣṇa et Somanātha, nulle différence n’apparaît où que ce soit. Le pèlerinage à Śrī Somanātha s’accomplit pleinement par la vision sacrée (darśana) de Kṛṣṇa.
Verse 137
तस्मादुभयतः पुत्र गन्तव्यं नात्र संशयः । दृष्ट्वा सोमेश्वरं देवं गंतव्यं द्वारकां प्रति
Ainsi donc, mon fils, il faut se rendre aux deux—sans aucun doute. Après avoir contemplé le dieu Someśvara, qu’on se dirige vers Dvārakā.
Verse 138
प्रभासे सोमनाथस्य लिंगमध्ये व्यवस्थितः । स्वयं तिष्ठति पुण्यात्मा भोगं गृह्णाति केशवः
À Prabhāsa, au cœur même du liṅga de Somanātha, Keśava, à l’âme sainte, demeure en personne et reçoit lui-même les offrandes qui y sont déposées.
Verse 139
दृष्ट्वा सोमेश्वरं देवं द्वारकां न नरो गतः । पतनं नरके घोरे पितॄणां च भविष्यति
Si un homme a contemplé le dieu Someśvara et ne se rend pas à Dvārakā, on dit qu’il subira une chute funeste dans un enfer terrible—et cela même pour ses ancêtres.
Verse 140
विशेषेण त्वया वत्स न कृतं द्वादशीव्रतम् । व्रतं कृतं यदस्माभिस्तत्कृतं वेधसंयुतम् । निर्गमं यमलोकाद्धि तदस्माकं न दृश्यते
Surtout, mon enfant chéri, tu n’as pas accompli le vœu de Dvādaśī. Quant au vœu que nous avons observé, il l’a été avec une souillure encore attachée ; ainsi, pour nous, aucune délivrance du royaume de Yama ne se laisse voir.
Verse 141
चन्द्रशर्मोवाच । यदि तात मयाऽज्ञानान्न कृतं द्वादशीव्रतम् । कस्मात्कृतं सशल्यं तु भवद्भिर्द्वादशीव्रतम्
Candraśarman dit : «Père, si par ignorance je n’ai pas accompli le vœu de Dvādaśī, pourquoi donc avez-vous observé le vœu de Dvādaśī avec une “épine”, c’est-à-dire avec une tache, un défaut ?»
Verse 142
प्रेता ऊचुः । कुविप्रैस्तु कुदैवज्ञैः शुक्रमायाविमोहितैः । पारुष्यताहेतुकैश्च प्रेतयोनिमिमां गताः
Les Pretas dirent : «Leurrés par de mauvais brahmanes et des astrologues corrompus—ensorcelés par l’éclat de la richesse et la tromperie—et poussés par la dureté et la cruauté, nous sommes tombés dans cette condition de Pretas.»
Verse 143
दत्तं तप्तं हुतं जप्तमस्माकं विफलं गतम् । संप्राप्ता प्रेतयोनिस्तु सशल्याद्वादशीव्रतात्
«Tout ce que nous avons donné en aumône, toute austérité que nous avons pratiquée, toute offrande versée dans le feu et tout mantra récité—tout cela est devenu sans fruit. Car nous sommes parvenus à l’état de Preta pour avoir observé le vœu de Dvādaśī avec śalya, une souillure qui le défigure.»
Verse 144
सशल्यं ये प्रकुर्वंति वासरं केशव प्रियम् । तेषां पितामहाः स्वर्गात्प्रेतत्वं यांति पुत्रक
«Ceux qui observent d’une manière souillée le jour cher à Keśava, avec śalya—à cause d’eux, leurs aïeux, leurs grands-pères, chutent même du ciel et vont à l’état de Pretas, ô mon fils.»
Verse 145
चन्द्रशर्मोवाच । प्रेतत्वं नाशमायाति कथमेतत्पितामहाः । कर्मणा केन तत्सर्वं यच्चाहं प्रकरोमि तत्
Candraśarman dit : «Comment se fait-il que l’état de preta ne prenne pas fin pour mes aïeux ? Par quelle action tout cela peut-il être réparé ? Ce qu’il faut accomplir, je l’accomplirai.»
Verse 146
प्रेता ऊचुः । मा गयां मा प्रयागं च पुष्करे कुरुजांगले । अयोध्यायामवंत्यां वा मधुरायां न चार्बुदे
Les pretas dirent : «Ni Gayā, ni Prayāga, ni Puṣkara, ni Kurujāṅgala ; ni Ayodhyā, ni Avanti, ni Mathurā, ni Arbuda—(rien n’égale cela en cette affaire).»
Verse 147
न चान्यत्तीर्थलक्षं तु वर्जयित्वा तु गोमतीम् । गंगा सरस्वती चैव नर्मदा नैव पुष्करम्
«Pas même cent mille autres tīrtha—en laissant de côté la Gomatī—(pas même) la Gaṅgā, la Sarasvatī, la Narmadā, ni Puṣkara ne l’égalisent pour ce dessein.»
Verse 148
यादृशं गोमतीतीरे कलौ प्रेतत्वनाशनम् । गोमतीनीरदानेन कृष्णवक्त्रविलोकनात्
«Telle est, en l’âge de Kali, la destruction de l’état de preta sur la rive de la Gomatī : par l’offrande de l’eau de la Gomatī et par la contemplation du visage de Kṛṣṇa.»
Verse 149
विलयं यांति पापानि जन्मकोटिकृतान्यपि । वृथा संन्यासिनां पुण्यं वृथा च वनवासिनाम्
«Les péchés—même ceux commis au fil de dix millions de naissances—se dissolvent. Auprès de cela, le mérite des renonçants paraît vain, et celui des ermites des forêts paraît vain lui aussi.»
Verse 150
सशल्यं वासरं विष्णोः कुर्वंति यदि पुत्रक । तस्माद्गच्छ मुखं पश्य पूर्णचन्द्रसमं मुखम्
Ô mon fils, si l’on accomplit le jour sacré de Viṣṇu d’une manière souillée, alors va et contemple ce Visage—ce Visage rayonnant tel la pleine lune.
Verse 151
कृष्णस्य द्वारकां गत्वा यथास्माकं गतिर्भवेत् । विफलं तव संजाता न कृतं यदुपार्ज्जितम्
Va à Dvārakā de Kṛṣṇa, afin que ta destinée devienne comme la nôtre (délivrée). Sinon, tes efforts seront vains : le mérite que tu as acquis ne portera pas son fruit légitime.
Verse 152
तद्व्यर्थ सकलं जातं विना केशव पूजनात् । विना केशवपूजायाः शंकरो यस्त्वयार्च्चितः । तत्पुण्यं विफलं जातं प्रेतयोनिं गमिष्यसि
Sans le culte de Keśava, tout cela devient vain. Même l’adoration que tu as offerte à Śaṅkara, si tu n’as pas d’abord honoré Keśava, demeure stérile en mérite ; ce mérite perd sa force, et tu tomberas dans l’état de preta, esprit errant.
Verse 153
संपूर्णं तव पुण्यं च द्वारका कृष्णदर्शनात् । भविष्यति न सन्देहो गोमत्युदधिसन्निधौ
En contemplant Kṛṣṇa à Dvārakā, ton mérite deviendra parfait—sans aucun doute—là, près du lieu sacré où la Gomati rejoint l’océan.
Verse 154
दृष्ट्वा सोमेश्वरं देवं कृष्णं यदि न पश्यति । यात्राफलं न चाप्नोति वदत्येवं स्वयं शिवः
Même après avoir vu le dieu Someśvara, si l’on ne contemple pas Kṛṣṇa, on n’obtient pas le fruit du pèlerinage—ainsi l’affirme Śiva lui-même.
Verse 155
दृष्टोऽहं तैर्न सन्देहो यैः कृतं कृष्णदर्शनम् । एका मूर्तिर्न सन्देहो मम कृष्णस्य नांतरम्
Celui qui a contemplé Kṛṣṇa m’a véritablement contemplé—sans aucun doute. Il n’y a qu’une seule Forme divine ; entre Kṛṣṇa et moi, nulle différence.
Verse 156
दृष्ट्वा मां द्वारकां गत्वा कर्त्तव्यं कृष्णदर्शनम् । दृष्ट्वा कृष्णं तु मां पश्येद्यास्यत्येव महाफलम्
Après m’avoir vu, en allant à Dvārakā il faut contempler Kṛṣṇa. Et après avoir vu Kṛṣṇa, qu’on me contemple aussi—ainsi obtient-on sûrement un grand fruit.
Verse 157
कृष्णदर्शनपूतात्मा यो मां पश्यति मानवः । न तस्य पुनरावृत्तिर्मम लोकाच्च वैष्णवात्
Celui dont l’âme a été purifiée par le darśana de Kṛṣṇa, s’il me contemple, ne revient plus du séjour qui est le mien, le monde vaiṣṇava, vers le saṃsāra.
Verse 158
इत्याह देवदेवेशः स्वयं सोमपतिः पुरा । विप्राणां श्रुतमस्माभिर्वदतां पुष्करे सताम्
Ainsi parla jadis, de sa propre bouche, Somapati, le Seigneur des dieux. Nous l’avons entendu de saints brāhmaṇas qui enseignaient à Puṣkara.
Verse 159
तस्माद्गच्छ प्रयाणार्थ कुरु कृष्णस्य दर्शनम् । अन्यथा यास्यसे योनिं पैशाचीं पापदायिनीम्
C’est pourquoi va—mets-toi en route—et obtiens le darśana de Kṛṣṇa. Sinon, tu tomberas dans une naissance semblable à celle d’un piśāca, état de péché et de ruine.
Verse 160
कृतापराधोऽपि यदा कुरुते कृष्णदर्शनम् । मुच्यते नाऽत्र संदेहः पापाज्जन्मकृतादपि
Même celui qui a commis des offenses, lorsqu’il reçoit le darśana de Kṛṣṇa, est délivré ; il n’y a là aucun doute, même des péchés commis depuis la naissance.
Verse 161
पूजिते देवदेवेशे कृष्णे देवकिनन्दने । पूजिता देवताः सर्वा ब्रह्मरुद्रभगादिकाः
Lorsque l’on vénère Kṛṣṇa, fils de Devakī et Seigneur des dieux, toutes les divinités sont vénérées : Brahmā, Rudra, Bhaga et les autres.
Verse 162
विना कृष्णस्य पूजां च रुद्राद्यास्त्रिदिवौकसः । पूजिता नैव कुर्वंति तुष्टिं पुत्र पितामहाः
Sans le culte de Kṛṣṇa, même si l’on vénère Rudra et les autres dieux demeurant au ciel, ils n’accordent pas la pleine satisfaction ; de même, ô mon fils, les Pitṛs (ancêtres) ne sont pas apaisés.
Verse 163
तस्माद्द्वारवतीं गत्वा कृष्णस्य दर्शनं कुरु । प्रेतयोनेर्विनिर्मुक्ता यास्यामः परमां गतिम्
C’est pourquoi va à Dvāravatī (Dvārakā) et reçois le darśana de Kṛṣṇa. Délivrés de la condition de renaître comme pretas, nous atteindrons la suprême demeure.
Verse 164
गोमतीनीरधौतानि यस्यांगानि कलौ युगे । मुनिभिर्योनिगमनं तस्य दृष्टं न पुत्रक
À l’âge de Kali, pour celui dont les membres ont été lavés par les eaux de la Gomati, les sages ne voient plus de rechute vers des naissances dégradées — ô cher enfant.
Verse 165
ताडिताः पादयुग्मेन गोमतीनीरवीचयः । अगतीनां प्रकुर्वति गतिं वै ब्रह्मवादिनाम्
Les vagues frémissantes de la Gomati, effleurées par les deux pieds, accordent vraiment un passage salvateur même à ceux qui sont sans refuge—aux chercheurs qui parlent de Brahman.
Verse 166
यः पुनः कुरुते श्राद्धं गोमत्युदधिसंगमे । पितॄणां जायते तृप्तिर्यावदाभूतसंप्लवम्
Quiconque accomplit le śrāddha au confluent de la Gomati et de l’océan fait naître la satisfaction des Pitṛs, qui dure jusqu’à la dissolution cosmique.
Verse 167
ससागरधरायां च सर्वतीर्थेषु यत्फलम् । दिनेनैकेन तत्पुण्यं द्वारकाकृष्णसन्निधौ
Quel que soit le fruit obtenu dans tous les tīrthas de la terre aux océans, ce même mérite s’acquiert en un seul jour à Dvārakā, en la présence de Kṛṣṇa.
Verse 168
यत्फलं त्रिदशैर्दृष्टं सर्वतीर्थसमुद्भवम् । तत्फलं लभते सर्वं द्वारकायां दिनेदिने
Ce fruit que les dieux ont reconnu comme issu de tous les tīrthas, on l’obtient tout entier à Dvārakā, jour après jour.
Verse 169
तीर्थकोटिसहस्रैस्तु कृतैः श्राद्धैश्च यत्फलम् । पितॄणां तत्फलं प्रोक्तं गोमतीतिलतर्पणात्
Le fruit pour les Pitṛs issu de śrāddhas accomplis en des dizaines de millions de tīrthas—ce même fruit est déclaré provenir de l’offrande de libations d’eau au sésame (tilatarpaṇa) dans la Gomati.
Verse 170
यतीनां भोजनं यस्तु यच्छते कृष्णमन्दिरे । सिक्थेसिक्थे भवेत्तृप्तिः पितॄणां युगसंख्यया
Celui qui donne à manger aux ascètes dans le temple de Kṛṣṇa—à chaque bouchée, la satisfaction échoit aux Pitṛs (ancêtres) pour une durée mesurée en yuga.
Verse 171
कौपीनाच्छादनं छत्रं पादुके च कमण्डलुम् । दत्त्वा संन्यासिनां याति सप्त कल्पानि तत्फलम्
Ayant offert aux renonçants le kaupīna (pagne) et des vêtements, une ombrelle, des sandales et un kamaṇḍalu (pot à eau), on obtient le fruit de ce don durant sept kalpas.
Verse 172
धन्यास्ते मानवाः पुत्र वसन्ति श्वपचादयः । द्वारकायां गतिं यांति वसतां तत्र योगिनाम्
Mon fils, bienheureux sont ces hommes—même les cuiseurs de chiens et autres de basse condition—qui demeurent à Dvārakā ; car ils atteignent la même destinée spirituelle que les yogins qui y résident.
Verse 173
त्रिकालं ये प्रपश्यंति वदनं प्रत्यहं हरेः । न तेषां पुनरावृत्तिः कल्पकोटिशतैरपि
Ceux qui, chaque jour, contemplent le visage de Hari aux trois temps—matin, midi et soir—pour eux il n’est point de retour (à la renaissance), fût-ce au long de centaines de crores de kalpas.
Verse 174
या नारी विधवा भूत्वा कुरुते द्वारकाश्रयम् । कुलायुतसहस्रं तु नयते परमं पदम्
La femme qui, devenue veuve, prend refuge à Dvārakā, conduit mille fois dix mille—innombrables—membres de sa lignée jusqu’à l’État suprême.
Verse 175
पुत्रेणापीह किं कार्य्यं न गतो द्वारकां यदि । नारी पुत्रशताच्छ्रेष्ठा गत्वा कृष्णपुरीं वसेत्
À quoi sert ici un fils, s’il n’est pas allé à Dvārakā ? Une femme vaut mieux que cent fils si, s’y rendant, elle demeure dans la cité de Kṛṣṇa.
Verse 176
कृष्णं कृष्णपुरीं गत्वा योऽर्च्चयेत्तुलसीदलैः । प्राप्तं जन्मफलं तेन तारिताः प्रपितामहाः
Celui qui se rend dans la cité de Kṛṣṇa et vénère Kṛṣṇa avec des feuilles de tulasī obtient le fruit de la naissance humaine, et ses ancêtres sont délivrés.
Verse 177
तुलसीदलमालां तु कृष्णोत्तीर्णां तु यो वहेत् । पत्रेपत्रेऽश्वमेधानां दशानां लभते फलम्
Quiconque porte une guirlande de feuilles de tulasī offerte à Kṛṣṇa obtient, feuille après feuille, le fruit de dix sacrifices Aśvamedha.
Verse 178
तुलसीकाष्ठसंभूतां यो मालां वहते नरः । फलं यच्छति दैत्यारिः प्रत्यहं द्वारकोद्भवम्
L’homme qui porte un chapelet fait de bois de tulasī, Daityāri —l’ennemi des démons— lui accorde chaque jour le fruit né de la sainteté de Dvārakā.
Verse 179
निवेद्य विष्णवे मालां तुलसीकाष्ठसंभवाम् । वहते यो नरो भक्त्या तस्य नैवास्ति पातकम् । सदा प्रीतमनास्तस्य कृष्णो देवकिनंदनः
Celui qui, après avoir offert à Viṣṇu un chapelet fait de bois de tulasī, le porte avec dévotion, ne garde plus aucun péché. Kṛṣṇa, fils de Devakī, demeure toujours intérieurement satisfait de ce dévot.
Verse 180
तुलसीकाष्ठसंभूतं शिरोबाह्वादिभूषणम् । जायते यस्य मर्त्यस्य तस्य देहे सदा हरिः
Le mortel qui porte des ornements à la tête, aux bras et ailleurs, faits du bois de tulasī, voit Hari (Viṣṇu) demeurer à jamais dans son propre corps.
Verse 181
तुलसीमालया यस्तु भूषितः कर्म चाऽचरेत् । पितॄणां देवतानां च कृतं कोटिगुणं कलौ
Mais celui qui est paré d’une guirlande de tulasī et accomplit ses devoirs, ce qu’il fait pour les ancêtres (pitṛ) et pour les divinités devient cent millions de fois plus en l’âge de Kali.
Verse 182
तुलसीकाष्ठमालां तु प्रेतराजस्य दूतकाः । दृष्ट्वा दूरेण नश्यंति वातोद्धूता यथाऽलयः
À la vue d’un chapelet fait de bois de tulasī, les messagers du Seigneur des Défunts (Yama) s’enfuient de loin, tels un nid emporté par le vent.
Verse 183
जायते तद्ग्रहे नैव पापसंक्रमणं कुतः । श्रुतं पुराणमस्माभिः कथितं ब्रह्मवादिभिः
Dans cette demeure, nulle contagion du péché ne naît — comment le pourrait-elle ? Car nous avons entendu cet enseignement purānique, proclamé par les interprètes du Brahman.
Verse 184
तस्मान्माला त्वया धार्य्या तुलसीकाष्ठसंभवा । हरते नात्र संदेह ऐहिकामुष्मिकं त्वघम्
C’est pourquoi tu dois porter une guirlande (mālā) faite du bois de tulasī. Elle enlève—sans aucun doute—ton péché, en ce monde comme dans l’au-delà.
Verse 185
तुलसीमालया यस्तु भूषितो भ्रमते यदि । दुःस्वप्नं दुर्निमित्तं च न भयं शात्रवं क्वचित्
Celui qui est paré d’une guirlande de tulasī (tulasī-mālā), même en allant et venant, n’a ni rêves mauvais et effrayants, ni présages funestes, ni danger venant des ennemis, en aucun temps.
Verse 186
कृत्वा वै तीर्थसंन्यासं यतयो विधवाः स्त्रियः । जीवन्मुक्ताः कलौ ज्ञेयाः कुलकोटिसमन्विताः
Les yatis (ascètes) —et même les femmes veuves—, ayant entrepris le renoncement en lien avec un tīrtha (lieu sacré de pèlerinage), doivent être connus au Kali Yuga comme des jīvanmuktas, libérés de leur vivant, porteurs du mérite d’innombrables lignées.
Verse 187
धारयंति न ये मालां हैतुकाः पापमोहिताः । नरकान्न निवर्तंते दग्धाः कोपाग्निना हरेः
Ceux qui ne portent pas la mālā, arguant et rationalisant par de vaines raisons, égarés par le péché, ne reviennent pas de l’enfer, brûlés par le feu de la colère de Hari.
Verse 188
उन्मीलिनी वंजुलिनी त्रिस्पृशा पक्षवर्द्धिनी । त्वया पुत्र प्रकर्त्तव्या जयंती विजया जया
« Unmīlinī », « Vaṃjulinī », « Trispṛśā », « Pakṣavarddhinī », ainsi que « Jayantī », « Vijayā » et « Jayā » : ces observances sacrées d’Aṣṭamī, tu dois les accomplir comme il se doit, mon fils.
Verse 189
पापघ्नी चाष्टमी प्रोक्ता कृष्णस्यातीव वल्लभा । कृता कलौ युगे पुत्र द्वारका मोक्षदायिनी
L’Aṣṭamī est dite « Pāpaghnī » (qui détruit le péché) et elle est infiniment chère à Kṛṣṇa. En l’âge de Kali, mon fils, Dvārakā—lorsqu’on s’y réfugie et qu’on la sert—accorde la délivrance (mokṣa).