
Dvaraka Mahatmya
This section is anchored in the western coastal-sacred geography associated with Dvārakā and its wider Yādava/Vaiṣṇava memory field, extending to Prabhāsa as an epic-afterlife locus. It uses the sea, submerged city motifs, and pilgrimage networks to connect Krishna-centric narrative history with tīrtha practice and ethical reflection in Kali-yuga.
44 chapters to explore.

कलियुगे विष्णुप्राप्त्युपायः — Seeking Viṣṇu in the Age of Kali
Le chapitre 1 s’ouvre sur la question de Śaunaka à Sūta : dans le Kali-yuga tumultueux, où les doctrines se morcellent, comment le chercheur peut-il s’approcher de Madhusūdana (Viṣṇu) ? Sūta répond en récapitulant brièvement l’histoire de la descente de Janārdana et de ses hauts faits : les exploits de Vraja (défaite de Pūtanā, Tṛṇāvarta, Kāliya et d’autres), le passage à Mathurā (mise à mort de Kuvalayāpīḍa et d’adversaires royaux), puis des épisodes politico-sacrificiels ultérieurs (conflits avec Jarāsandha et contexte du Rājasūya). Le récit se tourne ensuite vers l’après-épopée : la lutte fratricide du clan Yādava à Prabhāsa, le retrait de Kṛṣṇa hors du monde, et l’engloutissement de Dvārakā. Sur ce fond de déclin, des sages vivant en forêt se rassemblent, constatent l’érosion éthique du Kali-yuga—affaiblissement du dharma et de l’ordre social et rituel—et demandent conseil à Brahmā. Brahmā reconnaît les limites de la connaissance du mode suprême de Viṣṇu et les renvoie vers Prahlāda, à Sutala, dévot faisant autorité, capable d’indiquer le lieu et le moyen d’accès à Hari. Le chapitre s’achève lorsque les sages atteignent Sutala, sont accueillis par Bali en présence de Prahlāda, et sollicitent formellement la méthode secrète permettant d’atteindre Dieu sans disciplines complexes, annonçant l’instruction suivante.

द्वारकाक्षेत्रप्रशंसा तथा दुर्वासोपाख्यानम् | Praise of Dvārakā and the Durvāsā Episode
Le chapitre s’ouvre sur Prahlāda s’adressant aux sages, présentant Dvārakā/Dvārāvatī comme une cité sainte du littoral, liée à la Gomati, reconnue comme la demeure suprême du Seigneur et la destination salvatrice au Kali-yuga. Les sages posent alors une question théologico-historique : si la lignée des Yādava s’est éteinte et si Dvārakā est dite submergée, comment le Seigneur peut-il encore y être proclamé au Kali-yuga ? Le récit se transporte à la cour d’Ugrasena, lorsqu’arrive la nouvelle que le sage Durvāsā séjourne près de la Gomati, à Cakratīrtha. Kṛṣṇa, accompagné de Rukmiṇī, va à sa rencontre, soulignant que l’hospitalité envers l’hôte est un devoir de dharma, contraignant et porteur de conséquences rituelles. Durvāsā interroge Kṛṣṇa sur l’étendue de la ville, les foyers et les dépendants ; Kṛṣṇa décrit le territoire accordé par la mer, les palais d’or et l’immense organisation domestique et de suite, suscitant l’émerveillement devant la māyā divine et la puissance sans limite. Durvāsā impose ensuite une épreuve d’humilité : Kṛṣṇa et Rukmiṇī doivent le transporter sur un char. En chemin, Rukmiṇī, assoiffée, boit de l’eau sans demander la permission ; Durvāsā la maudit d’une soif perpétuelle et d’une séparation d’avec Kṛṣṇa. Kṛṣṇa la console par une doctrine de présence médiatisée (voir le Seigneur là-bas, c’est aussi la voir elle) et rappelle l’attention requise dans la dévotion. Le chapitre s’achève sur l’apaisement et le culte rendus à Durvāsā par les rites d’accueil : lavage des pieds, offrande d’arghya, don d’une vache, madhuparka et repas, établissant un modèle d’éthique sacrée de réception de l’hôte.

Durvāsā-śāpa, Rukmiṇī-vilāpa, and the Sanctification of Rukmiṇī-vana (दुर्वासशाप-रुक्मिणीविलाप-रुक्मिणीवनमाहात्म्य)
Ce chapitre déploie un enseignement théologique à plusieurs niveaux sur la séparation, la pédagogie divine et la naissance d’un tīrtha. Les Ṛṣi s’émerveillent de la patience de Kṛṣṇa et de la force de vérité contenue dans la parole d’un sage. Prahlāda raconte comment Rukmiṇī, frappée par la malédiction de Durvāsā, se lamente de sa séparation d’avec Kṛṣṇa et interroge la justice d’un châtiment subi malgré son innocence. Son chagrin la mène à l’évanouissement; alors Samudra, l’Océan, survient et la ranime. Nārada l’exhorte à la constance et expose la métaphysique: Kṛṣṇa et Rukmiṇī sont des principes inséparables, Puruṣottama et Māyā/Śakti. La séparation apparente n’est qu’un voile « à la manière humaine » destiné à instruire le monde. Samudra confirme ces paroles, glorifie le rang de Rukmiṇī et annonce l’arrivée de Bhāgīrathī (Gaṅgā), dont la présence embellit et purifie la contrée; un bosquet divin se forme, attirant les habitants de Dvārakā. Mais Durvāsā, voyant l’issue heureuse, ravive sa colère et renforce les effets de la malédiction sur la terre et les eaux. Accablée, Rukmiṇī résout de mourir, mais Kṛṣṇa accourt, empêche l’irréparable et enseigne la non-dualité ainsi que les limites du pouvoir d’une malédiction face au Divin. Durvāsā se repent et demande pardon; Kṛṣṇa maintient la véracité de la parole du ṛṣi tout en établissant une réconciliation. Le chapitre s’achève par les mérites: se baigner au confluent à la nouvelle ou pleine lune dissipe la peine; contempler Rukmiṇī à certains jours lunaires accorde les buts désirés, consacrant le lieu comme un tīrtha qui apaise la souffrance.

Varadāna-tīrtha and Dvārakā-yātrā: Pilgrimage Ethics, Gomati-saṅgama, and Cakratīrtha Phala
Le chapitre 4, transmis par Sūta, déploie un enseignement théologique à plusieurs niveaux centré sur l’instruction de Prahlāda concernant l’« économie du mérite » sacrée de Dvārakā. L’ouverture raconte l’échange de bénédictions entre Śrī Kṛṣṇa et le sage Durvāsā, qui établit un tīrtha nommé Varadāna (« lieu des dons »). Son efficacité est liée au bain rituel au confluent de la Gomati et de l’océan, ainsi qu’au culte rendu avec respect aux deux figures. Le texte devient ensuite un guide éthique et pratique du pèlerinage : former l’intention d’aller à Dvārakā est déjà méritoire ; chaque pas vers la cité est assimilé au fruit de grands sacrifices ; et soutenir les pèlerins par l’hospitalité, une parole bienveillante, la nourriture, des moyens de transport, des chaussures, des récipients d’eau et le soin des pieds est loué comme un service de bhakti élevé. À l’inverse, entraver les pèlerins est condamné, avec des conséquences néfastes explicitement énoncées. L’exposé s’élargit à la doctrine du déclin du Kali-yuga (selon l’enseignement de Bṛhaspati à Indra) et culmine dans l’affirmation que Dvārakā est un refuge « kalidoṣa-vivarjita », exempt des fautes de Kali. Il met en lumière des tīrtha majeurs—surtout Cakratīrtha, le bain dans la Gomati et Rukmiṇī-hrada—en déclarant qu’un simple contact fortuit peut conduire à la libération et élever les lignées. La conclusion prescrit l’étiquette du seuil et les actes préparatoires (honorer Gaṇeśa, prosternations rituelles, entrée révérencieuse), présentant le pèlerinage à Dvārakā comme une synthèse de dévotion, d’éthique sociale et de précision rituelle.

गोमती-प्रादुर्भावः तथा चक्रतीर्थ-माहात्म्यम् (Origin of the Gomati and the Glory of Chakratirtha)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue théologique. Prahlāda oriente les pèlerins « deux fois nés » vers la rivière Gomati, affirmant que son darśana purifie et que ses eaux, dignes de vénération, détruisent les fautes et accordent des buts auspices. Les ṛṣi demandent alors : qu’est-ce que la Gomati, qui l’a amenée, et pour quelle raison est-elle parvenue au domaine de Varuṇa, la sphère de l’océan. Prahlāda répond par un récit cosmogonique : après la dissolution primordiale, Brahmā surgit du lotus du nombril de Viṣṇu et commence la création. Les fils nés de l’esprit, semblables à Sanaka, refusent la création par procréation et recherchent la vision de la Forme divine ; ils pratiquent l’ascèse près du seigneur des rivières et contemplent le resplendissant Sudarśana. Une voix sans corps leur ordonne de préparer l’arghya et d’apaiser l’arme divine ; les sages louent Sudarśana par des salutations hymniques. Brahmā charge Gaṅgā de descendre sur terre pour l’œuvre de Hari, déclarant qu’elle sera connue sous le nom de Gomati et qu’elle suivra Vasiṣṭha, devenant dans la mémoire populaire sa « fille ». Tandis que Vasiṣṭha conduit et que Gaṅgā se dirige vers l’océan occidental, le peuple l’honore ; au lieu des sages, Viṣṇu apparaît dans la splendeur de ses quatre bras, reçoit le culte et accorde des grâces. Viṣṇu déclare ce lieu « Cakratīrtha », car c’est là que le Sudarśana surgit d’abord en fendant les eaux ; même un bain fortuit y donne la délivrance. La Gomati, après avoir lavé les pieds de Hari, entre dans la mer, devenant un grand fleuve destructeur de péchés, aussi rappelé comme l’« ancienne Gaṅgā » selon la tradition.

गोमतीतीर्थविधानम् (Gomatī Tīrtha: Ritual Procedure and Vow-Observances)
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue de question et d’enseignement : les sages louent Prahlāda et lui demandent la procédure détaillée de la tīrthayātrā au lieu où coule la Gomati, où l’on contemple la présence de Bhagavān près de Cakratīrtha. Prahlāda expose un rituel progressif : s’approcher du fleuve et se prosterner ; se purifier par le lavage ; tenir l’herbe kuśa ; offrir l’arghya avec une formule qui glorifie la Gomati comme fille de Vasiṣṭha et effaceuse des péchés ; s’enduire de terre sacrée (mṛttikā) avec un mantra reliant le sol aux actes cosmiques de Viṣṇu (Varāha relevant la Terre) et demandant l’effacement des fautes passées ; se baigner selon la règle en récitant des formules de bain de style védique ; puis accomplir le tarpaṇa pour les devas, les pitṛs (ancêtres) et les humains. Le texte s’étend ensuite au protocole du śrāddha : inviter des brahmanes versés dans le Veda, honorer les Viśvedevās, accomplir le śrāddha avec foi, et offrir la dakṣiṇā (or/argent), des vêtements, des ornements, des grains, ainsi que des aumônes supplémentaires aux affligés. Un ensemble thématique met en relief les « cinq ga-kāras » —Gomati, gomaya-snāna, go-dāna, gopīcandana et le darśana de Gopīnātha— comme disciplines rares. Des observances mensuelles sont prescrites : en Kārttika, bains et culte quotidiens culminant au rite du jour de Bodha (abhiṣeka au pañcāmṛta, parure de pâte de santal, tulasī/fleurs, musique/récitation, veille nocturne, repas offerts aux brahmanes, ratha-pūjā, achèvement à la confluence Gomati–océan). En Māgha, bains avec offrandes réglées (til, hiraṇya), homa quotidien et dons de fin de vœu (vêtements chauds, chaussures, etc.). La phalaśruti assimile les mérites de la Gomati à ceux de Kurukṣetra, Prayāga, du śrāddha de Gayā et du fruit de l’Aśvamedha, proclamant la purification même des fautes graves, le bienfait pour les ancêtres et l’accès à Viṣṇu-loka par le seul bain près de Kṛṣṇa.

Cakratīrtha-māhātmya (Theological Discourse on the Glory of Cakra Tīrtha)
Le chapitre expose l’enseignement procédural de Prahlāda à l’intention des pèlerins savants (dvija-śreṣṭhas) au sujet d’un lieu sacré maritime nommé Cakra-tīrtha/Rathāṅga. Il en établit d’abord la sainteté : les pierres portant l’empreinte du cakra sont dites favoriser la délivrance, et le tīrtha est authentifié par son association directe avec la vision de Bhagavān Kṛṣṇa, devenant ainsi un lieu suprême qui détruit les péchés. Vient ensuite le protocole rituel : le pèlerin s’approche, se lave les pieds, les mains et la bouche, se prosterne, prépare une offrande d’arghya avec pañca-ratna et des substances auspicieuses (fleurs, akṣata, gandha, fruits, or, santal), puis récite un mantra centré sur le Viṣṇu-cakra. Le bain sacré suit, accompagné d’une remémoration formulée reliant divinités et principes cosmiques ; après quoi l’adepte applique l’argile sacrée, accomplit le tarpaṇa pour les ancêtres et les dieux, et procède au śrāddha. La phalāśruti amplifie les mérites en les comparant à ceux des grands sacrifices et des pèlerinages renommés tels que Prayāga, affirmant qu’un simple bain confère un fruit équivalent. Le texte prescrit aussi le dāna—surtout vivres, véhicules/animaux et dons liés au ratha—comme offrande agréable à Jagatpati. Il conclut par des bienfaits salvifiques et ancestraux : relèvement des aïeux en toutes conditions, proximité de Viṣṇu et effacement des fautes nées de la parole, des actes et du mental.

गोमत्युदधिसंगम-माहात्म्य एवं चक्रतीर्थ-प्रशंसा (Glory of the Gomati–Ocean Confluence and Cakra-tīrtha)
Ce chapitre est un māhātmya à visée prescriptive : Prahlāda s’adresse aux dvija et les détourne des autres fleuves renommés pour les conduire à la confluence de la Gomati et de l’Océan, en affirmant que le mérite rituel y est sans égal et que ce lieu détruit les péchés. Il établit un parcours en plusieurs degrés : arrivée à la confluence et louange de sa puissance purificatrice ; puis offrande d’arghya au Seigneur de l’Océan et à la rivière Gomati, avec des paroles de dévotion précisément indiquées. Viennent ensuite les règles d’orientation pour le bain, suivies des rites aux ancêtres (tarpana et śrāddha), en soulignant la dakṣiṇā et des dons particuliers, notamment l’or. Le chapitre dresse aussi un catalogue de dāna—tulāpuruṣa, don de terres, kanyā-dāna, vidyā-dāna, et dons symboliques de ‘dhenu’—avec les fruits annoncés pour chacun. Le texte insiste sur l’intensification selon le calendrier, surtout à l’amāvāsyā durant le śrāddha-pakṣa et à d’autres moments favorables, allant jusqu’à dire qu’un śrāddha imparfait devient complet en ce lieu. Il inclut en outre un large éventail de bénéficiaires, y compris des êtres dans diverses conditions post mortem, qui obtiendraient la délivrance par le simple snāna. Enfin, une théologie propre à Cakra-tīrtha est exposée : des pierres marquées du chakra, leurs configurations numérotées de 1 à 12, et les résultats de bhukti/mukti qui y sont liés. Le chapitre s’achève en assurant que le darśana, le sparśa et le souvenir de Hari à l’instant de la mort procurent purification et libération.

रुक्मिणीह्रद-माहात्म्य (Rukmiṇī Hrada: Glory of the Sacred Lake and Prescribed Rites)
Le chapitre 9, présenté comme un enseignement prononcé par Prahlāda, oriente les pèlerins vers des eaux sacrées renommées — dont les « sept kuṇḍa » — dites capables d’effacer l’impureté morale et d’accroître prospérité et discernement. Le récit rappelle une épiphanie divine : Hari (Viṣṇu) apparaît, loué par les sages avec Lakṣmī, puis honoré rituellement au moyen de l’eau de la « suragaṅgā ». Les sages nés de Brahmā (Sanaka et d’autres) auraient formé des bassins distincts et accompli des ablutions pour la Déesse ; ces eaux sont appelées Lakṣmī-hrada et, dans les cycles ultérieurs, à l’époque du Kali-yuga, deviennent connues sous le nom de Rukmiṇī-hrada (avec un autre souvenir de nom de tīrtha lié à Bhṛgu). Le chapitre expose ensuite une procédure : s’approcher en état de pureté, se laver les pieds, accomplir l’ācamana, prendre l’herbe kuśa, faire face à l’est, préparer un arghya complet avec fruits, fleurs et akṣata, poser de l’argent sur la tête, réciter la formule d’offrande au Rukmiṇī-hrada pour la destruction des fautes et pour plaire à Rukmiṇī, puis se baigner (snāna). Après le bain, il prescrit le tarpaṇa aux dieux, aux humains et surtout aux ancêtres, puis le śrāddha en invitant des brahmanes, en offrant une dakṣiṇā comprenant argent et or, des fruits juteux en don, en nourrissant le couple de mets sucrés, et en honorant les femmes brahmanes et d’autres femmes selon ses moyens par des vêtements (dont une étoffe rouge). La phalaśruti promet : accomplissement des désirs, accès au séjour de Viṣṇu, présence constante de Lakṣmī au foyer, santé et satisfaction intérieure, absence d’agitation, contentement durable des ancêtres, descendance stable, longue vie, richesse, absence d’inimitié et de chagrin, et délivrance de l’errance répétée dans le saṃsāra.

नृगतीर्थ–कृकलासशापमोचनम् (Nṛga Tīrtha and the Release from the Lizard-Curse)
Le chapitre déploie une légende de tīrtha sous forme de dialogue. Prahlāda y décrit un haut lieu de pèlerinage nommé Kṛkalāsa/Nṛga-tīrtha, puis raconte l’histoire du roi Nṛga, souverain puissant et attaché au dharma, qui offrait chaque jour des vaches aux brahmanes avec les rites d’honneur appropriés. Un différend éclate lorsqu’une vache donnée au sage Jaimini s’échappe et se trouve ensuite redonnée à un autre brahmane, Somaśarman. Le roi ne répondant pas assez promptement aux plaignants, les brahmanes offensés prononcent une malédiction : Nṛga deviendra un kṛkalāsa (lézard). Après sa mort, Yama lui propose de choisir l’ordre dans lequel il subira les fruits de ses actes ; pour une faute légère, Nṛga doit porter durant de longues années un corps de lézard. À la fin du Dvāpara, Kṛṣṇa (fils de Devakī) apparaît ; les princes Yadu rencontrent le lézard immobile dans une étendue d’eau, et le simple toucher de Kṛṣṇa le délivre de la malédiction. Nṛga loue le Seigneur et, recevant une grâce, demande que le puits/la fosse devienne célèbre sous son nom et que ceux qui s’y baignent avec dévotion et accomplissent les rites pour les ancêtres atteignent Viṣṇuloka. Le chapitre se conclut par des prescriptions : offrir l’arghya avec fleurs et santal, se baigner avec de l’argile, accomplir le tarpaṇa pour ancêtres/divinités/humains, et célébrer le śrāddha en nourrissant et en donnant la dakṣiṇā. Il est recommandé de donner en priorité une vache parée avec son veau et un lit avec ses accessoires, et de maintenir la charité envers les nécessiteux du lieu, promettant de vastes fruits de tīrtha et des voyages accomplis.

विष्णुपदोद्भवतीर्थ-माहात्म्य (Glory of the Tīrtha Originating from Viṣṇu’s Footprint)
Ce chapitre rapporte l’enseignement de Prahlāda aux brāhmaṇa savants sur la manière d’approcher le tīrtha nommé « Viṣṇupadodbhava », source d’eau sacrée issue de l’empreinte du pied de Viṣṇu et reconnue dans la tradition de la Gaṅgā/Vaiṣṇavī. Il est dit que la simple vision de ce tīrtha confère le mérite d’un bain dans la Gaṅgā. Le discours décrit une suite rituelle : se souvenir de son origine et le louer comme destructeur des fautes par la remémoration et la récitation; offrir l’arghya avec une salutation formelle à la rivière, honorée comme une déesse; accomplir le snāna avec discipline, tourné vers l’est, en appliquant la terre du tīrtha; puis effectuer le tarpaṇa pour les devas, les pitṛs (ancêtres) et les humains avec tila et akṣata. Il prescrit ensuite d’inviter des brāhmaṇa et de célébrer le śrāddha avec une dakṣiṇā convenable (or/argent), tout en faisant l’aumône aux pauvres et aux affligés. Sont aussi recommandés des dons concrets—chaussures, pot à eau, riz au caillé salé avec légumes et cumin—ainsi que des offrandes de vêtements rituels associées à Rukmiṇī, le tout scellé par l’intention dévotionnelle de plaire à Viṣṇu. La phalaśruti affirme que l’officiant devient « kṛtakṛtya », que les ancêtres reçoivent une satisfaction durable comparable au Gayā-śrāddha et atteignent un séjour vaiṣṇava; le dévot obtient prospérité et faveur divine, et l’écoute même du chapitre délivre des péchés.

गोप्रचारतीर्थ-मयसरः-माहात्म्यं तथा श्रावणशुक्लद्वादशी-स्नानविधिः (Goprachāra Tīrtha and Maya-sarovara: Glory and the Śrāvaṇa Śukla Dvādaśī Bathing Rite)
Le chapitre 12 se déploie comme un enseignement théologique à plusieurs niveaux : d’une question sur un tīrtha, il passe à un récit d’une grande intensité affective, puis s’achève sur une prescription rituelle explicite. Prahlāda présente le lieu lié à Go-prachāra (pâturage/terre sacrée), où le bain accompli avec bhakti procure un mérite comparable au don de vaches (go-dāna). Les ṛṣi demandent l’origine du lieu et l’identification précise du tīrtha où Jagannātha s’est baigné. Prahlāda raconte le contexte après la chute de Kaṁsa : le règne de Kṛṣṇa est établi, Uddhava est envoyé à Gokula, rencontre Yaśodā et Nanda, puis les femmes de Vraja, en proie au chagrin, interrogent vivement le messager. Uddhava les apaise et affirme l’excellence unique de leur dévotion. Le récit se déplace ensuite vers les environs de Dvārakā, notamment Maya-sarovara, décrit comme créé par le célèbre daitya Maya. À l’arrivée de Kṛṣṇa, les gopī s’évanouissent et l’accusent d’abandon ; Kṛṣṇa répond par un enseignement métaphysique sur l’immanence divine et la causalité cosmique, montrant que la séparation n’est pas absolue. Enfin, Kṛṣṇa prescrit le rite de snāna et de śrāddha pour le mois de Śrāvaṇa, quinzaine claire, jour de Dvādaśī : se baigner avec ferveur, offrir l’arghya avec kuśa et fruits, réciter un mantra d’arghya déterminé, puis accomplir le śrāddha avec dakṣiṇā et des dons (pāyasa sucré, beurre, ghee, ombrelle, couverture, peau de daim). La phalāśruti promet un mérite égal au bain dans le Gaṅgā, l’accès à Viṣṇuloka, la délivrance des ancêtres sur trois lignées, la prospérité et, finalement, la demeure de Hari.

Gopī-saras-udbhavaḥ (Origin and Merit of Gopī-saras) / गोपीसर-उद्भवः
Cet adhyāya expose un dialogue théologique structuré, rapporté par Prahlāda. Après avoir entendu les paroles de Śrī Kṛṣṇa, les gopīs se baignent dans un lac déjà existant, associé à Māyā, et connaissent une élévation de bhakti. Elles implorent Kṛṣṇa de leur accorder un saraḥ (étang sacré) plus excellent et d’instituer une observance annuelle réglée, afin d’avoir un accès durable à sa présence. Kṛṣṇa crée alors, près du lac originel, une nouvelle étendue d’eau d’une beauté idéale : eau claire et profonde, lotus, oiseaux, et la présence des ṛṣi, des siddha et de la communauté des Yadu. Il en fixe la logique de dénomination : l’étang est connu comme « Gopī-saras » par référence aux gopīs, et aussi par l’épithète « Gopra-cāra », liée au sens de « go » et à l’association partagée. Le chapitre devient ensuite prescriptif : offrande d’arghya avec un mantra précis, bain rituel, tarpaṇa pour les ancêtres et les divinités, śrāddha, puis dāna gradué (vaches, vêtements, ornements, et soutien aux nécessiteux). La phalaśruti détaille les fruits : le mérite du bain équivaut à de grands dons, promet l’accomplissement des souhaits (y compris la descendance), la purification et des destinations élevées. Enfin, les gopīs prennent congé, et Kṛṣṇa retourne à sa demeure avec Uddhava.

ब्रह्मकुण्डादि-तीर्थप्रतिष्ठा तथा पञ्चनद-माहात्म्य (Brahmakūṇḍa and Associated Tīrtha Installations; Pañcanada Māhātmya)
Prahlāda s’adresse aux brāhmaṇas et énumère les tīrtha liés à Dvārakā, en donnant des indications rituelles brèves. Le chapitre s’ouvre sur une visitation cosmique : après l’arrivée de Kṛṣṇa à Dvārakā avec les Vṛṣṇi, Brahmā et d’autres devas viennent pour le darśana et pour accomplir leurs desseins. Brahmā établit le Brahmakūṇḍa, dit propice et destructeur de péchés, et installe sur sa rive une présence solaire ; en raison de la primauté de Brahmā, le lieu est aussi nommé mūla-sthāna, « lieu racine ». Ensuite Candra crée un bassin qui anéantit le péché ; Indra fonde un liṅga puissant et le site renommé d’Indrapada/Indreśvara, en précisant des temps de culte tels que Śivarātri et les passages solaires. Śiva forme le Mahādeva-saraḥ, et Pārvatī le Gaurī-saraḥ, dont les bienfaits concernent le bien-être des femmes et l’auspice du foyer. Varuṇa et Kubera (Dhan-eśa) établissent d’autres saraḥ—Varuṇapada et Yakṣādhipa-saraḥ—associés au śrāddha, aux offrandes et aux dons. Le récit culmine avec le tīrtha de Pañcanada : cinq rivières sont invoquées et reliées à des sages ; un arghya-mantra est transmis, et un programme ordonné de snāna, tarpaṇa, śrāddha et dāna est prescrit. Les fruits annoncés sont la prospérité, l’accès à Viṣṇuloka et l’élévation des ancêtres ; l’écoute de ce chapitre promet purification et accomplissement suprême.

Siddheśvara–Ṛṣitīrtha Māhātmya (Installation of Siddheśvara and the Glory of Ṛṣitīrtha)
Ce chapitre déroule une séquence théologico‑rituelle, portée par le dialogue et l’institution du sacré. Prahlāda raconte que Brahmā arrive et reçoit les honneurs de Sanaka et d’autres sages; Brahmā les bénit, reconnaît l’aboutissement de leur bhakti, tout en rappelant que jadis leur compréhension encore immature imposait des limites. Une thèse doctrinale majeure est énoncée : le culte de Kṛṣṇa n’est pas tenu pour complet si Nīlakaṇṭha (Śiva) n’est pas honoré; il faut donc adorer Śiva avec un plein effort, et cette adoration mène la dévotion à sa perfection. Les ṛṣi accomplis en yogasiddhi se rendent devant le temple, y installent un Śiva‑liṅga et creusent un puits pour le bain rituel; son eau, pure comme un nectar, est célébrée. Brahmā confère ensuite des noms et une autorité publique : le liṅga devient « Siddheśvara » et le puits « Ṛṣitīrtha ». Le texte précise l’efficacité des rites : se baigner avec foi peut délivrer le dévot avec ses ancêtres et purifier des fautes telles que le mensonge et la médisance habituelle. Sont énumérés les moments propices au bain (équinoxes, occasions manv‑ādi, Kṛtayuga‑ādya, mois de Māgha), et l’observance de Śivarātri à Siddheśvara est exaltée comme particulièrement puissante. Enfin, une éthique de la procédure est donnée : offrir l’arghya, appliquer la terre sacrée, se baigner avec attention, accomplir le tarpaṇa pour ancêtres/dieux/humains, célébrer le śrāddha, donner la dakṣiṇā sans tromperie, et faire des dons prescrits (grains, vêtements, parfums, etc.). Les fruits promis sont la satisfaction des ancêtres, la prospérité, la descendance, la destruction du démérite, la croissance du mérite, l’accomplissement des buts, et une destinée élevée pour l’auditeur fidèle.

Tīrtha-Parikramā of Dvārakā: Hidden and Manifest Pilgrimage Waters (गदातीर्थादि-तीर्थवर्णनम्)
Ce chapitre présente, sous forme de catalogue, une instruction de pèlerinage que Prahlāda adresse à des brahmanes savants : il ordonne les tīrtha autour de Dvārakā et fixe pour chacun un protocole rituel et sa phalaśruti. Il s’ouvre sur Gadātīrtha, où l’on prescrit le bain dévotionnel, les offrandes aux ancêtres et aux divinités, puis l’adoration de Viṣṇu sous la forme de Varāha, conduisant à l’élévation en Viṣṇuloka. Viennent ensuite Nāgatīrtha, Bhadratīrtha et Citrātīrtha, dont les mérites sont dits équivalents à des dons tels que la “tila-dhenu” et la “ghṛta-dhenu”, et l’on explique que l’inondation de Dvārāvatī a rendu de nombreux tīrtha cachés. Le texte poursuit avec Chandrabhāgā, destructrice des péchés et de fruit comparable au vājapeya, puis décrit la Déesse Kauṁārikā/Yaśodā-nandinī, dont le darśana accorde l’accomplissement des buts désirés. Mahīṣa-tīrtha et Muktidvāra sont présentés comme des seuils purificateurs. Le récit de la Gomati relie la sainteté du fleuve à Vasiṣṭha et au domaine de Varuṇa, conférant un mérite égal à l’aśvamedha ; l’ascèse de Bhṛgu et l’établissement d’Ambikā ajoutent une tonalité Śākta-Śaiva, avec la mention de multiples liṅga. D’autres tīrtha—Kālindī-saras, Sāmbatīrtha, Śāṅkara-tīrtha, Nāgasara, Lakṣmī-nadī, Kambu-saras, Kuśatīrtha, Dyumnatīrtha, Jālatīrtha avec Jāleśvara, Cakrasvāmi-sutīrtha, le tīrtha fondé par Jaratkāru, et Khañjanaka—sont associés à snāna, tarpana, śrāddha, dāna, et à des destinations telles que Nāgaloka, Śivaloka, Viṣṇuloka ou Somaloka. La conclusion encadre cette liste comme un tīrtha-vistara concis adapté aux conditions du Kali-yuga, et affirme que l’écoute dévote elle-même purifie et mène finalement à Viṣṇuloka.

Dvārakā-dvārapāla-pūjākramaḥ (Ritual Sequence of Dvārakā’s Gate-Guardians and the Approach to Kṛṣṇa)
Ce chapitre se déploie comme un dialogue à visée procédurale. Prahlāda y expose l’ordre du culte à l’époque de Kali : après l’ablution au tīrtha et l’offrande appropriée de dons (dakṣiṇā), le dévot doit rendre hommage selon une séquence qui commence aux seuils et aux portes de la cité de Dvārakā, avant seulement de s’approcher de Kṛṣṇa, le Devakīnandana. Les ṛṣi demandent un pūjā-vidhi concis mais complet, et s’enquièrent des gardiens de la ville pour chaque direction, ainsi que de ceux qui se tiennent à l’avant et à l’arrière. Prahlāda dresse alors le catalogue des protecteurs : la porte de l’Est sous la conduite de Jayanta, puis les gardiens du Sud-Est, du Sud, du Sud-Ouest (nairṛti), de l’Ouest, du Nord-Ouest (vāyavya), du Nord et du Nord-Est (aiśānya). Le chapitre propose une véritable cartographie rituelle : à chaque direction correspondent des êtres nommés—deva, vināyaka, rākṣasa, nāga, gandharva, apsaras, ṛṣi—et un « arbre royal » (par ex. nyagrodha, śāla, aśvattha, plakṣa), révélant une écologie protectrice intégrale. Le discours éclaire ensuite une anomalie apparente : à la porte de Kṛṣṇa, on vénère d’abord Gaṇeśa sous le nom de « Rukmi », alors même que Rukmī fut un adversaire dans l’épisode de Rukmiṇī. Prahlāda explique qu’après le conflit, l’humiliation et la libération de Rukmī, Kṛṣṇa—pour apaiser l’inquiétude de Rukmiṇī et instituer le principe de la levée des obstacles—a établi Rukmī comme une forme éminente de Gaṇeśa liée au seuil. Le chapitre s’achève sur un principe théologique de causalité rituelle : satisfaire le gardien de la porte (Gaṇeśa/Rukmi) est présenté comme la condition préalable pour satisfaire le Seigneur. Ainsi, l’étiquette du temple se fonde sur des règles éthiques et une hiérarchie liturgique sacrée.

त्रिविक्रम-दर्शन-समफलत्व-प्रशंसा तथा दुर्वाससो मुक्तितीर्थ-प्रसङ्गः (Trivikrama Darśana and the Durvāsā at the Mokṣa-Tīrtha Episode)
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue. Prahlāda énumère d’abord les objets de dévotion—Gaṇanātha, Rukmiṇī et les figures liées à Rukmī, le sage Durvāsā, Kṛṣṇa et Balabhadra—puis énonce un principe de mesure du mérite : de nombreux actes pieux (grands sacrifices avec daksinā complète, creusement de puits et construction d’étangs, dons quotidiens de vaches, de terres et d’or, prāṇāyāma accompagné de japa et de dhyāna, bains dans les grands tīrtha tels que la Jāhnavī) sont maintes fois déclarés « égaux en fruit » à un seul acte : le darśana, la vision bénie de Devīśa Kṛṣṇa. Les ṛṣi interrogent ensuite sur la manifestation de Trivikrama sur la terre, sur la manière dont une « forme Trivikrama » se trouve associée à Kṛṣṇa, et demandent aussi le récit du lien avec Durvāsā. Prahlāda raconte l’épisode de Vāmana–Trivikrama : Viṣṇu, par trois enjambées, couvre les mondes, et, satisfait de la bhakti de Bali, demeure comme gardien à la porte de Bali. Parallèlement, Durvāsā, en quête de mokṣa, reconnaît le Cakratīrtha au confluent de la Gomati et de l’océan, mais il est agressé et humilié par des daitya locaux alors qu’il se prépare au bain rituel. Accablé, il médite sur la fragilité de son vœu et cherche refuge en Viṣṇu. Entrant dans le palais du roi daitya, il voit Trivikrama posté au seuil, se lamente, implore protection, montre ses blessures et suscite l’indignation divine. Il rapporte ensuite l’entrave à son snāna et prie Govinda de lui permettre d’accomplir son bain et de parfaire son observance, promettant de poursuivre ensuite son errance conforme au dharma.

Durvāsā–Bali–Viṣṇu Saṃvāda at the Gomatī–Ocean Confluence (गोमती-उदधि-संगम)
Ce chapitre offre un dialogue rigoureusement construit sur l’observance des vœux (vrata), la dépendance du Divin à l’égard de la bhakti, et l’éthique du refus sous la contrainte. Prahlāda rapporte que le sage Durvāsā, cherchant la protection de sa vie et l’achèvement de son vœu de bain, implore la présence de Viṣṇu au confluent de la Gomatī et de l’océan. Viṣṇu énonce un principe théologique : Il est « lié » par la dévotion et agit selon l’injonction de Bali ; il demande donc au sage de solliciter d’abord l’accord de Bali. Bali loue Durvāsā mais refuse de se séparer de Viṣṇu, s’appuyant sur le souvenir des interventions salvatrices du Seigneur (Varāha, Narasiṃha, Vāmana/Trivikrama) et affirmant que son lien avec Keśava n’est pas négociable. Durvāsā accroît la pression : il déclare qu’il ne mangera pas sans s’être baigné et menace de s’abandonner lui-même si Viṣṇu n’est pas envoyé. Le conflit se dénoue lorsque Viṣṇu intervient avec compassion, promettant de rendre le bain possible en écartant de force les obstacles au confluent. Bali se prosterne aux pieds de Viṣṇu ; Viṣṇu part avec Durvāsā, accompagné de Saṅkarṣaṇa (Ananta/Balabhadra), et leur déplacement est décrit à travers les régions souterraines jusqu’à leur manifestation au lieu sacré. Là, les divinités ordonnent au sage de se baigner ; Durvāsā s’exécute aussitôt et accomplit les rites requis, rétablissant l’ordre rituel et préservant la vie.

गोमती-उदधि-संगमे तीर्थरक्षणम् — Protection of the Gomati–Ocean Confluence Tīrtha
Ce chapitre déploie un récit de conflit à travers le rapport de Prahlāda. Lorsqu’on entend le son sacré brahma-ghoṣa, le démon Durmukha tente d’attaquer l’ascète Durvāsas ; Jagannātha (Viṣṇu) intervient alors et le décapite avec le cakra. Ensuite, une coalition de daityas—combattants nommés et troupes armées—encerclent Viṣṇu et Saṅkarṣaṇa, les assaillant de traits et d’armes de mêlée. Le texte souligne sans cesse une éthique des limites : un ascète ayant accompli les rites du matin ne doit pas être blessé, et le tīrtha qui accorde la délivrance au confluent de la Gomati et de l’océan ne doit pas être entravé par des « actes pécheurs ». De grands duels s’ensuivent : Golaka frappe Durvāsas mais est tué par le muśala de Saṅkarṣaṇa ; Kūrmapṛṣṭha est transpercé et mis en déroute. Le roi daitya Kuśa mobilise d’immenses forces et, malgré les conseils d’éviter une lutte vaine, persiste. Viṣṇu tranche la tête de Kuśa, mais celui-ci renaît à plusieurs reprises grâce au don de Śiva, l’amaratva (immortalité), ce qui pose un problème d’application de l’ordre sacré. Durvāsas en indique la cause : la satisfaction de Śiva rend Kuśa invulnérable à la mort. Viṣṇu adopte alors une stratégie de confinement : le corps de Kuśa est placé dans une fosse et un liṅga est स्थापित, installé au-dessus, transformant l’impasse violente en résolution centrée sur un sanctuaire et rétablissant la protection du tīrtha.

गोमतीतीरस्थ-क्षेत्रस्थ-भगवत्पूजा-माहात्म्यवर्णनम् (Glorification of Worship of the Lord at the Gomati River Sacred Field)
Cet adhyāya entremêle dialogue théologique, légende du lieu sacré et prescriptions rituelles. Prahlāda se souvient d’un ancien épisode de transgression lié à un Śiva-liṅga et s’adresse à Kṛṣṇa ; Viṣṇu l’approuve et accorde une grâce fondée sur la vaillance, accordée à la dévotion envers Śiva. Kuśa expose une théologie d’harmonie : Mahādeva et Hari sont une seule réalité sous deux formes, puis demande que le liṅga établi par le Seigneur soit renommé de son propre nom, « Kuśeśvara », afin d’assurer une renommée durable au lieu. Le récit se tourne ensuite vers la topographie du tīrtha : Mādhava dépêche d’autres dānavas ; certains descendent à Rasātala, d’autres s’approchent de Viṣṇu ; Ananta et Viṣṇu y demeurent. Durvāsā reconnaît l’endroit comme dispensateur de délivrance, l’associant à la Gomati, à Cakratīrtha et à la présence de Trivikrama. Il est précisé que cette sainteté se prolonge jusqu’au Kali-yuga, lorsque le Seigneur se manifeste en Kṛṣṇa. La seconde moitié donne le pūjā-vidhi pour Madhusūdana à Dvārakā : bain, onction/abhiṣeka, offrandes de gandha, vêtements, encens, lampe, naivedya, ornements, tāmbūla et fruits ; ārātrika, prosternation, puis offrande de lampe toute la nuit et jāgaraṇa avec récitation et musique, promettant l’accomplissement des buts. Des observances particulières en Nabhas (pavitrāropaṇa), en Kārttika (jour de Prabodha), aux transitions d’ayana et à certains mois/dvādaśī sont liées à la satisfaction des ancêtres, à l’accès à Viṣṇu-loka et à un « royaume sans peine, sans tache », surtout au confluent de la Gomati et de l’océan.

रुक्मिणीपूजाविधिः — Ritual Protocols and Merit of Worshiping Rukmiṇī with Kṛṣṇa
Ce chapitre présente un enseignement rituel et théologique, donné par Śrī Prahlāda aux brāhmaṇas, décrivant l’enchaînement des actes de culte centrés sur Jagannātha/Kṛṣṇa et, tout particulièrement, sur Rukmiṇī, honorée comme Kṛṣṇapriyā et Kṛṣṇavallabhā. Il s’ouvre sur la pūjā préparatoire : bain de la divinité, onction de parfums, culte de la tulasī, offrande de naivedya, nīrājana (offrande de lumière) et hommage dévotionnel aux figures associées telles qu’Ananta et Vainateya. Il prescrit ensuite la dāna sans tromperie et le fait de nourrir les pauvres dépendants. L’exposé se tourne vers le darśana et l’adoration de Rukmiṇī, affirmant qu’en Kali-yuga les maux—graha-pīḍā, maladies, peur, pauvreté, malchance et rupture du foyer—ne subsistent que jusqu’à ce que l’on contemple et vénère la Bien-aimée de Kṛṣṇa. Sont énumérés les éléments d’abhiṣeka : caillé, lait, miel, sucre, ghee, parfums, jus de canne et eau de tīrtha, puis les onguents (śrīkhaṇḍa, kuṅkuma, mṛgamada), les fleurs, l’encens (aguru, guggulu), les vêtements et les ornements. L’offrande mantrique d’arghya à « Vidarbhādhipa-nandinī », l’ārati et l’usage rituel de l’eau consacrée sont également précisés. Le chapitre inclut encore l’honneur rendu aux brāhmaṇas et à leurs épouses, les offrandes de nourriture et de bétel, ainsi que le culte du dvārapāla Unmatta avec de puissants éléments de bali, et la vénération des yoginīs, du kṣetrapāla, de Vīrūpasvāminī, des saptamātṛkās et des huit épouses de Kṛṣṇa (Satyabhāmā, Jāmbavatī, etc.). La phalaśruti souligne à maintes reprises que le mérite de voir et d’adorer Rukmiṇī avec Kṛṣṇa à Dvārakā surpasse d’autres rites (yajña, vrata, dāna) et énumère des dates sacrées (Dīpotsava caturdaśī, Māgha śukla aṣṭamī, Caitra dvādaśī, Jyeṣṭha aṣṭamī, culte de Bhādrapada, Kārttika dvādaśī) promettant prospérité, santé, intrépidité et délivrance. La conclusion affirme le pouvoir salvifique exceptionnel de Dvārakā en Kali-yuga et rappelle la lignée de transmission du compendium purānique.

Dvārakā-Māhātmya: Kṛṣṇa-darśana, Gomati-tīrtha, and Dvādaśī-vedha Ethics (Chapter 23)
Le chapitre 23 rapporte l’enseignement de Mārkaṇḍeya au roi Indradyumna sur le statut exceptionnel et salvifique de Dvārakā au Kali-yuga. Une phalaśruti comparative y est posée : un bref séjour, la simple intention d’y voyager, ou une seule journée de Kṛṣṇa-darśana (vision du Seigneur Kṛṣṇa) sont célébrés comme équivalents, en mérite, aux grands tīrtha de l’Inde et à de longues austérités. Vient ensuite l’énumération des sevā accomplies au temple lors du rite de snāna de Kṛṣṇa : bain avec lait, caillé, ghee, miel et eaux parfumées ; essuyage de la Divinité ; guirlandes ; conque et musique ; récitations, notamment le nāma-sahasra ; chant, danse, ārātrika ; circumambulation, prosternation ; offrandes de lampes, naivedya, fruits, tāmbūla et vases d’eau. S’ajoutent des services d’ornement et de construction : dhūpa, drapeaux, maṇḍapa, peinture, ombrelles et éventails. La troisième partie se tourne vers un exposé éthique et normatif sur la justesse du calendrier, surtout la Dvādaśī et les défauts de « vedha », illustré par le rêve de Candraśarman rencontrant des ancêtres souffrants. La conclusion harmonise : le pèlerinage à Somanātha s’achève pleinement par le Kṛṣṇa-darśana à Dvārakā, et l’exclusivisme sectaire est déconseillé. La clôture magnifie le bain dans la Gomati, l’efficacité du śrāddha/tarpaṇa et la dévotion à la tulasī (mālā et feuilles) comme protections et purifications au Kali-yuga.

चन्द्रशर्मा-द्वारकादर्शनं, त्रिस्पृशा-द्वादशीव्रत-प्रशंसा, पितृमोक्षोपदेशश्च (Chandraśarmā’s Dvārakā Darśana, Praise of Trispr̥śā Dvādaśī, and Instruction on Ancestral Liberation)
Mārkaṇḍeya raconte comment le brāhmaṇa Candraśarmā parvient à Dvārakā, cité sacrée servie par les siddhas et les êtres célestes, et tenue pour un lieu dispensateur de mokṣa; on dit que les péchés s’évanouissent dès l’entrée et la simple vision. Il loue la suffisance spirituelle du Dvārakā-darśana, laissant entendre que la quête d’autres tīrtha devient secondaire. Candraśarmā accomplit ensuite les rites sur la rive de la Gomati : snāna, pitṛ-tarpaṇa, collecte et vénération des pierres marquées du cakra (cakrāṅkita śilā) à Cakratīrtha avec la récitation du Puruṣasūkta, puis Śiva-pūjā et offrandes de piṇḍa-udaka avec les upacāras usuels (onction parfumée, vêtement, fleurs, encens, lampe, naivedya, nīrājana, pradakṣiṇa, namaskāra). Durant la veille nocturne (jāgaraṇa), il implore Kṛṣṇa d’ôter la faute de daśamī-vedha qui altère l’observance de dvādaśī et de délivrer les ancêtres de l’état de preta. Kṛṣṇa atteste l’efficacité de la bhakti et montre les ancêtres libérés, s’élevant vers les mondes supérieurs. Les pitṛ enseignent le danger d’une dvādaśī défectueuse (sasalya), surtout par daśamī-vedha, qui ruine mérite et dévotion, et insistent sur la protection scrupuleuse du vœu selon le calendrier. Kṛṣṇa ajoute qu’un seul jeûne correctement établi lors de la trispr̥śā en Vaiśākha, joint au Dvārakā-darśana, peut parachever des observances négligées, et prophétise la mort future de Candraśarmā en Vaiśākha lors d’une conjonction trispr̥śā un mercredi. Le chapitre se clôt par la phala de Mārkaṇḍeya : écouter, lire, ou écrire et diffuser ce Dvārakā-māhātmya procure le mérite promis.

द्वारकायाः माहात्म्यवर्णनम् | The Glory of Dvārakā and Comparative Tīrtha-Merit
Le chapitre se déploie sous forme d’enquête royale et de réponse d’un sage : le roi Indradyumna demande à Mārkaṇḍeya d’exposer en détail un tīrtha pur, destructeur de péché. Le sage établit alors une triade de cités exemplaires pour l’âge de Kali—Mathurā, Dvārakā et Ayodhyā—chacune liée à une présence divine (Hari/Kṛṣṇa, Rāma). Le discours développe ensuite une comparaison des mérites : un simple contact avec Dvārakā—y demeurer ne fût-ce qu’un instant, s’en souvenir ou en entendre la gloire—est magnifié au-dessus de longues austérités ou de pèlerinages à Kāśī, Prayāga, Prabhāsa ou Kurukṣetra. Sont mises au premier plan la vision sacrée de Kṛṣṇa (darśana), le kīrtana et la veille nocturne de Dvādaśī (jāgaraṇa), avec de fortes promesses de fruits (phalaśruti) : purification, délivrance, et bienfaits pour les ancêtres (piṇḍadāna près de la Gomati, offrandes auprès de la présence de Kṛṣṇa). Le texte souligne aussi des supports matériels de dévotion propres à Dvārakā—gopīcandana et tulasī—comme sanctificateurs portables, étendant le tīrtha jusque dans la maison. La conclusion réaffirme que le don accompli durant le Kṛṣṇa-jāgaraṇa voit son mérite accru, et que la veille rituelle de Dvādaśī est une pratique éthique et dévotionnelle de très haute valeur en l’âge de Kali.

हरिजागरण-प्रशंसा (Praise of Hari Night-Vigil) / Dvādāśī Jāgaraṇa and Its Fruits
Le chapitre s’ouvre sur Mārkaṇḍeya décrivant Prahlāda comme une autorité vaiṣṇava érudite et disciplinée, vers qui se tournent des sages en quête d’un enseignement bref permettant d’atteindre l’état suprême sans préalables pénibles. Prahlāda dévoile alors un « secret des secrets », présenté comme l’essence condensée de l’enseignement purānique, procurant à la fois prospérité mondaine et délivrance. Le propos se déplace ensuite vers un dialogue où Skanda (Ṣaṇmukha) implore Īśvara d’indiquer un remède à la souffrance et un moyen pratique d’accéder à la libération. Īśvara prescrit la théologie et la pratique du Hari-jāgaraṇa, la veille nocturne consacrée à Viṣṇu, particulièrement liée à Dvādāśī dans l’observance vaiṣṇava : lire la littérature vaiṣṇava la nuit, chanter des louanges, contempler la divinité (darśana), réciter des textes tels que la Gītā et le nāma-sahasra, et accomplir le culte avec lampes, encens, offrandes et tulasī. Le chapitre affirme à plusieurs reprises les fruits : destruction rapide des péchés accumulés, mérite égal ou supérieur aux grands sacrifices et aux dons immenses, bienfaits pour la lignée et les ancêtres, et arrêt de la renaissance pour les pratiquants constants. Il fixe aussi des limites éthiques, glorifiant ceux qui gardent la veille et blâmant la négligence ou l’hostilité envers Janārdana, offrant ainsi un guide rituel fondé sur le calendrier et sa justification salvifique.

द्वादशी-जागरणस्य सर्वतोवरेण्यत्ववर्णनम् (The Supreme Excellence of the Dvādaśī Vigil)
Ce chapitre propose un enseignement prescriptif et théologique sur l’efficacité suprême de la veille dévotionnelle (jāgaraṇa) au jour de Dvādaśī, surtout lorsqu’elle s’accompagne du culte de Hari/Viṣṇu et de l’écoute du Bhāgavata. Īśvara déclare que le dévot qui accomplit la Hari-pūjā et entend le Bhāgavata durant la veille de Dvādaśī obtient un mérite multiplié au-delà des grands sacrifices védiques, tranche les liens et atteint la demeure de Kṛṣṇa. Le texte affirme que même de lourdes accumulations de fautes sont neutralisées par l’audition du Bhāgavata et la veille consacrée à Viṣṇu, jusqu’à des images de délivrance—dépasser la sphère solaire. Il insiste aussi sur la précision du calendrier : l’entrée d’Ekādaśī dans Dvādaśī et les conjonctions favorables; et il exalte les dons offerts à Viṣṇu et aux ancêtres en Dvādaśī comme ayant une valeur « semblable au Meru ». Les rites aux ancêtres sont intégrés : libations d’eau et śrāddha près d’un grand fleuve procureraient une satisfaction durable aux aïeux et accorderaient des bienfaits. Enfin, le fruit de la veille de Dvādaśī est mis sur le même plan que diverses disciplines éthiques (vérité, pureté, maîtrise, pardon), de grandes aumônes et des actes renommés accomplis dans les tīrthas, confirmant la veille comme un substitut rituel concentré. Nārada est cité proclamant qu’aucun vœu n’égale Ekādaśī; la négliger mène à une détresse continue, tandis que l’observer est présenté comme un remède pour l’âge de Kali, dans un cadre dévotionnel normatif.

हरिजागरण-माहात्म्य (The Glory of the Viṣṇu/Kṛṣṇa Night Vigil)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue didactique où Mārkaṇḍeya expose l’efficacité théologique et éthique du hari-jāgaraṇa, la veille nocturne consacrée à Viṣṇu/Kṛṣṇa, en lien particulier avec l’observance d’Ekādaśī et de Dvādaśī. Il affirme que le mérite de cette veille ne dépend ni d’une pureté rituelle parfaite ni de préparatifs préalables : même ceux qui ne se sont pas baignés, sont impurs ou socialement marginalisés obtiennent purification et états élevés après la mort par leur participation. La phalaśruti compare à plusieurs reprises le fruit de la veille aux grands sacrifices tels que l’aśvamedha, aux pratiques de tīrtha (comme boire l’eau de Puṣkara), aux pèlerinages aux confluences des rivières et aux dons abondants, en déclarant que la veille les surpasse tous. Le chapitre la présente aussi comme une discipline réparatrice capable d’effacer de lourdes souillures morales (des péchés graves sont énumérés) et met l’accent sur la dévotion collective—chants, danses, musique de vīṇā et kathā-kīrtana—comme moyens légitimes de rester éveillé. Une convergence cosmique est soulignée : dieux, rivières et eaux sacrées sont dits se rassembler lors de la veille, tandis que ceux qui ne l’accomplissent pas sont avertis de conséquences défavorables. L’enseignement global propose une éthique de la dévotion accessible : veiller avec constance, se souvenir du Garuḍadhvaja et pratiquer la retenue (ne pas manger à Ekādaśī) sont présentés comme une voie brève mais hautement fructueuse au temps du Kali-yuga.

गौतमी-तीर्थसमागमः—द्वारकाक्षेत्रप्रशंसा (Gautamī Tīrtha Assembly and the Praise of Dvārakā Kṣetra)
Ce chapitre se déploie comme un discours théologique à plusieurs voix, encadré par le récit de Prahlāda. Nārada, observant l’heure propice où Jupiter se tient dans le signe du Lion (siṃha-rāśi), voit une convergence extraordinaire sur les rives de la Godāvarī (Gautamī) : de grands tīrtha, des rivières, des kṣetra, des montagnes, des Écritures, des siddha et des êtres divins s’y assemblent, émerveillés par la pureté et l’éclat du lieu. La Gautamī personnifiée confie sa détresse : elle est épuisée et comme « brûlée » par le contact et la fréquentation de personnes sans droiture (durjana-saṃsarga), et demande un remède pour retrouver sa pureté paisible. Nārada et les entités sacrées délibèrent ; Gautama arrive et entreprend une supplication contemplative à Mahādeva. Une voix divine, sans corps visible, intervient alors, orientant l’assemblée vers la côte nord-ouest et désignant Dvārakā—là où la Gomati rejoint l’océan, et où Viṣṇu demeure tourné vers l’ouest—comme le champ purificateur suprême, comparable au feu qui consume le combustible. Le chapitre s’achève sur l’acclamation commune de Dvārakā et sur un désir accru de se baigner dans la Gomati, de se purifier au Cakra-tīrtha et d’obtenir le darśana de Kṛṣṇa, tout en soulignant l’exigence éthique : la pureté grandit par le sat-saṅga (compagnie des justes) et se trouve blessée par la fréquentation des méchants.

Dvārakā-yātrā-vidhiḥ (Procedure and Ethics of the Pilgrimage to Dvārakā)
L’Adhyāya 30 se présente comme un guide de procédure et d’éthique du pèlerinage, inséré dans un récit. Prahlāda décrit l’ardeur universelle des tīrtha, kṣetra, ṛṣi et deva à se rendre dans la cité sainte de Dvāravatī/Kuşasthalī pour obtenir le Kṛṣṇa-darśana. La présence de Nārada et de Gautama est perçue comme un présage annonçant une grande yātrā à l’atmosphère de fête sacrée. Les ṛṣi interrogent alors Nārada—honoré comme guide suprême parmi les yogin—sur la méthode juste (vidhi), les disciplines requises (niyama), ce qu’il faut éviter (varjanīya), ce qu’il convient d’entendre/réciter/se remémorer en chemin, et les formes de célébration autorisées. Nārada prescrit, avant le départ, le bain purificatoire et le culte, le fait de nourrir vaiṣṇava et brāhmaṇa selon ses moyens, de recevoir l’assentiment de Viṣṇu, et de garder un esprit de bhakti tourné vers Kṛṣṇa. Durant le voyage, le pèlerin doit demeurer calme, maître de soi et pur; observer le brahmacarya, dormir bas (à même le sol) et discipliner les sens. Sont recommandés la récitation des Noms divins (dont le sahasranāma), la lecture des Purāṇa, la compassion et le service des vertueux. La charité—surtout le don de nourriture—est exaltée, avec un grand mérite même pour de petites offrandes; à l’inverse, sont proscrits les propos querelleurs, la médisance, la tromperie et le fait de dépendre de la nourriture d’autrui lorsqu’on en a les moyens. La dernière partie revient au récit de Prahlāda et dépeint diverses expressions de dévotion sur la route: écouter la Viṣṇu-kathā, chanter les Noms, psalmodier, jouer de la musique, porter des étendards et marcher en procession joyeuse; les rivières et les tīrtha renommés y participent symboliquement. Le chapitre culmine lorsque les pèlerins aperçoivent de loin la demeure de Kṛṣṇa, soulignant le voyage comme culte communautaire et entraînement éthique.

Dvārakā as Tīrtha-Saṅgama: Darśana of Kṛṣṇa’s Ālaya and the Gomatī Māhātmya (द्वारकाक्षेत्रमहिमा तथा गोमतीमाहात्म्य)
L’Adhyāya 31 dépeint une convergence de bhakti et de géographie sacrée centrée sur Dvārakā. Prahlāda décrit l’éclat divin de la cité, qui dissipe ténèbres et frayeur, ainsi que ses signes de victoire à travers bannières et étendards. À la vue de la demeure de Viṣṇu/Kṛṣṇa, ornée d’emblèmes célestes, les êtres rassemblés se prosternent et sont saisis d’une ferveur extatique. Vient ensuite l’énumération de nombreux tīrthas, fleuves, kṣetras et villes renommées de toute l’Inde, soulignant que le paysage sacré des trois mondes se trouve comme rassemblé en relation avec Dvārakā. Nārada explique que ce darśana est le fruit de mérites accumulés et affirme qu’une dévotion ferme, ainsi que la résolution d’atteindre Dvārakā, ne s’obtiennent pas par de petites austérités; Dvārakā brille parmi les “rois” des kṣetra-tīrtha comme le soleil parmi les astres. La procession avance avec musique, danse, drapeaux et hymnes vers la rivière Gomatī; Nārada proclame la Gomatī comme la plus éminente, et dit que son bain rituel (snāna) accorde la délivrance et profite même aux ancêtres. Après le bain, tous s’approchent de la porte de Dvārakā et voient la cité personnifiée en une iconographie royale et rayonnante—blanche de teinte, richement parée, tenant conque, disque et massue—ce qui suscite un pranāma collectif et révérencieux.

द्वारकायाः सर्वतीर्थ-समागमः, देवसमागमश्च (Dvārakā as the Convergence of All Tīrthas and the Assembly of Devas)
Ce chapitre dévoile par degrés la suprématie sacrée de Dvārakā dans l’idiome d’une théologie du pèlerinage. Nārada salue Dvārakā, la bien-aimée de Hari, et « fait voir » une procession où des tīrthas, fleuves, kṣetras, forêts et montagnes illustres viennent s’incliner à ses pieds : Prayāga, Puṣkara, Gautamī, Bhāgīrathī/ Gaṅgā, Narmadā, Yamunā, Sarasvatī, Sindhu ; Vārāṇasī, Kurukṣetra, Mathurā, Ayodhyā ; Meru, Kailāsa, Himālaya, Vindhya. Le discours s’élargit ensuite à l’échelle cosmique : musiques célestes et acclamations retentissent ; Brahmā, Maheśa avec Bhavānī, Indra, ainsi que les assemblées de devas et de ṛṣis apparaissent, proclamant Dvārakā supérieure même au ciel. Ils louent Cakratīrtha et une pierre marquée du cakra. Brahmā et Maheśa demandent le darśana de Kṛṣṇa ; Dvārakā les conduit à Dvārakeśvara. Vient alors une suite rituelle commune : bains dans la Gomati et dans la mer, motifs d’abhiṣeka à la manière du pañcāmṛta, offrandes de tulasī, encens, lampes et nourriture, avec musique et danse de réjouissance. Kṛṣṇa, satisfait, accorde une grâce : une bhakti stable et affectueuse à ses pieds. Le chapitre se clôt sur un abhiṣeka « royal » de Dvārakā elle-même par Brahmā et Īśāna ; les serviteurs de Viṣṇu (tels Viṣvaksena, Sunanda) se manifestent, et une marque doctrinale est posée : ceux dont le culte est accompli selon la juste règle reçoivent l’élan de venir à Dvārakā, signe de la faveur divine.

द्वारकायां सर्वतीर्थक्षेत्रादिकृतनिवासवर्णनम् (Residence of All Tīrthas and Kṣetras at Dvārakā)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue : Prahlāda demande qu’on expose le māhātmya de Dvārakā après avoir entendu des propos attribués aux serviteurs de Viṣṇu. Brahmā et Maheśa répondent en présentant Dvārakā comme un centre royal parmi les tīrtha et les kṣetra dispensateurs de délivrance, et, par une louange comparative, la placent implicitement au-dessus de hauts lieux de pèlerinage tels que Prayāga et Kāśī. Le chapitre se tourne ensuite vers une énumération méthodique selon les directions : d’innombrables rivières et tīrtha (comptés en koṭi) demeurent autour de Dvārakā, comme venus en service dévotionnel et pour contempler Kṛṣṇa à maintes reprises. Vient alors un catalogue des grands kṣetra des points cardinaux et intermédiaires (Vārāṇasī, Avantī, Mathurā, Ayodhyā, Kurukṣetra, Purushottama, Bhṛgukṣetra/Prabhāsa, Śrīraṅga), suivi des lieux sacrés Śākta, Saura et Gāṇapatya, puis des montagnes telles que Kailāsa, Himavat, Śrīśaila, qui l’enserrent. La conclusion affirme que cette convergence naît de la śraddhā et de la bhakti ; et lorsque Guru (Bṛhaspati) se trouve en Kanyā-rāśi, dieux et sages viennent joyeusement pour le darśana, confirmant Dvārakā comme un cosmogramme unificateur du pèlerinage.

Vajralepa-vināśaḥ — The Dissolution of Hardened Wrongdoing through Dvārakā-Pathika Darśana
Le chapitre se déploie en un enseignement à plusieurs niveaux : Prahlāda s’adresse aux sages au sujet de la puissance purificatrice exceptionnelle de Dvārakā, puis introduit un itihāsa, l’ancien dialogue entre le roi Dilīpa et le sage Vasiṣṭha. Dilīpa demande quel kṣetra fait que la faute ne « repousse » plus, après avoir entendu que Kāśī peut neutraliser un résidu moral très lourd nommé vajra-lepa. Vasiṣṭha raconte un épisode d’avertissement : un renonçant à Kāśī tombe dans des conduites contraires au dharma, s’enfonce davantage et renaît à maintes reprises à cause de graves méfaits. Bien que Kāśī empêche la conséquence infernale immédiate, le vajra-lepa demeure et entraîne une souffrance prolongée à travers diverses formes d’existence. Le tournant survient lorsqu’un voyageur lié à Dvārakā—purifié par la Gomati et marqué par le Kṛṣṇa-darśana—rencontre un rākṣasa. À la seule vue du pèlerin de Dvārakā, le vajra-lepa du rākṣasa est réduit en cendres sur-le-champ. Le rākṣasa se rend alors à Dvārakā, abandonne son corps à la Gomati et obtient un état vaiṣṇava, loué par les êtres célestes. La conclusion réaffirme Dvārakā comme « kṣetra-rāja », le roi des lieux saints, où le pāpa ne renaît pas ; et elle s’achève sur le pèlerinage de Dilīpa, qui atteint l’accomplissement par la présence de Śrī Kṛṣṇa.

Dvārakā-kṣetra-māhātmya: Darśana, Dāna, Gomati-snānaphala, and Vaiṣṇava-nindā-doṣa (द्वारकाक्षेत्रमाहात्म्य—वैष्णवनिन्दादोषः)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue où Prahlāda exalte la sainteté incomparable de Dvārakā et la puissance de transformation qu’apporte le simple darśana—la vision—de ses dévots et habitants vaiṣṇavas, marqués par l’iconographie aux quatre bras. Il affirme que la sacralité de Dvārakā s’étend largement et demeure visible même aux êtres célestes; jusqu’aux pierres, à la poussière et aux petites créatures, tout y devient un moyen de délivrance, renforçant le caractère salvifique du kṣetra. Vient ensuite une régulation éthique: la faute de dénigrer les habitants de Dvārakā, c’est-à-dire l’offense de blâmer les Vaiṣṇava (Vaiṣṇava-nindā), est sévèrement condamnée. Le rôle punitif de Jayanta sert d’exemple, et il est déclaré que cette censure entraîne de grandes souffrances. Puis l’enseignement prescriptif s’élève: servir Kṛṣṇa à Dvārakā, y demeurer avec bhakti, et faire le dāna même en petite quantité donnent des fruits amplifiés, supérieurs aux rites réputés d’ailleurs (tels les dons à Kurukṣetra ou les mérites du Godāvarī). Le texte ajoute des indications calendaires et rituelles, notamment le bain dans la Gomati lorsque Guru (Jupiter) se tient dans le Lion, ainsi qu’une efficacité accrue en certains mois. Il se conclut par une éthique des infrastructures: bâtir des abris, des ouvrages d’eau et des maisons de repos, réparer étangs et puits, installer des images de Viṣṇu—autant d’actes menant à des jouissances célestes graduées et à l’accès à Viṣṇuloka; et il s’achève sur la question de savoir pourquoi Dvārakā accélère singulièrement le puṇya et empêche la « germination » du pāpa.

द्वारकाक्षेत्रवैभववर्णनम् / Theological Praise of Dvārakā and its Pilgrimage Fruits
Sūta rapporte une scène de dialogue en cour, où Bali, stimulé par les paroles de Prahlāda, s’enquiert de la grandeur du kṣetra sacré de Dvārakā (kṣetra-vaibhava). Prahlāda répond par un māhātmya structuré : le mérite de chaque pas accompli vers Dvārakā et la puissance purificatrice de la simple intention d’y aller ; il affirme aussi que même les fautes sévères de l’ère de Kali n’adhèrent pas à celui qui atteint la présence de Kṛṣṇa, en soulignant Cakratīrtha et la cité de Kṛṣṇapurī. Il établit ensuite une hiérarchie des villes saintes et proclame la prééminence de Dvārakā dès lors que l’on voit la ville protégée par Kṛṣṇa. Il évoque les thèmes de la rareté (durlabhatā) : y résider, obtenir le darśana, se baigner dans la Gomati et contempler Rukmiṇī ; et il enseigne l’éthique de la bhakti au foyer—se souvenir de Dvārakā, adorer Keśava à la maison—ainsi que l’observance du calendrier, surtout la tri-spṛśā-dvādaśī et la logique des vœux (vrata) associés. En Kali-yuga, les fruits des rites—jeûne, veille, chant et danse—sont amplifiés, particulièrement à Dvārakā et près de Kṛṣṇa. Sont louées la sainteté de la confluence Gomati–océan, les pierres marquées du cakra (cakrāṅkita), et leur égalité ou supériorité par rapport à d’autres tīrtha renommés. Le texte souligne aussi le bien-être familial et social—descendance obtenue par le culte des reines de Kṛṣṇa—et la délivrance de la peur et du malheur par le darśana de Dvārakā. Il se conclut par une phalaśruti assurant que même l’adversité sur la route de Dvārakā est comptée comme un signe de non-retour vers les états inférieurs.

Sudarśana–Cakra-cihna-aṅkita-pāṣāṇa Māhātmya (Glory of Chakra-Marked Stones at Dvārakā)
Ce chapitre présente un ensemble d’enseignements rituels et théologiques étroitement liés à la géographie sacrée de Dvārakā. Il s’ouvre sur l’insistance de Prahlāda : à l’âge de Kali, le nāma-japa—la répétition ininterrompue du nom « Kṛṣṇa »—est une discipline constante, source de transformation intérieure et de mérite exceptionnel. Il précise ensuite des nuances calendaires autour d’Ekādaśī/Dvādaśī, en nommant des conditions particulières de tithi telles qu’Unmīlinī, et en exaltant le mérite accru de la veille nocturne (jāgaraṇa), y compris la rare configuration Vañjulī en l’âge de Kali. Le propos se tourne alors vers Cakra-tīrtha : s’y baigner est dit effacer les souillures morales et orienter le pratiquant vers la « demeure suprême » sans trouble. Le lieu est défini par la tradition selon laquelle Kṛṣṇa y lava le cakra. Vient ensuite un catalogue de pierres marquées du cakra, portant de une à douze marques, associées à des formes divines et à des fruits gradués—de la stabilité et de la prospérité mondaines jusqu’à la souveraineté, et finalement au nirvāṇa/mokṣa. La conclusion insiste sur le phala : le simple toucher ou le culte de ces pierres dissout de grands péchés, et leur souvenir à l’heure de la mort est présenté comme salvateur ; les bains à Gomati-saṅgama et à Bhṛgu-tīrtha sont aussi affirmés comme neutralisant de lourdes impuretés, élevant la bhakti, même mêlée, vers la pureté sāttvika.

Dvārakā-Māhātmya: Dvādaśī-Jāgaraṇa, Gomati–Cakratīrtha Merit, and Service to Vaiṣṇavas
Ce chapitre, présenté comme un enseignement théologique attribué à Prahlāda, dépeint Dvārakā comme un champ rituel d’une puissance exceptionnelle : du fait de la proximité de Śrī Kṛṣṇa, de modestes actes y produisent un mérite décuplé. Écouter et transmettre la gloire de Dvārakā (śravaṇa–kīrtana) y est proclamé comme un moyen orienté vers la délivrance. Le texte oppose les dons coûteux—tels que l’offrande répétée de vaches à des brāhmaṇa savants—à l’affirmation qu’un bain dans la Gomati, surtout aux jours liés à Madhusūdana, peut procurer un fruit comparable. S’ensuit un accent éthique constant : nourrir ne serait-ce qu’un brāhmaṇa à Dvārakā, et plus encore soutenir les yati/ascètes et les Vaiṣṇava par la nourriture et le vêtement, est loué à maintes reprises comme un devoir portable, valable « où que l’on se trouve ». Le chapitre exalte l’observance de Dvādaśī au mois de Vaiśākha, le culte de Kṛṣṇa et la veille nocturne (jāgaraṇa), avec une phalaśruti vigoureuse : la veille et la récitation du Bhāgavata sont dites consumer les fautes accumulées et accorder un long séjour céleste. Il propose aussi une cartographie de la pureté : les lieux sans récitation du Bhāgavata, sans adoration de Śālagrāma ou sans vœux vaiṣṇava sont jugés rituellement déficients, tandis que même des terres marginales deviennent méritoires là où résident des dévots. Enfin, des marques protectrices et auspicielles—tilaka de Gopīcandana, argile de Śaṅkhoddhāra, proximité de tulasī et pādodaka—sont énumérées, avant d’affirmer que Kṛṣṇa demeure à Dvārakā en Kali-yuga et qu’un bain d’un seul jour à Gomati–Cakratīrtha équivaut aux bains dans les tīrtha des trois mondes.

Dvādāśī-Jāgaraṇa, Dvārakā-Smaraṇa, and Vaiṣṇava Ācāra (द्वादशी-जागरण, द्वारका-स्मरण, वैष्णव-आचार)
Le chapitre 39 s’ouvre sur Prahlāda énumérant des appellations auspicieuses liées à Dvādaśī, puis reliant le mérite qui s’accroît chaque jour à la préparation d’offrandes semblables au havis et à la veille nocturne (jāgaraṇa) vouée à Viṣṇu, surtout devant la Śālagrāma-śilā. Le texte précise les appuis rituels : lampes de ghee à mèches jumelées, recouvrement floral de la Śālagrāma, et onction puis adoration d’une image vaiṣṇava (notamment marquée du cakra) avec santal, camphre, kṛṣṇāguru et musc. Une phalaśruti dense assimile le fruit de la veille de Dvādaśī à l’ensemble des mérites des grands tīrtha, des sacrifices, des vœux, de l’étude védique, de l’apprentissage des Purāṇa, des austérités et de la conduite juste selon les āśrama, en rappelant la transmission par des orateurs faisant autorité. Sūta poursuit cette chaîne de récit et exhorte à la pratique avec foi. L’enseignement s’élargit à l’efficacité de Dvārakā par la contemplation intérieure, la récitation et la lecture à domicile lorsque le voyage est impossible ; il recommande l’écoute, le don aux vaiṣṇava et une récitation spéciale en Dvādaśī durant la veille. Le chapitre déploie aussi le motif d’une « présence sacrée » au foyer—de nombreux tīrtha et divinités y « résident » par une dévotion constante—puis énonce des interdits éthiques : mépriser les vaiṣṇava, agir par exploitation, et porter atteinte sacrilège aux arbres sacrés (surtout l’aśvattha), à l’inverse du mérite de planter et protéger nyagrodha, dhātrī et tulasī. Il conclut par des prescriptions fortes pour le Kali-yuga : réciter Viṣṇu chaque jour, chanter le Bhāgavata, honorer le gopīcandana (tilaka, don, veille de Dvādaśī) et prononcer quotidiennement « Dvārakā » comme source de mérite comparable à celui d’un tīrtha.

कार्तिके चक्रतीर्थस्नानदानश्राद्धादिमाहात्म्यवर्णनम् (Kartika Observances at Cakratīrtha: Bathing, Gifts, and Śrāddha)
Cet adhyāya expose l’enseignement théologique de Prahlāda sur des pratiques de bhakti au mérite éminent, centrées sur le culte de Kṛṣṇa et l’éthique du pèlerinage à Dvārakā. Il s’ouvre sur l’adoration par offrande de feuilles : honorer Śrīpati avec des feuilles portant le nom du dévot, et surtout avec celles du śrīvṛkṣa, associé à Lakṣmī ; selon l’échelle de valeur interne du chapitre, elles sont tenues pour supérieures même à la tulasī et promettent un mérite abondant. Le texte précise ensuite l’efficacité selon le calendrier, en soulignant la Dvādaśī coïncidant avec le dimanche, et présente le jour de Hari comme un point de convergence où les mérites se rassemblent. Puis il décrit l’économie sociale et rituelle de Dvārakā : nourrir les yatis/renonçants, offrir vêtements et nécessités, et l’extraordinaire mérite d’un seul repas donné à un mendiant sacré en ce lieu, surpassant de vastes distributions ailleurs. Il affirme la portée salvatrice du kīrtana de Kṛṣṇa, étend la protection de Dvārakā à ses habitants et même aux êtres qui dépendent d’eux, et montre comment les disciplines du mois de Kārtika—bains dans la Gomati et le Rukmiṇī-hrada, jeûne d’Ekādaśī, śrāddha de Dvādaśī à Cakratīrtha, repas offerts aux brahmanes avec des mets prescrits et dons de dakṣiṇā—aboutissent à la satisfaction des ancêtres et à l’agrément divin. L’adhyāya se clôt par une phalāśruti promettant un mérite impérissable aux observants du vœu de Kārtika purifiés au tīrtha.

गोमतीस्नान–कृष्णपूजन–यतिभोजन–दान–श्राद्धादि सत्फलवर्णनम् (Merits of Gomatī Bathing, Kṛṣṇa Worship, Feeding Ascetics, Gifts, and Śrāddha)
Ce chapitre présente un enseignement théologico‑rituel attribué à Prahlāda, qui exalte l’efficacité accrue des pratiques de bhakti et des rites ancestraux accomplis à Dvārakā, en particulier en lien avec la rivière Gomatī. Il est dit que celui qui se baigne dans la Gomatī et adore Kṛṣṇa en offrant, entre autres, la fleur ketakī et la tulasī obtient une auspiciosité exceptionnelle et se trouve protégé des cycles rigoureux du saṃsāra ; selon l’idiome de la phala‑śruti, ce mérite est décrit comme s’approchant de « l’immortalité ». Le texte affirme encore que nourrir ne serait‑ce qu’une seule personne à Dvārakā porte un fruit supérieur à celui de nourrir d’immenses foules ailleurs, et que le simple souvenir intérieur de Dvārakā consume les fautes passées, présentes et futures. Dans le contexte du Kali‑yuga, demeurer tourné vers Dvārakā est présenté comme un signe d’accomplissement du but de la vie humaine. Le chapitre relie aussi Dvārakā au bien‑être des ancêtres : les pitṛ‑gaṇas y résideraient, et les offrandes d’eau au sésame (tila) ainsi que le śrāddha avec piṇḍa‑dāna—après le bain dans la Gomatī—deviennent inépuisables, procurant une satisfaction durable aux aïeux. Des repères temporels (éclipses, vyatīpāta, saṅkrānti, vaidhr̥ti et observances calendaires) sont évoqués pour situer le temps rituel, tout en affirmant la supériorité de Dvārakā dans la géographie sacrée de l’Inde.

द्वारकाक्षेत्रे वृषोत्सर्गादिक्रियाकरण-द्वारकामाहात्म्यश्रवणादि-फलवर्णनम् (Chapter 42: Results of bull-release and related rites; fruits of hearing/reciting Dvārakā Māhātmya)
Le chapitre 42 présente un enseignement de type phalaśruti attribué à Prahlāda. Il s’ouvre en reliant le vṛṣotsarga (libération rituelle d’un taureau) accompli à Dvārakā—surtout durant Vaiśākha et Kārtika—à l’élévation posthume, jusqu’à la délivrance des états défavorables. Le texte énumère ensuite de lourdes fautes (brahmahatyā, surāpāna, vol, offenses envers le guru) afin de souligner la portée réparatrice : se baigner dans la Gomati et obtenir le darśana de Kṛṣṇa est dit dissoudre même les démérites accumulés de longue date. Dans le Kali-yuga, les actes de bhakti sont mis en avant : contempler Rukmiṇī avec dévotion, faire la circumambulation de la cité et réciter les mille noms. Une pratique centrée sur Dvādaśī est décrite—réciter le māhātmya de Dvārakā en présence de Viṣṇu—dont les fruits sont figurés par l’honneur et la mobilité céleste. Le chapitre se tourne ensuite vers des aspirations de lignée (« qu’un tel être naisse dans notre famille ») et décrit l’idéal du pratiquant : se baigner au confluent Gomati–océan, accomplir le śrāddha avec des éléments sapinḍa, honorer les vaiṣṇavas (y compris en offrant le gopīcandana), écouter, réciter, écrire et conserver le māhātmya au foyer. La préservation du texte par l’écriture et la garde (likhita-dhāraṇa) est exaltée comme source durable de mérite, équivalente aux grands dons et aux austérités, apaisant la peur et compensant les manques rituels. Enfin, Dvārakā est proclamée lieu où résident Viṣṇu, tous les tīrthas, les devas, les yajñas, les Veda et les ṛṣi ; et il est averti que les vertus sans l’écoute du māhātmya deviennent stériles, tandis qu’une écoute fidèle apporte prospérité et descendance dans le délai indiqué.

तुलसीपत्रकाष्ठमहिमा तथा द्वारकायात्राविधिवर्णनम् | The Glory of Tulasī (Leaf & Wood) and the Procedure of the Dvārakā Pilgrimage
Cet adhyāya prend la forme d’un enseignement théologique sur les supports de la bhakti et la logique du mérite, principalement formulé par Prahlāda, puis clos par la transition narrative de Sūta vers l’action pèlerine. Il commence par énumérer des pratiques de culte au moyen des feuilles de tulasī, louées comme offrandes d’efficacité universelle, capables d’exaucer les désirs et de sacraliser les restes du rite. Le texte établit ensuite une typologie des mérites attachés aux substances liées à Viṣṇu : pādodaka (eau des pieds), śaṅkhodaka (eau de la conque), naivedya-śeṣa (restes de nourriture offerte) et nirmālya (restes floraux), chacune étant comparée à l’équivalence de grands sacrifices. Il aborde aussi le protocole du temple, en particulier la sonnerie de la cloche (ghaṇṭā-vādya) durant le bain rituel et l’adoration, présentée comme substitut aux autres instruments et comme source d’un mérite immense. Une section importante glorifie le bois de tulasī (tulasī-kāṣṭha) et la pâte de santal issue de tulasī comme moyens de purification et comme agents sacramentels dans le contexte funéraire : offerts aux dieux et aux ancêtres, utilisés lors de la crémation, ils sont dits conduire à des fruits orientés vers la délivrance et à la reconnaissance divine. Enfin, les sages et Bali, réjouis par la grandeur de Dvārakā, se rendent à Dvārakā, se baignent dans la Gomatī, adorent Kṛṣṇa, accomplissent correctement la yātrā, font des dons et reviennent, donnant ainsi un modèle d’éthique pèlerine mise en acte.

स्कन्दमहापुराणश्रवणपठन-पुस्तकप्रदान-व्यासपूजनमाहात्म्य तथा उपसंहार (Chapter 44: Merit of Listening/Reciting, Gifting the Text, Honoring Vyāsa; Concluding Frame)
Cet adhyāya sert de conclusion, sous forme de phalaśruti (énoncé des mérites), et de cadre de clôture du Skanda Purāṇa au sein du Dvārakā Māhātmya. Sūta y expose d’abord la lignée autorisée de transmission (paramparā) du Skanda Purāṇa—Skanda → Bhṛgu → Aṅgiras → Cyavana → Ṛcīka, etc.—établissant la tradition comme fondement de l’autorité spirituelle. Le texte énumère ensuite les bienfaits de l’écoute et de la récitation : délivrance des fautes, longévité, harmonie sociale selon les devoirs des varṇa, et accomplissement des souhaits—descendance, richesse, plénitude conjugale, retrouvailles avec les proches. Même une écoute partielle (jusqu’à un pāda d’un śloka) est dite conduire vers des destinations salvatrices. Vient un accent éthique et pédagogique : honorer le récitant revient à honorer Brahmā, Viṣṇu et Rudra ; et la dette envers le guru qui transmet ne serait-ce qu’une syllabe est déclarée impossible à rembourser, d’où l’appel à l’offrande, au soutien respectueux et à l’entretien du maître. Enfin, dans le récit de Vyāsa, les sages louent Sūta d’avoir traité les thèmes purāṇiques majeurs (création, création secondaire, dynasties, manvantaras, cosmologie), le bénissent, l’honorent de vêtements et d’ornements, puis retournent à leurs rites, scellant l’achèvement du texte et réaffirmant les normes de l’étude, de la gratitude et de la continuité rituelle.
It emphasizes Dvārakā as a sanctified civilizational and devotional center tied to Kṛṣṇa’s presence and legacy, with Prabhāsa functioning as a consequential sacred node where epic-era transitions are narrated and ritually remembered.
The section’s typical purāṇic logic associates merit with remembrance, recitation, and tīrtha-contact that reinforce dharma and devotion—especially framed as accessible supports when formal religious capacities are portrayed as diminished in Kali-yuga.
Key legends include Kṛṣṇa’s life-cycle recollections (from Vraja and Mathurā to Dvārakā), the Yādava lineage’s terminal events, the sea’s inundation motif around Dvārakā, and the subsequent re-siting of sacred habitation and memory.