
Le chapitre 31 célèbre la gloire d’un Nāgatīrtha éminent, où le bain sacré est dit dissiper la peur des serpents. Un repère calendérique est posé : se baigner à Śrāvaṇa pañcamī—surtout durant la kṛṣṇa pakṣa—accorde une protection contre le péril des serpents, s’étendant même à la lignée. Le texte en donne ensuite la raison mythique : les grands nāgas, conduits par Śeṣa, accomplirent jadis des austérités sous la pression d’une malédiction maternelle, et leur descendance proliférante devint une menace pour les humains. Les êtres affligés implorent Brahmā, qui admoneste les neuf chefs nāga afin qu’ils contiennent leur progéniture ; l’échec de cette retenue conduit Brahmā à instituer une gouvernance par déplacement (demeure souterraine) et par régulation du temps (la pañcamī comme moment assigné sur terre), avec une règle éthique : ne pas nuire aux innocents, surtout à ceux que protègent mantras et plantes médicinales. Le discours se tourne vers les fruits rituels : le culte des nāgas à Śrāvaṇa pañcamī procure les buts désirés ; le śrāddha accompli en ce lieu est présenté comme particulièrement efficace, y compris pour ceux qui souhaitent une descendance et pour les morts dues aux serpents, dont l’état de preta persisterait jusqu’à l’accomplissement des rites appropriés ici. Un récit exemplaire suit : le roi Indrasena meurt d’une morsure ; son fils accomplit ailleurs des rites ordinaires sans effet, puis, instruit en rêve, réalise le śrāddha à Camatkārapura/Nāgahṛda. Après la difficulté de trouver un brāhmaṇa acceptant de consommer le śrāddha, Devasharmā l’accepte, et une voix confirme la délivrance du père. La phalāśruti conclut que réciter ou entendre ce passage à la pañcamī ôte la peur des serpents, diminue les péchés (y compris ceux liés à la nourriture) et confère un fruit de śrāddha comparable à celui de Gayā ; de plus, la récitation de ce māhātmya au moment du śrāddha neutralise les défauts dus aux matériaux, à la faiblesse du vœu ou aux manquements de l’officiant.
Verse 1
। सूत उवाच । तथान्यदपि तत्रास्ति नागतीर्थमनुत्तमम् । यत्र स्नातस्य सर्पाणां न भयं जायते क्वचित्
Sūta dit : «De plus, il s’y trouve un autre Nāga-tīrtha sans égal ; celui qui s’y baigne ne voit jamais naître en lui la peur des serpents, en aucun temps».
Verse 2
तत्र श्रावणपञ्चम्यां यो नरः स्नानमाचरेत् । कृष्णायां न भयं तस्य कुलेऽपि स्यादहेः क्वचित्
Là, celui qui accomplit le bain sacré au jour de Śrāvaṇa Pañcamī, même durant la Kṛṣṇā (quinzaine sombre), ne connaîtra jamais la crainte du serpent — pas même au sein de sa lignée.
Verse 3
तत्र पूर्वं तपस्तप्तं मातुः शापप्रपीडितैः । शेष प्रभृतिनागैस्तु मुक्तिहेतोर्हुताशनात्
Là, jadis, les Nāgas conduits par Śeṣa, accablés par la malédiction de leur mère, pratiquèrent l’ascèse; en quête de la délivrance, ils prirent le Feu sacré (Hutāśana/Agni) pour moyen consacré.
Verse 4
कम्बलाश्वतरौ नागौ तथा ख्यातौ धरातले । तत्र तप्त्वा तपस्तीव्रं संसिद्धिं परमां गतौ
Sur la terre, deux Nāgas étaient renommés : Kambala et Aśvatara. Là, après avoir pratiqué une ascèse ardue, ils atteignirent la perfection suprême.
Verse 5
अनंतो वासुकिश्चैव तक्षकश्च महावलः । कर्कोटश्चैव नागेन्द्रो मणिकण्ठस्तथापरः
Ananta et Vāsuki, ainsi que Takṣaka au grand pouvoir ; et encore Karkoṭa, seigneur des Nāgas, et Maṇikaṇṭha, un autre parmi eux.
Verse 6
ऐरावतस्तथा शंखः पुण्डरीको महाविषः । शेषपूर्वाः स्मृता नागा एतेऽत्र नव नायकाः
S’y ajoutent Airāvata, Śaṅkha, Puṇḍarīka et Mahāviṣa. Remémorés avec Śeṣa à leur tête, tels sont ici les neuf chefs des Nāgas.
Verse 7
एतेषां पुत्रपौत्राश्च तेषामपि विभूतिभिः । असंख्याभिरिदं व्याप्तं समस्तं धरणीतलम्
Leurs fils et leurs petits-fils aussi, par des puissances innombrables, en vinrent à pénétrer toute la surface de la terre.
Verse 8
अथ ते कुटिला दुष्टा भक्षयंति सदा जनान् । बहुत्वादपि संस्पर्शादपराधं विनापि च
Alors ces êtres retors et pervers dévoraient sans cesse les gens : par leur multitude même et par le simple contact, quand bien même les humains n’avaient commis aucune faute.
Verse 9
ततः प्रजा इमाः सर्वा ब्रह्माणं शरणं गताः । पीडिताः स्म सुरश्रेष्ठ सर्पेभ्यो रक्ष सत्वरम्
C’est pourquoi tout ce peuple chercha refuge auprès de Brahmā, disant : «Ô le meilleur des dieux, nous sommes accablés ; protège-nous sans tarder des serpents.»
Verse 10
यावन्न शून्यतां याति सकलं वसुधातलम् । व्याप्तं सर्वैस्ततः सर्पैर्विषाढ्यैरतिभीषणैः
Avant que toute la surface de la terre ne devienne déserte (d’hommes), car elle est envahie de serpents partout, chargés de venin et terrifiants à l’excès—
Verse 11
अथ तानब्रवीद्ब्रह्मा शेषाद्यान्नवनायकान् । स्वसंततेः प्ररक्षध्वं भक्ष्यमाणा इमाः प्रजाः
Alors Brahmā s’adressa à ces neuf chefs, à commencer par Śeṣa : «Réfrénez et protégez votre propre lignée : ces peuples sont en train d’être dévorés !»
Verse 13
अथ तेषां बहुत्वाच्च नैव रक्षा प्रजायते । वारिता अपि ते यस्मात्प्रकुर्वंति प्रजाक्षयम्
Mais, parce qu’ils étaient si nombreux, aucune protection véritable ne put être assurée ; car, même retenus, ils continuaient d’amener la destruction des gens.
Verse 14
ततः कोपपरीतात्मा तानाहूय कुलाधिपान् । तानुवाच स्वयं ब्रह्मा सर्वदेवसमागमे
Alors Brahmā, l’esprit saisi d’une colère juste, convoqua ces seigneurs de clan ; et, dans la grande assemblée de tous les dieux, Brahmā lui-même leur adressa la parole.
Verse 15
भक्षयंति यतः सर्पा अपराधं विना प्रजाः । वारिता अपि ते तस्मात्तान्निगृह्णामि सांप्रतम्
«Car les serpents dévorent les êtres vivants sans qu’il y ait faute, et parce qu’ils ne cessent pas même lorsqu’on les retient, je vais donc à présent les châtier et les contenir.»
Verse 18
तच्छ्रुत्वा वेपमानास्ते सर्पाणां नवनायकाः । प्रोचुः प्रांजलयः सद्यः प्रणिपत्य पितामहम्
À ces mots, les neuf chefs des serpents tremblèrent ; les mains jointes, ils se prosternèrent aussitôt devant Pitāmaha (Brahmā) et parlèrent.
Verse 19
भगवन्कुटिला ज्ञातिरस्माकं भवता कृता । तत्कस्मात्कुरुषे कोपं जातिधर्मानुवर्तिनाम्
«Ô Seigneur Bienheureux, c’est toi qui as façonné pour nous une lignée de parenté sinueuse ; pourquoi donc t’irriter contre ceux qui ne font que suivre le dharma de leur espèce (leur nature propre) ?»
Verse 20
ब्रह्मोवाच । यदि नाम मया सृष्टा यूयं दिष्ट्या विषोल्बणाः । अपराधं विना कस्माद्भक्षयध्व इमाः प्रजाः
Brahmā dit : «Quand bien même il serait vrai que je vous ai créés, et que, par le destin, vous êtes farouches de venin, pourquoi dévorez-vous ces êtres sans qu’ils aient commis aucune faute ?»
Verse 21
नागा ऊचुः । मर्यादां कुरु देवेश अस्माकं मानवैः सह । अथवा संप्रयच्छस्व स्थानं मानुषवर्जितम्
Les Nāgas dirent : «Ô Seigneur des dieux, fixe pour nous une juste limite à l’égard des humains ; ou bien accorde-nous un lieu de demeure où nulle présence humaine ne se trouve.»
Verse 22
पारिक्षितमखे तस्मिन्सर्पाणां चित्रभानुना । समंताद्दह्यमानानां रक्षोपायं प्रचिंतय
«Dans ce sacrifice de Parīkṣit, lorsque les serpents sont brûlés de toutes parts par Citrabhānu, conçois un moyen de protection.»
Verse 23
यथा न संततिच्छेदो जायते प्रपितामह । अस्माकं सर्वलोकेषु तथा त्वं कर्तुमर्हसि
«Ô Grand-Aïeul, agis de telle sorte que notre lignée ne soit pas tranchée dans aucun des mondes.»
Verse 24
ब्रह्मोवाच । जरत्कारुरिति ख्यातो भविष्यति क्वचिद्द्विजः । स संतानकृते भार्यां भूमावन्वेषयिष्यति
Brahmā dit : «Quelque part paraîtra un deux-fois-né, renommé sous le nom de Jaratkāru. Pour obtenir une descendance, il cherchera une épouse sur la terre.»
Verse 25
भाविनी च भवद्वंशे जरत्कन्या सुशोभना । सा देया चादरात्तस्मै पुत्रार्थं वरवर्णिनी
Et dans ta lignée naîtra une jeune fille rayonnante nommée Jaratkanyā. Elle, au teint excellent, devra lui être donnée avec respect, afin d’obtenir un fils.
Verse 26
ताभ्यां यो भविता पुत्रः स शेषान्रक्षयिष्यति । सर्पाञ्छुद्धसमाचारान्मर्यादासु व्यवस्थितान्
Le fils qui naîtra de ces deux-là protégera les serpents restants — ceux à la conduite pure, établis dans les justes limites.
Verse 27
सुतलं नितलं चैव तथैव वितलं च यत् । तस्याधस्ताच्चतुर्थे च वसतिर्वो धरातले
Au-dessous de Sutala, de Nitala et de même de Vitala, dans la quatrième région située plus bas encore, votre demeure sera établie dans les profondeurs de la terre.
Verse 28
मया दत्तेऽतिरम्ये च सर्वभोगसमन्विते । तस्माद्व्रजत तत्रैव परित्यज्य महीतलम्
Je l’ai accordé : d’une beauté exquise et pourvu de toutes jouissances. Allez donc là-bas, en abandonnant le plan terrestre.
Verse 29
तत्र भुंजथ सद्भोगा न्गत्वाऽशु मम शासनात् । पुत्रपौत्रसमोपेतांस्त्रिदशैरपि दुर्लभान्
Étant allés promptement là-bas, selon mon ordre, jouissez de plaisirs nobles—avec fils et petits-fils—des bénédictions difficiles à obtenir même pour les dieux.
Verse 30
नागा ऊचुः । भोगानपि प्रभुंजाना न वयं तत्र पद्मज । शक्नुमो वस्तुमुर्व्यां नस्तस्मात्स्थानं प्रदर्शय । मर्यादया वर्तयामो यत्रस्था मानवैः समम्
Les Nāgas dirent : «Ô Né du Lotus, même si nous y goûtons les plaisirs, nous ne pouvons demeurer sur la terre. Montre-nous donc un lieu convenable, où, demeurant dans les justes limites, nous puissions vivre avec les hommes.»
Verse 31
ब्रह्मोवाच । एषा तिथिर्मया दत्ता युष्माकं धरणीतले । पंचमी शेषकालस्तु नेयस्तत्रं रसातले
Brahmā dit : «Ce jour lunaire, je vous l’ai accordé sur la terre. À la Pañcamī, le temps qui reste doit être passé là-bas, en Rasātala.»
Verse 32
तत्रागतैर्न हंतव्या मानवा दोषवर्जिताः । मंत्रसंरक्षितांगाश्च तथौषधिकृतादराः
Les hommes qui s’y rendent, exempts de faute, ne doivent pas être blessés ; car leurs corps sont protégés par des mantras et dûment soignés par des remèdes.
Verse 33
चमत्कारपुरे क्षेत्रे मया दत्ता स्थितिः सदा । पृथिव्यां कुलमुख्यानां नागानां नागसत्तमाः
Dans le kṣetra sacré de Cāmatkārapura, j’ai accordé sur la terre une demeure perpétuelle aux Nāgas les plus éminents, chefs de leurs lignées — ô le meilleur des Nāgas.
Verse 34
सूत उवाच । एवमुक्ताश्च ते नागा ब्रह्मणा सत्वरं ययुः । पातालं कुलमुख्याश्च तस्मिन्क्षेत्रे व्यवस्थिताः
Sūta dit : «Ainsi, après ces paroles de Brahmā, ces Nāgas partirent promptement vers Pātāla ; et les chefs de lignée s’établirent dans ce kṣetra sacré.»
Verse 35
तत्र श्रावणपंचम्यां यस्तान्पूजयते नरः । स प्राप्नोति नरोऽभीष्टं तेषामेव प्रसादतः
Là, au jour de Śrāvaṇa Pañcamī, l’homme qui adore ces Nāgas obtient l’objet de son vœu, par leur grâce même.
Verse 36
तस्य वंशेऽपि सर्पाणां न भयं स्यान्न किल्बिषम् । न रोगो नोपसर्गश्च न च भूतभयं क्वचित्
Même dans la lignée de ce dévot, il n’y aura ni crainte des serpents ni faute; ni maladie ni affliction, et nulle part la peur des esprits.
Verse 37
अपुत्रस्तत्र यः श्राद्धं करोति सुतवांछया । पुत्रं विशिष्टमासाद्य पितॄणामनृणो हि सः
En ce lieu sacré, l’homme sans fils qui accomplit le śrāddha avec le désir d’une descendance obtient un fils d’exception; et ainsi il s’acquitte véritablement de sa dette envers les Pitṛs (ancêtres).
Verse 38
तथा वंध्या च या नारी पंचम्यां भास्करोदये । श्रावणे कुरुते स्नानं कृष्णपक्षे विशेषतः । सा सद्यो लभते पुत्रं स्ववंशोद्धरणक्षमम्
De même, la femme stérile qui se baigne (là) au lever du soleil, le cinquième jour lunaire—surtout durant la quinzaine sombre (Kṛṣṇa-pakṣa) du mois de Śrāvaṇa—obtient promptement un fils capable de soutenir et d’élever sa lignée.
Verse 39
सर्वरोगविनिर्मुक्तं सुरूपं विनयान्वितम् । भ्रष्टराज्यो नरो यो वा तत्र स्नानं समाचरेत्
Quiconque se baigne là est délivré de toutes les maladies, acquiert beauté et bonne conduite; même l’homme déchu de la souveraineté, en s’y baignant, voit sa fortune rétablie.
Verse 40
ततः पूजयते नागाञ्छ्रावणे पंचमीदिने । स हत्वाऽरिगणा न्सर्वान्भूयोराज्यमवाप्नुयात्
Ensuite, le cinquième jour de Shravana, on doit vénérer les Nagas. Ayant vaincu tous les ennemis, il retrouvera son royaume.
Verse 41
येषां मृत्युर्मनुष्याणां जायते सर्पभक्षणात् । न तेषां जायते मुक्तिः प्रेतभावात्कथंचन
Pour les humains qui meurent d'une morsure de serpent, la libération n'est pas possible ; ils demeurent à l'état de preta.
Verse 42
यावन्न क्रियते श्राद्धं तस्मिंस्तीर्थे द्विजोत्तमाः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन मृतस्याहिप्रदंक्षणात् । श्राद्धं कार्यं प्रयत्नेन तस्मिंस्तीर्थेऽहिसंभवे
Ô meilleurs des deux-fois-nés, tant que le Shraddha n'est pas accompli en ce lieu saint, il n'y a pas de délivrance. C'est pourquoi le Shraddha doit être effectué avec diligence dans ce Tirtha né du serpent.
Verse 43
अत्र वः कीर्तयिष्यामि पुरावृत्तां कथां शुभाम् । इन्द्रसेनस्य राजर्षेः सर्वपातकनाशिनीम्
Ici, je vais vous raconter une ancienne histoire de bon augure du sage royal Indrasena, une histoire qui détruit tous les péchés.
Verse 44
इन्द्रसेनो महीपालः पुरासीद्रिपुदर्पहा । अश्वमेधसहस्रेण इष्टं तेन महात्मना
Indrasena était autrefois un roi qui écrasait l'orgueil des ennemis. Cette grande âme a accompli mille sacrifices Ashvamedha.
Verse 45
ततः स दैवयोगेन प्रसुप्तः शयने शुभे । दष्टः सर्पेण मुक्तश्च इन्द्रसेनो महीपतिः । वियुक्तश्चैव सहसा जीवितव्येन तत्क्षणात्
Alors, par la force du destin divin, tandis que le roi Indrasena dormait sur sa couche bénie, il fut mordu par un serpent et délivré de la vie ; à l’instant même, il fut soudain séparé de la durée qui lui était impartie.
Verse 46
ततस्तस्य सुतोऽभीष्टस्तस्योद्देशेन कृत्स्नशः । चकार प्रेतकार्याणि स्मृत्युक्तानि च भक्तितः
Ensuite, son fils bien-aimé, consacrant les rites à sa mémoire, accomplit intégralement les devoirs funéraires pour le défunt, tels que les Smṛti les prescrivent, et avec dévotion.
Verse 47
गंगायामस्थिपातं च कृत्वा श्राद्धानि षोडश । गयां गत्वा ततश्चक्रे श्राद्धं श्रद्धासमन्वितः
Après avoir confié les os au Gaṅgā, il accomplit les seize rites de śrāddha ; puis, s’étant rendu à Gayā, il y célébra aussi le śrāddha, empli de foi.
Verse 48
अथ स्वप्नांतरे प्राप्तः पिता तस्य स भूपतिः । प्रोवाच दुःखितः पुत्रं बाष्पव्याकुललोचनम्
Alors, lui apparaissant dans un songe, son père — le roi — parla avec affliction à son fils, dont les yeux étaient troublés de larmes.
Verse 49
सर्पमृत्योः सकाशान्मे प्रेतत्वं पुत्र संस्थितम् । तेन मे भवता दत्तं न किञ्चिदुपतिष्ठते
«Mon fils, à cause d’une mort par serpent, je suis tombé dans l’état de preta. C’est pourquoi rien de ce que tu as offert ne me parvient».
Verse 50
चमत्कारपुरं क्षेत्रं तस्मात्त्वं गच्छ सत्वरम् । तत्र तीर्थे कुरु श्राद्धं सर्पाणां मत्कृते सुत
«Va donc sans tarder au kṣetra sacré de Cāmatkārapura. En ce tīrtha, accomplis le śrāddha dédié aux serpents (Nāga), pour moi, mon fils.»
Verse 51
येन संजायते मोक्षः प्रेतत्वा द्दारुणान्मम । स ततः प्रातरुत्थाय तत्स्मृत्वा नृपतेर्वचः
Par ce rite et par ce tīrtha, la délivrance (mokṣa) m’est accordée, me tirant de cet effroyable état de preta. Puis, dès l’aube, il se leva, se souvenant des paroles du roi.
Verse 52
प्रेतरूपस्य दुःखार्तस्तत्तीर्थं सत्वरं गतः । चकार च ततः श्राद्धं श्रावणे पंच मीदिने
Accablé par la souffrance de son père sous forme de preta, il se hâta vers ce tīrtha ; puis, le cinquième jour du mois de Śrāvaṇa, il accomplit le śrāddha.
Verse 53
स्नात्वा श्रद्धासमोपेतः संनिवेश्य पुरोधसम् । ततः स दर्शनं प्राप्तो भूयोऽपि च यथा पुरा
Après s’être baigné, rempli de foi, il fit asseoir le purohita, le prêtre de la lignée. Alors il reçut de nouveau une vision (darśana), comme auparavant.
Verse 55
फलं श्राद्धस्य चात्र त्वं कारणं शृणु पुत्रक । श्राद्धार्हा ब्राह्मणाश्चात्र चमत्कारपुरोद्भवाः
«À présent, mon cher fils, écoute la raison pour laquelle le śrāddha porte ici son fruit : les brāhmaṇas de ce lieu, nés de Cāmatkārapura, sont de véritables récipiendaires dignes du śrāddha.»
Verse 56
क्षेत्रेऽपि गर्हिताः श्राद्धे येऽन्यत्र व्यंगकादयः । अत्र यत्क्रियते किञ्चिद्दानं वा व्रतमेव च
Même ceux qui, ailleurs, sont blâmés au sujet du śrāddha—tels les difformes et autres—dans ce kṣetra, tout ce qui est accompli, don (dāna) ou vœu (vrata), devient porteur de sens et de fruit spirituel.
Verse 57
तथान्यदपि विप्रार्हं कर्म यज्ञसमुद्भवम् । तत्तेषां वचनात्सर्वं पूर्णं स्यादपि खंडितम् । परोक्षे वापि संपूर्णं वृथा संजायते स्फुटम्
De même, toute autre action digne des Brāhmaṇas et issue du devoir sacrificiel (yajña) : par leur seule parole, tout devient accompli, même si l’acte fut imparfait. Mais s’ils sont absents, même ce qui est complet devient manifestement vain, sans fruit.
Verse 58
तस्मादस्मात्पुराद्विप्रान्समानीय ततः परम् । मम नाम्ना कुरु श्राद्धं येन मुक्तिः प्रजायते
C’est pourquoi, fais venir de cette même cité des brāhmaṇas savants; puis accomplis le śrāddha en mon nom, grâce auquel naît la délivrance (mukti).
Verse 59
अथासौ प्रातरुत्थाय स्मरमाणः पितुर्वचः । दुःखेन महताविष्टः प्रविवेश पुरोत्तमे
Alors, se levantant à l’aube et se remémorant les paroles de son père, accablé d’une grande peine, il entra dans la cité excellente.
Verse 60
ततश्चान्वेषयामास श्राद्धार्हान्ब्राह्मणान्नृपः । यत्नतोऽपि न लेभे स धनाढ्या ब्राह्मणा यतः
Ensuite, le roi rechercha des brāhmaṇas dignes de recevoir le śrāddha; mais malgré tous ses efforts, il n’en trouva aucun, car les brāhmaṇas de ce lieu étaient fort riches.
Verse 61
न तत्र दुःखितः कश्चिद्दरिद्रोऽपि न दुःखितः । नाकर्मनिरतो वापि पाखण्डनिरतोऽथवा
Là, nul n’était accablé de peine ; même les pauvres n’étaient point dans la tristesse. Nul ne s’adonnait à l’inaction, et nul ne se complaisait dans l’hypocrisie ou la feinte hérétique.
Verse 62
स्थानेस्थाने महानादा उत्सवाश्च गृहेगृहे । वेदविद्याविनोदाश्च स्मृति वादास्तथैव च
En tout lieu retentissaient de grands sons de réjouissance, et dans chaque maison se tenaient des fêtes. On goûtait les délices de la science védique, et l’on tenait aussi des débats fondés sur la Smṛti.
Verse 63
श्रूयंते याज्ञिकानां च यज्ञकर्मसमुद्भवाः । न दुर्भिक्षं न च व्याधिर्नाकालमरणं नृणाम् । न मृत्युः कस्यचित्तत्र पुरे ब्राह्मण सेविते
On entendait les sons nés des actes sacrificiels accomplis par les prêtres du yajña. Il n’y avait ni famine, ni maladie, ni mort avant l’heure parmi les hommes ; dans cette cité, servie et soutenue par les brāhmaṇas, la mort ne frappait personne.
Verse 64
यथर्तुवर्षी पर्जन्यः सस्यानि गुणवन्ति च । भूरिक्षीरस्रवा गावः क्षीराण्याजाविकानि च
La pluie tombait en sa saison, et les récoltes étaient d’une grande qualité. Les vaches donnaient un lait abondant, et le lait des chèvres et des brebis était lui aussi généreux.
Verse 65
यंयं प्रार्थयते विप्रं स श्राद्धार्थं महीपतिः । स स तं भर्त्सयामास दुरुक्तैः कोपसंयुतः
Quel que fût le brāhmaṇa que le roi sollicitait pour le śrāddha, ce brāhmaṇa le réprimandait, lui jetant des paroles dures, empli de colère.
Verse 66
धिग्धिक्पापसमाचार क्षत्रियापसदात्मक । किं कश्चिद्ब्राह्मणोऽश्नाति प्रेतश्राद्धे विशेषतः
«Fi, fi ! Ta conduite est pécheresse, toi, rebut des kṣatriya. Quel brāhmaṇa mangerait ton offrande, surtout lors d’un preta-śrāddha ?»
Verse 67
तस्माद्गच्छ द्रुतं यावन्न कश्चिच्छपते द्विजः । निहन्ति वा प्रकोपेन स्वर्गमार्गनिरोधकम्
«Va donc vite, avant qu’un brāhmaṇa ne te maudisse ; ou bien, dans sa colère, qu’il ne t’abatte, te barrant la voie du ciel.»
Verse 68
सूत उवाच । ततः स दुःखितो राजा निश्चक्राम भयार्दितः । चमत्कारपुरात्तस्माद्वैलक्ष्यं परमं गतः
Sūta dit : Alors ce roi, accablé de chagrin et saisi de peur, sortit de la cité nommée Camatkārapura, tombant dans le plus profond trouble et désarroi.
Verse 69
चिन्तयामास राजेंद्र स्मृत्वावस्थां पितुश्च ताम् । किं करोमि क्व गच्छामि कथं मे स्यात्पितुर्गतिः
Se remémorant l’état de son père, le roi s’interrogea : «Que dois-je faire ? Où dois-je aller ? Comment mon père pourra-t-il obtenir une destinée juste et bienheureuse dans l’au-delà ?»
Verse 70
ततः स सचिवान्सर्वान्प्रेषयित्वा गृहं प्रति । एकाकी भिक्षुरूपेण स्थितस्तत्रैव सत्पुरे
Puis, ayant renvoyé tous ses ministres chez eux, il demeura là, dans cette noble cité, seul, déguisé sous l’apparence d’un mendiant.
Verse 71
स ज्ञात्वा नगरे तत्र ब्राह्मणं शंसितव्रतम् । सर्वेषां ब्राह्मणेंद्राणां मध्ये दाक्षिण्यभाजनम्
Là, il apprit que, dans cette cité, vivait un brāhmaṇa renommé pour ses vœux sacrés ; parmi les plus éminents brāhmaṇas, il était digne de recevoir révérence et dons pieux.
Verse 72
देवशर्माभिधानं तु शरणागतवत्सलम् । आहिताग्निं चतुर्वेदं स्मृतिमार्गानुयायिनम्
Son nom était Devaśarmā, plein de tendresse envers ceux qui cherchaient refuge ; il avait établi les feux sacrés, connaissait les quatre Veda et suivait la voie prescrite par la Smṛti.
Verse 73
ततस्तु प्रातरुत्थाय कृत्वांत्यजमयं वपुः । शोधयामास कृच्छ्रेण मलोत्सर्गनिकेतनम्
Puis, se levantant à l’aube et prenant un corps semblable à celui d’un hors-caste, il entreprit avec peine de purifier le lieu réservé au rejet des souillures.
Verse 74
अथ यः कुरुते कर्म तत्र विष्ठाप्रशोधनम् । सोऽभ्येत्य तमुवाचेदं कोपसंरक्तलोचनः
Alors l’homme dont la charge était d’y nettoyer les excréments s’approcha et lui adressa ces paroles, les yeux rougis par la colère.
Verse 75
कुतस्त्वमिह संप्राप्तो मद्वृत्तेरुपघातकृत् । तस्माद्गच्छ द्रुतं नो चेन्नयिष्ये यमसादनम्
« D’où viens-tu donc, toi qui ruines mon gagne-pain ? Va-t’en vite ; sinon, je te ferai conduire au séjour de Yama ! »
Verse 76
तस्यैवं वदतोऽप्याशु बलात्स पृथिवीपतिः । शोधयामास तत्स्थानं देवशर्मसमुद्भवम्
Alors même qu’il parlait ainsi, le seigneur de la terre, par la seule force de sa résolution, s’empressa de poursuivre la purification de ce lieu lié à Devaśarmā.
Verse 77
ततः संवत्सरस्यांते चंडालेन द्विजोत्तमाः । स प्रोक्त उचिते काले प्रणिपत्य च दूरतः
Puis, au terme d’une année, ô meilleurs des deux-fois-nés, le caṇḍāla s’adressa à lui au moment convenable ; et lui se prosterna de loin.
Verse 78
स्वामिंस्तव कुलेप्येवं गूथाशोधनकर्मकृत् । तदस्माकं न चान्यस्य तत्किमन्यः प्रवेशितः
« Ô maître, même dans ta propre lignée, il est quelqu’un qui accomplit l’œuvre de nettoyer les souillures. Cette tâche est la nôtre et non celle d’un autre — pourquoi donc en a-t-on fait entrer un autre pour s’en charger ? »
Verse 79
अथ श्रुत्वा च तद्वाक्यं स प्राह द्विजसत्तमः । न मया कश्चिदन्योऽत्र निर्दिष्टो गोप्यकर्मणि । अधिकारस्त्वयात्मीयस्तथा कार्यो यथा पुरा
Ayant entendu ces paroles, le meilleur des deux-fois-nés répondit : « Je n’ai désigné ici personne d’autre pour ce devoir confidentiel. L’autorité est tienne seule — accomplis-le comme auparavant. »
Verse 80
तदान्यदिवसे प्राप्ते सोंऽत्यजः कोपसंयुतः । शस्त्रमादाय संप्राप्तो वधार्थं तस्य भूपतेः
Un autre jour, cet antyaja, saisi de colère, prit une arme et s’y rendit avec l’intention de tuer ce roi.
Verse 81
शस्त्रोद्यतकरं दृष्ट्वा प्रहारेकृतनिश्चयम् । ततस्तं लीलया भूयो मुष्टिना मूर्ध्न्यताडयत्
Le voyant, l’arme levée et résolu à frapper, il le frappa de nouveau, presque sans effort, au sommet de la tête d’un coup de poing.
Verse 82
ततस्तस्य विनिष्क्रांते लोचने तत्क्षणाद्द्विजाः । सुस्राव रुधिरं पश्चात्पपात गतजीवितः
Alors, à l’instant même, ses yeux jaillirent, ô brāhmaṇas ; le sang se mit à couler, puis, peu après, il tomba sans vie.
Verse 83
तं श्रुत्वा निहतं तेन चंडालं निजकिंकरम् । देवशर्मातिकोपेन तद्वधार्थमुपागतः
Apprenant que son propre serviteur, un caṇḍāla, avait été tué par lui, Devaśarmā, saisi d’une colère farouche, s’y rendit avec l’intention de le mettre à mort.
Verse 84
ततः पुत्रैश्च पौत्रैश्च सहितोऽन्यैश्च बन्धुभिः । लोष्टैस्तं ताडयामास भर्त्समानो मुहुर्मुहुः
Puis, accompagné de ses fils, de ses petits-fils et d’autres parents, il le frappa avec des mottes de terre, le couvrant d’injures à maintes reprises.
Verse 85
सोऽपि संताड्यमानस्तु प्रहारैर्जर्जरीकृतः । वेदोच्चारं ततश्चक्रे दर्शयित्वोपवीतकम्
Bien qu’il fût frappé et meurtri par les coups, il se mit alors à réciter le Veda, en montrant son cordon sacré (upavīta).
Verse 86
अथ ते विस्मिताः सर्वे देवशर्मपुरःसराः । ब्राह्मणास्तं समुद्वीक्ष्य वेदोच्चारपरायणम्
Alors tous—conduits par Devaśarmā—furent saisis d’étonnement ; les brāhmaṇas, le voyant, le trouvèrent tout entier voué à la récitation des Veda.
Verse 87
पृष्टश्च किमिदं कर्म तवांत्यजजनोचितम् । एषा वेदात्मिका वाणी स्पष्टाक्षरकलस्वना । तत्किं शापपरिभ्रष्टस्त्वं कश्चिद्ब्राह्मणोत्तमः
Et on lui demanda : « Pourquoi accomplis-tu cette tâche qui sied à un antyaja ? Pourtant ta parole est de nature védique, aux syllabes nettes et au ton harmonieux. Serais-tu quelque brāhmaṇa éminent, déchu de son rang par l’effet d’une malédiction ? »
Verse 88
येनैवं कुरुषे कर्म गर्हितं चांत्यजैरपि । ततः स प्रहसन्नाह क्षत्रियोऽहं महीपतिः । विष्णुसेन इति ख्यातो हैहयान्वयसंभवः
Entendant : « Pour quelle raison commets-tu un tel acte, blâmé même par les plus vils ? », il sourit et répondit : « Je suis un Kṣatriya, un roi. On me connaît sous le nom de Viṣṇusena, né dans la lignée des Haihaya. »
Verse 89
सोहमाराधनार्थाय त्वस्मिन्स्थान उपागतः । अद्य संवत्सरो जातः कर्मण्यस्मिन्रतस्य च
« Je suis venu en ce lieu pour l’adoration et l’apaisement. Aujourd’hui s’est accompli un an entier depuis que je me voue à cette observance même. »
Verse 90
सूत उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा स विप्रः कृपयान्वितः । कृतांजलिपुटो भूत्वा तमुवाच महीपतिम्
Sūta dit : Ayant entendu ses paroles, ce brāhmaṇa, saisi de compassion, joignit les paumes en signe de révérence et s’adressa au roi.
Verse 92
नास्ति मे किञ्चिदप्राप्तं तथाऽसाध्यं महीपते । तस्मात्तव करिष्यामि कृत्यं यद्यपि दुर्लभम्
Ô roi, rien ne m’est hors d’atteinte, rien n’est impossible pour moi. C’est pourquoi j’accomplirai le rite que tu demandes, fût-il difficile à obtenir.
Verse 93
राजोवाच । पिता ममाहिना दष्टः प्रेतत्वं समुपागतः । सोऽत्र नागह्रदे श्राद्धे कृते मुक्तिमवाप्नुयात्
Le roi dit : « Mon père fut mordu par un serpent et est tombé dans l’état de preta. Si l’on accomplit ici, à Nāgahrada, le śrāddha, il pourra obtenir la délivrance ».
Verse 94
तस्मात्तत्तारणार्थाय विप्रकृत्यं समाचर । एतदर्थं मयैतत्ते कृतं कर्म विगर्हितम्
«Ainsi, pour sa délivrance, accomplis le rite qui convient à un brāhmaṇa. C’est pour cette raison que j’ai agi envers toi ainsi, bien que cet acte soit blâmable».
Verse 95
देवशर्मोवाच । एवं कुरु नृपश्रेष्ठ श्राद्धेऽहं ते पितुः स्वयम् । ब्राह्मणः संभविष्यामि तस्माच्छ्राद्धं समाचर
Devaśarman dit : «Fais ainsi, ô meilleur des rois. Dans le śrāddha pour ton père, moi-même je serai le brāhmaṇa (récepteur/officiant). Accomplis donc le śrāddha».
Verse 96
सूत उवाच । अथ ते सुहृदस्तस्य पुत्राः पौत्राश्च बांधवाः । प्रोचुर्नैतत्प्रयुक्तं ते श्राद्धं भोक्तुं विगर्हितम्
Sūta dit : Alors ses amis—avec leurs fils, petits-fils et parents—déclarèrent : «Il est inconvenant et blâmable de prendre part à ce śrāddha que tu as fait préparer».
Verse 97
तस्माद्यदि भवानस्य श्राद्धे भोक्ता ततः स्वयम् । सर्वे भवन्तं त्यक्षामस्तथान्येऽपि द्विजोत्तमाः
Ainsi, si vous devenez vous-même celui qui prend part au repas du śrāddha pour lui, alors nous vous délaisserons tous ; et les autres brāhmanes éminents feront de même.
Verse 98
देवशर्मोवाच । कामं त्यजत मां सर्वे यूयमन्येऽपि ये द्विजाः । मयैवास्य प्रतिज्ञातं भोक्तुं श्राद्धे महीपतेः
Devaśarman dit : « Abandonnez-moi tous — oui, même vous, autres brāhmanes, si tel est votre désir. Car c’est moi-même qui ai promis de prendre part au śrāddha du roi. »
Verse 99
एवमुक्त्वा स विप्रेंद्रस्तेनैव सहितस्तदा । नागह्रदं समासाद्य श्राद्धे वै भुक्तवानथ
Après avoir ainsi parlé, le plus éminent des brāhmanes, l’accompagnant, parvint alors à Nāgahrada ; et là, lors du rite de śrāddha, il prit part au repas.
Verse 100
भुक्तमात्रे ततस्तस्मिन्वागुवाचाशरीरिणी । नादयंती जगत्सर्वं हर्षयंती महीपतिम्
À peine le repas achevé, une voix sans corps se fit entendre, retentissant à travers le monde entier et comblant le roi d’allégresse.
Verse 101
प्रेतभावाद्विनिर्मुक्तः पुत्राहं त्वत्प्रभावतः । स्वस्ति तेऽस्तु गमिष्यामि सांप्रतं त्रिदिवालयम्
« Par ta puissance, moi — ton fils — je suis délivré de l’état de preta. Je te bénis : que l’auspice soit sur toi ; à présent je pars vers la demeure des dieux. »
Verse 102
तत्कृत्वा नृपतिर्हृष्टस्तं प्रणम्य द्विजोत्तमम् । प्रोवाच कुरु मे वाक्यं यद्ब्रवीमि द्विजोत्तम
Cela accompli, le roi, transporté de joie, se prosterna devant le plus éminent des brāhmaṇas et dit : «Exécute ma parole—ce que je vais dire, ô premier des deux-fois-nés.»
Verse 103
अस्ति माहिष्मतीनाम नगरी नर्मदातटे । सा चास्माकं राजधानी पितृपर्यागता विभो
«Il est une cité nommée Māhiṣmatī sur la rive de la Narmadā. C’est ma capitale, ô vénérable, héritée de la lignée de mes ancêtres.»
Verse 104
अहं यच्छामि ते ब्रह्मन्समस्तविषयान्विताम् । मया भृत्येन तत्रस्थः कुरु राज्यमकंटकम्
«Ô brāhmaṇa, je te concède (cette capitale) avec tous ses districts. Avec moi pour serviteur, demeurant là, gouverne le royaume sans obstacle.»
Verse 106
सूत उवाच । एवं विसर्जितस्तेन जगाम स महापतिः । स्वं देशं हर्षसंयुक्तः कृतकृत्यो द्विजोत्तमाः
Sūta dit : «Ainsi congédié par lui, ce grand seigneur partit vers son propre pays, rempli de joie—son dessein accompli, ô meilleur des deux-fois-nés.»
Verse 107
सोऽपि सर्वैः परित्यक्तो ब्राह्मणैः पुरवासिभिः । देवशर्मा समुद्दिश्य दोषं श्राद्धसमुद्भवम्
Lui aussi—Devaśarmā—fut abandonné de tous : par les brāhmaṇas et par les habitants de la cité, qui lui reprochaient une faute née du śrāddha.
Verse 108
ततो नागह्रदे तस्मिन्स कृत्वा निजमन्दिरम् । निवासमकरोत्तत्र स्वाध्यायनिरतः शुचिः
Alors, en ce Nāgahrada, il se bâtit une demeure et y résida—pur, sans souillure, assidu au svādhyāya, l’étude sacrée de soi.
Verse 109
तत्रस्थस्य निरस्तस्य ये पुत्राः स्युर्द्विजोत्तमाः । तेषां संततयो ऽद्यापि ते प्रोक्ता बाह्यवासिनः
«Ô brāhmanes éminents, les fils qui lui naquirent tandis qu’il demeurait là, comme en exil—et leurs descendants jusqu’à ce jour—sont appelés “Bāhyavāsins”, ceux qui résident au-dehors.»
Verse 110
एतद्वः सर्वमाख्यातं नागतीर्थसमुद्भवम् । माहात्म्यं ब्राह्मणश्रेष्ठाः सर्वपातकनाशनम्
Ainsi vous ai-je pleinement exposé, ô brāhmanes éminents, la grandeur née du Nāga-tīrtha : un récit sacré qui anéantit toutes les fautes.
Verse 111
यश्चैतत्पठते भक्त्या संप्राप्ते पंचमीदिने । शृणुयाद्वा न वंशेऽपि तस्य स्यात्सार्पजं भयम्
Quiconque le récite avec dévotion lorsque vient le jour de Pañcamī, le cinquième lunaire—ou même l’écoute—n’aura aucune crainte d’un péril né des serpents, pas même dans sa lignée.
Verse 112
तथा विमुच्यते पापाद्भक्षजातान्न संशयः । कृतादज्ञानतो विप्राः सत्यमेतन्मयोदितम्
De même, on est délivré des fautes nées d’une nourriture prise à contre-règle—sans aucun doute. Même si ces manquements furent commis par ignorance, ô brāhmanes, ce que je dis est vérité.
Verse 113
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन नागतीर्थमनुत्तमम् । माहात्म्यं पठनीयं वा श्रोतव्यं वा समाहितैः
Ainsi, avec tous les efforts, il convient d’honorer l’incomparable Nāga-tīrtha ; son māhātmya doit être récité — ou du moins écouté — par ceux dont l’esprit est recueilli et vigilant.
Verse 114
श्राद्धकाले तु संप्राप्ते यश्चैतत्पठते द्विजः । स प्राप्नोति फलं कृत्स्नं गयाश्राद्धसमुद्भवम्
Lorsque vient le temps du Śrāddha, le « deux-fois-né » qui récite ceci obtient le fruit entier, réputé provenir de l’accomplissement du Śrāddha à Gayā.
Verse 115
तथा ये कीर्तिता दोषाः श्राद्धे द्रव्यसमुद्भवाः । व्रतवैक्लव्यजाश्चापि तथा ब्राह्मणसंभवाः
De même, les défauts évoqués au sujet du Śrāddha — ceux qui proviennent des offrandes matérielles, ceux qui proviennent d’insuffisances dans les vœux, et ceux qui proviennent des brāhmaṇas officiants —
Verse 116
ते सर्वे नाशमायांति कीर्त्यमाने समाहितैः । नागह्रदस्य माहात्म्ये श्राद्धकाल उपस्थिते
Tous ces défauts s’anéantissent lorsque, au temps du Śrāddha, le māhātmya de Nāgahrada est récité par ceux qui demeurent attentifs et recueillis.
Verse 117
तथा विनिहता गोभिर्ब्राह्मणैः श्वापदैरपि । एतस्मिन्पठिते श्राद्धे गच्छंति परमां गतिम्
De même, même ceux qui furent tués par des vaches, par des brāhmaṇas, ou même par des bêtes sauvages — lorsque ceci est récité au temps du Śrāddha — atteignent la condition suprême.