
L’Adhyāya 39 déploie un enseignement à la fois cosmographique et centré sur les tīrtha. Nārada y décrit les sept Pātālas—d’Atala à Pātāla—comme des royaumes splendides, peuplés de Dānavas, Daityas et Nāgas, et présente un liṅga monumental nommé Śrīhāṭakeśvara, établi par Brahmā. Le texte énumère ensuite de nombreux Narakas situés au-dessous, en reliant des fautes précises—faux témoignage, violence, usage dévoyé d’intoxicants, manquement aux devoirs envers le guru et l’hôte, conduite anti-dharma—à des enfers déterminés, afin d’enseigner la loi du karma. Le chapitre passe alors à la « mécanique cosmique » : Kālāgni, Ananta, les éléphants des directions et l’enveloppe du monde (kaṭāha), puis une suite technique de mesures du temps, du nimeṣa au yuga, au manvantara et au kalpa, avec des kalpas nommés. Il se tourne ensuite vers une légende de Stambhatīrtha : une jeune fille à tête de chien (Kumārīkā) se souvient d’un événement d’une vie antérieure au point de rencontre entre mer et terre ; par les rites du tīrtha et par le tapas, elle recouvre sa forme et fonde Barkareśvara, avec le puits Svāstika-kūpa, tout en exposant les mérites funéraires—crémation et immersion des os—qui assurent des destinées durablement favorables. Enfin, le texte propose une vaste cartographie de Bhāratakhaṇḍa : partage des terres entre descendants, listes de grandes montagnes et des sources des fleuves, et longues énumérations de régions avec le nombre de villages et de ports, comme une gazette purānique intégrée à la géographie sacrée.
Verse 1
। नारद उवाच । सहस्रसप्तत्युच्छ्राये पातालानि परस्परम् । अतलं वितलं चैव नितलं च रसातलम्
Nārada dit : «Les Pātālas se tiennent l’un sous l’autre, chacun à une profondeur de mille soixante-dix (yojanas). Ce sont Atala, Vitala, Nitala et Rasātala.»
Verse 2
तलातलं च सुतलं पातालं चापि सप्तमम् । कृष्णशुक्लारुणाः पीताः शर्कराशैलकांचनाः
«Et il y a encore Talātala et Sutala, et Pātāla comme le septième. On les décrit noirs, blancs, rougeoyants et jaunes, resplendissant tels le gravier, les montagnes et l’or.»
Verse 3
भूमयो यत्र कौरव्य वरप्रासादशोभिताः । तेषु दानवदैतेयनागाश्चैव सहस्रसः
Ô rejeton des Kurus, il s’y trouve des royaumes ornés de palais splendides et exquis. Dans ces régions demeurent par milliers et milliers les Dānavas, les Daityas et les Nāgas.
Verse 4
स्वर्लोकादपि रम्याणि दृष्टानि बहुशो मया । आह्लादकारिणो नानामण्यो यत्र पन्नगः
J’ai vu maints lieux, plus charmants encore que Svarga ; là, les nāga, serpents sacrés, sont parés de gemmes innombrables qui éveillent joie et émerveillement.
Verse 5
दैत्यदानवकन्याभिर्महारूपाभिरन्विते । पाताले कस्य न प्रीतिर्विमुक्तस्यापि जायते
Dans Pātāla—peuplé de jeunes filles des Daitya et des Dānava, d’une beauté majestueuse—qui donc ne goûterait la joie du cœur, fût-il même détaché du monde ?
Verse 6
यत्र नोष्णं न वा शीतं न वर्षं दुःखमेव च । भक्ष्यभोज्यमहाभोगकालो यत्रापि जायते
Là, ni chaleur ni froid, ni pluie, ni aucune souffrance ; et là s’élève aussi un temps de vastes jouissances : mets à manger et festins à savourer.
Verse 7
पाताले सप्तमे चास्ति लिंगं श्रीहाटकेश्वरम् । ब्रह्मणा स्थापितं पार्थ सहस्रयोजनोच्छ्रितम्
Et dans le septième Pātāla se trouve le liṅga nommé Śrīhāṭakeśvara. Ô Pārtha, il fut établi par Brahmā et s’élève à la hauteur de mille yojanas.
Verse 8
हाटकस्य तु लिंगस्य प्रासादो योजनायुतः । सर्वरत्नमयो दिव्यो नानाश्चयविभूषितः
Pour ce liṅga de Hāṭaka, il est un palais-temple s’étendant sur une yojana ; il est divin, composé de toutes sortes de gemmes et orné d’abondants trésors.
Verse 9
तच्चार्यंति तल्लिंगं नानानागेन्द्रसत्तमाः । तदधस्ताज्जलं भूरि तस्याधो नरकाः स्मृताः
Les plus éminents seigneurs parmi les Nāga vénèrent et servent ce liṅga. Au-dessous s’étend une vaste étendue d’eaux; et plus bas encore, dit-on, se trouvent les enfers.
Verse 10
पापिनो येषु पात्यंते ताञ्छृणुष्व महामते । कोटयः पंचपंचाशद्राजानश्चैकविंशति
Écoute de moi, ô grand d’esprit, au sujet de ces enfers où l’on précipite les pécheurs : ils sont au nombre de cinquante-cinq koṭi, avec vingt et une divisions majeures, telles des rois parmi eux.
Verse 11
रौरवः शूकरो रोधस्तालो विशसनस्तथा । महाज्वालस्तप्तकुम्भो लवणोथ विमोहकः
Raurava, Śūkara, Rodha, Tāla et Viśasana ; Mahājvāla, Taptakumbha, Lavaṇa, puis Vimohaka : tels sont, parmi d’autres, les enfers ainsi nommés.
Verse 12
रुधिरांधो वैतरणी कृमिशः कृमिभोजनः । असिपत्रवनं कृष्णो लालाभक्ष्यश्च दारुमः
Rudhirāndha, Vaitaraṇī, Kṛmiśa, Kṛmibhojana ; Asipatravana, Kṛṣṇa, Lālābhakṣya et Dāruma : ceux-là aussi sont comptés parmi les enfers.
Verse 13
तथा पूयवहः पापो वह्निज्वालोऽप्यधःशिराः । संदंशः कृष्णसूत्रश्च तमश्चावीचिरेवच
De même, il y a les enfers nommés Pūyavaha, Pāpa, Vahnijvāla et Adhaḥśiras ; ainsi que Saṃdaṃśa, Kṛṣṇasūtra, Tamaḥ et Avīci.
Verse 14
श्वभोजनो विसूचिश्चाप्यवीचिश्च तथाऽपरः । कूटसाक्षी रौरवं च रोधं गोविप्ररोधकः
Il est aussi des enfers nommés Śvabhojana, Visūci, et un autre Avīci. Le faux témoin va à Raurava ; et celui qui entrave les vaches et les brāhmaṇa va à Rodha.
Verse 15
सुरापः सूकरं याति तालं मिथ्याम नुष्यहा । गुरुतल्पी तप्तकुम्भं तप्तलोहं च भक्तहा
Le buveur d’alcool devient un porc ; le meurtrier d’un être humain tombe en Tāla ; celui qui profane le lit du maître va à Taptakumbha ; et celui qui tue un dévot va à Taptaloha.
Verse 16
गुरूणामवमंता यचो महाज्वाले निपात्यते । लवणं शास्त्रहंता च निर्मर्यादो विमोहके
Celui qui déshonore les gurus est précipité dans Mahājvāla. Le destructeur des śāstra va à Lavaṇa ; et l’homme sans bornes ni loi tombe dans Vimohaka.
Verse 17
कृमिभक्ष्ये देवद्वेष्टा कृमिशे तु दुरिष्टकृत् । पितृदेवात्पूर्वमश्रल्लांलाभक्ष्ये प्रयाति च
Le haineux des dieux va à Kṛmibhakṣya ; l’auteur de sacrifices impies va à Kṛmiśa. Et celui qui mange avant d’avoir offert comme il se doit aux Pitṛs et aux Devas va à Lāṃlābhakṣya.
Verse 18
मिथ्याजीवविरोधी विशसने कूटशस्त्रकृत् । अधोमुखे ह्यसद्ग्राही एकाशी पूयवाहके
Celui qui s’oppose à un juste moyen de subsistance va à Viśasana ; le fabricant d’armes trompeuses y va aussi. L’adepte du mensonge va à Adhomukha ; et celui qui mange seul va à Pūyavāhaka.
Verse 19
मार्ज्जारकुक्कुटश्वानपक्षिपोष्टा प्रयाति च । बधिरांधगृहक्षेत्रतृणधान्यादिज्वालकः
Celui qui entretient et engraisse chats, coqs, chiens et oiseaux s’en va vers ce sort. Et celui qui met le feu aux maisons ou aux champs des sourds et des aveugles—brûlant l’herbe, les grains et autres choses—subit de terribles rétributions.
Verse 20
नक्षत्ररंगजीवी च याति वैतरणीं नरः । धनयौवनमत्तो यो धनहा कृष्णमेति सः
L’homme qui vit de spectacles d’astrologie et de mises en scène des astres va à Vaitaraṇī. Et celui qui, ivre de richesse et de jeunesse, dilapide les biens, va à « Kṛṣṇa », l’état infernal des ténèbres.
Verse 21
असिपत्रवनं याति वृक्षच्छेदी वृथैव यत् । कुहकाजीविनः सर्वे वह्निज्वाले पतंति ते
Celui qui abat des arbres sans raison va à Asipatravana. Tous ceux qui vivent de tromperie tombent dans Vahnijvāla, la flamme dévorante.
Verse 22
परस्त्रीं च परान्नं च गच्छन्संदंशमेति च । दिवास्वप्नपरा ये व्रतलोपपराश्च ये
Celui qui convoite la femme d’autrui et la nourriture d’autrui va à Saṃdaṃśa. Ceux qui s’adonnent au sommeil du jour, et ceux qui se plaisent à rompre les vœux sacrés (vrata), connaissent la même chute.
Verse 23
शरीरमदमत्ताश्च यांति चैते श्वभोजनम् । शिवं हरिं न मन्यंते यांत्यवीचिनमेव च
Ceux qui s’enivrent d’orgueil pour le corps vont à l’état de « Śvabhojana », le ‘manger comme un chien’. Et ceux qui ne reconnaissent ni Śiva ni Hari vont assurément à Avīci, l’abîme infernal.
Verse 24
इत्येवमादिभिः पापैरशास्त्रौघस्य सेवनैः । पतंत्येव महाघोरनरकेषु सहस्रशः
Par de tels péchés et d’autres semblables—en s’adonnant à un flot de pratiques contraires aux śāstra—les êtres tombent assurément, par milliers, dans des enfers d’une effroyable terreur.
Verse 25
तस्माद्य इच्छेदेतेभ्यो विमोक्षं बुद्धिमान्नरः । श्रुतिमार्गेण तेनार्च्यौ देवौ हरिहरावुभौ
C’est pourquoi l’homme sage, désireux d’être délivré de ces sorts infernaux, doit vénérer les deux divinités—Hari et Hara—selon la voie enseignée par la Śruti.
Verse 26
नरकाणामधोभागे स्थितः कालाग्निसंज्ञकः । तदधो हट्टकश्चैव अनंतस्तदधः स्मृतः
Dans la région inférieure, au-dessous des enfers, se trouve un domaine nommé Kālāgni. Au-dessous est Haṭṭaka, et plus bas encore l’on se souvient d’Ananta.
Verse 27
यस्यैतत्सकलं विश्वं मूर्धाग्रे सर्षपायते । इत्यनंतप्रभावात्स ह्यनंत इति कीर्त्यते
Celui pour qui l’univers tout entier paraît tel un grain de moutarde au sommet de sa tête—par une telle puissance sans bornes, il est célébré sous le nom d’« Ananta ».
Verse 28
दिशां गजास्तत्र पद्मकुमुदांजनवामनाः । तदधोंऽडकटाहश्च एकवीरास्ति तत्र च
Là se tiennent les éléphants des directions—Padma, Kumuda, Añjana et Vāmana. Plus bas se trouve le domaine nommé Oṃḍakaṭāha, et là aussi se tient (celui nommé) Ekavīra.
Verse 29
चतुर्लक्षसहस्राणि नवतिश्च शतानि च । एतनैव प्रमाणेन उदकं च ततः स्मृतम्
Quatre cent mille, et quatre-vingt-dix centaines encore ; selon cette même mesure, l’étendue des eaux y est également énoncée.
Verse 30
तदधो नरकाः कोट्यो द्विकोट्योऽग्निस्ततो महान् । चत्वारिंशत्सहस्रैश्च तदधस्तम उच्यते
Au-dessous se trouvent des crores d’enfers ; plus bas encore, un grand feu de deux crores. Et plus bas, à quarante mille de là, se tient ce qu’on nomme « Tamas » (ténèbres).
Verse 31
चत्वारिंश्च्चकोट्यस्तु चतस्रश्च ततः पराः । एकोननवतिर्लक्षाः सहस्राशीतिरेव च
Quarante crores assurément, et quatre de plus au-delà ; puis quatre-vingt-neuf lakhs, et encore quatre-vingt mille.
Verse 32
तदधोंऽडकटाहोथ कोटिमात्रस्तथापरः । देवी युक्ता कपालीशा दंडहस्तेन चापि सा
Au-dessous se tient Oṃḍakaṭāha, d’une mesure d’un crore, et une autre couche au-delà. Là se trouve une Déesse—Kapālīśā—tenant aussi un bâton en sa main.
Verse 33
देवीनां कोटिकोटीभिः संवृता तत्र पालिनी । संकर्षणस्य निःश्वासप्रेरितो दाहकोऽनलः
Là, la Déesse gardienne se tient entourée de crores et de crores de déesses. Et le feu brûlant—poussé par l’exhalaison de Saṅkarṣaṇa—s’élance comme une flamme dévorante.
Verse 34
कालाग्निं प्रेरयत्येव कल्पांते दह्यते जगत् । एवंविधमधःसूत्रं निर्मितं चात्र भारत
En vérité, Il met en branle le Feu du Temps ; à la fin d’un kalpa, le monde est consumé. Ainsi, ô Bhārata, tel est le « cordon inférieur » (structure de soutien) façonné ici.
Verse 35
मध्यसूत्रे कटाहे च पालकांस्ताञ्छृणुष्व मे । वसुधामा स्थितः पूर्वे शंखपालश्च दक्षिणे
Écoute de ma bouche les gardiens postés au cordon central et au chaudron cosmique : Vasudhāmā est établi à l’Est, et Śaṅkhapāla au Sud.
Verse 36
तक्षकेशः स्थितः पश्चादुत्तरे केतुमानिति । हरसिद्धिः सुपर्णाक्षी भास्करा योगनंदिनी
Takṣakeśa est posté à l’Ouest, et Ketumān au Nord. Sont également présents Harasiddhi, Suparṇākṣī, Bhāskarā et Yoganandinī.
Verse 37
कोटिकोटी युता देवी देवीनां पालयत्यदः । एवमेतन्महाश्चर्यं ब्रह्मांडं स्थापितं च यैः
Une Déesse, entourée de crores et de crores de déesses, protège ce domaine d’en bas. Ainsi, par ces puissances divines, cet œuf cosmique merveilleux a été établi.
Verse 38
नमामि तानहं नित्यं ब्रह्मविष्णुमहेश्वरान् । विष्णुलोको रुद्रलोको बहिश्चास्मात्प्रकीर्त्यते
Je me prosterne sans cesse devant eux : Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara. Au-delà de cette enceinte cosmique, on évoque les mondes nommés Viṣṇuloka et Rudraloka.
Verse 39
तं च वर्णयितुं ब्रह्मा शक्तो नैवास्मदादयः । विमुक्ता यत्र संयांति नित्यं हरिहरव्रताः
Même Brahmā n’est pas capable de décrire ce séjour, pas plus que des êtres tels que nous. Là, les délivrés parviennent sans cesse, eux qui gardent à jamais le vœu sacré envers Hari et Hara.
Verse 40
ब्रह्मांडं संवृतं ह्येतत्कटाहेन समंततः । कपित्थस्य यथा बीजं कटाहेन सुसंवृतम्
Cet œuf cosmique est réellement enveloppé de toutes parts par une coque semblable à un chaudron ; ainsi la graine du kapittha (pomme de bois) est étroitement enfermée dans sa dure enveloppe.
Verse 41
दशोत्तरेण पयसा वृतं तच्चापि तेजसा । तेजश्च वायुना वायुर्नभ साहंतया च तत्
Cette enceinte est recouverte d’eau, dix fois au-delà d’elle, et cette eau encore par le feu (tejas). Le feu est enveloppé par le vent, et le vent par l’espace—chacun dépassant le précédent d’une mesure décuple.
Verse 42
अहंकारश्च महता तं चापि प्रकृतिः परा । दशोत्तराणि सर्वाणि षडाहुः सप्तमं च तत्
L’ego (ahaṃkāra) est enveloppé par le Grand Principe (mahat), et celui-ci encore par la suprême Prakṛti. Tous sont de mesure décuple ; on dit qu’il y a six enveloppes, et que cette (Prakṛti) est la septième.
Verse 43
प्राकृतं चरणं पार्थ तदनंतं प्रकीर्तितम् । अंडानां तु सहस्राणां सहस्राण्ययुतानि च
Ô Pārtha, ce « domaine naturel » est proclamé sans fin, fait de milliers sur milliers, et de dizaines de milliers, d’œufs cosmiques (univers).
Verse 44
ईदृशानां तथा चात्र कोटिकोटिशतानि च । सर्वाण्येवंविधान्येव यादृशं कीर्तितंत्विदम्
Et ici, il existe des centaines de crores sur des centaines de crores de systèmes de mondes semblables ; tous sont de cette même nature, tels que celui-ci a été décrit.
Verse 45
यस्यैवं वैभवं पार्थ तं नमामी सदाशिवम् । अहो मंदः स पापात्मा को वा तस्मादचेतनः
Ô Pārtha, je me prosterne devant Sadāśiva dont la majesté est telle. Hélas ! Stupide et pécheur est celui qui ne s’éveille pas à Lui ; qui pourrait être plus insensible que cela ?
Verse 46
य एवंविधसंमोहतारकं न शिवं भजेत् । अथ ते कीर्थयिष्यामि कालमानं निबोध तत्
Qui ne vénérerait Śiva, le libérateur d’une telle illusion ? Maintenant je vais t’exposer la mesure du temps ; comprends-la parfaitement.
Verse 47
काष्ठा निमेषा दश पंच चाहुस्त्रिंशच्च काष्ठा गणयेत्कला हि । त्रिंशत्कलाश्चापि भवेन्मुहुर्त्तं तत्त्रिंशता रात्र्यहनी उभे च
On dit que quinze nimeṣa font une kāṣṭhā ; et que trente kāṣṭhā sont comptées pour une kalā. Trente kalā forment un muhūrta ; et par trente muhūrta se composent le jour et la nuit.
Verse 48
दिवसे पंच कालाः स्युस्त्रिमुहूर्ताः श्रृणुष्व तान् । प्रातस्ततः संगवश्च मध्याह्नश्चापराह्णकः
Dans une journée, il y a cinq périodes, chacune de trois muhūrta ; écoute-les : le matin, puis saṃgava (avant midi), le midi et aparāhṇa (l’après-midi).
Verse 49
सायाह्नः पंचमश्चापि मुहूर्ता दश पंच च । अहोरात्राः पंचदश पक्ष इत्यभिधीयते
La cinquième période est le sāyāhna (le soir) ; et le jour comprend quinze muhūrta. Quinze jours et nuits sont appelés pakṣa (quinzaine).
Verse 50
मासः पक्षद्वयेनोक्तो द्वौ मासौ चार्कजावृतुः । ऋतुत्रयं चाप्ययनं द्वेयने वर्षमुच्यते
On dit qu’un mois se compose de deux pakṣa ; deux mois forment une saison (ṛtu). Trois saisons constituent un ayana (demi-année) ; et deux ayana sont appelés une année.
Verse 51
चतुर्भेदं मासमाहुः पंचभेदं च वत्सरम् । संवत्सरस्तु प्रथमो द्वितीयः परिवत्सरः
On dit que le mois a quatre divisions, et l’année cinq. Le premier est appelé Saṃvatsara ; le second, Parivatsara.
Verse 52
इद्वत्सरस्तृतीयोऽसौ चतुर्थश्चानुवत्सरः । पंचमश्च युगोनाम गणनानिश्चयो हि सः
Le troisième est Idvatsara ; le quatrième, Anuvatsara. Le cinquième est appelé Yuga : telle est la règle établie pour le décompte.
Verse 53
मासेन च मनुष्याणामहोरात्रं च पैतृकम् । कृष्णपक्षस्त्वहः प्रोक्तः शुक्लपक्षश्च शर्वरी
Pour les humains, un mois constitue un seul jour et une seule nuit (ahorātra) pour les Pitṛ, les êtres ancestraux. Le kṛṣṇa-pakṣa (quinzaine sombre) est dit être leur jour, et le śukla-pakṣa (quinzaine claire) leur nuit.
Verse 54
मानुषेण च वर्षेण दैविको दिवसः स्मृतः । अहस्तत्रो दगयनं रात्रिः स्याद्दक्षिणायनम्
Une année humaine est tenue pour un seul jour des dieux. En ce jour divin, l’uttarāyaṇa (la marche vers le nord) est leur jour, et le dakṣiṇāyana (la marche vers le sud) est leur nuit.
Verse 55
वर्षेण चैव देवानां मतः सप्तर्षिवासरः । सप्तर्षीणां च वर्षेण ध्रौवश्च दिवसः स्मृतः
Selon la mesure d’une année, le « jour » des dieux est compris comme le jour des Sept Sages (Saptarṣis). Et selon la mesure d’une année des Saptarṣis, on se souvient du jour de Dhruva.
Verse 56
मनुष्याणां च वर्षाणि लक्षासप्तदशैव तु । अष्टाविंशतिसहस्राणि कृतं त्रेतायुगं ततः
En années humaines, dix-sept lakhs et vingt-huit mille constituent l’âge Kṛta (Satya) ; après lui vient le Tretā-yuga.
Verse 57
लक्षद्वादशसाहस्रषण्नवत्यधिकाः पराः । अष्टौ लक्षाश्चतुःषष्टिसहस्राणि च द्वापरः
On dit que le Tretā-yuga compte douze lakhs, quatre-vingt-seize mille, avec encore mille années en plus ; et le Dvāpara-yuga compte huit lakhs et soixante-quatre mille années (selon la mesure humaine).
Verse 58
चतुर्लक्षं तु द्वात्रिंशत्सहस्राणि कलिः स्मृतः । चतुर्भिरेतैर्देवानां युगामित्यभिधीयते
Le Kali-yuga est rappelé comme durant quatre lakhs et trente-deux mille années (en compte humain). Par l’ensemble de ces quatre âges, on nomme ainsi le « yuga » des dieux.
Verse 59
आयुर्मनोर्युगानां च साधिका ह्येकसप्ततिः । चतुर्दशमनूनां च कालेन ब्रह्मणो दिनम्
La durée des yuga du Manu est de soixante et onze (avec une part additionnelle). Et par l’étendue de quatorze Manu se mesure le « jour de Brahmā ».
Verse 60
युगानां च सहस्रेण स च कल्पः श्रृणुष्व तान् । भवोद्भवस्तपभव्य ऋतुर्वह्निर्वराहकः
Mille séries de yuga constituent un kalpa—écoute leurs noms : Bhavodbhava, Tapobhavya, Ṛtu, Vahni et Varāhaka.
Verse 61
सावित्र आसिकश्चापि गांधारः कुशिकस्तथा । ऋषभश्च तथा खड्गो गांधारीयश्च मध्यमः
On les nomme aussi : Sāvitra, Āsika, Gāndhāra, Kuśika ; de même Ṛṣabha, Khaḍga, Gāndhārīya et Madhyama.
Verse 62
वैराजश्च निषादश्च मेघवाहनपंचमौ । चित्रको ज्ञान आकूतिर्मोनो दंशश्च बृंहकः
Vairāja et Niṣāda sont aussi des noms, Meghavāhana étant le cinquième ; puis viennent Citraka, Jñāna, Ākūti, Mono, Daṃśa et Bṛṃhaka.
Verse 63
श्वेतो लोहितरक्तौ च पीतवासाः शिवः प्रभुः । सर्वरूपश्च मासोऽयमेवं वर्षशतावधिः
Le Seigneur Śiva, souverain et maître, apparaît tantôt blanc, tantôt rouge ardent, tantôt vêtu de vêtements jaunes. Ce mois revêt toutes les formes ; ainsi s’étend-il jusqu’à cent ans (selon la mesure divine).
Verse 64
पूर्वार्धमपरार्धं च ब्रह्ममानमिदं स्मृतम् । विष्णोश्च शंकरस्यापि नाहं शक्तश्च वर्णने
La première moitié et la seconde moitié : on s’en souvient comme de la mesure de Brahmā (brahma-māna). Même de Viṣṇu et de Śaṅkara, je ne suis pas capable d’en décrire pleinement la mesure et la gloire.
Verse 65
क्वाहमल्पमतिः पार्थ क्वापरौ हरित्र्यंबकौ । देविकेनैव मानेन पातालेष्वपि गण्यते
Où suis-je, moi d’intelligence limitée, ô Pārtha, et où sont ces deux-là, Hari et Tryambaka ? Ce n’est que selon la mesure propre de la Devī que cela se compte, même dans les Pātālas (mondes souterrains).
Verse 66
इति ते सूचितं बुद्ध्या श्रृणु तत्प्राकृतं पुनः
Ainsi te l’ai-je indiqué avec intelligence ; écoute maintenant de nouveau ce qui est ordinaire (le récit le plus commun).
Verse 67
इति वैधात्रव्यवस्थितिः । श्रीनारद उवाच । ऋषभोनाम यन्नाम्ना नानापाषंड कल्पनाः । कलौ पार्थ भविष्यंति लोकानां मोहनात्मिकाः
Ainsi demeure l’ordonnance établie par le Créateur (Vaidhātṛ). Śrī Nārada dit : « Ô Pārtha, au Kali-yuga surgiront—sous le nom de “Ṛṣabha”—de nombreux systèmes hérétiques fabriqués, de nature illusoire, qui égareront les peuples ».
Verse 68
तस्य पुत्रस्तु भरतः शतश्रृंगस्तु तत्सुतः । तस्य पुत्राष्टकं जातं तथैकाच कुमारिका
Son fils fut Bharata, et le fils de Bharata fut Śataśṛṅga. À celui-ci naquirent huit fils, et de même une fille.
Verse 69
इंद्रद्वीपः कसेरुश्च ताम्रद्वीपो गभस्तिमान् । नागः सौम्यश्च गांधर्वो वरुणश्च कुमारिका
Ils étaient Indradvīpa, Kaseru, Tāmradvīpa, Gabhastimān, Nāga, Saumya, Gāndharva et Varuṇa — et il y avait aussi la jeune vierge (leur sœur).
Verse 70
वदनं चापि कन्यायाः पार्थ बर्करिकाकृति । श्रृणु तत्कारणं सर्वं महाश्चर्यसमन्वितम्
Et le visage de la jeune fille aussi, ô Pārtha, avait la forme d’une « barkarī ». Écoute-en toute la cause, empreinte d’un grand prodige.
Verse 71
महीसागरपर्यंतं वृक्षराजिविराजिते । जालीगुल्मलताकीर्णे स्तंभतीर्थस्य संनिधौ
S’étendant de la terre jusqu’à la mer, resplendissante de rangées d’arbres, épaisse de plantes jālī, de buissons et de lianes — près du gué sacré nommé Staṃbha-tīrtha.
Verse 72
अजासमजतो मध्यात्काचिदेका च बर्करी । भ्रांता सती समायाता प्रदेशे तत्र दुश्चरे
Du milieu d’un troupeau de chèvres sortit une barkarī solitaire ; égarée et errante, elle parvint en ce lieu difficile d’accès.
Verse 73
इतस्ततो भ्रमंति सा जालिमध्ये समंततः । निर्गंतुं नैव शक्नोति क्षुत्पिपासार्दिता शुभा
Elle errait çà et là, de tous côtés, au milieu du jālī tel un filet ; cette femme de bon augure ne pouvait trouver d’issue, tourmentée par la faim et la soif.
Verse 74
विलग्ना जालिमध्ये तु ततः पंचत्वमागता । कालेन कियता तस्य त्रुटित्वा शिरसो ह्यधः
Prise au piège dans le filet, elle rendit l'âme. Après quelque temps, sa tête se détacha et tomba.
Verse 75
पपात शनिदर्शे च महीसागरसंगमे । सर्वतीर्थमये तत्र सर्वपापप्रमोचने
Elle tomba à Śanidarśa, au confluent de la Mahī et de l'océan, lieu de tous les pèlerinages et libérateur de tous les péchés.
Verse 76
शिरस्तु तदवस्थं हि समग्रं तत्र संस्थितम् । जालिगुल्मावलग्नं च तस्या नैवापतज्जले
Mais sa tête resta là, intacte. Retenue par l'enchevêtrement des filets, elle ne tomba point dans l'eau.
Verse 77
शेषकायप्रपातेन महीसागरसंगमे । तत्तीर्थस्य प्रभावेन बर्करीसा कुरूद्वह
Comme le reste de son corps tomba au confluent de la Mahī et de l'océan, par le pouvoir de ce lieu saint, ô meilleur des Kurus, elle devint Barkarī.
Verse 78
शकश्रृंगस्य वै राज्ञः सिंहलेष्वभवत्सुता । मुखं बर्करिकातुल्यं व्यक्तं तस्या व्यजायत
À Siṃhala, une fille naquit du roi Śakaśṛṅga ; son visage ressemblait manifestement à celui d'une chèvre.
Verse 79
दिव्यनारी शुभाकारा शेषकाये बभौ शुभा । पूर्वं तस्याप्यपुत्रस्य राज्ञः पुत्रशतोपमा
Le reste de son corps devint une femme céleste, resplendissante et de bon augure. Jadis, pour ce roi privé de fils, elle eut la valeur de cent fils, par son mérite.
Verse 80
पुत्री जाता प्रमोदेन स्वजनानंदवर्धिनी । ततस्तस्या विलोक्याथ मुखं वर्करिकाकृति
Une fille naquit dans l’allégresse, augmentant la joie des siens et du peuple. Mais lorsqu’on la regarda, on vit que son visage avait la forme d’une chèvre.
Verse 81
विस्मयं समनुप्राप्ताः सर्वे ते राजपूरुषाः । विषादं परमापन्नो राजा सांतःपुरस्तदा
Tous les serviteurs du roi furent saisis d’étonnement. Le roi, avec les siens du gynécée, tomba alors dans une profonde affliction.
Verse 82
खिन्नाः प्रकृतयः सर्वास्तादृग्रूपविलोकनात् । तत्किमित्येतदाश्चर्यमूचुः पौराः सुविस्मिताः
Tous les sujets furent accablés en voyant une telle forme. Les citadins, fort étonnés, dirent : «Quel est ce prodige, et pourquoi est-il advenu ?»
Verse 83
ततः सा यौवनं प्राप्ता साक्षाद्देवसुतोपमा । स्वमुखं दर्पणे वीक्ष्यस्मृतः पूर्वो भवस्तया
Puis elle parvint à la jeunesse, semblable à une jeune fille née des dieux. En voyant son visage dans un miroir, elle se souvint de son existence passée.
Verse 84
तत्तीर्थस्य प्रभावेण मातृपित्रोर्निवेदितम् । विषादो नैव कर्तव्यो मदर्थे तात निश्चितम्
Par la puissance de ce gué sacré, elle en fit part à sa mère et à son père : «Père vénéré, à cause de moi, ne vous abandonnez point au chagrin, telle est ma certitude.»
Verse 85
मा शोकं कुरु मे मातः पूर्वजन्मार्जितं फलम् । ततः पूर्वं स्ववृत्तांतमुक्त्वा सा च कुमारिका
«Mère, ne vous affligez pas ; c’est le fruit acquis dans une naissance antérieure.» Puis la jeune fille raconta l’ancien récit de sa propre destinée.
Verse 86
पूर्वजन्मोद्भवः कायस्यस्या यत्रापतत्तथा । गमनाय तमुद्देशं विज्ञप्तौ पितरौ तया
Elle informa ses parents du lieu même où son corps, issu d’une naissance antérieure, était tombé, et demanda à se rendre en cette contrée.
Verse 87
अहं तात गमिष्यामि महीसागरसंगमम् । भवामि तत्र संप्राप्ता यथा कुरु तथा नृप
«Père, j’irai au lieu où la terre rejoint l’océan. Quand j’y serai parvenue, ô roi, agissez comme il vous semblera juste.»
Verse 88
ततः पित्रा प्रतिज्ञातं शतश्रृंगेण तत्तथा । तस्याः संवाहनं चक्रे राजा पोतैः सरत्नकैः
Alors son père promit d’agir ainsi, selon l’engagement de Śataśṛṅga. Le roi organisa son transport sur des bateaux ornés de joyaux.
Verse 89
स्तंभतीर्थं ततः साऽपि प्राप्य पोतार्यसंयुता । भूरिदानं ततश्चक्रे दानं सर्वस्वलक्षणम्
Par la suite, elle atteignit aussi Staṃbha-tīrtha, accompagnée des bateliers. Elle fit alors une charité abondante, offrant tout ce qu'elle possédait.
Verse 90
जालिगुल्मांतरेऽन्विष्य ततो दृष्टं निजं शिरः । अस्थिचर्मावशेषं च तदादाय प्रयत्नतः
Cherchant parmi les fourrés et les arbustes, elle vit alors sa propre tête, ainsi que les os et la peau restants ; les ramassant avec soin et effort,
Verse 91
दग्ध्वा संगमसांनिध्ये क्षिप्तान्यस्थीनि संगमे । ततस्तीर्थप्रभावेण मुखं जातं शशिप्रभम्
Après les avoir incinérés près du confluent et jeté les os dans le saṅgama, alors, par le pouvoir de ce tīrtha, son visage devint radieux comme la lune.
Verse 92
न तादृग्देवकन्यानां न तादृङनागयोषिताम् । न तादृङमर्त्यनारीणां तस्या यादृङमुखं मुखम्
Un tel visage ne se trouvait ni parmi les jeunes filles célestes, ni parmi les femmes nāga, ni parmi les femmes mortelles ; tel était son visage.
Verse 93
सुरासुरनराः सर्वे तस्या रूपेण मोहिताः । बहुधा प्रार्थयंत्येनां न सा वरमभीप्सति
Dieux, démons et hommes étaient tous enchantés par sa beauté. Maintes fois ils la supplièrent, mais elle ne désira aucune faveur de leur part.
Verse 94
कष्टं तया मुदा तत्र प्रारब्धं दुश्चरं तपः । ततः संवत्सरे पूर्णे देवदेवो महेश्वरः
Là, dans la joie, elle entreprit une austérité sévère et difficile. Puis, lorsqu’une année entière fut accomplie, Maheśvara, le Dieu des dieux, apparut.
Verse 95
प्रत्यक्षतां गतस्तस्यै वरदोऽस्मीति चाब्रवीत् । ततस्तं पूजयित्वा च कुमारी वाक्यमब्रवीत्
Il se manifesta devant elle et dit : «Je suis le dispensateur de grâces». Alors Kumārī, après l’avoir adoré, prononça ces paroles.
Verse 96
यदि तुष्टोऽसि देवेश यदि देयो वरो मम । सांनिध्यं क्रियतामत्र सर्वकालं हि शंकर
«Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si un don doit m’être accordé, alors, ô Śaṅkara, établis ici ta présence demeurante pour tous les temps.»
Verse 97
एवमस्त्विति शर्वेण प्रोक्ते हृष्टा कुमारिका । यत्र दग्धं शिरस्तस्या बर्कर्याः कुरुसत्तम
Quand Śarva dit : «Qu’il en soit ainsi», Kumārī se réjouit. Ô le meilleur des Kuru, cela eut lieu à l’endroit où la tête de cette Barkarī fut brûlée.
Verse 98
बर्करेशः शिवस्तत्र तया संस्थापितस्तदा । मन्मुखान्महादाश्चर्यं श्रुत्वेदं च तलातलात्
Là, en ce temps-là, elle établit Śiva sous le nom de Barkareśa. Et cette grande merveille, entendue de ma bouche, se fit connaître jusque dans Talātala, les régions d’en bas.
Verse 99
स्वस्तिकोनाम नागेंद्रः कुमारीं द्रष्टुमागतः । शिरसा गच्छता तेन यत्रोत्क्षिप्ता च भूरभूत्
Un roi des serpents nommé Svastika vint contempler Kumārī. Tandis qu’il avançait en mouvant la tête, la terre se souleva à l’endroit même où elle fut ainsi levée.
Verse 100
ईशाने बर्करेशस्य कूपोऽभूत्स्वस्तिकाभिधः । पूरितो गंगया पार्थसर्वतीर्थफलप्रदः
Au nord-est de Barkareśa surgit un puits nommé Svastikā. Rempli des eaux de la Gaṅgā, ô Pārtha, il confère les fruits de tous les lieux sacrés de baignade.
Verse 101
दृष्ट्वा च स्थापितं लिंगं शिवस्तुष्टो वरं ददौ । येषां मृतशरीराणामत्र दाहः प्रजायते
Voyant le liṅga établi, Śiva, satisfait, accorda une grâce : pour ceux dont le corps est incinéré ici, il en résulte un mérite spirituel particulier.
Verse 102
क्षिप्यंतेब्धौ तथा स्थीनि तेषां स्यादक्षया गतिः । ते स्वर्गे सुचिरं कालं वसित्वात्र समागताः
Et lorsque leurs os sont jetés dans la mer, leur destinée devient impérissable. Après avoir demeuré très longtemps au ciel, ils reviennent et parviennent de nouveau à des états propices.
Verse 103
राजानः सर्वसंपूर्णाः सप्रतापा भवंति ते । बर्करेशं च यो भक्त्या संपूजयति मानवः
Ces rois deviennent pleinement comblés et rayonnants de puissance. De même, quiconque vénère Barkareśa avec bhakti obtient cette plénitude et cette splendeur.
Verse 104
स्नात्वार्णवमहीतोये तस्य स्यान्मनसेप्सितम् । कार्तिके च चतुर्द्देश्यां कृष्णायां श्रद्धयान्वितः
Après s’être baigné dans les eaux de l’océan et dans les eaux sacrées de la terre, le vœu désiré du cœur s’accomplit—surtout au mois de Kārttika, le quatorzième jour de la quinzaine sombre, lorsqu’on agit avec une foi fervente.
Verse 105
कूपे स्नानं नरः कृत्वा संतर्प्य च पितॄन्निजान् । पूजयेद्बर्करेशं यः सर्पपापैः स मुच्यते
Celui qui se baigne au puits et rassasie ses propres Pitṛ, les ancêtres, par des offrandes; et celui qui adore Barkareśa est délivré des fautes liées aux serpents.
Verse 106
एवं लब्ध्वा वरान्सर्वान्सा पुनः सिंहलं ययौ । शतश्रृङ्गाय पित्रे च वृत्तांतं स्वं न्यवेदयत्
Ainsi, ayant obtenu toutes les grâces, elle retourna de nouveau à Siṃhala et rapporta tout son récit à son père, Śataśṛṅga.
Verse 107
तच्छ्रुत्वा विस्मितो राजा लोकाः सर्वे च फाल्गुन । प्रशशंसुर्महीतीर्थमाजग्मुश्च कृतादराः
En l’entendant, le roi fut saisi d’émerveillement, et tout le peuple aussi, ô Phālguna ; ils louèrent le Mahītīrtha et s’y rendirent avec respect.
Verse 108
स्नात्वा दत्त्वा च दानानि विविधानि च ते ततः । सिंहलं च ययुर्भूयस्तीर्थमाहात्म्यहर्षिताः
Après s’être baignés et avoir fait des dons de diverses sortes, ils retournèrent de nouveau à Siṃhala, réjouis par la grandeur du tīrtha.
Verse 109
अनिच्छंत्यां कुमार्यां च वरं द्रव्यं च पार्थिवः । तथान्यदपि प्रीत्यासौ यद्ददौ नृपतिः श्रृणु
Bien que la jeune fille ne le souhaitât point, le roi lui accorda une grâce et des richesses; et, par affection, il lui donna encore d’autres présents—écoute ce que ce souverain octroya.
Verse 110
इदं भारतखंडं च नवधैव विभज्य सः । ददावष्टौ स्वपुत्राणां कुमार्यै नवमं तथा
Ayant partagé ce Bhārata-khaṇḍa en neuf parts, il en donna huit à ses propres fils, et la neuvième, de même, à la jeune fille.
Verse 111
तेषां विभेदान्वक्ष्यामि पर्वतैरुपशोभितान् । पुत्रनामानि वर्षाणि पर्वतांश्च श्रृणुष्व मे
Je décrirai leurs divisions, ornées de montagnes; écoute-moi dire les noms des fils, des régions (varṣa) et des montagnes.
Verse 112
महेन्द्रो मलयः सह्यः शुक्तिमानृक्षपर्वतः । विंध्यश्च पारियात्रश्च सप्तात्र कुलपर्वताः
Mahendra, Malaya, Sahya, Śuktimān, Ṛkṣaparvata, Vindhya et Pāriyātra : tels sont les sept monts de clan (kulaparvata).
Verse 113
महेन्द्रपरतश्चैव इन्द्रद्वीपो निगद्यते । पारियात्रस्य चैवार्वाक्खण्डं कौमारिकं स्मृतम्
À l’ouest du mont Mahendra se trouve ce que l’on nomme Indradvīpa. Et la contrée située au nord de la chaîne de Pāriyātra est tenue en mémoire comme le Kaumārikā Khaṇḍa.
Verse 114
सहस्रमेकमेकं च सर्वखण्डान्यमूनि च । नदीनां संभवं चापि संक्षेपाच्छृणु फाल्गुन
Écoute brièvement, ô Phālguna, l’ensemble de ces contrées—mille et une—et aussi l’origine des rivières.
Verse 115
वेदस्मृतिमुखा नद्यः पारियात्रोद्भवा मताः । नर्मदासरसाद्याश्च नद्यो विंध्याद्विनिर्गताः
Les rivières Vedasmṛti et Mukhā sont tenues pour naître de la chaîne du Pāriyātra. Et des rivières telles que la Narmadā et la Sarasā sont dites jaillir du Vindhya.
Verse 116
शतद्रूचन्द्रभागाद्या ऋक्षपर्वतसंभवाः । ऋषिकुल्याकुमार्याद्याः शुक्तिमत्पादसंभवाः
Des rivières telles que la Śatadrū et la Candrabhāgā naissent du mont Ṛkṣa. Et des rivières telles que la Ṛṣikulyā et la Kumārī naissent des contreforts du Śuktimat.
Verse 117
तापी पयोष्णी निर्विध्या कावेरी च महीनदी । कृष्णा वेणी भीमरथी सह्यपादोद्भवाः स्मृताः
La Tāpī, la Payoṣṇī, la Nirvindhyā, la Kāverī et la rivière Mahī—ainsi que la Kṛṣṇā, la Veṇī et la Bhīmarathī—sont rappelées comme issues des contreforts du Sahya.
Verse 118
कृतमालाताम्रपर्णीप्रमुखा मलयोद्भवाः । त्रिसामऋष्यकुल्याद्या महेन्द्रप्रभवाः स्मृताः
Les rivières dont la Kṛtamālā et la Tāmraparṇī sont les principales naissent des monts Malaya. Et des rivières telles que la Trisāmā et la Ṛṣyakulyā sont rappelées comme provenant du Mahendra.
Verse 119
एवं विभज्य पुत्रेभ्यः कुमार्यै च महीपतिः । शतशृंगो गिरं गत्वा उदीच्यां तप्तवांस्तपः
Ainsi, après avoir réparti (les royaumes) entre ses fils et aussi à Kumārī, le seigneur de la terre—le roi Śataśṛṅga—se rendit sur une montagne au nord et y accomplit des austérités.
Verse 120
तत्र तप्त्वा तपो घोरं ब्रह्मलोकं जगाम सः । शतश्रृंगो नृपश्रेष्ठः शतश्रृंगे नगोत्तमे
Là, après avoir accompli une austérité redoutable, il atteignit le Brahmaloka. Ce roi éminent, Śataśṛṅga, l’obtint sur Śataśṛṅga, montagne d’excellence.
Verse 121
यत्र जातोऽसि कौतेय पांडोस्त्वं सोदरैः सह । कुमारी च महाभागा स्तंभतीर्थस्थिता सती
Ô fils de Kuntī, là où tu naquis—fils de Pāṇḍu avec tes frères—là même demeure la très fortunée Kumārī, la vertueuse, établie à Stambhatīrtha.
Verse 122
खंडोद्भवेन द्रव्येण तेपे दानानि यच्छती । ततः केनापि कालेन भ्रातृभ्योऽष्टभ्य एव च
Avec les biens issus de la part qui lui avait été attribuée, elle cultiva le mérite en accordant des dons. Puis, en un temps ultérieur, elle donna aussi à ses huit frères.
Verse 123
महावीर्यबलोत्साहा जाता नव नवात्मजाः । ते समेत्य समागम्य कुमारीं प्रोचिरे ततः
De nouveaux fils naquirent encore et encore, puissants en vaillance, en force et en ardeur. S’étant réunis et rassemblés, ils s’adressèrent alors à la Déesse Kumārī.
Verse 124
कुलदेवी त्वमस्माकं प्रसादं कुरु नः शुभे । अष्टौ खण्डानि चास्माकं विभज्य स्वयमेव च । देही द्वासप्ततीनां नो विभेदः स्याद्यथा न नः
Tu es la déesse tutélaire de notre lignée ; ô Auspicieuse, accorde-nous ta grâce. Partage toi-même notre royaume en huit parts, et fais qu’au sein de nos soixante-douze il n’y ait ni dissension ni scission en factions hostiles.
Verse 125
इत्युक्ता सर्वधर्मज्ञा विज्ञाने ब्रह्मणा समा । द्वासप्ततिविभेदैः सा नव खंडान्यचीकरत्
Ainsi sollicitée, elle — connaissant tous les dharmas et, en sagesse, égale à Brahmā — ordonna les soixante-douze classifications et façonna neuf divisions du territoire.
Verse 126
तेषां नामानि ग्रामांश्च पत्तनानि च फाल्गुन । वेलाकूलानि संख्यां च वक्ष्यामि तव तत्त्वतः
Ô Phālguna, je te dirai en vérité les noms de ces divisions, leurs villages et leurs cités, leurs rivages marins et leurs nombres, avec justesse et en détail.
Verse 127
कोटिश्चतस्रो ग्रामाणां नीवृदासीच्च मंडले । सार्धकोटिद्वयग्रामैर्देशो बालाक जच्यते
Dans ce maṇḍala, la région de Nīvṛt comptait quatre koṭis de villages ; et l’on dit que le pays de Bālāka renferme deux koṭis et demi de villages.
Verse 128
सपादकोटिर्ग्रामाणां पुरसाहणके विदुः । लक्षाश्चत्वार एवापि ग्रामाणामंधके स्मृताः
À Purasāhaṇaka, l’on sait qu’il y a un koṭi et un quart de villages. À Aṃdhaka, l’on se souvient de quatre lakṣas de villages.
Verse 129
एको लक्षश्च नेपाले ग्रामाणां परिकीर्तितः । षट्त्रींशल्लक्षमानं तु कान्यकुब्जे प्रकीर्तितम्
Au Népal, l’on proclame qu’il y a un lakṣa de villages. À Kānyakubja, en revanche, la mesure est dite de trente-six lakṣas (de villages).
Verse 130
द्वासप्ततिस्तथा लक्षा ग्रामा गाजणके स्मृताः । अष्टादश तथा लक्षा ग्रामाणां गौडदेशके
À Gājaṇaka, l’on se souvient de soixante-douze lakṣas de villages. Dans le pays de Gauḍa, on énonce pareillement dix-huit lakṣas de villages.
Verse 131
कामरूपे च ग्रामाणां नवलक्षाः प्रकीर्तिताः । डाहले वेदसंज्ञे तु ग्रामाणां नवलक्षकम्
À Kāmarūpa, l’on proclame neuf lakṣas de villages. À Ḍāhala—également connue sous le nom de «Veda»—on dit aussi qu’il y a neuf lakṣas de villages.
Verse 132
नवैव लक्षा ग्रामाणां कांतिपुरे प्रकीर्तिताः । नवलक्षास्तथा चैव माचिपुरे प्रकीर्तिताः
À Kāṃtipura, l’on proclame exactement neuf lakṣas de villages; et de même, à Mācipura, neuf lakṣas sont déclarés.
Verse 133
ओड्डियाणे तथा देशे नवलक्षाः प्रकीर्तिताः । जालंधरे तथा देशे नवलक्षाः प्रकीर्तिताः
Dans le pays d’Oḍḍiyāṇa, neuf lakṣas de villages sont renommés; et de même, dans le pays de Jālaṃdhara, neuf lakṣas sont célébrés.
Verse 134
लोहपूरे तथा देशे लक्षाः प्रोक्ता नवैव च । ग्रामाणां सप्तलक्षं च पांबीपुरे प्रकीर्तितम्
Dans la contrée de Lohapūra, l’on énonce neuf lakhs ; et à Pāṃbīpura, l’on célèbre sept lakhs de villages renommés.
Verse 135
ग्रामाणां सप्तलक्षं च रटराजे प्रकीर्तितम् । हरीआले च ग्रामाणां लक्षपंचकसंमितम्
À Raṭarāja, l’on proclame sept lakhs de villages ; et à Harīāla, l’on dit que les villages atteignent cinq lakhs.
Verse 136
सार्धलक्षत्रयं प्रोक्तं द्रडस्य विषये तथा । सार्धलक्षत्रयं प्रोक्तं तथावंभणवाहके
Dans le territoire de Draḍa, l’on énonce trois lakhs et demi ; et de même, à Avaṃbhaṇavāhaka, l’on énonce trois lakhs et demi.
Verse 137
एकविंशतिसाहस्रं ग्रामणां नीलपूरके । तथामलविषये पार्थ ग्राममाणामेकलक्षकम्
À Nīlapūraka, l’on dit qu’il y a vingt et un mille villages. Et, ô Pārtha, dans le territoire de Mala, l’on affirme que les villages atteignent un lakh.
Verse 138
नरेंदुनामदेशे तु लक्षमेकं सपादकम् । अतिलांगलदेशे च लक्षः प्रोक्तः सपादकः
Dans la terre nommée Narendu, l’on énonce un lakh et un quart ; et dans la terre d’Atilāṃgala, l’on énonce aussi un lakh et un quart.
Verse 139
लक्षाष्टादशसाहस्रं नवती द्वे च मालवे । सयंभरे तथा देशे लक्षः प्रोक्तः सपादकः
En Mālava, il est énoncé : un lakh, dix-huit mille et quatre-vingt-douze. De même, dans le pays de Sayaṃbhara, il est proclamé : un lakh et un quart.
Verse 140
मेवाडे च तथा प्रोक्तो लक्षश्चैकःसपादकः । अशीतिश्च सहस्राणि वागुरिः परिकीर्तितः
En Mevāḍa aussi, il est dit : un lakh et un quart. Et Vāguri est célébré comme ayant quatre-vingt mille (villages/établissements).
Verse 141
ग्रामसप्ततिसाहस्रो गुर्जरात्रः प्रकीर्तितः । तथा सप्ततिसाहस्रः पांडर्विषय एव च
Gurjarātra est réputée compter soixante-dix mille villages ; et de même, le territoire de Pāṃḍar est aussi dit en avoir soixante-dix mille.
Verse 142
जहाहुतिसहस्राणि द्वाचत्वारिंशदेव च । अष्टषाष्टसहस्राणि प्रोक्तं काश्मीरमंडलम्
Jahāhuti est dit compter quarante-deux mille (villages/établissements). Le royaume du Kāśmīra est énoncé à soixante-huit mille.
Verse 143
षष्टित्रिंशत्सहस्राणि ग्रामाणां कौंकणे विदुः । चतुर्दशशतं द्वे च विंशतीलघुकौंकणम्
Ils savent que dans le Koṅkaṇa il y a trente-six mille villages ; et dans la région appelée « Laghukoṅkaṇa », il y en a mille quatre cent vingt.
Verse 144
सिंधुः सहस्रदशके ग्रामाणां परिकीर्तितः
Il est proclamé que Sindhu possède dix mille villages.
Verse 145
चतुर्दशशते द्वे च विंशतिः कच्छमंडलम् । पंचपंचाशत्सहस्रं ग्रामाः सौराष्ट्रमुच्यते
On dit que Kacchamaṇḍala compte mille quatre cent vingt villages ; et Saurāṣṭra est appelée la terre de cinquante-cinq mille villages.
Verse 146
एकविंशतिसहस्रो लाडदेशः प्रकीर्तितः । अतिसिंधुश्च ग्रामाणां दशसहस्र उच्यते । तथा चाश्वमुखं पार्थ दशसाहस्रमुच्यते
Lāḍadeśa est proclamé comme ayant vingt et un mille villages. Ati-Sindhu est dit en avoir dix mille. De même, ô Pārtha, Aśvamukha est dit en avoir dix mille.
Verse 147
सहस्रदशकं चापि एकपादः प्रकीर्तितः
Et Ekapāda aussi est proclamé comme ayant dix mille villages.
Verse 148
तथैव दशसाहस्रो देशः सूर्यमुखः स्मृतः । एकबाहुस्तथा देशो दशसाहस्रमुच्यते
De même, la terre nommée Sūryamukha est rappelée comme ayant dix mille villages. Ainsi encore, la terre d’Ekabāhu est dite en avoir dix mille.
Verse 149
सहस्रदशकं चैव संजायुरिति देशकः । शिवनामा तथा देशः सहस्रदशकः स्मृतः । सहस्राणि दश ख्यातं तथा कालहयंजयः
La région nommée Saṃjāyu est pareillement comptée comme ayant dix mille (villages). La terre appelée Śivanāmā est aussi tenue en mémoire comme dix mille. Et Kālahayaṃjaya est également renommée comme dix mille (villages).
Verse 150
लिंगोद्भवस्तथा देशः सहस्राणि दशैव च । भद्रश्च देवभद्रश्च प्रत्येकं दशकौ स्मृतौ
De même, la terre appelée Liṅgodbhava est bien de dix mille (villages). Et Bhadra et Devabhadra—chacune—sont tenues en mémoire comme dix mille.
Verse 151
षट्त्रिंशच्च सहस्राणि स्मृतौ चटविराटकौ । षट्त्रिंशच्च सहस्राणि यमकोटिः प्रकीर्तिता
Caṭa et Virāṭaka sont tenues en mémoire comme (des terres de) trente-six mille (villages). Yamakoṭi aussi est proclamée comme trente-six mille.
Verse 152
अष्टादश तथा कोट्यो रामको देश उच्यते । तोमरश्चापि कर्णाटो युगलश्च त्रयस्त्विमे
Et Rāmaka est dite une terre de dix-huit koṭis. Tomara, Karṇāṭa et Yugala—ces trois-là aussi—sont mentionnés ici.
Verse 153
सपादलक्षग्रामाणां प्रत्येकं परिकीर्तितः । पंचलक्षाश्च ग्रामाणां स्त्रीराज्यं परिकीर्तितम्
Chacune de ces régions est déclarée contenir un lakh et un quart de villages. Et la terre connue sous le nom de Strīrājya est proclamée contenir cinq lakhs de villages.
Verse 154
पुलस्त्यविषयश्चापि दशलक्षक उच्यते । प्रत्येकं लक्षदशकौ देशौ कांबोजकोशलौ
Le territoire de Pulastya, dit-on, comprend lui aussi dix lakhas de villages. Et les pays de Kāṃboja et de Kośala sont proclamés, chacun, posséder dix lakhas de villages.
Verse 155
ग्रामाणां च चतुर्लक्षो बाल्हिकः परिकीर्त्यते । षट्त्रिंशच्च सहस्राणि लंकादेशः प्रकीर्तितः
Bālhika est proclamée posséder quatre lakhas de villages. La terre de Laṅkā est déclarée compter trente-six mille villages.
Verse 156
चतुःषष्टिसहस्राणि कुरुदेशः प्रकीर्तितः । सार्धलक्षस्तथा प्रोक्तः किरातविजयो जयः
Le pays de Kuru est déclaré compter soixante-quatre mille villages. Et Kirātavijaya—appelé aussi Jaya—est également dit posséder une lakha et demie de villages.
Verse 157
पंच प्राहुस्तथा लक्षान्विदर्भायां च ग्रामकान् । चतुर्दशसहस्राणि वर्धमानं प्रकीर्तितम्
De même, on dit que Vidarbhā renferme cinq lakhas de villages. Vardhamāna est déclarée compter quatorze mille villages.
Verse 158
सहस्रदशकं चापि सिंहलद्वीपमुच्यते । षट्त्रिंशच्च सहस्राणि ग्रामाणां पांडुदेशकः
Siṃhala-dvīpa, dit-on, compte aussi dix mille villages. Et Pāṇḍu-deśa est déclaré posséder trente-six mille villages.
Verse 159
लक्षैकं च तथा प्रोक्तं ग्रामाणां तु भयाणकम् । षट्षष्टिं च सहस्राणि देशो मागध उच्यते
On dit pareillement que Bhayānaka compte un lakh (cent mille) villages. Le pays de Māgadha est dit posséder soixante-six mille villages.
Verse 160
षष्टिसहस्राणि तथा ग्रामाणां पांगुदेशकः । त्रिंशत्साहस्र उक्तश्च ग्रामाणां च वरेंदुकः
De même, Pāṃgu-deśa est dit compter soixante mille villages; et Vareṃduka, trente mille villages.
Verse 161
पंचविंशतिसाहस्रं मूलस्थानं प्रकीर्तितम् । चत्वारिंशत्सहस्राणि ग्रामाणां यावनः स्मृतः
Mūlasthāna est proclamé compter vingt-cinq mille villages. Yāvana est rappelé comme ayant quarante mille villages.
Verse 162
चत्वार्येव सहस्राणि पक्षबाहुरुदीर्यते । द्वासप्ततिरमी देशाः ग्रामसंख्याः प्रकीर्तिताः
Pakṣabāhu est déclaré compter quatre mille villages. Ainsi, ces soixante-douze pays—avec le nombre de leurs villages—ont été proclamés.
Verse 163
एवं भरतखंडेऽस्मिन्षण्णवत्येव कोटयः । द्वासप्ततिस्तथा लक्षाः पत्तनानां प्रकीर्तिताः
Ainsi, dans ce Bhārata-khaṇḍa, on dit qu’il y a quatre-vingt-seize koṭi (quatre-vingt-seize crores) de divisions/établissements sacrés; et pareillement soixante-douze lakhs de villes, ainsi que le proclame la tradition.
Verse 164
षट्त्रिंशच्च सहस्राणि वेलाकूलानि भारत । एवं विभज्य खंडानि भ्रातृव्याणां ददौ नव
Ô Bhārata, il est trente-six mille étendues de rivage. Ainsi, après avoir partagé les contrées en parts, elle en donna neuf aux parents des frères.
Verse 165
आत्मीयमपि सा देवी अनिच्छुष्वपि तेषु च । यतो मान्येति भगिनी प्रति क्रुध्यंति भ्रातरः
Cette Déesse, même pour ce qui lui appartenait, ne voulut pas le garder à leur égard. Car les frères s’irritent contre leur sœur, pensant : «C’est elle qu’il faut honorer d’abord».
Verse 166
भ्रातॄन्प्रति भगिनी च विचार्यैव ददौ शुभा । तत्कृत्वा सानुमान्यैतान्स्तंभतीर्थमुपागता
Cette dame de bon augure, ayant réfléchi à ses frères et à son devoir de sœur, accorda réellement ces parts. Puis, les ayant honorés comme il se doit, elle se rendit à Stambha-tīrtha.
Verse 167
तदा तेषु च देशेषु चतुर्वर्गस्य साधनम् । सर्वेषां प्रवरं प्रोक्तं कुमारीश्वरमेव च
Alors, parmi ces contrées, fut enseigné le moyen d’accomplir les quatre buts de la vie (dharma, artha, kāma, mokṣa). Pourtant, le plus éminent de tous fut proclamé : Kumārīśvara seul.
Verse 168
तत्रापि गुप्तक्षेत्रं च वेदैतत्सा कुमारिका । गुप्तक्षेत्रे कुमारेशं पूजयंति महाव्रता
Là encore se trouve un «kṣetra caché» ; cela, cette Kumārikā le sait. Dans ce kṣetra caché, les observants du grand vœu adorent Kumāreśa.
Verse 169
तस्थौ स्नायंती षट्सु चैवापि संगमे । ततः कालप्रकर्षाच् प्रासादे स्कंदनिर्मिते
Elle demeura en ce lieu, se baignant aux confluences—en six lieux de rencontre en particulier. Puis, au fil du temps, elle résida dans le palais-temple édifié par Skanda.
Verse 170
जीर्णे नव्यं स्वर्णमयं प्रासादं साप्यकारयत् । ततस्तुष्टो महादेवस्तस्या भक्त्यातितोषितः
Lorsque l’ancien sanctuaire se fut délabré, elle fit bâtir un nouveau temple d’or. Alors Mahādeva, comblé par sa dévotion, en fut pleinement satisfait.
Verse 171
कुमारलिंगादुत्थाय प्रत्यक्षस्तामवोचत । भद्रे तवाहं भक्त्या च विज्ञानेन च तोषितः
S’élevant du Kumāra-liṅga et se manifestant devant elle, Śiva lui dit : «Ô bienheureuse, je suis comblé par ta dévotion et par ta compréhension».
Verse 172
जीर्णः पुनरुद्धृतोऽयं प्रासादस्तेन तोषितः । तव नाम्ना च विख्यातो भविष्यामि कुमारिके
«Ce temple, jadis délabré, a été relevé de nouveau ; pour cela je suis satisfait. Et, ô Kumārikā, je deviendrai renommé par ton propre nom».
Verse 173
कर्ता चापि तथोद्धर्ता द्वौ वै समफलौ स्मृतौ । कुमारेशः कुमारीश इति वक्ष्यंति मां ततः
Le Créateur et le Libérateur : on se souvient qu’ils confèrent un fruit égal. C’est pourquoi, dès lors, on me nommera « Kumāreśa » et « Kumārīśa ».
Verse 174
बर्करेशे च ये दत्त वरा दत्ताः सदैव ते । तवापि प्राप्तः कालश्च समीपे वरवर्णिनि
Les grâces accordées à Barkareśa s’accomplissent à jamais en vérité. Pour toi aussi, ô belle, l’heure fixée par le destin est venue et elle est désormais toute proche.
Verse 175
अभर्तृकाया नार्याश्च न स्वर्गो मोक्ष एव च । यथैव वृद्धकन्यायाः सरस्वत्यास्तटे शुभे
Pour une femme sans époux, on ne parle ni du ciel ni même de la délivrance, comme pour cette vierge vieillie sur la rive bénie de la Sarasvatī.
Verse 176
तस्मात्त्वमत्र तीर्थे च महाकालमिति स्मृतम् । सिद्धिं गतं वृणु भद्रे पतित्वे वरवर्णिनि
C’est pourquoi, ici, en ce tīrtha nommé Mahākāla, choisis—ô bienheureuse et belle—Mahākāla, accompli et parvenu à la perfection, pour époux.
Verse 177
ततः सा रुद्रवाक्येन वरयामास तं पतिम् । रुद्रलोकं ययौ चापि महाकालसन्विता
Alors, selon la parole de Rudra, elle le choisit pour époux ; et, accompagnée de Mahākāla, elle se rendit au monde de Rudra.
Verse 178
तत्र तां पार्वती प्राह समालिंग्य प्रहर्षिता । यस्मात्त्वया चित्रवच्च लिखिता पृथिवी शुभे
Là, Pārvatī, toute réjouie, l’embrassa et dit : « Parce que toi, ô bienheureuse, tu as dépeint la terre comme un tableau. »
Verse 179
चित्रलेखेतिनाम्ना त्वं तस्माद्भव सखी मम । ततः सखी समभवच्चित्रलेखेति सा शुभा
«Ainsi, sous le nom de Citralekhā, deviens ma compagne.» Dès lors, cette être de bon augure devint véritablement une amie, connue sous le nom de Citralekhā.
Verse 180
ययानिरुद्धः कथित उषायाः पतिरुत्तमः । योगिनीनां वरिष्ठा या महाकालस्य वल्लभा
C’est elle qui désigna Aniruddha —l’époux excellent d’Uṣā—; elle est la première parmi les Yoginīs; elle est l’aimée de Mahākāla.
Verse 181
अप्सुसा वार्षिकं बिंदुं पूर्णे वर्षशते पपौ । तपश्चरंती तस्मात्सा प्रोच्यते चाप्सरा दिवि
S’adonnant à l’ascèse, elle ne but qu’une seule goutte par an durant cent années entières. C’est pourquoi, au ciel, on la célèbre comme une Apsarā.
Verse 182
एवंविधा कुमारी सा लिंगमेतद्धि फाल्गुन । स्थापयामास शिवदं बर्करेश्वरसंज्ञितम्
Telle était cette jeune fille; et certes, ô Phālguna, elle établit ce liṅga même —dispensateur de la grâce de Śiva—, renommé sous le nom de Barkareśvara.
Verse 183
तस्मादत्र नृणां दाहश्चास्थिक्षेपश्च भारत । प्रयागादधिकौ प्रोक्तौ महेशस्य वचो यथा
Ainsi, ô Bhārata, en ce lieu la crémation des hommes et l’immersion de leurs os sont déclarées —selon la parole même de Maheśa— conférer un mérite plus grand encore que celui de Prayāga.