Adhyaya 70
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 70202 Verses

Mahāviṣṇu-Mantras: Aṣṭākṣarī, Sudarśana-Astra, Nyāsa Systems, Āvaraṇa-Pūjā, and Prayogas

Sanatkumāra instruit Nārada sur de rares mantras de Mahāviṣṇu, capables de soutenir la création elle-même. Le chapitre définit l’aṣṭākṣarī « Nārāyaṇa » avec son ṛṣi–chandas–devatā–bīja–śakti–viniyoga, puis développe une ritualisation protectrice et incarnée : agencements pañcāṅga/ṣaḍaṅga, astra-mantra de Sudarśana en douze syllabes et ligature des directions. Il détaille le nyāsa Vibhūti-pañjara (placements en cycles multiples), le tattvābhidha/tattva-nyāsa (huit prakṛti et douze tattva) et l’installation de douze mūrti associées aux douze Āditya (Keśava–Padmanābha, etc.). La méditation de Nārāyaṇa avec Śrī et Bhū mène aux fruits gradués du japa (des lakhs jusqu’à la mokṣa) et aux homa/mantras du siège avec culte en diagramme de lotus (Vāsudeva–Saṅkarṣaṇa–Pradyumna–Aniruddha ; Śakti telles que Śānti/Śrī). La seconde moitié rassemble des prayoga pratiques : rites contre les poisons et les morsures de serpent (Garuḍa/Nṛsiṃha), guérison et longévité, prospérité et acquisition de terres, et mantras spécialisés pour Puruṣottama, Śrīkara, Ādi-Varāha, Dharaṇī et Jagannātha (y compris des formules d’attraction/illusion), concluant que le mantra accompli accorde tous les buts jusqu’à la Viṣṇu-sāmya (égalité avec Viṣṇu).

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । अथ वक्ष्ये महाविष्णोर्मन्त्रान्लोकेषु दुर्लभान् । यान्प्राप्य मानवास्तूर्णं प्राप्नुवंति निजेप्सितम् ॥ १ ॥

Sanatkumāra dit : À présent, je vais proclamer les mantras de Mahāviṣṇu, rares dans les mondes ; en les obtenant, les humains atteignent promptement ce qu’ils désirent véritablement.

Verse 2

ऽ । ब्रह्मादयोऽपि याञ्ज्ञात्वा समर्थाः स्युर्जगत्कृतौ ॥ २ ॥

Même Brahmā et les autres êtres cosmiques, ce n’est qu’après avoir connu cela qu’ils deviennent capables d’accomplir la création de l’univers.

Verse 3

तारहृत्पूर्वकं ङेंतं नारायणपदं भवेत् । अष्टाक्षरो मनुश्चास्य साध्यो नारायणो मुनिः ॥ ३ ॥

Lorsque la syllabe « tāra » est placée d’abord et jointe aux syllabes restantes, elle devient le nom « Nārāyaṇa ». C’est le mantra de huit syllabes ; son ṛṣi président est Nārāyaṇa.

Verse 4

छन्दः प्रोक्तं च गायत्री देवता विष्णुख्ययः । ॐ बीजं यं च तथा शक्तिर्विनियोगोऽखिलाप्तये ॥ ४ ॥

Le mètre (chandas) est déclaré être le Gāyatrī ; la divinité présidante est Celui qui est renommé Viṣṇu. La syllabe-graine (bīja) est Oṁ ; « yaṁ » est également dite être la Śakti ; et son application (viniyoga) vise l’obtention de tous les accomplissements.

Verse 5

क्रुद्धोल्काय हृदाख्यातं महोल्काय शिरः स्मृतम् । वीरोल्काय शिखा प्रोक्ता द्युल्काय कवचं मतम् ॥ ५ ॥

« Le cœur » est déclaré relever de Kruddholkā ; « la tête » est rappelée comme relevant de Maholkā. La « śikhā » (touffe au sommet) est dite relever de Vīrolkā ; et le « kavaca » (armure protectrice) est tenu pour relever de Dyulkā.

Verse 6

महोल्कायेति चास्रं स्यादित्थं पंचांगकल्पना । पुनः षडंगमंत्रोत्थैः षड्वर्णैश्च समाचरेत् ॥ ६ ॥

La formule-arme (astra) est « Maholkāya » ; ainsi se constitue l’agencement en cinq membres (pañcāṅga). Ensuite, il convient de la pratiquer de nouveau au moyen des six syllabes issues des mantras à six membres (ṣaḍaṅga).

Verse 7

अवशिष्टौ न्यसेत्कुक्षिपृष्टयोर्मंत्रवर्णकौ । सुदर्शनस्य मंत्रेण कुर्याद्दिग्बन्धनं ततः ॥ ७ ॥

Qu’il dépose les deux syllabes restantes du mantra sur le ventre et sur le dos. Puis, au moyen du mantra de Sudarśana, qu’il accomplisse le scellement des directions, protection de tous les quartiers.

Verse 8

तारो नमश्चतुर्थ्यंतं सुदर्शनपदं वदेत् । अस्त्रायफडिति प्रोक्तो मंत्रो द्वादशवर्णवान् ॥ ८ ॥

Qu’on prononce d’abord le Tāraka, le praṇava « Oṁ » ; puis le mot « namaḥ » avec la terminaison au datif ; ensuite « Sudarśana » ; et enfin « astrāya phaḍ ». Tel est proclamé l’Astra-mantra de douze syllabes.

Verse 9

दशावृत्तिमय न्यासं वक्ष्ये विभूतिपञ्चरम् । मूलार्णान्स्वतनौ न्यस्येदाधारे हृदये मुखे ॥ ९ ॥

Je vais exposer le Vibhūti-Pañjara, le nyāsa ordonné en dix cycles. Qu’on dépose les syllabes-semences racines sur son propre corps : à la base (ādhāra), au cœur et à la bouche.

Verse 10

दोःपन्मूलेषु नासायां प्रथमावृत्तिरीरिता । गले नाभौ हृदि कुचपार्श्वपृष्टेषु तत्पराः ॥ १० ॥

Le premier cycle (āvṛtti) est déclaré aux racines des bras et au nez. Ceux qui s’y adonnent avec ferveur l’appliquent aussi à la gorge, au nombril, au cœur, ainsi qu’aux côtés de la poitrine, aux flancs et au dos.

Verse 11

मूर्द्धास्यनेत्रश्रवणघ्राणेषु च तृतीयकाः । दोःपादसंध्यंगुलिषु वेदावृत्त्या च विन्यसेत् ॥ ११ ॥

Qu’on place le troisième ensemble sur le sommet de la tête, la bouche, les yeux, les oreilles et le nez ; et, selon le mode védique de récitation (veda-āvṛtti), qu’on le dispose aussi sur les articulations et les doigts des bras et des jambes.

Verse 12

धातुप्राणेषु हृदये विन्यसेत्तदनंतरम् । शिरोनेत्रा स्यहृत्कुक्षिसोरुजंघापदद्वये ॥ १२ ॥

Ensuite, l’on doit accomplir le nyāsa, en déposant les mantras sur les constituants du corps et sur les prāṇa, en les centrant dans le cœur; puis les placer sur la tête, les yeux, la bouche/le visage, le cœur, le ventre, les cuisses, les jambes et les deux pieds.

Verse 13

एकैकशो न्यसेद्वर्णान्मंत्रस्य क्रमतः सुधीः । न्यसेद्धृदंसोरुपदेष्वर्णान्वेदमितान्मनोः ॥ १३ ॥

Le pratiquant avisé doit accomplir le nyāsa en déposant les syllabes du mantra une à une, selon leur ordre juste. Puis il placera, sur le cœur, les épaules, les cuisses et les pieds, les syllabes de la formule sacrée telles que le Veda les mesure et les prescrit.

Verse 14

चक्रशं खगदांभोजपदेषु स्वस्वमुद्रया । शेषांश्च न्यासवर्योऽयं विभूतिपञ्जराभिधः ॥ १४ ॥

Aux emplacements du corps dévolus au disque (cakra), à la conque (śaṅkha), à l’épée/la massue (khaḍga/gadā), au lotus et aux pieds, l’on accomplira le nyāsa au moyen de la mudrā propre à chaque emblème. Cette suite d’impositions, éminente, est appelée « Vibhūti-pañjara », la cage protectrice des puissances divines.

Verse 15

न्यसेन्मूलार्णमेकैकं सचंद्रं तारसम्पुटम् । अथवा वै नमोंतेन न्यसेदित्यपरे जगुः ॥ १५ ॥

Que l’on place (nyāsa) chaque syllabe racine, une à une, jointe au « candra » (ṃ/anusvāra) et enveloppée par la syllabe sacrée « tārā », c’est-à-dire Oṁ. Ou bien, disent d’autres, le nyāsa se fait en ajoutant « namaḥ » à la fin.

Verse 16

तत्त्वन्यासं ततः कुर्याद्धिष्णुभावप्रसिद्धये । अष्टार्णोऽष्टप्रकृत्यात्मा गदितः पूर्वसूरिभिः ॥ १६ ॥

Ensuite, l’on accomplira le tattva-nyāsa, afin d’établir fermement l’état d’absorption en Viṣṇu. Le mantra à huit syllabes (aṣṭārṇa), de la nature de la prakṛti octuple, a été enseigné par les sages d’autrefois.

Verse 17

पृथिव्यादीनि भूतानि ततोऽहंकारमेव च । महांश्च प्रकृतिश्चैवेत्यष्टौ प्रकृतयो मताः ॥ १७ ॥

La terre et les autres éléments; puis l’ahaṅkāra (le sentiment du « moi »); et encore Mahat (le Grand Principe) et Prakṛti : tels sont tenus pour les huit natures fondamentales (prakṛtis).

Verse 18

पादे लिंगे हृदि मुखे मूर्ध्नि वक्षसि हृत्स्थले । सर्वांगे व्यापकं कुर्यादेकेन साधकोत्तमः ॥ १८ ॥

En plaçant (la puissance du mantra) dans les pieds, l’organe générateur, le cœur, la bouche, le sommet de la tête, la poitrine et la région du cœur, le meilleur sādhaka doit, par un seul mantra, le faire pénétrer tout le corps.

Verse 19

मंत्रार्णहृत्परायाद्यमात्मने हृदयांतिमम् । तत्तन्नाम समुच्चार्य्य न्यसेत्तत्तत्स्थले बुधः ॥ १९ ॥

En commençant par les syllabes du mantra et en progressant jusqu’au cœur, puis en plaçant la syllabe finale à l’extrémité de la région du cœur pour le Soi (Ātman), le sage, en prononçant chaque nom correspondant, doit accomplir le nyāsa en les déposant à leurs emplacements respectifs.

Verse 20

अयं तत्त्वाभिधो न्यासः सर्वन्यासोत्तमोत्तमः । मूर्तीर्न्यसेद्द्वादश वै द्वादशादित्यसंयुताः ॥ २० ॥

Ceci est le nyāsa nommé « tattvābhidha » (la pose qui énonce les principes) ; il est le plus excellent de tous les nyāsas. Il faut en vérité installer douze formes (mūrtis), associées aux douze Ādityas.

Verse 21

द्वादशाक्षरवर्णाद्या द्वादशादित्यसंयुताः । अष्टार्णोऽयं मनुश्चाष्टप्रकृत्यात्मा समीरितः ॥ २१ ॥

À partir du mantra de douze syllabes, associé aux Douze Ādityas, est aussi proclamé ce mantra de huit syllabes : sa nature même est la Prakṛti octuple.

Verse 22

तासामात्मचतुष्कस्य योगादर्काक्षरो भवेत् । ललाटकुक्षिहृत्कंठदक्षपार्श्वांसकेषु च ॥ २२ ॥

Par la conjonction yogique de ces éléments avec le quadruple principe intérieur (ātma-catuṣka), naît la syllabe « arka » ; puis, par le nyāsa, on la place sur le front, le ventre, le cœur, la gorge, ainsi que sur le flanc droit et l’épaule.

Verse 23

गले च वामपार्श्वांसगलपृष्टेष्वनंतरम् । ककुद्यपि न्यसेन्मंत्री मूर्तीर्द्वादश वै क्रमात् ॥ २३ ॥

Ensuite, sur la gorge, sur le flanc gauche, sur l’épaule, puis sur l’arrière de la gorge ; et aussi sur le kakudya (le haut du dos). Le pratiquant connaissant le mantra doit accomplir le nyāsa des douze formes divines (mūrti), selon l’ordre prescrit.

Verse 24

धात्रा तु केशवं न्यस्यार्यम्ण नारायणं पुनः । मित्रेण माधवं न्यस्य गोविंदं वरुणेन च ॥ २४ ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa : placer Keśava avec Dhātṛ ; de nouveau, Nārāyaṇa avec Aryaman ; placer Mādhava avec Mitra, et aussi Govinda avec Varuṇa.

Verse 25

विष्णुं चैवांशुना युक्तं भगेन मधुसूदनम् । न्यसेद्विवस्वता युक्तं त्रिविक्रममतः परम् ॥ २५ ॥

Qu’on place (par nyāsa) Viṣṇu avec Aṃśu ; et Madhusūdana avec Bhaga. Ensuite, qu’on place Trivikrama avec Vivasvat (le Soleil).

Verse 26

वामनं च तथाद्रण पूष्णा श्रीधरमेव च । हृषीकेशं न्यसेत्पश्चात्पर्जन्येन समन्वितम् ॥ २६ ॥

Ensuite, qu’on place (par nyāsa) Vāmana, et de même Draṇa ; puis Pūṣan et aussi Śrīdhara. Après cela, qu’on place Hṛṣīkeśa avec Parjanya.

Verse 27

त्वष्ट्रा युतं पद्मनाभं दामोदरं च विष्णुना । द्वादसार्णं ततो मंत्रं समस्ते शिरसि न्यसेत् ॥ २७ ॥

Ensuite, l’on doit accomplir le nyāsa en déposant sur la tête le mantra de douze syllabes, en invoquant Padmanābha avec Tvaṣṭṛ, et Dāmodara avec Viṣṇu.

Verse 28

व्यापकं विन्यसेत्पश्चात्किरीटमनुना सुधीः । ध्रुवःकिरीटकेयूरहारांते मकरेतिच ॥ २८ ॥

Ensuite, le sage doit accomplir le nyāsa vyāpaka, qui pénètre tout; puis, avec le mantra de la couronne, poser la couronne. Qu’il fixe aussi les mantras de Dhruva, de la couronne, des bracelets de bras (keyūra) et, à l’extrémité du collier, le « Makara » également.

Verse 29

कुंडलांते चक्रशंखगदांतेंऽभोजहस्ततः । पीतांबरांते श्रीवत्सां कितवक्षः स्थलेति च ॥ २९ ॥

On Le décrit portant des boucles d’oreilles; tenant le disque, la conque et la massue; un lotus en main; vêtu de jaune; et marqué du Śrīvatsa, signe sacré sur Sa poitrine.

Verse 30

श्रीभूमिसहितस्वात्मज्योतिर्द्वयमतः परम् । वदेद्दीप्तिकरायांति सहस्रादित्यतेजसे ॥ ३० ॥

Qu’on proclame la Réalité suprême comme la double radiance intérieure, avec Śrī et Bhūmi. Par cette parole, le dispensateur d’éclat atteint la splendeur de mille soleils.

Verse 31

नमोंतो बाणषङ्वर्णैः किरीटमनुरीरितः । एवं न्यासविधिं कृत्वा ध्यायेन्नारायणं विभुम् ॥ ३१ ॥

Le mantra de la couronne est énoncé selon l’ordre des syllabes, commençant par « namo » et avec l’ensemble des lettres « bāṇa » et « ṣaṅ ». Ainsi, après avoir accompli la méthode du nyāsa, qu’on médite sur Nārāyaṇa, le Seigneur qui pénètre tout.

Verse 32

उद्यत्कोट्यर्कसदृशं शंखं चक्रं गदांबुजम् । दधतं च करैर्भूमिश्रीभ्यां पार्श्वद्वयांचितम् ॥ ३२ ॥

Tenant dans Ses mains la conque, le disque, la massue et le lotus—rayonnant comme l’aurore de dix millions de soleils—Il se tient, paré de part et d’autre par Bhūmi (la Terre) et Śrī (Lakṣmī).

Verse 33

श्रीवत्सवक्षसं भ्राजत्कौस्तुभामुक्तकन्धरम् । हारकेयूरवलयांगदं पीतांबरं स्मरेत् ॥ ३३ ॥

Qu’on médite sur le Seigneur dont la poitrine porte la marque de Śrīvatsa, dont le cou est orné du joyau Kaustubha resplendissant; paré de collier, d’armilles, de bracelets et d’ornements du bras, et vêtu du vêtement jaune (pītāmbara).

Verse 34

वर्णलक्षं जपेन्मंत्रं विधिवन्नियतेंद्रियः । प्रथमेन तु लक्षेण स्वात्मशुद्धिर्भवेद् ध्रुवम् ॥ ३४ ॥

Les sens maîtrisés et selon la règle prescrite, qu’on répète le mantra jusqu’à un lakh (100 000) de syllabes; et par ce premier lakh, la purification de l’âme intérieure s’accomplit assurément.

Verse 35

लक्षद्वयजपेनाथ मंत्रशुद्धिमवाप्नुयात् । लक्षत्रयेण जप्तेन स्वर्लोकमधिगच्छति ॥ ३५ ॥

Par la récitation de deux lakhs (200 000), on obtient la purification du mantra; et par la récitation de trois lakhs (300 000), on parvient à Svarga-loka, le monde céleste.

Verse 36

विष्णोः समीपमाप्नोति वेदलक्षजपान्नरः । तथा च निर्मलं ज्ञानं पंचलक्षजपाद्भवेत् ॥ ३६ ॥

En répétant le Veda cent mille fois (un lakh), l’homme obtient la proximité de Viṣṇu; et de même, par cinq lakhs (500 000) de répétitions, surgit une connaissance pure, sans tache.

Verse 37

लक्षषष्टेन चाप्नोति मंत्री विष्णौ स्थिरा मतिम् । सप्तलक्षजपान्मंत्री विष्णोः सारूप्यमाप्नुयात् ॥ ३७ ॥

Par cent soixante mille répétitions, le pratiquant du mantra obtient une intelligence ferme, établie en Viṣṇu ; et par sept cent mille répétitions, il atteint le sārūpya, la ressemblance avec Viṣṇu.

Verse 38

अष्टलक्षं जपेन्मंत्री निर्वाणमधिगच्छति । एवं जप्त्वा ततः प्राज्ञो दशांशं सरसीरुहैः ॥ ३८ ॥

Le pratiquant qui récite le mantra huit cent mille fois atteint le nirvāṇa (la délivrance). Après avoir ainsi achevé le japa, le sage doit offrir un dixième en rite final, avec des fleurs de lotus.

Verse 39

मधुराक्तैः प्रजुहुयात्संस्कृते हव्यवाहने । मंडूकात्परतत्वांतं पीठे संपूज्य यत्नतः ॥ ३९ ॥

Qu’il verse des oblations mêlées de douceurs dans le feu (Agni) dûment consacré. Puis, sur le pīṭha (siège rituel), qu’il adore avec soin, depuis le Maṇḍūka (support) jusqu’au Paratattva, le Principe Suprême.

Verse 40

विमलोत्कर्षिणी ज्ञाना क्रिया योगा ततः परा । प्रह्वी सत्या तथेशाननुग्रहा नवमी मता ॥ ४० ॥

La neuvième śakti (énergie) est tenue pour être : Vimalotkarṣiṇī, Jñānā, Kriyā, Yogā, puis Parā ; ainsi Prahvī, Satyā, et aussi Īśāna-anugrahā, la grâce du Seigneur.

Verse 41

तारो नमनो भगवते विष्णवे सर्वभू ततः । तात्मने वासुदेवाय सर्वात्मेति पदं वदेत् ॥ ४१ ॥

Qu’on prononce la syllabe « tāra » (Oṁ), puis « namanaḥ » ; ensuite : « au Seigneur bienheureux Viṣṇu » ; puis « sarvabhū » ; ensuite « tātmane » (à ce Soi) ; « à Vāsudeva » ; et enfin le mot « Sarvātmā » — « le Soi de tous ».

Verse 42

संयोगयोगपद्मांते पीठाय हृदयांतिमः । षड्विंशदक्षरः पीठमंत्रोऽनेनासनं दिशेत् ॥ ४२ ॥

À la fin de la formule du Saṃyoga‑yoga Padma, qu’on ajoute la syllabe finale du Hṛdaya‑mantra pour le pīṭha. Ce pīṭha‑mantra, composé de vingt‑six syllabes, sert à établir et consacrer l’āsana, le siège rituel.

Verse 43

मूर्तिं संकल्प्य मूलेन तस्यामावाह्य पूजयेत् । आदौ चांगानि संपूज्य मंत्राणां केशरेषु च ॥ ४३ ॥

Après avoir formé en pensée l’image de la Divinité par le mūla‑mantra, qu’on l’y invoque (āvāhana) et qu’on l’adore. D’abord, qu’on honore pleinement les aṅgas (membres auxiliaires), puis les mantras dans leurs « pétales », c’est‑à‑dire aux places assignées du lotus rituel.

Verse 44

प्रागादिदिग्दले वासुदेवं संकर्षणं तथा । प्रद्युम्नमनिरुद्धं च शक्तीः कोणेष्वथार्चयेत् ॥ ४४ ॥

Sur les pétales correspondant aux directions, en commençant par l’est, qu’on adore Vāsudeva, ainsi que Saṅkarṣaṇa, Pradyumna et Aniruddha; puis qu’on adore leurs Śaktis dans les angles intermédiaires.

Verse 45

शांतिं श्रियं सरस्वत्या रतिं संपूजयेत्क्रमात् । हेमपीततमालेंद्रनीलाभाः पीतवाससः ॥ ४५ ॥

Dans l’ordre prescrit, qu’on adore Śānti (Paix), Śrī (Prospérité), Sarasvatī (Savoir) et Rati (Délice). Leurs teintes sont celles de l’or, du jaune, du bleu sombre du tamāla et de l’indigo, et elles sont vêtues de jaune.

Verse 46

चतुर्भुजाः शंखचक्रगदांभघोजधरा इमे । सितकांचनगोदुग्धदूर्वावर्णाश्च शक्तयः ॥ ४६ ॥

Ces Śaktis ont quatre bras, portant la conque (śaṅkha), le disque (cakra), la massue (gadā) et le lotus (padma). Leurs teintes sont comme le blanc, l’or, le lait de vache et la couleur de l’herbe dūrvā.

Verse 47

दलाग्रेषु चक्रशंखगदापंकजकौस्तुभान् । पूजयेन्मुसलं खङ्गं वनमालां यथाक्रमात् ॥ ४७ ॥

Aux pointes des pétales, qu’on vénère selon l’ordre le Disque, la Conque, la Masse, le Lotus et le joyau Kaustubha; puis, de même, l’Araire, l’Épée et la Guirlande des forêts (Vanamālā), l’un après l’autre.

Verse 48

रक्ताजपीतकनकश्यामकृष्णासितार्जुनान् । कुंकुमाभं समभ्यर्च्येद्वहिरग्रे खगेश्वरम् ॥ ४८ ॥

Après avoir dûment adoré, devant le feu sacrificiel, le Seigneur des oiseaux—rayonnant comme le safran (kuṅkuma)—, qu’on offre (ou emploie) les variétés : rouge, jaune fauve, dorée, sombre, noire, bleuâtre et du type Arjuna, selon le rite.

Verse 49

पार्श्वयोः पूजयेत्पश्चांखपद्मनिधी क्रमात् । मुक्तामाणिक्यसंकाशौ पश्चिमे ध्वजमपर्चयेत् ॥ ४९ ॥

Ensuite, sur les deux côtés, qu’on vénère successivement les deux trésors (Nidhis), Śaṅkha et Padma. À l’ouest, brillant comme perles et rubis, qu’on adore l’Étendard (Dhvaja).

Verse 50

रक्तं विघ्नं तथाग्नेये श्याममार्यं च राक्षसे । दुर्गां श्यामां वायुकोणे सेनान्यं पीतमैश्वरे ॥ ५० ॥

Dans l’angle du sud-est (Agni), qu’on place la forme rouge nommée Vighna. Dans l’angle du sud-ouest (Rākṣasa), qu’on place Śyāma et Ārya. Dans l’angle du nord-ouest (Vāyu), qu’on place Durgā et Śyāmā. Dans l’angle du nord-est (Īśāna), qu’on place la forme jaune nommée Senānī.

Verse 51

लोकेशा नायुधैर्युक्तान्बहिः संपूजयेत्सुधीः । एवमावरणैर्युक्तं योऽर्चजयेद्विष्णुमव्ययम् ॥ ५१ ॥

Le sage doit, à l’extérieur (du sanctuaire principal), honorer comme il se doit les Seigneurs des mondes, sans les représenter armés. Ainsi, quiconque adore l’impérissable Viṣṇu avec ces enceintes d’entourage (āvaraṇas) accomplit un culte plein et conforme.

Verse 52

भुक्त्वेहसकलान्भोगानंते विष्णुपदं व्रजेत् । क्षेत्रधान्यसुवर्णानां प्राप्तये धारणीं स्मरेत् ॥ ५२ ॥

Après avoir goûté ici-bas à toutes les jouissances désirables, on gagne finalement le Viṣṇupada, la demeure de Viṣṇu. Pour obtenir terres, grains et or, qu’on se souvienne et récite la dhāraṇī.

Verse 53

देवीं दूर्वादलश्यामां दधानां शालिमंजरीम् । चिंतयेद्भारतीं देवीं वीणापुस्तकधारिणीम् ॥ ५३ ॥

Qu’on médite sur la Déesse Bhāratī : sombre comme les brins d’herbe dūrvā, tenant une gerbe d’épis de riz, et portant la vīṇā ainsi qu’un livre.

Verse 54

दक्षिणे देवदेवस्य पूर्णचंद्रनिभाननाम् । क्षीराब्धिफेनपुंजाभे वसानां श्वेतवाससी ॥ ५४ ॥

À la droite du Dieu des dieux se tient une Dame au visage semblable à la pleine lune ; elle resplendit comme un amas d’écume de l’Océan de Lait et est vêtue de blanc.

Verse 55

भारत्या सहितं यो वै ध्यायेद्द्वेवं परात्परम् । वेदवेदार्थतत्त्वज्ञो जायते सर्ववित्तमः ॥ ५५ ॥

Quiconque médite véritablement sur cette Réalité suprême, avec Bhāratī, devient connaisseur de l’essence du Veda et de son sens, et naît comme le plus éminent parmi les omniscients.

Verse 56

नारसिंहमिवात्मानं देवं ध्यात्वातिभैरवम् । शश्त्रं संमंत्र्य मंत्रेण शब्रून्हत्वा निवर्तते ॥ ५६ ॥

En méditant sur la Divinité d’une terribilité suprême, manifestée comme Narasiṃha, et en consacrant l’arme par le mantra, on abat les ennemis hostiles puis l’on se retire.

Verse 57

नारसिंहेन बीजेन मंत्रं संयोज्य साधकः । शतमष्टोत्तरं जपत्वा वामहस्ताभिमंत्रिताः ॥ ५७ ॥

Ayant uni le mantra à la syllabe-semence de Nṛsiṃha (Nṛsiṃha-bīja), le sādhaka doit le réciter cent huit fois ; alors, les objets consacrés par la main gauche sont dûment investis de puissance.

Verse 58

पुनः पुनरपः सिंचेत्सर्पदष्टोऽपि जीवति । गारुडेन च संयोज्य पंचार्णेन जपेत्तदा ॥ ५८ ॥

Qu’on asperge d’eau encore et encore : même celui qui a été mordu par un serpent peut survivre. Puis, en l’unissant au mantra protecteur de Garuḍa, qu’on récite alors le mantra de cinq syllabes.

Verse 59

निर्विषीकरणे ध्यायेद्विष्णुं गरुडवाहनम् । अशोकफलके तार्क्ष्यमालिख्याशोकसंहतौ ॥ ५९ ॥

Pour neutraliser le poison, qu’on médite sur Viṣṇu, le Seigneur monté sur Garuḍa ; et, sur une tablette de bois d’aśoka, qu’on dessine Tārkṣya (Garuḍa) puis qu’on le lie d’une touffe ou guirlande d’aśoka (fleurs ou feuilles).

Verse 60

अशोकपुष्पैः संपूज्य भगवंतं तदग्रतः । जुहुयात्तानि पुष्पाणि त्रिसंध्यं सप्तपत्रकम् ॥ ६० ॥

Après avoir honoré comme il se doit le Bhagavān avec des fleurs d’aśoka, en Sa présence même qu’on offre ces fleurs dans le feu rituel—trois fois par jour, aux trois sandhyās—au moyen de l’offrande saptapatraka (à sept feuilles).

Verse 61

प्रत्यक्षो जायते पक्षी वरमिष्टं प्रयच्छति । गाणपत्येन संयोज्य जपेल्लक्षं पयोव्रतः ॥ ६१ ॥

Un oiseau se manifeste alors directement et accorde le bienfait désiré. En l’unissant à la pratique gaṇapatya, celui qui observe le vœu du lait (payo-vrata) doit accomplir un lakh, c’est-à-dire cent mille répétitions du mantra.

Verse 62

महागणपतिं देवं प्रत्यक्षमिह पश्यति । वाणिबीजेन संयुक्तं षण्मासं योजयेन्नरः ॥ ६२ ॥

Ici même, en cette vie, il contemple directement le dieu Mahāgaṇapati. Qu’un homme le pratique durant six mois, conjointement au bīja-mantra de Vāṇī (la Parole/Sarasvatī).

Verse 63

महाकविवरो भूत्वा मोहयेत्सकलं जगत् । हुत्वा गुङ्चीशकलान्यर्द्धागुलमितानि च ॥ ६३ ॥

Devenu un grand poète d’exception, il peut enchanter le monde entier—en offrant dans le feu sacré (homa) des fragments de graines de guñcī, chacun mesuré à une demi-largeur de doigt.

Verse 64

दधिमध्वाज्ययुक्तानि मृत्युं जयति साधकः । शनैश्वर दिने सम्यक् स्पृष्ट्वा श्वत्थं च पाणिना ॥ ६४ ॥

Par des offrandes préparées avec caillé, miel et ghee, le pratiquant triomphe de la mort ; et, le jour de Śanaiśvara (samedi), en touchant correctement de la main l’aśvattha sacré (pipal), il obtient cette victoire.

Verse 65

जप्त्वा चाष्टशतं युद्धे ह्यपमृत्युं जयत्यसौ । पञ्चविंशतिधा जप्त्वा नित्यं प्रातः पिबेज्जलम् ॥ ६५ ॥

En le récitant cent huit fois au combat, il triomphe réellement de la mort prématurée (apamṛtyu). Et après l’avoir récité vingt-cinq fois, qu’il boive de l’eau chaque matin, quotidiennement.

Verse 66

सर्वपापविनिर्मुक्तो ज्ञानवान् रोगवर्जितः । कुंभं संस्थाप्य विधिवदापूर्य शुद्धवारिणा ॥ ६६ ॥

Délivré de tous les péchés—sage et indemne de maladie—qu’il installe selon le rite le kumbha (vase d’eau rituel) et le remplisse, conformément à la règle, d’eau purifiée.

Verse 67

जप्त्वायुतं ततस्तेनाभिषेकः सर्वरोगनुत् । चंद्रसूर्योपरागे तु ह्युपोष्याष्टसहस्रकम् ॥ ६७ ॥

Après l’avoir récité dix mille fois, qu’on accomplisse l’abhiṣeka avec cela ; il dissipe toutes les maladies. Et lors d’une éclipse de lune ou de soleil, après avoir jeûné, qu’on fasse huit mille récitations.

Verse 68

स्पृष्ट्वा ब्राह्मीधृतं जप्त्वा पिबेत्साधकसत्तमः । मेधां कवित्वं वाक्सिद्धिं लभते नात्र संशयः ॥ ६८ ॥

Après avoir touché le ghee imprégné de brāhmī et récité le mantra, le meilleur des sādhakas doit le boire ; il obtient l’intelligence, l’éclat poétique et la vāk-siddhi, la maîtrise de la parole — sans aucun doute.

Verse 69

जुहुयादयुतं विल्वैर्महाधनपतिर्भवेत् । नारायणस्य मन्त्रोऽयं सर्वमंत्रोत्तमोत्तमः ॥ ६९ ॥

Si l’on offre dix mille oblations au homa avec des feuilles de bilva, on devient un grand seigneur de la richesse. Ce mantra de Nārāyaṇa est le plus excellent de tous les mantras, le suprême entre les suprêmes.

Verse 70

आलयः सर्वसिद्धीनां कथितस्तव नारद । नारायणाय शब्दांते विद्महे पदमीरयेत् ॥ ७० ॥

Ô Nārada, tu as dit que cette formule sacrée est la demeure de toutes les siddhi. À la fin de l’énoncé, qu’on prononce le mot « vidmahe », puis qu’on récite le pada (la formule finale) pour Nārāyaṇa.

Verse 71

वासुदेवपदं ङेंतं धीमहीति ततो वदेत् । तन्नो विष्णुः प्रचोवर्णान्संवदेञ्चोदयादिति ॥ ७१ ॥

Ensuite, qu’on prononce l’expression « le pada de Vāsudeva », puis qu’on récite : « dhīmahi », “nous méditons”. Que ce Viṣṇu pousse et illumine nos syllabes et leur juste articulation ; qu’Il inspire notre parole.

Verse 72

एषोक्ता विष्णुगायत्री सर्वपापप्रणाशिनी । तारो हृद्भगवान् ङेंतो वासुदेवाय कीर्तितः ॥ ७२ ॥

Ainsi a été enseignée la Viṣṇu-Gāyatrī, qui détruit tous les péchés. La syllabe sacrée ‘tāra’ (Oṁ) est le Seigneur dans le cœur, et elle est proclamée pour Vāsudeva.

Verse 73

द्वादशार्णो महामन्त्रो भुक्तिमुक्तिप्रदायकः । स्त्रीशूद्राणां वितारोऽयं सतारस्तु द्विजन्मनाम् ॥ ७३ ॥

Le grand mantra de douze syllabes accorde à la fois la jouissance du monde et la délivrance. Pour les femmes et les Śūdras, il doit être transmis sans le praṇava (le ‘tāra’) ; mais pour les deux-fois-nés, il est enseigné avec le tāra.

Verse 74

प्रजापतिर्मुनिश्चास्य गायत्री छन्द ईरितः । देवता वासुदेवस्तु बीजं शक्तिर्ध्रुवश्च हृत् ॥ ७४ ॥

Pour ce mantra, Prajāpati est déclaré ṛṣi (voyant), Gāyatrī le chandas (mètre), et Vāsudeva la devatā (divinité présidante). Son bīja (syllabe-semence) et sa śakti (puissance) sont énoncés, et Dhruva est à placer dans le cœur (hṛd) comme clé de soutien.

Verse 75

चन्द्राक्षिवेदपञ्चर्णैः समस्तेनांगकल्पनम् । मूर्ध्नि भाले दृशोरास्ये गले दोर्हृदये पुनः ॥ ७५ ॥

Avec l’ensemble complet de la formule à cinq syllabes—« candra, akṣi, veda » (c’est-à-dire le mantra pañcārṇa)—on doit accomplir la pose (aṅga-kalpanā/nyāsa) sur les membres : sur la tête, sur le front, sur les yeux, sur la bouche, sur la gorge, sur les bras, puis de nouveau sur le cœur.

Verse 76

कुक्षौ नाभौ ध्वजे जानुद्वये पादद्वये तथा । न्यासेत्क्रमान् मन्त्रवर्णान्सृष्टिन्यासोऽयमीरितः ॥ ७६ ॥

On doit placer, dans l’ordre prescrit, les syllabes du mantra sur le ventre, sur le nombril, sur la région génitale, sur les deux genoux et sur les deux pieds. Cela est déclaré être le « sṛṣṭi-nyāsa », l’installation selon l’ordre de la création.

Verse 77

हृदादिमस्तकांतं तु स्थितिन्यासं प्रचक्षते । पादादारभ्य मूर्द्धानं न्यासं संहारकं विदुः ॥ ७७ ॥

Ils déclarent que le nyāsa, la pose sacrée accomplie du cœur jusqu’au sommet de la tête, est le nyāsa du maintien (sthiti). Mais le nyāsa exécuté en partant des pieds et en montant jusqu’à la tête est connu comme le nyāsa du retrait et de la dissolution (saṃhāra).

Verse 78

तत्त्वन्यासं ततः कुर्यात्सर्वतंत्रेषु गोपितम् । बीवं प्राणं तथा चित्तं हृत्पद्मं सूर्यमण्डलम् ॥ ७८ ॥

Ensuite, qu’on accomplisse le tattva-nyāsa—tenu secret dans tous les Tantras—en plaçant intérieurement la syllabe-semence (bīja), le souffle vital (prāṇa), l’esprit (citta), le lotus du cœur et l’orbe solaire (sūrya-maṇḍala).

Verse 79

चन्द्राग्निमण्डले चैव वासुदेवं ततः परम् । संकर्षणं च प्रद्युम्नमनिरुद्धं ततः परम् ॥ ७९ ॥

Dans les sphères de la lune et du soleil également, qu’on contemple Vāsudeva comme le Suprême. Au-delà se tiennent Saṅkarṣaṇa et Pradyumna, et au-delà d’eux encore se tient Aniruddha comme le Suprême.

Verse 80

नारायणं चक्रमतस्तत्त्वानि द्वादशैव तु । मूलार्णहृत्परायाद्यमात्मने हृदयांतिमम् ॥ ८० ॥

Pour Nārāyaṇa—le Seigneur qui porte le disque (cakra)—il existe en vérité douze principes (tattva). Depuis la syllabe racine (mūla-arṇa) jusqu’à l’essence la plus intime du cœur, ils sont tous orientés vers l’Ātman, le Soi.

Verse 81

तत्त्वे नाम समुञ्चर्य्य न्यसेन्मूर्द्धादिषु क्रमात् । पूर्वोक्तं ध्यानमत्रापि भानुलक्षजपो मनोः ॥ ८१ ॥

Après avoir rassemblé le Nom divin dans son principe (tattva), qu’on accomplisse le nyāsa sur la tête et les autres membres selon l’ordre prescrit. Ici encore, qu’on pratique la méditation décrite plus haut et qu’on répète le mantra cent mille fois (japa).

Verse 82

तदृशांशं तिलैराज्यलोलितैर्हवनं चरेत् । पीठे पूर्वोदिते मन्त्री मूर्ति संकल्प्य मूलतः ॥ ८२ ॥

Qu’il accomplisse le havana (oblation au feu) avec la part prescrite, en offrant des graines de sésame imprégnées de ghee. Puis, sur le pīṭha (autel) décrit auparavant, le connaisseur des mantras doit, dès la base même, former le saṅkalpa et établir intérieurement la forme de la Divinité.

Verse 83

तस्यामावाह्य देवेशं वासुदेवं प्रपूजयेत् । अङ्गानि पूर्वमभ्यर्च्य वासुदेवादिकास्ततः ॥ ८३ ॥

Après avoir invoqué (āvāhana) sur ce siège le Seigneur des dieux—Vāsudeva—qu’on Le vénère avec une révérence totale. D’abord, qu’on honore selon le rite Ses membres (aṅga/nyāsa), puis qu’on adore Vāsudeva et les autres formes qui Lui sont associées.

Verse 84

शांत्यादिशक्तयः पूज्याः प्राग्वद्दिक्षु विदिक्षु च । तृतीयावरणे पूज्याः प्रोक्ता द्वादश मूर्तयः ॥ ८४ ॥

Les Śakti commençant par Śānti doivent être honorées, comme précédemment, dans les directions cardinales et intermédiaires. Dans la troisième enceinte (āvaraṇa), qu’on vénère les douze mūrti qui ont été exposées.

Verse 85

इंद्राद्यानायुधैर्युक्तान् पूजयेद्धरणीगृहे । एवमावरणैरिष्ट्वा पञ्चभिर्विष्णुमव्ययम् ॥ ८५ ॥

Dans l’enceinte sanctifiée sur le sol (dharaṇī-gṛha), qu’on vénère Indra et les autres divinités avec leurs armes. Ainsi, après avoir honoré les cinq āvaraṇa, on adore Viṣṇu, l’Immuable et impérissable (avyaya).

Verse 86

प्राप्नुयात्सकलानर्थानन्ते विष्णुपदे व्रजेत् । पुरुषोत्तमसंज्ञस्य विष्णोर्भेदचतुष्टयम् ॥ ८६ ॥

Il obtient tous les buts désirés et, à la fin, se rend à la demeure de Viṣṇu (Viṣṇu-pada). Telle est la distinction quadruple de Viṣṇu, connu sous le nom de Puruṣottama.

Verse 87

त्रैलोक्यमोहनस्तेषां प्रथमः परिकीर्तितः । श्रीकरश्च हृषीकेशः कृषअणश्चात्र चतुर्थकः ॥ ८७ ॥

Parmi ces noms, le premier est proclamé « Trailokya-mohana », l’Enchanteur des trois mondes. Viennent ensuite Śrīkara et Hṛṣīkeśa ; et ici Kṛṣṇa est mentionné comme le quatrième.

Verse 88

तारः कामो रमा पश्चान् ङेंतः स्यात्पुरुषोत्तमः । वर्मास्त्राण्यग्निप्रियांतो मन्त्रो वह्नीन्दुवर्णवान् ॥ ८८ ॥

Ensuite (qu’on prononce) Tāra, Kāma et Ramā ; puis, en terminant par la nasale « ṅeṃta », cela devient (un mantra de) Puruṣottama. Ce mantra est cuirassé de formules protectrices et de mantras-armes, s’achève par « Agni-priyā » et est décrit comme ayant l’éclat du feu et de la lune.

Verse 89

ब्रह्मा मुनिः स्याद्गायत्री छन्दः प्रोक्तोऽथ देवता । पुरुषोत्तमसंज्ञोऽत्र बीजशक्तीस्मरंदिरे ॥ ८९ ॥

Ici, Brahmā est dit être le ṛṣi (le voyant) ; le mètre est déclaré être le Gāyatrī ; et la divinité présidante est nommée Puruṣottama. Dans (ce mantra), le bīja, la śakti et le smara (kīlaka/principe de verrou) doivent aussi être compris comme établis à leur juste place.

Verse 90

भूचंद्रैकरसाक्ष्यक्षिमंत्रवर्णोर्विभागतः । कृत्वांगानि ततो ध्यायेद्विधिवत्पुरुषोत्तमम् ॥ ९० ॥

Après avoir assigné les lettres du mantra aux membres du corps selon la juste répartition (nyāsa), on doit ensuite, selon le rite prescrit, méditer sur Puruṣottama.

Verse 91

समुद्यदादित्यनिभं शंखचक्रगदांबुजैः । लसत्करं पीतवस्रं स्मरेच्छ्रीपुरुषोत्तमम् ॥ ९१ ॥

Qu’on médite sur Śrī Puruṣottama—resplendissant tel le soleil levant—dont les mains lumineuses portent la conque, le disque, la massue et le lotus, et qui est vêtu de vêtements jaunes.

Verse 92

महारत्नौघखचितस्फुरत्तोरणमंडपे । मौक्तिकौघशमदमविराजितवितानके ॥ ९२ ॥

Dans ce pavillon, les arcs étincelants du portail étaient incrustés d’amas de grandes gemmes, et le dais, magnifiquement orné de monceaux de perles, rayonnait d’une splendeur sacrée.

Verse 93

नृत्यद्देवांगनावृंदक्वणात्किंकिणिनूपुरे । लसन्माणिक्यवेद्यां तु दीत्पार्कायुततेजसि ॥ ९३ ॥

Là retentissait le tintement des petites clochettes aux chevilles des troupes de nymphes célestes dansant; et sur une estrade rayonnante, incrustée de rubis étincelants, tout brillait de l’éclat de dix millions de soleils.

Verse 94

वृंदारकव्रातकिरीटाग्ररत्नाभिचर्चिते । नवलक्षं जपेन्मंत्रं जुहुयात्तद्दशांशतः ॥ ९४ ॥

Devant cette Forme divine, honorée même par la gemme au faîte des couronnes des multitudes célestes, on doit réciter le mantra en japa neuf lakhs (neuf cent mille) fois; puis offrir au feu des oblations correspondant au dixième de ce total.

Verse 95

उत्फुल्लैः कमलैः पीठे पूर्वोक्ते वैष्णवेऽर्चयेत् । एवमाराध्य देवेशं प्राप्नोति महतीं श्रियम् ॥ ९५ ॥

Sur le pīṭha vaiṣṇava décrit plus haut, qu’on adore avec des lotus pleinement épanouis. Ainsi, en apaisant Devesa, Seigneur des devas, on obtient une grande śrī, prospérité et grâce en abondance.

Verse 96

पुत्रान्पौत्रान्यशः कांतिं भुक्तिं मुक्तिं च विंदति । उत्तिष्टेति पदं पश्चाच्छ्रीकराग्निप्रियांतिमः ॥ ९६ ॥

Il obtient fils et petits-fils, renommée, éclat, jouissance du monde, et même la délivrance (mukti). Ensuite, l’énoncé conclusif est le mot « uttiṣṭha » (« Lève-toi ! »), particulièrement cher à Śrīkara et à Agnipriya.

Verse 97

अष्टार्णोऽस्य मुनिर्व्यासः पंक्तिश्छंद उदाहृतम् । श्रीकाराख्यो हरिः प्रोक्तो देवता सकलेष्टदः ॥ ९७ ॥

Ceci est un mantra de huit syllabes : son ṛṣi (voyant) est le sage Vyāsa, son mètre est déclaré Paṅkti, et sa divinité présidente est Hari, nommé « Śrī-kāra » (le Seigneur associé à Śrī). Il accorde toutes les perfections désirées.

Verse 98

भीषयद्वितयं हृत्स्यात् त्रासयद्वितयं शिरः । शिखा प्रमर्द्दयद्वंद्वं वर्म प्रध्वंसयद्वयम् ॥ ९८ ॥

La paire dite « bhīṣayat » doit être appliquée au cœur ; la paire dite « trāsayat » à la tête. La double marque nommée « śikhā-pramarddya » s’applique sur la touffe du sommet (chignon), et la paire dite « varma-pradhvaṃsaya » s’applique également.

Verse 99

अस्रं रक्षद्वयं सर्वे हुमंताः समुदीरिताः । मस्तके नेत्रयोः कंठहृदये नाभिदेशके ॥ ९९ ॥

Toutes les formules protectrices « astra » —avec la double protection— doivent être récitées avec l’exclamation « hum » ; puis appliquées (en nyāsa protecteur) sur la tête, les yeux, la gorge, le cœur et la région du nombril.

Verse 100

ऊरूजंघांयुग्मेषु मंत्रवर्णान्क्रमान्न्यतसेत् । ततः पुरुषसूक्तोक्तमंत्रैर्न्यासं समाचरेत् ॥ १०० ॥

Sur les cuisses et les jambes (par paires), on doit placer (nyāsa) les syllabes du mantra dans leur ordre juste. Ensuite, on accomplira dûment le nyāsa au moyen des mantras énoncés dans le Puruṣa Sūkta.

Verse 101

मुखे न्यसेद्ब्राह्मणोऽस्य मुखमासीदिमं मनुम् । बाहुयुग्मे तथा बाहूंराजन्य इति विन्यसेत् ॥ १०१ ॥

On doit accomplir le nyāsa sur la bouche avec le mantra « brāhmaṇaḥ asya mukham āsīt » ; et de même, sur la paire de bras, placer le nyāsa avec le mantra « bāhū rājanyaḥ ».

Verse 102

ऊरू तदस्य यद्वैश्य इममूरुद्वये न्यसेत् । न्यसेत्पादद्वये मंत्री पद्भ्यां शूद्रो अजायत ॥ १०२ ॥

Que le Vaiśya soit placé sur Ses deux cuisses, oui, sur ces deux cuisses. Que le mantrī soit placé sur Ses deux pieds ; des pieds naquit le Śūdra.

Verse 103

चक्रं शंखं गदां पद्मं कराग्रेष्वथ विन्यसेत् । एवं न्यासविधिं कृत्वा ध्यायेत्पूर्वोक्तमण्डपे ॥ १०३ ॥

Ensuite, par le nyāsa, qu’on place le cakra, la śaṅkha, la gadā et le padma sur le bout des doigts. Ayant ainsi accompli le nyāsa selon la règle, qu’on médite dans le maṇḍapa décrit plus haut.

Verse 104

अरुणाब्जासनस्थस्य तार्क्ष्यस्योपरि संस्थितम् । पूर्वोक्तरूपिणं देवं श्रीकरं लोकमोहनम् ॥ १०४ ॥

Assis sur un trône de lotus rougeoyant, établi au-dessus de Tārkṣya (Garuḍa), se tient ce Deva dont la forme fut décrite plus haut : dispensateur d’auspice et de prospérité, enchanteur des mondes.

Verse 105

ध्यात्वैवं पूजयेदष्टलक्षं मंत्री दशांशतः । रक्तांबुजैः समिद्भिश्च विल्वक्षीरिद्रुमोद्भवैः ॥ १०५ ॥

Après avoir ainsi médité, le pratiquant du mantra doit accomplir le culte jusqu’à huit lakṣas, puis offrir en oblation un dixième—avec des lotus rouges et des bûchettes issues du bilva et des arbres à sève lactée.

Verse 106

पयोऽन्नैः सर्पिषा हुत्वा प्रत्येकं सुसमाहितः । अश्वत्थोदुंबरप्लक्षवटाः क्षीरिद्रुमाः स्मृता ॥ १०६ ॥

Ayant offert au feu—pour chaque rite—du lait, du riz cuit et du ghee, avec une concentration parfaite, qu’on sache que l’aśvattha, l’udumbara, le plakṣa et le vaṭa sont tenus pour des arbres « à sève lactée » (kṣīrī).

Verse 107

पूजयेद्वैष्णवे पीठे मूर्तिं संकल्प्य मूलतः । अंगावरणदिक्पालहेतिभिः सहितं विभुम् ॥ १०७ ॥

Qu’on adore le Seigneur sur un piédestal vaiṣṇava, en concevant d’abord et en installant la Forme divine depuis sa base même ; puis qu’on vénère ce Seigneur omniprésent avec Ses membres, Ses enceintes d’accompagnement, les gardiens des directions et Ses armes divines.

Verse 108

इत्थं सिद्धे मनौ मत्री प्रयोगान्पूर्ववञ्चरेत् । तारो हृद्भगवान् ङेंतो वराहेति ततः परम् ॥ १०८ ॥

Ainsi, lorsque le mantra est parvenu à la perfection, le pratiquant doit en accomplir les applications selon l’ordre prescrit auparavant : d’abord la syllabe « tāra » (Oṃ), puis la formule « hṛt » (du cœur), ensuite « bhagavān », puis l’élément terminal « ṅeṃta », et après cela « varāha » (le Nom/la Forme de Varāha).

Verse 109

रूपाय भूर्भुवः स्वः स्याल्लोहितकामिका च ये । भूपतित्वं च मे देहि ददापय शुचिप्रिया ॥ १०९ ॥

Pour obtenir beauté et forme, qu’on récite les vyāhṛtis « bhūḥ, bhuvaḥ, svaḥ », ainsi que le rite/mantra nommé Lohitakāmikā. Accorde-moi la souveraineté d’un roi ; ô Śucipriyā, fais qu’elle me soit conférée.

Verse 110

रामाग्निवर्णो मंत्रोऽयं भार्गवोऽस्य मुनिर्मतः । छन्दोऽनुष्टुब्देवतादिवराहः समुदीरितः ॥ ११० ॥

Ce mantra est de la couleur (ou de la classe syllabique) « rāma » et « agni » ; son voyant (ṛṣi) est tenu pour Bhārgava. Son mètre est l’Anuṣṭubh, et sa divinité est Ādi-Varāha, le Sanglier primordial ; ainsi est-il proclamé.

Verse 111

एकदंष्ट्राय हृदयं व्योमोल्कायग शिरः स्मृतम् । शिखा तेजोऽधिपतये विश्वरूपाय वर्म च ॥ १११ ॥

Qu’on assigne le ‘hṛdaya’ (cœur) à Ekadaṃṣṭra ; la ‘śiras’ (tête) est dite appartenir à Vyomolkāyaga. Qu’on assigne la ‘śikhā’ (touffe du sommet) à Tejo’dhipati, et le ‘varma’ (armure protectrice) à Viśvarūpa.

Verse 112

महादंष्ट्राय चास्त्रं स्यात्पञ्चांगमिति कल्पयेत् । अथवा गिरिषट्सप्तबाणैर्वसुभिरक्षरैः ॥ ११२ ॥

Pour (la divinité) Mahādaṃṣṭrā, l’astra — le mantra de l’arme — doit être conçu comme une formule à cinq membres. Ou bien il peut être agencé au moyen des syllabes indiquées par les mots-codes numériques : giri (7), ṣaṭ (6), sapta (7), bāṇa (5) et vasu (8).

Verse 113

विभक्तैर्मंत्रवर्यस्य पञ्चागांनि प्रकल्पयेत् । ततौ ध्यायेदनेकार्कनिभमादिवराहकम् ॥ ११३ ॥

Après avoir divisé l’excellent mantra en ses parties, qu’on en dispose les cinq membres ; puis qu’on médite sur Ādi-Varāha, le Sanglier primordial, rayonnant comme de multiples soleils.

Verse 114

आं ह्रीं स्वर्णनिभं जान्वोरधो नाभेः सितप्रभम् । इष्टाभीतिगदाशंखचक्रशक्त्यसिखेटकान् ॥ ११४ ॥

Avec les syllabes-semences «āṃ» et «hrīṃ», qu’on médite ainsi : au-dessous des genoux, une teinte d’or ; du nombril vers le bas, une splendeur blanche. Et qu’on Le voie comme le Donateur des grâces désirées et de l’intrépidité, portant la massue, la conque, le disque, la lance (śakti), l’épée et le bouclier.

Verse 115

दधतं च करैर्दंष्ट्राग्रलसद्धरणिं स्मरेत् । एवं ध्यात्वा जपेल्लक्षं दशांशं सरसीरुहैः ॥ ११५ ॥

Qu’on se souvienne en méditation de Lui tenant la terre dans ses mains, la terre étincelant au bout de ses défenses. Après une telle contemplation, qu’on récite le mantra cent mille fois (un lakh) et qu’on en offre le dixième en oblation avec des fleurs de lotus.

Verse 116

मध्वक्तैर्जुहयात्पीठे पूर्वोक्ते वैष्णवे यजेत् । मूलेन मूर्तिं सङ्कल्प्य तस्यां सम्पूजयेद्विभुम् ॥ ११६ ॥

Sur l’autel vaiṣṇava (pīṭha) décrit plus haut, qu’on offre des oblations avec du miel et du ghee et qu’on accomplisse le culte. Par le mantra racine (mūla-mantra), qu’on établisse en pensée la forme du Seigneur ; puis, en cette forme, qu’on adore pleinement Vibhu, le Suprême omniprésent.

Verse 117

अङ्गावरणदिक्पालहेतियंत्रप्रसिद्धये । जपादेवावर्नि दद्याद्धनं धान्यं महीं श्रियम् ॥ ११७ ॥

Pour la réussite et l’efficacité reconnue des rites des membres de la Divinité, des enceintes protectrices, des gardiens des directions, des armes sacrées et des yantras—par le seul japa, la Divinité invoquée accorde richesse, grains, terres et prospérité.

Verse 118

सिंहार्के सितपक्षस्याष्टम्यां गव्येषु पञ्चसु । शिलां शुद्धां विनिक्षिप्य स्पृष्ट्वा तामयुतं जपेत् ॥ ११८ ॥

Lorsque le Soleil est en Lion, au huitième jour lunaire de la quinzaine claire, après avoir déposé une pierre purifiée dans les cinq produits de la vache, qu’on la touche et qu’on récite le mantra dix mille fois.

Verse 119

उदङ्मुखस्वतो मंत्री तां शिलां लिखनेद्भुवि । भूतप्रेताहिचौरादिकृतां बाधां निवारयेत् ॥ ११९ ॥

Tourné vers le nord, le pratiquant du mantra doit tracer cette pierre sur le sol ; elle écartera les afflictions causées par les bhūtas, les pretas, les serpents, les voleurs et autres semblables.

Verse 120

प्रातर्भृगुदिने साध्यभूतलान्मृदमाहरेत् । मंत्रितां मूलमंत्रेण विभजेत्तां त्रिधा पुनः ॥ १२० ॥

Le matin du jour de Bhṛgu (vendredi), qu’on recueille de la terre (argile) d’un lieu purifié. Après l’avoir consacrée par le mantra racine, qu’on la divise de nouveau en trois parts.

Verse 121

चुल्ल्यामेकं समालिप्याप्यपरं पाकभाजने । गोदुग्धे परमालोड्य शोधितांस्तंदुलान् क्षिपेत् ॥ १२१ ॥

Après avoir enduit et préparé le foyer, et disposé aussi un autre récipient pour la cuisson, qu’on baratte soigneusement le lait de vache puis qu’on y jette les grains de riz purifiés.

Verse 122

सम्यक् शुद्धे शुचिः केशे जपन्मंत्रं पचेञ्चरुम् । अवतार्य चरुं पश्चाद्वह्नौ देयं यथाविधि ॥ १२२ ॥

Après s’être purifié comme il convient et avoir gardé les cheveux propres, on doit cuire le caru, bouillie rituelle, tout en récitant le mantra. Puis, l’ayant retiré, on offrira ce caru dans le feu sacré selon la règle prescrite.

Verse 123

सम्पूज्य धूपदीपाद्यैः पश्चादाज्यप्लुतं चरुम् । जुहुयात्संस्कृते वह्नौ अष्टोत्तरशतं सुधीः ॥ १२३ ॥

Après avoir honoré dûment par l’encens, les lampes et autres offrandes, le sage doit verser dans le feu consacré le caru cuit, imprégné de ghee, en accomplissant cent huit oblations.

Verse 124

एवं प्रजुहुयान्मंत्री कविवारेषु सप्तसु । विरोधो नश्यति क्षेत्रे शत्रुचौराद्युपद्रवाः ॥ १२४ ॥

Ainsi, celui qui connaît le mantra doit accomplir l’oblation de cette manière durant sept jeudis. Alors la discorde dans le pays s’évanouit, et les troubles tels que les ennemis, les voleurs et autres cessent.

Verse 125

भानूदयेप्यारवारे साध्यक्षेत्रान्मृदं पुनः । आदाय पूर्वविधिना हविरापाद्य पूर्ववत् ॥ १२५ ॥

Même au lever du soleil, le jour d’Āravāra, on doit reprendre de la terre sacrée du Sādhya-kṣetra. Puis, selon la procédure précédente, préparer l’offrande et l’accomplir comme auparavant.

Verse 126

जुहुयादेधिते वह्नौ पूर्वसंख्याकमादरात् । एवं स सप्तारवारेषु जुहुयात्क्षेत्रसिद्धये ॥ १२६ ॥

Qu’il verse les oblations dans le feu bien attisé, avec révérence, selon le nombre fixé auparavant. Ainsi, durant sept jours d’Āravāra, il accomplira les offrandes pour l’accomplissement du kṣetra (le but du rite).

Verse 127

जुहुयाल्लक्षसंख्याकं गव्यै श्चैव सपायसैः । अभीष्टभूम्याधिपत्यं लभते नात्र संशयः ॥ १२७ ॥

Si l’on accomplit cent mille oblations (homa) avec des offrandes issues de la vache, accompagnées de riz au lait (payasa), on obtient la souveraineté sur la terre désirée — sans aucun doute.

Verse 128

उद्यद्दोः परिधं दिव्यं सितदंष्ट्राग्रभूधरम् । स्वर्णाभं पार्थिवे पीते मंडले सुसमाहितः ॥ १२८ ॥

Avec une concentration parfaite, qu’on contemple l’orbe divin et rayonnant : à la circonférence éclatante, aux défenses blanches dont les pointes sont comme des montagnes, d’une teinte d’or, au sein du cercle jaune de la terre (maṇḍala).

Verse 129

ध्यात्वाप्नोति महीं रम्यां वराहस्य प्रसादतः । वारुणे मण्डले ध्यायेद्वाराहं हिमसन्निभघम् ॥ १२९ ॥

Par la méditation, on obtient un séjour délicieux par la grâce de Varāha. Dans le maṇḍala de Varuṇa, qu’on contemple le Seigneur Varāha, resplendissant comme un amas de neige.

Verse 130

महोपद्रवशांतिः स्यात्साधकस्य न संशयः । वश्यार्थं च सदा ध्यायेद्वह्र्याभं वह्निमण्डे ॥ १३० ॥

Pour le pratiquant, l’apaisement des grandes calamités surviendra assurément — sans aucun doute. Et pour le dessein de soumettre (attirer sous son pouvoir), qu’il médite toujours la forme semblable au feu au sein du maṇḍala de feu.

Verse 131

ध्यायेदेवं रिपूञ्चाटे कृष्णाभं वायुमण्डले । ह्यमण्डलगतं स्वच्छं वाराहं सर्वसिद्धिदम् ॥ १३१ ॥

Ainsi, pour apaiser et repousser les ennemis, qu’on médite sur Varāha, l’Incarnation du Sanglier, de teinte sombre, dans le vāyu-maṇḍala (cercle de l’air) : limpide et pur, demeurant dans la sphère subtile, dispensateur de toutes les siddhi.

Verse 132

शत्रुभूतग्रहक्ष्वेडामयपीडादिशांतये । भग्वर्धीशयुतं व्योमबिंदुभूषितमस्तकम् ॥ १३२ ॥

Pour apaiser les afflictions—ennemis, esprits, saisies planétaires, influences malignes, maladies et tourments—qu’on adore/médite la Divinité unie à Bhaga, Vṛddhi et Īśa, dont la tête est parée du « point céleste » (vyoma-bindu).

Verse 133

एकाक्षरो वराहस्य मन्त्रः कल्पद्रुमोऽपरः । पूजाद्यार्ध्यादिकं सर्वमस्यां पूर्वोक्तवञ्चरेत् ॥ १३३ ॥

Le mantra d’une seule syllabe de Varāha est, en un autre sens, un arbre exauçant les vœux (kalpadruma). Dans cette pratique, qu’on accomplisse tous les rites—à commencer par le culte et incluant des offrandes telles que l’arghya—exactement comme il a été prescrit auparavant.

Verse 134

सवामकर्णानिद्रास्याद्वराहाय हृदंतिमः । ताराद्यो वसुवर्णोऽयं सर्वैश्वर्यप्रदायकः ॥ १३४ ॥

Pour Varāha, ceci est dit être la formule ultime du cœur—commençant par « tārā » et rayonnant comme richesse et or; elle accorde toute prospérité et toute fortune souveraine.

Verse 135

ब्रह्मा मुनिः स्याद्गायत्री छन्दो वाराहसंज्ञकः । देवश्चंद्रेंद्वब्धिनेत्रैः सवेणांगक्रिया मता ॥ १३५ ॥

On dit que Brahmā est le ṛṣi (voyant) ; le mètre est Gāyatrī ; et cela est connu sous le nom de « Vārāha ». La divinité présidante est déterminée par le décompte codé « lune–Indra–lune–océan–yeux », et le rite est tenu pour être accompli avec les membres auxiliaires (aṅga).

Verse 136

ध्यानपूजाप्रयोगादि प्राग्वदस्यापि कल्पयेत् । प्रणवादौ च ङेन्तं च भगवतीति पदं ततः । धरणिद्वितयं पश्चाद्धरेर्द्वयमुदीरयेत् ॥ १३६ ॥

Pour ce mantra aussi, qu’on établisse la procédure de méditation, de culte et des applications rituelles comme il a été dit auparavant. En commençant par le praṇava (Oṁ), qu’on ajoute la désinence du datif (ṅe), puis le mot « bhagavatī » ; ensuite qu’on prononce les deux syllabes de « dharaṇi », et enfin les deux syllabes de « hare ».

Verse 137

एकोनविंशत्यर्णाढ्यो मन्त्रो वह्निप्रियांतिमः । वराहोऽस्य मुनिश्छन्दो गायत्री निवृदादिका ॥ १३७ ॥

Ce mantra se compose de dix-neuf syllabes ; sa conclusion est chère à Agni. Pour ce mantra, Varāha est le ṛṣi (voyant) ; son mètre (chandas) est le Gāyatrī, commençant selon l’agencement de type nivṛt et les formes apparentées.

Verse 138

देवता धरणी बीजं तारःशक्तिर्वसुप्रिया । रामवेदाग्निबाणाक्षिनेत्रार्णैरंगरकल्पनम् ॥ १३८ ॥

La divinité est Dharaṇī (la Déesse Terre) ; la syllabe-graine est le bīja ; la śakti est Tāra ; et (le mantra) est cher aux Vasus. L’imposition des membres (aṅga-nyāsa) doit être accomplie avec les syllabes : ‘rā, ma, ve, da, a, gni, bā, ṇa, a, kṣi, ne, tra’.

Verse 139

श्यामां चित्रविभूषाढ्यां पद्मस्थां तुंगसुस्तनीम् । नीलांबुजद्वयं शालिमंजरीं च शुक्रं करैः ॥ १३९ ॥

Qu’on médite sur Elle : au teint sombre, richement parée d’ornements éclatants, assise sur un lotus, aux seins hauts et gracieux ; tenant en ses mains deux lotus bleus, un épi de riz mûr et un objet blanc, pur et lumineux.

Verse 140

दधतीं चित्रवसनां धरां भगवतीं स्मरेत् । एवं ध्यात्वा जपेल्लक्षं दशांशं पायसेन तु ॥ १४० ॥

Qu’on se souvienne de Dharā, la Bhagavatī, la Déesse bénie qui porte tous les êtres, vêtue d’habits chatoyants. L’ayant ainsi contemplée, qu’on récite le mantra cent mille fois (un lakh), puis qu’on offre le dixième en oblation avec du pāyasa (riz au lait sacré).

Verse 141

साज्येन जुहुयान्मन्त्री विष्णोः पीठे समर्चयेत् । मूर्तिं संकल्प्य मूलेन तस्यां वसुमतीं यजेत् ॥ १४१ ॥

L’officiant, récitant le mantra, doit verser des oblations avec du ghee et accomplir le culte en règle au pīṭha (autel) de Viṣṇu. Ayant, par le mantra racine, conçu et installé intérieurement la forme de la divinité, qu’il adore alors Vasumatī, la Déesse Terre, en cette même forme.

Verse 142

अङ्गानि पूर्वमाराध्य भूवह्निजलमारुतान् । दिक्पात्रेषु च सम्पूज्य कोणपत्रेषु तत्कलाः ॥ १४२ ॥

D’abord, qu’on apaise et honore les aṅgas (membres sacrés) ; puis qu’on adore la Terre, le Feu, l’Eau et le Vent. Les ayant dûment vénérés dans les vases assignés aux directions, qu’on vénère aussi, sur les feuilles d’angle du diagramme rituel, leurs kalās respectives (puissances subtiles).

Verse 143

निवृत्तिश्च प्रतिष्टा च विद्यानां तैश्च तत्कलाः । इंद्राद्यानपि वञ्चादीन्पूजयेत्तदनंतरम् ॥ १४३ ॥

Ensuite, qu’on vénère Nivṛtti et Pratiṣṭhā—puissances présidant aux sciences—et, avec elles, les kalās, arts secondaires relevant de ces sciences. Après cela, qu’on vénère aussi Indra et les autres dieux, avec Vaṅca et les puissances qui les accompagnent.

Verse 144

एवं सिद्धे मनौ मंत्री साधयेदिष्टमात्मनः । धरणी प्रभजन्नेवं पशुरत्नांबरादिभिः ॥ १४४ ॥

Ainsi, lorsque le mantra est devenu parfait, le mantrin (pratiquant) doit accomplir le but qu’il désire. De cette manière, il obtient la faveur de Dharanī (la Terre) et se trouve pourvu de bétail, de joyaux, de vêtements et d’autres biens semblables.

Verse 145

धरम्या वल्लभः स स्यात्सुखी जीवेच्छतं समा । त्रैलोक्यमोहनो मंत्रो जगन्नाथस्य कीर्त्यते ॥ १४५ ॥

Il devient cher aux hommes de dharma, vit dans la joie et peut atteindre cent ans. Ceci est proclamé comme le mantra « qui envoûte les trois mondes », le mantra de Jagannātha, Seigneur de l’univers.

Verse 146

तारः कामो रमा बीजं हृदंते पुरुषोत्तमः । श्रीकंठः प्रतिरूपांते लक्ष्मीति च निवासि च ॥ १४६ ॥

« Tāra » et « Kāma » ; « Ramā » est la syllabe-graine (bīja). Dans le cœur demeure Puruṣottama. À la fin se tient « Śrīkaṇṭha » ; à la fin du “contre-forme” (pratirūpa) se trouve le mot « Lakṣmī » ; et Il est aussi Nivāsī, l’Habitant intérieur.

Verse 147

सकलांते जगत्पश्चात्क्षोभणेति पदं वदेत् । सर्वस्त्रीहृदयांते तु विदारणपदं वदेत् ॥ १४७ ॥

À la fin du mantra entier, après le mot « jagat », qu’on prononce le terme « kṣobhaṇa », la parole qui éveille et met en mouvement. Et à la fin de « sarva-strī-hṛdaya », qu’on prononce le terme « vidāraṇa », la parole qui perce et fend.

Verse 148

ततस्त्रिभुवनांतं तु मदोन्मादकरेति च । सुरासुरांते मनुजसुंदरीजनवर्णतः ॥ १४८ ॥

Ensuite, on le décrit comme s’étendant jusqu’aux confins des trois mondes, et comme engendrant ivresse et délire. Et au lieu où se rencontrent devas et asuras, il est dépeint par l’image de jeunes filles humaines et d’êtres à l’apparence gracieuse.

Verse 149

मनांसि तापयद्वंद्वं दीपयद्वितयं ततः । शोषयद्वितयं पश्चान्मारयद्वितयं ततः ॥ १४९ ॥

D’abord, la paire des contraires brûle les esprits; puis elle attise le double, comme deux feux. Ensuite elle dessèche le double, les deux appuis de la vie, et enfin elle anéantit le double, les deux souffles vitaux.

Verse 150

स्तंभयद्वितयं भूयो मोहयद्वितय ततः । द्रावयद्वितयं तावदाकर्षययुगं ततः ॥ १५० ॥

De nouveau, qu’on accomplisse la paire de rites d’immobilisation; puis la paire de rites d’illusion. Ensuite, qu’on accomplisse la paire de rites de liquéfaction et d’adoucissement; et après cela, la paire de rites d’attraction.

Verse 151

समस्तपरमो येन सुभगेन च संयुतम् । सर्वसौभाग्यशब्दांते करसर्वपदं वदेत् ॥ १५१ ॥

Alors, à la fin du mot « sarva-saubhāgya », qu’on prononce l’expression « kara-sarva » avec le terme auspicious « subhaga ». Ainsi, la formule devient la totalité suprême : accomplie et pleinement efficace.

Verse 152

कामप्रदादमुन्ब्रह्मासेंदुर्हनुयुगं ततः । चक्रेण गदया पश्चात्खङ्गेन तदनंतरम् ॥ १५२ ॥

Alors Brahmā lui accorda la grâce qui accomplit les désirs; puis il lui conféra aussi une paire de mâchoires, telles celles d’une bête puissante. Ensuite il frappa l’ennemi du disque et de la massue, puis aussitôt de l’épée.

Verse 153

सर्वबाणैर्भेदियुगं पाशेनांते कटद्वयम् । अंकुशेनेति संप्रोच्य ताडयद्वितयं पुनः ॥ १५३ ॥

En récitant : «par toutes les flèches—perce la paire», qu’il frappe la paire. Puis, avec : «par le lacet—à l’extrémité, les deux nattes», qu’il frappe les deux nattes au bout; et de nouveau, en récitant : «par l’aiguillon», qu’il frappe encore la paire.

Verse 154

कुरुशब्दद्वयमथो किं तिष्टसि पदं वदेत् । तावद्यावत्पदस्यांते समाहितमनंतरम् । ततो मे सिद्धिराभास्य भवमन्ते च वर्म फट् ॥ १५४ ॥

Ensuite, qu’il prononce le mot de deux syllabes «kuru»; pourquoi rester immobile ? Qu’il dise le mot-mantra, l’esprit concentré jusqu’à la dernière syllabe. Aussitôt après, mon siddhi se manifestera; et à la fin qu’il dise : «bhava»—«varma (armure protectrice)»—«phaṭ».

Verse 155

हृदंतोऽयं महामंत्रो द्विशतार्णः समीरितः । जैमिनिर्मुनिरस्योक्तश्छंदश्चामितमीरितम् ॥ १५५ ॥

Ce grand mantra est dit se terminer par la syllabe «hṛt» (hṛd-anta) et il est proclamé composé de deux cents syllabes. Pour lui, le sage Jaimini est déclaré ṛṣi (voyant), et son mètre (chandas) est dit incommensurable.

Verse 156

देवता जगतां मोहे जगन्नाथः प्रकीर्तितः । कामो बीजं रमा शक्तिर्विनियोगो।़खिलाप्तये ॥ १५६ ॥

Pour le rite concernant l’illusion/l’envoûtement des êtres, la divinité présidante est proclamée Jagannātha, le Seigneur de l’univers. «Kāma» est le bīja (mantra-graine) ; «Ramā» (Lakṣmī) est la śakti (puissance) ; et son viniyoga (application) vise l’obtention de tous les fruits désirés.

Verse 157

पुरुषोत्तमत्रिभुवनोन्मादकांतेऽग्निवर्म च । हृदयं कीर्तितं पश्चाज्जगत्क्षोभणशब्दतः ॥ १५७ ॥

Ensuite, après avoir prononcé « Puruṣottama » et « Ô Bien-aimé qui enivre les trois mondes », ainsi que « Agnivarman », on proclame le mantra du Cœur ; puis l’on énonce « Jagat-kṣobhaṇa », « Celui qui ébranle l’univers ».

Verse 158

लक्ष्मीदयितवर्मान्तः शिरः प्रोक्तं शिखा पुनः । मन्मथो तमशब्दांते मंगजे पदमीरयेत् ॥ १५८ ॥

La syllabe du « chef » (śiras) est déclarée être la terminaison de la formule « lakṣmī-dayita-varman » ; et, de même, la « houppe » (śikhā) est enseignée ainsi. Après le mot « tamas », on doit prononcer « maṅgaja », et placer le terme « manmatha » à l’endroit prescrit.

Verse 159

कामदायेति हुं प्रोच्य न्यसेद्वम ततः परम् । परमांते भृगुकर्णाभ्यां च सर्वपदं ततः ॥ १५९ ॥

En prononçant le mantra « kāmadāya » avec « huṃ », on doit ensuite accomplir le nyāsa sur le côté gauche. Puis, à l’extrémité finale, on place (le mantra) avec les syllabes « bhṛgu » et « karṇa », et l’on applique ensuite la formule « sarvapada ».

Verse 160

सौभाग्यकरवर्मांते कवचं पारिकीर्तितम् । सुरासुरांते मनुजसुंदरीति पदं वदेत् ॥ १६० ॥

À la fin de la formule protectrice « Saubhāgyakara-varman », le kavaca (cuirasse sacrée) a été dûment proclamé. À la conclusion du (mantra se terminant par) « surāsura », on doit prononcer l’expression « manuja-sundarī ».

Verse 161

हृदयांते विदा पश्चाद्रणसर्वपदं वदेत् । ततः प्रहरणधरसर्वकामुकतत्पदम् ॥ १६१ ॥

À la fin du nyāsa du Cœur, on doit ensuite prononcer le segment de mantra qui commence par « vidā » et s’achève par « raṇa-sarva ». Puis l’on récite le segment suivant, qui débute par « praharaṇa-dhara » et se termine par « sarva-kāmuka-tat ».

Verse 162

हनयुग्मं च हृदयं बंधनानि ततो वदेत् । आकर्षयद्वयं पश्चान्महाबलपदं ततः ॥ १६२ ॥

Ensuite, qu’on prononce la paire de syllabes «hana», puis la formule du «hṛdaya» (le Cœur) ; viennent ensuite les formules de «bandhana» (l’Entrave). Après cela, qu’on récite le double «ākarṣaya» (invocation d’attraction), puis la parole-mantra «mahābala» (Grande Puissance).

Verse 163

वर्म चास्त्रं समाख्यातं नेत्रं स्यात्तदनंतरम् । वदेत्रिभुवनं पश्चाच्चर सर्वजनेति च ॥ १६३ ॥

«Varma» est proclamé comme l’«astra» (arme-mantra) ; aussitôt après doit venir «Netra». Puis qu’on prononce «Tribhuvana», et ensuite aussi «Cara» et «Sarvajana».

Verse 164

मनांसि हरयुग्मांते दारयद्वितयं च मे । वशमानय वर्मांते नेत्रमंत्रः समीरितः ॥ १६४ ॥

À la fin de la paire de (syllabes) «hara», qu’on place «manāṁsi» ; et qu’on place aussi mon «dārayad» deux fois. À la fin de «varman», qu’on ajoute «vaśamānaya». Ainsi est proclamé le Netra-mantra.

Verse 165

षडंगमंत्रास्ताराद्याः फट्नमोंताः प्रकीर्तिताः । तारस्त्रैलोक्यशब्दांते मोहनेति पदं वदेत् ॥ १६५ ॥

Les mantras auxiliaires à six membres (ṣaḍaṅga) sont enseignés comme commençant par la syllabe sacrée Oṁ (tārā) et se terminant par «phaṭ» et «namaḥ». Après avoir prononcé Oṁ, à la fin du mot «trailokya», qu’on dise le terme «mohane».

Verse 166

हृषीकेशेति संप्रोच्याप्रतिरूपादिशब्दतः । मम्नथानंतरं सर्वस्त्रीणां हृदयमीरयेत् ॥ १६६ ॥

Après avoir prononcé «Hṛṣīkeśa» (Seigneur des sens) et, selon la règle, articulé les syllabes commençant par «pratirūpa», qu’on fasse ensuite frémir le cœur de toutes les femmes—c’est-à-dire qu’on opère l’attraction—par la procédure mantrique qui suit.

Verse 167

आकर्षणपदा गच्छदागच्छहृदयांतिमः । अनेन व्यापकं कृत्वा जगन्नाथं स्मरेत् सुधीः ॥ १६७ ॥

Après avoir placé (le mantra) au point de « l’attraction », puis aux points du « départ et du retour », en s’achevant dans le cœur, le sage doit, par ce moyen, en imprégner tout le corps et se souvenir de Jagannātha, Seigneur de l’univers.

Verse 168

क्षीराब्धेस्तु तटे रम्यं सुरद्रुमलतांचितम् । उद्यदर्काभुजालाभं स्वधाम्नोज्वालदिङ्मुखम् ॥ १६८ ॥

Sur la rive charmante de l’Océan de Lait se dresse un lieu délicieux, orné de lianes enlacées aux arbres célestes exauçant les vœux ; rayonnant comme le filet déployé des rayons du soleil levant, et faisant flamboyer les directions par l’éclat de sa propre effulgence.

Verse 169

प्रसूनावलिसौरभ्यमाद्यन्मधुकरारवम् । दिव्यवातोञ्चलत्कंजपरागोद्धूलितांबरम् ॥ १६९ ॥

Parfumé de rangées de fleurs, vibrant du bourdonnement des abeilles buvant le premier miel, et dont les vêtements sont poudrés du pollen des lotus remués par une brise divine.

Verse 170

स्वर्वधूगीतमाधुर्याभिराम चिंतयेद्वनम् । तदंतर्मणिसम्पत्तिस्फुरत्तोरणमण्डपे ॥ १७० ॥

Qu’on médite une forêt rendue exquise par la douceur des chants des jeunes filles célestes ; et, en son sein, un pavillon dont les portails et les dais scintillent de la splendeur des richesses de joyaux.

Verse 171

विलसन्मौक्तिकोद्दामदामराजद्वितानके । मणिवेद्यादि वियत्किरीटाग्रसमर्चिते ॥ १७१ ॥

Il était orné d’un splendide dais royal, resplendissant de guirlandes de grosses perles ; et il était encore honoré par des autels sertis de joyaux et autres, dont les hauts pinacles, comme touchant le ciel, semblaient lui rendre hommage d’en haut.

Verse 172

दिव्यसिंहासने विप्र समासीनं स्मरेद्विभुम् । शंखपाशेषु चापानि मुसलं नंदकं गदाम् ॥ १७२ ॥

Ô brāhmane, qu’on se souvienne en méditation du Seigneur omniprésent, assis sur un trône divin, portant la conque et le lacet, les arcs, le pilon (musala), Nandaka —son épée— et la massue (gadā).

Verse 173

अंकुशं दधतं दोर्भिः श्लिष्टे कमलयोरसि । पश्यत्यंकस्थयांभोजश्रिया रागोल्लसदृशा ॥ १७३ ॥

De ses bras il tient l’aṅkuśa (aiguillon), et Śrī Lakṣmī se serre contre sa poitrine de lotus. Les yeux brillants d’un ardent amour, il contemple la beauté semblable au lotus assise sur ses genoux.

Verse 174

ध्यात्वैवं प्रजपेल्लक्षचतुष्कं तद्दशांशतः । कुंडेऽर्द्धचंद्रे पद्मैर्वा जातीपुष्पैश्च होमयेत् ॥ १७४ ॥

Après avoir médité ainsi, qu’on accomplisse le japa du mantra à hauteur de quatre lakhs; puis, pour le dixième de ce nombre, qu’on offre le homa dans un foyer en forme de demi-lune, avec des fleurs de lotus ou de jasmin.

Verse 175

यागभूमिं तथात्मानं यागोपकरणं तथा । पूजयिष्यन् जगन्नाथं गायत्र्या प्रोक्षयेद्वुधः ॥ १७५ ॥

Le pratiquant avisé, désireux de vénérer Jagannātha, doit asperger (consacrer) par le mantra Gāyatrī le lieu du sacrifice, sa propre personne, ainsi que les instruments du rite.

Verse 176

त्रैलोक्यमोहनायांते विद्महे पदमीरयेत् । स्मराय धीमहीत्युक्त्वा तन्नो विष्णुः प्रचोदयात् ॥ १७६ ॥

Qu’on récite la formule : «Nous te connaissons comme l’Enchanteresse des trois mondes (vidmahe) ; nous méditons sur Kāma, le Désir (dhīmahi) ; que ce Viṣṇu nous inspire et nous mette en mouvement (pracodayāt).»

Verse 177

गायत्र्येषा समाख्याता सर्वशुद्धिकरी परा । कल्पयेदासनं पीठे पूर्वोक्ते वैष्णवे सुधीः ॥ १७७ ॥

Ainsi, cette Gāyatrī a été proclamée—purificatrice suprême qui confère la pureté totale. Le pratiquant avisé doit préparer son siège sur le pīṭha vaiṣṇava décrit précédemment.

Verse 178

पक्षिराजाय ठद्वंद्वं पीठमंत्रोऽयमीरितः । मूर्तिं संकल्पमूलेन तस्यामावाहयेदतः ॥ १७८ ॥

Pour Garuḍa, roi des oiseaux, ceci est déclaré comme le pīṭha-mantra. Ensuite, selon le saṅkalpa (intention rituelle) dûment établi, on doit accomplir l’āvāhana, en invitant la forme de la Divinité à demeurer sur ce siège.

Verse 179

व्यापकन्यासमंत्रेण ततः सम्पूज्य भक्तितः । श्रीवत्सहृदयं तेन श्रीवत्सं स्तनयोर्यजेत् ॥ १७९ ॥

Ensuite, au moyen du mantra du vyāpaka-nyāsa (nyāsa tout-pénétrant), on doit adorer avec bhakti. Par cette même pratique, qu’on vénère le Śrīvatsa-Hṛdaya et qu’on rende un culte à la marque Śrīvatsa sur les deux seins (de la Divinité).

Verse 180

कौस्तुभाय हृदंतेन यजेद्वक्षसि कौस्तुभम् । पूजयेद्वनमालायै हृदंतेन गले च ताम् ॥ १८० ॥

Avec le mantra se terminant par « hṛdanta », qu’on adore le joyau Kaustubha sur la poitrine ; et avec ce même « hṛdanta », qu’on honore aussi la guirlande Vanamālā au cou.

Verse 181

कर्णिकायां ततोऽभ्यर्चयेद्विधिवञ्चांगदेवताः । दलेषु पूजयेत्पश्चाल्लक्ष्म्याद्यावृत्तचामराः ॥ १८१ ॥

Puis, dans la karnikā, le cœur du lotus, qu’on adore selon le rite les divinités des membres du Seigneur. Ensuite, sur les pétales, qu’on rende un culte à Lakṣmī et aux autres, figurées tenant et agitant des cāmaras (chasse-mouches).

Verse 182

बन्धूककुसुमाभासाःमुक्ताहारलसत्कुचाः । उत्फुल्लांभघोजनयना मदविभ्रममंथराः ॥ १८२ ॥

Elles brillaient comme les fleurs du bandhūka ; leurs seins étincelaient sous des colliers de perles. Leurs yeux, tels des lotus épanouis, s’ouvraient largement ; enivrés par le jeu d’amour, leurs pas étaient lents, souples et ondoyants.

Verse 183

लक्ष्मी सरस्वती चैव धृतिः प्रीतिस्ततः परम् । कांतिः शांतिस्तुष्टिपुष्टिबीजाद्या ङेनमोंतिकाः ॥ १८३ ॥

Il y a Lakṣmī et Sarasvatī, ainsi que Dhṛti (fermeté) et Prīti (affection) ; puis Kānti (rayonnement) et Śānti (paix), avec Tuṣṭi (satisfaction), Puṣṭi (nourrissement), et les syllabes-semences (bīja) et éléments mantriques connexes : telles sont les formes et appellations liées au groupe des lettres nasales commençant par « ṅ ».

Verse 184

भृगुः खड्राशचन्द्राढ्यो देव्या बीजमुदाहृतम् । ह्रस्वत्रयक्लीबसर्वरहितस्वरसंयुतम् ॥ १८४ ॥

Le bīja de la Déesse est proclamé ainsi : « bhṛgu », joint aux syllabes indiquées par le son « khad » et à l’élément lunaire (candra), uni au son vocalique. Il doit être formé de trois voyelles brèves, exempt de toute adjonction klība (neutre).

Verse 185

देव्या बीजं क्रमादासामादौ च विनियोजयेत् । दलाग्रेषु यजेच्छंखं शार्ङ्गं चक्रमसिं गदाम् ॥ १८५ ॥

Qu’il applique d’abord, selon l’ordre prescrit, le bīja de la Déesse à ces placements. Puis, aux pointes des pétales, qu’il adore la conque (śaṅkha), l’arc Śārṅga, le disque (cakra), l’épée et la massue (gadā).

Verse 186

अंकुशं मुसलं पाशं स्वमुद्रामनुभिः पृथक् । महाजलचरा यांते वर्मास्त्रं वह्निवल्लभा ॥ १८६ ॥

Séparément, avec leurs mudrās propres, elles portent l’aṅkuśa (aiguillon), le musala (pilon) et le pāśa (lasso). Elles se meuvent parmi les grands êtres des eaux et brandissent le varmāstra, l’arme-armure de protection. Elles sont chéries d’Agni, le Feu.

Verse 187

पांचजन्या प्रताराद्यो नमोंतः शंखपूजने । शार्ङ्गाय सशयांते च वर्मास्त्रं वह्निवल्लभा ॥ १८७ ॥

Dans le culte de la conque sacrée, qu’on emploie les mantras commençant par « Pāñcajanyā… » et s’achevant par « namo’ntaḥ ». De même, dans le culte de Śārṅga, l’arc de Viṣṇu, on utilise les (mantras) finissant par « saśayānta » ; et pour l’« armure-arme » protectrice (varmāstra), le mantra est « Vahnivallabhā ».

Verse 188

शार्ङ्गाय हृदयं मन्त्रो महाद्यः शार्ङ्गपूजने । सुदर्शनमहांते तु चक्रराजपदं वदेत् ॥ १८८ ॥

Dans le culte de Śārṅga, l’arc de Viṣṇu, le mantra du Cœur (Hṛdaya) commence par « mahā… ». Et à la fin du mantra de Sudarśana, on doit prononcer l’épithète « cakrarāja », « roi des disques ».

Verse 189

हययुग्मं सर्वदुष्टभयमन्ते कुरुद्वयम् । छिंधिद्वयं ततः पश्चाद्विदारययुगं ततः ॥ १८९ ॥

À la fin, qu’on place la paire appelée « Hayayugma », destinée à inspirer la crainte à tous les êtres mauvais. Puis qu’on place la paire « Kurudvaya » ; ensuite la paire « Chiṃdhidvaya » ; et après cela la paire « Vidārayayuga ».

Verse 190

परमन्त्रान् ग्रसद्वन्द्वं भक्षयद्वितयं पुनः । भूकानि त्रासयद्वंद्वं वर्मफड्वह्निसुंदरी ॥ १९० ॥

Cette forme de mantra « dévore » les mantras ennemis et triomphe des paires d’opposés ; puis encore elle « consume » les obstacles doubles. Elle épouvante les bhūtas ; elle est l’armure (kavaca), la force de rejet « phaṭ », le feu, et la puissance auspicieuse de protection.

Verse 191

सुदर्शनाय हृदयं प्रोक्तश्चक्रर्चने मनुः । महाखङ्गतीक्ष्णपदाच्छिवियुग्मं समीरयेत् ॥ १९१ ॥

Pour le culte du Sudarśana Cakra, est enseigné le mantra du Cœur (Hṛdaya) de Sudarśana. À partir du passage commençant par « mahākhaṅga » et « tīkṣṇapada », qu’on prononce la paire de syllabes « śivi ».

Verse 192

हुं फट् स्वाहा च खङ्गाय नमः खङ्गार्चने मनुः । महाकौमोदकीत्यन्ते वदेञ्चैव महाबले ॥ १९२ ॥

« Huṁ », « Phaṭ » et « Svāhā »—avec « Namaḥ à l’Épée »—tel est le mantra pour l’adoration rituelle de l’épée. Et à la fin, il faut aussi prononcer le nom « Mahākaumodakī », ô puissant héros.

Verse 193

सर्वासुरांतके पश्चात्प्रसीदयुगलेति च । वर्मास्त्रवह्निजायांतकौमोदकि हृक्षतिमः ॥ १९३ ॥

Après avoir prononcé « Sarvāsurāntaka », on dira ensuite « Prasīda‑yugala ». S’y ajoutent encore les termes « Varmāstra », « Vahni », « Jāyānta », « Kaumodakī », « Hṛkṣati » et « Timaḥ ».

Verse 194

कौमोदक्यर्चने प्रोक्तो मन्त्रः सर्वार्थसाधकः । महांकुशपदात्कुट्चयुग्मं हुंफट्वसुप्रिया ॥ १९४ ॥

Dans l’adoration (arcana) de Kaumodakī, on enseigne un mantra qui accomplit tous les buts. Du mot « Mahāṅkuśa », il faut prendre la paire de syllabes « kuṭ‑ca », puis ajouter « huṃ », « phaṭ » et « Vasupriyā ».

Verse 195

अंकुशाय नमः प्रोक्तो मन्त्रग्रौवाकुशर्चने । संवर्तकमहांते तु मुसलेति पदं वदेत् ॥ १९५ ॥

Pour l’adoration de l’aṅkuśa (aiguillon) dans la suite des mantras, on doit prononcer : « Namaḥ à l’Aṅkuśa ». Et à la conclusion de la grande section « Saṃvartaka », il faut dire le mot « musala » (massue/pilon).

Verse 196

योधयद्वितयं वर्म फडंते वह्निसुंदरी । मुसलाय नमः प्रोक्तो मन्त्रो सुसलपूजने ॥ १९६ ॥

Le mantra pour l’adoration de Susalā est proclamé ainsi : « yodhayad‑dvitayaṃ, varma, phaḍ‑ante, vahni‑sundarī » ; et (aussi) « namaḥ au musala » (massue/pilon).

Verse 197

महापाश हदादघटयमाकर्षयद्वयम् । हुं फटे स्वाहा च पाशाय नमः पाशार्चने मनुः ॥ १९७ ॥

(Récite :) «Ô grand lacet (pāśa), saisis, abats, rends impuissant et attire (la cible) vers moi—huṁ, phaṭ ; svāhā. Hommage au Lacet.» Tel est le mantra pour le culte du lacet (pāśārcana).

Verse 198

ताराद्या मनवो ह्येते ततः शक्रादिकान्यजेत् ॥ १९८ ॥

Ces mantras commencent par Tārā et les autres; ensuite, il convient d’omettre les éléments suivants qui débutent par Śakra (Indra).

Verse 199

वज्राद्यानपि संपूज्य सर्वसिद्धीश्वरो भवेत् । मासमात्रं तु कुसुमैः पूजयित्वा हयारिजैः ॥ १९९ ॥

En vénérant comme il se doit même les puissances qui commencent par Vajra, on devient le seigneur de toutes les siddhi (accomplissements). En vérité, en adorant durant un seul mois avec des fleurs nées de (ou offertes à) Hayāri (Viṣṇu), on obtient ce résultat.

Verse 200

कुमुदैर्वा प्रजुहुयादष्टोत्तरसहस्रकम् । मासमात्रेण वश्यास्स्युस्तस्य सर्वे नृपोत्तमाः ॥ २०० ॥

Ou bien, en offrant des oblations avec des fleurs de kumuda mille huit fois (1008), en l’espace d’un seul mois tous les rois d’élite deviendront dociles envers lui.

Frequently Asked Questions

It is presented as the foundational Vaiṣṇava mantra whose full efficacy arises only when its mantra-lakṣaṇa (ṛṣi/chandas/devatā/bīja/śakti/viniyoga) and embodied installations (nyāsa, protection, meditation) are correctly performed, culminating in graded fruits up to mokṣa.

It functions as a protective ‘weapon-formula’ used for dik-bandhana (sealing the quarters), repelling obstacles, and safeguarding the practitioner and the rite; it is integrated after bodily placements to complete a protective perimeter around the sādhaka.

It explicitly assigns japa thresholds for purification, mantra-śuddhi, svarga, knowledge, sārūpya, and mokṣa, while also embedding Vrata-kalpa-like prayogas (health, poison, victory, wealth, land) to show a single mantra-stream supporting bhukti and mukti.