
Dans ce chapitre du Nāgara Khaṇḍa, Sūta raconte l’origine du Mukharā-tīrtha en l’inscrivant dans une leçon de conduite et de responsabilité karmique. Mukharā est célébré comme un « tīrtha d’excellence », où de grands sages rencontrèrent un brigand dont l’accomplissement spirituel ultérieur devint la mémoire sacrée fondant la légitimité du lieu. Le protagoniste, Lohajaṅgha, brahmane de la lignée de Māṇḍavya, est dévoué à ses parents et à son épouse; mais une longue sécheresse et la famine le poussent au vol. Le texte distingue l’angoisse de survivre du vice intentionnel, tout en tenant le larcin pour blâmable. Lorsque les Sept Sages (Marīci et d’autres) arrivent en pèlerinage, Lohajaṅgha les menace. Ils répondent par une admonestation compatissante, rappelant que chacun porte le poids de son karma, et l’invitent à demander si sa famille acceptera de partager une part de son démérite. Après avoir consulté son père, sa mère et sa femme, il comprend que les fruits karmiques sont supportés individuellement; le remords naît, et il sollicite un upadeśa. Le sage Pulaha lui transmet un mantra simple, « jāṭaghoṭeti »; Lohajaṅgha s’adonne à un japa continu, entre en profonde absorption, et son corps se trouve recouvert par une termitière (valmīka). Quand les sages reviennent, ils reconnaissent sa réalisation; lié au valmīka, il reçoit le nom de Vālmīki, et le lieu est désormais connu comme Mukharā-tīrtha. La phalaśruti conclut que se baigner là avec foi durant le mois de Śrāvaṇa purifie les fautes issues du vol; et que la bhakti envers la figure du sage résidant en ce lieu fait aussi croître le don poétique, surtout au jour lunaire aṣṭamī.
Verse 2
सूत उवाच । अथान्यदपि तत्रास्ति मुखारं तीर्थमुत्तमम् । यत्र ते मुनयः श्रेष्ठा विप्राश्चौरेण संगताः । यत्र सिद्धिं समापन्नः स चौरस्तत्प्रभावतः । वाल्मीकिरिति विख्यातो रामायणनिबंधकृत्
Sūta dit : «Là se trouve aussi un autre lieu sacré suprême nommé Mukhāra Tīrtha, où les plus grands sages et brāhmanes rencontrèrent un voleur ; et ce voleur, par la puissance du tīrtha, obtint l’accomplissement spirituel et devint célèbre sous le nom de Vālmīki, le compositeur du Rāmāyaṇa.»
Verse 3
चमत्कारपुरे पूर्वं मांडव्यान्वय संभवः । लोहजंघो द्विजो ह्यासीत्पितृमातृपरायणः
Autrefois, dans la cité de Camatkārapura, vivait un brāhmane nommé Lohajaṅgha, issu de la lignée de Māṇḍavya, tout dévoué au service de son père et de sa mère.
Verse 4
तस्यैका चाभवत्पत्नी प्राणेभ्योऽपि गरीयसी । पतिव्रता पतिप्राणा पतिप्रियहिते रता
Il n’avait qu’une seule épouse, plus chère que sa propre vie : une pativratā, fidèle à son vœu d’épouse, dont la vie même était son mari, toujours appliquée à ce qui lui était agréable et salutaire.
Verse 5
अथ तस्य स्थितस्यात्र ब्रह्मवृत्त्याभिवर्ततः । जगाम सुमहान्कालः पितृमातृरतस्य च
Puis, tandis qu’il demeurait là, vivant selon les moyens et la conduite d’un brāhmane, un temps très long s’écoula pour lui, lui qui était tout entier voué à son père et à sa mère.
Verse 6
एकदा भगवाञ्छक्रो न ववर्ष धरातले । आनर्तविषये कृत्स्ने यावद्वादशवत्सराः
Un jour, le vénérable Śakra (Indra) ne fit point tomber la pluie sur la terre ; dans tout le pays d’Ānarta, durant douze années.
Verse 7
ततः स कष्टमापन्नो लोहजंघो द्विजोत्तमाः । न प्राप्नोति क्वचिद्भिक्षां न च किंचित्प्रतिग्रहम्
Ainsi Lohajaṅgha tomba dans la détresse, ô le meilleur des deux-fois-nés : nulle part il n’obtenait l’aumône, et il ne recevait aucun don.
Verse 8
ततस्तौ पितरौ द्वौ तु दृष्ट्वा क्षुत्परिपीडितौ । भार्यां च चिंतयामास दुःखेन महतान्वितः
Puis, voyant ses deux parents tourmentés par la faim, il fut accablé d’une immense peine et se mit aussi à se soucier de son épouse.
Verse 9
किं करोमि क्व गच्छामि कथं स्याद्दर्शनं मम । एताभ्यामपि वृद्धाभ्यां पत्न्याश्चैव विशेषतः
«Que faire ? Où aller ? Comment pourrais-je subsister—surtout pour ces deux vieillards, et plus encore pour mon épouse ?»
Verse 10
ततः स दुःखसंयुक्तः फलार्थं प्रययौ वने । न च किंचिदवाप्नोति सर्वे शुष्का महीरुहाः
Alors, chargé de chagrin, il se rendit dans la forêt pour y chercher des fruits ; mais il ne trouva rien, car tous les arbres étaient desséchés.
Verse 12
अथापश्यत्स वृद्धां स्त्रीं स्तोकसस्यसमन्विताम् । गच्छमानां तथा तेन श्रमेण महतान्विताम् । ततस्तत्सस्यमादाय वस्त्राणि च स निर्दयः । जगाम स्वगृहं हृष्टः पितृभ्यां च न्यवेदयत्
Alors il aperçut une vieille femme portant une maigre réserve de grain, avançant, accablée d’une grande fatigue. Sans pitié, il lui prit ce grain et ses vêtements, rentra joyeux chez lui et en fit le récit à ses parents.
Verse 13
स एवं लब्धलक्षोऽपि दस्युकर्मणि नित्यशः । कृत्वा चौर्यं पुपोषाथ निजमेव कुटुम्बकम्
Bien qu’il eût trouvé un « moyen » de profit, il s’adonnait chaque jour au métier de brigand ; par le vol, il n’entretenait que sa propre maisonnée.
Verse 14
सुभिक्षे चापि संप्राप्ते नान्यत्कर्म करोति सः । ब्राह्मीं वृत्तिं परित्यक्त्वा चौर्यकर्म समाचरत्
Même lorsque la prospérité et l’abondance revinrent, il n’accomplit aucun autre travail. Délaissant la juste subsistance d’un brāhmaṇa, il persista dans l’occupation du vol.
Verse 15
कस्यचित्त्वथ कालस्य तीर्थयात्राप्रसंगतः । तत्र सप्तर्षयः प्राप्ता मरीचिप्रमुखा द्विजाः
Puis, à un certain moment, à l’occasion d’un pèlerinage vers les tīrtha, arrivèrent en ce lieu les Sept Ṛṣi, des brāhmaṇas conduits par Marīci.
Verse 16
ततस्तान्विजने दृष्ट्वा द्रोहकोपसमन्वितः । यष्टिमुद्यम्य वेगेन तिष्ठध्वमिति चाब्रवीत्
Alors, les voyant seuls en un lieu retiré, rempli de perfidie et de colère, il brandit un bâton et, d’un élan, s’écria : « Arrêtez-vous ! »
Verse 17
त्रिशिखां भृकुटीं कृत्वा सत्वरं समुपाद्रवत् । भर्त्समानः स परुषैर्वाक्यैस्तांस्ताडयन्निव
Le front plissé d’un courroux farouche, il se précipita vers eux, les accablant de paroles dures, comme s’il les frappait.
Verse 18
ततस्ते मुनयो दृष्ट्वा यमदूतोपमं च तम् । यज्ञोपवीतसंयुक्तं प्रोचुस्ते कृपयान्विताः
Alors les sages, le voyant tel un messager de Yama, bien qu’il portât encore le yajñopavīta, lui adressèrent la parole, saisis de compassion.
Verse 19
ऋषय ऊचुः । अहो त्वं ब्राह्मणोऽसीति तत्कस्मादतिगर्हितम् । करोषि कर्म चैतद्धि म्लेच्छकृत्यं तु बालिश
Les sages dirent : « Hélas ! Tu es bien un brāhmaṇa ; pourquoi donc accomplis-tu un acte si blâmable ? Insensé, tu fais précisément ce que l’on tient pour la conduite des mlecchas. »
Verse 20
वयं च मुनयः शांतास्त्यक्ताऽशेषपरिग्रहाः । नास्माकमपि पार्श्वस्थं किंचिद्गृह्णाति यद्भवनान्
Nous aussi, nous sommes des munis, paisibles de nature, ayant renoncé à toute possession. Même celui qui se tient près de nous ne prend rien des maisons des gens.
Verse 21
लोहजंघ उवाच । एतानि शुभ्रचीराणि वल्कलान्यजिनानि च । उपानहसमेतानि शीघ्रं यच्छंतु मे द्विजाः
Lohajaṅgha dit : « Ô vous, deux-fois-nés, donnez-moi vite ces vêtements blancs et purs — étoffes d’écorce et peaux de daim — avec les sandales. »
Verse 22
नो चेद्धत्वाप्रहारेण यष्ट्या वज्रोपमेन च । प्रापयिष्यस्यसंदिग्धं धर्मराजनिवेशनम्
Sinon—en t’abattant d’un bâton dont le coup est semblable à la foudre—je t’enverrai, sans aucun doute, à la demeure de Dharmarāja (Yama).
Verse 23
ऋषय ऊचुः । सर्वं दास्यामहे तुभ्यं वयं तावन्मलिम्लुच । किंवदन्तीं वदास्माकं यां पृच्छामः कुतूहलात्
Les sages dirent : « Ô Malimluca, nous te donnerons tout ; dis-nous seulement la légende—le récit que l’on colporte—que, par curiosité, nous te demandons. »
Verse 24
किमर्थं कुरुषे चौर्यं त्वं विप्रोऽसि सुनिर्घृणः । किं जितो व्यसनै रौद्रैः किं वा व्याधद्विजो भवान्
« Pourquoi commets-tu le vol ? Tu es un brāhmaṇa, et pourtant tu es totalement sans compassion. As-tu été vaincu par de farouches vices ? Ou bien es-tu devenu un “brāhmaṇa-chasseur”, un brāhmaṇa vivant de la cruauté du chasseur ? »
Verse 25
लोहजंघ उवाच । व्यसनार्थं न मे कृत्यमेतच्चौर्यसमुद्भवम् । कुटुम्बार्थं विजानीथ धर्ममेतन्न संशयः
Lohajaṃgha dit : « Cet acte de ma part, né du vol, je ne l’accomplis pas pour la jouissance. Sachez qu’il est pour le bien de ma famille ; là-dessus, point de doute : c’est cela que je tiens pour dharma. »
Verse 26
पितरौ मम वार्द्धक्ये वर्तमानौ व्यवस्थितौ । तथा पतिव्रता पत्नी गृहधर्मविचक्षणा
« Mes parents sont désormais établis dans la vieillesse ; et de même, mon épouse est une pativratā, avisée et experte dans les devoirs du dharma domestique. »
Verse 27
उपार्ज्जयामि यत्किञ्चिदहमेतेन कर्मणा । तत्सर्वं तत्कृते नूनं सत्येनात्मानमालभे
Tout ce que je puis acquérir par cette œuvre, je le dédie entièrement—assurément—à ce dessein sacré. En vérité, par ce vœu de sincérité, j’offre mon propre être en consécration.
Verse 28
तस्मान्मुंचथ प्राक्सर्वं विभवं किं वृथोक्तिभिः । कृताभिः स्फुरते हस्तो ममायं हन्तुमेव हि
Ainsi, renonce sur-le-champ à toute puissance et à tous biens mondains—à quoi bon des paroles vaines ? Ma main frémit déjà des actes accomplis ; en vérité, elle n’est prête qu’à te frapper et t’abattre.
Verse 29
ऋषय ऊचुः । यद्येवं चौर तद्गत्वा त्वं पृच्छस्व कुटुम्बकम् । ममपापांशभागी त्वं किं भविष्यसि किं न वा
Les sages dirent : «S’il en est ainsi, ô voleur, va donc interroger ta propre maisonnée. Si tu dois prendre une part de mon péché, que deviendras-tu—l’accepteras-tu ou non ?»
Verse 30
यदि ते संविभागेन पापस्यांशोऽपि गच्छति । तत्कुरुष्वाथवा पाप दुर्वहं ते भविष्यति
«Si, par le partage, ne fût-ce qu’une infime part du péché te revient, alors fais-le (à cette seule condition). Sinon, ô pécheur, cela deviendra pour toi un fardeau insupportable.»
Verse 31
सकलं रौरवे रौद्रे पतितस्य सुदुर्मते । वयं त्वा ब्राह्मणं मत्वा ब्रूम एतदसंशयम्
«Pour celui qui est tombé dans le terrible Raurava (enfer), ô homme à l’esprit mauvais, la souffrance est totale. Pourtant, te tenant pour un brāhmaṇa, nous te disons ceci sans aucun doute.»
Verse 32
कृपाविष्टाः सहास्माभिः सञ्जातेऽपि सुदर्शने । मुनीनां यतचित्तानां दर्शनाद्धि शुभं भवेत्
Émus de compassion, même si vous êtes déjà venus sous notre regard favorable, la seule vision des munis au mental maîtrisé engendre, en vérité, l’auspice.
Verse 33
एकः पापानि कुरुते फलं भुंक्ते महाजनः । भोक्तारो विप्रमुच्यंते कर्ता दोषेण लिप्यते
Un seul commet les péchés, mais la grande maisonnée en consomme le fruit. Ceux qui ne font que participer sont délivrés; l’auteur, lui, se souille de la faute.
Verse 34
सूत उवाच । स तेषां तद्वचः श्रुत्वा चौरः किंचिद्भयान्वितः । सत्यमेतन्न संदेहो यदेतैर्व्याहृतं वचः
Sūta dit : Ayant entendu leurs paroles, le voleur fut saisi d’une certaine crainte. «C’est vrai, sans aucun doute : ce que ces sages ont énoncé est juste.»
Verse 36
एतत्कर्म न गृह्णंति यदि वा संत्यजाम्यहम् । महद्भयं समुत्पन्नं मम चेतसि सांप्रतम्
S’ils n’acceptent pas cet acte (et sa conséquence), alors je l’abandonnerai. À présent, une grande crainte s’est levée dans mon cœur.
Verse 37
यदि यूयं न चान्यत्र प्रयास्यथ मुनीश्वराः । पलायनपरा भूत्वा तद्गत्वा निजमंदिरम्
Si vous, ô seigneurs parmi les munis, ne partez pas ailleurs, alors, résolu à fuir, je m’en irai d’ici vers ma propre demeure.
Verse 38
पृच्छामि पोष्यवर्गं च युष्मद्वाक्यं विशेषतः । यदि तत्पातकांशं मे ग्रहीष्यति कुटुम्बकम् । तद्युष्माकं ग्रहीष्यामि यत्किंचित्पार्श्वसंस्थितम्
J’interrogerai ceux qui dépendent de moi, et surtout je vérifierai vos paroles. Si ma maisonnée doit assumer une part de mon péché, alors je prendrai ce qui vous appartient et qui se trouve tout près.
Verse 39
तस्मात्पृच्छामि तद्गत्वा निजमेव कुटुम्बकम् । यदि स्यात्संविभागो मे पापांशस्य करोमि वै
C’est pourquoi j’irai interroger ma propre maisonnée. S’il y a vraiment partage de ma part de péché, alors j’accomplirai l’acte, assurément.
Verse 40
ततस्ते शपथान्कृत्वा तस्य प्रत्ययकारणात् । तस्योपरि दयां कृत्वा मुमुचुस्तं गृहं प्रति
Alors, l’ayant fait jurer des serments afin d’établir la confiance, ils eurent compassion de lui et le relâchèrent pour qu’il retourne vers sa demeure.
Verse 41
सोऽपि गत्वाऽथ पप्रच्छ प्रगत्वा पितरं निजम् । शृणु तात वचोऽस्माकं ततः प्रत्युत्तरं कुरु
Lui aussi s’en alla et, s’approchant de son propre père, demanda : «Père, écoute mes paroles, puis donne ta réponse».
Verse 42
यत्कृत्वाहमकृत्यानि चौर्यादीनि सहस्रशः । पुष्टिं करोमि ते नित्यस् तद्भागस्तेऽस्ति वा न वा
«En accomplissant des actes interdits—tel le vol—des milliers de fois, je vous procure chaque jour de quoi vivre. Dites-moi : avez-vous une part dans ce karma, ou non ?»
Verse 43
पापस्य मम प्रब्रूहि पृच्छतोऽत्र यथातथम् । अत्र मे संशयो जातस्तस्माच्छीघ्रं प्रकीर्तय
Dis-moi en toute vérité, comme je te le demande ici, au sujet de mon péché. Un doute s’est levé en moi ; c’est pourquoi déclare-le sans tarder.
Verse 44
पितोवाच । बाल्ये पुत्र मया नीतस्त्वं पुष्टिं व्याकुलात्मना । शुभाऽशुभानि कृत्यानि कृत्वा स्निग्धेन चेतसा
Le père dit : « Mon fils, dans ton enfance je t’ai élevé le cœur inquiet, accomplissant des actes — bons et mauvais — avec une tendre affection. »
Verse 45
एतदर्थं पुनर्येन वार्धक्ये समुपस्थिते । गां पालयसि भूयोऽपि कृत्वा कर्म शुभाऽशुभम्
« Et pour cette raison même, maintenant que la vieillesse m’est venue, tu entretiens de nouveau la maison, accomplissant encore des actes — bons et mauvais. »
Verse 46
न तस्य विद्यते भागस्तव स्वल्पोऽपि पुत्रक । शुभस्य वाऽथ पापस्य सांप्रतं च तथा मम
« Mon cher fils, tu n’as aucune part en cela — pas même la moindre — qu’il s’agisse du mérite ou du péché ; et de même, à présent, je n’ai aucune part en ce qui est tien. »
Verse 47
आत्मनैव कृतं कर्म स्वयमेवोपभुज्यते । शुभं वा यदि वा पापं भोक्तारोन्यजनाः स्मृताः
L’acte accompli par soi-même, c’est soi-même qui en éprouve le fruit—qu’il soit bon ou mauvais. Les autres ne sont pas tenus pour les jouisseurs de son résultat.
Verse 48
साधुत्वेनाथ चौर्येण कृष्या वा वाणिजेन वा । त्वमुपानयसे भोज्यं न मे चिन्ता प्रजायते
Que ce soit par conduite droite ou par larcin, par l’agriculture ou par le négoce—tu m’apportes la nourriture; ainsi, nulle inquiétude ne s’élève en mon cœur.
Verse 49
तस्मान्नैतद्धृदि स्थाप्यं कर्मनिंद्यं करिष्यसि । यत्तस्यांशं प्रभोक्ता त्वं वयं सर्वे प्रभुंजकाः
C’est pourquoi ne dépose pas cette pensée dans ton cœur et n’accomplis pas d’actes blâmables, en te disant : «Toi, Seigneur, tu en prendras ta part, et nous tous en prendrons aussi».
Verse 50
सूत उवाच । स एतद्वचनं श्रुत्वा व्याकुलेनान्त्तरात्मना । पप्रच्छ मातरं गत्वा तमेवार्थं प्रयत्नतः
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, il fut intérieurement bouleversé. Il alla vers sa mère et l’interrogea avec insistance sur cette même affaire.
Verse 51
ततस्तयापि तच्चोक्तं यत्पित्रा तस्य जल्पितम् । असामान्यं शुभे पापे कृत्ये तस्य द्विजोत्तमाः
Alors elle aussi lui rapporta ce que son père avait dit. «Ô le meilleur des deux-fois-nés, son acte—qu’il soit mérite ou péché—n’avait rien d’ordinaire.»
Verse 52
ततः पप्रच्छ तां भार्यां गत्वा दुःखसमन्वितः । साऽप्युवाच ततस्तादृक्पापं गुरुजनोद्भवम्
Puis, accablé de peine, il alla vers son épouse et l’interrogea. Elle répondit aussi : «Un tel péché naît de la faute commise envers les aînés et les supérieurs».
Verse 53
ततः स शोकसंतप्तः पश्चात्तापेन संयुतः । गर्हयन्नेव चात्मानं ययौ ते यत्र तापसाः
Ensuite, brûlé par le chagrin et rempli de repentir, se blâmant lui-même, il se rendit au lieu où demeuraient ces ascètes.
Verse 54
ततः प्रणम्य तान्सर्वान्कृतांजलिपुटः स्थितः । गम्यतां गम्यतां विप्राः क्षम्यतां क्षम्यतां मम
Alors, s’inclinant devant eux tous, il se tint les mains jointes et dit : « Allez, allez, ô brāhmaṇas — pardonnez-moi, pardonnez-moi. »
Verse 55
यन्मया मौर्ख्यमास्थाय युष्मन्निर्भर्त्सना कृता । सुपाप्मना विमूढेन तस्मात्कार्या क्षमाद्य मे
« Car moi, m’abritant dans la sottise, je vous ai blâmés ; égaré et lourdement pécheur, je vous demande donc de m’accorder le pardon. »
Verse 56
युष्मदीयं वचः कृत्स्नं मद्गुरुभ्यां प्रजल्पितम् । भार्यया च द्विजश्रेष्ठास्तेन मे दुःखमागतम्
« Ô meilleurs des brāhmaṇas, toute votre parole a été répétée par mes aînés et aussi par mon épouse ; de là m’est venue la douleur. »
Verse 57
तस्मात्कुर्वंतु मे सर्वे प्रसादं मुनिसत्तमाः । उपदेशप्रदानेन येन पापं क्षपाम्यहम्
« C’est pourquoi, ô meilleurs des sages, accordez-moi tous votre grâce — en me donnant l’enseignement — afin que, par lui, je détruise mon péché. »
Verse 58
मया कर्म कृतं निंद्यं सदैव द्विजसत्तमाः । स्त्रियोऽपि च द्विजेंद्राश्च तापसाश्च विशेषतः
Ô le meilleur des deux-fois-nés ! J’ai commis un acte blâmable—envers les femmes, envers les brāhmaṇas les plus éminents, et tout particulièrement envers les ascètes.
Verse 59
ये ये दीनतरा लोका न समर्थाः प्रयोधितुम् । ते मया मुषिताः सर्वे न समर्थाः कदाचन
Tous ceux qui étaient plus démunis et incapables de résister ou de riposter—je les ai tous dépouillés ; jamais ils n’ont pu s’opposer à moi.
Verse 60
कुटुम्बार्थं विमूढेन साधुसंगविवर्जिना । यथैव पठता शास्त्रं तन्मेऽद्य पतितं हृदि
Dans l’illusion, privé de la compagnie des saints, je n’ai poursuivi la vie que pour le bien de ma famille. Mais aujourd’hui, comme si je lisais les Écritures, leur vérité est tombée dans mon cœur.
Verse 61
यदि न स्याद्भवद्भिर्मे दर्शनं चाद्य सत्तमाः । तदन्यान्यपि पापानि कर्ताहं स्यां न संशयः
Ô meilleurs des vertueux : si aujourd’hui je n’avais pas reçu votre sainte vision, sans doute j’aurais continué à commettre d’autres péchés encore.
Verse 62
तेषां मध्यगतश्चासीत्पुलहो नाम सन्मुनिः । हास्यशीलः स तं प्राह विप्लवार्थं द्विजोत्तमम्
Parmi eux se trouvait un véritable sage nommé Pulaha. D’un naturel enjoué, il s’adressa à ce brāhmaṇa éminent, voulant donner un tournant à l’affaire.
Verse 63
अहं ते कीर्तयिष्यामि मन्त्रमेकं सुशोभनम् । यं ध्यायञ्जप्यमानस्त्वं सिद्धिं यास्यसि शाश्वतीम्
Je te révélerai un unique mantra, d’une splendeur parfaite. En le méditant et en le récitant en japa, tu atteindras une siddhi durable, infaillible et éternelle.
Verse 64
जाटघोटेतिमन्त्रोऽयं सर्वसिद्धिप्रदायकः तमेनं जप विप्र त्वं दिवारात्रमतंद्रितः
Ce mantra — « jāṭaghoṭe » — accorde toutes les siddhi. Ainsi, ô brāhmane, récite ce mantra jour et nuit, sans paresse ni relâchement.
Verse 65
ततो यास्यसि संसिद्धिं दुर्लभां त्रिदशैरपि
Alors tu atteindras l’accomplissement parfait, une réalisation difficile à obtenir même pour les dieux.
Verse 66
एवमुक्त्वाथ ते विप्रास्तीर्थयात्रां ततो ययुः । सोऽपि तत्रैव चौरस्तु स्थितो जपपरायणः
Après avoir ainsi parlé, ces brāhmanes partirent en pèlerinage vers les tīrtha sacrés. Mais le voleur demeura sur place, entièrement voué à la répétition du mantra (japa).
Verse 67
अनन्यमनसा तेन प्रारब्धः स तदा जपः । यथाऽभवत्समाधिस्थो येनावस्थां परां गतः
D’un esprit sans partage, il commença ce japa. Il entra ainsi en samādhi et, par cela même, atteignit l’état suprême.
Verse 68
तस्यैवं स्मरमाणस्य तं मन्त्रं ब्राह्मणस्य च । निश्चलत्वं गतः कायः कार्ये च निश्चलः स्थितः
Ainsi, se remémorant sans cesse le mantra enseigné par le brāhmane, son corps devint immobile ; et dans la pratique même, il demeura inébranlable.
Verse 69
ततः कालेन महता वल्मीकेन समावृतः । समंताद्ब्राह्मणश्रेष्ठा ध्यानस्थस्य महात्मनः
Puis, après un très long temps—ô le meilleur des brāhmanes—il fut recouvert de toutes parts par une termitière, tandis que ce grand être demeurait absorbé dans la méditation.
Verse 70
तौ मातापितरौ तस्य सा च भार्या मनस्विनी । याता मृत्युवशं सर्वे तमन्वेष्य प्रयत्नतः
Ses père et mère, ainsi que son épouse à la volonté ferme, le cherchèrent avec tous leurs efforts ; mais tous, l’un après l’autre, tombèrent sous la puissance de la mort.
Verse 71
न विज्ञातश्च तत्रस्थः संन्यस्तः स महाव्रतः । संसारभावनिर्मुक्तस्तस्मान्मुनिसमागमात्
Demeurant là, nul ne le reconnut. Ayant embrassé le renoncement, cet homme au grand vœu fut délivré des penchants mondains du saṃsāra, grâce à la fréquentation des sages.
Verse 72
कस्यचित्त्वथ कालस्य तेन मार्गेण ते पुनः । तीर्थयात्राप्रसंगेन मुनयः समुपस्थिताः
Après quelque temps, les sages revinrent par ce même chemin, à l’occasion de leur pèlerinage vers les tīrthas sacrés.
Verse 73
प्रोचुश्चैतद्द्विजाः स्थानं यत्र चौरेण संगमः । आसीद्वस्तेन रौद्रेण ब्राह्मणच्छद्मधारिणा
Les sages deux-fois-nés indiquèrent ce lieu même où s’était produit jadis l’affrontement avec un voleur, farouche et cruel, revêtu du déguisement d’un brāhmaṇa.
Verse 74
ततो वल्मीकमध्यस्थं शुश्रुवुर्निस्वनं च ते । जाटघोटेतिमंत्रस्य तस्यैव च महात्मनः
Puis ils entendirent un son venant du cœur d’une termitière : ce grand être récitait un mantra commençant par les mots « jāṭa-ghoṭa ».
Verse 75
अथ भूम्यां प्रहारास्ते सस्वनुः सर्वतोदिशम् । ते वल्मीकं ततो दृष्ट्वा तं चौरं तस्य मध्यगम्
Alors leurs coups portés sur le sol retentirent de toutes parts. Puis, voyant la termitière, ils aperçurent le voleur assis en son milieu.
Verse 76
जपमानं तु तं मन्त्रं पुलहेन निवेदितः । हास्यरूपेण यस्तस्य सिद्धिं च द्विजसत्तमाः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, il répétait ce mantra transmis par Pulaha ; bien qu’offert sous une forme enjouée, il lui apporta pourtant l’accomplissement.
Verse 77
यद्वा सत्यमिदं प्रोक्तमाचार्यैः शास्त्रदृष्टिभिः । स्तोकं सिद्धिकृते तस्य यस्मात्सिद्धिरुपस्थिता
Ou bien, ce qu’ont dit les maîtres —ceux qui voient à travers l’enseignement des śāstra— est véritable : même un moyen infime peut produire l’accomplissement pour lui, puisque la réalisation s’est présentée à lui.
Verse 78
मन्त्रे तीर्थे द्विजे देवे दैवज्ञे भेषजे गुरौ । यादृशी भावना यस्य सिद्धिर्भवति तादृशी
Dans le mantra, dans le tīrtha, chez le brāhmane, dans la divinité, chez l’astrologue, dans le remède et dans le guru—telle est la disposition intérieure, telle se révèle l’accomplissement.
Verse 79
अथ तं वीक्ष्य संसिद्धं कुमन्त्रेणापि तस्करम् । ते विप्रा विस्मयाविष्टाः कृपाविष्टा विशेषतः
Puis, voyant ce voleur pleinement accompli—even par un mantra fautif—les brāhmanes furent saisis d’étonnement et, plus encore, touchés de compassion.
Verse 80
समाध्यर्हैस्ततो द्रव्यैस्तैलैस्तद्भेषजैरपि
Alors, avec des substances convenant à celui qui demeure en profonde méditation—des huiles et ces remèdes médicinaux—ils entreprirent de le soigner.
Verse 81
ममर्दुस्तस्य तद्गात्रं समाधिस्थं चिरं द्विजाः । ततः स चेतनां लब्धा आलोक्य च मुहुर्मुहुः । प्रोवाच विस्मयाविष्टस्तान्मुनीन्प्रकृतानिति
Les brāhmanes massèrent son corps, bien qu’il fût demeuré longtemps absorbé en samādhi. Puis il reprit conscience, regarda à maintes reprises et, saisi d’étonnement, s’adressa à ces munis, qui semblaient dans leur état ordinaire.
Verse 82
लोहजंघ उवाच । किमर्थं न गता यूयं मया मुक्ता द्विजोत्तमाः । नाहं किंचिद्ग्रहीष्यामि युष्मदीयं कथंचन । कुटुंबार्थं यतस्तस्माद्व्रजध्वं स्वेच्छयाऽधुना
Lohajaṅgha dit : «Pourquoi n’êtes-vous pas partis, ô meilleurs des brāhmanes, alors que je vous ai relâchés ? Je ne prendrai rien de ce qui est à vous, d’aucune manière. Puisque c’est pour le bien de vos foyers, allez maintenant selon votre volonté.»
Verse 83
मुनय ऊचुः । चिरकालाद्वयं प्राप्ताः पुनर्भ्रांत्वाऽत्र कानने । समाधिस्थेन न ज्ञातः कालोऽतीतस्त्वया बहु
Les sages dirent : «Après un très long temps, nous sommes revenus ici, errant de nouveau dans cette forêt. Tandis que tu demeurais absorbé en samādhi, beaucoup de temps s’est écoulé pour toi—à ton insu.»
Verse 84
तौ मातापितरौ वृद्धौ त्वया मुक्तौ क्षयं गतौ । त्वं च संसिद्धिमापन्नः परामस्मत्प्रसादतः
«Ces deux-là — ta mère et ton père âgés —, délivrés par toi, sont parvenus à leur terme. Et toi, par notre grâce, tu as atteint l’accomplissement suprême.»
Verse 85
वल्मीकांतः स्थितो यस्मात्संसिद्धिं परमां गतः । वल्मीकिर्नाम विख्यातस्तस्माल्लोके भविष्यसि
«Parce que tu es demeuré au bord de la fourmilière et as atteint la perfection suprême, tu seras donc célèbre dans le monde sous le nom de “Vālmīki”.»
Verse 86
अत्रस्थेन यतो मुष्टास्त्वया लोकाः पुरा द्विज । मुखाराख्यं ततस्तीर्थमेतत्ख्यातिं गमिष्यति
«Puisque, demeurant ici, jadis tu dépouillais les gens, ô brāhmane, ce tīrtha deviendra donc célèbre sous le nom de “Mukhārā”.»
Verse 87
येऽत्र स्नानं करिष्यंति श्रावण्यां श्रद्धया द्विजाः । क्षालयिष्यंति ते पापं चौर्य कर्मसमुद्भवम्
«Les brāhmanes qui se baigneront ici, au mois de Śrāvaṇa, avec foi, laveront le péché né des actes de vol.»
Verse 88
सूत उवाच । एवमुक्त्वाथ ते विप्रास्तमामंत्र्य मुनिं ततः । प्रणतास्तेन संजग्मुर्वांछिताशां ततः परम्
Sūta dit : Ayant ainsi parlé, ces brāhmanes prirent congé du sage ; puis, s’étant prosternés devant lui, ils poursuivirent leur route, leurs vœux désirés étant accomplis.
Verse 89
तपःस्थः सोऽपि तत्रैव वाल्मीकिरिति यः स्मृतः
Et lui aussi demeura en ce lieu même, établi dans l’austérité — celui que l’on se souvient sous le nom de Vālmīki.
Verse 90
मुनीनां प्रवरः श्रेष्ठः संजातश्च ततः परम् । अद्यापि तिष्ठते मूर्तः स तत्रस्थो मुनीश्वरः
Puis s’éleva un sage, le plus éminent et le plus excellent parmi les munis. Aujourd’hui encore, ce seigneur des sages demeure là, en forme incarnée, établi en ce lieu même.
Verse 91
यस्तं प्रपूजयेद्भक्त्या स कविर्जायते भुवम् । अष्टम्यां च विशेषेण सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः
Quiconque le vénère avec dévotion devient poète sur la terre. Et surtout au jour d’Aṣṭamī, le huitième jour lunaire, s’il est muni d’une foi juste, le fruit est assuré.
Verse 124
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये मुखारतीर्थोत्पत्तिवर्णनंनाम चतुर्विंशत्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille ślokas—dans la sixième section, le Nāgara Khaṇḍa, dans la Māhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, le chapitre intitulé « Description de l’origine de Mukhāra Tīrtha », à savoir le Chapitre 124.