
L’Adhyāya 167 se déploie comme un enseignement théologique entre Īśvara et Devī. Devī voit, dans l’espace public, des comportements troublants et comme extatiques liés aux acclamations de « Bhūtamātā » ; elle demande si ces conduites ont un fondement scripturaire, comment les habitants de Prabhāsa doivent vénérer cette déesse, pourquoi elle est venue en ce lieu et à quel moment doit se tenir sa fête principale. Īśvara répond par un récit d’origine : durant un intervalle mythique, d’une effusion du corps de Devī surgit une figure féminine redoutable, parée de guirlandes de crânes et d’emblèmes guerriers, accompagnée d’alliées décrites comme de type brahma-rākṣasī et d’immenses cortèges. Īśvara lui assigne des fonctions et des limites (notamment une prééminence nocturne) et désigne Prabhāsa, en Saurāṣṭra, comme demeure de longue durée, avec des repères astraux et topographiques. Le chapitre se tourne ensuite vers une éthique appliquée : il énumère les situations domestiques et sociales qui attirent la présence des bhūta/pīśāca — négligence du liṅgārcana, du japa et du homa, manque de pureté, abandon des devoirs quotidiens, discorde persistante — et il décrit aussi les foyers protégés où les Noms divins et l’ordre rituel sont maintenus. Vient une prescription calendérique : culte de la pratipadā de Vaiśākha jusqu’à la caturdaśī, avec une observance majeure liée au moment d’amāvasyā/caturdaśī (tel qu’énoncé), comprenant offrandes de fleurs, d’encens, de sindūra et de cordons au cou, aspersion d’eau à la déesse sous un arbre (motif du siddha-vata), rites de nourriture et spectacles publics (preraṇī–prekṣaṇī : scènes de rue à la fois humoristiques et édifiantes). La phalaśruti promet protection des enfants, prospérité du foyer, délivrance des entités affligeantes et auspices généraux à ceux qui honorent Bhūtamātā avec une dévotion disciplinée.
Verse 2
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि तत्रस्थां भूतमातृकाम् । सावित्र्या वारूणे भागे शतधन्वंतरे स्थिताम् । नवकोटि गणैर्युक्तां प्रेतभूतसमाकुलाम् । पूजितां सिद्धगंधर्वैर्देवादिभिरनेकशः
Īśvara dit : Alors, ô grande Déesse, il faut se rendre auprès de Bhūtamātṛkā qui demeure en ce lieu—située dans le quartier de Varuṇa de Sāvitrī, à l’intervalle de cent longueurs d’arc—entourée de neuf koṭi de gaṇa, foisonnante de preta et de bhūta, et maintes fois honorée par les Siddha, les Gandharva, les dieux et d’autres encore.
Verse 3
देव्युवाच । भूतमातेति संहृष्टा ग्रामेग्रामे पुरेपुरे । गायन्नृत्यन्हसंल्लोकः सर्वतः परिधावति
La Déesse dit : Dans l’allégresse, les gens de chaque village et de chaque cité courent de toutes parts, chantant, dansant et riant, en s’écriant : «Bhūtamātā !»
Verse 4
उन्मत्तवत्प्रलपते क्षितौ पतति मत्तवत् । क्रुद्धवद्धावति परान्मृतवत्कृष्यते हि सः
Il délire comme un insensé, tombe à terre comme un ivre, se précipite sur autrui comme s’il était courroucé, et l’on le traîne comme s’il était sans vie.
Verse 5
सुखभंगांश्च कुरुते लोको वातगृहीतवत् । भूतवद्भस्ममूत्रांबुकर्दमानवगाहते
Le peuple cause des troubles et brise le bien-être ordinaire, comme s’il était saisi par un esprit de vent ; tels des possédés, ils s’enfoncent dans la cendre, l’urine, l’eau et la boue.
Verse 6
किमेष शास्त्रनिर्दिष्टो मार्गः किमुत लौकिकः । मुह्यते मे मनो देव तेन त्वं वक्तुमर्हसि
Est-ce une voie prescrite par les śāstras, ou seulement une manière mondaine ? Mon esprit est troublé, ô Seigneur ; daigne donc l’expliquer.
Verse 7
कथं सा पुरुषैः पूज्या प्रभासक्षेत्रवासिभिः । कस्मात्तत्र गता देवी कस्मिन्काले समागता । कस्मिन्दिने तु मासे तु तस्याः कार्यो महोत्सवः
Comment cette Déesse doit-elle être adorée par les habitants de Prabhāsakṣetra ? Pour quelle raison la Déesse s’y rendit-elle, et à quel moment y arriva-t-elle ? Et quel jour, en quel mois, doit-on accomplir sa grande fête ?
Verse 8
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि यत्ते किंचिन्मनोगतम् । आस्तिकाः श्रद्दधानाश्च भवन्तीति मतिर्मम
Īśvara dit : « Écoute, ô Devī ; je vais t’expliquer ce qui s’est levé dans ton esprit. Telle est ma conviction : les êtres deviennent pleins de foi et de confiance (dans le Dharma et le sacré). »
Verse 9
चाक्षुषस्यान्तरेऽतीते प्राप्ते वैवस्वतेऽन्तरे । दक्षापमानात्संजाता तदा पर्वतपुत्रिका
Lorsque le Manvantara de Cākṣuṣa fut passé et que survint le Manvantara de Vaivasvata, alors—née de l’affront de Dakṣa—la Fille de la Montagne se manifesta de nouveau.
Verse 10
द्वापरे तु द्वितीये वै दत्ता त्वं पर्वतेन मे । विवाहे चैव संजाते सर्वदेवमनोरमे
Dans le second Dvāpara-yuga, la Montagne (l’Himālaya) te donna véritablement à moi ; et lorsque le mariage eut lieu, il réjouit tous les dieux.
Verse 11
त्वया च सहितः पूर्वं मन्दरे चारुकंदरे । अक्रीडं च मुदा युक्तो दिव्यक्रीडनकैः प्रिये । पीनोन्नतनितंबेन भ्राजमाना कुचोन्नताम्
Autrefois, ô bien-aimée, avec toi je me divertissais avec joie dans les belles grottes du Mandara, usant de jeux divins ; et tu resplendissais, hanches pleines et relevées, poitrine fièrement saillante.
Verse 12
सिताब्जवदनां हृष्टां दृष्ट्वाऽहं त्वां महाप्रभाम् । दग्धकामतरोः कन्दकंदलीमिव निःसृताम् । महार्हशयनस्थां त्वां तदा कामितवानहम्
Te voyant—joyeuse, au visage de lotus blanc, d’un éclat souverain—pareille à une tendre pousse jaillie de l’arbre des vœux consumé, et reposant sur une couche splendide, alors je te désirai.
Verse 13
सुरते तव संजातं दिव्यं वर्षशतं यदा । तदा देवि समुत्थाय निरोधान्निर्गता बहिः
Lorsque, dans votre étreinte, s’écoula un siècle divin, alors, ô Devī, tu te relevas et—délivrée de toute entrave—sortis au dehors.
Verse 14
तवोदकात्समुत्तस्थौ नार्येका गह्वरोदरा । कृष्णा करालवदना पिंगाक्षी मुक्तमूर्धजा
De ton fluide corporel s’éleva une seule femme, au ventre profond ; noire de teint, au visage effrayant, aux yeux fauves, les cheveux dénoués.
Verse 15
कपालमालाभरणा बद्धमुण्डार्धपिंडका । खट्वांगकंकालधरा रुण्डमुंडकरा शिवा
Elle portait en parure une guirlande de crânes, avec des amas de demi-têtes liées ; elle brandissait un khaṭvāṅga et un squelette, et tenait des têtes tranchées et des crânes : telle était la farouche Śivā (servante de Śiva).
Verse 16
द्वीपिचर्माम्बरधरा रणत्किंकिणिमेखला । डमड्डमरुकारा च फेत्कारपूरिताम्बरा
Vêtue d’une peau de léopard, ceinte d’une ceinture aux grelots tintants, faisant retentir le tambour ḍamaru, elle emplit le ciel de ses cris farouches.
Verse 17
तस्याश्च पार्श्वगा अन्यास्तासां नामानि मे शृणु । सख्यो ब्राह्मणराक्षस्यस्तासां चैव सुदर्शनाः
À ses côtés se tenaient aussi d’autres femmes—écoute de ma bouche leurs noms. Elles étaient ses compagnes, des brāhmaṇa-rākṣasīs, et elles aussi avaient une beauté saisissante.
Verse 18
दशकोटिप्रभेदेन धरां व्याप्य सुसंस्थिताः । मुख्यास्तत्र चतस्रो वै महाबलपराक्रमाः
Elles se répandirent sur la terre en d’innombrables divisions—dix crores dans leur diversité—et demeurent solidement établies. Parmi elles, quatre sont tenues pour principales, pleines de grande force et de vaillance héroïque.
Verse 19
रक्तवर्णा महाजिह्वाऽक्षया वै पापकारिणी । एतासामन्वये जाताः पृथिव्यां ब्रह्मराक्षसाः
Rouges de teint, à la langue immense, inépuisables et véritablement porteuses de péché—de leur lignée, sur la terre, naquirent les Brahma-rākṣasas.
Verse 20
श्लेष्मातकतरौ ह्येते प्रायशः सुकृतालयाः । उत्तालतालचपला नृत्यंति च हसंति च
On les voit sur les arbres śleṣmātaka, demeurant le plus souvent là où s’amasse le mérite. Agitées par le fracas du rythme et de la mesure, elles dansent—et elles rient aussi.
Verse 21
विज्ञेया इह लोकेऽस्मिन्भूतानां मूलनायकाः । अतिकृष्णा भवन्त्येते व्यंतरान्तरचारिणः
Sache qu’en ce monde même, ceux-ci sont les chefs primordiaux des bhūta. D’une forme extrêmement sombre, ils se meuvent dans les espaces intérieurs en tant que vyantara.
Verse 22
वृक्षाग्रमात्रमाकाशं ते चरंति न संशयः
Ils errent dans le ciel seulement jusqu’à la hauteur de la cime d’un arbre ; de cela, nul doute.
Verse 23
तथैव मम वीर्यात्तु मद्रूपाभरणः पुमान् । कपालखट्वांगधरो जातश्चर्मविगुण्ठितः
Ainsi, de ma propre puissance surgit un homme, paré à mon image même : il portait un crâne et le bâton khaṭvāṅga, et se trouvait enveloppé d’une peau.
Verse 24
अनुगम्यमानो बहुभिर्भूतैरपि भयंकरः । सिंहशार्दूलवदनैर्वदनोल्लिखितांबरैः
Suivi par de nombreux bhūta, il était véritablement terrifiant : entouré d’êtres aux visages de lion et de tigre, dont les faces levées semblaient griffer le ciel même.
Verse 25
एवं देवि तदा जातः क्षुधाक्रान्तो बभाष माम् । अतोऽहं क्षुधितं दृष्ट्वा वरं हीमं च दत्तवान्
Ainsi, ô Devī, lorsqu’il fut né, accablé par la faim il me parla. Aussi, le voyant affamé, je lui accordai une grâce : convenable et redoutable.
Verse 26
युवयोर्हस्तसंस्पर्शान्नक्तमेवास्तु सर्वशः । नक्तं चैव बलीयांसौ दिवा नातिबलावुभौ । पुत्रवद्रक्षतं लोकान्धर्मश्चैवानुपाल्यताम्
Par le contact de vos mains, que partout ce soit la nuit. Et certes, la nuit vous deux serez plus puissants ; le jour, ne soyez pas d’une force excessive. Protégez les mondes comme s’ils étaient vos propres fils, et que le dharma soit dûment maintenu.
Verse 27
इत्युक्तौ तौ मया तत्र भूतमातृगणौ प्रिये । एकीभूतौ क्षणेनैव तौ भवानीभवोद्भवौ
Ainsi leur parlai-je là, ô bien-aimée : à ces deux, ces troupes des Mères des bhūtas. En un seul instant, les deux—nés de Bhavānī et de Bhava—ne firent plus qu’un.
Verse 28
दृष्ट्वा हृष्टमनाश्चाहमवोचं त्वां शुचिस्मिते
Les voyant, mon cœur fut rempli de joie, et je te parlai, ô toi au sourire pur.
Verse 29
कल्याणि पश्यपश्यैतौ ममांशाच्च समुद्भवौ । बीभत्साद्भुतशृंगारधारिणौ हास्यकारिणौ
Ô bienheureuse, regarde—regarde ces deux-là, nés d’une part de mon propre être. Ils portent les saveurs du terrible, du merveilleux et de l’érotique, et ils suscitent le rire.
Verse 30
भ्रातृभांडा भूतमाता तथैवोदकसेविता । संज्ञात्रयं स्मृतं देवि लोके विख्यातपौरुषम्
«Bhrātṛbhāṃḍā», «Bhūtamātā», et aussi «Udakasevitā» : ces trois noms sont rappelés, ô Devī, comme célèbres dans le monde pour leur vaillance.
Verse 31
पुनः कृतांजलिपुटौ दृष्ट्वा मामूचतुस्तदा । आवयोर्भगवन्कुत्र स्थाने वासो भविष्यति
Alors, joignant de nouveau les mains en geste de vénération, ils me regardèrent et dirent : «Ô Seigneur, en quel lieu sera notre demeure ?»
Verse 32
इत्युक्तवन्तौ तौ तत्र वरेण च्छन्दितौ मया । अस्ति सौराष्ट्रविषये भारते क्षेत्रमुत्तमम्
Lorsqu’ils eurent parlé ainsi, je les comblai d’une grâce et dis : «En Bhārata, dans la région de Saurāṣṭra, se trouve un kṣetra sacré sans pareil.»
Verse 33
प्रभासेति समाख्यातं तत्र क्षेमं मम प्रियम् । कूर्मस्य नैरृते भागे स्थितं वै दक्षिणे परे
Il est renommé sous le nom de «Prabhāsa» ; là se trouve mon siège bien-aimé de paix, de prospérité et d’heureux présage. Il est situé au sud, dans le quartier sud-ouest du plan sacré nommé «Kūrma».
Verse 34
स्वाती विशाखा मैत्रं च यत्र ऋक्षत्रयं स्मृतम् । तस्मिन्स्थाने सदा स्थेयं यावन्मन्वन्तरावधि
Là où l’on se souvient de la triade des demeures lunaires — Svātī, Viśākhā et Maitra — en ce lieu même vous demeurerez à jamais, jusqu’au terme du Manvantara.
Verse 35
अन्यदा जीविकं वच्मि तव भूतप्रिये सदा
Une autre fois, je te parlerai de ton moyen de subsistance, ô toi qui es à jamais aimé des êtres.
Verse 36
यत्र कण्टकिनो वृक्षा यत्र निष्पाववल्लरी । भार्या पुनर्भूर्वल्मीकस्तास्ते वसतयश्चिरम्
Là où se dressent des arbres épineux, là où croît la liane niṣpāva—là aussi (qu’il y ait) ton épouse « Punarbhū », et la termitière pour demeure ; tels seront tes séjours pour longtemps.
Verse 37
यस्मिन्गृहे नराः पञ्च स्त्रीत्रयं तावतीश्च गाः । अन्धकारेंधनाग्निश्च तद्गृहे वसतिस्तव
Dans toute maison où se trouvent cinq hommes, trois femmes et autant de vaches, et où il y a ténèbres, bois de feu et flamme—dans cette maison est ta demeure.
Verse 38
भूतैः प्रेतैः पिशाचैश्च यत्स्थानं समधिष्ठितम् । एकावि चाष्टबालेयं त्रिगवं पञ्चमाहिषम् । षडश्वं सप्तमातंगं तद्गृहे वसतिस्तव
Ce lieu de séjour qu’occupent les bhūta, les preta et les piśāca—là, ô Déesse, est ton asile : là où se trouvent une brebis, huit jeunes taureaux, trois vaches, cinq buffles, six chevaux et sept éléphants—dans cette maison est ta résidence.
Verse 39
उद्दालकान्नपिटकं तद्वत्स्थाल्यादिभाजनम् । यत्र तत्रैव क्षिप्तं च तव तच्च प्रतिश्रयम्
Là où un panier de grains/nourriture, et de même des pots et ustensiles tels que des récipients de cuisson, sont jetés pêle-mêle en tous lieux—là aussi, ô Déesse, se trouve ton refuge.
Verse 40
मुशलोलूखले स्त्रीणामास्या तद्वदुदुंबरे । भाषणं कटुकं चैव तत्र देवि स्थितिस्तव
Dans le mortier et le pilon, dans la bouche des femmes, et de même dans l’arbre udumbara ; et là où la parole est âpre et mordante—là, ô Déesse, demeure ta présence.
Verse 41
खाद्यन्ते यत्र धान्यानि पक्वापक्वानि वेश्मनि । तद्वच्छाखाश्च तत्र त्वं भूतैः सह चरिष्यसि
Dans la maison où l’on mange les grains—cuits et non cuits—sans soin ni discernement, et où l’on laisse pareillement en désordre branches et brindilles, là tu erreras avec les bhūtas.
Verse 42
स्थालीपिधाने यत्राग्निं ददते विकला नराः । गृहे तत्र दुरिष्टानामशेषाणां समाश्रयः
Dans la maison où des hommes maladroits ou négligents posent le feu sur le couvercle du pot, ce foyer devient l’asile de tous les mauvais présages et de toutes les actions impies.
Verse 43
मानुष्यास्थि गृहे यत्र अहोरात्रे व्यवस्थितम् । तत्रायं भूतनिवहो यथेष्टं विचरिष्यति
Là où des os humains demeurent conservés dans une maison jour et nuit, là cette troupe de bhūtas errera à sa guise.
Verse 44
सर्वस्मादधिकं ये न प्रवदन्ति पिनाकिनम् । साधारणं वदंत्येनं तत्र भूतैः समाविश
Ceux qui ne proclament pas Pinākin (Śiva) comme supérieur à tout, mais le disent seulement « ordinaire », qu’ils entrent là avec les bhūtas.
Verse 45
कन्या च यत्र वै वल्ली रोहीनाम जटी गृहे । अगस्त्य पादपो वापि बंधुजीवो गृहेषु वै
Et là où, dans une maison, se trouve la liane nommée Kanyā, ou la plante aux mèches appelée Rohī; ou la plante dite Agastya; ou le Bandhujīva dans les foyers—une telle maison est aussi comptée parmi celles qui se prêtent à de telles influences.
Verse 46
करवीरो विशेषेण नंद्यावर्तस्तथैव च । मल्लिका वा गृहे येषां भूतयोग्यं गृहं हि तत्
Surtout lorsqu’une maison possède le karavīra (laurier-rose), ainsi que la plante nandyāvarta, ou le mallikā (jasmin) : en vérité, cette demeure est propre à être l’habitation des bhūtas (esprits).
Verse 47
तालं तमालं भल्लातं तिंतिणीखंडमेव वा । बकुलं कदलीखंडं कदंबः खदिरोऽपि वा
Un tāla (palmier), un tamāla, un bhallāta, ou même une touffe de tiṁtiṇī ; un bakula, une touffe de bananiers, un kadamba, ou encore un khadira : lorsque de telles pousses se trouvent dans l’espace de la demeure, elles sont comptées parmi ces signes.
Verse 48
न्यग्रोधो हि गृहे येषामश्वत्थं चूत एव वा । उदुंबरश्च पनसः सर्वभूत प्रियं हि तत्
La demeure où se trouvent le nyagrodha (banian), ou l’aśvattha (figuier sacré), ou le cūta (manguier) ; de même l’udumbara (figuier en grappes) ou le panasa (jacquier) — cette habitation est chère et plaisante à tous les êtres.
Verse 49
यत्र काकगृहं वै स्यादारामे वा गृहेऽपि वा । भिक्षुबिंबं च वै यत्र गृहे दक्षिणके तथा
Là où se trouve une « maison des corbeaux » (kāka-gṛha), que ce soit dans un jardin ou même dans une demeure ; et là où, dans la maison, se tient le bhikṣu-bimba (effigie ou signe du mendiant), surtout du côté sud—
Verse 50
बिंबमूर्ध्वं च यत्रस्थं तत्र भूतनिवेशनम्
Là où cette effigie (bimba) est placée en hauteur, là même se trouve l’habitation des bhūtas (esprits).
Verse 51
लिंगार्चनं न यत्रैव यत्र नास्ति जपादिकम् । यत्र भक्तिविहीना वै भूतानां तान्गृहान्वदेत्
Là où il n'y a pas d'adoration du Linga, où le japa et les rites connexes sont absents, et où la dévotion fait défaut, ces maisons doivent être appelées les demeures des bhūtas (hantées par les esprits).
Verse 52
मलिनास्यास्तु ये मर्त्या मलिनांबर धारिणः । मलदंता गृहस्था ये गृहं तेषां समाविश
Ces mortels dont le visage est impur, qui portent des vêtements souillés, et ces maîtres de maison dont les dents sont fétides : entre dans les maisons de telles personnes.
Verse 53
अगम्यनिरता ये तु मैथुने व्यभिचारतः । संध्यायां मैथुनं यांति गृहं तेषां समाविश
Ceux qui s'adonnent à des relations interdites et agissent avec inconduite sexuelle, et ceux qui s'unissent au crépuscule (saṃdhyā) : entre dans les maisons de telles personnes.
Verse 54
बहुना किं प्रलापेन नित्यकर्मबहिष्कृताः । रुद्रभक्तिविहीना ये गृहं तेषां समाविश
À quoi bon tant de discours ? Ceux qui rejettent leurs devoirs quotidiens, et ceux qui sont dépourvus de dévotion envers Rudra : entre dans les maisons de telles personnes.
Verse 55
अदत्त्वा भुंजते योऽन्नं बंधुभ्योऽन्नं तथोदकम् । सपिण्डान्सोदकांश्चैव तत्कालात्तान्नरान्भज
Quiconque mange sans d'abord offrir (une part), et ne fournit ni nourriture ni eau aux parents — surtout à ceux qui partagent le même piṇḍa et l'offrande d'eau — dès cet instant, attache-toi à de tels hommes.
Verse 56
यत्र भार्या च भर्ता च परस्परविरोधिनौ । सह भूतैर्गृहं तस्य विश त्वं भयवर्ज्जिता
Là où l’épouse et l’époux se dressent l’un contre l’autre, ennemis—entre dans cette maison avec les bhūtas, sans aucune crainte.
Verse 57
वासुदेवे रतिर्नास्ति यत्र नास्ति सदा हरिः । जपहोमादिकं नास्ति भस्म नास्ति गृहे नृणाम्
Dans les demeures des hommes où il n’est point d’amour pour Vāsudeva, où Hari n’est pas sans cesse remémoré, où manquent japa, homa et rites semblables, et où la bhasma (cendre sacrée) n’est pas présente—
Verse 58
पर्वस्वप्यर्चनं नास्ति चतुर्दश्यां विशेषतः
Même aux jours de fête, nul culte n’est accompli—et tout particulièrement à la caturdaśī, le quatorzième jour lunaire.
Verse 59
कृष्णाष्टम्यां च ये मर्त्याः संध्यायां भस्मवर्जिताः । पंचदश्यां महादेवं न यजंति च यत्र वै
Ces mortels qui, à Kṛṣṇāṣṭamī, accomplissent le rite du crépuscule sans bhasma (cendre sacrée), et ce lieu où, au quinzième jour, Mahādeva n’est pas adoré—un tel endroit porte la marque du déclin du dharma.
Verse 60
पौरजानपदैर्यत्र प्राक्प्रसिद्धा महोत्सवाः । क्रियते पूर्ववन्नैव तद्गृहं वसतिस्तव
Là où les grandes fêtes, jadis renommées parmi citadins et villageois, ne sont plus célébrées comme autrefois—là, cette maison devient ta demeure.
Verse 61
वेदघोषो न यत्रास्ति गुरुपूजादिकं न च । पितृकर्मविहीनं च तद्भूतस्य गृहं स्मृतम्
Là où il n’y a ni récitation des Veda, ni hommage aux maîtres et autres, et où les rites aux ancêtres sont négligés—cette maison est dite demeure d’un bhūta (esprit errant).
Verse 62
रात्रौरात्रौ गृहे यस्मिन्कलहो जायते मिथः । बालानां प्रेक्षमाणानां यत्र वृद्धश्च पूर्वतः । भक्षयेत्तत्र वै हृष्टा भूतैः सह समाविश
Dans la maison où, nuit après nuit, naissent des querelles entre eux—où les enfants regardent et même l’aîné ouvre la marche—là, réjouis, les bhūtas entrent et dévorent la paix et le bien-être.
Verse 63
कस्मिन्मासे दिने चापि भवित्री लोकपूजिता । इत्युक्तोऽहं तया देवि तामवोचं पुनः प्रिये
« En quel mois et quel jour serai-je honorée par le peuple ? »—ainsi me questionna-t-elle ; ô Déesse, ô bien-aimée, je lui répondis de nouveau.
Verse 64
अमा या माधवे मासि तस्मिन्या च चतुर्दशी । तस्यां महोत्सवस्तत्र भविता ते चिरंतनः
À l’amāvāsyā (nouvelle lune) du mois de Mādhava, et au caturdaśī (quatorzième jour) qui s’y rattache—en ce temps-là se tiendra là un grand festival, durable pour toi longtemps.
Verse 65
याः स्त्रियस्तां च यक्ष्यंति तस्मिन्काले महोत्सवे । बलिभिः पुष्पधूपैश्च मा तासां त्वं गृहे विश
Quant aux femmes qui l’adoreront en ce temps de grand festival—avec bali, fleurs et encens—n’entre pas dans leurs demeures.
Verse 66
नारायण हृषीकेश पुण्डरीकाक्ष माधव । अच्युतानंत गोविंद वासुदेव जनार्दन
Nārāyaṇa, Hṛṣīkeśa, Puṇḍarīkākṣa, Mādhava; Acyuta, Ananta, Govinda, Vāsudeva, Janārdana—ces Noms sacrés sont invoqués en louange.
Verse 67
नृसिंह वामनाचिंत्य केशवेति च ये जनाः । रुद्र रुद्रेति रुद्रेति शिवाय च नमोनमः
Ceux qui disent : «Nṛsiṃha, Vāmana, Acintya, Keśava», et qui répètent : «Rudra, Rudra, Rudra», offrant sans cesse leur hommage à Śiva—sont protégés par une telle dévotion.
Verse 68
वक्ष्यंति सततं हृष्टास्तेषां धनगृहादिषु । आरामे चैव गोष्ठे च मा विशेथाः कथंचन
Ils parleront sans cesse, avec joie, de leurs trésors, de leurs demeures et de choses semblables. N’entre jamais, en aucune circonstance, dans leurs jardins de plaisir ni dans leurs étables à bétail.
Verse 69
देशाचाराञ्ज्ञा तिधर्माञ्जपं होमं च मंगलम् । दैवतेज्यां विधानेन शौचं कुर्वंति ये जनाः । लोकापवादभीता ये पुमांसस्तेषु मा विश
N’entre pas parmi ces hommes qui—connaissant les usages du pays et les ordonnances du dharma—accomplissent le japa, le homa, les rites de bon augure et le culte aux divinités selon la règle, et se gardent purs par crainte du blâme du monde.
Verse 70
देव्युवाच । कदा पूजा प्रकर्तव्या भूतमातुः सुखार्थिभिः । पुरुषैर्देवदेवेश एतन्मे वक्तुमर्हसि
La Déesse dit : «Ô Seigneur des dieux, quand les hommes en quête de bien-être doivent-ils accomplir le culte de Bhūtamātṛ ? Daigne me l’enseigner».
Verse 71
ईश्वर उवाच । सर्वत्रैषा भगवती बालानां हितकारिणी । नामभेदैः कालभेदैः क्रियाभेदैश्च पूज्यते
Īśvara dit : « Partout, cette Déesse Bienheureuse, bienfaitrice des enfants, est adorée — sous des noms divers, à des temps divers, et selon des rites variés. »
Verse 72
प्रतिपत्प्रभृति वैशाखे यावच्चतुर्दशीतिथिः । तावत्पूजा प्रकर्तव्या प्रेरणीप्रेक्षणीयकैः
À partir du premier jour lunaire de Vaiśākha et jusqu’à la quatorzième tithi, durant toute cette période, le culte doit être accompli, avec les observances requises et l’ordonnance rituelle appropriée.
Verse 73
भग्नामपि गतां चैनां जरत्तरुतले स्थिताम् । सेचयिष्यंति ये भक्त्या जलसंपूर्णगंडुकैः
Même si son image est brisée, déplacée et déposée au pied d’un vieil arbre, ceux qui, avec dévotion, l’aspergeront (et la baigneront) à l’aide de vases remplis d’eau—
Verse 74
ग्रीवासूत्रकसिन्दूरैः पुष्पैर्धूपैस्तथार्चयेत् । तत्र सिद्धवटः पूज्यः शाखां चास्य विनिक्षिपेत्
Là, qu’on l’honore avec des fils au cou (amulette), du vermillon (sindūra), des fleurs et de l’encens. Là aussi, le Siddhavaṭa — « le banian des siddhas » — doit être vénéré, et l’on y déposera une de ses branches en signe d’offrande.
Verse 75
पूजितां तां नरैर्यत्नादवलोक्य शुभेप्सुभिः । भोजयेत्क्षिप्रासंयावकृशरापूपपायसैः
Après avoir contemplé avec soin sa forme dûment adorée, ceux qui désirent des fruits de bon augure doivent ensuite offrir un repas d’offrande, avec des mets tels que kṣiprā, saṃyāva, kṛśarā, des gâteaux pūpa et le pāyasa (riz au lait sucré).
Verse 76
एवं विधिं यः कुरुते पुरुषो भक्तिभावतः । स पुत्रपशुवृद्धिं च शरीरारोग्यमाप्नुयात्
L’homme qui accomplit ce rite de cette manière, avec un esprit de dévotion, obtient l’accroissement des fils et du bétail, ainsi que la santé du corps.
Verse 77
न शाकिन्यो गृहे तस्य न पिशाचा न राक्षसाः । पीडां कुर्वन्ति शिशवो यान्ति वृद्धिमनामयाम्
Dans sa maison, il n’y aura ni Śākinī, ni Piśāca, ni Rākṣasa ; ils n’affligeront pas les enfants, et ceux-ci grandiront sans maladie, dans une vigueur saine.
Verse 78
अथ देवि प्रवक्ष्यामि प्रतिपत्प्रभृति क्रमात् । यथोत्सवो नरैः कार्यः प्रेरणीप्रेक्षणीयकैः
À présent, ô Déesse, j’exposerai dans l’ordre—à commencer dès le premier jour lunaire—comment la fête doit être célébrée par les hommes, sous la conduite d’organisateurs et de surveillants désignés.
Verse 79
विकर्मफलनिर्द्देशैः पाखंडानां विटंबनैः । प्रदर्श्यते हास्यपरैर्नरैरद्भुतचेष्टितैः
Elle est mise en scène par des hommes voués au spectacle comique, au moyen de prouesses étonnantes, en montrant les fruits des actes fautifs et en tournant en dérision les hérétiques hypocrites.
Verse 80
पञ्चम्यां तु विशेषेण रात्रौ कोलाहलः शुभे । जागरं तत्र कुर्वीत देवीं पूज्य प्रयत्नतः
Mais, tout particulièrement au cinquième jour lunaire, en cette nuit de bon augure, qu’il y ait une joyeuse effervescence ; là, qu’on veille, en adorant la Déesse avec un effort sincère.
Verse 81
विश्वस्य धनलोभेन स्वाध्यायो निहतः पतिः । आरोप्यमाणं शूलाग्रमेनं पश्यत भो जनाः
« À cause de l'avidité pour la richesse, le maître de l'étude sacrée a été tué ! » Regardez, ô gens, comme celui-ci est hissé sur la pointe d'un pieu !
Verse 82
दृष्टो भवद्भिर्दुष्टः स परदारावमर्शकः । छित्त्वा हस्तौ च खड्गेन खरारूढस्तु गच्छति
« Vous avez vu cet homme méchant, violateur de la femme d'autrui. Les mains coupées par une épée, il s'en va monté sur un âne. »
Verse 83
शीर्णश्चैवासिपत्रेण अस्याभरणभूषितः । सुखासन समारूढः सुकृती यात्यसौ सुखम्
« Bien qu'abattu par la lame de l'épée, il est paré d'ornements ; assis sur un siège confortable, cet homme méritant s'en va vers le bonheur. »
Verse 84
हे जनाः किं न पश्यध्वं स्वामिद्रोहकरं परम् । करपत्रैर्विदार्यंतमुच्छलच्छोणितान्तरम्
« Ô gens, ne voyez-vous pas ce pire des traîtres envers son seigneur ? Il est déchiqueté par des scies à main, ses entrailles jaillissant de sang. »
Verse 85
चौरः किलायं संप्राप्तः सर्वोद्वेगकरः परः । दंडप्रहाराभिहतो नीयते दंडपाशकैः
« En effet, ce voleur a été attrapé, la cause même de la terreur pour tous. Frappé de coups de bâton, il est emmené par les officiers portant bâtons et nœuds coulants. »
Verse 86
प्रेक्षकैश्चेष्टितः शश्वदारटन्विविधैः स्वरैः । संयम्य नीयते हन्तुं लज्जितोऽधोमुखो जनाः
Poussé par les spectateurs aux cris incessants, il est ligoté et conduit au supplice, honteux, le visage baissé, ô peuple.
Verse 87
सितकेशं सितश्मश्रुं सितांबरधरध्वजम् । विटंकाद्यैश्च चेटीभिर्हन्यमानं न पश्यथि
Ne le voyez-vous pas, aux cheveux blancs, à la barbe blanche, vêtu de blanc, battu par des servantes avec des massues ?
Verse 88
गृहान्निष्क्राम्य मां रंडां गृहं नीत्वाऽकरोद्रतिम् । कस्मादसौ न कुरुते मूढो भरणपोषणम्
M'ayant sortie de chez moi, moi une veuve, pour m'emmener chez lui, il a cherché le plaisir. Pourquoi cet imbécile ne remplit-il pas son devoir de me nourrir ?
Verse 89
भैरवाभरणो नेता सदा घूर्णितलोचनः । प्रवृत्ततंद्रवन्मूढो वध्यश्चासावितस्ततः
Un chef paré comme Bhairava, les yeux roulant sans cesse, égaré comme dans une stupeur ; il méritait donc châtiment et exécution.
Verse 90
निर्वेदेकोऽस्य हृदये धनक्षेत्रादिसंभवः । गृहीतं यदनेनाद्य बालेनापि महाव्रतम् । रक्ताक्षं काककृष्णांगं सत्वरं किं न पश्यथि
Seul un dégoût du monde, né de la richesse et des terres, habite son cœur. Pourtant, aujourd'hui, il a fait un « grand vœu », tel un enfant. Pourquoi ne voyez-vous pas ses yeux rouges et ses membres noirs comme un corbeau ?
Verse 91
तरुकोटरगान्बद्ध्वा अन्याञ्छृंखलया तथा । शरौघैः काष्ठकैश्चैव बहुभिः शकलीकृतान्
Les uns, il les lia dans les cavités des arbres ; les autres, il les enchaîna. Sous des volées de flèches et de nombreux gourdin de bois, il les mit en pièces.
Verse 92
विमुक्तहक्काहुंकारा न्सुप्रहारान्निरीक्षत
Voyez ces coups farouches, lancés au milieu de cris âpres et de rugissements !
Verse 93
इमां कृष्णार्धवदनां ग्रहीष्यसि दुरात्मिकाम् । विमुक्तकेशां नृत्यन्तीं पश्यध्वं योगिनीमिव
Tu saisiras cette femme perverse, au visage à demi noir. Voyez : ses cheveux sont dénoués, et elle danse telle une yoginī.
Verse 94
गम्भीर नूपुरध्वानप्रवृद्धोद्धततांडवा । उन्मत्तनेत्रचरणा यात्येषा डिम्भमण्डली
Dans un tāṇḍava déchaîné, attisé par le son profond de ses grelots de cheville—les yeux et les pas en démence—cette bande de misérables poursuit sa route.
Verse 95
कटीतटस्थपिटिकोल्लसत्कंबलधारिणी । अटते नटती ह्युर्वी परितश्च गृहाद्गृहम्
Vêtue d’une couverture, rendue remarquable par la bourse pendue à sa taille, elle erre—dansant sur la terre—faisant le tour, de maison en maison.
Verse 96
इत्येवमादिभिर्नित्यं प्रेरणीप्रेक्षणीयकैः । प्रेरयेत्तान्महानित्थं पुत्रभ्रातृसुहृद्वृतः
Ainsi, sans cesse—par de telles incitations et des démonstrations tapageuses—ce grand scélérat les poussait, entouré de ses fils, de ses frères et de ses amis.
Verse 97
एकादश्यां नवम्यां वा दीपं प्रज्वाल्य कुण्डकम् । मुखबिंबानि तत्रैव लेपदारुकृतानि वै
Au onzième jour ou au neuvième, après avoir allumé une lampe dans un petit bol, ils y plaçaient aussitôt des masques en forme de visage, véritablement façonnés de bois et d’enduit.
Verse 98
विचित्राणि महार्हाणि रौद्रशान्तानि कारयेत् । मातृणां चण्डिकादीनां राक्षसानां तथैव च
Qu’on fasse réaliser des images merveilleuses et précieuses, d’aspect à la fois farouche et apaisant—celles des Mères, telles Caṇḍikā, et de même celles des Rākṣasas.
Verse 99
भूतप्रेतपिशाचानां शाकिनीनां तथैव च । मुखानि कारयेत्तत्र हावभावकृतानि च
Là encore, qu’on façonne des visages de bhūtas, de pretas, de piśācas, et aussi de śākinīs, réalisés avec des gestes et des expressions marquées.
Verse 100
रक्षिभिर्बहुभिर्गुप्तं तिर्य ग्ध्वनिपुरःसरम् । अमावास्यां महादेवि क्षिपेत्पूजाक्रमैर्नरः
Ô Mahādevī, la nuit de nouvelle lune, qu’un homme, suivant l’ordre prescrit du culte, projette au dehors (le rite/les offrandes), avec de nombreux gardes postés, au milieu de bruits venant de côté et d’un tumulte clamant qui précède.
Verse 101
ततः प्रदोषसमये यत्र देवी जनैर्वृता । तत्र गच्छेन्महारावैः फेत्कारा कुलकीर्तनैः
Puis, à l’heure du crépuscule (pradoṣa), vers le lieu où la Déesse est entourée de la foule, qu’on se rende avec de grands cris, des clameurs perçantes et la proclamation de son propre clan.
Verse 102
वीरचर्याविधानेन नगरे भ्रामयेन्निशि । वीरचर्या स कथितो दीपः सर्वार्थसाधकः
Par l’observance prescrite appelée vīracaryā, on doit parcourir la ville durant la nuit. Cette vīracaryā est proclamée une « lampe » qui accomplit tous les buts.
Verse 103
नित्यं निष्क्रामयेद्दीपं याव त्पञ्चदशी तिथिः । पञ्चदश्यां प्रकुर्वीत भूतमातुर्महोत्सवम् । तस्य गृहेश्वरं यावद्गृहे विघ्नं न जायते
Chaque jour, qu’on sorte la lampe jusqu’au quinzième jour lunaire. Le quinzième, qu’on accomplisse la grande fête de Bhūtamātṛ. Pour ce maître de maison, tant qu’il demeure là, nul obstacle ne naît dans sa demeure.
Verse 104
अथ कालान्तरेऽतीते भूतमातुः शरीरतः । जाताः प्रस्वेदबिन्दुभ्यः पिशाचाः पञ्चकोटयः
Puis, après qu’un certain temps se fut écoulé, du corps de Bhūtamātṛ naquirent—de gouttes de sueur—cinq koṭis de piśācas.
Verse 105
सर्वे ते क्रूरवदना जिह्वाज्वालाकृशोदराः । पाणिपात्राः पिशाचास्ते निसृष्टबलिभोजनाः
Tous avaient des visages cruels, des langues pareilles à des flammes et des ventres décharnés. Ces piśācas prenaient leurs mains pour écuelles et vivaient des offrandes (bali) déposées.
Verse 106
धमनीसंतताः शुष्काः श्मश्रुलाश्चर्मवाससः । उलूखलैराभरणैः शूर्पच्छत्रासनांबराः
Leurs veines saillaient; ils étaient desséchés, barbus et vêtus de peaux. Ils portaient des mortiers en guise d’ornements, et pour équipement des vans, des ombrelles, des sièges et des couvertures—
Verse 107
नक्तं ज्वलितकेशाढ्या अंगारानुद्गिरंति वै । अंगारकाः पिशाचास्ते मातृमार्गानुसारिणः
La nuit, riches d’une chevelure flamboyante, ils crachaient véritablement des braises. Ces piśācas étaient appelés «Aṅgārakas» et suivaient la voie de la Mère (Bhūtamātṛ)—
Verse 108
आकर्णदारितास्याश्च लंबभ्रूस्थूलनासिकाः । बलाढ्यास्ते पिशाचा वै सूतिकागृहवासिनः
Leur bouche était fendue largement jusqu’aux oreilles; leurs sourcils pendaient et leurs nez étaient épais. Ces piśācas, robustes et puissants, demeuraient dans les chambres d’accouchement (maisons de parturition)—
Verse 109
पृष्ठतः पाणिपादाश्च पृष्ठगा वातरंहसा । विषादनाः पिशाचास्ते संग्रामे पिशिताशनाः
Leurs mains et leurs pieds étaient tournés vers l’arrière; ils se mouvaient avec la vitesse du vent. Ces piśācas inspiraient le désespoir et, au combat, se nourrissaient de chair—
Verse 110
एवंविधान्पिशाचांस्तु दृष्ट्वा दीनानुकम्पया । तेभ्योऽहमवदं किञ्चित्कारुण्यादल्पचेतसाम्
Voyant de tels piśācas, la compassion pour les misérables s’éveilla en moi. Par miséricorde envers ceux de faible entendement, je leur adressai quelques paroles—
Verse 111
अन्तर्धानं प्रजादेहे कामरूपित्वमेव च । उभयोः संध्ययोश्चारं स्थानान्याजीवितं तथा
«L’invisibilité parmi les êtres vivants, le pouvoir de prendre à volonté toute forme, la faculté de se mouvoir aux deux crépuscules, ainsi que les lieux où demeurer et les moyens de subsistance — tout cela, je l’accorde/le déclare.»
Verse 112
गृहाणि यानि नग्नानि शून्यान्यायतनानि च । विध्वस्तानि च यानि स्यू रचनारोषितानि च
«Les maisons nues et à découvert, les sanctuaires et demeures vides; celles qui sont en ruine, et celles qui ont été troublées et rendues désertes—»
Verse 113
राजमार्गोपरथ्याश्च चत्वराणि त्रिकाणि च । द्वाराण्यट्टालकांश्चैव निर्गमान्संक्रमांस्तथा
«Les grandes voies royales et les ruelles, les places et les carrefours à trois branches; les portes et les tours de garde, les sorties et les passages également—»
Verse 114
पथो नदीश्च तीर्थानि चैत्यवृक्षान्महापथान् । स्थानानि तु पिशाचानां निवासायाददां प्रिये
«Routes, rivières, tīrtha sacrés, arbres vénérés et grandes voies — ces lieux, je les assigne comme demeures aux Piśāca, ô bien-aimée.»
Verse 115
अधार्मिका जनास्तेषामा जीवो विहितः पुरा । वर्णाश्रमाचारहीनाः कारुशिल्पिजनास्तथा
«Depuis jadis, il fut prescrit que leur subsistance viendrait des gens sans dharma : ceux qui sont privés des observances de varṇa et d’āśrama, et de même des artisans et gens de métier à la conduite déchue.»
Verse 116
अनुतापाश्च साधूनां चौरा विश्वासघातिनः । एतैरन्यैश्च बहुभिरन्यायोपार्जितैर्धनैः
«Ceux qui n’éprouvent nul repentir envers les sādhu vertueux, les voleurs et les traîtres à la confiance—par ceux-ci et par bien d’autres, au moyen de richesses amassées injustement—»
Verse 117
आरभ्यते क्रिया यास्तु पिशाचास्तत्र देवताः । मधुमासदिने दध्ना तिलचूर्णसुरासवैः
«Quel que soit le rite entrepris en ce lieu, les Piśācas y sont tenus pour divinités présidantes. Un jour du mois de Madhu, avec du caillé, de la poudre de sésame, de la liqueur et une boisson fermentée—»
Verse 118
पूपैर्हारिद्रकृशरैस्तिलैरिक्षुगुडौदनैः । कृष्णानि चैव वासांसि धूम्राः सुमनसस्तथा
Avec des gâteaux, du kṛśara assaisonné de curcuma, du sésame, du riz cuit au sucre de canne et au jaggery; et aussi des vêtements noirs, avec des fleurs parfumées d’une teinte grise—(ainsi doit-elle être honorée par ces offrandes).
Verse 119
सर्वभूतपिशाचानां कृता देवी मया शुभा । एवंविधा भूतमाता सर्वभूतगणैर्वृता
«Pour tous les êtres et pour les Piśācas, j’ai façonné cette Déesse de bon augure. Telle est Bhūta-mātā, entourée des cohortes de tous les êtres.»
Verse 120
प्रभासे संस्थिता देवी समुद्रादुत्तरेण तु । य एतां वेद वै देव्या उत्पत्तिं पापनाशिनीम्
La Déesse demeure à Prabhāsa, au nord de l’océan. Quiconque connaît véritablement ce récit de la naissance de la Déesse, qui détruit le péché—
Verse 121
कुत्सिता संतति स्तस्य न भवेच्च कदाचन । भूतप्रेतपिशाचानां न दोषैः परिभूयते
Pour lui, jamais ne naîtra une descendance honteuse ; et il ne sera pas accablé par les souillures ni les atteintes causées par les bhūtas, les pretas et les piśācas.
Verse 122
सर्वपापविनिर्मुक्तः सर्वसौभाग्यसंयुतः । सर्वान्कामानवाप्नोति नारीहृदयनंदनः
Délivré de tous les péchés et doté de toute bonne fortune, il obtient tous les buts désirés et devient cher au cœur des femmes.
Verse 123
ये मानयंति निजहासकलैर्विलासैः संसेवया अभयदा भवभूतमाताम् । ते भ्रातृभृत्यसुतबंधुजनैर्युताश्च सर्वोपसर्ग रहिताः सुखिनो भवन्ति
Ceux qui honorent la Bhūta-mātā de Bhava—dispensatrice d’intrépidité—par leurs réjouissances et par un service dévot, vivent heureux, entourés de frères, de serviteurs, de fils et de parents, et demeurent exempts de toute calamité.
Verse 167
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये भूत मातृकामाहात्म्यवर्णनंनाम सप्तषष्ट्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille (vers)—dans le septième Prabhāsa Khaṇḍa, dans la première section Prabhāsakṣetra Māhātmya, le chapitre intitulé «Description de la Gloire de Bhūta-mātṛkā», à savoir le Chapitre 167.