
Le chapitre 146 se déploie sous forme de dialogue : Yudhiṣṭhira demande la māhātmya (grandeur sacrée) d’un tīrtha ancestral éminent nommé Asmahaka, et Mārkaṇḍeya répond en citant une ancienne interrogation faisant autorité au sein d’une assemblée de ṛṣi et de devas. L’enseignement élève Asmahaka au-dessus d’autres ensembles de pèlerinage et relie son efficacité aux rites tournés vers les pitṛ : une seule offrande de piṇḍa et d’eau peut délivrer les ancêtres de l’affliction de preta, leur procurer une satisfaction prolongée et produire un mérite durable. Le chapitre joint à cela des directives éthiques—préserver la maryādā selon les normes de śruti et de smṛti—et une exposition du karma : l’être incarné s’en va « comme le vent », subissant les fruits individuellement, tandis que l’ordre social et religieux est maintenu par des devoirs prescrits tels que snāna, dāna, japa, homa, svādhyāya, deva-arcana, atithi-pūjana, et surtout le piṇḍodaka-pradāna. Une large section précise les temps rituels et les traits du lieu : amāvāsyā, Vyatīpāta, Manv-ādi, Yug-ādi, ayana/viṣuva et les transitions solaires ; elle décrit aussi une Brahma-śilā d’origine divine, semblable à un gaja-kumbha. Il est dit qu’en Kali-yuga elle se manifeste tout particulièrement autour de l’amāvāsyā de Vaiśākha. La procédure comprend le bain, la louange mantrique de Nārāyaṇa/Keśava, le repas offert aux brāhmaṇa, le śrāddha avec darbha et dakṣiṇā, et des offrandes facultatives (lait, miel, caillé, eau fraîche) interprétées comme nourrissant directement les pitṛ. Le texte énumère encore des témoins cosmiques—devas, pitṛ, rivières, océans et de nombreux ṛṣi—afin d’établir l’autorité du site. Il s’achève par une vaste phalāśruti : purification des fautes majeures, équivalence à de grands sacrifices védiques, relèvement des ancêtres hors des états infernaux et prospérité en ce monde, tout en conservant une synthèse théologique neutre (Brahmā–Viṣṇu–Maheśvara comme puissances unifiées dans leurs fonctions).
Verse 1
। मार्कण्डेय उवाच । अस्माहकं ततो गच्छेत्पितृतीर्थमनुत्तमम् । प्रेतत्वाद्यत्र मुच्यन्ते पिण्डेनैकेन पूर्वजाः
Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, il faut se rendre à Asmāhaka, l’incomparable Pitṛ-tīrtha. Là, par une seule offrande de piṇḍa, les ancêtres sont délivrés de l’état de preta et d’autres tourments.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । अस्माहकस्य माहात्म्यं कथयस्व ममानघ । स्नानदानेन यत्पुण्यं तथा पिण्डोदकेन च
Yudhiṣṭhira dit : Ô irréprochable, raconte-moi la grandeur d’Asmāhaka : quel mérite naît du bain et du don, ainsi que de l’offrande de piṇḍa et des libations d’eau.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । पुरा कल्पे नृपश्रेष्ठ ऋषिदेवसमागमे । प्रश्नः पृष्टो मया तात यथा त्वमनुपृच्छसि
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Dans un kalpa ancien, ô le meilleur des rois, lors d’une assemblée de ṛṣi et de deva, j’ai moi-même posé cette même question, cher enfant—comme tu la poses à présent.
Verse 4
एकत्र सागराः सप्त सप्रयागाः सपुष्कराः । नास्य साम्यं लभन्ते ते नात्र कार्या विचारणा
Quand bien même les sept océans, avec Prayāga et Puṣkara, seraient rassemblés en un seul lieu, ils n’en atteindraient pas l’égalité ; ici, nul besoin de plus ample réflexion.
Verse 5
सोमनाथं तु विख्यातं यत्सोमेन प्रतिष्ठितम् । तत्र सोमग्रहे पुण्यं तत्पुण्यं लभते नरः
Somnātha est illustre, car Soma, la Lune, l’y a établi. Celui qui, en ce lieu même, accomplit le rite sacré du Somagraha, la « saisie » de Soma, reçoit le mérite attaché à cette observance.
Verse 6
मासान्ते पितरो नृणां वीक्षन्ते सन्ततिं स्वकाम् । कश्चिदस्मत्कुलेऽस्माकं पिण्डमत्र प्रदास्यति
À la fin de chaque mois, les Pitṛs portent leur regard sur leur propre lignée d’hommes, se disant : « Quelqu’un de notre famille offrira-t-il ici le piṇḍa ? »
Verse 7
प्रपितामहास्तथादित्याः श्रुतिरेषा सनातनी । एवं ब्रुवन्ति देवाश्च ऋषयः सतपोधनाः
Ainsi parlent aussi les prapitāmaha et les Āditya : telle est l’instruction éternelle de la Śruti. De la même manière s’expriment les deva et les ṛṣi, riches de tapas et de trésors spirituels.
Verse 8
सकृत्पिण्डोदकेनैव शृणु पार्थिव यत्फलम् । द्वादशाब्दानि राजेन्द्र योगं भुक्त्वा सुशोभनम्
Écoute, ô roi, le fruit qui naît même d’une seule offrande de piṇḍa et d’eau. Ô seigneur des rois, l’ancêtre jouit d’un état splendide de bien-être durant douze années.
Verse 9
युगे युगे महाराज अस्माहके पितामहाः । सर्वदा ह्यवलोकन्त आगच्छन्तं स्वगोत्रजम्
Âge après âge, ô grand roi, nos aïeux veillent sans cesse, guettant l’arrivée de l’un des leurs, issu de leur propre lignée.
Verse 10
भविष्यति किमस्माकममावास्याप्यमाहके । स्नानं दानं च ये कुर्युः पितॄणां तिलतर्पणम्
«Que deviendrons-nous, même à l’Amāvāsyā, même au mois de Māgha ?»—ainsi s’inquiètent-ils. Ceux qui accomplissent le bain rituel, la charité, et l’offrande de libations d’eau au sésame pour les Pitṛs (tilatarpaṇa) leur apportent soutien.
Verse 11
ते सर्वपापनिर्मुक्ताः सर्वान्कामांल्लभति वै । जलमध्येऽत्र भूपाल अग्नितीर्थं च तिष्ठति
Ils sont délivrés de tous les péchés et obtiennent vraiment tous les objets désirés. Ici, ô roi, au milieu des eaux, se tient le gué sacré nommé Agnitīrtha.
Verse 12
दर्शनात्तस्य तीर्थस्य पापराशिर्विलीयते । स्नानमात्रेण राजेन्द्र ब्रह्महत्यां व्यपोहति
Par la seule vision de ce tīrtha, une masse de péchés se dissout. Par le seul bain, ô seigneur des rois, on efface même le péché de brahmahatyā, la plus redoutable faute.
Verse 13
शुक्लाम्बरधरो नित्यं नियतः स जितेन्द्रियः । एककालं तु भुञ्जानो मासं तीर्थस्य सन्निधौ
Vêtu chaque jour de blanc, réglé et maître de ses sens, ne mangeant qu’une fois par jour, qu’il demeure un mois auprès du tīrtha, le gué sacré.
Verse 14
सुवर्णालंकृतानां तु कन्यानां शतदानजम् । फलमाप्नोति सम्पूर्णं पितृलोके महीयते
Il obtient pleinement le fruit égal au don de cent jeunes filles parées d’or, et il est honoré dans le monde des Pitṛs, les Ancêtres.
Verse 15
पृथिव्यामासमुद्रायां महाभोगपतिर्भवेत् । धनधान्यसमायुक्तो दाता भवति धार्मिकः
Par la puissance de cet acte sacré, il devient sur la terre un seigneur de grandes jouissances jusqu’aux limites de l’océan; comblé de richesses et de grains, généreux en dons et ferme dans le dharma.
Verse 16
उपवासी शुचिर्भूत्वा ब्रह्मलोकमवाप्नुयात् । अस्माहकं समासाद्य यस्तु प्राणान् परित्यजेत्
Par le jeûne et la purification, il peut atteindre le monde de Brahmā. Et celui qui, parvenu en ce lieu saint qui est le nôtre, y abandonne le souffle de vie, pour lui aussi est la destinée suprême et propice.
Verse 17
कोटिवर्षसहस्राणि रुद्रलोके महीयते । ततः स्वर्गात्परिभ्रष्टः क्षीणकर्मा दिवश्च्युतः
Pendant des milliers de crores d’années, il est honoré dans le royaume de Rudra; puis, lorsque le mérite s’épuise, il chute du ciel : son capital karmique consumé, il redescend de l’état céleste.
Verse 18
सुवर्णमणिमुक्ताढ्ये कुले जायेत रूपवान् । कृत्वाभिषेकविधिना हयमेधफलं लभेत्
Il renaît dans une lignée riche d’or, de gemmes et de perles, doué de beauté ; et, en accomplissant le rite d’abhiṣeka, il obtient le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 19
धनाढ्यो रूपवान्दक्षो दाता भवति धार्मिकः । चतुर्वेदेषु यत्पुण्यं सत्यवादिषु यत्फलम्
Il devient riche, beau, capable, généreux donateur et juste selon le dharma. Quelque mérite qu’il y ait dans les quatre Veda, et quelque fruit qui revienne aux véridiques—
Verse 20
तत्फलं लभते नूनं तत्र तीर्थेऽभिषेचनात् । तीर्थानां परमं तीर्थं निर्मितं शम्भुना पुरा
Ce même fruit, assurément, on l’obtient en accomplissant l’abhiṣeka, le bain de consécration, en ce tīrtha. C’est le tīrtha suprême parmi les tīrthas, jadis établi par Śambhu (Śiva).
Verse 21
हृदयेशः स्वयं विष्णुर्जपेद्देवं महेश्वरम् । गन्धर्वाप्सरसश्चैव मरुतो मारुतास्तथा
Viṣṇu lui-même, le Seigneur demeurant dans le cœur, récite en japa le Dieu Maheśvara ; de même les Gandharva et les Apsaras, ainsi que les Marut, dieux des vents.
Verse 22
विश्वेदेवाश्च पितरः सचन्द्राः सदिवाकराः । मरीचिरत्र्यङ्गिरसौ पुलस्त्यः पुलहः क्रतुः
Les Viśvedevas et les Pères (Pitṛ), avec la Lune et le Soleil ; et les sages Marīci, Atri et Aṅgiras ; Pulastya, Pulaha et Kratu—
Verse 23
प्रचेताश्च वसिष्ठश्च भृगुर्नारद एव च । च्यवनो गालवश्चैव वामदेवो महामुनिः
S’y trouvaient Pracetā et Vasiṣṭha, Bhṛgu et aussi Nārada ; de même Cyavana, Gālava et Vāmadeva, le grand muni—
Verse 24
वालखिल्याश्च गन्धारास्तृणबिन्दुश्च जाजलिः । उद्दालकश्चर्ष्यशृङ्गो वसिष्ठश्च सनन्दनः
S’y trouvaient aussi les Vālakhilya et les Gandhāra ; Tṛṇabindu et Jājali ; Uddālaka et Ṛśyaśṛṅga ; et Vasiṣṭha avec Sanandana—
Verse 25
शुक्रश्चैव भरद्वाजो वात्स्यो वात्स्यायनस्तथा । अगस्तिर्मित्रावरुणौ विश्वामित्रो मुनीश्वरः
S’y trouvaient encore Śukra et Bharadvāja, Vātsya et Vātsyāyana ; Agastya—né de Mitra et Varuṇa—et le muni seigneurial Viśvāmitra.
Verse 26
गौतमश्च पुलस्त्यश्च पौलस्त्यः पुलहः क्रतुः । सनातनस्तु कपिलो वाह्निः पञ्चशिखस्तथा
S’y trouvaient Gautama et Pulastya, ainsi que Paulastya, Pulaha et Kratu ; et aussi Sanātana, Kapila, Vahni et Pañcaśikha.
Verse 27
अन्येऽपि बहवस्तत्र मुनयः शंसितव्रताः । क्रीडन्ति देवताः सर्व ऋषयः सतपोधनाः
Bien d’autres munis encore—dont les vœux sont renommés—étaient présents en ce lieu ; et toutes les divinités s’y ébattaient, avec les ṛṣi riches du trésor de l’ascèse.
Verse 28
मनुष्याश्चैव योगीन्द्राः पितरः सपितामहाः । अस्माहकेऽत्र तिष्ठन्ति सर्व एव न संशयः
Ici demeurent aussi les hommes et les grands seigneurs du yoga ; les Pitṛs également, avec les aïeux. Tous résident ici pour notre bien : il n’y a là aucun doute.
Verse 29
पितरः पितामहाश्चैव तथैव प्रपितामहाः । येषां दत्तमुपस्थायि सुकृतं वापि दुष्कृतम्
Les pères, les grands-pères et de même les arrière-grands-pères—devant qui se tient l’offrande—qu’il s’agisse d’actes méritoires ou même fautifs.
Verse 30
अक्षयं तत्र तत्सर्वं यत्कृतं योधनीपुरे । मातरं पितरं त्यक्त्वा सर्वबन्धुसुहृज्जनान्
Tout ce qui y est accompli devient impérissable—tout acte fait à Yodhanīpura—même par celui qui a délaissé mère et père, ainsi que tous parents et amis bienveillants.
Verse 31
धनं धान्यं प्रियान्पुत्रांस्तथा देहं नृपोत्तम । गच्छते वायुभूतस्तु शुभाशुभसमन्वितः
Richesses, grains, fils bien-aimés—et même le corps, ô meilleur des rois—tout cela demeure en arrière ; l’être s’en va comme devenu vent, n’emportant que ses actes bons et mauvais.
Verse 32
अदृश्यः सर्वभूतानां परमात्मा महत्तरः । शुभाशुभगतिं प्राप्तः कर्मणा स्वेन पार्थिव
Invisible à tous les êtres, le Soi suprême—plus grand que le grand—atteint une voie heureuse ou funeste selon ses propres actes, ô roi.
Verse 33
युधिष्ठिर उवाच । शुभाशुभं न बन्धूनां जायते केन हेतुना । एकः प्रसूयते जन्तुरेक एव प्रलीयते
Yudhiṣṭhira dit : Pour quelle raison le bien et le mal d’un être n’appartiennent-ils pas à ses proches ? La créature naît seule, et seule, en vérité, elle périt.
Verse 34
एको हि भुङ्क्ते सुकृतमेक एव हि दुष्कृतम्
En vérité, un seul jouit du fruit du mérite, et un seul, de même, porte le fruit du péché.
Verse 35
मार्कण्डेय उवाच । एष त्वयोक्तो नृपते महाप्रश्नः स्मृतो मया
Mārkaṇḍeya dit : Ô Roi, cette question profonde que tu as posée m’est revenue en mémoire.
Verse 36
पितामहमुखोद्गीतं श्रुतं ते कथयाम्यहम् । यन्मे पितामहात्पूर्वं विज्ञातमृषिसंसदि
Je te raconterai ce que j’ai entendu, chanté de la bouche du Pitāmaha (Brahmā) — cet enseignement même que j’avais auparavant appris de mon aïeul dans l’assemblée des ṛṣi.
Verse 37
न माता न पिता बन्धुः कस्यचिन्न सुहृत्क्वचित् । कस्य न ज्ञायते रूपं वायुभूतस्य देहिनः
Pour tel être incarné, de nature semblable au vent, il n’est ni mère ni père, ni parent, ni nulle part d’ami véritable ; et sa forme n’est connue de personne.
Verse 38
यद्येवं न भवेत्तात लोकस्य तु नरेश्वर । अमर्यादं भवेन्नूनं विनश्यति चराचरम्
S’il n’en était pas ainsi, cher enfant—ô seigneur des hommes—, le monde deviendrait sans retenue; et tout ce qui se meut comme ce qui demeure immobile périrait.
Verse 39
एवं ज्ञात्वा पूरा राजन्समस्तैर्लोककर्तृभिः । मर्यादा स्थापिता लोके यथा धर्मो न नश्यति
Sachant cela, ô Roi, jadis tous les soutiens du monde établirent dans le monde des limites justes, afin que le dharma ne pérît pas.
Verse 40
धर्मे नष्टे मनुष्याणामधर्मोऽभिभवेत्पुनः । ततः स्वधर्मचलनान्नरके गमनं ध्रुवम्
Quand le dharma est détruit parmi les hommes, l’adharma les submerge de nouveau. Alors, pour s’être écarté de son propre devoir, la descente en enfer est certaine.
Verse 41
लोको निरङ्कुशः सर्वो मर्यादालङ्घने रतः । मर्यादा स्थापिता तेन शास्त्रं वीक्ष्य महर्षिभिः
Tout le peuple devient sans frein, se plaisant à franchir les limites. C’est pourquoi les grands rishis, après avoir scruté les śāstras, établirent les justes règles.
Verse 42
स्नानं दानं जपो होमः स्वाध्यायो देवतार्चनम् । पिण्डोदकप्रदानं च तथैवातिथिपूजनम्
Le bain rituel, l’aumône, la récitation des mantras, l’offrande au feu, l’étude védique, le culte des divinités, l’offrande de piṇḍa et d’eau aux ancêtres, et de même l’accueil honoré des hôtes—
Verse 43
पितरः पितामहाश्चैव तथैव प्रपितामहाः । त्रयो देवाः स्मृतास्तात ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः
Les pères, les grands-pères et de même les arrière-grands-pères : ceux-là, ô bien-aimé, sont rappelés comme une triade de divinités : Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara.
Verse 44
पूजितैः पूजिताः सर्वे तथा मातामहास्त्रयः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन श्रुतिस्मृत्यर्थनोदितान्
Lorsqu’ils sont honorés, tous sont honorés par là même ; de même aussi les trois grands-pères maternels. C’est pourquoi, avec tout effort, il faut suivre ce qu’énonce l’intention de la Śruti et de la Smṛti.
Verse 45
धर्मं समाचरन्नित्यं पापांशेन न लिप्यते । श्रुतिस्मृत्युदितं धर्मं मनसापि न लङ्घयेत्
Celui qui accomplit le dharma chaque jour n’est souillé par aucune parcelle de péché. Le dharma énoncé par la Śruti et la Smṛti ne doit pas être franchi, fût-ce en pensée.
Verse 46
इह लोके परे चैव यदीच्छेच्छ्रेय आत्मनः । पितापुत्रौ सदाप्येकौ बिम्बाद्बिम्बमिवोद्धृतौ
Si l’on désire son propre bien—en ce monde et dans l’autre—qu’on sache que le père et le fils sont toujours unis comme un seul, tels une image tirée d’une image.
Verse 47
विभक्तौ वाविभक्तौ वा श्रुतिस्मृत्यर्थतस्तथा । उद्धरेदात्मनात्मानमात्मानमवसादयेत्
Qu’on soit séparé ou non, qu’on agisse selon l’intention de la Śruti et de la Smṛti. Par soi-même, qu’on s’élève soi-même ; qu’on ne s’abaisse pas.
Verse 48
पिण्डोदकप्रदानाभ्यामृते पार्थ न संशयः । एवं ज्ञात्वा प्रयत्नेन पिण्डोदकप्रदो भवेत्
Sans l’offrande du piṇḍa (boulettes de riz funéraires) et de l’udaka (libations d’eau), ô Pārtha, il n’y a nul doute que l’on manque à son devoir. Sachant cela, qu’on s’applique avec effort à devenir offrandeur de piṇḍa et d’udaka.
Verse 49
आयुर्धर्मो यशस्तेजः सन्ततिश्चैव वर्धते । पृथिव्यां सागरान्तायां पितृक्षेत्राणि यानि च
La longévité, le dharma, la renommée, l’éclat spirituel et la descendance s’accroissent. Et sur cette terre ceinte par les océans se trouvent les saints « champs des ancêtres » (pitṛ-kṣetra)…
Verse 50
तानि ते सम्प्रवक्ष्यामि येषु दत्तं महाफलम् । गयायां पुष्करे ज्येष्ठे प्रयागे नैमिषे तथा
Je vais maintenant te dire ces lieux où l’offrande porte un fruit immense : à Gayā, à Puṣkara, à Jyeṣṭha-tīrtha, à Prayāga, et de même à Naimiṣa.
Verse 51
संनिहत्यां कुरुक्षेत्रे प्रभासे कुरुनन्दन । पिण्डोदकप्रदानेन यत्फलं कथितं बुधैः
À Saṃnihitā, en Kurukṣetra, et à Prabhāsa, ô joie des Kurus—le mérite que les sages ont dit naître de l’offrande du piṇḍa et de l’udaka (en ces lieux)…
Verse 52
अस्माहके तदाप्नोति नर्मदायां न संशयः । तत्र ब्रह्मा मुरारिश्च रुद्रश्च उमया सह
Ce même fruit s’obtient en notre propre lieu—sur la Narmadā—sans aucun doute. Là demeurent Brahmā, Murāri (Viṣṇu) et Rudra, avec Umā.
Verse 53
इन्द्राद्या देवताः सर्वे पितरो मुनयस्तथा । सागराः सरितश्चैव पर्वताश्च बलाहकाः
Là se tiennent Indra et tous les dieux, les Pitṛs et les sages aussi ; de même les océans, les rivières, les montagnes et les nuées porteuses de pluie.
Verse 54
तिष्ठन्ति पितरः सर्वे सर्वतीर्थाधिकं ततः । स्थिता ब्रह्मशिला तत्र गजकुम्भनिभा नृप
Là demeurent tous les Pitṛs ; c’est pourquoi ce lieu surpasse tous les autres tīrthas. Là se dresse la Brahmaśilā, ô roi, semblable au front arrondi d’un éléphant.
Verse 55
कलौ न दृश्या भवति प्रधानं यद्गयाशिरः । वैशाखे मासि सम्प्राप्तेऽमावास्यां नृपोत्तम
Ô meilleur des rois, en l’âge de Kali on ne voit pas d’ordinaire ce signe suprême nommé Gayāśiras ; mais lorsque vient l’amāvasyā, la nouvelle lune du mois de Vaiśākha, il se révèle.
Verse 56
व्याप्य सा तिष्ठते तीर्थं गजकुम्भनिभा शिला । तच्च गव्यूतिमात्रं हि तीर्थं ततः प्रवक्षते
Cette pierre, semblable au front arrondi d’un éléphant, imprègne et fonde le tīrtha en ce lieu ; et l’on dit que ce domaine sacré s’étend sur la mesure d’un gavyūti : telle est l’étendue du tīrtha.
Verse 57
तस्मिन्दिने तत्र गत्वा यस्तु श्राद्धप्रदो भवेत् । पितॄणामक्षया तृप्तिर्जायते शतवार्षिकी
Quiconque s’y rend ce jour-là même et accomplit l’offrande de śrāddha fait naître pour les ancêtres une satiété impérissable, durant cent ans.
Verse 58
अन्यस्यामप्यमावास्यां यः स्नात्वा विजितेन्द्रियः । करोति मनुजः श्राद्धं विधिवन्मन्त्रसंयुतम्
Même lors d’une autre amāvasyā, l’homme qui se baigne, maîtrise ses sens et accomplit le śrāddha selon la règle, accompagné de mantras—
Verse 59
तस्य पुण्यफलं यत्स्यात्तच्छृणुष्व नराधिप । अग्निष्टोमाश्वमेधाभ्यां वाजपेयस्य यत्फलम्
Écoute, ô roi, le mérite qui en résulte : il égale le fruit des sacrifices Agniṣṭoma et Aśvamedha, et aussi celui du Vājapeya.
Verse 60
तत्फलं समवाप्नोति यथा मे शङ्करोऽब्रवीत् । रौरवादिषु सर्वेषु नरकेषु व्यवस्थिताः
Il obtient ce même fruit, ainsi que Śaṅkara me l’a dit. Et ceux qui demeurent dans tous les enfers, à commencer par Raurava—
Verse 61
पिता पितामहाद्याश्च पितृके मातृके तथा । पिण्डोदकेन चैकेन तर्पणेन विशेषतः
Le père, les grands-pères et les autres—des lignées paternelle et maternelle—sont tout spécialement satisfaits par une seule offrande de piṇḍa et d’eau, et surtout par le tarpaṇa.
Verse 62
क्रीडन्ति पितृलोकस्था यावदाभूतसम्प्लवम् । ये कर्मस्था विकर्मस्था ये जाताः प्रेतकल्मषाः
Ceux qui demeurent au Pitṛloka se réjouissent jusqu’au déluge de la dissolution cosmique ; et même ceux liés aux actes ou aux actes fautifs—ceux nés avec la souillure de l’état de preta—
Verse 63
पिण्डेनैकेन मुच्यन्ते तेऽपि तत्र न संशयः । अस्माहके शिला दिव्या तिष्ठते गजसन्निभा
Par une seule offrande de piṇḍa, même eux sont délivrés en ce lieu—sans aucun doute. Dans notre contrée se dresse une pierre divine, semblable à un éléphant par sa forme.
Verse 64
ब्रह्मणा निर्मिता पूर्वं सर्वपापक्षयंकरी । उपर्यस्या यथान्यायं पितॄनुद्दिश्य भारत
Façonnée jadis par Brahmā, elle est cause de l’anéantissement de tous les péchés. Sur elle, ô Bhārata, il convient d’accomplir les rites selon la règle, en les dédiant aux ancêtres.
Verse 65
दक्षिणाग्रेषु दर्भेषु दद्यात्पिण्डान्विचक्षणः । भूमौ चान्नेन सिद्धेन श्राद्धं कृत्वा यथाविधि
L’homme avisé doit offrir les piṇḍas sur l’herbe kuśa dont les pointes sont tournées vers le sud; et, à même le sol, avec une nourriture dûment cuite, accomplir le śrāddha selon le rite prescrit.
Verse 66
श्राद्धिभ्यो वस्त्रयुग्मानि छत्रोपानत्कमण्डलु । दक्षिणा विविधा देया पितॄनुद्दिश्य भारत
Aux brāhmanes prenant part au śrāddha, on doit donner des paires de vêtements, ainsi qu’une ombrelle, des chaussures et un kamaṇḍalu (pot à eau); et l’on offrira diverses dakṣiṇā, ô Bhārata, en gardant les Pitṛs à l’esprit.
Verse 67
यो ददाति द्विजश्रेष्ठ तस्य पुण्यफलं शृणु । तस्य ते द्वादशाब्दानि तृप्तिं यान्ति न संशयः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, écoute le fruit méritoire de celui qui donne : ses ancêtres obtiennent satisfaction durant douze années—sans aucun doute.
Verse 68
अस्माहके महाराज पितरश्च पितामहाः । वायुभूता निरीक्षन्ते आगच्छन्तं स्वगोत्रजम्
Ô grand roi, nos pères et nos aïeux—devenus subtils comme le vent—guettent l’arrivée de celui qui est né dans leur propre lignée.
Verse 69
अत्र तीर्थे सुतोऽभ्येत्य स्नात्वा तोयं प्रदास्यति । श्राद्धं वा पिण्डदानं वा तेन यास्याम सद्गतिम्
«En ce tīrtha sacré, notre fils viendra ; après s’être baigné, il offrira l’eau. Qu’il accomplisse le śrāddha ou qu’il offre des piṇḍa, par cela nous atteindrons une bonne destinée.»
Verse 70
स्नाने कृते तु ये केचिज्जायन्ते वस्त्रविप्लुषः । प्रीणयेन्नरकस्थांस्तु तैः पितॄन्नात्र संशयः
Lorsque le bain est accompli, quelles que soient les gouttes tombant du vêtement—par ces gouttes mêmes on réjouit les Pitṛs qui sont en enfer ; là-dessus il n’y a aucun doute.
Verse 71
केशोदबिन्दवस्तस्य ये चान्ये लेपभाजिनः । तृप्यन्त्यनग्निनसंस्कारा यं मृताः स्युः स्वगोत्रजाः
Les gouttes d’eau de ses cheveux, et toutes celles qui adhèrent à son corps—par elles sont rassasiés même les parents défunts de sa lignée, partis sans les rites funéraires du feu.
Verse 72
तत्र तीर्थे तु ये केचिच्छ्राद्धं कृत्वा विधानतः । नरकादुद्धरन्त्याशु जपन्तः पितृसंहिताम्
En ce tīrtha, quiconque accomplit le śrāddha selon la règle prescrite et récite la Pitṛ-saṃhitā délivre promptement (ses ancêtres) de l’enfer.
Verse 73
वनस्पतिगते सोमे यदा सोमदिनं भवेत् । अक्षयाल्लभते लोकान्पिण्डेनैकेन मानवः
Lorsque la Lune se trouve dans l’astérisme Vanaspati et que c’est un lundi, l’homme obtient des mondes impérissables, fût-ce par l’offrande d’un seul piṇḍa.
Verse 74
अक्षयं तत्र वै सर्वं जायते नात्र संशयः । नरकादुद्धरन्त्याशु जपन्ते पितृसंहिताम्
Là, assurément, tout devient impérissable — sans aucun doute ; et par la récitation de la Pitṛ-saṃhitā, ils délivrent promptement les ancêtres de l’enfer.
Verse 75
तस्मिंस्तीर्थे त्वमावास्यां पितॄनुद्दिश्य भारत । नीलं सर्वाङ्गसम्पूर्णं योऽभिषिच्य समुत्सृजेत्
Ô Bhārata, au jour de nouvelle lune, en ce gué sacré, celui qui, en dédiant l’acte aux Pitṛs, baigne (consacre) puis relâche un taureau « nīla », entier et sans défaut de membres, accomplit par le vṛṣotsarga un puissant dharma envers les ancêtres.
Verse 76
तस्य पुण्यफलं वक्तुं न तु वाचस्पतिः क्षमः । अस्माहके वृषोत्सर्गाद्यत्पुण्यं समवाप्यते
Même Vācaspati lui-même n’est pas en mesure de dire pleinement le fruit méritoire de cet acte : si immense est le puṇya obtenu ici par le vṛṣotsarga.
Verse 77
तव शुश्रूषणात्सर्वं तत्प्रवक्ष्यामि भारत । रौरवादिषु ये किंचित्पच्यन्ते तस्य पूर्वजाः
En raison de ton service attentif, ô Bhārata, je vais tout t’exposer. Même ceux de ses ancêtres qui souffrent dans des enfers tels que Raurava—
Verse 78
वृषोत्सर्गेण तान्सर्वांस्तारयेदेकविंशतिम् । लोहितो यस्तु वर्णेन मुखे पुच्छे च पाण्डुरः
Par le rite du lâcher du taureau, on délivre tous ceux-là—vingt et un (ancêtres). Le taureau, rougeâtre de couleur, mais pâle au visage et à la queue—
Verse 79
पिङ्गः खुरविषाणाभ्यां स नीलो वृष उच्यते । यस्तु सर्वाङ्गपिङ्गश्च श्वेतः पुच्छखुरेषु च
Si un taureau est fauve aux sabots et aux cornes, on l’appelle taureau « nīla ». Mais celui qui est fauve sur tout le corps et blanc à la queue et aux sabots—
Verse 80
स पिङ्गो वृष इत्याहुः पितॄणां प्रीतिवर्धनः । पारावतसवर्णश्च ललाटे तिलको भवेत्
Celui-là est appelé taureau « piṅga » ; il accroît la joie des Pitṛs (ancêtres). Qu’il ait aussi une teinte de colombe et porte un tilaka au front.
Verse 81
तं वृषं बभ्रुमित्याहुः पूर्णं सर्वाङ्गशोभनम् । सर्वाङ्गेष्वेकवर्णो यः पिङ्गः पुच्छखुरेषु च
Ce taureau est appelé « babhru » : accompli et beau en chacun de ses membres. Celui qui est d’une seule couleur sur tout le corps, et fauve à la queue et aux sabots—
Verse 82
खुरपिङ्गं तमित्याहुः पितॄणां सद्गतिप्रदम् । नीलं सर्वशरीरेण स्वारक्तनयनं दृढम्
On l’appelle « khura-piṅga », celui qui accorde aux Pitṛs une bonne destinée. (Il y a aussi) le « nīla », bleu de tout le corps, aux yeux naturellement rougeâtres, et robuste—
Verse 83
तमेव नीलमित्याहुर्नीलः पञ्चविधः स्मृतः । यस्तु वैश्यगृहे जातः स वै नीलो विशिष्यते
C’est bien cela qu’on appelle « nīla » ; et l’on se souvient que le nīla est de cinq sortes. Mais celui qui naît dans une maison de Vaiśya est tenu pour le nīla le plus éminent.
Verse 84
न वाहयेद्गृहे जातं वत्सकं तु कदाचन । तेनैव च वृषोत्सर्गे पितॄणामनृणो भवेत्
Qu’on ne fasse jamais porter ni peiner comme bête de somme un veau né dans sa propre maison. Et par ce même animal, dans le rite du vṛṣotsarga, on devient quitte envers les Pitṛs.
Verse 85
जातं तु स्वगृहे वत्सं द्विजन्मा यस्तु वाहयेत् । पतन्ति पितरस्तस्य ब्रह्मकोकगता अपि
Si un deux-fois-né fait peiner le veau nouveau-né dans sa propre maison, on dit que ses ancêtres chutent, quand bien même ils auraient atteint Brahmaloka.
Verse 86
यथायथा हि पिबति पीत्वा धूनाति मस्तकम् । पिबन्पितॄन् प्रीणयति नरकादुद्धरेद्धुनन्
De quelque manière qu’il boive, puis, après avoir bu, qu’il secoue la tête : en buvant il réjouit les Pitṛs, et en secouant il les relève promptement de l’enfer.
Verse 87
यथा पुच्छाभिघातेन स्कन्धं गच्छन्ति बिन्दवः । नरकादुद्धरन्त्याशु पतितान् गोत्रिणस्तथा
De même que, sous le coup de la queue, des gouttes volent jusqu’à l’épaule, de même il relève vite de l’enfer les parents déchus d’une même lignée.
Verse 88
गर्जन्प्रावृषि काले तु विषाणाभ्यां भुवं लिखन् । खुरेभ्यो या मृदुद्भूता तया संप्रीणयेदृषीन्
Lorsqu’il mugit au temps des pluies et qu’avec ses cornes il griffe la terre, la terre tendre soulevée par ses sabots—par cela l’on contente les Ṛṣis.
Verse 89
पिबन्पितॄन् प्रीणयते खादनोल्लेखने सुरान् । गर्जन्नृषिमनुष्यांश्च धर्मरूपो हि धर्मज
En buvant, il réjouit les ancêtres; en mangeant et en raclant (la terre), il réjouit les dieux; en mugissant, il réjouit aussi les Ṛṣis et les hommes—car il est vraiment le Dharma incarné, ô fils du Dharma.
Verse 90
भूतैर्वापि पिशाचैर्वा चातुर्थिकज्वरेण वा । गृहीतोऽस्माहकं गच्छेत्सर्वेषामाधिनाशनम्
Qu’on soit saisi par des bhūtas, par des piśācas ou par la fièvre quarte, que l’affligé se rende en ce lieu : il détruit les maux de tous.
Verse 91
स्नात्वा तु विमले तोये दर्भग्रन्थिं निबन्धयेत् । मस्तके बाहुमूले वा नाभ्यां वा गलकेऽपि वा
Après s’être baigné dans une eau pure, qu’on noue un brin d’herbe darbha : sur la tête, ou à la racine du bras, ou au nombril, ou même à la gorge.
Verse 92
गत्वा देवसमीपं च प्रादक्षिण्येन केशवम् । ततः समुच्चरन्मन्त्रं गायत्र्या वाथ वैष्णवम्
S’étant approché de la divinité et ayant fait la pradakṣiṇā autour de Keśava, qu’on récite ensuite un mantra : la Gāyatrī ou bien un mantra vaiṣṇava.
Verse 93
नारायणं शरण्येशं सर्वदेवनमस्कृतम् । नमो यज्ञाङ्गसम्भूत सर्वव्यापिन्नमोऽस्तु ते
Hommage à Nārāyaṇa, Seigneur refuge, honoré par tous les dieux. Hommage à Toi qui te manifestes comme les membres du yajña ; ô Toi qui pénètres tout, hommage à Toi.
Verse 94
नमो नमस्ते देवेश पद्मगर्भ सनातन । दामोदर जयानन्त रक्ष मां शरणागतम्
Hommage, hommage à Toi, Seigneur des dieux, Éternel, au sein de lotus. Ô Dāmodara, ô Ananta victorieux, protège-moi, moi qui suis venu chercher refuge.
Verse 95
त्वं कर्ता त्वं च हर्ता च जगत्यस्मिंश्चराचरे । त्वं पालयसि भूतानि भुवनं त्वं बिभर्षि च
Tu es le créateur, et Tu es aussi celui qui retire ce monde, mobile et immobile. Tu protèges les êtres, et Tu portes également l’univers tout entier.
Verse 96
प्रसीद देवदेवेश सुप्तमङ्गं प्रबोधय । त्वद्ध्याननिरतो नित्यं त्वद्भक्तिपरमो हरे
Sois gracieux, ô Seigneur des seigneurs des dieux. Réveille ton membre endormi. Ô Hari : toujours absorbé dans ta méditation et suprême en dévotion pour Toi, je sollicite ta faveur.
Verse 97
इति स्तुतो मया देव प्रसादं कुरु मेऽच्युत । मां रक्ष रक्ष पापेभ्यस्त्रायस्व शरणागतम्
Ainsi loué par moi, ô Dieu, accorde-moi ta grâce, ô Acyuta. Protège-moi, protège-moi des péchés ; sauve-moi, car je suis venu chercher refuge.
Verse 98
एवं स्तुत्वा च देवेशं दानवान्तकरं हरिम् । पुनरुक्तेन वै स्नात्वा ततो विप्रांस्तु भोजयेत्
Ainsi, après avoir loué le Seigneur des seigneurs, Hari, destructeur des Dānavas, qu’on se baigne de nouveau avec la récitation prescrite, puis qu’on nourrisse les brāhmaṇas.
Verse 99
वेदोक्तेन विधानेन स्नानं कृत्वा यथाविधि । पिण्डनिर्वपणं कृत्वा वाचयेत्स्वस्तिकं ततः
Après s’être baigné selon la règle, conformément au rite enseigné par les Veda, qu’on accomplisse l’offrande des piṇḍa ; ensuite, qu’on fasse réciter le rite du svastika.
Verse 100
एवं स्तुत्वा च देवेशं दानवान्तकरं हरिम् । पुनरुक्तेन वै स्नात्वा ततो विप्रांस्तु भोजयेत्
Ainsi, après avoir loué le Seigneur des seigneurs, Hari, destructeur des Dānavas, qu’on se baigne de nouveau avec la récitation prescrite, puis qu’on nourrisse les brāhmaṇas.
Verse 101
वेदोक्तेन विधानेन स्नानं कृत्वा यथाविधि । एवं तान्वाचयित्वा तु ततो विप्रान्विसर्जयेत्
S’étant baigné selon la règle, conformément au procédé védique, et les ayant fait réciter ainsi, qu’on congédie ensuite les brāhmaṇas avec respect.
Verse 102
यत्तत्रोच्चरितं किंचित्तद्विप्रेभ्यो निवेदयेत् । तत्र तीर्थे नरः स्नात्वा नारी वा भक्तितत्परा । शक्तितो दक्षिणां दद्यात्कृत्वा श्राद्धं यथाविधि
Tout ce qui a été récité là doit être présenté aux brāhmaṇas comme il se doit. En ce tīrtha, qu’il s’agisse d’un homme après le bain ou d’une femme toute dévouée par la foi, après avoir accompli le śrāddha selon la règle, qu’on donne la dakṣiṇā selon ses moyens.
Verse 103
तत्र तीर्थे नरो यावत्स्नापयेद्विधिपूर्वकम् । क्षीरेण मधुना वापि दध्ना वा शीतवारिणा
En ce tīrtha, tant qu’un homme accomplit le bain rituel selon la règle—avec du lait, ou du miel, ou du caillé, ou de l’eau fraîche—
Verse 104
तावत्पुष्करपात्रेषु पिबन्ति पितरो जलम् । अयने विषुवे चैव युगादौ सूर्यसंक्रमे
Durant ce même temps, les Pitṛs boivent l’eau dans des vases de lotus—surtout aux solstices, aux équinoxes, au commencement d’un âge et lors des passages du Soleil (saṅkrānti).
Verse 105
पुष्पैः सम्पूज्य देवेशं नैवेद्यं यः प्रदापयेत् । सोऽश्वमेधस्य यज्ञस्य फलं प्राप्नोति पुष्कलम्
Celui qui vénère le Seigneur des dieux avec des fleurs et lui présente une offrande de nourriture en naivedya obtient un mérite surabondant—le fruit même du sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 106
तत्र तीर्थे तु यो राजन् सूर्यग्रहणमाचरेत् । सूर्यतेजोनिभैर्यानैर्विष्णुलोके महीयते
Ô Roi, celui qui observe l’éclipse solaire en ce gué sacré est honoré dans le séjour de Viṣṇu, porté par de resplendissants chars célestes nés de la splendeur du Soleil.
Verse 107
तत्र तीर्थे तु यः श्राद्धं पितृभ्यः सम्प्रयच्छति । सत्पुत्रेण च तेनैव सम्प्राप्तं जन्मनः फलम्
Celui qui, en ce gué sacré, offre dûment le śrāddha aux ancêtres, par cet acte même obtient le vrai fruit de la naissance, comme s’il était béni d’un fils vertueux.
Verse 108
इति श्रुत्वा ततो देवाः सर्वे शक्रपुरोगमाः । ब्रह्मविष्णुमहेशाश्च स्थापयांचक्रुरीश्वरम्
Ayant entendu cela, tous les dieux, conduits par Śakra, avec Brahmā, Viṣṇu et Maheśa, établirent alors en ce lieu le Seigneur (Īśvara).
Verse 109
सर्वरोगोपशमनं सर्वपातकनाशनम् । यस्तु संवत्सरं पूर्णममावास्यां तु भावितः
C’est l’apaisement de toutes les maladies et la destruction de toutes les fautes : tel est le mérite de celui qui, une année entière, demeure recueilli dans l’observance d’Amāvāsyā.
Verse 110
पितृभ्यः पिण्डदानं च कुर्यादस्माहके नृप । त्रिपुष्करे गयायां च प्रभासे नैमिषे तथा
Ô Roi, qu’on offre des piṇḍa aux ancêtres à Asmāhaka : le mérite en est comparable à celui des offrandes à Tripuṣkara, à Gayā, à Prabhāsa, et de même à Naimiṣa.
Verse 111
यत्पुण्यं श्राद्धकर्तॄणां तदिहैव भवेद्ध्रुवम् । तिलोदकं कुशैर्मिश्रं यो दद्याद्दक्षिणामुखः
Quel que soit le mérite de ceux qui accomplissent le śrāddha, ici même il se manifeste assurément. Celui qui, tourné vers le sud, offre l’eau au sésame mêlée d’herbe kuśa (en tarpaṇa) obtient ce fruit certain.
Verse 112
मन्वादौ च युगादौ च व्यतीपाते दिनक्षये । यो दद्यात्पितृमातृभ्यः सोऽश्वमेधफलं लभेत्
Au commencement d’un Manvantara, au commencement d’un Yuga, lors du Vyatīpāta et à la fin du jour, quiconque offre aux ancêtres et aux mères obtient le fruit de l’Aśvamedha.
Verse 113
अस्माहके नरो यस्तु स्नात्वा सम्पूजयेद्धरिम् । ब्रह्माणं शङ्करं भक्त्या कुर्याज्जागरणक्रियाम्
À Asmāhaka, l’homme qui se baigne et adore dûment Hari, et qui, avec dévotion, honore aussi Brahmā et Śaṅkara, doit accomplir le rite de la veille nocturne (jāgaraṇa).
Verse 114
सर्वपापविनिर्मुक्तः शक्रातिथ्यमवाप्नुयात् । तत्र तीर्थे नरः स्नात्वा यः पश्यति जनार्दनम्
Délivré de tous les péchés, il obtient l’hospitalité de Śakra (Indra). En ce gué sacré, l’homme qui se baigne et contemple Janārdana reçoit ce fruit.
Verse 115
विशेषविधिनाभ्यर्च्य प्रणम्य च पुनःपुनः । सपुत्रेण च तेनैव पितॄणां विहिता गतिः
Après avoir adoré selon le rite spécial prescrit et s’être prosterné maintes et maintes fois, cet homme même—avec son fils—assure à ses ancêtres (pitṛs) la voie bienheureuse ordonnée.
Verse 116
एकमूर्तिस्त्रयो देवा ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । सत्कार्यकारणोपेताः सुसूक्ष्माः सुमहाफलाः
En une seule forme se tiennent les trois dieux—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—pourvus de la vraie relation de cause et d’effet; d’une subtilité extrême et dispensateurs de fruits immensément grands.
Verse 117
एतत्ते कथितं राजन्महापातकनाशनम् । अस्माहकस्य माहात्म्यं किमन्यत्परिपृच्छसि
Cela t’a été exposé, ô Roi—un enseignement qui anéantit les grands péchés. Quant à la grandeur d’Asmāhaka que nous avons décrite, que veux-tu encore demander ?