Adhyaya 33
Mahesvara KhandaKedara KhandaAdhyaya 33

Adhyaya 33

Le chapitre s’ouvre sur la question des sages à Lomāśa : qui est ce kirāta/chasseur, et quelle est la nature de son vœu ? Lomāśa raconte l’histoire de Caṇḍa, appelé aussi Puṣkasena, homme violent et transgressif, vivant de la chasse et du tort fait aux êtres. Au mois de Māgha, la nuit de caturdaśī du kṛṣṇapakṣa, il guette un sanglier depuis un arbre ; ce faisant, il coupe et laisse tomber par inadvertance des feuilles de bilva, et de l’eau provenant de sa bouche tombe sur le liṅga au pied de l’arbre. Par un concours de circonstances, ces gestes deviennent un bain rituel du liṅga (liṅga-snapana) et une offrande de bilva (bilva-arcana), tandis que son éveil nocturne se transforme en veille de Śivarātri. Vient ensuite un épisode domestique : son épouse, Ghanodarī/Caṇḍī, s’inquiète toute la nuit, puis le retrouve près d’une rivière et lui apporte de la nourriture. Un chien la dévore, suscitant sa colère ; Puṣkasena l’apaise par un enseignement moral sur l’impermanence, en renonçant à l’orgueil et à la fureur. Ainsi, la veille et le jeûne de cette nuit sont confirmés par une leçon d’éthique. À l’approche d’amāvasyā, les gaṇas de Śiva arrivent sur des vimānas et expliquent que l’adoration involontaire de Śivarātri a produit un fruit karmique lui accordant la proximité de Śiva. Puṣkasena s’étonne qu’un chasseur pécheur puisse y prétendre ; Vīrabhadra expose le principe : l’offrande de bilva, la veille et l’upavāsa à Śivarātri plaisent de manière unique à Śiva. Le chapitre s’élargit alors en un enseignement calendérique et cosmologique : la création du kālacakra par Brahmā, la structure des tithi, et la raison pour laquelle la caturdaśī avec niśītha dans la quinzaine sombre est Śivarātri, louée comme destructrice des péchés et dispensatrice de Śiva-sāyujya. Un second exemple montre qu’un être moralement déchu, en passant Śivarātri près d’un sanctuaire de Śiva et en restant éveillé, obtient une naissance supérieure puis la délivrance grâce à une dévotion shaiva durable. La conclusion rappelle l’efficacité historique du vœu de Śivarātri et revient à la vision de Śiva et Pārvatī dans leur jeu divin.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । किन्नामा च किरातोऽभूत्किं तेन व्रतमाहितम् । तत्त्वं कथय विप्रेंद्र परं कौतूहलं हि नः

Les sages dirent : « Quel était le nom de ce Kirāta, et quel vœu a-t-il observé ? Ô le meilleur des brāhmaṇas, dis-nous la vérité : notre curiosité est grande. »

Verse 2

तत्सर्वं श्रोतुमिच्छामो याथातथ्येन कथ्यताम् । न ह्यन्यो विद्यते लोके त्वद्विना वदतां वरः । तस्मात्कथ भो विप्र सर्वं शुश्रूषतां हि नः

Nous désirons tout entendre ; que cela soit dit exactement comme cela s’est produit. Car en ce monde, nul autre que toi n’est le meilleur des narrateurs. Aussi, ô brāhmaṇa, raconte tout : nous brûlons d’écouter.

Verse 3

एवमुक्तस्तदा तेन शौनकेन महात्मना । कथयामास तत्सर्वं पुष्कसेन कृतं यत्

Ainsi interpellé par le magnanime Śaunaka, il raconta alors en détail tout ce qu’avait accompli Puṣkasena.

Verse 4

लोमश उवाच । आसीत्पुरा महारौद्रश्चडोनाम दुरात्मवान् । क्रूरसंगो निष्कृतिको भूतानां भयवाहकः

Lomaśa dit : Jadis vivait un homme mauvais nommé Caḍa, d’une violence farouche ; il fréquentait des compagnies cruelles, fuyait toute expiation, et devint une source de terreur pour les êtres vivants.

Verse 5

जालेन मत्स्यान्दुष्टात्मा घातयत्यनिशं खलु । भल्लैर्मृगाञ्छापदांश्च कृष्णसारांश्च शल्लकान्

Cet homme au cœur mauvais ne cessait, en vérité, de tuer des poissons au filet ; et de ses flèches il abattait des cerfs, des bêtes sauvages, le kṛṣṇasāra (antilope noire) et des porcs-épics.

Verse 6

खड्गांश्चैव च दुष्टात्मा दृष्ट्वा कांश्चिच्च पापवान् । पक्षिणोऽघातयत्क्रुद्धो ब्राह्मणांश्च विशेषतः

Ce pécheur au cœur mauvais, voyant certains khaḍga (rhinocéros), les tuait aussi ; et, dans sa colère, il frappait à mort les oiseaux—et même, tout particulièrement, les brāhmaṇas.

Verse 7

लुब्धको हि महापापो दुष्टो दुष्टजनप्रियः । भार्या तथाविधआ तस्य पुष्कसस्य महाभया

Car c’était un chasseur : grand pécheur, dépravé, et ami des gens mauvais. Son épouse était de même nature : la femme de Puṣkasa (Puṣkasena), source d’une grande crainte.

Verse 8

एवं विहरतस्तस्य बहुकालोत्यवर्तत । गते बहुतिथेकाले पापौघनिरतस्य च

Ainsi vécut-il, et un long temps s’écoula. Et lorsque bien des jours furent passés, il demeurait entièrement absorbé dans un flot de péché.

Verse 9

निषंगे जलमादाय क्षुत्पिपासार्द्दितो भृशम् । एकदा निशि पापीयाच्छ्रीवृक्षोपरि संस्थितः । कोलं हंतुं धनुष्पाणिर्जाग्रच्चानिमिषेण हि

Portant de l’eau dans son carquois et cruellement tourmenté par la faim et la soif, cet homme pécheur, une nuit, s’assit sur le Śrīvṛkṣa. L’arc à la main, il veilla sans cligner des yeux, résolu à abattre un sanglier.

Verse 10

माघमासेऽसितायां वै चतुर्दश्यामथाग्रतः । मृगमार्गविलोकार्थी बिल्वपत्राण्यपातयत्

Puis, au mois de Māgha, le quatorzième jour de la quinzaine sombre, tandis qu’il scrutait devant lui pour épier le passage des bêtes, il fit tomber des feuilles de bilva.

Verse 11

श्रीवृक्षपर्णानि बहूनि तत्र स च्छेदयामास रुषान्वितोपि । श्रीवृक्षमूले परिवर्तमाने लिंगं तस्योपरिदृष्टभावः

Là, il coupa de nombreuses feuilles du Śrīvṛkṣa, bien qu’il fût rempli de colère. Et, se déplaçant près de la racine de l’arbre, il aperçut sous lui un liṅga.

Verse 12

ववर्ष गंडूषजलं दुरात्मा यदृच्छया तानि शिवे पतंति । श्रीवृक्षपर्णानि च दैवयोगाज्जातं च सर्वं शिवपूजनं तत्

Le misérable laissa tomber l’eau gardée en bouche (gaṇḍūṣa), et, par pur hasard, ces offrandes tombèrent sur Śiva. Les feuilles du Śrīvṛkṣa aussi, par le jeu du destin, devinrent, toutes ensemble, un acte de culte à Śiva.

Verse 13

गंडूषवारिणा तेन स्नपनं च कृतं महत् । बिल्वपत्रैरसंख्यातैरर्चनं महत्कृतम्

Avec l’eau gardée en bouche, il accomplit une ablution abondante (abhiṣeka) ; et, avec d’innombrables feuilles de bilva, il réalisa une grande offrande d’adoration (arcana).

Verse 14

अज्ञानेनापि भो विप्राः पुष्कसेन दुरात्मना । माघमासेऽसिते पक्षे चतुर्दश्यां विधूदये

Ô brāhmanes, même à son insu—par le méchant Puṣkasena—cela advint au mois de Māgha, durant la quinzaine sombre, le quatorzième jour lunaire, tandis que la lune se levait.

Verse 15

पुष्कसोऽथ दुराचारो वॉक्षादवततार सः । आगत्य जलसंकाशं मत्स्यान्हंतुं प्रचक्रमे

Alors Puṣkasa, au comportement dépravé, descendit de l’arbre ; parvenu à l’étendue pareille à l’eau, il se mit à tuer des poissons.

Verse 16

लुब्ध कस्यापि भार्याभून्नाम्ना चैव घनोदरी । दुष्टा सा पापनिरता परद्रव्यापहारिणी

Un chasseur avait une épouse nommée Ghanodarī ; elle était perverse, vouée au péché et voleuse des biens d’autrui.

Verse 17

गृहान्निर्गत्य सायाह्ने पुरद्वारबहिः स्थिता । वनमार्गं प्रपश्यंती पत्युरागमनेच्छया

Au soir, elle sortit de la maison et se tint hors de la porte de la cité, les yeux tournés vers le chemin de la forêt, désirant le retour de son époux.

Verse 18

चिराद्भर्तरी नायाते चिन्तयामास लुब्धकी । अद्य सायाह्नवेलायामागताः सर्वलुब्धकाः

Comme son époux ne revenait pas même après longtemps, l’épouse du chasseur s’inquiéta : «Aujourd’hui, à l’heure du soir, tous les chasseurs sont déjà rentrés».

Verse 19

तमः स्तोमेन संछन्नाश्चतस्रो विदिशो दिशः । रात्रौ यामद्वयं यातं किं मतंगः समागतः

Les quatre directions furent voilées par d’épaisses masses de ténèbres. Deux veilles de la nuit s’étaient écoulées—un éléphant serait-il venu à sa rencontre ?

Verse 20

किं वा केसरलोभेन सिंहेनैव विदारितः । किं भुजंगफणारत्नहारी सर्पविषार्दितः

Ou bien fut-il déchiré par un lion, avide de sa crinière ? Ou bien fut-il accablé par le venin du serpent—lui qui dérobe les gemmes du capuchon du nāga ?

Verse 21

किं वा वराहदंष्ट्राग्रघातैः पंचत्वमागतः । मधुलोभेन वृक्षाग्रात्स वै प्रपतितो भुवि

Ou bien trouva-t-il la mort sous les coups des pointes des défenses d’un sanglier ? Ou bien, avide de miel, tomba-t-il du faîte d’un arbre jusqu’à la terre ?

Verse 22

क्वान्वेषयामि पृच्छामि क्व गच्छामि च कं प्रति । एवं विलप्य बहुधा निवृत्ता स्वं गृहं प्रति

«Où chercherai-je ? Qui interrogerai-je ? Où irai-je, et vers qui ?»—se lamentant ainsi de mille façons, elle se retourna vers sa propre demeure.

Verse 23

नैवान्नं नो जलं किंचिन्न भुक्तं तद्दिने तया । चिंतयंती पतिं चापि लुब्धकी त्वयन्निशाम्

Ce jour-là, la chasseresse ne prit rien—ni nourriture, ni même une goutte d’eau. Ne pensant qu’à son époux, elle traversa la nuit dans une attente anxieuse.

Verse 24

अथ प्रभाते विमले पुष्कसी वनमाययौ । अशनार्थं च तस्यान्नमादाय त्वरिता सती

À l’aube pure et limpide, la chasseuse entra dans la forêt. Prenant la nourriture pour le repas de son époux, cette femme vertueuse se hâta.

Verse 25

भ्रममाणावने तस्मिन्ददर्श महतीं नदीम् । तस्यास्तीरे समासीनं स्वपतिं प्रेक्ष्य हर्षिता

Errant dans cette forêt, elle aperçut un grand fleuve. Sur sa rive, elle vit son propre époux assis, et son cœur fut comblé de joie.

Verse 26

तदन्नं कूलनः स्थाप्य नदीं तर्तुं प्रचक्रमे । निरीक्ष्य चाथ मत्स्यान्स जालप्रोतान्समानयत्

Ayant déposé cette nourriture sur la berge, il se mit à traverser la rivière. Puis, regardant alentour, il rassembla les poissons pris serrés dans son filet.

Verse 27

तावत्तयोक्तश्चण्डोऽसावेहि शीघ्रं च भक्षय । अन्नं त्वदर्थमानीतमुपोष्य दिवसं मया

Alors elle dit à Caṇḍa : «Viens vite et mange. J’ai apporté cette nourriture pour toi, ayant jeûné tout le jour».

Verse 28

कृतं किमद्य रे मंद गतेऽहनि च किं कृतम् । नाऽशितं च त्वया मूढ लंघितेनाद्य पापिना

«Qu’as-tu fait aujourd’hui, ô esprit lourd — qu’as-tu accompli tandis que le jour s’écoulait ? Tu n’as rien mangé, insensé ; aujourd’hui tu as transgressé et t’es rendu blâmable.»

Verse 29

नद्यां स्नातौ तथा तौ च दम्पती च शुचि व्रतौ । यावद्गतश्च भोक्तुं स तावच्छ्वा स्वयमागतः

Alors l’époux et l’épouse se baignèrent dans la rivière, tous deux observant des vœux de pureté. À peine fut-il allé prendre son repas qu’un chien arriva là de lui-même.

Verse 30

तेन सर्वं भक्षितं च तदन्नं स्वयमेव हि । चंडी प्रकुपिता चैव श्वानं हंतुमुपस्थिता

Ce chien, en vérité, dévora à lui seul toute cette nourriture. Caṇḍī s’emporta et s’avança, prête à tuer le chien.

Verse 31

आवयोर्भक्षितं चान्नमनेनैव च पापिना । किं च भक्षयसे मूढ भविताद्य वुभुक्षितः

« Ce pécheur a mangé la nourriture destinée à nous deux ! Que mangeras-tu maintenant, insensé ? Aujourd’hui, à coup sûr, tu connaîtras la faim. »

Verse 32

एवं तयोक्तश्चण्डोऽसौ बभाषे तां शिवप्रियः । यच्छुना भक्षितं चान्नं तेनाहं परितोषितः

Ainsi interpellé, Caṇḍa, cher à Śiva, lui répondit : « La nourriture qu’a mangée le chien, par cela même, m’a comblé. »

Verse 33

किमनेन शरीरेण नश्वरेण गतायुषा । शरीरं दुर्लभं लोके पूज्यते क्षणभंगुरम्

À quoi sert ce corps périssable, dont la durée de vie s’échappe déjà ? Bien que le corps soit rare à obtenir en ce monde, il demeure instantané et fragile, prompt à se briser.

Verse 34

ये पुष्णंति निजं देहं सर्वभावेन चाहताः । मूढास्ते पापिनो ज्ञेया लोकद्वयबहिष्कृताः

Ceux qui, accablés de toutes manières, ne nourrissent pourtant que leur propre corps avec une obsession totale—sachez qu’ils sont égarés et pécheurs, retranchés des deux mondes (ici-bas et l’au-delà).

Verse 35

तस्मान्मानं परित्यज्य क्रोधं च दुरवग्रहम् । स्वस्था भव विमर्शेन तत्त्वबुद्ध्या स्थिरा भव

C’est pourquoi, renonce à l’orgueil et à la colère, si difficiles à maîtriser. Par une réflexion lucide, demeure stable au-dedans; par l’intelligence du réel, sois fermement établi.

Verse 36

बोधिता तेन चंडी सा पुष्कसेन तदा भृशम् । जागरादि च संप्राप्तः पुष्कसोऽपि चतुर्दशीम्

Alors Caṇḍī fut vivement éveillée par lui, par Puṣkasena. Et Puṣkasa, lui aussi, entreprit la veille et les observances associées au quatorzième jour lunaire.

Verse 37

शिवरात्रिप्रसंगाच्च जायते यद्ध्यसंशयम् । तज्ज्ञानं परमं प्राप्तः शिवरात्रिप्रसंगतः

De la fréquentation de l’observance de Śivarātri naît—sans aucun doute—ce qui transforme véritablement; par cette même occasion de Śivarātri, il atteignit la connaissance suprême.

Verse 38

यामद्वयं च संजातममावास्यां तु तत्र वै । आगताश्च गणास्तत्र बहवः शिवनोदिताः

Là, en la nuit de nouvelle lune, lorsque deux veilles de la nuit furent écoulées, de nombreux gaṇas arrivèrent en ce lieu, dépêchés par Śiva.

Verse 39

विमानानि बहून्यत्र आगतानि तदंतिकम् । दृष्टानि तेन तान्येव विमानानि गणास्तथा

Là, de nombreux vimānas, chars célestes, s’approchèrent tout près. Il vit ces mêmes vimānas, et les troupes de gaṇas également.

Verse 40

उवाच परया भक्त्या पुष्कसोऽपि च तान्प्रति । कस्मात्समागता यूयं सर्वे रुद्राक्षधारिणः

Alors Puṣkasa, empli de la plus haute dévotion, leur adressa ces paroles : «Pour quelle raison êtes-vous tous venus ici, vous tous qui portez les grains de rudrākṣa ?»

Verse 41

विमानस्थाश्च केचिच्च वृषारूढाश्च केचन । सर्वे स्फटिकसंकाशाः सर्वे चंद्रार्द्धशेखराः

Les uns étaient assis dans des vimānas, les autres montés sur des taureaux. Tous brillaient comme le cristal, et tous portaient le croissant de lune sur leur couronne.

Verse 42

कपर्द्दिनश्चर्मपरीतवाससो भुजंगभोगैः कृतहारभूषणाः । श्रियान्विता रुद्रसमानवीर्या यथातथं भो वदतात्मनोचितम्

Ô vous aux cheveux nattés, vêtus de peaux, parés de colliers et d’ornements faits de serpents enroulés, rayonnants de splendeur et d’une vaillance égale à celle de Rudra : dites, selon la vérité, ce qu’il convient de dire de vous-mêmes.

Verse 43

पुष्कसेन तदा पृष्टा ऊचुः सर्वे च पार्पदाः । रुद्रस्य देवदेवस्य संनम्राः कमलेक्षणाः

Lorsque Puṣkasa les interrogea, tous les serviteurs de Rudra, inclinés devant le Dieu des dieux, aux yeux de lotus, prirent la parole en réponse.

Verse 44

गणा ऊचुः । प्रेषिताः स्मो वयं चंड शिवेन परमेष्ठिना । आगच्छ त्वरितो भुत्वा सस्त्रीको या नमारुह

Les Gaṇa dirent : «Ô farouche, nous avons été envoyés par Śiva, le Seigneur Suprême. Viens sans tarder—avec ton épouse—ne monte pas sur ta monture ; viens sur-le-champ.»

Verse 45

लिंगार्च्चनं कृतं यच्च त्वया रात्रौ शिवस्य च । तेन कर्मविपाकेन प्राप्तोऽसि शिवसन्निधिम्

Parce que, durant la nuit, tu as accompli l’adoration du liṅga de Śiva, par la maturation de ce karma même, tu es parvenu maintenant en la présence de Śiva.

Verse 46

तथोक्तो वीरभद्रेण उवाच प्रहसन्निव । पुष्कसोऽपि स्वया बुद्ध्या प्रस्तावसदृशं वचः

Ainsi interpellé par Vīrabhadra, Puṣkasa parla comme avec un léger sourire et, selon sa propre intelligence, prononça des paroles convenant à l’instant.

Verse 47

पुष्कस उवाच । किं मया कृतमद्यैव पापिना हिंसकेन च । मृगयारसिकेनैव पुष्कसेन दुरात्मना

Puṣkasa dit : «Quel bien aurais-je pu accomplir aujourd’hui—moi, pécheur et violent, chasseur épris de la chasse, Puṣkasa à l’âme mauvaise ?»

Verse 48

पापाचारो ह्यहं नित्यं कथं स्वर्गं व्रजाम्यहम् । कथं लिंगार्चनमिदं कृतमस्ति तदुच्यताम्

«Ma conduite est sans cesse pécheresse—comment pourrais-je aller au ciel ? Et comment ai-je accompli cette adoration du liṅga ? Je t’en prie, explique-le.»

Verse 49

परं कौतुकमापन्नः पृच्छामि त्वां यथातथम् । कथयस्व महाभाग सर्वं चैव यथाविधि

Saisi d’un grand émerveillement, je t’interroge sans détour. Ô bienheureux, raconte-moi tout, tel que cela advint et selon l’ordre prescrit.

Verse 50

इत्येवं पृच्छतस्तस्य पुष्कसस्य यथाविधि । कथयामास तत्सर्वं शिवधर्म मुदान्वितः

Ainsi, lorsque Puṣkasa interrogea selon la règle, il lui exposa avec joie l’enseignement entier du Śiva-dharma.

Verse 51

वीरभद्र उवाच । देवदेवो महादेवो देवानां पतिरीश्वरः । परितुष्टोऽद्य हे चंड स महेश उमापतिः

Vīrabhadra dit : «Le Dieu des dieux, Mahādeva — Seigneur et souverain des devas — Maheśa, l’époux d’Umā, est satisfait aujourd’hui, ô farouche.»

Verse 52

प्रासंगिकतया माघे कृतं लिंगार्चनं त्वया । शिवतुष्टिकरं चाद्य पूतोऽसि त्वं न संशयः । शिवरात्र्यां प्रसंगेन कृतमर्चनमेव च

Par circonstance, au mois de Māgha, tu as accompli l’adoration du liṅga. Cet acte plaît à Śiva; ainsi, aujourd’hui tu es purifié, sans nul doute. Et lors de la nuit de Śivarātri aussi, par occasion, l’adoration fut bel et bien accomplie.

Verse 53

कोलं निरीक्षमाणेन बिल्वपत्राणि चैव हि । च्छेदितानि त्वया चंड पतितानि तदैव हि । लिंगस्य मस्तके तानि तेन त्वं सुकृती प्रभो

Ô Caṇḍa ! Tandis que tu regardais le sanglier, tu as tranché des feuilles de bilva, et aussitôt elles sont tombées sur le sommet du Śiva-liṅga. Par cet acte, ô seigneur, tu es devenu un homme de mérite.

Verse 54

ततश्च जागरो जातो महान्वृक्षोपरि ध्रुवम् । तेनैव जागरेणैव तुतोष जगदीश्वरः

Alors, assurément, une grande veille s’éleva pour lui sur l’arbre; et par cette veille même, le Seigneur des mondes fut comblé de joie.

Verse 55

छलेनैव महाभाग कोलसंदर्शनेन हि । शिवरात्रिदिने चात्र स्वप्नस्ते न च योषितः

Ô bienheureux ! Par un simple prétexte—à savoir, la vue du sanglier—en ce jour même de Śivarātri, tu n’as eu ni sommeil ni compagnie de femme.

Verse 56

तेनोपवासेन च जागरेण तुष्टो ह्यसौ देववरो महात्मा । तव प्रसादाय महानुभावो ददाति सर्वान्वरदो महांश्च

Par ce jeûne et par cette veille, ce grand Être, le meilleur des dieux, est vraiment satisfait. Pour te faire grâce, le Seigneur puissant, dispensateur de bienfaits, accorde toutes les bénédictions souhaitées.

Verse 57

एवमुक्तस्तदा तेन वीरभद्रेण धीमता । पुष्कसोऽपि विमानाग्र्यमारुहोह च पश्यताम्

Ainsi, après avoir été ainsi interpellé par le sage Vīrabhadra, Puṣkasa aussi—sous les yeux de tous—monta dans le plus noble char céleste.

Verse 58

गणानां देवतानां च सर्वेषां प्राणिनामपि । तदा दुंदुभयो नेदुर्भेर्यस्तूर्याण्यनेकशः

Alors, pour les gaṇas, les dieux et tous les êtres, les timbales retentirent; et l’on fit résonner maints tambours et trompettes.

Verse 59

वीणावेणुमृदंगानि तस्य चाग्रे गतानि च । जगुर्गंधर्वपतयो ननृतुश्चाप्सरोगणाः

Les vīṇā, les flûtes et les mṛdaṅga marchaient devant lui ; les chefs des Gandharva chantaient, et les troupes d’Apsaras dansaient.

Verse 60

विद्याधरगणाः सर्वे तुष्टुवुः सिद्धचारणाः । चामरैवर्वीज्यमानो हि च्छत्रैश्च विविधैरपि । महोत्सवेन महता आनीतो गंधमादनम्

Tous les Vidyādhara le louèrent, ainsi que les Siddha et les Cāraṇa. Éventé par des cāmara et honoré de divers parasols, il fut conduit, en une grande fête, jusqu’à Gandhamādana.

Verse 61

शिवसान्निध्यमागच्चंडोसौ तेन कर्मणा । शिवरात्र्युपवासेन परं स्थानं समागमत्

Par cet acte, Caṇḍa parvint à la présence de Śiva ; et par le jeûne de Śivarātri, il atteignit la demeure suprême.

Verse 62

पुष्कसोऽपि तथा प्राप्तः प्रसंगेन सदाशिवम् । किं पुनः श्रद्धया युक्ताः शिवाय परमात्मने

Même le Puṣkasa, par simple fréquentation et circonstance, parvint à Sadāśiva ; combien plus ceux qui, pourvus de foi, se vouent à Śiva, le Soi suprême !

Verse 63

पुष्पादिकं फलं गंधं तांबूलं भक्ष्यमृद्धिमत् । ये प्रयच्छंति लोकेऽस्मिन्रुद्रास्ते नात्र संशयः

Ceux qui, en ce monde, offrent fleurs, fruits, parfums, tāmbūla (bétel) et mets opulents—sachez qu’ils sont véritablement des Rudra ; là-dessus, nul doute.

Verse 64

चंडेन वै पुष्कसेन सफलं तस्य चाभवत् । प्रसंगेनापि तेनैव कृतं तच्चाल्पबुद्धिना

En vérité, par Caṇḍa —appelé aussi Puṣkasena— cet acte devint fécond pour lui. Bien qu’il n’ait été accompli qu’incidemment par cet homme de faible intelligence, il porta néanmoins ses fruits.

Verse 65

ऋषय ऊचुः । किं फलं तस्य चोद्देशः केन चैव पुना कृतम् । कस्माद्व्रतमिदं जातं कृतं केन पुरा विभो

Les sages dirent : «Quel en est le fruit, et quelle en est l’intention? Par qui fut-elle de nouveau accomplie? Pour quelle cause cette observance (vrata) naquit-elle, et qui l’accomplit jadis, ô Vénérable?»

Verse 66

लोमश उवाच । यदा सृष्टं जगत्सर्वं ब्रह्मणा परमेष्ठिना । कालचक्रं तदा जातं पुरा राशिमन्विताम्

Lomaśa dit : «Lorsque l’univers tout entier fut créé par Brahmā, le Seigneur suprême (Parameṣṭhin), alors, dans les temps anciens, naquit la Roue du Temps, pourvue des divisions du zodiaque.»

Verse 67

द्वादश राशयस्तत्र नक्षत्राणि तथैव च । सप्तविंशतिसंख्यानि मुख्यानि सिद्धये

Là se trouvaient les douze signes du zodiaque, et de même les demeures lunaires (nakṣatra), au nombre de vingt-sept, établies principalement pour régler l’accomplissement et l’efficacité selon le temps.

Verse 68

एभिः सर्वं प्रचंडं च राशिभिरुडुभिस्तथा । कालचक्रान्वितः कालः क्रीडयन्सृजते जगत्

Par tout cela —par les signes du zodiaque et les étoiles (nakṣatra)— le Temps, uni à la Roue du Temps, fait naître, comme en un jeu divin, l’univers dans toute sa puissante diversité.

Verse 69

आब्रह्मस्तंबपर्यंतं सृजत्य वति हंति च । निबद्धमस्ति तेनैव कालेनैकेन भो द्विजाः

De Brahmā jusqu’au plus frêle brin d’herbe, le Temps (Kāla) crée, maintient et détruit. Tout cela est lié par ce Temps unique, ô sages deux-fois-nés.

Verse 70

कालो हि बलवांल्लोके एक एव न चापरः । तस्मात्कालात्मकं सर्वमिदं नास्त्यत्र संशयः

Dans ce monde, seul le Temps (Kāla) est puissant, et nul autre. Ainsi, tout ce qui est ici est de la nature du Temps ; il n’y a là aucun doute.

Verse 71

आदौ कालः कालनाच्च लोकनायकनायकः । ततो लोका हि संजाताः सृष्टिश्च तदनंतरम्

Au commencement étaient le Temps et le décompte (la mesure) du temps ; le Temps devint le souverain des souverains du monde. Ensuite les mondes prirent naissance, et la création suivit aussitôt.

Verse 72

सृष्टेर्लवो हि संजातो लवाच्च क्षणमेव च । क्षणाच्च निमिषं जातं प्राणिनां हि निरंतरम्

De la création naquit l’unité appelée lava ; du lava vint l’instant nommé kṣaṇa ; du kṣaṇa naquit le clignement appelé nimiṣa, sans cesse pour les êtres vivants.

Verse 73

निमिषाणां च षष्ट्या वै फल इत्यभिधीयते । पंचदश्या अहोरात्रैः पक्षैत्यभिधीयते

Soixante nimeṣas (clignements) sont appelés phala, une mesure du temps ; et quinze cycles de jour et de nuit (ahorātra) sont appelés pakṣa, une quinzaine.

Verse 74

पक्षाभ्यां मास एव स्यान्मासा द्वादश वत्सरः । तं कालं ज्ञातुकामेन कार्यं ज्ञानं विचक्षणैः

De deux quinzaines se forme un mois; de douze mois, une année. Ainsi, celui qui veut connaître le temps doit cultiver ce savoir avec discernement.

Verse 75

प्रतिपद्दिनमारभ्य पौर्णमास्यंतमेव च । पक्षं पूर्णो हि यस्माच्च पूर्णिमेत्यभिधीयते

Depuis le jour de Pratipad jusqu’au jour de pleine lune (Paurṇamāsī) : parce que cette quinzaine devient « complète » (pūrṇa), on l’appelle donc « Pūrṇimā », la pleine lune.

Verse 76

पूर्णचंद्रमसी या तु सा पूर्णा देवताप्रिया । नष्टस्तु चंद्रो यस्यां वा अमा सा कथिता बुधैः

La nuit où la lune est pleine est Pūrṇā, chère aux divinités; et celle où la lune est « perdue », invisible, est appelée Amā (Amāvāsyā), ainsi que l’enseignent les sages.

Verse 77

अग्निष्वात्तादिपितॄणां प्रियातीव बभूव ह । त्रिंशद्दिनानि ह्येतानि पुण्यकालयुतानि च । तेषां मध्ये विशेषो यस्तं श्रृणुध्वं द्विजोत्तमाः

Ces jours sont extrêmement chers aux Pitṛ, tels les Agniṣvātta. Ces trente jours sont aussi dotés de puṇya-kāla, des temps sacrés et propices. Parmi eux se trouve une distinction particulière : écoutez-la, ô meilleurs des deux-fois-nés.

Verse 78

योगानां वा व्यतीपात ऊडूनां श्रवणस्तथा । अमावास्या तिथीनां च पूर्णिमा वै तथैव च

Parmi les yogas, Vyatīpāta est particulièrement éminent; parmi les demeures lunaires, Śravaṇa de même. Et parmi les tithi, Amāvāsyā et Pūrṇimā sont également réputées sacrées.

Verse 79

संक्रांतयस्तथाज्ञेयाः पवित्रा दानकर्मणि । तथाष्टमी प्रिया शंभोर्गणेशस्य चतुर्थिका

Les Saṅkrānti (ingressions solaires) doivent aussi être reconnues comme purifiantes pour les actes de don. La tithi Aṣṭamī est chère à Śambhu (Śiva), et la tithi Caturthī est chère à Gaṇeśa.

Verse 80

पञ्चमी नागराजस्य कुमारस्य च षष्ठिका । भानोश्च सप्तमी ज्ञेया नवमी चण्डिकाप्रिया

La tithi Pañcamī appartient au Roi des Nāgas ; la tithi Ṣaṣṭhī, à Kumāra (Skanda). La tithi Saptamī doit être connue comme celle de Bhānu (le Soleil), et la tithi Navamī est chère à Caṇḍikā.

Verse 81

ब्रह्मणो दशमी ज्ञेया रुद्रस्यैकादशी तथा । विष्णुप्रिया द्वादशी च अंतकस्य त्रयोदशी

La tithi Daśamī doit être connue comme appartenant à Brahmā ; la tithi Ekādaśī, de même, à Rudra. La tithi Dvādaśī est chère à Viṣṇu, et la tithi Trayodaśī appartient à Antaka (la Mort).

Verse 82

चतुर्द्दशी तथा शंभोः प्रिया नास्त्यत्र संशयः । निशीथसंयुता या तु कृष्णपक्षे चतुर्द्दशी । उपोष्या सा तिथिः श्रेष्ठा शिवसायुज्यकारिणी

De même, la tithi Caturdaśī est chère à Śambhu (Śiva) — il n’y a là aucun doute. Mais la Caturdaśī de la quinzaine sombre, jointe à minuit, doit être observée par le jeûne (upavāsa) ; cette tithi est suprême et confère l’union (sāyujya) avec Śiva.

Verse 83

शिवरात्रितिथिः ख्याता सर्वपापप्रणाशिनी । अत्रैवोदाहरंतीममितिहासं पुरातनम्

La tithi de Śivarātri est renommée comme celle qui détruit tous les péchés. Ici même, à titre d’illustration, je citerai un ancien récit sacré (itihāsa).

Verse 84

ब्राह्मणी विधवा काचित्पुरा ह्यासीच्च चंचला । श्वपचाभिरता सा च कामुकी कामहेतुतः

Autrefois, il y eut une femme brāhmane, veuve, au comportement inconstant. Poussée par la convoitise, elle s’attacha à un śvapaca—un paria (cuisinier de viande de chien)—enflammée d’une passion née du seul désir.

Verse 85

तस्यां तस्य सुतो जातः श्वपचस्य दुरात्मनः । दुः सहो दुष्टनामात्मा सर्वधर्मबहिष्कृतः

D’elle naquit un fils de ce śvapaca à l’âme mauvaise. Il était difficile à supporter, de nature et de nom pervers, retranché de toute conduite selon le dharma.

Verse 86

महापापप्रयोगाच्च पापमारभते सदा । कितवश्च सुरापायी स्तेयी च गुरुतल्पगः

Livré à de grands péchés, il s’adonnait sans cesse au mal. Il était joueur, buveur d’alcool, voleur, et même profanateur du lit du maître—une faute des plus lourdes.

Verse 87

मृगयुश्च दुरात्मासौ कर्मचण्डाल एव सः । अधर्मिष्ठो ह्यसद्वृत्तः कदाचिच्च शिवालयम् । शिवरात्र्यां च संप्राप्तो ह्युषितः शिवसन्निधौ

Cet homme à l’esprit mauvais était aussi chasseur—un véritable « caṇḍāla » par ses actes. Très adonné à l’adharma et de conduite vile, il vint un jour à un temple de Śiva; et, la nuit de Śivarātri, il y arriva et y demeura, tout près de la présence de Śiva.

Verse 88

श्रवणं शैवशास्त्रस्य यदृच्छाजातमंतिके । शिवस्य लिंगरूपस्य स्वयंभुवो यदा तदा

Là, tout près, par le seul hasard, il entendit les enseignements de l’Écriture śaiva; et, en ce même instant, il se trouvait auprès du liṅga de Śiva, le svayambhū, manifesté de lui-même en forme de liṅga.

Verse 89

स एकत्रोषितो दुष्टः शिवरात्र्यां तु जागरात् । तेन कर्मविपाकेन पुण्यां योनिमवाप्तवान्

Bien qu’il fût mauvais, il demeura là en un seul lieu et veilla durant la nuit de Śivarātri. Par la maturation de cet acte, il obtint une naissance vertueuse.

Verse 90

भुक्त्वा पुण्यतामांल्लोकानुषित्वा शाश्वतीः समाः । चित्रांगदस्य पुत्रोभूद्भूपालेश्वरलक्षणः

Après avoir goûté aux mondes les plus méritoires et y avoir demeuré d’innombrables années, il naquit fils de Citrāṅgada, pourvu des marques d’un roi souverain.

Verse 91

नाम्ना विचित्रवीर्योऽसौ सुभगः संदुरी प्रियः । राज्यं महत्तरं प्राप्य निःस्तंभो हि महानभूत्

Il se nommait Vicitravīrya, heureux, aimé et cher à tous. Ayant obtenu un vaste royaume, il devint véritablement grand, exempt d’orgueil.

Verse 92

शिवे भक्तिं प्रकुर्वाणः शिवकर्मपरोऽभवत् । शैवशास्त्रं पुरस्कृत्य शिवपूजनतत्परः । रात्रौ जागरणं यत्नात्करोति शिवसन्निधौ

Cultivant la dévotion envers Śiva, il se voua aux actes tournés vers Śiva. Honorant les écritures śaiva et appliqué au culte de Śiva, il accomplissait avec soin la veille nocturne en la présence du Seigneur.

Verse 93

शिवस्य गाथा गायंस्तु आनंदाश्रुकणान्मुहुः । प्रमुंचंश्चैव नेत्राभ्यां रोमांचपुलकावृतः

Chantant les louanges de Śiva, il versait sans cesse des larmes de béatitude ; de ses yeux elles coulaient à flots, et son corps se couvrait de frissons d’extase.

Verse 94

आयुष्यं च गतं तस्य शिवध्यानपरस्य च । शिवो हि सुलभो लोके पशूनां ज्ञाननिनामपि

Bien que sa durée de vie s’épuisât, il demeura entièrement voué à la méditation de Śiva ; car en ce monde Śiva est vraiment aisé à atteindre, même pour les âmes liées et même pour ceux dont l’intelligence est faible.

Verse 95

संसेवितुं सुखप्राप्त्यै ह्येक एव सदाशिवः । शिवरात्र्युपवासेन प्राप्तो ज्ञानमनुत्तमम्

Pour obtenir le vrai bien-être, l’Unique à servir est Sadāśiva. Par le jeûne de Śivarātri, il atteignit la connaissance spirituelle sans égale.

Verse 96

ज्ञानात्सर्वमनुप्राप्तं भूतसाम्यं निरंतरम् । सर्वभूतात्मकं ज्ञात्वा केवलं च सदा शिवम् । विना शिवेन यत्किंचिन्नास्ति वस्त्वत्र न क्वचित्

De cette connaissance, tout fut réalisé : une égalité ininterrompue envers tous les êtres. Sachant que le Soi de tous les êtres n’est autre que l’Unique Śiva, éternel, il comprit qu’en dehors de Śiva rien n’existe, nulle part, en ce domaine.

Verse 97

एवं पूर्णं निष्प्रपंचं ज्ञानं प्राप्नोति दुर्लभम् । प्राप्तज्ञानस्तदा राजा जातो हि शिववल्लभः

Ainsi il obtint la connaissance rare, parfaite et au-delà des enchevêtrements du monde. Ayant acquis cette connaissance, le roi devint véritablement l’aimé de Śiva.

Verse 98

मुक्तिं सायुज्यतां प्राप्तः शिवरात्रेरुपोषणात् । तेन लब्धं शिवाज्जन्म पुरा यत्कथितं मया

Par l’observance du jeûne de Śivarātri, il obtint la délivrance (mukti) sous la forme de sāyujya, l’union à Śiva. Ainsi reçut-il une naissance accordée par Śiva, comme je l’avais raconté auparavant.

Verse 99

दाक्षायणीवीयो गाच्च जटाजूटेन विस्तरात् । य उत्पन्नो मस्तकाच्च शिवस्य परमात्मनः । वीरभद्रेति विख्यातो दक्षयज्ञविनाशनः

De l’ample chevelure emmêlée (jaṭā-jūṭa) de Śiva, le Soi suprême, jaillit un héros puissant pour Dākṣāyaṇī. Né du sommet de la tête de Śiva, il devint célèbre sous le nom de Vīrabhadra, destructeur du sacrifice de Dakṣa.

Verse 100

शिवरात्रिव्रतेनैव तारिता बहवः पुरा । प्राप्ताः सिद्धिं पुरा विप्रा भरताद्याश्च देहिनः

Par le seul vœu de Śivarātri, jadis beaucoup furent conduits au-delà du saṃsāra. Autrefois, des brāhmanes et des êtres incarnés tels que Bharata et d’autres atteignirent la siddhi, l’accomplissement spirituel.

Verse 101

मांधाता धुन्धुमारिश्च हरिश्चन्द्रादयो नृपाः । प्राप्ताः सिद्धिमनेनेव व्रतेन परमेण हि

Māndhātā, Dhundhumāri, Hariścandra et d’autres rois atteignirent la siddhi par ce vœu même, suprême entre tous.

Verse 102

ततो गिरीशो गिरिजासमेतः क्रीडान्वितोऽसौ गिरिराजमस्तके । द्यूतं तथैवाक्षयुतं परेशो युक्तो भवान्या स भृशं चकार

Alors Girīśa (Śiva), avec Girijā (Pārvatī), se divertissait joyeusement au sommet du Roi des Montagnes. Le Seigneur suprême, uni à Bhavānī, joua avec ardeur aux dés, avec les cubes de jeu.