
Ce chapitre prend la forme d’un dialogue entre Devī et Īśvara : il raconte d’abord la tradition de Sāvitrī à Prabhāsa, puis la transforme en un exposé rituel méthodique. Devī demande l’itihāsa du vœu et ses fruits ; Īśvara relate que le roi Aśvapati, en pèlerinage à Prabhāsa, accomplit le Sāvitrī-vrata au Sāvitrī-sthala, obtient la faveur divine, et voit naître une fille qu’il nomme Sāvitrī. Le texte résume ensuite l’épisode de Sāvitrī et Satyavān : malgré l’avertissement de Nārada sur la mort imminente de Satyavān, Sāvitrī le choisit, le suit en forêt, affronte Yama et reçoit des grâces—le retour de la vue et du royaume de Dyumatsena, une descendance pour son père et pour elle-même, et la restitution de la vie de son époux. La seconde moitié est prescriptive : elle fixe l’observance au mois de Jyeṣṭha à partir du 13e jour, avec jeûne et niyama durant trois nuits ; elle décrit les bains, le mérite particulier de Pāṇḍukūpa et le bain d’eau mêlée de moutarde à la pleine lune. Elle prescrit de façonner et d’offrir une image de Sāvitrī (or/argile/bois) revêtue de tissu rouge, de la vénérer par des mantras (la saluant comme porteuse de vīṇā et de livre, et demandant l’avaidhavya, la sauvegarde de la félicité conjugale), de veiller la nuit avec récitation et musique, et d’accomplir une adoration nuptiale de Sāvitrī avec Brahmā. Sont détaillés l’ordre des repas offerts aux couples et aux brāhmaṇa, les règles alimentaires (éviter l’aigre et l’alcalin, privilégier le doux), les dons et honneurs d’au revoir, ainsi qu’un élément de śrāddha domestique intégré avec discrétion. La conclusion présente l’udhyāpana comme un rite purificateur et méritoire, protecteur de l’auspice marital des femmes, et promettant prospérité à qui l’accomplit ou même en entend la procédure.
Verse 1
देव्युवाच । प्रभासे संस्थिता या तु सावित्री ब्रह्मणः प्रिया । तस्याश्चरित्रं मे ब्रूहि देवदेव जगत्पते
La Déesse dit : «Raconte-moi l’histoire merveilleuse de Sāvitrī—bien-aimée de Brahmā—qui demeure à Prabhāsa, ô Dieu des dieux, Seigneur de l’univers.»
Verse 2
व्रतमाहात्म्यसंयुक्तमितिहाससमन्वितम् । पाति व्रत्यकरं स्त्रीणां महाभाग्यं महोदयम्
Ce récit—uni à la gloire du vœu et appuyé par l’histoire sacrée—protège les femmes qui accomplissent le vœu, leur accordant grande fortune et noble élévation de bien-être.
Verse 3
ईश्वर उवाच । कथयामि महादेवि सावित्र्याश्चरितं महत् । प्रभासक्षेत्रसंस्थायाः स्थल स्थाने महेश्वरि । यथा चीर्णं व्रतकरं सावित्र्या राजकन्यया
Īśvara dit : «Ô Mahādevī, je vais raconter la grande histoire sacrée de Sāvitrī : comment, à Prabhāsa Kṣetra, en ce lieu saint, ô Maheśvarī, Sāvitrī, fille du roi, accomplit le vœu selon la règle.»
Verse 4
आसीन्मद्रेषु धर्मात्मा सर्वभूतहिते रतः । पार्थिवोऽश्वपतिर्नाम पौरजानपद प्रियः
Au pays des Madras vivait un roi juste nommé Aśvapati, voué au bien de tous les êtres et aimé des citadins comme des villageois.
Verse 5
क्षमावाननपत्यश्च सत्यवादी जितेन्द्रियः । प्रभासक्षेत्रयात्रायामाजगाम स भूपतिः । यात्रां कुर्वन्विधानेन सावित्रीस्थलमागतः
Ce roi, patient, sans enfant, véridique et maître de ses sens, entreprit le pèlerinage vers le Kṣetra de Prabhāsa ; accomplissant la route selon la règle rituelle, il parvint au lieu saint nommé Sāvitrī.
Verse 6
स सभार्यो व्रतमिदं तत्र चक्रे नृपः स्वयम् । सावित्रीति प्रसिद्धं यत्सर्वकामफलप्रदम्
Là, avec sa reine, le roi lui-même accomplit ce vœu, connu sous le nom de Vrata de Sāvitrī, qui accorde le fruit de tous les désirs légitimes.
Verse 7
तस्य तुष्टाऽभवद्देवि सावित्री ब्रह्मणः प्रिया । भूर्भुवःस्वरितीत्येषा साक्षान्मूर्तिमती स्थिता
Ô Déesse ! Sāvitrī, bien-aimée de Brahmā, fut satisfaite de lui. Elle se tint là, en forme incarnée, puissance même de l’énoncé sacré « bhūr bhuvaḥ svaḥ ».
Verse 8
कमंडलुधरा देवी जगामादर्शनं पुनः । कालेन वहुना जाता दुहिता देवरूपिणी
La déesse, portant le kamaṇḍalu (vase d’eau), disparut de nouveau à la vue. Après un long temps, naquit une fille, rayonnante d’une beauté divine.
Verse 9
सावित्र्या प्रीतया दत्ता सावित्र्याः पूजया तथा । सावित्रीत्येव नामाऽस्याश्चक्रे विप्राज्ञया नृपः
Accordée par Sāvitrī, satisfaite, et obtenue par le culte rendu à Sāvitrī, cette fille vint au monde. Le roi, sur l’avis des brahmanes, lui donna précisément le nom de « Sāvitrī ».
Verse 10
सा विग्राहवतीव श्रीः प्रावर्धत नृपात्मजा । सावित्री सुकुमारांगी यौवनस्था बभूव ह
La princesse Sāvitrī grandit comme si Śrī (la Fortune) s’était incarnée en elle ; aux membres délicats, elle parvint vraiment à la pleine fleur de la jeunesse.
Verse 11
या सुमध्या पृथुश्रोणी प्रतिमा काञ्चनी यथा । प्राप्तेयं देवकन्या वा दृष्ट्वा तां मेनिरे जनाः
Fine de taille et large de hanches, elle brillait telle une effigie d’or ; en la voyant, les gens se dirent : «Une jeune céleste serait-elle venue ici ?»
Verse 12
सा तु पद्मा विशालाक्षी प्रज्वलतीव तेजसा । चचार सा च सावित्री व्रतं यद्भृगुणोदितम्
Cette jeune fille, semblable au lotus et aux grands yeux, flamboyait comme d’une splendeur intérieure ; et Sāvitrī observa le vœu de Sāvitrī, tel que l’avait prescrit Bhṛgu.
Verse 13
अथोपोष्य शिरःस्नाता देवतामभिगम्य च । हुत्वाग्निं विधिवद्विप्रान्वाचयेद्वरवर्णिनी
Puis, après avoir jeûné et s’être baignée — la tête lavée — elle s’approcha de la divinité ; et, après avoir versé les oblations dans le feu selon le rite, cette jeune fille d’excellence fit réciter les textes sacrés par les brāhmaṇas.
Verse 14
तेभ्यः सुमनसः शेषां प्रतिगृह्य नृपात्मजा । सखीपरिवृताऽभ्येत्य देवी श्रीवत्सरूपिणी
Ayant reçu d’eux, le cœur joyeux, les fleurs restantes, la fille du roi revint entourée de ses compagnes ; elle resplendissait telle une déesse, portant l’auspicieux signe de Śrīvatsa.
Verse 15
साऽभिवाद्य पितुः पादौ शेषां पूर्वं निवेद्य च । कृताञ्जलिर्वरारोहा नृपतेः पार्श्वतः स्थिता
Elle se prosterna aux pieds de son père, offrant d’abord ce qui restait des offrandes ; puis, les mains jointes en vénération, la noble jeune fille se tint auprès du roi.
Verse 16
तां दृष्ट्वा यौवनप्राप्तां स्वां सुतां देवरूपिणीम् । उवाच राजा संमन्त्र्य पुत्र्यर्थं सह मन्त्रिभिः
Voyant sa propre fille parvenue à la jeunesse, rayonnante telle une déesse, le roi délibéra avec ses ministres puis parla de l’avenir de sa fille.
Verse 17
पुत्रि प्रदानकालस्ते न हि कश्चिद्वृणोति माम् । विचारयन्न पश्यामि वरं तुल्यमिहात्मनः
«Ma fille, le temps est venu de te donner en mariage ; pourtant nul ne sollicite alliance avec moi. J’y réfléchis, et je ne vois ici aucun époux d’égale valeur.»
Verse 18
देवादीनां यथा वाच्यो न भवेयं तथा कुरु । पठ्यमानं मया पुत्रि धर्मशास्त्रेषु च श्रुतम्
«Agis de telle sorte que je ne sois pas blâmé devant les dieux et les autres. Ma fille, voilà ce que j’ai lu et aussi entendu dans les Dharma-śāstras.»
Verse 19
पितुर्गेहे तु या कन्या रजः पश्यत्यसंस्कृता । ब्रह्महत्या पितुस्तस्य सा कन्या वृषली स्मृता
«La jeune fille qui, demeurant non mariée (non consacrée par le rite nuptial), voit ses menstrues dans la maison de son père : de ce père on dit que c’est comme le péché de tuer un brahmane ; et cette fille est tenue en mémoire comme “vṛṣalī”.»
Verse 20
अतोऽर्थं प्रेषयामि त्वां कुरु पुत्रि स्वयंवरम् । वृद्धैरमात्यैः सहिता शीघ्रं गच्छावधारय
C’est pourquoi je t’envoie : ô ma fille, organise toi-même le svayaṃvara (choix rituel de l’époux). Va sans tarder, accompagnée de ministres âgés et dignes de confiance ; demeure résolue en cela.
Verse 21
एवमस्त्विति सावित्री प्रोच्य तस्माद्विनिर्ययौ । तपोवनानि रम्याणि राजर्षीणां जगाम सा
Sāvitrī répondit : « Qu’il en soit ainsi », puis elle quitta ce lieu. Elle se rendit aux charmants bois d’ascèse, aux ermitages des rājarṣi, les sages rois.
Verse 22
मान्यानां तत्र वृद्धानां कृत्वा पादाभिवन्दनम् । ततोऽभिगम्य तीर्थानि सर्वाण्येवाश्रमाणि च
Là, après s’être inclinée et avoir salué les pieds des vénérables anciens, elle alla ensuite visiter tous les tīrtha (gués sacrés) ainsi que tous les ermitages.
Verse 23
आजगाम पुनर्वेश्म सावित्री सह मंत्रिभिः । तत्रापश्यत देवर्षिं नारदं पुरतः शुचिम्
Sāvitrī revint à sa demeure, accompagnée de ses ministres. Là, elle vit le devarṣi Nārada, pur et rayonnant, se tenant devant elle.
Verse 24
आसीनमासने विप्रं प्रणम्य स्मितभाषिणी । कथयामास तत्कार्यं येनारण्यं गता च सा
Après s’être prosternée devant le brāhmaṇa assis sur son siège, elle, souriante et d’une parole douce, exposa l’affaire pour laquelle elle était allée en forêt.
Verse 25
सावित्र्युवाच । आसीच्छाल्वेषु धर्मात्मा क्षत्रियः पृथिवीपतिः । द्युमत्सेन इति ख्यातो दैवादन्धो वभूव सः
Sāvitrī dit : « Parmi les Śālva, il y eut un roi kṣatriya juste, seigneur de la terre, renommé Dyumatsena ; mais, par le décret du destin, il devint aveugle. »
Verse 26
आर्यस्य बालपुत्रस्य द्युमत्सेनस्य रुक्मिणा । सामन्तेन हृतं राज्यं छिद्रेऽस्मिन्पूर्ववैरिणा
«Ce noble Dyumatsena, bien qu’il eût un jeune fils, se vit ravir son royaume par Rukmin, vassal et ancien ennemi, qui profita de cette faiblesse.»
Verse 27
स बालवत्सया सार्धं भार्यया प्रस्थितो वनम्
«Il partit pour la forêt avec son épouse, qui portait encore un enfant en bas âge.»
Verse 28
स तस्य च वने वृद्धः पुत्रः परमधार्मिकः । सत्यवागनुरूपो मे भर्तेति मनसेप्सितः
«Et dans cette forêt, son fils grandit : souverainement vertueux, véridique en ses paroles ; et il fut l’époux que mon cœur désirait, digne et fait pour moi.»
Verse 29
नारद उवाच । अहो बत महत्कष्टं सावित्र्या नृपते कृतम् । बालस्वभावादनया गुणवान्सत्यवाग्वृतः
Nārada dit : «Hélas ! ô roi, une grande épreuve a été suscitée par Sāvitrī ; car, par l’élan de la jeunesse, elle a choisi un homme vertueux, voué à la vérité et véridique en ses paroles.»
Verse 30
सत्यं वदत्यस्य पिता सत्यं माता प्रभाषते । सत्यं वदेति मुनिभिः सत्यवान्नाम वै कृतम्
«Son père dit la vérité; sa mère aussi proclame la vérité. Puisque les sages déclarent : “Il dit la vérité”, on lui a véritablement donné le nom de Satyavān.»
Verse 31
नित्यं चाश्वाः प्रियास्तस्य करोत्यश्वाश्च मृन्मयान् । चित्रेऽपि च लिखत्यश्वांश्चित्राश्व इति चोच्यते
«Les chevaux lui sont à jamais chers : il façonne des chevaux même en argile, et il dessine aussi des chevaux en images ; c’est pourquoi on l’appelle Citrāśva, “celui aux chevaux peints”.»
Verse 32
सत्यवान्रंतिदेवस्य शिष्यो दानगुणैः समः । ब्रह्मण्यः सत्यवादी च शिबिरौशीनरो यथा
Satyavān est le disciple de Rantideva, son égal dans les vertus du don. Dévoué aux brahmanes et véridique en sa parole, il est tel Śibi, fils d’Uśīnara.
Verse 33
ययातिरिव चोदारः सोमवत्प्रियदर्शनः । रूपेणान्यतमोऽश्विभ्यां द्युमत्सेनसुतो बली
Tel Yayāti, il est magnanime ; tel Soma, il est agréable à contempler. Par sa beauté, il est comparable aux jumeaux Aśvin, et il est le vaillant fils de Dyumatsena.
Verse 34
एको दोषोऽस्ति नान्यश्च सोऽद्यप्रभृति सत्यवान् । संवत्सरेण क्षीणायुर्देहत्यागं करिष्यति
Il n’est qu’un seul défaut, et nul autre : dès ce jour, la durée de vie de Satyavān décroît. Dans l’espace d’une année, il quittera son corps (il rencontrera la mort).
Verse 35
नारदस्य वचः श्रुत्वा दुहिता प्राह पार्थिवम्
Ayant entendu les paroles de Nārada, la fille s’adressa au roi.
Verse 36
सावित्र्युवाच । सकृज्जल्पंति राजानः सकृज्जल्पंति ब्राह्मणाः । सकृत्कन्या प्रदीयेत त्रीण्येतानि सकृत्सकृत्
Sāvitrī dit : «Les rois ne donnent leur parole qu’une seule fois ; les brahmanes ne parlent qu’une seule fois. Une jeune fille n’est donnée en mariage qu’une seule fois : ces trois choses sont “une fois, et une fois seulement”.»
Verse 37
दीर्घायुरथवाल्पायुः सगुणो निर्गुणोऽपि वा । सकृद्वृतो मया भर्ता न द्वितीयं वृणोम्यहम्
Qu’il soit de longue vie ou de courte, vertueux ou même dépourvu de vertus : l’ayant choisi une fois pour époux, je n’en choisis pas un second.
Verse 38
मनसा निश्चयं कृत्वा ततो वाचाऽभिधीयते । क्रियते कर्मणा पश्चात्प्रमाणं हि मनस्ततः
D’abord on forme dans l’esprit une résolution ferme ; ensuite on la proclame par la parole ; puis on l’accomplit par l’acte. Ainsi, l’esprit est la vraie mesure (la racine de l’intention).
Verse 39
नारद उवाच । यद्येतदिष्टं भवतः शीघ्रमेव विधीयताम् । अविघ्नेन तु सावित्र्याः प्रदानं दुहितुस्तव
Nārada dit : «Si cela te convient, que cela soit arrangé sans tarder. Que le don de ta fille Sāvitrī s’accomplisse sans aucun obstacle.»
Verse 40
एवमुक्त्वा समुत्पत्य नारूदस्त्रिदिवं गतः । राजा च दुहितुः सर्वं वैवाहिकमथाकरोत् । शुभे मुहूर्ते पार्श्वस्थैर्ब्राह्मणैर्वेदपारगैः
Après avoir ainsi parlé, Nārada se leva et gagna le ciel. Alors le roi fit tous les apprêts du mariage de sa fille, à l’heure faste, entouré de brahmanes voisins, maîtres des Veda.
Verse 41
सावित्र्यपि च तं लब्ध्वा भर्तारं मनसेप्तितम् । मुमुदेऽतीव तन्वंगी स्वर्गं प्राप्येव पुण्यकृत्
Sāvitrī aussi, ayant obtenu l’époux désiré par son cœur, se réjouit grandement—aux membres graciles—comme un être méritant qui a atteint le ciel.
Verse 42
एवं तत्राश्रमे तेषां तदा निवसतां सताम् । कालस्तु पश्यतां किञ्चिदतिचक्राम पार्वति
Ainsi, tandis que ces êtres vertueux demeuraient dans cet ermitage, le temps—sous leurs propres yeux—s’écoula quelque peu, ô Pārvatī.
Verse 43
सावित्र्यास्तु तदा नार्यास्तिष्ठन्त्याश्च दिवानिशम् । नारदेन यदुक्तं तद्वाक्यं मनसि वर्तते
Mais Sāvitrī, cette femme noble, demeurait inébranlable jour et nuit; et les paroles prononcées par Nārada restaient présentes en son esprit.
Verse 44
ततः काले बहुतिथे व्यतिक्रान्ते कदाचन । प्राप्तः कालोऽथ मर्तव्यो यत्र सत्यव्रतो नृपः
Puis, après que bien des jours se furent écoulés, vint un moment où l’heure du destin arriva—celle où le roi Satyavrata devait mourir.
Verse 45
ज्येष्ठमासे सिते पक्षे द्वादश्यां रजनीमुखे । गणयंत्याश्च सावित्र्या नारदोक्तं वचो हृदि
Au mois de Jyeṣṭha, durant la quinzaine claire, le douzième jour à la tombée de la nuit—tandis que Sāvitrī comptait le temps—les paroles de Nārada demeurèrent au fond de son cœur.
Verse 46
चतुर्थेऽहनि मर्तव्यमिति संचिंत्य भामिनी । व्रतं त्रिरात्रमुद्दिश्य दिवारात्रं स्थिताऽश्रमे
Réfléchissant : «Au quatrième jour, il doit mourir», la noble dame entreprit un vœu de trois nuits, demeurant à l’ermitage jour et nuit.
Verse 47
ततस्त्रिरात्रं न्यवसत्स्नात्वा संतर्प्य देवताम् । श्वश्रूश्वशुरयोः पादौ ववंदे चारुहासिनी
Alors elle observa les trois nuits ; après s’être baignée et avoir dûment comblé la divinité d’offrandes, la femme au doux sourire se prosterna aux pieds de sa belle-mère et de son beau-père.
Verse 48
अथ प्रतस्थे परशुं गृहीत्वा सत्यवान्वनम् । सावित्र्यपि च भर्तारं गच्छंतं पृष्ठतोऽन्वयात्
Alors Satyavān se mit en route vers la forêt, une hache à la main ; et Sāvitrī aussi suivit son époux qui avançait, marchant derrière lui.
Verse 49
ततो गृहीत्वा तरसा फलपुष्पसमित्कुशान् । अथ शुष्काणि चादाय काष्ठभारमकल्पयत्
Puis, avec hâte, il rassembla fruits, fleurs, brindilles de bois et herbe kuśa ; et prenant aussi du bois sec, il en fit un fardeau de bûches.
Verse 50
अथ पाटयतः काष्ठं जाता शिरसि वेदना । काष्ठभारं क्षणात्त्यक्त्वा वटशाखावलंबितः
Alors qu’il fendait le bois, une douleur lui saisit la tête. Aussitôt il jeta le fardeau de bûches et s’appuya à une branche du banian.
Verse 51
सावित्रीं प्राह शिरसो वेदना मां प्रबाधते । तवोत्संगे क्षणं तावत्स्वप्तुमिच्छामि सुन्दरि
Il dit à Sāvitrī : «Une douleur à la tête me tourmente. Ô belle, je souhaite dormir un instant dans ton giron.»
Verse 52
विश्रमस्व महाबाहो सावित्री प्राह दुःखिता । पश्चादपि गमिष्यामि ह्याश्रमं श्रमनाशनम्
Sāvitrī, le cœur serré, dit : «Repose-toi un moment, ô toi aux bras puissants. Ensuite j’irai vers l’āśrama qui dissipe la fatigue.»
Verse 53
यावदुत्संगगं कृत्वा शिरोस्य तु महीतले । तावद्ददर्श सावित्री पुरुषं कृष्णपिंगलम्
Dès qu’elle posa sa tête sur ses genoux, assise à même le sol, Sāvitrī aperçut un homme au teint sombre et fauve.
Verse 54
किरीटिनं पीतवस्त्रं साक्षात्सूर्यमिवोदितम् । तमुवाचाथ सावित्री प्रणम्य मधुराक्षरम्
Couronné et vêtu de jaune, il rayonnait tel le soleil levant. Sāvitrī, s’inclinant avec révérence, lui adressa de douces paroles.
Verse 55
कस्त्वं देवोऽथवा दैत्यो यो मां धर्षितुमागतः । न चाहं केनचिच्छक्या स्वधर्माद्देव रोधितुम्
«Qui es-tu—dieu ou asura—venu m’assaillir ? Ô être divin, nul ne peut me détourner de mon propre dharma.»
Verse 56
विद्धि मां पुरुषश्रेष्ठ दीप्तामग्निशिखामिव
«Sache-moi, ô le meilleur des hommes, semblable à une flamme de feu éclatante.»
Verse 57
यम उवाच । यमः संयमनश्चास्मि सर्वलोकभयंकरः
Yama dit : «Je suis Yama, le Contraignant (Saṃyamana), celui qui inspire la crainte dans tous les mondes.»
Verse 58
क्षीणायुरेष ते भर्ता संनिधौ ते पतिव्रते । न शक्यः किंकरैर्नेतुमतोऽहं स्वयमागतः
«La durée de vie de ton époux est épuisée, ô épouse fidèle (pativratā). En ta présence, mes serviteurs ne peuvent l’emmener ; c’est pourquoi je suis venu moi-même.»
Verse 59
एवमुक्त्वा सत्यव्रतशरीरात्पाशसंयुतः । अंगुष्ठमात्रं पुरुषं निचकर्ष यमो बलात्
Après avoir ainsi parlé, Yama, muni de son lasso, arracha de force du corps de Satyavrata un être de la taille d’un pouce.
Verse 60
अथ प्रयातुमारेभे पंथानं पितृसेवितम् । सावित्र्यपि वरारोहा पृष्ठतोऽनुजगाम ह
Alors il se mit en route sur le chemin foulé par les Pères (Pitṛ) ; et Sāvitrī aussi, la dame aux belles hanches, le suivit par derrière.
Verse 61
पतिव्रतत्वाच्चाश्रांता तामुवाच यमस्तथा । निवर्त गच्छ सावित्रि मुहूर्तं त्वमिहागता
Et, grâce à sa fidélité d’épouse (pativratā), elle ne se lassait point ; alors Yama lui dit : « Retourne, Sāvitrī. Tu n’es venue ici que pour un court moment. »
Verse 62
एष मार्गो विशालाक्षि न केनाप्यनुगम्यते
« Ô dame aux grands yeux, ce chemin ne peut être suivi par n’importe qui. »
Verse 63
सावित्र्युवाच । न श्रमो न च मे ग्लानिः कदाचिदपि जायते । भर्तारमनुगच्छन्त्या विशिष्टस्य च संनिधौ
Sāvitrī dit : « Jamais en moi ne naissent ni fatigue ni défaillance, car je suis mon époux et je demeure en la présence du Noble. »
Verse 64
सतां सन्तो गतिर्नान्या स्त्रीणां भर्ता सदा गतिः । वेदो वर्णाश्रमाणां च शिष्याणां च गतिर्गुरुः
« Pour les vertueux, les hommes de bien sont l’unique refuge ; pour les femmes, l’époux est toujours refuge. Pour ceux qui vivent selon l’ordre des varṇa et des āśrama, le Veda est refuge ; et pour les disciples, le guru est refuge. »
Verse 65
सर्वेषामेव भूतानां स्थानमस्ति महीतले । भर्त्तारमेकमुत्सृज्य स्त्रीणां नान्यः समाश्रयः
Tous les êtres ont leur place sur la terre; mais pour la femme, en dehors de l’époux seul, il n’est point d’autre refuge légitime.
Verse 66
एवमन्यैः सुमधुरैर्वाक्यैर्धर्मार्थसंहितैः । तुतोष सूर्यतनयः सावित्रीं वाक्यमब्रवीत्
Ainsi, par bien d’autres paroles très douces, empreintes de dharma et de juste dessein, le fils du Soleil (Yama) fut satisfait et s’adressa à Sāvitrī.
Verse 67
यम उवाच । तुष्टोऽस्मि तव भद्रं ते वरं वरय भामिनि । सापि वव्रे च राज्यं स्वं विनयावनतानना
Yama dit : « Je suis satisfait de toi ; bénédiction sur toi. Choisis un don, ô noble dame. » Et elle aussi, le visage incliné dans l’humilité, choisit le rétablissement de son propre royaume.
Verse 68
चक्षुःप्राप्तिं तथा राज्यं श्वशुरस्य महात्मनः । पितुः पुत्रशतं चैव पुत्राणां शतमात्मनः
Elle demanda le recouvrement de la vue et du royaume pour son beau-père au grand cœur ; pour son père, cent fils ; et pour elle-même, cent fils dans la lignée de ses fils.
Verse 69
जीवितं च तथा भर्तुर्धर्मसिद्धिं च शाश्वतीम् । धर्मराजो वरं दत्त्वा प्रेषयामास तां ततः
Elle demanda encore la vie de son époux et l’accomplissement durable du dharma. Dharmarāja, ayant accordé le don, la renvoya ensuite poursuivre sa route.
Verse 70
अथ भर्तारमासाद्य सावित्री हृष्टमानसा । जगाम स्वाश्रमपदं सह भर्त्रा निराकुला
Alors, ayant retrouvé son époux, Sāvitrī, le cœur en joie, regagna son ermitage avec lui, délivrée de toute détresse.
Verse 71
ज्येष्ठस्य पूर्णिमायां च तया चीर्णं व्रतं त्विदम् । माहात्म्यतोऽस्य नृपतेश्चक्षुःप्राप्तिरभूत्पुरः
À la pleine lune de Jyeṣṭha, elle accomplit ce vœu selon le rite. Par la grandeur de cette observance, le roi recouvra bientôt la vue.
Verse 72
ततः स्वदेशराज्यं च प्राप निष्कण्टकं नृपः । पितास्याः पुत्रशतकं सा च लेभे सुताञ्छतम्
Ensuite, le roi recouvra son royaume, sans épines—sans ennemis ni tourments. Et le père d’elle obtint cent fils, tandis qu’elle-même enfanta cent fils.
Verse 73
एवं व्रतस्य माहात्म्यं कथितं सकलं मया
Ainsi, j’ai exposé entièrement la grandeur de ce vœu.
Verse 74
देव्युवाच । कीदृशं तद्व्रतं देव सावित्र्या चरितं महत् । तस्मिंस्तु ज्येष्ठमासे हि विधानं तस्य कीदृशम्
La Déesse dit : «Ô Dieu, quel est ce grand vœu qu’a pratiqué Sāvitrī ? Et, au mois de Jyeṣṭha, quel en est le rite prescrit pour l’accomplir ?»
Verse 76
का देवता व्रते तस्मिन्के मन्त्राः किं फलं विभो । विस्तरेण महेश त्वं ब्रूहि धर्मं सनातनम्
«Quelle divinité doit-on vénérer dans ce vœu, quels mantras faut-il réciter, et quel en est le fruit, ô Seigneur ? Ô Maheśa, explique en détail ce dharma éternel.»
Verse 77
त्रयोदश्यां तु ज्येष्ठस्य दन्तधावनपूर्वकम् । त्रिरात्रं नियमं कुर्यादुपवासस्य भामिनि
Au treizième jour lunaire de Jyeṣṭha, en commençant par se nettoyer les dents, ô belle, on doit entreprendre une observance disciplinée de trois nuits, faite de jeûne (upavāsa).
Verse 78
अशक्तस्तु त्रयोदश्यां नक्तं कुर्याज्जितेन्द्रियः । अयाचितं चतुर्दश्यां ह्युपवासेन पूर्णिमाम्
Mais si l’on ne peut jeûner pleinement le treizième jour, en maîtrisant les sens on peut observer le nakta (ne manger que la nuit). Le quatorzième, on ne prendra que la nourriture non demandée (ayācita), et à la pleine lune on jeûnera.
Verse 79
नित्यं स्नात्वा तडागे वा महानद्यां च निर्झरे । पांडुकूपे तु सुश्रोणि सर्वस्नानफलं लभेत्
Même si l’on se baigne chaque jour dans un étang, un grand fleuve ou un torrent de montagne, pourtant, ô fine de taille, en se baignant à Pāṇḍu-kūpa on obtient le fruit de tous les bains sacrés.
Verse 80
विशेषात्पूर्णिमायां तु स्नानं सर्षपमृज्जलैः
Et surtout le jour de la pleine lune, on doit se baigner avec de l’eau mêlée de graines de moutarde et de terre purificatrice (argile).
Verse 81
गृहीत्वा वालुकं पात्रे प्रस्थमात्रे यशस्विनि । अथवा धान्यमादाय यवशालितिलादिकम्
Prenant du sable dans un récipient, à la mesure d’un prastha, ô dame illustre; ou bien prenant des grains tels que l’orge, le riz, le sésame et autres—
Verse 82
ततो वंशमये पात्रे वस्त्रयुग्मेन वेष्टिते । सावित्रीप्रतिमां कृत्वा सर्वावयवशोभिताम्
Ensuite, dans un récipient de bambou enveloppé d’une paire d’étoffes, qu’on façonne une image de Sāvitrī, ornée de tous ses membres avec une beauté accomplie.
Verse 83
सौवर्णीं मृन्मयीं वापि स्वशक्त्या दारुनिर्मिताम् । रक्तवस्त्रद्वयं दद्यात्सावित्र्या ब्रह्मणः सितम्
Selon ses moyens, qu’on offre (une image) d’or, ou d’argile, ou façonnée en bois. Qu’on donne aussi une paire de vêtements rouges à Sāvitrī, et des vêtements blancs à Brahmā.
Verse 85
पूर्णकोशातकैः पक्वैः कूष्माण्डकर्कटीफलैः । नालिकेरैः सखर्जूरैः कपित्थैर्दाडिमैः शुभैः
Avec des fruits kośātaka mûrs et bien pleins; avec la courge blanche (ash-gourd) et les concombres; avec des noix de coco et des dattes; et avec les auspiciuses wood-apples et les grenades—qu’on dispose les offrandes.
Verse 86
जंबूजंबीरनारिंगैरक्षोटैः पनसैस्तथा । जीरकैः कटुखण्डैश्च गुडेन लवणेन च
Avec des fruits de jambū; avec le cédrat (citron) et les oranges; avec des noix et le jacquier; et aussi avec du cumin, des condiments piquants, du jaggery (guda) et du sel—qu’on pourvoie ainsi au culte.
Verse 87
विरूढैः सप्तधान्यैश्च वंशपात्रप्रकल्पितैः । रंजयेत्पट्टसूत्रैश्च शुभैः कुंकुमकेसरैः
Et avec les sept sortes de grains germés, disposés dans des récipients façonnés en bambou, qu’on orne l’autel de fils de soie de bon augure, de safran (kuṅkuma) et de kesara au parfum suave.
Verse 88
अवतारं करोत्येवं सावित्री ब्रह्मणः प्रिया
Ainsi, de cette manière même, Sāvitrī—la bien-aimée de Brahmā—se manifeste, prenant descente (avatāra).
Verse 89
तामर्च्चयीत मन्त्रेण सावित्र्या ब्रह्मणा समम् । इतरेषां पुराणोक्तो मंत्रोऽयं समुदाहृतः
Qu’on L’adore par un mantra, avec Sāvitrī et Brahmā. Pour les autres aussi, ce mantra, proclamé dans les Purāṇa, est à présent énoncé.
Verse 90
ओंकारपूर्वके देवि वीणापुस्तकधारिणि । वेदांबिके नमस्तुभ्यमवैधव्यं प्रयच्छ मे
Ô Déesse précédée de Oṃ, qui portes la vīṇā et le livre, Mère des Veda, je me prosterne devant Toi ; accorde-moi la grâce de ne pas devenir veuve (avaidhavya).
Verse 91
एवं संपूज्य विधिवज्जागरं तत्र कारयेत् । गीतवादित्रशब्देननरनारीकदंबकम् । नृत्यद्धसन्नयेद्रात्रिं नृत्यशास्त्रविशारदैः
Après avoir ainsi accompli le culte selon la règle, qu’on y organise une veille nocturne (jāgara). Au son des chants et des instruments, une assemblée d’hommes et de femmes passera la nuit dans la danse et la joie, conduite par ceux qui maîtrisent la science de la danse.
Verse 92
सावित्र्याख्यानकं चापि वाचयीत द्विजोत्तमान् । यावत्प्रभातसमयं गीतभावरसैः सह
Qu’on fasse aussi réciter par d’excellents brāhmaṇa le récit sacré de Sāvitrī jusqu’au temps de l’aurore, accompagné de chants riches de bhakti et de saveur poétique.
Verse 93
विवाहमेवं कृत्वा तु सावित्र्या ब्रह्मणा सह । परिधाप्य सितैर्वस्त्रैर्दंपतीनां तु सप्तकम्
Après avoir ainsi accompli le rite nuptial de Sāvitrī avec Brahmā, qu’on revête ensuite sept couples d’époux de vêtements blancs.
Verse 94
सावित्रीं ब्रह्मणा सार्धमेवं शक्त्या प्रपूजयेत् । गन्धैः सुगन्धपुष्पैश्च धूपनैवेद्यदीपकैः
Ainsi, selon ses moyens, qu’on rende un culte approprié à Sāvitrī avec Brahmā, en offrant parfums, fleurs odorantes, encens, naivedya (offrandes de nourriture) et lampes.
Verse 95
अथ सावित्रीकल्पज्ञे सावित्र्याख्यानवाचके । दैवज्ञे ह्युञ्छवृत्तिस्थे दरिद्रे चाग्निहोत्रिणि
Ensuite, (qu’on recherche) un connaisseur du rite de Sāvitrī, un récitant du récit sacré de Sāvitrī, un astrologue savant, un homme vivant de glanage, un pauvre, et un Agnihotrin (gardien du feu sacrificiel).
Verse 96
एवं दत्त्वा विधानेन तस्यां रात्रौ निमन्त्रयेत् । पौर्णमास्यां वटाधस्ताद्दंपतीनां चतुर्दश
Après avoir ainsi donné selon la règle, cette nuit-là—au jour de pleine lune—qu’on invite quatorze couples d’époux à se rassembler sous le banian.
Verse 97
ततः प्रभातसमये उषःकाल उपस्थिते । भक्ष्यभोज्यादिकं सर्वं सावित्रीस्थलमानयेत्
Ensuite, à l’aube, lorsque l’aurore est venue, qu’on apporte toutes les provisions—mets, aliments cuits et le reste—au lieu sacré de Sāvitrī.
Verse 98
पाकं कृत्वा तु शुचिना रक्षां कृत्वा प्रयत्नतः । ब्राह्मणान्गृहिणीयुक्तांस्तत आह्वानयेत्सुधीः
Après avoir cuisiné dans la pureté et accompli avec soin les rites de protection, le sage doit alors inviter les brāhmaṇas accompagnés de leurs épouses.
Verse 99
सावित्र्याः स्थलके तत्र कृत्वा पादाभिषेचनम् । सुस्नातान्ब्राह्मणांस्तत्र सभार्यानुपवेशयेत्
Là, au lieu sacré de Sāvitrī, après leur avoir lavé les pieds, qu’on fasse asseoir les brāhmaṇas bien baignés, avec leurs épouses.
Verse 100
सावित्र्याः पुरतो देवि दंपत्योर्भोजनं ददेत् । तेनाहं भोजितस्तत्र भवामीह न संशय
Ô Déesse, qu’on offre le repas au couple devant Sāvitrī. Par cela, moi-même je suis nourri en ce lieu—sans aucun doute.
Verse 101
द्वितीयं भोजयेद्यस्तु भोजितस्तेन केशवः । लक्ष्म्याः सहायो वरदो वरांस्तस्य प्रयच्छति
Celui qui nourrit un second couple, par lui Keśava est nourri ; le dispensateur de grâces, accompagné de Lakṣmī, lui accorde les bénédictions désirées.
Verse 102
सावित्र्या सहितो ब्रह्मा तृतीये भोजितो भवेत् । एकैकं भोजनं तत्र कोटिभोजसमं स्मृतम्
Au troisième repas offert, Brahmā, accompagné de Sāvitrī, est tenu pour nourri. Chaque offrande de nourriture, même unique, y est mémorisée comme équivalente à nourrir un koṭi (dix millions).
Verse 103
अष्टादशप्रकारेण षड्रसीकृतभोजनम् । देव्यास्तत्र महादेवि सावित्रीस्थलसन्निधौ
Là, ô Grande Déesse, auprès du lieu sacré de Sāvitrī, qu’on offre à la Déesse une nourriture préparée en dix-huit variétés, accomplie des six saveurs.
Verse 104
विधवा न कुले तस्य न वंध्या न च दुर्भगा । न कन्याजननी चापि न च स्याद्भर्तुरप्रिया । अष्टौ दोषास्तु नारीणां न भवंति कदाचन
Dans sa lignée, il n’y aura jamais de veuve, ni de femme stérile, ni d’être frappé par l’infortune; il n’y aura pas non plus de mère n’enfanter que des filles, ni de femme devenue déplaisante à son époux. En vérité, les huit défauts imputés aux femmes n’y apparaissent à aucun moment.
Verse 105
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सावित्र्यग्रे च भोजनम् । दातव्यं सर्वदा देवि कटुनीलविवर्जितम्
C’est pourquoi, ô Déesse, avec tout effort, qu’on offre toujours la nourriture devant Sāvitrī, exempte de mets âcres et exempte de « nīla » (ce qui est sombre/noirci ou interdit).
Verse 106
न चाम्लं न च वै क्षारं स्त्रीणां भोज्यं कदाचन । पंचप्रकारं मधुरं हृद्यं सर्वं सुसंस्कृतम्
Ni l’aigre ni les préparations alcalines, salées et caustiques ne doivent jamais être servies aux femmes. Qu’on donne plutôt cinq sortes de douceurs, agréables au cœur, toutes parfaitement apprêtées.
Verse 107
घृतपूर्णापूपकाश्च बहुक्षीरसमन्विताः । पूपकास्तादृशाः कार्या द्वितीयाऽशोकवर्तिका
Qu’on prépare des apūpa (gâteaux) remplis de ghee et faits avec une abondance de lait. Des gâteaux de cette même sorte doivent être confectionnés ; le second élément est l’aśoka-vartikā, une mèche ou rouleau d’offrande nommé « Aśoka ».
Verse 108
तृतीया पूपिका कार्या खर्जुरेण समन्विताः । चतुर्थश्चैव संयावो गुडाज्याभ्यां समन्वितः
Le troisième élément doit être des pūpikā (gâteaux sucrés) préparés avec des dattes. Le quatrième est le saṃyāva, confectionné avec du jaggery (sucre brut) et du ghee.
Verse 109
आह्लादकारिणी पुंसां स्त्रीणां चातीव वल्लभा । धनधान्यजनोपेतं नारीनरशताकुलम् । पूपकैस्तु कुलं तस्या जायते नात्र संशयः
De telles offrandes réjouissent les hommes et sont extrêmement chères aux femmes. Son foyer devient pourvu de richesses, de grains et de gens, rempli de centaines de femmes et d’hommes. Par le don de ces gâteaux, sa lignée prospère ; il n’y a là aucun doute.
Verse 110
न ज्वरो न च संतापो दुःखं च न वियोगजम् । अशोकवर्तिदानेन कुलानामेकविंशतिः
Il n’y a ni fièvre, ni brûlure d’affliction, ni chagrin né de la séparation. Par le don de l’aśoka-varti, vingt et une générations de la famille en reçoivent le bienfait.
Verse 111
वधूभिश्च सुतैश्चैव दासीदासैरनन्तकैः । पूरितं च कुलं तस्याः पूरिका या प्रयच्छति
Celle qui offre des pūrikā (pains ou gâteaux sucrés farcis), sa famille se trouve remplie de belles-filles et de fils, ainsi que d’innombrables servantes et serviteurs.
Verse 112
पुत्रिण्यो वै दुहितरो वधूभिः सहिताः कुले । शिखरिणीप्रदात्रीणां युवतीनां न संशयः
Les filles, assurément, auront des fils, et la lignée comptera des belles-filles avec elles ; nul doute au sujet des jeunes femmes qui offrent la śikhariṇī (douceur portant ce nom).
Verse 113
मोदते च कुलं सर्वं सर्वसिद्धिप्रपूरितम् । मोदकानां प्रदानेन एवमाह पितामहः
Et toute la famille se réjouit, comblée de toutes les réussites. Ainsi parla Pitāmaha (Brahmā) : tel est le fruit de l’offrande des modakas (boulettes sucrées).
Verse 114
एतच्च गौरिणीनां तु भोजनं हि विशिष्यते
Ceci, en vérité, est tenu pour la manière la plus excellente de nourrir les femmes de Gaurī (dévotes et épouses de bon augure).
Verse 115
सुभगा पुत्रिणी साध्वी धनऋद्धिसमन्विता । सहस्रभोजिनी देवि भवेज्जन्मनिजन्मनि
Ô Déesse, elle devient heureuse, comblée d’enfants, vertueuse, pourvue de richesse et de prospérité ; et elle devient celle qui nourrit des milliers, naissance après naissance.
Verse 116
पानानि चैव मुख्यानि हृद्यानि मधुराणि च । द्राक्षापानं तु चिंचायाः पानं गुडसमन्वितम्
Et les boissons principales doivent être agréables et douces : telle une boisson de raisin, et une boisson de tamarin (ciñcā) mêlée de jaggery (sucre brut).
Verse 117
सरसेन तु तोयेन कृतखण्डेन वै शुभम् । सुवासिनीनां पेयं वै दातव्यं च द्विजन्मनाम्
Avec de l’eau parfumée et du sucre finement raffiné—préparation de bon augure—qu’on offre cette boisson aux femmes mariées bénies, et qu’on la donne aussi aux dvija, les « deux-fois-nés ».
Verse 118
इतरैरितराण्येव वर्णयोग्यानि यानि च । सुरभीणि च पानानि तासु योग्यानि दापयेत्
Aux autres groupes, qu’on donne d’autres présents convenant à leur rang; de même, qu’on leur fasse offrir des boissons parfumées, appropriées à ces femmes.
Verse 119
प्रतिपूज्य विधानेन वस्त्रदानैः सकंचुकैः । कुङ्कुमेनानुलिप्तांगाः स्रग्दामभिरलंकृताः । गंधैर्धूपैश्च संपूज्य नालिकेरान्प्रदापयेत्
Après les avoir honorées selon le rite prescrit—en offrant des vêtements avec leurs corsages—en oignant leurs membres de kuṅkuma, en les parant de guirlandes et de chapelets de fleurs, et en les vénérant par parfums et encens, qu’on leur présente ensuite des noix de coco.
Verse 120
नेत्राणां चाञ्जनं कृत्वा सिन्दूरं चैव मस्तके । पूगीफलानि हृद्यानि वासितानि मृदूनि च । हस्ते दत्त्वा सपात्राणि प्रणिपत्य विसर्जयेत्
Après avoir appliqué l’añjana aux yeux et le sindūra sur la tête, qu’on place dans leurs mains des noix d’arec (pūgī) agréables—parfumées et tendres—avec des récipients; puis, en s’inclinant, qu’on les congédie avec respect.
Verse 121
स्वयं च भोजयेत्पश्चाद्बंधुभिर्बालकैः सह
Ensuite, qu’on prenne soi-même le repas, avec les parents et les enfants.
Verse 123
एवमेव पितॄणां च आगम्य स्वे च मन्दिरे । पिण्डप्रदानपूर्वं तु श्राद्धं कृत्वा विधानतः । पितरस्तस्य तुष्टा वै भवन्ति ब्रह्मणो दिनम्
De même, de retour dans sa propre demeure, qu’il accomplisse selon la règle le śrāddha pour les ancêtres, en commençant par l’offrande des piṇḍa. Ses aïeux demeurent satisfaits durant un « jour de Brahmā » tout entier.
Verse 124
तीर्थादष्टगुणं पुण्यं स्वगृहे ददतः शुभे । न च पश्यन्ति वै नीचाः श्राद्धं दत्तं द्विजातिभिः
Le mérite de donner avec bon augure dans sa propre maison est huit fois supérieur à (celui de donner) dans un tīrtha. Et les êtres d’esprit vil ne voient pas le śrāddha offert par les dvija, les « deux-fois-nés ».
Verse 125
एकान्ते तु गृहे गुप्ते पितॄणां श्राद्धमिष्यते । नीचं दृष्ट्वा हतं तत्तु पितॄणां नोपतिष्ठति
Le śrāddha destiné aux Pitṛs doit être accompli dans la maison, en un lieu retiré, privé et protégé. S’il est vu par des gens d’esprit vil, ce śrāddha est gâté et n’atteint pas les ancêtres.
Verse 126
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन श्राद्धं गुप्तं च कारयेत् । पितॄणां तृप्तिदं प्रोक्तं स्वयमेव स्वयंभुवा
C’est pourquoi, avec tous les efforts, il faut faire accomplir le śrāddha dans la discrétion. Cela, qui procure la satisfaction aux ancêtres, a été proclamé par Svayambhū (Brahmā) lui-même.
Verse 127
गौरीभोज्यादिका या तु उत्सर्गात्क्रियते क्रिया । राजसी सा समाख्याता जनानां कीर्तिदायिनी
Mais le rite accompli comme une démonstration publique—tels les festins et offrandes liés à Gaurī et autres—est dit « rājasic » ; il confère la renommée parmi les hommes.
Verse 128
इदं दानं सदा देयमात्मनो हित मिच्छता । श्राद्धे चैव विशेषेण यदीच्छेत्सात्त्विकं फलम्
Cette aumône doit être offerte en tout temps par celui qui recherche le vrai bien de soi—et tout particulièrement lors du śrāddha—s’il désire un fruit sāttvique (pur).
Verse 129
इदमुद्यापनं देवि सावित्र्यास्तु व्रतस्य च । सर्वपातकशुद्ध्यर्थं कार्यं देवि नरैः सदा । अकामतः कामतो वा पापं नश्यति तत्क्षणात्
Ô Devi, voici le rite de conclusion (udyāpana) du vœu de Sāvitrī. Pour la purification de toutes les fautes, il doit être accompli sans cesse par les hommes, ô Déesse. Qu’il soit fait sans désir ou avec désir, le péché est détruit à l’instant même.
Verse 130
इह लोके तु सौभाग्यं धनं धान्यं वराः स्त्रियः । भवंति विविधास्तेषां यैर्यात्रा तत्र वै कृता
En ce monde même, ils obtiennent la bonne fortune—richesses, grains et époux/épouses excellents sous des formes variées—ceux qui ont entrepris le pèlerinage en ce lieu.
Verse 131
इदं यात्राविधानं तु भक्त्या यः कुरुते नरः । शृणोति वा स पापैस्तु सर्वैरेव प्रमुच्यते
Celui qui accomplit ce rite de pèlerinage avec dévotion—ou même celui qui l’entend—est délivré de toutes les fautes.
Verse 132
ज्येष्ठस्य पूर्णिमायां तु सावित्रीस्थलके शुभे । प्रदक्षिणा यः कुरुते फलदानैर्यथाविधि
Au jour de pleine lune de Jyeṣṭha, au lieu auspicious de Sāvitrī, quiconque accomplit la pradakṣiṇā (circumambulation) en offrant des fruits en aumône selon le rite prescrit—
Verse 133
अष्टोत्तरशतं वापि तदर्धार्धं तदर्धकम् । यः करोति नरो देवि सृष्ट्वा तत्र प्रदक्षिणाम्
Ô Déesse, quiconque accomplit en ce lieu la pradakṣiṇā, cent huit circumambulations—ou la moitié, ou encore la moitié de la moitié—ayant ainsi achevé la circumambulation en ce saint endroit—
Verse 134
अगम्यागमनं यैश्च कृतं ज्ञानाच्च मानवैः । अन्यानि पातकान्येवं नश्यंते नात्र संशयः
Même les humains qui, en connaissance de cause, ont commis la faute d’approcher l’interdit, ainsi que d’autres transgressions semblables, voient leurs péchés détruits de cette manière; sans aucun doute.
Verse 135
यैर्गत्वा स्थलके संध्या सावित्र्याः समुपासिता । स्वपत्न्याश्चैव हस्तेन पांडुकूपजलेन च
Ceux qui se rendent en ce lieu et accomplissent l’adoration de la Sandhyā envers Sāvitrī, en utilisant de leurs propres mains l’eau puisée au puits Pāṇḍu-kūpa, avec leur épouse, ont véritablement accompli la Sandhyā prescrite en ce saint endroit.
Verse 136
भृंगारकनकेनैव मृन्मयेनाथ भामिनि । आनीय तु जलं पुण्यं संध्योपास्तिं करोति यः । तेन द्वादशवर्षाणि भवेत्संध्या ह्युपासिता
Ô belle dame, quiconque apporte l’eau sacrée—dans un récipient d’or ou dans un pot de terre—et accomplit l’adoration de la Sandhyā, par cet acte sa Sandhyā est tenue pour dûment observée durant douze années.
Verse 137
अश्वमेधफलं स्नाने दाने दशगुणं तथा । उपवासे त्वनंतं च कथायाः श्रवणे तथा
Par le bain (en ce lieu sacré) on obtient le fruit du sacrifice Aśvamedha; par le don, un mérite décuplé; par le jeûne, un mérite sans limite; et de même par l’écoute du récit sacré.
Verse 166
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभास खण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये सावित्रीव्रतविधिपूजनप्रकारोद्यापनादिकथनंनाम षट्षष्ट्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille ślokas—dans le septième livre, le Prabhāsa Khaṇḍa, dans la première section, le Prabhāsakṣetra Māhātmya, le cent soixante-sixième chapitre intitulé : «Récit de la procédure du vœu de Sāvitrī (Sāvitrī-vrata), de la méthode d’adoration, des rites de clôture (udyāpana) et des matières connexes».