Adhyaya 50
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 50

Adhyaya 50

Cet adhyāya s’ouvre sur Skanda qui énumère les formes solaires (Ādityas) présentes à Vārāṇasī et présente une manifestation particulière, Khakholka Āditya, louée comme celle qui dissipe les afflictions et apaise les souffrances. Le récit inscrit ensuite ce sanctuaire solaire local dans un épisode mythique plus ancien concernant Kadrū et Vinatā : un pari au sujet de l’apparence d’Uccaiḥśravas mène à la tromperie des fils-serpents de Kadrū et à la servitude de Vinatā. Garuḍa, peiné par l’état de sa mère, demande les conditions de sa délivrance et reçoit l’ordre d’obtenir l’amṛta (sudhā). Vinatā enseigne à Garuḍa le discernement moral, surtout la manière d’éviter de nuire à un brāhmaṇa pouvant se trouver parmi les niṣādas ; elle donne des signes concrets d’identification et avertit du péril éthique d’une violence injuste. L’acquisition de l’amṛta par Garuḍa est présentée comme un acte de devoir visant la libération maternelle, non comme une quête d’intérêt personnel. Le chapitre s’achève en replaçant le mythe à Kāśī : Śaṅkara et Bhāskara y sont décrits comme des présences gracieuses. La phalāśruti proclame que la seule vision de Khakholka au tīrtha nommé procure un prompt soulagement des maladies, l’accomplissement des buts, et la purification par l’écoute de ce récit.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । वाराणस्यां तथादित्या ये चान्ये तान्वदाम्यतः । कलशोद्भव ते प्रीत्या सर्वे सर्वाघनाशनाः

Skanda dit : À Vārāṇasī, les Āditya et les autres manifestations sacrées qui s’y trouvent, je vais maintenant les décrire. Ô Né du Vase (Agastya), pour te réjouir : tous sont destructeurs de tout péché.

Verse 2

खखोल्को नाम भगवानादित्य परिकीर्तितः । त्रिविष्टपोत्तरे भागे सर्वव्याधिविघातकृत्

Un Āditya bienheureux est célébré sous le nom de Khakholka. Dans la région septentrionale de Triviṣṭapa, il anéantit toutes les maladies.

Verse 3

यथा खखोल्क इत्याख्या तस्यादित्यस्य तच्छृणु । पुरा कद्रूश्च विनता दक्षस्य तनये शुभे

Écoute comment cet Āditya en vint à être connu sous le nom de «Khakholka». Jadis, les filles de Dakṣa, Kadrū et Vinatā, toutes deux de bon augure, entrent dans ce récit.

Verse 4

कश्यपस्य च ते पत्न्यौ मारीचेः प्राक्प्रजापतेः । क्रीडंत्यावेकदान्योन्यं मुने ते ऊचतुस्त्विति

Ces deux-là étaient les épouses de Kaśyapa, issu du Prajāpati Marīci. Un jour, tandis qu’elles jouaient ensemble, elles parlèrent ainsi au sage.

Verse 5

कद्रूरुवाच । विनते त्वं विजानासि यदि तद्ब्रूहि मेग्रतः । अखंडिता गतिस्तेस्ति यतो गगनमंडले

Kadrū dit : «Vinatā, si tu le sais vraiment, dis-le-moi sans détour. Ta course est sans rupture, car tu te meuves dans l’orbite du ciel».

Verse 6

योसावुच्चैःश्रवा वाजी श्रूयते सवितूरथे । किं रूपःसोस्ति शबलो धवलो वा वदाशु मे

«Ce cheval Uccaiḥśravā, dont on dit qu’il est sur le char de Savitṛ, quelle est son apparence ? Est-il tacheté ou bien blanc ? Dis-le-moi vite».

Verse 7

पणं च कुरु कल्याणि तुभ्यं यो रोचतेनघे । एवमेव न यात्येष कालक्रीडनकं विना

«Et fais un pari, ô bienheureuse, sans faute—ce qui te plaît. Car cette affaire n’avance pas par de simples paroles; elle ne progresse que par le jeu du Temps, la destinée en action.»

Verse 8

विनतोवाच । किं पणेन भगिन्यत्र कथयाम्येवमेव हि । त्वज्जये का च मे प्रीतिर्मज्जये किं नु ते सुखम्

Vinatā dit : «Sœur, à quoi bon un pari ici ? Je te le dirai simplement. Si tu l’emportes, quelle joie serait la mienne ? Si je l’emporte, quel bonheur serait le tien ?»

Verse 9

ज्ञात्वा पणो न कर्तव्यो मिथः स्नेहमभीप्सता । ध्रुवमेकस्य विजये क्रोधोन्स्येह जायते

Le sachant, celui qui désire une affection réciproque ne doit pas faire de paris ; car, assurément, quand l’un triomphe, la colère naît chez l’autre.

Verse 10

कद्रूरुवाच । क्रीडेयं नात्र भगिनि कारणं किमपि क्रुधः । खेलस्य व्यवहारोयं पणे यत्किंचिदुच्यते

Kadrū dit : «Sœur, ce n’est qu’un jeu ; il n’y a ici aucune raison de se fâcher. C’est seulement l’usage du divertissement, quand on prononce n’importe quoi comme pari.»

Verse 11

विनतोवाच । तथा कुरु यथा प्रीतिस्तवास्ति पवनाशिनि । अथ तां विनतामाह कद्रूः कुटिलमानसा

Vinatā dit : «Alors fais comme tu veux, afin que tu sois satisfaite, ô “mangeuse de vent” (la rapide).» Puis Kadrū, au dessein tortueux, s’adressa à Vinatā.

Verse 12

तस्यास्तु सा भवेद्दासी पराजीयेत या यया । अस्मिन्पणे इमाः सर्वाः सख्यः साक्षिण्य एव नौ

Que celle qui sera vaincue par l’autre devienne sa servante. Et dans ce pari, que toutes ces compagnes ici présentes soient témoins pour nous deux.

Verse 13

इत्यन्योन्यं पणीकृत्य सर्पिण्यपि पतत्त्रिणी । उवाच कर्बुरं कद्रूरश्वं श्वेतं गरुत्मती

Ainsi, après avoir conclu un pari l’une avec l’autre, Kadrū—mère des serpents—et Vinatā—mère de l’Être ailé (Garuḍa)—parlèrent du cheval : Kadrū le déclara sombre et tacheté, tandis que la mère de Garuḍa soutint qu’il était blanc.

Verse 14

कदागंतव्यमिति च चक्राते ते गमावधिम् । जग्मतुश्च विरम्याथ क्रीडनात्स्वस्वमालयम्

Elles fixèrent aussi la limite du temps, décidant quand elles devraient s’y rendre. Puis, cessant leur jeu, toutes deux retournèrent à leurs demeures respectives.

Verse 15

विनतायां गतायां तु कद्रूराहूय चांगजान् । उवाच यात वै पुत्रा द्रुतं वचनतो मम

Mais lorsque Vinatā fut partie, Kadrū convoqua ses fils et dit : «Allez, mes fils, vite, selon mon ordre».

Verse 16

तुरंगमुच्चैःश्रवसं प्रोद्भूतं क्षीरनीरधेः । सुरासुरैर्मथ्यमानान्मंदराघातसाध्वसात्

«Uccaiḥśravas, le coursier céleste, surgit de l’Océan de Lait lorsque dieux et asuras le barattaient, ébranlé par les coups et les secousses du mont Mandara».

Verse 17

कार्यकारणरूपस्य सादृश्यमधिगच्छति । अतस्तं क्षीरवर्णाभं कल्माषयत पुत्रकाः

«L’effet ressemble à sa cause par la forme ; ainsi, puisque ce cheval est blanc comme le lait, tachez-le de marques sombres, mes enfants.»

Verse 18

तस्य वालधिमध्यास्य कृष्णकुंतलतां गताः । तथा तदंगलोमानि विधत्तविषसीत्कृतैः

«Accrochez-vous au milieu de sa queue et devenez comme des mèches de cheveux noirs ; et de même, disposez les poils de son corps par votre sifflement venimeux.»

Verse 19

इति श्रुत्वा वचो मातुः काद्रवेयाः परस्परम् । संमंत्र्य मातरं प्रोचुः कद्रूं कद्रूपमागताः

«Ayant entendu les paroles de leur mère, les serpents Kādraveya se consultèrent entre eux ; puis, s’approchant de Kadrū, ils s’adressèrent à leur mère.»

Verse 20

नागा ऊचुः । मातर्वयं त्वदाह्वानाद्विहाय क्रीडनं बलात् । प्राप्ताः प्रहृष्टा मृष्टान्नं दास्यत्यद्य प्रसूरिति

Les Nāgas dirent : «Mère, à ton appel nous avons quitté de force nos jeux et sommes venus ici, tout joyeux, pensant : “Aujourd’hui, notre mère nous donnera sûrement une nourriture exquise.”»

Verse 21

मृष्टं तिष्ठतु तद्दूरं विषादप्यधिकं कटु । तत्त्वया वादियन्मंत्रैरौषधैर्नोपशाम्यति

«Que cette “nourriture exquise” demeure au loin : ce que tu proposes est plus amer que le poison ; même avec des mantras et des remèdes appliqués par toi, cela ne peut être apaisé.»

Verse 22

वयं न यामो यद्भाव्यं तदस्माकं भवत्विह । इति प्रोक्तं विषास्यैस्तैस्तदा कुटिलगामिभिः

Ainsi parlèrent ceux dont la bouche distille le venin et dont la marche est tortueuse : «Nous n’irons pas ; que ce qui est destiné nous advienne ici même».

Verse 23

स्कंद उवाच । अन्येपि ये कुटिलगाः पररंध्रनिषेविणः । अकर्णाः कूरहृदयाः पितरौ व्रीडयंति ते

Skanda dit : Même ceux qui vont par des voies tortueuses — qui épient les fautes d’autrui, refusent d’entendre et ont le cœur dur — jettent la honte sur leurs propres parents.

Verse 24

पित्रोर्गिरं निराकृत्य ये तिष्ठेयुः सुदुर्मदाः । अत्याहितमिह प्राप्य गच्छेयुस्तेऽचिराल्लयम्

Repoussant la parole du père et de la mère, ceux qui demeurent orgueilleux, ivres d’arrogance, subissent ici même un grand mal et, bientôt, vont à la perdition.

Verse 25

तेषां वचनमाकर्ण्य नयाम इति सोरगी । शशाप तान्क्रुधाविष्टा नागांश्चागः समागतान्

Entendant leurs paroles — «Nous l’emmènerons» — cette dame céleste, saisie de colère, les maudit, ainsi que les Nāgas rassemblés en ce lieu.

Verse 26

तार्क्ष्यस्य भक्ष्या भवत यूयं मद्वाक्यलंघनात् । जातमात्राश्च सर्पिण्यो भक्षयंतु स्वबालकान्

«Pour avoir foulé aux pieds ma parole, vous deviendrez la proie de Tārkṣya (Garuḍa). Et que les serpentes, dès qu’elles enfantent, dévorent leurs propres petits».

Verse 27

इति शापानलाद्भीतैः कैश्चित्पातालमाश्रितम् । जिजीविषुभिरन्यैश्च द्वित्रैश्चक्रे प्रसूवचः

Épouvantés par cette malédiction flamboyante comme le feu, certains se réfugièrent en Pātāla ; d’autres, désireux de survivre, ourdirent avec deux ou trois compagnons un dessein au sujet de l’enfantement.

Verse 28

ते पुच्छमौच्चैःश्रवसमधिगम्य महाधियः । सुनीलचिकुराभासं चक्रुरंगं च कर्बुरम्

Ces esprits pénétrants, parvenus à la queue d’Uccaiḥśravas, firent paraître leurs corps semblables à des cheveux d’un bleu sombre, et d’une teinte bigarrée.

Verse 29

तत्क्ष्वेडानल धूमौघैः फूत्कारभरनिःसृतैः । मातृवाक्कृतिजाद्धर्मान्न दग्धा भानुभानुभिः

De leur feu sifflant s’élevèrent des flots de fumée, chassés par de puissants souffles ; pourtant, grâce au dharma né de la parole maternelle, ils ne furent pas brûlés, pas même par les rayons éclatants du Soleil.

Verse 30

विनतापृष्ठमारुह्य कद्रूः स्नेहवशात्ततः । वियन्मार्गमलंकृत्य ददर्शोष्णांशुमंडलम्

Alors Kadrū, émue par l’affection, monta sur le dos de Vinatā ; et, parant la route du ciel, elle aperçut l’orbe du Soleil aux rayons brûlants.

Verse 31

तिग्मरश्मिप्रभावेण व्याकुलीभूतमानसा । कद्रुस्ततः खगीं प्राह विस्रब्धं विनते व्रज

L’esprit troublé par la puissance des rayons acérés du Soleil, Kadrū dit alors à la dame-oiseau : «Va sans crainte, ô Vinatā».

Verse 32

उष्णगोरुष्णगोभिर्मे ताप्यते नितरां तनुः । विस्रब्धाहं स्वभावेन त्वं सापेक्षाहि सर्वतः

Par ces rayons brûlants, mon corps est violemment consumé. Moi, de nature, je suis sans crainte ; mais toi, en toute chose, tu dépends des autres.

Verse 33

स्वरूपेण पतंगी त्वं पतंगोसौ सहस्रगुः । अतएव न ते बाधा गगने तापसंभवा

Par ta nature même, tu es une phalène femelle, et celui-là est le Soleil, qui se meut avec mille rayons. Ainsi, dans le ciel, la chaleur née de lui ne t’accable pas.

Verse 34

वियत्सरसि हंसोयं भवती हंसगामिनी । चंडरश्मिप्रतापाग्निस्त्वामतो नेह बाधते

Dans le lac du ciel, celui-ci est un cygne, et toi aussi tu te déplaces comme un cygne. Ainsi, ici, le feu brûlant de l’Être aux rayons farouches ne t’atteint pas.

Verse 35

खगीमुद्गीयमानां खे पुनरूचे बिलेशया । त्राहित्राहि भगिन्यत्र यावोन्यत्र वियत्पथः

Tandis que la femme-oiseau était emportée dans les hauteurs du ciel, l’habitante du repaire cria de nouveau : «Sauve-moi, sauve-moi, sœur ! Allons ailleurs, loin de ce chemin dans les cieux !»

Verse 36

विनते विनतां मां त्वं किं नावसि पतत्त्रिणी । तव दासी भविष्यामि त्वदुच्छिष्टनिषेविणी

Ô Vinatā, pourquoi ne me protèges-tu pas, moi qui suis courbée et suppliante, ô toi qui as des ailes ? Je deviendrai ta servante, vivant des restes de ta nourriture.

Verse 37

यावज्जीवमहं भूयां त्वत्पादोदकपायिनी । खखोल्कानि पतेदेषा भृशगद्गदभाषिणी

«Tant que je vivrai, puissé-je demeurer celle qui boit l’eau ayant lavé tes pieds.» Et elle, la voix étranglée par un violent tremblement, dans sa confusion, laissa échapper : «khakholkāni…».

Verse 38

मूर्च्छां गतवती पक्षपुटौ धृत्वा बिडोरगी । सख्युल्कानि पतेदेषा वक्तव्ये त्विति संभ्रमात्

La femme-serpent, tombée en syncope, fut gardée sous l’abri des ailes repliées (de Vinatā). Dans son trouble, voulant dire une chose, elle lâcha plutôt : «sakhyulkāni…».

Verse 39

खखोल्केति यदुक्ता गीः कद्र्वा संभ्रातचेतसा । तदा खखोल्कनामार्कः स्तुतो विनतया बहु

Parce que Kadrū, l’esprit égaré, avait prononcé le mot «khakholka», alors le Soleil—portant le nom de Khakholka—fut grandement loué par Vinatā.

Verse 40

मनागतिग्मतां प्राप्ते खे प्रयाति विवस्वति । ताभ्यां तुरंगमो दर्शि किंचित्किर्मीरवान्रथे

Lorsque le Soleil (Vivasvān), parvenu à une ardeur plus douce, chemina dans le ciel, le coursier du char leur apparut, d’une robe légèrement tachetée.

Verse 41

उक्ता विनतयैवैषा तापोपहतलोचना । क्रूरा सरीसृपी सत्यवादिन्या विश्वमान्यया

Ainsi, elle—la cruelle rampante—les yeux meurtris par la chaleur, fut-elle adressée par Vinatā elle-même, la véridique, honorée du monde entier.

Verse 42

कद्रु त्वया जितं भद्रे यत उच्चैःश्रवा हयः । चंद्ररश्मिप्रभोप्येष कल्माष इव भासते

«Ô Kadrū, tu as remporté la victoire, ô bien-aimée, car le cheval Uccaiḥśravā est véritablement à toi. Bien qu’il ait l’éclat des rayons de la lune, il paraît comme tacheté, assombri de couleur.»

Verse 43

विधिर्बलीयान्भुजगि चित्रं जयपराजये । क्रूरोपि विजयी क्वापि त्वक्रूरोपि पराजयी

«Ô jeune fille des serpents, le destin est plus puissant; victoire et défaite sont vraiment merveilleuses. Parfois même le cruel l’emporte, et parfois même le non-cruel est vaincu.»

Verse 44

विनताविनताधारा वदंतीति यथागतम् । कद्रूनिवेशनं प्राप्ता तस्या दास्यमचीकरत्

«Ainsi que la tradition le rapporte selon l’ordre, Vinatā, rabaissée, parvint à la demeure de Kadrū et accepta la servitude auprès d’elle.»

Verse 45

कदाचिद्विनतादर्शि सुपर्णनाश्रुलोचना । विच्छाया मलिना दीना दीर्घनिःश्वासवत्यपि

«Un jour, Suparṇa vit Vinatā, les yeux baignés de larmes, privée d’éclat, souillée, accablée, et poussant de longs soupirs pesants.»

Verse 46

सुपर्ण उवाच । प्रातःप्रातरहो मातः क्व यासि त्वं दिनेदिने । सायमायासि च कुतो विच्छाया दीनमानसा

«Suparṇa dit : “Mère, chaque matin —hélas, mère— où vas-tu jour après jour ? Et d’où reviens-tu le soir, privée d’éclat et l’âme accablée ?”»

Verse 47

कुतो निःश्वसिसि प्रोच्चैरश्रुपूर्ण विलोचना । यथा क्लीबसुता योषिद्यथापति तिरस्कृता

«Pourquoi pousses-tu de si profonds soupirs, les yeux pleins de larmes—telle une femme née d’un homme impuissant, telle une épouse méprisée par son mari ?»

Verse 48

ब्रूहि मातर्झटित्यद्य कुतो दूनासि पत्त्रिणि । मयि जीवति ते बाले कालेपि कृतसाध्वसे

«Dis-moi sur-le-champ, mère—aujourd’hui même—pourquoi tu es si accablée, ô toi qui as des ailes. Tant que je vis, même la Mort ne doit pas être pour toi une cause de crainte, ô douce dame.»

Verse 49

अश्रुनिर्माणकरणे कारणं किं तपस्विनि । सुचरित्रा सुनारीषु नामंगलमिहेष्यते

«Quelle est la cause qui fait naître ces larmes, ô toi qui pratiques l’austérité ? Aux femmes de bonne conduite, en ce monde, le malheur ne devrait pas advenir.»

Verse 50

धिक्तांश्च पुत्रान्यन्माता तेषु जीवत्सु दुःखभाक् । वरं वंध्यैव सा यस्याः सुता वंध्यमनोरथाः

«Honte à ces fils, si leur mère souffre alors qu’ils vivent encore ! Mieux vaudrait qu’elle fût sans enfant, celle dont les fils ont des desseins stériles et n’apportent aucun accomplissement.»

Verse 51

इत्यूर्जस्वलमाकर्ण्य वचः सूनोर्गरुत्मतः । विनता प्राह तं पुत्रं मातृभक्तिसमन्वितम्

Entendant ces paroles pleines de vigueur de son fils Garutmān, Vinatā s’adressa alors à ce fils, tout imprégné de dévotion filiale.

Verse 52

अहं दास्यस्मि रे बाल कद्र्वाश्च क्रूरचेतसः । पृष्ठे वहामि तां नित्यं तत्पुत्रानपि पुत्रक

Vinatā dit : «Mon enfant, je suis devenue la servante de Kadrū au cœur cruel. Chaque jour je la porte sur mon dos, et ses fils avec elle, ô fils bien-aimé.»

Verse 53

कदाचिन्मंदरं यामि कदाचिन्मलयाचलम् । कदाचिदंतरीपेषु चरेयं तदुदन्वताम्

«Tantôt je vais au mont Mandara, tantôt au mont Malaya. Parfois je chemine parmi les îles qui reposent au sein de ces océans.»

Verse 54

यत्रयत्र नयेयुस्ते काद्रवेयाः सुदुर्मदाः । व्रजेयं तत्रतत्राहं तदधीना यतः सुत

«Où que me conduisent les fils de Kadrū, enivrés d’orgueil, là je dois aller; car je suis sous leur pouvoir, mon fils.»

Verse 55

गरुड उवाच । दासीत्वकारणं मातः किं ते जातं सुलक्षणे । दक्षप्रजापतेः पुत्रि कश्यपस्यप्रियेऽनघे

Garuḍa dit : «Mère, quelle cause t’a fait tomber en servitude, ô toi aux heureux signes ? Ô fille du Prajāpati Dakṣa, aimée de Kaśyapa, ô irréprochable, que t’est-il arrivé ?»

Verse 56

विनतोवाच गरुडं पुरावृत्तमशेषतः । दासीत्वकारणं यद्वदादित्याश्वविलोकनम्

Alors Vinatā raconta à Garuḍa, sans rien omettre, tout ce qui s’était passé jadis : comment sa servitude avait pris naissance, à propos de l’affaire de la vision du cheval du Soleil, Uccaiḥśravas.

Verse 57

श्रुत्वेति गरुडः प्राह मातरं सत्वरं व्रज । पृच्छाद्य मातस्तान्दुष्टान्काद्रवेयानिदं वचः

Ayant entendu cela, Garuda dit à sa mère : « Va vite. Aujourd'hui, Mère, pose cette question à ces méchants Kadraveyas. »

Verse 58

यद्दुर्लभं हि भवतां यत्रात्यंतरुचिश्च वः । मद्दासीत्वविमोक्षाय तद्याचध्वं ददाम्यहम्

« Tout ce qui est difficile à obtenir pour vous, et tout ce que vous désirez le plus, demandez-le comme prix pour libérer ma mère de la servitude ; je le donnerai. »

Verse 59

तथाकरोच्च विनता तेपि श्रुत्वा तदीरितम् । सर्पाः संमंत्र्य तां प्रोचुर्विनतां हृष्टमानसाः

Vinata fit ainsi. Et ces serpents aussi, ayant entendu ce qui avait été transmis, se consultèrent et parlèrent ensuite à Vinata le cœur ravi.

Verse 60

मातृशापविमोक्षाय यदि दास्यति नः सुधाम् । तदा समीहितं तेस्तु न दास्यत्यथ दास्यसि

« Si, pour être délivrée de la malédiction de ta mère, il nous donne le nectar (amrita), alors que ton désir soit exaucé. Mais s'il ne le donne pas, tu resteras servante. »

Verse 61

इत्योंकृत्य समापृच्छ्य कद्रूं द्रुतगतिः खगी । गरुत्मंतं समाचष्ट दृष्ट्वा संहृष्टमानसम्

En disant « Om », et en prenant congé de Kadru, la mère-oiseau au mouvement rapide (Vinata) alla informer Garuda, le voyant le cœur joyeux.

Verse 62

नागांतकस्ततः प्राह मातरं चिंतयातुराम् । आनीतं विद्धि पीयूषं मातर्मे देहि भोजनम्

Alors Nāgāntaka (Garuḍa), s’adressant à sa mère tourmentée d’inquiétude, dit : «Sache que j’ai apporté l’amṛta, le nectar. Ô Mère, donne-moi de la nourriture.»

Verse 63

विनता प्राह तं पुत्रं संप्रहृष्टतनूरुहा । भोः सुपर्णार्णवं तूर्णं याहि मंगलमस्तु ते

Vinatā, le corps frémissant de joie, dit à son fils : «Ô Suparṇa (Garuḍa), va sans tarder vers l’océan. Que l’auspice soit sur toi.»

Verse 64

संति तत्रापि बहुशो निषादा मत्स्यघातिनः । वेलातटनिवासाश्च तान्भक्षय दुरात्मनः

«Là-bas aussi se trouvent maints Niṣādas, tueurs de poissons, demeurant sur le rivage; dévore ces êtres au cœur mauvais.»

Verse 65

परप्राणैर्निजप्राणान्ये पुष्णंतीह दुर्धियः । शासनीयाः प्रयत्नेन श्रेयस्तच्छासनं परम्

«Ceux qui, par sottise, nourrissent leur propre vie en ôtant celle d’autrui doivent être contenus avec effort; une telle discipline est le bien suprême.»

Verse 66

बहुहिंसाकृतां हिंसा भवेत्स्वर्गस्य साधनम् । विहिंसितेषु दुष्टेषु रक्ष्यते भूरिशो यतः

«La violence exercée contre ceux qui commettent de grandes violences peut devenir un moyen d’atteindre le ciel, car lorsque les méchants sont domptés, beaucoup sont ainsi protégés.»

Verse 67

निषादेष्वपि चेद्विप्रः कश्चिद्भवति पुत्रक । संरक्षणीयो यत्नेन भक्षणीयो न कर्हिचित्

Mais si, parmi les Niṣādas, se trouve quelque brāhmane, mon fils, qu’on le protège avec le plus grand soin : qu’il ne soit jamais dévoré, en aucun temps.

Verse 68

गरुड उवाच । मत्स्यादिनां वसन्मध्ये कथं ज्ञेयो द्विजो मया अभक्ष्यो यस्त्वया प्रोक्तस्तच्चिह्नं किं चनात्थ मे

Garuḍa dit : «Vivant au milieu des pêcheurs et des gens de ce genre, comment puis-je reconnaître un dvija ? Dis-moi un signe par lequel on puisse connaître celui que tu as déclaré “à ne pas manger”.»

Verse 69

विनतोवाच । यज्ञसूत्रं गले यस्य सोत्तरीयं सुनिर्मलम् । नित्यधौतानि वासांसि भालं तिलक लांछितम्

Vinatā dit : «Celui dont le cou porte le yajñopavīta, dont le vêtement supérieur est d’une pureté sans tache ; dont les habits sont lavés chaque jour, et dont le front est marqué d’un tilaka—»

Verse 70

सपवित्रौ करौ यस्य यन्नीवी कुशगर्भिणी । यन्मौलिः सशिखाग्रंथिः स ज्ञेयो ब्राह्मणस्त्वया

—celui dont les mains portent les anneaux purificateurs (pavitra), dont la ceinture renferme l’herbe kuśa, et dont la tête porte le chignon, la śikhā nouée : celui-là, tu dois le reconnaître comme brāhmane.»

Verse 71

उच्चरेदृग्यजुःसाम्नामृचमेकामपीह यः । गायत्रीमात्रमंत्रोपि स विज्ञेयो द्विजस्त्वया

Et celui qui récite ici ne fût-ce qu’une seule ṛc du Ṛg, du Yajus ou du Sāman—voire le seul mantra de la Gāyatrī—doit être compris par toi comme un dvija.

Verse 72

गरुड उवाच । मध्ये सदा निषादानां यो वसेज्जननि द्विजः । तस्यैतेष्वेकमप्येव न मन्ये लक्ष्मबोधकम्

Garuḍa dit : «Mère, si un dvija demeure toujours au milieu des Niṣādas, je ne pense pas qu’un seul de ces signes puisse le révéler avec sûreté.»

Verse 73

लक्ष्मांतरं समाचक्ष्व द्विजबोधकरं प्रसूः । येन विज्ञाय तं विप्रं त्यजेयमपि कंठगम्

«Mère, indique-moi un autre signe distinctif par lequel on reconnaît un brāhmaṇa ; l’ayant reconnu, je rejetterais même celui qui demeure dans ma gorge.»

Verse 74

तच्छ्रुत्वा विनता प्राह यस्ते कंठगतोंऽगज । खदिरांगारवद्दह्यात्तमपाकुरु दूरतः

À ces mots, Vinatā répondit : «Mon fils, quiconque est entré dans ta gorge brûlerait comme une braise de khadira ; rejette-le loin de toi.»

Verse 75

द्विजमात्रेपि या हिंसा सा हिंसा कुशलाय न । देशं वंशं श्रियं स्वं च निर्मूलयति कालतः

«Même la violence envers un seul brāhmaṇa n’est pas propice au bien ; avec le temps, elle déracine entièrement sa terre, sa lignée et sa prospérité.»

Verse 76

निशम्य काश्यपिरितिप्रसूपादौप्रणम्य च । गृहीताशीर्ययौ शीघ्रं खमार्गेण खगेश्वरः

Ayant entendu ainsi sa mère Kāśyapī, et s’étant incliné aux pieds de sa mère, le seigneur des oiseaux partit promptement par la voie du ciel, emportant ses bénédictions.

Verse 77

दूरादालोकयांचक्रे निषादान्मत्स्यजीविनः । पक्षौ विधूय पक्षींद्रो रजसापूर्य रोदसी

De loin, le Roi des Oiseaux aperçut les pêcheurs Nishadas. Secouant ses ailes, il remplit le ciel et la terre de poussière.

Verse 78

अंधीकृत्य दिशोभागानब्धिरोधस्युपाविशत् । व्यादाय वदनं घोरं महाकंदरसन्निभम्

Obscurcissant toutes les directions, il se posa sur le rivage, ouvrant sa gueule effroyable telle une vaste caverne.

Verse 79

कांदिशीका निषादास्तु विविशुस्तत्र च स्वयम् । मन्वानेष्वथ पंथानं तेषु कंठं विशत्स्वपि

Les Nishadas désemparés y entrèrent d'eux-mêmes, le prenant pour un chemin, et pénétrèrent ainsi dans sa gorge.

Verse 80

जज्वालेंगलसंस्पर्शो द्विजस्तत्कंठकंदलीम् । प्राक्प्रविष्टानथो तार्क्ष्यो निषादानौदरीं दरीम्

Le Brahmane, brûlant au contact, incendia le tunnel de la gorge. Pendant ce temps, Tarkshya avait déjà fait entrer les Nishadas dans la caverne de son ventre.

Verse 81

प्रवेश्य कंठतालुस्थं तं विज्ञाय द्विजस्फुटम् । भयादुदगिरत्तूर्णं मातृवाक्येन यंत्रितः

Réalisant clairement que le Brahmane était logé dans son palais, et retenu par les paroles de sa mère, il le vomit rapidement par peur.

Verse 82

तमुद्गीर्णं नरं दृष्ट्वा पक्षिराट्समभाषत । कस्त्वं जात्यासि निगद मम कंठविदाहकृत्

Voyant cet homme rejeté au dehors, le roi des oiseaux dit : «Qui es-tu par naissance ? Dis-le-moi, toi qui as causé la brûlure de ma gorge.»

Verse 83

स तदाहेति विप्रोहं पृष्टः सन्गरुडाग्रतः । वसाम्येषु निषादेषु जातिमात्रोपजीवकः

Interrogé là, devant Garuḍa, le brāhmane répondit : «Je demeure parmi les Niṣādas, ne vivant que de mon seul statut de naissance, sans autre vrai moyen d’existence.»

Verse 84

तं प्रेष्य गरुडो दूरं भक्षयित्वाथ भूरिशः । नभो विक्षोभयांचक्रे प्रलयानिल सन्निभः

L’ayant projeté au loin puis dévoré, le puissant Garuḍa—pareil au vent du pralaya—bouleversa violemment le ciel lui-même.

Verse 85

तं दृष्ट्वा तिग्मतेजस्कं ज्वालाततदिगंतरम् । ज्वलद्दावानलं शैलमिव बिभ्युर्दिवौकसः

Le voyant flamboyer d’un éclat tranchant, ses flammes s’étendant jusqu’aux confins de l’horizon, les habitants du ciel tremblèrent, comme s’ils voyaient une montagne ceinte d’un incendie de forêt déchaîné.

Verse 86

ते सन्नह्यंत युद्धाय सज्जीकृत बलायुधाः । अध्यास्य वाहनान्याशु सर्वे वर्मभृतः सुराः

Ils se préparèrent au combat, rendant prêtes leurs troupes et leurs armes ; et tous les dieux, revêtus d’armure, montèrent promptement sur leurs montures célestes.

Verse 87

तिर्यग्गतीरविर्नायं नायमग्निः सधूमवान् । क्षणप्रभाप्यसौ नैव को नः सम्मुख एत्यसौ

Ce n’est pas le soleil qui traverse le ciel, ni un feu chargé de fumée. Et pourtant ce n’est pas même un éclair d’un instant : qui donc s’avance droit vers nous ?

Verse 88

न दैत्येषु प्रभेदृक्स्यान्नाकृतिर्दानवेष्वियम् । महासाध्वसदः कोयमस्माकं हृत्प्रकंपनः

Ce n’est point une espèce connue parmi les Daityas, ni cette forme ne se trouve chez les Dānavas. Qui est donc celui-ci, semant une grande terreur et faisant trembler nos cœurs ?

Verse 89

यावत्संभावयंतीति नीतिज्ञा अपि निर्जराः । तावद्दुधाव स्वौ पक्षौ पक्षिराजो महाबलः

Tandis que les dieux immortels—bien qu’experts en prudence—cherchaient encore à discerner ce qui se passait, le puissant roi des oiseaux battit ses deux ailes.

Verse 90

निपेतुः पक्षवातेन सायुधाश्च सवाहनाः । न ज्ञायंते क्व संप्राप्ता वात्यया पार्णतार्णवत्

Sous le vent de ses ailes, ils tombèrent—armés et encore sur leurs montures. On ne sut même où ils furent projetés, tels des feuilles emportées par un tourbillon.

Verse 91

अथ तेषु प्रणष्टेषु बुद्ध्या विज्ञाय पक्षिराट् । कोशागारं सुधायाः स तत्रापश्यच्च रक्षिणः

Alors, lorsqu’ils furent dispersés, le roi des oiseaux, discernant par son intelligence, aperçut le trésor scellé de la sudhā (nectar) ; et là, il vit aussi ses gardiens.

Verse 92

शस्त्रास्त्रोद्यतपाणींस्तान्सुरानाधूय सर्वशः । ददर्श कर्तरीयंत्रममृतोपरिसंस्थितम्

Repoussant de toutes parts ces dieux aux mains levées, brandissant armes et traits, il aperçut le dispositif semblable à des ciseaux, établi au-dessus de l’amṛta, le nectar sacré.

Verse 93

मनःपवनवेगेन भ्रममाणं महारयम् । अपिस्पृशंतं मशकं यत्खंडयति कोटिशः

Il tourbillonnait avec la vitesse de l’esprit et du vent, mû par une force immense ; si redoutable qu’il pouvait réduire en millions de fragments même un moustique qui ne faisait que s’en approcher, sans le toucher.

Verse 94

उपोपविश्य पक्षींद्रस्तस्य यंत्रस्य निर्भयः । क्षणं विचारयामास किमत्र करवाण्यहो

Alors le roi des oiseaux, sans crainte, s’assit près de cet engin et réfléchit un instant : «Hélas ! que puis-je faire ici ?»

Verse 95

स्प्रष्टुं न लभ्यते चैतद्वात्या न प्रभवेदिह । क उपायोत्र कर्तव्यो वृथा जातो ममोद्यमः

«On ne peut même pas le toucher, et ici pas même un vent de tempête ne saurait l’emporter sur lui. Quel moyen faut-il donc employer en cette affaire ? Mon effort semble devenu vain.»

Verse 96

न बलं प्रभवेदत्र न किंचिदपि पौरुषम् । अहो प्रयत्नो देवानामेतत्पीयूषरक्षणे

«Ici, la force brute ne sert à rien, pas plus que la vaillance simplement humaine. Vraiment, prodigieux est l’effort des dieux pour garder ce pīyūṣa, ce nectar !»

Verse 97

यदि मे शंकरे भक्तिर्निर्द्वंद्वातीव निश्चला । तदा स देवदेवो मां वियुनक्तु महाऽधिया

Si ma dévotion à Śaṅkara est vraiment inébranlable, sans dualité ni trouble intérieur, que ce Dieu des dieux, dans sa grande sagesse, me mène au juste discernement et à la voie.

Verse 98

यद्यहं मातृभक्तोस्मि स्वामिनः शंकरादपि । तदा मे बुद्धिरत्रास्तु पीयूषहरणं क्षमा

Si je suis vraiment dévoué à ma mère—plus encore, par devoir, qu’à mon Seigneur Śaṅkara—qu’alors naisse en moi ici la juste intelligence, afin que l’enlèvement de l’amṛta, le nectar, soit possible.

Verse 99

आत्मार्थं नोद्यमश्चायं हृत्स्थो वेत्तीति विश्वगः । मातुर्दास्यविमोक्षाय यतेहममृतं प्रति

Cet effort n’est pas pour mon propre intérêt ; l’Omniprésent qui demeure au cœur le sait. Je tends vers l’amṛta seulement pour délivrer ma mère de la servitude.

Verse 100

जरितौ पितरौ यस्य बालापत्यश्च यः पुमान् । साध्वी भार्या च तत्पुष्ट्यै दोषोऽकृत्येपि तस्य न

Pour l’homme dont les parents sont âgés, dont les enfants sont encore petits, et qui a une épouse vertueuse : s’il agit même d’une manière qui serait autrement blâmable, afin de les nourrir et les soutenir, il n’encourt aucune faute.

Verse 110

ततः कैटभजित्प्राह वैनतेयं मुदान्वितः । वृतंवृतं महोदार देहिदेहि वरद्वयम्

Alors le vainqueur de Kaiṭabha (Viṣṇu), rempli de joie, dit à Vainateya (Garuḍa) : «Ô noble au grand cœur, choisis, choisis ; demande-moi deux grâces».

Verse 120

इत्युक्त्वा सहितो मात्रा वैनतेयो विनिर्ययौ । कुशासने च तैरुक्तो धृत्वा पीयूषभाजनम्

Ayant ainsi parlé, Vainateya sortit avec sa mère ; et, selon leur injonction, il posa le vase d’amṛta sur un siège d’herbe kuśa et le maintint là.

Verse 130

विश्वेशानुगृहीतानां विच्छिन्नाखिलकर्मणाम् । भवेत्काशीं प्रति मतिर्नेतरेषां कदाचन

Seuls ceux que Viśveśa, Seigneur de Kāśī, a comblés de sa grâce, et dont tous les karmas amassés ont été tranchés, développent une véritable inclination vers Kāśī ; chez les autres, jamais un tel retournement de l’esprit ne naît.

Verse 140

काश्यां प्रसन्नौ संजातौ देवौ शंकरभास्करौ । गरुडस्थापिताल्लिंगादाविरासीदुमापतिः

À Kāśī, les deux divinités—Śaṅkara et Bhāskara—furent comblées de joie ; et du liṅga établi par Garuḍa se manifesta Umāpati, le Seigneur d’Umā.

Verse 150

तस्य दर्शनमात्रेण सर्वपापैः प्रमुच्यते । काश्यां पैशंगिले तीर्थे खखोल्कस्य विलोकनात् । नरश्चिंतितमाप्नोति नीरोगो जायते क्षणात्

Par le seul fait de le voir, on est délivré de tous les péchés. À Kāśī, au tīrtha de Paiśaṃgila, en contemplant Khakholka, l’homme obtient l’objet désiré et devient sans maladie en un instant.

Verse 151

नरः श्रुत्वैतदाख्यानं खखोल्कादित्यसंभवम् । गरुडेशेन सहितं सर्वपापैः प्रमुच्यते

Celui qui entend ce récit sacré—au sujet de Khakholka, né en lien avec Āditya, avec Garuḍeśa—est délivré de tous les péchés.