Adhyaya 159
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 159

Adhyaya 159

Le chapitre s’ouvre lorsque Mārkaṇḍeya conduit le roi vers un tīrtha de la Narmadā, rare et hautement purificateur, nommé Narakeśvara, présenté comme un rempart contre l’effrayante image de la « porte de l’enfer ». Yudhiṣṭhira pose alors une question d’ordre moral : comment les êtres, après avoir goûté les fruits des actes propices et néfastes, reparaissent-ils avec des marques reconnaissables ? Mārkaṇḍeya répond par une classification structurée du karma : des fautes précises et des manquements éthiques correspondent à des infirmités corporelles, à des privations sociales ou à des naissances non humaines, formant un enseignement sur la causalité morale. L’exposé se tourne ensuite vers l’embryologie : formation du fœtus mois par mois, intégration des cinq éléments, apparition des facultés et des sens, décrites comme une physiologie théologique sous la gouvernance divine. La seconde moitié déploie une géographie eschatologique : la rivière Vaitaraṇī, au seuil de Yama, est redoutable, souillée et peuplée de créatures aquatiques violentes ; la souffrance s’intensifie pour ceux qui manquent de respect à la mère, au maître et au guru, nuisent aux dépendants, trompent dans les dons et les promesses, ou commettent des transgressions sexuelles et sociales. En remède, le texte prescrit le dāna de la « Vaitaraṇī-dhenū » : façonner et offrir une vache dûment parée selon le rite, avec mantras et circumambulation, afin que la rivière devienne « sukhavāhinī », aisée à traverser. Le chapitre s’achève par des indications calendaires, notamment la Kṛṣṇa Caturdaśī du mois d’Āśvayuja : bain dans la Narmadā, śrāddha, veille nocturne, tarpaṇa, don de lampes, repas offerts aux brāhmaṇas et culte de Śiva, promettant la délivrance du naraka et l’obtention d’états élevés après la mort, puis une renaissance humaine favorable.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महाराज तीर्थं परमपावनम् । नर्मदायां सुदुष्प्रापं सिद्धं ह्यनरकेश्वरम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô grand roi, qu’on se rende au tīrtha souverainement purificateur sur la Narmadā, difficile à obtenir, renommé comme le sanctuaire accompli d’Anarakeśvara.

Verse 2

तस्मिंस्तीर्थे नरः स्नात्वा पापकर्मापि भारत । न पश्यति महाघोरं नरकद्वारसंज्ञिकम्

Ô Bhārata, même un homme chargé d’actes pécheurs—après s’être baigné en ce gué sacré—ne voit pas le lieu extrêmement terrible nommé la «Porte de l’Enfer».

Verse 3

युधिष्ठिर उवाच । शुभाशुभफलैस्तात भुक्तभोगा नरास्त्विह । जायन्ते लक्षणैर्यैस्तु तानि मे वद सत्तम

Yudhiṣṭhira dit : Ô cher, les hommes ici—ayant goûté les fruits du bien et du mal—renaissent avec certains signes distinctifs. Ô le meilleur des vertueux, dis-moi quels sont ces signes.

Verse 4

यथा निर्गच्छते जीवस्त्यक्त्वा देहं न पश्यति । तथा गच्छन्पुनर्देहं पञ्चभूतसमन्वितः

De même que le jīva s’en va, abandonnant le corps et ne le percevant plus, de même aussi, poursuivant sa route, il va vers un autre corps, de nouveau muni des cinq éléments.

Verse 5

त्वगस्थिमांसमेदोऽसृक्केशस्नायुशतैः सह । विण्मूत्ररेतःसङ्घाते का संज्ञा जायते नृणाम्

Fait de peau, d’os, de chair, de graisse, de sang, de cheveux et de centaines de nerfs—et d’un amas d’excréments, d’urine et de semence—quelle « identité » véritable peut donc naître chez l’homme d’un tel composé ?

Verse 6

एवमुक्तः स मार्कण्डः कथयामास योगवित् । ध्यात्वा सनातनं सर्वं देवदेवं महेश्वरम्

Ainsi interpellé, Mārkaṇḍa—connaisseur du Yoga—se mit à parler, après avoir médité sur Maheśvara, le Dieu des dieux, le Seigneur éternel qui est le Tout.

Verse 7

मार्कण्डेय उवाच । शृणु पार्थ महाप्रश्नं कथयामि यथाश्रुतम् । सकाशाद्ब्रह्मणः पूर्वमृषिदेवसमागमे

Mārkaṇḍeya dit : Écoute, ô Pārtha, cette grande question. Je l’exposerai telle que je l’ai entendue jadis, de Brahmā lui-même, lors d’une assemblée de ṛṣis et de dieux.

Verse 8

गुरुरात्मवतां शास्ता राजा शास्ता दुरात्मनाम् । इह प्रच्छन्नपापानां शास्ता वैवस्वतो यमः

Pour les maîtres d’eux-mêmes, le guru est le correcteur ; pour les méchants, le roi est le correcteur. Mais pour ceux dont les fautes demeurent cachées en ce monde, Yama, fils de Vivasvān, devient le véritable châtieur.

Verse 9

अचीर्णप्रायश्चित्तानां यमलोके ह्यनेकधा । यातनाभिर्वियुक्तानामनेकां जीवसन्ततिम्

Dans le royaume de Yama, ceux qui n’ont pas accompli d’expiation subissent des châtiments de maintes sortes ; puis, délivrés de ces tourments, ils passent à travers de nombreux courants successifs de vies incarnées.

Verse 10

गत्वा मनुष्यभावे तु पापचिह्ना भवन्ति ते । तत्तेऽहं सम्प्रवक्ष्यामि शृणुष्वैकमना नृप

Lorsqu’ils reviennent à la condition humaine, ils portent des marques de péché. Ces marques, je vais te les exposer à présent ; écoute d’un esprit recueilli, ô roi.

Verse 11

सहित्वा यातनां सर्वां गत्वा वैवस्वतक्षयम् । विस्तीर्णयातना ये तु लोकमायान्ति चिह्निताः

Ayant enduré tous les tourments et atteint la demeure de Vaivasvata (Yama), ceux qui ont subi de longues peines reviennent au monde, marqués de signes apparents.

Verse 12

गद्गदोऽनृतवादी स्यान्मूकश्चैव गवानृते । ब्रह्महा जायते कुष्ठी श्यावदन्तस्तु मद्यपः

Celui qui profère le mensonge devient bègue ; et celui qui ment au sujet des vaches devient muet. Le meurtrier d’un brāhmaṇa naît lépreux ; et le buveur d’ivresses naît aux dents noircies.

Verse 13

कुनखी स्वर्णहरणाद्दुःश्चर्मा गुरुतल्पगः । संयोगी हीनयोनिः स्याद्दरिद्रोऽदत्तदानतः

Par le vol de l’or, on naît aux ongles difformes et malades ; celui qui profane le lit du maître est frappé d’une cruelle maladie de peau. Celui qui s’adonne aux unions interdites naît d’un sein avili ; et celui qui ne donne pas ce qui doit être donné devient pauvre.

Verse 14

ग्रामशूकरतां याति ह्ययाज्ययाजको नृप । खरो वै बहुयाजी स्याच्छ्वानिमन्त्रितभोजनात्

Ô roi, celui qui accomplit des sacrifices pour des personnes indignes d’en recevoir devient un porc de village. Et celui qui multiplie les sacrifices devient un âne pour avoir mangé une nourriture offerte lors d’un festin impur, dit « invitation du chien ».

Verse 15

अपरीक्षितभोजी स्याद्वानरो विजने वने । वितर्जकोऽथ मार्जारः खद्योतः कक्षदाहतः

Celui qui mange sans juste discernement devient un singe dans une forêt déserte. Celui qui outrage devient un chat ; et celui qui met le feu aux broussailles devient une luciole.

Verse 16

अविद्यां यः प्रयच्छेत बलीवर्दो भवेद्धि सः । अन्नं पर्युषितं विप्रे ददानः क्लीबतां व्रजेत्

Celui qui dispense l’ignorance devient, en vérité, un bœuf. Et, ô brāhmane, celui qui offre à un brāhmaṇa une nourriture rance tombe dans l’impuissance.

Verse 17

मात्सर्यादथ जात्यन्धो जन्मान्धः पुस्तकं हरन् । फलान्याहरतोऽपत्यं म्रियते नात्र संशयः

Par jalousie, on devient aveugle dès la naissance. Celui qui vole un livre naît aveugle. Et pour celui qui emporte des fruits, l’enfant meurt : là-dessus, nul doute.

Verse 18

मृतो वानरतां याति तन्मुक्तोऽथ गलाडवान् । अदत्त्वा भक्षयंस्तानि ह्यनपत्यो भवेन्नरः

Après la mort, il va à l’état de singe ; puis, délivré de là, il souffre d’un mal de gorge. Et l’homme qui mange ces fruits sans en donner part ni permission devient sans descendance.

Verse 19

हरन्वस्त्रं भवेद्गोधा गरदः पवनाशनः । प्रव्राजी गमनाद्राजन् भवेन्मरुपिशाचकः

Celui qui vole des vêtements devient un varan. L’empoisonneur devient un être qui se nourrit du vent. Et, ô roi, celui qui renonce à la vie de renoncement et erre sans droiture devient un démon du désert.

Verse 20

वातको जलहर्ता च धान्यहर्ता च मूषकः । अप्राप्तयौवनां गच्छन् भवेत्सर्प इति श्रुतिः

Ainsi l’enseigne la tradition sacrée : le colporteur de paroles et le voleur d’eau sont frappés de troubles du vent. Le voleur de grain renaît en souris. Et celui qui s’approche d’une jeune fille avant la puberté devient serpent.

Verse 21

गुरुदाराभिलाषी च कृकलासो भवेच्चिरम् । जलप्रस्रवणं यस्तु भिन्द्यान्मत्स्यो भवेन्नरः

Celui qui convoite l’épouse du guru devient longtemps un lézard. Et l’homme qui brise un conduit, une issue d’eau, renaît en poisson.

Verse 22

अविक्रेयान् विक्रयन् वै विकटाक्षो भवेन्नरः । अयोनिगो वृको हि स्यादुलूकः क्रयवञ्चनात्

Celui qui vend ce qui ne doit pas être vendu devient un homme aux yeux difformes. Celui qui s’unit aux femmes hors du dharma devient loup ; et celui qui trompe dans l’achat et la vente devient hibou.

Verse 23

मृतस्यैकादशाहे तु भुञ्जानः श्वोपजायते । प्रतिश्रुत्य द्विजायार्थमददन्मधुको भवेत्

Celui qui mange durant les onze jours de deuil après un décès renaît chien. Et celui qui, ayant promis un don à un « deux-fois-né » pour une œuvre pieuse, ne le donne pas, devient abeille.

Verse 24

राज्ञीगमाद्भवेद्दुष्टतस्करो विड्वराहकः । परिवादी द्विजातीनां लभते काच्छपीं तनुम्

Par l’approche illicite de l’épouse du roi, on devient un voleur pervers et l’on renaît en sanglier se nourrissant d’immondices. Le calomniateur des deux-fois-nés obtient le corps d’une tortue.

Verse 25

व्रजेद्देवलको राजन्योनिं चाण्डालसंज्ञिताम् । दुर्भगः फलविक्रेता वृश्चिको वृषलीपतिः

Le serviteur du temple qui vit d’un service indigne tombe, ô roi, dans un sein de lignée royale marqué du nom de Caṇḍāla. Le marchand de fruits devient malheureux ; et celui qui prend pour épouse une femme de basse naissance renaît scorpion.

Verse 26

मार्जारोऽग्निं पदा स्पृष्ट्वा रोगवान्परमांसभुक् । सोदर्यागमनात्षण्ढो दुर्गन्धश्च सुगन्धहृत्

Celui qui touche le feu du pied renaît chat, malade et mangeur de chair. De l’approche de sa propre sœur vient la naissance en eunuque ; et celui qui dérobe les parfums devient nauséabond.

Verse 27

ग्रामभट्टो दिवाकीर्तिर्दैवज्ञो गर्दभो भवेत् । कुपण्डितः स्यान्मार्जारो भषणो व्यास एव च

Le flatteur du village, l’homme célèbre seulement de jour et l’astrologue renaissent âne. Le faux savant devient chat ; et le simple bavard —fût-il celui qui se nomme «Vyāsa»— subit pareil destin.

Verse 28

स एव दृश्यते राजन्प्रकाशात्परमर्मणाम् । यद्वा तद्वापि पारक्यं स्वल्पं वा यदि वा बहु

Ces mêmes marques se voient, ô roi, lorsque sont dévoilés les secrets les plus intimes : qu’il s’agisse d’autrui (personne ou biens), que ce soit peu ou beaucoup.

Verse 29

कृत्वा वै योनिमाप्नोति तैरश्चीं नात्र संशयः । एवमादीनि चान्यानि चिह्नानि नृपसत्तम

Ayant agi ainsi, on obtient assurément une naissance animale : là-dessus, point de doute. Bien d’autres marques semblables existent encore, ô meilleur des rois.

Verse 30

स्वकर्मविहितान्येव दृश्यन्ते यैस्तु मानवाः । ततो जन्म ततो मृत्युः सर्वजन्तुषु भारत

On voit les hommes porter précisément les conditions prescrites par leurs propres actes. De là viennent la naissance, et de là la mort parmi tous les êtres, ô Bhārata.

Verse 31

जायते नात्र सन्देहः समीभूते शुभाशुभे । स्त्रीपुंसोः सम्प्रयोगेण विषुद्धे शुक्रशोणिते

Il n’y a nul doute : la naissance advient lorsque le mérite et le démérite arrivent à maturité ; par l’union de la femme et de l’homme, lorsque le sperme et le sang sont purifiés.

Verse 32

पञ्चभूतसमोपेतः सषष्ठः परमेश्वरः । इन्द्रियाणि मनः प्राणा ज्ञानमायुः सुखं धृतिः

Pourvu des cinq grands éléments, et en tant que Seigneur suprême —le « sixième » au-delà d’eux—, Il façonne dans l’être incarné les sens, le mental, les souffles vitaux, la connaissance, la durée de vie, la félicité et la constance.

Verse 33

धारणं प्रेरणं दुःखमिच्छाहङ्कार एव च । प्रयत्न आकृतिर्वर्णः स्वरद्वेषौ भवाभवौ

Il fait aussi advenir le maintien et l’impulsion, la douleur, le désir et le sentiment d’ego ; l’effort, la forme du corps et le teint ; l’attachement et l’aversion propres, ainsi que les états de devenir et de non-devenir.

Verse 34

तस्येदमात्मनः सर्वमनादेरादिमिच्छतः । प्रथमे मासि स क्लेदभूतो धातुविमूर्छितः

Tout cela appartient à ce Soi : bien que sans commencement, Il veut un commencement. Au premier mois, l’embryon devient une masse humide, les constituants du corps étant encore indistincts et sans forme.

Verse 35

मास्यर्बुदं द्वितीये तु तृतीये चेन्द्रियैर्युतः । आकाशाल्लाघवं सौक्ष्म्यं शब्दं श्रोत्रबलादिकम् । वायोस्तु स्पर्शनं चेष्टां दहनं रौक्ष्यमेव च

Au deuxième mois, il devient une masse enflée ; au troisième, il est pourvu des sens. De l’ākāśa (l’espace) naissent la légèreté, la subtilité, le son et la force de l’ouïe et autres ; et du vāyu (le vent) naissent le toucher, le mouvement et la sécheresse comme caractère.

Verse 36

पित्तात्तु दर्शनं पक्तिमौष्ण्यं रूपं प्रकाशनम् । सलिलाद्रसनां शैत्यं स्नेहं क्लेदं समार्दवम्

Du pitta, principe de feu, naissent la vue, la digestion, la chaleur, la forme et l’illumination ; et du salila (l’eau) naissent le goût, la fraîcheur, l’onctuosité, l’humidité et la douceur.

Verse 37

भूमेर्गन्धं तथा घ्राणं गौरवं मूर्तिमेव च । आत्मा गृह्णात्यजः पूर्वं तृतीये स्पन्दते च सः

De la bhūmi (terre) viennent l’odeur et la faculté d’odorat, la pesanteur et la forme solide. Le Soi non-né (Ātman) les reçoit d’abord, et au troisième mois il commence aussi à palpiter et à s’ébranler.

Verse 38

दौर्हृदस्याप्रदानेन गर्भो दोषमवाप्नुयात् । वैरूप्यं मरणं वापि तस्मात्कार्यं प्रियं स्त्रियाः

Si l’élan du cœur (dauḥṛda) de la femme enceinte n’est pas satisfait, le fœtus peut subir un tort — difformité, voire mort. C’est pourquoi il faut offrir à la femme ce qui lui est cher et salutaire.

Verse 39

स्थैर्यं चतुर्थे त्वङ्गानां पञ्चमे शोणितोद्भवः । षष्ठे बलं च वर्णश्च नखरोम्णां च सम्भवः

Au quatrième mois, les membres prennent stabilité ; au cinquième, le sang apparaît. Au sixième se manifestent la force et le teint, et naissent aussi les ongles et les cheveux.

Verse 40

मनसा चेतनायुक्तो नखरोमशतावृतः । सप्तमे चाष्टमे चैव त्वचावान् स्मृतिवानपि

Doué d’esprit et de conscience, couvert de centaines d’ongles et de poils, au septième et au huitième mois il se revêt de peau — et même de mémoire.

Verse 41

पुनर्गर्भं पुनर्धात्रीमेनस्तस्य प्रधावति । अष्टमे मास्यतो गर्भो जातः प्राणैर्वियुज्यते

Sans cesse, le péché se rue vers le fœtus et même vers la mère qui le porte. Ainsi, si l’enfant naît au huitième mois, il se trouve séparé des souffles vitaux (et ne subsiste pas).

Verse 42

नवमे दशमे वापि प्रबलैः सूतिमारुतैः । निर्गच्छते बाण इव यन्त्रच्छिद्रेण सज्वरः

Au neuvième, voire au dixième mois, poussé par les puissants vents de l’enfantement, l’enfant sort — tel une flèche passant par l’ouverture d’un mécanisme — souvent avec une détresse fiévreuse.

Verse 43

शरीरावयवैर्युक्तो ह्यङ्गप्रत्यङ्गसंयुतः । अष्टोत्तरं मर्मशतं तत्रास्था तु शतत्रयम्

Pourvu de parties du corps — membres et sous-membres — le corps humain renferme cent huit points vitaux (marmas) ; et l’on dit qu’il compte trois cents os.

Verse 44

सप्त शिरःकपालानि विहितानि स्वयम्भुवा । तिस्रः कोट्योऽर्धकोटी च रोम्णामङ्गेषु भारत

Le Né-de-Lui-même (le Créateur) a ordonné sept plaques du crâne ; et sur les membres, ô Bhārata, il y a trois crores et un demi-crore de poils.

Verse 45

द्वासप्ततिसहस्राणि हृदयादभिनिसृताः । हितानाम हि ता नाड्यस्तासां मध्ये शशिप्रभा

Soixante-douze mille (canaux) jaillissent du cœur. On les nomme en vérité les nāḍīs « hitā » ; et parmi elles se trouve l’une, rayonnante comme la lune.

Verse 46

एवं प्रवर्तते चक्रं भूतग्रामे चतुर्विधे । उत्पत्तिश्च विनाशश्च भवतः सर्वदेहिनाम्

Ainsi tourne la roue au sein de l’agrégat quadruple des êtres : pour tous les incarnés adviennent à la fois la naissance et la disparition.

Verse 47

गतिरूर्ध्वा च धर्मेण ह्यधर्मेण त्वधोगतिः । जायते सर्ववर्णानां स्वधर्मचलनान्नृप

Par le dharma, la marche est ascendante ; mais par l’adharma, elle est descendante. Pour tous les ordres, ô Roi, de tels destins naissent de l’écart au devoir propre.

Verse 48

देवत्वे मानवत्वे च दानभोगादिकाः क्रियाः । दृश्यन्ते या महाराज तत्सर्वं कर्मजं फलम्

Qu’il s’agisse de la condition divine ou de la vie humaine, les actes que l’on voit — don, jouissance et autres — ô grand Roi, tout cela est le fruit né du karma.

Verse 49

स्वकर्म विहिते घोरे कामक्सोधार्जिते शुभे । निमज्जेन्नरके घोरे यस्योत्तारो न विद्यते

Quand ses propres actes deviennent terribles — bien qu’ils paraissent « bons », mais acquis par le désir et la colère — l’homme s’enfonce dans un enfer effroyable, d’où nul salut ne le relève.

Verse 50

उत्तारणाय जन्तूनां नर्मदातटसंस्थितम् । एवमेतन्महातीर्थं नरकेश्वरमुत्तमम्

Pour la délivrance des êtres vivants, voici le gué sacré établi sur la rive de la Narmadā. Ainsi ce Mahātīrtha suprême, Narakeśvara, est proclamé le meilleur.

Verse 51

नरकापहं महापुण्यं महापातकनाशनम् । तत्तीर्थं सर्वतीर्थानामुत्तमं भुवि दुर्लभम्

Ce tīrtha écarte l’enfer, confère un grand mérite et détruit les fautes les plus lourdes. Ce gué sacré est le premier de tous les tīrthas, rare sur la terre.

Verse 52

तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेत महेश्वरम् । महापातकयुक्तोऽपि नरकं नैव पश्यति

Quiconque se baigne en ce tīrtha et vénère Maheśvara—fût-il chargé de grands péchés—ne voit pas l’enfer.

Verse 53

तत्र तीर्थे तु यो दद्याद्धेनुं वैतरणीं शुभाम् । स मुच्यते सुखेनैव वैतरण्यां न संशयः

Quiconque, en ce tīrtha, offre en don une ‘vache Vaitaraṇī’ de bon augure est délivré aisément; quant à la Vaitaraṇī, il n’y a nul doute.

Verse 54

युधिष्ठिर उवाच । यमद्वारे महाघोरे या सा वैतरणी नदी । किंरूपा किंप्रमाणा सा कथं सा वहति द्विज

Yudhiṣṭhira dit : «À la terrible porte de Yama, cette rivière nommée Vaitaraṇī—quelle est sa forme, quelle est son étendue, et comment coule-t-elle, ô brāhmaṇa ?»

Verse 55

कथं तस्याः प्रमुच्यन्ते केषां वासस्तु संततम् । केषां तु सानुकूला सा ह्येतद्विस्तरतो वद

«Comment les êtres s’en délivrent-ils ? Pour qui y a-t-il demeure constante ? Et à qui est-elle favorable ? Dis-le-moi en détail.»

Verse 56

श्रीमार्कण्डेय उवाच । धर्मपुत्र महाबाहो शृणु सर्वं मयोदितम् । या सा वैतरणी नाम यमद्वारे महासरित्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ô fils du Dharma, aux bras puissants, écoute tout ce que je vais dire. Le grand fleuve à la porte de Yama se nomme Vaitaraṇī.»

Verse 57

अगाधा पाररहिता दृष्टमात्रा भयावहा । पूयशोणिततोया सा मांसकर्दमनिर्मिता

Elle est insondable, sans rive d’au-delà, et terrifiante à la seule vue ; ses eaux sont pus et sang, et elle est faite d’une boue de chair.

Verse 58

तत्तोयं भ्रमते तूर्णं तापीमध्ये घृतं यथा । कृमिभिः सङ्कुलं पूयं वज्रतुण्डैरयोमुखैः

Ce liquide tourbillonne avec vitesse, tel le ghee au cœur d’une chaleur ardente ; le pus y est rempli de vers, aux bouches de fer, aux becs pareils à la foudre.

Verse 59

शिशुमारैश्च मकरैर्वज्रकर्तरिसंयुतैः । अन्यैश्च जलजीवैः सा सुहिंस्रैर्मर्मभेदिभिः

Elle est remplie de śiśumāra et de makara munis de lames tranchantes comme la foudre, et d’autres êtres aquatiques, d’une violence farouche, perçant les points vitaux.

Verse 60

तपन्ति द्वादशादित्याः प्रलयान्त इवोल्बणाः । पतन्ति तत्र वै मर्त्याः क्रन्दन्तो भृशदारुणम्

Là flambent les douze Āditya, farouches comme à la fin du pralaya ; là tombent les mortels, gémissant dans une agonie d’une effroyable intensité.

Verse 61

हा भ्रातः पुत्र हा मातः प्रलपन्ति मुहुर्मुहुः । असिपत्त्रवने घोरे पतन्तं योऽभिरक्षति

«Hélas, frère ! Hélas, fils ! Hélas, mère !»—ils se lamentent sans cesse. Dans l’effroyable forêt aux feuilles-épées, celui qui protège celui qui tombe…

Verse 62

प्रतरन्ति निमज्जन्ति ग्लानिं गच्छन्ति जन्तवः । चतुर्विधैः प्राणिगणैर्द्रष्टव्या सा महानदी

Les êtres traversent, s’immergent et tombent dans l’épuisement ; pourtant, ce grand fleuve doit être contemplé par les quatre sortes de cohortes des vivants.

Verse 63

तरन्ति तस्यां सद्दानैरन्यथा तु पतन्ति ते । मातरं ये न मन्यन्ते ह्याचार्यं गुरुमेव च

En elle, ils traversent grâce au vrai dāna, la charité juste ; autrement, ils chutent. Ceux qui n’honorent pas leur mère—et de même leur maître, leur propre guru—ne trouvent point de passage sûr.

Verse 64

अवजानन्ति मूढा ये तेषां वासस्तु संततम् । पतिव्रतां साधुशीलामूढां धर्मेषु निश्चलाम्

Les insensés qui la méprisent—ceux-là obtiennent une demeure sans cesse (dans la souffrance). (Ils méprisent) l’épouse vouée à son vœu, de conduite sainte, ferme et inébranlable dans le dharma.

Verse 65

परित्यजन्ति ये पापाः संततं तु वसन्ति ते । विश्वासप्रतिपन्नानां स्वामिमित्रतपस्विनाम्

Les pécheurs qui les abandonnent et les trahissent—ceux-là demeurent là, dans le châtiment, sans relâche : ceux qui avaient mis leur confiance en eux—maîtres, amis et ascètes.

Verse 66

स्त्रीबालवृद्धदीनानां छिद्रमन्वेषयन्ति ये । पच्यन्ते तत्र मध्ये वै क्रन्दमानाः सुपापिनः

Ceux qui cherchent la « faute » chez les femmes, les enfants, les vieillards et les démunis—ces grands pécheurs y sont cuits au milieu des tourments, gémissant à haute voix.

Verse 67

श्रान्तं बुभुक्षितं विप्रं यो विघ्नयति दुर्मतिः । कृमिभिर्भक्ष्यते तत्र यावत्कल्पशतत्रयम्

L’homme au mauvais esprit qui entrave un brāhmaṇa fatigué et affamé est dévoré là par des vers durant trois cents kalpas.

Verse 68

ब्राह्मणाय प्रतिश्रुत्य यो दानं न प्रयच्छति । आहूय नास्ति यो ब्रूते तस्य वासस्तु संततम्

Celui qui, après avoir promis une dāna à un brāhmaṇa, ne la donne pas, et celui qui, après avoir appelé quelqu’un, dit : « il n’y a rien (pour toi) »—pour lui, la demeure dans le châtiment est sans fin.

Verse 69

अग्निदो गरदश्चैव राजगामी च पैशुनी । कथाभङ्गकरश्चैव कूटसाक्षी च मद्यपः

L’incendiaire, l’empoisonneur, celui qui s’en va vers la demeure du roi avec une intention malveillante (ou la viole), le calomniateur ; le briseur de serments, le faux témoin et l’ivrogne—tels sont les coupables voués à la condamnation.

Verse 70

वज्रविध्वंसकश्चैव स्वयंदत्तापहारकः । सुक्षेत्रसेतुभेदी च परदारप्रधर्षकः

Celui qui détruit les bornes sacrées, celui qui reprend ce qu’il a lui-même donné, celui qui brise les digues des bons champs, et celui qui outrage l’épouse d’autrui—tels sont des coupables condamnés.

Verse 71

ब्राह्मणो रसविक्रेता वृषलीपतिरेव च । गोकुलस्य तृषार्तस्य पालीभेदं करोति यः

Un brāhmaṇa qui vend le rasa (boissons enivrantes), celui qui prend pour épouse une femme śūdra, et celui qui brise l’enclos ou la digue d’un troupeau de vaches tourmenté par la soif—de tels actes sont réprouvés.

Verse 72

कन्याभिदूषकश्चैव दानं दत्त्वा तु तापकः । शूद्रस्तु कपिलापानी ब्राह्मणो मांसभोजनी

Même celui qui a souillé la chasteté d’une jeune fille, et celui qui a causé tourment—après avoir offert le dāna prescrit—trouve apaisement. De même, le śūdra adonné à la liqueur kapilā et le brāhmaṇa vivant de chair: par ce dāna ils sont purifiés.

Verse 73

एते वसन्ति सततं मा विचारं कृथा नृप । सानुकूला भवेद्येन तच्छृणुष्व नराधिप

Ils y demeurent sans cesse—n’en doute point, ô roi. Écoute maintenant, ô seigneur des hommes, ce par quoi ce gué (ce passage) devient pour toi propice et bienveillant.

Verse 74

अयने विषुवे चैव व्यतीपाते दिनक्षये । अन्येषु पुण्यकालेषु दीयते दानमुत्तमम्

Aux ayana (solstices), aux viṣuva (équinoxes), au Vyatīpāta, à la fin du jour, et en d’autres moments fastes—alors doit être offert le dāna le plus excellent.

Verse 75

कृष्णां वा पाटलां वापि कुर्याद्वैतरणीं शुभाम् । स्वर्णशृङ्गीं रूप्यखुरां कांस्यपात्रस्य दोहिनीम्

Qu’on façonne une vache propice, dite « Vaitaraṇī », noire ou fauve, aux cornes d’or et aux sabots d’argent, destinée à être trait dans un vase de bronze.

Verse 76

कृष्णवस्त्रयुगाच्छन्नां सप्तधान्यसमन्विताम् । कुर्यात्सद्रोणशिखर आसीनां ताम्रभाजने

Recouverte d’une paire de vêtements noirs et accompagnée des sept grains, qu’on la dispose avec un monticule pour « sommet », assise sur un vase de cuivre.

Verse 77

यमं हैमं प्रकुर्वीत लोहदण्डसमन्वितम् । इक्षुदण्डमयं बद्ध्वा ह्युडुपं पट्टबन्धनैः

Qu’on prépare une effigie d’or de Yama, munie d’un bâton de fer ; puis, avec des tiges de canne à sucre, qu’on lie une petite barque (radeau) au moyen de sangles de tissu.

Verse 78

उडुपोपरि तां धेनुं सूर्यदेहसमुद्भवाम् । कृत्वा प्रकल्पयेद्विद्वाञ्छत्त्रोपानद्युगान्विताम्

Sur ce radeau, le savant placera la vache, rayonnante comme née du corps du Soleil, et l’équipera selon le rite d’un parasol et d’une paire de sandales.

Verse 79

अङ्गुलीयकवासांसि ब्राह्मणाय निवेदयेत् । इममुच्चारयेन्मन्त्रं संगृह्यास्याश्च पुच्छकम्

Qu’on présente à un brāhmane une bague et des vêtements ; puis, tenant la queue de la vache, qu’on récite ce mantra.

Verse 80

ॐ यमद्वारे महाघोरे या सा वैतरणी नदी । तर्तुकामो ददाम्येनां तुभ्यं वैतरणि नमः । इत्यधिवासनमन्त्रः

Om. «À la porte de Yama, redoutable en vérité, se trouve la rivière Vaitaraṇī. Désirant la traverser, je t’offre ceci. Ô Vaitaraṇī, salutations à toi.» —Tel est le mantra de consécration (adhivāsana).

Verse 81

गावो मे चाग्रतः सन्तु गावो मे सन्तु पृष्ठतः । गावो मे हृदये सन्तु गवां मध्ये वसाम्यहम्

Que les vaches soient devant moi ; que les vaches soient derrière moi. Que les vaches demeurent dans mon cœur ; et que je demeure au milieu des vaches.

Verse 82

ॐ विष्णुरूप द्विजश्रेष्ठ भूदेव पङ्क्तिपावन । सदक्षिणा मया दत्ता तुभ्यं वैतरणि नमः । इति दानमन्त्रः

Om ! Ô toi qui es la forme même de Viṣṇu, le meilleur des deux-fois-nés, dieu sur la terre, purificateur de la sainte rangée du repas : ce don, avec la dakṣiṇā qui lui est due, a été offert par moi. Salutations à toi, ô Vaitaraṇī. —Tel est le mantra du don (dāna).

Verse 83

ब्राह्मणं धर्मराजं च धेनुं वैतरणीं शिवाम् । सर्वं प्रदक्षिणीकृत्य ब्राह्मणाय निवेदयेत्

Après avoir fait la circumambulation révérencieuse du Brāhmaṇa, de Dharmarāja et de l’auspicieuse vache Vaitaraṇī, on doit ensuite offrir solennellement le tout au Brāhmaṇa.

Verse 84

पुच्छं संगृह्य सुरभेरग्रे कृत्वा द्विजं ततः

Puis, saisissant la queue de Surabhī et plaçant le Brāhmaṇa devant (la vache),

Verse 85

धेनुके त्वं प्रतीक्षस्व यमद्वारे महाभये । उत्तितीर्षुरहं धेनो वैतरण्यै नमोऽस्तु ते । इत्यनुव्रजमन्त्रः

«Ô vache, attends-moi à la porte de Yama, dans cette grande épouvante. Ô vache, je désire traverser ; salut à toi, ô Vaitaraṇī !» Tel est le mantra de “suivre” (anuvraja-mantra).

Verse 86

अनुव्रजेत गच्छन्तं सर्वं तस्य गृहं नयेत् । एवं कृते महीपाल सरित्स्यात्सुखवाहिनी

On doit l’accompagner tandis qu’il s’en va, et porter tout (les offrandes) jusqu’à sa demeure. Ainsi fait, ô roi, la rivière devient porteuse d’aisance, d’un passage heureux.

Verse 87

तारयते तया धेन्वा सा सरिज्जलवाहिनी । सर्वान्कामानवाप्नोति ये दिव्या ये च मानुषाः

Par cette vache, elle (la rivière) devient un courant d’eau qui fait passer au-delà. On obtient tous les désirs, ceux du ciel comme ceux des hommes.

Verse 88

रोगी रोगाद्विमुक्तः स्याच्छाम्यन्ति परमापदः । स्वस्थे सहस्रगुणितमातुरे शतसंमितम्

Le malade est délivré de sa maladie, et les détresses extrêmes s’apaisent. Accompli en bonne santé, le mérite est mille fois accru ; accompli dans la maladie, il est compté au centuple.

Verse 89

मृतस्यैव तु यद्दानं परोक्षे तत्समं स्मृतम् । स्वहस्तेन ततो देयं मृते कः कस्य दास्यति । इति मत्वा महाराज स्वदत्तं स्यान्महाफलम्

Mais un don accompli pour celui qui est déjà mort, et fait en son absence, n’est tenu que pour un équivalent (d’une valeur limitée). Aussi faut-il donner de sa propre main : quand la mort survient, qui donnera à qui ? Sachant cela, ô grand roi, ce que l’on donne soi-même porte un grand fruit.

Verse 90

इत्येवमुक्तं तव धर्मसूनो दानं मया वैतरणीसमुत्थम् । शृणोति भक्त्या पठतीह सम्यक्स याति विष्णोः पदमप्रमेयम्

Ainsi t’ai-je exposé, ô fils du Dharma, ce don lié à la Vaitaraṇī. Quiconque l’écoute ici avec dévotion ou le récite comme il se doit, atteint l’incommensurable demeure de Viṣṇu.

Verse 91

श्रीमार्कण्डेय उवाच । प्राप्ते चाश्वयुजे मासि तस्मिन्कृष्णा चतुर्दशी । स्नात्वा कृत्वा ततः श्राद्धं सम्पूज्य च महेश्वरम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Lorsque vient le mois d’Āśvayuja, au quatorzième jour de la quinzaine sombre, après s’être baigné, qu’on accomplisse le śrāddha et qu’on vénère dûment Maheśvara (Śiva).

Verse 92

पितृभ्यो दीयते दानं भक्तिश्रद्धासमन्वितैः । पश्चाज्जागरणं कुर्यात्सत्कथाश्रवणादिभिः

Aux Pitṛs (ancêtres) qu’on offre le don avec dévotion et foi. Ensuite, qu’on veille, en écoutant des récits sacrés et en pratiquant d’autres observances pieuses.

Verse 93

ततः प्रभातसमये स्नात्वा वै नर्मदाजले । तर्पणं विधिवत्कृत्वा पित्ःणां देवपूर्वकम्

Puis, à l’aube, après s’être baigné dans les eaux de la Narmadā, qu’on accomplisse le tarpaṇa selon le rite : d’abord aux dieux, puis aux ancêtres.

Verse 94

सौवर्णे घृतसंयुक्तं दीपं दद्याद्द्विजातये । पश्चात्संभोजयेद्विप्रान् स्वयं चैव विमत्सरः

Qu’on offre à un dvijāti digne une lampe de ghee placée dans un récipient d’or. Ensuite, sans jalousie, qu’on nourrisse les brāhmaṇas et qu’on prenne part soi-même avec humilité.

Verse 95

एवं कृते नरश्रेष्ठ न जन्तुर्नरकं व्रजेत् । अवश्यमेव मनुजैर्द्रष्टव्या नारकी स्थितिः

Ô le meilleur des hommes, lorsque cela est accompli ainsi, nul être ne va en enfer. Pourtant, l’état de l’enfer doit assurément être « vu » par les mortels, comme avertissement et instruction du dharma.

Verse 96

अनेन विधिना कृत्वा न पश्येन्नरकान्नरः । तत्र तीर्थे मृतानां तु नराणां विधिना नृप

Ayant accompli les rites selon cette méthode, l’homme ne voit pas les enfers. Et, ô roi, pour ceux qui meurent en ce tīrtha, les fruits adviennent selon la règle établie.

Verse 97

मन्वन्तरं शिवे लोके वासो भवति दुर्लभे । विमानेनार्कवर्णेन किंकिणीशतशोभिना

Pendant un manvantara entier, on obtient demeure dans le monde de Śiva, si difficile à atteindre, en voyageant dans un vimāna aux teintes du soleil, resplendissant de centaines de clochettes tintantes.

Verse 98

स गच्छति महाभाग सेव्यमानोऽप्सरोगणैः । भुनक्ति विविधान्भोगानुक्तकालं न संशयः

Ô toi le très fortuné, il s’y rend, entouré et servi par des troupes d’apsarās, et jouit de plaisirs variés durant le temps indiqué ; il n’y a là aucun doute.

Verse 99

पूर्णे चैव ततः काल इह मानुष्यतां गतः । सर्वव्याधिविनिर्मुक्तो जीवेच्च शरदां शतम्

Et lorsque s’achève le temps qui lui fut imparti, il revient ici à la condition humaine. Délivré de toute maladie, il vit cent automnes, c’est-à-dire cent ans.

Verse 100

प्राप्य चाश्वयुजे मासि कृष्णपक्षे चतुर्दशीम् । अहोरात्रोषितो भूत्वा पूजयित्वा महेश्वरम् । महापातकयुक्तोऽपि मुच्यते नात्र संशयः

Parvenu, au mois d’Āśvayuja, au quatorzième jour lunaire (caturdaśī) de la quinzaine sombre, et y ayant demeuré un jour et une nuit entiers, si l’on vénère Maheśvara, même celui qui porte de grands péchés est délivré — sans aucun doute.

Verse 101

अष्टाविंशतिकोट्यो वै नरकाणां युधिष्ठिर । विमुक्ता नरकैर्दुःखैः शिवलोकं व्रजन्ति ते

Ô Yudhiṣṭhira, il existe en vérité vingt-huit crores d’enfers. Délivrés des souffrances de ces enfers, ils gagnent le monde de Śiva.

Verse 102

तत्र भुक्त्वा महाभोगान्दिव्यैश्वर्यसमन्वितान् । लभन्ते मानुषं जन्म दुर्लभं भुवि मानवाः

Après y avoir goûté de grands plaisirs célestes, accompagnés d’une souveraineté divine, ils obtiennent ensuite une naissance humaine sur la terre — chose vraiment rare à obtenir.