Adhyaya 6
Vishnu KhandaAyodhya MahatmyaAdhyaya 6

Adhyaya 6

L’Adhyāya 6 déploie une carte de tīrtha à multiples nœuds, portée par le dialogue et des enseignements orientés vers le fruit spirituel. Agastya désigne Sītākuṇḍa sur la rive occidentale d’Ayodhyā et en décrit la puissance purificatrice. Śrī Rāma expose ensuite la logique du mérite : bain rituel, don, japa, homa et tapas accomplis « selon la règle » deviennent impérissables ; une insistance particulière est mise sur Mārgaśīrṣa kṛṣṇa-caturdaśī et sur le bain du mois de Mārgaśīrṣa afin d’écarter des renaissances défavorables. Le chapitre présente des lieux voisins : Cakrahari, lié au Sudarśana, et Harismṛti, un sanctuaire de Viṣṇu dont la simple darśana dissout le péché. Vient ensuite un arrière-plan cosmologique : vaincus dans le conflit deva–asura, les dieux cherchent refuge auprès de Kṣīrodaśāyī Viṣṇu ; l’hymne de Śiva (Īśvara-stuti) célèbre Viṣṇu comme principe transcendant et puissance salvatrice. Viṣṇu ordonne aux dieux de se rendre à Ayodhyā, où il accomplira un tapas caché, d’où l’épithète Guptahari ; le sanctuaire devient un lieu public de culte, de dons qualifiés—en particulier le don d’une vache à un brāhmaṇa digne—et de pèlerinage réglé. Le récit s’élargit au māhātmya du saṅgama Sarayū–Ghargharā et au tīrtha de Gopratāra, avec des mérites dits supérieurs à de nombreux sacrifices ; il prescrit lampes, veilles nocturnes, offrandes et observances annuelles (notamment en Kārtika et Pauṣa), et affirme une portée salvifique pour hommes et femmes. Enfin, il passe au « dernier voyage » de Rāma : son mahāprasthāna, la marche collective de la cité, l’arrivée au Sarayū et le cadre théologique de l’ascension, Gopratāra apparaissant comme un lieu exemplaire de libération dans la géographie rituelle d’Ayodhyā.

Shlokas

Verse 1

अगस्त्य उवाच । तस्मात्संगमतो विप्र पश्चिमे दिक्तटे स्थितम् । सीताकुण्डमितिख्यातं सर्वकामफलप्रदम्

Agastya dit : Ainsi, ô vipra, depuis cette confluence, sur la rive occidentale se trouve un lieu renommé nommé Sītākuṇḍa, qui accorde le fruit de tous les désirs légitimes.

Verse 2

यत्र स्नात्वा नरो विप्र सर्वपापैः प्रमुच्यते । सीतया किल तत्कुण्डं स्वयमेव विनिर्मितम् । रामेण वरदानाच्च महाफलनिधीकृतम्

Là, ô vipra, l’homme qui s’y baigne est délivré de tous les péchés. On dit que ce bassin fut façonné par Sītā elle-même ; et, par la grâce accordée par Rāma, il fut fait trésor de grands fruits.

Verse 3

श्रीराम उवाच । शृणु सीते प्रवक्ष्यामि माहात्म्यं भुवि यादृशम् । त्वत्कुण्डस्यास्य सुभगे त्वत्प्रीत्या कथयाम्यहम्

Śrī Rāma dit : Écoute, Sītā ; je vais proclamer la grandeur de cet étang qui est le tien, telle qu’elle est sur la terre. Ô bienheureuse, pour ta joie je la raconterai.

Verse 4

अत्र स्नानं च दानं च जपो होमस्तपोऽथवा । सर्वमक्षयतां याति विधानेन शुचिस्मिते

Ici, le bain sacré et l’aumône, la récitation (japa), les oblations du homa ou l’austérité—tout, accompli selon la règle prescrite, devient impérissable, ô toi au sourire pur.

Verse 5

मार्गकृष्णचतुर्दश्यां तत्र स्नानं विशेषतः । सर्वपापहरं देवि सर्वदा स्नायिनां नृणाम्

Au quatorzième jour lunaire (caturdaśī) de la quinzaine sombre de Mārgaśīrṣa, le bain en ce lieu est tout particulièrement efficace. Ô Déesse, pour ceux qui s’y baignent, il enlève toujours tous les péchés.

Verse 6

इति रामो वरं प्रादात्सीतायै च प्रजाप्रियः । तदाप्रभृति सर्वत्र तत्तीर्थं भुवि वर्त्तते

Ainsi Rāma, aimé du peuple, accorda une grâce à Sītā. Dès lors, ce tīrtha fut établi sur la terre et renommé en tous lieux.

Verse 7

सीताकुण्डमिति ख्यातं जनानां परमाद्भुतम् । तस्मिंस्तीर्थे नरः स्नात्वा नूनं राममवाप्नुयात्

Connu sous le nom de Sītākuṇḍa, il est pour les hommes une merveille suprême. Celui qui se baigne en ce tīrtha atteint assurément Rāma.

Verse 8

तत्र स्नानेन दानेन तपसा च विशेषतः । गन्धैर्माल्यैर्धूपदीपैर्न्नानाविभवविस्तरैः । रामं संपूज्य सीतां च मुक्तः स्यान्नात्र संशयः

Là, par le bain sacré, par l’aumône et surtout par l’austérité—et en vénérant Rāma et Sītā avec parfums, guirlandes, encens, lampes et offrandes variées—on obtient la délivrance; il n’y a là aucun doute.

Verse 9

मार्गे मासि च स्नातव्यं गर्भवासो न जायते । अन्यदापि नरः स्नात्वा विष्णुलोकं स गच्छति

Il faut se baigner (ici) au mois de Mārgaśīrṣa ; alors la renaissance dans le sein maternel ne se produit plus. Même à d’autres moments, l’homme qui se baigne (ici) va au monde de Viṣṇu.

Verse 10

विभोर्विष्णुहरेर्विप्र रम्ये पश्चिमदिक्तटे । देवश्चक्रहरिर्नाम सर्वाभीष्टफलप्रदः

Ô brāhmaṇa, sur la belle rive occidentale (de cette contrée sacrée) se trouve la divinité du Seigneur Viṣṇu-Hari nommée Cakrahari, qui accorde les fruits de tous les buts désirés.

Verse 11

तस्य चक्रहरेर्विप्र महिमा न हि मानवैः । शक्यो वर्णयितुं धीरैरपि बुद्धिमतां वरैः

Ô brāhmaṇa, la grandeur de ce Cakrahari ne peut être décrite comme il se doit par les hommes, pas même par les constants et les meilleurs des sages.

Verse 12

ततः पश्चिमदिग्भागे नाम्ना पुण्यं हरिस्मृति । विष्णोरायतनं ख्यातं परमार्थफलप्रदम् । यस्य दर्शनमात्रेण सर्वपापैः प्रमुच्यते

Puis, dans le quartier occidental, se trouve un lieu saint nommé Harismṛti, renommé comme sanctuaire de Viṣṇu qui accorde le bien suprême ; par sa seule vision, on est délivré de tous les péchés.

Verse 13

तयोर्दर्शनतो यांति तेषां पापानि देहिनाम् । तानि पापानि यावंति कुर्वते भुवि ये नराः

Par le darśana (vision sacrée) de ces deux manifestations saintes, les péchés des êtres incarnés s’en vont—quels que soient les péchés que les hommes commettent sur la terre.

Verse 14

पुरा देवासुरे जाते संग्रामे भृशदारुणे । दैत्यैर्वरमदोत्सिक्तैर्देवा युधि पराजिताः

Dans les temps anciens, lorsqu’éclata une guerre terriblement farouche entre les dieux et les asuras, les dieux furent vaincus au combat par les daityas, enivrés d’orgueil par la puissance des dons reçus.

Verse 15

तेषां पलायमानानां देवानामग्रणीर्हरः । संस्तभ्य चैव तान्सर्वान्पुरस्कृत्यांबुजासनम्

Tandis que ces dieux prenaient la fuite, Hari, leur chef, les raffermit tous; puis, plaçant en tête le Seigneur assis sur le Lotus (Brahmā), il s’avança.

Verse 16

क्षीरोदशायिनं विष्णुं शेषपर्य्यंकशायिनम् । लक्ष्म्योपविष्टं पार्श्वे च चरणांबुजहस्तया

Ils contemplèrent Viṣṇu, étendu sur l’Océan de Lait, reposant sur la couche de Śeṣa; et Lakṣmī, assise à ses côtés, la main posée sur ses pieds de lotus.

Verse 17

नारदाद्यैर्मुनिवरैरुद्गीतगुगौरवम् । गरुडेन पुरःस्थेनानिशमंजलिना स्तुतम्

Il fut loué par des hymnes proclamant sa gloire, chantés par les plus grands sages, à commencer par Nārada; et Garuḍa, debout devant lui, les mains jointes, l’adorait sans relâche.

Verse 18

क्षीराब्धिजलकल्लोलमदबिन्द्वंकिताम्बरम् । तारकोत्करविस्फारतारहारविराजितम्

Ils contemplèrent Celui dont le vêtement était moucheté comme par l’écume joueuse des vagues de l’Océan de Lait, et qui brillait d’un collier d’étoiles, déployé tel un amas de constellations.

Verse 19

पीतांबरमतिस्मेरविकाशद्भावभावितम् । बिभ्रतं कुण्डलं स्थूलं कर्णाभ्यां मौक्तिकोज्ज्वलम्

Il Le vit vêtu d’un vêtement jaune, tout imprégné d’une splendeur rayonnante et d’un doux sourire; à Ses deux oreilles pendaient de larges boucles, éclatantes de perles.

Verse 20

रत्नवल्लीमिव स्वच्छां श्वेतद्वीपनिवासिनीम् । किरीटं पद्मरागाणां वलयं दधतं परम्

Pur et lumineux tel une liane de joyaux—tel une déesse demeurant à Śvetadvīpa—Il portait une couronne suprême, un cercle façonné de rubis (padmarāga).

Verse 21

मित्रस्य राहुवित्रासनिवर्त्तनमिवापरम् । सकौस्तुभप्रभाचक्रं बिभ्राणं प्रवलारुणम्

Tel le pouvoir du soleil qui dissipe l’effroi de Rāhu, Il portait le cercle rayonnant de la splendeur du Kaustubha, d’une teinte rouge corail.

Verse 22

परां चतुर्मुखोत्पत्तिकल्पसंकल्पनामिव । शरणं स जगामाशु विनीतात्मा स्तुवन्निति

Alors, le cœur humble, il chercha promptement refuge—sublime comme la résolution créatrice qui fait naître Brahmā aux quatre visages—et se mit à Le louer ainsi.

Verse 23

तस्मिन्नवसरे शंभुः सर्वदेवगणैः सह । तुष्टाव प्रयतो भूत्वा विष्णुं जिष्णुं सुरद्विषाम्

En cet instant, Śambhu (Śiva), avec toutes les cohortes des devas, se fit attentif et, dans la dévotion, loua Viṣṇu, l’invincible, vainqueur des ennemis des dieux.

Verse 24

ईश्वर उवाच । संसारार्णवसंतारसुपर्णसुखदायिने । मोह तीव्रतमो हारि चन्द्राय हरये नमः

Īśvara dit : Hommage à Hari—d’une fraîcheur lunaire—qui accorde l’« aile » bienheureuse faisant traverser l’océan du saṃsāra, et qui dissipe l’illusion, la plus épaisse des ténèbres.

Verse 25

स्फुरत्संविन्मणिशिखां चित्तसंगतिचंद्रिकाम् । प्रपद्ये भगवद्भक्तिमानसोद्यानवाहिनीम्

Je prends refuge dans la bhakti envers le Seigneur Bienheureux : son faîte est une flamme-joyau étincelante de conscience éveillée ; son clair de lune est la sainte communion de l’esprit ; elle coule, source de vie, à travers le jardin du cœur.

Verse 26

हेलोल्लसत्समुत्साहशक्तिं व्याप्तजगत्त्रयाम् । या पूर्वकोटिर्भावानां सत्त्वानां वैष्णवीति वा

Cette puissance—rayonnante, comme en jeu, d’un élan qui s’élève—pénètre les trois mondes ; elle est la source primordiale des êtres et de leurs dispositions, et l’on la nomme Vaiṣṇavī, la puissance de Viṣṇu.

Verse 27

पवनांदोलितांभोजदलपर्वांतवर्त्तिनाम् । पततामिव जन्तूनां स्थैर्यमेका हरिस्मृतिः

Pour les êtres posés sur les frêles pointes de pétales de lotus agités par le vent—comme prêts à tomber—il n’est qu’une stabilité : le souvenir de Hari.

Verse 28

नमः सूर्य्यात्मने तुभ्यं संवित्किरणमालिने । हृत्कुशेशयकोषश्रीसमुन्मेषविधायिने

Hommage à Toi dont le Soi est le Soleil, ceint d’une guirlande de rayons de pure conscience ; c’est Toi qui fais s’épanouir, en toute splendeur, le bouton de lotus du cœur.

Verse 29

नमस्तस्मै यमवते योगिनां गतये सदा । परमेशाय वै पारे महसां तमसां तथा

Hommage à ce Seigneur, maître qui retient et gouverne, juste tel Yama; refuge ultime des yogin à jamais — le Souverain suprême, au-delà de la lumière comme des ténèbres.

Verse 30

यज्ञाय भुक्तहविष ऋग्यजुःसामरूपिणे । नमः सरस्वतीगीतदिव्यसद्गणशालिने

Hommage à Toi, qui es le Yajña lui-même, qui reçois les oblations offertes, qui prends les formes du Ṛg, du Yajus et du Sāman; hommage à Toi, demeurant au sein de l’assemblée divine des justes, célébré par le chant sacré de Sarasvatī.

Verse 31

शांताय धर्मनिधये क्षेत्रज्ञायामृतात्मने । शिष्ययोगप्रतिष्ठाय नमो जीवैकहेतवे । घोराय मायाविधये सहस्रशिरसे नमः

Hommage au Paisible, trésor du dharma; au Connaisseur du champ (Kṣetrajña), dont le Soi est immortel. Hommage à Celui qui établit le disciple dans le yoga; hommage à l’unique cause première de tous les êtres vivants. Hommage au Seigneur redoutable, maître de la māyā, Celui aux Mille Têtes.

Verse 32

योगनिद्रात्मने नाभिपद्मोद्भूतजगत्सृजे । नमः सलिलरूपाय कारणाय जगत्स्थितेः

Hommage à Toi dont la nature est le sommeil yogique; créateur des mondes nés du lotus du nombril. Hommage à Toi qui te manifestes comme les eaux cosmiques, cause de la stabilité et de la continuité du monde.

Verse 33

कार्यमेयाय बलिने जीवाय परमात्मने । गोप्त्रे प्राणाय भूतानां नमो विश्वाय वेधसे

Hommage au Puissant, reconnaissable par les effets de ses œuvres; au Vivant, le Paramātman. Hommage au Protecteur, souffle même des êtres; hommage au Créateur qui pénètre tout, Viśva-Vedhas.

Verse 34

दृप्ताय सिंहवपुषे दैत्यसंहारकारिणे । वीर्यायानंतमनसे जगद्भावभृते नमः

Hommage au Puissant, fier et vigoureux, à la forme de lion, destructeur des daitya ; hommage à la vaillance sans bornes et à l’esprit infini, porteur et soutien du devenir du monde.

Verse 35

संसारकारणाज्ञानमहासंतमसच्छिदे । अचिन्त्यधाम्ने गुह्याय रुद्रायात्युद्विजे नमः

Hommage à Celui qui tranche l’immense ténèbre de l’ignorance, cause du saṃsāra ; hommage à Celui dont la demeure est inconcevable, le Secret ; hommage à Rudra, devant qui tous tremblent.

Verse 36

शान्ताय शान्तकल्लोलकैवल्यपददायिने । सर्वभावातिरिक्ताय नमः सर्वमयात्मने

Hommage au Paisible qui accorde l’état de kaivalya, dont les vagues sont tranquillité ; hommage à Celui qui dépasse toute condition d’existence et pourtant dont le Soi pénètre tout, comme tout.

Verse 37

इन्दीवरदलश्यामं स्फूर्जत्किंजल्कविभ्रमम् । बिभ्राणं कौस्तुभं विष्णुं नौमि नेत्ररसायनम्

Je me prosterne devant Viṣṇu — sombre comme le pétale du lotus bleu, éclatant du jeu de ses filaments lumineux — portant le joyau Kaustubha, véritable élixir pour les yeux.

Verse 38

अगस्त्य उवाच । इति स्तुतः प्रसन्नात्मा वरदो गरुडध्वजः । ववर्ष दृष्टिसुधया सर्वान्देवान्कृपान्वितः । उवाच मधुरं वाक्यं प्रश्रयावनतान्सुरान्

Agastya dit : Ainsi loué, le Seigneur dispensateur de grâces, dont l’étendard porte Garuḍa, devint serein. Empli de compassion, il répandit sur tous les dieux le nectar de son regard, puis adressa de douces paroles aux devas inclinés avec humilité.

Verse 39

श्रीभगवानुवाच । जानामि विबुधाः सर्वमभिप्रायं समाधितः । दैतेयैर्विक्रमाक्रान्तं पदं समरदर्पितैः

Le Seigneur Bienheureux dit : Ô dieux, établi dans une méditation ferme, je connais entièrement votre intention. Votre demeure a été envahie par les Daityas, enivrés d’orgueil de guerre et de prouesse.

Verse 40

सबलैर्बलहीनानां प्रतापो विजितः परैः । सांप्रतं तु विधास्यामि तपो युष्मद्बलाय वै

Quand les forts affrontent les affaiblis, l’éclat des sans-force est vaincu par autrui. C’est pourquoi, maintenant, j’entreprendrai l’austérité (tapas), afin d’accroître votre puissance.

Verse 41

अयोध्यानगरे गत्वा करिष्ये तप उत्तमम् । गुप्तो भूत्वा भवत्तेजोविवृद्ध्यै दैत्यशान्तये

J’irai dans la cité d’Ayodhyā et j’accomplirai l’austérité la plus haute. Demeurant caché, je le ferai pour accroître votre splendeur divine et pour apaiser (soumettre) les Daityas.

Verse 42

भवन्तोऽपि तपस्तीव्रं कुर्वंत्वमलमानसाः । अयोध्यां प्राप्यतां देवा दैत्यनाशाय सत्वरम्

Vous aussi, l’esprit purifié et sans tache, accomplissez une austérité ardente. Que les dieux parviennent vite à Ayodhyā, pour l’anéantissement des Daityas.

Verse 43

अगस्त्य उवाच । इत्युक्त्वांतर्दधे देवान्देवो गरुडवाहनः । अयोध्यामागतः क्षिप्रं चकार तप उत्तमम्

Agastya dit : Ayant ainsi parlé, le Seigneur divin, celui qui chevauche Garuḍa, disparut aux yeux des dieux. Parvenu promptement à Ayodhyā, il accomplit l’austérité suprême.

Verse 44

गुप्तो भूत्वा यदा विद्वन्सुरतेजोभिवृद्धये । तेन गुप्तहरिर्नाम देवो विख्यातिमागतः

Ô sage, parce qu’il demeura caché afin d’accroître la splendeur des dieux, ce Seigneur devint célèbre sous le nom de « Gupta-Hari », Hari en dissimulation.

Verse 45

आगतस्य हरेः पूर्वं यत्र हस्ततलाच्च्युतम् । सुदर्शनाख्यं तच्चक्रं तेन चक्रहरिः स्मृतः

Au lieu où, avant son établissement, le disque de Hari nommé Sudarśana tomba de la paume de sa main, il est rappelé pour cet événement comme « Cakra-Hari », Hari du Disque.

Verse 46

तयोर्दर्शनमात्रेण सर्वपापैः प्रमुच्यते । हरस्तेन प्रभावेण देवाः प्रबलतेजसः

Par la seule vision de ces deux formes sacrées, on est délivré de tous les péchés. Par cette puissance même, les dieux furent dotés d’un éclat immense.

Verse 47

जित्वा दैत्यान्रणैः सर्वान्संप्राप्य स्वपदान्यथ । रेजिरे विपुलानंदैरसुरानार्दयंस्ततः

Ayant vaincu tous les Daityas au combat et recouvré leurs demeures, les dieux resplendirent d’une joie immense, puis écrasèrent les Asuras.

Verse 48

ततः सर्वे समेत्याशु बृहस्पतिपुरस्सराः । देवाः सर्वेऽनमन्मौलिमालार्च्चित पदाम्बुजम् । हरिं द्रष्टुमथागच्छन्नयोध्यायां समुत्सुकाः

Alors tous les dieux, s’assemblant promptement avec Bṛhaspati à leur tête, s’inclinèrent devant Hari—dont les pieds de lotus étaient honorés par des guirlandes posées sur leurs couronnes—et, désireux de le contempler, vinrent à Ayodhyā.

Verse 49

आगत्य च ततः श्रुत्वा नानाविधगुणादरम् । भावैः पुण्यैः समभ्यर्च्य नत्वा प्रांजलयस्तदा । हरिमेकाग्रमनसा ध्यायन्तो ध्याननिष्ठिताः

Étant arrivés, et ayant entendu sa révérence pour les vertus de maintes sortes, ils l’adorèrent avec des sentiments purs et méritoires; puis, les mains jointes, ils se prosternèrent et méditèrent Hari d’un esprit unifié, fermes dans la contemplation.

Verse 50

तानागतान्समालोक्य पदभक्त्या कृतानतीन् । प्रसन्नः प्राह विश्वात्मा पीतवासा जनार्दनः

Les voyant arrivés et se prosterner avec dévotion à ses pieds, l’Âme universelle—Janārdana, vêtu de jaune—parla avec une joie gracieuse.

Verse 51

श्रीभगवानुवाच । भोभो देवा भवन्तश्च चिराद्दिष्टयाद्यसंगताः । अधुना भवतामिच्छां कां करोमि सुरा अहम् । तद्ब्रूत त्वरिता मह्यं किं विलंबेन निर्भयाः

Le Seigneur Bienheureux dit : « Ô dieux ! Après longtemps, par heureuse fortune, vous m’avez rencontré aujourd’hui. Quel désir des vôtres dois-je accomplir à présent, ô suras ? Dites-le-moi vite : pourquoi tarder, puisque vous êtes sans crainte ? »

Verse 52

देवा ऊचुः । भगवन्देवदेवेश त्वया संप्रति सर्वशः । सर्वं समभवत्कार्यं निष्पन्नं वै जगत्पते

Les dieux dirent : « Ô Seigneur, Dieu des dieux ! Par toi, à présent, de toute manière, tout ce qui devait être accompli s’est réalisé ; tout est vraiment achevé, ô Maître du monde. »

Verse 53

तथापि सर्वदा भाव्यं नित्यं देव त्वया विभो । अस्मद्रक्षार्थमत्रैव विजितेन्द्रियवर्त्मना

« Pourtant, ô Seigneur tout-puissant, daigne demeurer ici à jamais pour notre protection, en suivant la voie de la maîtrise des sens. »

Verse 54

एवमेव सदा कार्यं शत्रुपक्षविनाशनम्

Ainsi, en vérité, la destruction du parti ennemi doit toujours être accomplie.

Verse 55

श्रीभगवानुवाच । एवमेतत्करिष्यामि भवतामरिसंजयम् । श्रीमतां तेजसो वृद्धिं करिष्यामि सदासुराः । कथेयं च सदा ख्यातिं लोके यास्यति चोत्तमाम्

Le Seigneur Bienheureux dit : « Qu’il en soit ainsi : je l’accomplirai, vous accordant la victoire sur vos ennemis. J’accroîtrai sans cesse l’éclat des illustres ; et ce récit sacré, lui aussi, obtiendra toujours la plus haute renommée dans le monde. »

Verse 56

अयं नाम्ना गुप्तहरिर्देवो भुवनविश्रुतः । मदीयं परमं गुह्यं स्थानं ख्यातिं समेष्यति

Cette divinité, connue sous le nom de « Gupta-Hari » et célèbre à travers les mondes, deviendra renommée comme mon séjour suprêmement secret.

Verse 57

अत्र यः प्राणिनां श्रेष्ठः पूजायज्ञजपादिकम् । करोति परया भक्त्या स याति परमां गतिम्

Ici, quiconque parmi les êtres vivants accomplit le culte, le sacrifice, le japa et autres pratiques avec une dévotion suprême, atteint l’état le plus élevé.

Verse 58

अत्र यः कुरुते दानं यथाशक्त्या जितेन्द्रियः । स स्वर्गमतुलं प्राप्य न शोचति कदाचन

Quiconque, en ce lieu sacré, fait l’aumône selon ses moyens, les sens maîtrisés, obtient un ciel incomparable et ne s’afflige jamais, en aucun temps.

Verse 59

अत्र मत्प्रीतये देवाः प्राणिभिर्धर्मकांक्षिभिः । दातव्या गौः प्रयत्नेन सवत्सा विधिपूर्वकम्

Ici, ô dieux, pour ma satisfaction, les êtres qui aspirent au dharma doivent, avec effort, faire don d’une vache avec son veau, dûment et selon le rite prescrit.

Verse 60

स्वर्णशृंगी रौप्यखुरी वस्त्रद्वयसमावृता । कांस्योपदोहना ताम्रपृष्ठी बहुगुणान्विता

Aux cornes ornées d’or, aux sabots d’argent, couverte de deux étoffes; avec un récipient de traite en bronze et le dos paré de cuivre, pourvue de maintes excellentes qualités.

Verse 61

रत्नपुच्छा दुग्धवती घंटाभरणभूषिता । अर्चिता गंधपुष्पाद्यैः सुप्रसन्नाऽमृतप्रजा

La queue ornée de joyaux, riche de lait, parée de clochettes et d’ornements; honorée avec parfums, fleurs et autres offrandes—très paisible et de belle progéniture.

Verse 62

द्विजाय वेदविज्ञाय गुणिने निर्मलात्मने । विष्णुभक्ताय विदुषे आनृशंस्यरताय च

(Le don) doit être fait à un deux-fois-né connaissant le Véda, vertueux et à l’âme pure; à un savant dévot de Viṣṇu, et à celui qui se plaît dans la compassion.

Verse 63

ब्राह्मणाय च गौर्देया सर्वत्रसुखमश्नुते । न देया द्विजमात्राय दातारं सोऽवपातयेत्

La vache doit être donnée à un véritable brāhmane; le donateur jouit du bonheur en tout lieu. Mais qu’on ne la donne pas à celui qui n’est « deux-fois-né » que de nom : un tel receveur mène le donateur à la chute.

Verse 64

मत्प्रीतयेऽत्र दातव्या निर्मलेनांतरात्मना

Ici, l’offrande de charité doit être faite pour ma satisfaction, avec un cœur intérieur rendu pur et sans tache.

Verse 65

स्नातं यैश्च विशुद्ध्यर्थमत्र मद्भक्तितत्परैः । तेषां स्वर्गतयो नित्यं मुक्तिः करतले स्थिता

Ceux qui se baignent ici pour se purifier, entièrement voués à ma bhakti : pour eux, l’accès au ciel est assuré, et la délivrance demeure à jamais dans le creux de leur main.

Verse 66

तथा चक्रहरेः पीठे मत्प्रीत्यै दानमुत्तमम् । जपहोमादिकं चापि कर्त्तव्यं यत्नतो नरैः

De même, au siège sacré de Cakrahari, la charité offerte pour ma satisfaction est suprême ; et les hommes doivent, avec effort, accomplir japa, homa et les autres rites.

Verse 67

भवन्तोऽपि विधानेन यात्रां कुर्वंतु सत्तमाः । अस्माद्गुप्तहरेः स्थानान्निकटे संगमे शुभे

Vous aussi, ô les meilleurs des vertueux, entreprenez le pèlerinage selon l’ordonnance prescrite : près de l’heureuse confluence, non loin de ce saint séjour du Hari caché.

Verse 68

प्रत्यग्भागे गोप्रताराद्योजनत्रयसंमिते । घर्घरांबुतरंगिण्या सरयूः संगता यतः

Vers l’ouest, à trois yojanas de Gopratāra, se trouve le lieu où la Sarayū rejoint la Ghargharā, dont les eaux se soulèvent en vagues roulantes.

Verse 69

अत्र स्नात्वा विधानेन द्रष्टव्योऽत्र प्रयत्नतः । देवो गुप्तहरिर्नाम सर्वकामार्थसिद्धिदः

Après s’être baigné ici selon le rite prescrit, qu’on s’efforce avec ferveur d’y contempler la divinité nommée Guptahari, dispensatrice de l’accomplissement de tout vœu et de tout but.

Verse 70

अगस्त्य उवाच । इत्युक्त्वांतर्दधे देवः पीताम्बरधरोऽच्युतः । देवा अपि विधानेन कृत्वा यात्रां प्रयत्नतः । अयोध्यायां स्थिता नित्यं हरेर्गुणविमोहिताः

Agastya dit : Après avoir ainsi parlé, le Seigneur Acyuta, vêtu d’un vêtement jaune, disparut. Les dieux aussi, accomplissant le pèlerinage selon le rite et avec grand effort, demeurent depuis lors à Ayodhyā, envoûtés par les vertus de Hari.

Verse 71

तदाप्रभृति विप्रेंद्र तत्स्थानं भुवि पप्रथे । कार्तिक्यां तु विशेषेण यात्रा सांवत्सरी भवेत्

Dès lors, ô le meilleur des brāhmanes, ce lieu saint devint renommé sur la terre. Et, surtout au mois de Kārtika, le pèlerinage en ce lieu devient une observance annuelle.

Verse 72

विभोर्गुप्तहरेस्तत्र संगमस्नानपूर्विका । गोप्रतारे च तीर्थेऽस्मिन्सरयूघर्घराश्रिते । स्नात्वा देवोऽर्चनीयोऽयं सर्वकामफलप्रदः

Là, pour le puissant Seigneur Guptahari, le rite commence par le bain au confluent. En ce tīrtha de Gopratāra, situé près de la Sarayū et de la Ghargharā, après s’être baigné, qu’on adore cette divinité, car elle accorde les fruits de tout désir.

Verse 73

तथा चक्रहरेर्यात्रा कर्त्तव्या सुप्रयत्नतः । मार्गशार्षस्य विशदे पक्षे हरितिथौ नरैः

De même, le pèlerinage de Cakrahari doit être entrepris par les hommes avec une grande diligence, durant la quinzaine claire de Mārgaśīrṣa, au jour (tithi) consacré à Hari.

Verse 74

एवं यः कुरुते यात्रां विष्णुलोके स मोदते

Quiconque accomplit ainsi le pèlerinage se réjouit dans le monde de Viṣṇu.

Verse 75

श्रीसूत उवाच । एवमुक्त्वा तु विरते मुनौ कलशजन्मनि । कृष्णद्वैपायनो व्यासः पुनराह सविस्मयः

Śrī Sūta dit : Lorsque le sage né de la jarre eut ainsi parlé puis se tut, Kṛṣṇa Dvaipāyana Vyāsa reprit la parole, rempli d’émerveillement.

Verse 76

व्यास उवाच । अत्याश्चर्य्यमयीं ब्रह्मन्कथामेतां तपोधन । उक्तवानसि येनैतत्साश्चर्य्यं मम मानसम्

Vyāsa dit : Ô brāhmane, trésor d’ascèse, tu as raconté ce récit d’une merveille extrême, et mon esprit en est rempli d’étonnement.

Verse 77

विस्तरेण मम ब्रूहि माहात्म्यं परमाद्भुतम्

Dis-moi en détail cette grandeur (māhātmya) suprêmement merveilleuse.

Verse 78

शृणु संगममाहात्म्यं विप्रेंद्र परमाद्भुतम् । स्कन्ददेवाच्छ्रुतं सम्यक्कथयामि तथा तव

Ô le meilleur des brāhmaṇas, écoute la grandeur suprêmement merveilleuse de la confluence sacrée. L’ayant entendue du Seigneur Skanda, je vais te la rapporter fidèlement.

Verse 79

दशकोटिसहस्राणि दशकोटिशतानि च । तीर्थानि सरयूनद्या घर्घरोदकसंगमे । निवसंति सदा विप्र स्कन्दादवगतं मया

Ô brāhmane, au confluent où la Sarayū rejoint les eaux de la Gharghara, demeurent à jamais d’innombrables tīrtha : des dizaines de koṭi de milliers et des dizaines de koṭi de centaines ; ainsi l’ai-je appris de Skanda.

Verse 80

देवतानां सुराणां च सिद्धानां योगिनां तथा । ब्रह्मविष्णुशिवानां च सान्निध्यं सर्वदा स्थितम्

Là s’établit à jamais la présence constante des dieux et des sura, des siddha et des yogin, et même de Brahmā, Viṣṇu et Śiva.

Verse 81

तस्मिन्संगमसलिले नरः स्नात्वा समाहितः । संतर्प्य पितृदेवांश्च दत्त्वा दानं स्वशक्तितः

Après s’être baigné dans les eaux de ce confluent, l’esprit recueilli, l’homme doit contenter les ancêtres et les dieux, puis faire l’aumône selon ses moyens.

Verse 82

हुत्वा वैष्णवमंत्रेण शुचिर्यत्फलमाप्नुयात् । तदिहैकमना विप्र शृणु यत्कथयामि ते

Quel que soit le fruit qu’un être purifié obtienne en offrant des oblations par un mantra vaiṣṇava, écoute-le de moi, ô brāhmane, l’esprit unifié : ce même résultat se trouve ici.

Verse 83

अश्वमेधसहस्रस्य वाजपेयशतस्य च । कुरुक्षेत्रे महाक्षेत्रे राहुग्रस्ते दिवाकरे

Le mérite dont il est ici question est celui de mille sacrifices Aśvamedha et de cent rites Vājapeya—(même) à Kurukṣetra, le grand champ sacré, lorsque le soleil est saisi par Rāhu lors de l’éclipse.

Verse 84

सुवर्णदाने यत्पुण्यमहन्यहनि तद्भवेत्

Le mérite qui naît jour après jour du don d’or—ce mérite-là, en vérité, s’obtient en ce lieu.

Verse 85

अमावास्यां पौर्णमास्यां द्वादश्योरुभयोरपि । अयने च व्यतीपाते स्नानं वैष्णवलोकदम्

Se baigner (là) à la nouvelle lune, à la pleine lune, à l’une ou l’autre des deux Dvādaśī, ainsi qu’aux solstices et lors de la conjonction Vyatīpāta—accorde l’accès au monde de Viṣṇu.

Verse 86

तिष्ठेद्युगसहस्रं तु पादेनैकेन यः पुमान् । विधिवत्संगमे स्नायात्पौष्यां तदविशेषतः

Quand bien même un homme se tiendrait sur un seul pied durant mille yuga, le fruit n’en serait pas différent de celui obtenu en se baignant selon le rite au confluent, le jour de Puṣya.

Verse 87

लंबतेऽवाक्छिरा यस्तु युगानामयुतं पुमान् । स्नातानां शुचिभिस्तोयैः संगमे प्रयतात्मनाम्

Quand bien même un homme demeurerait suspendu la tête en bas durant dix mille yuga, il ne dépasserait pas le mérite lié aux eaux pures de ceux qui, l’âme maîtrisée, se sont baignés au confluent.

Verse 88

व्युष्टिर्भवति या पुंसां न सा क्रतुशतैरपि

Cet éveil sacré, pareil à l’aurore, et cette élévation qui naît chez les hommes (par cette observance sainte) ne s’obtiennent pas même en accomplissant cent sacrifices védiques.

Verse 89

पौषे मासि विशेषेण स्नानं बहुफलप्रदम्

Le bain rituel—surtout au mois de Pauṣa—confère d’abondants fruits spirituels.

Verse 90

पौषे मासि विशेषेण यः कुर्यात्स्नानमादृतः । ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रो वा वर्णसंकरः । स याति ब्रह्मणः स्थानं पुनरावृत्तिवर्जितम्

Quiconque, avec révérence, accomplit le bain rituel, surtout au mois de Pauṣa—brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya, śūdra ou d’origine mêlée—atteint la demeure de Brahmā, sans retour (au-delà de la renaissance).

Verse 91

पौषे मासे तु यो दद्याद्घृताढ्यं दीपमुत्तमम् । विधिवच्छ्रद्धया विप्र शृणु तस्यापि यत्फलम्

Mais au mois de Pauṣa, quiconque offre une lampe excellente, riche en ghee, selon la règle et avec foi—ô brāhmaṇa, écoute aussi le fruit qui en résulte.

Verse 92

नानाजन्मार्जितं पापं स्वल्पं बह्वपि वा भवेत् । तत्सर्वं नश्यति क्षिप्रं तोयस्थं लवणं यथा

Le péché amassé au fil de nombreuses naissances—peu ou beaucoup—s’évanouit vite entièrement, tel le sel dissous dans l’eau.

Verse 93

आयुरारोग्यमैश्वर्यं संततीः सौख्यमुत्तमम् । प्राप्नोति फलदं नित्यं दीपदः पुण्यभाङ्नरः

Celui qui offre des lampes—participant au mérite—obtient sans cesse des bénédictions fécondes : longue vie, santé, prospérité, descendance et bonheur suprême.

Verse 94

यस्तु शुक्लत्रयोदश्यां पौषेऽत्र प्रयतो व्रती । जागरं कुरुते धीरः स गच्छेद्भवनं हरेः

Mais le fidèle résolu qui, ici au mois de Pauṣa, au treizième jour de la quinzaine claire, veille avec constance, celui-là atteint la demeure de Hari.

Verse 95

जागरं विदधद्रात्रौ दीपं दत्त्वा तु सर्वशः । होमं च कारयेद्विप्रो नियतात्मा शुचिव्रतः

Veillant toute la nuit et offrant des lampes en tous lieux, le brāhmane maître de lui-même, pur dans son vœu, doit aussi faire accomplir le homa.

Verse 96

वैष्णवो विष्णुपूजां च कुर्वञ्छृण्वन्हरेः कथाम् । गीतवादित्रनृत्यैश्च विष्णुतोषणकारकैः । कथाभिः पुण्ययुक्ताभिर्जागृयाच्छर्वरीं नरः

Le Vaiṣṇava doit veiller toute la nuit, en adorant Viṣṇu, en écoutant les récits sacrés de Hari, et par le chant, la musique et la danse qui réjouissent Viṣṇu ; qu’il demeure éveillé grâce à des récitations et enseignements saints, riches de mérite.

Verse 97

ततः प्रभाते विमले स्नात्वा विधिवदादरात् । विष्णुं संपूज्य विप्रांश्च देयं स्वर्णादि शक्तितः

Puis, au matin immaculé, après s’être baigné selon le rite avec respect, qu’on adore pleinement Viṣṇu ; et qu’on donne aux brāhmanes—de l’or et d’autres présents—selon ses moyens.

Verse 98

स्वर्णं चान्नं च वासांसि यो दद्याच्छ्रद्धयाऽन्वितः । संगमे विधिवद्विद्वान्स याति परमां गतिम्

Quiconque, animé de foi, offre or, nourriture et vêtements au saint confluent, selon le rite et avec discernement, atteint l’état suprême.

Verse 99

वर्षेवर्षे तु कर्तव्यो जागरः पुण्यतत्परैः

D’année en année, ceux qui aspirent au mérite doivent observer la veille nocturne (jāgara).

Verse 100

हरिः पूज्यो द्विजाः सम्यक्संतोष्याः शक्तितो नरैः । तेन विष्णोः परा तुष्टिः पापानि विफलानि च । भवंति निर्विषाः सर्पा यथा तार्क्ष्यस्य दर्शनात्

Hari doit être adoré, et les hommes, selon leurs moyens, doivent satisfaire convenablement les dvija (brahmanes). Ainsi, Viṣṇu est souverainement comblé et les péchés deviennent sans effet. Comme les serpents deviennent sans venin à la vue de Tārkṣya (Garuḍa), de même les péchés perdent leur force.

Verse 101

तत्र स्नातो दिवं याति अत्र स्नातः सुखी भवेत

Se baigner là-bas mène au ciel ; se baigner ici rend heureux (même en cette vie).

Verse 102

त्रिषु लोकेषु ये केचित्प्राणिनः सर्व एव ते । तर्प्यमाणाः परां तृप्तिं यांति संगमजैर्जलैः

Tous les êtres vivants des trois mondes—lorsqu’on leur offre la satisfaction (tarpana)—atteignent la plénitude suprême grâce aux eaux nées de la confluence sacrée (Saṅgama).

Verse 103

भूतानामिह सर्वेषां दुःखोपहतचेतसाम् । गतिमन्वेषमाणानां न संगमसमा गतिः

Pour tous les êtres ici, dont l’esprit est frappé par la peine et qui cherchent un refuge véritable, il n’est point de destination égale au Saṅgama.

Verse 104

सप्तावरान्सप्तपरान्पुरुषश्चात्मनासह । पुंसस्तारयते सर्वान्संगमे स्नानमाचरन्

L’homme qui accomplit le bain sacré au Saṅgama délivre tous les siens—sept générations avant et sept après—avec lui-même.

Verse 105

जात्यंधैरिह ते तुल्यास्तथा पंगुभिरेव च । समेत्यात्र च न स्नान्ति सरयूघर्घरसंगमे

Ici, on les tient pour semblables aux aveugles de naissance, et pareillement aux boiteux : bien qu’ils soient venus, ils ne se baignent pas au confluent de la Sarayū et de la Ghargharā.

Verse 106

वर्णानां ब्राह्मणो यद्वत्तथा तीर्थेषु संगमः । सरयूघर्घरायोगे वैष्णवस्थो नरः सदा

De même que le brāhmaṇa est le premier parmi les varṇa, de même le Saṅgama est le premier parmi les tīrtha. À la rencontre de la Sarayū et de la Ghargharā, l’homme demeure toujours en état vaiṣṇava (accordé à Viṣṇu).

Verse 107

अत्र स्नानेन दानेन यथा शक्त्या जितेंद्रियः । होमेन विधिपुक्तेन नरः स्वर्गमवाप्नुयात्

Ici, par le bain et le don selon sa capacité, les sens maîtrisés, et par le homa accompli selon la règle, l’homme obtient le ciel.

Verse 108

नरो वा यदि वा नारी विधिवत्स्नानमाचरेत् । स्वर्गलोकनिवासो हि भवेत्तस्य न संशयः

Qu’il soit homme ou femme, s’il accomplit le bain rituel selon la règle, il obtiendra assurément demeure dans les mondes célestes — sans aucun doute.

Verse 109

यथा वह्निर्दहेत्सर्वं शुष्कमार्द्रमथापि वा । भस्मीभवंति पापानि तत्समागममज्जनात्

De même que le feu consume toute chose—sèche ou même humide—ainsi les péchés sont réduits en cendres par le bain à cette confluence sacrée.

Verse 110

एकतः सर्वतीर्थानि नानाविधिफलानि वै । सरयूघर्घरोत्पन्नसंगमस्त्वधिको भवेत्

D’un côté se trouvent tous les tīrtha avec leurs fruits rituels multiples; pourtant la confluence issue du Sarayū et du Ghargharā est plus éminente encore.

Verse 111

सर्वतीर्थावगाहस्य फलं यादृक्स्मृतं श्रुतौ । तादृक्फलं नृणां सम्यग्भवेत्संगममज्जनात्

Quel que soit le fruit que la Smṛti et la Śruti rappellent pour le bain en tous les tīrtha, ce même fruit est pleinement obtenu par l’homme en s’immergeant à cette confluence.

Verse 112

गोप्रताराभिधं तीर्थमपरं वर्ततेऽनघ । सन्निधौ संगमस्यैव महापातकनाशनम्

Ô toi sans faute, il existe un autre tīrtha nommé Gopratārā; tout près de la confluence même, il détruit jusqu’aux grands péchés.

Verse 113

यत्र स्नानेन दानेन न शोचति नरः क्वचित् । गोप्रतारसमं तीर्थं न भूतं न भविष्यति

Là, par le bain et par le don, l’homme ne tombe jamais dans la peine; nul tīrtha égal à Gopratārā n’a existé, et nul n’existera.

Verse 114

वाराणस्यां यथा विद्वन्वर्त्तते मणिकर्णिका । उज्जयिन्यां यथा विप्र महाकालनिकेतनम्

De même, ô savant, que Maṇikarṇikā est renommée à Vārāṇasī, et de même, ô brāhmane, que la demeure de Mahākāla est illustre à Ujjayinī—

Verse 115

नैमिषे चक्रवापी तु यथा तीर्थतमा स्मृता । अयोध्यायां तथा विप्र गोप्रताराभिधं महत्

De même que Cakravāpī à Naimiṣa est tenu en mémoire comme le plus excellent des tīrtha, de même à Ayodhyā, ô brāhmane, le grand tīrtha nommé Gopratārā tient ce rang éminent.

Verse 116

यत्र रामाज्ञया विद्वन्साकेतनगरीजनाः । अवापुः स्वर्गमतुलं निमज्ज्य परमांभसि

Là, ô savant, par l’ordre de Rāma, les gens de la cité de Sāketa obtinrent un ciel incomparable après s’être immergés dans ces eaux suprêmes.

Verse 117

व्यास उवाच । अवापुस्ते कथं स्वर्गं साकेतनगरीजनाः । कथं च राघवो विद्वन्नेतत्कथय सुव्रत

Vyāsa dit : « Comment les gens de la cité de Sāketa ont-ils atteint le ciel ? Et comment Rāghava a-t-il accompli cela ? Ô savant aux vœux nobles, raconte-le-moi. »

Verse 118

अगस्त्य उवाच । सावधानः शृणु मुने कथामेतां सुविस्तरात् । यथाजगाम रामोऽसौ स्वर्गं स च पुरीजनः

Agastya dit : « Écoute avec attention, ô sage, ce récit en plein détail : comment Rāma alla au ciel, et comment les gens de la cité partirent avec lui. »

Verse 119

पुरा रामो विधायैव देवकार्य्यमतंद्रितः । स्वर्गं गंतुं मनश्चक्रे भ्रातृभ्यां सह वीरधीः

Autrefois, Rāma—infatigable à accomplir l’œuvre des dieux—l’ayant menée à terme, résolut en son cœur de gagner le ciel avec ses frères, ce héros à l’âme inébranlable.

Verse 120

ततो निशम्य चारेण वानराः कामरूपिणः । ऋक्षगोपुच्छरक्षांसि समुत्पेतुरनेकशः

Alors, l’ayant appris par leurs éclaireurs, les troupes de Vānaras capables de changer de forme—avec les ours et les rākṣasas Gopuccha—se levèrent et se mirent en route en grand nombre.

Verse 121

देवगंधर्वपुत्राश्च ऋषिपुत्राश्च वानराः । रामक्षयं विदित्वा तु सर्व एव समागताः

Et les Vānaras—fils des dieux et des Gandharvas, et fils des sages—sachant que l’heure du départ de Rāma était venue, se rassemblèrent tous.

Verse 122

ते राममनुगत्योचुः सर्वे वानरयूथपाः । तवानुगमने राजन्संप्राप्ताः स्म इहानघ

Le suivant, tous les chefs des troupes vānara dirent : «Ô Roi, nous sommes venus ici pour t’accompagner dans ta marche ; ô toi sans faute».

Verse 123

यदि राम विनास्माभिर्गच्छेस्त्वं पुरुषर्षभ । सर्वे खलु हताः स्याम दण्डेन महता नृप

«Si toi, ô Rāma—le meilleur des hommes—tu pars sans nous, ô Roi, alors nous serions tous comme frappés à mort par un grand châtiment».

Verse 125

यावत्प्रजा धरिष्यंति तावदेव विभीषण । कारयस्व महद्राज्यं लंकां त्वं पालयिष्यसि

Tant que le peuple subsistera, pour ce même temps, ô Vibhīṣaṇa—administre ce grand royaume ; tu régneras et protégeras Laṅkā.

Verse 126

शाधि राज्यं च खल्वेतन्नान्यथा मे वचः कुरु । प्रजास्त्वं रक्ष धर्मेण नोत्तरं वक्तुमर्हसि

Règne vraiment sur ce royaume—n’agis pas autrement que selon mon ordre. Protège les sujets selon le dharma ; tu n’es pas digne d’élever d’autres objections.

Verse 127

एवमुक्त्वा तु काकुत्स्थो हनुमंतमथाब्रवीत् । वायुपुत्र चिरं जीव मा प्रतिज्ञां वृथा कृथाः

Après avoir ainsi parlé, Kakutstha (Rāma) dit à Hanumān : «Ô fils de Vāyu, vis longtemps—ne rends pas vaine ta promesse.»

Verse 128

यावल्लोका वदिष्यंति मत्कथां वानरर्षभ । तावत्त्वं धारय प्राणान्प्रतिज्ञां प्रतिपालयन्

Tant que, dans les mondes, on dira mon histoire, ô le meilleur des Vānaras, aussi longtemps soutiens ta vie, en gardant fidèlement ton vœu.

Verse 129

मैन्दश्च द्विविदश्चैव अमृतप्राशनावुभौ । यावल्लोका धरिष्यंति तावदेतौ धरिष्यतः

Mainda et Dvivida—tous deux buveurs d’amṛta—demeureront tant que les mondes demeureront ; aussi longtemps ces deux-là subsisteront.

Verse 130

पुत्रपौत्राश्च येऽस्माकं तान्रक्षन्त्विह वानराः । एवमुक्त्वा तु काकुत्स्थः सर्वानथ च वानरान् । मया सार्धं प्रयातेति तदा तान्राघवोऽब्रवीत्

«Que les vānara d’ici protègent nos fils et nos petits-fils.» Ayant ainsi parlé, Kakutstha (Rāma) s’adressa à tous les vānara : «Venez, partez avec moi», leur dit Rāghava.

Verse 131

प्रभातायां तु शर्वर्य्यां पृथुवक्षा महाभुजः । रामः कमलपत्राक्षः पुरोधसमथाब्रवीत्

Quand la nuit se changea en matin, Rāma, à la poitrine large, aux bras puissants, aux yeux pareils aux pétales du lotus, s’adressa alors à son prêtre de famille.

Verse 132

अग्निहोत्राणि यांत्वग्रे दीप्यमानानि सर्वशः । वाजपेयातिरात्राणि निर्यातु च ममाग्रतः

«Que les feux de l’Agnihotra aillent devant moi, flamboyants de toutes parts ; et que les sacrifices du Vājapeya et de l’Atirātra s’avancent aussi devant moi.»

Verse 133

ततो वसिष्ठस्तेजस्वी सर्वं निश्चित्य चेतसा । चकार विधिवत्कर्म महाप्रास्थानिकं विधिम्

Alors le rayonnant Vasiṣṭha, ayant tout résolu en son esprit, accomplit selon le rite prescrit la cérémonie : le grand protocole du départ.

Verse 134

ततः क्षौमाम्बरधरो ब्रह्मचर्यसमन्वितः । कुशानादाय पाणिभ्यां महाप्रस्थानमुद्यतः

Puis, vêtu d’un habit de lin et établi dans le brahmacarya, prenant l’herbe kuśa dans ses deux mains, il se prépara au grand départ.

Verse 135

न व्याहरच्छुभं किंचिदशुभं वा नरेश्वरः । निष्क्रम्य नगरात्तस्मात्सागरादिव चंद्रमाः

Le seigneur des hommes ne prononça rien—ni parole faste ni parole néfaste. Sortant de cette cité, il resplendit tel la lune s’élevant de l’océan.

Verse 136

रामस्य सव्यपार्श्वे तु सपद्मा श्रीः समाश्रिता । दक्षिणे ह्रीर्विशालाक्षी व्यवसायस्तथाग्रतः

À la gauche de Rāma se tenait Śrī (Lakṣmī) avec le lotus; à sa droite, Hrī aux grands yeux, la pudeur; et devant lui avançait Vyavasāya, l’effort résolu.

Verse 137

नानाविधायुधान्यत्र धनुर्ज्याप्रभृतीनि च । अनुव्रजंति काकुत्स्थं सर्वे पुरुष विग्रहाः

Là, des armes de toutes sortes—à commencer par les arcs et leurs cordes—suivaient Kakutstha; toutes, comme incarnées en personnes, l’accompagnaient.

Verse 138

वेदो ब्राह्मणरूपेण सावित्री सव्यदक्षिणे । ओंकारोऽथ वषङ्कारः सर्वे रामं तदाऽव्रजन्

Le Veda, sous la forme d’un brāhmane, et Sāvitrī à gauche et à droite; ainsi que Oṃkāra et Vaṣaṭkāra—tous alors accompagnèrent Rāma.

Verse 139

ऋषयश्च महात्मानः सर्वे चैव महीधराः । अनुगच्छन्ति काकुत्स्थं स्वर्गद्वारमुपस्थितम्

Tous les sages magnanimes—fermes comme des montagnes—suivirent Kakutstha, tandis que la porte du ciel se tenait présente devant lui.

Verse 140

तथानुयांति काकुत्स्थमंतःपुरगताः स्त्रियः । सवृद्धाबालदासीकाः सपर्षद्द्वाररक्षकाः

De même, les femmes du gynécée suivirent Kakutstha, avec les vieillards, les enfants, les servantes, les gens de la cour et même les gardiens des portes.

Verse 141

सान्तःपुरश्च भरतः शत्रुघ्नसहितो ययौ । रामं व्रजंतमागम्य रघुवंशमनुव्रताः

Alors Bharata partit lui aussi, avec les femmes de sa maison et accompagné de Śatrughna. Ayant rejoint Rāma au moment où il s’en allait, ils le suivirent, fidèles au vœu de droiture de la lignée de Raghu.

Verse 142

ततो विप्रा महात्मानः साग्निहोत्राः समंततः । सपुत्रदाराः काकुत्स्थमनुगच्छति सर्वशः

Puis, de toutes parts, les brāhmaṇas au grand cœur, gardiens de l’Agnihotra, suivirent Kakutstha, avec leurs fils et leurs épouses, en tout et pleinement.

Verse 143

मंत्रिणो भृत्ययुक्ताश्च सपुत्राः सहबांधवाः । सर्वे ते सानुगाश्चैव ह्यनु गच्छंति राघवम्

Les ministres aussi, avec leurs serviteurs, leurs fils et leurs parents : tous, avec leurs suites entières, suivirent Rāghava.

Verse 144

ततः सर्वाः प्रकृतयो हृष्टपुष्टजनावृताः । गच्छंतमनुगच्छंतिराघवं गुणरंजिताः

Alors tous les sujets, entourés de foules joyeuses et florissantes, suivirent Rāghava dans sa marche, le cœur ravi par ses vertus.

Verse 145

तथा प्रजाश्च सकलाः सपुत्राश्च सवबांधवाः । राघवस्यानुगाश्चासन्दृष्ट्वा विगतकल्मषम्

De même, tout le peuple—avec ses fils et ses proches—devint disciple de Rāghava, l’ayant contemplé pur, sans aucune tache de péché.

Verse 146

स्नाताः शुक्लाम्बरधराः सर्वे प्रयतमानसाः । कृत्वा किलकिलाशब्दमनुयाताश्च राघवम्

Tous, après s’être baignés et avoir revêtu des vêtements blancs, l’esprit discipliné, suivirent Rāghava en poussant de retentissants cris de joie.

Verse 147

न कश्चित्तत्र दीनोऽभून्न भीतो नातिदुःखितः । प्रहृष्टा मुदिताः सर्वे वभूवुः परमाद्भुताः

Là, nul n’était misérable, nul n’était craintif, nul n’était accablé de chagrin. Tous étaient ravis et joyeux : un spectacle absolument merveilleux.

Verse 148

द्रष्टुकामाश्च निर्वाणं राज्ञो जनपदास्तथा । संप्राप्तास्तेऽपि दृष्ट्वैव नभोमार्गेण चक्रिणम्

Et les gens des provinces voisines, désireux d’assister à la délivrance du roi, arrivèrent eux aussi ; et, rien qu’en voyant le souverain—cheminant par la voie du ciel—ils obtinrent également l’accomplissement de leur dessein.

Verse 149

ऋक्षवानररक्षांसि जनाश्च पुरवासिनः । आगत्य परया भक्त्या पृष्ठतः समुपाययुः

Ours, singes et rākṣasas—avec les habitants de la cité—vinrent, et, dans une dévotion suprême, suivirent de tout près par derrière (Rāma).

Verse 150

तानि भूतानि नगरे ह्यन्तर्धानगतान्यपि । राघवं तेऽप्यनुययुः स्वर्गद्वारमुपस्थितम्

Ces êtres de la cité —même ceux devenus invisibles— suivirent aussi Rāghava, tandis que la porte du ciel se tenait devant lui.

Verse 151

यानि पश्यंति काकुत्स्थं स्थावराणि चराणि च । सत्त्वानि स्वर्गगमने मतिं कुर्वंति तान्यपि

Quels que soient les êtres —immobiles ou mouvants— qui virent Kākutstha, eux aussi tournèrent leur intention vers l’accès au ciel.

Verse 152

नासीत्सत्त्वमयोध्यायां सुसूक्ष्ममपि किंचन । यद्राघवं नानुयाति स्वर्गद्वारमुपस्थितम्

À Ayodhyā, il n’y eut aucun être vivant —si subtil fût-il— qui ne suivît Rāghava lorsque la porte du ciel était toute proche.

Verse 153

अथार्द्धयोजनं गत्वा नदीं पश्चान्मुखो ययौ । सरयूं पुण्यसलिलां ददर्श रघुनंदनः

Puis, après avoir parcouru une demi-yojana, il se retourna vers le fleuve ; et Raghunandana contempla la Sarayū, dont les eaux sont saintes.

Verse 154

अथ तस्मिन्मुहूर्ते तु ब्रह्मा लोकपितामहः । सर्वैः परिवृतो देवैरृषिभिश्च महात्मभिः । आययौ तत्र काकुत्स्थं स्वर्गद्वारमुपस्थितम्

À cet instant même, Brahmā, l’Aïeul des mondes, arriva en ce lieu, entouré de tous les dieux et des sages au grand cœur, tandis que Kākutstha se tenait à la porte du ciel.

Verse 155

विमानशतकोटीभिर्दिव्याभिः सर्वतो वृतः । दीपयन्सर्वतो व्योम ज्योतिर्भूतमनुत्तमम्

Encerclé de toutes parts par des centaines de crores de vimānas divins, il illumina le ciel en tout lieu, devenant une masse de splendeur sans pareille.

Verse 156

स्वयंप्रभैश्च तेजोभिर्महद्भिः पुण्यकर्मभिः । पुण्या वाता ववुस्तत्र गन्धवंतः सुखप्रदाः

Là, de grandes splendeurs, lumineuses d’elles-mêmes et nées d’actes méritoires, rayonnèrent; et des vents saints soufflèrent, parfumés et dispensateurs de joie.

Verse 157

सपुण्यपुष्पवर्षं च वायुयुक्तं महाजवम् । गन्धर्वैरप्सरोभिश्च तस्मिन्सूर्यौपस्थितः

Là s’éleva une pluie de fleurs sacrées, poussée par des vents rapides; et les Gandharvas ainsi que les Apsaras apparurent aussi pour honorer l’événement.

Verse 158

शरयूसलिलं रामः पद्भ्यां स समुपास्पृशत् । ततो ब्रह्मा सुरैर्युक्तः स्तोतुं समुपचक्रमे

Alors Rāma effleura de ses pieds les eaux de la Sarayū; puis Brahmā, accompagné des dieux, se mit à chanter ses louanges.

Verse 159

त्वं हि लोकपतिर्देव न त्वां जानाति कश्चन । अहं ते वै विशालाक्ष भूतपूर्वपरिग्रहः

Ô Deva, tu es véritablement le Seigneur des mondes; nul ne connaît pleinement ta nature. Ô Toi aux vastes yeux, je suis à toi, serviteur et bien déjà reçu depuis les temps anciens.

Verse 160

त्वमचिंत्यं महद्भूतमक्षयं लोकसंग्रहे । यामिच्छसि महावीर्य तां तनुं प्रविश स्वकाम्

Tu es inconcevable : un principe immense et impérissable qui maintient l’ordre des mondes. Ô héros à la vaillance souveraine, entre dans le corps même que tu désires, selon ta propre volonté.

Verse 161

पितामहस्य वचनादिदमेवाविशत्स्वयम् । सुदिव्यं वैष्णवं तेजः संसारं स सहानुजः । ततो विष्णुतनुन्देवाः पूजयन्तः सुरोत्तमम्

Sur la parole du Pitāmaha, cette splendeur vaiṣṇava, souverainement divine, entra d’elle‑même dans le monde du saṃsāra, avec sa part plus jeune pour compagne. Alors les dieux, adorant le Suprême parmi les devas, honorèrent la forme même de Viṣṇu.

Verse 162

साध्या मरुद्गणाश्चैव सेन्द्राः साग्निपुरोगमाः । ये च दिव्या ऋषिगणा गन्धर्वाप्सरसस्तथा । सुपर्णा नागयक्षाश्च दैत्यदानवराक्षसाः

Les Sādhyas et les troupes des Maruts ; la compagnie d’Indra, avec Agni à leur tête ; les assemblées divines des Ṛṣis ; les Gandharvas et les Apsaras aussi ; les Suparṇas, les Nāgas et les Yakṣas ; et même les Daityas, les Dānavas et les Rākṣasas—

Verse 163

देवाः प्रहृष्टा मुदिताः सर्वे पूर्णमनोरथाः । साधुसाध्विति ते सर्वे त्रिदिवस्था बभाषिरे

Tous les dieux, transportés de joie, leurs vœux accomplis, parlèrent depuis leurs demeures célestes en s’écriant : « Bien ! Bien ! »

Verse 164

अथ विष्णुर्महातेजाः पितामहमुवाच ह । एषां लोकं जनौघानां दातुमर्हसि सुव्रत

Alors Viṣṇu, rayonnant d’une grande splendeur, dit au Pitāmaha : « Ô toi aux vœux nobles, il te convient d’accorder un monde béni à ces multitudes d’hommes. »

Verse 165

इमे तु सर्वे मत्स्नेहादायाताः सर्वमानवाः । भक्ताश्च भक्तिमन्तश्च त्यक्तात्मानोऽपि सर्वशः

Tous ces êtres humains sont venus ici par amour pour moi : des dévots, fermes dans la bhakti, et entièrement abandonnés à moi en toute manière.

Verse 166

तच्छ्रुत्वा विष्णुकथितं सर्वलोकेश्वरोऽब्रवीत् । लोकं सन्तानिकं नाम संस्थास्यंति हि मानवाः

Ayant entendu les paroles de Viṣṇu, le Seigneur de tous les mondes répondit : «Les humains atteindront assurément un séjour nommé Santānika».

Verse 167

स्वर्गद्वारेऽत्र वै तीर्थे राममेवानुचिन्तयन् । प्राणांस्त्यजति भक्त्या वै स संतानं परं लभेत्

En ce Tīrtha nommé Svargadvāra, celui qui quitte la vie dans la dévotion, ne méditant que Rāma, obtient le Santānika suprême.

Verse 168

सर्वे संतानिकंनाम ब्रह्मलोकादनन्तरम् । वानराश्च स्वकां योनिं राक्षसाश्चापि राक्षसीम्

Tous atteignent le séjour nommé Santānika, immédiatement après Brahmaloka. Les Vānaras obtiennent la naissance qu’ils désirent, et les Rākṣasas aussi la condition de Rākṣasa.

Verse 169

यस्या विनिःसृता ये वै सुरासुरतनूद्भवाः । आदित्यतनयश्चैव सुग्रीवः सूर्यमण्डलम्

De là surgirent des êtres dont les corps étaient nés parmi les dieux et les asuras ; et apparut aussi Sugrīva, fils d’Āditya (le Soleil), avec l’orbe solaire, le Sūryamaṇḍala.

Verse 170

ऋषयो नागयक्षाश्च प्रयास्यन्ति स्वकारणम् । तथा ब्रुवति देवेशे गोप्रतारमुपस्थितम्

«Les sages, les Nāgas et les Yakṣas s’en iront, chacun vers sa propre demeure.» Tandis que le Seigneur des dieux parlait ainsi, ils atteignirent le lieu nommé Gopratāra, qui se tenait devant eux.

Verse 171

तज्जलं सरयूं भेजे परिपूर्णं ततो जलम् । अवगाह्य जलं सर्वे प्राणांस्त्यक्त्वा प्रहृष्टवत्

Cette eau se mêla à la Sarayū, et les eaux en devinrent pleinement comblées. Y entrant dans cette eau, tous—dans la joie—abandonnèrent le souffle de vie (quittant le corps).

Verse 172

मानुषं देहमुत्सृज्य ते विमानान्यथारुहन् । तिर्यग्योनिगता ये च प्रविश्य सरयूं तदा

Ayant rejeté leur corps humain, ils montèrent alors sur des vimānas célestes. Et ceux aussi qui étaient nés dans des matrices animales, en entrant alors dans la Sarayū, partagèrent la même élévation.

Verse 173

देहत्यागं च ते तत्र कृत्वा दिव्यवपुर्द्धराः । तथान्यान्यपि सत्त्वानि स्थावराणि चराणि च

Là, ils accomplirent l’abandon du corps et revêtirent des formes divines. De même, d’autres êtres—immobiles comme mobiles—furent eux aussi touchés par cette sainteté.

Verse 174

प्राप्य चोत्तमदेहं वै देवलोकमुपागमन् । तस्मिंस्तत्र समापन्ने वानरा ऋक्षराक्षसाः । तेऽपि प्रविविशुः सर्वे देहान्निक्षिप्य वै तदा

Ayant obtenu des corps excellents, ils gagnèrent en vérité le monde des dieux. Quand cela fut accompli, les Vānaras, les ours et les Rākṣasas aussi—tous—y entrèrent, déposant alors leurs corps.

Verse 175

तदा स्वर्गं गताः सर्वे स्मृत्वा लोकगुरुं विभुम् । जगाम त्रिदशैः सार्द्धं रामो हृष्टो महामतिः

Alors tous gagnèrent le ciel, se souvenant du Seigneur tout-puissant, Guru des mondes. Rāma, l’âme magnanime, s’en alla dans la joie avec les trente-trois dieux.

Verse 176

अतस्तद्गोप्रताराख्यं तीर्थं विख्यातिमागतम् । गोप्रतारे परो मोक्षो नान्यतीर्थेषु विद्यते

Ainsi, le gué sacré nommé Gopratāra devint renommé. À Gopratāra se trouve la délivrance suprême (mokṣa) ; une telle mokṣa n’existe pas dans les autres tīrthas.

Verse 177

जन्मान्तरशतैर्विप्र योगोऽयं यदि लभ्यते । मुक्तिर्भवति तत्त्वेकजन्मना लभ्यते न वा

Ô brāhmane, si cet accomplissement du yoga ne s’obtient qu’après des centaines de naissances, alors la délivrance advient certes. Mais l’unique état de la Vérité, s’obtient-il en une seule vie, ou non ?

Verse 178

गोप्रतारे न सन्देहो हरिर्भक्त्या सुनिष्ठितः । एकेन जन्मनान्योऽपि योगमोक्षं च विन्दति

À Gopratāra, nul doute : Hari y demeure fermement établi par la dévotion (bhakti). En une seule vie, même un autre obtient l’accomplissement du yoga et la délivrance.

Verse 179

गोप्रतारे नरो विद्वान्योऽपि स्नाति सुनिश्चितः । विशत्यसौ परं स्थानं योगिनामपि दुर्लभम्

Quiconque — fût-il un homme savant — se baigne à Gopratāra avec une foi inébranlable, entre assurément dans la demeure suprême, difficile à atteindre même pour les yogin.

Verse 180

कार्तिक्यां च विशेषेण स्नातव्यं विजितेन्द्रियैः । कार्तिके मासि विप्रर्षे सर्वे देवाः सवासवाः । स्नातुमायान्त्ययोध्यायां गोप्रतारे विशेषतः

Et surtout en Kārtikā, ceux qui ont vaincu leurs sens doivent se baigner. Ô le meilleur des brāhmaṇas, au mois de Kārtika tous les dieux—avec Indra—viennent à Ayodhyā pour se baigner, tout particulièrement à Gopratāra.

Verse 181

गोप्रतारसमं तीर्थं न भूतं न भविष्यति । यत्र प्रयागराजोऽपि स्नातुमायाति कार्तिके

Il n’a pas existé et il n’existera pas de gué sacré égal à Gopratāra, où même Prayāga, roi des tīrthas, vient en Kārtika pour se baigner.

Verse 182

निष्पापः कलुषं त्यक्त्वा शुक्लांगः सितकंचुकः । शुद्ध्यर्थं साधुकामोऽसौ प्रयागे मुनिसत्तमः

Ce meilleur des sages—sans péché—ayant rejeté l’impureté, aux membres blancs et vêtu de blanc, vient à Prayāga en quête de purification et du bien.

Verse 183

यानि कानि च तीर्थानि भूमौ दिव्यानि सुव्रत । कार्तिक्यां तानि सर्वाणि गोप्रतारे वसन्ति वै

Ô toi aux vœux excellents, quels que soient les tīrthas divins sur la terre, tous, en Kārtikā, demeurent véritablement à Gopratāra.

Verse 184

गोप्रतारे जपो होमः स्नानं दानं च शक्तितः । सर्वमक्षयतां याति श्रद्धया नियमव्रतम्

À Gopratāra, le japa, le homa, le bain et l’aumône—accomplis selon ses moyens—tout devient d’un mérite inépuisable lorsqu’on les fait avec foi et des vœux de discipline.

Verse 185

कार्तिके प्राप्य तद्यन्ति तीर्थानि सकलान्यपि । गोप्रतारं गमिष्यामः पापं त्यक्तुमितीच्छया

À l’arrivée de Kārtika, tous les tīrthas se mettent eux aussi en route vers ce lieu. «Allons à Gopratāra», décident-ils, avec le désir d’abandonner le péché.

Verse 186

गोप्रतारे कृतं स्नानं सर्वपापप्रणाशनम् । गोप्रतारे नरः स्नात्वा दृष्ट्वा गुप्तहरिं विभुम् । सर्वपापैः प्रमुच्येत नात्र कार्या विचारणा

Le bain accompli à Gopratāra détruit tous les péchés. Celui qui s’y baigne et y contemple le majestueux «Gupta-Hari» est délivré de toute faute—ici, nul besoin de doute ni d’hésitation.

Verse 187

विष्णुमुद्दिश्य विप्राणां पूजनं च विशेषतः । कर्त्तव्यं श्रद्धया युक्तैः स्नानपूर्वं यतव्रतैः

Ayant Viṣṇu à l’esprit, il convient d’accomplir tout particulièrement la vénération des brāhmaṇas; ceux qui sont pourvus de foi et de vœux disciplinés doivent le faire après s’être d’abord baignés.

Verse 189

अन्नं बहुविधं हेम वासांसि विविधानि च । दातव्यानि हरेः प्राप्त्यै भक्त्या परमया युतैः

Il convient d’offrir en aumône des nourritures variées, de l’or et des vêtements de toutes sortes; par ceux qui sont unis à la dévotion suprême, afin d’atteindre Hari.

Verse 190

सूर्यग्रहे कुरुक्षेत्रे नर्मदायां शशिग्रहे । तुलादानस्य यत्पुण्यं तदत्र दीपदानतः

Le mérite acquis en accomplissant le grand «tulā-dāna» à Kurukṣetra lors d’une éclipse solaire, ou sur la Narmadā lors d’une éclipse lunaire—ici, ce même mérite naît de la simple offrande d’une lampe.

Verse 191

घृतेन दीपको यस्य तिलतैले न वा पुनः । ज्वलते मुनिशार्दूल हयमेधेन तस्य किम्

Ô tigre parmi les sages, pour celui dont la lampe brûle—avec du ghee ou bien avec de l’huile de sésame—quel besoin aurait-il du sacrifice de l’Aśvamedha ?

Verse 192

तेनेष्टं क्रतुभिः सर्वैः कृतं तीर्थावगाहनम् । दीपदानं कृतं येन कार्त्तिके केशवाग्रतः

Celui qui, au mois de Kārttika, offre le don d’une lampe devant Keśava, a comme accompli tous les sacrifices, et comme effectué les bains dans les tīrtha.

Verse 193

नानाविधानि तीर्थानि भुक्तिमुक्तिप्रदानि च । गोप्रतारस्य तान्यत्र कलां नार्हंति षोडशीम्

Bien des tīrtha, de maintes sortes, accordent jouissance et délivrance; pourtant ici, ils ne valent pas même un seizième de la grandeur de Gopratāra.

Verse 194

स्वर्णमल्पं च यो दद्याद्ब्राह्मणे वेदपारगे । शुभां गतिमवाप्नोति ह्यग्निवच्चैव दीप्यते

Quiconque donne ne fût-ce qu’un peu d’or à un brāhmaṇa versé dans les Veda obtient une destinée propice et resplendit comme le feu.

Verse 195

गोप्रताराभिधे तीर्थे त्रिलोकीविश्रुते द्विज । दत्त्वान्नं च विधानेन न स भूयोऽभिजायते

Ô deux-fois-né, au tīrtha nommé Gopratāra, renommé dans les trois mondes, celui qui donne de la nourriture selon la règle ne renaît plus.

Verse 196

तत्र स्नानं तु यः कुर्याद्विप्रान्संतर्पयेन्नरः । सौत्रामणेश्च यज्ञस्य फलं प्राप्नोति मानवः

Quiconque s’y baigne et comble les brāhmanes par l’hospitalité et la nourriture offertes selon le rite, obtient le fruit du sacrifice Sautrāmaṇi.

Verse 197

एकाहारस्तु यस्तिष्ठेन्मासं तत्र यतव्रतः । यावज्जीवकृतं पापं सहसा तस्य नश्यति

Mais celui qui y demeure un mois, observant son vœu avec maîtrise et ne prenant qu’un seul repas par jour, voit s’anéantir d’un coup les péchés amassés durant toute sa vie.

Verse 198

अग्निप्रवेशं ये कुर्युर्गोप्रतारे विधानतः । ते विशंति पदं विष्णोर्निःसंदग्धं तपोधन

Ô trésor d’ascèse, ceux qui, selon l’ordonnance juste, accomplissent l’entrée dans le feu à Gopratāra, pénètrent l’état de Viṣṇu, intacts, sans brûlure.

Verse 199

कुर्वंत्यनशनं येऽत्र विष्णुभक्त्या सुनिश्चिताः । न तेषां पुनरावृत्तिः कल्पकोटिशतैरपि

Ceux qui, ici, entreprennent le jeûne jusqu’à la mort, fermement résolus par la dévotion à Viṣṇu, pour eux il n’est plus de retour à la renaissance, fût-ce après des centaines de crores de kalpa.

Verse 200

अर्चयेद्यस्तु गोविंदं गोप्रतारे हि मानवः । दशसौवर्णिकं पुण्यं गोप्रतारे प्रकथ्यते

Ô homme, quiconque adore Govinda au gué sacré nommé Gopratāra: il est proclamé que, à Gopratāra, ce culte confère un mérite égal au don de dix pièces d’or.

Verse 201

अग्निहोत्रफलो धूपो गोविंदस्य समर्पितः । भूमिदानेन सदृशं गंधदानफलं स्मृतम्

L’encens offert à Govinda est dit conférer le fruit de l’Agnihotra. Le mérite du don de parfum est rappelé comme égal au mérite du don de terre.

Verse 202

अत्यद्भुतमिदं विद्वन्स्थानमेतत्प्रकीर्तितम् । कार्त्तिक्यां तु विशेषेण अत्र स्नात्वा शुचिव्रतः

Ô savant, ce lieu a été proclamé comme des plus merveilleux. Surtout au mois de Kārttika, celui qui s’y baigne et observe des vœux de pureté…