
Le chapitre se présente comme un dialogue théologique : Devī interroge l’origine du Bhārgava nommé Oūrva dans le Manvantara actuel. Īśvara expose une étiologie de violence et de rétribution : des kṣatriya, avides de richesses, massacrent des brāhmaṇa ; une femme seule sauve un fœtus en le dissimulant dans la cuisse (ūru), d’où Oūrva naît. Oūrva engendre alors un feu farouche, né de l’ascèse (tapas)—Raudra Oūrva/Vāḍava—qui menace de consumer la terre ; les dieux se réfugient auprès de Brahmā. Brahmā apaise Oūrva et ordonne que ce feu soit dirigé vers l’océan plutôt que de dévorer le monde. Sarasvatī reçoit mission de porter le feu consacré dans un vase d’or ; son voyage devient un itinéraire sacré détaillé : à travers l’Himalaya et les contrées occidentales, elle disparaît (antardhāna) puis reparaît en des puits et tīrtha nommés—tel Gandharva-kūpa—tissant un réseau d’étapes : sites d’Īśvara, sangama (confluences), forêts, gués et lieux rituels. Au terme, au bord de la mer, Sarasvatī relâche le feu Vāḍava dans les eaux salées ; Agni accorde une grâce, mais demeure contenu par un ordre scellé par un anneau afin de ne pas assécher l’océan. Le chapitre s’achève par la phalaśruti : rareté et puissance de Prācī Sarasvatī, mérite d’Agni-tīrtha, et ordre de vénération définissant la “Raudrī yātrā” comme destructrice des péchés (Sarasvatī, Kapardin/Śiva, Kedāra, Bhīmeśvara, Bhairaveśvara, Caṇḍīśvara, Someśvara, Navagraha, Rudra-ekādaśa et Brahmā sous forme d’enfant).
Verse 1
देव्युवाच । भगवन्भार्गवे वंशे यस्त्वौर्वः कथितस्त्वया । वैवस्वतेंऽतरे चास्मिंस्तस्योत्पत्तिं वद प्रभो
La Déesse dit : Ô Seigneur, tu as parlé d’Aaurva dans la lignée des Bhārgava, et dans ce Manvantara de Vaivasvata. Dis-moi, ô Maître, comment il naquit.
Verse 2
ईश्वर उवाच । ब्राह्मणा निहता ये तु क्षत्रियैर्वित्तकारणात् । क्षयं नीतास्तु ते सर्वे सपुत्राश्च सगर्भतः
Īśvara dit : Les brāhmanes que les kṣatriya tuèrent par convoitise de richesses furent tous voués à la destruction, avec leurs fils, et même avec les êtres encore dans le sein maternel.
Verse 3
म्रियमाणेषु सर्वेषु एका स्त्री समतिष्ठत । तया तु रक्षितो गर्भ ऊर्वोर्देशे निधाय च
Alors que tous étaient mis à mort, une seule femme demeura inébranlable. Par elle, l’embryon fut sauvé, déposé dans la région de sa cuisse.
Verse 4
अन्यासां चैव नारीणां सर्वासामपि भामिनि । गर्भानि पातितास्तैस्तु द्रव्यार्थं क्षत्रियाधमैः
Et pour les autres femmes aussi—toutes, ô belle—leurs grossesses furent arrachées par ces kṣatriya infâmes, par désir de butin et de richesses.
Verse 5
कालांतरे ततो भित्त्वा कुरुदेशं महाप्रभः । निर्गतोत्तंभितशिरा ज्वलदास्योतिभीषणः
Après quelque temps, ce Très-Puissant jaillit en fendant la terre des Kurus. Il apparut la tête haute, la bouche flamboyante, d’un aspect terrifiant.
Verse 6
तद्वैरं हृदि चाधाय ददाह वसुधातलम् । उत्पाद्य वह्निं तपसा रौद्रमौर्वं जलाशनम्
Portant cette inimitié dans son cœur, il embrasa la surface de la terre. Par l’austérité, il fit naître un feu—la flamme farouche d’Aaurva, dévoreuse même des eaux.
Verse 7
तमिन्द्रः प्लावयामास वृष्ट्यौघैर्वरवर्णिनि । न शशाक यदा नेतुं तदा स यतवाक्स्थितः
Ô toi au teint éclatant, Indra voulut le submerger sous des torrents de pluie. Mais ne pouvant le dompter, il demeura contenu, la parole retenue dans l’impuissance.
Verse 8
ततो देवाः सगंधर्वा ब्रह्माणं शरणं गताः । अभवन्भयसंत्रस्ताः सर्वे प्रांजलयः स्थिताः
Alors les dieux—avec les Gandharvas—se rendirent auprès de Brahmā pour y chercher refuge. Saisis d’effroi, tous se tinrent les mains jointes en supplication.
Verse 10
देवा ऊचुः । भगवन्भार्गवे वंशे जातः कोऽपि महाद्युतिः । अग्निरूपेण सर्वं स ददाह वसुधातलम् । कृतो यत्नः पुराऽस्माभिस्तद्विनाशाय सत्तम । जलेन वृद्धिमायाति ततो नो भयमागतम्
Les dieux dirent : «Ô Bienheureux, dans la lignée des Bhārgava est né quelqu’un d’un éclat immense. Sous la forme du feu, il a brûlé toute la surface de la terre. Jadis nous avons tenté de le détruire, ô le meilleur des justes ; mais il grandit par l’eau—c’est pourquoi la peur s’est abattue sur nous.»
Verse 11
विनष्टे भूतले देव अग्निष्टोमादिकाः क्रियाः । उच्छिद्यते ततोऽस्माकं नाशो नूनं भविष्यति
Ô Dieu, lorsque la surface de la terre sera détruite, les rites tels que l’Agniṣṭoma et les autres seront interrompus. Une fois retranchés, notre ruine s’ensuivra assurément.
Verse 12
तस्माद्यत्नं कुरु विभो त्रैलोक्यहितकाम्यया
C’est pourquoi, ô Puissant, déploie ton effort, désirant le bien des trois mondes.
Verse 13
ततो ब्रह्मा सुरैः सार्द्धं भार्गवैश्च मह र्षिभिः । आगत्य चाब्रवीदौर्वं किमर्थं दहसि क्षितिम्
Alors Brahmā, accompagné des dieux et des grands sages Bhārgava, vint et dit à Aūrva : «Pour quelle raison brûles-tu la terre ?»
Verse 14
विरामः क्रियतां सद्यो ममार्थं च द्विजोत्तम
«Qu’il y ait cessation sur-le-champ, aussi pour moi, ô meilleur des deux-fois-nés.»
Verse 15
और्व उवाच । एष एव निवृत्तोऽहं तव वाक्येन सत्तम । एष वह्निर्मयोत्सृष्टः स विभो तव शासनात्
Aūrva dit : «Par ta seule parole, ô le plus excellent des vertueux, j’ai réellement cessé. Ce feu que j’ai relâché, ô Puissant, agira selon ton commandement.»
Verse 16
यथा गच्छेत्समुद्रांतं तथा नीतिर्विधीय ताम्
Ordonne la marche de ce feu de telle sorte qu’il atteigne l’extrémité de l’océan; que la conduite soit réglée en conséquence.
Verse 17
समाहूय ततो देवीं स्वां सुतां पद्मसंभवः । उवाच पुत्रि गच्छ त्वं गृहीत्वाग्निं महोदधिम् । मद्वाक्यं नान्यथा कार्यं गच्छ शीघ्रं महाप्रभे
Alors le Né du Lotus (Brahmā) manda la déesse—sa propre fille—et dit : « Ma fille, va; emportant ce feu, rends-toi au grand océan. Mon ordre ne doit pas être accompli autrement. Va vite, ô toi de grande splendeur. »
Verse 18
सरस्वत्युवाच । एषास्मि प्रस्थिता देव तव वाक्यादसंशयम् । इत्युक्ते साधु साध्वीति ब्रह्मणा समुदाहृता
Sarasvatī dit : « Ô Deva, je pars à l’instant, sans le moindre doute, selon ta parole. » Lorsqu’elle eut ainsi parlé, Brahmā la loua à maintes reprises : « Bien, bien, ô femme vertueuse ! »
Verse 19
ततोभिमंत्रितं वह्निं क्षिप्त्वा कुंभे हिरण्मये । प्रायच्छत सरस्वत्यै स्वयं ब्रह्मा पितामहः । आशिषो विविधा दत्त्वा प्रोवाचेदं पुनः पुनः
Alors Brahmā lui-même, l’Aïeul du monde, après avoir consacré le feu par des mantras et l’avoir déposé dans une urne d’or, le remit à Sarasvatī. Lui accordant maintes bénédictions, il répéta ces paroles encore et encore.
Verse 20
गच्छ पुत्रि न संतापस्त्वया कार्यः कथंचन । अरिष्टं व्रज पंथानं मा संतु परिपन्थिनः
« Va, ma fille; ne t’afflige en aucune manière. Suis la route en sûreté : qu’il n’y ait ni obstacle ni ennemi sur ton chemin. »
Verse 21
ईश्वर उवाच । एवमुक्ता तदा तेन ब्रह्मणा च सरस्वती । हिमवंतं गिरिं प्राप्य पिप्पलादाश्रमात्तदा
Īśvara dit : Ainsi instruite par Brahmā, la déesse Sarasvatī parvint au mont Himavat et se rendit alors à l’āśrama de Pippalāda.
Verse 22
उद्भूता सा तदा देवी अधस्ताद्वृक्षमूलतः । तत्कोटर कुटीकोटिप्रविष्टानां द्विजन्मनाम्
Alors la Déesse se manifesta en ce lieu, depuis le dessous de la racine d’un arbre, là où des multitudes de dvijas—sages « deux fois nés »—étaient entrés dans des cavités et d’innombrables huttes de feuilles pour leurs austérités.
Verse 23
श्रूयन्ते वेदनिर्घोषा सरसारक्तचेतसाम् । विष्णुरास्ते तत्र देवो देवानां प्रवरो गुरुः
Là, l’on entend la résonance des récitations védiques, portée par ceux dont l’esprit, aimant, s’absorbe dans l’essence sacrée. En ce même lieu demeure le Seigneur Viṣṇu, le plus éminent des dieux, le Maître vénéré.
Verse 24
तस्मात्स्थानात्ततो देवी प्रतीच्यभिमुखं ययौ । अन्तर्द्धानेन सा प्राप्ता केदारं हिममध्यगम्
De ce lieu, la Déesse s’en alla tournée vers l’ouest. Par une disparition mystérieuse, elle atteignit Kedāra, situé au cœur des neiges.
Verse 25
तत्संप्लाव्य गिरेः शृंगं केदारस्य पुरः स्थिता । तेनाग्निना करस्थेन दह्यमाना सरस्वती
Après avoir inondé et détrempé le sommet de la montagne, elle se tint devant Kedāra. Sarasvatī, tenant ce feu dans sa main, en était brûlée tandis qu’elle le portait.
Verse 26
भूमिं विदार्य तस्याधः प्रविष्टा गजगामिनी । तदंतर्द्धानमार्गेण प्रवृत्ता पश्चिमामुखी
La Déesse au pas d’éléphant déchira la terre et s’enfonça au-dessous. Puis, par ce chemin souterrain dissimulé, elle s’avança tournée vers l’Occident.
Verse 27
पापभूमिमतिक्रम्य भूमिं भित्त्वा विनि गता । तत्र कूपः समभवन्नाम्ना गन्धर्वसंज्ञितः
Ayant franchi une étendue de terre souillée de péché et fendu le sol, elle reparut. Là naquit un puits, appelé du nom de « Gandharva ».
Verse 28
तस्मात्कूपात्पुनर्दृश्या सा बभूव महानदी । मतिः स्मृतिस्तथा प्रज्ञा मेधा बुद्धिर्गिराधरा
De ce puits elle redevint visible, se manifestant en un grand fleuve. On la loue comme Mati (juste compréhension), Smṛti (mémoire sacrée), Prajñā (sagesse), Medhā (intelligence) et Buddhi (discernement), soutien même de la vie spirituelle de la terre.
Verse 29
उपासिकाः सरस्वत्याः षडेताः प्रस्थितास्तदा । पुनः प्रवृत्ता सा तस्मादुद्भेदात्पश्चिमामुखी
Alors les six servantes dévotes de Sarasvatī se mirent en route. Et de ce même jaillissement de son flot, elle se remit à couler, tournant son cours vers l’Occident.
Verse 30
भूतीश्वरं समायाता सिद्धो यत्र महामुनिः । भूतीश्वरे समीपस्थं तत्र प्राप्ता मनोरमम्
Elle parvint à Bhūtīśvara, où un grand muni avait atteint la perfection. Près de Bhūtīśvara, elle atteignit un lieu charmant et de bon augure.
Verse 31
तस्य दक्षिणदिक्संस्थं रुद्रकोट्युपलक्षितम् । श्रीकंठ देशं विख्यातं गता सर्वौषधीयुतम्
Au sud de ce lieu, elle se rendit dans la contrée fameuse appelée Śrīkaṇṭha, marquée par une Rudrakoṭi—multitude de manifestations de Rudra—et pourvue de toutes sortes d’herbes médicinales.
Verse 32
तस्मात्पुण्यतमाद्देशाच्छ्रीकण्ठात्सा मनस्विनी । संप्राप्ता वह्निना सार्द्धं कुरुक्षेत्रं सरस्वती
Depuis la région très sainte de Śrīkaṇṭha, Sarasvatī, au noble esprit, parvint à Kurukṣetra, accompagnée de Vahni, le Feu sacré.
Verse 33
पुनस्तस्मात्कुरुक्षेत्राद्विराटनगरस्य सा । समुद्भूता समीपस्था अन्तर्द्धानान्मनोरमा । गोपायनो गिरिर्यत्र तत्र सा पुनरुद्गता
Puis, de Kurukṣetra, elle surgit de nouveau près de la cité de Virāṭa—charmante—après s’être éclipsée. Là où se dresse la montagne nommée Gopāyana, là elle reparut encore.
Verse 34
गोपायिता केशवेन यत्र ते पाण्डुनन्दनाः । कुर्वंतः स्वानि कर्माणि न कैश्चिदुपलक्षिता
Là, les fils de Pāṇḍu furent protégés par Keśava (Viṣṇu), accomplissant chacun ses devoirs sans être reconnus de quiconque.
Verse 35
तत्र कुंडे स्थिता देवी महापातकनाशिनी । पुन र्गोपायनाद्देवी क्षेत्रं प्राप्तातिशोभनम्
Là, dans un bassin sacré, la Déesse demeura—anéantissant les grands péchés. Puis, depuis Gopāyana, la Déesse atteignit un kṣetra saint d’une splendeur éminente.
Verse 36
खर्जुरीवनमापन्ना नन्दानाम्नीति तत्र सा । सरस्वती पुनस्तस्माद्वनात्खर्जूरसंज्ञितात्
Elle entra dans la forêt de Kharjurī, où l’on la connut sous le nom de Nandā. Puis la déesse Sarasvatī reprit sa marche, quittant cette forêt appelée Kharjūra.
Verse 37
मेरुपादं समासाद्य मार्कंडाश्रममागता । यत्र मार्कंडकं तीर्थं मेरुपादे समाश्रितम्
Parvenue à Merupāda, elle se rendit à l’āśrama de Mārkaṇḍa. Là, à Merupāda, est établi le tīrtha de Mārkaṇḍaka.
Verse 38
सरस्वती पुनस्तस्मादर्बुदारण्यमाश्रिता । गता वटवनं रम्यं मार्कंडेयाश्रमाच्छुभात्
Puis Sarasvatī, quittant ce lieu, se réfugia dans la forêt d’Arbuda ; et depuis l’āśrama auspicious de Mārkaṇḍeya, elle gagna le charmant Vaṭavana, le bosquet de banians.
Verse 39
तपस्तप्तं पुरा यत्र वसिष्ठेन समाश्रितात् । तस्माद्वटवनात्पुण्यादुदुम्बरवनं गता । मेरुपादे च तत्रैव तण्डिर्यत्रा तपत्तपः
Là, jadis, Vasiṣṭha, ayant établi sa demeure, accomplit des austérités (tapas). De ce Vaṭavana plein de mérite, elle se rendit au bosquet d’Udumbara. Et là même, à Merupāda, se trouve le lieu où Taṇḍi pratiqua son tapas.
Verse 40
ऊदुंबरवनात्तस्मात्पुनर्देवी सरस्वती । अन्तर्द्धानेन शिखरमन्यत्प्राप्ता महानदी
Depuis ce bosquet d’Udumbara, la déesse Sarasvatī reprit encore sa route ; se dérobant aux regards, elle atteignit un autre sommet, tandis qu’elle-même—grand fleuve—poursuivait son cours.
Verse 41
मेरुपादं तु सुमहत्सुरसिद्धनिषेवितम् । भिन्नांजनचयाकारं गोलांगूलमिति स्मृतम्
Ce Merupāda est d’une immensité prodigieuse, fréquenté par les dieux et les siddha ; il ressemble à une masse de roche noire, telle du collyre brisé, et l’on s’en souvient sous le nom de Golāṅgūla.
Verse 42
स्थानं मनोरमं तस्मादुद्गता सा सुमध्यमा । वंशस्तंबात्सुविपुला प्रवृत्ता दक्षिणामुखी
De ce lieu ravissant, elle—la Déesse à la taille gracieuse—surgit ; jaillissant largement d’une souche de bambou, elle se mit à couler tournée vers le sud.
Verse 43
तत्रोद्गमवटस्तस्यास्तत्समाख्यो व्यवस्थितः । ततः प्रभृति सा देवी सुप्रभं प्रकटा स्थिता
Là se dresse son « Udgamavaṭa », le banyan nommé d’après son jaillissement ; et dès lors la Déesse demeura manifestée à Suprabhā.
Verse 44
अंतर्द्धानं परित्यज्य प्राणिनामनुकम्पया । तस्यास्तटेषु रम्येषु संति तीर्थानि कोटिशः
Par compassion pour les êtres vivants, elle renonça à son état caché ; sur ses rives ravissantes se trouvent des tīrtha par dizaines de millions.
Verse 45
तेषु तीर्थेषु सर्वेषु धर्महेतुः सरस्वती । रुद्रावतार मार्गेऽस्मिन्प्रवरं प्रथमं स्मृतम्
Parmi tous ces tīrtha, Sarasvatī est la cause même du dharma ; sur cette voie des manifestations de Rudra, on se souvient d’elle comme de la plus éminente et de la première.
Verse 46
तरत्तरंगनामाढ्यं काकतीर्थं महाप्रभम् । तत्र तीर्थं पुनस्त्वन्यत्तीर्थं धारेश्वरं स्मृतम्
Le glorieux Kāka-tīrtha, renommé sous le nom de Tarattaraṅga, resplendit avec grandeur. Là se trouve encore un autre gué sacré, mémorisé comme le Dhāreśvara-tīrtha.
Verse 47
धारेश्वरात्पुनश्चान्यद्गंगोद्भेदमिति स्मृतम् । सारस्वतं तथा गांगं यत्रैकं संस्थितं जलम् । तस्मादन्यत्परं तीर्थं पुंडरीकं ततः परम्
Depuis Dhāreśvara, il est encore un autre lieu nommé Gaṅgodbheda, où les eaux de la Sarasvatī et de la Gaṅgā demeurent comme une seule. Au-delà se trouve un tīrtha suprême, Puṇḍarīka, et au-delà encore (un autre).
Verse 48
मातृतीर्थं महापुण्यं सर्वातंकहरं परम् । मातृतीर्थात्पुनस्तस्मान्नातिदूरे व्यवस्थितम्
Il est le Mātṛ-tīrtha, d’un mérite immense, suprême, qui dissipe toute affliction. Et depuis ce Mātṛ-tīrtha, non loin de là, se tient encore un autre lieu sacré.
Verse 49
तीर्थं त्वनरकंनाम नरकार्ति भयापहम् । ततस्तस्मादनरकात्तीर्थमन्यत्पुनः स्थितम्
Il est un tīrtha nommé Anaraka, qui ôte la crainte et les tourments de l’enfer. Et depuis cet Anaraka-tīrtha, se tient encore un autre lieu sacré.
Verse 50
संगमेश्वरनामाढ्यं प्रसिद्धं तन्महीतले । ततस्तस्मात्पुनश्चान्यत्तीर्थं कोटीश्वराह्वयम्
Sur la terre est célèbre ce lieu sacré renommé Saṅgameśvara. De là, encore, se trouve un autre tīrtha appelé Koṭīśvara.
Verse 51
ततस्तस्मान्महादेवि शंभुकुण्डेश्वरं स्मृतम् । तीर्थे सरस्वतीतीरे तस्मिन्सिद्धेश्वरं स्मृतम्
Alors, ô Grande Déesse, de là l’on se remémore Śaṃbhukuṇḍeśvara. Et en ce tīrtha, sur la rive de la Sarasvatī, l’on se souvient de Siddheśvara.
Verse 52
सिद्धेश्वरात्पुनस्तस्मात्प्रवृत्ता पश्चिमामुखी । पश्चिमं सागरं गंतुं सखीं स्मृत्वा रुरोद सा
Puis, repartant de Siddheśvara, elle se tourna vers l’ouest. Désirant gagner l’océan occidental, elle se souvint de sa compagne et se mit à pleurer.
Verse 53
स्थित्वा पूर्वमुखा देवी हा गंगेति विना त्वया । एकाकिनी मंदभाग्या क्व गमिष्याम्यबांधवा
La Déesse, se tournant vers l’est, s’écria : «Hélas, ô Gaṅgā ! Sans toi, seule et infortunée, où irai-je, sans parente ni soutien ?»
Verse 54
तां विज्ञाय ततो गंगा रुदतीं शोककर्शिताम् । शीघ्रं स्वर्गात्समायाता तीर्थानां कोटिभिः सह
La reconnaissant alors, en pleurs et accablée par le chagrin, Gaṅgā descendit promptement du ciel, accompagnée de crores de tīrthas.
Verse 55
ततो दुःखं परित्यज्य तत्र प्राची सरस्वती । सर्वदेवगुणैयुक्ता एवं तत्र स्थिताऽभवत्
Alors, rejetant sa peine, Sarasvatī—dont le cours se tourne vers l’est—demeura en ce lieu, pourvue des vertus de tous les dieux ; ainsi resta-t-elle là.
Verse 56
तत्र सिद्धवटंनाम तीर्थं पैतामहं स्मृतम् । वटेश्वरस्य पुरतः सर्वपापक्षयंकरम्
Là se trouve un tīrtha nommé Siddhavaṭa, tenu en mémoire comme « Paitāmaha » (appartenant au Grand-Père, Brahmā). Il se dresse devant Vaṭeśvara et anéantit tous les péchés.
Verse 57
त्रिकालं यत्र रुद्रस्तु समागत्य व्यवस्थितः । तन्महालयमित्युक्तं स्थानं तस्य महात्मनः
Là où Rudra vient et demeure aux trois temps (du jour), ce lieu est nommé « Mahālaya », la grande demeure de cet Être sublime.
Verse 58
पिंडतारकमित्येतत्प्राचीनं तीर्थमुत्तमम् । कुम्भकुक्षिगिरिस्थं तत्पित्र्ये कर्मणि सिद्धिदम्
Ce tīrtha très ancien et suprême est nommé Piṇḍatāraka. Situé sur le mont Kumbhakukṣi, il accorde l’accomplissement des rites aux ancêtres (pitṛ-karman), surtout l’offrande des piṇḍa.
Verse 59
प्राचीनेश्वरदेवस्य पुरोभूतं प्रति ष्ठितम् । प्राची सरस्वती यत्र तत्र किं मृग्यते परम्
Il est établi devant le Seigneur Prācīneśvara. Là où se tient Sarasvatī s’écoulant vers l’orient, quel but plus élevé faudrait-il chercher au-delà de ce lieu ?
Verse 60
निवृत्ते भारते युद्धे तत्र तीर्थे किरीटिना । प्रायश्चित्तं पुरा चीर्णं विष्णुना प्रेरिता त्मना
Après la fin de la guerre du Bhārata, en ce tīrtha le Diadémé (Arjuna) accomplit jadis l’expiation (prāyaścitta), poussé intérieurement par Viṣṇu.
Verse 61
तेन तस्माद्विनिर्मुक्तः पातकात्पूर्वसंचितात् । नरतीर्थं ततः ख्यातं तत्र पापभयापहम्
Par cette expiation, il fut délivré des péchés amassés auparavant. Ainsi le lieu devint renommé sous le nom de Naratīrtha, gué sacré qui ôte la crainte née du péché.
Verse 62
नरतीर्थादन्यतीर्थं पुंडरीकमिति स्मृतम् । अर्जुनेन सहागत्य यत्र स्नातो हरिः प्रिये
Au-delà de Naratīrtha se trouve un autre tīrtha, connu sous le nom de Puṇḍarīka. Là, ô bien-aimée, Hari se baigna après être venu avec Arjuna.
Verse 63
प्राचीनेशात्परं तीर्थं वालखिल्येश्वरं महत् । तत्र तस्मान्महातीर्थात्तीर्थमन्यन्महो दयम्
Au-delà de Prācīneśa se trouve le grand tīrtha nommé Vālakhilyeśvara. De ce grand gué sacré, il est encore un autre tīrtha d’une auspiciosité puissante.
Verse 64
गंगासमागमंनाम तीर्थमन्यन्महोदयम् । तत्रालोक्य पुनर्देवीं दीनास्यां दीनमानसाम्
Un autre tīrtha d’une grande auspiciosité se nomme Gaṅgā-samāgama. Là, en revoyant la Déesse—le visage baissé et le cœur accablé—
Verse 65
ब्रह्मासृजत्सखीं तस्याः कपिलां विपुलेक्षणाम् । हरिणीं हरिरप्याशु वज्रिणीमपि देवराट् । न्यंकुं विनोदनार्थं च सरस्वत्या ददौ हरः
Brahmā lui créa une compagne : Kapilā, aux yeux immenses. Hari aussi façonna promptement une autre compagne, Hariṇī ; et le roi des dieux, Indra, fit également Vajriṇī. Et Hara (Śiva) donna à Sarasvatī Nyaṅku pour son divertissement.
Verse 66
ततः प्रहृष्टा सा देवी देवादेशात्सरस्वती । तस्माद्गन्तुं समारब्धा प्राचीना पापनाशिनी
Alors la Déesse Sarasvatī, réjouie par l’ordre des dieux, se mit en route pour partir de là — elle, l’Ancienne, celle qui détruit les péchés.
Verse 67
ईश्वर उवाच । दक्षिणां दिशमास्थाय पुनः पश्चान्मुखी तदा । सरस्वती महादेवी वडवानलधारिणी । तदुत्तरे तटे तीर्थमेकद्वारमिति स्मृतम्
Īśvara dit : «Ayant pris la direction du sud, Sarasvatī Mahādevī — elle qui porte le feu sous-marin, Vaḍavānala — se tourna de nouveau vers l’ouest. Sur sa rive nord se trouve un tīrtha renommé, appelé Ekadvāra.»
Verse 68
एकद्वारेण यत्सेना स्वर्गं प्राप्ता ततो वरात् । तस्मात्तीर्थात्पुनश्चान्यत्तीर्थं यत्र गुहेश्वरः
Par le gué sacré nommé Ekadvāra, cette troupe atteignit le ciel grâce à sa bénédiction. Depuis ce tīrtha, il faut encore se rendre à un autre lieu saint, là où se tient Guheśvara.
Verse 69
गुहेन स्थापितः पूर्वं यत्र देवो महेश्वरः । गुहेश्वरान्नातिदूरे वटेश्वरमिति स्मृतम्
Là, jadis, le dieu Maheśvara fut établi par Guha. Non loin de Guheśvara se trouve un lieu que l’on se rappelle sous le nom de Vaṭeśvara.
Verse 70
दिव्यं सरस्वतीतीरे व्यासेनाराधितं पुरा । आमर्द्दकी नदी यत्र सरस्वत्या सहैकताम्
Sur la rive de la Sarasvatī se trouve un tīrtha divin, jadis adoré par Vyāsa ; là, la rivière Āmarddakī devient une avec la Sarasvatī.
Verse 71
संप्राप्ता तन्महातीर्थं फलदं सर्वदेहिनाम् । आमर्दकी संगमं तं नापुण्यो वेद कश्चन । संगमेश्वरनामेति तत्र लिंगं प्रतिष्ठितम्
Qui parvient à ce grand tīrtha reçoit un fruit spirituel pour tous les êtres incarnés. La confluence de l’Āmardakī n’est connue d’aucun être dépourvu de mérite. Là est établi un liṅga portant le nom de Saṃgameśvara.
Verse 72
मुण्डीश्वरेति च तथा प्रसिद्धिमगमत्क्षितौ । मुंडीश्वरसमीपस्थं सरस्वत्यां महोदयम्
Il devint renommé sur la terre sous le nom de Muṇḍīśvara. Près de Muṇḍīśvara, sur la Sarasvatī, se trouve un tīrtha appelé Mahodaya.
Verse 73
नाम्ना यत्प्राङ्मुखं तीर्थं सरस्वत्यास्तटे स्थितम् । मांडव्येश्वरनाम्ना वै यत्रेशः संप्रतिष्ठितः
Il est un tīrtha nommé Prāṅmukha, situé sur la rive de la Sarasvatī. Là, le Seigneur est établi sous le nom de Māṇḍavyeśvara.
Verse 74
पीलुकर्णिकसंज्ञं तु तीर्थमन्यत्पुनस्ततः । सरस्वतीतीरगतमृषिणा सेवितं महत्
De là encore se trouve un autre tīrtha nommé Pīlukarṇikā : grand, sur la rive de la Sarasvatī, fréquenté et honoré par un ṛṣi.
Verse 75
तस्मादन्यत्सरस्वत्यां तीर्थं द्वारवती स्मृतम् । तीर्थानां प्रवरं देवि यत्र संनिहितो हरिः
De là, sur la Sarasvatī, se trouve un autre tīrtha, mémorisé sous le nom de Dvāravatī. Ô Devī, il est le plus éminent des tīrthas, car Hari y demeure présent.
Verse 76
ततस्तस्य समीपस्थं तीर्थं गोवत्ससंज्ञितम् । यत्रावतीर्य गोवत्सस्वरूपेणांबिकापतिः
Près de là (Dvāravatī) se trouve un tīrtha nommé Govatsa, où Ambikāpati descendit en prenant la forme d’un veau.
Verse 77
स्वयं भूलिंगरूपेण संस्थितस्तेजसां निधिः । गोवत्सान्नैरृते भागे दृश्यते लोहयष्टिका
Là, le trésor de l’éclat divin se tient de lui-même sous la forme d’un Bhūliṅga. Au sud-ouest de Govatsa, on voit un bâton de fer servant de repère.
Verse 78
स्वयंभूलिंगरूपेण रुद्रस्तत्र स्वयं स्थितः । एकविंशति वारस्य भक्त्या पिंडस्य यत्फलम्
Là, Rudra lui-même demeure sous la forme d’un Liṅga auto-manifesté (svayambhū-liṅga). Quel que soit le mérite acquis en offrant le piṇḍa avec bhakti pendant vingt et un jours—
Verse 79
गंगायां प्राप्यते पुंसां श्राद्धेनैकेन तत्र तत् । ततस्तस्मान्महातीर्थाद्बालक्रीडनकी यथा
—ce même mérite est obtenu par les hommes au Gaṅgā grâce à un seul śrāddha accompli là. Puis, depuis ce grand tīrtha, elle s’avança telle une jeune fille qui joue.
Verse 80
सखीभिः सहिता तत्र क्रीडताऽसौ यथेच्छया । आनुलोम्यविलोम्येन दक्षिणेनोत्तरेण च
Entourée de ses compagnes, elle s’ébatit là selon son désir—tantôt suivant le courant, tantôt le remontant, allant vers le sud et aussi vers le nord.
Verse 81
रुल्लं प्राप्य पुनर्देवी समुद्भूता मनोरमा । रुल्लं नाम पुरं यत्र सृष्टं देवेन शंभुना
Parvenue de nouveau à Rullā, la Déesse, ravissante, s’y manifesta. En ce lieu se trouve la cité nommée Rullā, créée par le dieu Śambhu.
Verse 82
सह देवैस्तु पार्वत्या धारायंत्रप्रयोगकैः । एकं वर्षसहस्रं तु शंभुना तत्र रुल्लितम्
Là, avec les dieux et avec Pārvatī, par l’usage d’engins d’eau, Śambhu fit que ce lieu fût « rullita » durant mille années entières.
Verse 83
रुल्लं तत्र ह्रदं नाम सरस्वत्यां महोदयम् । साक्षात्तत्र महादेव आनंदेश्वरसंज्ञितः
Là se trouve un lac nommé Rullā, grand et de bon augure, tīrtha sur la Sarasvatī. Là, en personne, se tient Mahādeva, connu sous le nom d’Ānandeśvara.
Verse 84
पश्चिमेन स्थितं तत्र शम्भोरायतनस्य तु । स मेरोर्दक्षिणे पादे नखस्तु परिकीर्तितः
À l’ouest du sanctuaire de Śambhu se dresse un signe sacré. Il est renommé comme « l’ongle » au pied méridional du mont Meru.
Verse 85
पश्यंति ये नराः सम्यक्तेऽपि पापविवर्जिताः । अश्वमेधसहस्रस्य प्राप्नुवंति फलं ध्रुवम्
Ceux qui le contemplent comme il convient deviennent exempts de péché. Ils obtiennent assurément le fruit de mille sacrifices Aśvamedha.
Verse 86
परतस्तस्य कूष्मांडमुनेस्तत्राश्रमं महत् । कूष्मांडेश्वरसंज्ञं तु तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम्
Au-delà se trouve le grand āśrama du sage muni Kūṣmāṇḍa. Le tīrtha nommé Kūṣmāṇḍeśvara est renommé dans les trois mondes.
Verse 87
कोल्लादेवी स्थिता तत्र सर्वपापभयापहा । अन्तर्द्धानेन तां कोल्लां संप्राप्ता सा महानदी
Là demeure la Déesse Kollā, qui ôte tout péché et toute crainte. Par un acte de disparition, le grand fleuve parvint à ce lieu de Kollā.
Verse 88
ततोऽप्यंतर्हिता भूत्वा संप्राप्ता तु मनोरमम् । सानुं मदनसंज्ञं तु क्षेत्रं सिद्धनिषेवितम्
Puis, redevenant invisible, elle parvint à un lieu charmant : la pente nommée Madana, un kṣetra sacré fréquenté et honoré par les siddhas.
Verse 89
ततोऽप्यंतर्हिता भूत्वा पुनः प्राप्ता हिमाचलम् । खादिरामोदनामानं सर्वर्तुकुसुमोज्ज्वलम्
De nouveau invisible, elle atteignit l’Himālaya, au lieu nommé Khādirāmoda, éclatant de fleurs en toute saison.
Verse 90
तत्रारुह्य विलोक्याथ ददर्श सुमनोरमम । क्षारोदं पश्चिमाशास्थं घनवृंदमिवोन्नतम्
Étant montée là et regardant alentour, elle vit un spectacle des plus ravissants : le Kṣāroda, l’océan salé, à l’ouest, s’élevant tel un amas de nuées épaisses.
Verse 91
एवंविधं च तं तत्र सा विलोक्य महाप्रभा । हर्षात्पंचानना भूत्वा देवकार्यार्थमुद्यता
Voyant en ce lieu cette scène merveilleuse, la Déesse au grand éclat, saisie de joie, prit une forme à cinq visages et se tint prête à accomplir l’œuvre voulue par les dieux.
Verse 92
हरिणी वज्रिणी न्यंकुः कपिला च सरस्वती । पंचस्रोताः स्थिता तत्र मुनिनोक्ता सरस्वती
Là, Sarasvatī—ainsi que l’ont dite les sages—se tenait sous la forme de cinq courants : Hariṇī, Vajriṇī, Nyaṃku, Kapilā et Sarasvatī.
Verse 93
श्रमापनोदं कुर्वाणा मुनीनां यत्र संस्थिता । तत्तत्पादकमित्युक्तं तीर्थं तीर्थार्थिनां नृणाम् । सर्वेषां पातकानां च शोधनं तद्वरानने
Là où elle demeure, ôtant la fatigue des sages, ce lieu est nommé « Tattatpādaka », un tīrtha pour ceux qui recherchent les gués sacrés ; et, ô toi au beau visage, il purifie de tous les péchés.
Verse 94
खादिरामोदमासाद्य तत्रस्था वीक्ष्य सागरम् । गन्तुं प्रवृत्ता तं वह्निमादाय सुरसुन्दरि
Parvenue à Khādirāmoda et s’y tenant, elle contempla l’océan ; puis, ô beauté des êtres célestes, emportant ce feu avec elle, elle se mit en route pour poursuivre.
Verse 95
दग्ध्वा कृतस्मरं देवी पुनरादाय वाडवम् । समुद्रस्य समीपस्था स्थिता हृष्टत नूरुहा
Après avoir consumé Kṛtasmara, la Déesse reprit le Vāḍava, le feu sous-marin. Se tenant près de l’océan, aux membres graciles, elle demeura là, toute réjouie.
Verse 96
ततः प्रविष्टा सा देवी अगाधे लवणांभसि । वाडवं वह्निमादाय जलमध्ये व्यसर्जयत्
Alors la Déesse entra dans les profondes eaux salées ; prenant le feu Vāḍava, elle le relâcha au cœur de la mer.
Verse 97
ततस्तस्याः पुनः प्रीतः स्वय मेव हुताशनः । तद्दृष्ट्वा दुष्करं कर्म वचनं चेदमब्रवीत्
Alors Hutaśana (le Feu) lui-même, de nouveau satisfait d’elle, voyant cet acte difficile, prononça ces paroles.
Verse 98
परितुष्टोऽस्मि ते भद्रे वरं वरय सुव्रते । तत्ते दास्याम्यहं प्रीतो यद्यपि स्यात्सु दुर्लभम्
« Ô bienheureuse dame aux vœux nobles, je suis pleinement satisfait de toi. Choisis une grâce ; avec joie je te l’accorderai, fût-elle extrêmement difficile à obtenir. »
Verse 99
ईश्वर उवाच । प्रगृह्य वलयं हस्तादिदं वचनमब्रवीत् । इदं मे वलयं वह्ने वक्त्रे धार्यं सदा त्वया
Īśvara dit : « Prenant le bracelet de sa main, il prononça ces mots : “Ô Feu, ce bracelet qui est mien, tu dois le porter sans cesse sur ta bouche.” »
Verse 100
अनेन शक्यते यावत्तावत्तोयं समाहर । न त्वया शोषणीयोऽयं समुदः सरितांपतिः
« Par ceci, ne recueille que la quantité d’eau possible. Tu ne dois pas assécher l’océan — seigneur des rivières. »
Verse 101
बाढमित्येव चोक्त्वा स प्रविष्टो निधिमंभसाम् । एवमेषा महादेवि प्रभासे तु सरस्वती । गृहीत्वा वाडवं प्राप्ता तुष्ट्यर्थं च मनीषिणाम्
Disant : « Qu’il en soit ainsi », il entra dans le trésor des eaux, l’océan. Ainsi, ô Grande Déesse, à Prabhāsa Sarasvatī prit le feu Vāḍava et s’y rendit pour la satisfaction des sages.
Verse 102
सा विश्रांता कुरुक्षेत्रे भद्रावर्ते च भामिनि । पुष्करे श्रीकला देवी प्रभासे च महानदी
Ô dame rayonnante, elle se reposa à Kurukṣetra et à Bhadrāvarta. À Puṣkara, elle est la déesse Śrīkalā, et à Prabhāsa, elle est le grand fleuve.
Verse 103
देवमातेति सा तत्र संस्थिता लवणोदधौ । अस्मिन्मन्वंतरे देवि आदौ त्रेतायुगे पुरा
Là, dans l’océan salé, elle s’établit sous le nom de « Devamātā » (Mère des dieux). En ce Manvantara, ô Déesse, jadis, au commencement du Tretā-yuga…
Verse 104
इति वृत्तं सरस्वत्या वाडवाग्नेस्तथाभवत् । मन्वन्तरे व्यतीतेऽस्मिन्भविताऽन्यस्तु वाडवः
Ainsi advint l’histoire de Sarasvatī et du feu Vāḍava. Quand ce Manvantara sera révolu, un autre feu Vāḍava surgira.
Verse 105
ज्वालामुखेति नाम्ना वै रुद्रक्रोधाद्भविष्यति । सरस्वत्यास्तथा नाम ख्यातिं ब्राह्मीति यास्यति
Il naîtra de la colère de Rudra, portant le nom de « Jvālāmukha ». De même, le nom de Sarasvatī deviendra renommé sous celui de « Brāhmī ».
Verse 106
सरस्वतीति वै लोके वर्तते नाम सांप्रतम् । अतीतं नाम यत्तस्याः कमंडलुभवेति च । रत्नाकरेति सामुद्रं सत्यं नामांतरं पुरा
Dans le monde d’aujourd’hui, elle est connue sous le nom de « Sarasvatī ». Son ancien nom était « Kamaṇḍalubhava » (née du vase d’eau), et « Ratnākara » fut véritablement, jadis, son nom d’essence océanique.
Verse 107
अस्मिन्मन्वंतरे देवि सागरेति प्रकीर्तितम् । क्षांरोदेति भविष्यं तु नाम देवि प्रकीर्ति तम्
En ce Manvantara, ô Déesse, elle est glorifiée sous le nom de « Sāgarā » (celle de l’océan). Dans l’avenir, le nom qui sera proclamé, ô Déesse, est « Kṣāṃrodā ».
Verse 108
एवं जानाति यः कश्चित्स तीर्थफलमश्नुते । स्वर्गनिःश्रेणिसंभूता प्रभासे तु सरस्वती
Quiconque le comprend ainsi obtient véritablement le fruit du tīrtha sacré. Car ici, à Prabhāsa, on dit que Sarasvatī est apparue comme une « échelle » menant au ciel.
Verse 109
नापुण्यवद्भिः संप्राप्तुं पुंभिः शक्या महानदी । प्राची सरस्वती देवि सर्वत्र च सुदुर्लभा । विशेषेण कुरुक्षेत्रे प्रभासे पुष्करे तथा
Ce grand fleuve ne peut être atteint par des hommes dépourvus de mérite. L’antique Sarasvatī, ô Déesse, celle qui s’écoule vers l’orient, est d’une rareté extrême à rencontrer partout—surtout à Kurukṣetra, à Prabhāsa et de même à Puṣkara.
Verse 110
एवंप्रभावा सा देवी वडवानल धारिणी । अग्नितीर्थसमीपस्था स्थिता देवी सरस्वती
Telle est la puissance de cette Déesse : Sarasvatī, qui porte le Vaḍavānala (le feu souterrain), demeure près d’Agnitīrtha.
Verse 111
तामादौ पूजयेद्यस्तु स तीर्थफलमश्नुते । सागरं यच्च तत्तीर्थं पापघ्नं पुण्य वर्द्धनम्
Celui qui, le premier, la vénère obtient pleinement le fruit du pèlerinage. Et ce tīrtha au bord de l’océan détruit les péchés et accroît le mérite.
Verse 112
दर्शनादेव तस्यैव महाक्रतुफलं लभेत् । अग्निचित्कपिला सत्री राजा भिक्षुर्महोदधिः
Par la seule vision de cela, on obtient le fruit d’un grand sacrifice. (Sont ici nommés ceux liés au rite et au lieu :) le bâtisseur de l’autel de feu, la vache Kapilā, l’officiant du sattra, le roi, le mendiant et le grand océan.
Verse 113
दृष्टमात्राः पुनंत्येते तस्मा त्पश्येद्धि भावितः । अग्नितीर्थे नरः स्नात्वा पावके प्रक्षिपेत्ततः । गुग्गुलं भारसहितं सोग्निलोके महीयते
Ceux-ci purifient par le seul fait d’être vus ; aussi faut-il les contempler avec un esprit de dévotion. Après s’être baigné à Agnitīrtha, l’homme doit jeter du guggulu (encens) dans le feu sacré, avec la juste mesure ; il est honoré dans le monde d’Agni.
Verse 114
एवं संक्षेपतः प्रोक्तो ह्यग्नि तीर्थमहोदयः । सरस्वत्याश्च माहात्म्यं सर्वपातकनाशनम्
Ainsi, brièvement, a été dite la grande gloire d’Agnitīrtha — ainsi que la grandeur de Sarasvatī, qui détruit tous les péchés.
Verse 115
स्नात्वाग्नितीर्थे विधिवत्कंकणं प्रक्षिपेततः । सुवर्णस्य महादेवि यथावित्तानु सारतः
Après s’être baigné à Agnitīrtha selon la règle, ô Grande Déesse, qu’il jette ensuite en offrande un bracelet d’or, selon ses moyens.
Verse 116
ततः सरस्वतीं पूज्य कपर्दिनमथार्चयेत्
Ensuite, après avoir vénéré Sarasvatī, qu’on adore ensuite Kapardin (Śiva).
Verse 117
ततः केदारनामानं भीमेश्वरमतःपरम् । भैरवेश्वरनामानं चण्डीश्वरमतः परम्
Ensuite, qu’on adore Śiva sous le nom de Kedāra, puis Bhīmeśvara; après cela Bhairaveśvara, et ensuite Caṇḍīśvara.
Verse 118
ततः सोमेश्वरं देवं पूजयेद्विधिवन्नरः । नवग्रहेश्वरानिष्ट्वा रुद्रैकादशकं तथा
Ensuite, l’homme doit adorer le dieu Someśvara selon le rite prescrit; et, après avoir vénéré comme il se doit les Seigneurs des Neuf Planètes, qu’il adore aussi les Onze Rudra.
Verse 119
ततः संपूजयेद्देवं ब्रह्माणं बालरूपिणम् । एवं रौद्री समाख्याता यात्रा पातकनाशिनी
Puis, qu’on vénère le dieu Brahmā, sous la forme d’un enfant. Ainsi est dite la pèlerinage nommé «Raudrī», destructeur des péchés.
Verse 121
एवं कृत्वा ततो गच्छेन्महादेवीं सरस्वतीम्
Ayant fait ainsi, qu’on se rende ensuite auprès de Mahādevī Sarasvatī.
Verse 122
सरस्वतीवससमा कुतो गुणाः सरस्वतीवाससमा कुतो रतिः । सरस्वतीं प्राप्य दिवं गता नराः पुनः स्मरिष्यंति नदीं सरस्वतीम्
Où trouver des vertus comparables au fait de demeurer auprès de Sarasvatī ? Où trouver une joie comparable à vivre avec Sarasvatī ? Les hommes qui, parvenus à Sarasvatī, atteignent le ciel, se souviennent ensuite encore du fleuve Sarasvatī.