
Cet adhyāya présente l’exposé technique d’Īśvara sur le śrāddha, en particulier selon le cadre pārvaṇa. Il détaille le protocole d’invitation, l’éligibilité des participants et leur placement, les contraintes de pureté, le choix du moment d’après la taxonomie des muhūrta, ainsi que la sélection des récipients, combustibles, fleurs, aliments et herbes rituelles. Le discours comporte des avertissements éthiques : une commensalité impropre et des manquements procéduraux peuvent rendre vaine la réception par les ancêtres. Il prescrit aussi des disciplines de silence lors de certains actes (japa, prise de nourriture, pitr̥-kārya, etc.), des règles d’orientation distinguant les rites pour les devas et ceux pour les pitr̥, et des remèdes pratiques à quelques défauts. L’adhyāya dresse encore un catalogue de matières fastes et néfastes (bois pour samidh, fleurs et mets à accepter ou à éviter), évoque des exclusions régionales pour l’accomplissement du śrāddha, et clarifie des questions calendaires telles que les contraintes de malamāsa/adhimāsa et le bon décompte des mois. La conclusion fournit des ensembles de mantras (dont une louange « saptārcis ») et énonce le phala : réciter et accomplir correctement apporte purification, validité sociale et rituelle, et des bienfaits comme prospérité, mémoire et santé, surtout à Prabhāsa, au lieu de confluence de la Sarasvatī et de l’océan.
Verse 1
ईश्वर उवाच । अथ श्राद्धविधिं वक्ष्ये पार्वणस्य विधानतः । यथाक्रमं महादेवि शृणुष्वैकमनाः प्रिये
Īśvara dit : À présent, j’exposerai selon la règle le rite du Pārvaṇa Śrāddha. Écoute dans l’ordre prescrit, ô Mahādevī bien-aimée, l’esprit unifié.
Verse 2
कृत्वापसव्यं पूर्वेद्युः पितृपूर्वं निमंत्रयेत् । भवद्भिः पितृकार्यं नः संपाद्यं च प्रसीदथ
Après avoir accompli la veille l’apasavya (le cordon sacré porté à gauche), on doit inviter les brāhmaṇa en commençant par les Pitṛ : «Accomplissez pour nous le rite des ancêtres, et soyez-nous favorables».
Verse 3
सवर्णान्प्रेषयेदाप्तान्द्विजानामुपमन्त्रणे
Pour l’invitation au Śrāddha, qu’on envoie des personnes sûres, de même varṇa, afin de convoquer les dvija, les «deux-fois-nés».
Verse 4
अभोज्यं ब्राह्मणस्यान्नं क्षत्रियाद्यैर्निमन्त्रितैः । तथैव ब्राह्मणस्यान्नं ब्राह्मणेन निमन्त्रितौः
La nourriture destinée à un brāhmaṇa ne doit pas être consommée lorsque (ce brāhmaṇa) a été invité par un kṣatriya ou d’autres; de même, la nourriture du brāhmaṇa devient interdite lorsque l’invitation a été faite de façon impropre.
Verse 5
ब्राह्मणान्नं ददेच्छूद्रः शूद्रान्नं ब्राह्मणो ददेत् । उभावेतावभोज्यान्नौ भुक्त्वा चान्द्रायणं चरेत्
Un śūdra peut donner une nourriture destinée à un brāhmaṇa, et un brāhmaṇa peut donner une nourriture destinée à un śūdra ; pourtant, ces deux nourritures ne sont pas propres à être consommées. Si on les a mangées, qu’on accomplisse l’expiation du Cāndrāyaṇa.
Verse 6
उपनिक्षेपधर्मेण शूद्रान्नं यः पचेद्द्विजः । अभोज्यं तद्भवेदन्नं स च विप्रः पतेदधः
Si un dvija (deux fois né) fait cuire une nourriture de śūdra sous le prétexte de l’« upanikṣepa-dharma » (dépôt confié), cette nourriture devient impropre à être mangée ; et ce brāhmaṇa déchoit de la juste conduite.
Verse 7
शूद्रान्नं शूद्रसंपर्कः शूद्रेण च सहासनम् । शूद्राज्ज्ञानागमश्चैव ज्वलंतमपि पातयेत्
La nourriture reçue d’un śūdra, la fréquentation intime d’un śūdra, le fait de s’asseoir sur le même siège qu’un śūdra, et de recevoir d’un śūdra l’enseignement comme source d’autorité : tout cela, dit-on, peut faire choir même celui qui brûle d’éclat par l’austérité et la pureté.
Verse 8
शूद्रान्नोपहता विप्रा विह्वला रतिलालसाः । कुपिताः किं करिष्यंति निर्विषा इव पन्नगाः
Les brāhmaṇas, une fois atteints par la nourriture de śūdra, deviennent vacillants et avides de plaisirs sensuels. Même courroucés, que peuvent-ils accomplir—tels des serpents privés de leur venin ?
Verse 9
नग्नः स्यान्मलवद्वासा नग्नः कौपीनवस्त्रधृक् । द्विकच्छोऽनुत्तरीयश्च विकच्छोऽवस्त्र एव च
On est tenu pour « nu » lorsqu’on porte des vêtements souillés ; de même, celui qui ne porte qu’un simple pagne (kaupīna) est « nu ». Le sont aussi ceux qui portent un tissu à deux replis sans vêtement supérieur, ceux dont l’étoffe est lâchement arrangée, et ceux qui n’ont aucun vêtement.
Verse 10
नग्नः काषायवस्त्रः स्यान्नग्नश्चार्धपटः स्मृतः । अच्छिन्नाग्रं तु यद्वस्त्रं मृदा प्रक्षालितं तु यत्
Selon cette règle, celui qui porte un vêtement teint au safran est tenu pour « nu » ; et celui qui n’a qu’un demi-pagne est aussi rappelé comme « nu ». Mais un vêtement dont le bord n’est pas déchiré, et un vêtement lavé avec de la terre (argile purificatrice), est jugé recevable.
Verse 11
अहतं धातुरक्तं वा तत्पवित्रमिति स्थितम् । अग्रतो वसते मूर्खो दूरे चास्य गुणान्वितः
Le tissu neuf, ou le tissu teint d’une couleur minérale, est tenu pour pur. Pourtant, un sot peut s’asseoir tout près, devant, tandis que l’homme vertueux demeure au loin.
Verse 12
गुणान्विते च दातव्यं नास्ति मूर्खे व्यतिक्रमः । यस्त्वासन्नमतिक्रम्य ब्राह्मणं पतितादृते । दूरस्थं पूजयेन्मूढो गुणाढ्यं नरकं व्रजेत्
Il faut offrir honneur et don à l’homme vertueux ; il n’y a pas de faute à passer outre le sot. Mais celui qui, dédaignant un Brāhmaṇa tout proche (sauf celui qui est tombé de la conduite), honore sottement un homme lointain—fût-il riche de qualités—s’en va en enfer.
Verse 13
वेदविद्याव्रतस्नाते श्रोत्रिये गृहमागते । क्रीडन्त्योषधयः सर्वा यास्यामः परमां गतिम्
Quand un Śrotriya—purifié par la science védique, les vœux et le bain sacré—entre dans la maison, toutes les herbes médicinales se réjouissent comme si elles disaient : «Nous atteindrons l’état suprême».
Verse 15
संध्ययोरुभयोर्जाप्ये भोजने दंतधावने । पितृकार्ये च दैवे च तथा मूत्रपुरीषयोः । गुरूणां संनिधौ दाने योगे चैव विशेषतः । एतेषु मौनमातिष्ठन्स्वर्गं प्राप्नोति मानवः
Lors du japa aux deux sandhyās, pendant le repas, lors du nettoyage des dents, dans les rites pour les Pitṛs et dans le culte divin, ainsi qu’en urinant ou en déféquant ; en présence des maîtres, lors de l’aumône, et surtout dans le yoga—celui qui observe le silence en ces moments atteint le ciel.
Verse 16
यदि वाग्यमलोपः स्याज्जपादिषु कथंचन । व्याहरेद्वैष्णवं मंत्रं स्मरेद्वा विष्णुमव्ययम्
Si, d’une manière ou d’une autre, la retenue de la parole se rompt durant le japa et les observances connexes, qu’on prononce un mantra vaiṣṇava ; ou bien qu’on se souvienne de Viṣṇu, l’Immuable et l’Impérissable.
Verse 17
दाने स्नाने जपे होमे भोजने देवतार्चने । देवानामृजवो दर्भाः पितॄणां द्विगुणास्तथा
Dans l’aumône, le bain rituel, le japa, le homa, le repas et le culte des divinités : pour les Devas, l’herbe darbha doit être posée bien droite ; pour les Pitṛs, elle doit être disposée de même en double.
Verse 18
उदङ्मुखस्तु देवानां पितॄणां दक्षिणामुखः । अग्निना भस्मना वापि यवेनाप्युदकेन वा । द्वारसंक्रमणेनापि पंक्तिदोषो न विद्यते
Pour les rites aux Devas, il est prescrit de faire face au nord, et pour les rites aux Pitṛs, de faire face au sud. Et même si l’acte purificatoire se fait par le feu, la cendre, l’orge, l’eau, ou ne serait-ce qu’en franchissant un seuil, aucun « paṅkti-doṣa »—défaut d’impureté touchant la ligne du repas rituel—ne survient.
Verse 19
इष्टश्राद्धे क्रतुर्दक्षो वृद्धौ सत्यवसू स्मृतौ । नैमित्तिके कालकामौ काम्ये चाध्वविरोचनौ
Pour l’iṣṭa-śrāddha, on se souvient de Kratu et de Dakṣa comme présidant à la réception. Pour le vṛddhi-śrāddha, on rappelle Satyavasu. Pour le naimittika-śrāddha, on invoque Kāla et Kāma. Et pour le kāmya-śrāddha, on invoque Adhva et Virocana.
Verse 20
पुरूरवा आर्द्रवश्च पार्वणे समुदाहृतौ । पुष्टिं प्रजां च न्यग्रोधे बुद्धिं प्रज्ञां धृतिं स्मृतिम्
Pour le pārvaṇa-śrāddha, Purūravas et Ārdrava sont déclarés comme étant ceux qu’on invoque. Et lorsque le rite est accompli avec le nyagrodha (banian) comme support, il confère nourriture et descendance, ainsi qu’intellect, discernement, constance et mémoire.
Verse 21
रक्षोघ्नं च यशस्यं च काश्मीर्यं पात्रमुच्यते । सौभाग्यमुत्तमं लोके मधूके समुदाहृतम्
On dit qu’un vase fait de bois kāśmīrya détruit les forces malignes et procure une renommée glorieuse. Et avec un vase de madhūka, la fortune suprême dans le monde est proclamée.
Verse 22
फाल्गुनपात्रे तु कुर्वाणः सर्वकामानवाप्नुयात् । परां द्युतिमथार्के तु प्राकाश्यं च विशेषतः
Celui qui accomplit le rite avec un vase phālguna obtient l’accomplissement de tous les désirs. Et avec un vase arka, il reçoit la suprême radiance et, tout particulièrement, un éclat éclatant et visible.
Verse 23
बिल्वे लक्ष्मीं तपो मेधां नित्यमायुष्यमेव च । क्षेत्रारामतडागेषु सर्वपात्रेषु चैव हि
Avec un vase de bilva, on obtient la prospérité (Lakṣmī), le mérite de l’ascèse, une intelligence pénétrante et une longévité continue. En vérité, cela vaut dans les champs, les jardins et les étangs, et aussi pour tous les vases qui s’y trouvent.
Verse 24
वर्षत्यजस्रं पर्जन्ये वेणुपात्रेषु कुर्वतः । एतेषां लभ्यते पुण्यं सुवर्णै रजतैस्तथा
Lorsque Parjanya, le dieu de la pluie, fait tomber la pluie sans relâche, celui qui accomplit le rite avec des vases de bambou obtient un mérite comparable à celui d’offrir de l’or et, de même, de l’argent.
Verse 25
पलाशफलन्यग्रोधप्लक्षाश्वत्थविकंकताः । औदुम्बरस्तथा बिल्वं चंदनं यज्ञियाश्च ये
Palāśa, bois phala, nyagrodha, plakṣa, aśvattha, vikaṅkata, audumbara, bilva, bois de santal, et les bois dignes du yajña : tous sont loués pour l’usage rituel.
Verse 26
सरलो देवदारुश्च शालाश्च खदिरास्तथा । समिदर्थं प्रशस्ताः स्युरेते वृक्षा विशेषतः
Saralā, devadāru, śālā et khadira : ces arbres, tout particulièrement, sont recommandés comme samidh (bois d’allumage du sacrifice).
Verse 27
श्लेष्मातको नक्तमाल्यः कपित्थः शाल्मली तथा । निंबो बिभीतकश्चैव श्राद्धकर्मणि गर्हिताः
Śleṣmātaka, naktamālya, kapittha, śālmalī, nimba et bibhītaka : leur emploi est blâmé dans les rites de Śrāddha.
Verse 28
अनिष्टशब्दां संकीर्णा रूक्षां जन्तुमतीमपि । प्रतिगंधां तु तां भूमिं श्राद्धकर्मणि गर्हयेत्
Pour le rite de Śrāddha, qu’on rejette tout sol empli de bruits de mauvais augure, encombré et troublé, sec et rude, infesté de créatures, ou souillé d’une puanteur contraire.
Verse 29
त्रैशंकवं त्यजेद्देशंसर्वद्वादशयोजनम् । उत्तरेण महानद्या दक्षिणेन च केवलम्
Qu’on évite entièrement la contrée nommée Traiśaṃkava, s’étendant sur douze yojanas, bornée au nord par le grand fleuve et au sud comme il est dit.
Verse 30
देशस्त्रैशं कवोनाम वर्जितः श्राद्धकर्मणि । कारस्काराः कलिंगाश्च सिंधोरुत्तरमेव च । प्रणष्टाश्रमधर्माश्च वर्ज्या देशाः प्रयत्नतः
La terre nommée Traiśaṃkava doit être évitée pour le Śrāddha. De même les Kāraskāras, les Kaliṅgas et la contrée du nord au-delà du Sindhu; et, d’une manière générale, les pays où les disciplines des āśramas ont disparu doivent être soigneusement fuis.
Verse 31
ब्राह्मणं तु कृतं प्रोक्तं त्रेता तु क्षत्रियं स्मृतम् । वैश्यं द्वापरमित्याहुः शूद्रं कलियुगं स्मृतम्
On proclame que le Kṛta-yuga est de nature « brahmanique » ; le Tretā est mémorisé comme « kṣatriya » ; le Dvāpara est dit « vaiśya » ; et le Kali-yuga est rappelé comme « śūdra », au sens de la tendance dominante propre à chaque âge.
Verse 32
कृते तु पितरः पूज्यास्त्रेतायां च सुरास्तथा । मुनयो द्वापरे नित्यं पाखंडाश्च कलौ युगे
Au Kṛta-yuga, les Pitṛs (ancêtres) doivent être honorés; au Tretā, les dieux de même; au Dvāpara, les sages (munis) sans cesse; mais au Kali-yuga dominent les voies d’hérésie et d’hypocrisie.
Verse 33
शुक्लपक्षस्य पूर्वाह्णे श्राद्धं कुर्याद्विचक्षणः । कृष्णपक्षेऽपराह्ने तु रौहिणं न विलंघयेत्
Que l’homme avisé accomplisse le Śrāddha dans la matinée, durant la quinzaine claire (śukla-pakṣa) ; mais durant la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa), dans l’après-midi, sans enfreindre la juste observance—la règle de temps de Rohiṇī.
Verse 35
रत्निमात्रप्रमाणं च पितृतीर्थं तु संस्कृतम् । उपमूले तथा लूनाः प्रस्तरार्थे कुशोत्तमाः । तथा श्यामाकनीवारा दूर्वाश्च समुदाहृताः । स्व कीर्तिमतां श्रेष्ठो बहुकेशः प्रजापतिः
Le Pitṛ-tīrtha doit être préparé selon la juste mesure d’un ratni (une empan). La kuśa, coupée près de la racine, est déclarée la meilleure pour établir le support rituel ; de même, śyāmāka, nīvāra et dūrvā sont aussi recommandées. Parmi les renommés, Prajāpati « Bahukeśa » est dit le plus éminent.
Verse 36
तस्य केशा निपतिता भूमौ काशत्वमागताः । तस्मान्मेध्याः सदा काशाः श्राद्धकर्मणि पूजिताः
Ses cheveux, tombés sur la terre, devinrent l’herbe kāśa. C’est pourquoi la kāśa est à jamais pure et honorée dans l’accomplissement du Śrāddha.
Verse 37
पिण्डनिर्वपणं तेषु कर्तव्यं भूतिमिच्छता । उष्णमन्नं द्विजातिभ्यः श्रद्धया विनिवेशयेत्
Celui qui recherche le bien-être et la prospérité doit y offrir les piṇḍa ; et, avec foi, servir aux dvija (les « deux-fois-nés ») une nourriture chaude, fraîchement préparée.
Verse 39
अन्यत्र फलपुष्पेभ्यः पानकेभ्यश्च पण्डितः । हस्ते दत्त्वा तु वै स्नेहाल्लवणं व्यञ्जनानि च । आयसेन च पात्रेण तद्वै रक्षांसि भुञ्जते । द्विजपात्रेषु दत्त्वान्नं तूष्णीं संकल्पमाचरेत्
Hormis les fruits, les fleurs et les boissons, le sage ne doit pas, par affection, déposer sel et mets d’accompagnement directement dans la main. Si l’offrande est faite dans un récipient de fer, ce sont les rākṣasa qui la mangent. Après avoir placé la nourriture dans les récipients des dvija, qu’il accomplisse le saṃkalpa en silence.
Verse 40
दर्व्यादिस्थेन नो तेषां संबन्धो दृश्यते यतः । यश्च शूकरवद्भुंक्ते यश्च पाणितले द्विजः । न तदश्नंति पितरो यः सवाचं समश्नुते
Car l’on ne voit pas de juste lien avec le rite lorsque l’on mange en tenant la louche et autres ustensiles; et celui qui mange comme un sanglier, ou le dvija qui mange dans le creux de la main—de la nourriture prise en parlant, les Pitṛ ne prennent point part.
Verse 41
द्विहायनस्य वत्सस्य विशंत्यास्यं यथा सुखम् । तथा कुर्यात्प्रमाणेन पिण्डान्व्यासेन भाषितम्
De même que la nourriture entre aisément dans la bouche d’un veau de deux ans, ainsi faut-il façonner les piṇḍa selon la juste mesure—ainsi l’a enseigné Vyāsa.
Verse 42
न स्त्री प्रचालयेत्तानि ज्ञानहीनो न चाव्रतः । स्वयं पुत्रोऽथवा यस्य वाञ्छेदभ्युदयं परम्
Une femme ne doit pas manier ces offrandes (piṇḍa/Śrāddha), ni celui qui est dépourvu de science rituelle, ni celui qui n’observe pas de vrata. Que le fils lui-même—ou quiconque recherche le bien suprême—l’accomplisse selon la règle.
Verse 43
भाजनेषु च तिष्ठत्सु स्वस्तिं कुर्वन्ति ये द्विजाः । तदन्नमसुरैर्भुक्तं निराशाः पितरो गताः
Tandis que les récipients sont encore dressés, si les deux-fois-nés prononcent trop tôt « svasti » (bénédictions), cette nourriture est dévorée par les Asura, et les Pitṛs s’en vont, déçus.
Verse 44
अप्स्वेकं प्लावयेत्पिण्डमेकं पत्न्यै निवेदयेत् । एकं वै जुहुयादग्नावेषा तु त्रिविधा गतिः
Qu’un piṇḍa soit laissé à flot sur l’eau; qu’un autre soit offert à l’épouse; et qu’un autre, assurément, soit offert dans le feu : telle est la règle en trois voies.
Verse 45
छन्दोगं भोजयेच्छ्राद्धे वैश्वदेवे च बह्वृचम् । पुष्टिकर्मण्यथाध्वर्युं शान्तिकर्मण्यथर्वणम्
Dans le Śrāddha, qu’on nourrisse un Chāndoga; et dans le rite Vaiśvadeva, un Bahvṛc. Dans les rites de prospérité (puṣṭi), qu’on nourrisse un Adhvaryu; et dans les rites d’apaisement (śānti), un prêtre Atharvan.
Verse 46
द्वौ देवेऽथर्वणौ विप्रौ प्राङ्मुखौ च निवेशयेत् । पित्र्ये ह्युदङ्मुखान्कुर्याद्बह्वृचाध्वर्युसामगान्
Pour les rites destinés aux Deva, qu’on fasse asseoir deux brāhmanes Atharvan tournés vers l’est. Mais pour les rites destinés aux Pitṛs, qu’on fasse asseoir les prêtres Bahvṛc, Adhvaryu et Sāmaga tournés vers le nord.
Verse 47
जात्यश्च सर्वा दातव्या मल्लिका श्वेतयूथिका । जलोद्भवानि सर्वाणि कुसुमानि च चम्पकम्
Qu’on offre toutes les variétés de jasmin — mallikā et yūthikā blanche — ainsi que toutes les fleurs nées de l’eau, et aussi les fleurs de campaka.
Verse 48
मधूकं रामठं चैव कर्पूरं मरिचं गुडम् । श्राद्धकर्मणि शस्तानि सैंधवं त्रपुसं तथा
Madhūka, rāmaṭha, camphre, poivre noir et jaggery—tels sont loués pour l’accomplissement du Śrāddha ; de même le sel gemme (saindhava) et le trapusa.
Verse 49
ब्राह्मणः कम्बलो गावः सूर्योग्निरतिथिश्च वै । तिला दर्भाश्च कालश्च नवैते कुतपाः स्मृताः
Un brāhmaṇa, une couverture (kambala), des vaches, le soleil, le feu et un hôte ; le sésame, l’herbe darbha et le temps—ces neuf sont mémorisés comme les « kutapas ».
Verse 50
आपद्यनग्नौ तीर्थे च चंद्रसूर्यग्रहे तथा । नाचरेत्संग्रहे चैव तथैवास्तमुपागते
Dans la détresse, lors d’un incendie, en un tīrtha (gué sacré), pendant une éclipse de lune ou de soleil ; aux temps d’accumulation/stockage, et de même après le coucher du soleil—qu’on n’entreprenne pas la conduite ou le rite prescrit.
Verse 51
संशुद्धा स्याच्चतुर्थेऽह्नि स्नाता नारी रजस्वला । दैवे कर्मणि पित्र्ये च पञ्चमेऽहनि शुद्ध्यति
Une femme en période menstruelle, après le bain, est tenue pour purifiée au quatrième jour ; mais pour les rites destinés aux dieux et pour les rites aux ancêtres, elle devient apte (pure) au cinquième jour.
Verse 52
द्रव्याभावे द्विजाभावे प्रवासे पुत्रजन्मनि । आमश्राद्धं प्रकुर्वीत यस्य भार्या रजस्वला
En l’absence de moyens, en l’absence d’un brāhmaṇa, lorsqu’on est loin du foyer, ou lors de la naissance d’un fils—si l’épouse est en période menstruelle, qu’on accomplisse un « āma-śrāddha », un Śrāddha simplifié selon la contrainte.
Verse 53
सर्पविप्रहतानां च दंष्ट्रिशृंगिसरीसृपैः । आत्मनस्त्यागिनां चैव श्राद्धमेषां न कारयेत्
On ne doit pas faire accomplir le śrāddha pour ceux qui furent frappés par un serpent ou tués par des reptiles rampants aux crocs ou aux cornes, ni pour ceux qui ont renoncé à leur propre vie (suicide).
Verse 54
चण्डालादुदकात्सर्पाद्ब्राह्मणाद्वैद्युतादपि । दंष्ट्रिभ्यश्च पशुभ्यश्च मरणं पापकर्मणाम्
La mort venant d’un caṇḍāla, de l’eau, d’un serpent, d’un brāhmaṇa, même de la foudre, et de créatures mordantes ou de bêtes—une telle mort est dite le lot de ceux aux actes pécheurs.
Verse 55
सर्वैरनुमतं कृत्वा ज्येष्ठेनैव च यत्कृतम् । द्रव्येण च विभक्तेन सर्वैरेव कृतं भवेत्
Lorsque tous ont donné leur assentiment, tout ce qu’accomplit l’aîné est tenu pour accompli par tous—surtout lorsque la dépense a été justement partagée entre eux.
Verse 56
अमावास्यां पितृश्राद्धे मंथनं यस्तु कारयेत् । तत्तक्रं मदिरातुल्यं घृतं गोमांसवत्स्मृतम्
Si, au jour d’amāvāsyā, durant le pitr-śrāddha (śrāddha des ancêtres), quelqu’un fait pratiquer le barattage du lait ou du caillé, alors le babeurre est tenu pour semblable à l’alcool, et le ghee est rappelé comme semblable à la chair de vache—donc impropre à ce rite.
Verse 57
भुंजंति क्रमशः पूर्वे तथा पिंडाशिषो ऽपि च । निमंत्रितो द्विजः श्राद्धे न शयीत स्त्रिया सह
Les premiers, les aînés et les plus éminents, mangent selon l’ordre prescrit, et de même se donnent les bénédictions liées aux offrandes de piṇḍa. Le dvija (deux fois né) invité au śrāddha ne doit pas s’étendre avec une femme durant cette observance.
Verse 58
श्रादभुक्प्रातरुत्थाय प्रकुर्याद्दन्तधावनम् । श्राद्धकर्ता न कुर्वीत दन्तानां धावनं बुधः
Celui qui a pris le repas du śrāddha doit, au lever du matin, procéder au nettoyage des dents. Mais celui qui accomplit lui-même le śrāddha, en homme avisé, ne doit pas se nettoyer les dents durant l’observance du śrāddha.
Verse 59
वर्षेवर्षे तु यच्छ्राद्धं मातापित्रोर्मृतेऽहनि । मलमासे न कर्तव्यं व्यासस्य वचनं यथा
Le śrāddha annuel, accompli chaque année au jour du décès de la mère ou du père, ne doit pas être célébré durant le mois intercalaire (malamāsa), selon la parole de Vyāsa.
Verse 60
गर्भे वार्धुषिके प्रेते भृत्ये मासानुमासिके । आब्दिके च तथा श्राद्धे नाधिमासो विधीयते
Pour les rites liés à une fausse couche (garbha), pour l’observance vārddhuṣika, pour les rites funéraires du défunt, pour le rite dû à la mort d’un serviteur, pour le śrāddha mensuel et de même pour le śrāddha annuel, le mois intercalaire (adhimāsa) n’est pas prescrit comme temps d’accomplissement.
Verse 61
विवाहादौ स्मृतः सौरो यज्ञादौ सावनः स्मृतः । आब्दिके पितृकार्ये तु चान्द्रो मासः प्रशस्यते
Pour les rites qui commencent par le mariage, on enseigne le comput solaire (saura) ; pour ceux qui commencent par le yajña, on enseigne le comput sāvana (décompte des jours). Mais pour le rite annuel dû aux ancêtres, le mois lunaire (cāndra māsa) est loué comme le meilleur.
Verse 62
यस्मिन्राशौ गते सूर्ये विपत्तिः स्याद्द्विजन्मनः । तद्राशावेव कर्तव्यं पितृकार्यं मृतेऽहनि
Si, lorsque le Soleil entre dans un certain signe du zodiaque, un malheur devait s’abattre sur un dvija (deux-fois-né), alors le rite dû aux ancêtres doit être accompli dans ce même signe, au jour du décès.
Verse 63
वषट्कारश्च होमश्च पर्व चाग्रायणं तथा । मलमासेऽपि कर्तव्यं काम्या इष्टीर्विवर्जयेत्
Les acclamations Vaṣaṭ, le homa, les observances de fête (parvan) et l’offrande du premier grain (āgrāyaṇa) doivent être accomplis même durant le mois intercalaire dit « impur » (malamāsa) ; mais il faut s’abstenir des iṣṭi inspirées par le désir, sacrifices facultatifs pour un gain mondain.
Verse 64
अग्न्याध्येयं प्रतिष्ठां च यज्ञदानव्रतानि च । वेदव्रतवृषोत्सर्गचूडाकरणमेखलाः
L’étude et le service du feu sacré, les consécrations (pratiṣṭhā), les sacrifices, les dons et les vœux ; ainsi que les vœux de l’étudiant védique (veda-vrata), le don d’un taureau (vṛṣotsarga), la cérémonie de tonsure (cūḍākaraṇa) et l’investiture du cordon-ceinture (mekhalā) sont ici énumérés comme des actes rituels à apprécier selon la règle et la saison convenables.
Verse 65
मांगल्यमभिषेकं च मलमासे विवर्जयेत् । नित्यनैमित्तिके कुर्यात्प्रयतः सन्मलिम्लुचे । तीर्थे स्नानं गज च्छायां प्रेतश्राद्धं तथैव च
Durant le malamāsa, il faut éviter les cérémonies fastes de māṅgalya et les onctions de consécration (abhiṣeka). Toutefois, avec discipline, on accomplira les devoirs obligatoires quotidiens et occasionnels (nitya et naimittika) même en ce mois dit malimluca. Sont aussi recommandés : le bain en un tīrtha, l’aumône « gaja-chāyā » et le śrāddha pour le défunt récent.
Verse 66
रसा यत्र प्रशस्यन्ते भोक्तारो बंधुगोत्रिणः । राजवार्तादि संक्रंदो रक्षःश्राद्धस्य लक्षणम्
Là où les convives—parents et d’un même lignage—louent les saveurs des mets, et où retentissent des propos bruyants sur les rois, les commérages et autres : tels sont les signes d’un rakṣaḥ-śrāddha, un śrāddha gâté par une conduite inconvenante.
Verse 67
श्राद्धं कृत्वा परश्राद्धे यस्तु भुंक्ते च विह्वलः । पतंति पितरस्तस्य लुप्तपिण्डोदकक्रियाः
Celui qui, après avoir accompli un śrāddha, va ensuite manger au śrāddha d’autrui, égaré par l’appétit, fait choir ses propres ancêtres ; car ses offrandes de piṇḍa et d’eau deviennent comme perdues et sans effet.
Verse 68
तैलमुद्वर्तनं स्नानं दन्तधावनमेव च । क्लृप्तरोमनखेभ्यश्च दद्याद्गत्वापरेऽहनि
L’onction et le frottement d’huile, le bain et le brossage des dents—ainsi que les cheveux et les ongles coupés—ne doivent être déposés selon le rite qu’après être entré dans le jour suivant.
Verse 69
निमन्त्रिता यथान्यायं हव्ये कव्ये द्विजोत्तमाः । कथंचिदप्यतिक्रामेत्पापः शूकरतां व्रजेत्
Lorsqu’ils sont conviés selon le dharma aux offrandes aux dieux (havya) ou aux Ancêtres (kavya), les meilleurs des deux-fois-nés ne doivent en aucune manière manquer ni transgresser le rendez-vous; le pécheur qui le fait tombe en condition de porc.
Verse 70
दैवे च पितृ श्राद्धे चाप्याशौचं जायते यदा । आशौचान्तेऽथवा तत्र तेभ्यः श्राद्धं प्रदीयते
Si, lors de l’offrande aux dieux ou durant le śrāddha pour les Ancêtres, survient l’āśauca (impureté rituelle), alors—soit après la fin de cette impureté, soit sur place selon l’exigence du rite—le śrāddha doit être offert comme il se doit pour eux, les Pitṛs.
Verse 71
अथ श्राद्धावसाने तु आशिषस्तत्र दापयेत् । दीर्घा नागास्तथा नद्यो विष्णोस्त्रीणि पदानि च । एवमेषां प्रमाणेन दीर्घमायुरवाप्नुयाम्
Puis, à la fin du śrāddha, l’on fera prononcer sur place des bénédictions : « Que (ma vie) soit longue comme les grands Nāgas, comme les rivières, et comme les trois pas de Viṣṇu. » Par de telles mesures de comparaison propice, puissé-je obtenir une longue vie.
Verse 72
अपां मध्ये स्थिता देवाः सर्वमप्सु प्रतिष्ठितम् । ब्राह्मणस्य करे न्यस्ताः शिवा आपो भवन्तु नः
Les dieux demeurent au cœur des eaux ; tout est établi dans l’eau. Déposées dans la main d’un Brāhmaṇa, que ces eaux deviennent pour nous auspice et bienfait.
Verse 73
लक्ष्मीर्वसति पुष्पेषु लक्ष्मीर्वसति पुष्करे । लक्ष्मीर्वसतु वासे मे सौमनस्यं ददातु मे
Lakṣmī demeure dans les fleurs ; Lakṣmī demeure dans le lotus. Que Lakṣmī demeure en ma demeure et m’accorde la sérénité et la joie du cœur.
Verse 74
अक्षतं चाऽस्तु मे पुण्यं शांतिः पुष्टिर्धृतिश्च मे । यद्यच्छ्रेयस्करं लोके तत्तदस्तु सदा मम
Que mon mérite demeure intact ; que la paix, la prospérité nourricière et la fermeté soient miennes. Tout ce qui, en ce monde, conduit réellement au bien—que cela soit toujours à moi.
Verse 75
दक्षिणायां तु सर्वत्र बहुदेयं तथास्तु नः । एवमस्त्विति तैर्वाच्यं मूर्ध्ना ग्राह्यं च तेन तत्
En matière de dakṣiṇā, qu’on donne largement en tout lieu—qu’il en soit ainsi pour nous. Les officiants doivent dire : « Qu’il en soit ainsi », et le donateur doit recevoir cet assentiment la tête inclinée, en révérence.
Verse 76
पिंडमग्नौ सदा देयाद्भोगार्थी सततं नरः । प्रजार्थं पत्न्यै वै दद्यान्मध्यमं मंत्रपूर्वकम्
L’homme qui recherche la jouissance doit toujours offrir un piṇḍa au feu. Pour obtenir une descendance, qu’il donne à son épouse le piṇḍa du milieu, accompagné des mantras prescrits.
Verse 77
उत्तमां द्युतिमविच्छन्गोषु नित्यं प्रदापयेत् । आज्ञामिच्छेद्यशः कीर्तिमप्सु नित्यं प्रवेशयेत्
Celui qui recherche une splendeur excellente doit sans cesse faire des offrandes aux vaches. Celui qui désire autorité, gloire et renommée doit sans cesse les confier en offrande aux eaux.
Verse 78
प्रार्थयन्दीर्घमायुश्च वायसेभ्यः प्रदापयेत् । कुमारलोकमन्विच्छन्कुक्कुटेभ्यः प्रदापयेत्
Celui qui prie pour une longue vie doit faire des offrandes aux corbeaux. Celui qui aspire à atteindre le « monde de Kumāra » doit faire des offrandes aux coqs.
Verse 79
आकाशे प्रक्षिपेद्वापि स्थितो वा दक्षिणामुखः । पितॄणां स्थानमाकाशं दक्षिणा चैव दिक्तथा
On peut aussi jeter (l’offrande) dans le ciel, ou le faire debout, tourné vers le sud. Pour les Pitṛs, le ciel est leur demeure, et la direction du sud est pareillement (leur quartier).
Verse 80
नक्तं तु वर्जयेच्छ्राद्धं राहोरन्यत्र दर्शनात् । सर्वस्वेनापि कर्तव्यं क्षिप्रं वै राहुदर्शनात्
Il faut éviter le śrāddha de nuit, sauf à l’occasion où l’on voit Rāhu (l’éclipse). Quand Rāhu est aperçu, le rite doit être accompli sur-le-champ, fût-ce avec tous ses biens, car cette vision appelle une action sacrée prompte.
Verse 81
उपरागे न कुर्याद्यः पंके गौरिव सीदति । कुर्वाणस्तु तरेत्पापं सा च नौरिव सागरे
Celui qui n’accomplit pas le rite prescrit au temps de l’éclipse s’enlise comme une vache dans la boue. Mais celui qui l’accomplit franchit le péché, comme une barque fait traverser l’océan.
Verse 82
कृष्णमाषास्तिलाश्चैव श्रेष्ठाः स्युर्यवशालयः । महायवा व्रीहियवास्तथैव च मसूरिकाः
Pour les offrandes du śrāddha, le pois noir (black gram) et le sésame sont déclarés excellents ; de même l’orge et des grains tels que la grande orge, le riz-orge et les lentilles sont loués comme provisions convenables.
Verse 83
कृष्णाः श्वेताश्च वा ग्राह्याः श्राद्धकर्मणि सर्वदा । बिल्वामलकमृद्वीकं पनसाम्रातदाडिमम्
Dans les rites de śrāddha, on peut toujours accepter des offrandes de la variété sombre ou de la variété blanche. Sont aussi approuvés comme offrandes les fruits bilva, āmalaka, raisins, jacquier, mangue et grenade.
Verse 84
भव्यं पारापतं चैव खर्जूरं करमर्द्दकम् । सकोरका बदर्यश्च तालकंदं तथा बिसम्
Sont également convenables bhavya et pārāpata, avec les dattes et le karamarda ; de même, sakorakā, le fruit badarī (jujube), les tubercules de palmier et la tige de lotus sont approuvés.
Verse 85
तमालासनकंदं च मावेल्लं शतकंदली । कालेयं कालशाकं च मुद्गान्नं च सुवर्चलम्
Sont recevables les tubercules de tamālāsana, ainsi que māvella et śata-kaṁdalī ; de même, kāleya, les légumes à feuilles sombres, les mets de haricot mung (mudga) et suvarcalā sont approuvés pour le rite.
Verse 86
मांसं क्षीरं दधि शाकं व्योषं वेत्रांकुरस्तथा । कट्फलं वज्रकं द्राक्षां लकुचं मोचमेव च
Sont acceptés la viande, le lait, le caillé (dadhi), les légumes à feuilles et les trois épices piquantes (vyōṣa) ; de même, pousses de bambou, kaṭphala, vajraka, raisins, lakuca et banane peuvent être offerts selon la règle.
Verse 87
प्रियामलकदुर्ग्रीवं तिंडुकं मधुसाह्वयम् । वैकंकतं नालिकेरं शृङ्गाटकपरूषकम्
Sont acceptés priyāmalaka, durgrīva, tiṇḍuka et le fruit nommé madhusāhvaya ; de même, vaikaṅkata, noix de coco, châtaigne d’eau et parūṣaka peuvent être offerts.
Verse 88
पिप्पलीमरिचं चैव पटोली बृहतीफलम् । आरामस्य तु सीमाऽन्तः संभवं सर्वमेव तु
Le poivre long et le poivre noir sont recevables, de même que la paṭolī et le fruit de la bṛhatī. En vérité, tout ce qui naît à l’intérieur des limites d’un verger peut aussi être tenu pour convenable.
Verse 89
एवमादीनि चान्यानि पुष्पाणि श्राद्धकर्मणि । मसूराः शतपुष्प्याश्च कुसुमं श्रीनिकेतनम्
De même, ces fleurs et d’autres encore peuvent être offertes dans les rites de śrāddha—telles que masūrā, śatapuṣpī et la fleur nommée « śrī-niketana ».
Verse 90
वर्या स्वातियवा नित्यं तथा वृषयवासकौ । वंशा करीरा सुरसा मार्जिता भूतृणानि च
Pour les rites de Śrāddha, on peut employer régulièrement (comme légumes ou herbes convenables) varyā, svātiyavā et aussi vṛṣayavāsaka; de même les pousses de bambou (vaṃśā), karīra, surasā, mārjitā et les herbes bhūtṛṇa.
Verse 91
वर्जनीयानि वक्ष्यामि श्राद्धकर्मणि नित्यशः । लशुनं गृंजनं चैव पलांडुं पिण्डमूलकम् । मोगरं चात्र वैदेहं दीर्घमूलकमेव च
Je vais maintenant énoncer ce qu’il faut toujours éviter dans l’accomplissement du Śrāddha : l’ail, gṛñjana, l’oignon, piṇḍamūlaka, et aussi mogara ; de même vaideha et dīrghamūlaka.
Verse 92
दिवसस्याष्टमे भागे मन्दीभूते दिवाकरे । आसुरं तद्भवेच्छ्राद्धं पितृणां नोपतिष्ठते
Si le Śrāddha est accompli lorsque le jour a atteint sa huitième part et que le soleil s’est affaibli, ce Śrāddha devient de nature « āsura » et ne parvient pas aux Pitṛs.
Verse 93
चतुर्थे प्रहरे प्राप्ते यः श्राद्धं कुरुते नरः । वृथा श्राद्धमवाप्नोति दाता च नरकं व्रजेत्
Si un homme accomplit le Śrāddha lorsque la quatrième veille est arrivée, il n’obtient qu’un Śrāddha vain ; et le donateur, par négligence de la règle, peut même aller en enfer.
Verse 94
लेखाप्रभृत्यथादित्ये मुहूर्तास्त्रय एव च । प्रातस्तस्योत्तरं कालं भगमाहुर्विपश्चितः
À partir de « Lekhā », en relation avec le soleil, il y a véritablement trois muhūrtas ; et le temps qui suit cette période du matin, les sages l’appellent « Bhaga ».
Verse 95
संगवस्त्रिमुहूर्तोऽयं मध्याह्नस्तु समन्ततः । ततश्च त्रिमुहूर्ताश्च अपराह्णो विधीयते
Saṃgava se compose de trois muhūrtas. Le midi (madhyāhna) s’étend pleinement ; puis, trois autres muhūrtas sont désignés comme aparāhṇa, l’après-midi.
Verse 96
पञ्चमोऽथ दिनांशो यः स सायाह्न इति स्मृतः
La cinquième division du jour est mémorisée comme « sāyāhna », le soir.
Verse 97
तथा च श्रुतिः । यदैवादित्योऽथ वसन्तो यदा संगविकोऽथ ग्रीष्मो यदा वा माध्यंदिनोऽथ वर्षा यदपराह्णोऽथ शरत् । घदेवास्तमेत्यथ हेमन्त इति
Et ainsi parle la śruti : lorsque le soleil se lève, c’est le printemps ; lorsque vient saṃgava, c’est l’été ; lorsque vient le midi, c’est la saison des pluies ; lorsque vient l’après-midi, c’est l’automne ; et lorsque les dieux vont au repos au coucher du soleil, c’est l’hiver — ainsi est-il dit.
Verse 98
प्रारभ्य कुतपे श्राद्धे कुर्यादारोहणं बुधः । विधिज्ञो विधिमास्थाय रोहिणं न तु लंघयेत्
En commençant le Śrāddha au muhūrta Kutapa, le sage doit accomplir l’« ārohaṇa » (progression) du rite. Connaissant la règle et s’y conformant, qu’il ne dépasse pas le muhūrta Rauhiṇa.
Verse 99
अष्टमो यो मुहूर्तश्च कुतपः स निगद्यते । नवमो रौहिणः प्रोक्त इति श्राद्धविदो विदुः
Le huitième muhūrta est nommé Kutapa ; le neuvième est déclaré Rauhiṇa — ainsi le savent les connaisseurs du Śrāddha.
Verse 100
एकोद्दिष्टं तु मध्याह्नं प्रातर्वै जातकर्मणि । पित्र्यार्थं निर्वपेत्पाकं वैश्वदेवार्थमेव च
L’ekoddiṣṭa (Śrāddha pour un seul ancêtre) doit être accompli à midi, tandis que les rites liés à la naissance se font le matin. Qu’on cuisine et qu’on offre la nourriture pour les Pitṛ (ancêtres) et aussi pour l’offrande de Vaiśvadeva.
Verse 101
वैश्वदेवे न पित्र्यार्थं न पित्र्यं वैश्वदेविके । कृत्वा श्राद्धं महादेवि ब्राह्मणांश्च विसर्ज्य च
Dans le rite de Vaiśvadeva, qu’on n’accomplisse pas ce qui est proprement destiné aux Pitṛ ; et dans le rite ancestral, qu’on n’y insère pas la part de Vaiśvadeva. Après avoir accompli le Śrāddha, ô Mahādevī, et après avoir congédié respectueusement les brāhmaṇa, qu’on agisse ensuite comme il convient.
Verse 102
वैश्वदेवादिकं कर्म ततः कुर्याद्वरानने । बहुहव्येन्धने चाग्नौ सुसमिद्धे विशेषतः
Ensuite, ô toi au beau visage, qu’on accomplisse les actes rituels commençant par Vaiśvadeva et les autres, surtout lorsque le feu est bien attisé, avec abondance d’oblations et de bois.
Verse 103
विधूमे लेलिहाने च कुर्यात्कर्म प्रसिद्धये । अप्रबुद्धे सधूमे च जुहुयाद्यो हुताशने
Lorsque le feu est sans fumée et que ses flammes lèchent vers le haut, qu’on accomplisse le rite pour une réussite assurée. Mais celui qui verse les oblations dans un feu terne et fumant agit à l’encontre de la juste observance.
Verse 104
यजमानो भवेदन्धः कुपुत्र इति निश्चितम् । दुर्गन्धश्चैव कृष्णश्च नीलश्चैव विशेषतः
Il est affirmé avec certitude que l’officiant du sacrifice tombe dans l’infortune—cécité et naissance d’un fils mauvais—lorsque (les signes du feu) sont fétides, noirs et surtout tirant sur le bleu.
Verse 105
भूमिं विगाहते यत्र तत्र विद्यात्पराभवम् । अर्चिष्मान्पिंगलशिखः सर्पिःकांचनसप्रभः
Là où le feu semble s’enfoncer dans la terre, qu’on sache qu’il y a défaite et perte. Mais le feu de bon augure est rayonnant, aux flammes fauves, brillant comme le ghee et l’or.
Verse 106
स्निग्धः प्रदक्षिणश्चैव वह्निः स्यात्कार्यसिद्धये । अंजनाभ्यंजनं गंधान्मन्त्रप्रणयनं तथा
Un feu clair, onctueux et tournant vers la droite est propice à l’accomplissement de l’œuvre. De même sont recommandés le collyre et les onguents, les parfums, ainsi que la juste mise en œuvre/récitation des mantras.
Verse 107
काशैः पुनर्भवेत्कार्यं हयमेधफलं लभेत् । अष्टजातिकपुष्पं च अञ्जनं नित्यमेव हि
Avec l’herbe kāśa, l’œuvre rituelle peut être menée à bien de nouveau, et l’on obtient le fruit d’un Aśvamedha. Et les fleurs d’aṣṭajāti, ainsi que le collyre, doivent assurément être employés chaque jour.
Verse 108
कृष्णेभ्यश्च तिलेभ्यश्च तैलं यत्नात्सुरक्षितम् । चन्दनागरुणी चोभे तमालोशीरपद्मकम्
On recommande l’huile, soigneusement préservée, tirée des graines de sésame noir. De même, le santal et l’agaru—tous deux—ainsi que le tamāla, l’uśīra (vétiver) et le padmaka.
Verse 109
धूपश्च गौग्गुलः श्रेष्ठस्तौरुष्को धूप एव च । शुक्लाः सुमनसः श्रेष्ठास्तथा पद्मोत्पलानि च
Parmi les encens, le guggulu est le plus excellent; et le tauruṣka est lui aussi remarquable comme encens. Parmi les fleurs, les blanches sont les meilleures—de même le lotus et l’utpala (nénuphar).
Verse 110
गन्धवन्त्युपपन्नानि यानि चान्यानि कृत्स्नशः । निशिगंधा जपा भिण्डिरूपकः सकुरंटकः
Toutes les fleurs au parfum puissant, et toutes celles de même nature—telles les fleurs odorantes de la nuit, la japā (hibiscus), le bhiṇḍirūpaka et le kuraṇṭaka—sont indiquées ici dans le contexte de ce qu’il convient d’éviter au rite de Śrāddha.
Verse 111
पुष्पाणि वर्जनीयानि श्राद्धकर्मणि नित्यशः । सौवर्णं राजतं ताम्रं पितॄणां पात्रमुच्यते
Dans les rites de Śrāddha, les fleurs doivent être évitées en tout temps. Pour les Pitṛ (les Ancêtres), il est déclaré que des récipients d’or, d’argent et de cuivre sont des contenants appropriés.
Verse 112
रजतस्य तथा किञ्चिद्दर्शनं पुण्यदायकम् । कृष्णाजिनस्य सान्निध्यं दर्शनं दानमेव च
De même, la simple vue de l’argent confère du mérite. La présence et la contemplation de la peau d’antilope noire (kṛṣṇājina)—et aussi le fait de l’offrir en don—sont également méritoires.
Verse 113
रक्षोघ्नं चैव वर्चस्यं पशून्पुत्रांश्च तारयेत् । अथ मन्त्रं प्रवक्ष्यामि अमृतं ब्रह्मनिर्मितम्
Il anéantit les esprits malfaisants et accroît l’éclat spirituel; il protège et élève le bétail et les fils. À présent, je vais proclamer le mantra, semblable à l’ambroisie, façonné par Brahmā.
Verse 114
देवताभ्यः पितृभ्यश्च महायोगिभ्य एव च । नमः स्वाहायै स्वधायै नित्यमेव नमोनमः
Hommage aux Devas, aux Pitṛs (ancêtres) et aussi aux grands Yogins. Salut à Svāhā et à Svadhā : à jamais, encore et encore, mon prosternement.
Verse 115
आद्यावसाने श्राद्धस्य त्रिरावर्तमिमं जपन् । अश्वमेधफलं ह्येतद्विप्रैः संज्ञाय पूजितम्
En récitant ce mantra trois fois au commencement et à la conclusion du Śrāddha, on obtient le fruit du sacrifice Aśvamedha ; ainsi l’ont reconnu et honoré les Brāhmaṇas savants.
Verse 116
पिण्डनिर्वपणे वापि जपेदेनं समाहितः । पितरः क्षिप्रमायान्ति राक्षसाः प्रद्रवन्ति च
Ou bien, lors de l’offrande des piṇḍas, qu’on le récite l’esprit concentré. Les Pitṛs accourent promptement, et les rākṣasas s’enfuient.
Verse 117
सप्तार्चिषं प्रवक्ष्यामि सर्वकामशुभप्रदम्
Je vais proclamer le ‘Saptārciṣ’, l’hymne/mantra aux sept flammes, qui accorde l’auspice et l’accomplissement de tous les désirs légitimes.
Verse 118
अमूर्तानां च मूर्तानां पितॄणां दीप्ततेजसाम् । नमस्यामि सदा तेषां ध्यायिनां दिव्यचक्षुषाम्
Je me prosterne sans cesse devant ces Pitṛs—sans forme et avec forme—rayonnants d’un éclat ardent, recueillis en méditation et pourvus de la vision divine.
Verse 119
इन्द्रादीनां च नेतारो दक्षमारीचयस्तया । तान्नमस्यामि सर्वान्वै पितॄंश्चैवौषधीस्तथा
Je m’incline devant eux tous—les guides liés à Indra et aux autres, ainsi que les lignées de Dakṣa et de Marīci; je m’incline aussi devant les Pitṛs, et de même devant les plantes médicinales.
Verse 120
नक्षत्राणां ग्रहाणां च वाय्वग्न्योश्च पितॄनपि । द्यावापृथिव्योश्च सदा नमस्यामि कृताञ्जलिः
Les mains jointes en añjali, je me prosterne toujours devant les constellations et les planètes, devant Vāyu et Agni, devant les Pitṛs, et aussi devant le Ciel et la Terre.
Verse 121
नमः पितृभ्यः सप्तभ्यो नमो लोकेषु सप्तसु । स्वयंभुवे नमस्यामो ब्रह्मणे योगचक्षुषे
Hommage aux sept Pitṛs; hommage dans les sept mondes. Nous nous prosternons devant Brahmā, le Svayambhū, le voyant doté de la vision yogique.
Verse 122
एतत्त्वदुक्तं सप्तर्षिब्रह्मर्षिगणसेवितम् । पवित्रं परमं ह्येतच्छ्रीमद्रक्षोविनाशनम्
Cet enseignement, énoncé par toi, est servi par les assemblées de Saptarṣis et de Brahmarṣis. Il est souverainement purificateur, de bon augure, et détruit les forces malignes.
Verse 123
अनेन विधिना युक्तस्त्रीन्वारांस्तु जपेन्नरः । भक्त्या परमया युक्तः श्रद्दधानो जितेन्द्रियः
L’homme qui suit cette règle doit le réciter trois fois, uni à la dévotion suprême, plein de foi (śraddhā) et maître de ses sens.
Verse 124
सप्तार्चिषं जपेद्यस्तु नित्यमेव समाहितः । स तु सप्तसमुद्रायाः पृथिव्या एकराड्भवेत्
Celui qui, l’esprit recueilli, récite chaque jour l’hymne/mantra «Aux Sept Flammes» (Saptārciṣa) devient l’unique souverain de la terre ceinte par les sept mers.
Verse 125
श्राद्धकल्पं पठेद्यो वै स भवेत्पंक्तिपावनः । अष्टादशानां विद्यानां स च वै पारगः स्मृतः
Celui qui récite le Śrāddha-kalpa devient le purificateur de toute la rangée du repas rituel ; et l’on se souvient de lui comme de celui qui a maîtrisé les dix-huit branches du savoir.
Verse 126
पूजां पुष्टिं स्मृतिं मेधां राज्यमारोग्यमेव च । प्रीता नित्यं प्रयच्छन्ति मानुषाणां पितामहाः
Satisfaits, les ancêtres de l’humanité accordent sans cesse honneur, nourriture et prospérité, mémoire, intelligence, souveraineté et santé.
Verse 127
एवं प्रभासक्षेत्रे स सरस्वत्यब्धिसंगमे । कुर्याच्छ्राद्धं विधानेन प्रभासे चैव भामिनि
Ainsi, à Prabhāsa-kṣetra—au confluent de la Sarasvatī et de l’océan—qu’on accomplisse le Śrāddha selon la règle prescrite, là même à Prabhāsa, ô belle.
Verse 206
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभास क्षेत्रमाहात्म्ये सरस्वत्यब्धिसंगमे श्राद्धकल्पे श्राद्धविधिवर्णनंनाम षडुत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille ślokas—le chapitre 206, intitulé «Description de la procédure du Śrāddha», dans le Prabhāsa Khaṇḍa, dans le Prabhāsa-kṣetra Māhātmya, dans le Śrāddha-kalpa, au confluent de la Sarasvatī et de l’océan.