
Le chapitre s’ouvre sur le récit de Sūta et un déplacement géographique vers un contexte de frontière sud–nord. À Mathurā, sur les rives de la Yamunā, apparaissent deux brāhmanes éminents nommés Gokarṇa ; par un ordre administratif de Dharma-rāja Yama, un messager amène par erreur le mauvais brāhmane — encore promis à une longue vie — au lieu de celui qui était visé, ce qui conduit Yama à rectifier et à engager un échange d’éthique et de théologie. Un brāhmane, accablé par la pauvreté au point de désirer la mort, interroge Yama sur l’impartialité et le mécanisme des fruits du karma. À sa demande, Yama expose une classification des enfers : une liste prioritaire de vingt et un, dont Vaitaraṇī, en reliant chacun à des fautes telles que le vol, la trahison, le faux témoignage et la violence. Le propos se détourne ensuite de la cartographie punitive vers une éthique prescriptive : orientation du pèlerinage, culte des divinités et respect des hôtes, charité de nourriture, d’eau et d’abri, maîtrise de soi, étude, et œuvres d’utilité publique (puits, réservoirs, sanctuaires) comme disciplines protectrices. Enfin, Yama révèle un enseignement « secret » de délivrance : la dévotion à Śiva dans le kṣetra de Hāṭakeśvara, en Ānarta, même pour un temps limité, efface de lourds démérites et élève vers le séjour de Śiva. Les deux Gokarṇa accomplissent le culte, installent un liṅga à la frontière, pratiquent le tapas et obtiennent l’ascension céleste ; la veille nocturne du quatorzième jour lunaire est louée, accordant des fruits allant de la descendance et de la richesse jusqu’à la mokṣa. La phalāśruti conclut que résidence, agriculture, bains, et même la mort d’animaux dans le kṣetra sont spirituellement bénéfiques, tandis que les transgresseurs retombent sans cesse des états favorables.
Verse 1
। सूत उवाच । यत्पूर्वापरसीमान्तं तन्मया संप्रकीर्तितम् । दक्षिणोत्तरसंभूतं तद्वो वक्ष्यामि सांप्रतम्
Sūta dit : «J’ai décrit comme il se doit les limites de l’est et de l’ouest. À présent, je vous dirai, telles qu’elles sont, l’étendue et la délimitation vers le sud et vers le nord.»
Verse 2
अस्ति भूभितले ख्याता मधुराख्या महापुरी । नानाविप्रसमाकीर्णा यमुनातटसंश्रया
Sur la face de la terre se trouve une grande cité renommée, appelée Madhurā, foisonnante de nombreux brāhmaṇas et établie sur la rive de la Yamunā.
Verse 3
तस्यामासीद्द्विजश्रेष्ठो गोकर्ण इति विश्रुतः । वेदाध्ययनसंपन्नः सर्वशास्त्रविचक्षणः
Dans cette cité vivait un brāhmaṇa d’excellence, connu sous le nom de Gokarṇa, accompli dans l’étude des Veda et pénétrant en tous les śāstras.
Verse 4
अथापरोऽस्ति तन्नामा तत्र विप्रो वयोऽन्वितः । सोऽपि च ब्राह्मणः श्रेष्ठः सर्वविद्यासु पारगः
Or, il y avait là un autre brāhmaṇa portant le même nom, d’un âge avancé ; lui aussi était un brāhmaṇa éminent, versé en toutes les disciplines du savoir.
Verse 5
कस्यचित्त्वथकालस्य यमः प्राह स्वकिंकरम् । ऊर्ध्वकेशं सुरक्ताक्षं कृष्णदन्तं भयानकम्
En un certain temps, Yama s’adressa à son propre serviteur—aux cheveux dressés, aux yeux d’un rouge ardent, aux dents noircies, d’une apparence effrayante.
Verse 6
अद्य गच्छ द्रुतं दूत मथुराख्यां महापुरीम् । आनयस्व द्विजश्रेष्ठं तस्यां गोकर्णसंज्ञकम्
«Va aujourd’hui sans tarder, ô messager, vers la grande cité nommée Mathurā, et amène ici le plus excellent des brahmanes qui s’y trouve, nommé Gokarṇa.»
Verse 7
तस्यायुषः क्षयो जातो मध्याह्नेऽद्यतने दिने । त्याज्योऽन्योऽस्ति च तत्रैव चिरायुस्तादृशो द्विजः
«La mesure de sa vie s’est épuisée à midi, en ce jour même. Mais il s’y trouve aussi un autre brahmane semblable, à longue vie : celui-là, laisse-le de côté.»
Verse 8
सूत उवाच । अथ दूतो द्रुतं गत्वा तां पुरीं यमशासनात् । विभ्रमादानयामास गोकर्णं च चिरायुषम्
Sūta dit : Alors le messager, se rendant promptement dans cette cité sur l’ordre de Yama, ramena par méprise Gokarṇa, celui qui était de longue vie.
Verse 9
ततः कोपपरीतात्मा यमः प्रोवाच किंकरम् । दीर्घायुरेष आनीतो धिक्पाप किमिदं कृतम्
Alors Yama, l’esprit saisi de colère, dit à son serviteur : «Celui-ci est de longue vie ! Honte à toi, ô pécheur ! Qu’as-tu donc fait là ?»
Verse 10
तस्मात्प्रापय तत्रैव यावदस्य च बन्धुभिः । नो गात्रं दह्यते शोकात्सुसमिद्धेन वह्निना
C’est pourquoi, renvoie-le aussitôt là-bas même, avant que ses proches, consumés par le chagrin, ne brûlent son corps sur un feu pleinement attisé.
Verse 11
ब्राह्मण उवाच । नाहं तत्र गमिष्यामि दिष्ट्या प्राप्तोस्मि तेंऽतिकम् । वांछमानः सदा मृत्युं दारिद्र्येण कदर्थितः
Le brāhmane dit : « Je ne retournerai pas là-bas. Par heureuse fortune, je suis parvenu jusqu’à ta présence. Écrasé par la pauvreté, j’ai toujours désiré la mort. »
Verse 12
यम उवाच । निमिषेणापि नो मर्त्यमानयामि महीतलात् । आयुःशेषेण विप्रेन्द्र पूर्णेनाथ त्यजामि न
Yama dit : « Pas même l’espace d’un clin d’œil je n’emporte un mortel de la surface de la terre. Ô le meilleur des brāhmanes, je ne fais partir personne tant que le reste de sa durée de vie impartie n’est pas pleinement accompli. »
Verse 13
तत एव हि मे नाम धर्मराज इति स्मृतम् । समत्वात्सर्वजंतूनां पक्षपातविवर्जनात्
« C’est pour cette raison même qu’on se souvient de moi sous le nom de Dharmarāja : parce que je suis égal envers tous les êtres et exempt de toute partialité. »
Verse 14
तस्माद्गच्छ गृहं विप्र यावद्गात्रं न दह्यते । बंधुभिस्तव शोकार्तैर्नाधुना तत्र ते स्थितिः
« Ainsi donc, ô brāhmane, retourne chez toi tant que ton corps n’a pas encore été brûlé. Tes proches sont accablés de chagrin ; ce n’est pas le moment pour toi de demeurer là-bas. »
Verse 15
प्रार्थयस्व मनोऽभीष्टं वरं ब्राह्मणसत्तम । न वृथा दर्शनं मे स्यात्कथंचिदपि देहिनाम्
Demande la grâce que ton cœur désire, ô meilleur des brāhmaṇas. Que mon apparition ne soit en aucune circonstance vaine pour les êtres incarnés.
Verse 16
ब्राह्मण उवाच । अवश्यं यदि गंतव्यं मया देव गृहं पुनः । तन्ममाचक्ष्व पृच्छामि वरश्चैष भवेन्मम
Le brāhmaṇa dit : «Si je dois assurément retourner encore à ma demeure, ô Seigneur, alors instruis-moi : telle est ma demande. Que cela même soit ma grâce.»
Verse 17
एते ये नरका रौद्राः सेविताः पापकर्मभिः । दृश्यंते वद कः केन कर्मणा सेव्यते जनैः
«Ces enfers terribles, suscités par les actes de péché, se voient ici. Dis-moi : qui est voué à quel enfer, et par quelle action ?»
Verse 18
यम उवाच । असंख्या नरका विप्र यथा प्राणिगणाः क्षितौ । कृत्स्नशः कथितुं शक्या नैववर्षशतैरपि
Yama dit : «Les enfers sont innombrables, ô brāhmaṇa, tout comme les êtres vivants sur la terre sont innombrables. On ne saurait les décrire entièrement, même en des centaines d’années.»
Verse 19
कीर्तयिष्यामि तेषां ते प्राधान्येन द्विजोत्तम । एकविंशतिसंख्या ये पापिलोककृते कृताः
«Je te rapporterai, ô meilleur des deux-fois-nés, les principaux d’entre eux : au nombre de vingt et un, établis pour le monde des pécheurs.»
Verse 20
आद्योऽयं रौरवो नाम नरको द्विजसत्तम । प्रतप्ततैलकुंभेषु पच्यंते यत्र जंतवः
Le premier est l’enfer nommé Raurava, ô le meilleur des brahmanes. Là, les êtres sont cuits dans des chaudrons remplis d’huile brûlante et ardente.
Verse 21
हा मातस्तात पुत्रेति प्रकुर्वंति सुदारुणम् । परपाकरताः क्षुद्राः परद्रव्या पहारकाः
Criant « Ô mère ! Ô père ! Ô fils ! », ils gémissent dans une détresse extrême — ces êtres mesquins qui se complaisent à nuire aux autres et dérobent les biens d’autrui.
Verse 22
द्वितीय एष विप्रेंद्र महारौरवसंज्ञितः । कृतघ्नैः सेव्यते नित्यं तथा च गुरुतल्पगैः
Ô le meilleur des brahmanes, voici le second (enfer), nommé Mahāraurava. Il est à jamais la demeure des ingrats, ainsi que de ceux qui profanent la couche de leur guru.
Verse 23
रोरूयमाणैर्दाहार्तैः पच्यमानै र्हविर्भुजा । खंडशः क्रियमाणैश्च तीक्ष्णशस्त्रैरनेकधा
Là, ils hurlent à pleine voix, tourmentés par la brûlure, ‘cuits’ par le dévoreur des offrandes — le Feu —, et taillés en morceaux de mille façons par des armes tranchantes.
Verse 24
तृतीयोंऽधतमोनाम नरकः सुभयावहः । अत्र ये पुरुषा यांति तांश्च वक्ष्यामि सुद्विज
Le troisième enfer est appelé Andhatamas, terriblement effrayant. Ô bon brahmane, je te dirai quels hommes s’y rendent.
Verse 26
चतुर्थोऽयं प्रतप्ताख्यो नरकः संप्रकीर्तितः । अत्र ते यातनां भुक्त्वा तथा शुद्धा भवंति च
Ce quatrième enfer est proclamé sous le nom de Pratāpta, « le Brûlé ». Après y avoir subi les tourments, eux aussi sont purifiés, car ce karma s’y épuise.
Verse 27
यैः कृता सततं निंदा गुरुदेवतपस्वि नाम् । तेषामुत्पाट्यते जिह्वा जाताजाताऽत्र भूरिशः
Ceux qui, sans cesse, ont diffamé les gurus, les divinités et les ascètes—ici, leur langue est arrachée, encore et encore, maintes fois.
Verse 28
एषोऽन्यः पंचमो नाम सुप्रसिद्धो विदारकः । मित्रद्रोहरताश्चात्र च्छिद्यंते करपत्रकैः
Cet autre enfer est le cinquième, célèbre sous le nom de Vidāraka, « le Déchireur ». Ici, ceux qui se complaisaient à trahir leurs amis sont taillés en pièces par des lames dites « feuilles-de-main ».
Verse 29
दुष्टेन चक्षुषा दृष्टाः परदारा नराधमैः । सुलोहास्याः खगास्तेषां हरंत्यत्र विलोचने
Des femmes d’autrui furent regardées d’un œil mauvais par des hommes infâmes ; ici, des oiseaux au bec de fer leur saisissent et leur arrachent les yeux.
Verse 30
प्राणांतिकं पुरा दत्तं यैर्दुःखं प्राणिनां नरैः । अपराधं विना तेऽत्र पच्यंते वालुकोत्करैः
Ces hommes qui jadis infligèrent aux êtres vivants une souffrance mortelle, sans qu’ils aient commis de faute—ici, ils sont « cuits » sur des monceaux de sable brûlant.
Verse 31
बीभत्सुरिति विख्यातः सप्तमो नरकाधमः । मूत्रामेध्य समाकीर्णः समंतादतिगर्हितः
Le septième, le plus abject des enfers, est renommé Bībhatsu. Il est rempli d’urine et d’immondices, et il est odieux de tous côtés.
Verse 32
राजगामि च पैशुन्यं यैः कृतं सुदुरात्मभिः । अमेध्यपूर्णवक्त्रास्ते धार्यंतेऽत्र नराधमाः
Ceux, hommes foncièrement mauvais, qui se livrèrent à la délation et à la calomnie jusqu’au roi (la dénonciation de cour) : ici ces êtres vils sont maintenus, la bouche remplie d’immondices.
Verse 33
कुत्सितोनाम विख्यातो द्विजायं चाष्टमोऽधमः । श्लेष्ममूत्राभिसंपूर्णैस्तथा गन्धैश्च कुत्सितैः
Ô meilleur des brāhmaṇas, le huitième enfer, vil et abject, est nommé Kutsita. Il est rempli de glaires et d’urine, et il empeste d’une puanteur ignoble et avilissante.
Verse 34
गुरुदेवातिथिभ्यश्च स्वभृत्येभ्यो विशेषतः । अदत्त्वा भोजनं यैस्तु कृतं तेऽत्र व्यवस्थिताः
Ceux qui, sans offrir de nourriture au guru, aux dieux, aux hôtes et surtout à leurs propres dépendants et serviteurs, mangèrent pour eux-mêmes, sont ici placés pour souffrir.
Verse 35
एष दुर्गमनामा च नवमो द्विजसत्तम । तीक्ष्णकंटकसंकीर्णः सर्पवृश्चिकसंकुलः
Ô meilleur des brāhmaṇas, ce neuvième se nomme Durgama. Il est jonché d’épines acérées et grouille de serpents et de scorpions.
Verse 36
एकसार्थप्रयाताय क्षुत्क्षामायावसीदते । अदत्त्वा भोजनं यैश्च कृतं तेऽत्र व्यवस्थिताः
Ceux qui n’ont pas offert de nourriture au voyageur parti avec la caravane, affaibli et s’effondrant de faim, sont contraints de demeurer ici (dans cet enfer).
Verse 37
दशमोऽयं सुविख्यातो नरको नामदुः सहः । तप्तलोहमयैः स्तंभैः समंतात्परिवारितः
Ce dixième enfer est renommé sous le nom de Duḥsaha. Il est entouré de toutes parts de piliers de fer rougis au feu.
Verse 38
ये पापाः परदारेषु रक्ता मिष्टामिषेषु वा । तप्तलोहमयान्स्तंभांस्तेऽत्रालिंगंति मानवाः
Les pécheurs épris des épouses d’autrui, ou attachés aux douceurs et à la viande, sont ici contraints d’étreindre des piliers de fer rougis au feu.
Verse 39
एकादशोऽपरश्चायमाकर्षाख्यः प्रकीर्तितः । नरको विप्रशार्दूल तप्तसंदंशसंकुलः
Ô tigre parmi les brāhmaṇas, cet autre enfer—le onzième—est proclamé sous le nom d’Ākarṣa. Il est rempli de tenailles et de pinces rougies au feu.
Verse 40
स्त्रीविप्रगुरुदेवानां वित्तं चाश्नंति ये नराः । संदंशैरपि कृष्यंते तत्र तप्तैः समंततः
Les hommes qui dévorent ou s’emparent des richesses des femmes, des brāhmaṇas, des gurus ou des dieux, y sont traînés de toutes parts par des tenailles rougies au feu.
Verse 41
संदंशो द्वादशश्चायं तथाऽभक्ष्यप्रभक्षकाः । लोहदंतमुखैर्गृधैर्भक्ष्यंतेऽत्र नराधमाः
Ce douzième enfer est Saṃdaṃśa. Ici, les hommes vils qui mangent ce qui est interdit sont dévorés par des vautours aux becs et aux dents de fer.
Verse 42
एष त्रयोदशोनाम सुविख्यातो नियंत्रकः । समंतात्कृमिभिर्व्याप्तस्तथा च दृढबन्धनैः
Ce treizième enfer est bien connu sous le nom de Niyaṃtraka. Il est envahi de toutes parts par des vers ainsi que par des liens serrés et inflexibles.
Verse 43
न्यासापहारकाः पापास्तत्र बद्धाश्च बंधनैः । कृमिवृश्चिक कीटाद्यैर्भक्ष्यते द्विजसत्तम
Ô meilleur des deux fois nés, ces pécheurs qui volent ce qui a été confié sont liés là par des chaînes et dévorés par des vers, des scorpions et d'autres insectes piqueurs.
Verse 44
तथा चतुर्दशोनाम नरकोऽधोमुखः स्थितः । नरकाणां समस्तानामेष रौद्रतमाकृतिः
De même, le quatorzième est l'enfer appelé « Adhomukha » (Tête en bas), où l'on est maintenu inversé. De tous les enfers, celui-ci a la forme la plus terrifiante.
Verse 45
अत्र चाधोमुखा बद्धा वृक्षशाखावलंबिताः । पच्यंते वह्निनाऽधस्ताद्ब्रह्मघ्ना ये च मानवाः
Ici, maintenus face contre terre et liés, suspendus aux branches des arbres, les humains meurtriers d'un brāhmaṇa sont cuits par le feu d'en bas.
Verse 46
यूकामत्कुणदंशाद्यैः संकीर्णोऽयं द्विजोत्तम । नरको भीषणो नाम ख्यातः पञ्चदशो महान्
Ô meilleur des deux-fois-nés, cette contrée pullule de poux, de punaises, de moucherons et autres vermines. Ce grand enfer, le quinzième, est renommé sous le nom de « Bhīṣaṇa » (l’Épouvantable).
Verse 47
कूटसाक्ष्यरतानां च तथैवानृतवादिनाम् । अत्राश्रयो मया दत्तस्तथान्येषां कुकर्मिणाम्
Ici, j’ai assigné un lieu de détention à ceux qui se complaisent dans le faux témoignage et à ceux qui mentent sans cesse — ainsi qu’à d’autres artisans du mal.
Verse 49
एष षोडश उद्दिष्टो नरको नाम क्षुद्रदः । युधार्तैर्मानवैर्व्याप्तः समंताद्द्विजसत्तम
Ô meilleur des deux-fois-nés, voici le seizième enfer, proclamé sous le nom de « Kṣudrada ». De toutes parts, il est rempli d’hommes tourmentés par la guerre.
Verse 50
तथा सप्तदशश्चायं क्षाराख्यो नरकः स्मृतः । सुक्षारेण समाकीर्णः सर्वप्राणिभयावहः
De même, celui-ci est tenu pour le dix-septième enfer, nommé « Kṣāra » (l’Alcali caustique). Il est jonché d’un alcali tranchant et brûlant, et répand l’effroi parmi tous les êtres incarnés.
Verse 51
व्रतभंगकरा ये च ये च पाषण्डिनो नराः । तेऽत्रागत्य शितैः शस्त्रैः पिष्यंते पापकृत्तमाः
Ceux qui brisent les vœux sacrés (vrata) et ces hommes qui suivent des voies hérétiques, destructrices du dharma — venus ici, ces pires pécheurs sont broyés par des armes tranchantes.
Verse 52
एष चाष्टादशो नाम कथितश्च निदाघकः । ज्वलितांगारसंकीर्णो दुःसेव्यः सर्वदेहिनाम्
Voici le dix-huitième, nommé « Nidāghaka » (Chaleur brûlante). Il est jonché de braises ardentes et demeure insupportable à tous les êtres incarnés.
Verse 53
दूषयंति च ये शास्त्रं काव्यं विप्रं च कन्यकाम् । अंगारांतः स्थितातेऽत्र ध्रियंते मानवा द्विज
Ô deux-fois-né, ceux qui souillent l’enseignement sacré, la poésie raffinée, un brāhmaṇa et une jeune fille—ces hommes sont retenus ici, placés au cœur de braises brûlantes.
Verse 54
एकोनविंशतिश्चायं प्रख्यातः कूटशाल्मलिः । सुतीक्ष्णकंटकाकीर्णः समंताद्द्विजसत्तम ।ा
Ô le meilleur des deux-fois-nés, voici le dix-neuvième, renommé « Kūṭaśālmali », hérissé de toutes parts d’épines d’une acuité extrême.
Verse 56
एष विंशतिमो नाम नरको द्विजसत्तम । असिपत्रवनाख्यश्च कष्टसेव्यो दुरात्मभिः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, voici le vingtième enfer, nommé « Asipatravana » (la Forêt aux feuilles-épées), une épreuve dure à endurer, que seuls les êtres pervers viennent subir.
Verse 57
अत्र यांति नरा विप्र पररंध्रनिरीक्षकाः । कूटकर्मरता ये च शास्त्रविक्रयकारकाः
Ô brāhmaṇa, ici viennent ceux qui épient les défauts d’autrui, ceux qui se complaisent dans les actes trompeurs, et ceux qui font commerce des Écritures sacrées.
Verse 58
एकविंशतिमा चैषा नाम्ना वैतरणी नदी । सर्वैरेव नरैर्गम्या धर्मपापानुयायिभिः
Voici la vingt-et-unième : la rivière nommée Vaitaraṇī, vers laquelle tous les hommes doivent se rendre, qu’ils aient suivi le dharma ou couru après le péché.
Verse 59
मृत्युकाले समुत्पन्ने धेनुं यच्छंति ये नराः । तस्या लांगूलमाश्रित्य तारयंति सुखेन च
Quand l’heure de la mort est venue, ceux qui offrent une vache laitière—en s’agrippant à sa queue—sont transportés au-delà avec aisance.
Verse 60
अदत्त्वा गां च ये मर्त्या म्रियंते द्विजसत्तम । तीर्त्वा हस्तादिभिर्दुर्गा त इमां संतरंति च
Ô meilleur des deux-fois-nés, les mortels qui meurent sans avoir donné une vache traversent ce passage difficile par leurs propres mains et autres moyens, luttant pour atteindre l’autre rive.
Verse 61
एतत्ते सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽस्मि द्विजोत्तम । विस्तरेण तव प्रीत्या स्वरूपं नरकोद्भवम्
Ô meilleur des deux-fois-nés, je t’ai exposé tout ce que tu m’as demandé ; par affection pour toi, j’ai décrit en détail la nature de ces tourments nés de l’enfer.
Verse 62
तस्माद्गच्छ गृहं शीघ्रं यावद्गात्रं न दह्यते । बन्धुभिस्तव शोकार्तैर्गृहीत्वा वांछितं धनम्
Va donc vite chez toi, avant que ton corps ne soit brûlé ; tes proches, accablés de chagrin, s’empareront des richesses que tu convoites.
Verse 63
ब्राह्मण उवाच । यदि देव मया सम्यग्गंतव्यं निजमंदिरम् । तद्ब्रूहि कर्मणा येन नरकं याति नो नरः
Le brāhmane dit : « Si, ô Seigneur, je dois vraiment retourner comme il se doit à ma demeure, dis-moi : par quelle conduite l’homme ne va-t-il pas en enfer ? »
Verse 64
यम उवाच । तीर्थयात्रापरो नित्यं देवतातिथिपूजकः । ब्रह्मण्यश्च शरण्यश्च न याति नरकं नरः
Yama dit : « Celui qui demeure toujours voué au pèlerinage des tīrtha, qui adore les divinités et honore l’hôte, qui est dévoué à Brahman et aux brāhmanes, et qui sert de refuge aux autres, celui-là ne va pas en enfer. »
Verse 65
परोपकारसंयुक्तो नित्यं जपपरायणः । स्वाध्यायनिरतश्चैव न याति नरकं द्विज
Ô brāhmane, celui qui s’unit au service d’autrui, demeure assidu au japa quotidien et s’applique sans cesse au svādhyāya (l’étude sacrée), ne va pas en enfer.
Verse 66
वापीकूपतडागानि देवतायतनानि च । यः करोति नरो नित्यं नरकं न स पश्यति
Celui qui, régulièrement, fait creuser des puits, des puits à degrés et des étangs, et qui bâtit aussi des sanctuaires pour les divinités, celui-là ne voit pas l’enfer.
Verse 67
हेमंते वह्निदो यः स्यात्तथा ग्रीष्मे जलप्रदः । वर्षास्वाश्रयदो यश्च नरकं न स पश्यति
Celui qui donne le feu et la chaleur en hiver, offre l’eau dans l’ardeur de l’été et procure un abri durant la saison des pluies, celui-là ne voit pas l’enfer.
Verse 68
व्रतोपवाससंयुक्तः शांतात्मा विजितेंद्रियः । ब्रह्मचारी सदा ध्यानी नरकं याति नो नरः
Celui qui s’adonne aux vœux et au jeûne, l’âme paisible, maître de ses sens, vivant en brahmacarya et toujours en méditation—un tel être ne va pas en enfer.
Verse 69
अन्नप्रदो नरो यः स्याद्विशेषेण तिलप्रदः । अहिंसानिरतश्चैव नरकं न स पश्यति
Celui qui donne de la nourriture—et tout particulièrement qui offre du sésame en aumône—et qui demeure voué à l’ahiṃsā, ne voit pas l’enfer.
Verse 70
वेदाध्ययनसंपन्नः शास्त्रासक्तः सुमृष्टवाक् । धर्माख्यानपरो नित्यं नरकं न स पश्यति
Celui qui est accompli dans l’étude des Veda, attaché aux śāstra, au langage pur et raffiné, et constamment occupé à raconter et enseigner le dharma—ne voit pas l’enfer.
Verse 71
ब्राह्मण उवाच । एतन्मूर्खोऽपि जानाति शुभकर्मकरः पुमान् । न याति नरकं स्वर्गे तथा पापक्रियारतः
Le Brāhmane dit : Même un insensé le comprend—celui qui accomplit des actes auspices ne va pas en enfer, mais au ciel ; de même, celui qui s’adonne au péché rencontre l’inverse.
Verse 72
तस्मादशुभकर्मापि कर्मणा येन पातकम् । स्वल्पेनापि निहन्त्याशु याति स्वर्गं नरस्ततः
Ainsi, même celui qui est souillé par des actes inauspices—s’il détruit vite le péché par quelque action, fût-ce avec un faible effort—alors cet homme va au ciel.
Verse 73
तन्मेब्रूहि सुरश्रेष्ठ व्रतं नियममेव वा । तीर्थं वा जपहोमं वा सर्वलोकसुखावहम्
Dis-moi, ô le meilleur des dieux, un vœu sacré ou une discipline—ou bien un tīrtha saint, ou le japa et le homa—qui accorde le bien-être et la félicité à tous les mondes.
Verse 74
यम उवाच । अत्र ते सुमहद्गुह्यं कीर्तयिष्ये द्विजोत्तध । गोपनीयं प्रयत्नेन वचनान्मम सर्वदा
Yama dit : Ici, je te révélerai, ô le meilleur des deux-fois-nés, un très grand secret. Garde mes paroles avec soin et protège toujours cet enseignement.
Verse 75
महापातकयुक्तोऽपि पुरुषो येन कर्मणा । अनुष्ठितेन नो याति नरकं क्लेशकारकम्
Même un homme chargé des fautes les plus graves, en accomplissant cet acte prescrit, ne va pas en l’enfer qui apporte la souffrance.
Verse 76
आनर्तविषये रम्यं सर्वतीर्थमयं शुभम् । हाटकेश्वरजं क्षेत्रं महापातकनाशनम्
Dans la délicieuse contrée d’Ānarta se trouve un kṣetra de bon augure, né de Hāṭakeśvara, imprégné de la puissance de tous les tīrthas, destructeur même des grands péchés.
Verse 77
तत्रैकमपि मासार्धं यो भक्त्या पूजयेद्धरम् । स सर्वपापयुक्तोऽपि शिवलोके महीयते
Quiconque, en ce lieu, adore le Seigneur avec dévotion ne fût-ce que pendant une demi-lune, même chargé de tous les péchés, est honoré dans le monde de Śiva.
Verse 78
तस्मात्तत्र द्रुतं गत्वा त्वमाराधय शंकरम् । येन गच्छसि निर्वाणं दशभिः पुरुषैः सह
C’est pourquoi, rends-toi là sans tarder et adore Śaṅkara (Śiva) avec ferveur ; ainsi tu atteindras la délivrance (mokṣa/nirvāṇa) avec dix hommes.
Verse 79
सूत उवाच । उपदेशं समाकर्ण्य स यदा प्रस्थितो गृहम् । धर्मराजस्य संहष्टो मधुरां नगरीं प्रति
Sūta dit : Après avoir entendu l’enseignement, lorsqu’il se mit en route vers sa demeure, sur l’ordre de Dharmarāja il fut envoyé vers la cité de Madhurā.
Verse 80
तावद्द्वितीयं गो कर्णं दूत आदाय संगतः । दर्शयामास धृत्वाग्रे धर्मराजस्य सत्वरम्
À cet instant, le messager arriva en amenant le second Gokarṇa, et le présenta sans délai devant Dharmarāja.
Verse 81
ततः प्रोवाच तं दूतं धर्मराजः प्रहर्षितः । गोकर्णं पुरतो दृष्ट्वा द्वितीयं प्रस्थितं गृहम्
Alors Dharmarāja, réjoui de voir le second Gokarṇa debout devant lui, s’adressa à ce messager qui était parti.
Verse 82
यस्मात्कालात्ययं कृत्वाऽनीतोऽयं ब्राह्मणस्त्वया । तस्मादेनमपि क्षिप्रं द्वितीयेन समं त्यज
Puisque tu as amené ce brāhmane après avoir laissé passer le temps prescrit, libère-le donc lui aussi sur-le-champ, à l’égal du second.
Verse 83
ततस्तौ तत्क्षणान्मुक्तौ गोकर्णौ ब्राह्मणौ समम् । स्वंस्वं कलेवरं प्राप्य सहसाथ समन्वितौ
Alors, à cet instant même, les deux brāhmaṇa nommés Gokarṇa furent délivrés ensemble ; chacun recouvra son propre corps et fut aussitôt rétabli dans sa plénitude.
Verse 84
ततः स कथयामास गोकर्णः प्रथमो द्विजः । यमोपदेशसंजुष्टो द्वितीयाय सविस्तरम्
Puis le premier brāhmaṇa, Gokarṇa — enrichi par l’enseignement de Yama — expliqua en détail toutes choses au second.
Verse 85
ततो गृहं परित्यज्य गोकर्णौ द्वावपि स्थितौ । देवतायतनैर्व्याप्तं क्षेत्रं दृष्ट्वाऽखिलं ततः
Ensuite, les deux Gokarṇa quittèrent leur demeure et demeurèrent en ce lieu. Ayant contemplé toute cette contrée sacrée, pénétrée de sanctuaires des dieux, ils en reconnurent la sainteté.
Verse 86
लिंगे संस्थापिते ताभ्यां सीमांते दक्षिणोत्तरे । हाटकेश्वरजं क्षेत्रं संप्राप्य तपसि द्रुतम्
Après que tous deux eurent établi un liṅga à la frontière, aux limites du sud et du nord, ils atteignirent le domaine sacré lié à Hāṭakeśvara et se vouèrent promptement à l’ascèse.
Verse 87
ततः शिवं समाराध्य तपः कृत्वा यथोचितम् । सशरीरौ दिवं प्राप्तौ तत्प्रभावाद्विजोत्तमाः
Ensuite, ces excellents « deux-fois-nés », après avoir honoré Śiva comme il convient et accompli l’ascèse selon la règle, atteignirent le ciel avec leurs propres corps, par la puissance de ce lieu et du culte.
Verse 88
ताभ्यां मार्गचतुर्दश्यां कृष्णायां जागरः कृतः । यः करोति नरो भक्त्या स गच्छति शिवालयम्
Au quatorzième jour de la quinzaine sombre de Mārgaśīrṣa, ils observèrent une veille nocturne. Quiconque accomplit cette veille avec dévotion parvient à la demeure de Śiva.
Verse 89
अपुत्रो लभते पुत्रान्धनार्थी धनमाप्नुयात् । निष्कामस्तु पुनर्मोक्षं नरो याति न संशयः
Celui qui est sans enfant obtient des fils ; celui qui recherche la richesse obtient la richesse. Mais l’homme sans désir atteint la délivrance (mokṣa), sans aucun doute.
Verse 90
सूत उवाच । एतद्वः सर्वमाख्यातं सीमांतं द्विजसत्तमाः । क्षेत्रस्यास्य प्रमाणं च विस्तरेण चतुर्दिशम्
Sūta dit : «Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vous ai tout exposé : les limites de la frontière, ainsi que l’étendue de ce lieu sacré dans les quatre directions, en détail.»
Verse 91
अत्रांतरे नरा ये च निवसंति द्विजोत्तमाः । कृषिकर्मोद्यताश्चापि यांति ते परमां गतिम् । किं पुनर्नियतात्मानः शांता दांता जितेंद्रियाः
Ô meilleurs des deux-fois-nés, même ceux qui demeurent dans cette région—fût-ce en ne s’appliquant qu’aux travaux des champs—atteignent la destinée suprême. Que dire alors de ceux qui se maîtrisent, paisibles, disciplinés et vainqueurs des sens !
Verse 92
अपि कीटपतंगा ये पशवः पक्षिणो मृगाः । तस्मिन्क्षेत्रे मृता यांति स्वर्गलोकं न संशयः
Même les insectes et les papillons de nuit, le bétail, les oiseaux et les bêtes sauvages—s’ils meurent dans ce lieu sacré—vont au monde céleste, sans aucun doute.
Verse 93
किं पुनर्ये नरास्तत्र कृत्वा प्रायोपवेशनम् । संन्यस्ताः श्रद्धयोपेता हृदयस्थे जनार्दने
Combien plus bénis sont ceux qui, là-bas, entreprennent le prāyopaveśana (jeûne jusqu’à la mort), ayant tout renoncé, remplis de foi, Janārdana demeurant au fond de leur cœur.
Verse 94
तस्मात्सर्व प्रयत्नेन तत्क्षेत्रं सेव्यमेव हि । विशेषेण कलौ प्राप्ते युगे पापसमावृते
C’est pourquoi, avec tous nos efforts, ce lieu sacré doit être fréquenté et servi—surtout maintenant que l’âge de Kali est advenu, époque enveloppée de péché.
Verse 95
नास्तिका भिन्नमर्यादा ये च विप्रस्य घातकाः । ते सर्वेऽत्र नरा नित्यमारुहंति पतंति च
Les incrédules (nāstika), ceux qui franchissent les limites du dharma et ceux qui font du tort à un brāhmane—tous ces hommes, en ce lieu même, ne cessent de s’élever puis de retomber, subissant des chutes répétées.
Verse 96
वापीकूपतडागेषु यत्रयत्र जलं द्विजाः । तत्रतत्र नरः स्नातः सर्वपापैः प्रमुच्यते
Ô vous, deux-fois-nés (dvija) : partout où se trouve de l’eau—dans les puits à degrés, les puits ou les étangs—quiconque s’y baigne est délivré de tous les péchés.
Verse 97
किं य्रज्ञैः किं वृथा दानैः क व्रतैः किं जपैरपि । वरं तत्र कृतो वासः क्षेत्रे स्वर्गमभीप्सुभिः
À quoi bon les sacrifices (yajña) ? À quoi servent des aumônes faites en vain ? Que dire des vœux (vrata) et même des récitations (japa) ? Mieux vaut demeurer là, dans ce kṣetra sacré, pour ceux qui aspirent au ciel.
Verse 98
एतत्पवित्रमायुष्यं मांगल्यं पापनाशनम् । हाटकेश्वरजक्षेत्रमाहात्म्यं शृण्वतां सदा
Ce récit est purificateur, accroît la longévité, porte bonheur et détruit le péché—pour ceux qui écoutent sans cesse la grandeur du kṣetra sacré de Hāṭakeśvara.