
Sanatkumāra enseigne à Nārada une progression de Śākta-Śrīvidyā : d’abord les préliminaires de samaya et la conscience des āvaraṇa, fondés sur le guru-dhyāna ; puis un Guru-stava qui reconnaît Śiva comme le Guru et la source du savoir sacré transmis par descente. Vient ensuite la contemplation de la Devī comme mantra-mātṛkā, où syllabes et lettres constituent et soutiennent les trois mondes, et où la mantra-siddhi est louée comme puissance de transformation du monde. Le Lalitā-kavaca déploie l’imagerie des neuf gemmes et des protections selon les directions et l’axe vertical, s’étendant jusqu’au dedans : mental, sens, prāṇa et disciplines éthiques. Le chapitre annonce et dévoile partiellement le sahasranāma et l’agencement en seize (ṣoḍaśī), énumérant formes de la Devī, śakti, siddhi, classes phonétiques, cercles de yoginī, emplacements des cakra et doctrine des niveaux de la parole. La phalaśruti décrit des fruits gradués de la récitation répétée—prospérité et protection, puis maîtrise, victoire et accomplissements liés à l’identité—et conclut que les mille noms exaucent les buts et soutiennent la mokṣa.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । अथासामावृतिस्थानां शक्तीनां समयेन च । नाम्नां सहस्रं वक्ष्यामि गुरुध्यानपुरः सरम् ॥ १ ॥
Sanatkumāra dit : À présent, selon l’ordre prescrit, je vais énoncer les mille noms de ces Puissances divines—avec leurs lieux d’enceinte (āvaraṇa-sthāna) et les règles de samaya—le tout précédé de la méditation sur le Guru.
Verse 2
नाथा नव प्रकाशाद्याः सुभगांताः प्रकीर्तिताः । भूम्यादीनिशिवांतानि विद्धि तत्त्वानि नारद ॥ २ ॥
Les neuf Nātha ont été proclamés, commençant par Prakāśa et s’achevant par Subhagā. Sache, ô Nārada, que les tattva (principes du réel) s’étendent de la Terre et des autres jusqu’à Śiva.
Verse 3
गुरुजन्मादिपर्वाणि दर्शान्तानि च सप्त वै । एतानि प्राहमनोवृत्त्या चिंतयेत्साधकोत्तमः ॥ ३ ॥
Les sept observances sacrées—commençant par le jour de naissance du Guru et s’achevant au rite de Darśa—doivent être contemplées au-dedans; le meilleur des pratiquants les méditera avec une intention mentale disciplinée.
Verse 4
गुरुस्तोत्रं जपेच्चापि तद्गतेनांतरात्मना । नमस्ते नाथ भगवञ्शिवाय गुरुरूपिणे ॥ ४ ॥
Qu’on récite aussi l’hymne au Guru, l’âme intérieure absorbée en Lui. «Hommage à Toi, ô Nātha, Bhagavān Śiva, Toi qui te manifestes sous la forme du Guru.»
Verse 5
विद्यावतारसंसिद्ध्यै स्वौकृतानेकविग्रह । नवाय नवरूपाय परमार्थैकरूपिणे ॥ ५ ॥
Hommage à Celui qui accomplit parfaitement la descente de la connaissance sacrée; à Celui qui, par sa propre volonté, revêt d’innombrables formes; au Toujours-Nouveau, aux manifestations toujours nouvelles, et pourtant d’une seule essence—la pure Réalité suprême.
Verse 6
सर्वाज्ञानतमोभेदभानवे चिद्धनाय ते । स्वतंत्राय दयाक्लृप्तविग्रहाय शिवात्मने ॥ ६ ॥
Hommage à Toi—soleil qui dissipe les ténèbres de toute ignorance; trésor de conscience; Seigneur souverain et indépendant qui, par compassion, assume une forme; dont le Soi même est Śiva, l’Auspice.
Verse 7
परतंत्राय भक्तानां भव्यानां भव्यरूपिणे । विवेकिनां विवेकाय विमर्शाय विमर्शिनाम् ॥ ७ ॥
Hommage à Celui qui se rend dépendant de Ses dévots; à Lui dont la forme est auspice pour les êtres auspices; à Lui qui est discernement pour les discernants; et à Lui qui est enquête réfléchie pour ceux qui réfléchissent.
Verse 8
प्रकाशानां प्रकाशाय ज्ञानिनां ज्ञानरूपिणे । पुरस्तात्पार्श्वयोः पृष्ठे नमः कुर्यामुपर्यधः ॥ ८ ॥
Hommage à Celui qui est la Lumière de toutes les lumières, la forme même de la connaissance pour les sages. Devant moi, à mes côtés, derrière moi, au-dessus et au-dessous : en toutes directions, je rends ma révérence.
Verse 9
सदा मञ्चित्तसदने विधेहि भवदासनम् । इति स्तुत्वा गुरुं भक्त्या परां देवीं विचिंतयेत् ॥ ९ ॥
«Établis toujours Ton siège dans le sanctuaire de mon esprit.» Après avoir ainsi loué le Guru avec bhakti, qu’on contemple ensuite la Déesse Suprême.
Verse 10
गणेशग्रहनक्षत्रयोगिनीराशिरूपिणीम् । देवीं मंत्रमयीं नौमि मातृकापीठरूपिणीम् ॥ १० ॥
Je me prosterne devant la Déesse qui incarne Gaṇeśa, les planètes, les demeures lunaires, les Yoginīs et les signes du zodiaque. Je vénère la Devi faite de mantra en elle-même, se révélant comme le pīṭha sacré des Mātr̥kās.
Verse 11
प्रणमामि महादेवीं मातृकां परमेश्वरीम् । कालहृल्लोहोलोल्लोहकलानाशनकारिणीम् ॥ ११ ॥
Je me prosterne devant la Grande Déesse—Mātṛkā, la Souveraine Suprême—qui anéantit les phases et les afflictions néfastes indiquées par les sons-mantra farouches «kāla-hṛt, loho, lolloha».
Verse 12
यदक्षरै कमात्रेऽपि संसिद्धे स्पर्द्धते नरः । रवितार्क्ष्येंदुकन्दर्पैः शंकरानलविष्णुभिः ॥ १२ ॥
Quand ne serait-ce qu’une seule syllabe (akṣara), fût-elle de la mesure d’une seule mātrā, est rendue parfaite par la siddhi du mantra, l’homme peut rivaliser en puissance avec le Soleil, Garuḍa, la Lune, Kāma, Śaṅkara, le Feu et Viṣṇu.
Verse 13
यदक्षरशशिज्योत्स्नामंडितं भुवनत्रयम् । वन्दे सर्वेश्वरीं देवीं महाश्रीसिद्धमातृकाम् ॥ १३ ॥
Je me prosterne devant la Déesse, Souveraine de tout—Mahāśrī, Mère accomplie des lettres sacrées—par les syllabes de qui les trois mondes sont parés comme de clarté lunaire.
Verse 14
यदक्षरमहासूत्रप्रोतमेतज्जगत्त्रयम् । ब्रह्यांडादिकटाहांतं तां वन्दे सिद्धमातृकाम् ॥ १४ ॥
Je me prosterne devant la Siddha-Mātṛkā, matrice accomplie des lettres : sur son grand fil de syllabes impérissables est enfilé tout cet univers triple, de l’œuf cosmique jusqu’au rebord du chaudron du monde.
Verse 15
यदेकादशमाधारं बीजं कोणत्रयोद्भवम् । ब्रह्यांडादिकटाहांतं जगदद्यापि दृश्यते ॥ १५ ॥
Aujourd’hui encore, l’univers se voit comme ce principe-graine : reposant sur onze appuis, né du triangle aux trois angles, et s’étendant jusqu’au rebord de l’œuf cosmique, chaudron primordial de la création.
Verse 16
अकचादिटतोन्नद्धपयशाक्षरवर्गिणीम् । ज्येष्ठांगबाहुहृत्कंठकटिपादनिवासिनीम् ॥ १६ ॥
Elle est ordonnée en groupes de syllabes—commençant par « a », puis « ka », et ainsi de suite—enfilées comme une guirlande de lettres rayonnantes ; elle demeure dans les membres principaux : le corps, les bras, le cœur, la gorge, la taille et les pieds.
Verse 17
नौमीकाराक्षरोद्धारां सारात्सारां परात्पराम् । प्रणमामि महादेवीं परमानंदरूपिणीम् ॥ १७ ॥
Je rends hommage à Mahādevī—celle qui se révèle par la syllabe sacrée « Naumī », essence au-delà de toute essence, Suprême au-delà du suprême, dont la nature est la béatitude la plus haute.
Verse 18
अथापि यस्या जानंति न मनागपि देवताः । केयं कस्मात्क्व केनेति सरूपारूपभावनाम् ॥ १८ ॥
Même les dieux ne la connaissent pas le moins du monde : qui elle est, d’où elle surgit, où elle demeure et par qui elle est suscitée — elle dont la nature est conçue à la fois avec forme et sans forme.
Verse 19
वंदे तामहमक्षय्यां क्षकाराक्षररूपिणीम् । देवीं कुलकलोल्लोलप्रोल्लसन्तीं शिवां पराम् ॥ १९ ॥
Je me prosterne devant cette Devī impérissable, dont la forme même est la syllabe « kṣa » ; la Déesse suprême et de bon augure, resplendissante, ondoyante et éclatante au milieu des vagues et du tumulte des multitudes de lignées et d’assemblées.
Verse 20
वर्गानुक्रमयोगेन यस्याख्योमाष्टकं स्थितम् । वन्दे तामष्टवर्गोत्थमहासिद्ध्यादिकेश्वरीम् ॥ २० ॥
Je me prosterne devant la Devī suprême—Souveraine de la Mahāsiddhi et des autres accomplissements—qui naît de l’Aṣṭavarga ; en elle s’établit l’octade (l’octave de « oṃ ») par l’enchaînement ordonné des classes phonétiques (varga).
Verse 21
कामपूर्णजकाराख्य सुपीठांतर्न्निवासिनीम् । चतुराज्ञाकोशभूतां नौमि श्रीत्रिपुरामहम् ॥ २१ ॥
Je rends hommage à Śrī Tripurā : elle qui demeure au sein du siège sacré excellent nommé « Kāmapūrṇa-ja-kāra », et qui est elle-même l’incarnation de la quadruple enveloppe du commandement (ājñā).
Verse 22
एतत्स्तोत्रं तु नित्यानां यः पठेत्सुसमाहितः । पूजादौ तस्य सर्वाता वरदाः स्युर्न संशयः ॥ २२ ॥
Quiconque récite chaque jour cet hymne avec une concentration parfaite—lors du culte et des autres rites—recevra des bénédictions de tous les dispensateurs divins de grâces ; il n’y a aucun doute.
Verse 23
अथ ते कवचं देव्या वक्ष्ये नवरतात्मकम् । येन देवासुरनरजयी स्यात्साधकः सदा ॥ २३ ॥
À présent, je vais te révéler le kavaca, l’armure protectrice de la Déesse, composée des neuf gemmes ; grâce à elle, le sādhaka demeure toujours victorieux des dieux, des asuras et des hommes.
Verse 24
सर्वतः सर्वदात्मानं ललिता पातु सर्वगा । कामेशी पुरतः पातु भगमाली त्वनंतरम् ॥ २४ ॥
Que Lalitā — elle qui pénètre partout — me protège de tous côtés, en tout temps et en tout état de l’être. Que Kāmeśī me garde devant, et que Bhagamālī me protège aussitôt après, tout près à sa suite.
Verse 25
दिशं पातु तथा दक्षपार्श्वं मे पातु सर्वदा । नित्यक्लिन्नाथं भेरुण्डादिशं मे पातु कौणपीम् ॥ २५ ॥
Que (le Seigneur) protège les directions, et qu’il garde toujours mon flanc droit. Que Nityaklinnātha me protège, et que Kauṇapī me préserve dans la direction présidée par Bheruṇḍa.
Verse 26
तथैव पश्चिमं भागं रक्षताद्वह्निवासिनी । महावज्रेश्वरी नित्या वायव्ये मां सदावतु ॥ २६ ॥
De même, que la Déesse qui demeure dans le feu, Vahni-vāsinī, protège le quartier de l’Ouest ; et que Mahāvajreśvarī, toujours présente, me garde sans cesse dans la direction Vāyavya (Nord-Ouest).
Verse 27
वामपार्श्वं सदा पातु इतीमेलरिता ततः । माहेश्वरी दिशं पातु त्वरितं सिद्धिदायिनी ॥ २७ ॥
Puis, après avoir prononcé la formule : « Qu’elle protège toujours mon flanc gauche », (qu’on prie ainsi) : « Que Māheśvarī, la puissance de Śiva, garde la direction et accorde promptement réussite et siddhis ».
Verse 28
पातु मामूर्ध्वतः शश्चद्दैवताकुलसुंदरी । अधो नीलपताकाख्या विजया सर्वतश्च माम् ॥ २८ ॥
Que la Dame toujours propice, belle et entourée des cohortes divines, me protège d’en haut; et que Vijayā, connue sous le nom de Nīlapatākā, me protège d’en bas—qu’elle me garde encore de tous côtés.
Verse 29
करोतु मे मंगलानि सर्वदा सर्वमंगला । देहंद्रियमनः प्राणाञ्ज्वालामालिनिविग्रहा ॥ २९ ॥
Que Celle qui est toute propice m’accorde des biens de bon augure en tout temps—Elle dont la forme incarnée est ceinte d’une guirlande de flammes, et qui préside au corps, aux sens, au mental et aux souffles vitaux.
Verse 30
पालयत्वनिशं चित्ता चित्तं मे सर्वदावतु । कामात्क्रोधात्तथा लोभान्मोहान्मानान्मदादपि ॥ ३० ॥
Que la vigilance de la conscience intérieure garde mon esprit sans relâche; qu’elle me protège en tout temps—du désir, de la colère, de l’avidité, de l’illusion, de l’orgueil, et même de l’ivresse et de l’arrogance.
Verse 31
पापान्मां सर्वतः शोकात्संक्षयात्सर्वतः सदा । असत्यात्क्रूरचिंतातोहिंसातश्चौरतस्तथा । स्तैमित्याच्च सदा पांतु प्रेरयंत्यः शुभं प्रति ॥ ३१ ॥
Qu’elles me protègent sans cesse de tous côtés—du péché, du chagrin et de toute forme de déclin; du mensonge, des pensées cruelles, de la violence, du vol et de la torpeur—et qu’elles me poussent continuellement vers ce qui est propice.
Verse 32
नित्याः षोडश मां पांतु गजारूढाः स्वशक्तिभिः । तथा हयसमारूढाः पांतु मां सर्वतः सदा ॥ ३२ ॥
Que les seize Puissances éternelles, montées sur des éléphants et pourvues de leurs propres énergies, me protègent; et de même, que celles montées sur des chevaux me gardent toujours, de tous côtés.
Verse 33
सिंहारूढास्तथा पांतु पांतु ऋक्षगता अपि । रथारूढाश्च मां पांतु सर्वतः सर्वदा रणे ॥ ३३ ॥
Que les Puissances divines montées sur des lions me protègent; que celles qui chevauchent des ours me protègent aussi. Que celles assises sur des chars me gardent—de tous côtés, en tout temps, au cœur du combat.
Verse 34
तार्क्ष्यारूढाश्च मां पांतु तथा व्योमगताश्च ताः । भूतगाः सर्वगाः पांतु पांतु देव्यश्च सर्वदा ॥ ३४ ॥
Que les Déesses chevauchant Tārkṣya (Garuḍa) me protègent, et de même celles qui se meuvent dans le ciel. Que celles qui vont parmi les êtres et celles qui pénètrent partout me gardent; que les Déesses divines me protègent en tout temps.
Verse 35
भूतप्रेतपिशाचाश्च परकृत्यादिकान् गदान् । द्रावयंतु स्वशक्तीनां भूषणैरायुधैर्मम ॥ ३५ ॥
Que les bhūtas, pretas et piśācas chassent les maux, tels que la sorcellerie ennemie et autres afflictions—par les ornements et les armes qui sont mes propres puissances.
Verse 36
गजाश्वद्वीपिपंचास्यतार्क्ष्यारूढाखिलायुधाः । असंख्याः शक्तयो देव्यः पांतु मां सर्वतः सदा ॥ ३६ ॥
Que les innombrables Déesses-Śakti—montées sur des éléphants, des chevaux, des léopards, des formes au visage de lion et sur Garuḍa, portant toutes sortes d’armes—me protègent toujours, de toutes parts.
Verse 37
सायं प्रातर्जपन्नित्याकवचं सर्वरक्षकम् । कदाचिन्नाशुभं पश्येत्सर्वदानंदमास्थितः ॥ ३७ ॥
Celui qui récite régulièrement ce kavaca, protecteur universel, le soir et à l’aube, ne verra jamais l’inauspice; demeurant toujours dans la béatitude, il reste en sûreté.
Verse 38
इत्येतत्कवचं प्रोक्तं ललितायाः शुभावहम् । यस्य शंधारणान्मर्त्यो निर्भयो विजयी सुखी ॥ ३८ ॥
Ainsi a été proclamé le kavaca, l’hymne de protection de Lalitā, dispensateur d’auspice. Celui qui le porte ou le conserve, bien que mortel, devient sans crainte, victorieux et heureux.
Verse 39
अथ नाम्नां सहस्रं ते वक्ष्ये सावरणार्चनम् । षोडशानामपि मुने स्वस्वक्रमगतात्मकम् ॥ ३९ ॥
À présent, je te dirai les mille Noms divins, avec le rite d’adoration des āvaraṇa, les enceintes protectrices. Ô sage, j’exposerai aussi l’ordonnance en seize aspects selon son ordre propre, chaque partie placée dans sa juste suite.
Verse 40
ललिता चापि वा कामेश्वरी च भगमालिनी । नित्यक्लिन्ना च भेरुंडा कीर्तिता वह्निवासिनी ॥ ४० ॥
Elle est aussi louée comme Lalitā, comme Kāmeśvarī et comme Bhagamālinī ; comme Nityaklinnā et comme Bheruṇḍā — et elle est pareillement célébrée comme Vahnivāsinī, Celle qui demeure dans le feu.
Verse 41
वज्रेश्वरी तथा दूती त्वरिता कुलसुंदरी । नित्या संवित्तथा नीलपताका विजयाह्वया ॥ ४१ ॥
Vajreśvarī, Dūtī, Tvaritā, Kulasundarī, Nityā, Saṃvit, Nīlapatākā, et Celle qu’on nomme Vijayā — tels sont les Noms sacrés.
Verse 42
सर्वमंगलिका चापि ज्वालामालिनिसंज्ञिता । चित्रा चेति क्रमान्नित्याः षोडशपीष्टविग्रहाः ॥ ४२ ॥
De même (viennent) Sarvamaṅgalikā, aussi nommée Jvālāmālinī, et Celle qui porte le nom de Citrā ; ainsi, selon la juste succession, ce sont les seize formes éternelles, façonnées à partir du piṣṭa, la pâte rituelle.
Verse 43
कुरुकुल्ला च वाराही द्वे एते चेष्टविग्रहे । वशिनी चापि कामेशी मोहिनी विमलारुणा ॥ ४३ ॥
Kurukullā et Vārāhī : ces deux-là sont les formes de la Déesse qui président à l’acte et à l’élan de l’activité. Avec elles se tiennent aussi Vaśinī, Kāmeśī, Mohinī et Vimalāruṇā.
Verse 44
तपिनी च तथा सर्वेश्वरी चाप्यथ कौलिनी । मुद्राणंतनुरिष्वर्णरूपा चापार्णविग्रहा ॥ ४४ ॥
Elle est Tapinī ; elle est aussi Sarveśvarī, et encore Kaulinī. Elle est l’incarnation même des mudrās sacrées ; elle est la forme du Seigneur au rayonnement d’or ; et celle dont le corps est l’océan sans mesure.
Verse 45
पाशवर्णशरीरा चाकुर्वर्णसुवपुर्द्धरा । त्रिखंडा स्थापनी सन्निरोधनी चावगुंठनी ॥ ४५ ॥
Elle a un corps d’une teinte fauve et une belle forme d’une couleur lumineuse. Elle est triple : Celle qui établit, Celle qui retient, et Celle qui voile (qui dissimule).
Verse 46
सन्निधानेषु चापाख्या तथा पाशांकुशाभिधा । नमस्कृतिस्तथा संक्षोभणी विद्रावणी तथा ॥ ४६ ॥
Dans les rites visant à faire venir (une divinité ou une puissance) en proximité, il est un procédé nommé Cāpa ; de même ceux appelés Pāśa et Aṅkuśa. Il y a aussi le rite de Namaskṛti, ainsi que Saṃkṣobhaṇī (qui ébranle) et Vidrāvaṇī (qui repousse).
Verse 47
आकर्षणी च विख्याता तथैवावे शकारिणी । उन्मादिनी महापूर्वा कुशाथो खेचरी मता ॥ ४७ ॥
Est également renommée Ākarṣaṇī (la puissance d’attraction), ainsi qu’Āveśakāriṇī (celle qui suscite la possession ou une influence irrésistible). Il y a Unmādinī (celle qui rend frénétique), l’antique Mahāpūrvā, Kuśāthā et Khecarī : telle est la tradition.
Verse 48
बीजा शक्त्युत्थापना च स्थूलसूक्ष्मपराभिधा । अणिमा लघिमा चैव महिमा गरिमा तथा ॥ ४८ ॥
Sont aussi mentionnés les siddhis nommés Bījā et Śakty-utthāpana, ainsi que les pouvoirs appelés Sthūla, Sūkṣma et Parā; et de même les siddhis classiques Aṇimā, Laghimā, Mahimā et Garimā.
Verse 49
प्राप्तिः प्रकामिता चापि चेशिता वशिता तथा । भुक्तिः सिद्धिस्तथैवेच्छा सिद्धिरूपा च कीर्तिता ॥ ४९ ॥
«Prāpti (l’obtention), Prākāmitā (l’accomplissement des jouissances désirées), Īśitā (la souveraineté) et Vaśitā (le pouvoir de soumettre) ; de même Bhukti (la jouissance) et Siddhi ; et encore Icchā-siddhi (la puissance de la volonté)»—tout cela est proclamé comme des formes de siddhi.
Verse 50
ब्राह्मी माहेश्वरी चैव कौमारी वैष्णवी तथा । वाराहींद्राणी चामुंडा महालक्ष्मीस्वरूपिणी ॥ ५० ॥
Brahmī, Māheśvarī, Kaumārī et aussi Vaiṣṇavī ; Vārāhī, Indrāṇī et Cāmuṇḍā — toutes sont, en vérité, la nature même et la forme de Mahālakṣmī.
Verse 51
कामा बुद्धिरहंकारशब्दस्पर्शस्वरूपिणी । रूपरूपा रसाह्वा च गंधवित्तधृतिस्तथा ॥ ५१ ॥
Elle revêt les formes du désir, de l’intellect et de l’ego ; et devient l’essence du son et du toucher. Elle prend aussi la forme de la forme visible, est appelée saveur, et devient pareillement odeur, conscience/pensée et fermeté (constance qui retient).
Verse 52
नाभबीजामृताख्या च स्मृतिदेहात्मरूपिणी । कुसुमा मेखला चापि मदना मदनातुरा ॥ ५२ ॥
Et elle est aussi appelée Nābhabījāmṛtā ; elle prend la forme de la mémoire, du corps et de l’ātman (le Soi). Elle est encore nommée Kusumā et Mekhalā — Madana, et Madanāturā, celle que trouble Madana (l’émoi de l’amour).
Verse 53
रेखा संवेगिनी चैव ह्यंकुशा मालिनीति च । संक्षोभिणी तथा विद्राविण्याकर्षणरूपिणी ॥ ५३ ॥
On les nomme Rekhā, Saṃveginī, Aṅkuśā et Mālinī ; de même (il y a) Saṃkṣobhiṇī, Vidrāviṇī, et celle dont la forme même est Ākarṣaṇa, la puissance d’attraction.
Verse 54
आह्लादिनीति च प्रोक्ता तथा समोहिनीति च । स्तंभिनीजंभिनीचैव वशंकर्यथ रंजिनी ॥ ५४ ॥
On la dit Āhlādinī, la puissance qui donne la joie, et aussi Samohinī, la puissance qui égare. De même (il y a) Stambhinī, qui immobilise ; Jambhinī, qui paralyse ou écrase ; Vaśaṃkarī, qui soumet ; puis Raṃjinī, qui enchante.
Verse 55
उन्मादिनी तथैवार्थसाधिनीति प्रकीर्तिता । संपत्तिपूर्णा सा मंत्रमयी द्वंद्वक्षयंकरी ॥ ५५ ॥
On la célèbre comme Unmādinī et aussi comme Artha-sādhinī. Comblée de prospérité, elle est de la nature même du mantra, et elle dissout les dualités.
Verse 56
सिद्धिः संपत्प्रदाचैव प्रियमंगलकारिणी । कामप्रदा निगदिता तथा दुःखविमोचिनी ॥ ५६ ॥
On dit qu’elle accorde réussite et prospérité, qu’elle fait advenir ce qui est cher et de bon augure, qu’elle octroie les jouissances désirées, et qu’elle délivre aussi de la peine.
Verse 57
मृत्युप्रशमनीचैव तथा विघ्ननिवारिणी । अंगसुंदरिका चैव तथा सौभाग्यदायिनी ॥ ५७ ॥
Elle est certes celle qui apaise la mort, et aussi celle qui écarte les obstacles ; elle accorde encore la beauté des membres et donne la bonne fortune.
Verse 58
ज्ञानैश्वर्यप्रदा ज्ञानमयी चैव च पंचमी । विंध्यवासनका घोरस्वरूपा पापहारिणी ॥ ५८ ॥
Pañcamī dispense la connaissance et la souveraineté spirituelle ; elle est, en vérité, faite de sagesse elle-même. Demeurant dans la région des Vindhya, d’une forme saisissante, elle efface les péchés.
Verse 59
तथानंदमयी रक्षा रूपेप्सितफलप्रदा । जयिनी विमला चाथ कामेशी वज्रिणी भगा ॥ ५९ ॥
De même, elle est Ānandamayī, toute de béatitude ; Rakṣā, la Protectrice ; et celle qui accorde les fruits désirés quant à la forme et à la beauté. Elle est Jayinī, la Victorieuse ; Vimalā, la Pure ; et aussi Kāmeśī, Vajriṇī et Bhagā.
Verse 60
त्रैलोक्यमोहना स्थाना सर्वाशापरिपूरणी । सर्वसक्षोभणगता सौभाग्यप्रदसंस्थिता ॥ ६० ॥
Elle est le séjour qui enchante les trois mondes ; celle qui comble tout désir ; la puissance capable d’ébranler et d’agiter tous les êtres ; et, solidement établie, la dispensatrice de bonne fortune et d’auspice.
Verse 61
सर्वार्थसाधकागारा सर्वरोगहरास्थिता । सर्वरक्षाकरास्थाना सर्वसिद्धिप्रदस्थिता ॥ ६१ ॥
Elle demeure comme la demeure qui accomplit toute fin ; elle se tient comme celle qui ôte toutes les maladies ; elle est établie comme le siège qui accorde toute protection ; et elle demeure la dispensatrice de tout succès et de tout accomplissement.
Verse 62
सर्वानंदमयाधारबिंदुस्थानशिवात्मिका । प्रकृष्टा च तथा गुप्ता ज्ञेया गुप्ततरापि च ॥ ६२ ॥
Elle est l’essence même de Śiva, demeurant dans l’ādhāra, le bindu et le sthāna, tous imprégnés de béatitude universelle. Elle est suprême et pourtant cachée ; il faut la connaître comme plus secrète encore.
Verse 63
संप्रदायस्वरूपा च कुलकौलनिगर्भगा । रहस्यापरापरप्राकृत्तथैवातिरहस्यका ॥ ६३ ॥
Cela est de la nature même d’une sampradāya (lignée d’initiation) et demeure enchâssé dans les traditions Kula et Kaula. On l’enseigne comme « secret », « plus élevé et toujours plus élevé », « dans sa forme naturelle (prākṛta) », et aussi comme « suprêmement secret ».
Verse 64
त्रिपुरा त्रिपुरेशी च तथैव पुरवासिनी । श्रीमालिनी च सिद्धान्ता महात्रिपुरसुंदरी ॥ ६४ ॥
Elle est Tripurā ; elle est Tripureśī, la souveraine des trois cités ; elle est aussi Puravāsinī, celle qui demeure dans la cité sacrée. Elle est Śrīmālinī, parée de splendeur ; elle est Siddhāntā, l’essence de la doctrine établie ; elle est Mahātripurasundarī, la Beauté suprême des trois mondes.
Verse 65
नवरत्नमयद्वीपनवखंडविराजिता । कल्पकोद्यानसंस्था च ऋतुरूपेंद्रियार्चका ॥ ६५ ॥
Elle resplendit de neuf régions, telles des îles faites des neuf joyaux ; elle demeure dans des jardins d’arbres exauçant les vœux, et—prenant la forme des saisons—elle est adorée par les sens.
Verse 66
कालमुद्रा मातृकाख्या रत्नदेशोपदेशिका । तत्त्वाग्रहगाभिधा मूर्तिस्तथैव विषयद्विपा ॥ ६६ ॥
Il y a aussi (des disciplines) appelées Kālamudrā, Mātṛkā, Ratnadeśopadeśikā, Tattvāgrahagā, ainsi que Mūrti et Viṣayadvipā.
Verse 67
देशकालाकारशब्दरूपा संगीतयोगिनी । समस्तगुप्तप्रकटसिद्धयोगिनिचक्रयुक् ॥ ६७ ॥
Elle se manifeste comme lieu, temps, forme, son et apparence ; elle est la Yoginī du chant sacré. Elle est unie à l’entier cercle des Yoginīs et des Siddhas—ceux qui sont cachés comme ceux qui se révèlent.
Verse 68
वह्निसूर्येन्दुभूताह्वा तथात्माष्टाक्षराह्वया । पंचधार्यास्वरूपा च नानाव्रतसमाह्वया ॥ ६८ ॥
On la désigne par les noms de Feu, de Soleil, de Lune et des Éléments; on la connaît aussi sous le nom du Soi (Ātman) et sous celui du mantra à huit syllabes (Aṣṭākṣara). Elle est encore la forme dite « les cinq à porter/observer », et l’on la célèbre sous maints noms selon la diversité des vœux (vrata).
Verse 69
निषिद्धाचाररहिता सिद्धचिह्नस्वरूपिणी । चतुर्द्धा कूर्मभागस्था नित्याद्यर्चास्वरूपिणी ॥ ६९ ॥
Elle est exempte de toute conduite interdite et se distingue par les signes de la perfection spirituelle (siddhi). Demeurant dans les quatre divisions de la portion de Kūrma, elle demeure la forme même du culte (arcā), à commencer par les rites quotidiens (nitya) et les autres observances prescrites.
Verse 70
दमनादिसमभ्यर्चा षट्कर्मसिद्धिदायिनी । तिथिवारपृथग्द्रव्यसमर्चनशुभावहा ॥ ७० ॥
L’adoration accomplie avec des offrandes commençant par l’herbe sacrée damanā accorde la réussite des six opérations rituelles. Et l’adoration faite avec des substances distinctes selon le tithi (jour lunaire) et le vāra (jour de la semaine) devient porteuse de résultats auspices.
Verse 71
वायोश्यनंगकुसुमा तथैवानंगमेखला । अनंगमदनानंगमदनातुरसाह्वया ॥ ७१ ॥
On l’appelle aussi Vāyośyanāṅgakusumā, et de même Anaṅgamekhalā; elle porte les noms d’Anaṅgamadanā, d’Anaṅgamadanāturā et de Sāhvayā.
Verse 72
मददेगिनीका चैव तथा भुवनपालिनी । शशिलेखा समुद्दिष्टा गतिलेखाह्वया मता ॥ ७२ ॥
De même, on l’appelle Madadeginīkā et aussi Bhuvanapālinī; elle est proclamée Śaśilekhā, et l’on estime qu’elle porte le nom de Gatilekhā.
Verse 73
श्रद्धा प्रीति रतिश्चैव धृतिः कांतिर्मनोरमा । मनोहरा समाख्याता तथैव हि मनोरथा ॥ ७३ ॥
Śraddhā (la foi), prīti (l’affection), rati (la joie), dhṛti (la constance), kānti (la radiance) et Manoramā — on les désigne aussi sous le nom de Manoharā ; et de même, en vérité, sous celui de Manorathā.
Verse 74
मदनोन्मादिनी चैव मोदिनी शंखिनी तथा । शोषिणी चैव शंकारी सिंजिनी सुभगा तथा ॥ ७४ ॥
Elle est Madanonmādinī, celle qui enivre de passion ; Modinī, la dispensatrice de joie ; Śaṅkhinī, la porteuse de la conque sacrée ; Śoṣiṇī, celle qui dessèche les afflictions ; la bienfaisante Śaṅkarī ; Siñjinī, celle qui fait résonner un doux tintement ; et Subhagā, l’auspicieuse, la fortunée.
Verse 75
पूषाचेद्वासुमनसा रतिः प्रीतिर्धृतिस्तथा । ऋद्धिः सौम्या मरीचिश्च तथैव ह्यंशुमालिनी ॥ ७५ ॥
Si la divinité est Pūṣan, alors ses puissances/compagnes sont Vāsumanasā, Rati, Prīti et Dhṛti ; et de même Ṛddhi, Saumyā, Marīci et Aṃśumālinī.
Verse 76
शशिनी चांगिरा छाया तथा संपूर्णमंडला । तुष्टिस्तथामृताख्या च डाकिनी साथ लोकपा ॥ ७६ ॥
Śaśinī, Āṅgirā, Chāyā, Saṃpūrṇamaṇḍalā, Tuṣṭi, celle qu’on nomme Amṛtā, Ḍākinī, et de même les Lokapā (gardiens des mondes) sont aussi énumérés ici.
Verse 77
बटुकेभास्वरूपा च दुर्गा क्षेत्रेशरूपिणी । कामराजस्वरूपा च तथा मन्मथरूपिणी ॥ ७७ ॥
Elle est la forme même de Bhairava (Baṭukebha) ; elle est Durgā, se manifestant comme le Seigneur qui préside au lieu sacré. Elle est aussi la forme de Kāmarāja, et de même la forme de Manmatha, le dieu de l’amour.
Verse 78
कंदर्प्परूपिणी चैव तथा मकरकेतना । मनोभवस्वरूपा च भारती वर्णरूपिणी ॥ ७८ ॥
Elle est vraiment de la forme de Kāma (Kandarpā) et aussi celle dont l’emblème est le makara; elle est l’incarnation même du désir « né de l’esprit »; et Bhāratī (Sarasvatī) est la forme des syllabes et des lettres (varṇa).
Verse 79
मदना मोहिनी लीला जंभिनी चोद्यमा शुभा । ह्लादिनी द्राविणी प्रीती रती रक्ता मनोरमा ॥ ७९ ॥
Elle est Madanā (celle qui éveille le désir), Mohinī (l’enchanteresse), Līlā (le jeu divin), Jambhinī (celle qui déconcerte et retient), Codyamā (celle qui pousse à l’action) et Śubhā (l’auspicieuse). Elle est Hlādinī (qui donne la joie), Drāviṇī (qui accorde la richesse), Prītī (l’affection), Ratī (l’amour), Raktā (l’attachement) et Manoramā (la captivante).
Verse 80
सर्वोन्मादा सर्वमुखा ह्यभंगा चामितोद्यमा । अनल्पाव्यक्तविभवा विविधाक्षोभविग्रहा ॥ ८० ॥
Elle est la source de tous les élans d’extase, tournée vers toutes les directions; vraiment intacte et d’une énergie incommensurable. Sa grandeur est vaste et pourtant subtile, non manifestée; et sa forme déploie maintes sortes de majesté saisissante, inébranlable.
Verse 81
रागशक्तिर्द्वेषशक्तिस्तथा शब्दादिरूपिणी । नित्या निरंजना क्लिन्ना क्लेदेनी मदनातुरा ॥ ८१ ॥
Elle est la puissance de l’attachement et la puissance de l’aversion; elle prend aussi les formes du son et des autres objets des sens. Éternelle, sans tache, et pourtant comme humidifiée—faisant naître l’humidité de l’agrippement—, elle est agitée par Kāma (le désir).
Verse 82
मदद्रवा द्राविणी च द्रविणी चैति कीर्तिता । मदाविला मंगला च मन्मथानी मनस्विनी ॥ ८२ ॥
On la célèbre comme Madadravā, Drāviṇī et Draviṇī; et on la nomme aussi Madāvilā, Maṅgalā, Manmathānī et Manasvinī.
Verse 83
मोहा मोदा मानमयी माया मंदा मितावती । विजया विमला चैव शुभा विश्वा तथैव च ॥ ८३ ॥
Moha (égarement), Modā (délice), Mānamayī (puissance de l’orgueil), Māyā (illusion), Maṃdā (lourdeur), Mitāvatī (mesure), Vijayā (victoire), Vimalā (pureté), Śubhā (bon augure) et de même Viśvā (universalité) — tels sont aussi les noms énoncés.
Verse 84
विभूतिर्विनता चैव विविधा विनता क्रमात् । कमला कामिनी चैव किराता कीर्तिरूपिणी ॥ ८४ ॥
On la nomme Vibhūti; on la nomme aussi Vinatā; puis, selon l’ordre, Vividhā et de nouveau Vinatā; de même Kamalā et Kāminī; et encore Kirātā — celle dont la forme même est la Renommée (Kīrti-rūpiṇī).
Verse 85
कुट्टिनी च समुद्दिष्टा तथैव कुलसुंदरी । कल्याणी कालकोला च डाकिनी शाकिनी तथा ॥ ८५ ॥
Sont aussi énumérées Kuṭṭinī, et de même Kulasundarī; Kalyāṇī, Kālakolā, ainsi que Ḍākinī et Śākinī.
Verse 86
लाकिनी काकिनी चैव राकिनी काकिनी तथा । इच्छाज्ञाना क्रियाख्या चाप्यायुधाष्टकधारिणी ॥ ८६ ॥
Lakini et Kakini, et de même Rakini et Kakini : ces Śaktis sont connues comme Icchā (Volonté), Jñāna (Connaissance) et Kriyā (Action) ; et chacune est décrite comme portant un octuple ensemble d’armes.
Verse 87
कपर्दिनी समुद्दिष्टा तथैव कुलसुंदरी । ज्वालिनी विस्फुलिंगा च मंगला सुमनोहरा ॥ ८७ ॥
Elle est proclamée Kapardinī, et de même Kulasundarī; Jvālinī et Visphuliṅgā aussi; Maṅgalā — la Bienfaisante — et Sumanoharā, l’enchanteresse du mental.
Verse 88
कनका किनवा विद्या विविधा च प्रकीर्तिता । मेषा वृषाह्वया चैव मिथुना कर्कटा तथा ॥ ८८ ॥
Cette doctrine astrologique est proclamée sous de multiples formes—tantôt «Kanakā», tantôt «Kinavā»—comme un savoir aux aspects variés; puis elle énumère aussi Meṣa (Bélier), Vṛṣa (Taureau), Mithuna (Gémeaux) et Karkaṭa (Cancer).
Verse 89
सिंहा कन्या तुला कीटा चापा च मकरा तथा । कुम्भा मीना च सारा च सर्वभक्षा तथैव च ॥ ८९ ॥
Siṃha (Lion), Kanyā (Vierge), Tulā (Balance), Kīṭa (Scorpion), Cāpa (Sagittaire), Makara (Capricorne), Kumbha (Verseau), Mīna (Poissons), la classe «Sāra» et de même la classe «Sarvabhakṣa»—telles sont les catégories énoncées.
Verse 90
विश्वात्मा विविधोद्भूतचित्ररूपा च कीर्तिता । निःसपत्ना निरातंका याचनाचिंत्यवैभवा ॥ ९० ॥
Elle est célébrée comme l’Âme de l’univers (Viśvātmā), apparaissant en formes merveilleuses nées de manifestations diverses. Sans rivale, exempte de crainte et d’affliction, elle possède une majesté inconcevable qui n’a nul besoin de mendier ni de dépendre d’autrui.
Verse 91
रक्ता चैव ततः प्रोक्ताविद्याप्राप्तिस्वरूपिणी । हृल्लेखा क्लेदिनी क्लिन्ना क्षोभिणी मदनातुरा ॥ ९१ ॥
Puis on la décrit comme «Raktā», l’incarnation même de l’obtention du savoir; comme Hṛllekhā, celle qui s’inscrit dans le cœur; comme Kledinī, celle qui humecte; comme Klinnā, la toute imprégnée; comme Kṣobhiṇī, celle qui bouleverse; et comme Madanāturā, celle que tourmente le désir.
Verse 92
निपंदना रागवती तथैव मदनावती । मेखला द्राविणी वेगवती चैव प्रकीर्तिता ॥ ९२ ॥
Nipaṃdanā, Rāgavatī et aussi Madanāvatī; ainsi que Mekhalā, Drāviṇī et Vegavatī—tels sont encore les noms proclamés comme bien connus.
Verse 93
कमला कामिनी कल्पा कला च कलिताद्भुता । किरता च तथा काला कदना कौशिका तथा ॥ ९३ ॥
On la nomme Kamalā, Kāminī, Kalpā et Kalā—ainsi que Kalitādbhutā ; de même Kirātā et Kālī ; Kadānā et aussi Kauśikā.
Verse 94
कंबुवादनिका चैव कातरा कपटा तथा । कीर्तिश्चापि कुमारी च कुंकुमा परिकीर्तिता ॥ ९४ ॥
On la dit encore « Kambuvādanikā » ; « Kātarā » et « Kapaṭā » ; et aussi « Kīrti », « Kumārī » et « Kuṅkumā », ainsi est-il déclaré ici.
Verse 95
भञ्जिनी वेगिनी नागा चपला पेशला सती । रतिः श्रद्धा भोगलोला मदोन्मत्ता मनस्विनी ॥ ९५ ॥
Elle est Bhañjinī (celle qui brise), Veginī (la rapide), Nāgā (semblable au serpent), Capalā (l’inconstante), Peśalā (la gracieuse), Satī (la vertueuse). Elle est Rati (le désir), Śraddhā (la foi), Bhogalolā (éprise de jouissance), Madonmattā (enivrée d’orgueil) et Manasvinī (à l’esprit ferme).
Verse 96
विह्वला कर्षिणी लोला तथा मदनमालिनी । विनोदा कौतुका पुण्या पुराणा परिकीर्तिता ॥ ९६ ॥
On la célèbre comme Vihvalā (celle qui trouble), Karṣiṇī (celle qui attire), Lolā (joueuse et instable) et Madanamālinī (parée d’une guirlande d’amour). Elle est aussi Vinodā (délicieuse), Kautukā (éprise d’émerveillement), Puṇyā (sainte) et Purāṇā (ancienne, primordiale) ; ainsi est-elle chantée.
Verse 97
वागीशी वरदा विश्वा विभवाविघ्नकारिणी । बीजविघ्नहरा विद्या सुमुखी सुंदरी तथा ॥ ९७ ॥
Elle est Vāgīśī, souveraine de la parole ; Varadā, dispensatrice de grâces ; Viśvā, l’omniprésente. Elle accorde la prospérité et écarte les obstacles. Elle détruit les entraves dès leur germe, elle est Vidyā, la connaissance véritable, et elle est aussi Sumukhī, au visage gracieux, et Sundarī, la belle.
Verse 98
सारा च सुमना चैव तथा प्रोक्ता सरस्वती । समया सर्वगा विद्धा शिवा वाणी च कीर्तिता ॥ ९८ ॥
Elle est aussi nommée Sārā et Sumanā; de même, elle est proclamée Sarasvatī. On la connaît comme Samayā et comme Sarvagā, celle qui pénètre tout; elle est célébrée comme Śivā et aussi comme Vāṇī, la Parole sacrée.
Verse 99
दूरसिद्धा तथा प्रोक्ताथो विग्रहवती मता । नादा मनोन्मनी प्राणप्रतिष्ठारुणवैभवा ॥ ९९ ॥
On dit aussi qu’elle est « Dūrasiddhā »; et on la tient pour « Vigrahavatī » (dotée d’une forme manifeste). Elle est « Nādā », « Manonmanī », « Prāṇapratiṣṭhā » et « Aruṇavaibhavā » — ainsi décrite par ces épithètes.
Verse 100
प्राणापाना समाना च व्यानोदाना च कीर्तिता । नागा कूर्मा तच कृकला देवदत्ता धनञ्जया ॥ १०० ॥
Prāṇa, Apāna, Samāna, Vyāna et Udāna sont déclarés être les cinq souffles vitaux principaux. De même, Nāga, Kūrma et Kṛkala, ainsi que Devadatta et Dhanañjaya, sont mentionnés comme les cinq souffles secondaires.
Verse 101
फट्कारी किंकराराध्या जया च विजया तथा । हुंकारी खेटचरी चंडाछेदिनी क्षपिणी तथा ॥ १०१ ॥
Elle est Phaṭkārī (invoquée par la syllabe « phaṭ »); vénérée par les serviteurs (kiṅkara); et elle est Jaya et Vijaya. Elle est Huṅkārī (invoquée par « huṅ »); elle parcourt les cieux (Kheṭacarī); elle tranche les féroces (Caṇḍāchedinī); et elle est Kṣapiṇī, la Destructrice.
Verse 102
स्त्रीहुंकारी क्षेमकारी चतुरक्षररूपिणी । श्रीविद्यामतवर्णांगी काली याम्या नृपार्णका ॥ १०२ ॥
Elle est la puissance féminine du « Huṃ »; celle qui accorde protection et благополучие; celle dont la forme est le mantra à quatre syllabes. Elle est de la nature de Śrīvidyā, avec un corps constitué de lettres (varṇa). Elle est Kālī; elle est Yāmyā (liée au Sud/à Yama); et elle est appelée Nṛpārṇakā.
Verse 103
भाषा सरस्वती वाणी संस्कृता परा । बहुरूपा चित्तरूपा रम्यानंदा च कौतुका ॥ १०३ ॥
La parole est Sarasvatī elle-même — le sanskrit, l’énonciation suprême : aux formes multiples, façonnée par l’esprit, charmante, dispensatrice de béatitude et source d’émerveillement.
Verse 104
त्रयाख्या परमात्माख्याप्यमेयविभवा तथा । वाक्स्वरूपा बिंदुसर्गरूपा विश्वात्मिका तथा ॥ १०४ ॥
On la connaît comme la Triade; on l’appelle aussi Paramātman, d’une majesté incommensurable. Elle est de la nature même de la Parole; elle est la création issue du Bindu; et elle est aussi l’Âme de l’univers.
Verse 105
तथा त्रैपुरकंदाख्या ज्ञात्रादित्रिविधात्मिका । आयुर्लक्ष्मीकीर्तिभोगसौंदर्यारोग्यदायिका ॥ १०५ ॥
De même, la discipline nommée Traipurakaṃda — de nature triple, à commencer par le connaissant — accorde longévité, Lakṣmī (prospérité), renommée, jouissance, beauté et santé.
Verse 106
ऐहिकामुष्मिकज्ञानमयी च परिकीर्तिता । जीवाख्या विजयाख्या च तथैव विश्वविन्मयी ॥ १०६ ॥
On proclame aussi qu’elle est faite de connaissance concernant le monde d’ici (cette vie) et l’au-delà (après la mort). On l’appelle « Jīva », « Vijayā » et aussi « Viśva-vinmayī », celle qui pénètre et emplit l’univers.
Verse 107
हृदादिविद्या रूपादिभानुरूपाः जगदूपुः । विश्वमो हनिका चैव त्रिपुरामृतसंज्ञिका ॥ १०७ ॥
Les sciences commençant par Hṛdādi, celles qui correspondent aux formes du Soleil et d’autres luminaires; la science appelée Jagadūpu; ainsi que Viśvamo, Hanikā et celle nommée Tripurāmṛta — toutes sont ici énumérées.
Verse 108
सर्वाप्यायनरूपा च मोहिनी क्षोभणी तथा । क्लेदिनी च समाख्याता तथैव च महोदया ॥ १०८ ॥
Elle est de la nature du parfait nourrissement et du plein rétablissement; elle est Mohinī, l’Enchanteresse, et aussi celle qui ébranle. On la nomme encore la Mouillatrice; et de même Mahodayā, la Grande Donatrice de prospérité.
Verse 109
संपत्करी हलक्षार्णा सीमामातृतनू रतिः । प्रीतिर्मनोभवा वापि प्रोक्ता वाराधिपा तथा ॥ १०९ ॥
On la déclare Saṃpatkarī, celle qui confère la prospérité; Halakṣārṇā, dont la forme est faite de syllabes et de lettres; Sīmāmātṛtanū, dont le corps est la Mère des limites; Rati, la délectation; Prīti, l’affection; Manobhavā, la née de l’esprit; et aussi Vārādhipā, la Souveraine des eaux.
Verse 110
त्रिकूटा चापि षट्कूटा पंचकूटा विशुद्धगा । अनाहत गता चैव मणिपूरकसंस्थिता ॥ ११० ॥
On la nomme aussi Tri-kūṭā, Ṣaṭ-kūṭā et Pañca-kūṭā; elle chemine par Viśuddha, progresse vers Anāhata et s’établit en Maṇipūraka.
Verse 111
स्वाधिष्ठानसमासीनाधारस्थाज्ञासमास्थिता । षट्त्रिंशत्कूटरूपा च पंचाशन्मिथुनात्मिका ॥ १११ ॥
Assise en Svādhiṣṭhāna, demeurant en Ādhāra (le support-racine) et solidement établie en Ājñā, la puissance de la connaissance, elle est de la forme de trente-six kūṭas et, en essence, constituée de cinquante unités par paires.
Verse 112
पादुकादिकसिद्धीशा तथा विजयदायिनी । कामरूपप्रदा वेतालरूपा च पिशाचिका ॥ ११२ ॥
Elle est la puissance présidant aux siddhis liés aux pādukās (sandales sacrées) et à des objets talismaniques semblables; elle accorde la victoire. Elle confère le pouvoir de prendre toute forme désirée, et se manifeste aussi sous l’aspect d’un vetāla et comme une piśācikā.
Verse 113
विचित्रा विभ्रमा हंसी भीषणी जनरंजिका । विशाला मदना तुष्टा कालकंठी महाभया ॥ ११३ ॥
Elle est merveilleuse et déroutante; semblable au cygne; terrifiante et pourtant réjouissante pour les êtres—vaste, éveillant le désir et cependant comblée; à la gorge sombre, et d’une crainte extrême.
Verse 114
माहेंद्री शंखिनी चैंद्री मंगला वटवासिनी । मेखला सकला लक्ष्मीर्मालिनीविश्वनायिका ॥ ११४ ॥
Elle est Māhendrī; Śaṅkhinī; aussi Aindrī; Maṅgalā; la Demeurante du banian; Mekhalā; Sakalā; Lakṣmī; Mālinī; et la Souveraine Dame de l’univers.
Verse 115
सुलोचना सुशोभा च कामदा च विलासिनी । कामेश्वरी नंदिनी च स्वर्णरेखा मनोहरा ॥ ११५ ॥
Elle est aux beaux yeux, d’une beauté resplendissante; Donatrice des grâces désirées et joueuse; Souveraine de Kāma, dispensatrice de joie; aux lignes d’or, et enchanteresse.
Verse 116
प्रमोदा रागिणी सिद्धा पद्मिनी च रतिप्रिया । कल्याणदा कलादक्षा ततश्च सुरसुन्दरी ॥ ११६ ॥
Elles sont Pramodā, Rāgiṇī, Siddhā, Padminī et Ratipriyā; Kalyāṇadā, Kalādakṣā; puis Surasundarī.
Verse 117
विभ्रमा वाहका वीरा विकला कोरकाकविः । सिंहनादा महानादा सुग्रीवा मर्कटा शठा ॥ ११७ ॥
Vibhramā, Vāhakā, Vīrā, Vikalā, Korakākavi; Siṃhanādā, Mahānādā, Sugrīvā, Markaṭā et Śaṭhā — tels sont les noms énumérés ici.
Verse 118
बिडालाक्षा बिडालास्या कुमारी खेचरी भवा । मयूरा मंगला भीमा द्विपवक्त्रा खरानना ॥ ११८ ॥
(Elle est) aux yeux de chatte, au visage de chatte; la Vierge jeune fille; celle qui parcourt le ciel, Bhavā; pareille au paon; de bon augure; terrifiante; à deux visages; et au visage d’âne.
Verse 119
मातंगी च निशाचारा वृषग्राहा वृकानना । सैरिभास्या गजमुखा पशुवक्त्रा मृगानना ॥ ११९ ॥
Et (elle est) Mātaṅgī; celle qui erre la nuit; celle qui saisit les taureaux; au visage de loup; dont la parole est comme celle du buffle; au visage d’éléphant; à la bouche de bête; et au visage de cerf.
Verse 120
क्षोभका मणिभद्रा च क्रीडका सिंहचक्रका । महोदरा स्थूलशिखा विकृतास्या वरानना ॥ १२० ॥
(Elle est) Kṣobhakā, Maṇibhadrā et Krīḍakā; Siṃhacakrakā; Mahodarā; Sthūlaśikhā; Vikṛtāsyā; et Varānanā — tels sont les noms énumérés ici.
Verse 121
चपला कुक्कुटास्या च पाविनी मदनालसा । मनोहरा दीर्घजंघा स्थूलदन्ता दशानना ॥ १२१ ॥
Elle est changeante; au visage de coq; purificatrice; languissante de désir. Elle est charmante, aux longues jambes, aux grandes dents, et aux dix visages.
Verse 122
सुमुखा पंडिता क्रुद्धा वराहास्या सटामुखा । कपटा कौतुका काला किंकरा कितवा खला ॥ १२२ ॥
Elle paraît au beau visage et savante, pourtant elle est courroucée; au visage de sanglier et de taureau; trompeuse et changeante; sombre et servile; joueuse et méchante.
Verse 123
भक्षका भयदा सिद्धा सर्वगा च प्रकीर्तिता । जया च विजया दुर्गा भद्रा भद्रकरी तथा ॥ १२३ ॥
Elle est proclamée Bhakṣakā, Bhayadā, Siddhā et Sarvagā ; et aussi Jayā, Vijayā, Durgā, Bhadrā et Bhadrakarī.
Verse 124
अम्बिका वामदेवी च महामायास्वरूपिणी । विदारिका विश्वमयी विश्वा विश्वविभंजिता ॥ १२४ ॥
Elle est Ambikā et Vāmadevī, l’incarnation même de Mahāmāyā ; elle est Vidārikā, qui pénètre l’univers entier ; elle est l’Univers lui‑même, et la puissance qui différencie et divise le cosmos en ses formes innombrables.
Verse 125
वीरा विक्षोभिणी विद्या विनोदा बीजविग्रहा । वीतशोका विषग्रीवा विपुला विजयप्रदा ॥ १२५ ॥
La Vidyā sacrée est héroïque : elle secoue et dissipe le tumulte intérieur, réjouit l’esprit ; elle est la forme incarnée de la semence (bīja‑vigrahā) de tous les accomplissements. Sans chagrin, elle a viṣa‑grīvā, la « gorge de poison » qui neutralise les toxines ; vaste, elle accorde la victoire.
Verse 126
विभवा विविधा विप्रा तथैव परिकीर्तिता । मनोहरा मंगली च मदोत्सिक्ता मनस्विनी ॥ १२६ ॥
On dit qu’elle est Vibhavā, Vividhā et aussi Vīprā ; et qu’elle est célébrée comme Parikīrtitā, Manoharā, Maṅgalī, Madotsiktā et Manasvinī.
Verse 127
मानिनी मधुरा माया मोहिनी च तथा स्मृता । भद्रा भवानी भव्या च विशालाक्षी शुचिस्मिता ॥ १२७ ॥
On se souvient d’elle comme Mānīnī (la digne), Madhurā (la douce), Māyā (la puissance de manifestation) et Mohinī (l’enchanteresse) ; comme Bhadrā (l’auspicieuse), Bhavānī (la Mère de Bhava), Bhavyā (la gracieuse et prospère), Viśālākṣī (aux grands yeux) et Śucismitā (au sourire pur et délicat).
Verse 128
ककुभा कमला कल्पा कलाथो पूरणी तथा । नित्या चाप्यमृता चैव जीविता च तथा दया ॥ १२८ ॥
On la connaît sous les noms de Kakubhā, Kamalā, Kalpā, Kalāthā, et aussi Pūraṇī ; elle est Nityā, Amṛtā, Jīvitā, et pareillement Dayā (la Compassion).
Verse 129
अशोका ह्यमला पूर्णा पूर्णा भाग्योद्यता तथा । विवेका विभवा विश्वा वितता च प्रकीर्तिता ॥ १२९ ॥
On la proclame Aśokā (sans chagrin), Amalā (sans tache), Pūrṇā—plénitude parfaite—et aussi Bhāgyodyatā (fortunée et toujours entreprenante) ; elle est Vivekā (discernement), Vibhavā (prospérité), Viśvā (qui pénètre tout) et Vitatā (amplement déployée).
Verse 130
कामिनी खेचरी गर्वा पुराणापरमेश्वरी । गौरी शिवा ह्यमेया च विमला विजया परा ॥ १३० ॥
Elle est Kāminī (l’Enchanteresse), Khecarī (celle qui parcourt le ciel), Garvā (la Majestueuse) ; elle est Purāṇā-Paramēśvarī, la Souveraine suprême révélée par les Purāṇa. Elle est Gaurī, Śivā, Ameyā (incommensurable), Vimalā (immaculée), Vijayā (victorieuse) et Parā (transcendante).
Verse 131
पवित्रा पद्मिनी विद्या विश्वेशी शिववल्लभा । अशेषरूपा ह्यानंदांबुजाक्षी चाप्यनिंदिता ॥ १३१ ॥
Elle est Pavitrā (purificatrice) et Padminī (semblable au lotus) ; elle est elle-même Vidyā, la connaissance sacrée. Elle est Viśveśī, souveraine de l’univers, bien-aimée de Śiva ; elle revêt toutes les formes. En vérité, elle est pleine d’ānanda, aux yeux de lotus, et sans reproche.
Verse 132
वरदा वाक्यदा वाणी विविधा वेदविग्रहा । विद्या वागीश्वरी सत्या संयता च सरस्वती ॥ १३२ ॥
Sarasvatī est Varadā (dispensatrice de grâces) et Vākyadā (donatrice de la parole juste) ; elle est Vāṇī, la Parole divine aux formes multiples, l’incarnation même des Veda. Elle est Vidyā et Vāgīśvarī, souveraine de l’éloquence : véridique et maîtresse d’elle-même.
Verse 133
निर्मलानन्दरूपा च ह्यमृता मनिदा तथा । पूषा चैव तथा पुष्टिस्तुष्टिश्चापि रतिर्धृतिः ॥ १३३ ॥
Elle est la forme de la béatitude pure, sans tache; elle est Amṛta, le nectar d’immortalité; elle est la dispensatrice de joyaux. Elle est aussi Pūṣā (la Nourricière), Puṣṭi (la nutrition), Tuṣṭi (le contentement), Rati (la joie d’amour) et Dhṛti (la constance).
Verse 134
शशिनी चैद्रिका कांतिज्योत्स्ना श्रीः प्रीतिरंगगदा । पूर्णा पूर्णामृता कामदायिनीन्दुकलात्मिका ॥ १३४ ॥
Elle est Śaśinī et Caidrikā, la clarté lunaire d’une beauté rayonnante; elle est Śrī (prospérité) et Prīti (tendre affection), celle qui porte la massue. Elle est Pūrṇā (Plénitude), Pūrṇāmṛtā (nectar accompli), la dispensatrice des désirs, et l’essence des kalās, les phases de la lune.
Verse 135
तपिनी तापिनी धूम्रा मरीचिर्ज्वालिनी रुचिः । सुषुम्णा भोगदा विश्वा बाधिनी धारिणी क्षमा ॥ १३५ ॥
Tapinī, Tāpinī, Dhūmrā, Marīci, Jvālinī, Ruci, Suṣumṇā, Bhogadā, Viśvā, Bādhinī, Dhāriṇī et Kṣamā : telles sont les śaktis, les puissances divines énumérées ici dans l’ordre.
Verse 136
धूम्रार्चिरूष्मा ज्वलिनी ज्वालिनी विस्फुलिंगिनी । सुश्रीः स्वरूपा कपिला हव्यकव्यवहा तथा ॥ १३६ ॥
«À flamme enfumée; Uṣmā, la chaleur elle-même; ardente, flamboyante, semant des étincelles; Suśrī, rayonnante et de bon augure; Svarūpā, de forme véritable; Kapilā, au teint fauve; Havyakavyavahā, celle qui porte les oblations aux dieux et les offrandes aux ancêtres» : tels sont ces noms.
Verse 137
घस्मरा विश्वकवला लोलाक्षी लोलजिह्विका । सर्वभक्षा सहस्राक्षी निःसंगा च गतिप्रिया ॥ १३७ ॥
Elle est vorace, engloutissant l’univers tout entier; ses yeux errent sans repos et sa langue frémit. Dévorant tout, aux mille yeux, sans attache, et aimant l’élan sans fin : telle est-elle.
Verse 138
अर्चित्याचाप्रमेया च पूर्णरूपा दुरासदा । सर्वा संसिद्धिरूपा च पावनीत्येकरूपिणी ॥ १३८ ॥
Elle est digne d’adoration, incommensurable, parfaite en sa forme et difficile à atteindre. Elle incarne toutes les réussites (siddhi), elle purifie, et elle est d’une unique essence.
Verse 139
तथा यामलवेधाख्या शाक्ते वेदस्वरूपिणी । तथा शांभववेधा च भावनासिद्धिसृचिनी ॥ १३९ ॥
De même, dans la tradition Śākta, il existe la méthode appelée Yāmala-vedha, de la nature même du Veda ; et il existe aussi le Śāmbhava-vedha, qui fait naître les accomplissements par la contemplation disciplinée (bhāvanā).
Verse 140
वह्निरूपा तथा दस्रा ह्यमाविघ्ना भुजंगमा । षण्मुखा रविरूपा च माता दुर्गा दिशा तथा ॥ १४० ॥
Elle est de la forme du Feu ; elle est aussi celle qui accorde force et guérison ; elle est vraiment celle qui ôte les obstacles ; et elle demeure comme la puissance serpentine (kuṇḍalinī). Elle a six visages ; elle est de la nature du Soleil ; elle est la Mère—Durgā ; et elle est aussi la puissance qui préside aux directions.
Verse 141
धनदा केशवा चापि यमी चैव हरा शशा । अश्विनी च यमी वह्नि रूपा धात्रीति कीर्तिता ॥ १४१ ॥
Elle est aussi célébrée sous les noms de : Dhanadā, Keśavā, Yamī, Harā, Śaśā, Aśvinī, Yamī, Vahni, Rūpā et Dhātrī.
Verse 142
चंद्रा शिवादितिर्जीवा सर्पिणी पितृरूपिणी । अर्यम्णा च भगा सूर्या त्वाष्ट्रिमारुतिसंज्ञिका ॥ १४२ ॥
On l’appelle Caṃdrā, Śivā, Aditi, Jīvā, Sarpīṇī et Pitṛrūpiṇī ; et elle est aussi connue comme Aryamṇā, Bhagā, Sūryā, Tvāṣṭrī, et sous le nom de Mārutī.
Verse 143
इंद्राग्निरूपा मित्रा चापींद्राणी निर्ऋतिर्जला । वैश्वदेवी हरितभूर्वासवी वरुणा जया ॥ १४३ ॥
Elle est de la forme d’Indra et d’Agni; elle est Mitrā; elle est aussi Indrāṇī; elle est Nirr̥ti; elle est Jalā, la nature des eaux. Elle est Vaiśvadevī; elle est Haritabhū, au teint vert de la terre; elle est Vāsavī; elle est Varuṇā; et elle est Jayā, la Victoire.
Verse 144
अहिर्बुध्न्या पूषणी च तथा कारस्करामला । उदुंबरा जंबुका च खदिरा कृष्णारूपिणी ॥ १४४ ॥
Ahirbudhnyā, Pūṣaṇī, et de même Kāraśkarāmalā; ainsi encore Udumbarā, Jambukā et Khadirā — toutes sont des manifestations revêtant la forme de Kṛṣṇā.
Verse 145
वंशा च पिप्पला नागा रोहिणा च पलाशका । पक्षका च तथाम्बष्ठा बिल्वाचार्जुनरूपिणी ॥ १४५ ॥
« (On les nomme) Vaṁśā, Pippalā, Nāgā, Rohiṇā et Palāśakā; de même Pakṣakā et Ambaṣṭhā — se manifestant sous les formes des arbres bilva et arjuna. »
Verse 146
विकंकता च ककुभा सरला चापि सर्जिका । वंजुला पनसार्का च शमी हलिप्रियाम्रका ॥ १४६ ॥
Sont encore mentionnés (les arbres suivants) : vikaṅkatā, kakubhā, saralā et sarjikā; ainsi que vañjulā, panasā, ārkā, śamī, halipriyā et āmrakā.
Verse 147
निम्बा मधूकसंज्ञा चाप्यश्वत्था च गजाह्वया । नागिनी सर्पिणी चैव शुनी चापि बिडालिकी ॥ १४७ ॥
Nimbā est aussi appelée Madhūka; Aśvatthā est aussi appelée Gajāhvayā. De même, Nāginī est appelée Sarpiṇī, et Śunī est aussi appelée Biḍālikī.
Verse 148
छागी मार्जारिका मूषी वृषभा माहिषी तथा । शार्दूली सैरिभी व्याघ्री हरिणी च मृगी शुनी ॥ १४८ ॥
La chèvre, la chatte, la souris; le taureau et la bufflesse aussi; la tigresse, la śarabha femelle, la louve; la biche et la mṛgī femelle, et la chienne—telles sont énumérées.
Verse 149
कपिरूपा च गोघंटा वानरी च नराश्विनी । नगा गौर्हस्तिनी चेति तथा षट्चक्रवासिनी ॥ १४९ ॥
Elle a la forme d’un singe et se nomme Go-ghaṇṭā; elle est Vānarī et Narāśvinī; elle est Nagā, Gaur et Hastinī—ainsi demeure-t-elle au-dedans, présidant aux six cakras.
Verse 150
त्रिखंडा तीरपालाख्या भ्रामणी द्रविणी तथा । सोमा सूर्या तिथिर्वारा योगार्क्षा करणात्मिका ॥ १५० ॥
Le Temps (kāla) est décrit comme triple; on le nomme aussi «protecteur de la limite»; il fait tourner les êtres et accorde la richesse. Il se calcule par la Lune et le Soleil—par les tithi (jours lunaires), les vāra (jours de la semaine), les yoga, les nakṣatra, et, par sa nature même, comme karaṇa.
Verse 151
यक्षिणी तारणा व्योमशब्दाद्याप्रांणिनी च धीः । क्रोधिनी स्तंभिनी चंडोञ्चंडा ब्राह्यादिरूपिणी ॥ १५१ ॥
Yakṣiṇī, Tāraṇā et Vyomaśabdā—avec Āprāṃṇinī et Dhī; Krodhinī et Staṃbhinī; Caṇḍā et Ati-caṇḍā—ces puissances prennent des formes commençant par Brāhmī et les autres.
Verse 152
सिंहस्था व्याघ्रगा चैव गजाश्वगरुडस्थिता । भौमाप्या तैजसीवायुरूपिणी नाभसा तथा ॥ १५२ ॥
Elle siège sur un lion; elle se meut sur un tigre; elle est montée sur l’éléphant, le cheval et Garuḍa. Elle prend les formes de la terre et de l’eau, du feu et du vent, et aussi de l’éther (l’espace).
Verse 153
एकावक्त्रा चतुर्वक्त्रा नवक्त्रा कलानना । पंचविंशतिवक्त्रा च षड्विंशद्वदना तथा ॥ १५३ ॥
On la décrit comme ayant un seul visage, quatre visages, neuf visages, et comme l’incarnation des arts; de même, comme possédant vingt-cinq visages, et aussi vingt-six visages.
Verse 154
ऊनपंचाशदास्या च चतुःषष्टि मुखा तथा । एकाशीतिमुखा चैव शताननसमन्विता ॥ १५४ ॥
Certaines sont décrites comme ayant quarante-neuf visages; d’autres en ont soixante-quatre; certaines, quatre-vingt-un; et d’autres sont pourvues de cent visages.
Verse 155
स्थूलरूपा सूक्ष्मरूपा तेजोविग्रहधारिणी । वृणावृत्तिस्वरूपा च नाथावृत्तिस्वरूपिणी ॥ १५५ ॥
Elle revêt des formes à la fois grossières et subtiles; elle porte un corps de lumière, resplendissant. Elle est la nature même du mode d’expression nommé « vṛṇā-vṛtti », et de même la nature même du « nātha-vṛtti ».
Verse 156
तत्त्वावृत्तिस्वरूपापि नित्यावृत्तिवपुर्द्धरा ॥ १५६ ॥
Bien que sa nature soit le mouvement (vṛtti) tourné vers les principes véritables (tattva), elle porte une forme toujours engagée dans l’activité récurrente, le nitya-vṛtti.
Verse 157
अंगावृत्तिस्वरूपा चाप्यायुधावृत्तिरूपिणी । गुरुपंक्तिस्वरूपा च विद्यावृत्तितनुस्तथा ॥ १५७ ॥
Elle est la forme même des disciplines de l’entraînement du corps, et aussi des disciplines des armes; elle est l’incarnation de la lignée des maîtres (guru-pankti), et son corps est pareillement la puissance opérante de la connaissance (vidyā-vṛtti).
Verse 158
ब्रह्माद्यावृत्तिरूपा च परा पश्यतिका तथा । मध्यमा वैखरी शीर्षकण्ठताल्वोष्ठदन्तगा ॥ १५८ ॥
La Parole en sa forme suprême, «Parā», est de la nature de la vibration primordiale qui commence avec Brahmā; de même existe «Paśyantī», la parole intérieure qui voit. Puis viennent «Madhyamā» et «Vaikharī»; ces deux dernières s’expriment par la tête, la gorge, le palais, les lèvres et les dents.
Verse 159
जिह्वामूलगता नासागतोरः स्थलगामिनी । पदवाक्यस्वरूपा च वेदभाषास्वरूपिणी ॥ १५९ ॥
Vāk naît à la racine de la langue, passe par le nez et la poitrine, puis se dirige vers le lieu de l’articulation. Elle prend les formes des mots et des phrases, et elle est la forme même de la langue des Veda.
Verse 160
सेकाख्या वीक्षणाख्या चोपदेशाख्या तथैव च । व्याकुलाक्षरसंकेता गायत्री प्रणवादिका ॥ १६० ॥
Gāyatrī—commençant par le Pranava «Oṁ»—est indiquée selon plusieurs modes techniques : comme «Sekā», comme «Vīkṣaṇā» et comme «Upadeśā»; et elle est aussi marquée par une disposition et une indication particulières, fines et complexes des syllabes.
Verse 161
जपहोमार्चनध्यानयंत्रतर्पणरूपिणी । सिद्धसारस्वता मृत्युंजया च त्रिपुरा तथा ॥ १६१ ॥
Elle s’incarne en japa (répétition du mantra), homa (offrande au feu), arcana (culte rituel), dhyāna (méditation), yantra (diagramme sacré) et tarpaṇa (libations). Elle est aussi connue comme Siddha-Sārasvatā, Mṛtyuṃjayā (celle qui vainc la mort) et également Tripurā.
Verse 162
गारुडा चान्नपूर्णा चाप्यश्वरूढा नवात्मिका । गौरी च देवी हृदया लक्षदा च मतंगिनी ॥ १६२ ॥
Gāruḍā ; Annapūrṇā ; Aśvarūḍhā (la Déesse montée sur un cheval) ; Navātmikā (celle aux neuf formes) ; Gaurī ; Devī ; Hṛdayā (le Cœur demeurant au-dedans) ; Lakṣadā (celle qui accorde signes fastes et prospérité) ; et Mataṅginī — tels sont ses noms et ses formes.
Verse 163
निष्कत्रयपदा चेष्टा वादिनी च प्रकीर्तिता । राजलक्ष्मीर्महालक्ष्मीः सिद्धलक्ष्मीर्गवानना ॥ १६३ ॥
On la célèbre comme Niṣkatrayapadā, comme Ceṣṭā (l’effort), et comme Vādinī (la parole éloquente). On la connaît aussi sous les noms de Rājalakṣmī (prospérité royale), Mahālakṣmī (la Grande Lakṣmī), Siddhalakṣmī (Lakṣmī de l’accomplissement) et Gavānanā (au visage de vache).
Verse 164
इत्येवं ललितादेव्या दिव्यं नामसहस्रकम् । सर्वार्थसिद्धिदं प्रोक्तं चतुर्वर्गफलप्रदम् ॥ १६४ ॥
Ainsi, le divin Sahasranāma —les Mille Noms de la Déesse Lalitā— est proclamé comme celui qui accorde la réussite en toutes fins et qui donne les fruits des quatre buts de la vie humaine.
Verse 165
एतन्नित्यमुषःकाले यो जपेच्छुद्धमानसः । स योगी ब्रह्मविज्ज्ञानी शिवयोगी तथात्मवित् ॥ १६५ ॥
Celui qui, l’esprit purifié, le récite chaque jour à l’aube devient yogin, connaisseur de Brahman, sage, pratiquant du Śiva-yoga et connaisseur du Soi.
Verse 166
द्विरावृत्त्या प्रजपतो ह्यायुरारोग्यसंपदः । लोकानुरंजनं नारीनृपावर्जनकर्म च ॥ १६६ ॥
Pour celui qui le récite en double répétition, naissent longévité, santé et prospérité; ainsi que le pouvoir de gagner la faveur des gens et l’efficacité de rites destinés à attirer les femmes et à influencer ou écarter les rois.
Verse 167
अपृथक्त्वेन सिद्ध्यंति साधकस्यास्य निश्चितम् । त्रिरावृत्त्यास्य वै पुंसो विश्वं भूयाद्वशेऽखिलम् ॥ १६७ ॥
Il est certain que, pour ce pratiquant, les accomplissements se réalisent par la non-séparation (l’identité avec la divinité). En vérité, en le répétant trois fois, l’univers entier passe sous l’empire de cet homme.
Verse 168
चतुरावृत्तितश्चास्य समीहितमनारतम् । फलत्येव प्रयोगार्हो लोकरक्षाकरो भवेत् ॥ १६८ ॥
En le répétant quatre fois, le but désiré s’accomplit infailliblement, sans interruption. En vérité, une telle pratique est digne d’être employée dans le rite et devient protectrice du monde.
Verse 169
पंचावृत्त्या नरा नार्यो नृपा देवाश्च जंतवः । भजंत्येनं साधकं च देव्यामाहितचेतसः ॥ १६९ ॥
Par cinq répétitions du rite, hommes et femmes, rois, dieux et tous les êtres L’adorent; et le sādhaka lui-même—l’esprit fermement établi en la Devī—parvient à un culte empreint de bhakti.
Verse 170
षडावृत्त्या तन्मयः स्यात्साधकश्चास्य सिद्धयः । अचिरेणैव देवीनां प्रसादात्संभवंति च ॥ १७० ॥
Par six répétitions, le sādhaka devient entièrement absorbé en Cela (mantra/divinité). Et pour ce pratiquant, les siddhis surgissent aussi—oui, rapidement—par la grâce bienveillante des Devī.
Verse 171
सप्तावृत्त्यारिरोगादिकृत्यापस्मारनाशनम् । अष्टावृत्त्या नरो भूपान्निग्रहानुग्रहक्षमः ॥ १७१ ॥
Par sept répétitions sont détruites les maladies hostiles, les rites malfaisants et l’épilepsie. Par huit répétitions, l’homme devient capable de supporter le châtiment du roi ou d’obtenir sa faveur.
Verse 172
नवावृत्त्या मन्मथाभो विक्षोभयति भूतलम् । दशावृत्त्या पठेन्नित्यं वाग्लक्ष्मीकांतिसिद्धये ॥ १७२ ॥
Par neuf répétitions, celui qui resplendit tel Manmatha (Kāma) ébranle la terre. Par dix répétitions, qu’on le récite chaque jour afin d’obtenir la perfection de la parole, la prospérité et l’éclat.
Verse 173
रुद्रावृत्त्याखिलर्द्धिश्च तदायत्तं जगद्भवेत् । अर्कावृत्त्या सिद्धिभिः स्याद्दिग्भिर्मर्त्यो हरोपमः ॥ १७३ ॥
En adoptant la vṛtti (discipline) de Rudra, on obtient toute prospérité, et le monde entier devient soumis à son influence. En adoptant la vṛtti du Soleil (Arka), le mortel est doté de siddhis et, par la maîtrise des directions, devient comparable à Hara (Śiva).
Verse 174
विश्वावृत्त्या तु विजयी सर्वतः स्यात्सुखी नरः । शक्रावृत्त्याखिलेष्टाप्तिः सर्वतो मंगलं भवेत् ॥ १७४ ॥
Par la Viśvā-vṛtti, l’homme devient victorieux et heureux de toutes les manières. Par la Śakrā-vṛtti, il obtient tous les buts désirés, et l’auspice se lève de tous côtés.
Verse 175
तिथ्यावृत्त्याखिलानिष्टानयन्तादाप्नुयान्नरः । षोडशावृत्तितो भूयान्नरः साक्षान्महेश्वरः ॥ १७५ ॥
En répétant l’observance prescrite liée au tithi (jour rituel), l’homme écarte toute inauspiciosité et atteint le but désiré. En l’accomplissant seize fois, il est hautement exalté, comme s’il était Maheśvara (Mahādeva) lui-même.
Verse 176
विश्वं स्रष्टुं पालयितुं संहतु च क्षमो भवेत् । मंडलं मासमात्रं वा यो जपेद्यद्यदाशयः ॥ १७६ ॥
Quiconque accomplit le japa pendant un maṇḍala entier (cycle fixé) ou même durant un seul mois devient capable de créer, de soutenir et aussi de dissoudre l’univers, selon l’intention qu’il porte en son cœur.
Verse 177
तत्तदेवाप्नुयात्सत्यं शिवस्य वचनं यथा । इत्येतत्कथितं विप्र नित्यावृत्त्यर्चनाश्रितम् ॥ १७७ ॥
Vraiment, on obtient précisément cela, conformément à la parole de Śiva. Ainsi, ô brāhmaṇa, ceci a été expliqué, fondé sur la répétition quotidienne (japa) et le culte (arcana).
Verse 178
नाम्नां सहस्रं मनसोऽभीष्टसंपादनक्षमम् ॥ १७८ ॥
Mille Noms sacrés — capables d’accomplir les vœux les plus chers du mental.
Verse 179
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने तृतीयपादे ललितास्तोत्र कवचसहस्रनामकथनं नामैकोननवतितमोऽध्यायाः ॥ ८९ ॥
Ainsi s’achève le quatre-vingt-neuvième chapitre, intitulé «Exposé de l’Hymne à Lalitā, de l’Armure protectrice (Kavaca) et des Mille Noms (Sahasranāma)», dans la Troisième Section (Tṛtīya-pāda) du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna) du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
In Śākta-Tantric pedagogy, mantra and Devī-upāsanā are authorized through lineage (sampradāya). The guru-dhyāna/stava establishes the channel of śakti and right understanding (adhikāra), portraying Śiva-as-Guru as the revealer of knowledge; only then does the sādhaka proceed to Devī contemplation and enclosure-based worship.
Both. The text maps protection to front/back/sides, above/below, and extends it to mind and character: guarding against kāma, krodha, lobha, moha, mada, and against falsehood, violence, theft, and sloth—showing kavaca as a psycho-ethical as well as spatial-ritual armor.
Devī is praised as the perfected matrix of imperishable syllables on whose ‘thread’ the three worlds are strung. The phonetic groupings (a, ka, etc.) become a cosmological architecture, implying that mantra and sound-structure are not symbolic only but constitutive of reality in this Śrīvidyā frame.
The ṣoḍaśī/sixteenfold scheme aligns Devī’s manifestations (often as Nityās and allied śaktis) with an ordered ritual and contemplative progression. It supports āvaraṇa worship by placing each power in sequence, allowing the sahasranāma to function as a structured liturgy rather than a mere list.