
L’Adhyāya 210 s’ouvre sur un épisode de restauration lié à Śaṅkhatīrtha : un roi atteint de maladie est dit délivré de son mal grâce à une observance rituelle accomplie au moment prescrit—bain sacré et adoration du Soleil à l’aube, durant le mois de Mādhava, au jour aṣṭamī, coïncidant avec un dimanche. La justesse du temps et la ferveur y sont présentées comme sources de guérison. Le texte se tourne ensuite vers l’éthique de la consommation et de la faute : l’usage impropre du tāmbūla (préparation de bétel) engendre des défauts et la perte de prospérité, et des procédures de prāyaścitta sont exposées pour restaurer la pureté. Un mythe d’origine, rattaché au barattage de l’océan, retrace l’apparition de la nāgavallī à partir d’événements divins et de substances associées à l’amṛta ; sa diffusion dans le monde humain accroît la sensualité et affaiblit l’activité rituelle. Le chapitre s’achève par un rite correctif codifié : inviter un brāhmaṇa savant à une heure propice, l’honorer, préparer une feuille d’or et les objets requis, les offrir avec mantras et confession, puis recevoir l’assurance de purification. Il propose ainsi un modèle de jouissance réglée, de retenue morale et de don réparateur.
Verse 1
विश्वामित्र उवाच । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य देवर्षेर्नारदस्य च । सिद्धसेनो महीपालः प्राप्य तं योगमुत्तमम्
Viśvāmitra dit : Ayant entendu les paroles du rishi divin Nārada, le roi Siddhasena obtint la discipline spirituelle suprême, le yoga le plus élevé.
Verse 2
माधवे मासि संप्राप्ते अष्टम्यां सूर्यवासरे । सूर्योदये तु संप्राप्ते यावत्स्नात्वाऽर्चयेद्रविम्
Quand advint le mois de Mādhava (Vaiśākha) — au huitième jour lunaire, un dimanche — au lever du soleil, il devait se baigner puis adorer Ravi (le Soleil) selon la durée prescrite.
Verse 3
तावत्कुष्ठविनिर्मुक्तः सहसा समपद्यत । ततो दिव्यवपुर्भूत्वा सन्तोषं परमं गतः
À l’instant même, il fut soudain délivré de la lèpre. Puis, revêtu d’un corps divin et rayonnant, il atteignit la satisfaction suprême.
Verse 4
प्रायश्चित्तं ततश्चक्रे तांबूलस्य च भक्षणम् । अज्ञानेन कृतं यच्च चूर्णपत्रसमन्वितम्
Puis il accomplit le prāyaścitta, l’expiation, pour avoir mâché le tāmbūla (bétel), acte commis dans l’ignorance, avec la poudre d’ingrédients et la feuille.
Verse 5
ततश्च परमां लक्ष्मीं संप्राप्तः स महीपतिः । पितृपैतामहं राज्यं स प्रचक्रे यथा पुरा
Par la suite, ce roi obtint la suprême Lakṣmī, la prospérité la plus haute, et il régna de nouveau sur le royaume ancestral de ses pères et aïeux, comme autrefois.
Verse 6
एतत्ते सर्वमाख्यातं शंखतीर्थसमुद्भवम् । माहात्म्यं पार्थिवश्रेष्ठ किं भूयः श्रोतुमि च्छसि
Tout cela t’a été exposé — la grandeur qui émane de Śaṃkhatīrtha. Ô le meilleur des rois, que désires-tu entendre encore ?
Verse 7
आनर्त उवाच । अत्याश्चर्यमिदं ब्रह्मन्यत्त्वया परिकीर्तितम् । यल्लक्ष्मीस्तस्य सन्नष्टा चूर्णपत्रस्य भक्षणात्
Ānarta dit : Ô brāhmane, ce que tu as raconté est des plus étonnants : que sa prospérité fut anéantie pour avoir mâché un mélange de feuilles réduites en poudre.
Verse 8
कीदृक्तेन कृतं तस्य प्रायश्चित्तं विशुद्धय्रे । कीदृक्तेन कृतं तच्च निजराज्यं यथा पुरा
Par quel acte accomplit-il son expiation (prāyaścitta) pour être purifié ? Et par quel moyen recouvra-t-il son royaume comme auparavant ?
Verse 9
विश्वामित्र उवाच । एषा पुण्यतमा मेध्या नागवल्ली नराधिप । अयथावत्कृता वक्त्रे बहून्दोषान्प्रयच्छति । तस्माद्यत्नेन संभक्ष्या दत्त्वा चैव स्वशक्तितः
Viśvāmitra dit : Ô roi, cette nāgavallī (la liane de bétel) est très méritoire et purificatrice. Si elle est préparée de travers et portée à la bouche, elle engendre bien des fautes. Qu’on la mâche donc avec soin, et qu’on fasse aussi des dons selon ses moyens.
Verse 10
आनर्त उवाच । नागवल्ली कथं जाता कस्माद्दोषो महान्स्मृतः । अयथावद्भक्षणाच्च तन्मे वक्तुमिहार्हसि
Ānarta dit : Comment la nāgavallī est-elle née, et pourquoi dit-on qu’une grande faute naît de sa consommation impropre ? Daigne me l’expliquer ici.
Verse 11
विश्वामित्र उवाच । प्रश्नभारो महानेष त्वया मे परिकीर्तितः । तथापि च वदिष्यामि यदि ते कौतुकं नृप । यस्मात्सञ्जायते दोषश्चूर्णपत्रस्य भक्षणात्
Viśvāmitra dit : Le fardeau des questions que tu m’as adressées est vraiment considérable. Pourtant, si tu désires savoir, ô roi, je t’expliquerai pourquoi une faute naît lorsqu’on mâche un mélange de feuilles réduit en poudre.
Verse 12
अमृतार्थं पुरा देवैर्मथितः कलशोदधिः । मन्थानं मन्दरं कृत्वा नेत्रं कृत्वा तु वासुकिम्
Autrefois, pour obtenir l’amṛta, les dieux barattèrent l’Océan du Kalasha, prenant le mont Mandara pour bâton de barattage et Vāsuki pour corde.
Verse 13
मुखदेशे बलिर्लग्नः पुच्छदेशेऽखिलाः सुराः । वासुदेवमतेनैव सन्दधाराथ कच्छपः
À l’extrémité de la bouche se tint Bali, tandis qu’à l’extrémité de la queue prirent place tous les dieux. Guidée par le conseil de Vāsudeva, la Tortue supporta l’effort et demeura inébranlable.
Verse 14
मन्दरे भ्रममाणे तु प्रागेव नृपसत्तम । आनर्त सहसा जातं रत्नत्रितयमेव च
Ô le meilleur des rois, tandis que Mandara tournoyait, dès le tout début surgit soudain Ānarta, et apparut aussi une triade de joyaux précieux.
Verse 15
नीलांबरधरः कृष्णः पुरुषो वक्रनासिकः । कृष्णदन्तः स्थूलशिरा दीर्घग्रीवो महोदरः । शूर्पाकारांघ्रिरेवाऽसौ चिपिटाक्षो भयावहः
Parut un homme sombre, vêtu d’habits bleus : le nez recourbé, les dents noircies, la tête lourde, le cou long et le ventre énorme ; les pieds en forme de pelle, les yeux aplatis et déformés — effrayant à contempler.
Verse 16
तथा तद्रूपिणी तस्य कुभार्या राक्षसी यथा । शिशुनांगुलिलग्नेन गर्भश्रमपरायणा
Et de même apparut une femme rākṣasī, conforme à sa forme—son épouse malfaisante—accablée par la grossesse, tandis qu’un nourrisson s’agrippait à son doigt.
Verse 17
ततो देवगणाः सर्वे दानवाश्च विशेषतः । मन्थानं तत्परित्यज्य तान्ग्रहीतुं प्रधाविताः
Alors toutes les troupes des dieux—et tout particulièrement les dānavas—abandonnèrent le barattage et se ruèrent pour les saisir.
Verse 18
अथ तान्विकृतान्दृष्ट्वा सर्वे शंकासमन्विताः । जगृहुर्नैव राजेंद्र जहसुश्च परस्परम्
Mais, voyant ces formes difformes, tous furent saisis de doute ; ô roi, ils ne les saisirent point et se mirent plutôt à rire entre eux.
Verse 19
अथोवाच बलिर्दैत्यः कृतांजलिपुटः स्थितः । ब्रह्माऽदि यल्लभेत्सर्वं यत्पुरस्तात्प्रजायते
Alors Bali, le daitya, parla, debout les mains jointes en révérence : «Que Brahmā et les autres reçoivent tout ce qui surgit d’abord, tout ce qui naît en premier au-devant».
Verse 20
रत्नत्रितयमेतद्धि तस्माद्गृह्णातु पद्मजः । येन सिद्धिर्भवेदस्मिन्मन्थने कस्य चाऽर्पणात्
«En vérité, voici la triade des joyaux ; que le Né du Lotus (Brahmā) la prenne donc : par son acceptation et son offrande, que la réussite soit assurée dans ce barattage, pour celui à qui elle doit revenir».
Verse 21
तद्वाक्यं विष्णुना तस्य शंसितं शंकरेण तु । इंद्राद्यैश्च सुरैः सर्वैर्दानवैश्च विशेषतः
Cette parole de lui fut approuvée par Viṣṇu et aussi par Śaṅkara ; par Indra et par tous les dieux, et tout particulièrement par les dānavas également.
Verse 22
एतस्मिन्नंतरे ब्रह्मा जग्राह त्रितयं च तत् । दाक्षिण्यात्सर्वदेवानामनिच्छन्नपि पार्थिव । ममन्थुः सागरं राजन्पुनस्ते यत्नमाश्रिताः
Cependant, Brahmā prit cette triade—par égard pour tous les dieux, bien qu’il n’y fût pas enclin, ô roi. Puis, ô souverain, ils s’y remirent avec effort et barattèrent de nouveau l’océan.
Verse 23
ततश्च वारुणी जाता दिव्यगन्धसमन्विता । बलिना संगृहीता सा प्रत्यक्षं बलविद्विषः
Alors naquit Vāruṇī, imprégnée d’un parfum divin ; et elle fut prise par Bali—manifestement, sous les yeux mêmes de l’ennemi de Bali (le Seigneur).
Verse 24
आवर्ते चापरे जाते निष्क्रांतः कौस्तुभो मणिः । स गृहीतो महाराज विष्णुना प्रभविष्णुना
Lorsqu’un autre tourbillon se forma, le joyau Kaustubha apparut ; et ce joyau, ô grand roi, fut pris par Viṣṇu, le Seigneur à la puissance souveraine.
Verse 25
अथापरे स्थिते तत्र महावर्ते निशापतिः । सञ्जातः स वृषांकेन संगृहीतश्च तत्क्षणात्
Puis, lorsqu’un autre grand tourbillon se forma en ce lieu, le Seigneur de la Nuit (la Lune) apparut ; et aussitôt il fut recueilli par Vṛṣāṅka (Śiva).
Verse 26
पारिजातस्ततो जातो दिव्यगन्धसमन्वितः । स गृहीत्वा सुरैः सर्वैः स्थापितो नंदने वने
Alors s’éleva l’arbre Pārijāta, empli de parfum céleste ; et tous les dieux, l’ayant pris, l’installèrent dans le bosquet de Nandana.
Verse 27
तस्यानंतरमेवाथ सुरभी वत्ससंयुता । निष्क्रांता व्योममार्गेण गोलोकं समवस्थिता
Aussitôt après, Surabhī—avec son veau—se manifesta ; puis, suivant la voie du ciel, elle prit place en Goloka.
Verse 28
ततो धन्वंतरिर्जातो बिभ्रद्धस्ते कमंडलुम् । संपूर्णममृतेनैव स देवैर्दानवैनृप
Puis apparut Dhanvantari, tenant en sa main un kamaṇḍalu entièrement rempli d’amṛta ; et aussitôt il fut affronté par les dieux et les dānavas, ô roi.
Verse 29
गृहीतो युगपत्क्रुद्धैः परस्परजिगीषया । देवानां हस्तगो वैद्यो दैत्यानां च कमण्डलुः
Il fut saisi d’un même élan par les deux camps en colère, chacun voulant vaincre l’autre : le médecin (Dhanvantari) était aux mains des dieux, tandis que le kamaṇḍalu était aux mains des daityas.
Verse 30
ततस्तं लोभसंयुक्ता ममंथुः सागरं नृप । पद्महस्तात्र संजाता ततो लक्ष्मीः सितांबरा
Alors, poussés par la convoitise, ô roi, ils barattèrent de nouveau cet océan ; et là surgit Lakṣmī, vêtue de blanc, un lotus à la main.
Verse 31
स्वयमेव वृतो विष्णुस्तया पार्थिवसत्तम । मथ्यमाने ततोतीव समुद्रे देवदानवैः
Ô roi excellent, tandis que l’océan était puissamment baratté par les dieux et les dānavas, elle choisit Viṣṇu de son plein gré.
Verse 32
कालकूटं समुत्पन्नं येन सर्वे सुरासुराः । संप्राप्ताः परमं कष्टं प्रभग्नाश्च दिशो दश
Alors surgit le poison Kālakūṭa, par lequel tous les dieux et les asuras furent plongés dans une détresse extrême, et les dix directions furent bouleversées.
Verse 33
तं दृष्ट्वा भगवाञ्छंभुस्तीव्रं तीवपराक्रमः । भक्षयामास राजेंद्र नीलकण्ठस्ततोऽभवत्
Voyant ce poison terrible, Bhagavān Śambhu—au courage irrésistible—l’avala, ô roi ; et par cet acte il fut glorifié sous le nom de Nīlakaṇṭha, le Seigneur à la Gorge Bleue.
Verse 34
अथ संत्यज्य मंथानं मंदरं वासुकिं तथा । अमृतार्थेऽभवद्युद्धं दैत्यानां विबुधैः सह
Puis, abandonnant l’instrument du barattage—le mont Mandara et Vāsuki lui-même—, par désir de l’amṛta la guerre éclata entre les Daityas et les dieux.
Verse 35
अथ स्त्रीरूपमाधाय विष्णुर्दैत्यानुवाच तान् । ततो हृष्टो बलिस्तस्यै दत्त्वा पीयूषमेव तत्
Alors Viṣṇu, prenant une forme de femme, s’adressa à ces Daityas ; et Bali, tout réjoui, lui remit ce pīyūṣa même, le nectar.
Verse 36
विश्वासं परमं गत्वा युद्धं चक्रे सुरैः सह । ततो विष्णुः परित्यज्य स्त्रीरूपं पुरुषाकृतिः
Ayant obtenu une confiance parfaite, il livra bataille aux côtés des dieux ; puis Viṣṇu, revenant à sa forme masculine, rejeta le déguisement de femme.
Verse 37
तदेवामृतमादाय ययौ यत्र दिवौकसः । अब्रवीत्तान्सुहृष्टात्मा पिवध्वममृतं सुराः
Prenant ce même nectar, il se rendit là où se tenaient les dieux et, le cœur réjoui, leur dit : «Buvez l’amṛta, ô Devas !»
Verse 38
येनामरत्वमासाद्य व्यापादयत दानवान् । ते तथेति प्रतिज्ञाय पपुः पीयूषमुत्तमम्
Par lui ils atteindraient l’immortalité et abattraient les Dānavas ; ils promirent : «Qu’il en soit ainsi», puis burent le nectar suprême.
Verse 39
अमराश्च ततो जाता जघ्नुः संख्ये महासुरान्
Alors, devenus immortels, ils abattirent dans la mêlée les grands Asuras.
Verse 40
तेषां पानविधौ तत्र वर्तमाने महीपते । राहुर्विबुधरूपेण पपौ पीयूषमुत्सुकः
Tandis que s’accomplissait là le rite de la boisson, ô seigneur de la terre, Rāhu, avide, but le nectar en prenant l’apparence d’un dieu.
Verse 41
स लक्षितो महादैत्यश्चंद्रार्काभ्यां च तत्क्षणात् । निवेदितो हरे राजन्नायं देवो महासुरः
Ce grand Daitya fut immédiatement reconnu par la Lune et le Soleil, et il fut rapporté à Hari : "Ô roi, ce 'dieu' est un puissant Asura."
Verse 42
तच्छ्रुत्वा वासुदेवेन तस्य चक्रं सुदर्शनम् । वधाय पार्थिवश्रेष्ठ मुक्तं वज्रसमप्रभम्
En entendant cela, Vāsudeva lança son disque Sudarśana pour le tuer, ô meilleur des rois, flamboyant d'une splendeur pareille à la foudre.
Verse 43
यावन्मात्रं शरीरं तत्तस्य व्याप्तं महीपते । अमृतेन ततः कृत्तममोघेनापि तच्छिरः
Ô roi, autant son corps avait été imprégné par le nectar, autant il devint immortel ; mais sa tête, bien que frappée par l'infaillible disque, avait déjà été tranchée après avoir goûté l'amṛta.
Verse 44
ततोऽमरत्वमापन्नः स यावत्सिंहिकासुतः । तावत्प्रोक्तोऽच्युतेनाथ साम्ना परमवल्गुना
Alors, le fils de Siṃhikā devint immortel dans cette mesure ; puis Acyuta s'adressa à lui avec des paroles d'une suprême douceur et conciliation.
Verse 45
त्यज दैत्यान्महाभाग देवानां संमतो भव । संप्राप्स्यसि परां पूजां सदा त्वं ग्रहमंडले
Ô fortuné, abandonne les Daityas et sois approuvé par les Devas ; alors tu recevras toujours la plus haute adoration dans le cercle des planètes.
Verse 46
स तथेति प्रतिज्ञाय त्यक्त्वा तान्दैत्यसत्तमान् । पूजां प्राप्नोति मर्त्यानां संस्थितो ग्रहमण्डले
Il promit : « Qu’il en soit ainsi », puis, délaissant ces Daityas éminents, il vint recevoir le culte des mortels, établi dans le cercle des planètes.
Verse 47
एतस्मिन्नंतरे दैत्या निर्जिताः सुरसत्तमैः । दिशो जग्मुः परित्रस्ताः केचिन्मृत्युमुपागताः
Cependant, les Daityas, vaincus par les plus éminents des dieux, s’enfuirent, saisis d’effroi, vers toutes les directions, et certains trouvèrent même la mort.
Verse 48
पीतशेषं च पीयूषं स्थापितं नन्दने वने । नागराजस्य यत्रैव स्थितमालानमेव च
Le nectar demeuré après qu’on en eut bu fut déposé dans le bosquet de Nandana, là même où se tenait aussi le poteau d’attache (ālāna) du roi des Nāgas.
Verse 49
अहर्निशं मदस्रावी करींद्रः सोऽपि संस्थितः । तत्प्रभावैः प्रभिन्नः स पीयूषस्य कमंडलुः
Là se tenait aussi l’éléphant souverain, suintant le rut jour et nuit ; et sous cette influence, le pot de nectar (kamaṇḍalu) se fendit.
Verse 50
ततो वल्ली समुत्पन्ना तस्माच्चैव कमण्डलोः । तत्रालानसमारूढा वृद्धिं च परमां गता
Alors une liane jaillit de ce kamaṇḍalu même ; et, grimpant sur le poteau d’attache, elle crût jusqu’à une profusion tout à fait extraordinaire.
Verse 51
तदुद्भवानि पत्राणि गृहीत्वा सुरसत्तमाः । अपूर्वाणि सुगंधीनि मत्वा ते भक्षयंति च
Les plus éminents des dieux prirent les feuilles qui en étaient nées ; les jugeant sans pareilles et d’un parfum suave, ils les mangèrent aussi.
Verse 52
वक्त्रशुद्धिकृते राजन्विशेषेण प्रहर्षिताः
Ô roi, ils furent tout particulièrement transportés de joie, car cela procurait la purification de la bouche (et de la parole).
Verse 53
अथ धन्वतरिर्वैद्यः स्वबुद्ध्या पृथिवीपते । नागालाने यतो जाता नागवल्ली भविष्यति
Alors Dhanvantari, le médecin divin, par sa propre intelligence, ô seigneur de la terre, déclara : «Puisqu’elle est née dans l’enclos de Nāgālaya, elle sera connue sous le nom de Nāgavallī (la liane du bétel).»
Verse 54
सदा स्मरस्य संस्थानं मम वाक्याद्भविष्यति । नागवल्लीति वै नाम तस्याश्चक्रे ततः परम्
«Par ma parole, elle deviendra à jamais un siège de Smara (Kāma).» Ensuite, il lui conféra solennellement le nom de «Nāgavallī».
Verse 55
संयोगं च चकाराथ तांबूलं जायते यथा । पूगीफलेन चूर्णेन खदिरेणापि पार्थिव
Puis, ô roi, il prépara la juste combinaison par laquelle se fait le tāmbūla, en le mêlant à de la poudre de noix d’arec et aussi à du khadira (catéchu).
Verse 56
कस्यचित्त्वथ कालस्य वाणीवत्सरको नृपः । प्रतोषं नीतवाञ्छक्रं तपसा निर्मलेन च
Après quelque temps, le roi Vāṇīvatsaraka, par une austérité pure et sans tache, combla Śakra (Indra) de pleine satisfaction.
Verse 57
ततस्तत्तपसा तुष्ट इन्द्रो वचनमब्रवीत्
Alors Indra, satisfait par cette austérité, prononça ces paroles.
Verse 58
इन्द्र उवाच । भोभोः पार्थिव तुष्टोऽस्मि तपसाऽनेन सांप्रतम् । ब्रूहि यत्ते वरं दद्मि मनसा वांछितं सदा
Indra dit : «Ô roi, je suis à présent satisfait de cette austérité qui est la tienne. Parle : le don que tu désires toujours en ton cœur, je te l’accorderai».
Verse 59
सोऽब्रवीद्यदि मे तुष्टो यदि देयो वरो मम । विमानं खेचरं देहि येनागच्छामि ते गृहे । नित्यमेव धरापृष्ठाद्वंदनार्थं तव प्रभो
Il dit : «Si tu es satisfait de moi et si un don doit m’être accordé, donne-moi un vimāna qui parcourt le ciel, afin que je puisse venir chaque jour, depuis la surface de la terre, jusqu’à ta demeure pour me prosterner et te rendre hommage, ô Seigneur».
Verse 60
स तथेति प्रतिज्ञाय हंसबर्हिणनादितम् । विमानं प्रददौ तस्मै मनोमारुतवेगधृक्
Il (Indra) promit : «Qu’il en soit ainsi», et lui accorda un vimāna résonnant comme des cygnes et des paons, rapide comme la pensée et comme le vent dans sa course.
Verse 61
स तत्र नित्यमारुह्य प्रयाति त्रिदशालयम् । भक्त्या परमया युक्तः सहस्राक्षं प्रवंदितुम्
Chaque jour, le montant, il se rendait au séjour des Trente (les dieux), uni à la dévotion suprême, afin de se prosterner devant Sahasrākṣa (Indra).
Verse 62
तस्य शक्रः स्वहस्तेन तांबूलं च प्रयच्छति । स च तद्भक्षयामास प्रहृष्टेनांतरात्मना
À lui, Śakra (Indra) offrait de sa propre main le tāmbūla; et lui, l’âme intérieurement ravie, en prenait part.
Verse 63
वृद्धभावेऽपि संप्राप्ते तस्य कामोऽत्यवर्द्धत । तांबूलस्य प्रभावेन सुमहान्पृथिवीपते
Ô seigneur de la terre, bien que la vieillesse l’eût atteint, son désir s’accrut démesurément : si grande était la puissance du tāmbūla.
Verse 64
अथ शक्रमुवाचेदं स राजा विनयान्वितः । नागवल्लीप्रदानेन प्रसादो मे विधीयताम्
Alors ce roi, empreint d’humilité, dit à Śakra (Indra) : «Par le don de la nāgavallī, la liane du bétel, que ta faveur me soit accordée.»
Verse 65
मर्त्यलोके समानेतुं प्रचारं येन गच्छति । स तथेति प्रतिज्ञाय तस्मै तां प्रददौ तदा
Afin qu’elle se répande et soit portée au monde des mortels, il acquiesça en disant : «Qu’il en soit ainsi», et la lui donna alors.
Verse 66
गत्वा निजपुरं सोपि स्वोद्यानेऽस्थापयत्तदा । ततः कालेन महता प्रचारं सा गता क्षितौ
De retour dans sa propre cité, il le planta dans son jardin. Puis, au fil d’un long temps, cela se répandit largement sur la terre.
Verse 67
यस्याः स्वादनतो लोकः कामात्मा समपद्यत । न कश्चिद्यजनं चक्रे याजनं च विशेषतः । अन्या धर्मक्रियाः सर्वाः प्रणष्टा धर्मसंभवाः
En le goûtant, les hommes furent gouvernés par le désir. Nul n’accomplit le yajña, nul n’organisa qu’on l’accomplît; et toutes les autres observances du dharma, nées de la droiture, furent anéanties.
Verse 68
ततो देवगणाः सर्वे यज्ञभागविवर्जिताः । पीड्यमानाः क्रुधा विष्टा गत्वा प्रोचुः पितामहम्
Alors toutes les cohortes des dieux, privées de leur part dans les yajña, accablées et remplies de colère, allèrent parler à Pitāmaha (Brahmā).
Verse 69
मर्त्यलोके सुरश्रेष्ठ नष्टा धर्मक्रिया भृशम् । कामासक्तो यतो लोकस्तांबूलस्य च भक्षणात् । तस्मात्कुरु प्रसादं नो येनास्माकं क्रिया भवेत्
«Ô meilleur des dieux, dans le monde des mortels les rites du dharma ont grandement péri, car les hommes, en mâchant le tāmbūla, se sont attachés au désir. Accorde-nous donc ta grâce, afin que nos rites et nos offrandes dus puissent de nouveau s’accomplir.»
Verse 70
एतस्मिन्नेव काले तु पुष्करस्थं पितामहम् । यजनार्थे समायातं दरिद्रो वीक्ष्य पार्थिव
En ce même temps, ô roi, un homme pauvre, voyant Pitāmaha (Brahmā) présent à Puṣkara et venu pour le yajña, s’approcha.
Verse 71
प्रणिपत्य ततः प्राह विनयावनतः स्थितः । निर्विण्णोऽहं सुरश्रेष्ठ ब्राह्मणानां गृहे स्थितः
Après s’être prosterné, il parla, debout et plein d’humilité : «Ô le meilleur des dieux, je suis las de demeurer dans les maisons des brāhmaṇas, dépendant d’eux.»
Verse 72
तस्मात्कीर्तय मे स्थानं श्रेष्ठं वित्तवतां हि यत् । तत्र सञ्जायते तृप्तिः शाश्वती प्रचुरा प्रभो
«C’est pourquoi, Seigneur, dis-moi quelle est la demeure excellente des fortunés, où surgit une plénitude abondante et éternelle, ô Prabhu.»
Verse 73
तस्य तद्वचनं श्रुत्वा चिरं ध्यात्वा पितामहः । अब्रवीच्च दरिद्रं तं छिद्रार्थं धनिना मिह
Ayant entendu ses paroles, l’Aïeul (Brahmā) demeura longtemps en méditation. Puis il dit au pauvre : «Voici de quoi ‘percer’ les riches : leurs points vulnérables.»
Verse 74
चूर्णपत्रे त्वया वासः सदा कार्यो दरिद्र भोः । तांबूलस्य तु पर्णाग्रे भार्यया मम वाक्यतः
«Ô pauvre homme, tu devras toujours demeurer dans la feuille réduite en poudre. Et, selon mon ordre, que mon épouse reste à la pointe de la feuille de tāmbūla (bétel).»
Verse 75
पर्णानां चैव वृंतेषु सर्वेषु त्वत्सुतेन च । रात्रौ खदिरसारे च त्वं ताभ्यां सर्वदा वस
«Et dans tous les pétioles des feuilles, avec ton fils, établis ta demeure. La nuit aussi, demeure dans l’essence du khadira ; ainsi reste toujours avec eux.»
Verse 76
धनिनां छिद्रकृत्प्रोक्तमेतत्स्थानचतुष्टयम् । पार्थिवानां विशेषेण मम वाक्या द्व्रज द्रुतम्
«Ces quatre “stations” ont été proclamées comme celles qui ouvrent des failles chez les riches, surtout chez les rois. Par mon ordre, rends-toi-y sans tarder.»
Verse 77
नारद उवाच । एतत्ते सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽस्मि नराधिप
Nārada dit : «Ô seigneur des hommes, je t’ai exposé entièrement tout ce que tu m’as demandé.»
Verse 78
तांबूलोत्थानि छिद्राणि यथा स्युर्धनिनामिह । तानि सर्वाणि चीर्णानि त्वया राजन्नजानता । तेन वै विभवोच्छित्तिः संजाता सहसा नृप
«Les failles qui naissent du tāmbūla (bétel) chez les riches—ces fautes mêmes, ô Roi, tu les as toutes commises sans le savoir. C’est pourquoi, ô souverain, la destruction de ta prospérité est survenue soudainement.»
Verse 79
राजोवाच । तदर्थमपि मे ब्रूहि प्रायश्चित्तं मुनीश्वर । कदाचिद्भक्षणं मे स्यात्तांबूलस्य तथाविधम्
Le Roi dit : «Pour cette raison même, ô seigneur des sages, dis-moi l’expiation (prāyaścitta). Il peut arriver qu’à certains moments je prenne ce bétel d’une manière impropre.»
Verse 80
येन सञ्जायते शुद्धिः कुतांबूलसमुद्भवा
«Par quel moyen naît la purification de l’impureté produite par le bétel impropre (kutāmbūla) ?»
Verse 81
विश्वा मित्र उवाच । शृणु राजन्प्रवक्ष्यामि प्रायश्चित्तं तु यच्चरेत् । आश्वासनेन शुद्ध्यर्थं कुतांबूलस्य भक्षणात्
Viśvāmitra dit : «Écoute, ô Roi ; je vais exposer l’expiation (prāyaścitta) qu’il convient d’accomplir. Pour la purification—après avoir consommé un bétel impropre—qu’on accomplisse le rite d’“āśvāsana”, geste d’apaisement et d’assurance».
Verse 82
पर्वकालं समुद्दिश्य सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः । आनयेद्ब्राह्मणं राजन्वेदवेदांगपारगम्
«Après avoir choisi le temps sacré de fête (parva-kāla) et, animé d’une foi droite, ô Roi, qu’on invite un brāhmane versé dans les Veda et dans leurs disciplines auxiliaires, les Vedāṅga».
Verse 83
प्रक्षाल्य चरणौ तस्य वाससी परिधापयेत् । संपूज्य गंधपुष्पाद्यैस्ततः पत्रं हिरण्मयम् । स्वशक्त्या कारयित्वाऽथ चूर्णे मुक्ताफलं न्यसेत्
«Après lui avoir lavé les pieds, qu’on le revête de vêtements. L’ayant honoré comme il se doit par des parfums, des fleurs et autres offrandes, qu’on fasse préparer, selon ses moyens, une feuille de bétel d’or, et qu’on dépose une perle sur la poudre parfumée».
Verse 84
पूगीफलं च वैडूर्यं खदिरं रूप्यमेव च । मन्त्रेणानेन विप्राय तथैव च समर्पयेत्
«Et de même, avec ce mantra, qu’on offre au brāhmane : la noix d’arec (pūgī), la gemme vaiḍūrya (œil-de-chat), du khadira, et aussi de l’argent».
Verse 85
यन्मया भक्षितं पूर्वं वृन्तं पत्रसमुद्भवम् । चूर्णपत्रं तथैवान्यद्रात्रौ खदिरमेव च
«Tout ce que j’ai consommé auparavant—tiges et choses issues des feuilles, préparations de feuilles avec poudre, ainsi que d’autres substances, et même du khadira durant la nuit—».
Verse 86
तस्य पापस्य शुद्ध्यर्थं तांबूलं प्रतिगृह्यताम् । ततस्तु ब्राह्मणो मंत्रमेवं राजन्नुदाहरेत्
Pour purifier ce péché, que le tāmbūla soit accepté. Ensuite, ô Roi, le brāhmane doit réciter le mantra de la manière suivante.
Verse 87
यजमानहितार्थाय सर्वपापविशुद्धये । अज्ञानाज्ज्ञानतो वापि कुतांबूलं प्रभक्षितम्
Pour le bien du yajamāna et pour la purification de tous les péchés : que ce soit par ignorance ou même sciemment, du tāmbūla impur/interdit a été consommé—
Verse 88
भक्षयिष्यसि यच्चान्यत्कदाचिन्मे प्रसादनात् । तस्य दोषो न ते भावी मम वाक्यादसंशयम्
Et quoi que tu manges d’autre, en tout temps, par ma bienveillante satisfaction, sa faute ne s’attachera pas à toi — par ma parole, sans aucun doute.
Verse 89
अनेन विधिना दत्त्वा तांबूलं शुद्धिमाप्नुयात् । कुतांबूलस्य दोषेण गृह्यते न नरो नृप
En offrant le tāmbūla selon ce rite prescrit, on obtient la purification. Ô Roi, l’homme n’est pas saisi par la faute née d’un tāmbūla impropre.
Verse 90
तस्मात्त्वं हि महाराज व्रतमेतत्समाचर । बहु पुण्यतमं ह्येतन्महाभोगविवर्द्धनम्
Ainsi, ô grand Roi, accomplis ce vœu (vrata). Il est en vérité d’un mérite très élevé et accroît grande prospérité et jouissances.
Verse 91
यः प्रयच्छति राजेन्द्र विधिनानेन भक्तितः । जन्मजन्मान्तरे वापि न तांबूलेन मुच्यते
Ô seigneur des rois, quiconque offre ce tāmbūla avec dévotion selon ce rite, même de naissance en naissance, ne sera pas privé de son auspice et de son bienfait.
Verse 92
तांबूलं भक्षयित्वा यो नैतद्दानं प्रयच्छति । तांबूलवर्जितः सोऽत्र भवेज्जन्मनिजन्मनि
Mais celui qui mange le tāmbūla sans offrir le don correspondant, en ce monde sera privé de tāmbūla, de naissance en naissance.
Verse 93
तांबूलवर्जितं यस्य मुखं स्यात्पृथिवीपते । कृपणस्य दरिद्रस्य तद्बिलं न हि तन्मुखम्
Ô seigneur de la terre, la bouche de celui qui est sans tāmbūla est comme un trou ; pour l’avare et le miséreux, ce n’est pas vraiment une « bouche ».
Verse 94
तांबूलं ब्राह्मणेन्द्राय यो दत्त्वा प्राक्प्रभक्षयेत् । सुरूपो भाग्यवान्दक्षो भवेज्जन्मनिजन्मनि
Quiconque, après avoir d’abord offert le tāmbūla à un brāhmane éminent, en prend ensuite, deviendra beau, chanceux et compétent, de naissance en naissance.
Verse 95
एतत्ते सर्वमाख्यातं कुतांबूलस्य भक्षणात् । यत्फलं जायते पुंसां यद्दानेन महीपते
Ô roi, je t’ai pleinement exposé les fruits qui naissent pour les hommes de la consommation du tāmbūla et de son don en aumône.
Verse 96
शंखादित्यानुषंगेण तांबूलस्य च भक्षणे । ये दोषा ये गुणा राजन्दानं चैव प्रभक्षणे
Ô roi, j’ai déjà exposé les fautes et les vertus liées à la consommation du tāmbūla, avec les observances qui l’accompagnent ; et de même les mérites et les points à considérer concernant son don en dāna et son usage.
Verse 210
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये तांबूलोत्पत्ति तांबूलमाहात्म्यवर्णनंनाम दशोत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans le sixième livre, le Nāgara-khaṇḍa—dans le Hāṭakeśvara-kṣetra-māhātmya, le deux-cent-dixième chapitre, intitulé «L’origine du Tāmbūla et la description de la gloire du Tāmbūla».