
Cet adhyāya est exposé sous forme de dialogue : Mārkaṇḍeya répond à Yudhiṣṭhira au sujet de l’origine de Cakratīrtha, de la puissance sans égale de Śrī Viṣṇu et du fruit du mérite lié à la Revā/Narmadā. Un récit d’origine y est inséré : un daitya redoutable, Tālamēgha, asservit les devas ; ceux-ci cherchent refuge d’abord auprès de Brahmā, puis auprès de Viṣṇu dans le Kṣīroda (océan de lait), où il est loué comme Jalśāyī, le Seigneur reposant sur les eaux. Viṣṇu consent à rétablir l’ordre cosmique, voyage sur Garuḍa et vainc le daitya par une escalade de ripostes d’armes, jusqu’à la libération du Sudarśana cakra. Après la victoire, le disque est dit tomber dans les eaux de la Revā près de Jalśāyī-tīrtha et y être « purifié », fondant ainsi le nom et l’efficacité du tīrtha. La seconde partie donne des prescriptions : moments propices (notamment le mois de Mārgaśīrṣa et l’Ekādaśī de la quinzaine claire), retenue dévotionnelle, bain sacré et darśana de la divinité, veille nocturne, circumambulation, offrandes et śrāddha avec des brāhmaṇas qualifiés. Un développement sur le don rituel de la tiladhenu (la « vache de sésame ») précise les règles, l’éthique du donateur et la promesse d’un passage après la mort au-delà des régions terrifiantes ; l’adhyāya s’achève par une phalaśruti affirmant que l’écoute ou la récitation procure purification et mérite.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । रेवाया उत्तरे कूले वैष्णवं तीर्थमुत्तमम् । जलशायीति वै नाम विख्यातं वसुधातले
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Sur la rive nord de la Revā se trouve un tīrtha vaiṣṇava sans égal, renommé sur la terre sous le nom de « Jalaśāyī », Celui qui repose sur les eaux.
Verse 2
दानवानां वधं कृत्वा सुप्तस्तत्र जनार्दनः । चक्रं प्रक्षालितं तत्र देवदेवेन चक्रिणा । सुदर्शनं च निष्पापं रेवाजलसमाश्रयात्
Après avoir terrassé les Dānavas, Janārdana s’y étendit dans le sommeil. Là, le Dieu des dieux, porteur du disque, lava son disque ; et, prenant refuge dans les eaux de la Revā, Sudarśana devint sans tache, affranchi du péché.
Verse 3
युधिष्ठिर उवाच । चक्रतीर्थं समाचक्ष्व मुनिसंघैश्च वन्दितम् । विष्णोः प्रभावमतुलं रेवायाश्चैव यत्फलम्
Yudhiṣṭhira dit : Décris-moi Cakratīrtha, vénéré par des assemblées de sages — sa gloire incomparable liée à Viṣṇu, et le fruit spirituel qui provient aussi de la Revā.
Verse 4
श्रीमार्कण्डेय उवाच । साधु साधु महाप्राज्ञ विरक्तस्त्वं युधिष्ठिर । गुह्याद्गुह्यतरं तीर्थं निर्मितं चक्रिणा स्वयम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Bien, bien parlé, ô Yudhiṣṭhira à la grande sagesse, détaché en ton âme ! Ce tīrtha est plus secret que les secrets, façonné par le Seigneur qui porte le disque, de sa propre main. »
Verse 5
तत्तेऽहं सम्प्रवक्ष्यामि कथां पापप्रणाशिनीम् । आसीत्पुरा महादैत्यस्तालमेघ इति श्रुतः
Je vais maintenant te dire le récit qui anéantit le péché. Jadis, il y eut un grand Dānava, connu sous le nom de Tāla-megha.
Verse 6
तेन देवा जिताः सर्वे हृतराज्या नराधिप । यज्ञभागान् स्वयं भुङ्क्ते अहं विष्णुर्न संशयः
Par lui, tous les devas furent vaincus et leurs royaumes leur furent ravis, ô roi. Lui-même consommait les parts du yajña, déclarant : « Je suis Viṣṇu — sans aucun doute. »
Verse 7
धनदस्य हृतं चित्तं हृतः शक्रस्य वारणः । इन्द्राणीं वाञ्छते पापो हयरत्नं रवेरपि
Il déroba le trésor du cœur de Dhanada (Kubera) et s’empara de l’éléphant de Śakra. Ce pécheur alla jusqu’à convoiter Indrāṇī, ainsi que le cheval précieux du Soleil, Ravi.
Verse 8
तालमेघभयात्पार्थ रविरुद्राः सवासवाः । यमः स्कन्दो जलेशोऽग्निर्वायुर्देवो धनेश्वरः
Par crainte de Tāla-megha, ô Pārtha, le Soleil, les Rudras avec Indra, Yama, Skanda, Varuṇa seigneur des eaux, Agni, Vāyu, et Kubera, seigneur des richesses—
Verse 9
सवाक्पतिमहेशाश्च नष्टचित्ताः पितामहम् । गता देवा ब्रह्मलोकं तत्र दृष्ट्वा पितामहम्
Avec Vākpati (Bṛhaspati) et Maheśa, l’esprit bouleversé, les dieux gagnèrent Brahmaloka ; là, ils virent Pitāmaha (Brahmā).
Verse 10
तुष्टुवुर्विविधैः स्तोत्रैर्वागीशप्रमुखाः सुराः । गुणत्रयविभागाय पश्चाद्भेदमुपेयुषे
Sous la conduite de Vāgīśa, les dieux le célébrèrent par maints hymnes : Lui qui, pour l’ordonnance des trois guṇa, manifeste ensuite la différenciation au sein de la création.
Verse 11
दृष्ट्वा देवान्निरुत्साहान् विवर्णानवनीपते । प्रसादाभिमुखो देवः प्रत्युवाच दिवौकसः
Voyant les dieux sans élan et livides, ô roi, le Seigneur plein de grâce, se tournant vers eux avec compassion, répondit aux habitants du ciel.
Verse 12
ब्रह्मोवाच । स्वागतं सुरसङ्घस्य कान्तिर्नष्टा पुरातनी । हिमक्लिष्टप्रभावेण ज्योतींषीव मुखानि वः
Brahmā dit : Soyez les bienvenus, ô assemblée des dieux. Votre éclat d’autrefois semble s’être éteint ; vos visages sont tels des lumières ternies par la rude puissance du givre.
Verse 13
प्रशमादर्चिषामेतदनुद्गीर्णं सुरायुधम् । वृत्रस्य हन्तुः कुलिशं कुण्ठितश्रीव लक्ष्यते
L’arme des dieux ne flamboie plus de ses feux d’antan ; même le foudre (kuliśa) du vainqueur de Vṛtra paraît comme si sa splendeur s’était émoussée.
Verse 14
किं चायमरिदुर्वारः पाणौ पाशः प्रचेतसः । मन्त्रेण हतवीर्यस्य फणिनो दैन्यमाश्रितः
Comment le nœud irrésistible de Varuṇa, tenu dans sa main, est-il tombé dans une condition misérable, tel un serpent dont la force a été brisée par un mantra ?
Verse 15
कुबेरस्य मनःशल्यं शंसतीव पराभवम् । अपविद्धगतो वायुर्भग्नशाख इव द्रुमः
L’écharde au cœur de Kubera semble proclamer l’humiliation de la défaite ; et Vāyu, rejeté hors de sa voie, est tel un arbre aux branches brisées.
Verse 16
यमोऽपि विलिखन्भूमिं दण्डेनास्तमितत्विषा । कुरुतेऽस्मिन्नमोघोऽपि निर्वाणालातलाघवम्
Même Yama, grattant la terre de son bâton au lustre éteint, fait paraître légère sa verge pourtant infaillible, tel un tison dont le feu s’est éteint.
Verse 17
अमी च कथमादित्याः प्रतापक्षतिशीतलाः । चित्रन्यस्ता इव गताः प्रकामालोकनीयताम्
Et comment ces Āditya se sont-ils refroidis, leur splendeur blessée ? On dirait des figures peintes : belles à regarder, mais privées d’élan vivant.
Verse 18
तद्ब्रूत वत्साः किमितः प्रार्थयध्वं समागताः । किमागमनकृत्यं वो ब्रूत निःसंशयं सुराः
Dites-moi donc, chers enfants : qu’êtes-vous venus demander ici ? Déclarez sans hésiter, ô dieux, le but de votre venue.
Verse 19
मयि सृष्टिर्हि लोकानां रक्षा युष्मास्ववस्थिता । ततो मन्दानिलोद्भूतकमलाकरशोभिना
En Moi demeure la création des mondes, et en vous est établie leur protection. Ainsi—dans une splendeur pareille à un bassin de lotus frémissant sous une brise douce…
Verse 20
गुरुं नेत्रसहस्रेण प्रेरयामास वृत्रहा । स द्विनेत्रं हरेश्चक्षुः सहस्रनयनाधिकम्
Le vainqueur de Vṛtra (Indra), de ses mille yeux, pressa le vénérable maître. Ainsi la vision de Hari, aux deux yeux, fut surpassée par celle aux mille regards.
Verse 21
वाचस्पतिरुवाचेदं प्राञ्जलिर्जलजासनम् । युष्मद्वंशोद्भवस्तात तालमेघो महाबलः
Vācaspati, les mains jointes, s’adressa à Brahmā assis sur le lotus : «Ô Vénérable, de ta propre lignée est né un être d’une force immense, nommé Tālamegha».
Verse 22
उपतापयते देवान्धूमकेतुरिवोच्छ्रितः । तेन देवगणाः सर्वे दुःखिता दानवेन च
Dressé haut tel un comète flamboyante, il brûle les dieux ; à cause de ce dānava, toutes les troupes des devas sont tombées dans la détresse.
Verse 23
तालमेघो दैत्यपतिः सर्वान्नो बाधते बली । तस्मात्त्वां शरणं प्राप्ताः शरणं नो विधे भव
Le puissant Tālamegha, seigneur des daityas, nous accable tous. C’est pourquoi nous venons à toi en refuge : ô Ordonnateur (Brahmā), sois notre abri.
Verse 24
ततः प्रसन्नो भगवान् वेधास्तानब्रवीद्वचः
Alors le Bienheureux Créateur, Vedhā (Brahmā), satisfait, leur adressa ces paroles sacrées.
Verse 25
ब्रह्मोवाच । तालमेघेन वो मध्ये बली तेन समः सुराः । विना माधवदेवेन साध्यो मे नैव दानवः
Brahmā dit : «Parmi vous, Tālamegha est puissant ; en vigueur il égale les devas. Sans Mādhava (Viṣṇu), ce dānava ne peut être dompté par moi».
Verse 26
ततः सुरगणाः सर्वे विरिञ्चिप्रमुखा नृप । क्षीरोदं प्रस्थिताः सर्वे दुःखितास्तेन वैरिणा
Alors toutes les cohortes des devas—conduites par Viriñci (Brahmā), ô roi—se mirent en route vers Kṣīroda, l’Océan de Lait, accablées par cet ennemi.
Verse 27
त्वरिताः प्रस्थिता देवाः केशवं द्रष्टुकाम्यया । क्षीरोदं सागरं गत्वास्तुवंस्ते जलशायिनम्
Se hâtant, les devas—désireux de voir Keśava—parvinrent à l’Océan Kṣīroda et y louèrent le Seigneur qui repose sur les eaux.
Verse 28
देवा ऊचुः । जगदादिरनादिस्त्वं जगदन्तोऽप्यनन्तकः । जगन्मूर्तिरमूर्तिस्त्वं जय गीर्वाणपूजित
Les devas dirent : «Tu es le commencement du monde, et pourtant sans commencement ; tu es la fin du monde, et pourtant sans fin. Tu es la forme de l’univers et aussi l’informe. Victoire à Toi, ô Toi que vénèrent les dieux !»
Verse 29
जय क्षीरोदशयन जय लक्ष्म्या सदा वृत । जय दानवनाशाय जय देवकिनन्दन
Victoire à Toi, ô Celui qui repose sur l’Océan de Lait ; victoire à Toi, toujours enlacé par Lakṣmī. Victoire à Toi, destructeur des dānavas ; victoire à Toi, ô fils bien-aimé de Devakī.
Verse 30
जय शङ्खगदापाणे जय चक्रधर प्रभो । इति देवस्तुतिं श्रुत्वा प्रबुद्धो जलशाय्यथ
«Victoire à Toi, ô Seigneur dont les mains portent la conque et la massue ; victoire à Toi, ô Maître qui brandit le disque.» Entendant cette louange des devas, le Seigneur reposant sur les eaux s’éveilla alors.
Verse 31
उवाच मधुरां वाणीं मेघगम्भीरनिस्वनाम् । किमर्थं बोधितो ब्रह्मन् समर्थैर्वः सुरासुरैः
Il parla d’une voix douce, au grondement profond tel le tonnerre des nuées : «Ô Brahman, dans quel dessein m’avez-vous éveillé, vous tous—devas et asuras—bien que puissants ?»
Verse 32
ब्रह्मोवाच । तालमेघभयात्कृष्ण सम्प्राप्तास्तव मन्दिरम् । न वध्यः कस्यचित्पापस्तालमेघो जनार्दन
Brahmā dit : «Ô Kṛṣṇa, par crainte de Tālamegha nous sommes venus jusqu’à Ta demeure. Ô Janārdana, ce pécheur de Tālamegha ne peut être mis à mort par nul autre.»
Verse 33
त्वमेव जहि तं दुष्टं मृत्युं यास्यति नान्यथा
«Toi seul dois frapper ce scélérat ; autrement, il n’ira point à la mort.»
Verse 34
श्रीकृष्ण उवाच । स्वस्थानं गम्यतां देवाः स्वकीयां लभत प्रजाम् । दुष्टात्मानं हनिष्यामि तालमेघं महाबलम्
Śrī Kṛṣṇa dit : «Retournez dans vos propres royaumes, ô devas, et retrouvez votre peuple. Moi, je mettrai à mort Tālamegha, le puissant à l’âme mauvaise.»
Verse 35
स्थानं ब्रुवन्तु मे देवा वसेद्यत्र स दानवः
«Dites-moi, ô devas, le lieu où demeure ce démon.»
Verse 36
देवा ऊचुः । हिमाचलगुहायां स वसते दानवेश्वरः । चतुर्विंशतिसाहस्रैः कन्याभिः परिवारितः
Les devas dirent : «Ce seigneur des démons demeure dans une grotte de l’Himācala, entouré de vingt-quatre mille jeunes filles.»
Verse 37
तुरङ्गैः स्यन्दनैः कृष्ण संख्या तस्य न विद्यते । नटा नानाविधास्तत्र असंख्यातगुणा हरे
«Ô Kṛṣṇa, ses chevaux et ses chars sont au-delà du compte. Et là se trouvent maints artistes, ô Hari, aux talents innombrables.»
Verse 38
द्विरदाः पर्वताकारा हयाश्च द्विरदोपमाः । महाबलो वसेत्तत्र गीर्वाणभयदायकः
«Ses éléphants sont pareils à des montagnes, et ses chevaux ressemblent à des éléphants. Là demeure cet être d’une force extrême, qui répand la crainte parmi les devas.»
Verse 39
श्रुत्वा देवो वचस्तेषां देवानामातुरात्मनाम् । अचिन्तयद्गरुत्मन्तं शत्रुसङ्घविनाशनम्
Entendant les paroles de ces dieux au cœur tourmenté, le Seigneur contempla Garutmān (Garuḍa), le destructeur des armées ennemies.
Verse 40
चक्रं करेण संगृह्य गदाचक्रधरः प्रभुः । शार्ङ्गं च मुशलं सीरं करैर्गृह्य जनार्दनः
Saisissant le disque dans sa main, le Seigneur—porteur de la massue et du disque—prit aussi Śārṅga (son arc), le pilon (muśala) et la charrue (sīra) ; ainsi Janārdana se prépara à protéger le dharma.
Verse 41
आरूढः पक्षिराजेन्द्रं वधार्थं दानवस्य च । दानवस्य पुरे पेतुरुत्पाता घोररूपिणः
Monté sur le roi des oiseaux (Garuḍa), il partit pour abattre le Dānava ; et dans la cité du Dānava, des présages effroyables, d’une forme terrifiante, se mirent à s’abattre.
Verse 42
गोमायुर्गृध्रमध्ये तु कपोतैः सममाविशत् । विना वातेन तस्यैव ध्वजदण्डः पपात ह
Un chacal s’introduisit parmi les vautours, accompagné de colombes ; et, sans qu’aucun vent ne soufflât, le mât même de l’étendard s’abattit.
Verse 43
सर्पसूषकयोर्युद्धं तथा केसरिनागयोः । उन्मार्गाः सरितस्तत्रावहन्रक्तविमिश्रिताः । अकालतरुपुष्पाणि दृश्यन्ते स्म समन्ततः
Il y eut combat entre serpents et mangoustes, et de même entre lions et éléphants. Les rivières, là, quittèrent leur lit, charriant des eaux mêlées de sang ; et partout l’on voyait des floraisons hors saison sur les arbres.
Verse 44
ततः प्राप्तो जगन्नाथो हिमवन्तं नगेश्वरम् । पाञ्चजन्यश्वसहसा पूरितः पुरसन्निधौ
Alors Jagannātha parvint à Himavant, seigneur des montagnes ; et, devant la cité même, la conque Pāñcajanya retentit soudain de toute sa puissance.
Verse 45
तेन शब्देन महता ह्यारूढो दानवेश्वरः । उवाच च तदा वाक्यं तालमेघो महाबलः
Ébranlé par ce grand fracas, le seigneur des Dānavas se dressa ; et alors le puissant Tālamēgha prononça ces paroles.
Verse 46
तालमेघ उवाच । कोऽयं मृत्युवशं प्राप्तो ह्यज्ञात्वा मम विक्रमम् । धुन्धुमाराज्ञया ह्याशु स्वसैन्यपरिवारितः
Tālamēgha dit : «Qui est donc celui qui, sans connaître ma vaillance, est déjà tombé sous l’empire de la mort ? Par l’ordre de Dhundhumāra, vite, encerclez-le de mes propres troupes !»
Verse 47
बलादानय तं बद्ध्वा ममाग्रे बहुशालिनम्
Saisissez-le de force, liez-le, et amenez devant moi cet être richement pourvu de dons.
Verse 48
धुन्धुमार उवाच । आनयामि न सन्देहः सुरो यक्षोऽथ किन्नरः । स्यन्दनौघैः समायुक्तो गजवाजिभटैः सह
Dhundhumāra dit : «Je l’amènerai, sans nul doute, fût-il un deva, un Yakṣa ou un Kinnara ; quand bien même il viendrait avec un flot de chars, accompagné d’éléphants, de chevaux et de guerriers».
Verse 49
हृष्टस्ततो जगद्योनिः सुपर्णस्थो महाबलः । गृह्यतां गृह्यतामेष इत्युक्तास्तेन किंकराः
Alors la puissante Source du monde, assise sur Garuḍa, se réjouit. Ses serviteurs, poussés par lui, s’écrièrent : « Saisissez-le ! Saisissez-le ! »
Verse 50
चतुर्दिक्षु प्रधावन्त इतश्चेतश्च सर्वतः । सुपर्णेनाग्निरूपेण दग्धास्ते शलभा यथा
Ils coururent vers les quatre directions, çà et là de tous côtés ; mais Suparṇa, sous la forme du feu, les brûla, tels des papillons de nuit.
Verse 51
धुन्धुमारोऽपि कृष्णेन शरघातेन ताडितः । हतो वक्षःस्थले पापो मृतावस्थो रथोपरि
Frappé par Kṛṣṇa d’une écrasante volée de flèches, même Dhundhumāra, le pécheur, fut percé à la poitrine et demeura étendu sur son char, comme mort.
Verse 52
हाहाकारं ततः सर्वे दानवाश्चक्रुरातुराः । तालमेघस्ततः क्रुद्धो रथारूढो विनिर्गतः । ददृशे केशवं पार्थ शङ्खचक्रगदाधरम्
Alors tous les dānavas, accablés, poussèrent un grand cri de détresse. Puis Tālamēgha, courroucé, sortit monté sur son char, et il vit Keśava — ô Pārtha — portant la conque, le disque et la massue.
Verse 53
तालमेघ उवाच । अन्ये ते दानवाः कृष्ण ये हताः समरे त्वया । हिरण्यकशिपुप्रख्यानपुमांसो हि तेऽच्युत
Tālamēgha dit : « Ô Kṛṣṇa, les autres dānavas que tu as tués au combat — ces hommes étaient renommés comme Hiraṇyakaśipu, ô Acyuta. »
Verse 54
इत्युक्त्वा दानवः पार्थ वर्षयामास सायकैः । दानवस्य शरान्मुक्तान् छेदयामास केशवः
Ayant ainsi parlé, ô Pārtha, le dānava fit pleuvoir des flèches ; mais Keśava trancha les traits lancés par le dānava.
Verse 55
गरुत्मानवधीत्सैन्यमवध्यं यत्सुरासुरैः । कृष्णेन द्विगुणास्तस्य प्रेषिताः स्वशिलीमुखाः
Garuḍa abattit cette armée que l’on tenait pour invincible même aux dieux et aux asura ; et Kṛṣṇa lança contre lui ses propres flèches en double quantité.
Verse 56
द्विगुणं द्विगुणीकृत्य प्रेषयामास दानवः । तानप्यष्टगुणैः कृष्णश्छादयामास सायकैः
Doublant et redoublant, le dānava envoya ses traits ; mais Kṛṣṇa les recouvrit encore de flèches huit fois plus nombreuses.
Verse 57
ततः क्रुद्धेन दैत्येन ह्याग्नेयं बाणमुत्तमम्
Alors le daitya, saisi de colère, décocha l’excellent projectile Āgneya, l’arme du feu.
Verse 58
वारुणं प्रेषयामास त्वाग्नेयं शमितं ततः । वारुणेनैव वायव्यं तालमेघो व्यसर्जयत्
Il envoya l’arme Vāruṇa, et l’Āgneya fut alors éteinte. Ensuite Tālamēgha lança l’arme Vāyavya, contrée assurément par le Vāruṇa.
Verse 59
सार्पं चैव हृषीकेशो वायव्यस्य प्रशान्तये । नारसिंहं नृसिंहोऽपि प्रेषयामास पाण्डव
Et Hṛṣīkeśa envoya aussi l’arme Sārpa afin d’apaiser le Vāyavya. Puis Nṛsiṃha, à son tour, dépêcha l’arme Nārasiṃha, ô Pāṇḍava.
Verse 60
नारसिंहं ततो दृष्ट्वा तालमेघो महाबलः । उत्तीर्य स्यन्दनाच्छीघ्रं गृहीत्वा खड्गचर्मणी
Voyant la puissance Nārasiṃha, le très vaillant Tālamēgha descendit promptement de son char, saisissant l’épée et le bouclier.
Verse 61
कृष्ण त्वां प्रेषयिष्यामि यममार्गं सुदारुणम् । इत्युक्त्वा दानवः पार्थ आगतः केशवं प्रति
«Kṛṣṇa, je t’enverrai sur la route de Yama, d’une cruauté effroyable !» Ayant ainsi parlé, ô fils de Pṛthā, le Dānava s’avança contre Keśava.
Verse 62
खड्गेनाताडयद्दैत्यो गदापाणिं जनार्दनम् । मण्डलाग्रं ततो गृह्य केशवो हृष्टमानसः
Le Daitya frappa de son épée Janārdana, qui tenait la massue en sa main. Alors Keśava, le cœur réjoui, saisit le disque par son rebord.
Verse 63
जघनोरःस्थले पार्थ तालमेघं महाहवे । जनार्दनस्तदा दैत्यं दैत्यो हरिमहन्मृधे
Dans ce grand combat, ô Pārtha, Janārdana frappa alors le Daitya Tālamēgha aux hanches et à la poitrine ; et, dans la mêlée farouche, le Daitya frappa aussi Hari.
Verse 64
जनार्दनस्ततः क्रुद्धस्तालमेघाय भारत । अमोघं चक्रमादाय मुक्तं तस्य च मूर्धनि
Alors Janārdana, courroucé, ô Bhārata, saisit son disque infaillible et le lança sur la tête de Tālamegha.
Verse 65
निपपात शिरस्तस्य पर्वताश्च चकम्पिरे । समुद्राः क्षुभिताः पार्थ नद्य उन्मार्गगामिनीः
Sa tête tomba ; les montagnes tremblèrent. Les océans furent bouleversés, ô Pārtha, et les rivières quittèrent leur cours.
Verse 66
पुष्पवृष्टिं ततो देवा मुमुचुः केशवोपरि । अवध्यः सुरसङ्घानां सूदितः केशव त्वया
Alors les dieux firent pleuvoir des fleurs sur Keśava. «Celui qui était invincible même pour les armées des dieux a été abattu par toi, ô Keśava !»
Verse 67
स्वस्थाश्चैव ततो देवास्तालमेघे निपातिते । जनार्दनोऽपि कौन्तेय नर्मदातटमाश्रितः
Tālamegha une fois abattu, les dieux furent apaisés. Et Janārdana aussi, ô fils de Kuntī, se réfugia sur la rive de la Narmadā.
Verse 68
क्षीरोदां नर्मदां मत्वा अनन्तभुजगोपरि । लक्ष्म्या समन्वितः कृष्णो निलीनश्चोत्तरे तटे
Considérant la Narmadā comme l’Océan de Lait, Kṛṣṇa—accompagné de Lakṣmī—reposa sur Ananta le serpent, dissimulé sur la rive septentrionale.
Verse 69
चक्रं विभीषणं मर्त्ये ज्वालामालासमन्वितम् । पतितं नर्मदातोये जलशायिसमीपतः
Ce disque—terrifiant dans le monde des mortels, ceint d’une guirlande de flammes—tomba dans les eaux de la Narmadā, près du lieu du Seigneur qui repose sur les eaux (Jalaśāyī).
Verse 70
निर्धूतकल्मषं जातं नर्मदातोययोगतः । तालमेघवधोत्पन्नं यत्पापं नृपनन्दन
Par le contact des eaux de la Narmadā, le péché né du meurtre de Tālamegha fut secoué et se trouva purifié, ô prince.
Verse 71
तत्स्रवं क्षालितं सद्यो नर्मदांभसि भारत । तदाप्रभृति लोकेऽस्मिञ्जलशायी महीपते
Ô Bhārata, cet écoulement fut aussitôt lavé dans les eaux de la Narmadā. Dès lors, ô roi, en ce monde il devint célèbre comme le Seigneur qui repose sur les eaux.
Verse 72
चक्रतीर्थं वदन्त्यन्ये केचित्कालाघनाशनम् । विख्यातं भारते वर्षे नर्मदायां महीपते
Les uns l’appellent Cakratīrtha ; d’autres le disent destructeur de l’épaisse obscurité du Temps. Il est renommé dans tout Bhārata-varṣa, ô roi, sur la Narmadā.
Verse 73
तत्तीर्थस्य प्रभावोऽयं श्रूयतामवनीपते । यथाऽनन्तो हि नागानां देवानां च जनार्दनः
Écoute, ô seigneur de la terre, la grandeur de ce tīrtha : de même qu’Ananta est le premier parmi les nāga, et Janārdana le suprême parmi les dieux.
Verse 74
मासानां मार्गशीर्षोऽस्ति नदीनां नर्मदा यथा । मासि मार्गशिरे पार्थ ह्येकादश्यां सितेऽहनि
De même que Mārgaśīrṣa est le premier des mois et la Narmadā la première des rivières, ainsi aussi, ô Pārtha, au onzième jour lumineux du mois de Mārgaśīrṣa…
Verse 75
गत्वा यो मनुजो भक्त्या कामक्रोधविवर्जितः । वैष्णवीं भावनां कृत्वा जलेशं तु व्रजेत वै
Quiconque s’y rend avec dévotion, exempt de désir et de colère, et, nourrissant une contemplation vaiṣṇava, s’approche du Seigneur des Eaux, obtient assurément le fruit spirituel recherché.
Verse 76
एकभुक्तं च नक्तं च तथैवायाचितं नृप । उपवासं तथा दानं ब्राह्मणानां च भोजनम्
Ô roi, qu’il observe la règle d’un seul repas, et aussi celle de ne manger que le soir, et de vivre d’une nourriture non demandée; qu’il pratique encore le jeûne, l’aumône et le repas offert aux brāhmaṇas.
Verse 77
करोति च कुरुश्रेष्ठ न स याति यमालयम् । यमलोकभयाद्भीता ये लोकाः पाण्डुनन्दन
Ô le meilleur des Kuru, celui qui accomplit cela ne va pas à la demeure de Yama. Ô fils de Pāṇḍu, ces mondes qui tremblent de peur du royaume de Yama—
Verse 78
ते पश्यन्तु श्रियः कान्तं नागपर्यङ्कशायिनम् । गोपीजनसमावृत्तं योगनिद्रां समाश्रितम् । विश्वरूपं जगन्नाथं संसारभयनाशनम्
Qu’ils contemplent le Bien-aimé de Śrī, Celui qui repose sur la couche du serpent, entouré des gopīs, demeurant dans le sommeil yogique : le Seigneur de l’univers à la forme cosmique, qui détruit la peur née du saṃsāra.
Verse 79
स्नापयेत्परया भक्त्या क्षौद्रक्षीरेण सर्पिषा । खण्डेन तोयमिश्रेण जगद्योनिं जनार्दनम्
Avec une dévotion suprême, qu’on baigne Janārdana—matrice et source du monde—avec du miel, du lait, du ghee et du sucre mêlés d’eau.
Verse 80
स्नाप्यमानं च पश्यन्ति ये लोका गतमत्सराः । ते यान्ति परमं लोकं सुरासुरनमस्कृतम्
Ceux qui, délivrés de l’envie, contemplent qu’on Le baigne—ces dévots vont au séjour suprême, honoré par les devas et les asuras.
Verse 81
घृतेन बोधयेद्दीपमथवा तैलपूरितम् । रात्रौ जागरणं कृत्वा दैवस्याग्रे विमत्सराः
Qu’on allume une lampe avec du ghee, ou bien une lampe remplie d’huile; et qu’on veille toute la nuit devant la Divinité, sans envie.
Verse 82
ये कथां वैष्णवीं भक्त्या शृण्वन्ति च नृपोत्तम । ब्रह्महत्यादिपापानि नश्यन्ते नात्र संशयः
Ô meilleur des rois, ceux qui écoutent avec dévotion le récit sacré vaiṣṇava—les péchés tels que le meurtre d’un brahmane et autres sont détruits; il n’y a là aucun doute.
Verse 83
प्रदक्षिणन्ति ये मर्त्या जलशायिजगद्गुरुम् । प्रदक्षिणीकृता तैस्तु सप्तद्वीपा वसुंधरा
Les mortels qui accomplissent la pradakṣiṇā autour du Jagadguru, le Seigneur reposant sur les eaux—par eux, en vérité, toute la terre aux sept continents est comme circumambulée.
Verse 84
ततः प्रभाते विमले पित्ःन् संतर्पयेज्जलैः । श्राद्धं च ब्राह्मणैस्तत्र योग्यैः पाण्डव मानवाः
Puis, au matin immaculé, qu’on apaise les Pitṛs par des libations d’eau ; et là, ô fils de Pāṇḍu, qu’on fasse accomplir le śrāddha par des brāhmaṇas qualifiés.
Verse 85
स्वदारनिरतैः शान्तैः परदारविवर्जकैः । वेदाभ्यसनशीलैश्च स्वकर्मनिरतैः शुभैः
(Le śrāddha doit être accompli) avec des brāhmaṇas attachés à leur épouse légitime, paisibles de conduite, s’abstenant de la femme d’autrui, assidus à l’étude des Veda et fermes dans leurs devoirs : des hommes vertueux.
Verse 86
नित्यं यजनशीलैश्च त्रिसन्ध्यापरिपालकैः । श्रद्धया कारयेच्छ्राद्धं यदीच्छेच्छ्रेय आत्मनः
Et (avec des brāhmaṇas) toujours voués au culte et gardiens des trois sandhyās quotidiennes ; avec foi, qu’on fasse accomplir le śrāddha, si l’on désire son plus haut bien.
Verse 87
ते धन्या मानुषे लोके वन्द्या हि भुवि मानवाः । ये वसन्ति सदाकालं पादपद्माश्रया हरेः
Bienheureux dans le monde des hommes—et vraiment dignes de vénération sur la terre—sont ceux qui demeurent à jamais sous l’abri des pieds de lotus de Hari.
Verse 88
जलशायं प्रपश्यन्ति प्रत्यक्षं सुरनायकम् । पक्षोपवासं पाराकं व्रतं चान्द्रायणं शुभम्
Ils contemplent le Seigneur reposant sur les eaux, chef des devas, manifestement devant leurs yeux ; et (ils accomplissent) le jeûne de quinzaine, l’observance Pārāka et le vœu auspicious de Cāndrāyaṇa.
Verse 89
मासोपवासमुग्रं च षष्ठान्नं पञ्चमं व्रतम् । तत्र तीर्थे तु यः कुर्यात्सोऽक्षयां गतिमाप्नुयात्
Et le jeûne austère d’un mois, l’observance du repas au sixième jour et le vœu du cinquième jour : quiconque les accomplit en ce tīrtha sacré obtient une condition impérissable, une destinée spirituelle sans fin.
Verse 90
। अध्याय
Ici s’achève le chapitre.
Verse 91
एतत्कथान्तरं पुण्यमृषेर्द्वैपायनात्पुरा । श्रुतं हि नैमिषे पुण्ये नारदाद्यैरनेकधा
Ce saint récit complémentaire fut jadis entendu du sage Dvaipāyana (Vyāsa). En vérité, dans la forêt sacrée de Naimiṣa, il fut écouté maintes fois, de bien des manières, par Nārada et d’autres ṛṣi.
Verse 92
इदं परममायुष्यं मङ्गल्यं कीर्तिवर्धनम् । विप्राणां श्रावयन्विद्वान्फलानन्त्यंसमश्नुते
Cet enseignement confère la longévité suprême, l’auspice et l’accroissement d’une bonne renommée. Le savant qui le récite pour les brāhmaṇa obtient une profusion sans fin de mérite (puṇya).
Verse 93
बहुभ्यो न प्रदेयानि गौर्गृहं शयनं स्त्रियः । विभक्तदक्षिणा ह्येता दातारं नाप्नुवन्ति च
On ne doit pas donner à de nombreux destinataires une vache, une maison, un lit et une femme. Car lorsque ces dons sont partagés comme dakṣiṇā entre plusieurs, ils ne parviennent pas réellement à profiter au donateur.
Verse 94
एकमेतत्प्रदातव्यं न बहूनां युधिष्ठिर । सा च विक्रयमापन्ना दहत्यासप्तमं कुलम्
Cela doit être offert comme un tout, non partagé entre plusieurs, ô Yudhiṣṭhira. Et si un tel don est vendu, il consume et ruine la lignée jusqu’à la septième génération.
Verse 95
यथालाभा तु सर्वेषां चतुर्द्रोणा तु गौः स्मृता । द्रोणस्य वत्सकः कार्यो बहूनां वापि कामतः
Selon les moyens de chacun, pour tous les donateurs, une vache est traditionnellement comptée comme mesurant « quatre droṇas ». Il convient d’offrir un veau d’une droṇa—ou, si l’on le souhaite, davantage encore.
Verse 96
यस्मिन्देशे तु यन्मानं विषये वा विचारितम् । तेन मानेन तां कुर्वन्नक्षयं फलमश्नुते
Quel que soit l’étalon de mesure admis dans un pays ou une région, c’est selon cet étalon même qu’il faut accomplir l’offrande ; ainsi l’on goûte un mérite impérissable.
Verse 97
सुखपूर्वं शुचौ भूमौ पुष्पधूपाक्षतैस्तथा । कर्णाभ्यां रत्ने दातव्ये दीपौ नेत्रद्वये तथा
Dans le recueillement, sur une terre pure, avec fleurs, encens et riz intact, qu’on accomplisse les dons : des joyaux pour les deux oreilles, et des lampes aussi pour les deux yeux.
Verse 98
श्रीखण्डमुरसि स्थाप्यं ताभ्यां चैव तु काञ्चनम् । ऊर्ध्वे मधु घृतं देयं कुर्यात्सर्षपरोमकम्
Qu’on applique sur la poitrine la pâte de santal, et qu’on y dépose aussi de l’or. Au-dessus, qu’on offre miel et ghee ; et qu’on dispose graines de moutarde et cheveux, selon le rite prescrit.
Verse 99
कम्बले कम्बलं दद्याच्छ्रोण्यां मधु घृतं तथा । यवसं पायसं दद्याद्घृतं क्षौद्रसमन्वितम्
Sur une couverture, qu’on offre une couverture ; aux hanches, qu’on offre aussi du miel et du ghee. Qu’on donne du fourrage et le doux payasa, avec du ghee mêlé de miel.
Verse 100
स्वर्णशृङ्गी रूप्यशिफारुक्मलाङ्गूलसंयुता । रत्नपृष्ठी तु दातव्या कांस्यपात्रावदोहिनी
Qu’on donne une vache dont les cornes sont parées d’or, les sabots d’argent et la queue ornée d’or ; dont le dos est serti de joyaux, et qui verse son lait dans un vase de bronze.
Verse 101
यत्स्याद्बाल्यकृतं पापं यद्वा कृतमजानता । वाचा कृतं कर्मकृतं मनसा यद्विचिन्तितम्
Quelque péché commis dans l’enfance, ou accompli par ignorance—par la parole, par l’acte, ou même conçu dans l’esprit—(tout cela, dit-on, est effacé par le rite purificateur loué dans cette section de la Revā).
Verse 102
जले निष्ठीवितं चैव मुशलं वापि लङ्घितम् । वृषलीगमनं चैव गुरुदारनिषेवणम्
Cracher dans l’eau ; enjamber un pilon ; s’unir à une femme d’un commerce interdit ; et souiller l’épouse du maître—(même ces lourdes transgressions sont comptées parmi les fautes que l’observance louée dans cette section de la Revā purifie).
Verse 103
कन्याया गमनं चैव सुवर्णस्तेयमेव च । सुरापानं तथा चान्यत्तिलधेनुः पुनाति हि
S’unir à une jeune fille, voler de l’or, boire des liqueurs, et d’autres péchés semblables—en vérité, la « tila-dhenu », l’offrande rituelle d’une “vache” de sésame, est dite les purifier.
Verse 104
अहोरात्रोपवासेन विधिवत्तां विसर्जयेत् । या सा यमपुरे घोरे नदी वैतरणी स्मृता
Après avoir jeûné jour et nuit, selon le rite prescrit, qu’on achève cette offrande et qu’on la donne en don. Ce don est tenu pour la redoutable rivière Vaitaraṇī dans la cité de Yama, car il devient le moyen de la traverser.
Verse 105
वालुकायोऽश्मस्थला च पच्यते यत्र दुष्कृती । अवीचिर्नरको यत्र यत्र यामलपर्वतौ
Là où s’étendent des lits de sable brûlant et un sol de pierres, là le malfaiteur est « cuit » dans le tourment; là où se trouve l’enfer Avīci; là où se dressent les deux monts Yāmala : tels sont ces lieux redoutables.
Verse 106
यत्र लोहमुखाः काका यत्र श्वानो भयंकराः । असिपत्त्रवनं चैव यत्र सा कूटशाल्मली
Là où sont des corbeaux au bec de fer, là où sont des chiens terrifiants; là où se trouve la forêt aux feuilles-épées, Asipattravana, et là où se dresse l’arbre épineux trompeur Kūṭaśālmalī : tels sont ces effrois.
Verse 107
तान्सुखेन व्यतिक्रम्य धर्मराजालयं व्रजेत् । धर्मराजस्तु तं दृष्ट्वा सूनृतं वक्ति भारत
Les ayant franchis aisément, il se rend à la demeure de Dharmarāja. Et Dharmarāja, le voyant, lui adresse des paroles bienveillantes, ô Bhārata.
Verse 108
विमानमुत्तमं योग्यं मणिरत्नविभूषितम् । अत्रारुह्य नरश्रेष्ठ प्रयाहि परमां गतिम्
«(Voici) un char céleste, suprême et digne, orné de joyaux et de gemmes. Monte-y, ô meilleur des hommes, et va vers la condition la plus haute.»
Verse 109
मा च चाटु भटे देहि मैव देहि पुरोहिते । मा च काणे विरूपे च न्यूनाङ्गे न च देवले
Au moment d’offrir le don : «Ne le donne ni à un flatteur ni à un mercenaire ; ne le donne pas à un prêtre qui n’est qu’officiant ; ni à l’homme borgne, ni difforme, ni mutilé ; ni au devala qui sert au temple pour sa subsistance.»
Verse 110
अवेदविदुषे नैव ब्राह्मणे सर्वविक्रये । मित्रघ्ने च कृतघ्ने च मन्त्रहीने तथैव च
Qu’on ne le donne pas non plus à un brāhmaṇa ignorant du Veda, ni à celui qui vend tout pour le gain ; ni à l’assassin d’un ami, ni à l’ingrat ; ni encore à celui qui est dépourvu de mantra, impropre à la récitation et au rite védique.
Verse 111
वेदान्तगाय दातव्या श्रोत्रियाय कुटुम्बिने । वेदान्तगसुते देया श्रोत्रिये गृहपालके
Le don (du rite de tiladhenu) doit être offert à un vedāntin connaisseur du Veda : un śrotriya accompli, maître de maison et père de famille. Il peut aussi être donné au fils d’un vedāntin, pourvu qu’il soit lui-même śrotriya et gardien responsable du foyer.
Verse 112
सर्वाङ्गरुचिरे विप्रे सद्वृत्ते च प्रियंवदे । पूर्णिमायां तु माघस्य कार्त्तिक्यामथ भारत
Qu’on offre le don à un brāhmaṇa rayonnant de toutes ses qualités, de conduite droite et de parole douce, ô Bhārata ; surtout au jour de pleine lune de Māgha, et de même au mois de Kārttika.
Verse 113
वैशाख्यां मार्गशीर्ष्यां वाषाढ्यां चैत्र्यामथापि वा । अयने विषुवे चैव व्यतीपाते च सर्वदा
Ou bien on peut l’accomplir en Vaiśākha, Mārgaśīrṣa, Āṣāḍha ou Caitra ; aussi aux ayana (solstices), aux viṣuva (équinoxes) et au Vyatīpāta — en vérité, en tout temps favorable.
Verse 114
षडशीतिमुखे पुण्ये छायायां कुंजरस्य वा । एष ते कथितः कल्पस्तिलधेनोर्मयानघ
À la sainte ouverture de la Ṣaḍaśīti, ou même à l’ombre d’un éléphant, ô toi sans faute, je t’ai déclaré en entier le rite de Tiladhenu et son juste accomplissement.
Verse 115
व्रजन्ति वैष्णवं लोकं दत्त्वा पादं यमोपरि । प्राणत्यागात्परं लोकं वैष्णवं नात्र संशयः । भित्त्वाशु भास्करं यान्ति नात्र कार्या विचारणा
Ils gagnent le monde de Viṣṇu, comme ayant posé le pied sur Yama lui-même. Après avoir quitté le souffle de vie, ils atteignent le royaume vaiṣṇava : nul doute à ce sujet. Perçant promptement au-delà de la sphère du soleil, ils poursuivent ; point n’est besoin d’autre examen.
Verse 116
एतत्ते सर्वमाख्यातं चक्रतीर्थफलं नृप । यच्छ्रुत्वा मानवो भक्त्या सर्वपापैः प्रमुच्यते
Ainsi, ô Roi, t’a été exposé tout le fruit de Cakratīrtha. Celui qui l’entend avec dévotion est délivré de tous les péchés.