
Mārkaṇḍeya conduit l’auditeur vers Bhadrakālī-saṅgama, renommé Śūlatīrtha, un tīrtha établi par la volonté divine et constamment fréquenté par les devas. Le texte en proclame la puissance : le simple darśana, surtout s’il est accompagné de snāna (bain sacré) et de dāna (don), dissipe malchance, présages funestes, effets de malédictions et autres souillures. Yudhiṣṭhira demande comment Devī est appelée Śūleśvarī et Śiva Śūleśvara sur la rive de la Narmadā. Mārkaṇḍeya raconte l’histoire de l’ascète brāhmaṇa Māṇḍavya, absorbé dans un tapas rigoureux et le vœu de silence ; des voleurs cachent des biens dérobés dans son ermitage, et les gardes royaux, n’obtenant aucune réponse du sage silencieux, le punissent en l’empalant sur un śūla. Malgré une longue souffrance, Māṇḍavya survit grâce au souvenir intérieur inébranlable de Śiva. Śiva se manifeste, tranche le śūla et explique le karmavipāka : les peines et les bonheurs proviennent de la maturation des actes passés, et l’endurance patiente sans blâmer le dharma est elle-même tapas. Māṇḍavya interroge le mystère de l’effet « nectar » du śūla et demande que Śiva et Umā demeurent à sa racine et à sa pointe. Aussitôt apparaissent des formes sacrées : le liṅga de Śiva à la base et l’image de Devī à gauche, fondant le culte de Śūleśvara et Śūleśvarī. Devī énumère ensuite de nombreux noms et manifestations dans divers lieux saints, puis le chapitre s’achève par la phalāśruti et des prescriptions rituelles—culte, offrandes, rites aux pitṛ, jeûnes et veilles nocturnes—promettant purification et proximité de Śiva-loka ; le tīrtha devient célèbre comme Śūleśvarī-tīrtha.
Verse 1
मार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल भद्रकालीतिसङ्गमम् । शूलतीर्थमिति ख्यातं स्वयं देवेन निर्मितम्
Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô roi, qu’on se rende à la confluence nommée Bhadrakālī-saṅgama, renommée comme Śūla-tīrtha, gué sacré façonné par la Divinité elle-même.
Verse 2
पञ्चायतनमध्ये तु तिष्ठते परमेश्वरः । शूलपाणिर्महादेवः सर्वदेवतपूजितः
Là, au milieu des cinq sanctuaires, se tient Parameśvara : Mahādeva, le Porteur du Trident, adoré par toutes les divinités.
Verse 3
स सङ्गमो नृपश्रेष्ठ नित्यं देवैर्निषेवितः । दर्शनात्तस्य तीर्थस्य स्नानदानाद्विशेषतः
Cette confluence, ô le meilleur des rois, est sans cesse fréquentée par les dieux. Rien qu’en contemplant ce tīrtha—et plus encore en s’y baignant et en y faisant l’aumône—
Verse 4
दौर्भाग्यं दुर्निमित्तं च ह्यभिशापो नृपग्रहः । यदन्यद्दुष्कृतं कर्म नश्यते शङ्करोऽब्रवीत्
Le malheur, les funestes présages, les malédictions, et même les afflictions qui saisissent les rois—ainsi que toute autre faute—sont anéantis : ainsi l’a proclamé Śaṅkara.
Verse 5
युधिष्ठिर उवाच । कथं शूलेश्वरी देवी कथं शूलेश्वरो हरः । प्रथितो नर्मदातीरे एतद्विस्तरतो वद
Yudhiṣṭhira dit : Comment la Déesse est-elle renommée Śūleśvarī, et comment Hara est-il renommé Śūleśvara sur les rives de la Narmadā ? Dis-le-moi en détail, pleinement.
Verse 6
मार्कण्डेय उवाच । बभूव ब्राह्मणः कश्चिन्माण्डव्य इति विश्रुतः । वृत्तिमान्सर्वधर्मज्ञः सत्ये तपसि च स्थितः
Mārkaṇḍeya dit : Il y eut un brāhmane, connu sous le nom de Māṇḍavya ; droit dans sa conduite, connaissant tout dharma, et fermement établi dans la vérité et l’austérité.
Verse 7
अशोकाश्रममध्यस्थो वृक्षमूले महातपाः । ऊर्ध्वबाहुर्महातेजास्तस्थौ मौनव्रतान्वितः
Au cœur même de l’Aśoka-āśrama, au pied d’un arbre, ce grand ascète au puissant éclat se tenait debout, les bras levés, observant avec constance le vœu de silence.
Verse 8
तस्य कालेन महता तीव्रे तपसि वर्ततः । तमाश्रममनुप्राप्ता दस्यवो लोप्त्रहारिणः
Comme il demeurait longtemps dans une austérité sévère, des bandits—voleurs ayant dérobé des biens précieux—vinrent et parvinrent à cet ermitage.
Verse 9
अनुसर्प्यमाणा बहुभिः पुरुषैर्भरतर्षभ । ते तस्यावसथे लोप्त्रं न्यदधुः कुरुनन्दन
Ô taureau parmi les Bhārata, poursuivis par de nombreux hommes, ils déposèrent ce trésor volé dans la demeure de l’ascète, ô joie des Kuru.
Verse 10
निधाय च तदा लीनास्तत्रैवाश्रममण्डले । तेषु लीनेष्वथो शीघ्रं ततस्तद्रक्षिणां बलम्
Après l’avoir déposé, ils se dissimulèrent sur-le-champ, dans l’enceinte même de l’āśrama. Et lorsqu’ils furent cachés, bientôt arriva, en hâte, la troupe des gardes.
Verse 11
आजगाम ततोऽपश्यंस्तमृषिं तस्करानुगाः । तमपृच्छंस्तदा वृत्तं रक्षिणस्तं तपोधनम्
Alors, apercevant ce ṛṣi, les poursuivants des voleurs s’avancèrent. Les gardes interrogèrent ce tapodhana, trésor d’austérité, sur ce qui s’était passé.
Verse 12
वद केन पथा याता दस्यवो द्विजसत्तम । तेन गच्छामहे ब्रह्मन् यथा शीघ्रतरं वयम्
«Dis-nous par quel chemin sont partis les brigands, ô meilleur des deux-fois-nés. Par cette voie nous irons, ô Brahmane, afin de les rejoindre plus promptement.»
Verse 13
तथा तु वचनं तेषां ब्रुवतां स तपोधनः । न किंचिद्वचनं राजन्नवदत्साध्वसाधु वा
Bien qu’ils lui parlâssent ainsi, ce tapodhana, le sage dont la richesse était l’austérité, ne dit pas un seul mot, ô Roi, ni «bien» ni «mal».
Verse 14
ततस्ते राजपुरुषा विचिन्वन्तस्तमाश्रमम् । संयम्यैनं ततो राज्ञे सर्वान् दस्यून्न्यवेदयन्
Alors les hommes du roi fouillèrent cet āśrama; puis, l’ayant maîtrisé, ils rapportèrent au roi que tous les brigands y avaient été découverts.
Verse 15
तं राजा सहितैश्चोरैरन्वशाद्वध्यतामिति । सम्बध्य तं च तैर्राजञ्छूले प्रोतो महातपाः
Le roi ordonna : « Qu’on l’exécute avec les voleurs. » Ainsi, ô Roi, ils lièrent ce grand ascète et l’empalèrent sur un pieu.
Verse 16
ततस्ते शूलमारोप्य तं मुनिं रक्षिणस्तदा । प्रतिजग्मुर्महीपाल धनान्यादाय तान्यथ
Puis, après avoir dressé ce muni sur le pieu, les gardes s’en retournèrent, ô souverain de la terre, emportant aussi ces biens.
Verse 17
शूलस्थः स तु धर्मात्मा कालेन महता तदा । ध्यायन्देवं त्रिलोकेशं शङ्करं तमुमापतिम्
Fixé à la pointe du trident, cet être à l’âme droite demeura ainsi très longtemps, méditant le Seigneur des trois mondes — Śaṅkara, l’époux d’Umā.
Verse 18
बहुकालं महेशानं मनसाध्याय संस्थितः । निराहारोऽपि विप्रर्षिर्मरणं नाभ्यपद्यत
Longtemps il demeura absorbé dans la méditation intérieure sur Maheśāna ; bien qu’à jeun, ce brahmane-voyant ne succomba pas à la mort.
Verse 19
धारयामास विप्राणामृषभः स हृदा हरिम् । शूलाग्रे तप्यमानेन तपस्तेन कृतं तदा
Ce taureau parmi les brahmanes porta Hari dans son cœur ; et, tandis qu’il brûlait sur la pointe du trident, il accomplit alors cette austérité.
Verse 20
सन्तापं परमं जग्मुः श्रुत्वैतन्मुनयोऽखिलाः । ते रात्रौ शकुना भूत्वा संन्यवर्तन्त भारत
À cette nouvelle, tous les sages furent saisis de la plus profonde douleur. Puis, la nuit venue, devenus des oiseaux, ils revinrent—ô Bhārata.
Verse 21
दर्शयन्तो मुनेः शक्तिं तमपृच्छन् द्विजोत्तमम् । श्रोतुमिच्छाम ते ब्रह्मन् किं पापं कृतवानसि
Reconnaissant la puissance du muni, ils interrogèrent le meilleur des deux-fois-nés : «Ô Brahman, nous désirons entendre : quel péché as-tu commis ?»
Verse 22
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततः स मुनिशार्दूलस्तानुवाच तपोधनान् । दोषतः किं गमिष्यामि न हि मेऽन्यो पराध्यति
Śrī Markaṇḍeya dit : Alors ce tigre parmi les sages parla à ceux riches en austérités : «Par ma propre faute, que puis-je dire ? Nul autre ne m’a fait tort.»
Verse 23
एवमुक्त्वा ततः सर्वानाचचक्षे ततो मुनिः । मुनयश्च ततो राज्ञे द्वितीयेऽह्नि न्यवेदयन्
Après avoir ainsi parlé, le sage leur exposa tout en détail. Ensuite, le second jour, les sages rapportèrent l’affaire au roi.
Verse 24
राजा तु तमृषिं श्रुत्वा निष्क्रान्तः सह बन्धुभिः । प्रसादयामास तदा शूलस्थमृषिसत्तमम्
Ayant entendu parler de ce rishi, le roi sortit avec ses proches. Alors il chercha à apaiser le meilleur des sages, demeuré fixé sur le trident.
Verse 25
राजोवाच । यन्मयाऽपकृतं तात तवाज्ञानवशाद्बहु । प्रसादये त्वां तत्राहं न मे त्वं क्रोद्धुमर्हसि
Le roi dit : « Père, quelque grand tort que je t’aie fait, sous l’emprise de l’ignorance, je viens maintenant t’apaiser. Tu ne dois pas te courroucer contre moi. »
Verse 26
एवमुक्तस्ततो राज्ञा प्रसादमकरोन्मुनिः । कृतप्रसादं राजा तं ततः समवतारयत्
Ainsi interpellé par le roi, le sage lui accorda sa faveur. La grâce obtenue, le roi fit alors qu’on le descende.
Verse 27
अवतीर्यमाणस्तु मुनिः शूले मांसत्वमागते । अतिसंपीडितो विप्रः शङ्करं मनसागमत्
Tandis qu’on descendait le sage, le pieu s’était déjà enfoncé dans sa chair. Accablé d’une douleur extrême, le brāhmane se tourna en son esprit vers Śaṅkara, cherchant refuge.
Verse 28
संध्यातः शङ्करस्तेन बहुकालोपवासतः । प्रादुर्भूतो महादेवः शूलं तस्य तथाछिनत्
Parce qu’il avait longtemps jeûné et médité sur Śaṅkara, Mahādeva se manifesta devant lui et, sur-le-champ, trancha ce pieu.
Verse 29
शूलमूलस्थितः शम्भुस्तुष्टः प्राह पुनःपुनः । ब्रूहि किं क्रियतां विप्र सत्त्वस्थानपरायण
Śambhu, se tenant à la base même du pieu, satisfait, dit à maintes reprises : « Dis-moi, ô brāhmane voué au siège stable de la pureté : que faut-il faire pour toi ? »
Verse 30
अदेयमपि दास्यामि तुष्टोऽस्म्यद्योमया सह । किं तु सत्यवतां लोके सिद्धिर्न स्याच्च भूयसी
Même ce qui ne devrait pas être donné, je l’accorderai : aujourd’hui je suis satisfait de toi. Mais dans le monde des véridiques, nul « succès » ne peut être excessif au point de violer le dharma.
Verse 31
स्वकर्मणोऽनुरूपं हि फलं भुञ्जन्ति जन्तवः । शुभेन कर्मणा भूतिर्दुःखं स्यात्पातकेन तु
En vérité, les êtres goûtent un fruit conforme à leurs propres actes. Par l’action propice vient la prospérité ; par l’acte fautif naît la souffrance.
Verse 32
बहुभेदप्रभिन्नं तु मनुष्येषु विपच्यते । केषां दरिद्रभावेन केषां धनविपत्तिजम्
Chez les humains, le karma mûrit en maintes formes différenciées : pour les uns comme pauvreté, pour d’autres comme calamité s’abattant sur leurs biens.
Verse 33
सन्तत्यभावजं केषां केषांचित्तद्विपर्ययः । तथा दुर्वृत्तितस्तेषां फलमाविर्भवेन्नृणाम्
Pour certains, le fruit se montre comme absence de descendance ; pour d’autres, c’est l’inverse. De même, chez les hommes, les résultats se manifestent selon leur mauvaise conduite et leur manière de vivre.
Verse 34
केषांचित्पुत्रमरणे वियोगात्प्रियमित्रयोः । राजचौराग्नितः केषां दुःखं स्याद्दैवनिर्मितम्
Pour certains, la peine vient de la mort d’un fils ou de la séparation d’un ami bien-aimé. Pour d’autres, la souffrance naît des rois, des voleurs ou du feu — afflictions façonnées par le destin.
Verse 35
तच्छरीरे तु केषांचित्कर्मणा सम्प्रदृश्यते । जराश्च विविधाः केषां दृश्यन्ते व्याधयस्तथा
Dans le corps de certains, le fruit se manifeste clairement par le karma lui-même. Chez d’autres, on voit diverses formes de vieillissement, et de même les maladies.
Verse 36
दृश्यन्ते चाभिशापाश्च पूर्वकर्मानुसंचिताः । कष्टाः कष्टतरावस्था गताः केचिदनागसः
Et l’on voit aussi des malédictions, amassées selon les actes d’autrefois. Certains, bien qu’apparemment sans faute, tombent dans la peine et des états plus pénibles encore.
Verse 37
पूर्वकर्मविपाकेन धर्मेण तपसि स्थिताः । दान्ताः स्वदारनिरता भूरिदाः परिपूजकाः
Mûris par le fruit de leurs actes passés, ils demeurent établis dans le dharma et l’ascèse : maîtres d’eux-mêmes, fidèles à leurs épouses, larges donateurs et adorateurs pleins de révérence.
Verse 38
ह्रीमन्तो नयसंयुक्ता अन्ये बहुगुणैर्युताः । दुर्गमामापदं प्राप्य निजकर्मसमुद्भवाम्
Les uns sont modestes et guidés par la juste conduite ; d’autres sont pourvus de nombreuses vertus ; pourtant, lorsqu’ils rencontrent un malheur inévitable né de leur propre karma…
Verse 39
न संज्वरन्ति ये मर्त्या धर्मनिन्दां न कुर्वते । इदमेव तपो मत्वा क्षिपन्ति सुविचेतसः
Ces mortels qui ne brûlent pas au-dedans et ne blâment pas le dharma, l’esprit bien disposé, tiennent cela même pour ascèse et, ainsi, rejettent leur détresse.
Verse 40
हा भ्रातर्मातः पुत्रेति कष्टेषु न वदन्ति ये । स्मरन्ति मां महेशानमथवा पुष्करेक्षणम्
Ceux qui, dans l’épreuve, ne s’écrient pas : « Hélas—frère, mère, fils ! », mais se souviennent de Moi—Maheśa—ou bien de Puṣkarekṣaṇa, le Seigneur aux yeux de lotus…
Verse 41
दुष्कृतं पूर्वजं भोक्तुं ध्रुवं तदुपशाम्यति
L’acte mauvais du passé doit assurément être subi ; ensuite, certes, il s’apaise et s’éteint.
Verse 42
दिनानि यावन्ति वसेत्स कष्टे यथाकृतं चिन्तयद्देवमीशम् । तावन्ति सौम्यानि कृतानि तेन भवन्ति विप्र श्रुतिनोदनैषा
Autant de jours qu’un homme demeure dans l’épreuve, méditant le Seigneur-Dieu, Īśa, selon ses actes, autant de jours il fait naître des mérites doux, ô brāhmane : telle est l’exhortation de la śruti.
Verse 43
यस्मात्त्वया कष्टगतेन नित्यं स्मृतश्चाहं मनसा पूजितश्च । गौरीसहायस्तेन इहागतोऽस्मि ब्रूह्यद्य कृत्यं क्रियतां किं नु विप्र
Parce que toi—bien que tombé dans l’épreuve—tu t’es toujours souvenu de Moi et tu M’as adoré par l’esprit, je suis venu ici, accompagné de Gaurī. Dis-Moi aujourd’hui, ô brāhmane : que faut-il faire pour toi, quelle tâche accomplir ?
Verse 44
माण्डव्य उवाच । तुष्टो यद्युमया सार्धं वरदो यदि शङ्कर । तदा मे शूलसंस्थस्य संशयं परमं वद
Māṇḍavya dit : Si Tu es satisfait—avec Umā—et si Tu es vraiment le dispensateur des grâces, ô Śaṅkara, alors dis-moi ma suprême incertitude, tandis que je demeure empalé sur le trident.
Verse 45
न रुजा मम कापि स्याच्छूलसंप्रोतितेऽगके । अमृतस्रावि तच्छूलं प्रभावात्कस्य शंस मे
Nulle douleur ne naît dans mon corps, bien que je sois transpercé par le trident. Ce trident semble distiller l’amṛta ; dis-moi, par la puissance de qui cela advient-il ?
Verse 46
श्रीशूलपाणिरुवाच । शूलस्थेन त्वया विप्र मनसा चिन्तितोऽस्मि यत् । अनयानां निहन्ताहं दुःखानां विनिबर्हणः
Śrī Śūlapāṇi dit : Ô brāhmane, parce que toi—même sur le trident—tu m’as contemplé par l’esprit, je suis le destructeur des malheurs et celui qui déracine les douleurs.
Verse 47
ध्यातमात्रो ह्यहं विप्र पाताले वापि संस्थितः । शूलमूले त्वहं शम्भुरग्रे देवी स्वयं स्थिता । जगन्माताम्बिका देवी त्वामृतेनान्वपूरयत्
Ô brāhmane, dès qu’on me médite, je suis présent, fût-ce dans les mondes inferieurs. À la racine du Trident, je suis Śambhu ; à sa pointe se tient la Déesse elle-même. Cette Mère de l’univers, Ambikā, t’a rempli d’une grâce pareille à l’amṛta.
Verse 48
माण्डव्य उवाच । पूर्वमेव स्थितो यस्माच्छूलं व्याप्योमया सह । प्रसादप्रवणो मह्यमिदानीं चानया सह
Māṇḍavya dit : Puisque depuis les temps anciens tu demeures, tout pénétrant, dans ce Trident avec Umā, incline-toi encore aujourd’hui à me faire grâce, avec elle.
Verse 49
यस्याः संस्मरणादेव दौर्भाग्यं प्रलयं व्रजेत् । न दौर्भाग्यात्परं लोके दुःखाद्दुःखतरं किल
Par le seul souvenir d’Elle, la malchance s’en va vers l’anéantissement. Vraiment, en ce monde, rien n’est plus douloureux que l’infortune, et nulle peine n’est plus lourde que la peine.
Verse 50
किलैवं श्रूयते गाथा पुराणेषु सुरोत्तम । त्रैलोक्यं दहतस्तुभ्यं सौभाग्यमेकतां गतम्
Ô le plus éminent des dieux, telle est bien la légende que l’on entend dans les Purāṇa : lorsque tu consumais les trois mondes, la Fortune se rassembla en un seul lieu pour toi.
Verse 51
विष्णोर्वक्षःस्थलं प्राप्य तत्स्थितं चेति नः श्रुतम् । पीतं तद्वक्षसस्त्रस्तदक्षेण परमेष्ठिना
Nous avons entendu qu’elle parvint à la poitrine de Viṣṇu et y demeura ; et que, de la poitrine de Viṣṇu, elle fut bue par Parameṣṭhin (Brahmā) de son œil tremblant.
Verse 52
तस्मात्सतीति संजज्ञ इयमिन्दीवरेक्षणा । यजतस्तस्य देवेश तव मानावखण्डनात्
C’est pourquoi cette Déesse aux yeux de lotus fut connue sous le nom de Satī. Ô Seigneur des dieux, car, tandis qu’il accomplissait le sacrifice, ton honneur fut insulté et brisé.
Verse 53
जुहावाग्नौ तु सा देवी ह्यात्मानं प्राणसंज्ञिकम् । आत्मानं भस्मसात्कृत्वा प्रालेयाद्रेस्ततः सुता
Alors la Déesse s’offrit elle-même—sa vie même—dans le feu. Ayant réduit son corps en cendres, elle naquit ensuite comme fille de l’Himālaya, le mont Prāleya.
Verse 54
मेनकायां प्रभो जाता साम्प्रतं या ह्युमाभिधा । अनादिनिधना देवी ह्यप्रतर्क्या सुरेश्वर
Ô Seigneur, celle qui est maintenant appelée Umā naquit de Menakā. Pourtant, cette Déesse est sans commencement ni fin, et demeure inconcevable à la raison, ô Seigneur des dieux.
Verse 55
यदि तुष्टोऽसि देवेश ह्युमा मे वरदा यदि । उभावप्यत्र वै स्थाने स्थितौ शूलाग्रमूलयोः
Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux—si Umā est vraiment pour moi dispensatrice de grâces—que vous demeuriez tous deux ici, en ce lieu sacré, à la pointe et à la racine du trident.
Verse 56
अवतारो यत्र तत्र संस्थितिं वै ततः कुरु
Là où se produit ta descente (manifestation), établis-y aussi ta présence demeurante.
Verse 57
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तेनैवमुक्ते सहसा कृत्वा भूमण्डलं द्विधा । निःसृतौ शूलमूलाग्राल्लिङ्गार्चाप्रतिरूपिणौ
Śrī Mārkaṇḍeya dit : À ces paroles, soudain la surface de la terre se fendit en deux ; et de la base et de la pointe du trident jaillirent, comme les formes mêmes du culte du liṅga, deux manifestations divines.
Verse 58
प्रद्योतयद्दिशः सर्वा लिङ्गं मूले प्रदृश्यते । वामतः प्रतिमा देवी तदा शूलेश्वरी स्थिता
Illuminant toutes les directions, le liṅga apparut à la base ; et, sur le côté gauche, se tint l’image de la Déesse, alors établie comme Śūleśvarī.
Verse 59
विलोभयन्ती च जगद्भाति पूरयती दिशः । दृष्ट्वा कृताञ्जलिपुटः स्तुतिं चक्रे द्विजोत्तमः
Enchanteresse du monde, elle resplendit, emplissant les régions. Voyant cela, le plus éminent des brāhmaṇas, les mains jointes en révérence, prononça un hymne de louange.
Verse 60
माण्डव्य उवाच । त्वमस्य जगतो माता जगत्सौभाग्यदेवता । न त्वया रहितं किंचिद्ब्रह्माण्डेऽस्ति वरानने
Māṇḍavya dit : Tu es la Mère de ce monde, la Divinité qui confère la bonne fortune de l’univers. Ô au visage gracieux, dans le brahmāṇḍa rien n’existe qui soit séparé de Toi.
Verse 61
प्रसादं कुरु धर्मज्ञे मम त्वाज्ञप्तुमर्हसि । ईदृशेनैव रूपेण केषु स्थानेषु तिष्ठसि । प्रसादप्रवणा भूत्वा वद तानि महेश्वरि
Accorde-moi ta grâce, ô connaisseuse du dharma ; il te sied de m’instruire. Sous cette même forme, en quels lieux demeures-tu ? Portée à la compassion, dis-moi ces lieux, ô Maheśvarī.
Verse 62
श्रीदेव्युवाच । सर्वगा सर्वभूतेषु द्रष्टव्या सर्वतो भुवि । सर्वलोकेषु यत्किंचिद्विहितं न मया विना
La Déesse bienheureuse dit : Je suis partout présente, visible en tous les êtres et en tout lieu sur la terre. Dans tous les mondes, rien de ce qui est établi ou accompli ne se fait sans Moi.
Verse 63
तथापि येषु स्थानेषु द्रष्टव्या सिद्धिमीप्सुभिः । स्मर्तव्या भूतिकामेन तानि वक्ष्यामि तत्त्वतः
Pourtant, il est des lieux où je dois être contemplée par ceux qui aspirent aux siddhi, et rappelée par ceux qui désirent la prospérité ; ces lieux, je les énoncerai en vérité.
Verse 64
वाराणस्यां विशालाक्षी नैमिषे लिङ्गधारिणी । प्रयागे ललिता देवी कामुका गन्धमादने
À Vārāṇasī, je suis Viśālākṣī ; à Naimiṣa, Liṅgadhāriṇī. À Prayāga, je suis la Déesse Lalitā ; sur le Gandhamādana, je suis connue sous le nom de Kāmukā.
Verse 65
मानसे कुमुदा नाम विश्वकाया तथाऽपरे । गोमन्ते गोमती नाम मन्दरे कामचारिणी
Au Mānasasaras, on me nomme Kumudā ; ailleurs, je suis Viśvakāyā. Sur le Gomanta, je suis appelée Gomatī ; sur le Mandara, je demeure comme Kāmacāriṇī.
Verse 66
मदोत्कटा चैत्ररथे हयन्ती हास्तिने पुरे । कान्यकुब्जे स्थिता गौरी रम्भा ह्यमलपर्वते
À Caitraratha, je suis Madotkaṭā ; à Hāstinapura, Hayantī. À Kānyakubja, je suis établie comme Gaurī ; et sur l’Amalaparvata, je suis Rambhā.
Verse 67
एकाम्रके कीर्तिमती विश्वां विश्वेश्वरे विदुः । पुष्करे पुरुहूता च केदारे मार्गदायिनी
À Ekāmra, elle est connue comme Kīrtimatī, celle de la sainte renommée. À Viśveśvara, on la reconnaît comme Viśvā, l’Omniprésente. À Puṣkara, elle est Puruhūtā, la Très-invoquée. À Kedāra, elle est Mārgadāyinī, la Donatrice du chemin, guidant les dévots sur la voie du dharma.
Verse 68
नन्दा हिमवतः प्रस्थे गोकर्णे भद्रकर्णिका । स्थानेश्वरे भवानी तु बिल्वके बिल्वपत्त्रिका
Sur les pentes de l’Himavat, elle est Nandā, dispensatrice de félicité. À Gokarṇa, elle est Bhadrakarṇikā, aux oreilles de bon augure. À Sthāneśvara, elle est Bhavānī, l’épouse de Bhava, Śiva. Et à Bilvaka, elle est Bilvapattrikā, honorée par les feuilles de bilva.
Verse 69
श्रीशैले माधवी नाम भद्रे भद्रेश्वरीति च । जया वराहशैले तु कमला कमलालये
À Śrīśaila, elle porte le nom de Mādhavī. À Bhadra, on l’appelle Bhadreśvarī. Sur le Varāhaśaila, elle est Jayā, la Victoire. Et à Kamalālaya, elle est Kamalā, belle comme le lotus, vénérée comme la fortune et l’heureux présage de ce siège sacré.
Verse 70
रुद्रकोट्यां तु कल्याणी काली कालञ्जरे तथा । महालिङ्गे तु कपिला माकोटे मुकुटेश्वरी
À Rudrakoṭī, elle est Kalyāṇī, l’Auspicious. À Kālañjara, elle est Kālī. À Mahāliṅga, elle est Kapilā. Et à Mākoṭa, elle est Mukuṭeśvarī, Dame du sanctuaire couronné.
Verse 71
शालिग्रामे महादेवी शिवलिङ्गे जलप्रिया । मायापुर्यां कुमारी तु संताने ललिता तथा
À Śāligrāma, elle est Mahādevī. À Śivaliṅga, elle est Jalapriyā, celle qui se réjouit des eaux sacrées. À Māyāpurī, elle est Kumārī. Et à Saṃtāna, elle est Lalitā, la Gracieuse.
Verse 72
उत्पलाक्षी सहस्राक्षे हिरण्याक्षे महोत्पला । गयायां विमला नाम मङ्गला पुरुषोत्तमे
À Sahasrākṣa, elle est Utpalākṣī, aux yeux de lotus. À Hiraṇyākṣa, elle est Mahotpalā, le Grand Lotus. À Gayā, on la nomme Vimalā, l’Immaculée. Et à Puruṣottama, elle est Maṅgalā, l’Auspice même.
Verse 73
विपाशायाममोघाक्षी पाटला पुण्ड्रवर्धने । नारायणी सुपार्श्वे तु त्रिकूटे भद्रसुन्दरी
Sur la rivière Vipāśā, elle est Amoghākṣī, dont le regard infaillible accorde l’accomplissement. À Puṇḍravardhana, elle est Pāṭalā. À Supārśva, elle est Nārāyaṇī. Et à Trikūṭa, elle est Bhadrasundarī, belle et de bon augure.
Verse 74
विपुले विपुला नाम कल्याणी मलयाचले । कोटवी कोटितीर्थेषु सुगन्धा गन्धमादने
À Vipula, on la nomme Vipulā. Sur le mont Malaya, elle est Kalyāṇī. Parmi les Koṭitīrthas, elle est Koṭavī. Et sur Gandhamādana, elle est Sugandhā, la Parfumée.
Verse 75
गोदाश्रमे त्रिसन्ध्या तु गङ्गाद्वारे रतिप्रिया । शिवचण्डे सभानन्दा नन्दिनी देविकातटे
À Godāśrama, elle est Trisandhyā, celle des trois jonctions sacrées du temps. À Gaṅgādvāra, elle est Ratipriyā, qui se réjouit de la dévotion et de l’amour. À Śivacaṇḍa, elle est Sabhānandā, joie de l’assemblée divine. Et sur la rive de la Devikā, elle est Nandinī, celle qui réjouit.
Verse 76
रुक्मिणी द्वारवत्यां तु राधा वृन्दावने वने । देवकी मथुरायां तु पाताले परमेश्वरी
À Dvāravatī, elle est Rukmiṇī ; dans la forêt de Vṛndāvana, elle est Rādhā. À Mathurā, elle est Devakī ; et dans Pātāla, elle est Parameśvarī, la Souveraine suprême.
Verse 77
चित्रकूटे तथा सीता विन्ध्ये विन्ध्यनिवासिनी । सह्याद्रावेकवीरा तु हरिश्चन्द्रे तु चण्डिका
À Citrakūṭa, elle est vénérée comme Sītā ; dans la chaîne des Vindhya, comme Vindhya-nivāsinī, « celle qui demeure dans les Vindhya ». Sur les monts Sahya, elle est Ekavīrā ; et à Hariścandra, elle est Caṇḍikā.
Verse 78
रमणा रामतीर्थे तु यमुनायां मृगावती । करवीरे महालक्ष्मी रूपादेवी विनायके
À Rāma-tīrtha, on l’appelle Ramaṇā ; sur la Yamunā, elle est Mṛgāvatī. À Karavīra, elle est Mahālakṣmī ; et à Vināyaka, elle est renommée comme Rūpādevī.
Verse 79
आरोग्या वैद्यनाथे तु महाकाले महेश्वरी । अभयेत्युष्णतीर्थे तु मृगी वा विन्ध्यकन्दरे
À Vaidyanātha, elle est Ārogyā, dispensatrice de santé ; à Mahākāla, elle est Maheśvarī. À Uṣṇa-tīrtha, on l’appelle Abhayā, « celle qui accorde l’intrépidité » ; et dans les grottes des Vindhya, elle est connue comme Mṛgī.
Verse 80
माण्डव्ये माण्डुकी नाम स्वाहा माहेश्वरे पुरे । छागलिङ्गे प्रचण्डा तु चण्डिकामरकण्टके
À Māṇḍavya, on la nomme Māṇḍukī ; dans la cité de Māheśvara, elle est Svāhā ; à Chāga-liṅga, elle est Pracaṇḍā, la terriblement farouche ; et à Amarakāṇṭaka, elle est adorée comme Caṇḍikā.
Verse 81
सोमेश्वरे वरारोहा प्रभासे पुष्करावती । वेदमाता सरस्वत्यां पारा पारातटे मुने
À Someśvara, elle est Varārohā ; à Prabhāsa, elle est Puṣkarāvatī ; sur la Sarasvatī, elle est Veda-mātā, la Mère des Veda ; et sur l’autre rive, elle est Pārā, ô sage.
Verse 82
महालये महाभागा पयोष्ण्यां पिङ्गलेश्वरी । सिंहिका कृतशौचे तु कर्तिके चैव शांकरी
À Mahālaya, elle est Mahābhāgā ; sur la rivière Payoṣṇī, elle est Piṅgaleśvarī ; à Kṛtaśauca, elle est Siṃhikā ; et au tīrtha de Kārtika, elle est assurément Śāṃkarī.
Verse 83
उत्पलावर्तके लोला सुभद्रा शोणसङ्गमे । मता सिद्धवटे लक्ष्मीस्तरंगा भारताश्रमे
À Utpalāvartaka, elle est Lolā ; au confluent du Śoṇa, elle est Subhadrā ; à Siddhavaṭa, elle est vénérée comme Matā, la Mère ; et à Bhārata-āśrama, elle est Taraṅgā, «celle des vagues».
Verse 84
जालन्धरे विश्वमुखी तारा किष्किन्धपर्वते । देवदारुवने पुष्टिर्मेधा काश्मीरमण्डले
À Jālandhara, elle est Viśvamukhī, «dont le visage est l’univers» ; sur la montagne Kiṣkindhā, elle est Tārā ; dans la forêt de Devadāru, elle est Puṣṭi, nourriture et épanouissement ; et dans le pays du Kāśmīra, elle est Medhā, l’intelligence sacrée.
Verse 85
भीमादेवी हिमाद्रौ तु पुष्टिर्वस्त्रेश्वरे तथा । कपालमोचने शुद्धिर्माता कायावरोहणे
Dans l’Himālaya, elle est Bhīmādevī ; à Vastreśvara, elle est Puṣṭi. À Kapālamocana, elle est Śuddhi, la pureté même ; et à Kāyāvarohaṇa, on l’adore comme la Mère (Mātā).
Verse 86
शङ्खोद्धारे ध्वनिर्नाम धृतिः पिण्डारके तथा । काला तु चन्द्रभागायामच्छोदे शक्तिधारिणी
À Śaṅkhoddhāra, on la nomme Dhvani, la résonance sacrée ; à Piṇḍāraka, elle est Dhṛti, la ferme constance. Sur la rivière Candrabhāgā, elle est Kālā ; et à Acchoda, elle est Śaktidhāriṇī, la porteuse de la Puissance divine.
Verse 87
वेणायाममृता नाम बदर्यामुर्वशी तथा । ओषधी चोत्तरकुरौ कुशद्वीपे कुशोदका
À Veṇā, elle est connue sous le nom d’Amṛtā ; à Badarī, sous celui d’Urvaśī. En Uttarakuru, on l’appelle Oṣadhī ; et à Kuśadvīpa, on se souvient d’elle comme Kuśodakā.
Verse 88
मन्मथा हेमकूटे तु कुमुदे सत्यवादिनी । अश्वत्थे वन्दिनीका तु निधिर्वैश्रवणालये
À Hemakūṭa, on la nomme Manmathā ; à Kumuda, Satyavādinī, celle qui dit la vérité. À Aśvattha, elle est connue comme Vandinīkā ; et dans la demeure de Vaiśravaṇa, elle porte le nom de Nidhi.
Verse 89
गायत्री वेदवदने पार्वती शिवसन्निधौ । देवलोके तथेन्द्राणी ब्रह्मास्ये तु सरस्वती
À Vedavadana, on la nomme Gāyatrī ; dans la présence même de Śiva, elle est Pārvatī. Dans le monde des dieux, elle est Indrāṇī ; et sur la bouche de Brahmā, elle est Sarasvatī.
Verse 90
सूर्यबिम्बे प्रभा नाम मातॄणां वैष्णवी मता । अरुन्धती सतीनां तु रामासु च तिलोत्तमा
Dans l’orbe du Soleil, on la nomme Prabhā ; parmi les Mères, on la reconnaît comme Vaiṣṇavī. Parmi les épouses chastes, elle est Arundhatī, et parmi les Rāmā, elle est Tilottamā.
Verse 91
चित्रे ब्रह्मकला नाम शक्तिः सर्वशरीरिणाम् । शूलेश्वरी भृगुक्षेत्रे भृगौ सौभाग्यसुन्दरी
À Citra, on la nomme Brahmakalā, la Śakti qui demeure en tous les êtres incarnés. Dans la terre sacrée de Bhṛgu, elle est Śūleśvarī ; et à Bhṛgu, elle est Saubhāgyasundarī, la belle dispensatrice de bon augure.
Verse 92
एतदुद्देशतः प्रोक्तं नामाष्टशतमुत्तमम् । अष्टोत्तरं च तीर्थानां शतमेतदुदाहृतम्
Ainsi, en bref, a été énoncé l’excellent ensemble des huit cents noms ; et de même ont été proclamés les cent huit noms des tīrtha.
Verse 93
इदमेव परं विप्र सर्वेषां तु भविष्यति । पठत्यष्टोत्तरशतं नाम्नां यः शिवसन्निधौ
Ceci, en vérité, deviendra le bien suprême pour tous, ô brāhmaṇa : quiconque récite les cent huit noms en la présence même de Śiva.
Verse 94
स मुच्यते नरः पापैः प्राप्नोति स्त्रियमीप्सिताम् । स्नात्वा नारी तृतीयायां मां समभ्यर्च्य भक्तितः
Cet homme est délivré de ses péchés et obtient la femme qu’il désire. Et une femme, après s’être baignée au troisième tithi, et m’ayant adorée avec dévotion, reçoit pareillement des fruits de bon augure.
Verse 95
न सा स्याद्दुःखिनी जातु मत्प्रभावान्नरोत्तम । नित्यं मद्दर्शने नारी नियताया भविष्यति
Jamais elle ne sera accablée de chagrin par ma puissance, ô meilleur des hommes. Par la vision constante de moi, cette femme deviendra stable et pleinement disciplinée.
Verse 96
पतिपुत्रकृतं दुःखं न सा प्राप्स्यति कर्हिचित् । मदालये तु या नारी तुलापुरुषसंज्ञितम्
Jamais elle ne subira de peine causée par l’époux ou le fils. Et cette femme qui, dans ma demeure, accomplit le rite nommé Tulāpuruṣa—
Verse 97
सम्पूज्य मण्डयेद्देवांल्लोकपालांश्च साग्निकान् । सपत्नीकान्द्विजान्पूज्य वासोभिर्भूषणैस्तथा
Après les avoir dûment adorés, qu’on honore et pare les Devas et les gardiens des directions, avec leurs feux sacrés. Qu’on vénère aussi les éminents Brāhmaṇas avec leurs épouses, en offrant vêtements et parures.
Verse 98
भूतेभ्यस्तु बलिं दद्यादृत्विग्भिः सह देशिकः । ततः प्रदक्षिणीकृत्य तुलामित्यभिमन्त्रयेत्
Ensuite, le précepteur officiant, avec les prêtres du rite, doit offrir une oblation bali aux êtres élémentaires. Après la circumambulation, qu’il consacre la balance en récitant le mantra qui commence par «Ô Tulā…».
Verse 99
शुचिरक्ताम्बरो वा स्याद्गृहीत्वा कुसुमाञ्जलिम् । नमस्ते सर्वदेवानां शक्तिस्त्वं परमा स्थिता
Vêtu d’un vêtement rouge et pur, prenant une poignée de fleurs, qu’il s’incline et dise : «Hommage à toi — tu es la Puissance suprême demeurant derrière tous les dieux».
Verse 100
साक्षिभूता जगद्धात्री निर्मिता विश्वयोनिना । त्वं तुले सर्वभूतानां प्रमाणमिह कीर्तिता
Tu es le Témoin, la Soutenante du monde, façonnée par la Source de l’univers. Ô Tulā, ici l’on te proclame mesure et étalon de tous les êtres.
Verse 101
कराभ्यां बद्धमुष्टिभ्यामास्ते पश्यन्नुमामुखम् । ततोऽपरे तुलाभागेन्यसेयुर्द्विजपुंगवाः
Les deux mains serrées en poings, qu’il s’asseye en contemplant le visage d’Umā. Puis, sur l’autre plateau de la balance, les plus éminents brāhmaṇas déposeront les offrandes prescrites.
Verse 102
द्रव्यमष्टविधं तत्र ह्यात्मवित्तानुसारतः । मन्दशभूते विप्रेन्द्र पृथिव्यां यदधिष्ठितम्
Là, les matières sont de huit sortes, choisies selon les moyens de chacun. Ô meilleur des brāhmaṇas, ce sont des substances établies sur la terre et liées aux éléments grossiers.
Verse 103
सुवर्णं चैव निष्पावांस्तथा राजिकुसुम्भकम् । तृणराजेन्दुलवणं कुङ्कुमं तु तथाष्टमम्
On y compte : l’or ; les grains de niṣpāva ; ainsi la moutarde et le carthame ; le sel gemme ; et le safran comme huitième (offrande).
Verse 104
एषामेकतमं कुर्याद्यथा वित्तानुसारतः । साम्यादभ्यधिकं यावत्काञ्चनादि भवेद्द्विज
Parmi eux, qu’on emploie celui qui convient selon sa fortune. Ô brāhmaṇa, cela peut être égal au poids du donateur, voire le dépasser, surtout lorsque l’on utilise l’or et autres semblables.
Verse 105
तावत्तिष्ठेन्नरो नारी पश्चादिदमुदीरयेत् । नमो नमस्ते ललिते तुलापुरुषसंज्ञिते
Tant qu’il convient, que l’homme ou la femme demeure (en sa position) ; puis qu’il récite : « Hommage, hommage à Toi, ô Lalitā, appelée Tulāpuruṣa. »
Verse 106
त्वमुमे तारयस्वास्मानस्मात्संसारकर्दमात् । ततोऽवतीर्य मुरवे पूर्वमर्द्धं निवेदयेत्
« Ô Umā, délivre-nous de cette boue de l’existence mondaine. » Puis, en descendant (de la balance/du siège), qu’on offre d’abord la première part à Murāri (Viṣṇu).
Verse 107
ऋत्विग्भ्योऽपरमर्द्धं च दद्यादुदकपूर्वकम् । तेभ्यो लब्धा ततोऽनुज्ञां दद्यादन्येषु चार्थिषु
Que l’autre moitié soit donnée aux ṛtvij (prêtres officiants), précédée de la libation rituelle d’eau ; puis, après avoir reçu leur assentiment, qu’on distribue aussi des dons aux autres demandeurs.
Verse 108
सपत्नीकं गुरुं रक्तवाससी परिधापयेत् । अन्यांश्च ऋत्विजः शक्त्या गुरुं केयूरकङ्कणैः
Qu’on revête le précepteur, avec son épouse, de vêtements rouges ; et, selon ses moyens, qu’on honore aussi les autres prêtres, en offrant au guru des bracelets de bras et des bracelets de poignet.
Verse 109
शुक्लां गां क्षीरिणीं दद्याल्ललिता प्रीयतामिति । अनेन विधिना या तु कुर्यान्नारी ममालये
Qu’on donne une vache blanche, riche en lait, en disant : « Que Lalitā soit satisfaite. » Toute femme qui accomplit (le rite) ainsi, en Ma demeure—
Verse 110
मत्तुल्या सा भवेद्राज्ञां तेजसा श्रीरिवामला । सावित्रीव च सौन्दर्ये जन्मानि दश पञ्च च
Elle devient mon égale ; parmi les reines elle rayonne de splendeur—pure comme Śrī elle-même—et, pour la beauté, elle est telle Sāvitrī, durant dix et encore cinq naissances.
Verse 111
श्रीमार्कण्डेय उवाच । एवं निशम्य वचनं गौर्या द्विजवरोत्तमः । नमस्कृत्य जगामाशु धर्मराज निवेशनम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Gaurī, le plus excellent des brahmanes se prosterna avec révérence et se rendit promptement à la demeure de Dharmarāja.
Verse 112
तदा प्रभृति तत्तीर्थं ख्यातं शूलेश्वरीति च । तस्मिंस्तीर्थे तु यः स्नात्वा तर्पयेत्पितृदेवताः
Dès lors, ce tīrtha devint célèbre sous le nom de Śūleśvarī. Quiconque se baigne en ce tīrtha et offre ensuite le tarpana aux divinités des ancêtres—
Verse 113
ब्राह्मणानन्नवासोभिः पिण्डैः पितृपितामहान् । भक्तोपहारैर्देवेशमुमया सह शङ्करं
—qu’il honore les brahmanes par nourriture et vêtements, qu’il offre les piṇḍa aux pères et aux aïeux ; et, par des offrandes de dévotion, qu’il adore Śaṅkara, Seigneur des dieux, avec Umā—
Verse 114
धूपगुग्गुलदानैश्च दीपदानैः सुबोधितैः । सर्वपापविनिर्मुक्तः स गच्छेच्छिवसन्निधिम्
Par des dons d’encens et de guggulu, et par des offrandes de lampes accomplies avec justesse, il est délivré de tous les péchés et parvient à la présence même de Śiva.
Verse 115
तस्मिंस्तीर्थे तु यः कश्चिदभियुक्तो नरेश्वर । अम्भिशापि तथा स्नातस्त्रिदिनं मुच्यते नरः
Ô seigneur des hommes, quiconque—même accablé ou accusé—se baigne en ce tīrtha, fût-ce avec de simple eau, est délivré de ce fardeau en l’espace de trois jours.
Verse 116
कृष्णपक्षे चतुर्दश्यां रात्रौ जागर्ति यो नरः । उपवासपरः शुद्धः शिवं सम्पूजयेन्नरः । प्रमुच्य पापसंमोहं रुद्रलोकं स गच्छति
Celui qui veille la nuit du quatorzième jour de la quinzaine sombre, demeurant pur et voué au jeûne, et qui adore Śiva avec entière révérence—rejetant l’illusion née du péché—parvient au monde de Rudra.
Verse 117
त्रिनेत्रश्च चतुर्बाहुः साक्षाद्रुद्रोऽपरः । क्रीडते देवकन्याभिर्यावच्चन्द्रार्कतारकम्
Aux trois yeux et aux quatre bras—véritablement un autre Rudra en forme visible—il se divertit avec des jeunes filles célestes tant que dureront la lune, le soleil et les étoiles.
Verse 198
अध्याय
Chapitre (Adhyāya).