
देवैर्विष्णोः शरणागमनम्—शिवलिङ्गस्थापनं, शिवसहस्रनामस्तवः, सुदर्शनचक्रप्रदानं च
Les rishis demandent à Suta comment Vishnu obtint le Sudarshana Chakra de Maheshvara. Suta raconte une crise : les Daityas ravagent les êtres ; les Devas vaincus cherchent refuge auprès de Vishnu, le louant comme l’unique protecteur. Vishnu déclare que la destruction de Jalandhara exige le redoutable rathāṅga forgé par Tripurāri (Shiva) et décide d’approcher Mahadeva. Sur un sommet sacré de l’Himalaya, Vishnu installe un linga splendide (façonné par Vishvakarma), accomplit l’abhiṣeka avec parfums et offrandes, célèbre l’agni-hotra avec les noms bhavādya et récite longuement le Shiva Sahasranama. Shiva l’éprouve en dissimulant un lotus ; Vishnu, refusant de rompre le vœu d’offrande totale, s’arrache un œil pour remplacer la fleur manquante, recevant le nom de Padmākṣa. Shiva se manifeste en une forme flamboyante et terrible, apaise le dessein divin, accorde à Vishnu le Sudarshana Chakra éclatant comme le soleil et enseigne que l’aśānti et une kṣamā mal placée au combat sapent le dharma. Shiva offre des grâces, bénit l’honneur futur de Vishnu parmi dieux et asuras, et prédit l’harmonie des liens grâce à Uma/Haimavati. Le chapitre s’achève par une phalaśruti : entendre/réciter ce sahasranama et l’adorer procure un immense mérite, comparable aux grands yajñas, et mène à la suprême destinée (paramā gati), préparant l’action divine contre Jalandhara.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे जलन्धरवधो नाम सप्तनवतितमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः कथं देवेन वै सूत देवदेवान्महेश्वरात् सुदर्शनाख्यं वै लब्धं वक्तुमर्हसि विष्णुना
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la section Pūrvabhāga, commence le quatre-vingt-dix-septième chapitre intitulé « La mise à mort de Jalandhara ». Les sages dirent : « Ô Sūta, dis-nous—comment Viṣṇu obtint-il le disque nommé Sudarśana de Maheśvara, le Dieu des dieux ? »
Verse 2
सूत उवाच देवानाम् असुरेन्द्राणाम् अभवच्च सुदारुणः सर्वेषामेव भूतानां विनाशकरणो महान्
Sūta dit : Entre les Deva et les seigneurs des Asura s’éleva un conflit des plus terribles, grande cause de ruine pour tous les êtres. Pourtant, pour l’esprit lucide, même une telle dissolution révèle le Seigneur (Pati) comme le gouvernant caché de la sṛṣṭi et de la pralaya, tandis que les âmes liées (paśu) souffrent sous la force des liens (pāśa).
Verse 3
ते देवाः शक्तिमुशलैः सायकैर्नतपर्वभिः प्रभिद्यमानाः कुन्तैश् च दुद्रुवुर्भयविह्वलाः
Frappés et transpercés par des javelots, des massues et des flèches aux jointures recourbées, ainsi que par des lances, les Deva—submergés de peur—s’enfuirent en désordre. De même, les âmes liées (paśu), assaillies par les forces du lien (pāśa), perdent leur stabilité jusqu’à prendre refuge en le Seigneur (Pati), Śiva.
Verse 4
पराजितास्तदा देवा देवदेवेश्वरं हरिम् प्रणेमुस्तं सुरेशानं शोकसंविग्नमानसाः
Alors les Deva, vaincus, se prosternèrent devant Hari—Seigneur des seigneurs des dieux, souverain des Sura—l’esprit ébranlé et accablé de chagrin.
Verse 5
तान् समीक्ष्याथ भगवान् देवदेवेश्वरो हरिः प्रणिपत्य स्थितान्देवान् इदं वचनमब्रवीत्
Les ayant vus, le Bienheureux Seigneur Hari—souverain des dieux—s’inclina d’abord en hommage devant les Deva rassemblés et debout, puis il leur adressa ces paroles.
Verse 6
वत्साः किमिति वै देवाश् च्युतालङ्कारविक्रमाः समागताः ससंतापा वक्तुमर्हथ सुव्रताः
«Ô chers enfants, pourquoi êtes-vous venus ici, ô dieux, vos parures et votre vaillance héroïque comme déchues, arrivant dans une détresse manifeste ? Ô vous aux vœux nobles, dites-moi la raison.»
Verse 7
तस्य तद्वचनं श्रुत्वा तथाभूताः सुरोत्तमाः प्रणम्याहुर्यथावृत्तं देवदेवाय विष्णवे
Ayant entendu ces paroles, les plus éminents des dieux—ainsi instruits—se prosternèrent, puis rapportèrent fidèlement tout ce qui s’était passé à Viṣṇu, le Dieu des dieux.
Verse 8
भगवन्देवदेवेश विष्णो जिष्णो जनार्दन दानवैः पीडिताः सर्वे वयं शरणमागताः
«Ô Seigneur Bienheureux, Seigneur des dieux—ô Viṣṇu, Jişṇu l’invincible, Janārdana—opprimés par les Dānavas, nous sommes tous venus chercher refuge auprès de toi.»
Verse 9
त्वमेव देवदेवेश गतिर्नः पुरुषोत्तम त्वमेव परमात्मा हि त्वं पिता जगतामपि
«Toi seul, ô Seigneur des dieux, es notre refuge et notre voie, ô Personne suprême. Toi seul es véritablement le Paramātman, et tu es aussi le Père de tous les mondes.»
Verse 10
त्वमेव भर्ता हर्ता च भोक्ता दाता जनार्दन हन्तुमर्हसि तस्मात्त्वं दानवान्दानवार्दन
Ô Janārdana, Toi seul es le soutien, le retireur, le jouisseur et le donateur. Ainsi, ô Broyeur des Dānavas, Tu es vraiment apte à abattre les Dānavas : fais-le.
Verse 11
दैत्याश् च वैष्णवैर्ब्राह्मै रौद्रैर्याम्यैः सुदारुणैः कौबेरैश्चैव सौम्यैश् च नैरृत्यैर्वारुणैर्दृढैः
Et les Daityas furent affrontés : par les troupes vaiṣṇavas, par les cohortes nées de Brahmā, par les légions de Rudra, par les forces de Yama, farouches et terribles, par les armées de Kubera, douces mais puissantes, ainsi que par les forces fermes de Nairṛta et de Vāruṇa.
Verse 12
वायव्यैश् च तथाग्नेयैर् ऐशानैर् वार्षिकैः शुभैः सौरै रौद्रैस् तथा भीमैः कम्पनैर् जृम्भणैर् दृढैः
Et il y eut des secousses venues des directions—celle de Vāyu, celle d’Agni et celle d’Īśāna—des signes saisonniers auspices (porteurs de pluie), et des présages solaires et liés à Rudra ; des convulsions fermes et terribles, des soulèvements et des heurts : tels furent les augures observés.
Verse 13
अवध्या वरलाभात्ते सर्वे वारिजलोचन सूर्यमण्डलसम्भूतं त्वदीयं चक्रम् उद्यतम्
Ô toi aux yeux de lotus, par la grâce que tu as obtenue, tous sont inviolables, impossibles à mettre à mort. Pourtant, ton disque, né de l’orbe solaire, a été levé. Et cependant, devant Pati, le Seigneur, et son ordonnance, aucune arme ne peut outrepasser le dharma.
Verse 14
कुण्ठितं हि दधीचेन च्यावनेन जगद्गुरो दण्डं शार्ङ्गं तवास्त्रं च लब्धं दैत्यैः प्रसादतः
Ô Maître du monde, par la faveur jadis accordée, les Daityas obtinrent tes armes—ton bâton, l’arc Śārṅga et d’autres—après que Dadhīci et Cyāvana les eurent émoussées et rendues sans effet.
Verse 15
पुरा जलन्धरं हन्तुं निर्मितं त्रिपुरारिणा रथाङ्गं सुशितं घोरं तेन तान् हन्तुम् अर्हसि
Jadis, pour tuer Jalandhara, Tripurari (le Seigneur Shiva) façonna un disque redoutable, tranchant comme un rasoir. C'est avec cette arme même que tu es apte à abattre ces ennemis.
Verse 16
तस्मात्तेन निहन्तव्या नान्यैः शस्त्रशतैरपि ततो निशम्य तेषां वै वचनं वारिजेक्षणः
« C'est pourquoi il doit être tué par ce moyen même, et par aucun autre, pas même par des centaines d'armes. » Ayant entendu ces paroles, celui aux yeux de lotus réfléchit et accepta le conseil.
Verse 17
वाचस्पतिमुखानाह स हरिश्चक्रभृत् स्वयम् श्रीविष्णुर् उवाच भोभो देवा महादेवं सर्वैर् देवैः सनातनैः
Alors Hari, le porteur du disque — Śrī Viṣṇu lui-même — s'adressa aux dieux, en commençant par Bṛhaspati : « Ô dieux ! Que toutes les divinités éternelles approchent ensemble Mahādeva. »
Verse 18
सम्प्राप्य सांप्रतं सर्वं करिष्यामि दिवौकसाम् देवा जलन्धरं हन्तुं निर्मितं हि पुरारिणा
« Ayant maintenant obtenu la pleine connaissance de toute chose, j'accomplirai ce qui doit être fait pour les habitants du ciel : les Devas doivent tuer Jalandhara, car il a en effet été façonné par l'Ennemi des Trois Cités (Shiva). »
Verse 19
लब्ध्वा रथाङ्गं तेनैव निहत्य च महासुरान् सर्वान्धुन्धुमुखान्दैत्यान् अष्टषष्टिशतान् सुरान्
Ayant obtenu le disque (rathāṅga), et utilisant cette arme même, il abattit les grands Asuras — en fait tous les Daityas de l'armée de Dhundhumukha — au nombre de huit mille six cents.
Verse 20
सबान्धवान्क्षणादेव युष्मान् संतारयाम्यहम् सूत उवाच एवम् उक्त्वा सुरश्रेष्ठान् सुरश्रेष्ठमनुस्मरन्
«Avec vos proches, je vous ferai traverser—à l’instant même.» Sūta dit : Ayant ainsi parlé aux plus éminents des dieux, il se souvint alors, en son cœur, du Suprême parmi les dieux, Śiva.
Verse 21
सुरश्रेष्ठस्तदा श्रेष्ठं पूजयामास शङ्करम् लिङ्गं स्थाप्य यथान्यायं हिमवच्छिखरे शुभे
Alors, le plus éminent parmi les Devas rendit un culte au Seigneur suprême Śaṅkara selon le rite prescrit, après avoir dûment établi le Liṅga sur un sommet auspiceux de l’Himavat.
Verse 22
मेरुपर्वतसंकाशं निर्मितं विश्वकर्मणा त्वरिताख्येन रुद्रेण रौद्रेण च जनार्दनः
Semblable au mont Meru, il fut façonné par Viśvakarman ; et Janārdana (Viṣṇu), avec le Rudra nommé Tvarita et la forme farouche Raudra, le fit apparaître d’une puissance fulgurante.
Verse 23
स्नाप्य सम्पूज्य गन्धाद्यैर् ज्वालाकारं मनोरमम् तुष्टाव च तदा रुद्रं सम्पूज्याग्नौ प्रणम्य च
L’ayant baigné et honoré pleinement de parfums et d’autres offrandes, contemplant la ravissante manifestation en forme de flamme, il loua alors Rudra ; puis, après avoir dûment vénéré Agni, il se prosterna avec respect.
Verse 24
देवं नाम्नां सहस्रेण भवाद्येन यथाक्रमम् पूजयामास च शिवं प्रणवाद्यं नमो ऽन्तकम्
Il rendit un culte à Śiva dans l’ordre prescrit par les mille Noms divins commençant par « Bhava » ; commençant par le praṇava « Oṁ », il offrit son hommage à Celui qui met fin à la mort.
Verse 25
देवं नाम्नां सहस्रेण भवाद्येन महेश्वरम् प्रतिनाम स पद्मेन पूजयामास शङ्करम्
Par mille noms divins—commençant par « Bhava »—il rendit un culte à Mahādeva, le Grand Seigneur ; à chaque nom il offrit un lotus, et ainsi il adora Śaṅkara avec bhakti.
Verse 26
अग्नौ च नामभिर् देवं भवाद्यैः समिदादिभिः स्वाहान्तैर्विधिवद्धुत्वा प्रत्येकमयुतं प्रभुम्
Ensuite, dans le feu sacré, qu’on offre les oblations selon le rite, en invoquant le Seigneur par les noms commençant par « Bhava » ; avec les baguettes de bois et les autres matières prescrites, et en concluant chaque offrande par « svāhā », qu’on accomplisse dix mille oblations pour chaque nom, au Seigneur souverain (Pati).
Verse 27
तुष्टाव च पुनः शंभुं भवाद्यैर्भवमीश्वरम् श्रीविष्णुरुवाच भवः शिवो हरो रुद्रः पुरुषः पद्मलोचनः
Alors Śrī Viṣṇu loua de nouveau Śambhu—Bhava, le Seigneur—en prononçant Ses noms primordiaux : « Tu es Bhava, Śiva, Hara, Rudra, le Purusha suprême, Celui aux yeux de lotus. »
Verse 28
अर्थितव्यः सदाचारः सर्वशंभुर्महेश्वरः ईश्वरः स्थाणुरीशानः सहस्राक्षः सहस्रपात्
Il est Celui qu’il faut implorer et rechercher avec bhakti ; Il est la Droiture même. Il est Śambhu, tout-auspice, Mahēśvara—Īśvara, Sthāṇu, le Pilier immobile, et Īśāna, le souverain. Il est le Seigneur aux Mille Yeux et aux Mille Pieds, qui pénètre tout en tant que Pati de chaque paśu (âme liée).
Verse 29
वरीयान् वरदो वन्द्यः शङ्करः परमेश्वरः गङ्गाधरः शूलधरः परार्थैकप्रयोजनः
Il est le Plus Excellent ; le Donateur de grâces ; digne de toute vénération—Śaṅkara, le Seigneur suprême. Il porte le Gaṅgā et brandit le trident ; son unique dessein est le bien d’autrui : la délivrance des âmes liées par la grâce.
Verse 30
सर्वज्ञः सर्वदेवादिगिरिधन्वा जटाधरः चन्द्रापीडश्चन्द्रमौलिर् विद्वान्विश्वामरेश्वरः
Il est l’Omniscient (Sarvajña) ; le Seigneur portant l’arc, maître des dieux primordiaux et des montagnes ; le Porteur des tresses ascétiques (Jaṭādhara) ; Celui dont la crête est la Lune et dont le diadème est la Lune ; le Sage accompli ; et le Souverain du cosmos entier et de tous les Immortels.
Verse 31
वेदान्तसारसंदोहः कपाली नीललोहितः ध्यानाधारोपरिच्छेद्यो गौरीभर्ता गणेश्वरः
Il est l’essence rassemblée du Vedānta ; Kapālī, le Porteur du crâne ; Nīlalohita, le Seigneur bleu et vermeil. Il est l’appui ininterrompu de la contemplation yogique, au-delà de toute limite. Il est l’époux de Gaurī et le Seigneur des Gaṇas.
Verse 32
अष्टमूर्तिर्विश्वमूर्तिस् त्रिवर्गः स्वर्गसाधनः ज्ञानगम्यो दृढप्रज्ञो देवदेवस्त्रिलोचनः
Il est Aṣṭamūrti, le Seigneur aux huit manifestations ; Viśvamūrti, la forme même de l’univers. Il est le fondement des trois buts de la vie (Trivarga) et le moyen sûr d’atteindre le ciel. On l’atteint par la connaissance véritable, ferme dans la sagesse parfaite : il est le Dieu des dieux, le Trois-Yeux (Trilocana) qui voit tout.
Verse 33
वामदेवो महादेवः पाण्डुः परिदृढो दृढः विश्वरूपो विरूपाक्षो वागीशः शुचिरन्तरः
Il est Vāmadeva, le Seigneur propice et bienfaisant ; il est Mahādeva, le Suprême Grand Dieu. Il est Pāṇḍu, le Pur et le rayonnant ; parfaitement ferme, inébranlable. Il est Viśvarūpa, dont la forme est l’univers entier, et aussi Virūpākṣa, le Trois-Yeux dont le regard dépasse la forme ordinaire. Il est Vāgīśa, souverain de la parole sacrée, toujours pur au-dedans, demeurant au cœur de tous.
Verse 34
सर्वप्रणयसंवादी वृषाङ्को वृषवाहनः ईशः पिनाकी खट्वाङ्गी चित्रवेषश्चिरन्तनः
Il parle avec une affection universelle ; il porte pour emblème le Taureau et a le Taureau pour monture. Il est Īśa, le Seigneur souverain ; Pinākī, porteur de l’arc Pināka ; Khaṭvāṅgī, celui qui brandit le bâton khaṭvāṅga. Paré d’un vêtement merveilleux : Lui, l’Éternel.
Verse 35
तमोहरो महायोगी गोप्ता ब्रह्माङ्गहृज्जटी कालकालः कृत्तिवासाः सुभगः प्रणवात्मकः
Il est le Dissipateur des ténèbres; le Grand Yogin; le Protecteur; le Seigneur aux mèches nattées portant la marque de Brahmā sur son corps et dans son cœur; la Mort de la Mort; Celui qui se vêt de peau; l’Auspicious, le Bienheureux; dont l’essence même est la syllabe sacrée Oṁ (Praṇava).
Verse 36
उन्मत्तवेषश् चक्षुष्यो दुर्वासाः स्मरशासनः दृढायुधः स्कन्दगुरुः परमेष्ठी परायणः
Il revêt l’apparence de la «folie» divine; il est la vision même, porteuse d’auspice; il prend la forme de Durvāsā; il châtie Kāma; ferme dans l’arme et dans la résolution; Guru de Skanda; Ordonnateur suprême; et Refuge ultime de tous.
Verse 37
अनादिमध्यनिधनो गिरिशो गिरिबान्धवः कुबेरबन्धुः श्रीकण्ठो लोकवर्णोत्तमोत्तमः
Il est Celui dont l’être est sans commencement, sans milieu ni fin; le Seigneur des montagnes; le parent de la Montagne (Himālaya); l’ami de Kubera; Śrīkaṇṭha, le Seigneur à la gorge de bon augure; et l’excellence suprême parmi tout ce que les mondes louent et décrivent.
Verse 38
सामान्यदेवः कोदण्डी नीलकण्ठः परश्वधी विशालाक्षो मृगव्याधः सुरेशः सूर्यतापनः
Il est la Divinité présente en tous les êtres; le porteur de l’arc Kodanda; Nīlakaṇṭha, le Seigneur à la gorge bleue; le porteur de la hache; le Grand‑Regard; le Chasseur qui dompte la sauvagerie des êtres; le Seigneur des dieux; et Celui dont l’éclat brûle comme le soleil.
Verse 39
धर्मकर्माक्षमः क्षेत्रं भगवान् भगनेत्रभित् उग्रः पशुपतिस् तार्क्ष्यः प्रियभक्तः प्रियंवदः
Il est le Seigneur qui rend efficaces le Dharma et l’acte sacré; il est lui‑même le Kṣetra, le Champ. Il est Bhagavān, celui qui brisa l’œil de Bhaga; le Terrible (Ugra); Paśupati, Seigneur des âmes liées; rapide comme Garuḍa; aimé de ses dévots; et celui dont la parole est douce et bienveillante.
Verse 40
दाता दयाकरो दक्षः कपर्दी कामशासनः श्मशाननिलयः सूक्ष्मः श्मशानस्थो महेश्वरः
Il est le Donateur, l’incarnation de la compassion et le Suprêmement capable; Kapardī, Celui qui porte les mèches emmêlées; le Châtieur de Kāma (le désir); Celui dont la demeure est le champ de crémation; le Subtil; Celui qui demeure au champ de crémation—Maheshvara, Mahādeva, le Grand Seigneur (Pati) de tous.
Verse 41
लोककर्ता भूतपतिर् महाकर्ता महौषधी उत्तरो गोपतिर्गोप्ता ज्ञानगम्यः पुरातनः
Il est le Créateur des mondes, le Seigneur des êtres (Bhūtapati), le Grand Faiseur; Il est lui-même l’herbe médicinale suprême. Il est le Transcendant, le Seigneur des vaches et le Protecteur; Il est atteignable par la connaissance vraie, l’Ancien primordial (Pūrātana).
Verse 42
नीतिः सुनीतिः शुद्धात्मा सोमः सोमरतः सुखी सोमपो ऽमृतपः सोमो महानीतिर्महामतिः
Il est l’Ordre juste lui-même et le meilleur des ordres; Il est d’âme pure. Il est Soma—se délectant sans cesse de Soma—toujours bienheureux. Il est le buveur de Soma et le buveur d’amṛta; Il est Soma en vérité—de grande gouvernance et d’intelligence vaste et souveraine.
Verse 43
अजातशत्रुरालोकः संभाव्यो हव्यवाहनः लोककारो वेदकारः सूत्रकारः सनातनः
Il est Celui qui n’a point d’ennemi; Il est la Lumière même de la conscience. Il est digne d’être contemplé et pris pour refuge; Il est le porteur des oblations (comme le Feu intérieur). Il est le Faiseur des mondes, le Révélateur des Vedas, le Compositeur des sūtras sacrés, et l’Éternel.
Verse 44
महर्षिः कपिलाचार्यो विश्वदीप्तिस्त्रिलोचनः पिनाकपाणिर् भूदेवः स्वस्तिदः स्वस्तिकृत्सदा
Il est le Grand Ṛṣi; le vénérable maître Kapila; la Lumière qui illumine l’univers entier; le Seigneur aux Trois Yeux; le porteur de l’arc Pināka; Bhūdeva, adoré comme le «dieu de la terre»; le dispensateur d’auspice; et toujours le créateur du bien-être.
Verse 45
त्रिधामा सौभगः शर्वः सर्वज्ञः सर्वगोचरः ब्रह्मधृग् विश्वसृक् स्वर्गः कर्णिकारः प्रियः कविः
Il est le Seigneur aux Trois Demeures (Tridhāmā), l’Auspicious; Śarva, qui détruit toute souillure. Omniscient, il est accessible à tous. Il soutient Brahman (le Veda et le principe suprême), fait naître l’univers, et il est lui-même l’état céleste. Il est Karṇikāra, rayonnant et en fleur; le Bien-Aimé; et le Poète-Ṛṣi qui révèle la sagesse sacrée.
Verse 46
शाखो विशाखो गोशाखः शिवो नैकः क्रतुः समः गङ्गाप्लवोदको भावः सकलः स्थपतिः स्थिरः
Il est Śākha et Viśākha, le Multiramifié qui s’étend en protection; il est Gośākha, gardien des troupeaux. Il est Śiva, le Seigneur auspicious, sans pourtant être enfermé dans l’unique. Il est Kratu, la puissance du sacrifice védique, et Sama, l’égal et l’impartial. Il est l’eau du saint débordement de la Gaṅgā; il est Bhāva, le principe de l’Être; il est Sakala, la Totalité; il est Sthapati, l’Architecte divin; et il est Sthira, l’Inébranlable.
Verse 47
विजितात्मा विधेयात्मा भूतवाहनसारथिः सगणो गणकार्यश् च सुकीर्तिश् छिन्नसंशयः
Il est le vainqueur de soi (Vijitātmā), l’Esprit parfaitement maîtrisé (Vidheyātmā); le cocher qui dirige les multitudes des êtres comme son véhicule. Toujours entouré de ses Gaṇas, il accomplit les œuvres des Gaṇas. De renommée auspicious, il tranche le doute et délie le pāśa de l’incertitude du paśu, l’âme liée.
Verse 48
कामदेवः कामपालो भस्मोद्धूलितविग्रहः भस्मप्रियो भस्मशायी कामी कान्तः कृतागमः
Il est Kāmadeva, la divinité du désir; et Kāmapāla, protecteur et gouverneur du désir. Son corps est poudré de bhasma, la cendre sacrée; il aime la cendre et repose sur la cendre. Il est le jouisseur qui maîtrise le désir, le Bien-Aimé qui charme tous les cœurs; et le Seigneur qui a établi les Āgamas, révélations shaïvites faisant autorité, guides du culte et de la délivrance.
Verse 49
समायुक्तो निवृत्तात्मा धर्मयुक्तः सदाशिवः चतुर्मुखश्चतुर्बाहुर् दुरावासो दुरासदः
Il est parfaitement uni dans le Yoga (Samāyukta), l’âme détournée des convoitises du monde (Nivṛttātmā). Établi dans le Dharma, il est Sadāśiva. À quatre visages et quatre bras, sa demeure est difficile à atteindre, et lui-même difficile à approcher : seul l’être discipliné, délivré des liens, peut s’en approcher.
Verse 50
दुर्गमो दुर्लभो दुर्गः सर्वायुधविशारदः अध्यात्मयोगनिलयः सुतन्तुस्तन्तुवर्धनः
Il est difficile d’accès et rarement atteint ; Il est la Forteresse même (Durgā) qui fait passer les êtres au-delà du péril. Expert en toutes armes divines, Il demeure comme refuge du Yoga intérieur. Il est le fil subtil qui tient toute chose, et Celui qui déploie les fils de la manifestation.
Verse 51
शुभाङ्गो लोकसारङ्गो जगदीशो ऽमृताशनः भस्मशुद्धिकरो मेरुर् ओजस्वी शुद्धविग्रहः
Ses membres sont auspices ; il est l’antilope de l’essence du monde—se mouvant librement sans attache au sein de tous les êtres ; le Seigneur de l’univers ; Celui qui se nourrit de l’amṛta, nectar d’immortalité. Il purifie par la cendre sacrée ; tel Meru, il est le soutien immuable ; il est empli de vigueur spirituelle ; et sa forme est parfaitement pure.
Verse 52
हिरण्यरेतास् तरणिर् मरीचिर् महिमालयः महाह्रदो महागर्भः सिद्धवृन्दारवन्दितः
Il est Hiraṇyaretas, dont la puissance génératrice est d’or et de pureté ; Il est Taraṇi, le Soleil intérieur qui fait traverser les êtres ; Il est Marīci, le rayon éclatant. Il est Mahimālaya, demeure de la majesté suprême ; Il est Mahāhrada, l’immense réservoir sacré ; Il est Mahāgarbha, le grand sein de la manifestation. Il est adoré par les multitudes de Siddhas.
Verse 53
व्याघ्रचर्मधरो व्याली महाभूतो महानिधिः अमृताङ्गो ऽमृतवपुः पञ्चयज्ञः प्रभञ्जनः
Il porte la peau de tigre ; Il est le Seigneur de la puissance serpentine ; la Grande Réalité élémentaire et l’immense Trésor de l’être. Ses membres sont impérissables et sa forme est immortelle. Il est le Sacrifice quintuple lui-même, et le Vent impétueux qui brise tous les liens.
Verse 54
पञ्चविंशतितत्त्वज्ञः पारिजातः परावरः सुलभः सुव्रतः शूरो वाङ्मयैकनिधिर्निधिः
Il est le Connaisseur des vingt-cinq tattvas ; le Pārijāta qui exauce les vœux ; le Seigneur qui transcende le supérieur et l’inférieur. Pour le dévot, Il est aisément atteignable ; ferme dans les vœux sacrés ; le Héroïque ; l’unique trésor de toute parole sacrée—et le Trésor lui-même.
Verse 55
वर्णाश्रमगुरुर्वर्णी शत्रुजिच्छत्रुतापनः आश्रमः क्षपणः क्षामो ज्ञानवानचलाचलः
Il est le Guru qui maintient et dirige les disciplines du varṇa et de l’āśrama, rayonnant dans l’observance sacrée. Il vainc les ennemis et consume l’hostilité elle‑même. Il est le refuge de l’effort spirituel; il épuise les impuretés, austère et amaigri par le tapas, et possède la vraie connaissance—immobile, et pourtant moteur de l’immobile.
Verse 56
प्रमाणभूतो दुर्ज्ञेयः सुपर्णो वायुवाहनः धनुर्धरो धनुर्वेदो गुणराशिर्गुणाकरः
Il est le fondement du pramāṇa, la validité même de la connaissance, et pourtant difficile à saisir. Il est Suparṇa, le Noble Ailé, porté par le vent. Il est le Porteur de l’arc, le connaisseur du Dhanurveda. Il est l’amas de toutes les qualités et la mine d’où naissent les qualités.
Verse 57
अनन्तदृष्टिरानन्दो दण्डो दमयिता दमः अभिवाद्यो महाचार्यो विश्वकर्मा विशारदः
Celui dont la vision est infinie est la Béatitude même. Il est le daṇḍa sacré de la discipline, le dompteur et la maîtrise de soi. Il est digne de salutations révérencieuses, le Grand Maître. Il est Viśvakarman, l’artisan de l’univers, le Maître d’une habileté suprême.
Verse 58
वीतरागो विनीतात्मा तपस्वी भूतभावनः उन्मत्तवेषः प्रच्छन्नो जितकामो जितप्रियः
Sans passion, humble d’âme, ascète de tapas et sanctificateur de tous les êtres, il chemine sous l’apparence d’un fou, demeurant caché. Il a vaincu le désir (kāma) et transcendé l’attachement à ce qui est cher.
Verse 59
कल्याणप्रकृतिः कल्पः सर्वलोकप्रजापतिः तपस्वी तारको धीमान् प्रधानप्रभुर् अव्ययः
Lui dont la nature est auspiciousité; le Kalpa lui‑même, l’ordonnance cosmique. Il est Prajāpati, Seigneur‑Procréateur de tous les mondes; l’ascète suprême. Il est Tāraka, celui qui fait traverser aux êtres l’océan du saṃsāra; le sage à l’intelligence parfaite. Il est le Seigneur de Pradhāna et l’Impérissable (Avyaya).
Verse 60
लोकपालो ऽन्तर्हितात्मा कल्पादिः कमलेक्षणः वेदशास्त्रार्थतत्त्वज्ञो नियमो नियमाश्रयः
Il est le Protecteur des mondes, dont le Soi demeure caché au-delà de la perception ordinaire. Il est le Commencement des cycles cosmiques, aux yeux de lotus; connaisseur du sens véritable et de la réalité (tattva) des Veda et des Śāstra. Il est la Discipline elle-même, et le fondement ainsi que le refuge de toutes les disciplines.
Verse 61
चन्द्रः सूर्यः शनिः केतुर् विरामो विद्रुमच्छविः भक्तिगम्यः परं ब्रह्म मृगबाणार्पणो ऽनघः
Il est la Lune, le Soleil, Saturne et Ketu; il est le Repos même, l’extinction de toute agitation. Son éclat est couleur de corail; on ne l’atteint que par la bhakti. Il est le Brahman suprême, le Seigneur sans tache; même l’offrande d’une flèche par le chasseur devient oblation pour lui.
Verse 62
अद्रिराजालयः कान्तः परमात्मा जगद्गुरुः सर्वकर्माचलस्त्वष्टा मङ्गल्यो मङ्गलावृतः
Lui dont la demeure est le Roi des montagnes est le Bien-Aimé; le Paramātman et le Guru de l’univers. Il est le fondement immobile de toutes les actions, l’Artisan divin (Tvashṭā). Il est l’Auspicious, toujours enveloppé d’auspiciosité.
Verse 63
महातपा दीर्घतपाः स्थविष्ठः स्थविरो ध्रुवः अहः संवत्सरो व्याप्तिः प्रमाणं परमं तपः
Il est le Grand Ascète, à l’austérité de longue durée; le Plus Massif, le Plus Ancien et l’Inébranlable. Il est le Jour et l’Année; l’omnipénétration, la mesure vraie de tout ce qui est, et le tapas suprême — puissance pure de transformation qui brûle le lien (pāśa) et révèle le Seigneur (Pati).
Verse 64
संवत्सरकरो मन्त्रः प्रत्ययः सर्वदर्शनः अजः सर्वेश्वरः स्निग्धो महारेता महाबलः
Il est l’auteur du cycle des années; il est le Mantra sacré lui-même. Il est le fondement de la certitude et Celui qui voit tout. Inengendré, Seigneur de tout, tendre de grâce; il possède une puissance génératrice immense et une force sans mesure.
Verse 65
योगी योग्यो महारेताः सिद्धः सर्वादिर् अग्निदः वसुर्वसुमनाः सत्यः सर्वपापहरो हरः
Il est le Yogin—à jamais établi dans le Yoga—et Celui qu’on atteint par le Yoga. Il est Mahāretāḥ, détenteur d’une puissance divine inépuisable; le Parfait (Siddha); la Cause première de tout. Il donne Agni (le feu sacré et sa force), il est Vasu, la vraie richesse, et Vasumanas, au cœur bienveillant. Il est la Vérité même, l’effaceur de tous les péchés, et Hara—le Seigneur qui ôte les liens.
Verse 66
अमृतः शाश्वतः शान्तो बाणहस्तः प्रतापवान् कमण्डलुधरो धन्वी वेदाङ्गो वेदविन्मुनिः
Il est Amṛta, l’Immortel; l’Éternel; la Paix même. Des flèches en sa main, il rayonne de puissance divine. Portant le kamaṇḍalu (la gourde d’eau de l’ascète) et brandissant l’arc, il est Vedāṅga, membre du Veda; connaisseur du Veda; le Sage suprême (Pati) qui délivre le paśu (l’âme individuelle) du pāśa (lien).
Verse 67
भ्राजिष्णुर् भोजनं भोक्ता लोकनेता दुराधरः अतीन्द्रियो महामायः सर्वावासश्चतुष्पथः
Il est le Rayonnant; il est la nourriture même et aussi celui qui en jouit. Il conduit les mondes et nul ne le surmonte aisément. Au-delà des sens, il est la Grande Māyā, puissance immense; il demeure en toutes demeures et il est le Seigneur qui préside au carrefour quadruple de l’existence.
Verse 68
कालयोगी महानादो महोत्साहो महाबलः महाबुद्धिर् महावीर्यो भूतचारी पुरन्दरः
Il est Kāla-yogī, le Yogin qui maîtrise le Temps; le Grand Son (Mahā-nāda). D’un élan immense et d’une force puissante; d’une vaste intelligence et d’une grande vaillance. Il circule parmi tous les êtres et, comme Purandara, « Briseur de forteresses », il fracasse les remparts du pāśa, les liens qui enferment le paśu (l’âme).
Verse 69
निशाचरः प्रेतचारी महाशक्तिर् महाद्युतिः अनिर्देश्यवपुः श्रीमान् सर्वहार्यमितो गतिः
Il est le Marcheur de la nuit et le Compagnon des esprits. Il possède la suprême Śakti et une vaste splendeur. Sa forme est indéfinissable; il est auspice et resplendissant. Nul ne peut lui résister, et sa marche est sans mesure—Śiva, le Pati qui dépasse toute limite.
Verse 70
बहुश्रुतो बहुमयो नियतात्मा भवोद्भवः ओजस्तेजो द्युतिकरो नर्तकः सर्वकामकः
Il est l’Omniscient, aux formes innombrables, et l’âme maîtrisée. De Lui naît le bhava, le devenir. Il est force et tejas, splendeur spirituelle, artisan de la radiance ; Nataraja, le Danseur cosmique, qui accorde l’accomplissement de tous les désirs légitimes.
Verse 71
नृत्यप्रियो नृत्यनृत्यः प्रकाशात्मा प्रतापनः बुद्धस्पष्टाक्षरो मन्त्रः सन्मानः सारसंप्लवः
Il se plaît dans la danse cosmique ; Il est la Danse au cœur de la danse. Son essence est pure Lumière ; Il attise l’éclat spirituel. Il est le Mantra dont les syllabes sont saisies avec limpidité par l’intelligence éveillée ; le Donateur du vrai honneur ; et Celui qui fait traverser aux êtres le déluge du samsara jusqu’à l’essence.
Verse 72
युगादिकृद् युगावर्तो गंभीरो वृषवाहनः इष्टो विशिष्टः शिष्टेष्टः शरभः शरभो धनुः
Il est l’Initiateur des yugas et la Puissance qui fait tourner la roue des âges. Profond et insondable, Il chevauche le Taureau, Vṛṣabha (Dharma). Il est le Bien-Aimé et l’Excellence suprême, cher aux disciplinés et vénéré des justes. Il est Śarabha, puissance au-delà de toute mesure, et Il est l’Arc : la force qui plie et oriente toutes les énergies vers le Seigneur, le Pati.
Verse 73
अपां निधिरधिष्ठानं विजयो जयकालवित् प्रतिष्ठितः प्रमाणज्ञो हिरण्यकवचो हरिः
Il est le trésor des eaux et le socle du soutien. Il est la Victoire elle-même, connaissant l’instant juste du triomphe. Solidement établi, Il connaît les justes mesures —de la réalité et du rite—. Revêtu d’une armure d’or, Hari, demeurant comme le Seigneur suprême (Pati), protège tous les êtres.
Verse 74
विरोचनः सुरगणो विद्येशो विबुधाश्रयः बालरूपो बलोन्माथी विवर्तो गहनो गुरुः
Il est Virocana, le Rayonnant ; Il est comme la cohorte même des Devas ; Seigneur des vidyā sacrées et refuge des sages. Il apparaît sous une forme juvénile, et pourtant Il brise l’orgueil de la force. Il est le Transformateur mystérieux et l’Insondable ; oui, le Guru suprême (Pati) qui accorde la connaissance vraie et tranche le pāśa de l’entrave du paśu.
Verse 75
करणं कारणं कर्ता सर्वबन्धविमोचनः विद्वत्तमो वीतभयो विश्वभर्ता निशाकरः
Il est l’instrument et la Cause suprême, l’Agent de toute action. Il est le Libérateur de tout lien (pāśa), le plus éminent en sagesse, parfaitement sans crainte, le Soutien de l’univers, et Niśākara, le Porteur de la lune.
Verse 76
व्यवसायो व्यवस्थानः स्थानदो जगदादिजः दुन्दुभो ललितो विश्वो भवात्मात्मनि संस्थितः
Il est l’Effort juste et la Puissance de l’Ordre; il accorde la vraie demeure et le soutien (dharma) et il est la Source primordiale des mondes. Il est Dundubhi, le tambour résonnant de la vibration cosmique; le Ludique et le Beau; il est l’Univers lui-même — Bhava, dont le Soi demeure fermement établi dans le Soi suprême.
Verse 77
वीरेश्वरो वीरभद्रो वीरहा वीरभृद् विराट् वीरचूडामणिर्वेत्ता तीव्रनादो नदीधरः
Il est Vīreśvara, Seigneur de toutes les puissances héroïques; Vīrabhadra, le héros de bon augure; le destructeur des forces hostiles; le porteur et le protecteur des vaillants; Virāṭ, la Vasteur cosmique qui pénètre tout. Il est le joyau de faîte des héros et le Connaisseur; son rugissement est puissant; et il porte et gouverne les rivières, purifiant le paśu et brisant le pāśa par sa souveraine puissance en tant que Pati.
Verse 78
आज्ञाधरस्त्रिशूली च शिपिविष्टः शिवालयः वालखिल्यो महाचापस् तिग्मांशुर् निधिर् अव्ययः
Il est le Porteur du commandement divin; le Détenteur du Trident; l’Omniprésent entré en toute forme; la Demeure même de l’auspice. Il est Vālakhilya, plus subtil que le subtil; le Grand Archer; celui dont les rayons acérés consument l’impureté; le Trésor de toutes les perfections; et l’Impérissable — Pati, à jamais intact des pāśa qui lient le paśu.
Verse 79
अभिरामः सुशरणः सुब्रह्मण्यः सुधापतिः मघवान्कौशिको गोमान् विश्रामः सर्वशासनः
Il est Abhirāma, la joie de tous; Suśaraṇa, le refuge sûr du paśu enchaîné; Subrahmaṇya, le bienfaiteur de la sagesse sacrée et du dharma juste; Sudhāpati, Seigneur du nectar d’immortalité. Il est Maghavān, puissant et resplendissant; Kauśika, le voyant à la lumière intérieure tel un sage; Gomān, riche des “vaches” du dharma et de l’abondance; Viśrāma, le repos où tous trouvent la paix; et Sarvaśāsana, le souverain qui ordonne toutes les lois.
Verse 80
ललाटाक्षो विश्वदेहः सारः संसारचक्रभृत् अमोघदण्डी मध्यस्थो हिरण्यो ब्रह्मवर्चसी
Celui dont le front porte l’Œil (le Seigneur aux Trois Yeux) ; dont le corps est l’univers ; l’Essence même ; le porteur de la roue du saṃsāra ; le détenteur du bâton infaillible de la discipline ; demeurant au centre comme Témoin intérieur ; d’un éclat d’or ; resplendissant de la splendeur spirituelle du brahman.
Verse 81
परमार्थः परमयः शम्बरो व्याघ्रको ऽनलः रुचिर् वररुचिर् वन्द्यो वाचस्पतिरहर्पतिः
Il est la Vérité suprême et la Réalité la plus haute ; il est Śambara, le Tigre‑semblable, et le Feu. Il est le Rayonnant et le plus Rayonnant ; le digne de vénération ; le Seigneur de la parole sacrée ; et le Seigneur du jour.
Verse 82
रविर्विरोचनः स्कन्धः शास्ता वैवस्वतो जनः युक्तिरुन्नतकीर्तिश् च शान्तरागः पराजयः
Il est Ravi, le Soleil qui illumine ; Virocana, le Rayonnant ; Skandha, la puissance qui soutient et conduit ; Śāstā, le Souverain et l’Instructeur divin ; Vaivasvata, lié à l’ordre solaire et à la loi du temps ; Jana, le Seigneur des êtres ; Yukti, le principe du juste discernement ; Unnatakīrti, dont la renommée s’élève toujours ; Śāntarāga, dont la passion s’apaise en sérénité ; et Parājaya, Celui qui ne connaît pas la défaite—qui accorde la victoire sur le lien (pāśa) à l’âme liée (paśu).
Verse 83
कैलासपतिकामारिः सविता रविलोचनः विद्वत्तमो वीतभयो विश्वहर्ता निवारितः
Il est le Seigneur du Kailāsa, l’ennemi de Kāma ; Savitṛ, le Soleil intérieur, dont les yeux sont le Soleil. Il est le Très‑Sage, parfaitement sans crainte ; celui qui retire l’univers lors de la dissolution ; et celui qui retient et repousse (le mal et l’asservissement).
Verse 84
नित्यो नियतकल्याणः पुण्यश्रवणकीर्तनः दूरश्रवा विश्वसहो ध्येयो दुःस्वप्ननाशनः
Il est Éternel ; son auspiciosité est établie sans défaillance. Écouter et chanter ses saints Noms est, en soi, un mérite. Sa renommée porte au loin ; il supporte le fardeau de l’univers. Il est digne de méditation, et il détruit les mauvais rêves—dissipant les signes néfastes et la crainte qu’ils font naître dans l’âme liée (paśu).
Verse 85
उत्तारको दुष्कृतिहा दुर्धर्षो दुःसहो ऽभयः अनादिर्भूर्भुवोलक्ष्मीः किरीटी त्रिदशाधिपः
Il est le Libérateur qui fait passer les êtres au-delà des liens; le Destructeur du démérite; l’Inattaquable et l’Insoutenable pour les forces de l’ignorance; le Refuge sans peur. Il est Sans-commencement, la prospérité même de la terre et du ciel; le Seigneur couronné, le Souverain des dieux.
Verse 86
विश्वगोप्ता विश्वभर्ता सुधीरो रुचिराङ्गदः जननो जनजन्मादिः प्रीतिमान्नीतिमान्नयः
Il est le Protecteur de l’univers et le Soutien de l’univers; le Sage profond, paré de splendides bracelets. Il est le Procréateur — le commencement même des naissances des êtres; plein d’amour gracieux, établi dans le dharma, et Celui qui conduit (les âmes) sur la voie juste.
Verse 87
विशिष्टः काश्यपो भानुर् भीमो भीमपराक्रमः प्रणवः सप्तधाचारो महाकायो महाधनुः
Il est l’Être distingué; Kāśyapa; le Soleil rayonnant; le Terrible à la puissance redoutable. Il est le Pranava (Oṁ) lui-même; le Seigneur dont la conduite est septuple; au corps immense; et le Porteur du grand arc—Mahādeva, le Pati qui tranche les pāśa liant le paśu.
Verse 88
जन्माधिपो महादेवः सकलागमपारगः तत्त्वातत्त्वविवेकात्मा विभूष्णुर् भूतिभूषणः
Mahādeva est le Seigneur de toute naissance et de toute origine, le maître qui a atteint l’autre rive de tous les Āgamas. Sa nature même est le discernement entre tattva et atattva, le réel et l’irréel. Paré de puissances divines, il est l’ornement de toute prospérité et de toute splendeur sacrée.
Verse 89
ऋषिर्ब्राह्मणविज्जिष्णुर् जन्ममृत्युजरातिगः यज्ञो यज्ञपतिर्यज्वा यज्ञान्तो ऽमोघविक्रमः
Il est le Voyant et le connaisseur de Brahman; le toujours victorieux qui transcende naissance, mort et vieillesse. Il est le Sacrifice même, le Seigneur du sacrifice et l’officiant; l’achèvement de tous les rites—dont l’élan et la puissance ne faillissent jamais.
Verse 90
महेन्द्रो दुर्भरः सेनी यज्ञाङ्गो यज्ञवाहनः पञ्चब्रह्मसमुत्पत्तिर् विश्वेशो विमलोदयः
Il est Mahendra, la puissance souveraine suprême; l’Inexpugnable que nul ne peut vaincre; le Chef des armées. Il est le membre même du yajña et Celui qui porte et transporte le sacrifice. De Lui procède le Pañcabrahma, les cinq aspects sacrés de Śiva. Il est Viśveśa, Seigneur de l’univers, dont la manifestation se lève, immaculée et pure.
Verse 91
आत्मयोनिर् अनाद्यन्तः षड्विंशत्सप्तलोकधृक् गायत्रीवल्लभः प्रांशुर् विश्वावासः प्रभाकरः
Il est Ātmayoni, l’Auto-né, sans commencement ni fin; le Soutien des sept mondes et des vingt-six tattva. Bien-aimé de Gāyatrī, haut et sublime, demeure même de l’univers, Il est Prabhākara, le Faiseur de lumière.
Verse 92
शिशुर्गिरिरतः सम्राट् सुषेणः सुरशत्रुहा अमोघो ऽरिष्टमथनो मुकुन्दो विगतज्वरः
Il est l’Éternel Jeune; Celui qui se réjouit sur la montagne; l’Empereur souverain; Suṣeṇa, au noble cortège; le Tueur des ennemis des dieux. Il est Amogha, le Seigneur infaillible; le Destructeur du malheur; Mukunda, le Donateur de délivrance; et Celui qui est sans fièvre, apaisant les brûlantes afflictions qui enchaînent le paśu.
Verse 93
स्वयंज्योतिर् अनुज्योतिर् आत्मज्योतिर् अचञ्चलः पिङ्गलः कपिलश्मश्रुः शास्त्रनेत्रस् त्रयीतनुः
Il est la Lumière par Lui-même; la Lumière qui éclaire toutes les lumières; la Lumière intérieure du Soi. Inébranlable et immobile, de teinte fauve, à la barbe fauve. Ses yeux sont les śāstra, et son corps est la Triade védique, les trois Veda. Ainsi Pati, le Seigneur au-delà du pāśa, se révèle au paśu comme pure conscience.
Verse 94
ज्ञानस्कन्धो महाज्ञानी निरुत्पत्तिर् उपप्लवः भगो विवस्वानादित्यो योगाचार्यो बृहस्पतिः
Il est la masse même de la Connaissance, le Grand Connaissant; non né et indemne des bouleversements. Il est Bhaga, le Dispensateur de la fortune divine; Vivasvān, le Soleil rayonnant, l’Āditya. Il est le Maître du Yoga et Bṛhaspati — la sagesse sacrée qui guide tous les êtres.
Verse 95
उदारकीर्तिर् उद्योगी सद्योगी सदसन्मयः नक्षत्रमाली राकेशः साधिष्ठानः षडाश्रयः
Lui dont la renommée est vaste et sublime; l’Infatigable toujours à l’œuvre; le Yogin parfait; Celui qui imprègne l’être et le non-être. Paré d’une guirlande d’étoiles; Seigneur de la nuit (la Lune); solidement établi comme fondement intérieur; et refuge des six voies de l’existence.
Verse 96
पवित्रपाणिः पापारिर् मणिपूरो मनोगतिः हृत्पुण्डरीकमासीनः शुक्लः शान्तो वृषाकपिः
Lui dont les mains sont pures et sanctifiantes; l’ennemi du péché; l’habitant de Maṇipūra, plus rapide que la pensée. Assis dans le lotus du cœur; rayonnant, blanc de pureté; parfaitement paisible — Il est Vṛṣākapi, le Seigneur qui soutient le dharma et éveille le paśu vers la délivrance.
Verse 97
विष्णुर्ग्रहपतिः कृष्णः समर्थो ऽनर्थनाशनः अधर्मशत्रुरक्षय्यः पुरुहूतः पुरुष्टुतः
Il est Viṣṇu; Seigneur des planètes; le Sombre; le Tout-Puissant qui détruit l’infortune. Ennemi de l’adharma, impérissable; invoqué par beaucoup et loué par tous — tel est le Pati suprême qui desserre les liens du pāśa retenant le paśu.
Verse 98
ब्रह्मगर्भो बृहद्गर्भो धर्मधेनुर्धनागमः जगद्धितैषी सुगतः कुमारः कुशलागमः
Il est le Sein de Brahmā et le vaste Sein cosmique; la Vache du Dharma et la source d’où naissent la richesse et les moyens justes. Il recherche le bien des mondes et suit une voie propice. Toujours jeune, il apporte le bien-être et révèle les chemins du véritable salut spirituel.
Verse 99
हिरण्यवर्णो ज्योतिष्मान् नानाभूतधरो ध्वनिः अरोगो नियमाध्यक्षो विश्वामित्रो द्विजोत्तमः
Il est d’or et rayonne d’une splendeur spirituelle; il porte et soutient les multiples ordres des êtres, et il est le Son primordial. Sans aucune affliction, il préside aux disciplines sacrées (niyama). Il est le guide intérieur de sages tels Viśvāmitra, et le suprême parmi les dvija, les « deux-fois-nés ».
Verse 100
बृहज्ज्योतिः सुधामा च महाज्योतिरनुत्तमः मातामहो मातरिश्वा नभस्वान् नागहारधृक्
Il est la Vaste Lumière et la Demeure de l’éclat d’amṛta; la Grande Lumière suprême, sans égale. Il est l’Aïeul primordial, Mātariśvan—le souffle de vie qui se meut en tous, Nabhasvān—le vent cosmique, et le Porteur de la guirlande de serpents. Il est Śiva, le Pati, qui dénoue les pāśa liant le paśu.
Verse 101
पुलस्त्यः पुलहो ऽगस्त्यो जातूकर्ण्यः पराशरः निरावरणधर्मज्ञो विरिञ्चो विष्टरश्रवाः
Pulastya, Pulaha, Agastya, Jātūkarṇya et Parāśara—avec Nirāvaraṇa, connaisseur du Dharma sans voile, ainsi que Viriñca (Brahmā) et Viṣṭaraśravā—sont comptés parmi les ṛṣi vénérables, renommés pour une claire intelligence, sans entrave, de la loi sacrée, accordés au Pati dont le Liṅga est la marque de la Réalité suprême.
Verse 102
आत्मभूर् अनिरुद्धो ऽत्रिज्ञानमूर्तिर् महायशाः लोकचूडामणिर्वीरः चण्डसत्यपराक्रमः
Il est Ātmabhū, le Né de soi, et Aniruddha, l’Irrésistible; sa forme est Connaissance au-delà de toute limite triadique. Vaste en gloire, il est le joyau du faîte des mondes—héroïque, farouche, et d’une puissance inébranlable, fondée sur la Vérité.
Verse 103
व्यालकल्पो महाकल्पो महावृक्षः कलाधरः अलंकरिष्णुस् त्वचलो रोचिष्णुर्विक्रमोत्तमः
Il est Vyālakalpa, la mesure du temps qui contient même les puissances les plus redoutables; il est le Grand Âge lui-même. Il se dresse comme le Mahāvṛkṣa, l’arbre cosmique puissant, Kalādhara, porteur de toutes les phases et énergies divines. Il orne et sanctifie toute chose, l’Absolu immobile; toujours rayonnant, il est suprême en vaillance—le Pati qui, par sa souveraineté, transcende tout pāśa liant le paśu.
Verse 104
आशुशब्दपतिर्वेगी प्लवनः शिखिसारथिः असंसृष्टो ऽतिथिः शक्रः प्रमाथी पापनाशनः
Il est le Seigneur du mantra au son rapide, l’Impetueux et le Vif; celui qui fait traverser aux êtres le saṃsāra; le Cocher du Né du Feu, Skanda. Il n’est pas souillé par le contact: il est l’Hôte (Atithi) toujours présent dans tous les cœurs; le Souverain puissant, le dompteur des forces ennemies et le destructeur du péché—Śiva, le Pati qui desserre les pāśa liant le paśu.
Verse 105
वसुश्रवाः कव्यवाहः प्रतप्तो विश्वभोजनः जर्यो जराधिशमनो लोहितश् च तनूनपात्
Il est Vasuśravā, dont la renommée est un trésor; Kavyavāha, porteur des offrandes aux Ancêtres; Pratप्तa, l’Ardent au feu intense; Viśvabhojana, le Soutien qui nourrit l’univers entier. Il est Jarya, l’Ancien; Jarādhiśamana, Celui qui ôte la décrépitude et la vieillesse; Lohita, le Seigneur Rouge au resplendissement de feu; et Tanūnapāt, le Feu né de Lui-même, jailli de son propre Être.
Verse 106
पृषदश्वो नभोयोनिः सुप्रतीकस् तमिस्रहा निदाघस्तपनो मेघः पक्षः परपुरंजयः
Il est Pṛṣadaśva, rapide comme le cheval tacheté; la Matrice du ciel, source de toute immensité; de forme propice et d’emblème parfait. Il est le dissipateur des ténèbres, l’ardeur brûlante de l’été, le Soleil flamboyant et le nuage porteur de pluie. Il est l’aile qui fait traverser les êtres, et le vainqueur des citadelles ennemies — Śiva, le Pati qui triomphe de tout pāśa liant le paśu.
Verse 107
मुखानिलः सुनिष्पन्नः सुरभिः शिशिरात्मकः वसंतो माधवो ग्रीष्मो नभस्यो बीजवाहनः
Il est Mukhānila, le souffle de vie qui s’écoule de la bouche; Suniṣpanna, le pleinement manifesté; Surabhi, le Parfumé; Śiśirātmaka, de nature fraîche et apaisante. Il est le Printemps et Mādhava; l’Été et Nabhasya (saison/mois des pluies); et Bījavāhana, le Porteur de la semence, qui porte en tous les êtres la puissance de création.
Verse 108
अङ्गिरा मुनिरात्रेयो विमलो विश्ववाहनः पावनः पुरुजिच्छक्रस् त्रिविद्यो नरवाहनः
Il est Aṅgiras; le Muni; Ātreya; Vimala, l’Immaculé; Viśvavāhana, Celui qui porte l’univers; Pāvana, le Purificateur; Purujicchākra, vainqueur de multitudes, Seigneur d’une puissance semblable à Indra; Trividya, connaisseur des trois Veda; et Naravāhana, Celui qui porte l’humanité — le Pati qui élève les âmes paśu au-delà des liens du pāśa.
Verse 109
मनो बुद्धिरहङ्कारः क्षेत्रज्ञः क्षेत्रपालकः तेजोनिधिर् ज्ञाननिधिर् विपाको विघ्नकारकः
Il est le Mental, l’Intellect et le sentiment du « moi ». Il est Kṣetrajña, le Connaisseur du champ (l’âme incarnée), et aussi Kṣetrapālaka, le Gardien du champ (le Seigneur qui gouverne l’incarnation). Il est Tejonidhi et Jñānanidhi — trésor de radiance divine et trésor de connaissance libératrice. Il est Vipāka, la maturation du karma en ses fruits, et Vighnakāraka, Celui qui suscite des obstacles, retenant le paśu lié par le pāśa et l’orientant vers le Pati.
Verse 110
अधरो ऽनुत्तरो ज्ञेयो ज्येष्ठो निःश्रेयसालयः शैलो नगस्तनुर्देहो दानवारिररिन्दमः
Il est l’Inférieur et pourtant l’Inégalé—sachez-le comme le Suprême; le Plus Ancien, Demeure de la béatitude ultime (niḥśreyasa). Il est la Montagne et le Seigneur des montagnes; le Corps même et la forme incarnée; l’ennemi des Dānavas et le dompteur des ennemis.
Verse 111
चारुधीर् जनकश्चारुविशल्यो लोकशल्यकृत् चतुर्वेदश्चतुर्भावश् चतुरश्चतुरप्रियः
Son intelligence est de bon augure et rayonnante; il est le Procréateur universel; le Beau Guérisseur qui ôte la douleur; celui qui retire des mondes l’épine de la souffrance. Il est l’essence des quatre Veda; il se manifeste comme les quatre états de l’être; il est souverainement sage et habile; et il se réjouit de la sainte quaternité—soutenant l’ordre quadruple qui mène le paśu (l’âme liée) vers le Pati (le Seigneur).
Verse 112
आम्नायो ऽथ समाम्नायस् तीर्थदेवशिवालयः बहुरूपो महारूपः सर्वरूपश् चराचरः
Il est l’Āmnāya, la tradition sacrée révélée, et le Samāmnāya, sa transmission accomplie. Il est la divinité des tīrtha et le Śivālaya même, la demeure de Śiva. Multiforme et de Forme suprême, il devient toutes les formes—l’univers mouvant et immobile.
Verse 113
न्यायनिर्वाहको न्यायो न्यायगम्यो निरञ्जनः सहस्रमूर्धा देवेन्द्रः सर्वशस्त्रप्रभञ्जनः
Il est le Soutien de la justice et le Principe même de la justice; il est atteignable par la droiture, sans tache et intact. Aux mille têtes, Seigneur des dieux, il brise la puissance de toute arme.
Verse 114
मुण्डो विरूपो विकृतो दण्डी दान्तो गुणोत्तमः पिङ्गलाक्षो ऽथ हर्यक्षो नीलग्रीवो निरामयः
Il est Muṇḍa, le Crâne rasé; celui dont la forme inspire la crainte sacrée; le Transcendant au-delà des apparences ordinaires. Porteur du daṇḍa (bâton), maître de soi, le plus haut parmi les vertueux. Ses yeux sont fauves; puis encore, son regard est vert-doré; sa gorge est bleu sombre; et il est le Seigneur pur, qui dissipe les maladies.
Verse 115
सहस्रबाहुः सर्वेशः शरण्यः सर्वलोकभृत् पद्मासनः परं ज्योतिः परावरं परं फलम्
Il est Celui aux mille bras, le Seigneur de tout, le Refuge de tous et le Soutien de chaque monde. Assis sur le siège de lotus, Il est la Lumière suprême—au-delà du supérieur et de l’inférieur—et le Fruit suprême, la délivrance ultime, pour l’âme liée.
Verse 116
पद्मगर्भो महागर्भो विश्वगर्भो विचक्षणः परावरज्ञो बीजेशः सुमुखः सुमहास्वनः
Il est Celui au sein de lotus, le Grand Sein, le Sein de l’univers et le Clairvoyant. Il connaît le supérieur et l’inférieur; il est le Seigneur de la Semence, la cause première; au visage de bon augure, et il retentit d’un son sacré d’une puissance suprême.
Verse 117
देवासुरगुरुर्देवो देवासुरनमस्कृतः देवासुरमहामात्रो देवासुरमहाश्रयः
Il est le Deva, le Seigneur divin, Guru des dieux et des asuras; honoré par les deux. Il est la grande puissance qui les gouverne et les conseille, et le refuge suprême dont dieux et asuras dépendent.
Verse 118
देवादिदेवो देवर्षिदेवासुरवरप्रदः देवासुरेश्वरो दिव्यो देवासुरमहेश्वरः
Il est le Dieu des dieux, le voyant divin parmi les devas, le dispensateur de grâces aux Devas et aux Asuras également. Il est le Souverain des Devas et des Asuras—transcendant et resplendissant—Mahādeva, le Grand Seigneur. En tant que Pati, le Seigneur, Lui seul accorde grâce et retenue, liant et délivrant les paśus selon le dharma.
Verse 119
सर्वदेवमयो ऽचिन्त्यो देवतात्मात्मसंभवः ईड्यो ऽनीशः सुरव्याघ्रो देवसिंहो दिवाकरः
Il est Celui qui renferme en Lui tous les dieux, l’Inconcevable au-delà du mental. Il est le Soi des divinités et, de Lui-même, naît comme le Soi intérieur. Il est digne de louange—sans maître au-dessus de Lui—lion parmi les dieux, tigre parmi les célestes, et resplendissant comme le soleil.
Verse 120
विबुधाग्रवरश्रेष्ठः सर्वदेवोत्तमोत्तमः शिवज्ञानरतः श्रीमान् शिखिश्रीपर्वतप्रियः
Il est le premier parmi les meilleurs des dieux, le Suprême au-dessus de toutes les divinités. Toujours absorbé dans la connaissance du Śiva-tattva, le Seigneur faste et rayonnant est chéri de la glorieuse montagne Śikhī.
Verse 121
जयस्तंभो विशिष्टम्भो नरसिंहनिपातनः ब्रह्मचारी लोकचारी धर्मचारी धनाधिपः
Il est le Pilier de la Victoire, le Soutien unique, sans égal ni dépassement. Il est Celui qui abattit Narasiṃha; le brahmacārī qui chemine à travers les mondes; Celui qui suit la voie du Dharma; et le Seigneur des richesses, dispensant la prospérité tout en demeurant souverain de toute possession.
Verse 122
नन्दी नन्दीश्वरो नग्नो नग्नव्रतधरः शुचिः लिङ्गाध्यक्षः सुराध्यक्षो युगाध्यक्षो युगावहः
Il est Nandī, le Seigneur de Nandī. Il est l’ascète nu, porteur du vœu de nudité, et parfaitement pur. Il est le Seigneur présidant au Liṅga, le Seigneur des Devas, le régent des Yugas, et Celui qui fait paraître les Yugas et en fait couler le cours.
Verse 123
स्ववशः सवशः स्वर्गः स्वरः स्वरमयस्वनः बीजाध्यक्षो बीजकर्ता धनकृद् धर्मवर्धनः
Il se gouverne Lui-même et demeure toujours en Sa propre puissance; et Il met tout sous Sa puissance. Il est le Ciel lui-même, le ton primordial, et le son tissé de tous les tons. Il préside à la semence et Il est le faiseur de la semence; Il accorde la prospérité et fait croître le dharma.
Verse 124
दंभो ऽदम्भो महादंभः सर्वभूतमहेश्वरः श्मशाननिलयस्तिष्यः सेतुरप्रतिमाकृतिः
Il est Dambha et aussi Adambha; Il est le Grand Dambha. Il est Maheśvara, le Seigneur suprême de tous les êtres. Il demeure au lieu de crémation; Il est Tiṣya; et Il est Setu, le Pont à la forme incomparable.
Verse 125
लोकोत्तरस्फुटालोकस् त्र्यंबको नागभूषणः अन्धकारिर्मखद्वेषी विष्णुकन्धरपातनः
Il est le Transcendant, dont l’éclat resplendit comme une lumière pure au-delà de tous les mondes; le Seigneur aux Trois Yeux; Celui qui se pare de serpents. Il est le Tueur d’Andhaka, l’Adversaire de l’orgueil des sacrifices, et Celui qui fit ployer la nuque de Viṣṇu—abaissant même le Préservateur lorsque le dharma est obscurci.
Verse 126
वीतदोषो ऽक्षयगुणो दक्षारिः पूषदन्तहृत् धूर्जटिः खण्डपरशुः सकलो निष्कलो ऽनघः
Il est sans défaut, riche de qualités impérissables; l’ennemi de Dakṣa, celui qui arracha les dents de Pūṣan. Il est Dhūrjaṭi, aux mèches emmêlées, et le porteur de la hache brisée. Il est à la fois avec forme (Sakala) et au-delà de la forme (Niṣkala), le Seigneur sans péché—le Pati qui délivre le paśu du pāśa.
Verse 127
आधारः सकलाधारः पाण्डुराभो मृडो नटः पूर्णः पूरयिता पुण्यः सुकुमारः सुलोचनः
Il est le Support, le fondement universel de tout. D’une splendeur pâle et rayonnante, il est Mr̥ḍa, le Bienveillant, et Naṭa, le Danseur cosmique. Toujours accompli, il est Celui qui mène toute chose à la plénitude; il est le Saint dispensateur de mérite—tendre et doux, aux beaux yeux.
Verse 128
सामगेयः प्रियकरः पुण्यकीर्तिरनामयः मनोजवस्तीर्थकरो जटिलो जीवितेश्वरः
Il est loué par les chants du Sāman; dispensateur de ce qui est cher et de bon augure; sa renommée est sainte, sans maladie. Rapide comme la pensée, il établit les tīrtha, gués sacrés; l’ascète aux cheveux en jata; le Seigneur de la vie—Śiva, le Pati qui desserre les pāśa liant le paśu.
Verse 129
जीवितान्तकरो नित्यो वसुरेता वसुप्रियः सद्गतिः सत्कृतिः सक्तः कालकण्ठः कलाधरः
Il est Celui qui met fin à la vie incarnée, l’Éternel; Vasuretā, dont la semence est l’essence même de la prospérité, et le Bien‑Aimé des Vasus. Il est le Refuge véritable et le dispensateur de l’honneur juste; toujours engagé à soutenir l’ordre cosmique. Il est Kālakāṇṭha, le Seigneur du Temps à la gorge sombre, et le Porteur de toutes les kalā, arts et phases divines.
Verse 130
मानी मान्यो महाकालः सद्भूतिः सत्परायणः चन्द्रसंजीवनः शास्ता लोकगूढो ऽमराधिपः
Il est maître de Lui-même et digne de tout hommage; Il est Mahākāla, le Temps en personne. Il est la vraie prospérité et le refuge suprême des êtres de bien. Il est le Vivificateur de la Lune, le Gouverneur divin qui corrige et guide; caché dans les profondeurs des mondes, et Seigneur des Immortels (les devas).
Verse 131
लोकबन्धुर्लोकनाथः कृतज्ञः कृतिभूषणः अनपाय्यक्षरः कान्तः सर्वशास्त्रभृतां वरः
Il est le parent des mondes et le Seigneur des mondes; reconnaissant et parure des accomplis. Il est la syllabe impérissable qui ne s’éloigne jamais, le Bien-Aimé, et le premier parmi tous les porteurs des Écritures.
Verse 132
तेजोमयो द्युतिधरो लोकमायो ऽग्रणीर् अणुः शुचिस्मितः प्रसन्नात्मा दुर्जयो दुरतिक्रमः
Il est fait de splendeur pure, porteur d’un éclat rayonnant; par Sa māyā qui ensorcelle le monde, Il conduit tous les êtres. Plus subtil que le plus subtil, Son sourire est sans tache et de bon augure; Son être est paisible. Il est invincible et nul ne peut le franchir : Pati, au-delà de tout pāśa et hors de portée des paśus liés.
Verse 133
ज्योतिर्मयो निराकारो जगन्नाथो जलेश्वरः तुम्बवीणी महाकायो विशोकः शोकनाशनः
Il est fait de Lumière pure, sans forme et sans condition; Seigneur de l’univers et Souverain des eaux. Portant la tumbā-vīṇā, Il est vaste en forme cosmique; sans chagrin, Il détruit le chagrin des paśus enchaînés.
Verse 134
त्रिलोकात्मा त्रिलोकेशः शुद्धः शुद्धी रथाक्षजः अव्यक्तलक्षणो व्यक्तो व्यक्ताव्यक्तो विशांपतिः
Il est le Soi même des trois mondes et le Seigneur des trois mondes. Il est le Pur et le Purificateur. Il est rathākṣaja : inébranlable comme l’essieu d’un char. Marqué par l’Inmanifesté, Il est aussi le Manifesté; Il est à la fois manifesté et inmanifesté, et le Souverain de tous les peuples.
Verse 135
वरशीलो वरतुलो मानो मानधनो मयः ब्रह्मा विष्णुः प्रजापालो हंसो हंसगतिर्यमः
Il est de conduite excellente et d’harmonie parfaite; Il est l’Honneur même et la vraie richesse des hommes honorables. Il est la Puissance merveilleuse qui mesure et manifeste l’univers. Il est Brahmā et Viṣṇu, Protecteur des créatures; Il est le Haṃsa (le Soi pur et transcendant), la voie même du Haṃsa, et Yama — l’Ordonnateur juste qui retient et guide tous les êtres.
Verse 136
वेधा धाता विधाता च अत्ता हर्ता चतुर्मुखः कैलासशिखरावासी सर्वावासी सतां गतिः
Il est l’Ordonnateur, le Soutien et le Dispensateur; Celui qui consume et Celui qui retire; le Quatre-Visages. Il demeure au sommet du Kailāsa, et pourtant Il réside en tous les êtres; Il est le refuge et l’ultime voie des justes.
Verse 137
हिरण्यगर्भो हरिणः पुरुषः पूर्वजः पिता भूतालयो भूतपतिर् भूतिदो भुवनेश्वरः
Il est Hiraṇyagarbha, la source de la manifestation, le « sein d’or »; Hariṇa, le mobile rayonnant; la Personne suprême; le Primordial et le Père. Il est la demeure de tous les êtres, le Seigneur des êtres, le dispensateur de prospérité et le souverain des mondes.
Verse 138
संयोगी योगविद्ब्रह्म ब्रह्मण्यो ब्राह्मणप्रियः देवप्रियो देवनाथो देवज्ञो देवचिन्तकः
Il est le Seigneur de l’union sacrée (Yoga), le connaisseur du Yoga, le Brahman lui-même. Il protège le dharma et l’ordre védique, aimé des brāhmaṇas. Il est cher aux Devas, Seigneur des Devas, connaisseur des Devas, et Celui que les Devas contemplent sans cesse.
Verse 139
विषमाक्षः कलाध्यक्षो वृषाङ्को वृषवर्धनः निर्मदो निरहङ्कारो निर्मोहो निरुपद्रवः
Il est le Seigneur aux Yeux Inégaux (Viṣamākṣa), le Surveillant de toutes les kalās —puissances et phases de la manifestation—. Marqué du Taureau (Vṛṣāṅka), Il fait croître le dharma. Libre d’orgueil et d’ego, libre d’illusion, sans trouble; Il est le Pati sans tache qui desserre le pāśa liant le paśu.
Verse 140
दर्पहा दर्पितो दृप्तः सर्वर्तुपरिवर्तकः सप्तजिह्वः सहस्रार्चिः स्निग्धः प्रकृतिदक्षिणः
Il est le Destructeur de l’orgueil; et pourtant, pour ses dévots, il se manifeste comme le Donateur de dignité et de majesté. Il est le Seigneur rayonnant qui fait tourner la roue de toutes les saisons. Il est le Feu aux sept langues et la Lumière aux mille flammes; doux et apaisant par sa grâce, et favorable à Prakṛti, conduisant la Nature avec maîtrise pour la délivrance du paśu enchaîné.
Verse 141
भूतभव्यभवन्नाथः प्रभवो भ्रान्तिनाशनः अर्थो ऽनर्थो महाकोशः परकार्यैकपण्डितः
Il est le Seigneur du passé, du futur et du présent; la Source primordiale qui détruit l’égarement. Il est à la fois le sens véritable et ce qui paraît dénué de sens; le grand trésor de toutes les puissances et de toute connaissance; le Sage suprême dans l’accomplissement du bien d’autrui.
Verse 142
निष्कण्टकः कृतानन्दो निर्व्याजो व्याजमर्दनः सत्त्ववान् सात्त्विकः सत्यकीर्तिस्तम्भकृतागमः
Il est le Sans-Épine, qui ôte tous les obstacles; le Donateur d’une béatitude accomplie. Il est sans tromperie et détruit l’hypocrisie. Il est plein de sattva, incarnation de la pureté; sa renommée est fondée sur la vérité. Et il révèle les Āgamas par le Pilier cosmique—manifesté comme le Liṅga—par lequel la voie du Śaiva Siddhānta est établie.
Verse 143
अकंपितो गुणग्राही नैकात्मा नैककर्मकृत् सुप्रीतः सुमुखः सूक्ष्मः सुकरो दक्षिणो ऽनलः
Il est inébranlable et sans tremblement; le discernant qui reçoit toutes les vertus. Il n’est pas enfermé dans une seule forme ni limité à une seule manière d’agir. Toujours comblé, au visage bienveillant; subtil au-delà de la prise, mais aisément accessible au dévot; gracieux et de bon augure. Et comme Feu intérieur, il consume l’impureté et l’entrave.
Verse 144
स्कन्धः स्कन्धधरो धुर्यः प्रकटः प्रीतिवर्धनः अपराजितः सर्वसहो विदग्धः सर्ववाहनः
Il est le pilier même du soutien, le Porteur du fardeau cosmique, le guide éminent; manifeste et se révélant de lui-même, accroissant la joie de la dévotion. Invaincu, endurant tout, souverainement sage et pénétrant; et celui qui porte et dirige tous les véhicules, tous les moyens par lesquels les êtres cheminent à travers l’entrave vers la délivrance.
Verse 145
अधृतः स्वधृतः साध्यः पूर्वमूर्तिर्यशोधरः वराहशृङ्गधृग् वायुर् बलवान् एकनायकः
Il est l’Inporté, sans appui, et pourtant soutenu par Lui-même; le But atteignable et la Forme primordiale. Porteur de gloire; Celui qui porte la corne du sanglier; le Vent même, souffle de vie—puissant, et l’unique Seigneur qui conduit tous les êtres.
Verse 146
श्रुतिप्रकाशः श्रुतिमान् एकबन्धुर् अनेकधृक् श्रीवल्लभशिवारम्भः शान्तभद्रः समञ्जसः
Il est la clarté des Veda et le connaisseur des Veda; l’unique parent de tous, portant des formes multiples. Aimé de Śrī, initiateur de l’auspice en Śiva; il est le Paisible et le Bienfaisant—toujours harmonieux et juste en mesure.
Verse 147
भूशयो भूतिकृद्भूतिर् भूषणो भूतवाहनः अकायो भक्तकायस्थः कालज्ञानी कलावपुः
Il repose sur la terre comme son soutien; dispensateur de puissance propice et de prospérité; il est la Prospérité même; l’Ornement des mondes; le porteur et le guide de tous les êtres. Sans corps dans sa nature suprême, et pourtant demeurant dans le corps du dévot; connaisseur du Temps; dont la forme est la Kalā divine, puissance subtile qui manifeste et régit tout.
Verse 148
सत्यव्रतमहात्यागी निष्ठाशान्तिपरायणः परार्थवृत्तिर् वरदो विविक्तः श्रुतिसागरः
Il est le grand renonçant voué à la Vérité; ferme et tourné vers la paix intérieure. Vivant pour le bien d’autrui, il est le dispensateur de grâces—toujours détaché, et océan des Veda (sagesse révélée).
Verse 149
अनिर्विण्णो गुणग्राही कलङ्काङ्कः कलङ्कहा स्वभावरुद्रो मध्यस्थः शत्रुघ्नो मध्यनाशकः
Il ne se laisse jamais abattre; il saisit la vérité des guṇa. Il porte la marque qui sanctifie tout, et pourtant il détruit toute souillure. Il est Rudra par sa propre nature; demeurant au milieu comme témoin impartial, il abat les forces ennemies et dissout le « milieu », le voile intermédiaire qui maintient la servitude.
Verse 150
शिखण्डी कवची शूली चण्डी मुण्डी च कुण्डली मेखली कवची खड्गी मायी संसारसारथिः
Elle est coiffée d’un panache, cuirassée et porteuse du trident; farouche comme Caṇḍī, parée d’une guirlande de crânes comme Muṇḍī, et ornée de pendants d’oreilles comme Kuṇḍalī. Ceinte d’une ceinture (Mekhalī), protégée par l’armure, brandissant l’épée et étant la puissance même de Māyā, elle est l’aurige qui mène la course du saṃsāra.
Verse 151
अमृत्युः सर्वदृक् सिंहस् तेजोराशिर् महामणिः असंख्येयो ऽप्रमेयात्मा वीर्यवान् कार्यकोविदः
Il est l’Immortel, l’Omnivoyant; le Lion parmi les êtres; un amas d’éclat divin, le Grand Joyau. Il est au-delà du nombre, et son Soi est incommensurable; doté d’une puissance souveraine et parfaitement habile à accomplir toute œuvre.
Verse 152
वेद्यो वेदार्थविद्गोप्ता सर्वाचारो मुनीश्वरः अनुत्तमो दुराधर्षो मधुरः प्रियदर्शनः
Il est Celui que l’on connaît par les Veda; le connaisseur et le gardien du sens véritable des Veda. Il est l’incarnation de toute juste conduite, le Seigneur parmi les sages; sans égal, inattaquable, doux en son essence, et d’une vision aimée à contempler.
Verse 153
सुरेशः शरणं सर्वः शब्दब्रह्म सतां गतिः कालभक्षः कलङ्कारिः कङ्कणीकृतवासुकिः
Il est le Seigneur des Deva; le refuge de tous; l’Omniprésent; le Brahman en tant que son sacré (Śabda-Brahman), et le but des justes. Il dévore le Temps lui-même; il porte la marque qui sanctifie; et c’est lui qui fit de Vāsuki un ornement sur son corps.
Verse 154
महेष्वासो महीभर्ता निष्कलङ्को विशृङ्खलः द्युमणिस् तरणिर् धन्यः सिद्धिदः सिद्धिसाधनः
Il est le grand archer; le soutien et le souverain de la terre. Sans tache et sans liens, il resplendit comme le joyau éclatant et comme le soleil. Auspicieux en lui-même, il accorde les siddhi et il est le moyen même par lequel le siddhi s’accomplit.
Verse 155
निवृत्तः संवृतः शिल्पो व्यूढोरस्को महाभुजः एकज्योतिर् निरातङ्को नरो नारायणप्रियः
Il est le Nivṛtta, le Retiré au-delà des tournants du monde; le Seigneur clos en Lui-même et voilé; le Maître des arts sacrés; à la poitrine vaste et aux bras puissants. Il est l’unique Lumière indivisée, sans affliction ni crainte; la Personne divine chère à Nārāyaṇa, révélant l’unité du Pati (Śiva) avec la Réalité suprême vénérée par tous.
Verse 156
निर्लेपो निष्प्रपञ्चात्मा निर्व्यग्रो व्यग्रनाशनः स्तव्यस्तवप्रियः स्तोता व्यासमूर्तिरनाकुलः
Il est sans tache et sans contact; son propre Soi dépasse la multiplicité des apparences du monde; toujours inébranlable, et pourtant destructeur de l’agitation. Digne de louange et ami des hymnes; Lui-même est le louangeur; il prend la forme de Vyāsa; le Pati, sans trouble et éternellement serein, qui délivre le paśu des liens du pāśa.
Verse 157
निरवद्यपदोपायो विद्याराशिरविक्रमः प्रशान्तबुद्धिरक्षुद्रः क्षुद्रहा नित्यसुन्दरः
Il est le moyen sans défaut vers l’État suprême; un océan de connaissance sacrée; inébranlable dans sa marche. Son intelligence est parfaitement apaisée; jamais mesquin, il détruit la mesquinerie. À jamais, il est la Beauté elle-même.
Verse 158
धैर्याग्र्यधुर्यो धात्रीशः शाकल्यः शर्वरीपतिः परमार्थगुरुर् दृष्टिर् गुरुर् आश्रितवत्सलः
Il est le porteur suprême du courage ferme, le Soutien souverain apte à porter tous les fardeaux; le Seigneur de Dhātrī, l’appui cosmique; le Tout-accompli; le Seigneur de la Nuit; le Guru de la vérité suprême; la Vision juste elle-même; le Maître; et le protecteur plein de tendresse de ceux qui prennent refuge en Lui.
Verse 159
रसो रसज्ञः सर्वज्ञः सर्वसत्त्वावलंबनः सूत उवाच एवं नाम्नां सहस्रेण तुष्टाव वृषभध्वजम्
Il est le Rasa, l’Essence même; le connaisseur de toute essence; l’Omniscient; le soutien de tous les êtres. Sūta dit : Ainsi, par mille noms, il loua le Seigneur à l’étendard du Taureau (Śiva).
Verse 160
स्नापयामास च विभुः पूजयामास पङ्कजैः परीक्षार्थं हरेः पूजाकमलेषु महेश्वरः
Pour éprouver, Maheśvara, le Seigneur qui pénètre tout, baigna (l’objet sacré) et l’adora avec des lotus, en prenant précisément les offrandes de lotus mises à part pour le culte de Hari.
Verse 161
गोपयामास कमलं तदैकं भुवनेश्वरः हृतपुष्पो हरिस्तत्र किमिदं त्वभ्यचिन्तयत्
Alors le Seigneur des mondes dissimula ce lotus unique. Hari, voyant son offrande de fleurs dérobée, réfléchit sur place : «Qu’est-ce donc qui s’est produit ?»
Verse 162
ज्ञात्वा स्वनेत्रमुद्धृत्य सर्वसत्त्वावलम्बनम् पूजयामास भावेन नाम्ना तेन जगद्गुरुम्
Ayant reconnu la vérité du Seigneur, il arracha son propre œil et l’offrit. Avec une dévotion profonde, il adora le Maître du monde—Śiva—soutien de tous les êtres incarnés, l’invoquant par ce même Nom.
Verse 163
ततस्तत्र विभुर्दृष्ट्वा तथाभूतं हरो हरिम् तस्मादवतताराशु मण्डलात्पावकस्य च
Alors Hara, le Seigneur qui pénètre tout, voyant Hari en cet état, descendit promptement de ce cercle de feu flamboyant—par compassion souveraine, afin de rétablir l’ordre et de conduire les paśu, les âmes liées, vers Pati, le Seigneur.
Verse 164
कोटिभास्करसंकाशं जटामुकुटमण्डितम् ज्वालामालावृतं दिव्यं तीक्ष्णदंष्ट्रं भयङ्करम्
Il resplendissait de l’éclat de dix millions de soleils, paré d’un diadème de mèches emmêlées; enveloppé d’une guirlande de flammes, divin—aux crocs acérés, terrible et saisissant.
Verse 165
शूलटङ्कगदाचक्रकुन्तपाशधरं हरम् वरादभयहस्तं च द्वीपिचर्मोत्तरीयकम्
Médite sur Hara, le Seigneur (Pati), portant le trident, la hache, la massue, le disque, la lance et le lasso; dont les mains accordent les dons et l’absence de crainte; et qui revêt en vêtement supérieur une peau de léopard.
Verse 166
इत्थंभूतं तदा दृष्ट्वा भवं भस्मविभूषितम् हृष्टो नमश्चकाराशु देवदेवं जनार्दनः
Voyant Bhava (Śiva) sous cette forme même, paré de bhasma, la cendre sacrée, Janārdana (Viṣṇu) fut rempli de joie et aussitôt se prosterna avec révérence devant le Dieu des dieux.
Verse 167
दुद्रुवुस्तं परिक्रम्य सेन्द्रा देवास्त्रिलोचनम् चचाल ब्रह्मभुवनं चकम्पे च वसुंधरा
Après avoir fait la circumambulation du Seigneur aux Trois Yeux, les Devas—avec Indra—s’enfuirent, saisis d’agitation; le monde céleste de Brahmā chancela, et la Terre elle‑même trembla. Ainsi, devant Pati (Śiva), les mondes frémissent, et les pashus—les âmes liées—reculent, accablées par l’incommensurable Śiva‑tattva.
Verse 168
ददाह तेजस्तच्छंभोः प्रान्तं वै शतयोजनम् अधस्ताच्चोर्ध्वतश्चैव हाहेत्यकृत भूतले
La radiance flamboyante de Śambhu brûla la contrée sur cent yojanas; et, d’en bas comme d’en haut, à la surface de la terre, les êtres s’écrièrent : «Hélas ! Hélas !», accablés par cette puissance incréée (transcendante).
Verse 169
तदा प्राह महादेवः प्रहसन्निव शङ्करः सम्प्रेक्ष्य प्रणयाद्विष्णुं कृताञ्जलिपुटं स्थितम्
Alors Mahādeva—Śaṅkara, comme esquissant un doux sourire—parla, posant un regard d’affection sur Viṣṇu, qui se tenait là, les mains jointes en humble supplication.
Verse 170
ज्ञातं मयेदमधुना देवकार्यं जनार्दन सुदर्शनाख्यं चक्रं च ददामि तव शोभनम्
À présent, j’ai compris le dessein divin, ô Janārdana. C’est pourquoi je te confère le disque resplendissant nommé Sudarśana, afin d’accomplir l’œuvre des dieux.
Verse 171
यद्रूपं भवता दृष्टं सर्वलोकभयंकरम् हिताय तव यत्नेन तव भावाय सुव्रत
Cette forme que tu as vue—terrible pour tous les mondes—fut assumée par un effort délibéré pour ton bien et selon ton inclination intérieure, ô toi aux vœux excellents.
Verse 172
शान्तं रणाजिरे विष्णो देवानां दुःखसाधनम् शान्तस्य चास्त्रं शान्तः स्याच् छान्तेनास्त्रेण किं फलम्
Ô Viṣṇu, lorsque le champ de bataille s’est apaisé, pourquoi user d’une arme qui ne fait qu’engendrer la peine des Devas ? Celui qui est pacifié doit demeurer pacifié ; à quoi sert, en un tel moment, une arme dite « paisible » ?
Verse 173
शान्तस्य समरे चास्त्रं शान्तिरेव तपस्विनाम् योद्धुः शान्त्या बलच्छेदः परस्य बलवृद्धिदः
Pour celui qui demeure établi dans la paix, même au combat l’arme véritable n’est que la paix ; et pour les ascètes aussi, la paix elle-même est leur puissance. Par la paix, le guerrier tranche sa propre ardeur d’agression tout en accroissant la force de l’autre—ainsi il triomphe par la voie śaiva de la maîtrise intérieure.
Verse 174
देवैरशान्तैर्यद्रूपं मदीयं भावयाव्ययम् किमायुधेन कार्यं वै योद्धुं देवारिसूदन
Les Devas agités ont médité ma forme impérissable. Quel besoin y a-t-il d’une arme ? Ô pourfendeur des ennemis des Devas, va et combats.
Verse 175
क्षमा युधि न कार्यं वै योद्धुं देवारिसूदन अनागते व्यतीते च दौर्बल्ये स्वजनोत्करे
Ô destructeur des ennemis des dieux, sur le champ de bataille le pardon ne doit pas être pratiqué ; il faut combattre — que le péril soit encore à venir ou déjà passé — surtout lorsque la faiblesse paraît et que les siens se trouvent dressés dans le danger et la détresse.
Verse 176
अकालिके त्वधर्मे च अनर्थे वारिसूदन एवमुक्त्वा ददौ चक्रं सूर्यायुतसमप्रभम्
Après avoir ainsi parlé au Tueur des Eaux (Vārisūdana) au sujet du malheur hors saison, de l’adharma et de la ruine, il lui conféra un disque (cakra) rayonnant de l’éclat de dix mille soleils, afin de protéger le dharma et de trancher, par l’ordonnance du Seigneur, les liens du désordre.
Verse 177
नेत्रं च नेता जगतां प्रभुर्वै पद्मसन्निभम् तदाप्रभृति तं प्राहुः पद्माक्षमिति सुव्रतम्
Le Seigneur —souverain et guide des mondes— possède un œil semblable au lotus. Dès lors, les sages fermes dans leur vœu le proclamèrent « Padmākṣa », le Lotus-aux-Yeux.
Verse 178
दत्त्वैनं नयनं चक्रं विष्णवे नीललोहितः पस्पर्श च कराभ्यां वै सुशुभाभ्यामुवाच ह
Après avoir donné à Viṣṇu cet œil et le disque, Nīlalohita (Śiva) le toucha de ses deux mains éclatantes et parla.
Verse 179
वरदो ऽहं वरश्रेष्ठ वरान्वरय चेप्सितान् भक्त्या वशीकृतो नूनं त्वयाहं पुरुषोत्तम
Je suis le Dispensateur des grâces. Ô le meilleur des demandeurs de grâces, choisis les dons que tu désires. Assurément, ô Puruṣottama, je suis conquis et soumis par ta bhakti, ta dévotion.
Verse 180
इत्युक्तो देवदेवेन देवदेवं प्रणम्य तम् त्वयि भक्तिर्महादेव प्रसीद वरमुत्तमम्
Ainsi interpellé par le Dieu des dieux, il se prosterna devant Devadeva et dit : «En Toi demeure ma bhakti, ô Mahādeva. Sois gracieux ; accorde-moi le don suprême.»
Verse 181
नान्यमिच्छामि भक्तानाम् आर्तयो नास्ति यत्प्रभो तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य दयावान् सुतरां भवः
«Je ne désire rien d’autre, ô Seigneur, sinon que les souffrances de Tes dévots ne subsistent plus.» En entendant ces paroles, Bhava (Śiva) devint d’autant plus compatissant.
Verse 182
पस्पर्श च ददौ तस्मै श्रद्धां शीतांशुभूषणः प्राह चैवं महादेवः परमात्मानमच्युतम्
Alors Śītāṃśu-bhūṣaṇa (Śiva, paré de la lune) le toucha et lui conféra une śraddhā inébranlable, l’élan de foi fidèle. Puis Mahādeva parla ainsi à Acyuta, le Soi suprême—accordant la certitude intérieure par laquelle le paśu (l’âme liée) se tourne vers le Pati (le Seigneur).
Verse 183
मयि भक्तश् च वन्द्यश् च पूज्यश्चैव सुरासुरैः भविष्यसि न संदेहो मत्प्रसादात्सुरोत्तम
Dévoué à Moi, tu deviendras digne de vénération et d’adoration, même de la part des devas et des asuras—sans aucun doute—par Ma grâce, ô le meilleur des dieux.
Verse 184
यदा सती दक्षपुत्री विनिन्द्यैव सुलोचना मातरं पितरं दक्षं भविष्यति सुरेश्वरी
Lorsque Satī—fille de Dakṣa, la belle aux yeux clairs, souveraine des dieux—blâmera en vérité sa mère et son père Dakṣa,
Verse 185
दिव्या हैमवती विष्णो तदा त्वमपि सुव्रत भगिनीं तव कल्याणीं देवीं हैमवतीमुमाम्
Ô Viṣṇu, Haimavatī, fille de Himavat, est une Déesse divine ; et toi aussi, ô homme de vœu excellent, reconnais et honore ta sœur de bon augure — la Déesse Umā, Haimavatī.
Verse 186
नियोगाद् ब्रह्मणः साध्वीं प्रदास्यसि ममैव ताम् मत्संबन्धी च लोकानां मध्ये पूज्यो भविष्यसि
Par l’ordonnance de Brahmā, tu donneras cette femme vertueuse à moi seul. Et, lié à moi, tu deviendras digne d’honneur et de vénération parmi les hommes.
Verse 187
मां दिव्येन च भावेन तदाप्रभृति शङ्करम् द्रक्ष्यसे च प्रसन्नेन मित्रभूतमिवात्मना
Dès lors, avec une disposition divine, tu me contempleras comme Śaṅkara ; ton être intérieur, apaisé, me verra tel un ami sûr. Car lorsque la grâce et le juste bhāva assouplissent les liens du pāśa, le Seigneur, le Pati, se rend directement présent au paśu.
Verse 188
इत्युक्त्वान्तर्दधे रुद्रो भगवान्नीललोहितः जनार्दनो ऽपि भगवान् देवानामपि संनिधौ
Ayant ainsi parlé, Bhagavān Rudra — Nīlalohita — disparut à la vue. Et Bhagavān Janārdana (Viṣṇu) aussi, en la présence même des Deva, se retira de leur perception, révélant que le Seigneur, le Pati, n’est pas lié aux sens des âmes entravées (paśu), mais demeure libre et transcendant.
Verse 189
अयाचत महादेवं ब्रह्माणं मुनिभिः समम् मया प्रोक्तं स्तवं दिव्यं पद्मयोने सुशोभनम्
Avec les sages, Brahmā implora Mahādeva ; et à toi, ô Né du Lotus, j’ai proclamé cet hymne divin et rayonnant, splendide en sa louange.
Verse 190
यः पठेच्छृणुयाद्वापि श्रावयेद्वा द्विजोत्तमान् प्रतिनाम्नि हिरण्यस्य तत् तस्य फलम् आप्नुयात्
Quiconque le récite, l’écoute, ou fait réciter ce texte par les plus éminents des deux-fois-nés—obtient, pour chaque Nom de Hiraṇya, le fruit (mérite) qui lui correspond.
Verse 191
अश्वमेधसहस्रेण फलं भवति तस्य वै घृताद्यैः स्नापयेद्रुद्रं स्थाल्या वै कलशैः शुभैः
En vérité, le fruit de ce rite devient égal à celui de mille sacrifices Aśvamedha : il convient d’oindre (abhiṣeka) Rudra de ghee et d’autres substances sacrées, au moyen de pots et de cruches auspiciés.
Verse 192
नाम्नां सहस्रेणानेन श्रद्धया शिवमीश्वरम् सो ऽपि यज्ञसहस्रस्य फलं लब्ध्वासुरेश्वरैः
En récitant avec foi cette litanie aux mille Noms, on adore Śiva, le Seigneur suprême ; et l’on obtient aussi le fruit de mille sacrifices védiques, un mérite recherché même par les seigneurs parmi les Asuras.
Verse 193
पूज्यो भवति रुद्रस्य प्रीतिर्भवति तस्य वै तथास्त्विति तथा प्राह पद्मयोनेर्जनार्दनम्
«Il devient digne d’être honoré par Rudra, et, en vérité, la prīti—la grâce de Rudra—s’éveille pour lui.» «Qu’il en soit ainsi», répondit Janārdana au Né du Lotus (Brahmā).
Verse 194
जग्मतुः प्रणिपत्यैनं देवदेवं जगद्गुरुम् तस्मान्नाम्नां सहस्रेण पूजयेद् अनघो द्विजाः
Ils s’approchèrent et se prosternèrent devant Lui—le Dieu des dieux, le Guru des mondes ; aussi, ô deux-fois-nés sans tache, faut-il adorer (Śiva) par mille de Ses Noms, le Sahasranāma.
Verse 195
जपेन्नाम्नां सहस्रं च स याति परमां गतिम्
Celui qui accomplit le japa des mille Noms (du Seigneur Śiva) atteint l’état suprême : l’union avec Pati, le Seigneur, au-delà des pāśa (liens) qui enchaînent le paśu (l’âme individuelle).
Shiva conceals one lotus from Vishnu’s complete offering, prompting Vishnu to substitute his own eye as the missing ‘lotus’ (padma). The episode signifies akhaṇḍa-bhakti (unbroken devotion), vow-integrity, and the principle that sincere worship transcends material scarcity.
The chakra is granted as a divinely sanctioned instrument for restoring cosmic order—specifically for the Jalandhara conflict—earned through Vishnu’s linga-puja and self-offering. The narrative frames divine power (astra) as arising from devotion and dharmic alignment, not mere force.
Linga-sthapana, abhiṣeka (snāpana), gandha-pushpa offerings, agni-hotra with samid and svāhā, and sahasranāma-recitation—presented as a complete pūjā-krama integrating mantra, yajña, and bhakti.
The text claims immense merit comparable to major sacrifices (yajñas) and states that one who recites/japa or hears it with faith attains the highest destination (paramā gati), indicating a moksha-oriented devotional path.