
Le chapitre se déploie en un dialogue à plusieurs niveaux. Après avoir entendu l’éloge du champ sacré secret (gupta-kṣetra), l’interrogateur demande à Nārada davantage de précisions. Nārada raconte d’abord l’origine et l’efficacité du Liṅga de Gautameśvara : le sage Gautama (Akṣapāda), lié à la Godāvarī et à Ahalyā, accomplit une tapas intense, obtient la réussite yogique et établit le liṅga. Le culte rituel—baigner le grand liṅga, l’oindre de santal, offrir des fleurs et le parfumer par la fumigation de guggulu—est présenté comme une purification menant à des états sublimes après la mort, tels que Rudra-loka. Arjuna demande ensuite un exposé technique sur le yoga. Nārada définit le yoga comme citta-vṛtti-nirodha (l’arrêt des fluctuations du mental) et détaille l’aṣṭāṅga : yama et niyama avec des définitions précises (ahiṃsā, satya, asteya, brahmacarya, aparigraha ; et śauca, tuṣṭi, tapas, japa/svādhyāya, guru-bhakti). Il poursuit avec le prāṇāyāma (types, mesures, effets et précautions), pratyāhāra, dhāraṇā (mouvement intérieur et fixation du prāṇa), dhyāna avec une visualisation centrée sur Śiva, puis samādhi—retrait des sens et stabilité de la conscience. Le chapitre recense aussi les obstacles et « upasargas », des conseils alimentaires (nourriture sāttvique), des présages de mort dans les rêves et des signes corporels comme diagnostic yogique, ainsi qu’une vaste classification des siddhis culminant dans les huit majeurs (aṇimā, laghimā, etc.). Il s’achève par une mise en garde contre l’attachement aux pouvoirs, réaffirme la délivrance comme assimilation du soi au Suprême, et rappelle le fruit de l’écoute et du culte—surtout à Kṛṣṇa Caturdaśī du mois d’Āśvina, avec bain à Ahalyā-saras et adoration du liṅga—menant à la purification et à un état « impérissable ».
Verse 1
सूत उवाच । इति बाभ्रव्यवचनमाकर्ण्य कुरुनन्दनः । प्राणमन्नारदं भक्त्या विस्मितः पुलकान्वितः
Sūta dit : Ayant entendu les paroles de Bābhravya, la joie des Kurus se prosterna devant Nārada avec dévotion—émerveillé, le corps frémissant d’allégresse sacrée.
Verse 2
प्रशस्य च चिरं कालं पुनर्नारदमब्रवीत्
Et après l’avoir loué longuement, il s’adressa de nouveau à Nārada.
Verse 3
गुप्तक्षेत्रस्य माहात्म्यं शृण्वानस्त्वन्मुखान्मुने । तृप्तिं नैवाधिगच्छामि भूयस्तद्वक्तुमर्हसि
Ô sage, bien que j’entende de ta propre bouche la grandeur de Guptakṣetra, je n’en suis point rassasié ; daigne donc l’exposer encore, plus pleinement.
Verse 4
नारद उवाच । महालिंगस्य वक्ष्यामि महिमानं कुरूद्वह । गौतमेश्वर लिंगस्य सावधानः शृणुष्व तत्
Nārada dit : Ô le plus éminent des Kurus, je vais proclamer la grandeur du Grand Liṅga — le Liṅga de Gautameśvara. Écoute avec une attention parfaite.
Verse 5
अक्षपादो महायोगी गौतमाख्योऽभवन्मुनिः । गोदावरीसमानेता अहल्यायाः पतिः प्रभुः
Il y eut un grand yogin nommé Akṣapāda, connu comme le sage Gautama : seigneur éminent, époux d’Ahalyā, et celui qui fit se manifester la rivière Godāvarī.
Verse 6
गुप्त क्षेत्रस्य माहात्म्यं स च ज्ञात्वा महोत्तमम् । योगसंसाधनं कुर्वन्नत्र तेपे तपो महत्
Ayant connu la grandeur suprêmement excellente de Guptakṣetra, il entreprit la discipline du yoga et y accomplit une grande austérité.
Verse 7
योगसिद्धिं ततः प्राप्य गौतमेन महात्मना । अत्र संस्थापितं लिंगं गौतमेश्वरसंज्ञया
Puis, ayant obtenu la perfection du yoga, le magnanime Gautama établit en ce lieu même un Liṅga, auquel il donna le nom de « Gautameśvara ».
Verse 8
संस्नाप्यैतन्महालिंगं चन्दनेन विलिप्य च । संपूज्य पुष्पैर्विविधैर्गुग्गुलं दाहयेत्पुरः । सर्वपापविनिर्मुक्तो रुद्रलोके महीयते
Après avoir baigné ce grand Liṅga, l’avoir oint de pâte de santal et l’avoir adoré avec des fleurs variées, qu’on brûle devant lui l’encens de guggulu ; délivré de tous péchés, le dévot est honoré dans le monde de Rudra.
Verse 9
अर्जुन उवाच । योगस्वरूपमिच्छामि श्रोतुं नारद तत्त्वतः । योगं सर्वे प्रशंसंति यतः सर्वोत्तमोत्तमम्
Arjuna dit : « Ô Nārada, je souhaite entendre, en vérité, la nature réelle du Yoga ; car tous louent le Yoga comme le plus haut des plus hauts. »
Verse 10
नारद उवाच । समासात्तव वक्ष्यामि योगतत्त्वं कुरूद्वह । श्रवणादपि नैर्मल्यं यस्य स्यात्सेवनात्किमु
Nārada dit : « Ô le meilleur des Kuru, je t’exposerai brièvement la vérité du Yoga. Si le seul fait de l’entendre apporte déjà la pureté, que dire alors de sa pratique ? »
Verse 11
चित्तवृत्तिनिरोधाख्यं योगतत्त्वं प्रकीर्त्यते । तदष्टांगप्रकारेण साधयंतीह योगिनः
La vérité du Yoga est proclamée comme « l’arrêt des fluctuations du mental » ; et les yogin l’accomplissent ici par la voie aux huit membres.
Verse 12
यमश्च नियमश्चैव प्राणायामस्तृतीयकः । प्रत्याहारो धारणा च ध्येयं ध्यानं च सप्तमम्
Yama et Niyama viennent d’abord ; Prāṇāyāma est le troisième. Puis viennent Pratyāhāra et Dhāraṇā ; et Dhyeya (l’objet choisi de contemplation) et Dhyāna sont le septième.
Verse 13
समाधिरिति चाष्टांगो योगः संपरिकीर्तितः । प्रत्येकं लक्षणं तेषामष्टानां शृणु पांडव
Le Samādhi est proclamé comme le huitième membre du Yoga. Écoute, ô Pāṇḍava, les marques distinctes de chacun de ces huit.
Verse 14
अनुक्रमान्नरो येषां साधनाद्योगमश्नुते । अहिंसा सत्यमस्तेयं ब्रह्मचर्यापरिग्रहौ
En les pratiquant dans l’ordre requis, l’homme atteint le Yoga. Ce sont : ahiṃsā (non-violence), satya (vérité), asteya (ne pas voler), brahmacarya (chasteté) et aparigraha (non-attachement aux possessions).
Verse 15
एते पंच यमाः प्रोक्ताः शृण्वेषामपि लक्षणम् । आत्मवत्सर्वभूतेषु यो हिताय प्रवर्तते
Ces cinq-là sont appelés Yama ; écoute aussi leurs marques distinctives. Celui qui agit pour le bien de tous les êtres, les regardant comme lui-même—
Verse 16
अहिंसैषा समाख्याता वेदसंविहिता च या । दृष्टं श्रुतं चानुमितं स्वानुभूतं यथार्थतः
Ceci est appelé ahiṃsā, et les Veda l’ordonnent aussi : rapporter selon la réalité ce qui a été vu, entendu, déduit et éprouvé par soi-même.
Verse 17
कथनं सत्यमित्युक्तं परपीडाविवर्जितम् । अनादानं परस्वानामापद्यपि कथंचन
La véracité est dite être une parole vraie, sans nuire à autrui ; et ne pas voler, c’est ne jamais prendre le bien d’un autre, même en temps de détresse.
Verse 18
मनसा कर्मणा वाचा तदस्तेयं प्रकीर्तितम् । अमैथुनं यतीनां च मनोवाक्कायकर्मभिः
Ainsi le non-vol (asteya) est proclamé comme maîtrise de la pensée, de l’acte et de la parole ; et pour les ascètes (yati), la chasteté parfaite (amaithuna, brahmacarya) doit pareillement être gardée par le mental, la parole et l’action du corps.
Verse 19
ऋतौ स्वदारगमनं गेहिनां ब्रह्मचर्यता । यतीनां सर्वसंन्यासो मनोवाक्कायकर्मणा
Pour les maîtres de maison, s’unir à son épouse légitime au temps prescrit est tenu pour continence (brahmacarya) ; mais pour les ascètes (yati), le renoncement total doit être maintenu par le mental, la parole et les actes du corps.
Verse 20
गृहस्थानां च मनसा स्मृत एषोऽपरिग्रहः । एते यमास्तव प्रोक्ताः पंचैव नियमाञ्छृणु
Et pour les gens de maison, le non-attachement (aparigraha) se comprend comme détachement intérieur. Ces yamas t’ont été exposés ; écoute maintenant les cinq niyamas.
Verse 21
शौचं तुष्टिस्तपश्चैव जपो भक्तिर्गुरोस्तथा । एतेषामपि पंचानां पृथक्संशृणु लक्षणम्
Pureté (śauca), contentement (tuṣṭi), austérité (tapas), japa (répétition sacrée) et dévotion au Guru (bhakti) : tels sont les cinq niyamas ; écoute, séparément, leurs caractéristiques, une à une.
Verse 22
बाह्यमाभ्यतरं चैव द्विविधं शौचमुच्यते । बाह्यं तु मृज्जलैः प्रोक्तमांतरं शुद्धमानसम्
La pureté (śauca) est dite de deux sortes : extérieure et intérieure. La pureté extérieure est enseignée comme le nettoyage avec terre et eau ; la pureté intérieure est le mental rendu pur.
Verse 23
न्यायेनागतया वृत्त्या भिक्षया वार्तयापि च । संतोषो यस्य सततं सा तुष्टिरिति चोच्यते
On appelle contentement ceci : celui qui demeure toujours satisfait du moyen de subsistance obtenu selon le dharma—par l’aumône ou par un gagne-pain honnête—c’est là la vraie quiétude.
Verse 24
चांद्रायणादीनि पुनस्तपांसि विहितानि च । आहारलाघवपरः कुर्यात्तत्तप उच्यते
Des austérités telles que le Cāndrāyaṇa et d’autres sont bel et bien prescrites ; et celui qui s’exerce en visant la légèreté de l’alimentation—en allégeant la nourriture—cela s’appelle tapas.
Verse 25
स्वाध्यायस्तु जपः प्रोक्तः प्रणवाभ्यसनादिकः । शिवे ज्ञाने गुरौ भक्तिर्गुरुभक्तिरिति स्मृता
On enseigne que le svādhyāya est japa—telle la pratique répétée du Praṇava (Oṁ) et autres. La dévotion tournée vers Śiva, vers la connaissance sacrée et vers le Guru est mémorisée comme «dévotion au Guru» (guru-bhakti).
Verse 26
एवं संसाध्य नियमान्संयमांश्च विचक्षणः । प्राणायामाय संदध्यान्नान्यथा योगसाधकः
Ainsi, après avoir accompli comme il se doit les niyama et les disciplines de maîtrise de soi, le chercheur avisé doit s’appliquer au prāṇāyāma ; pour qui veut accomplir le yoga, il n’est pas d’autre voie.
Verse 27
यतोऽशुचिशरीरस्य वायुकोपो महान्भवेत् । वायुकोपात्कुष्ठता च जडत्वादीनुपाश्नुते
Car chez celui dont le corps est impur, s’élève une grande aggravation du vāyu (l’humeur du vent) ; et de ce dérèglement du vāyu naissent des afflictions telles que le kuṣṭha (lèpre) et la torpeur, l’engourdissement (jāḍya), et autres maux.
Verse 28
तस्माद्विचक्षणः शुद्धं कृत्वा देहं यतेत्परम् । प्राणायामस्य वक्ष्यामि लक्षणं शृणु पांडव
Ainsi, l’homme clairvoyant doit s’appliquer avec ardeur, après avoir purifié son corps. Je vais exposer les signes du prāṇāyāma ; écoute, ô Pāṇḍava.
Verse 29
प्राणापाननिरोधश्च प्राणायामः प्रकीर्तितः । लघुमध्योत्तरीयाख्यः स च धीरैस्त्रिधोदितः
On déclare que le prāṇāyāma est la maîtrise de prāṇa et d’apāna. Les sages au mental stable l’enseignent comme triple : léger, moyen et suprême.
Verse 30
लघुर्द्वादशमात्रस्तु मात्रा निमिष उन्मिषः । द्विगुणो मध्यमश्चोक्तस्त्रिगुणश्चोत्तमः स्मृतः
Le « léger » est de douze mātrā ; une mātrā se mesure par un clignement et le rouvrir des yeux. Le « moyen » est dit double, et le « suprême » est tenu pour triple.
Verse 31
प्रथमेन जयेत्स्वेदं मध्यमेन तु वेपथुम् । विषादं च तृतीयेन जयेद्दोषाननुक्रमात्
Par le premier degré, on vainc la sueur ; par le moyen, le tremblement ; et par le troisième, l’abattement : ainsi, dans l’ordre, on surmonte les défauts.
Verse 32
पद्माख्यमासनं कृत्वा रेचकं पूरकं तथा । कुंभकं च सुखासीनः प्राणायामं त्रिधाऽभ्यसेत्
Après avoir pris l’āsana nommé Padma (lotus), assis avec aisance, qu’on pratique le prāṇāyāma en trois formes : recaka (expiration), pūraka (inspiration) et kumbhaka (rétention).
Verse 33
प्राणानामुपसंरोधात्प्राणायाम इति स्मृतः । यथा पर्वतधातूनां ध्मातानां दह्यते मलः
Parce qu’il est la retenue étroite des souffles vitaux, on s’en souvient sous le nom de prāṇāyāma. De même que les impuretés des minerais de la montagne sont brûlées lorsqu’on les fond et qu’on les attise au four,
Verse 34
तथेंद्रियवृतो दोषः प्राणायामेन दह्यते । गोशतं कापिलं दत्त्वा यत्फलं तत्फलं भवेत्
Ainsi aussi, la faute enlacée aux sens est consumée par le prāṇāyāma. Quel que soit le fruit du don de cent vaches fauves, tel est le fruit qui en découle.
Verse 35
प्राणायामेन योगज्ञस्तस्मात्प्राणं सदा यमेत् । प्राणायामेन सिद्ध्यन्ति दिव्याः शान्त्यादयः क्रमात्
Par le prāṇāyāma, le connaisseur du yoga—ainsi—doit toujours maîtriser le souffle vital. Par le prāṇāyāma s’accomplissent, dans l’ordre voulu, les réalisations divines dont la première est la paix.
Verse 36
शांतिः प्रशान्तिर्दीप्तिश्च प्रसादश्च यथाक्रमम् स । हजागंतुकामानां पापानां च प्रवर्तताम्
Paix, profonde quiétude, éclat et limpidité de la grâce surgissent selon l’ordre; et ainsi sont contenus les péchés déjà présents comme ceux qui renaissent.
Verse 37
वासनाशांतिरित्याख्यः प्रथमो जायते गुणः । लोभमोहात्मकान्दोषान्निराकृत्यैव कृत्स्नशः
Lorsque les défauts faits de convoitise et d’illusion sont entièrement rejetés, naît la première vertu, appelée l’apaisement des vāsanās, les impressions latentes.
Verse 38
तपसां च यदा प्राप्तिः सा शांतिरिति चोच्यते । सर्वेन्द्रियप्रसादश्च बुद्धेर्वै मरुतामपि
Et lorsque sont obtenues les réalisations nées de l’austérité (tapas), cela aussi est appelé « paix ». Alors se lèvent la limpidité et la grâce de tous les sens, et la sérénité de l’intellect—assurément, par la maîtrise des souffles vitaux (vāyu) également.
Verse 39
प्रसाद इति स प्रोक्तः प्राप्यमेवं चतुष्टयम् । एवंफलं सदा योगी प्राणायामं समभ्यसेत्
Ceci est proclamé « prasāda », la grâce limpide. Ainsi s’obtient une quadruple réalisation ; c’est pourquoi, connaissant de tels fruits, le yogin doit pratiquer sans cesse le prāṇāyāma.
Verse 40
मृदुत्वं सेव्यमानास्तु सिंहशार्दूलकुंजराः । यथा यान्ति तथा प्राणो वश्यो भवति साधितः
De même que lions, tigres et éléphants deviennent doux lorsqu’ils sont dressés et soignés, ainsi le prāṇa devient maîtrisable lorsqu’il est correctement discipliné.
Verse 41
प्राणायामस्त्वयं प्रोक्तः प्रत्याहारं ततः शृणु । विषयेषु प्रवृत्तस्य चेतसो विनिवर्तनम्
Ainsi le prāṇāyāma a été exposé ; écoute maintenant le pratyāhāra. C’est le retrait de l’esprit qui s’était porté vers les objets des sens.
Verse 42
प्रत्याहारं विनिर्दिष्टतस्य संयमनं हि यत् । प्रत्याहारस्त्वयं प्रोक्तो धारणालक्षणं शृणु
Et cette retenue (saṃyama) qui a été indiquée est bien le pratyāhāra. Ainsi le pratyāhāra a été enseigné ; écoute maintenant le signe distinctif de la dhāraṇā, la concentration.
Verse 43
यथा तोयार्थिनस्तोयं पत्रनालादिभिः शनैः । आपिबेयुस्तथा वायुं योगी नयति साधितम्
De même que ceux qui cherchent l’eau la boivent à petites gorgées, lentement, au moyen de tubes de feuilles et autres, ainsi le yogin, maître de la méthode, conduit doucement et absorbe le souffle vital (prāṇa/vāyu).
Verse 44
प्राग्नाभ्यां हृदये वायुरथ तालौ भ्रुवोंऽतरे । चतुर्दले षड्दशे च द्वादशे षोडशद्विके
D’abord, le yogin place le souffle vital, depuis la région du nombril, dans le cœur; puis (il le conduit) vers le palais et entre les sourcils—dans les centres-lotus à quatre pétales, à seize, à douze et à trente-deux.
Verse 45
आकुंचनेनैव मूर्द्धमुन्नीय पवनं शनैः । मूर्धनि ब्रह्मरंध्रे तं प्राणं संधारयेत्कृती
Par la seule contraction (ākuñcana), en élevant doucement le souffle jusqu’à la tête, l’adepte doit retenir ce prāṇa au sommet du crâne, dans l’ouverture de Brahmā (brahmarandhra).
Verse 46
प्राणायामा दश द्वौ च धारणैषा प्रकीर्त्यते । दशैता धारणाः स्थाप्य प्राप्नोत्यक्षरसाम्यताम्
On dit que cette dhāraṇā se compose de douze prāṇāyāmas. Ayant établi ces dix dhāraṇās, on atteint l’égalité avec l’Immuable, l’Impérissable (Akṣara).
Verse 47
धारणास्थस्य यद्ध्येयं तस्य त्वं शृणु लक्षणम् । ध्येयं बहुविधं पार्थ यस्यांतो नोपलभ्यते
Écoute de ma bouche le signe distinctif de l’objet de méditation pour celui qui demeure établi dans la dhāraṇā. L’objet à contempler est de maintes sortes, ô Pārtha, et sa limite ne peut être pleinement saisie.
Verse 48
केचिच्छिवं हरिं केचित्केचित्सूर्यं विधिं परे । केचिद्देवीं महद्भूतामुत ध्यायन्ति केचन
Les uns méditent Śiva; d’autres Hari; d’autres le Soleil, et d’autres encore le Créateur (Brahmā). Certains contemplent la Déesse, la grande Puissance primordiale—ainsi les hommes méditent-ils selon des voies diverses.
Verse 49
तत्र यो यच्च ध्यायेत स च तत्र प्रलीयते । तस्मात्सदा शिवं देवं पंचवक्त्रं हरं स्मरेत्
Ce que l’on contemple, en cette réalité même on se résorbe. C’est pourquoi il faut toujours se souvenir de Śiva, le divin Hara aux cinq visages.
Verse 50
पद्मासनस्थं तं गौरं बीजपूरकरं स्थितम् । दशहस्तं सुप्रसन्नवदनं ध्यानमास्थितम्
Médite sur Lui, assis en posture du lotus, d’une clarté lumineuse, tenant en sa main le bījapūra (cédrat) ; aux dix bras, au visage souverainement paisible, établi dans une profonde contemplation.
Verse 51
ध्येयमेतत्तव प्रोक्तं तस्माद्ध्यानं समाचरेत् । ध्यानस्य लक्षणं चैतन्निमेषार्धमपि स्फुटम्
Cet objet de méditation t’a été enseigné; dès lors, exerce-toi au dhyāna. Telle est la marque nette de la méditation, fût-ce pour un demi‑battement de paupière.
Verse 52
न पृथग्जायते ध्येयाद्धारणां यः समास्थितः । एवमेतां दुरारोहां भूमिमास्थाय योगवित्
Pour celui qui demeure fermement établi dans la dhāraṇā, nulle séparation ne naît d’avec l’objet de méditation. Ainsi, ayant atteint ce degré difficile à gravir, le connaisseur du yoga…
Verse 53
न किंचिच्चिंतयेत्पश्चात्समाधिरिति कीर्त्यते । समाधेर्लक्षणं सम्यग्ब्रुवतो मे निशामय
Ensuite, lorsque l’on ne pense plus à rien du tout, on appelle cela « samādhi ». Écoute de ma bouche, tandis que je parle avec justesse, le véritable signe du samādhi.
Verse 54
शब्दस्पर्शरसैर्हीनं गंधरूपविवर्जितम् । परं पुरुषं संप्राप्तः समाधिस्थः प्रकीर्तितः
Dénué de son, de toucher et de saveur—délivré aussi d’odeur et de forme—celui qui a atteint le Purusha suprême est proclamé établi dans le samādhi.
Verse 55
तां तु प्राप्य नरो विघ्नैर्नाभिभूयेत कर्हिचित् । समाधिस्थश्च दुःखेन गुरुणापि न चाल्यते
Ayant atteint cet état, l’homme n’est jamais vaincu par les obstacles. Établi dans le samādhi, il n’est pas ébranlé même par une lourde souffrance.
Verse 56
शंखाद्याः शतशस्तस्य वाद्यन्ते यदि कर्णयोः । भेर्यश्च यदि हन्यंते शब्दं बाह्यं न विंदति
Même si des centaines de conques et d’autres instruments résonnent à ses oreilles, même si l’on frappe les grands tambours, il ne perçoit pas le son extérieur.
Verse 57
कशाप्रहाराभिहतो वह्निदग्धतनुस्तथा । शीताढ्येव स्थितो घोरे स्पर्शं बाह्यं न विन्दति
Même s’il est frappé par le fouet, même si son corps est brûlé par le feu, ou s’il demeure dans un froid terrible, il ne perçoit aucun contact extérieur, tant il est absorbé dans la quiétude intérieure.
Verse 58
रूपे गंधे रसे बाह्ये तादृशस्य तु का कथा । दृष्ट्वा य आत्मनात्मानं समाधिं लभते पुनः
S’il demeure ainsi inaffecté même par le toucher extérieur, que dire alors de la forme, du parfum et de la saveur du dehors ? Ayant contemplé le Soi par le Soi, il atteint de nouveau le samādhi.
Verse 59
तृष्णा वाथ बुभुक्षा वा बाधेते तं न कर्हिचित्
Ni la soif ni la faim ne le tourmentent jamais.
Verse 60
न स्वर्गे न च पाताले मानुष्ये क्व च तत्सुखम् । समाधिं निश्चलं प्राप्य यत्सुखं विंदते नरः
Cette félicité ne se trouve ni au ciel ni en Pātāla, ni nulle part dans le monde des hommes ; car telle est la joie que l’être humain découvre après avoir atteint un samādhi immobile et inébranlable.
Verse 61
एवमारूढयोगस्य तस्यापि कुरुनदन । पंचोपसर्गाः कटुकाः प्रवर्तंते यथा शृणु
Ô fils des Kurus, même pour celui qui s’est ainsi élevé sur la voie du yoga, cinq obstacles amers surgissent. Écoute comment ils se déploient.
Verse 62
प्रातिभः श्रावणो दैवो भ्रमावर्तोऽथ भीषणः । प्रतिभा सर्वशास्त्राणां प्रातिभोऽयं च सात्त्विकः
Les cinq obstacles sont : Prātibha, Śrāvaṇa, Daiva, le tourbillon de l’illusion (Bhramāvarta) et l’Effroyable (Bhīṣaṇa). « Prātibha » est une puissance sāttvique, subtile : une intuition portant sur tous les śāstras.
Verse 63
तेन यो मदमादद्याद्योगी शीघ्रं च चेतसः । योजनानां सहस्रेभ्यः श्रवणं श्रावणस्तु सः
Par ce Prātibha, si le yogin s’enivre vite d’orgueil, l’esprit est troublé. Entendre à des milliers de yojanas de distance : voilà ce qu’on nomme Śrāvaṇa, l’obstacle.
Verse 64
द्वितीयः सात्विकश्चायमस्मान्मत्तो विनश्यति । अष्टौ पश्यति योनीश्च देवानां दैव इत्यसौ
Ce second est lui aussi sāttvique, mais il périt lorsqu’il devient ivresse d’orgueil. Celui qui voit les huit yonis divines des dieux : on appelle cela Daiva, l’obstacle.
Verse 65
अयं च सात्त्विको दोषो मदादस्माद्विनश्यति । आवर्त इव तोयस्य जनावर्ते यदाकुलः
Ceci aussi est une faute sāttvique, et elle est détruite par l’orgueil qui en naît : tel un tourbillon dans l’eau, agité au sein des remous des courants.
Verse 66
आवर्ताख्यस्त्वयं दोषो राजसः स महाभयः । भ्राम्यते यन्निरालम्बं मनो दोषैश्च योगिनः
Ce défaut nommé « Āvarta » est rājassique et une grande terreur. Par ces fautes, l’esprit du yogin, sans appui, se met à tournoyer et à errer.
Verse 67
समस्ताधारविभ्रंशाद्भ्रमाख्यस्तामसो गुणः । एतैर्नाशितयोगाश्च सकला देवयोनयः
Quand les fondements de tout soutien sont bouleversés, surgit la qualité tamasique appelée « bhrama », la confusion. Par ces troubles, le yoga est détruit, même chez les êtres nés dans les ordres divins.
Verse 68
उपसर्गैर्महाघोरैरावर्त्यंते पुनः पुनः । प्रावृत्य कंबलं शुक्लं योगी तस्मान्मनोमयम्
Sans cesse, sous l’assaut d’obstacles extrêmement terribles, l’esprit est entraîné dans un tourbillon. Aussi le yogin, s’enveloppant d’une couverture blanche, doit-il recourir à la discipline façonnée par l’esprit, c’est-à-dire à la contemplation intérieure.
Verse 69
चिंतयेत्परमं ब्रह्म कृत्वा तत्प्रवणं मनः । आहाराः सात्त्विकाश्चैव संसेव्याः सिद्धिमिच्छता
Qu’on contemple le Brahman suprême, en inclinant entièrement l’esprit vers Lui. Et celui qui désire l’accomplissement doit aussi ne prendre que des aliments sāttviques, purs et lumineux.
Verse 70
राजसैस्तामसैश्चैव योगी सिद्धयेन्न कर्हिचित् । श्रद्दधानेषु दांतेषु श्रोत्रियेषु महात्मसु
Par des voies rājasiques et tāmasiques, le yogin n’atteint jamais la perfection. Qu’il s’appuie plutôt sur les êtres pleins de foi, maîtres d’eux-mêmes, instruits des Veda, magnanimes.
Verse 71
स्वधर्मादनपेतेषु भिक्षा याच्या च योगिना । भैक्षं यवान्नं तक्रं वा पयो यावकमेव वा
Le yogin ne doit mendier l’aumône qu’auprès de ceux qui ne se sont pas écartés de leur propre dharma. L’aumône peut être une nourriture d’orge (yava), ou du babeurre (takra), ou du lait, ou bien seulement une bouillie de yāvaka.
Verse 72
फलमूलं विपक्वं वा कणपिण्याकसक्तवः । श्रुता इत्येत आहारा योगिनां सिद्धिकारकाः
Fruits et racines mûrs, ou grains et préparations de son et de farine de son : tels sont, selon l’enseignement reçu de la tradition, les aliments qui favorisent l’accomplissement des yogins.
Verse 73
मृत्युकालं विदित्वा च निमित्तैर्योगसाधकः । योगं युञ्जीत कालस्य वंचनार्थं समाहितः
Ayant reconnu, par les signes, l’heure de la mort, le pratiquant du yoga—l’esprit recueilli—doit s’adonner au yoga afin de déjouer le Temps (la Mort).
Verse 74
निमित्तानि च वक्ष्यामि मृत्युं यो वेत्ति योगवित् । रक्तकृष्णांबरधरा गायंतीह सती च यम्
Je vais exposer les signes par lesquels le connaisseur du yoga reconnaît la mort : par exemple, une femme vertueuse, vêtue de rouge et de noir, chantant ici (dans la vision).
Verse 75
दक्षिणाशां नयेन्नारी स्वप्ने सोऽपि न जीवति । नग्नं क्षपणकं स्वप्ने हसमानं प्रदृश्य च
Si, en rêve, une femme le mène vers le sud, lui non plus ne vivra pas. Et s’il voit en rêve un ascète nu (kṣapaṇaka) qui rit, cela aussi est un signe.
Verse 76
एनं च वीक्ष्य वल्गन्तं तं विद्यान्मृत्युमागतम् । ऋक्षवानरयुग्यस्थो गायन्यो दक्षिणां दिशम्
En le voyant bondir et s’agiter, qu’on sache que la mort est arrivée. De même, celui qui est monté sur un attelage d’ours et de singes, chantant et allant vers le sud, est un présage.
Verse 77
याति मज्जेदधौ पंके गोमये वा न जीवति । केशांगारैस्तथा भस्मभुजंगैर्निजलां नदीम्
Si, en rêve, quelqu’un s’en va et s’enfonce dans le caillé, dans la boue ou dans la bouse de vache, il ne survivra pas. De même, s’il voit une rivière dont l’eau n’est pas une eau véritable—pleine de cheveux, de braises et de serpents faits de cendre—c’est aussi un signe de mort.
Verse 78
एषामन्यतमैः पूर्णां दृष्ट्वा स्वप्ने न जीवति । करालैर्विकटै रूक्षैः पुरुषैरुद्यतायुधैः
Si, en songe, l’on voit l’espace devant soi rempli de l’un de ces signes—des hommes terrifiants, difformes, rudes, les armes levées—on ne survit pas.
Verse 79
पाषाणैस्ताडितः स्वप्ने सद्यो मृत्युं भजेन्नरः । सूर्योदये यस्य शिवा क्रोशंती याति सम्मुखम्
Si, en songe, un homme est frappé de pierres, il rencontre aussitôt la mort. Et au lever du soleil, si un chacal (śivā) hurle et vient droit en face, c’est aussi un présage de mort.
Verse 80
विपरीतं परीतं वा स सद्यो मृत्युमृच्छति । दीपाधिगंधं नो वेत्ति वमत्यग्निं तथा निशि
Si l’on voit les choses renversées ou dévoyées en signe funeste, on atteint vite la mort. Ne pas sentir l’odeur de la lampe, et vomir du feu la nuit, sont aussi des présages de mort.
Verse 81
नात्मानं परनेत्रस्थं वीक्षते न स जीवति । शक्रायुधं चार्धरात्रे दिवा वा ग्रहणं तथा
Si l’on ne voit pas son propre reflet dans l’œil d’autrui, on ne vit pas. De même, voir l’arme d’Indra (vajra) à minuit, ou voir une éclipse en plein jour, est un présage de mort.
Verse 82
दृष्ट्वा मन्येत स क्षीणमात्मजीवितमाप्तवान् । नासिका वक्रतामेति कर्णयोर्न्नमनोन्नती
En voyant ces signes, qu’il comprenne que sa propre vie s’est amoindrie. Quand le nez se courbe et que les deux oreilles s’abaissent et se relèvent de façon irrégulière, ce sont des marques du déclin vital.
Verse 83
नेत्रं च वामं स्रवति यस्य तस्यायुरुद्गतम् । आरक्ततामेति मुखं जिह्वा चाप्यसिता यदा
Si l’œil gauche d’un homme se met à pleurer, sa durée de vie s’est déjà retirée. Quand le visage rougit et que la langue s’assombrit, ce sont des signes que la mort approche.
Verse 84
तदा प्राज्ञो विजानीयादासन्नं मृत्युमात्मनः । उष्ट्ररासभयानेन स्वप्ने यो याति दक्षिणाम्
Alors l’homme avisé doit comprendre que sa propre mort est proche. Si, en rêve, il se rend vers le sud monté sur un chameau ou un âne, c’est un présage de même nature.
Verse 85
दिशं कर्णौ पिधायापि निर्घोषं शृणुयान्न च । न स जीवेत्तथा स्वप्ने पति तस्य पिधीयते
Même en se bouchant les oreilles, s’il n’entend aucun son, il ne vivra pas. De même, si en rêve son seigneur/époux est comme enfermé ou retranché, cela aussi est un présage de mort.
Verse 86
द्वारं न चोत्तिष्ठति च शुभ्रा दृष्टिश्च लोहिता । स्वप्नेऽग्निं प्रविशेद्यश्च न च निष्क्रमते पुनः
Si la porte ne se « dresse » pas, ne s’ouvre pas comme il convient, et si la vue devient pâle puis rouge, c’est un signe néfaste. Et celui qui, en rêve, entre dans le feu sans en ressortir, ne survit pas.
Verse 87
जलप्रवेशादपि वा तदंतं तस्य जीवितम् । यश्चाभिहन्यते दुष्टैर्भूतै रात्रावथो दिवा
Que ce soit en entrant dans l’eau ou par quelque autre moyen, sa vie parvient à son terme ; et celui qui est frappé par des esprits mauvais, de nuit comme de jour, rencontre lui aussi cette fin assignée.
Verse 88
प्रकृतैर्विकृतैर्वापि तस्यासन्नौ यमांतकौ । देवतानां गुरूणां च पित्रोर्ज्ञानविदां तथा
Par des signes ordinaires ou par des marques dévoyées, les deux dispensateurs de la mort, Yama et Antaka, s’approchent de lui ; et de même apparaissent des présages funestes concernant les dieux, les maîtres, les parents et les connaisseurs de la sagesse sacrée.
Verse 89
निन्दामवज्ञां कुरुते भक्तो भूत्वा न जीवति । एवं दृष्ट्वा निमित्तानि विपरीतानि योगवित्
Si, après être devenu dévot, on se livre à la médisance et au mépris, on ne vit pas longtemps. Voyant de tels présages contraires, le connaisseur du yoga agit avec prudence.
Verse 90
धारणां सम्यगास्थाय समाधावचलो भवेत् । यदि नेच्छति ते मृत्युं ततो नासौ प्रपद्यते
Ayant établi correctement la dhāraṇā, qu’on demeure inébranlable en samādhi. Si, alors, la mort ne te “désire” pas, elle ne te saisit point.
Verse 91
विमुक्तिमथवा वांछेद्विसृजेद्ब्रह्ममूर्धनि । संति देहे विमुक्ते च उपसर्गाश्च ये पुनः
Celui qui aspire à la délivrance doit projeter le prāṇa/la conscience par l’ouverture de Brahmā au sommet de la tête. Pourtant, des obstacles surgissent encore, tant durant l’existence incarnée qu’au moment même de la libération.
Verse 92
योगिनं समुपायांति शृणु तानपि पांडव । ऐशान्ये राक्षसपुरे यक्षो गन्धर्व एव च
Ils s’approchent du yogin ; écoute-les aussi, ô Pāṇḍava. Dans le quartier du nord-est, dans la cité des rākṣasas, se trouvent également des yakṣas et des gandharvas, qui prennent part à ces rencontres/obstacles.
Verse 93
ऐन्द्रे सौम्ये प्रजापत्ये ब्राह्मे चाष्टसु सिद्धयः । भवंति चाष्टौ शृणु ताः पार्थिवी या च तैजसी
Dans les domaines Aindra, Saumya, Prājāpatya et Brāhma, les siddhi se produisent par groupes de huit. Elles deviennent octuples—écoute-les : il y a aussi les types « terrestres » et « ignés ».
Verse 94
वायवी व्योमात्मिका चैव मानसाहम्भवा मतिः । प्रत्येकमष्टधा भिन्ना द्विगुणा द्विगुणा क्रमात
De même, il est des siddhi de nature aérienne, de nature éthérique (de l’éther), et celles qui naissent du mental et de l’ahamkāra (l’ego). Chacune se divise en huit, puis croît au double, puis encore au double, selon l’ordre.
Verse 95
पूर्वे चाष्टौ चतुःषष्टिरन्ते शृणुष्व तद्यथा । स्थूलता ह्रस्वता बाल्यं वार्धक्यं योवनं तथा
D’abord il y en a huit, et à la fin il y en a soixante-quatre—écoute-les telles qu’elles sont : la grandeur, la petitesse, l’enfance, la vieillesse, et aussi la jeunesse.
Verse 96
नानाजाति स्वरूपं च चतुर्भिर्देहधारणम् । पार्थिवांशं विना नित्यमष्टौ पार्थिवसिद्धयः
En revêtant des formes issues de multiples naissances/espèces, et en soutenant le corps au moyen des quatre éléments—pourtant, sans la «part terrestre», il existe toujours huit siddhi proprement terrestres.
Verse 97
विजिते पृथिवीतत्त्वे यदैशान्ये भवन्ति च । भूमाविव जले वासो नातुरोऽर्णवमापिबेत्
Quand le principe de la terre est maîtrisé et que l’on atteint un état semblable à Īśāna, souverain et puissant, demeurer dans l’eau devient aussi naturel que vivre sur la terre ; même l’océan ne peut submerger ni nuire à un tel être.
Verse 98
सर्वत्र जलप्राप्तिश्च अपि शुष्कं द्रवं फलम् । त्रिभिर्देहस्य धरणं नदीर्वा स्थापयेत्करे
L’eau devient accessible en tout lieu ; même les fruits desséchés laissent sourdre un liquide. Par trois pouvoirs tels, le corps est soutenu, et l’on peut même retenir—ou fixer en place—les rivières d’une seule main.
Verse 99
अव्रणत्वं शरीरस्य कांतिश्चाथाष्टकं स्मृतम् । अष्टौ पूर्वा इमाश्चाष्टौ राक्षसानां पुरे स्मृताः
L’absence de blessures dans le corps et l’éclat rayonnant : cela est rappelé comme un octuple ensemble. Ces huit d’autrefois et ces huit-ci sont dits être les accomplissements reconnus dans la cité des Rākṣasas.
Verse 100
देहादग्निविनिर्माणं तत्तापभयवर्जनम् । शक्तिदत्वं च लोकानां जलमध्येग्निज्वालनम्
Du propre corps, le feu peut être engendré ; sa chaleur n’apporte ni crainte ni douleur. On peut conférer la puissance aux êtres, et même allumer le feu au sein des eaux.
Verse 101
अग्निग्रहश्च हस्तेन स्मृतिमात्रेण पावनम् । भस्मीभूतस्य निर्माणं द्वाभ्यां देहस्य धारणम्
Le feu peut être saisi de la main, et la purification s’accomplit par le seul souvenir. Ce qui fut réduit en cendre peut être reconstitué ; et par deux pouvoirs, le corps est maintenu.
Verse 102
पूर्वाः षोडश चाप्यष्टौ तेजसो यक्षसद्मनि । मनोगतित्वं भूतानामन्तर्निवेशनं तथा
Ces seize d’autrefois, et aussi ces huit-ci, sont dits appartenir au domaine de Tejas dans la demeure des Yakṣas. Là se trouvent aussi : le mouvement à la vitesse de la pensée pour les êtres, et l’entrée au-dedans (d’autrui).
Verse 103
पर्वतादिमहाभारवहनं लीलयैव च । लघुत्वं गौरवत्वं च पाणिभ्यां वायुवारणम्
Porter d’immenses fardeaux—montagnes et semblables—devient un simple jeu. À volonté, on prend légèreté ou pesanteur, et de ses mains on peut même retenir le vent.
Verse 104
अंगुल्यग्रनिपातेन भूमेः सर्वत्र कम्पनम् । एकेन देहनिष्पत्तिर्गांधर्वे वांति सिद्धयः
Par la seule pression du bout d’un doigt, la terre peut trembler partout. Par un seul pouvoir, on peut manifester un corps à volonté ; de telles siddhis, dit-on, dominent dans le monde des Gandharvas.
Verse 105
चतुर्विंशतिः पूर्वाश्चाप्यष्टावेताश्च सिद्धयः । गन्धर्वलोके द्वात्रिंशदत ऊर्ध्वं निशामय
Les vingt-quatre précédentes, avec ces huit siddhis : ainsi, dans le monde des Gandharvas, il y en a trente-deux. Maintenant, écoute ce qui est au-delà de cela.
Verse 106
छायाविहीननिष्पत्तिरिंद्रियाणामदर्शनम् । आकाशगमनं नित्यमिंद्रियादिशमः स्वयम्
On peut exister sans projeter d’ombre, et les sens deviennent invisibles (indécelables). On peut se mouvoir sans cesse dans le ciel, et de soi-même atteindre l’apaisement et la maîtrise des sens et du reste.
Verse 107
दूरे च शब्दग्रहणं सर्वशब्दावगाहनम् । तन्मात्रलिंगग्रहणं सर्वप्राणिनिदर्शनम्
Entendre les sons même de loin ; embrasser et comprendre toute espèce de son ; percevoir les signes subtils des tanmātras ; et contempler tous les êtres vivants : tels sont les accomplissements yogiques extraordinaires décrits.
Verse 108
अष्टौ वातात्मिकाश्चैन्द्रे द्वात्रिंशदपि पूर्वकाः । यथाकामोपलब्धिश्च यथाकामविनिर्गमः
Dans le monde d’Indra, on dit qu’il existe huit puissances de nature venteuse, ainsi que les trente-deux d’autrefois. Là aussi se trouvent : obtenir selon son désir, et partir —ou se projeter— selon son désir.
Verse 109
सर्वत्राभिभवश्चैव सर्वगुह्यनिदर्शनम् । संसारदर्शनं चापि मानस्योऽष्टौ च सिद्धयः
Maîtrise en tout lieu ; vision de tous les secrets ; et même la perception directe du cours du saṃsāra — tout cela constitue aussi huit siddhis « mentales ».
Verse 110
चत्वारिंशच्च पूर्वाश्च सोमलोके स्मृतास्त्विमाः । छेदनं तापनं बन्धः संसारपरिवर्तनम्
Dans le monde de la Lune (Somaloka), on s’en souvient comme de quarante, avec les précédentes : trancher (les obstacles), brûler (affliger), lier, et faire tourner la condition mondaine d’autrui.
Verse 111
सर्वभूत प्रसादत्वं मृत्युकालजयस्तथा । अहंकारोद्भवश्चाष्टौ प्राजापत्ये च पूर्विकाः
Obtenir la faveur de tous les êtres, et de même vaincre l’heure assignée de la mort ; et encore huit pouvoirs nés de l’ahaṃkāra (le moi) — ceux-ci, avec les précédents, sont dits dans le monde de Prajāpati.
Verse 112
आकारेण जगत्सष्टिस्तथानुग्रह एव च । प्रलयस्याधिकारं च लोकचित्रप्रवर्तनम्
Créer l’univers par la seule forme —ou intention—, accorder aussi la grâce ; détenir l’autorité même sur le pralaya (dissolution) ; et mettre en mouvement d’émerveilleuses manifestations dans les mondes — tels sont les pouvoirs énumérés.
Verse 113
असादृश्यमिदं व्यक्तं निर्वाणं च पृथक्पृथक् । शुभेतरस्य कर्तृत्वमष्टौ बुद्धिभवास्त्वमी
Une singularité manifeste, sans pareille; le nirvāṇa, éprouvé distinctement selon son propre mode; et la capacité d’agir sur l’auspicieux comme sur l’inauspicieux : tels sont, dit-on, les huit accomplissements nés de la buddhi (l’intellect).
Verse 114
षट्पंचाशत्तथा पूर्वाश्चतुःषष्टिरिमे गुणाः । ब्राह्मये पदे प्रवर्तंते गुह्यमेतत्तवेरितम्
Cinquante-six, et de même les précédentes : ces soixante-quatre qualités œuvrent dans l’état de Brahmā (Brahmā-pada). C’est là un enseignement secret, énoncé par toi.
Verse 115
जीवतो देहभेदे वा सिद्ध्यश्चैतास्तु योगिनाम् । संगो नैव विधातव्यो भयात्पतनसंभवात्
Ces siddhis appartiennent aux yogins, soit durant la vie, soit lors de la séparation d’avec le corps. Pourtant, qu’on ne s’y attache jamais, car l’attachement peut entraîner la chute.
Verse 116
एतान्गुणान्निराकृत्य युञ्जतो योगिनस्तदा । सिद्धयोऽष्टौ प्रवर्तंते योगसंसिद्धिकारकाः
Lorsque le yogin pratique après avoir écarté ces qualités (inférieures), alors surgissent les huit siddhis, celles qui mènent le yoga à sa parfaite accomplissement.
Verse 117
अणिमा लघिमा चैव महिमा प्राप्तिरेव च । प्राकाम्यं च तथेशित्वं वशित्वं च तथापरे
Sont mentionnées Aṇimā (minutie), Laghimā (légèreté), Mahimā (grandeur) et Prāpti (atteinte) ; de même Prākāmya (accomplissement du désir sans obstacle), Īśitva (seigneurie) et Vaśitva (maîtrise) — ainsi que d’autres siddhis encore.
Verse 118
यत्र कामावसायित्वं माहेश्वरपदस्थिताः । सूक्ष्मात्सूक्ष्मत्वमणिमा शीघ्रत्वाल्लघिमा स्मृता
Pour ceux qui demeurent établis dans l’état Māheśvara (la station de Śiva), il y a kāmāvasāyitva — l’accomplissement parfait de l’intention. Devenir plus subtil que le plus subtil se nomme aṇimā ; et par la célérité, on comprend laghimā.
Verse 119
महिमा शेषपूज्यत्वात्प्राप्तिर्नाप्राप्यमस्य यत् । प्राकाम्यमस्य व्यापित्वादीशित्वं चेश्वरो यतः
Mahimā est ainsi nommé parce qu’il est digne d’être vénéré par tous les autres ; prāpti est cet état où rien ne demeure inaccessible. Prākāmya appartient à celui qui pénètre tout ; et īśitva est sien, car il est véritablement le Seigneur.
Verse 120
वशित्वाद्वशिता नाम सप्तमी सिद्धिरुत्तमा । यत्रेच्छा तत्र च स्थानं तत्र कामावसायिता
De vaśitva naît la siddhi nommée Vaśitā, la septième puissance, excellente entre toutes. Là où se tient la volonté, là se trouve le lieu même ; et là, l’intention s’accomplit parfaitement.
Verse 121
ऐश्वरं पदमाप्तस्य भवंत्येताश्च सिद्धयः । ततो न जायते नैव वर्धते न विनश्यति
Pour celui qui a atteint l’aiśvara-pada, la station souveraine, ces siddhis surgissent assurément. Dès lors, il ne renaît plus ; il ne croît ni ne périt.
Verse 122
एष मुक्त इति प्रोक्तो य एवं मुक्तिमाप्नुयात् । यथा जलं जलेनैक्यं निक्षिप्तमुपगच्छति
Un tel être est proclamé « libéré » — celui qui obtient la délivrance de cette manière. De même que l’eau, versée dans l’eau, parvient à l’unité avec elle,
Verse 123
तथैवं सात्म्यमभ्येति योगिनामात्मा परात्मना । एवं ज्ञात्वा फलं योगी सदा योगं समभ्यसेत्
Ainsi, l’âme du yogin parvient à l’accord parfait et à l’union avec le Soi suprême. Connaissant ce fruit, le yogin doit pratiquer le yoga en tout temps.
Verse 124
अत्रोपमां व्याहरंति योगार्थं योगिनोऽ मलाः । शशांकरश्मिसंयोगादर्ककांतो हुताशनम्
Ici, afin d’expliquer le yoga, les yogin sans tache énoncent une analogie : par la conjonction des rayons de la lune, la gemme arka-kānta allume le feu.
Verse 125
समुत्सृजति नैकः सन्नुपमा सास्ति योगिनः । कपिंजलाखुनकुला वसंति स्वामिव द्गृहे
On ne propose pas un seul exemple—car le yogin possède de nombreuses analogies. Tels des francolins, des souris et des mangoustes qui demeurent dans une maison comme si c’était celle de leur maître,
Verse 126
ध्वस्ते यांत्यन्यतो दुःखं न तेषां सोपमा यतेः । मृद्देहकल्पदेहोऽपि मुखाग्रेण कनीयसा
Quand cette demeure est détruite, ils s’en vont ailleurs dans la souffrance—une telle comparaison ne convient pas au yati (yogin). Même si le corps est comme l’argile, ou comme un corps « exauçant les vœux », il demeure inférieur face à ce qui est premier (la réalisation supérieure).
Verse 127
करोति मृद्भागचयमुपदेशः स योगिनः । पशुपक्षिमनुष्याद्यैः पत्रपुष्पफलान्वितम्
Par l’enseignement du yogin, se forme un amas de parcelles de terre—pourvu de feuilles, de fleurs et de fruits—et il devient une offrande destinée à des êtres tels que les animaux, les oiseaux et les humains.
Verse 128
वृक्षं विलुप्यमानं च लब्ध्वा सिध्यंति योगिनः । रुरुगात्रविषाणाग्रमालक्ष्य तिलकाकृतिम्
Ayant obtenu un arbre que l’on dépouille, les yogin atteignent la siddhi ; et, contemplant la pointe de la corne d’un cerf, ils y discernent un signe en forme de tilaka.
Verse 129
सह तेन विवर्धेत योगी सिद्धिमुपाश्नुते । द्रव्यं पूर्णमुपादाय पात्रमारोहते भुवः
En croissant avec ce signe/cette pratique, le yogin obtient l’accomplissement. Prenant un vase rempli de substance, il s’élève depuis la terre, comme au-delà des limites ordinaires.
Verse 130
तुंगमार्गं विलोक्यैवं विज्ञातं कि न योगिनाम् । तद्गेहं यत्र वसति तद्भोज्यं येन जीवति
Ayant ainsi contemplé la voie sublime, qu’est-ce qui demeure inconnu aux yogin ? Ils connaissent la demeure où l’on réside, et même la nourriture par laquelle l’on vit.
Verse 131
येन निष्पाद्यते चार्थः स्वयं स्याद्योगसिद्धये । तथा ज्ञानमुपासीत योगी यत्कार्यसाधकम्
Ce par quoi le dessein s’accomplit réellement et d’où la siddhi du yoga naît d’elle-même : telle est la connaissance que le yogin doit cultiver, la connaissance qui mène véritablement l’œuvre à son terme.
Verse 132
ज्ञानानां बहुता येयं योगविघ्नकरी हि सा । इदं ज्ञेयमिदं ज्ञेयमिति यस्तृषितश्चरेत्
Cette profusion excessive de « connaissances » devient, en vérité, un obstacle au yoga. Celui qui erre, assoiffé—« ceci doit être su, ceci doit être su »—s’en trouve entravé.
Verse 133
अपि कल्पसहस्रायुर्नैव ज्ञेयमवाप्नुयात् । त्यक्तसंगो जितक्रोधो लब्धाहारो जितेंद्रियः
Quand bien même on vivrait mille kalpas, on n’atteindrait pas le « connaissable » par la seule accumulation. Qu’on soit sans attachement, qu’on vainque la colère, qu’on prenne seulement la nourriture obtenue, et qu’on maîtrise les sens.
Verse 134
पिधाय बुद्ध्या द्वाराणि मनो ध्याने निवेशयेत् । आहारं सात्त्विकं सेवेन्न तं येन विचेतनः
En fermant avec discernement les « portes » (des sens), qu’on établisse le mental dans la méditation. Qu’on prenne une nourriture sāttvique, jamais celle qui rend lourd et sans conscience.
Verse 135
स्यादयं तं च भुंजानो रौरवस्य प्रियातिथिः । वाग्दण्डः कर्मदण्डश्च मनोदंडश्च ते त्रयः
Celui qui mange cela devient l’hôte bienvenu de Raurava (l’enfer). Ces trois-là sont les « bâtons » de la discipline : retenue de la parole, retenue de l’acte et retenue du mental.
Verse 136
यस्यैते नियता दंडाः स त्रिदंडी यतिः स्मृतः । अनुरागं जनो याति परोक्षे गुणकीर्तनम्
Celui chez qui ces bâtons sont fermement réglés est tenu pour un yati tridaṇḍī. Les gens lui portent dévotion et, même en son absence, célèbrent ses vertus.
Verse 137
न बिभ्यति च सत्त्वानि सिद्धेर्लक्षणमुच्यते
Que les êtres vivants ne le craignent plus : cela est déclaré comme un signe de siddhi (accomplissement spirituel).
Verse 138
अलौल्यमारोग्यमनिष्ठुरत्वं गंधः शुभो मूत्रपुरीषयोश्च । कांतिः प्रसादः स्वरसौम्यता च योगप्रवृत्तेः प्रथमं हि चिह्नम्
Absence d’agitation, bonne santé, douceur, parfum agréable même de l’urine et des selles, éclat, clarté de la parole et suavité de la voix—tels sont, en vérité, les premiers signes de l’éveil de la pratique du yoga.
Verse 139
समाहितो ब्रह्मपरोऽप्रमादी शुचिस्तथैकांतरतिर्जितेन्द्रियः । समाप्नुयाद्योगमिमं महामना विमुक्तिमाप्नोति ततश्च योगतः
L’esprit recueilli, voué à Brahman, vigilant, pur, se plaisant à la solitude et maître de ses sens—un tel grand être atteint ce yoga; et par ce yoga il parvient à la délivrance (mokṣa).
Verse 140
कुलं पवित्रं जननी कृतार्था वसुन्धरा भाग्यवती च तेन । अवाह्यमार्गे सुखसिन्धुमग्नं लग्नं परे ब्रह्मणि यस्य चेतः
Sa lignée est sanctifiée, la vie de sa mère est accomplie, et la terre elle-même devient fortunée grâce à lui—lui dont le cœur, plongé dans l’océan de béatitude, demeure fermement établi en le Brahman suprême, au-delà de toutes voies mondaines.
Verse 141
विशुद्धबुद्धिः समलोष्टकांचनः समस्तभूतेषु वसन्समो हि यः । स्थानं परं शाश्वतमव्ययं च यतिर्हि गत्वा न पुनः प्रजायते
Celui dont l’intelligence est purifiée, qui tient pour égaux une motte de terre et l’or, et qui demeure parmi tous les êtres avec égalité de regard—un tel ascète (yati), parvenu à l’état suprême, éternel et impérissable, ne renaît plus.
Verse 142
इदं मया योगरहस्यमुक्तमेवंविधं गौतमः प्राप योगम् । तेनैतच्च स्थापितं पार्थ लिंगं संदर्शनादर्चनात्कल्मषघ्नम्
Ainsi ai-je proclamé le secret du yoga. C’est de cette manière même que Gautama atteignit le yoga; c’est pourquoi, ô Pārtha, il établit ce Liṅga—qui détruit les souillures du péché par la seule vision et par l’adoration.
Verse 143
यश्चाश्विने कृष्णचतुर्दशीदिने रात्रौ समभ्यर्चति लिंगमेतन् । स्नात्वा अहल्यासरसि प्रधाने श्रद्धाय सर्वं प्रविधाय भक्तितः
Et quiconque, la nuit du quatorzième jour lunaire (Caturdaśī) de la quinzaine sombre du mois d’Āśvina, adore ce Liṅga—après s’être baigné dans le lac d’Ahalyā, le plus éminent, et avoir tout accompli avec foi et dévotion—
Verse 144
महोपकारेण विमुक्तपापः स याति यत्रास्ति स गौतमो मुनिः
Délivré des péchés par ce grand bienfait, il se rend là où demeure le sage muni Gautama.
Verse 145
इदं मया पार्थ तव प्रणीतं गुप्तस्य क्षेत्रस्य समासयोगात् । माहात्म्यमेतत्सकलं शृणोति यः स स्याद्विशुद्धः किमु वच्मि भूयः
Ô Pārtha, je t’ai transmis en bref le récit d’un kṣetra sacré demeuré caché. Celui qui entend en entier ce māhātmya devient purifié—que dire de plus ?
Verse 146
य इदं शृणुयाद्भक्त्या गौतमाख्यानमुत्तमम् । पुत्रपौत्रप्रियं प्राप्य स याति पदमव्ययम्
Quiconque entend avec dévotion ce récit excellent de Gautama—obtenant ce qui est cher en fils et petits-fils—parvient à l’état impérissable.