Adhyaya 22
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 22

Adhyaya 22

Le chapitre 22 raconte le passage de Soma (la Lune) de l’affliction à la restauration au sein de la géographie rituelle de Prabhāsa. Bien qu’ayant reçu l’autorisation de Dakṣa, Soma demeure accablé et parvient à Prabhāsa, où il contemple le célèbre mont Kṛtasmar(a), décrit avec une végétation de bon augure, des oiseaux, des musiciens célestes, et une assemblée d’ascètes et de spécialistes védiques. Le récit se tourne ensuite vers sa pratique dévotionnelle : circumambulations répétées et culte concentré près de la mer, auprès d’un liṅga associé à « Sparśa » (le toucher/la rencontre). Soma entreprend une longue tapas, se nourrissant de fruits et de racines, et offre un hymne structuré louant la forme transcendante de Śiva et ses nombreux épithètes, dont une suite doctrinale de noms divins à travers les âges cosmiques. Śiva, satisfait, accorde une grâce : le déclin et la croissance de Soma se produiront en quinzaine alternée, préservant la parole-sentence de Dakṣa tout en en adoucissant la rigueur. Un long excursus éthique souligne l’autorité brahmanique comme élément indispensable à la stabilité du cosmos et à l’efficacité des rites. Le chapitre s’achève par des instructions concernant un liṅga dissimulé dans l’océan et son installation, et explique le nom « Prabhāsa » comme le lieu où l’éclat (prabhā) est rendu à Soma, jadis privé de lumière.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । दक्षेणैवमनुज्ञातः शोचन्कर्म स्वकं तदा । दुःखशोकपरीतात्मा प्रभासं क्षेत्रमागतः

Īśvara dit : Ainsi, ayant reçu l’autorisation de Dakṣa, il se lamenta alors de son propre acte; l’âme envahie de peine et de chagrin, il parvint au kṣetra sacré de Prabhāsa.

Verse 2

स गत्वा दक्षिणं तीरं सागरस्य समीपतः । ददर्श पर्वतं तत्र कृतस्मरमिति श्रुतम्

Parvenu à la rive méridionale, près de l’océan, il y contempla une montagne renommée sous le nom de « Kṛtasmarā ».

Verse 3

यक्षविद्याधराकीर्णं किन्नरैरुपशोभितम् । चंदनागुरुकर्पूरैरशोकैस्तिलकैः शुभैः

Elle était peuplée de Yakṣas et de Vidyādharas, et embellie par les Kinnaras; embaumée de santal, d’agaru et de camphre, et parée d’arbres aśoka et tilaka de bon augure.

Verse 4

कल्हारैः शतपत्रैश्च पुष्पितैः फलितैः शुभैः । आम्रजम्बूकपित्थैश्च दाडिमैः पनसैस्तथा

Elle était ornée de plantes de bon augure—nénuphars (kalhāra) et lotus aux cent pétales—belles en fleurs et en fruits; et aussi de manguiers, jambū, kapittha (wood-apple), grenadiers et jacquiers.

Verse 5

निंबुजम्बीरनागैश्च कदलीखंडमंडितैः । क्रमुकैर्नागवल्ल्याद्यैः शालैस्तालैस्तमालकैः

Elle s’embellissait encore de cédratiers et de citronniers, de touffes de bananiers; de palmiers d’arec et de lianes telles que le bétel (nāgavallī), ainsi que d’arbres śāla, de palmyras (tāla) et de tamāla.

Verse 6

बीजपूरकखर्जूरैर्द्राक्षामधुरपाटलैः । बिल्वचंपकतिंद्वाद्यैः कदंबककुभैस्तथा

Elle était aussi remplie d’arbres bījapūraka (cédrat) et de palmiers-dattiers, de vignes, d’arbres au doux suc et de fleurs pāṭala; avec bilva et campaka, avec tiṃdu et d’autres arbres, ainsi qu’avec kadamba et kubha.

Verse 7

धवाशोकशिरीषाद्यैर्नानावृक्षैश्च शोभितम् । कामं कामफलैर्वृक्षैः पुष्पितैः फलितैः शुभैः

Ce lieu était orné d’arbres innombrables—dhava, aśoka, śirīṣa et d’autres—; oui, d’arbres exauçant les vœux, de bon augure, en fleurs et chargés de fruits.

Verse 8

हंसकारंडवाकीर्णं चक्रवाकोपशोभितम् । कोकिलाभिः शुकैश्चैव नानापक्षिनिनादि तम्

Il était rempli de cygnes et d’oiseaux kāraṇḍava, embelli par les couples de cakravāka, et retentissait des chants des kokilā, des perroquets et de bien d’autres oiseaux.

Verse 9

जातिस्मराः पक्षिणश्च व्याजह्रुर्मानुषीं गिरम् । गंधर्वकिंनरयुगैः सिद्धविद्याधरोरगैः

On y trouvait des oiseaux se souvenant de leurs naissances passées, qui proféraient une parole humaine; et le lieu était fréquenté par des couples de Gandharva et de Kiṃnara, ainsi que par des Siddha, des Vidyādhara et des Nāga.

Verse 10

क्रीडद्भिर्विविधैर्दिव्यैः शोभितं पर्वतोत्तमम् । देवगंधर्वनृत्यैश्च वेणुवीणानिनादितम्

Cette montagne d’excellence était embellie par maints réjouisseurs divins; elle était honorée par les danses des Deva et des Gandharva, et remplie des sons des flûtes et des vīṇā.

Verse 11

वेदध्वनितघोषेण यज्ञहोमाग्निहोत्रजैः । समावृतं सर्वमाज्यगंधिभिरुच्छ्रितम्

Tout y était enveloppé par la résonance de la récitation védique; issue des yajña, des homa et des rites d’agnihotra, la fragrance du ghee s’y répandait partout.

Verse 12

शोभितं चर्षिभिर्दिव्यैश्चातुर्विद्यैर्द्विजोत्तमैः । अत्रिश्चैव वसिष्ठश्च पुलस्त्यः पुलहः क्रतुः

Ce lieu était orné par des ṛṣi divins — les plus éminents des deux-fois-nés, maîtres du quadruple savoir — tels Atri, Vasiṣṭha, Pulastya, Pulaha et Kratu.

Verse 13

भृगुश्चैव मरीचिश्च भरद्वाजोऽथ कश्यपः । मनुर्यमोंऽगिरा विष्णुः शातातपपराशरौ

S’y trouvaient aussi Bhṛgu et Marīci, Bharadvāja et Kaśyapa ; Manu et Yama, Aṅgiras et Viṣṇu ; ainsi que Śātātapa et Parāśara.

Verse 14

आपस्तंबोऽथ संवर्तः कात्यः कात्यायनो मुनिः । गौतमः शंखलिखितौ तथा वाचस्पतिर्मुनिः

S’y trouvaient encore Āpastamba et Saṃvarta ; Kātya et le sage Kātyāyana ; Gautama ; Śaṅkha et Likhita ; et aussi le muni Vācaspati.

Verse 15

जामदग्न्यो याज्ञवल्क्य ऋष्यशृंगो विभांडकः । गार्ग्यशौनकदाल्भ्याश्च व्यास उद्दालकः शुकः

S’y trouvait Jāmadagnya (Paraśurāma), ainsi que Yājñavalkya ; Ṛṣyaśṛṅga et Vibhāṇḍaka ; de même Gārgya, Śaunaka et Dālbhyā ; et Vyāsa, Uddālaka et Śuka.

Verse 16

नारदः पर्वतश्चैव दुर्वासा उग्रतापसः । शाकल्यो गालवश्चैव जाबालिर्मुद्गलस्तथा

Nārada et Parvata s’y tenaient, ainsi que Durvāsā, l’ascète à l’austérité redoutable ; de même Śākalya et Gālava, et aussi Jābāli et Mudgala.

Verse 17

विश्वामित्रः कौशिकश्च जह्नुर्विश्वावसुस्तथा । धौम्यश्चैव शतानन्दो वैशंपायनजिष्णवः

Là se trouvaient Viśvāmitra et Kauśika ; Jahnu, et aussi Viśvāvasu ; ainsi que Dhaumya, Śatānanda et Vaiśaṃpāyana, avec Jiṣṇu.

Verse 18

शाकटायनवार्द्धिक्यावग्निको बादरायणः । वालखिल्या महात्मानो ये च भूमण्डले स्थिताः

Là se trouvaient Śākaṭāyana, Vārddhikya, Avagnika et Bādarāyaṇa ; ainsi que les Vālakhilya, âmes magnanimes, et d’autres êtres éminents demeurant sur la terre.

Verse 19

ते सर्वे तत्र तिष्ठंति पर्वते तु कृतस्मरे । तेजस्विनो ब्रह्मपुत्रा ऋषयो धार्मिकाः प्रिये

Tous demeurent là, sur la montagne nommée Kṛtasmara : des rishis rayonnants, nés de Brahmā, fermes dans le dharma, ô bien-aimée.

Verse 20

ज्वलंतस्तपसा सर्वे निर्द्धूमा इव पावकाः । मासोपवासिनः केचित्केचित्पक्षोपवासिनः

Tous flamboyaient d’ascèse, tels des feux sans fumée. Certains observaient le jeûne durant un mois entier, d’autres durant une quinzaine.

Verse 21

त्रैरात्रिकाः सांतपना निराहारास्तथा परे । केचित्पुष्प फलाहाराः शीर्णपर्णाशिनस्तथा

Certains accomplissaient des observances de trois nuits ; d’autres pratiquaient l’austérité Sāṃtapana ; d’autres encore demeuraient sans nourriture. Les uns vivaient de fleurs et de fruits, les autres ne mangeaient que des feuilles tombées.

Verse 22

केचिद्गोमयभक्षाश्च जलाहारास्तथा परे । साग्निहोत्राः सुविद्वांसो मोक्षमार्गार्थचिन्तकाः

Certains allaient jusqu’à manger de la bouse de vache séchée, tandis que d’autres ne vivaient que d’eau. Observant l’Agnihotra, ces sages érudits méditaient le sens de la voie menant à la délivrance (mokṣa).

Verse 23

इति हासपुराणादिश्रुतिस्मृतिविशारदाः । एते चान्ये च बहवो मार्कंडेयपुरोगमाः

Ainsi étaient ces sages : experts des Itihāsa et des Purāṇa, et profondément versés dans la Śruti et la Smṛti. Eux et bien d’autres, conduits par Mārkaṇḍeya, se trouvaient là présents.

Verse 24

प्रभासं क्षेत्रमासाद्य संस्थिता कृतपर्वते । एवं कृतस्मरस्तत्र सर्वदेवनिषेवितः । मन्वंतरेस्मिन्यो देवि निर्दग्धो वडवाग्निना

Parvenu au kṣetra sacré de Prabhāsa, il prit demeure sur la sainte montagne Kṛtapārva­ta. Là, vénéré et servi par tous les dieux, il fut « rétabli dans la conscience » ; et dans ce même Manvantara, ô Déesse, il avait été brûlé par le Vaḍavāgni, le feu sous-marin au visage de jument.

Verse 25

तं दृष्ट्वा पर्वतं रम्यं दृष्ट्वा चैव महोदधिम् । प्रदक्षिणं ततश्चक्रे सप्तकृत्वो निशाकरः । गिरेः प्रदक्षिणां कृत्वा गतो यत्र महेश्वरः

Voyant cette montagne ravissante et contemplant aussi le grand océan, Niśākara (la Lune) accomplit la pradakṣiṇā sept fois. Ayant achevé la circumambulation du mont, il se rendit là où se tenait Maheśvara.

Verse 26

समीपे तु समुद्रस्य स्पर्शलिंगस्वरूपवान् । प्रसादयामास विभुं प्रसन्नेनांतरात्मना

Près de l’océan, prenant la forme de (vénérer) le Sparśa-liṅga, il chercha à apaiser le Seigneur qui pénètre tout, l’âme intérieure devenue calme et pure.

Verse 27

मरणं वेति संध्याय शरणं वा महेश्वरम् । वरं शापाभिघातार्थं मृत्युं वा शंकरान्मम

Réfléchissant : «Est-ce la mort — ou dois-je chercher refuge en Maheśvara ?», il conclut : «Pour moi, même la mort venant de Śaṅkara vaut mieux, si elle met fin au coup de la malédiction».

Verse 28

इति सोमो मतिं कृत्वा तपसाऽराधयञ्छिवम् । यावद्वर्षसहस्रं तु फलमूलाशनोऽभवत्

Ainsi Soma, ayant arrêté sa résolution, adora Śiva par l’austérité; et durant mille années entières il ne vécut que de fruits et de racines.

Verse 29

पूर्णे वर्षसहस्रे तु चतुर्थे वरवर्णिनि । तुतोष भगवान्रुद्रो वाक्यं चेदमुवाच ह

Quand s’acheva la quatrième période de mille ans, ô belle, le Bienheureux Rudra fut satisfait et prononça ces paroles.

Verse 30

परितुष्टोऽस्मि ते चंद्र वरं वरय सुव्रत । किं ते कामं करोम्यद्य ब्रूहि यत्स्यात्सुदुर्ल्लभम्

«Je suis pleinement satisfait de toi, ô Candra. Choisis une grâce, ô toi au vœu noble. Quel désir veux-tu que j’accomplisse aujourd’hui ? Dis-le — fût-ce ce qu’il est le plus difficile d’obtenir.»

Verse 31

एवं प्रत्यक्षमापन्नं दृष्ट्वा देवं वृषध्वजम् । प्रणम्य तं यथाभक्त्या स्तुतिं चक्रे निशाकरः

Voyant le dieu Vṛṣadhvaja (Śiva, dont l’étendard porte le taureau) se manifester ainsi devant lui, Niśākara se prosterna avec la dévotion requise et composa un hymne de louange.

Verse 32

चंद्र उवाच । ॐ नमो देवदेवाय शिवाय परमात्मने । अप्रमेयस्वरूपाय ब्यक्ताव्यक्तस्वरूपिणे

Candra dit : «Oṃ—hommage à Śiva, Dieu des dieux, le Soi suprême ; dont la nature est incommensurable, de forme à la fois manifeste et non manifeste.»

Verse 33

त्वं पतिर्योगिनामीश त्वयि सर्वं प्रतिष्ठितम् । त्वं यज्ञस्त्वं वषट्कारस्त्वमोंकारः प्रजापतिः

«Tu es le Seigneur des yogins, ô Īśa ; en Toi tout est établi. Tu es le sacrifice lui-même ; Tu es l’acclamation vaṣaṭ ; Tu es l’Oṃkāra ; Tu es Prajāpati.»

Verse 34

चतुर्विंशत्यधिकं च भुवनानां शतद्वयम् । तस्योपरि परं ज्योतिर्जागर्ति तव केवलम्

«Au-delà des deux cents mondes—et encore vingt-quatre au-delà—resplendit, au-dessus de tout, la Lumière suprême ; cette Lumière seule veille, étant Toi.»

Verse 35

कल्पांत आदिवाराहमुक्तब्रह्मांडसंस्थितौ । आधारस्तंभभूताय तेजोलिंगाय ते नमः

«Salut à Toi, Tejo-liṅga—pilier d’éclat embrasé—qui demeures comme colonne de soutien lorsque, à la fin d’un kalpa, le Varāha primordial relâche l’œuf cosmique.»

Verse 36

नमोऽनामयनाम्ने ते नमस्ते कृत्तिवाससे । नमो भैरवनाथाय नमः सोमेश्वराय ते

«Hommage à Toi dont le nom est Anāmaya ; hommage à Toi, Kṛttivāsa. Hommage à Bhairavanātha ; hommage à Toi, Someśvara.»

Verse 37

इति संज्ञाभिरेताभिः स्तुत्याभिरमृतेश्वरः । भूतैर्भव्यैर्भविष्यैश्च स्तूयसे सुरसत्तमैः

Ainsi, par ces mêmes épithètes et ces hymnes, ô Amṛteśvara, Tu es loué par les plus éminents des dieux—par ceux du passé, du présent et de l’avenir.

Verse 38

आद्यो विरंचिनामाभूद्ब्रह्मा लोकपितामहः । मृत्युञ्जयेति ते नाम तदाऽभूत्पार्वतीपते

Dans le premier âge, lorsque Brahmā était connu sous le nom de Virañci, l’aïeul des mondes, alors—ô Seigneur de Pārvatī—Ton Nom devint « Mṛtyuñjaya », le Vainqueur de la Mort.

Verse 39

द्वितीयोऽभूद्यदा ब्रह्मा पद्मभूरिति विश्रुतः । तदा कालाग्निरुद्रेति तव नाम प्रकीर्तितम्

Dans la seconde phase, lorsque Brahmā fut renommé Padmabhū (né du lotus), alors Ton Nom fut proclamé « Kālāgnirudra », Rudra, Feu du Temps.

Verse 40

तृतीयोऽभूद्यदा ब्रह्मा स्वयंभूरिति विश्रुतः । अमृतेशेति ते नाम कीर्तितं कीर्तिवर्द्धनम्

Dans la troisième phase, lorsque Brahmā était renommé Svayaṃbhū (né de lui-même), alors Ton Nom fut chanté « Amṛteśa »—un Nom qui accroît la gloire et l’heureux renom.

Verse 41

चतुर्थोऽभूद्यदा ब्रह्मा परमेष्ठीति विश्रुतः । अनामयेति देवेश तव नाम स्मृतं तदा

Dans la quatrième phase, lorsque Brahmā fut connu sous le nom de Parameṣṭhī, alors—ô Seigneur des dieux—Ton Nom fut rappelé comme « Anāmaya », Celui qui est sans affliction.

Verse 42

पंचमोऽभूद्यदा ब्रह्मा सुरज्येष्ठ इति श्रुतः । कृत्तिवासेति ते नाम बभूव त्रिपुरांतक

Dans la cinquième période, lorsque Brahmā fut entendu comme étant Surajyeṣṭha, alors Ton Nom devint « Kṛttivāsa » — ô Tripurāntaka, destructeur des trois cités.

Verse 43

षष्ठश्चाभूद्यदा ब्रह्मा हेमगर्भ इति स्मृतः । तदा भैरवनाथेति तव नाम प्रकीर्तितम्

Et dans la sixième période, lorsque Brahmā fut rappelé comme Hemagarbha, alors Ton Nom fut proclamé « Bhairavanātha », le Seigneur Bhairava.

Verse 44

अधुना वर्त्तते योऽसौ शतानंद इति श्रुतः । आदिसोमेन यश्चासौ वामनेत्रोद्भवेन ते

« Celui qui demeure encore à présent est renommé Śatānanda ; et il est l’Ādi-Soma lui-même, le Soma primordial, né de Ton œil gauche. »

Verse 45

प्रतिष्ठार्थं तु लिंगस्य आनीतश्चाष्टवार्षिकः । बालरूपी तदा तेन सोमनाथेति कीर्तितम्

« Pour la consécration du liṅga, on fit venir un enfant de huit ans ; sous la forme d’un enfant, il le proclama alors “Somnātha”. »

Verse 46

सहस्रद्वितयं चैव शतं चैव षडुत्तरम्

« Deux mille, et cent, plus encore six. »

Verse 47

सप्तमोऽहं महादेव आत्रेय इति विश्रुतः । प्राचेतसेन दक्षेण शप्तस्त्वां शरणं गतः । रक्ष मां देवदेवेश क्षयिणं पापरोगिणम्

Ô Mahādeva, je suis le septième (d’entre eux), renommé sous le nom d’Ātreya. Maudit par Dakṣa, fils de Pracetas, je suis venu chercher refuge auprès de Toi. Protège-moi, ô Seigneur des dieux : je dépéris, atteint du mal du péché.

Verse 48

इति संस्तुवतस्तस्य चंद्रस्य करुणाकरः । तुतोष भगवान्रुद्रो वाक्यं चेदमुवाच ह

Ainsi, tandis que Candra le louait, le Seigneur Rudra, plein de compassion, fut satisfait et prononça ces paroles.

Verse 49

परितुष्टोऽस्मि ते चंद्र वरं वरय सुव्रत । कि ते कामं करोम्यद्य ब्रूहि यत्स्यात्सुदुर्ल्लभम्

Je suis pleinement satisfait de toi, ô Candra. Ô toi aux vœux parfaits, choisis une grâce. Quel désir veux-tu que j’accomplisse aujourd’hui ? Dis-le, fût-ce ce qu’il est le plus difficile d’obtenir.

Verse 50

मम नामानि गुह्यानि मम प्रियतराणि च । पठिष्यंति नरा ये तु दास्ये तेषां मनोगतम्

À ceux qui réciteront mes noms secrets—les plus chers à mon cœur—j’accorderai les désirs qu’ils portent en eux.

Verse 51

अतीता ये चंद्रमसो भविष्यंति च येऽधुना । तेषां पूज्यमिदं लिंगं यावदन्योऽष्टवार्षिकः

Pour les Candra du passé, ceux de l’avenir et ceux d’aujourd’hui : ce liṅga doit être adoré par eux, jusqu’à ce qu’apparaisse une autre manifestation âgée de huit ans.

Verse 52

आः परं चतुर्वक्त्रो ब्रह्मा यो भविता यदा । प्राणनाथेति देवस्य तदा नाम भविष्यति

Et de plus : lorsque Brahmā aux quatre visages viendra à l’existence, alors le nom de ce Deva sera « Prāṇanātha », Seigneur du souffle vital.

Verse 53

प्राणास्तु वायवः प्रोक्तास्तदाराधननाम तत् । प्राणनाथेति संप्रोक्तं मेऽधुना तद्भविष्यति

Les prāṇa sont dits être les souffles vitaux ; et cela devient, en vérité, le nom de l’adoration. Proclamé « Prāṇanātha », tel sera désormais mon nom de vénération.

Verse 54

तस्मादग्नीशनामेति कालरुद्रेत्यनंतरम् । तारकेति ततो नाम भविष्यत्येव कीर्तितम्

Ainsi, Son nom sera célébré comme « Agnīśa » ; puis comme « Kālarudra » ; et ensuite comme « Tāraka » : telle est proclamée la suite des noms à venir.

Verse 55

मृत्युञ्जयेति देवस्य भविता तदनंतरम् । त्र्यंबकेशस्त्वितीशेति भुवनेशेत्यनन्तरम्

Après cela, la Divinité sera connue comme « Mṛtyuñjaya » ; puis comme « Tryambakeśa » ; puis comme « Itīśa » ; et ensuite comme « Bhuvaneśa ».

Verse 56

भूतनाथेति घोरेति ब्रह्मेशेत्यथ नामकम् । भविष्यं पृथिवीशेति आदिनाथेत्यनंतरम्

Puis Son nom sera « Bhūtanātha » ; puis « Ghore » ; puis « Brahmeśa ». À l’avenir, Il sera appelé « Pṛthivīśa », et ensuite « Ādinātha ».

Verse 57

कल्पेश्वरेति देवस्य चंद्रनाथेत्यनन्तरम् । नाम देवस्य यद्भावि सांप्रतं ते प्रकाशितम्

Alors la Divinité sera appelée Kalpeśvara, puis Candranātha. Les noms du Seigneur qui doivent advenir te sont à présent révélés.

Verse 58

इत्येवमादि नामानि स्वसंख्यातानि षोडश । गतानि संभविष्यंति कालस्यानंतभावतः

Ainsi, en commençant de la sorte, seize noms—chacun selon son décompte prescrit—sont passés et surgiront encore, car le Temps est sans fin par nature.

Verse 59

एकैकं वर्तते नाम ब्रह्मणः प्रलयावधि । ततोन्यज्जायते नाम यथा नामानुरूपतः

Chaque nom, pris isolément, demeure jusqu’à la fin d’un âge de Brahmā, jusqu’à la dissolution; puis un autre nom naît, selon le caractère que ce nom suggère.

Verse 60

अथ किं बहुनोक्तेन रहस्यं ते प्रकाशितम् । वत्स यत्कारणेनेह तपस्तप्तं त्वयाऽखिलम् । तन्मे निःशेषतो ब्रूहि दास्ये तुष्टोऽस्मि ते वरम्

À quoi bon en dire davantage ? Le secret t’a été dévoilé. Enfant chéri, dis-Moi pleinement pour quelle raison tu as accompli ici une austérité si totale ; Je suis satisfait et Je t’accorderai une grâce.

Verse 61

चन्द्र उवाच । अहं शप्तस्तु दक्षेण कस्मिंश्चित्कारणांतरे । यक्ष्मणा च क्षयं नीतस्तस्मात्त्वं त्रातुमर्हसि

Candra dit : J’ai été maudit par Dakṣa pour une certaine raison, et la consomption (yakṣmā) m’a conduit au dépérissement. C’est pourquoi tu dois me sauver.

Verse 62

शंभुरुवाच । अधुना भोः समं पश्य सर्वास्ता दक्षकन्यकाः । क्षयस्ते भविता पक्षं पक्षं वृद्धिर्भविष्यति

Śaṃbhu dit : À présent, ô toi, regarde d’un même regard toutes ces filles de Dakṣa. Pour toi il y aura décroissance durant une quinzaine et croissance durant la suivante—quinzaine après quinzaine.

Verse 63

पूर्वोचितां प्रभां सोम प्राप्स्यसे मत्प्रसादतः । प्राचेतसस्य दक्षस्य तपसा हतपाप्मनः

Ô Soma, par Ma grâce tu retrouveras l’éclat qui fut jadis le tien. Cela advient par l’austérité (tapas) de Dakṣa, fils de Prācetas, dont les fautes ont été brûlées par le tapas.

Verse 64

तस्यान्यथा वचः कर्तुं शक्यं नान्यैः सुरैरपि । ब्राह्मणाः कुपिता हन्युर्भस्मीकुर्युः स्वतेजसा

Même les autres dieux ne peuvent faire que sa parole s’accomplisse autrement. Si les brāhmaṇas s’irritent, ils peuvent frapper et réduire en cendres par leur propre tejas, leur splendeur spirituelle.

Verse 65

देवान्कुर्युरदेवांश्च नाशयेयुरिदं जगत् । ब्राह्मणाश्चैव देवाश्च तेज एकं द्विधा कृतम्

Ils pourraient faire des dieux des non-dieux, et même détruire ce monde. Brāhmaṇas et dieux, en vérité, partagent un unique tejas, divisé en deux formes.

Verse 66

प्रत्यक्षं ब्राह्मणा देवाः परोक्षं दिवि देवताः । न विना ब्राह्मणा देवैर्न देवा ब्राह्मणैर्विना

Les brāhmaṇas sont les dieux visibles (sur la terre) ; les divinités du ciel sont les dieux invisibles. Les dieux ne s’accomplissent pas sans les brāhmaṇas, ni les brāhmaṇas sans les dieux.

Verse 67

एकत्र मन्त्रा स्तिष्ठन्ति तेज एकत्र तिष्ठति । ब्राह्मणा देवता लोके ब्राह्मणा दिवि देवताः । त्रैलोक्ये ब्राह्मणाः श्रेष्ठा ब्राह्मणा एव कारणम्

En un seul lieu demeurent les mantras; en un seul lieu demeure le tejas, l’éclat sacré. En ce monde, les brāhmaṇas sont les divinités; au ciel aussi, les brāhmaṇas sont des divinités. Dans les trois mondes, les brāhmaṇas sont les premiers : eux seuls sont la cause décisive de l’ordre sacré.

Verse 68

पितुर्नियुक्ताः पितरो भवंति क्रियासु दैवीषु भवंति देवाः । द्विजोत्तमा हस्तनिषक्ततोयास्तेनैव देहेन भवंति देवाः

Quand, sur l’injonction du père—par devoir filial et par rite—les Pitṛs, les Ancêtres, sont appelés, ils se rendent présents comme récipiendaires. Dans les actes divins, les dieux se manifestent. Le meilleur des deux-fois-nés, tenant l’eau dans ses mains pour l’offrande, devient par ce même corps, dans le rite, comme les dieux.

Verse 69

षट्क र्मतत्त्वाभिरतेषु नित्यं विप्रेषु वेदार्थकुतूहलेषु । न तेषु भक्त्या प्रविशंति घोरं महाभयं प्रेतभवं कदाचित्

Ceux qui, avec bhakti, se confient aux brāhmaṇas toujours appliqués aux principes des six devoirs et avides du sens du Veda, n’entrent jamais dans cette terrible grande peur : devenir un preta, esprit errant.

Verse 70

यद्ब्राह्मणाः स्तुत्यतमा वदन्ति तद्देवता कर्मभिराचरंति । तुष्टेषु तुष्टाः सततं भवन्ति प्रत्यक्षदेवेषु परोक्षदेवाः

Tout ce que déclarent les brāhmaṇas, les plus dignes de louange, les divinités l’accomplissent par leurs actes. Quand les dieux visibles—les brāhmaṇas—sont satisfaits, les dieux invisibles le sont toujours.

Verse 71

यथा रुद्रा यथा देवा मरुतो वसवोऽश्विनौ । ब्रह्मा च सोमसूर्यौ च तथा लोके द्विजोत्तमाः

De même qu’il y a les Rudras, les Devas, les Maruts, les Vasus et les Aśvins, de même en ce monde il y a les dvijottamas, les meilleurs des deux-fois-nés, comparables en dignité à ces cohortes divines.

Verse 72

देवाधीनाः प्रजाः सर्वा यज्ञाधीनाश्च देवताः । ते यज्ञा ब्राह्मणाधीनास्तस्माद्देवा द्विजोत्तमाः

Tous les êtres dépendent des dieux, et les dieux dépendent du yajña, le sacrifice. Or ces sacrifices dépendent des brāhmaṇas ; ainsi les brāhmaṇas—véritables « devas » sur la terre—sont les plus éminents parmi les deux-fois-nés.

Verse 73

ब्राह्मणानर्चयेन्नित्यं ब्राह्मणांस्तर्पयेत्सदा । ब्राह्मणास्तारका लोके ब्राह्मणात्स्वर्गमश्नुते

Qu’on honore les brāhmaṇas chaque jour et qu’on les comble sans cesse par le respect et les offrandes. Les brāhmaṇas sont les étoiles qui guident le monde ; par les brāhmaṇas on atteint le ciel.

Verse 75

शक्यं हि कवचं भेत्तुं नाराचेन शरेण वा । अपि वज्र सहस्रेण ब्राह्मणाशीः सुदुर्भिदा

Une cuirasse peut certes être percée—par une flèche à pointe d’acier ou par un trait ; mais la bénédiction d’un brāhmaṇa est presque impossible à briser, fût-ce par mille vajras, les foudres.

Verse 76

हुतेन शाम्यते पापं हुतमन्नेन शाम्यति । अन्नं हिरण्यदानेन हिरण्यं ब्राह्मणाशिषा

Le péché s’apaise par l’offrande versée dans le feu sacré ; et ce qui est offert en nourriture devient lui aussi propice. La nourriture est sanctifiée par le don d’or, et l’or lui-même est sanctifié par la bénédiction d’un brāhmaṇa.

Verse 77

य इच्छेन्नरकं गंतुं सपुत्रपशुबांधव । देवेष्वधिकृतं कुर्याद्ब्राह्मणेषु च गोषु च

Que celui qui veut aller en enfer—avec ses fils, son bétail et ses proches—commette une faute envers les dieux, envers les brāhmaṇas et envers les vaches.

Verse 78

ब्राह्मणान्द्वेष्टि यो मोहाद्देवान्गाश्च मखान्यदि । नैव तस्य परो लोको नाऽयं लोको दुरात्मनः

Celui qui, par égarement, hait les brāhmaṇas et méprise les dieux, les vaches et les sacrifices, n’a ni l’au-delà ni même ce monde-ci ; un tel homme est vraiment pervers.

Verse 79

अभेद्यमच्छेद्यमनादिमक्षयं विधिं पुराणं परिपालयन्ति । महामतिस्तानभिपूज्य वै द्विजान्भवेदजेयो दिवि देवराडिव

Ils observent l’ordonnance antique—inaltérable, incoupable, sans commencement et impérissable. Le sage, après avoir honoré comme il se doit les deux-fois-nés, devient invincible au ciel, tel Indra, roi des dieux.

Verse 80

अग्रं धर्मस्य राजानो मूलं धर्मस्य ब्राह्मणाः । तस्मान्मूलं न हिंसीत मूले ह्यग्रं प्रतिष्ठितम्

Les rois sont la face la plus manifeste du dharma, mais les brāhmaṇas en sont la racine. Aussi ne faut-il pas blesser la racine, car sur la racine repose le sommet.

Verse 81

फलं धर्मस्य राजानः पुष्पं धर्मस्य ब्राह्मणाः । तस्मात्पुष्पं न हिंसीत पुष्पात्संजायते फलम्

Les rois sont le fruit du dharma ; les brāhmaṇas en sont la fleur. Aussi ne faut-il pas blesser la fleur, car de la fleur naît le fruit.

Verse 82

राजा वृक्षो ब्राह्मणास्तस्य मूलं पौराः पर्णं मन्त्रिणस्तस्य शाखाः । तस्माद्राज्ञा ब्राह्मणा रक्षणीया मूले गुप्ते नास्ति वृक्षस्य नाशः

Le roi est un arbre ; les brāhmaṇas en sont les racines ; les citoyens, les feuilles ; les ministres, les branches. Aussi le roi doit-il protéger les brāhmaṇas : lorsque la racine est gardée, l’arbre ne périt pas.

Verse 83

आसन्नो हि दहत्यग्निर्दूराद्दहति ब्राह्मणः । प्ररोहत्यग्निना दग्धं ब्रह्मदग्धं न रोहति

Le feu brûle quand on s’en approche; mais la puissance sacrée d’un brāhmane brûle même de loin. Ce que le feu a consumé peut repousser; mais ce que le brahman, force sainte, a consumé ne repousse jamais.

Verse 84

ब्राह्मणानां च शापेन सर्वभक्षो हुताशनः । समुद्रश्चाप्यपेयस्तु विफलश्च पुरंदरः

Par la malédiction des brāhmanes, même le Feu devient un dévoreur sans discernement; l’océan devient impropre à boire; et Purandara (Indra) lui-même devient impuissant, ses efforts sans fruit.

Verse 85

त्वं चन्द्र राजयक्ष्मी च पृथिव्यामूषराणि च । सूर्याचन्द्रमसोः पातः पुनरुद्धरणं तयोः

Tu es la Lune, la fortune royale, et même les terres stériles de la terre. Tu es la chute du Soleil et de la Lune — et, de nouveau, leur relèvement.

Verse 86

वनस्पतीनां निर्यासो दानवानां पराजयः । नागानां च वशीकारः क्षत्रस्योत्सादनं तथा । देवोत्पत्ति विपर्यासो लोकानां च विपर्ययः

De là viennent la sève et les exsudations des arbres; la défaite des Dānavas; la soumission des Nāgas; de même, l’abattement d’une puissance kṣatriya arrogante; l’inversion jusque dans la naissance des dieux — et le bouleversement des mondes.

Verse 87

एवमादीनि तेजांसि ब्राह्मणानां महात्मनाम् । तस्माद्विप्रेषु नृपतिः प्रणमेन्नित्यमेव च

Telles, et bien d’autres encore, sont les puissances des brāhmanes au grand esprit. C’est pourquoi le roi doit se prosterner devant les vipras (brāhmanes), toujours, assurément.

Verse 88

परा मप्यापदं प्राप्तो ब्राह्मणान्न प्रकोपयेत् । ते ह्येनं कुपिता हन्युः सद्यः सबलवाहनम्

Même tombé dans le pire des malheurs, qu’on ne provoque pas les brāhmaṇas ; car, s’ils s’irritent, ils peuvent le détruire sur-le-champ, avec son armée et ses montures.

Verse 89

प्रणीतश्चाप्रणीतश्च यथाग्निर्दैवतं महत् । एवं विद्वानविद्वान्वा ब्राह्मणो दैवतं महत्

De même que le Feu est une grande divinité, qu’il soit allumé avec des rites ou sans rites, de même un brāhmaṇa — savant ou non — est une grande divinité.

Verse 90

श्मशानेष्वपि तेजस्वी पावको नैव दुष्यति । हूयमानश्च यज्ञेषु भूय एवाभिवर्द्धते

Même dans les lieux de crémation, le Feu rayonnant n’est point souillé ; et lorsque, dans les sacrifices, on y verse les offrandes, il ne fait que croître davantage.

Verse 91

एवं यद्यप्य निष्टेषु वर्त्तते सर्वकर्मसु । सर्वेषां ब्राह्मणः पूज्यो दैवतं परमं महत्

Ainsi, même s’il se meut parmi des actes inconvenants dans toutes sortes d’œuvres, pour tous les êtres le brāhmaṇa doit être honoré et vénéré, comme la divinité suprême et grande.

Verse 92

क्षत्रस्यातिप्रवृद्धस्य ब्राह्मणानां प्रभावतः । ब्राह्मं हि परमं पूज्यं क्षत्रं हि ब्रह्मसंभवम्

Même lorsque la puissance royale (kṣatra) enfle à l’excès, c’est par l’influence des brāhmaṇas. Car le principe brāhmique (brahman) est suprêmement digne d’honneur, et le kṣatra lui-même naît du brahman.

Verse 93

अद्भ्योऽग्निर्ब्रह्मतः क्षत्रमश्मनो लोहमुत्थितम् । तेषां सर्वत्रगं तेजः स्वासु योनिषु शाम्यति

Des eaux naît le feu; du Brahman naît le kṣatra; de la pierre naît le fer. Pourtant, l’éclat qui peut se répandre partout s’apaise lorsqu’il revient à sa propre origine.

Verse 94

यान्समाश्रित्य तिष्ठन्ति देवलोकाश्च सर्वदा । ब्रह्मैव वचनं येषां को हिंस्यात्ताञ्जिजीविषुः

Ceux sur qui même les mondes des dieux s’appuient sans cesse—dont la parole est elle-même Brahman—qui, voulant vivre, oserait leur nuire ?

Verse 95

म्रियमाणोऽप्याददीत न राजा ब्राह्मणात्करम् । न च क्षुधा ऽस्य संसीदेद्ब्राह्मणो विषये वसन्

Même à l’agonie, un roi ne doit pas prélever d’impôt sur un Brāhmaṇa. Et un Brāhmaṇa vivant dans le royaume ne doit jamais être laissé dépérir de faim.

Verse 96

यस्य राज्ञश्च विषये ब्राह्मणः सीदति क्षुधा । तस्य तच्छतधा राष्ट्रमचिरादेव सीदति

Dans le royaume de tout roi où un Brāhmaṇa souffre de misère par la faim, le pays de ce roi tombe bientôt en ruine au centuple.

Verse 97

यद्राजा कुरुते पापं प्रमादाद्यच्च विभ्रमात् । वसन्तो ब्राह्मणा राष्ट्रे श्रोत्रियाः शमयन्ति तत्

Quel que soit le péché que le roi commette par négligence ou égarement, les Brāhmaṇas savants—śrotriyas versés dans l’audition sacrée et la tradition—demeurant dans le royaume l’apaisent et l’annulent.

Verse 98

पूर्वरात्रांतरात्रेषु द्विजैर्यस्य विधीयते । स राजा सह राष्ट्रेण वर्धते ब्रह्मतेजसा

Le roi pour qui les deux-fois-nés accomplissent les rites durant la première et la veille médiane de la nuit, prospère avec son royaume grâce à la radiance de la puissance brahmanique.

Verse 99

ब्राह्मणान्पूजयेन्नित्यं प्रातरुत्थाय भूमिपः । ब्राह्मणानां प्रसादेन दीव्यन्ति दिवि देवताः

Se levantant à l’aube, le roi doit sans cesse honorer les brāhmanes ; par leur grâce et leur contentement, même les dieux se réjouissent au ciel.

Verse 100

अथ किं बहुनोक्तेन ब्राह्मणा मामकी तनुः । ये केचित्सागरांतायां पृथिव्यां कीर्तिता द्विजाः । तदूपं देवदेवस्य शिवस्य परमात्मनः

À quoi bon tant de paroles ? Les brāhmanes sont Mon propre corps. Quels que soient les deux-fois-nés célébrés sur cette terre ceinte par les océans, ils sont la forme même de Śiva, Dieu des dieux, le Soi suprême.

Verse 101

एतान्द्विषंति ये मूढा ब्राह्मणान्संशितव्रतान् । ते मां द्विषंति वै नूनं पूजनात्पूजयन्ति माम्

Les insensés qui haïssent ces brāhmanes aux vœux fermes, en vérité Me haïssent ; et ceux qui les honorent, par cet honneur même, M’adorent.

Verse 102

न प्रद्वेषस्ततः कार्यो ब्राह्मणेषु विजानता । प्रद्वेषेणाशु नश्यन्ति ब्रह्मशापहता नराः

Ainsi, celui qui sait ne doit nourrir aucune haine envers les brāhmanes ; par la haine, les hommes périssent vite, frappés par la malédiction issue de la puissance brahmanique.

Verse 103

इत्येवं कथितश्चन्द्र ब्राह्मणानां गुणार्णवः । कुरुष्वानन्तरं कार्य्यं यद्ब्रवीम्यहमेव ते

Ainsi, ô Candra, l’océan des vertus des brāhmaṇa a été exposé. À présent, accomplis l’œuvre suivante, telle que moi-même je te l’énoncerai.

Verse 104

शापस्यानुग्रहो दत्तो मया तव निशाकर । न चान्यथा वचः कर्त्तुं शक्यं तेषां द्रिजन्मनाम्

Ô Niśākara, je t’ai accordé le soulagement de la malédiction ; pourtant, la parole des dvija, les deux-fois-nés, ne peut être rendue autrement.

Verse 106

क्षयस्ते भविता पक्षं पक्षं वृद्धिर्भविष्यति । अथान्यद्वचनं चन्द्र शृणु कार्यं यथा त्वया

Tu décroîtras durant une quinzaine, puis tu croîtras de nouveau durant une autre quinzaine. Et maintenant, ô Candra, écoute un autre ordre : ce que tu dois accomplir.

Verse 107

इदं यत्सागरोपांते तिष्ठते लिंगमुत्तमम् । धरामध्यगतं तच्च देवानां दृष्टिगोचरम्

Ce Liṅga suprême qui se tient au bord de l’océan—bien qu’établi dans la terre—demeure dans la vision et la conscience des dieux.

Verse 108

कुक्कुटांडसमप्रख्यं सर्पमेखलमंडितम् । ममाद्यं परमं तेजो न चान्यो वेद कश्चन

Il resplendit tel un œuf de poule et se trouve orné d’une ceinture de serpents. C’est mon éclat primordial et suprême — nul autre ne le connaît véritablement.

Verse 109

इतः सागरमध्ये तु धनुषां च शतत्रये । तिष्ठते तत्र लिंगं तु सुगुप्तं लक्षणान्वितम्

D’ici, au cœur de l’océan—à trois cents longueurs d’arc—se dresse un Liṅga, soigneusement dissimulé, mais portant ses signes distinctifs.

Verse 110

आदिकल्पे महर्षीणां शापेन पतितं मम । लिंगं सागरमध्ये तु तत्त्वं शीघ्रं समानय

Au premier âge, sous la malédiction des grands Ṛṣi, Mon Liṅga tomba au milieu de l’océan. Fais remonter promptement cette réalité sacrée.

Verse 111

स्पर्शाख्यं यत्र मे लिंगं तत्र स्थाने निवेशय । निवेश्य तु प्रयत्नेन सहितो विश्वकर्मणा

Établis Mon Liṅga en ce lieu nommé « Sparśa ». L’ayant installé avec un effort appliqué—avec Viśvakarman à tes côtés—

Verse 112

ततो ब्रह्माणमाहूय समेतं तु मुनीश्वरैः । प्रतिष्ठां कारय विभो इष्ट्वा तत्र महामखैः

Ensuite, fais venir Brahmā, accompagné des sages souverains. Ô puissant, après y avoir adoré par de grands sacrifices, fais accomplir la consécration (pratiṣṭhā).

Verse 113

एवमुक्त्वा स भगवांस्तत्रैवांतरधीयत । ततः प्रभां पुनर्लेभे रात्रिनाथो वरानने

Ayant ainsi parlé, le Seigneur Bienheureux disparut sur-le-champ. Alors le Seigneur de la Nuit—la Lune—retrouva son éclat, ô toi au beau visage.

Verse 114

ततः प्रभृति तत्क्षेत्रं प्रभासमिति विश्रुतम् । निष्प्रभस्य प्रभा दत्ता प्रभासं तेन चोच्यते

Dès lors, cette contrée sacrée devint renommée sous le nom de « Prabhāsa ». Car une radiance fut accordée à celui qui en était privé ; c’est pourquoi on l’appelle Prabhāsa.

Verse 115

दक्षस्य तु वृथा शापो न कृतस्तेन लांछनम् । सोमः प्रभासते लोकान्वरं प्राप्य महेश्वरात् । व्यक्तीभूतः स देवेशः सोमस्यैव महात्मनः

Ainsi, la malédiction de Dakṣa ne fut pas vaine, ni un simple stigmate. Ayant reçu une grâce de Maheśvara, Soma resplendit sur les mondes. Et le Seigneur des dieux se manifesta pour ce Soma au grand cœur.

Verse 1085

शापानुग्रहदैः सर्वै देवैरपि सवासवैः । तस्माच्चन्द्र त्वया शोको नैव कार्यो विजानता

Même les dieux—avec Indra—sont tous dispensateurs de malédiction comme de grâce. Ainsi, ô Candra, sachant cette vérité, ne t’afflige en rien.