Adhyaya 83
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 83169 Verses

Pañca-prakṛti-nirūpaṇa and Mantra-vidhi: Rādhā, Mahālakṣmī, Durgā, Sarasvatī, Sāvitrī; plus Sāvitrī-Pañjara

Śaunaka loue Sūta d’avoir révélé une procédure tantrique rare enseignée par les Kumāra. Nārada, après avoir entendu mille paires de noms, se prosterne devant Sanatkumāra et demande l’essence des Tantras Śākta, surtout la gloire et les émanations de Rādhā avec les mantras appropriés. Sanatkumāra raconte une théogonie centrée sur Goloka : Rādhā surgit comme la contrepartie de Kṛṣṇa ; Nārāyaṇa émane du côté gauche de Kṛṣṇa ; Mahālakṣmī du côté gauche de Rādhā ; gopa et gopī se manifestent des pores de Kṛṣṇa et de Rādhā ; Durgā apparaît comme la Māyā éternelle de Viṣṇu ; Brahmā naît du nombril de Hari ; Kṛṣṇa se scinde en Śiva (gauche) et Kṛṣṇa (droite) ; Sarasvatī surgit puis est envoyée à Vaikuṇṭha. Le chapitre expose ensuite la Rādhā quintuple et prescrit des séquences de sādhanā (mantra, dhyāna, arcana), donnant les paramètres des mantras et une architecture rituelle complète pour Rādhā, Mahālakṣmī, Durgā, Sarasvatī et Sāvitrī : schémas de yantra/āvaraṇa, listes de divinités, totaux de japa, matières du homa et usages de siddhi (victoire royale, fécondité, apaisement des afflictions des graha, longévité, prospérité, maîtrise poétique). Il s’achève par le Sāvitrī Pañjara, enceinte protectrice directionnelle, cartographie cosmique du corps, et liste finale des noms de Sāvitrī avec leurs bienfaits.

Shlokas

Verse 1

श्रीशौनक उवाच । साधु सूत महाभागः जगदुद्धारकारकम् । महातंत्रविधानं नः कुमारोक्तं त्वयोदितम् ॥ १ ॥

Śaunaka dit : C’est bien, ô noble Sūta. Tu nous as exposé la grande méthode tantrique—enseignée par les Kumāras—capable d’élever et de sauver le monde.

Verse 2

अलभ्यमेतत्तंत्रेषु पुराणेष्वपि मानद । यदिहोदितमस्मभ्यं त्वयातिकरुणात्मना ॥ २ ॥

Ô dispensateur d’honneur, cet enseignement ne se trouve pas aisément, même dans les Tantras et les Purāṇa. Et pourtant, ici, tu nous l’as transmis, toi dont la nature est la grande compassion.

Verse 3

नारदो भगवान्सूत लोकोद्धरणतत्परः । भूयः पप्रच्छ किं साधो कुमारं विदुषां वरम् ॥ ३ ॥

Ô Sūta, le bienheureux sage Nārada—toujours voué au relèvement des mondes—interrogea de nouveau le noble Kumāra, le premier parmi les savants.

Verse 4

सूत उवाच । श्रुत्वा स नारदो विप्राः युग्मनामसहस्रकम् । सनत्कुमारमप्याह प्रणम्य ज्ञानिनां वरम् ॥ ४ ॥

Sūta dit : Ô brāhmaṇas, après avoir entendu cet ensemble de mille noms par paires, Nārada s’adressa aussi à Sanatkumāra, se prosternant devant le meilleur des sages.

Verse 5

नारद उवाच । ब्रह्मंस्त्वया समाख्याता विधयस्तंत्रचोदिताः । तत्रापि कृष्णमंत्राणां वैभवं ह्युदितं महत् ॥ ५ ॥

Nārada dit : Ô brāhmaṇa vénérable, tu as exposé les rites et les procédures tels que les Tantras les prescrivent. Et là même, la grande gloire des mantras de Kṛṣṇa a été proclamée.

Verse 6

या तत्र राधिकादेवी सर्वाद्या समुदाहृता । तस्या अंशावताराणां चरितं मंत्रपूर्वकम् ॥ ६ ॥

Là, la Déesse Rādhikā est proclamée la première entre toutes. Le récit sacré de ses incarnations partielles doit être raconté, précédé et accompagné des mantras appropriés.

Verse 7

तंत्रोक्तं वद सर्वज्ञ त्वामहं शरणं गतः । शक्तेस्तंत्राण्यनेकानि शिवोक्तानि मुनीश्वर ॥ ७ ॥

Enseigne-moi ce qui est établi dans les Tantras, ô toi qui sais tout, car j’ai pris refuge en toi. Ô seigneur parmi les sages, il est de nombreux Tantras de Śakti, énoncés par Śiva.

Verse 8

यानि तत्सारमुद्धृत्य साकल्येनाभिधेहि नः । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य नारदस्य महात्मनः ॥ ८ ॥

Après en avoir extrait l’essence, expose-le-nous entièrement. Ayant entendu ces paroles du magnanime Nārada…

Verse 9

सनत्कुमारः प्रोवाच स्मृत्वा राधापदांबुजम् । सनत्कुमार उवाच । श्रृणु नारद वक्ष्यामि राधांशानां समुद्भवम् ॥ ९ ॥

Sanatkumāra parla, après s’être souvenu des pieds de lotus de Rādhā. Sanatkumāra dit : «Écoute, Nārada ; je t’exposerai l’origine des parts (émanations) de Rādhā».

Verse 10

शक्तीनां परमाश्चर्यं मंत्रसाधनपूर्वकम् । या तु राधा मया प्रोक्ता कृष्णार्द्धांगसमुद्भवा ॥ १० ॥

Parmi toutes les śaktis divines, la plus merveilleuse—obtenue par une discipline préalable dans la sādhana des mantras—est cette Rādhā dont j’ai parlé, née de la moitié même du corps de Kṛṣṇa, comme son parfait vis-à-vis.

Verse 11

गोलोकवासिनी सा तु नित्या कृष्णसहायिनी । तेजोमंडलमध्यस्था दृश्यादृश्यस्वरूपिणी ॥ ११ ॥

Elle demeure en Goloka, éternelle et toujours l’auxiliaire de Kṛṣṇa ; établie au cœur d’un cercle de splendeur, sa nature est à la fois visible et invisible.

Verse 12

कदाचित्तु तया सार्द्धं स्थितस्य मुनिसत्तम । कृष्णस्य वामभागात्तु जातो नारायणः स्वयम् ॥ १२ ॥

Ô le meilleur des sages, un jour, tandis qu’Il se tenait auprès d’elle, Nārāyaṇa Lui-même naquit du côté gauche de Kṛṣṇa.

Verse 13

राधिकायाश्च वामांगान्महालक्ष्मीर्बभूव ह । ततः कृष्णो महालक्ष्मीं दत्त्वा नारायणाय च ॥ १३ ॥

Et du côté gauche de Rādhikā naquit Mahālakṣmī. Puis Kṛṣṇa accorda aussi cette Mahālakṣmī à Nārāyaṇa.

Verse 14

वैकुंठे स्थापयामास शश्वत्पालनकर्मणि । अथ गोलोकनाथस्य लोम्नां विवरतो मुने ॥ १४ ॥

Il les établit en Vaikuṇṭha pour l’éternel devoir de protection. Puis, ô muni, des pores parmi les poils du Seigneur de Goloka…

Verse 15

जातुश्चासंख्यगोपालास्तेजसा वयसा समाः । प्राणतुल्यप्रियाः सर्वे बभूवुः पार्षदा विभोः ॥ १५ ॥

Parfois apparurent d’innombrables gopālas, égaux en éclat et en âge. Tous devinrent les compagnons-serviteurs (pārṣadas) du Seigneur, chers à Lui comme son propre souffle de vie.

Verse 16

राधांगलोमकूपेभ्ये बभूवुर्गोपकन्यकाः । राधातुल्याः सर्वतश्च राधादास्यः प्रियंवदाः ॥ १६ ॥

Des pores du corps de Rādhā naquirent les jeunes gopīs. En tout elles étaient semblables à Rādhā : ses servantes dévouées, au parler doux.

Verse 17

एतस्मिन्नंतरे विप्र सहसा कृष्णदेहतः । आविर्बभूव सा दुर्गा विष्णुमाया सनातनी ॥ १७ ॥

Cependant, ô brāhmane, soudain du corps même de Kṛṣṇa se manifesta la Déesse Durgā—la Māyā éternelle de Viṣṇu (Viṣṇu-māyā).

Verse 18

देवीनां बीजरूपां च मूलप्रकृतिरीश्वरी । परिपूर्णतमा तेजः स्वरूपा त्रिगुणात्मिका ॥ १८ ॥

Elle est la Déesse souveraine : la Mūla-Prakṛti, la Nature primordiale ; la forme-semence (bīja-rūpa) qui sous-tend toutes les déesses. Parfaitement accomplie, elle est l’essence même du tejas rayonnant et se compose des trois guṇas.

Verse 19

सहस्रभुजसंयुक्ता नानाशस्त्रा त्रिलोचना । या तु संसारवृक्षस्य बीजरूपा सनातनी ॥ १९ ॥

Elle est pourvue de mille bras, porte des armes de toutes sortes et possède trois yeux ; elle est l’Éternelle, existant comme la forme-semence de l’arbre du saṃsāra, l’existence mondaine.

Verse 20

रत्नसिंहासनं तस्यै प्रददौ राधिकेश्वरः । एतस्मिन्नंतरे तत्र सस्त्रीकस्तु चतुर्मुखः ॥ २० ॥

Rādhikeśvara lui offrit un trône serti de joyaux. Dans le même intervalle, Brahmā aux quatre visages arriva là, accompagné de son épouse.

Verse 21

ज्ञानिनां प्रवरः श्रीमान् पुमानोंकारमुच्चरन् । कमंडलुधरो जातस्तपस्वी नाभितो हरेः ॥ २१ ॥

Cette Personne illustre, la plus éminente parmi les sages, en prononçant la syllabe « Oṃ », devint un tapasvin portant le kamaṇḍalu, né du nombril de Hari (Viṣṇu).

Verse 22

स तु संस्तूय सर्वेशं सावित्र्या भार्यया सह । निषसादासने रम्ये विभोस्तस्याज्ञया मुने ॥ २२ ॥

Alors, après avoir loué le Seigneur de tout, il s’assit—avec son épouse Sāvitrī—sur un siège charmant, ô sage, selon l’ordre de ce Seigneur tout‑puissant.

Verse 23

अथ कृष्णो महाभाग द्विधारूपो बभूव ह । वामार्द्धांगो महादेवो दक्षार्द्धो गोपिकापतिः ॥ २३ ॥

Alors, ô très fortuné, Kṛṣṇa prit véritablement une forme double : sa moitié gauche devint Mahādeva (Śiva) et sa moitié droite, le Seigneur des gopīs (Kṛṣṇa).

Verse 24

पंचवक्त्रस्त्रिनेत्रोऽसौ वामार्द्धागो मुनीश्वः । स्तुत्वा कृष्णं समाज्ञप्तो निषसाद हरेः पुरः ॥ २४ ॥

Ce seigneur des sages—à cinq visages, trois yeux, et la moitié gauche en forme féminine—ayant loué Kṛṣṇa et reçu l’ordre, s’assit devant Hari.

Verse 25

अथ कृष्णश्चतुर्वक्त्रं प्राह सृष्टिं कुरु प्रभो । सत्यलोके स्थितो नित्यंगच्छ मांस्मर सर्वदा ॥ २५ ॥

Alors Kṛṣṇa dit au Seigneur aux quatre visages (Brahmā) : «Ô Seigneur, accomplis l’œuvre de la création. Demeure à jamais en Satyaloka ; va, et souviens-toi de Moi en tout temps.»

Verse 26

एवमुक्तस्तु हरिणा प्रणम्य जगदीश्वरम् । जगाम भार्यया साकं स तु सृष्टिं करोति वै ॥ २६ ॥

Ainsi interpellé par Hari, il se prosterna devant le Seigneur de l’univers et partit avec son épouse ; en vérité, il se mit alors à accomplir l’œuvre de la création.

Verse 27

पितास्माकं मुनिश्रेष्ठ मानसीं कल्पदैहिकीम् । ततः पश्चात्पंचवक्त्रं कृष्णं प्राह महामते ॥ २७ ॥

Ô meilleur des sages, notre père fit d’abord naître une création mentale, puis une création façonnée en corps. Ensuite, ô grand d’esprit, il s’adressa à Kṛṣṇa, celui aux cinq visages.

Verse 28

दुर्गां गृहाण विश्वेश शिवलोके तपश्वर । यावत्सृष्टिस्तदंते तु लोकान्संहर सर्वतः ॥ २८ ॥

Ô Seigneur de l’univers, ô souverain suprême de l’ascèse : prends Durgā dans le royaume de Śiva ; et jusqu’à la fin de la création, résorbe (dissous) entièrement les mondes de toutes parts.

Verse 29

सोऽपि कृष्णं नमस्तृत्य शिवलोकं जगाम ह । ततः कालांतरे ब्रह्मन्कृष्णस्य परमात्मनः ॥ २९ ॥

Lui aussi, après s’être prosterné avec révérence devant Kṛṣṇa, se rendit au séjour de Śiva. Puis, quand un certain temps se fut écoulé, ô Brahmane, le récit se poursuit au sujet de Kṛṣṇa, le Paramātman, le Soi suprême.

Verse 30

वक्त्रात्सरस्वती जाता वीणापुस्तकधारिणी । तामादिदेश भगवान् वैकुंठं गच्छ मानदे ॥ ३० ॥

De (sa) bouche naquit Sarasvatī, portant une vīṇā et un livre. Alors le Bhagavān lui ordonna : «Va à Vaikuṇṭha, ô dispensatrice d’honneur.»

Verse 31

लक्ष्मीसमीपे तिष्ठ त्वं चतुर्भुजसमाश्रया । सापि कृष्णं नमस्कृत्य गता नारायणांतिकम् ॥ ३१ ॥

«Demeure auprès de Lakṣmī, en prenant refuge auprès du Seigneur aux quatre bras.» Elle aussi, après s’être inclinée devant Kṛṣṇa, alla en la présence de Nārāyaṇa.

Verse 32

एवं पञ्चविधा जाता सा राधा सृष्टिकारणम् । आसां पूर्णस्वरूपाणां मंत्रध्यानार्चनादिकम् ॥ ३२ ॥

Ainsi, Rādhā est apparue sous une forme quintuple ; elle est la cause même de la création. Pour ces manifestations parfaites, il convient d’entreprendre les disciplines commençant par le mantra (récitation), le dhyāna (méditation) et l’arcana (culte rituel).

Verse 33

वदामि श्रृणु विप्रेद्रं लोकानां सिद्धिदायकम् । तारः क्रियायुक् प्रतिष्ठा प्रीत्याढ्या च ततः परम् ॥ ३३ ॥

Je vais l’énoncer—écoute, ô le meilleur des brahmanes—ce qui accorde l’accomplissement aux hommes. (D’abord) Tāra ; puis la pratique jointe aux rites appropriés ; ensuite l’établissement ferme ; et, après cela, ce qui est riche en délice d’amour—au-delà de tout cela se tient le Suprême.

Verse 34

ज्ञानामृता क्षुधायुक्ता वह्निजायांतकतो मनुः । सुतपास्तु ऋषिश्छन्दो गायत्री देवता मनोः ॥ ३४ ॥

Pour le mantra qui commence par « jñānāmṛtā… », le Manu (voyant du mantra) est Vahnijāyāntakṛta ; son ṛṣi est Sutapā ; son mètre est Gāyatrī ; et sa divinité présidante est Manas (l’Esprit).

Verse 35

राधिका प्रणवो बीजं स्वाहा शक्तिरुदाहृता । षडक्षरैः षडंगानि कुर्याद्विन्दुविभूषितैः ॥ ३५ ॥

« Rādhikā » doit être pris comme mantra principal ; le praṇava (Oṁ) est déclaré être son bīja (graine), et « svāhā » est enseigné comme sa śakti (puissance). Avec les six syllabes—ornées du bindu—qu’on accomplisse le ṣaḍaṅga-nyāsa, l’imposition des six membres.

Verse 36

ततो ध्यायन्स्वहृदये राधिकां कृष्णभामिनीम् । श्वेतचंपकवर्णाभां कोटिचन्द्रसमप्रभाम् ॥ ३६ ॥

Puis, méditant dans son propre cœur sur Rādhikā—la bien-aimée de Kṛṣṇa—il la vit, de la teinte du campaka blanc, rayonnante comme dix millions de lunes.

Verse 37

शरत्पार्वणचन्द्रास्यां नीलेंदीवरलोचनाम् । सुश्रोणीं सुनितंबां च पक्वबिंबाधरांबराम् ॥ ३७ ॥

Son visage est tel la pleine lune de la fête d’automne ; ses yeux, tels des lotus bleus. Ses hanches sont belles et ses formes harmonieusement dessinées ; ses lèvres sont comme le fruit bimba mûr, éclatantes et envoûtantes.

Verse 38

मुक्ताकुंदाभदशनां वह्निशुद्धांशुकान्विताम् । रत्नकेयूरवलयहारकुण्डलशोभिताम् ॥ ३८ ॥

Ses dents étaient comme des perles et des boutons de jasmin ; elle portait des vêtements purifiés comme par le feu. Elle resplendissait, parée de joyaux : bracelets de bras, bracelets, colliers et boucles d’oreilles serties de gemmes.

Verse 39

गोपीभिः सुप्रियाभिश्च सेवितां श्वेतचामरैः । रासमंडलमध्यस्थां रत्नसिंहासनस्थिताम् ॥ ३९ ॥

Servie par les gopīs bien-aimées, éventée par des chauris blancs; au centre du cercle de la danse du rāsa, Elle/Il siège sur un trône serti de joyaux.

Verse 40

ध्यात्वा पुष्पांजलिं क्षिप्त्वा पूजयेदुपचारकैः । लक्षषट्कं जपेन्मंत्रं तद्दशांशं हुनेत्तिलैः ॥ ४० ॥

Après avoir médité et offert une poignée de fleurs, qu’on adore selon les upacāras prescrits. Qu’on récite le mantra six lakhs de fois, puis qu’on verse au feu le dixième de ce nombre en oblation avec des graines de sésame.

Verse 41

आज्याक्तैर्मातृकापीठे पूजा चावरणैः सह । षट्कोणेषु षडंगानि तद्बाह्येऽष्टदले यजेत् ॥ ४१ ॥

Sur le Mātṛkā-pīṭha (siège des Déesses-Mères) enduit de ghee, qu’on accomplisse le culte avec les āvaraṇas (enceintes) qui l’accompagnent. Dans les six triangles du yantra, qu’on installe et vénère les six ṣaḍ-aṅga; et au-dehors, qu’on vénère sur le lotus à huit pétales.

Verse 42

मालावतीं माधवीं च रत्नमालां सुशीलिकाम् । ततः शशिकलां पारिजातां पद्मावतीं तथा ॥ ४२ ॥

«(Il mentionna) Mālāvatī, Mādhavī, Ratnamālā et Suśīlikā; puis (aussi) Śaśikalā, Pārijātā, et de même Padmāvatī.»

Verse 43

सुंदरीं च क्रमात्प्राच्यां दिग्विदिक्षु ततो बहिः । इन्द्राद्यान्सायुधानिष्ट्वा विनियोगांस्तु साधयेत् ॥ ४३ ॥

Ensuite, en commençant par l’Est selon l’ordre requis, puis dans toutes les directions et les quartiers intermédiaires vers l’extérieur, qu’on vénère les divinités à partir d’Indra—avec leurs armes—et qu’ainsi soient accomplis les viniyogas (applications rituelles) prescrits.

Verse 44

राधा कृष्णप्रिया रासेश्वरी गोपीगणाधिपा । निर्गुणा कृष्णपूज्या च मूलप्रकृतिरीश्वरी ॥ ४४ ॥

Rādhā—bien-aimée de Kṛṣṇa, souveraine de la danse du rāsa et cheffe de l’assemblée des gopīs—dépasse les guṇa; Kṛṣṇa lui-même l’adore, et Elle est l’Īśvarī divine, la racine de la Nature primordiale (mūla-prakṛti).

Verse 45

सर्वेश्वरी सर्वपूज्या वैराजजननी तथा । पूर्वाद्याशासु रक्षंतु पांतु मां सर्वतः सदा ॥ ४५ ॥

Que la Déesse suprême—souveraine de tout, adorée de tous et mère de Virājā—me protège à l’est et dans les autres directions; qu’Elle me garde toujours de tous côtés.

Verse 46

त्वं देवि जगतां माता विष्णुमाया सनातनी । कृष्णमायादिदेवी च कृष्णप्राणाधिके शुभे ॥ ४६ ॥

Ô Déesse, Tu es la Mère des mondes, la Māyā éternelle de Viṣṇu; Tu es aussi la Divinité primordiale de la Māyā de Kṛṣṇa. Ô Bienheureuse, plus chère que le souffle même de la vie de Kṛṣṇa !

Verse 47

कष्णभक्तिप्रदे राधे नमस्ते मंगलप्रदे । इति सम्प्रार्थ्य सर्वेशीं स्तुत्वा हृदि विसर्जयेत् ॥ ४७ ॥

«Ô Rādhā, dispensatrice de bhakti envers Kṛṣṇa, je me prosterne devant Toi, Toi qui accordes l’auspice.» Après avoir ainsi prié avec ferveur la Souveraine suprême et l’avoir louée, on doit clore l’invocation en la déposant dans son cœur.

Verse 48

एवं यो भजते राधां सर्वाद्यां सर्वमंगलाम् । भुक्त्वेह भोगानखिलान्सोऽन्ते गोलोकमाप्नुयात् ॥ ४८ ॥

Ainsi, quiconque adore Rādhā—source première de tout et plénitude de toute auspiciosité—après avoir goûté en ce monde toutes prospérités et délices, atteindra finalement Goloka.

Verse 49

अथ तुभ्यं महालक्ष्म्या विधानं वच्मि नारद । यदाराधनतो भूयात्साधको भुक्तिमुक्तिमान् ॥ ४९ ॥

À présent, ô Nārada, je vais t’exposer la juste procédure d’adoration de Mahālakṣmī ; par son culte, le pratiquant obtient à la fois les jouissances du monde et la délivrance.

Verse 50

लक्ष्मीमायाकामवाणीपूर्वा कमलवासिनी । ङेंता वह्निप्रियांतोऽयं मंत्रकल्पद्रुमः परः ॥ ५० ॥

Commençant par les syllabes-semences de Lakṣmī, Māyā, Kāma et Vāṇī, avec Kamalavāsinī (Celle qui demeure dans le lotus), et s’achevant par « ṅeṃtā » et « vahnipriyā », tel est énoncé le suprême « Mantra-Kalpadruma », l’arbre exauçant les vœux des mantras.

Verse 51

ऋषिर्नारायणश्चास्य छन्दो हि जगती तथा । देवता तु महालक्ष्मीर्द्विद्विवर्णैः षडंगकम् ॥ ५१ ॥

Pour ce mantra, le Ṛṣi est Nārāyaṇa ; le mètre est Jagatī ; et la divinité présidante est Mahālakṣmī. Le nyāsa auxiliaire en six membres (ṣaḍaṅga) doit être accompli avec des paires de syllabes.

Verse 52

श्वेतचंपकवर्णाभां रत्नभूषणभूषिताम् । ईषद्धास्यप्रसन्नास्यां भक्तानुग्रहकातराम् ॥ ५२ ॥

Elle resplendissait de la blancheur du campaka immaculé, parée d’ornements de gemmes ; son visage, paisible avec un doux sourire, brûlait du désir d’accorder sa grâce aux dévots.

Verse 53

बिभ्रतीं रत्नमालां च कोटिचंद्रसमप्रभाम् । ध्यात्वा जपेदर्कलक्षं पायसेन दशांशतः ॥ ५३ ॥

Après avoir médité sur Elle, portant une guirlande de gemmes et rayonnant de l’éclat de dix millions de lunes, qu’on récite en japa l’Arka-mantra cent mille fois, puis qu’on offre en oblation un dixième avec du pāyasa (riz au lait).

Verse 54

जुहुयादेधिते वह्नौ श्रीदृकाष्टैः समर्चयेत् । नवशक्तियुते पीठे ह्यंगैरावरणैः सह ॥ ५४ ॥

Qu’on verse les oblations dans le feu sacré bien attisé, puis qu’on adore dûment (la Divinité) au moyen de l’octuple «Śrīdṛk». Sur le piédestal pourvu des neuf Śakti, qu’on accomplisse le culte avec les aṅga (mantras des membres) et les āvaraṇa (enceintes d’entourage).

Verse 55

विभूतिरुन्नतिः कांतिः सृष्टिः कीर्तिश्च सन्नतिः । व्याष्टिरुत्कृष्टिर्ऋद्धिश्च संप्रोक्ता नव शक्तयः ॥ ५५ ॥

Vibhūti (gloire souveraine), Unnati (élévation), Kānti (splendeur), Sṛṣṭi (puissance créatrice), Kīrti (renommée), Sannati (révérence humble), Vyāṣṭi (expansion manifeste), Utkṛṣṭi (excellence) et Ṛddhi (accomplissement prospère) — telles sont proclamées les neuf śakti.

Verse 56

अत्रावाह्य च मूलेन मूर्तिं संकल्प्य साधकः । षट् कोणेषु षडंगानि दक्षिणे तु गजाननम् ॥ ५६ ॥

Ici, après avoir invoqué (la Divinité) par le mūla-mantra et avoir, en son esprit, conçu la forme sacrée, le pratiquant doit disposer les six aṅga (ṣaḍaṅga) aux six angles; et, au côté du sud, placer Gajānana (Gaṇeśa).

Verse 57

वामे कुसुमधन्वानं वसुपत्रे ततो यजेत् । उमां श्रीं भारतीं दुर्गां धरणीं वेदमातरम् ॥ ५७ ॥

À gauche, qu’on adore Kusumadhanvan (Kāma) en le plaçant sur une feuille de vasu. Ensuite, qu’on adore Umā, Śrī (Lakṣmī), Bhāratī (Sarasvatī), Durgā, Dharaṇī (la Terre) et la Mère des Veda.

Verse 58

देवीमुषां च पूर्वादौ दिग्विदिक्षु क्रमेण हि । जह्नुसूर्यसुते पूज्ये पादप्रक्षालनोद्यते ॥ ५८ ॥

En commençant par l’est, puis, selon l’ordre prescrit, à travers les directions et les directions intermédiaires, qu’on poursuive l’adoration. Et pour les vénérables—tels Jahnu et la fille du Soleil—qu’on entreprenne le lavage des pieds (pādaprakṣālana) en signe de révérence.

Verse 59

शंखपद्मनिधी पूज्यौ पार्श्वयोर्घृतचामरौ । धृतातपत्रं वरुणं पूजयेत्पश्चिमे ततः ॥ ५९ ॥

Qu’on vénère, de part et d’autre, les deux divinités-trésors Śaṅkha et Padma, tenant des chāmaras enduits de ghee; puis, à l’ouest, qu’on adore Varuṇa, portant l’ombrelle royale.

Verse 60

संपूज्य राशीन्परितो यथास्थानं नवग्रहान् । चतुर्दन्तैरावतादीन् दिग्विदिक्षु ततोऽर्चयेत् ॥ ६० ॥

Après avoir vénéré tout autour les signes du zodiaque selon leur place, et les neuf planètes (Navagraha) en leurs positions propres, qu’on adore ensuite Airāvata et les autres éléphants à quatre défenses dans les directions et les directions intermédiaires.

Verse 61

तद्बहिर्लोकपालांश्च तदस्त्राणि च तद्बहिः । दूर्वाभिराज्यसिक्ताभिर्जुहुयादायुषे नरः ॥ ६१ ॥

En dehors de ce rite intérieur, et encore au-delà, l’homme doit offrir des oblations pour la longévité, en invoquant les Lokapālas (gardiens du monde) et les mantras des armes divines, au moyen d’herbe dūrvā humectée de ghee.

Verse 62

गुडूचीमाज्यसंसिक्तां जुहुयात्सप्तवासरम् । अषअटोत्तरसहस्रं यः स जीवेच्छरदां शतम् ॥ ६२ ॥

Celui qui, durant sept jours, offre dans le feu sacré la gudūcī enduite de ghee—accomplissant huit mille huit (8008) oblations—est dit vivre cent automnes, c’est-à-dire un siècle entier.

Verse 63

हुत्वा तिलान्घृताभ्यक्तान्दीर्घमायुष्यमाप्नुयात् । आरभ्यार्कदिनं मंत्री दशाहं घृतसंप्लुतः ॥ ६३ ॥

En offrant dans le feu sacré des graines de sésame enduites de ghee, on obtient une longue vie. À partir du dimanche, le récitant de mantras doit se soutenir pendant dix jours avec du ghee.

Verse 64

जुहुयादर्कसमिधः शरीरारोग्यसिद्धये । शालिभिर्जुह्वतो नित्यमष्टोत्तरसहस्रकम् ॥ ६४ ॥

Pour obtenir la santé du corps, qu’on verse des oblations dans le feu sacré avec des baguettes de bois d’arka; et celui qui offre avec du riz, qu’il le fasse chaque jour au nombre de mille huit.

Verse 65

अचिरादेव महती लक्ष्मी संजायते ध्रुवम् । उषाजा जीनालिकेररजोभिर्गृतमिश्रितैः ॥ ६५ ॥

Assurément, très vite naît une grande prospérité, telle la faveur de Lakṣmī. À l’aube, qu’on emploie le pollen ou la poussière du jīnālikera (une variété de cocotier/palmier) mêlé de ghee.

Verse 66

हुनेदष्टोत्तरशतं पायसाशी तु नित्यशः । मण्डलाज्जायते सोऽपि कुबेर इव मानवः ॥ ६६ ॥

Celui qui accomplit cent huit offrandes dans le feu sacré et se nourrit constamment de pāyasa (riz au lait) est dit naître de ce maṇḍala (cercle rituel) comme un homme comblé de richesses, tel Kubera lui-même.

Verse 67

हविषा गुडमिश्रेण होमतो ह्यन्नवान्भवेत् । जपापुष्पाणि जुहुयादष्टोत्तरसहस्रकम् ॥ ६७ ॥

En offrant dans le feu des oblations (havis) mêlées de jaggery, on devient pourvu de nourriture (et de prospérité). Qu’on offre aussi des fleurs de japā (hibiscus) en oblation, au nombre de mille huit.

Verse 68

तांबूलरससंमिश्रं तद्भस्मतिलकं चरेत् । चतुर्णामपि वर्णानां मोहनाय द्विजोत्तमः ॥ ६८ ॥

En le mêlant au jus de tāmbūla (bétel), qu’on applique cette cendre en tilaka. Le meilleur des deux-fois-nés (dvijottama) agit ainsi afin d’attirer les gens des quatre varṇa.

Verse 69

एवं यो भजते लक्ष्मीं साधकेंद्रो मुनीश्वर । सम्पदस्तस्य जायंते महालक्ष्मीः प्रसीदति ॥ ६९ ॥

Ainsi, ô seigneur des sages, le pratiquant éminent qui adore Lakṣmī de cette manière obtient la prospérité ; Mahālakṣmī se montre favorable et satisfaite de lui.

Verse 70

देहांते वैष्णवं धाम लभते नात्र संशयः । या तु दुर्गा द्विजश्रेष्ठ शिवलोकं गता सती ॥ ७० ॥

À la fin du corps, on obtient sans aucun doute la demeure vaiṣṇava. Mais celle qui est adorée comme Durgā, ô le meilleur des deux-fois-nés, cette vertueuse Satī est allée au monde de Śiva.

Verse 71

सा शिवाज्ञामनुप्राप्य दिव्यलोकं विनिर्ममे । देवीलोकेति विख्यातं सर्वलोकविलक्षणम् ॥ ७१ ॥

Ayant reçu l’ordre de Śiva, elle façonna un royaume céleste, renommé « Devī-loka », un monde différent de tous les autres mondes.

Verse 72

तत्र स्थिता जगन्माता तपोनियममास्थिता । विविधान् स्वावतारान्हि त्रिकाले कुरुतेऽनिशम् ॥ ७२ ॥

Là, demeure la Mère de l’univers, établie dans l’austérité et la discipline sacrée ; sans cesse, aux trois temps, elle fait paraître ses multiples manifestations (avatāra).

Verse 73

मायाधिका ह्लादिनीयुक् चन्द्राढ्या सर्गिणी पुनः । प्रतिष्ठा स्मृतिसंयुक्ता क्षुधया सहिता पुनः ॥ ७३ ॥

Elle est dominée par la māyā ; dotée de la puissance de félicité (hlādinī) ; riche de la qualité lunaire, fraîche et mentale ; et, de nouveau, elle est celle qui engendre la création. Elle est aussi « Pratiṣṭhā », jointe à la mémoire (smṛti), et encore, elle est accompagnée de la faim.

Verse 74

ज्ञानामृता वह्निजायांतस्ताराद्यो मनुर्मतः । ऋषिः स्याद्वामदेवोऽस्य छंदो गायत्रमीरितम् ॥ ७४ ॥

Pour ce mantra, les appellations admises sont « Jñānāmṛtā » et « Vahnijāyānta », et « Tārādya » est tenu pour sa désignation mantrique. Son ṛṣi est Vāmadeva, et son mètre est déclaré être le Gāyatrī.

Verse 75

देवता जगतामादिर्दुर्गा दुर्गतिनाशिनी । ताराद्येकैकवर्णेन हृदयादित्रयं मतम् ॥ ७५ ॥

La Déesse—Durgā, source primordiale des mondes et destructrice de l’infortune—est déclarée être l’ensemble triple commençant par le « Hṛdaya », chacun formé d’une seule syllabe à partir de Tārā.

Verse 76

त्रिभिर्वर्मेक्षण द्वाभ्यां सर्वैरस्त्रमुदीरितम् । महामरकतप्रख्यां सहस्रभुजमंडिताम् ॥ ७६ ॥

Par trois (mantras) on invoque l’armure protectrice ; par deux, l’arme ; et par l’ensemble, on proclame le trait—rayonnant comme un grand émeraude et paré de mille bras.

Verse 77

नानाशस्त्राणि दधतीं त्रिनेत्रां शशिशेखराम् । कंकणांगदहाराढ्यां क्वणन्नूपुरकान्विताम् ॥ ७७ ॥

Elle portait maintes armes ; elle avait trois yeux et la lune pour diadème. Parée de bracelets, d’armilles et de colliers, elle allait, accompagnée du tintement de ses grelots de cheville.

Verse 78

किरीटकुंडलधरां दुर्गां देवीं विचिंतयेत् ॥ ७८ ॥

Qu’on médite sur la Déesse Durgā, parée d’une couronne et de boucles d’oreilles.

Verse 79

वसुलक्षं जपेन्मंत्रं तिलैः समधुरैर्हुनेत । पयोंऽधसा वा सहस्रं नवपद्मात्मके यजेत् ॥ ७९ ॥

Qu’on récite le mantra huit cent mille fois, puis qu’on offre des oblations au homa avec du sésame mêlé de douceur. Ou bien qu’on accomplisse mille offrandes avec du lait et du caillé, en adorant selon le rite disposé en neuf lotus.

Verse 80

प्रभा माया जया सूक्ष्मा विशुद्धानं दिनी पुनः । सुप्रभा विजया सर्वसिद्धिदा पीठशक्तयः ॥ ८० ॥

Prabhā, Māyā, Jayā, Sūkṣmā, Viśuddhānandinī; puis encore Suprabhā, Vijayā et Sarvasiddhidā : telles sont les Śaktis qui président aux sièges sacrés (pīṭhas).

Verse 81

अद्भिर्ह्रस्वत्रयक्लीबरहितैः पूजयेदिमाः । प्रणवो वज्रनखदंष्ट्रायुधाय महापदात् ॥ ८१ ॥

Qu’on les vénère avec de l’eau, exempte des trois voyelles brèves et du son neutre (klība). Le praṇava « Oṃ » doit être appliqué à la divinité dont les armes sont le vajra, les griffes et les crocs, issue du grand siège-verbe (mahā-pada).

Verse 82

सिंहाय वर्मास्त्रं हृञ्च प्रोक्तः सिंहमनुर्मुने । दद्यादासनमेतेन मूर्तिं मूलेन कल्पयेत् ॥ ८२ ॥

Ô sage, la syllabe-graine « hr̥ṁ » est déclarée être le varma, l’armure protectrice, et l’astra, le mantra-projectile, pour la forme du Lion. Par elle, qu’on offre l’āsana; puis, par le mūla-mantra, qu’on installe et configure dûment la mūrti.

Verse 83

अङ्गावृर्त्तिं पुराभ्यार्च्य शक्तीः पत्रेषु पूजयेत् । जया च विजया कीर्तिः प्रीतिः पश्चात्प्रभा पुनः ॥ ८३ ॥

Après avoir d’abord vénéré l’aṅgāvṛtti, le rite protecteur des membres, qu’on vénère ensuite les Śaktis sur les feuilles d’offrande (patras) : Jayā, Vijayā, Kīrti, Prīti, puis de nouveau Prabhā.

Verse 84

श्रद्धा मेधा श्रुतिश्चैवस्वनामाद्यक्षरादिकाः । पत्राग्रेष्वर्चयेदष्टावायुधानि यथाक्रमात् ॥ ८४ ॥

Avec foi sacrée, intelligence et science des Écritures—en commençant par la première syllabe de son propre nom—qu’on adore, dans l’ordre prescrit, les huit armes divines aux pointes des feuilles.

Verse 85

शंखचक्रगदाखङ्गपाशांकुशशरान्धनुः । लोकेश्वरांस्ततो बाह्ये तेषामस्त्राण्यनंतरम् ॥ ८५ ॥

Ensuite, à l’extérieur (de cet agencement intérieur), qu’on place les Lokapāla, gardiens du monde; et aussitôt après, qu’on dispose leurs armes : conque, disque, massue, épée, lasso, aiguillon, flèches et arc.

Verse 86

इत्थं जपादिभिर्मंत्री मंत्रे सिद्धे विधानवित् । कुर्यात्प्रयोगानमुना यथा स्वस्वमनीषितान् ॥ ८६ ॥

Ainsi, lorsque le mantra a été accompli par le japa et les disciplines connexes, le pratiquant—expert des règles prescrites—doit employer ce mantra dans ses applications rituelles, selon chaque intention voulue.

Verse 87

प्रतिष्ठाप्य विधानेन कलशान्नवशोभनान् । रत्नहेमादिसंयुक्तान्घटेषु नवसु स्थितान् ॥ ८७ ॥

Après avoir établi selon le rite prescrit neuf splendides kalaśa—ornés de gemmes, d’or et autres parures—qu’on les place dans neuf vases (ghaṭa).

Verse 88

मध्यस्थे पूजयेद्देवीमितरेषु जयादिकाः । संपूज्य गन्धपुष्पाद्यैरभिषिंचेन्नराधिपम् ॥ ८८ ॥

Au centre, qu’on adore la Déesse; aux autres places, Jaya et les autres. Après les avoir honorés de parfums, de fleurs et d’offrandes semblables, qu’on accomplisse alors l’abhiṣeka, l’ablution rituelle, du roi.

Verse 89

राजा विजयते शत्रून्योऽधिको विजयश्रियम् । प्राप्नोत्रोगो दीर्घायुः सर्वव्याधिविवर्जितः ॥ ८९ ॥

Un tel roi triomphe de ses ennemis et obtient une splendeur de victoire sans égale ; il demeure sans maladie, jouit d’une longue vie et se trouve exempt de tout mal.

Verse 90

वन्ध्याभिषिक्ता विधिनालभते तनयं वरम् । मन्त्रेणानेन संजप्तमाज्यं क्षुद्रग्रहापहम् ॥ ९० ॥

La femme stérile, ointe selon le rite prescrit, obtient un fils excellent. Le ghee, dûment consacré par la récitation de ce mantra, dissipe les afflictions causées par les graha mineurs (influences astrales ou possessives).

Verse 91

गर्भिणीनां विशेषेण जप्तं भस्मादिकं तथा । जृंभश्वासे तु कृष्णस्य प्रविष्टेराधिकामुखम् ॥ ९१ ॥

Surtout pour les femmes enceintes, la cendre et autres substances semblables—sanctifiées par la récitation du mantra—doivent être utilisées. Et au moment de bâiller ou de respirer, qu’on oriente l’acte vers la bouche ouverte, car alors l’entrée de Kṛṣṇa est tenue pour prédominante.

Verse 92

या तु देवी समुद्भूता वीणापुस्तकधारिणी । तस्या विधानं विप्रेंद्र श्रृणु लोकोपकारकम् ॥ ९२ ॥

Or, quant à la déesse qui se manifesta portant une vīṇā et un livre—ô meilleur des brāhmaṇas, écoute le rite de son culte, destiné au bien du monde.

Verse 93

प्रणवो वाग्भवं माया श्रीः कामः शक्तिरीरिता । सरस्वती चतुर्थ्यंता स्वाहांतो द्वादशाक्षरः ॥ ९३ ॥

Sont proclamés : Praṇava (Oṁ), Vāgbhava (la semence de la parole), Māyā, Śrī, Kāma et la syllabe dite Śakti ; avec « Sarasvatī » au quatrième cas (datif) et conclu par « svāhā »—cela forme un mantra de douze syllabes.

Verse 94

मनुर्नारायण ऋषिर्विराट् छन्दः समीरितम् । महासरस्वती चास्य देवता परिकीर्तिता ॥ ९४ ॥

Pour ce mantra/cette récitation, Manu–Nārāyaṇa est déclaré ṛṣi (voyant), Virāṭ est indiqué comme chandas (mètre), et Mahā-Sarasvatī est proclamée comme la devatā présidante.

Verse 95

वाग्भवेन षडंगानि कृत्वा वर्णान्न्यसेद् बुधः । ब्रह्मरंध्रे न्यसेत्तारं लज्जां भ्रूमध्यगां न्यसेत् ॥ ९५ ॥

Après avoir accompli le nyāsa aux six membres (ṣaḍ-aṅga nyāsa) avec la semence Vāgbhava, le sage doit placer les syllabes du mantra sur le corps. Qu’il installe Tārā dans le brahma-randhra, et qu’il place Lajjā entre les sourcils.

Verse 96

मुखनासादिकर्णेषु गुदेषु श्रीमुखार्णकान् । ततो वाग्देवतां ध्यायेद्वीणापुस्तकधारिणीम् ॥ ९६ ॥

Dans la bouche, le nez, les oreilles et aussi dans l’anus, qu’on place (en esprit) les syllabes-semences auspicieuses commençant par « śrī » (les lettres de la formule sacrée). Ensuite, qu’on médite la Déesse de la Parole (Vāgdevatā), tenant une vīṇā et un livre.

Verse 97

कर्पूरकुंदधवलां पूर्णचंद्रोज्ज्वलाननाम् । हंसाधिरूढां भालेंदुदिव्यालंकारशोभिताम् ॥ ९७ ॥

Médite sur Elle : blanche et éclatante comme le camphre et le jasmin, le visage brillant comme la pleine lune ; assise sur un cygne, et parée d’un divin ornement de croissant de lune sur le front.

Verse 98

जपेद्द्वादशलक्षाणि तत्सहस्रं सितांबुजैः । नागचंपकपुष्पैर्वा जुहुयात्साधकोत्तमः ॥ ९८ ॥

Le meilleur des sādhaka doit accomplir le japa à hauteur de douze lakṣa (1 200 000 répétitions) ; puis offrir mille oblations (homa) avec des lotus blancs — ou bien avec des fleurs de nāga-campaka.

Verse 99

मातृकोक्ते यजेत्पीठे वक्ष्यमाणक्रमेण ताम् । वर्णाब्जेनासनं दद्यान्मूर्तिं मूलेन कल्पयेत् ॥ ९९ ॥

Qu’on adore la Déesse sur le pīṭha enseigné selon le système des Mātr̥kā, en suivant l’ordre qui sera exposé. Qu’on lui offre un siège par le lotus des lettres, et qu’on établisse (ou contemple) la forme divine au moyen du mantra racine.

Verse 100

देव्या दक्षिणतः पूज्या संस्कृता वाङ्मयी शुभा । प्राकृता वामतः पूज्या वाङ्मयीसर्वसिद्धिदा ॥ १०० ॥

À la droite de la Déesse, qu’on adore l’auspicieuse Vāṅmayī dans sa forme sanskrite ; à sa gauche, qu’on adore la Vāṅmayī dans sa forme prākrite, celle qui accorde toutes les perfections (siddhi).

Verse 101

पूर्वमंगानि षट्कोणे प्रज्ञाद्याः प्रयजेद्बहिः । प्रज्ञा मेधा श्रुतिः शक्तिः स्मृतिर्वागीश्वरी मतिः ॥ १०१ ॥

Dans l’hexagone à six pointes, qu’on adore d’abord les aṅga (membres auxiliaires) ; puis, à l’extérieur, qu’on adore les divinités commençant par Prajñā : Prajñā (sagesse), Medhā (intelligence), Śruti (science sacrée), Śakti (puissance), Smṛti (mémoire), Vāgīśvarī (Souveraine de la parole) et Mati (discernement).

Verse 102

स्वस्तिश्चेति समाख्याता ब्रह्माद्यास्तदनंतरम् । लोकेशानर्चयेद्भूयस्तदस्त्राणि च तद्बहिः ॥ १०२ ॥

Ceci est proclamé comme le rite nommé « Svasti ». Aussitôt après, qu’on adore Brahmā et les autres divinités. Puis, de nouveau, qu’on adore les Lokapāla (gardiens des mondes) et, à l’extérieur, qu’on adore les astrā, les armes ou projectiles mantriques qui s’y rattachent.

Verse 103

एवं संपूज्य वाग्देवीं साक्षाद्वाग्वल्लभो भवेत् । ब्रह्मचर्यरतः शुद्धः शुद्धदंतनखा दिकः ॥ १०३ ॥

Ainsi, après avoir dûment adoré Vāgdevī, la Déesse de la Parole, on devient, pour ainsi dire, directement aimé de la Parole elle-même. Établi dans le brahmacarya et purifié—gardant dents, ongles et le reste propres—on obtient cette aptitude.

Verse 104

संस्मरन् सर्ववनिताः सततं देवताधिया । कवित्वं लभते धीमान् मासैर्द्वादशभिर्ध्रुवम् ॥ १०४ ॥

En se souvenant sans cesse de toutes les puissances féminines divines, l’esprit fermement établi en la Divinité, l’homme intelligent obtient sûrement la maîtrise poétique en douze mois.

Verse 105

पीत्वा तन्मंत्रितं तोयं सहस्रं प्रत्यहं मुने । महाकविर्भवेन्मंत्री वत्सरेण न संशयः ॥ १०५ ॥

Ô sage, en buvant chaque jour mille gorgées d’eau consacrée par ce mantra, le pratiquant devient en un an un grand poète et un maître du mantra, sans aucun doute.

Verse 106

उरोमात्रोदके स्थित्वा ध्यायन्मार्तंडमंडले । स्थितां देवीं प्रतिदिनं त्रिसहस्रं जपेन्मनुम् ॥ १०६ ॥

Debout dans l’eau jusqu’à la poitrine, méditant sur l’orbe solaire de Mārtāṇḍa, qu’on vénère chaque jour la Déesse qui s’y tient et qu’on récite le mantra trois mille fois.

Verse 107

लभते मंडलात्सिद्धिं वाचामप्रतिमां भुवि । पालाशबिल्वकुसुमैर्जुहुयान्मधुरोक्षितैः ॥ १०७ ॥

Par l’accomplissement du rite du maṇḍala, on obtient la siddhi et une puissance de parole sans égale sur terre. Qu’on offre des oblations avec des fleurs de palāśa et de bilva, aspergées de douceur miellée.

Verse 108

समिद्भिर्वा तदुत्थाभिर्यशः प्राप्नोति वाक्पतेः । राजवृक्षसमुद्भूतैः प्रसूनैर्मधुराप्लुतैः ॥ १०८ ॥

En offrant des baguettes de bois sacrificiel (samidh), ou ce qui en provient, on obtient la renommée et la faveur de Vākpati, Seigneur de la Parole. De même, en offrant des fleurs suaves et parfumées nées de l’arbre royal, on gagne la célébrité.

Verse 109

सत्समिद्भिश्च जुहुयात्कवित्वमतुलं लभेत् । अथ प्रवक्ष्ये विप्रेंद्र सावित्रीं ब्रह्मणः प्रियाम् ॥ १०९ ॥

En offrant les oblations avec des baguettes de bois pures et conformes au rite, on obtient un génie poétique sans égal. À présent, ô le meilleur des brāhmaṇas, je vais exposer Sāvitrī, la bien-aimée de Brahmā.

Verse 110

यां समाराध्य ससृजे ब्रह्मा लोकांश्चराचरान् । लक्ष्मी माया कामपूर्वा सावित्री ङेसमन्विता ॥ ११० ॥

L’ayant honorée comme il se doit, Brahmā créa les mondes, ceux qui se meuvent et ceux qui demeurent immobiles. Elle est appelée Lakṣmī, Māyā, la puissance qui précède le désir, et Sāvitrī, pourvue de la syllabe sacrée d’invocation.

Verse 111

स्वाहांतो मनुराख्यातः सावित्र्या वसुवर्णवान् । ऋषिर्ब्रह्मास्य गायत्री छंदः प्रोक्तं च देवता ॥ १११ ॥

On déclare que le mantra est celui qui se termine par « svāhā » ; son ṛṣi est Brahmā ; son mètre est Gāyatrī ; et la divinité présidante est Sāvitrī, rayonnante comme les Vasus.

Verse 112

सावित्री सर्वदेवानां सावित्री परिकीर्तिता । हृदंतिकैर्ब्रह्म विष्णुरुद्रेश्वरसदाशिवैः ॥ ११२ ॥

Sāvitrī est proclamée comme l’essence même de tous les dieux ; oui, Sāvitrī est célébrée comme suprême par Brahmā, Viṣṇu, Rudra, Īśvara et Sadāśiva, ceux qui demeurent au plus intime du cœur.

Verse 113

सर्वात्मना च ङेयुक्तैरंगानां कल्पनं मतम् । तप्तकांचनवर्णाभां ज्वलंतीं ब्रह्मतेजसा ॥ ११३ ॥

Et l’on tient que la juste mise en place des membres (védiques) doit être accomplie entièrement par ceux qui sont dûment formés aux disciplines connaissables, afin que la forme sacrée paraisse de la couleur de l’or chauffé à blanc, flamboyant de l’éclat de Brahman.

Verse 114

ग्रीष्ममध्याह्नमार्तंडसहस्रसमविग्रहाम् । ईषद्धास्यप्रसन्नास्यां रत्नभूषणभूषिताम् ॥ ११४ ॥

Sa forme rayonnait d’un éclat égal à mille soleils du midi en été ; son visage, paisible avec un doux sourire, était paré d’ornements de gemmes.

Verse 115

बह्निशुद्धांशुकाधानां भक्तानुग्रहकातराम् । सुखदां मुक्तिदां चैव सर्वसंपत्प्रदां शिवाम् ॥ ११५ ॥

Elle est vénérée par l’offrande de vêtements purifiés par le feu, toujours empressée d’accorder sa grâce aux dévots ; elle donne le bonheur et la délivrance, confère toute prospérité, et elle est l’Auspicious (Śivā).

Verse 116

वेदबीजस्वरूपां च ध्यायेद्वेदप्रसूं सतीम् । ध्यात्वैवं मण्डले विद्वान् त्रिकोणोज्ज्वलकर्णिके ॥ ११६ ॥

Que le pratiquant savant médite la Mère divine chaste, Satī, forme même de la semence du Veda, celle qui enfante les Vedas. Ayant ainsi médité, que le sage la visualise dans le maṇḍala, sur le péricarpe radieux qui resplendit en triangle.

Verse 117

सौरे पीठे यजेद्देवीं दीप्तादिनवशक्तिभिः । मूलमंत्रेण क्लृप्तायां मूर्तौ देवीं प्रपूजयेत् ॥ ११७ ॥

Sur le siège Saura (autel solaire), qu’on adore la Déesse avec les neuf śakti commençant par Dīptā ; puis, l’image (mūrti) établie selon le mantra racine, qu’on accomplisse l’adoration complète de la Déesse.

Verse 118

कोणेषु त्रिषु संपूज्या ब्राहृयाद्याः शक्तयो बहिः । आदित्याद्यास्ततः पूज्या उषादिसहिताः क्रमात् ॥ ११८ ॥

Dans les trois angles du diagramme rituel, qu’on vénère à l’extérieur les śakti commençant par Brāhmī. Ensuite, qu’on adore dans l’ordre les divinités commençant par Āditya, avec Uṣā et les autres.

Verse 119

ततः षडंगान्यभ्यर्च्य केसरेषु यथाविधि । प्रह्लादिनीं प्रभां पश्चान्नित्यां विश्वंभरां पुनः ॥ ११९ ॥

Ensuite, après avoir vénéré selon la règle les six membres auxiliaires sur les filaments du lotus, qu’il adore de nouveau Prahlādinī, puis Prabhā, et ensuite Nityā et Viśvambharā.

Verse 120

विलासिनीप्रभावत्यौ जयां शांतां यजेत्पुनः । कांतिं दुर्गासरस्वत्यौ विद्यारूपां ततः परम् ॥ १२० ॥

De nouveau, qu’on vénère Vilāsinī et Prabhāvatī, puis Jayā et Śāntā. Ensuite, qu’on adore Kānti, ainsi que Durgā et Sarasvatī; et, au-delà d’elles toutes, la Déesse dont la forme même est la Connaissance, Vidyā-rūpā.

Verse 121

विशालसंज्ञितामीशां व्यापिनीं विमलां यजेत् । तमोपहारिणीं सूक्ष्मां विश्वयोनिं जयावहाम् ॥ १२१ ॥

Qu’on vénère la Souveraine divine nommée Viśālā, toute-pénétrante et sans tache; subtile, qui dissipe les ténèbres, matrice de l’univers et dispensatrice de victoire.

Verse 122

पद्नालयां परां शोभां ब्रह्मरूपां ततोऽर्चयेत् । ब्राह्ययाद्याः शारणा बाह्ये पूजयेत्प्रोक्तलक्षणाः ॥ १२२ ॥

Ensuite, qu’on adore Padmālayā, d’une splendeur suprême et de nature brahmanique. À l’extérieur de l’enceinte principale, qu’on vénère aussi les divinités Śāraṇā, à commencer par Brāhyayā, selon les traits déjà décrits.

Verse 123

ततोऽभ्यर्च्येद् ग्रहान्बाह्ये शक्राद्यानयुधैः सह । इत्थमावरणैर्देवीः दशभिः परिपूजयेत् ॥ १२३ ॥

Puis, dans l’enceinte extérieure, qu’on vénère les Grahas (divinités planétaires), ainsi que Śakra (Indra) et les autres dieux avec leurs armes propres. Ainsi, au moyen des dix āvaraṇa (enceintes/cercle rituels), qu’on accomplisse pleinement le culte des Devī.

Verse 124

अष्टलक्षं जपेन्मंत्रं तत्सहस्रं हुनेत्तिलैः । सर्वपापुविनिर्मुक्तो दीर्घमायुः स विंदति ॥ १२४ ॥

Qu’on récite le mantra huit cent mille fois, puis qu’on offre mille oblations au feu avec des graines de sésame. Délivré de tous les péchés, on obtient une longue vie.

Verse 125

अरुणाब्जैस्त्रिमध्वक्तैर्जुहुयादयुतं ततः । महालक्ष्मीर्भवेत्तस्य षण्मासान्नात्र संशयः ॥ १२५ ॥

Ensuite, qu’on offre dix mille oblations avec des lotus rouges enduits de trois sortes de miel. En six mois, Mahālakṣmī se manifestera assurément à ce pratiquant, sans aucun doute.

Verse 126

ब्रह्मवृक्षप्रसूनैस्तु जुहुयाद्बाह्यतेजसे । बहुना किमिहोक्तेन यथावत्साधिता सती ॥ १२६ ॥

Qu’on offre des oblations avec les fleurs de l’arbre de Brahmā au feu extérieur. Mais à quoi bon en dire davantage ? Ainsi, le rite est accompli selon la juste règle.

Verse 127

साधकानामियं विद्या भवेत्कामदुधा मुने । अथ ते संप्रवक्ष्यामि रहस्यं परमाद्भुतम् ॥ १२७ ॥

Ô sage, pour les pratiquants, cette connaissance devient une vache exauçant les vœux (kāmadhenū). À présent, je vais t’exposer pleinement un secret suprême, d’un merveilleux éclat.

Verse 128

सावित्रीपंजरं नाम सर्वरक्षाकरं नृणाम् । व्योमकेशार्लकासक्तां सुकिरीटविराजिताम् ॥ १२८ ॥

Ceci est nommé le « Sāvitrī Pañjara », une enceinte de protection accordant toute sauvegarde aux êtres humains : Sāvitrī, dont la chevelure est comme le ciel, parée d’ornements en guirlandes et rayonnante d’une couronne splendide.

Verse 129

मेघभ्रुकुटिलाक्रांतां विधिविष्णुशिवाननाम् । गुरुभार्गवकर्णांतां सोमसूर्याग्निलोचनाम् ॥ १२९ ॥

Je contemple cette forme divine : son front est couvert de lignes ondoyantes, pareilles à des nuées; son visage est vénérable comme Brahmā, Viṣṇu et Śiva; ses oreilles sont ornées de Guru (Bṛhaspati) et de Bhārgava (Śukra); et ses yeux sont la Lune, le Soleil et le Feu sacré.

Verse 130

इडापिंगलिकासूक्ष्मावायुनासापुटान्विताम् । संध्याद्विजोष्ठपुटितां लसद्वागुपजिह्विकाम् ॥ १३० ॥

Dotée du souffle subtil qui circule par iḍā et piṅgalā et par les deux narines, la parole s’articule aux points de jonction; elle est façonnée par les lèvres et les dents; et la langue, avec l’éclat de Vācā, agit en étroite harmonie.

Verse 131

संध्यासूर्यमणिग्रीवां मरुद्बाहुसमन्वितान् । पर्जन्यदृदयासक्तां वस्वाख्यप्रतिमंडलाम् ॥ १३१ ॥

À son cou brille, tel un joyau, l’éclat du crépuscule et du Soleil; elle a des bras semblables aux Maruts; son cœur est tourné vers Parjanya, le dieu de la pluie; et l’entoure le cercle splendide nommé les Vasus.

Verse 132

आकाशोदरविभ्रांतां नाभ्यवांतरवीथिकाम् । प्रजापत्याख्यजघनां कटींद्राणीसमाश्रिताम् ॥ १३२ ॥

Elle se meut dans le « ventre du ciel », suivant la voie intérieure du nombril; ses reins portent le nom de « Prajāpatya », et elle repose sur les hanches appelées « Indrāṇī ».

Verse 133

ऊर्वोर्मलयमेरुभ्यां शोभमानां सरिद्वराम् । सुजानुजहुकुशिकां वैश्वदेवाख्यसंज्ञिकाम् ॥ १३३ ॥

Il décrivit le fleuve excellent qui resplendit entre Urva et les monts Malaya et Meru; ce fleuve est aussi nommé Sujānu, Jahukūśikā, et porte l’appellation « Vaiśvadevā ».

Verse 134

पादांघ्रिनखलोमाख्यभूनागद्रुमलक्षिताम् । ग्रहराश्यर्क्षयोगादिमूर्तावयवसंज्ञिकाम् ॥ १३४ ॥

Il décrivit cette Forme cosmique dont les pieds, les chevilles, les ongles et les poils du corps sont indiqués comme la terre, les montagnes et les arbres; et dont les membres sont désignés par les noms techniques des planètes, des signes du zodiaque, des demeures lunaires (nakṣatra), des yogas, et ainsi de suite.

Verse 135

तिथिमासर्तुपक्षाख्यैः संकेतनिमिषात्मिकाम् । मायाकल्पितवैचित्र्यसंध्याख्यच्छदनावृताम् ॥ १३५ ॥

Elle est constituée de désignations conventionnelles telles que le tithi (jour lunaire), le mois, la saison et la quinzaine, et se compose d’instants fugitifs; elle est voilée par une couverture appelée « sandhyā » (crépuscule), dont l’aspect bigarré est façonné par Māyā.

Verse 136

ज्वलत्कालानलप्रख्यों तडित्कीटिसमप्रभाम् । कोटिसूर्यप्रतीकाशां शशिकोटिसुशीतलाम् ॥ १३६ ॥

On dit qu’elle ressemble au feu flamboyant du Temps et qu’elle resplendit comme l’éclair; rayonnante comme dix millions de soleils, et pourtant fraîche et apaisante comme dix millions de lunes.

Verse 137

सुधामंडलमध्यस्थां सांद्रानंदामृतात्मिकाम् । वागतीतां मनोऽगर्म्या वरदां वेदमातरम् ॥ १३७ ॥

Je me prosterne devant la Mère des Védas—demeurant au cœur de l’orbe de nectar, dont l’essence est l’amṛta dense de la béatitude; au-delà de la parole et inaccessible au mental; dispensatrice de grâces.

Verse 138

चराचरमयीं नित्यां ब्रह्माक्षरसमन्विताम् । ध्यात्वा स्वात्माविभेदेन सावित्रीपंजरं न्यसेत् ॥ १३८ ॥

En méditant sur Sāvitrī comme éternelle, pénétrant tout—le mobile et l’immobile—et pourvue des syllabes impérissables de Brahman, on doit accomplir le nyāsa protecteur de la « cage de Sāvitrī », sans voir de différence entre soi et ce Soi intérieur.

Verse 139

पञ्चरस्य ऋषिः सोऽहं छंन्दो विकृतिरुच्यते । देवता च परो हंसः परब्रह्मादिदेवता ॥ १३९ ॥

Pour ce « Pañcara », je suis moi-même le ṛṣi (voyant) ; son mètre (chandas) est dit Vikṛti ; et sa divinité présidante est le Haṃsa Suprême—Parabrahman, la divinité primordiale.

Verse 140

धर्मार्थकाममोक्षाप्त्यै विनियोग उदाहृतः । षडंगदेवतामन्त्रैरंगन्यासं समाचरेत् ॥ १४० ॥

Pour obtenir dharma, artha, kāma et mokṣa, tel est proclamé le viniyoga (énoncé d’application rituelle) ; puis l’on doit accomplir l’aṅga-nyāsa au moyen des mantras des divinités des six membres (ṣaḍaṅga).

Verse 141

त्रिधामूलेन मेधावी व्यापकं हि समाचरेत् । पूर्वोक्तां देवातां ध्यायेत्साकारां गुणसंयुताम् ॥ १४१ ॥

S’appuyant sur le triple fondement, le pratiquant avisé doit accomplir la pratique totale et pénétrante ; et il doit méditer la divinité décrite plus haut—dotée de forme (sākāra) et riche de qualités divines.

Verse 142

त्रिपदा हरिजा पूर्वमुखी ब्रह्मास्त्रसंज्ञिका । चतुर्विशतितत्त्वाढ्या पातु प्राचीं दिशं मम ॥ १४२ ॥

Que la puissance divine aux trois pas, née de Hari, tournée vers l’est et nommée « Brahmāstra », riche des vingt-quatre tattvas, protège mon orientation orientale.

Verse 143

चतुष्पदा ब्रह्मदंडा ब्रह्माणी दक्षिणानना । षड्विंशतत्त्वसंयुक्ता पातु मे दक्षिणां दिशम् ॥ १४३ ॥

Que Brahmāṇī—aux quatre pas, portant le bâton de Brahmā, tournée vers le sud et unie aux vingt-six tattvas—me protège dans la direction du midi.

Verse 144

प्रत्यङ्मुखी पञ्चपदी पञ्चाशत्तत्त्वरूपिणी । पातु प्रतीचीमनिशं मम ब्रह्मशिरोंकिता ॥ १४४ ॥

Que la Déesse—tournée vers l’intérieur, manifestée comme la puissance Pañcapadī aux cinq pas et constituée des cinquante tattva—protège sans cesse ma direction occidentale ; elle porte l’emblème de la « tête de Brahmā » (brahmaśiras).

Verse 145

सौम्यास्या ब्रह्मतुर्याढ्या साथर्वांगिरसात्मिका । उदीचीं षट्पदा पातु षष्टितत्त्वकलात्मिका ॥ १४५ ॥

Que la Puissance divine aux six pas (ṣaṭpadā), semblable à l’abeille—au visage doux, enrichie du quatrième état de Brahman (turīya), incarnation des lignées Atharva et Aṅgiras, et formée des soixante tattva et de leurs parts—protège la direction du nord.

Verse 146

पञ्चाशद्वर्णरचिता नवपादा शताक्षरी । व्योमा संपातु मे वोर्द्ध्वशिरो वेदांतसंस्थिता ॥ १४६ ॥

Que Vyomā—composée de cinquante syllabes, ordonnée en neuf pieds, en mètre de cent syllabes, établie dans le Vedānta et la tête levée vers le haut—me protège.

Verse 147

विद्युन्निभा ब्रह्मसन्ध्या मृगारूढा चतुर्भुजा । चापेषुचर्मासिधरा पातु मे पावकीं दिशम् ॥ १४७ ॥

Que la déesse aux quatre bras—rayonnante comme l’éclair, sainte Brahma-sandhyā, montée sur un cerf et portant arc, flèches, bouclier et épée—protège pour moi le quartier du feu, la direction présidée par Agni.

Verse 148

ब्रह्मी कुमारी गायत्री रक्तांगी हंसवाहिनी । बिभ्रत्कमंडलुं चाक्षं स्रुवस्रुवौ पातु नैर्ऋतिम् ॥ १४८ ॥

Que Brahmī—Kumārī, Gāyatrī, aux membres rouges et assise sur un cygne—portant le kamaṇḍalu et le rosaire, et tenant la louche (sruva) et la cuillère d’offrande—protège la direction du sud-ouest (Nairṛti).

Verse 149

शुक्लवर्णा च सावित्री युवती वृषवाहना । कपालशूलकाक्षस्रग्धारिणी पातु वायवीम् ॥ १४९ ॥

Que Savitrī—au teint clair, dans la fraîcheur de la jeunesse, montée sur un taureau, portant une guirlande de rudrākṣa ainsi qu’un crâne et un trident—me protège du quartier du Vent (Vāyavī).

Verse 150

श्यामा सरस्वती वृद्धा वैष्णवी गरुडासना । शंखचक्राभयकरा पातु शैवीं दिशं मम ॥ १५० ॥

Que la Déesse au teint sombre—Sarasvatī la vénérable—qui est Vaiṣṇavī, assise sur Garuḍa, portant conque, disque et le geste d’intrépidité, protège mon quartier śaiva (présidé par Śiva).

Verse 151

चतुर्भुजा देवमाता गौरांगी सिंहवाहना । वराभयखङ्गचर्मभुजा पात्वधरां दिशम् ॥ १५१ ॥

Que la Mère divine aux quatre bras, aux membres lumineux, montée sur un lion—faisant les gestes du don et de l’intrépidité, tenant épée et bouclier—protège la direction d’en bas.

Verse 152

तत्तत्पार्श्वे स्थिताः स्वस्ववाहनायुधभूषणाः । स्वस्वदिक्षुस्थिताः पातुं ग्रहशक्त्यंगसंयुताः ॥ १५२ ॥

Placées sur leurs côtés respectifs, chacune parée de sa monture, de ses armes et de ses ornements, elles demeurent dans leurs directions assignées pour protéger, pourvues des membres (puissances manifestes) des énergies planétaires (graha-śakti).

Verse 153

मंत्राधिदेवतारूपा मुद्राधिष्ठातृदेवताः । व्यापकत्वेन पांत्वस्मानापादतलमस्तकम् ॥ १५३ ॥

Que les divinités qui sont la forme des adhidevatā des mantras, et celles qui président aux mudrās, nous protègent par leur présence toute-pénétrante, des plantes des pieds jusqu’au sommet de la tête.

Verse 154

इदं ते कथितं सत्यं सावित्रीपंजरं मया । संध्ययोः प्रत्यहं भक्त्या जपकाले विशेषतः ॥ १५४ ॥

Voici le véritable « Sāvitrī-Pañjara » que je t’ai exposé. Qu’il soit récité chaque jour avec bhakti aux deux Sandhyās, surtout au moment du japa (répétition du mantra).

Verse 155

पठनीयं प्रयत्नेन भुक्तिं मुक्तिं समिच्छता । भूतिदा भुवना वाणी महावसुमती मही ॥ १५५ ॥

Celui qui désire à la fois bhukti (jouissance) et mukti (délivrance) doit le réciter avec un effort appliqué. Il accorde la prospérité ; il est la voix qui soutient les mondes ; il est la grande Terre, porteuse de trésors.

Verse 156

हिरण्यजननी नन्दा सविसर्गा तपस्विनी । यशस्विनी सती सत्या वेदविच्चिन्मयी शुभा ॥ १५६ ॥

Elle est la mère de l’or et de la prospérité ; elle est Nandā, la joie ; elle est la source de l’émanation et de la création, et la puissance ascétique du tapas. Elle est illustre, vertueuse, véridique ; connaisseuse des Vedas ; faite de pure conscience ; et toute auspicieuse.

Verse 157

विश्वा तुर्या वरेण्या च निसृणी यमुना भुवा । मोदा देवी वरिष्ठा च धीश्च शांतिर्मती मही ॥ १५७ ॥

Viśvā, Turyā, Vareṇyā, Nisṛṇī, Yamunā, Bhuvā ; et aussi Modā, Devī, Variṣṭhā, Dhī, Śānti, Matī et Mahī : tels sont les noms vénérables qui sont énumérés.

Verse 158

धिषणा योगिनी युक्ता नदी प्रज्ञाप्रचोदनी । दया च यामिनी पद्मा रोहिणी रमणी जया ॥ १५८ ॥

Dhīṣaṇā, Yoginī, Yuktā, Nadī, Prajñā-pracodanī ; et aussi Dayā, Yāminī, Padmā, Rohiṇī, Ramaṇī et Jayā : tels sont les noms et titres qui sont énoncés.

Verse 159

सेनामुखी साममयी बगला दोषवार्जिता । माया प्रज्ञा परा दोग्ध्री मानिनी पोषिणी क्रिया ॥ १५९ ॥

Elle est l’Avant-garde des armées divines; elle est faite de Sāman (chant védique); elle est Bagalā, exempte de tout doṣa (défaut). Elle est Māyā; elle est Sagesse; elle est la Suprême. Elle est la Nourricière qui « trait » les grâces et la subsistance; l’Honorée; la Soutenante; et la Kriyā elle-même, l’Action sacrée et efficace.

Verse 160

ज्योत्स्ना तीर्थमयी रम्या सौम्यामृतमया तथा । ब्राह्मी हैमी भुजंगी च वशिनी सुंदरी वनी ॥ १६० ॥

On la nomme Jyotsnā (clarté lunaire), Tīrthamayī (incarnation des tīrtha, lieux de passage sacrés), Ramyā (délicieuse), et aussi Saumyāmṛtamayā (faite de nectar doux). Elle est encore Brāhmī (de la sagesse védique), Haimī (dorée), Bhujaṅgī (serpentine), Vaśinī (qui subjugue), Sundarī (belle) et Vanī (des forêts).

Verse 161

ॐकारहसिनी सर्वा सुधा सा षड्गुणावती । माया स्वधा रमा तन्वी रिपुघ्नी रक्षणणी सती ॥ १६१ ॥

Elle sourit à travers la syllabe sacrée Oṁ; elle est toute-pénétrante; elle est elle-même Sudhā, le nectar; elle est dotée des six excellences divines. Elle est Māyā; elle est Svadhā; elle est Ramā (Śrī). Fine et subtile, elle détruit les ennemis, protège, et demeure Satī, la vertueuse éternelle.

Verse 162

हैमी तारा विधुगतिर्विषघ्नी च वरानना । अमरा तीर्थदा दीक्षा दुर्धर्षा रोगहारिणी ॥ १६२ ॥

Elle est Haimī, Tārā, Vidhugati, Viṣaghnī (qui détruit le poison), Varānanā (au visage sublime), Amarā, Tīrthadā (qui donne les tīrtha), Dīkṣā (l’initiation), Durdharṣā (l’invincible) et Rogahāriṇī (qui ôte la maladie) — des noms vénérés, loués pour conférer protection, sainteté et l’éloignement des poisons et des maux.

Verse 163

नानापापनृशंसघ्नी षट्पदी वज्रिणी रणी । योगिनी वमला सत्या अबला बलदा जया ॥ १६३ ॥

Elle détruit maints péchés et actes de cruauté; elle est Ṣaṭpadī, la « six-pattes » semblable à l’abeille; elle est Vajriṇī, porteuse du vajra; elle est Raṇī, guerrière au combat. Elle est Yoginī; Vimalā, sans tache; Satyā, véridique; Abalā, douce sans être faible; Baladā, dispensatrice de force; et Jayā, toujours victorieuse.

Verse 164

गोमती जाह्नवी रजावी तपनी जातवेदसा । अचिरा वृष्टिदा ज्ञेया ऋततंत्रा ऋतात्मिका ॥ १६४ ॥

Gomatī, Jāhnavī, Rajāvī, Tapanī et Jātavedasā; ainsi qu’Acirā et Vṛṣṭidā : qu’on les reconnaisse comme des courants sacrés. De même Ṛtatantṛā et Ṛtātmikā, gouvernées par Ṛta (l’ordre cosmique) et ayant Ṛta pour nature intime.

Verse 165

सर्वकामदुधा सौम्या भवाहंकारवर्जिता । द्विपदा या चतुष्पदा त्रिपदा या च षट्पदा ॥ १६५ ॥

Douce et de bon augure, elle fait couler le « lait » de toutes les grâces désirées, exempte du devenir mondain et de l’ego (ahaṅkāra). Elle demeure comme l’être à deux pieds, à quatre pieds, à trois pieds, et aussi à six pieds.

Verse 166

अष्टापदी नवपदी सहस्राक्षाक्षरात्मिका । अष्टोत्तरशतं नाम्नां सावित्र्या यः पठेन्नरः ॥ १६६ ॥

Celui qui récite les cent huit noms de Savitrī—elle aux huit pas, aux neuf pas, dont la forme même est faite de mille syllabes—obtient le mérite annoncé pour un tel japa.

Verse 167

स चिरायुः सुखी पुत्री विजयी विनयी भवेत् । एतत्ते कथितं विप्र पंचप्रकृतिलक्षणम् ॥ १६७ ॥

Il deviendra longévif et heureux, béni de fils, victorieux et bien discipliné. Ainsi, ô brāhmaṇa, je t’ai exposé les caractéristiques des cinq natures constitutives.

Verse 168

मंत्राराधनपूर्वं च विश्वकामप्रपूरणम् ॥ १६८ ॥

Et, précédé de l’adoration correcte du mantra, s’accomplit pleinement la réalisation de tous les buts désirés.

Verse 169

इति श्रीबृहन्नारदीय पुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने तृतीयपादे पञ्चप्रकृतिमन्त्रादिनिरूपणं नाम त्र्यशीतितमोऽध्यायः ॥ ८३ ॥

Ainsi s’achève le quatre-vingt-troisième chapitre, intitulé «Exposé des cinq Prakṛti et des mantras afférents», dans le troisième quart du Grand Récit de la section antérieure (Pūrva-bhāga) du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

The chapter uses a Tantric-Purāṇic theology where the Supreme Goddess is both transcendent (nirguṇa in essence) and the causal root of manifestation (mūla-prakṛti as the source of guṇa-based creation). This allows devotion to Rādhā as the highest reality while still explaining how differentiated powers (Lakṣmī, Durgā, Sarasvatī, Sāvitrī) operate within cosmology and ritual practice.

Its method is Tantric: it specifies mantra-ṛṣi/chandas/devatā, bīja–śakti, ṣaḍaṅga-nyāsa, yantra triangles/lotuses, āvaraṇa worship, and japa–homa counts. Its purpose is Purāṇic: it frames these rites inside a sacred lineage narrative (Nārada–Sanatkumāra), ties results to dharma and loka-saṅgraha, and culminates in Vaiṣṇava destinations (Goloka/Vaikuṇṭha) rather than mere worldly siddhis.

It is prescribed as a daily protective recitation at the two sandhyās, especially during japa, employing nyāsa and directional guardianship (dik-bandhana) so the practitioner seeks both bhoga and mokṣa with an all-around kavaca grounded in a cosmological visualization of Sāvitrī.