Adhyaya 88
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 88259 Verses

Rādhā-sambaddha-mantra-vyākhyā (Rādhā-Related Mantras Explained)

Sūta rapporte qu’après avoir entendu les procédures du culte sacrificiel, Nārada interroge Sanatkumāra sur la juste adoration de Śrī Rādhā en tant que Mère primordiale, ainsi que sur les kalās des manifestations divines. Sanatkumāra commence un enseignement « très secret » : il nomme les principales sakhīs, telles Candrāvalī et Lalitā, et énumère un cercle élargi de trente-deux compagnes ; puis il expose la doctrine des seize kalās et des kalās secondaires qui imprègnent la parole sacrée. Le chapitre se tourne ensuite vers la technique du mantra-śāstra : désignations codées des phonèmes et des éléments pour la formation des mantras, classifications du mètre/du mode de récitation Haṃsa, et liens avec les lignées de Tripurasundarī/Śrīvidyā. Il prescrit le nyāsa (aṅga et vyāpaka), la construction des yantras (lotus à pétales, hexagone, carré, bhūpuras) et un dhyāna iconographique détaillé (couleur, bras, armes, ornements). Une large section associe des vidyās et mantras précis aux déesses Nityā selon les tithis lunaires (par ex. Kāmeśvarī, Bhagamālinī, Nityaklinnā, Bheruṇḍā, Mahāvajreśvarī, Dūtī/Vahnivāsinī, Tvaritā, Nīlapatākā, Vijayā, Jvālāmālinī, Maṅgalā), et conclut que l’adoration confère siddhi, prospérité et destruction des péchés.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । श्रुत्वेत्थं यजनं विप्रा मन्त्रध्यानपुरःसरम् । सर्वासामवताराणां नारदो देवदर्शनः ॥ १ ॥

Sūta dit : Ô brāhmaṇas, ayant ainsi entendu le culte sacrificiel, précédé de la récitation des mantras et de la contemplation méditative, Nārada, le voyant qui contemple les devas, parla alors de toutes les descentes divines (avatāras).

Verse 2

सर्वाद्याया जगन्मातुः श्रीराधायाः समर्चनम् । अवतारकलानां हि पप्रच्छ विनयान्वितः ॥ २ ॥

Avec humilité, il s’enquit de la juste manière d’adorer Śrī Rādhā—la Primordiale, Mère de l’univers—et aussi des kalā, les parts divines des incarnations du Seigneur.

Verse 3

नारद उवाच । धन्योऽस्मिकृतकृत्योऽस्मि जातोऽहं त्वत्प्रसादतः । पज्जगन्मातृमंत्राणां वैभवं श्रुतवान्मुने ॥ ३ ॥

Nārada dit : «Je suis béni ; par ta grâce, ma vie est accomplie. Ô sage, j’ai entendu la grandeur et la puissance des mantras des Mères divines qui pénètrent tous les mondes.»

Verse 4

यथा लक्ष्मीमुखानां तु अवताराः प्रकीर्तिताः । तथा राधावताराणां श्रोतुमिच्छामि वैभवम् ॥ ४ ॥

De même que l’on a proclamé les incarnations de Lakṣmī et des autres épouses divines, ainsi je désire entendre la gloire et la majesté des incarnations de Rādhā.

Verse 5

यत्संख्याकाश्च यद्रूपा यत्प्रभावा विदांवर । राधावतारास्तान्सत्यं कीर्तयाशेषसिद्धिदान् ॥ ५ ॥

Ô le meilleur des savants, raconte en vérité les Rādhā-avatāras — leur nombre, leurs formes et leurs puissances — car ils accordent toute réalisation spirituelle (siddhi).

Verse 6

एतच्छुत्वा वचस्तस्य नारदस्य विधेः सुतः । सनत्कुमारः प्रोवाच ध्यात्वा राधापदांबुजम् ॥ ६ ॥

Ayant entendu ces paroles de Nārada, Sanatkumāra — fils de Brahmā (Vidhi) — médita sur les pieds de lotus de Rādhā, puis se mit à parler.

Verse 7

सनत्कुमार उवाच । श्रृणु विप्र प्रवक्ष्यामि रहस्यातिरहस्यकम् । राधावतारचरितं भजतामिष्टिसिद्धिदम् ॥ ७ ॥

Sanatkumāra dit : Écoute, ô brāhmane ; je vais proclamer un secret—le plus secret des secrets—, à savoir le récit de la descente divine (avatāra) de Rādhā, qui accorde aux adorateurs dévots l’accomplissement de leurs vœux chéris.

Verse 8

चन्द्रावली च ललिता द्वे सख्यौ सुप्रिये सदा । मालावतीमुखाष्टानां चन्द्रावल्यधिपास्मृता ॥ ८ ॥

Candrāvalī et Lalitā sont les deux sakhīs toujours chéries. Dans le groupe des huit conduit par Mālāvatī, Candrāvalī est rappelée comme la cheffe.

Verse 9

कलावतीमुखाष्टानामीश्वरी ललिता मता । राधाचरणपूजायामुक्ता मालावतीमुखाः ॥ ९ ॥

Parmi les huit qui commencent avec Kalāvatī, la Déesse souveraine est tenue pour être Lalitā ; et dans le culte des pieds de Rādhā, on dit que ces formes commencent avec Mālāvatī.

Verse 10

ललिताधीश्वरीणां तु नामानि श्रृणु सांप्रतम् । कलावती मधुमती विशाखा श्यामलाभिधा ॥ १० ॥

Écoute maintenant les noms de Lalitādhīśvarī : Kalāvatī, Madhumatī, Viśākhā, et celle qu’on nomme Śyāmalā.

Verse 11

शैब्या वृन्दा श्रीधराख्या सर्वास्तुत्तुल्यविग्रहाः । सुशीलाप्रमुखा श्चान्याः सख्यो द्वात्रिंशदीरिताः ॥ ११ ॥

Śaibyā, Vṛndā et celle qu’on appelle Śrīdharā—avec toutes les autres au corps également excellent—telles que Suśīlā et les restantes—sont dites être trente-deux compagnes (sakhīs).

Verse 12

ताः श्रृणुष्व महाभाग नामतः प्रवदामि ते । सुशीलां शशिलेखा च यमुना माधवी रतिः ॥ १२ ॥

Écoute-les, ô toi le très fortuné; je te les énoncerai par leurs noms—Suśīlā, Śaśilekhā, Yamunā, Mādhavī et Rati.

Verse 13

कदम्बमाला कुन्ती च जाह्नवी च स्वयंप्रभा । चन्द्रानना पद्ममुखी सावित्री च सुधामुखी ॥ १३ ॥

Kadambamālā, Kuntī, Jāhnavī et Svayaṃprabhā; Candrānanā, Padmamukhī, Sāvitrī et Sudhāmukhī—ces noms aussi sont énoncés.

Verse 14

शुभा पद्मा पारिजाता गौरिणी सर्वमंगला । कालिका कमला दुर्गा विरजा भारती सुरा ॥ १४ ॥

Elle est Śubhā, Padmā, Pārijātā; Gaurī, la Toute-Bénédiction. Elle est aussi Kālīkā, Kamalā, Durgā, Virajā, Bhāratī et Surā—connue sous de nombreux noms et formes sacrées.

Verse 15

गंगा मधुमती चैव सुन्दरी चन्दना सती । अपर्णा मनसानन्दा द्वात्रिंशद्राधिकाप्रियाः ॥ १५ ॥

Gaṅgā, Madhumatī, Sundarī, Candanā, Satī, Aparṇā et Manasānandā—tels sont les noms, chers à Rādhikā; ainsi la liste s’étend à trente-deux au total.

Verse 16

कदाचिद्छलिला देवी पुंरूपा कृष्णविग्रहा । ससर्ज षोडशकलास्ताः सर्वास्तत्समप्रभाः ॥ १६ ॥

Un jour, la déesse Chalilā—revêtant une forme masculine au corps sombre, semblable à Kṛṣṇa—créa seize kalās (aspects manifestés), tous resplendissant du même éclat qu’elle.

Verse 17

तासा मन्त्रं तथा ध्यानं यन्त्रार्चादिक्रमं तथा । वर्णये सर्वतंत्रेषु रहस्यं मुनिसत्तम ॥ १७ ॥

Ô le meilleur des sages, je décrirai leurs mantras, leurs contemplations méditatives, ainsi que l’ordre des rites commençant par le yantra et l’adoration, révélant l’enseignement secret présent dans tous les Tantras.

Verse 18

वातो मरुच्चाग्रिवह्नी धराक्ष्मे जलचारिणी । विमुखं चरशुचिविभू वनस्वशक्तयः स्वराः ॥ १८ ॥

Les voyelles sont classées comme : vent, vent de tempête, porteurs du feu, terre et ciel, et celles qui se meuvent dans l’eau ; aussi comme « détourné », « mobile », « pur » et « omnipénétrant » ; et encore comme « forêt », « richesse » et « puissance ».

Verse 19

प्राणस्तेजः स्थिरा वायुर्वायुश्चापि प्रभा तथा । ज्यकुमभ्रं तथा नादो दावकः पाथ इत्यथ ॥ १९ ॥

À présent, la tradition énumère : prāṇa (souffle vital), tejas (ardeur et rayonnement), sthirā (stabilité), vāyu (vent), et de nouveau vāyu ; puis prabhā (lueur), jyakumabhra, nāda (résonance sonore), dāvaka (feu) et pātha (récitation/lecture).

Verse 20

व्योमरयः शिखी गोत्रा तोयं शून्यजवीद्युतिः । भूमी रसो नमो व्याप्तं दाहश्चापि रसांबु च ॥ २० ॥

«Ciel, rayons, feu, lignée, eau, vacuité, rapidité, éclat ; terre, saveur, la salutation “namo”, pénétration, brûlure, et aussi sève et eau» — tout cela est également énoncé comme des désignations techniques dans les énumérations védiques et śāstriques.

Verse 21

वियत्स्पर्शश्च हृद्धंसहलाग्रासो हलात्मिकाः । चन्द्रावली च ललिता हंसेला नायके मते ॥ २१ ॥

Selon le Nayaka-mata, ces appellations (techniques) sont : Viyatsparśa, Hṛddhaṁsa, Halāgrāsa, Halātmikā, Candrāvalī, Lalitā et Haṁselā.

Verse 22

ग्रासस्थिता स्वयं राधा स्वयं शक्तिस्वरूपिणी । शेषास्तु षोडशकला द्वात्रिंशत्तत्कलाः स्मृताः ॥ २२ ॥

Śrī Rādhā elle-même demeure dans la sphère divine dite « grāsa » et, en vérité, elle est l’incarnation même de la Śakti. Les autres manifestations sont rappelées comme seize kalās, et comme trente-deux kalās secondaires relevant de cette (Śakti).

Verse 23

वाङ्मयं निखिलं व्याप्तमाभिरेव मुनीश्वर । ललिताप्रमुखाणां तु षोडशीत्वमुपागता ॥ २३ ॥

Ô meilleur des sages, l’ensemble de la Parole sacrée est entièrement pénétré par ces (formes). Et celles qui commencent par Lalitā ont, en vérité, atteint l’état de « Ṣoḍaśī », c’est‑à‑dire « les Seize ».

Verse 24

श्रीराधा सुन्दरी देवी तांत्रिकैः परिकीर्त्यते । कुरुकुल्ला च वाराही चन्द्रालिललिते उभे ॥ २४ ॥

Śrī Rādhā, la Devī de beauté, est célébrée par la tradition tantrique. Elle est aussi nommée Kurukullā et Vārāhī — deux (formes) connues sous les noms de Candrālī et Lalitā.

Verse 25

संभूते मन्त्रवर्गं तेऽभिधास्येऽहं यथातथम् । हृत्प्राणेलाहंसदावह्निस्वैर्ललितेरिता ॥ २५ ॥

Ô Sambhūta, je vais maintenant te déclarer, tel quel, l’ensemble des mantras : ceux enseignés selon la voie du cœur et du souffle vital, exprimés par les syllabes‑germes « lā » et « haṃsa », et mis en mouvement par le feu intérieur, dans l’écoulement libre et joueur de Lalitā.

Verse 26

त्रिविधा हंसभेदेव श्रृणु तां च यथाक्रमम् । हंसाद्ययाऽद्या मध्या स्यादादिमध्यस्थहंसया ॥ २६ ॥

Écoute maintenant, dans l’ordre convenable, cette triple classification du mètre appelé Haṃsa : la première variété commence par « haṃsa » ; la variété médiane est celle qui porte « haṃsa » au milieu ; et la dernière variété est celle où « haṃsa » se tient à la fois au début et au milieu.

Verse 27

तृतीया प्रकृतिः सैव तुर्या तैरंत्यमायया । आसु तुर्याभवन्मुक्त्यै तिस्रोऽन्याः स्युश्चसंपदे ॥ २७ ॥

Cette troisième modalité de la nature devient elle-même le Quatrième (turīya) par la māyā ultime et transcendante. S’établir en turīya mène à la délivrance; les trois autres demeurent pour l’accomplissement et la prospérité mondains.

Verse 28

इति त्रिपुरसुंदर्या विद्या सरुमतसमीरिता । दाहभूमीरसाक्ष्मास्वैर्वशिनीबीजमीरितम् ॥ २८ ॥

Ainsi la Vidyā de Tripurasundarī a-t-elle été transmise selon la tradition Sarumata; et le Vaśinī-bīja a été proclamé au moyen des syllabes secrètes « dāha », « bhūmī », « rasa » et « akṣmā ».

Verse 29

प्राणो रसाशक्तियुतः कामेश्वर्यक्षरं महत् । शून्यमंबुरसावह्निस्वयोगान्मोहनीमनुः ॥ २९ ॥

Lorsque la syllabe « prāṇa » est jointe à la puissance de « rasa » et combinée à la grande syllabe de Kāmeśvarī, puis—selon les jonctions prescrites—unie à « śūnya », « ambu », « rasa », « vahni » et « sva », elle devient le Mohanī-mantra, la formule d’envoûtement.

Verse 30

व्याप्तं रसाक्ष्मास्वयुतं विमलाबीजमीरितम् । ज्यानभोदाहवह्निस्वयोगैः स्यादरुणामनुः ॥ ३० ॥

Lorsque la syllabe « vyāpta » est jointe aux syllabes indiquées par les mots-codes « rasa » et « akṣmā », et combinée au bīja pur (vimalabīja) tel qu’enseigné, alors—par les jonctions prescrites désignées par « jyāna », « bho », « dāha » et « vahni »—elle devient le mantra d’Aruṇā.

Verse 31

जयिन्यास्तु समुद्दिष्टः सर्वत्र जयदायकः । कं नभोदाहसहितं व्याप्तक्ष्मास्वयुतं मनुः ॥ ३१ ॥

Pour la déité Jayinī, un mantra est prescrit, dispensant la victoire en tout lieu. La syllabe mantrique est « kaṃ », jointe aux bīja du ciel et du feu, et combinée à celle qui pénètre la terre : telle est la formule enseignée.

Verse 32

सर्वेश्वर्याः समाख्यातः सर्वसिद्धिकरः परः । ग्रासो नभोदाहवह्निस्वैर्युक्तः कौलिनीमनुः ॥ ३२ ॥

Ce Kaulinī-Manu est proclamé comme le Donateur suprême de toutes les puissances seigneuriales et l’Accomplisseur le plus élevé de toute siddhi ; il est formé par la combinaison des syllabes « grāsa », « nabhas », « dāha », « vahni » et « svaira ».

Verse 33

एतैर्मनुभिरष्टाभिः शक्तिभिर्वर्गसंयुक्तैः । वाग्देवतांतैर्न्यासः स्याद्येन देव्यात्मको भवेत् ॥ ३३ ॥

Avec ces huit mantras—unis à leurs śaktis respectives et ordonnés selon les classes phonétiques (vargas)—qu’on accomplisse le nyāsa s’achevant en Vāgdevatā, la Divinité de la Parole ; par cela, on devient pénétré de la nature de la Déesse.

Verse 34

रंध्रे भाले तथाज्ञायां गले हृदि तथा न्यसेत् । नाभावाधारके पादद्वये मूलाग्रकावधि ॥ ३४ ॥

Qu’on place le nyāsa dans l’ouverture crânienne, sur le front, à l’ājñā (centre du sourcil), à la gorge et dans le cœur ; de même au nombril et à l’ādhāra (la base), ainsi que sur les deux pieds—ainsi, de la racine jusqu’à la pointe, le long de tout l’axe du corps.

Verse 35

षड्दीर्घाढ्येन बीजेन कुर्याश्चैव षडंगकम् । लोहितां ललितां बाणचापपाशसृणीः करैः ॥ ३५ ॥

Avec le bīja-mantra enrichi de six voyelles longues, qu’on accomplisse le nyāsa aux six membres (ṣaḍaṅga). Puis qu’on médite la Déesse, rouge de splendeur et d’une grâce exquise, tenant en ses mains la flèche, l’arc, le lasso (pāśa) et l’aiguillon (aṅkuśa).

Verse 36

दधानां कामराजांके यन्त्रीतां मुदुतां स्मरेत् । मध्यस्थदेवी त्वेकैव षोडशाकारतः स्थाता ॥ ३६ ॥

Qu’on médite la Déesse comme assise sur les genoux de Kāmarāja (le Seigneur du désir), douce et paisible, établie au sein du yantra. La Déesse centrale est une, unique, mais elle se déploie en seize formes (aspects).

Verse 37

यतस्तस्मात्तनौ तस्यास्त्वन्याः पंचदशार्चयेत् । ऋषिः शिवश्छंद उक्ता देवता ललितादिकाः ॥ ३७ ॥

Ainsi, sur ce même corps de la Devī, il convient de vénérer les quinze autres manifestations. Le ṛṣi est dit être Śiva ; le chandas (mètre) est proclamé ; et les divinités sont Lalitā et les autres.

Verse 38

सर्वासामपि नित्यानामावृतीर्नामसंचये । पटले तु प्रयोगांश्च वक्ष्याम्यग्रे सविस्तरम् ॥ ३८ ॥

Dans la compilation des noms divins, j’ai aussi consigné les répétitions prescrites (āvṛtti) pour tous les rites quotidiens. Dans la section du paṭala, j’exposerai plus loin, en détail, leurs applications pratiques.

Verse 39

अथ षोडशनित्यासु द्वितीया या समीरिता । कामेश्वरीति तां सर्वकामदां श्रृणु नारद ॥ ३९ ॥

Or, parmi les seize déesses Nityā, celle qui est proclamée seconde se nomme Kāmeśvarī. Ô Nārada, écoute à son sujet : elle accorde tous les désirs et tous les buts recherchés.

Verse 40

शुचिः स्वेन युतस्त्वाद्यो ललिता स्याद्द्वितीयकः । शून्यमग्नियुतं पश्चाद्रयोव्याप्तेन संयुतम् ॥ ४० ॥

La première syllabe/terme est « Śuci », jointe à son propre signe ; la seconde doit être « Lalitā ». Ensuite, « Śūnya » est jointe à « Agni », puis combinée avec ce qui est pénétré par « Raya ».

Verse 41

प्राणो रसाग्निसहितः शून्ययुग्मं चरान्वितम् । नभोगोत्रा पुनश्चैषां दाहेन समयोजिता ॥ ४१ ॥

Prāṇa, avec Rasa et Agni, est joint à la paire de zéros et combiné aux facteurs « mobiles » (variables). De nouveau, pour ceux-ci, on applique le « gotra du ciel » (nabhogotra) et on les relie comme il convient par l’opération dite dāha (brûlure).

Verse 42

अंबु स्याच्चरसंयुक्तं नवशक्तियुतं च हृत् । एषा कामेश्वरी नित्या कामदैकादशाक्षरी ॥ ४२ ॥

«Ambu» doit être joint à «cara», puis à «hṛt» pourvu des neuf Śakti. Telle est l’éternelle Kāmeśvarī : le mantra de onze syllabes qui exauce les vœux.

Verse 43

मूलविद्याक्षरैरेव कुर्यादंगानि षट् क्रमात् । एकेन हृदयं शीर्षं तावताथो द्वयं द्वयात् ॥ ४३ ॥

En n’employant que les syllabes de la mūla-vidyā, qu’on accomplisse successivement les six aṅga-nyāsa. Par une syllabe on installe le Cœur et la Tête; puis, par deux syllabes à la fois, on installe les autres membres par paires.

Verse 44

चतुर्भिर्नयनं तद्वदस्त्रमेकेन कीर्तितम् । दृक्श्रोत्रनासाद्वितये जिह्वाहृन्नाभिगुह्यके ॥ ४४ ॥

On dit que l’œil est représenté par quatre (signes/unités) ; de même, l’astra, l’arme, par un seul. Cela s’applique aux organes de perception—œil, oreille et les deux narines—ainsi qu’à la langue, au cœur, au nombril et à l’organe secret.

Verse 45

व्यापकत्वेन सर्वांगे मूर्द्धादिप्रपदावधि । न्यसेद्विद्याक्षराण्येषु स्थानेषु तदनंतरम् ॥ ४५ ॥

Ensuite, considérant la nature toute-pénétrante du mantra, qu’on place (qu’on fasse le nyāsa des) syllabes de la Vidyā sur tout le corps—du sommet de la tête jusqu’aux pieds—aux stations qui leur correspondent.

Verse 46

समस्तेन व्यापकं तु कुर्यादुक्तक्रमेण तु । अथ ध्यानं प्रवक्ष्यामि नित्यपूजासु चोदितम् ॥ ४६ ॥

Ayant ainsi accompli le rite tout-pénétrant selon l’ordre déjà énoncé, j’exposerai maintenant la dhyāna, la méditation prescrite pour le culte quotidien.

Verse 47

येन देवी सुप्रसन्ना ददातीष्टमयत्नतः । बालार्ककोटिसंकाशां माणिक्यमुकुटोज्ज्वलाम् ॥ ४७ ॥

Par cette pratique, la Déesse, infiniment satisfaite, accorde sans effort la grâce désirée—rayonnante comme dix millions de soleils levant, éclatante d’un diadème lumineux serti de rubis (māṇikya).

Verse 48

हारग्रैवेयकांचीभिरूर्मिकानूपुरादिभिः । मंडितां रक्तवसनां रत्नाभरणशोभिताम् ॥ ४८ ॥

Parée de colliers, d’ornements de gorge, de ceintures, de bracelets, d’anneaux de cheville et autres; vêtue de rouge; resplendissante d’ornements sertis de joyaux.

Verse 49

षड्भुजां त्रीक्षणामिंदुकलाकलितमौलिकाम् । पञ्चाष्टषोडशद्वंद्वषट्कोणचतुरस्रगाम् ॥ ४९ ॥

Médite sur Elle comme ayant six bras et trois yeux, la lune en croissant ornant sa couronne, et comme demeurant dans le diagramme sacré (yantra) composé de paires de pétales en cinq, huit et seize, avec l’hexagone et le carré.

Verse 50

मंदस्मितलसद्वक्त्रां दयामंथरवीक्षणाम् । पाशांकुशौ च पुंड्रेक्षुचापं पुष्पशिलीमुखम् ॥ ५० ॥

Son visage brille d’un doux sourire, et son regard, ralenti par la compassion, est plein de grâce. Dans ses mains, elle porte le lacet (pāśa) et l’aiguillon (aṅkuśa), ainsi que l’arc de canne à sucre et les flèches de fleurs.

Verse 51

रत्नपात्रं सीधुपूर्णं वरदं बिभ्रतीं करैः । ततः प्रयोगान्कुर्वीत सिद्धे मत्रे तु साधकः ॥ ५१ ॥

Tenant dans ses mains un vase de joyaux rempli de sīdhu (liqueur fermentée) et la main qui accorde les dons, le sādhaka, lorsque le mantra est devenu parfait (siddha), doit alors accomplir les applications rituelles prescrites (prayoga).

Verse 52

तृतीयामथ वक्ष्यामि नाम्ना तु भगमालिनी । कामेश्वर्यादिरादिः स्याद्रसश्चापस्थिरारसः ॥ ५२ ॥

À présent, j’exposerai la troisième disposition, nommée Bhagamālinī. Son nom d’ouverture (de la Divinité) est Kāmeśvarī, et le « rasa » associé est la suite dite « arc—rasa stable ».

Verse 53

धरायुक्सचरा पश्चात्स्थिरा पश्चाद्रसः स्मृतः । स्थिराशून्येऽग्निसंयुक्ते रसः स्यात्तदनंतरम् ॥ ५३ ॥

Après l’état «mobile uni à la terre», on enseigne le «stable» ; et après le stable, on se souvient du « rasa ». Lorsque le stable est dépouillé de sa qualité première et s’unit au feu, aussitôt il devient « rasa ».

Verse 54

स्थिरा भूसहिता गोत्रा सदाहोऽग्निरसः स्थिरा । नभश्च मरुता युक्तं रसवर्णसमन्वितम् ॥ ५४ ॥

La terre est stable et compacte, portant le « gotra » (lignées ou strates de soutien). Le feu brûle sans cesse et a la saveur pour essence. L’éther aussi, uni au vent, est pourvu de saveur et de couleur.

Verse 55

ततो रसः स्थिरा पश्चान्मरुता सह योजिता । अंबहंसचरोऽथिक्तो रसोऽथ स्यात्स्थिरा पुनः ॥ ५५ ॥

Ensuite, le rasa devient stable ; puis il s’unit au mouvement des vents (vāyu). Après quoi, se mouvant tel un cygne sur les eaux, il s’intensifie ; et ce rasa redevient alors stable.

Verse 56

स्थिराधरान्विता हंसो व्याप्तेन च चरेण च । रसः स्थिरा ततो व्याप्तं भूयुतं शून्यमग्नियुक् ॥ ५६ ॥

Le Haṁsa (le Soi intérieur) est soutenu par une base stable, et il se meut à travers ce qui est omniprésent comme à travers ce qui est mobile. Le rasa est stable ; de lui naît l’état qui pénètre tout — abondant, semblable au vide, et uni au feu.

Verse 57

रसः स्थिरा ततः साग्निशून्यं तवियुतो मरुत् । रयः शून्यं चाग्नियुतं हृदाहंसाच्च तत्परम् ॥ ५७ ॥

«Rasa» est fixé; puis vient ce qui est sans feu, uni à «tavi», à savoir «marut» (le vent). «Rayaḥ» est vide; et, uni à «agni», il devient la forme «hṛdāhaṃsā». De là s’obtient le résultat suivant.

Verse 58

रसः स्थिरांबु च वियत्स्वयुतं प्राण एव च । दाहोऽग्रियुग्रसस्तस्मास्थिराक्ष्मा दाहसंयुता । सचरः स्याज्जवीपूर्वविद्या तर्तीयतः क्रमात् ॥ ५८ ॥

Sont exposés Rasa (l’essence), les eaux stables et l’espace avec prāṇa (le souffle vital) ; puis vient « dāha » : le feu, le dévoreur. De là naissent des formes stables, accompagnées de chaleur. Ainsi, avec le mouvement des êtres, la suite progresse dans la troisième division, selon l’ordre transmis par la science ancienne.

Verse 59

चतुष्टयमथार्णानां रसस्तदनु च स्थिरा । हृदंबुयुक् क्ष्मया दाहः सचरः स्याज्जवी च हृत् ॥ ५९ ॥

Ensuite, l’ensemble de quatre (lettres) appartient aux océans ; puis vient la lettre « ra », suivie de « sthi » et « rā ». Unie à « hṛd » et « ambu », et avec l’ajout de « kṣmā », elle donne « dāha » ; avec « cara », elle devient « sacara » ; et avec « javī », elle devient « hṛt ».

Verse 60

दाहोंऽबुमरुता युक्तो व्योम्नि साग्निरसस्तुतः । स्थिरा तु मरुता युक्ता शून्यं साग्निनभश्चरौ ॥ ६० ॥

Le son « dāhoṃ », uni à l’eau et au vent, est établi dans le ciel comme une essence syllabique accompagnée du feu. Mais, lorsqu’il devient stable et s’unit au vent, il devient le « vide » ; ainsi, se mouvant dans l’espace, il est accompagné du feu et de l’éther (nabha).

Verse 61

हंसो व्याप्तमरुद्युक्तः शून्यं व्याप्तमतोंऽबु च । दाहो गोत्राचरयुता तथा दाहस्तथा रयः ॥ ६१ ॥

«Le Haṁsa» (le Soi suprême) est pénétré par le vent en mouvement ; le vide aussi est pénétré, et l’eau de même. Il y a « dāha » (l’ardeur) avec le mouvement des lignées et de la conduite ; de même il y a ardeur, et de même il y a des courants (rayaḥ), des flux d’impulsion.

Verse 62

हृद्धरासहितं दाहरयौ चरसमन्वितौ । रसः स्थिरा ततः प्राणो रसाग्निसहितो भवेत् ॥ ६२ ॥

Lorsque le cœur et les canaux de soutien s’unissent, et que le feu digestif s’accompagne de mouvement, alors le « rasa » (fluide nourricier) du corps devient stable ; ensuite, le prāṇa (souffle vital) se trouve pourvu à la fois de rasa et d’agni.

Verse 63

शून्ययुग्मं चरयुतं ततः पूर्वमतः परम् । शून्ययुग्मं च गोत्रा स्याद्वाहयुक्तांबुना चरः ॥ ६३ ॥

Prends une paire de zéros et ajoute le nombre désigné par « cara » ; puis, de là, prends ce qui est antérieur et ce qui est postérieur dans la suite. Une paire de zéros est dite indiquer le « gotra » ; et « cara », joint à « vāha » et « ambu », donne la valeur visée selon ce code.

Verse 64

प्राणो रसा चरयुतो गोत्रव्यसिमतः परम् । गोत्रादाहमरुद्युक्ता त्वंबुन्यासमतो भवेत् ॥ ६४ ॥

Le prāṇa, avec le rasa et les courants mouvants de la vie, est proclamé suprême, au-delà des limites du gotra (lignée). Du gotra naît la notion de « moi », jointe aux vents (vāyu) ; ainsi s’accomplit la mise en place du « toi » dans les eaux (tvaṃ-bhu-nyāsa).

Verse 65

युक्तोनांभश्च भूयुक्तं वाश्चरेण समन्वितम् । ग्रासो धरायुतः पश्चाद्रसः शक्त्या समन्वितः ॥ ६५ ॥

Lorsque le principe de l’eau s’unit correctement au principe de la terre, et que l’air s’unit au mouvement, alors naît le « grāsa » (l’acte de prendre en soi, d’ingérer) avec l’élément terre ; ensuite se manifeste le « rasa » (saveur, essence), joint à la śakti (puissance).

Verse 66

ग्रासो भूसहितो विप्र रसो व्याप्तं ततश्च हृत् । दाहोनांबु च हृत्पश्चाद्रयेंऽबुमरुदन्वितः ॥ ६६ ॥

Ô brāhmane, la bouchée de nourriture (grāsa), avec l’élément terre, se trouve imprégnée de rasa ; puis elle est portée au cœur. Alors agissent l’ardeur brûlante (chaleur digestive) et l’élément eau, et après le cœur elle progresse rapidement, accompagnée d’eau et de vent.

Verse 67

शून्यं च केवलं चैव रसश्च सचरस्थिरा । वियदंबुयुतं दाहस्त्वग्नियुक्सयुतः शुचिः ॥ ६७ ॥

(Voici les désignations techniques :) « Vide » et « l’Unique » ; « Rasa » avec tout ce qui est mobile et immobile ; « le ciel uni à l’eau » ; « l’ardeur brûlante » — ce qui est uni au feu ; et « le pur ».

Verse 68

भूमी रसाक्ष्मास्वयुता पंचैकांतरिताः स्थिराः । तदंतरित बीजानि स्वसंयुक्तानि पंच वै ॥ ६८ ॥

Terre, Eau, Feu, Air et Espace : ces cinq, solidement établis, sont disposés selon un ordre alterné. Et entre eux se trouvent cinq « semences » (causes subtiles), chacune conjointe à son élément correspondant.

Verse 69

तानि क्रमाज्ज्यासचरो रसो भूश्च नभोयुता । हंसश्चरयुतो द्विः स्यात्ततः प्राणो रसाग्नियुक् ॥ ६९ ॥

Selon l’ordre prescrit, on doit en tirer : d’abord « jyāsacara », puis « rasa » ; ensuite « bhū » uni à « nabhas ». « Haṃsa », combiné à « cara », se trouve doublé ; puis vient « prāṇa » uni à « rasa » et à « agni ».

Verse 70

शून्ययुग्मं चरयुतं हृद्दाहोंबुमरुद्युतः । व्योमाग्निसहितं पश्चाद्रसश्च मरुता स्थिरा ॥ ७० ॥

« (Prends) la paire de zéros jointe à “cara” ; (puis) le groupe indiqué par l’ardeur du cœur, l’eau et le vent ; ensuite (ajoute) ce qui est uni à l’éther et au feu ; puis “rasa” — le vent demeurant fixe (comme constante). »

Verse 71

शून्यं साग्निनभश्चैव चरेण सहितं तथा । अंबु पश्चाद्वियत्तस्मान्नभश्च मरुदन्वितम् ॥ ७१ ॥

Du « vide » naît l’espace uni au feu ; de même, avec le mouvement (« cara »). Ensuite vient l’eau ; et de cette eau surgit de nouveau l’éther/l’espace — désormais accompagné du vent.

Verse 72

शून्यं व्याप्तं च दद्युक्तं रयदाहस्ववह्निभिः । हंसः सदाहोंबगुरसा चरस्वैः संयुतो भवेत् ॥ ७२ ॥

Lorsque les termes « śūnya » et « vyāpta » sont combinés avec « dad‑yukta », avec les sons ‘raya’, ‘dāha’, ‘sva’ et ‘vahni’, la formation (technique) qui en résulte devient « haṃsa », jointe à la suite ‘sadāhoṃba‑gurasā’ et ‘carasvai’.

Verse 73

हंसः सदाहवह्निस्वैर्युक्तमंत्यमुदीरितम् । सप्तत्रिंशच्छतार्णैः स्यान्नित्या सौभागमालिनी ॥ ७३ ॥

Le mantra nommé « Haṃsa », avec l’ultime énonciation jointe à ‘sadā’, ‘havas’, ‘agni’ et ‘svair’—récité comme une guirlande de 3 700 syllabes—devient la « Saubhāgya‑mālinī » toujours agissante, dispensatrice d’une bonne fortune continue.

Verse 74

अंगानि मंत्रवर्णैः स्युराद्येन हृदुदीरितम् । ततश्चतृर्भिः शीर्षं स्याच्छिखा त्रिभिरुदीरिता ॥ ७४ ॥

Les membres (dans le nyāsa) doivent être assignés par les syllabes du mantra. Avec la première syllabe, on touche et on invoque le Cœur; puis, avec quatre (syllabes), on assigne la Tête; et avec trois (syllabes), on assigne la śikhā (touffe), selon l’ordonnance.

Verse 75

गुणवेदाक्षरैः शेषाण्यंगानि षडिति क्रमात् । अरुणामरुणाकल्पां सुंदरीं सुस्मिताननाम् ॥ ७५ ॥

Ensuite, dans l’ordre prescrit, on assigne les six membres restants par les syllabes qui désignent les guṇa et le Veda. Puis l’on médite sur Elle : d’un rouge cramoisi, rayonnante comme l’aurore, belle, au visage doucement souriant.

Verse 76

त्रिनेत्रां बाहुभिः षड्भिरुपेतां कमलासनाम् । कह्लारपाशपुंड्रेक्षुकोदंडान्वामबाहुभिः ॥ ७६ ॥

Qu’on la contemple : à trois yeux, pourvue de six bras, assise sur un lotus; et dans ses mains gauches tenant un lotus bleu, un lacet (pāśa), une tige de canne à sucre et un arc.

Verse 77

दधानां दक्षिणैः पद्ममंकुशं पुष्पसायकम् । तथाविधाभिः परितो युतां शक्तिगणैः स्तुतैः ॥ ७७ ॥

Dans ses mains droites, elle tient un lotus, un aṅkuśa (aiguillon) et la flèche de fleurs; et de toutes parts l’environnent, louées, des cohortes de Śaktis de même nature.

Verse 78

अक्षरोक्ताभिरन्याभिः स्मरोन्मादमदात्मभिः । एषा तृतीया कथिता वनिता जनमोहिनी ॥ ७८ ॥

Par d’autres énoncés, proférés syllabe après syllabe, dont la nature même est désir, frénésie et ivresse : telle est dite la troisième sorte de femme, l’enchanteresse qui égare les êtres.

Verse 79

चतुर्थीं श्रृणु विप्रेन्द्र नित्यक्लिन्नासमाह्वयाम् । हंसस्तु दाहवह्निस्वैर्युक्तः प्रथममुच्यते ॥ ७९ ॥

Ô le meilleur des brāhmaṇas, écoute maintenant la quatrième classification, nommée Nityaklinnā. En elle, le premier est dit Haṁsa, lié au feu de la brûlure et à l’indépendance (svairya).

Verse 80

कामेश्वर्यास्तृतीयादिवर्णानामष्टकं भवेत् । हृदंबुमरुता युक्तः स एवैकादशाक्षरः ॥ ८० ॥

L’ensemble de huit syllabes se forme à partir de la troisième lettre et des suivantes du (mantra de) Kāmeśvarī. Joint aux syllabes ‘hṛd’, ‘ambu’ et ‘marut’, il devient alors le mantra de onze syllabes.

Verse 81

एकादशाक्षरी चेयं विद्यार्णैरंगकल्पनम् । आद्येन मन्त्रवर्णेन हृदयं समुदीरितम् ॥ ८१ ॥

Voici la formule sacrée de onze syllabes ; son assignation aux membres (nyāsa) doit être ordonnée par les sages, océans de connaissance. Par la première lettre du mantra, on prononce et l’on établit le « cœur » (hṛdaya-nyāsa).

Verse 82

द्वाभ्यां द्वाभ्यां तु शेषाणि अंगानि परिकल्पयेत् । न्यसेदंगुष्ठमूलादिकनिष्ठाग्रांतमूर्द्ध्वगम् ॥ ८२ ॥

Ensuite, avec des paires de doigts, qu’il assigne (accomplisse le nyāsa) aux membres restants. Qu’il place le mantra en commençant à la base du pouce, en remontant, jusqu’à l’extrémité de l’auriculaire.

Verse 83

शेषं तद्वलये न्यस्य हृद्दृक्छ्रोत्रे नसोर्द्वयोः । त्वचि ध्वजे च पायौ च पादयो रर्णकान्न्यसेत् ॥ ८३ ॥

Ayant placé le reste sur l’annulaire, qu’on accomplisse ensuite le nyāsa sur le cœur, les yeux, les oreilles et les deux narines ; et qu’on dépose aussi les syllabes prescrites sur la peau, sur le dhvaja (étendard), sur l’anus et sur les pieds.

Verse 84

अरुणामरुणाकल्पामरुणांशुकधारिणीम् । अरुणस्रग्विलेपां तां चारुस्मेरमुखांबुजाम् ॥ ८४ ॥

Je médite sur cette Devī Arunā : toute de pourpre, parée d’ornements pourpres, vêtue de pourpre, guirlandée et ointe de substances pourpres ; son visage-lotus rayonne d’un doux et gracieux sourire.

Verse 85

नेत्रत्रयोल्लसद्वक्त्रां भालेघर्मांबुमौक्तिके । विराजमानां मुकुटलसदर्द्धेंदुशेखराम् ॥ ८५ ॥

Son visage resplendissait de trois yeux ; sur son front luisaient des perles comme nées de gouttes de sueur ; et elle apparaissait éclatante, couronnée d’un diadème où brillait un croissant de lune rayonnant.

Verse 86

चतुर्भिर्बाहुभिः पाशमंकुशं पानपात्रकम् । अभयं बिभ्रतीं पद्ममध्यासीनां मदालसाम् ॥ ८६ ॥

De ses quatre bras, elle porte le pāśa (lacet), l’aṅkuśa (aiguillon), la coupe à boire et le geste d’Abhaya (l’absence de crainte). Assise au cœur du lotus, elle paraît languide, comme enivrée d’ivresse divine.

Verse 87

ध्यात्वैवं पूजयेन्नित्यक्किन्नां नित्यां स्वशक्तिभिः । पुण्या चतुर्थी गदिता नित्याक्किन्नाह्वया मुने ॥ ८७ ॥

Après avoir ainsi médité, qu’on rende un culte chaque jour à Nityāklinnā—la Déesse éternelle—selon ses propres moyens. Cette observance méritoire du quatrième jour lunaire, ô sage, a été déclarée sous le nom de « Nityāklinnā ».

Verse 88

वनिता नवनीतस्य दाविकाग्निर्जयादिना । भूः स्वेन युक्ता प्रथमं प्राणो दाहेन तद्युतः ॥ ८८ ॥

La femme est comparée au beurre frais ; et le feu de forêt, par sa puissance de conquête et autres, le consume. Le principe « Bhū » (la Terre) vient d’abord, uni à sa propre qualité ; et le « Prāṇa » (souffle vital) est pourvu d’une énergie brûlante et, par elle, resplendit.

Verse 89

रसो दाहेन तद्युक्तं प्रभादाहेन तद्युता । ज्या च दाहेन तद्युक्ता नित्याक्लिन्नांतगद्वयम् ॥ ८९ ॥

« Rasa » doit être conjoint à « dāha » ; « Prabhā » est pareillement joint à « prabhā-dāha » ; et « Jyā » aussi est joint à « dāha » : ainsi se forme la paire d’expressions mantriques/techniques dont la finale est « nityāklinnā ».

Verse 90

एषा नवाक्षरी नित्या भेरुण्डा सर्वसिद्धिदा । प्रणवं ठद्वयं त्यक्त्वा मध्यस्थैः षड्भिरक्षरैः ॥ ९० ॥

Voici le mantra éternel de neuf syllabes, nommé Bheruṇḍā, dispensateur de toutes les siddhi. Qu’on omette le praṇava (Oṁ) et la paire de syllabes « ṭha », et qu’on le compose avec les six syllabes placées au milieu.

Verse 91

षडंगानि प्रकुर्वीत वर्णन्यासं ततः परम् । रंध्राद्यामुखकंठेषु हन्नाभ्यां धारयद्वयम् ॥ ९१ ॥

Qu’on accomplisse d’abord le ṣaḍ-aṅga-nyāsa (nyāsa des six membres), puis le varṇa-nyāsa (placement des lettres). Ensuite, qu’on maintienne et installe mentalement la paire de syllabes-semences « ha » et « na » dans les ouvertures du corps, dans la bouche et dans la gorge.

Verse 92

न्यसेन्मंत्रार्णनवकं मातृकान्यासपूर्वकम् । अथ ध्यानं प्रवक्ष्यामि देव्याः सर्वार्थसिद्धिदम् ॥ ९२ ॥

Après avoir d’abord accompli le mātṛkā-nyāsa, qu’on installe ensuite les neuf syllabes du mantra. À présent, j’exposerai la méditation sur la Déesse, qui confère l’accomplissement de tous les buts.

Verse 93

तप्तकांचनसंकाशदेहां नेत्रत्रयान्विताम् । चारुस्मितां चितमुखीं दिव्यालंकारभूषिताम् ॥ ९३ ॥

Son corps resplendissait tel l’or purifié; elle était pourvue de trois yeux; arborait un gracieux sourire, un visage rayonnant, et se trouvait parée d’ornements divins.

Verse 94

ताटंकहारकेयूररत्नस्तबकमंडिताम् । रसनानूपुरोर्म्यादिभूषणैरतिसुन्दरीम् ॥ ९४ ॥

D’une beauté incomparable, elle était ornée de boucles d’oreilles, d’un collier, de bracelets et de grappes de gemmes; et encore embellie d’une ceinture sertie, de bracelets de cheville, d’anneaux et d’autres parures.

Verse 95

पाशांकुशौ चर्मखङ्गौ गदावह्निधनुःशरान् । करैर्दधानामासीना पूजायां मत्पसस्थिताम् ॥ ९५ ॥

Dans ses mains, elle portait le lacet et l’aiguillon, le bouclier et l’épée, la massue, le feu, l’arc et les flèches; assise pour le culte, établie dans la demeure suprême du Seigneur (mon séjour souverain).

Verse 96

शक्तीश्च तत्समाकारतेजोहेतिभिरन्विताः । पूजयेत्तद्वदभितः स्मितास्या विजयादिकाः ॥ ९६ ॥

Qu’on adore aussi les Śaktis divines, de forme semblable à la Sienne, rayonnantes de splendeur et portant des armes. De même, tout autour, qu’on vénère les divinités au visage souriant, telles Vijayā et les autres.

Verse 97

पंचमीय समाख्याता भेरुंडाख्या मुनीश्वर । यस्याः स्मरणतो नश्येद्गरलं त्रिविधं क्षणात् ॥ ९७ ॥

Ô grand sage, la cinquième vidyā est enseignée sous le nom de « Bheruṇḍā » ; par son seul souvenir, le triple poison est anéanti en un instant.

Verse 98

या तु षष्ठी द्विजश्रेष्ठ सा नित्या वह्निवासिनी । तद्विधानं श्रृणुष्वाद्य साधकानां सुसिद्धिदम् ॥ ९८ ॥

Quant à la sixième, ô le meilleur des deux-fois-nés, elle est éternelle et demeure dans le feu sacré. Écoute maintenant son rite, qui accorde une parfaite réussite aux pratiquants.

Verse 99

भेरुंडाद्यमिहाद्यं स्यान्नित्यक्लिन्नाद्यनंतरम् । ततोंऽबुशून्ये हंसाग्निह्युत्तमंबुमरुद्युतम् ॥ ९९ ॥

Ici, la série commence par « Bheruṇḍa » ; aussitôt après vient celle qui débute par « Nityaklinna ». Puis, dans l’agencement sans l’élément « eau », suivent « Haṃsa » et « Agni » ; ensuite est énoncé l’ensemble pourvu d’« eau excellente » et de « vent ».

Verse 100

हृदग्निना युतं शून्यं व्याप्तेन शुचिना च युक् । शून्यं नभः शक्तियुतं नवार्णेयमुदाहृता ॥ १०० ॥

Le « vide » (śūnya) uni au feu du cœur, et aussi joint au Pur qui pénètre tout ; et le « vide » — le ciel (nabhas) pourvu de Śakti — voilà ce qui est proclamé comme la Navārṇa, la formule aux neuf syllabes.

Verse 101

विद्या द्वितीयबीजेन स्वरान्दीर्घान्नियोजयेत् । मायांतान्षड्भिरेवां गान्याचरेत्सकरांगयोः ॥ १०१ ॥

Dans la vidyā mantrique, on doit allonger les voyelles en appliquant le second bīja ; et, pour les syllabes se terminant par « māyā », on accomplira la récitation prescrite selon les six facteurs auxiliaires, avec les aṅga « ka » et « ra ».

Verse 102

नवाक्षराणि विद्याया नवरंध्रेषु विन्यसेत् । व्यापकं च समस्तेन कुर्यादेवात्मसिद्धये ॥ १०२ ॥

Qu’on dépose, par le nyāsa, les neuf syllabes de la Vidyā sacrée dans les neuf ouvertures du corps; puis, la contemplant tout entière comme l’Omniprésente, qu’on agisse ainsi pour obtenir la réalisation de l’Ātman.

Verse 103

सर्वास्वपि च विद्यासु व्यापकन्यासमाचरेत् । तप्तकांचनसंकाशां नवयौवनसुन्दरीम् ॥ १०३ ॥

Et dans toutes les formes de connaissance, qu’on accomplisse le vyāpaka-nyāsa, le nyāsa qui embrasse tout; puis qu’on médite sur Elle, éclatante comme l’or chauffé, belle jeune fille dans la fraîcheur de la jeunesse.

Verse 104

चारुस्मेरमुखांभोजां विलसन्नयनत्रयाम् । अष्टाभिर्बाहुभिर्युक्तां माणिक्याभरणोज्ज्वलाम् ॥ १०४ ॥

Il contempla son visage de lotus, paré d’un sourire doux et charmant; ses trois yeux étincelaient; pourvue de huit bras, elle rayonnait, resplendissante de parures de rubis.

Verse 105

पद्मरागकिरीटांशुसंभेदारुणितांबराम् । पीतकौशेयवसनां रत्नमंजीरमेखलाम् ॥ १०५ ॥

Ses vêtements se teintaient de pourpre sous l’éclat mêlé jaillissant d’un diadème serti de rubis; elle était vêtue de soie jaune et parée d’anneaux de cheville et d’une ceinture incrustée de gemmes.

Verse 106

रक्तमौक्तिकसकंभिन्नस्तबकाभरणोज्ज्वलाम् । रत्नाब्जकंबुपुंड्रेक्षुचापपूर्णेन्दुमंडलम् ॥ १०६ ॥

Elle rayonnait d’ornements en grappes, incrustés et diversifiés de perles rouges; et portait les emblèmes : un lotus de gemmes, la conque (śaṅkha), la marque sacrée du puṇḍra, l’arc de canne à sucre et le disque de la pleine lune.

Verse 107

दधानां बाहुभिर्वामैः कह्लारं हेमश्रृंगकम् । पुष्पेषुं मातुलिंगं च दधानां दक्षिणैः करैः ॥ १०७ ॥

De ses bras gauches, Elle porte le lotus kahlāra et un emblème aux cornes d’or ; de ses mains droites, Elle tient la flèche de fleurs et le fruit mātuliṅga (cédrat).

Verse 108

स्वस्वनामाभिरभितः शक्तिभिः परिवारिताम् । एवं ध्यात्वार्चयेद्वह्निवासिनीं वह्निविग्रहम् ॥ १०८ ॥

Entourée de toutes parts par ses śakti portant chacune son propre nom, ainsi, après l’avoir contemplée en méditation, qu’on adore la Déesse demeurant dans le Feu, comme l’incarnation même du Feu.

Verse 109

यस्याः स्मरपतो वश्यं जायते भुवनत्रयम् । अथ या सप्तमी नित्या महावज्रेश्वरी मुने ॥ १०९ ॥

Par le seul souvenir d’Elle, les trois mondes passent sous l’empire. Or, ô sage, cette Septième Nityā, toujours demeurante, est appelée Mahāvajreśvarī.

Verse 110

तस्या विद्यां प्रवक्ष्यामि साधकानां सुसिद्धिदाम् । द्वितीयं वह्विवासिन्या नित्यक्लिन्ना चतुर्थकम् ॥ ११० ॥

À présent, j’énoncerai cette Vidyā qui accorde aux pratiquants une réussite excellente. Sa seconde forme est dite Vahni-vāsinī, et sa quatrième est dite Nitya-klinnā.

Verse 111

पंचमं भगमालाद्यं भेरुंडाया द्वितीयकम् । नित्यक्लिन्नाद्वितीयं च तृतीयं षष्ठसप्तमौ ॥ १११ ॥

La cinquième est la Vidyā qui commence par Bhagāmālā ; le second ensemble appartient à Bheruṇḍā. À partir de Nitya-klinnā, sont énoncées la seconde et la troisième ; de même, la sixième et la septième doivent être prises dans cet ordre.

Verse 112

अष्टमं नवमं चापि पूर्वं स्यादंतिमं पुनः । द्वयमेकैकमथ च द्वयद्वयमथ द्वयम् ॥ ११२ ॥

Le huitième et le neuvième sont placés d’abord, puis de nouveau le dernier vient ensuite. Viennent alors deux pris ensemble, puis chacun séparément; ensuite des paires de paires, et encore une paire.

Verse 113

मायया पुटितं कृत्वा कुर्यादंगानि षट् क्रमात् । प्रत्येकं शक्तिपुटुतैर्मंत्रार्णैर्दशभिर्न्यसेत् ॥ ११३ ॥

L’ayant d’abord « scellé » et fortifié par Māyā, on accomplira ensuite, dans l’ordre, les six rites des aṅga. Et pour chaque aṅga, on posera (nyāsa) dix syllabes du mantra, chacune rendue puissante par le sceau de Śakti.

Verse 114

दृक्छ्रोत्रनासावाग्वक्षोनाभिगुह्येषु च क्रमात् । रक्तां रक्तांबरां रक्तगंघमालाविभूषणाम् ॥ ११४ ॥

Puis, dans l’ordre, pour les yeux, les oreilles, le nez, la parole, la poitrine, le nombril et les parties secrètes, qu’on la contemple rouge : vêtue de rouge, parée de parfum rouge, de guirlandes rouges et d’ornements rouges.

Verse 115

चतुर्भुजां त्रिनयनां माणिक्यमुकुटोज्ज्वलाम् । पाशांकुशामिक्षुचापं दाडिमीशायकं तथा ॥ ११५ ॥

Médite sur Elle comme ayant quatre bras et trois yeux, resplendissante d’un diadème étincelant serti de rubis; portant le lacet (pāśa) et l’aiguillon (aṅkuśa), ainsi que l’arc de canne à sucre et la flèche de grenade.

Verse 116

दधानां बाहुभिर्नेत्रैर्दयासुप्रीतिशीतलैः । पश्यंती साधके अस्त्रषट्कोणाब्जमहीपुरे ॥ ११६ ॥

Elle, portant en Ses bras (divins) et dans Ses yeux la fraîcheur apaisante de la compassion et de l’amour profond, regarde le sādhaka au sein de la cité sacrée : un sol en lotus avec un hexagone et la disposition de l’« astra » (arme).

Verse 117

चक्रमध्ये सुखासीनां स्मेरवक्त्रसरोरुहाम् । शक्तिभिः स्वस्वरूपाभिरावृतां पीतमध्यगाम् ॥ ११७ ॥

Au cœur du cakra sacré, elle demeurait assise dans la paix—son visage, lotus doucement souriant—entourée de ses propres śaktis, chacune en sa forme, et laissant paraître une taille d’une teinte d’or.

Verse 118

सिंहासनेऽभितः प्रेंखत्पोतस्थाभिश्च शक्तिभिः । वृतां ताभिर्विनोदानि यातायातादिभिः सदा ॥ ११८ ॥

Autour du siṃhāsana, le trône-lion, elle est sans cesse entourée de ces śaktis—placées sur de petites nacelles qui se balancent—qui offrent continuellement des divertissements tels que l’aller et le venir (processions et mouvements) et d’autres jeux sacrés.

Verse 119

कुर्वाणामरुणांभोधौ चिंतयेन्मन्त्रनायकम् । एषा तु सप्तमीप्रोक्ता दूतिं चाप्यष्टमीं श्रृणु ॥ ११९ ॥

En accomplissant ce rite, qu’on médite le Seigneur des mantras (Mantra-nāyaka) au sein de l’océan rougeoyant de splendeur. Ceci est proclamé comme la septième méthode ; écoute maintenant aussi la « dūtī », la huitième.

Verse 120

वज्रेश्वर्याद्यमाद्यं स्याद्वियदग्नियुतं ततः । अंबु स्यान्मरुता युक्तं गोत्रा क्ष्मासंयुता ततः ॥ १२० ॥

D’abord vient la syllabe-graine (bīja) commençant par « Vajreśvarī » ; ensuite, qu’on la joigne à ‘ciel/éther’ et à ‘feu’. Puis qu’on la joigne à ‘eau’ avec ‘vent’ ; après quoi on la relie au gotra, et enfin on la conjoigne de nouveau à ‘terre’.

Verse 121

रयोव्यासेन शुचिना युतः स्यात्तदनंतरम् । अत्यार्णां वह्निवासिन्या दूती नित्या समीरिताः ॥ १२१ ॥

Ensuite, qu’on l’unisse au pur « rayovyāsa » (la subtile disposition/dispersion purificatrice des rayons). Dans cet enchaînement, la messagère (dūtī) demeurant dans le feu (vahnivāsinī) est proclamée « nityā », toujours présente ; ainsi est-elle dite.

Verse 122

षड्दीर्घस्वरयुक्तेन विद्यायाः स्यात्षडंगकम् । तेनैव पुटितैरर्णैर्न्यसेच्छ्रोत्रादिपञ्चसु ॥ १२२ ॥

Lorsque la Vidyā est jointe aux six voyelles longues, elle devient pourvue de six membres. Avec ces mêmes syllabes—enveloppées et fortifiées—qu’on accomplisse le nyāsa sur les cinq centres des sens, à commencer par les oreilles.

Verse 123

षष्ठकं नसि विन्यस्य व्यापकं विद्यया न्यसेत् । निदाघकालमध्याह्नदिवाकरसमप्रभाम् ॥ १२३ ॥

En plaçant le sixième (syllabe/part) sur le nez, qu’on accomplisse, par la Vidyā prescrite, le nyāsa du Principe tout-pénétrant, en le contemplant éclatant comme le soleil de midi au cœur de l’été.

Verse 124

नवरत्नकिरीटां च त्रीक्षणामरुणांबराम् । नानाभरणसंभिन्नदेहकांतिविराजिताम् ॥ १२४ ॥

Et (il la vit) portant une couronne sertie de neuf joyaux, aux trois yeux, vêtue d’étoffes écarlates. L’éclat de son corps resplendissait, magnifié par l’abondance de parures variées.

Verse 125

शुचिस्मितामष्टभुजा स्तूयमानां महर्षिभिः । पाशं खेटं गदां रत्नचषकं वामबाहुभिः ॥ १२५ ॥

Souriant d’une pure clarté, aux huit bras, louée par les grands rishis, elle tenait dans ses mains gauches un lacet (pāśa), une épée, une massue et une coupe sertie de joyaux.

Verse 126

दक्षिणैरंकुशं खड्गं कट्टारं कमलं तथा । दधानां साधकाभीष्टदानोद्यमसमन्विताम् ॥ १२६ ॥

Dans ses mains droites, elle portait un aiguillon (aṅkuśa), une épée, un poignard et aussi un lotus, dotée de la puissance agissante d’accorder au sādhaka tout ce qu’il désire.

Verse 127

ध्यात्वैवं पृनयेद्देवीं दूतीं दुर्न्नीतिनाशिनीम् । इत्येषा कथिता तुभ्यं समस्तापन्निवारिणी ॥ १२७ ॥

Après avoir ainsi médité, qu’on apaise la Déesse—la messagère divine—qui détruit les desseins mauvais et l’égarement. Ainsi t’a été enseignée cette pratique (vidyā), celle qui écarte tous les malheurs.

Verse 128

श्रीकरी शिवतावासकारिणी सर्वसिद्धिदा । अथ ते नवमीं नित्यां त्वरितां नाम नारद ॥ १२८ ॥

Elle confère la prospérité, fait demeurer en soi l’auspicieuse nature de Śiva et accorde toutes les réussites. Maintenant, ô Nārada, je vais te dire le vœu du neuvième jour, observé constamment, nommé « Tvaritā ».

Verse 129

प्रवक्ष्यामि यशोविद्याधनारोग्यसुखप्रदाम् । आद्यं तु वह्निवासिन्या दूत्यादिस्तदनन्तरम् ॥ १२९ ॥

Je vais maintenant exposer la vidyā (formule sacrée) qui donne renommée, savoir, richesse, santé et bonheur. D’abord vient la vidyā de Vahnivāsinī ; ensuite, selon l’ordre, suivent celles qui commencent par Dūtyā (la Messagère).

Verse 130

हंसो धरा स्वयं युक्तस्तेजश्चरसमन्वितम् । वायुः प्रभाचरयुता ग्रासशक्तिसमन्वितः ॥ १३० ॥

Le Haṁsa, par sa propre nature, est uni à la Terre ; le Feu est pourvu de mobilité ; et le Vent, accompagné de lumière et de mouvement, est doté du pouvoir de saisir et de consumer.

Verse 131

हृदार येण दाहेन वह्निस्वाष्टमं तथा । हंसः क्ष्माखंयुतो ग्रासश्चरयुक्तो द्वितीयकः ॥ १३१ ॥

Par l’ardeur brûlante produite par l’opération « hṛdāra » (centrée au cœur), le Feu est dit être le huitième. De même, le Haṁsa est décrit comme le « second » : uni à la terre et à l’espace, et accompagné des mouvements d’engloutir et d’errer.

Verse 132

द्वितिर्नादयुता नित्या त्वरिता द्वादशाक्षरी । विद्या चतुर्थवर्णादिसप्तभिस्त्वक्षरैस्तथा ॥ १३२ ॥

Dvitī, jointe au son mystique (nāda), est éternelle. Tvaritā est un mantra de douze syllabes. De même, cette Vidyā est constituée de sept syllabes, commençant par la quatrième lettre (de la série).

Verse 133

कुर्यादंगानि युग्मार्णैः षट्क्रमेण करांगयोः । शिरोललाटकंठेषु हृन्नाभ्याधारके तथा ॥ १३३ ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa des membres du mantra au moyen de paires de syllabes, selon l’ordre en six temps : d’abord sur les membres des mains ; puis sur la tête, le front et la gorge ; et aussi sur le cœur, le nombril et l’ādhāra (la base).

Verse 134

ऊरुयुग्मे तथा जानुद्वये जंघाद्वये तथा । पादयुग्मे तथा वर्णान्मंत्रजान्दश विन्यसेत् ॥ १३४ ॥

De même, sur la paire de cuisses, sur les deux genoux, sur les deux jambes et sur la paire de pieds, qu’on place (par nyāsa) les dix syllabes issues du mantra, en assignant ses sons à ces membres selon l’ordre prescrit.

Verse 135

द्वितीयोपांत्यमध्यस्थैर्मंत्रार्णैरितरैरपि । ताराद्यैः श्रृणु तद्ध्यानं सर्वसिद्धिविधायकम् ॥ १३५ ॥

En usant des syllabes du mantra placées en deuxième, en avant-dernière et au milieu—ainsi que des autres syllabes commençant par Tārā—écoute cette méditation, dispensatrice de toutes les siddhi (accomplissements).

Verse 136

श्यामवर्णशुभाकारां नवयौवनशोभिताम् । द्विद्विक्रमादष्टनागैः कल्पिताभरणोज्ज्वलैः ॥ १३६ ॥

De teint sombre et de forme belle et propice, elle resplendissait de l’éclat d’une jeunesse toute neuve. Elle rayonnait d’ornements façonnés selon les mesures mythiques des « deux enjambées » et des huit Nāgas.

Verse 137

ताटंकमंगदं तद्वद्रसना नूपुरं च तैः । विप्रक्षत्रियविट्शूद्रजातिभिर्भीमविग्रहैः ॥ १३७ ॥

Par eux furent aussi façonnés les ornements d’oreille et les bracelets; de même les ceintures et les anneaux de cheville—œuvre d’êtres au corps redoutable issus des quatre ordres : brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya et śūdra.

Verse 138

पल्लवांशुकसंवीतां शिखिपिच्छकृतैः शुभैः । वलयैर्भूषितभुजां माणिक्यमुकुटोज्ज्वलाम् ॥ १३८ ॥

Vêtue d’un tissu de jeunes feuilles, parée d’ornements auspices faits de plumes de paon; ses bras embellis de bracelets, et rayonnante d’un diadème étincelant serti de rubis.

Verse 139

बर्हिबर्हिकृतापीडां तच्छत्रां तत्पताकिनीम् । गुंजागुणलसद्वक्षः कुचकुंकुममंडलाम् ॥ १३९ ॥

Il la vit coiffée d’un diadème de plumes de paon, portant ombrelle et bannières; sa poitrine brillait de guirlandes de graines de guñjā, et ses seins étaient marqués de cercles de kuṅkuma (safran).

Verse 140

त्रिनेत्रां चारुवदनां मंदस्मितमुखांबुजाम् । पाशांकुशवराभीतिलसद्भुजचतुष्टयाम् ॥ १४० ॥

Elle est aux trois yeux, au visage charmant, au lotus de la face embelli d’un doux sourire; et elle resplendit de quatre bras lumineux portant le lacet, l’aiguillon, le geste qui accorde les dons et le geste d’absence de crainte.

Verse 141

ध्यात्वैवं तोतलां देवीं पूजयेच्छक्तिभिर्वृताम् । तदग्रस्था लु फट्कारी शरचापकरोज्ज्वला ॥ १४१ ॥

Après avoir ainsi médité sur la déesse Totalā, qu’on la vénère comme entourée des Śaktis. Devant elle se tient la Śakti Phaṭkārī, resplendissante, tenant l’arc et les flèches en ses mains.

Verse 142

प्रसीदेत्फलदाने च साधकानां त्वरान्वितां । एषा तु नवमी नित्या त्वरितोक्ता मुनीश्वर ॥ १४२ ॥

Elle se réjouit d’accorder les fruits aux sādhaka qui agissent avec ardeur et promptitude. Cette Navamī, neuvième tithi lunaire, est réellement efficace en tout temps ; tel est l’enseignement du rite de Tvaritā, ô seigneur des sages.

Verse 143

विध्नदुःस्वप्रशमनी सर्वाभीष्टप्रदायिनी । शुचिः स्वेन युतस्त्वाद्यो रसावह्निसमन्वितः ॥ १४३ ॥

Elle apaise les obstacles et les mauvais rêves, et accorde tous les buts désirés. Elle est pure, pourvue de sa puissance propre et innée ; primordiale par nature, et unie à rasa (l’essence), vāyu (le vent) et agni (le feu).

Verse 144

प्राणो द्वितीयः स्वयुतो वनदुच्छक्तिभिः परः । इतीरिता त्र्यक्षराख्या नित्येयं कुलसुंदरी ॥ १४४ ॥

« La deuxième syllabe est “prāṇa”, jointe à “sva”, et placée au-delà (c’est-à-dire à la suite) des puissances signifiées par “vana” et “du”. Ainsi est proclamée Kulasundarī, toujours présente, renommée comme le mantra aux trois syllabes. »

Verse 145

यस्याः स्मरण मात्रेण सर्वज्ञत्वं प्रजायते । त्रिभिस्तैरुदितैर्मूलवर्णैः कुर्य्यात्षडंगकम् ॥ १४५ ॥

Par le seul souvenir d’Elle, l’omniscience surgit. À partir de ces trois syllabes racines proclamées, on doit établir le ṣaḍaṅga, l’auxiliaire en six membres.

Verse 146

आदिमध्यावसानेषु पूजाजपविधिक्रमात् । प्रत्येक तैस्त्रिभिर्बीजैर्दीर्घस्वरसमन्वितैः ॥ १४६ ॥

Selon l’ordre prescrit du culte et de la récitation, au début, au milieu et à la fin, chaque fois on doit agir avec ces trois bīja, prononcés avec des voyelles longues.

Verse 147

कुर्यात्करांगवक्त्राणां न्यासं प्रोक्तं यथाविधि । ऊर्द्ध्वप्राग्दक्षिणोदक्च पश्चिमाधस्नाग्नभिः ॥ १४७ ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa prescrit (pose rituelle des mantras) sur les mains, les membres et le visage, exactement selon l’enseignement. Qu’on le fasse suivant l’ordre des directions—vers le haut, l’est, le sud et le nord—puis aussi l’ouest, le bas, avec les mantras du bain purificateur et du feu sacré (Agni).

Verse 148

सुविनद्यंतरस्थैस्तन्नदात्मसु यथाक्रमम् । आधाररंध्रहृत्स्वेकं द्वितीयं लोचनत्रये ॥ १४८ ॥

Ensuite, en faisant résonner avec soin le son intérieur qui demeure dans les nāḍī (canaux subtils), qu’on progresse selon l’ordre à travers ces formes sonores : la première pose est dans l’ādhāra (racine), dans le brahmarandhra (ouverture suprême) et dans le cœur ; la seconde, dans la triade des yeux.

Verse 149

तृतीयं श्रोत्रचिबुके चतुर्थं घ्राणतालुषु । पंचमं चांसनाभीषु ततः पाणिपदद्वये ॥ १४९ ॥

La troisième (pose) se trouve dans les oreilles et le menton ; la quatrième, dans le nez et le palais. La cinquième est dans les épaules et le nombril ; puis ensuite dans les deux mains et les deux pieds.

Verse 150

मूलमध्याग्रतो न्यस्येन्नवधा मूलवर्णकैः । लोहितां लोहिताकारशक्तिंबृदनिषेविताम् ॥ १५० ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa à la racine, au milieu et à l’extrémité, en plaçant neuf fois les syllabes au moyen des lettres-racines. Ensuite, qu’on contemple la Śakti rouge, de forme rouge, servie par une multitude d’assistants divins.

Verse 151

लोहितांशुकभूषास्रग्लेपनां षण्मुखांबुजाम् । अनर्घ्यरत्नघटितमाणिक्यमुकुटोज्वलाम् ॥ १५१ ॥

Vêtue de rouge, parée d’ornements, de guirlandes et d’onguents sacrés, elle est aux six visages de lotus (six aspects), rayonnante d’un diadème de rubis façonné de gemmes inestimables.

Verse 152

रत्नस्तबकसंभिन्नलसद्वक्षःस्थलां शुभाम् । कारुण्यानंदपरमा मरुणांबुजविष्टराम् ॥ १५२ ॥

Auspiceuse et rayonnante, sa poitrine splendide est ornée de grappes de joyaux ; suprême en compassion et en béatitude, elle siège sur un lotus.

Verse 153

भुजैर्द्वादशभिर्युक्तां सर्वेषां सर्ववाङ्मयीम् । प्रवालाक्षस्रजं पद्मं कुंडिकां रत्ननिर्मिताम् ॥ १५३ ॥

Pourvue de douze bras, elle incarne la Parole et le savoir de toutes les traditions ; elle tient un lotus, une guirlande de corail et de graines de rudrākṣa, ainsi qu’une aiguière (kuṇḍikā) façonnée de gemmes.

Verse 154

रत्नपूर्णं तु चषकं लुंगीं व्याख्यानमुद्रिकाम् । दधानां दक्षिणैर्वामैः पुस्तकं चारुणोत्पलम् ॥ १५४ ॥

De ses mains droites, elle tient une coupe remplie de joyaux, une petite bourse et le mudrā de l’exposé (enseignement) ; de ses mains gauches, un livre et un beau lotus.

Verse 155

हैमीं च लेखनीं रत्नमालां कंबुवरं भुजैः । अभितः स्तूयमानां च देवगंधर्वकिन्नरैः ॥ १५५ ॥

Et (il vit) un stylet d’or, une guirlande de gemmes et une conque excellente tenus dans ses bras ; tandis que cette figure vénérable était louée de toutes parts par les dieux, les Gandharvas et les Kinnaras.

Verse 156

यक्षराक्षसदैत्यर्षिसिद्धविद्याधरादिभिः । ध्यात्वैवमर्चयेन्नित्यां वाग्लक्ष्मीकान्तिसिद्धये ॥ १५६ ॥

Après avoir ainsi médité sur la divinité, qu’on l’adore chaque jour—avec les Yakṣas, Rākṣasas, Daityas, Ṛṣis, Siddhas, Vidyādharas et autres—afin d’obtenir la perfection de la parole, la prospérité et l’éclat rayonnant.

Verse 157

सितां केवलवाक्सिद्ध्यै लक्ष्म्यै हेमप्रभामपि । धूमाभां वैरिविद्विष्ट्यै मृतये निग्रहाय च ॥ १५७ ॥

Qu’on emploie la forme/le rite blanc uniquement pour obtenir le siddhi de la parole; la forme au lustre d’or pour la prospérité et pour Śrī Lakṣmī; et la forme couleur de fumée pour dompter les ennemis, amener la mort et exercer la contrainte (nigraha).

Verse 158

नीलां च मूकीकरणे स्मरेत्तत्तदपेक्षया । इत्येषा दशमी नित्या प्रोक्ता ते कुलसुन्दरी ॥ १५८ ॥

Pour rendre quelqu’un muet (mūkī-karaṇa), qu’on se souvienne de Nīlā avec cette intention précise. Ainsi, ô Kulasundarī, cette forme éternelle (nityā) dite « Daśamī », la Dixième, t’a été enseignée.

Verse 159

नित्यानित्यां तु दशमीं त्रिकुटां वच्मि सांप्रतम् । हंसश्च हृत्प्राणरसादाहकर्णैः समन्वितः ॥ १५९ ॥

À présent je décrirai la Daśamī (le dixième tithi), de deux sortes — régulière et occasionnelle — et connue sous le nom de Trikuṭā. Elle est aussi associée au Haṃsa, pourvue du cœur, du prāṇa (souffle vital), du rasa (essence), de l’ardeur (chaleur) et des oreilles.

Verse 160

विद्यया कुलसुंदर्या योजितः संप्रदायतः । नित्यानित्यत्रिवर्णेयं ष़ड्भिः कूटाक्षरैर्युता ॥ १६० ॥

Unie à la Vidyā de bon augure nommée Kulasundarī, et établie selon la lignée de transmission (sampradāya), cette doctrine doit être comprise sous une forme triple — touchant le permanent et l’impermanent — et elle est pourvue de six syllabes cryptées (kūṭākṣara).

Verse 161

प्रतिलोमादिभी रूपैर्द्विसप्ततिभिदा मता । यस्या भजनतः सिद्धो नरः स्यात्खेचरः सुखी ॥ १६१ ॥

Avec des formes telles que la « pratiloma » (inversée) et d’autres, on tient qu’elle se divise en soixante-douze variétés. En la pratiquant en bhajana (adoration/récitation), l’homme devient accompli et devient un khecara —celui qui se meut dans le ciel— heureux.

Verse 162

निग्रहानुग्रहौ कर्तुं क्षमः स्याद्भुवनत्रये । दीर्घस्वरसमेताभ्यां हंसहृभ्द्यां षडंगकम् ॥ १६२ ॥

Il devient capable, dans les trois mondes, de réfréner comme d’accorder la grâce. En joignant les deux syllabes « haṃsa » et « hṛbh » avec des voyelles longues, sont indiquées les six disciplines auxiliaires (ṣaḍaṅga/vedāṅga).

Verse 163

भ्रूमध्ये कण्ठहृन्नाभिगुह्याधारेषु च क्रमात् । विद्याक्षराणि क्रमशो न्यसेद्विंदुयुतानि च ॥ १६३ ॥

Dans l’ordre prescrit—entre les sourcils, à la gorge, au cœur, au nombril, au lieu secret et à la base—qu’on dépose (nyāsa) successivement les syllabes de la vidyā, chacune accompagnée du bindu.

Verse 164

व्यापकं च समस्तेन विधाय विधिना पुनः । ध्यायेत्समस्तसंपत्तिहेतोः सर्वात्मिकां शिवाम् ॥ १६४ ॥

Après avoir de nouveau accompli, selon la règle, le rite entier dans sa plénitude, qu’on médite sur Śivā — la Déesse universelle, omniprésente, Âme de tout — cause de toute prospérité et de tout accomplissement.

Verse 165

उद्यद्भास्करबिंबाभां माणिक्यमुकुटोज्ज्वलाम् । पद्मरागकृताकल्पामरुणांशुकधारिणीम् ॥ १६५ ॥

Elle resplendissait tel le disque du soleil levant, éclatante d’une couronne de rubis ; parée d’ornements façonnés de padmarāga, gemmes rouges de lotus, et vêtue d’étoffes cramoisies.

Verse 166

चारुस्मितलसद्वक्त्रषट्सरोजविराजिताम् । प्रतिवक्त्रं त्रिनयनां भुजैर्द्वादशभिर्युताम् ॥ १६६ ॥

Elle resplendissait de six visages pareils à des lotus, rayonnants de sourires gracieux ; sur chaque visage elle portait trois yeux, et elle était pourvue de douze bras.

Verse 167

पाशाक्षगुणपुंड्रेक्षुचापखेटत्रिशूलकान् । करैर्वामैर्दधानां च अङ्कुशं पुस्तकं तथा ॥ १६७ ॥

De ses mains gauches, Elle tient le lacet (pāśa), le dé (akṣa), la corde de l’arc, la marque puṇḍra, l’arc de canne à sucre, l’épée et le trident; et Elle porte aussi l’aiguillon (aṅkuśa) et le livre sacré.

Verse 168

पुष्पेषुमंबुजं चैव नृकपालाभये तथा । दधानां दक्षिणैर्हस्तैर्ध्यायेद्देवीमनन्यधीः ॥ १६८ ॥

L’esprit inébranlable et unifié, qu’on médite la Déesse : de ses mains droites Elle tient des fleurs, un lotus, un crâne humain et le mudrā d’Abhaya, le geste qui confère l’intrépidité.

Verse 169

इत्येषैकादशी प्रोक्ता द्वादशीं श्रृणु नारद । त्वरितोयांत्यमाद्यं स्याद्युतिदोहचरस्वयुक् ॥ १६९ ॥

Ainsi a été exposée l’observance d’Ekādaśī. Maintenant, ô Nārada, écoute les règles de Dvādaśī : s’il y a urgence à clore le vœu selon le dharma, qu’on commence par le rite final approprié, dûment accompagné des actes prescrits, tels les offrandes et les observances connexes.

Verse 170

हृञ्च दाहक्ष्मास्वयुतं वज्रेशीपञ्चमं तथा । मरुत्स्वयुक्तो मध्याढ्यो दशम्याः परतः पुनः ॥ १७० ॥

«La syllabe “hṛñ” doit être jointe à “dāha” et à “kṣmā” selon la prescription; de même, la cinquième est “vajreśī”. Ensuite, jointe à “marut”, elle doit être placée au milieu; et de nouveau, elle doit être posée après la dixième».

Verse 171

भूमी रसाक्ष्मास्वयुता वज्रेशीत्यष्टमः क्रमात् । षडक्षराणि त्वरिता तृतीयं तदनंतरम् ॥ १७१ ॥

Dans l’ordre requis, le huitième énoncé est : «Bhūmī, Rasā, Kṣmā, avec Sva et Vajreśī». Ensuite est donné le mantra de six syllabes nommé Tvaritā, puis, immédiatement après, le troisième.

Verse 172

द्युतिर्दाहचरस्वेन अस्या आद्यमनन्तरम् । उक्ता नीलपताकाख्या नित्या सप्तदशाक्षरी ॥ १७२ ॥

Aussitôt après, la première (syllabe) est dite « Dyuti » ; puis vient « Dāha-carasvena ». C’est le mantra éternel de dix-sept syllabes, connu sous le nom de « Nīlapatākā ».

Verse 173

द्विद्विपक्षाक्षिषड्वर्णैर्मंत्रोत्थैरंगकल्पनम् । श्रोत्रादिनासायुगले वाचि कण्ठे हृदि क्रमात् ॥ १७३ ॥

Avec des syllabes nées du mantra—(comptées comme) deux, deux, ailes, yeux et six—qu’on accomplisse l’aṅga-kalpanā (nyāsa) dans l’ordre : d’abord aux oreilles, puis aux deux narines, ensuite à la parole (bouche), à la gorge, et enfin au cœur.

Verse 174

नाभावाधारकेऽथापि पादसंधिषु च क्रमात् । मन्त्राक्षराणि क्रमशो न्यसेत्सप्तदशापि च ॥ १७४ ॥

Puis, au nombril (l’ādhāra, le support) et aussi, dans l’ordre, aux jointures des pieds, qu’on dépose successivement les syllabes du mantra—les dix-sept au complet.

Verse 175

व्यापकं च समस्तेन विदध्याञ्च यथाविधि । इन्द्रनीलनिभां भास्वन्मणिमौलिविराजिताम् ॥ १७५ ॥

Et, selon le rite prescrit, qu’on façonne entièrement la (forme) qui pénètre tout : bleu sombre comme le saphir, rayonnante, et ornée d’une couronne de gemmes étincelantes.

Verse 176

पञ्चवक्त्रां त्रिनयनामरुणांशुकधारिणीम् । दशहस्तां लसन्मुक्तामण्याभरणमंडिताम् ॥ १७६ ॥

Qu’on la contemple comme ayant cinq visages et trois yeux, vêtue d’étoffes écarlates, pourvue de dix bras, et parée d’ornements de perles et de gemmes éclatantes.

Verse 177

रत्नस्तबकसंपन्नदेहां चारुस्मिताननाम् । पाशं पताकां चर्मापि शार्ङ्गचापं वरं करैः ॥ १७७ ॥

Son corps est paré de grappes de joyaux, et son visage est embelli d’un sourire gracieux. Dans ses mains, elle porte le lacet, l’étendard, le bouclier de cuir et l’excellent arc Śārṅga.

Verse 178

दधानां वामपार्श्वस्थैः सर्वाभरणभूषितैः । अंकुशे च तथा शर्क्ति खङ्गं बाणं तथाभयम् ॥ १७८ ॥

Parée de tous les ornements, avec des serviteurs placés à sa gauche, elle tient l’aiguillon (aṅkuśa) ; de même la lance (śakti), l’épée, la flèche, et le mudrā d’abhaya, geste d’intrépidité.

Verse 179

दधानां दक्षिणैर्हस्तैरासीनां पद्मविष्टरे । स्वाकारवर्णवेषास्यपाण्यायुधविभूषणैः ॥ १७९ ॥

Assise sur un trône de lotus, elle portait dans ses mains droites des dons de bon augure. Elle resplendissait de sa forme propre : teint, vêtement, visage, mains, armes et ornements, tous disposés avec justesse.

Verse 180

शक्तिवृन्दैर्वृतां ध्यायेद्देवीं नित्यार्चनक्रमे । त्रिषट्कोणयुतं पद्ममष्टपत्रं ततो बहिः ॥ १८० ॥

Dans l’ordonnance du culte quotidien, qu’on médite la Déesse entourée de groupes de śaktis. Qu’on visualise aussi un lotus portant la figure à six pointes (deux triangles entrelacés), et, au-dehors, un lotus à huit pétales.

Verse 181

अष्टास्रं भूपुरद्वन्द्वावृतं तत्पुरयुग्मकम् । चतुर्द्वारयुतं दिक्षु शाखाभिश्च समन्वितम् ॥ १८१ ॥

Il est à huit angles, entouré d’un double bhūpura. Il comporte un double enclos intérieur (pura), muni de quatre portes aux directions, et pourvu d’extensions ramifiées.

Verse 182

कृत्वा नामावृतां शक्तिं गणैस्तत्रार्चयेच्छिवाम् । एषा ते द्वादशी नित्या प्रोक्ता नीलपताकिनी ॥ १८२ ॥

Après avoir préparé une «Śakti» (emblème/diagramme rituel) entourée des Noms sacrés, qu’on y vénère Śivā avec les Gaṇa. Telle est, pour toi, l’observance éternelle de la Dvādaśī proclamée : le vœu nommé Nīlapatākinī.

Verse 183

समरे विजयं खङ्गपादुकांजनसिद्धिदा । वेतालयक्षिणीचेटपिशाचादिप्रसाधिनी ॥ १८३ ॥

Elle accorde la victoire au combat et confère des siddhi tels que la maîtrise de l’épée, des sandales magiques et du collyre (añjana) ; elle dompte aussi des êtres comme les vetāla, les yakṣiṇī, les serviteurs-gobelins, les piśāca et autres semblables.

Verse 184

निधानबिलसिद्धान्नसाधिनी कामचोदिता । अथ त्रयोदेशीं नित्यां वक्ष्यामि श्रृणु नारद ॥ १८४ ॥

Poussée par le désir, elle devint celle qui accomplit la nourriture parfaite (siddhānna) obtenue de la caverne au trésor. À présent, je décrirai l’observance quotidienne de la Trayodaśī ; écoute, ô Nārada.

Verse 185

रसो नभस्तथा दाहो व्याप्तक्ष्मावनपूर्विका । खेन युक्ता भवेन्नित्या विजयैकाक्षरा मुने ॥ १८५ ॥

«Rasa», «Nabhas» et «Dāha», ainsi que la suite commençant par «Vyāpta», «Kṣmā» et «Vana»—lorsqu’ils sont joints à «Kha», ils deviennent invariablement la monosyllabe «Vijayā», ô sage.

Verse 186

विद्याया व्यंजनैर्दीर्घस्वरयुक्तैश्चतुष्टयम् । शेषाभ्यां च द्वयं कुर्यात्षडंगानि करांगयोः ॥ १८६ ॥

Pour la vidyā (mantra), qu’on forme un groupe de quatre avec les consonnes jointes à des voyelles longues ; et avec les deux restantes, qu’on fasse une paire : ainsi se disposent les six membres (ṣaḍaṅga) sur les membres de la main (karāṅga).

Verse 187

ज्ञानेंद्रियेषु श्रोत्रादिष्वथ चित्ते च विन्यसेत् । अक्षराणि क्रमाद्बिन्दुयुतान्यन्यत्तु पूर्ववत् ॥ १८७ ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa en plaçant les syllabes, dans l’ordre prescrit, sur les organes de perception—à commencer par l’oreille—et aussi sur le mental; les lettres s’appliquent successivement avec le bindu, et le reste se fait comme il a été dit auparavant.

Verse 188

पञ्च वक्त्रां दशभुजां प्रतिवक्त्रं त्रिलोचनाम् । भास्वन्मुकुटविन्यासचन्द्रलेखाविराजिताम् ॥ १८८ ॥

Elle est à cinq visages et dix bras; sur chaque visage brillent trois yeux. Elle resplendit, parée d’un éclatant agencement de couronnes, magnifiée par l’ornement du croissant de lune.

Verse 189

सर्वाभरणसंयुक्तां पीतांबरसमुज्ज्वलाम् । उद्यद्भास्वद्बिंबतुल्यदेहकांतिं शुचिस्मिताम् ॥ १८९ ॥

Parée de tous les ornements, elle rayonne dans un vêtement jaune; l’éclat de son corps est tel un orbe levant et lumineux, et elle sourit d’une pure sérénité.

Verse 190

शंखं पाशं खेटचापौ कह्लारं वामबाहुभिः । चक्रं तथांकुशं खङ्गं सायकं मातुलुं गकम् ॥ १९० ॥

Dans ses mains gauches, elle tient la conque (śaṅkha), le lacet (pāśa), le bouclier et l’arc, ainsi qu’un lotus; et de même le disque (cakra), le aiguillon (aṅkuśa), l’épée, la flèche et le mātuluṅga (cédrat).

Verse 191

दधानां दक्षिणैर्हस्तैः प्रयोगे भीमदर्शनाम् । उपासनेति सौम्यां च सिंहोपरि कृतासनाम् ॥ १९१ ॥

Dans le prayoga (mise en œuvre rituelle), on doit la visualiser d’apparence redoutable, portant (attributs/gestes) dans ses mains droites; mais dans l’upāsanā (contemplation dévotionnelle), elle est douce—assise sur un lion pour trône.

Verse 192

व्याघ्रारूढाभिरभितः शक्तिभिः परिवारिताम् । समरे पूजनेऽन्येषु प्रयोगेषु सुखासनाम् ॥ १९२ ॥

Elle est entourée de toutes parts par des Śaktis montées sur des tigres ; dans le combat, dans le culte et dans les autres usages rituels, on doit la contempler assise en sukhasana, dans une posture paisible et aisée.

Verse 193

शक्तयश्चापि पूजायां सुखासनसमन्विताः । सर्वा देव्याः समाकारमुखपाण्यायुधा अपि ॥ १९३ ॥

Et dans le rite du culte, les Śaktis qui l’accompagnent doivent aussi être visualisées assises en sukhasana ; toutes ces Déesses sont à contempler d’une forme semblable — mêmes visages, mêmes mains, et même des armes analogues.

Verse 194

चतुरस्रद्वयं कृत्वा चतुर्द्वारोपशोभितम् । शाखष्टकसमोपेतं तत्र प्राग्वत्समर्चयेत् ॥ १९४ ॥

Après avoir tracé une paire d’enclos carrés, ornés de quatre portes et pourvus de huit branches, on doit, là, adorer selon la règle le veau tourné vers l’est.

Verse 195

तदंतर्वृतयुग्मांतरष्टकोणं विधाय तु । तदंतश्च तथा पद्मं षोडशच्छदसंयुतम् ॥ १९५ ॥

Puis, à l’intérieur, trace une figure à huit angles dans l’espace entre la paire de cercles ; et, en son sein, trace encore un lotus pourvu de seize pétales.

Verse 196

तथैवाष्टच्छद पद्मं विधायावाह्य तत्र ताम् । तत्तच्छक्त्या वृतां सम्यगुपचारैस्तथार्चयेत् ॥ १९६ ॥

De même, façonne un lotus à huit pétales et invoque-la en ce lieu. Puis, tandis qu’Elle est entourée de ses śaktis respectives, adore-la comme il se doit par les upacāras, les offrandes rituelles appropriées.

Verse 197

एषा त्रiयोदशी प्रोक्ता वादेयुद्धे जयप्रदा । चतुर्दशीं प्रवक्ष्येऽथ नित्यां वै सर्वमंगलाम् ॥ १९७ ॥

Ainsi, la Trayodaśī (treizième jour lunaire) a été décrite comme accordant la victoire dans les joutes de débat et de controverse. À présent, j’exposerai la Caturdaśī (quatorzième jour lunaire), à observer constamment, toute entière porteuse de bon augure.

Verse 198

हृदंबुवनयुक्तं खं नित्या स्यात्सर्वमंगला ॥ १९८ ॥

Que la syllabe « kha », jointe à « hṛt » (le cœur), « ambu » (l’eau) et « vana » (la forêt), devienne à jamais la source de tout bon augure.

Verse 199

एकाक्षर्यनया सिद्धो जायते खेचरः क्षणात् । षड्दीर्घाढ्यां मूलविद्यां षडंगेषु प्रविन्यसेत् ॥ १९९ ॥

Par cette méthode d’une seule syllabe, le pratiquant accompli devient en un instant un « khecara » (celui qui chemine dans le ciel). Ensuite, qu’il accomplisse avec soin le nyāsa du mantra racine, pourvu de six voyelles longues, sur les six membres du corps.

Verse 200

तां नित्यां जातरूपाभां मुक्तामाणिक्यभूषणाम् । माणिक्यमुकुटां नेत्रद्वयप्रेंखद्दयापराम् ॥ २०० ॥

Je La vis Éternelle, rayonnante comme l’or affiné, parée de perles et de rubis, portant une couronne de rubis, et souveraine en compassion : ses deux yeux se mouvaient doucement, avec une grâce tendre et ondoyante.

Frequently Asked Questions

Within a Śākta-tantric lens, divine ‘descent’ is expressed as graded manifestation (kalā) and time-structured powers (Nityās aligned to tithis). This reframes avatāra discourse into a ritual ontology where Śakti pervades speech (mantra), body (nyāsa), and cosmos (yantra), enabling both siddhi and liberation.

Nyāsa (aṅga, varṇa, and vyāpaka placements), yantra/cakra construction with multi-petalled lotuses and bhūpuras, and dhyāna iconography tied to specific mantras/vidyās. The chapter also uses coded phonetic-elemental terms to generate mantra syllables, reflecting tantric mantra-grammar.

Sanatkumāra is the principal authority who reveals the ‘most secret’ teaching to Nārada; Sūta functions as the narrative transmitter to the brāhmaṇa audience.