Adhyaya 6
Brahma KhandaDharmaranya MahatmyaAdhyaya 6

Adhyaya 6

Ce chapitre donne un enseignement technique sur le gṛhastha-ācāra (la discipline du maître de maison). Vyāsa y présente le gṛhastha comme le pilier qui soutient la société et l’économie des rites : devas, pitṛs (ancêtres), ṛṣis, humains, et même les créatures dépendent de son appui. Une image centrale évoque la « vache védique » (trayi-mayī dhenu) dont les quatre « trayons » —svāhā, svadhā, vaṣaṭ, hanta— symbolisent les offrandes aux devas, aux ancêtres, aux sages/à l’ordre rituel, et aux dépendants humains, liant ainsi récitation védique quotidienne et devoir de nourrir. Le texte détaille ensuite la suite des actes journaliers : purification, tarpana, culte, offrandes bali aux êtres, et atithi-satkāra (hospitalité) selon la forme prescrite. L’« atithi » est défini tout spécialement comme un hôte brāhmaṇa ; il faut l’accueillir sans l’importuner, avec respect, et le nourrir. Le dialogue se tourne ensuite vers la question de Yudhiṣṭhira sur les huit formes de mariage (brāhma, daiva, ārṣa, prājāpatya, asura, gāndharva, rākṣasa, paiśāca), classées selon l’éthique, avec un avertissement contre le « prix de la mariée » qui transforme l’union en marchandise. Enfin, le chapitre codifie le pañcayajña (brahma-, pitṛ-, deva-, bhūta-, nṛ-yajña), blâme la négligence du vaiśvadeva et de l’accueil des hôtes, et énumère de nombreuses règles de pureté, de retenue, d’anadhyāya (interdits d’étude), d’éthique de la parole, de respect des aînés et de dāna-phala (fruits du don). Il conclut que ces normes, conformes à śruti-smṛti, sont destinées aux habitants de Dharmāraṇya.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । उपकाराय साधूनां गृहस्थाश्रमवासिनाम् । यथा च क्रियते धर्मो यथावत्कथयामि ते

Vyāsa dit : Pour le bien des vertueux qui demeurent dans l’āśrama du maître de maison, je te dirai comme il convient comment le dharma doit être pratiqué et accompli.

Verse 2

वत्स गार्हस्थ्यमास्थाय नरः सर्वमिदं जगत् । पुष्णाति तेन लोकांश्च स जयत्यभिवांछितान्

Ô cher enfant, en embrassant la voie du maître de maison, l’homme nourrit ce monde tout entier ; et par ce soutien même, il atteint les mondes et les victoires qu’il désire.

Verse 3

पितरो मुनयो देवा भूतानि मनुजास्तथा । क्रिमिकीटपतंगाश्च वयांसि पितरोऽसुराः

Les Ancêtres, les sages, les dieux, tous les êtres et les humains—vers, insectes et créatures ailées, oiseaux, et même les assemblées des Pitṛs et les asuras—tous sont portés par cet ordre sacré.

Verse 4

गृहस्थमुपजीवंति ततस्तृप्तिं प्रयांति च । मुखं वास्य निरीक्षंते अपो नो दास्यतीति च

Ils vivent en dépendant du maître de maison (gṛhastha), et de lui ils obtiennent contentement ; ils scrutent son visage en se disant : «Nous donnera‑t‑il de l’eau, ou non ?»

Verse 5

सर्वस्याधारभूता ये वत्स धेनुस्त्रयीमयी । अस्यां प्रतिष्ठितं विश्वं विश्वहेतुश्च या मता

Ô enfant, cette Vache—tissée des trois Védas—est le support de tout. En elle l’univers entier est établi ; on la tient pour la cause même du monde.

Verse 6

ऋक्पृष्ठासौ यजुःसंध्या सामकुक्षिपयोधरा । इष्टापूर्तविषाणा च साधुसूक्ततनूरुहा

Son dos est le Ṛgveda ; ses jointures du crépuscule sont le Yajurveda ; son ventre et ses mamelles sont le Sāmaveda. Ses cornes sont iṣṭa et pūrta (mérites du sacrifice et de la charité), et le poil de son corps est fait des louanges proférées par les justes.

Verse 7

शांति पुष्टिशकृन्मूत्रा वर्णपादप्रतिष्ठिता । उपजीव्यमाना जगतां पदक्रमजटाघनैः

Sa bouse et son urine sont paix et nourriture ; elle est établie sur les pieds des varṇas. Tous les mondes vivent d’elle—des traces de ses sabots et des touffes épaisses et emmêlées (de son poil).

Verse 8

स्वाहाकारस्वधाकारौ वषट्कारश्च पुत्रक । हन्तकारस्तथै वान्यस्तस्याः स्तनचतुष्टयम्

Ô cher enfant, ses quatre mamelles sont : l’acclamation « svāhā », l’acclamation « svadhā », l’acclamation « vaṣaṭ », et de même l’acclamation « hantā » — telles sont ses quatre tétines.

Verse 9

स्वाहाकारस्तनं देवाः पितरश्च स्वधामयम् । मुनयश्च वषट्कारं देवभूतसुरेश्वराः

Les dieux boivent à la tétine de « svāhā » ; les Ancêtres (pitṛ) à celle faite de « svadhā » ; et les sages (muni) à la tétine de « vaṣaṭ ». Ainsi les êtres divins, les esprits et les puissances souveraines y puisent leur nourriture.

Verse 10

हन्तकारं मनुष्याश्च पिबंति सततं स्तनम् । एवमध्यापयेदेव वेदानां प्रत्यहं त्रयीम्

Les hommes boivent sans cesse au sein nommé « hantā ». Ainsi, ô Seigneur, faut-il enseigner chaque jour la triade védique, afin que demeure l’ordre qui soutient.

Verse 11

तेषामुच्छेदकर्त्ता यः पुरुषोऽनंतपापकृत् । स तमस्यंधतामिस्रे नरके हि निमज्जति

Celui qui retranche leur subsistance, cet homme commet un péché sans fin ; assurément il sombre dans l’enfer nommé Andhatāmisra, ténèbres sur ténèbres.

Verse 12

यस्त्वेनां मानवो धेनुं स्वर्वत्सैरमरादिभिः । पूजयत्युचिते काले स स्वर्गायोपपद्यते

Mais l’homme qui rend un culte à cette Vache au moment convenable—avec son veau céleste et les cohortes des Immortels—devient apte au ciel.

Verse 13

तस्मात्पुत्र मनुष्येण देवर्षि पितृमानवाः । भूतानि चानुदिवसं पोष्याणि स्वतनुर्यथा

Ainsi donc, mon fils, l’homme doit, jour après jour, nourrir les dieux et les sages, les ancêtres, ses semblables et tous les êtres vivants, comme il entretient son propre corps.

Verse 14

तस्मात्स्नातः शुचिर्भूत्वा देवर्षिपितृतर्पणम् । यज्ञस्यांते तथैवाद्भिः काले कुर्यात्समाहितः

Ainsi, après s’être baigné et être devenu pur, au moment convenable et l’esprit recueilli, qu’il offre le tarpaṇa—les libations d’eau—aux dieux, aux sages et aux ancêtres, surtout à la fin du culte et du sacrifice.

Verse 15

सुमनोगन्धपुष्पैश्च देवानभ्यर्च्य मानवः । ततोग्नेस्तर्पणं कुर्याद्द्याच्चापि बलींस्तथा

Après avoir honoré les dieux avec une dévotion au cœur pur et des fleurs parfumées, l’homme doit ensuite apaiser Agni par l’offrande, et présenter aussi les bali prescrits.

Verse 16

नक्तंचरेभ्यो भूतेभ्यो बलिमाकाशतो हरेत् । पितॄणां निर्वपेत्तद्वद्दक्षिणाभिमुखस्ततः

Depuis un lieu élevé, qu’il jette le bali vers les êtres qui errent la nuit ; et de même, tourné vers le sud, qu’il dépose l’offrande destinée aux ancêtres.

Verse 17

गृहस्थस्तत्परो भूत्वा समाहितमानसः । ततस्तोयमुपादाय तेष्वेवार्पण सत्क्रियाम्

Le maître de maison, voué à ces devoirs et l’esprit stable, doit ensuite prendre de l’eau et leur offrir, selon la règle, les offrandes justes et convenables.

Verse 18

स्थानेषु निक्षिपेत्प्राज्ञो नाम्ना तूदिश्य देवताः । एवं बलिं गृहे दत्त्वा गृहे गृहपतिः शुचिः

Le sage doit déposer les offrandes à leurs places convenables, en invoquant les divinités par leur nom. Ainsi, après avoir offert le bali dans la maison, le maître de maison demeure pur en sa propre demeure.

Verse 19

आचम्य च ततः कुर्यात्प्राज्ञो द्वारावलोकनम् । मुहूर्तस्याष्टमं भागमुदीक्षेतातिथिं ततः

Après avoir accompli l’ācamana, le sage doit porter son regard vers la porte. Qu’il attende le huitième d’un muhūrta, guettant ensuite l’arrivée de l’hôte.

Verse 20

अतिथिं तत्र संप्राप्तमर्घ्यपाद्योदकेन च । बुभुक्षुमागतं श्रांतं याचमानमकिंचनम्

Quand un hôte y parvient—affamé, las, demandant secours et dénué de tout—qu’on l’accueille avec l’arghya et l’eau pour laver ses pieds.

Verse 21

ब्राह्मणं प्राहुरतिथिं संपूज्य शक्तितो बुधैः । न पृछेत्तत्राचरणं स्वाध्यायं चापि पंडितः

Les sages disent qu’un brāhmaṇa est appelé « atithi ». L’honorant selon ses moyens, le maître de maison instruit ne doit pas l’y questionner sur sa conduite ni même sur son étude védique.

Verse 22

शोभनाशोभनाकारं तं मन्येत प्रजापतिम् । अनित्यं हि स्थितो यस्मात्तस्मादतिथिरुच्यते

Qu’il paraisse beau ou non, qu’on considère cet hôte comme Prajāpati lui-même. Car, puisqu’il ne demeure qu’un instant et n’est pas permanent, c’est pourquoi on l’appelle « atithi ».

Verse 23

तस्मै दत्त्वा तु यो भुंक्ते स तु भुंक्तेऽमृतं नरः । अतिथिर्यस्य भग्नाशो गृहात्प्रति निवर्तते

L’homme qui ne mange qu’après avoir donné à l’hôte goûte vraiment à l’amṛta, le nectar de l’immortalité. Mais celui de la maison duquel un hôte s’en retourne, l’espérance brisée—

Verse 24

स दत्त्वा दुष्कृतं तस्मै पुण्यमादाय गच्छति । अपि वा शाकदानेन यद्वा तोयप्रदानतः । पूजयेत्तं नरः भक्त्या तेनैवातो विमुच्यते

Il s’en va en emportant le mérite de l’homme et en laissant derrière lui son démérite. C’est pourquoi l’on doit honorer l’hôte avec dévotion—ne fût-ce que par le don de légumes ou même par l’offrande d’eau—car par cela seul on est délivré de cette faute.

Verse 25

युधिष्ठिर उवाच । विवाहा ब्राह्मदैवार्षाः प्राजापत्यासुरौ तथा । गांधर्वो राक्षसश्चापि पैशाचोष्टम उच्यते

Yudhiṣṭhira dit : « Les formes de mariage sont appelées Brāhma, Daiva et Ārṣa ; de même Prājāpatya et Āsura ; aussi Gāndharva et Rākṣasa, et la huitième est dite Paiśāca. »

Verse 26

एतेषां च विधिं ब्रूहि तथा कार्यं च तत्त्वतः । गृहस्थानां तथा धर्मान्ब्रूहि मे त्वं विशेषतः

Expose-moi la règle juste de ces (formes de mariage), ainsi que ce qu’il convient d’accomplir en vérité. Et dis-moi, tout particulièrement, les devoirs des maîtres de maison (gṛhastha).

Verse 27

पराशर उवाच । स ब्राह्मो वरमाहूय यत्र कन्या स्वलंकृता । दीयते तत्सुतः पूयात्पुरुषानेकविंशतिम्

Parāśara dit : « On appelle Brāhma (ce mariage) lorsque, après avoir invité l’époux, on donne la jeune fille—parée—en mariage. Le fils né de cette union purifie vingt et une générations d’hommes. »

Verse 28

यज्ञस्थायर्त्विजे दैवस्तज्जः पाति चतुर्दश । वरादादाय गोद्वन्द्वमार्षस्तज्जः पुनाति षट्

Le mariage Daiva est celui où la jeune fille est donnée au prêtre officiant au yajña ; la descendance qui en naît protège quatorze générations. Le mariage Ārṣa est celui où l’on accepte de l’époux une paire de vaches ; la descendance qui en naît purifie six générations.

Verse 29

सहोभौ चरतां धर्मं प्राजापत्यः स ईरितः । वरवध्वोः स्वेच्छय्रा च गांधर्वोऽन्योन्यमैत्रतः । प्रसह्य कन्याहरणाद्राक्षसो निन्दितः सताम्

Le mariage Prājāpatya est déclaré être celui où l’époux et l’épouse poursuivent ensemble le dharma. Le mariage Gāndharva naît de l’affection réciproque et du libre choix des deux. Le mariage Rākṣasa, qui consiste à enlever de force la jeune fille, est blâmé par les gens vertueux.

Verse 30

छलेन कन्याहरणात्पैशाचो गर्हितोऽष्टमः । प्रायः क्षत्रविशोरुक्ता गांधर्वासुरराक्षसाः

Le huitième, nommé Paiśāca, est blâmé et tenu pour infâme, car il provient de l’enlèvement trompeur d’une jeune fille. De plus, on dit que les formes Gāndharva, Āsura et Rākṣasa sont le plus souvent associées aux kṣatriya et aux vaiśya.

Verse 31

अष्टमस्त्वेष पापिष्ठः पापिष्ठानां च संभवः । सवर्णया करो ग्राह्यो धार्यः क्षत्रियया शरः

Ce huitième (Paiśāca) est le plus pécheur et une source d’où naissent d’autres fautes. Pour une femme de la même varṇa, la peine est dite être la « prise de la main » ; pour une femme kṣatriya, il est prescrit de porter la flèche en châtiment.

Verse 32

प्रतोदो वैश्यया धार्यो वासोंतः शूद्रया तथा । असवर्णा स्वेष विधिः स्मृतौ दृष्टश्च वेदने

Pour une femme vaiśya, il faut porter l’aiguillon comme peine ; de même, pour une femme śūdra, il faut porter le « vāsoṃta » (châtiment prescrit). Pour une femme d’une autre varṇa, une règle distincte se voit dans les Smṛti et aussi dans l’entendement juridique du Veda.

Verse 33

सवर्णाभिस्तु सर्वाभिः पाणिर्ग्राह्यस्त्वयं विधिः । धर्म्ये विवाहे जायंते धर्म्याः पुत्राः शतायुषः

Ce rite sacré de la prise de la main de l’épouse au mariage doit être accompli avec des femmes de sa propre varṇa. D’une union conforme au dharma naissent des fils vertueux, bénis d’une vie entière de cent ans.

Verse 34

अधर्म्याद्धर्म्मरहिता मंदभाग्यधनायुषः । कृतकालाभिगमने धर्मोयं गृहिणः परः

D’une union non conforme au dharma naît une descendance dépourvue de dharma, faible en fortune, en richesse et en longévité. C’est pourquoi s’approcher de son épouse seulement au moment prescrit est proclamé le devoir suprême du maître de maison.

Verse 35

स्त्रीणां वरमनुस्मृत्य यथाकाम्यथवा भवेत् । दिवाभिगमनं पुंसामनायुष्यं परं मतम्

En gardant à l’esprit ce qui est le meilleur pour les femmes—selon le désir légitime ou selon ce qui convient—on tient pour certain que l’union des hommes en plein jour nuit gravement à la longévité.

Verse 36

श्राद्धार्हः सर्वपर्वाणि न गंतव्यानि धीमता । तत्र गछन्स्त्रियं मोहार्द्धर्मात्प्रच्यवते परात्

Le sage tenu d’accomplir le śrāddha ne doit pas s’approcher des femmes aux jours de fête ou d’observance sacrée. S’il y va alors, par égarement, il déchoit du dharma supérieur.

Verse 37

ऋतुकालाभिगामी यः स्वदारनिरतश्च यः । स सदा ब्रह्मचारी हि विज्ञेयः स गृहाश्रमी

Celui qui ne s’approche (de son épouse) qu’au temps prescrit, et qui demeure attaché à sa propre épouse légitime, un tel maître de maison doit être reconnu comme toujours brahmacārī, bien qu’il vive dans l’āśrama domestique.

Verse 38

आर्षे विवाहे गोद्वंद्वं यदुक्तं तत्र शस्यते । शुल्कमण्वपि कन्यायाः कन्याविक्रयपापकृत्

Dans le mariage de type Ārṣa, la paire de vaches mentionnée y est tenue pour légitime. Mais recevoir ne fût-ce qu’un faible prix pour la jeune fille rend coupable du péché de vendre sa fille.

Verse 39

अपत्यविक्रयात्कल्पं वसेद्विट्कृमिभोजने । अतो नाण्वपि कन्याया उपजीव्यं नरैर्धनम्

En vendant sa descendance, un homme demeurerait durant un kalpa dans le séjour où les vers se repaissent d’ordures. Aussi les hommes ne doivent-ils pas vivre, fût-ce d’un bien infime, acquis par le « prix » d’une fille.

Verse 40

तत्र तुष्टा महालक्ष्मीर्निवसेद्दानवारिणा । वाणिज्यं नीचसेवा च वेदानध्ययनं तथा

Là, Mahālakṣmī, satisfaite, demeure auprès de celui qui se détourne de tels « dons » issus de la faute. De même, le négoce, le service auprès des gens vils, et même l’étude des Veda faite pour gagner sa vie, doivent être évités dans cet esprit.

Verse 41

कुविवाहः क्रियालोपः कुले पतनहेतवः । कुर्याद्वैवाहिके चाग्नौ गृह्यकर्म्मान्वहं गृही

Un mariage mauvais et l’omission des rites prescrits deviennent causes de la chute d’une lignée. Aussi le maître de maison doit-il accomplir sans cesse les rites domestiques (gṛhya-karman) dans le feu sacré du mariage.

Verse 42

पञ्चयज्ञक्रियां चापि पक्तिं दैनंदिनीमपि । गृहस्थाश्रमिणः पञ्चसूनाकर्म दिनेदिने

Le maître de maison doit accomplir les rites des cinq grands yajña, ainsi que la cuisson quotidienne. Jour après jour, le gṛhastha contracte inévitablement, par la vie ordinaire, les cinq fardeaux « semblables à l’abattage » (pañca-sūnā).

Verse 43

कुण्डनी पेषणी चुल्ली ह्युदकुम्भी तु मार्जनी । तासां च पंचसूनानां निराकरणहेतवः । क्रतवः पंच निर्द्दिष्टा गृहिश्रेयोभिवर्द्धनाः

Le mortier, la meule, le foyer, la jarre d’eau et le balai : tels sont proclamés les cinq « lieux d’abattage » (sources de tort involontaire) dans la maison. Pour effacer la faute issue de ces cinq, cinq yajñas quotidiens sont prescrits, accroissant le bien et la bénédiction du maître de maison.

Verse 44

पठनं ब्रह्मयज्ञः स्यात्तर्पणं च पितृक्रतुः । होमो दैवो बलिर्भौत आतिथ्यं नृक्रतुः क्रमात्

L’étude et la récitation sont le Brahma-yajña ; le tarpaṇa, offrande d’eau, est le rite des ancêtres ; l’oblation au feu est le Deva-yajña ; l’offrande de nourriture (bali) est le Bhūta-yajña ; et l’accueil de l’hôte est le Nṛ (Manuṣya)-yajña — ainsi, selon l’ordre prescrit.

Verse 45

वैश्वदेवांतरे प्राप्तः सूर्योढो वातिथिः स्मृतः । अतिथेरादितोप्येते भोज्या नात्र विचारणा

Celui qui arrive dans l’intervalle de l’offrande Vaiśvadeva—avant l’aurore ou au lever du soleil—est tenu pour un ‘atithi’ (hôte). À de telles personnes, à commencer par l’hôte, il faut donner à manger ; ici, point d’hésitation.

Verse 46

पितृदेवमनुष्येभ्यो दत्त्वाश्नात्यमृतं गृही । अदत्त्वान्नं च यो भुंक्ते केवलं स्वोदरंभरिः

Après avoir donné aux ancêtres, aux devas et aux hommes, le maître de maison mange ce qui est semblable à l’amṛta, nectar d’immortalité. Mais celui qui mange sans avoir d’abord donné, n’est qu’un homme qui ne fait que remplir son ventre.

Verse 47

वैश्वदेवेन ये हीना आतिथ्येन विवर्जिताः । सर्वे ते वृषला ज्ञेयाः प्राप्तवेदा अपि द्विजाः

Ceux qui sont privés du rite Vaiśvadeva et qui négligent l’hospitalité—sachez que tous sont des vṛṣalas, déchus dans leur conduite, même s’ils sont des deux-fois-nés et ont étudié le Veda.

Verse 48

अकृत्वा वैश्वदेवं तु भुञ्जते ये द्विजाधमाः । इह लोकेन्नहीनाः स्युः काकयोनिं व्रजंत्यथो

Mais ces vils « deux-fois-nés » qui mangent sans accomplir le Vaiśvadeva : en ce monde ils sont privés de nourriture, puis ils vont renaître dans l’espèce des corbeaux.

Verse 49

वेदोक्तं विदितं कर्म्म नित्यं कुर्यादतंद्रितः । यदि कुर्याद्यथाशक्ति प्राप्नुयात्सद्गतिं पराम्

Les actes connus et prescrits par le Veda doivent être accomplis chaque jour, sans négligence. S’ils sont accomplis selon sa capacité, on obtient la voie noble suprême, la plus haute destinée.

Verse 50

षष्ठ्यष्टम्योर्वसेत्पापं तैले मांसे सदैव हि । चतुर्दश्यां पञ्चदश्यां तथैव च क्षुरे भगे

Au sixième et au huitième jour lunaire, on dit que le péché demeure dans l’huile et dans la viande. De même, au quatorzième et au quinzième, on dit qu’il demeure dans le rasoir et dans la jouissance sexuelle.

Verse 51

उदयन्तं न वीक्षेत नास्तं यंतं न मस्तके । न राहुणोपस्पृष्टं च नांडस्थं वीक्षयेद्रविम्

On ne doit pas fixer le soleil lorsqu’il se lève ni lorsqu’il se couche, ni lorsqu’il est au zénith. On ne doit pas non plus regarder le soleil lorsqu’il est saisi par Rāhu (lors d’une éclipse), ni lorsqu’il se reflète dans l’eau.

Verse 52

न वीक्षेतात्मनो रूपमप्सु धावेन्न कर्दमे । न नग्नां स्त्रियमीक्षेत न नग्नो जलमाविशेत्

On ne doit pas regarder sa propre image dans l’eau ; on ne doit pas courir dans la boue. On ne doit pas fixer une femme nue, et l’on ne doit pas entrer nu dans l’eau.

Verse 53

देवतायतनं विप्रं धेनुं मधु मृदं तथा । जातिवृद्धं वयोवृद्धं विद्यावृद्धं तथैव च

Qu’on rende l’hommage dû au sanctuaire des dieux, au brāhmane, à la vache, ainsi qu’au miel et à la terre sacrée; et aussi à ceux qui excellent par la lignée, par l’âge et par le savoir.

Verse 54

अश्वत्थं चैत्यवृक्षं च गुरुं जलभृतं घटम् । सिद्धान्नं दधिसिद्धार्थं गच्छन्कुर्यात्प्रदक्षिणम्

En marchant, qu’on accomplisse la pradakṣiṇā (circumambulation dans le sens des aiguilles d’une montre) autour de l’aśvattha, de l’arbre sacré caitya, de son guru, d’un pot rempli d’eau, du mets cuit offert comme « siddhānna », et du caillé mêlé de moutarde blanche, les honorant comme appuis propices du dharma.

Verse 55

रजस्वलां न सेवेत नाश्नीयात्सह भार्यया । एकवासा न भुञ्जीत न भुञ्जीतोत्कटासने

Qu’on ne s’unisse pas à une femme en période de menstrues, ni ne mange avec sa propre épouse. Qu’on ne prenne pas de nourriture vêtu d’un seul vêtement, ni assis sur un siège élevé ou inconvenant.

Verse 56

नाशुचिं स्त्रियमीक्षेत तेज स्कामो द्विजोत्तमः । असंतर्प्य पितॄन्देवान्नाद्यादन्नं च कुत्रचित्

Ô meilleur des deux-fois-nés, celui qui veut préserver le tejas, l’éclat spirituel, ne doit pas poser son regard sur une femme impure. Et sans avoir d’abord satisfait comme il se doit les Pitṛs et les Devas, qu’il ne prenne jamais de nourriture, où que ce soit.

Verse 57

पक्वान्नं चापि नो मांसं दीर्घकालं जिजीविषुः । न मूत्रणं व्रजे कुर्यान्न वल्मी के न भस्मनि

Celui qui souhaite vivre longtemps ne doit manger que des mets cuits et ne pas manger de viande. Qu’il n’urine pas dans l’enclos des vaches, ni sur une fourmilière, ni sur des cendres.

Verse 58

न गत्तेंषु ससत्त्वेषु न तिष्ठन्न व्रजन्नपि । ब्राह्मणं सूर्यमग्निं च चंद्रऋक्षगुरूनपि

Qu’on marche parmi les êtres, qu’on demeure immobile ou qu’on se déplace, qu’on ne manque jamais de respect au brāhmane, au Soleil, au Feu, à la Lune et aux constellations, ni aux maîtres ; une telle vénération est dite conduite juste dans le saint Dharmāraṇya.

Verse 59

अभिपश्यन्न कुर्वीत मलमूत्रविसर्ज नम् । मुखेनोपधमेन्नाग्निं नग्नां नेक्षेत योषितम्

Qu’on ne fasse pas ses besoins en regardant de tous côtés. Qu’on ne souffle pas sur le feu avec la bouche. Qu’on ne pose pas le regard sur une femme nue.

Verse 60

नांघ्री प्रतापयेदग्नौ न वस्तु अशुचि क्षिपेत् । प्राणिहिंसां न कुर्वीत नाश्नीयात्संध्य योर्द्वयोः

Qu’on ne réchauffe pas ses pieds au feu sacré, ni n’y jette quoi que ce soit d’impur. Qu’on ne fasse pas violence aux êtres vivants. Et qu’on ne mange pas durant l’un ou l’autre des deux sandhyā, à l’aube et au crépuscule.

Verse 61

न संविशेच्च संध्यायां प्रातः सायं क्वचिद्बुधः । नाचक्षीत धयंतीं गां नेंद्रचापं प्रदर्शयेत्

Le sage ne doit pas s’étendre au temps du sandhyā, ni à l’aube ni au soir, où que ce soit. Qu’il ne regarde pas non plus une vache allaitant son veau, et qu’il ne montre ni ne désigne l’arc-en-ciel, l’arc d’Indra.

Verse 62

नैकः सुप्यात्क्वचिच्छून्ये न शयानं प्रबोधयेत् । पंथानं नैकलो यायान्न वार्य्यंजलिना पिबेत्

Qu’on ne dorme pas seul dans un lieu désert, et qu’on ne réveille pas celui qui dort. Qu’on ne prenne pas la route seul, et qu’on ne boive pas l’eau en la puisant au creux des mains.

Verse 63

न दिवोद्धृतसारं च भक्षयेद्दधि नो निशि । स्त्रीधर्मिणी नाभिवदेन्नाद्यादातृप्ति रात्रिषु

Qu’on ne mange pas, le jour, le caillé dont la crème a été ôtée, ni qu’on ne mange de caillé la nuit. La femme en ses jours mensuels ne doit pas faire de salutations, et la nuit on ne doit pas manger jusqu’à complète satiété.

Verse 64

तौर्यत्रिकप्रियो न स्यात्कांस्ये पादौ न धावयेत् । श्राद्धं कृत्वा परश्राद्धे योऽश्नीयाज्ज्ञानवर्जितः

Qu’on ne s’attache pas aux trois divertissements—chant, danse et musique instrumentale—, et qu’on ne lave pas ses pieds dans un vase de bronze. Après avoir accompli un śrāddha, celui qui, sans discernement, mange au śrāddha d’autrui agit à tort.

Verse 65

दातुः श्राद्धफलं नास्ति भोक्ता किल्बिषभुग्भवेत् । न धारयेदन्यभुक्तं वासश्चोपानहावपि

Si l’offrande est consommée de manière impropre, le donateur perd le fruit du śrāddha et celui qui mange devient participant de faute. Qu’on ne porte pas des vêtements—ni même des chaussures—déjà portés par autrui.

Verse 66

न भिन्नभाजनेऽश्नीयान्नासीताग्न्यादिदूषिते । आरोहणं गवां पृष्ठे प्रेतधूमं सरित्तटम्

Qu’on ne mange pas dans un récipient brisé, ni qu’on ne s’assoie en un lieu souillé par le feu et autres impuretés. Qu’on évite de monter sur le dos des vaches, le contact avec la fumée des rites funéraires, et de demeurer sur la berge du fleuve d’une manière inauspicieuse.

Verse 67

बालातपं दिवास्वापं त्यजेद्दीर्घं जिजीविषुः । स्नात्वा न मार्जयेद्गात्रं विसृजेन्न शिखां पथि

Celui qui souhaite vivre longtemps doit éviter le soleil brûlant et le sommeil de jour. Après le bain, qu’il ne frotte pas excessivement son corps, et qu’il ne laisse pas se défaire la mèche sacrée (śikhā) sur la route.

Verse 68

हस्तौ शिरो न धुनुयान्नाकर्षेदासनं पदा । करेण नो मृजेद्गात्रं स्नानवस्त्रेण वा पुनः

Qu’on ne secoue pas les mains au-dessus de la tête, ni ne traîne son siège avec le pied. Qu’on ne frotte pas le corps avec la main, ni encore avec le linge du bain, d’une manière inconvenante.

Verse 69

शुनोच्छिष्टं भवेद्गात्रं पुनः स्नानेन शुध्यति । नोत्पाटयेल्लोमनखं दशनेन कदाचन

Si la salive d’un chien touche le corps, celui-ci devient impur et se purifie de nouveau par le bain. Qu’on n’arrache jamais les poils ni ne morde les ongles avec les dents.

Verse 70

करजैः करजच्छेदं विवर्जयेच्छुभाय तु । यदायत्यां त्यजेत्तन्न कुर्यात्कर्म प्रयत्नतः

Pour l’heureux présage, qu’on évite de couper ou déchirer les ongles avec les ongles. Ce que l’on regretterait plus tard et rejetterait, qu’on ne l’accomplisse pas du tout, fût-ce avec effort.

Verse 71

अद्वारेण न गन्तव्यं स्ववेश्मापि कदाचन । क्रीडेन्नाज्ञैः सहासीत न धर्म्मघ्नैर्न रोगिभिः

Qu’on n’entre jamais—même dans sa propre demeure—par un passage autre que la porte. Qu’on ne joue pas avec les ignorants, qu’on ne s’associe pas à ceux qui détruisent le dharma, ni aux malades chroniques d’une manière qui entame pureté et discipline.

Verse 72

न शयीत क्वचिन्नग्नः पाणौ भुंजीत नैव च । आर्द्रपादकरास्योऽश्नन्दीर्घकालं न जीवति

Qu’on ne dorme nulle part nu, et qu’on ne mange pas avec la nourriture posée dans la main (sans récipient ni ordre convenables). Celui qui mange les pieds, les mains et la bouche mouillés ne vit pas longtemps.

Verse 73

संविशेन्नार्द्रचरणो नोच्छिष्टः क्वचिदाव्रजेत् । शयनस्थो न चाश्नीयान्न पिबेच्च जलं द्विजः

Le deux-fois-né ne doit pas se coucher les pieds mouillés, ni aller où que ce soit lorsqu’il est souillé par les restes de nourriture (ucchiṣṭa). Qu’il ne mange pas non plus étendu sur le lit, et qu’il ne boive pas d’eau dans cette posture.

Verse 74

सोपानत्को नोपविशेन्न जलं चोत्थितः पिबेत् । सर्व्वमम्लमयं नाद्यादारोग्यस्याभिलाषुकः

Qu’on ne s’asseye pas en gardant ses chaussures, et qu’on ne boive pas d’eau debout. Celui qui désire une bonne santé ne doit pas manger des aliments entièrement acides.

Verse 75

न निरीक्षेत विण्मूत्रे नोच्छिष्टः संस्पृशेच्छिरः । नाधितिष्ठेत्तुषांगार भस्मकेशकपालिकाः

Qu’on ne regarde pas les excréments ni l’urine, et que, tant qu’on est encore en état d’ucchiṣṭa, on ne touche pas sa tête. Qu’on ne marche pas non plus sur les balles, les braises vives, la cendre, les cheveux ou des tessons de pots.

Verse 76

पतितैः सह संवासः पतनायैव जायते । दद्यादासनं मंचं न शूद्राय कदाचन

Vivre en étroite compagnie des déchus (patita) engendre assurément sa propre chute. Qu’on n’offre jamais siège ni couche à un Śūdra.

Verse 77

ब्राह्मण्याद्धीयते विप्रः शूद्रो धर्माच्च हीयते । धर्मोपदेशः शूद्राणां स्वश्रेयः प्रतिघातयेत्

Le vipra décline lorsqu’il s’écarte de la brāhmaṇya, la conduite propre au brahmane; et le Śūdra décline lorsqu’il s’éloigne de son dharma. On dit qu’enseigner le dharma aux Śūdras entrave son propre bien spirituel.

Verse 78

द्विजशुश्रूषणं धर्म्मः शूद्राणां हि परो मतः । कण्डूयनं हि शिरसः पाणिभ्यां न शुभं मतम्

Le service rendu aux deux-fois-nés (dvija) est tenu pour le dharma le plus élevé des Śūdra. Et se gratter la tête avec ses propres mains est jugé de mauvais augure.

Verse 79

आदिशेद्वैदिकं मंत्रं न शूद्राय कदाचन । ब्राह्मण्या दीयते विप्रः शूद्रो धर्म्माच्च हीयते

Qu’on ne transmette jamais un mantra védique à un Śūdra. Le brāhmane est soutenu par sa brahmanité—par la juste conduite brahmanique—, tandis que le Śūdra décline lorsqu’il s’écarte de son dharma.

Verse 80

आताडनं कराभ्यां च क्रोशनं केशलुंचनम् । अशास्त्रवर्तनं भूयो लुब्धात्कृत्वा प्रतिग्रहम्

Frapper de ses mains, crier, s’arracher les cheveux, et agir sans cesse à l’encontre du śāstra—surtout après avoir accepté des dons des cupides—voilà des conduites blâmées.

Verse 81

ब्राह्मणः स च वै याति नरकानेकविंशतिम् । अकालमेघस्तनिते वर्षर्तौ पांसुवर्षणे

Un tel brāhmane, en vérité, va vers vingt et un enfers. De même, lorsque le tonnerre gronde de nuages hors saison, en saison des pluies, et lorsqu’il tombe une pluie de poussière, ce sont des signes funestes.

Verse 82

महाबालध्वनौ रात्रावनध्यायाः प्रकीर्तिताः । उल्कापाते च भूकंपे दिग्दाहे मध्यरात्रिषु

La nuit, lorsqu’un grand fracas effrayant retentit, l’anadhyāya—la suspension de la récitation et de l’étude—est prescrit. De même lors d’une chute de météores, d’un tremblement de terre ou d’un embrasement des directions, surtout à minuit.

Verse 83

मध्ययोर्वृषलोपान्ते राज्यहारे च सूतके । दशाष्टकासु भूतायां श्राद्धाहे प्रतिपद्यपि

Aux instants de jonction (sandhyā), à la fin d’un contact avec un paria, lors de la perte du royaume et dans l’impureté due à une naissance ou à un décès; de même aux huitième et dixième jours, lors de l’observance inauspicieuse dite Bhūtā, aux jours de śrāddha, et même à la pratipadā (premier jour lunaire) : en ces temps, l’étude sacrée doit être interrompue.

Verse 84

पूर्णिमायां तथाष्टम्यां विड्वरे राष्ट्रविप्लवे । उपाकर्मणि चोत्सर्गे कल्पादिषु युगादिषु

À la pleine lune et au huitième jour lunaire; en temps de calamité et de bouleversement du royaume; lors des rites d’upākarman et d’utsarga; et aux commencements des kalpas et des yugas : en toutes ces circonstances, l’étude sacrée doit être mise de côté.

Verse 85

आरण्यकमधीत्यापि बाणसाम्नोरपि ध्वनौ । अनध्यायेषु चैतेषु चाधीयीत न वै क्वचित्

Même si l’on étudie les parties Āraṇyaka, et même si l’on entend le fracas des flèches et du combat, en ces temps d’anadhyāya on ne doit étudier nulle part, en aucune manière.

Verse 86

भूताष्टम्योः पञ्चदश्योर्ब्रह्मचारी सदा भवेत् । अनायुष्यकरं चेह परदारोपसर्पणम् । तस्मात्तद्दूरतस्त्याज्य वैरिणां चोपसेवनम्

À Bhūtāṣṭamī et au quinzième jour (pañcadaśī), que le brahmacarya demeure fermement établi. Ici, s’approcher de l’épouse d’autrui est cause de diminution de la longévité; qu’on l’abandonne donc de loin, ainsi que la fréquentation et le service des ennemis.

Verse 87

पूर्वर्द्धिभिः परित्यक्तमात्मानं नावमानयेत् । सदोद्यमवतां यस्माच्छ्रियो विद्या न दुर्लभाः

Même si les prospérités d’autrefois t’ont quitté, ne te méprise pas toi-même; car pour ceux qui s’appliquent sans cesse, la fortune et le savoir ne sont pas difficiles à obtenir.

Verse 88

सत्यं ब्रूयात्प्रियं बूयान्न ब्रूयात्सत्यमप्रियम् । प्रियं च नानृतं ब्रूयादेष धर्मो विधीयते

Dis la vérité; dis ce qui est agréable. Ne dis pas une vérité qui blesse; et ne dis pas un mensonge plaisant. Tel est le dharma prescrit.

Verse 89

वाचोवेगं मनावेगं जिह्वावेगं च वर्ज येत् । गुह्यजान्यपि लोमानि तत्स्पर्शादशुचिर्भवेत

Qu’on réfrène l’élan de la parole, l’élan du mental et l’élan de la langue. Même les poils nés des parties secrètes : en les touchant on devient impur.

Verse 90

पादधौतोदकं मूत्रमुच्छिष्टान्युदकानि च । निष्ठीवनं च श्लेष्माणं दूराद्दूरं विनिः क्षिपेत

L’eau ayant servi à laver les pieds, l’urine, les eaux restantes, la salive et le flegme : qu’on jette tout cela très loin, à grande distance.

Verse 91

अहर्न्निशं श्रुतेर्जाप्याच्छौचाचारनिषेवणात । अद्रोहवत्या बुद्ध्या च पूर्वजन्म म्मरेद्द्विजः

Jour et nuit, par la récitation de la śruti révélée, par la pratique de la pureté et de la juste conduite, et avec un esprit sans malveillance, le dvija peut se souvenir des traces d’une naissance antérieure.

Verse 92

वृद्धान्प्रयत्नाद्वंदेत दद्यात्तेषां स्वमासनम । विनम्रकन्धरो भूयादनुयायात्ततश्च तान्

Qu’on s’incline avec soin devant les anciens et qu’on leur offre son propre siège. Qu’on demeure le cou courbé dans l’humilité et, ensuite, qu’on les accompagne avec respect.

Verse 93

श्रुतिभूदेवदेवानां नृपसाधुतपस्विनाम् । पतिव्रतानां नारीणां निन्दां कुर्यान्न कर्हि चित

Qu’on ne profère jamais, en aucun temps, la médisance contre ceux que vénère la Veda : les devas, les brāhmaṇas —dieux sur la terre—, les rois justes, les saints et ascètes, ni les femmes pativratā, chastes et fidèles à leur époux.

Verse 94

उद्धृत्य पञ्चमृत्पिंडान्स्नायात्परजलाशये । श्रद्धया पात्रमासाद्य यत्किंचिद्दीयते वसु

Après avoir pris cinq mottes de terre (pour la purification rituelle), qu’on se baigne dans un autre réservoir d’eau ; puis, s’approchant avec foi d’un récipiendaire digne, toute richesse offerte devient un dāna véritablement méritoire.

Verse 95

देशे काले च विधिना तदानंत्याय कल्पते । भूप्रदो मण्डलाधीशः सर्वत्र सुखितोऽन्नदः

Quand le don est accompli selon la règle, en tenant compte du lieu et du temps, son fruit devient inépuisable. Celui qui donne la terre devient maître de provinces ; celui qui donne la nourriture demeure heureux partout.

Verse 96

तोयदाता सुरूपः स्यात्पुष्टश्चान्नप्रदो भवेत । प्रदीपदो निर्मलाक्षो गोदातार्यमलोक भाक्

Celui qui donne l’eau devient beau d’apparence ; celui qui donne la nourriture devient bien nourri. Celui qui offre une lampe obtient une vue claire et pure ; celui qui donne des vaches atteint le monde d’Aryaman.

Verse 97

स्वर्णदाता च दीर्घायुस्तिलदः स्याच्च सुप्रजः । वेश्मदोऽत्युच्चसौधेशो वस्त्रदश्चन्द्रलोकभाक्

Celui qui donne l’or obtient une longue vie ; celui qui donne le sésame est béni d’une bonne descendance. Celui qui donne une demeure atteint de hautes demeures ; celui qui donne des vêtements parvient au monde de la Lune.

Verse 98

हयप्रदो दिव्यदेहो लक्ष्मीवान्वृषभ प्रदः । सुभार्यः शिबिकादाता सुपर्यंकप्रदोऽपि च

Celui qui donne un cheval obtient un corps resplendissant et divin ; celui qui donne un taureau est comblé de prospérité. Celui qui offre une litière reçoit une épouse d’excellence ; et celui qui offre un lit précieux reçoit les douceurs correspondantes.

Verse 99

श्रद्धया प्रतिगृह्णाति श्रद्धया यः प्रयच्छति । स्वर्गिणौ तावुभौ स्यातां पततोऽश्रद्रया त्वधः

Celui qui reçoit avec foi et celui qui donne avec foi : tous deux sont voués au ciel ; mais lorsque la foi fait défaut, ils chutent vers le bas.

Verse 100

अनृतेन क्षरेद्यज्ञस्तपो विस्मयतः क्षरेत् । क्षरेत्कीर्तिर्विनादानमायुर्विप्रापमानतः

Par le mensonge, le yajña (sacrifice) se dessèche ; par la vanité, le tapas (austérité) se dessèche. Sans dāna (don), la renommée se flétrit ; et en déshonorant les brāhmaṇas, la durée de vie s’amoindrit.

Verse 101

गंधं पुष्पं कुशा गावः शाकं मांसं पयो दधि । मणिमत्स्यगहं धान्यं ग्राह्यमेतदुपस्थितम्

Parfum, fleurs, herbe kuśa, vaches, légumes, viande, lait, caillé, gemmes, poisson et grains : lorsqu’ils sont présentés comme il se doit, ils peuvent être acceptés comme offrandes convenables.

Verse 102

मधूदकं फलं मूलमेधांस्यभयदक्षिणा । अभ्युद्यतानि ग्राह्याणि त्वेतान्यपि निकृष्टतः

Eau miellée, fruits, racines, bois de feu, et même une dakṣiṇā donnée comme « absence de crainte » (protection et assurance) : lorsqu’ils sont offerts avec empressement, ils peuvent aussi être acceptés, bien qu’ils soient tenus pour des dons de moindre rang.

Verse 103

दासनापितगोपालकुलमित्रार्द्धसीरिणः । भोज्यान्नाः शूद्रवर्गेमी तथात्मविनिवेदकः

Serviteurs, barbiers, gardiens de vaches, amis de la maison, et même les humbles cultivateurs au demi-araire; ainsi que ceux de la condition śūdra qui prennent la nourriture offerte en hospitalité : eux aussi, par l’abandon de soi et le service dévot, sont comptés parmi les résidents qui suivent le dharma de Dharmāraṇya.

Verse 104

इत्थमाचारधर्मोयं धर्मारण्यनिवासिनाम् । श्रुतिस्मृत्युक्तधर्मोऽयं युधिष्ठिर निवेदितः

Ainsi a été énoncé le code de conduite des habitants de Dharmāraṇya ; ce dharma, fondé sur la Śruti et la Smṛti, t’a été déclaré, ô Yudhiṣṭhira.