
Dans le māhātmya de Hāṭakeśvara-kṣetra, Sūta déroule un récit de tīrtha sous forme de questions et réponses. Il présente un liṅga établi par Pippalāda, nommé Kaṃsāreśvara, et énonce des mérites gradués de purification : par le darśana (vision dévotionnelle), le namaskāra (prosternation) et la pūjā (culte). Les ṛṣi demandent qui est Pippalāda et pour quelle raison il a installé ce liṅga. Sūta rapporte alors l’étiologie de sa naissance : Kaṃsārī, sœur de Yājñavalkya, devient enceinte involontairement après contact avec une eau mêlée de semence liée au vêtement de Yājñavalkya. Elle enfante en secret, dépose l’enfant sous un aśvattha (pippala) et prie pour sa protection. Une voix divine révèle que l’enfant est une descente sur terre, rattachée à Bṛhaspati sous la malédiction d’Utathya, et qu’il sera nommé « Pippalāda » parce qu’il se nourrit de l’essence du pippala. Kaṃsārī meurt de honte ; l’enfant grandit près de l’arbre. Nārada rencontre le garçon, lui dévoile son origine et lui propose une voie de formation fondée sur des développements de l’Atharva-veda. Le récit se tourne ensuite vers Śanaiścara (Śani) : la colère de Pippalāda fait chuter Śani ; Nārada intervient, conduisant à un stotra et à des stipulations éthico-rituelles, notamment la protection des enfants jusqu’à huit ans et des observances concrètes (onction d’huile, dons prescrits, formes de culte). Enfin, Nārada mène Pippalāda à Camatkārapura et le confie à Yājñavalkya, unissant lignée, lieu sacré et conséquence rituelle.
Verse 1
सूत उवाच । तथान्यदपि वो वच्मि लिंगं यत्तत्र संस्थितम् । स्थापितं पिप्पलादेन कंसारेश्वरमित्यहो
Sūta dit : Je vais aussi vous parler d’un autre liṅga établi en ce lieu—installé par Pippalāda—connu, en vérité, sous le nom de Kaṃsāreśvara.
Verse 3
यस्मिन्दृष्टे तु लोकानां पापं याति दिनोद्भवम् । नते षाण्मासिकं चैव पूजिते वर्षसंभवम् । ऋषय ऊचुः । पिप्पलादेन यल्लिंगं स्थापितं सूतनन्दन । कंसारेश्वरमित्युक्तं कस्मात्तच्च ब्रवीहि नः
Rien qu’en le voyant, les péchés qui naissent chaque jour chez les hommes sont détruits ; en s’inclinant devant lui, les fautes accumulées durant six mois sont effacées ; et en le vénérant, les péchés d’une année entière se dissipent. Les sages dirent : Ô fils de Sūta, pourquoi le liṅga installé par Pippalāda est-il appelé « Kaṃsāreśvara » ? Dis-le-nous.
Verse 4
क एष पिप्पलादस्तु कस्य पुत्रो वदस्व नः । किमर्थं स्थापितं लिंगं क्षेत्रे तत्र महात्मना
Qui est donc ce Pippalāda, et de qui est-il le fils ? Dis-le-nous. Pour quelle raison cette grande âme a-t-elle installé le liṅga là-bas, dans ce kṣetra sacré ?
Verse 5
सूत उवाच । प्रश्नभारो महानेष भवद्भिः समुदाहृतः । तथापि कथयिष्यामि नमस्कृत्वा स्वयंभुवम्
Sūta dit : Grand est ce fardeau de questions que vous avez soulevé. Néanmoins, je vais le raconter, après m'être d'abord incliné devant le Seigneur Auto-né (Svayambhū).
Verse 6
याज्ञवल्क्यस्यभगिनी कंसारीति च विश्रुता । कुमारब्रह्मचर्येण तप स्तेपे सुदारुणम्
La sœur de Yājñavalkya, renommée sous le nom de Kaṃsārī, entreprit des austérités extrêmement sévères, observant le brahmacarya depuis son adolescence.
Verse 7
याज्ञवल्क्याश्रमे पुण्ये बांधवेन समन्विता । कस्यचित्त्वथ कालस्य याज्ञवल्क्यस्य भो द्विजाः
Ô deux-fois-nés, après un certain temps, dans l'ermitage sacré de Yājñavalkya, une certaine femme — accompagnée d'un parent — vint voir Yājñavalkya.
Verse 8
चस्कन्द रेतः स्वप्नांते दृष्ट्वा कांचिद्वराप्सराम् । तारुण्यभावसंस्थस्य तपोयुक्तस्य सद्द्विजाः
Ô nobles deux-fois-nés, lorsqu'il vit une excellente apsara à la fin d'un rêve, la semence de cet ascète — qui était dans la fleur de la jeunesse mais dévoué à l'austérité — fut émise.
Verse 9
रेतसा तस्य महता परिधानं परिप्लुतम् । तच्च तेन परित्यक्तं प्रभाते समुपस्थिते
Son vêtement fut complètement trempé par cette abondante semence ; et quand le matin arriva, il abandonna ce tissu.
Verse 10
कंसारिकाऽथ जग्राह स्नानार्थं वसनं च तत् । अमोघरेतसा क्लिन्नमजानन्ती द्विजोत्तमाः
Alors Kaṃsārikā prit ce même vêtement pour le bain, ô le meilleur des deux-fois-nés, sans savoir qu’il avait été mouillé par la semence infaillible.
Verse 11
कुर्वन्त्या यजनं तस्या जलं वीर्यसमन्वितम् । प्रविष्टं भगमध्ये तु ऋतुकाल उपस्थिते
Tandis qu’elle accomplissait son rite, l’eau chargée de semence pénétra dans son sein, et cela advint lorsque son temps de fécondité était venu.
Verse 12
ततो गर्भः समभवत्तस्यास्तूदरमध्यगः । वृद्धिं चाप्यगमन्नित्यं शुक्लपक्षे यथोडुराट्
Alors une grossesse naquit en elle, logée au milieu de son ventre; et elle grandissait de jour en jour, telle la lune qui croît durant la quinzaine claire.
Verse 13
साऽपि तं गर्भमादाय स्वोदरस्थं तपस्विनी । दुःखेन महता युक्ता लज्जयाऽथ तदाऽवृता
Cette femme ascète porta elle aussi l’embryon dans son propre sein, accablée d’une grande peine, puis voilée par la honte.
Verse 14
चिन्तयामास सुचिरं विस्मयेन समन्विता । गोपायन्ती तदाऽत्मानं दर्शनं याति नो नृणाम्
Longtemps elle demeura plongée dans la réflexion, saisie d’étonnement; se gardant elle-même, elle n’alla pas alors se montrer aux regards des hommes.
Verse 15
व्रतचर्यामिषं कृत्वा सदा रहसि संस्थिता । संप्राप्ते दशमे मासि निशीथे समुपस्थिते । तस्याः कुमारको जातो वालार्कसदृशद्युतिः
Observant les disciplines de son vœu et demeurant toujours dans le secret, lorsque vint le dixième mois et que minuit fut arrivé, elle enfanta un garçon dont l’éclat était semblable au soleil levant.
Verse 16
अथ सा तं समा दाय सूक्ष्मवस्त्रेण वेष्टितम् । कृत्वा जगाम चारण्यं मनुष्यपरिवर्जितम् । अश्रुपूर्णेक्षणा दीना रुदन्ती गुप्तमेव च
Alors elle prit l’enfant, l’enveloppa d’un tissu fin et s’en alla vers une forêt déserte, loin des hommes ; misérable, les yeux pleins de larmes, elle pleurait tout en gardant le secret.
Verse 17
ततो गत्वा च साऽश्वत्थं विजने सुमहत्तरम् । तस्याधस्ताद्विमुच्याथ वाक्यमेतदुवाच ह
Puis elle se rendit auprès d’un très grand Aśvattha (figuier sacré) dressé en un lieu solitaire. L’ayant déposé à son pied, elle prononça ces paroles.
Verse 18
अश्वत्थ विष्णुरूपोऽसि त्वं देवेषु प्रतिष्ठितः । तस्माद्रक्षस्व मे पुत्रं सर्वतस्त्वं वनस्पते
Ô Aśvattha, tu es de la forme de Viṣṇu, établi parmi les dieux. C’est pourquoi, ô seigneur des arbres, protège mon fils de toutes parts.
Verse 19
एष ते शरणं प्राप्तो मम पुत्रस्तु बालकः । पापाया निर्दयायाश्च तस्माद्रक्षां समाचर
Ce petit enfant—mon fils—est venu à toi chercher refuge. Accorde-lui donc ta protection contre le péché et la cruauté sans pitié.
Verse 20
एवमुक्त्वा रुदित्वा च सुचिरं सा तपस्विनी । जगाम स्वाश्रमं पश्चाद्वाष्पव्याकुललोचना
Après avoir parlé ainsi et pleuré longuement, cette femme ascète retourna ensuite à son propre āśrama, les yeux troublés par les larmes.
Verse 21
यावद्रोदिति सा माता तस्याधस्ताद्वनस्पतेः । तावदाकाशजा वाणी संजाता मेघनिःस्वना
Tandis que cette mère pleurait au-dessous de l’arbre majestueux, une voix née du ciel s’éleva, grondante comme un nuage d’orage.
Verse 22
मा त्वं शोकं कुरुष्वास्य बालकस्य कृते शुभे । एष शापादुतथ्यस्य ज्येष्ठभ्रातुर्बृहस्पतिः । अवतीर्णो धरापृष्ठे योग्यतां समवाप्स्यति
Ô toi l’auspicieuse, ne t’afflige pas pour cet enfant. Il est Bṛhaspati, le frère aîné d’Utathya ; par l’effet d’une malédiction il est descendu sur la terre, et ici il atteindra l’aptitude et l’excellence qui lui sont destinées.
Verse 23
एष चाथर्वणं वेदं शतकल्पं सुविस्तरम् । शतभेदं च नवधा पंचकल्पं करिष्यति
Il mettra aussi en ordre l’Atharva-Veda, largement développé en cent kalpas ; il le divisera en cent branches et l’organisera selon des classifications en neuf et en cinq parties.
Verse 24
पिप्पलस्य तरोरेष रसं संभक्षयिष्यति । पिप्पलाद इति ख्यातस्ततो लोके भविष्यति
Il se nourrira de la sève/essence de l’arbre pippala ; c’est pourquoi, dans le monde, il sera renommé sous le nom de « Pippalāda ».
Verse 25
या त्वं विस्मयमापन्ना पुरुषेण विना शिशुः । संजातोऽयं मम प्रांशुस्ततस्तत्कारणं शृणु
Puisque tu t'étonnes que cet enfant soit né sans homme, écoute donc la cause de cela.
Verse 26
स्नानवस्त्रं च ते भ्रातू रेतसा यत्परिप्लुतम् । तत्त्वया ऋतुकाले तु परिधानं कृतं शुभे
Le vêtement de bain de ton frère, imprégné de sa semence, a été porté par toi durant ta période fertile, ô vertueuse.
Verse 27
स्नानकाले तु तोयानि रेतोदकमथास्पृशन् । अमोघरेतसा तेन पुत्रोऽयं तव संस्थितः
Au moment du bain, les eaux ont touché le fluide séminal ; par cette virilité infaillible, ce fils est né de toi.
Verse 28
एवं ज्ञात्वा महाभागे यद्युक्तं तत्समाचर
Sachant cela, ô dame très fortunée, agis comme il convient.
Verse 29
सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा देवलोकस्यवज्रपातोपमं वचः । हाहाकारपरा भूत्वा निपपात धरातले
Sūta dit : En entendant ces paroles, pareilles à la foudre frappant le monde des dieux, elle fut accablée de lamentations et tomba à terre.
Verse 30
छिन्नवृक्षलता यद्वत्पतिता सा तपस्विनी
Cette femme ascète tomba, telle une liane tranchée du tronc d’un arbre.
Verse 31
चिरायन्त्यां तु तस्यां स याज्ञवल्क्यो महामुनिः । शून्यं तमाश्रमं दृष्ट्वा पप्रच्छान्यान्मुनीश्वरान्
Comme elle tardait longtemps, le grand sage Yājñavalkya, voyant l’āśrama désert, interrogea les autres munis vénérables.
Verse 32
क्व च मे भगिनी याता कंसारी सुतपस्विनी । तया विनाऽद्य मे सर्वं शून्यमाश्रममंडलम्
«Où est allée ma sœur—Kaṃsārī, l’ascète au noble vœu ? Sans elle, aujourd’hui, tout l’enclos de mon āśrama me paraît vide.»
Verse 33
आचख्यौ तापसः कश्चिद्भगिनी ते यवीयसी । निश्चेष्टा पतिता भूमावश्वत्थस्य समीपतः
Un ascète annonça : «Ta jeune sœur est tombée à terre, sans mouvement, près de l’arbre aśvattha.»
Verse 34
मया दृष्टा मुनिश्रेष्ठ तां त्वं भावय मा चिरम् । अथासौ त्वरया युक्तः संभ्रांतस्तु प्रधावितः
«Je l’ai vue, ô le meilleur des sages : va vers elle sans tarder.» Alors, saisi de hâte et d’effroi, il accourut en toute vitesse.
Verse 35
यत्र सा कथिता तेन तापसेन तपस्विनी । वीक्षते यावत्तत्रस्था श्वसमाना व्यवस्थिता
Là où cet ascète avait dit qu’elle se trouvait, l’ascète femme demeura sur place—on la voyait encore respirer, étendue sans bouger.
Verse 36
अथ तोयेन शीतेन सेचयित्वा मुहुर्मुहुः । दत्त्वा भूयोऽपि वातं च यावच्चक्रे सचेतनाम् । तावत्कात्यायनी प्राप्ता मैत्रेयी च ससंभ्रमम्
Alors, l’aspergeant maintes fois d’eau fraîche et lui donnant de l’air à nouveau, il la ramena à la conscience. À cet instant même, Kātyāyanī arriva, et Maitreyī aussi, dans une vive agitation.
Verse 37
किमिदं किमिदं जातं ननांदर्वद मा चिरम्
«Qu’est-ce donc, qu’est-il arrivé ? Dis-le-moi vite, ne tarde pas.»
Verse 38
किं वा भूतगृहीताऽसि माहेंद्रेण ज्वरेण वा
«Ou bien quoi—es-tu saisie par un esprit, ou tourmentée par la fièvre Māhendra ?»
Verse 39
अथ सा चेतनां लब्ध्वा याज्ञ वल्क्यं पुरः स्थितम् । भार्यया सहितं दृष्ट्वा व्रीडयाऽसून्मुमोच ह
Alors elle reprit conscience et vit Yājñavalkya debout devant elle, avec son épouse ; et, submergée de honte, elle rendit son souffle vital.
Verse 40
अथ तां च मृतां दृष्ट्वा रुदित्वा च चिरं द्विजाः । याज्ञवल्क्यः सभार्यस्तु दत्त्वा वह्निं च शोकधृक् । जगाम स्वाश्रमं पश्चाद्दत्त्वा च सलिलाञ्जलिम्
La voyant morte, les deux-fois-nés pleurèrent longtemps. Puis Yājñavalkya, avec son épouse, le cœur accablé de chagrin, accomplit le rite funéraire en la confiant au feu; et ensuite, après avoir offert l’oblation d’eau, il retourna à son ermitage.
Verse 41
सोऽपि बालोऽथ ववृधे पिप्पलास्वादपुष्टिधृक् । अश्वत्थस्य तले तस्य वृद्धिं याति शनैःशनैः
Cet enfant aussi grandit, nourri par la saveur des fruits de pippala. Sous cet aśvattha, il gagnait en stature avec constance, peu à peu.
Verse 42
कस्यचित्त्वथ कालस्य नारदो मुनिसत्तमः । तीर्थयात्राप्रसंगेन तेन मार्गेण चागतः
Après quelque temps, Nārada —le plus excellent des sages— vint par cette route, engagé dans un pèlerinage vers les tīrtha sacrés.
Verse 43
स दृष्ट्वा बालकं तत्र द्वादशार्कसमप्रभम् । एकाकिनं वने शून्ये पिप्पलास्वादतत्परम् । पप्रच्छ विस्मयाविष्ट एकाकी को भवानिह
Le voyant là, un enfant éclatant comme douze soleils, seul dans une forêt déserte et tout entier à goûter les fruits de pippala, il demanda, saisi d’étonnement : «Qui es-tu, ici, tout seul ?»
Verse 44
वने शून्ये महारौद्रे सिंहव्याघ्रसमाकुले । क्व ते माता पिता चैव किमर्थं चेह तिष्ठसि
«Dans cette forêt vide, terriblement redoutable, pleine de lions et de tigres, où sont ta mère et ton père ? Et pour quelle raison demeures-tu ici ?»
Verse 45
निवससि कथं चैव सर्वं मे विस्तराद्वद
«Comment demeures-tu ici ? Dis-moi tout en détail.»
Verse 46
पिप्पलाद उवाच । नाहं जानामि पितरं मातरं न च बांधवम् । नापि त्वां कोऽत्र चा यातो मम पार्श्वे तु सांप्रतम्
Pippalāda dit : «Je ne connais ni mon père ni ma mère, ni aucun parent. Je ne te connais pas non plus : qui es-tu, toi qui viens à l’instant près de moi ?»
Verse 47
सूत उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा चिरं ध्यात्वा मुनीश्वरः । ततस्तं प्रहसन्प्राह ज्ञात्वा दिव्येन चक्षुषा
Sūta dit : Ayant entendu ses paroles, le sage souverain demeura longtemps en contemplation. Puis, souriant—ayant compris par la vision divine—il lui adressa la parole.
Verse 48
नारद उवाच । मया ज्ञातोऽसि वत्स त्वं याज्ञवल्क्यस्य रेतसा । दैवयोगात्समुत्पन्नो भगिन्या उदरे ह्यृतौ
Nārada dit : «Je t’ai reconnu, cher enfant : tu es né de la semence de Yājñavalkya. Par une conjonction divine, au temps prescrit, tu as surgi dans le sein de sa sœur.»
Verse 49
उतथ्यशापदोषेण देवाचार्यो बृहस्पतिः । देवकार्यस्य सिद्ध्यर्थं तस्मात्तच्छृणु कारणम्
À cause de la faute née de la malédiction d’Utathya, Bṛhaspati—précepteur des dieux—fut entravé. Aussi, pour l’accomplissement de l’œuvre des dieux, écoute-en la raison.
Verse 51
नवशाखः पंचकल्पस्त्वया कार्यः सुखावहः
Tu devrais entreprendre la discipline des "Neuf Branches" et des "Cinq Kalpas", car cela apporte le bien-être.
Verse 52
तव मात्रा महाभाग रेतसा च परिप्लुतम् । यद्वस्त्रं याज्ञवल्क्यस्य परिधानं कृतं च यत्
Ô bienheureux, le vêtement que ta mère a pris, celui de Yājñavalkya, était imprégné de sa semence.
Verse 53
भगिन्या सुतपस्विन्या स्नानार्थं न च काम्यया । तद्रेतो जलमिश्रं तु भगमध्ये विनिर्गतम्
Par la sœur, d'une austérité excellente, cela fut fait pour le bain et non par désir. Cette semence, mêlée à l'eau, pénétra alors en son sein.
Verse 54
अमोघं तेन संभूतस्त्वमत्र जगतीतले । माता वै मृत्युमापन्ना ज्ञात्वैवं लज्जया तया
Ainsi es-tu né — ta venue ne fut pas vaine — ici sur terre. Mais ta mère, réalisant ce qui s'était passé, fut accablée de honte et trouva la mort.
Verse 55
चमत्कारपुरे तुभ्यं मातुलो जनकस्तथा । संतिष्ठते महाभाग तत्पार्श्वे त्वमितो वज
À Camatkārapura réside ton oncle maternel, Janaka. Ô bienheureux, pars d'ici et reste à ses côtés.
Verse 56
सांप्रतं व्रतकालस्ते वर्षं चैवाष्टमं स्थितम् । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य लज्जयाऽधोमुखः स्थितः
Voici venu le temps de ton vrata, et ta huitième année est aussi accomplie. À ces paroles, il demeura debout, le visage baissé, accablé de honte.
Verse 57
ततश्चिरेण दीनं स वाक्यमेतदुवाच तम् । किं मया पापमाख्याहि पूर्वदेहांतरे कृतम्
Puis, après un long moment, il lui dit avec affliction ces paroles : «Dis-moi : quel péché ai-je commis dans une existence antérieure ?»
Verse 58
येनेदं गर्हितं जन्म वियोगो मातृसंभवः । परित्यक्ष्यामि जीवं स्वं दुःखेनानेन सन्मुने
«Par quelle cause m’est advenue cette naissance blâmable—né seulement dans la séparation d’avec ma mère ? Ô saint muni, je renoncerai à ma propre vie, tourmenté par cette peine.»
Verse 59
नारद उवाच । न त्वया दुष्कृतं किंचित्पूर्वदेहांतरे कृतम् । परं येन सुसंजातं तवेदं व्यसनं शृणु
Nārada dit : «Tu n’as commis aucune faute dans une existence antérieure. Écoute plutôt la véritable cause par laquelle ce malheur s’est levé sur toi.»
Verse 60
जन्मस्थेन भवाञ्जातः शनिना नाऽत्र संशयः । तेनावस्थामिमां प्राप्तो नान्यदस्ति हि कारणम्
«C’est Saturne, Śani, placé au moment de ta naissance, qui t’a conduit à cette condition—sans aucun doute. Par cela seul tu es parvenu à cet état ; il n’y a pas d’autre cause.»
Verse 61
तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य कोपसंरक्तलोचनः । ऊर्ध्वमालोकयामास समुद्दिश्य शनैश्चरम्
Entendant ses paroles, les yeux rougis par la colère, il leva le regard vers le haut—le fixant sur Śanaiścara (Saturne).
Verse 62
तस्य दृष्टिनिपातेन न्यपतत्स तु तत्क्षणात् । विमानात्स्वाद्रवेः पुत्रो ययातिरिव नाहुषः
Au seul abattement de son regard, Śani tomba à l’instant même de son char céleste—tel Yayāti, fils de Nāhuṣa, chutant.
Verse 63
अधोवक्त्रो द्विजश्रेष्ठाः पितुरादेशमाश्रितः । बालभावेऽपि तेनैव दग्धौ पादौ तदा रवेः
« Ô le meilleur des deux-fois-nés, il avait le visage tourné vers le bas, se conformant à l’ordre de son père ; et pourtant, même dans l’enfance, par cet acte même, les pieds de Ravi (le Soleil) furent alors brûlés. »
Verse 64
अथ तं नारदः प्राह पतमानमधोमुखम् । बाल्यभावादनेन त्वं पातितोऽसि शनैश्चर
Alors Nārada lui parla tandis qu’il tombait, le visage tourné vers le bas : « Ô Śanaiścara, à cause de cet acte enfantin, tu as été précipité. »
Verse 65
तस्मान्मा वीक्षयस्वैनं भविष्यति प्रकोपभाक् । मा पतस्व तथा भूमौ बलान्मद्वाक्यसंभवात्
« C’est pourquoi ne le regarde pas : il sera saisi par la colère. Et ne tombe pas ainsi sur la terre — car tu es retenu par la force née de mes paroles. »
Verse 66
स्तंभयित्वा तथाप्येवं गगनस्थं शनैश्चरम् । ततः प्रोवाच तं बालं पिप्पलादं मुनीश्वरः
Ainsi, après avoir contenu Śanaiścara alors qu’il demeurait dans le ciel, le grand sage s’adressa au jeune Pippalāda.
Verse 67
मा कोपं कुरु बाल त्वमेष सूर्यसुतो ग्रहः । देवानामपि पीडां च कुरुतेऽष्टमराशिगः
«Ne te mets pas en colère, mon enfant. Voici le dieu-planète, fils du Soleil. Lorsqu’il occupe le huitième signe, il inflige des tourments même aux dieux.»
Verse 68
जन्मस्थस्तु विशेषेण द्वितीयस्तु तथापरः । यद्येष कुपितस्त्वां तु वीक्षयिष्यति कर्हिचित्
L’un se tient tout particulièrement au lieu de la naissance, et l’autre de même ailleurs. Si celui-ci, irrité, venait un jour à poser son regard sur toi—
Verse 69
करिष्यति न संदेहो भस्मराशिं ममाग्रतः । अनेन वीक्षितौ पादौ जातमात्रेण सूर्यकौ
Sans aucun doute, il me réduira en un tas de cendres sous tes yeux. Par son regard, même ces deux pieds devinrent semblables au soleil dès l’instant de la naissance.
Verse 70
आयातस्य तु तुष्टस्य पुत्रदर्शनवाञ्छया । अन्तर्धानीकृते वस्त्रे ज्ञात्वा तं रौद्रचक्षुषम्
Lorsqu’il arriva, joyeux et désireux de voir son fils, et que l’étoffe eut été rendue invisible, il le reconnut comme celui aux yeux farouches.
Verse 71
ततो दग्धावुभौ चापि तिष्ठतश्चर्म वेष्टितौ । दृश्येतेऽद्यापि मूर्त्तौ तौ घटितायां धरातले
Alors tous deux furent brûlés, debout et enveloppés de peau. Aujourd'hui encore, on voit ces deux formes fixées à la surface de la terre.
Verse 72
सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य नारदस्य स बालकः । भयेन महता युक्तस्ततः पप्रच्छ तं मुनिम्
Sūta dit : En entendant ces paroles de Nārada, le garçon, saisi d'une grande peur, interrogea alors ce sage.
Verse 73
कथं यास्यति मे तुष्टिं वदैष मम सन्मुने । अज्ञानात्पातितो व्योम्नः शक्तिं चास्याविजानता
Dis-moi, ô noble sage, comment sera-t-il satisfait de moi ? Par ignorance, je l'ai fait tomber du ciel, ne connaissant pas sa puissance.
Verse 74
नारद उवाच । ग्रहा गावो नरेंद्राश्च ब्राह्मणाश्च विशेषतः । पूजिताः प्रतिपूज्यंते निर्दहंत्यपमानिताः
Nārada dit : Les planètes, les vaches, les rois et, tout particulièrement, les brāhmaṇas : lorsqu'ils sont honorés, ils rendent l'honneur ; lorsqu'ils sont insultés, ils brûlent l'offenseur.
Verse 75
तस्मात्कुरु स्तुतिं चास्य स्वशक्त्या भास्करेः प्रभो । प्रसादं गच्छते येन कोपं त्यजति पातजम्
C'est pourquoi, ô seigneur, offre une hymne de louange à Bhāskara avec toute la force dont tu disposes ; ainsi, il deviendra bienveillant et abandonnera la colère née de la faute.
Verse 76
ततः कृतांजलिर्भूत्वा स्तुतिं चक्रे स बालकः । भयेन महता युक्तस्ततः संपृच्छ्य तं मुनिम्
Alors l’enfant, les paumes jointes en añjali, composa un hymne de louange ; saisi d’une grande crainte, il interrogea de nouveau ce sage.
Verse 77
पिप्पलादो द्विजश्रेष्ठाः प्रणिपत्य मुहुर्मुहुः । नमस्ते क्रोधसंस्थाय पिंगलाय नमोऽस्तु ते
Pippalāda dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés», se prosternant encore et encore : «Hommage à toi qui demeures dans la colère ; hommage à toi, ô au teint fauve».
Verse 78
नमस्ते वसुरूपाय कृष्णाय च नमोऽस्तु ते । नमस्ते रौद्रदेहाय नमस्ते चांतकाय च
Hommage à toi dont la forme est celle des Vasus ; hommage à toi, Kṛṣṇa, le Sombre. Hommage à toi au corps farouche, semblable à Rudra ; hommage aussi à toi, Antaka, l’Anéantisseur (la Mort).
Verse 79
नमस्ते यमसंज्ञाय नमस्ते सौरये विभो । नमस्ते मन्दसंज्ञाय शनैश्चर नमोऽस्तु ते
Hommage à toi, connu sous le nom de Yama ; hommage à toi, ô puissant fils de Sūrya. Hommage à toi, appelé Manda ; ô Śanaiścara, hommage à toi.
Verse 81
शनैश्चर उवाच । परितुष्टोऽस्मि ते वत्स स्तोत्रेणानेन सांप्रतम् । वरं वरय भद्रं ते येन यच्छामि सांप्रतम्
Śanaiścara dit : «Cher enfant, je suis à présent satisfait de toi grâce à cet hymne. Choisis une grâce — que l’auspice soit tien — afin que je te l’accorde sur-le-champ.»
Verse 82
पिप्पलाद उवाच । अद्यप्रभृति नो पीडा बालानां सूर्यनन्दन । त्वया कार्या महाभाग स्वकीया च कथंचन
Pippalāda dit : «À partir d’aujourd’hui, ô fils de Sūrya, tu ne devras infliger aucune souffrance aux enfants—ni aux miens ni à ceux d’autrui—d’aucune manière, ô grand et fortuné.»
Verse 83
यावद्वर्षाष्टमं जातं मम वाक्येन सूर्यज । स्तोत्रेणानेन योऽत्र त्वां स्तूयात्प्रातः समुत्थितः
Ô fils de Sūrya, selon ma parole : jusqu’à l’achèvement de la huitième année (d’âge), quiconque ici, se levant au matin, te loue par cet hymne—
Verse 84
तस्य पीडा न कर्तव्या त्वया भास्करनन्दन । तव वारे च संजाते तैलाभ्यंगं करोति यः
—celui-là, ô fils de Bhāskara, tu ne devras pas l’affliger. Et lorsque vient ton jour (le samedi), quiconque s’oint d’huile—
Verse 85
दिनाष्टकं न कर्तव्या तस्य पीडा कथंचन । यस्त्वां लोहमयं कृत्वा तैलमध्ये ह्यधोमुखम्
Dans son cas, durant huit jours, aucune souffrance ne doit lui être infligée, d’aucune manière. Et aussi celui qui, façonnant une image de toi en fer, la place face contre terre au milieu de l’huile—
Verse 88
स्वशक्त्या राति नो तस्य पीडा कार्या त्वया विभो । कृष्णां गां यस्तु विप्राय तवोद्देशेन यच्छति
Ô Seigneur, celui qui donne selon sa propre capacité—ne lui inflige aucune souffrance. Et quiconque, pour toi, offre une vache noire à un brāhmane—
Verse 90
तथा कृष्णतिलैश्चैव कृष्णपुष्पानुलेपनैः । पूजां करोति यस्तुभ्यं धूपं वै गुग्गुलं दहेत् । कृष्णवस्त्रेण संवेष्ट्य त्याज्या तस्य व्यथा त्वया
De même, quiconque t’adore avec du sésame noir, avec des onguents de fleurs noires, et brûle le guggulu en guise d’encens; et, enveloppé d’un vêtement noir—que sa douleur soit, par toi, abandonnée.
Verse 91
सूत उवाच । एवमुक्तः शनिस्तेन बाढमित्येव जल्प्य च । नारदं समनुज्ञाप्य जगाम निजसं श्रयम्
Sūta dit : Ainsi interpellé par lui, Śani répondit : « Qu’il en soit ainsi », puis, après avoir pris congé de Nārada, il se rendit à sa propre demeure.
Verse 92
नारदोऽपि तमादाय वालकं कृपयान्वितः । चमत्कारपुरं गत्वा याज्ञवल्क्याय चार्पयत्
Ému de compassion, Nārada prit l’enfant avec lui ; puis, se rendant à Camatkārapura, il le confia à Yājñavalkya.
Verse 93
कथयामास वृत्तांतं तस्य संभूति संभवम् । यद्दृष्टं ज्ञानदीपेन तस्मै सर्वं न्यवेदयत्
Il exposa ensuite en détail l’histoire de l’origine et des circonstances de cet enfant ; et tout ce qu’il avait perçu à la lampe de la connaissance spirituelle, il le lui révéla entièrement.
Verse 94
एष ते वीर्यसंभूतो बालको भगिनीसुतः । मयाऽश्वत्थतले लब्धः काननेऽश्वत्थसंनिधौ
« Cet enfant, né de ta propre puissance, est le fils de ta sœur. Je l’ai trouvé sous un aśvattha, dans la forêt, tout près de cet aśvattha même. »
Verse 95
व्रतबंध कुरुष्वास्य सांप्रतं चाष्टवार्षिकः । नात्र दोषोस्ति विप्रेंद्र न भगिन्यास्तथा तव । तस्माद्गृहाण पुत्रं स्वं भागिनेयं विशेषतः
«Accomplis dès maintenant pour lui le rite d’initiation (vrata-bandha), car il a huit ans. Il n’y a ici aucune faute, ô le meilleur des brāhmaṇa : ni de ta part, ni de celle de ta sœur. C’est pourquoi reçois-le comme ton propre fils, oui, tout particulièrement comme ton neveu.»
Verse 96
धारयेत्तेन तैलेन ततः स्नानं समाचरेत् । तस्य पीडा न कर्तव्या देयो लाभो महीभुजः
«Qu’il s’oigne de cette huile, puis qu’il accomplisse le bain rituel selon la règle. Qu’on ne le tourmente pas ; au contraire, ô roi, qu’on lui accorde le gain, le soutien qui lui est dû.»
Verse 97
अध्यर्द्धाष्टमिकायोगे तावके संस्थिते नरः । तववारे तु संप्राप्ते यस्तिलांल्लोहसंयुतान्
«Lorsque, durant ta période d’observance, survient la conjonction sacrée de l’Adhyarddhāṣṭamikā, et lorsque arrive ton propre jour de la semaine, celui qui offre des graines de sésame mêlées de fer…»
Verse 99
अध्यर्द्धाष्टमजा पीडा नाऽस्य कार्या त्वया विभो । शमी समिद्भिर्यो होमं तवोद्देशेन यच्छति
«Ô Seigneur, ne lui inflige pas la souffrance née de l’Adhyarddhāṣṭamī. Car celui qui accomplit un homa, l’offrande au feu, avec du bois d’allumage de śamī, en le dédiant en ton nom…»
Verse 174
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्या संहितायां षष्ठे नागरखंडे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये पिप्पलादोत्पत्तिव र्णनंनाम चतुःसप्तत्युत्तरशततमोऽध्यायः
«Ainsi, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, dans la sixième section, le Nāgara-khaṇḍa — au sein du Māhātmya du lieu sacré de Hāṭakeśvara — s’achève le chapitre intitulé “Description de l’origine de Pippalāda”, le cent soixante-quatorzième.»