Adhyaya 22
Brahma KhandaBrahmottara KhandaAdhyaya 22

Adhyaya 22

Ce chapitre expose de façon structurée pourquoi le récit purāṇique de Śiva (śaivī-paurāṇikī kathā) est dit être une voie « commune » accessible à tous (sādhāraṇaḥ panthāḥ), capable d’accorder une délivrance immédiate (sadyo-mukti). L’écoute et la récitation y sont louées comme remède à l’ignorance, destructeur des semences karmiques, et discipline particulièrement adaptée au Kali-yuga lorsque d’autres moyens du dharma deviennent difficiles. Le texte codifie ensuite l’éthique de la transmission : qualités requises du connaisseur du Purāṇa (pūrāṇajña), lieux convenables (propres, empreints de dévotion, sans hostilité) et règles de conduite de l’auditeur. Il avertit des effets néfastes de l’irrespect—interrompre, se moquer, adopter une posture indue, ou écouter sans attention. La dernière partie propose un récit exemplaire autour de Gokarṇa : un foyer moralement compromis et la transformation d’une femme par la crainte, le repentir et une écoute persévérante, menant à la purification du mental, à la méditation et à une bhakti tournée vers la libération. Le chapitre s’achève sur une haute louange śaiva, affirmant Paramaśiva comme transcendant, au-delà de la parole et de l’esprit.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । एवं शिवतमः पंथाः शिवेनैव प्रदर्शितः । नृणां संसृतिबद्धानां सद्योमुक्तिकरः परः

Sūta dit : Ainsi, la voie toute imprégnée de Śiva a été montrée par Śiva lui-même ; pour les hommes liés au saṃsāra, elle est suprême et confère une délivrance immédiate.

Verse 2

अथ दुर्मेधसां पुंसां वेदेष्वनधिकारिणाम् । स्त्रीणां द्विजातिबंधूनां सर्वेषां च शरीरिणाम्

Or, pour les hommes à l’intelligence obtuse, sans droit aux Veda, pour les femmes, pour les proches des deux-fois-nés privés d’habilitation védique, et, en vérité, pour tous les êtres incarnés—

Verse 3

एष साधारणः पंथाः साक्षात्कैवल्यसाधनः । महामुनिजनैः सेव्यो देवैरपि सुपूजितः

Voici la voie commune à tous, moyen direct vers le kaivalya, la délivrance suprême. Elle est suivie par les grands sages et même les dieux la vénèrent avec une haute dévotion.

Verse 4

यत्कथाश्रवणं शंभोः संसारभयनाशनम् । सद्योमुक्तिकरं श्लाघ्यं पवित्रं सर्वदेहिनाम्

Entendre le récit sacré de Śambhu détruit la peur du saṃsāra. Il confère une délivrance immédiate, est digne de louange et purifie tous les êtres incarnés.

Verse 5

अज्ञानतिमिरांधानां दीपोऽयं ज्ञानसिद्धिदः । भवरोगनिबद्धानां सुसेव्यं परमौषधम्

Pour ceux qu’aveugle la nuit de l’ignorance, ceci est une lampe qui donne l’accomplissement de la vraie connaissance. Pour ceux que lie la maladie du devenir, c’est le remède suprême, digne d’être constamment recherché.

Verse 6

महापातकशैलानां वज्रघातसुदारुणम् । भर्जनं कर्मबीजानां साधनं सर्व संपदाम्

C’est un coup de foudre d’une puissance redoutable contre les montagnes des grands péchés; il brûle jusqu’aux semences du karma et devient un moyen d’obtenir toute prospérité bénie.

Verse 7

ये शृण्वंति सदा शम्भोः कथां भुवनपावनीम् । ते वै मनुष्या लोकेस्मिन्रुद्रा एव न संशयः

Ceux qui écoutent sans cesse le récit de Śambhu, purificateur des mondes, ces hommes en ce monde sont véritablement des Rudras; il n’y a là aucun doute.

Verse 8

शृण्वतां शूलिनो गाथां तथा कीर्तयतां सताम् । तेषां पादरजांस्येव तीर्थानि मुनयो जगुः

Des vertueux qui écoutent le récit du Porteur du Trident et le chantent pareillement, les sages ont proclamé que même la poussière de leurs pieds devient un tīrtha, un gué sacré.

Verse 9

तस्मान्निश्रेयसं गन्तुं येभिवांछंति देहिनः । ते शृण्वंतु सदा भक्त्या शैवीं पौराणिकीं कथाम्

Ainsi, les êtres incarnés qui désirent atteindre le bien suprême (niḥśreyasa) doivent, toujours avec dévotion, écouter le récit purāṇique śaiva.

Verse 10

यद्यशक्तः सदा श्रोतुं कथां पौराणिकीं नरः । मुहूर्तं वापि शृणुयान्नियतात्मा दिनेदिने

Si un homme ne peut écouter sans cesse le récit purāṇique, qu’il l’écoute pourtant—maître de lui—ne fût-ce qu’un muhūrta, jour après jour.

Verse 11

अथ प्रतिदिनं श्रोतुमशक्तो यदि मानवः । पुण्यमासेषु वा पुण्ये दिने पुण्यतिथिष्वपि

Et si quelqu’un ne peut écouter chaque jour, qu’il écoute durant les mois saints, ou les jours favorables, et aussi aux tithis, les dates lunaires méritoires.

Verse 12

यः शृणोति कथां रम्यां पुराणैः समुदीरिताम् । स निस्तरति संसारं दग्ध्वा कर्ममहाटवीम्

Quiconque écoute le récit délicieux proclamé dans les Purāṇas franchit le saṃsāra, après avoir brûlé l’immense forêt du karma.

Verse 13

मुहूर्त्तं वा तदर्द्धं वा क्षणं वा पावनीं कथाम् । ये शृण्वंति सदा भक्त्या न तेषामस्ति दुर्गतिः

Que ce soit durant un muhūrta entier, sa moitié, ou ne fût-ce qu’un instant : ceux qui écoutent sans cesse avec dévotion le récit sacré purificateur ne tombent jamais dans une destinée mauvaise.

Verse 14

यत्फलं सर्वयज्ञेषु सर्वदानेषु यत्फलम् । सकृत्पुराणश्रवणात्तत्फलं विंदते नरः

Quel que soit le fruit acquis par tous les yajñas et quel que soit le fruit de tous les dons : en entendant un Purāṇa ne fût-ce qu’une fois, l’homme obtient ce même fruit.

Verse 15

कलौ युगे विशेषेण पुराणश्रवणादृते । नास्ति धर्मः परः पुंसां नास्ति मुक्तिपथः परः

Surtout dans l’âge de Kali, en dehors de l’écoute du Purāṇa, il n’est pour les hommes ni dharma plus élevé, ni voie plus haute menant à la délivrance.

Verse 16

पुराणश्रवणाच्छंभोर्नास्ति संकीर्तनं परम् । अत एव मनुष्याणां कल्पद्रुममहाफलम्

Pour Śambhu (Śiva), il n’est pas de louange plus haute que l’écoute du Purāṇa ; ainsi, pour les hommes, cela devient un grand fruit, tel celui de l’arbre qui exauce les vœux.

Verse 17

कलौ हीनायुषो मर्त्या दुर्बलाः श्रमपीडिताः । दुर्मेधसो दुःखभाजो धर्माचारविवर्जिताः

Dans le Kali Yuga, les mortels ont la vie courte, sont faibles et accablés par la peine ; l’intelligence obscurcie, ils partagent la souffrance et sont privés de la conduite selon le dharma.

Verse 18

इति संचिंत्य कृपया भगवान्बादरायणः । हिताय तेषां विदधे पुराणाख्यं सुधारसम्

Ainsi, après avoir médité avec compassion, le bienheureux Bādarāyaṇa (Vyāsa), pour leur bien, composa le Purāṇa, une quintessence semblable au nectar.

Verse 19

पिबन्नेवामृतं यत्नादेतत्स्यादजरामरः । शम्भोः कथामृतं कुर्यात्कुलमेवाजरामरम्

En buvant avec ardeur l’amṛta, on devient exempt de vieillesse et de mort ; de même, le nectar du récit sacré de Śambhu rend toute la lignée exempte de vieillesse et de mort.

Verse 20

बालो युवा दरिद्रो वा वृद्धो वा दुर्बलोऽपि वा । पुराणज्ञः सदा वन्द्यः पूज्यश्च सुकृतार्थिभिः

Qu’il soit enfant, jeune, pauvre, vieillard ou même faible : celui qui connaît le Purāṇa est toujours digne de vénération et d’hommage de la part de ceux qui recherchent le mérite.

Verse 21

नीचबुद्धिं न कुर्वीत पुराणज्ञे कदाचन । यस्य वक्त्रांबुजाद्वाणी कामधेनुः शरीरिणाम्

Qu’on n’ait jamais une pensée vile envers le connaisseur du Purāṇa, car du lotus de sa bouche la parole s’écoule telle Kāmadhenū, la vache exauçant les vœux des êtres incarnés.

Verse 22

गुरवः संति लोकेषु जन्मतो गुणतस्तथा । तेषामपि च सर्वेषां पुराणज्ञः परो गुरुः

Il existe des gurus dans le monde, par naissance et aussi par vertu ; pourtant, parmi eux tous, le connaisseur du Purāṇa est le Guru suprême.

Verse 23

भवकोटिसहस्रेषु भूत्वाभूत्वावसीदति । यो ददात्यपुनर्वृत्तिं कोऽन्यस्तस्मात्परो गुरुः

Après être né et mort sans cesse au long de dizaines de milliers de crores d’existences, l’être s’abîme dans la lassitude. Celui qui accorde le « non-retour » (délivrance de la renaissance), quel autre Guru serait plus élevé que Lui ?

Verse 24

पुराणज्ञः शुचिर्दांतः शांतो विजितमत्सरः । साधुः कारुण्यवान्वाग्मी वदेत्पुण्यकथां सुधी

Le narrateur avisé doit dire le récit sacré et méritoire : connaisseur des Purāṇa, pur, maître de lui, paisible, sans jalousie, vertueux, compatissant et éloquent.

Verse 25

व्यासासनं समारूढो यदा पौराणिको द्विजः । असमाप्तप्रसंगश्च नमस्कुर्यान्न कस्य चित्

Lorsque le récitant des Purāṇa, le « deux-fois-né », est monté sur le siège de Vyāsa et que l’exposé n’est pas achevé, il ne doit pas se lever pour saluer qui que ce soit.

Verse 26

ये धूर्ता ये च दुर्वृत्ता ये चान्ये विजिगीषवः । तेषां कुटिलवृत्तीनामग्रे नैव वदेत्कथाम्

Devant les rusés, les dépravés et ceux qu’anime le désir de triompher, on ne doit pas dire le récit sacré — à plus forte raison en présence de ceux dont la conduite est tortueuse.

Verse 27

न दुर्जनसमाकीर्णे न शूद्रश्वापदावृते । देशे न द्यूतसदने वदेत्पुण्यकथां सुधीः

Le sage ne doit pas réciter le récit sacré et méritoire dans un lieu rempli de méchants, ni dans une contrée envahie par des parias et des bêtes sauvages, ni dans une maison de jeu.

Verse 28

सद्ग्रामे सुजनाकीर्णे सुक्षेत्रे देवतालये । पुण्ये नदनदीतीरे वदेत्पुण्यकथां सुधीः

Que le sage proclame le récit sacré et méritoire dans un bon village rempli de gens vertueux, en un champ saint ou un lieu consacré, dans le temple des dieux, et sur les rives bénies des fleuves et des ruisseaux.

Verse 29

शिवभक्तिसमायुक्ता नान्यकार्येषु लालसा । वाग्यताः सुश्रवोऽव्यग्राः श्रोतारः पुण्यभागिनः

Les auditeurs pourvus de dévotion à Śiva, sans désir d’autres affaires, retenus dans la parole, attentifs à l’écoute et sans agitation : de tels auditeurs sont de véritables héritiers du mérite.

Verse 30

अभक्ता ये कथां पुण्यां शृण्वंति मनुजाधमाः । तेषां पुण्यफलं नास्ति दुःखं स्याज्जन्मजन्मनि

Ceux qui sont sans foi—les plus bas parmi les hommes—et qui entendent le récit sacré et méritoire n’en reçoivent aucun fruit de mérite ; la souffrance les suivra de naissance en naissance.

Verse 31

पुराणं ये त्वसंपूज्य तांबूलाद्यैरुपायनैः । शृण्वंति च कथां भक्त्या दरिद्राः स्युर्न पापिनः

Même s’ils ne peuvent honorer le Purāṇa par des offrandes telles que le bétel et d’autres présents, ceux qui écoutent l’exposé avec dévotion sont peut-être pauvres, mais non pécheurs.

Verse 32

कथायां कीर्त्यमानायां ये गच्छंत्यन्यतो नराः । भोगांतरे प्रणश्यंति तेषां दाराश्च संपदः

Quand le discours sacré est proclamé, ces hommes qui s’en vont ailleurs—au milieu de leurs jouissances—voient leurs épouses et leurs richesses tomber en ruine.

Verse 33

सोष्णीषमस्तका ये च कथां शृण्वंति पावनीम् । ते बलाकाः प्रजायन्ते पापिनो मनुजाधमाः

Ces pécheurs, les plus vils des hommes, qui écoutent le récit sacré purificateur la tête encore couverte (par irrévérence), renaissent en oiseaux balākā, grues ou hérons.

Verse 34

तांबूलं भक्षयन्तो ये कथां शृण्वंति पावनीम् । स्वविष्ठां खादयंत्येतान्नरके यमकिंकराः

Ceux qui mâchent le tāmbūla (bétel) tout en écoutant l’enseignement sacré purificateur, en enfer les serviteurs de Yama les contraignent à manger leurs propres excréments.

Verse 35

ये च तुंगासनारूढाः कथां शृण्वंति दांभिकाः । अक्षयान्नरकान्भुक्त्वा ते भवंत्येव वायसाः

Et ces hypocrites qui écoutent le discours sacré assis sur un siège élevé : après avoir subi des enfers «sans fin», ils renaissent assurément en corbeaux.

Verse 36

ये च वीरासनारूढा ये च मंचकसंस्थिताः । शृण्वंति सत्कथां ते वै भवंत्यनृजुपादपाः

Ceux qui écoutent le saint récit assis en vīrāsana, ou assis/allongés sur un lit de corde, deviennent des arbres aux «pieds tordus», au tronc et aux branches inégaux.

Verse 37

असंप्रणम्य शृण्वंतो विषवृक्षा भवंति ते । कथां शयानाः शृण्वन्तो भवंत्यजगरा नराः

Ceux qui écoutent sans se prosterner avec révérence deviennent des arbres vénéneux. Et les hommes qui entendent le récit en étant couchés deviennent des serpents ajagara, de grands pythons.

Verse 38

यः शृणोति कथां वक्तुः समानासनमाश्रितः । गुरुतल्पसमं पापं संप्राप्य नरकं व्रजेत्

Celui qui écoute le récit sacré en s’asseyant sur un siège égal à celui du récitant contracte un péché égal à la profanation du lit du guru ; et, chargé de cette faute, il va en enfer.

Verse 39

ये निंदंति पुराणज्ञं कथां वा पापहारिणीम् । ते वै जन्मशतं मर्त्याः शुनका संभवंति च

Ceux qui outragent un connaisseur des Purāṇa, ou le récit sacré lui-même qui efface les péchés, ces mortels renaissent comme chiens durant cent naissances.

Verse 40

कथायां वर्तमानायां ये वदंति नराधमाः । ते गर्दभाः प्रजायन्ते कृकलासास्ततः परम्

Les hommes abjects qui parlent tandis que le récit sacré se déroule naissent comme ânes ; puis, ensuite, comme lézards.

Verse 41

कदाचिदपि ये पुण्यां न शृण्वंति कथां नराः । ते भुक्त्वा नरकान्घोरान्भ वंति वनसूकराः

Les hommes qui, jamais, pas même une seule fois, n’écoutent le récit sacré et méritoire, après avoir souffert d’horribles enfers, deviennent des sangliers.

Verse 42

ये कथामनुमोदन्ते कीर्त्यमानां नरोत्तमाः । अशृण्वंतोऽपि ते यांति शाश्वतं परमं पदम्

Les meilleurs des hommes, qui se réjouissent et donnent leur assentiment au récit sacré lorsqu’il est récité, même sans l’entendre réellement, atteignent l’état suprême et éternel.

Verse 43

कथायां कीर्त्यमानायां विघ्नं कुर्वंति ये शठाः । कोट्यब्दान्नरकान्भुक्त्वा भवंति ग्रामसूकराः

Les fourbes qui suscitent des obstacles lorsque l’on récite le saint récit purānique, après avoir subi les enfers durant un crore d’années, renaissent en porcs de village.

Verse 44

ये श्रावयंति मनुजान्पुण्यां पौराणिकीं कथाम् । कल्पकोटिशतं साग्रं तिष्ठंति ब्रह्मणः पदम्

Ceux qui font entendre aux hommes le saint récit purānique demeurent dans le séjour de Brahmā pendant un plein cent de crores de kalpas.

Verse 45

आसनार्थं प्रयच्छंति पुराणज्ञस्य ये नराः । कम्बलाजिनवासांसि मञ्चं फलकमेव च

Ceux qui procurent un siège au connaisseur des Purāṇa—offrant couvertures, peau de daim, vêtements, un lit de camp ou même une simple planche—acquièrent un grand mérite.

Verse 46

स्वर्गलोकं समासाद्य भुक्त्वा भोगान्यथेप्सितान् । स्थित्वा ब्रह्मादिलोकेषु पदं यांति निरामयम्

Ayant atteint le ciel et goûté les jouissances désirées, puis demeuré dans les mondes de Brahmā et des autres, ils parviennent enfin à l’état suprême, sans tache et sans souffrance.

Verse 47

पुराणज्ञस्य यच्छंति ये सूत्रवसनं नवम् । भोगिनो ज्ञानसंपन्नास्ते भवंति भवेभवे

Ceux qui offrent au connaisseur des Purāṇa un vêtement neuf deviennent, vie après vie, des jouisseurs prospères et comblés de connaissance.

Verse 48

ये महापातकैर्युक्ता उपपातकिनश्च ये । पुराणश्रवणादेव ते यांति परमं पदम्

Même ceux chargés de grands péchés, et même les auteurs de fautes mineures, par le seul fait d’entendre le Purāṇa atteignent l’état suprême.

Verse 49

अत्र वक्ष्ये महापुण्यमितिहासं द्विजोत्तमाः । शृण्वतां सर्वपापघ्नं विचित्रं सुमनोहरम्

Ici je vais exposer un récit sacré d’un très grand mérite, ô meilleurs des deux-fois-nés ; pour ceux qui l’écoutent, il détruit tous les péchés, merveilleux et profondément charmant.

Verse 50

दक्षिणापथमध्ये वै ग्रामो बाष्कलसंज्ञितः । तत्र संति जनाः सर्वे मूढाः कर्मविवर्जिताः

Au cœur du Dakṣiṇāpatha, la contrée du Sud, se trouve un village nommé Bāṣkala. Là, tous les gens sont égarés et privés des devoirs religieux convenables.

Verse 51

न तत्र ब्राह्मणाचाराः श्रुतिस्मृतिपराङ्मुखाः । जपस्वाध्यायरहिताः परस्त्री विषयातुराः

Là, les observances de la conduite brāhmanique font défaut ; ils se détournent de la Śruti et de la Smṛti, sont privés de japa et d’étude, et sont tourmentés par le désir de la femme d’autrui et des objets des sens.

Verse 52

कृषीवलाः शस्त्रधरा निर्देवा जिह्मवृत्तयः । न जानंति परं धर्मं ज्ञानवैराग्यलक्षणम्

Ce ne sont que des laboureurs et des porteurs d’armes, sans dévotion aux dieux et d’une conduite tortueuse ; ils ne connaissent pas le dharma suprême, marqué par la connaissance et le détachement.

Verse 53

स्त्रियश्च पापनिरताः स्वैरि ण्यः कामलालसाः । दुर्बुद्धयः कुटिलगाः सद्गताचारवर्जिताः

Et il est aussi des femmes vouées au péché : livrées à leur caprice, avides des plaisirs des sens ; au jugement perverti et aux voies tortueuses, dépourvues de la discipline de la juste conduite et des bons sentiers.

Verse 54

तत्रैको विदुरो नाम दुरात्मा ब्राह्मणाधमः । आसीद्वेश्यापतिर्योऽसौ सदारोऽपि कुमार्गगः

Là se trouvait un homme nommé Vidura, au cœur mauvais, le plus bas des brāhmaṇas. Il vivait comme souteneur d’une prostituée, et bien qu’il eût une épouse, il suivait encore la voie de l’égarement.

Verse 55

स्वपत्नीं बंदुलां नाम हित्वा प्रतिनिशं तथा । वेश्याभवनमासाद्य रमते स्मरपीडितः

Délaissant sa propre épouse, nommée Bandulā, nuit après nuit il se rendait au logis des courtisanes et s’y abandonnait au plaisir, tourmenté et poussé par Kāma, le dieu du désir.

Verse 56

सापि तस्यांगना रात्रौ वियुक्ता नवयौवना । असहंती स्मरावेशं रेमे जारेण संगता

Et cette jeune épouse, séparée de lui la nuit, ne pouvant supporter l’assaut du désir, prit plaisir en s’unissant à un amant.

Verse 57

तां कदाचिद्दुराचारां जारेण सह संगताम् । दृष्ट्वा तस्याः पतिः क्रोधादभि दुद्राव सत्वरः

Un jour, voyant cette femme de mauvaise conduite unie à son amant, son époux, saisi de colère, se précipita aussitôt vers eux.

Verse 58

जारे पलायिते पत्नीं गृहीत्वा स दुराशयः । संताड्य मुष्टिबंधेन मुहुर्मुहुरताडयत्

Lorsque l'amant s'enfuit, cet homme à l'esprit méchant saisit sa femme et, la frappant à coups de poing, la battit encore et encore.

Verse 59

सा नारी पीडिता भर्त्रा कुपिता प्राह निर्भया । भवान्प्रतिनिशं वेश्यां रमते का गतिर्मम

Affligée par son mari, cette femme, en colère mais sans peur, dit : « Nuit après nuit, tu prends du plaisir avec une courtisane ; quel est donc mon sort ? »

Verse 60

अहं रूपवती योषा नवयौवनशालिनी । कथं सहिष्ये कामार्ता तव संगतिवर्जिता

Je suis une belle femme, parée d'une jeunesse fraîche. Comment puis-je endurer, tourmentée par le désir, d'être privée de ta compagnie ?

Verse 61

इत्युक्तः स तया तन्व्या प्रोवाच ब्राह्मणाधमः । युक्तमेव त्वयोक्तं हि तस्माद्वक्ष्यामि ते हितम्

Ainsi interpellé par cette svelte jeune femme, le misérable Brahmane répondit : « En effet, ce que tu as dit est juste ; je vais donc te dire ce qui est bon pour toi. »

Verse 62

जारेभ्यो धनमाकृष्य तेभ्यो देहि परां रतिम् । तद्धनं देहि मे सर्वं पण्यस्त्रीणां ददामि तत्

Après avoir tiré des richesses d'amants illicites, accorde-leur un plaisir sensuel intense. Ensuite, donne-moi toute cette richesse ; je la remettrai aux courtisanes.

Verse 63

एवं संपूर्यते कामो ममापि च वरानने । तथेति भर्तृवचनं प्रतिजग्राह सा वधूः

«Ainsi mon désir aussi sera comblé, ô toi au beau visage.» Entendant les paroles de son époux, la jeune épouse les accueillit en disant : «Qu’il en soit ainsi.»

Verse 64

एवं तयोस्तु दंपत्योर्दुराचारप्रवृत्तयोः । कालेन निधनंप्राप्तः स विप्रो वृषलीपतिः

Ainsi, comme ce couple s’obstinait dans une conduite perverse, avec le temps le brāhmaṇa—époux d’une femme de basse condition—rencontra la mort.

Verse 65

मृते भर्तरि सा नारी पुत्रैः सह निजालये । उवास सुचिरं कालं किंचिदुत्क्रांतयौवना

Lorsque son époux fut mort, cette femme demeura longtemps dans sa propre demeure avec ses fils, sa jeunesse s’étant quelque peu éloignée.

Verse 66

एकदा दैवयोगेन संप्राप्ते पुण्यपर्वणि । सा नारी बंधुभिः सार्धं गोकर्णं क्षेत्र माययौ

Un jour, par un concours du destin, lorsqu’advint une sainte journée de fête, cette femme se rendit avec ses proches au kṣetra sacré de Gokarṇa.

Verse 67

तत्र तीर्थजले स्नात्वा कस्मिंश्चिद्देवतालये । शुश्राव देवमुख्यानां पुण्यां पौराणिकीं कथाम्

Là, après s’être baignée dans les eaux du tīrtha, elle entendit, dans un certain sanctuaire, un saint récit purāṇique au sujet du plus éminent des dieux.

Verse 68

योषितां जारसक्तानां नरके यमकिंकराः । संतप्तलोहपरिघं क्षिपंति स्मरमंदिरे

En enfer, les serviteurs de Yama jettent des massues de fer rougies au feu sur les femmes attachées à des amants illicites, dans la « demeure de Kāma », supplice né de la convoitise.

Verse 69

इति पौराणिकेनोक्तां सा श्रुत्वा धर्मसंहिताम् । तमुवाच रहस्येषा भीता ब्राह्मणपुंगवम्

Ayant entendu ce recueil de dharma énoncé par le récitant des Purāṇa, elle, saisie de crainte, s’adressa en secret à ce brāhmaṇa éminent.

Verse 70

ब्रह्मन्पापमजानंत्या मयाचरितमुल्बणम् । यौवने कामचारेण कौटिल्येन प्रवर्तितम्

«Ô brāhmaṇa, sans savoir que c’était un péché, j’ai commis dans ma jeunesse une faute terrible, poussée par la conduite de la luxure et par la ruse.»

Verse 71

इदं त्वद्वचनं श्रुत्वापुराणार्थविजृंभि तम् । भीतिर्मे महती जाता शरीरं वेपते मुहुः

«En entendant tes paroles, qui déploient le sens des Purāṇa, une grande peur s’est levée en moi ; mon corps tremble sans cesse.»

Verse 72

धिङ्मां दुरिंद्रियासक्तां पापां स्मरविमोहिताम् । अल्पस्य यत्सुखस्यार्थे घोरां यास्यामि दुर्गतिम्

«Honte à moi, pécheresse, attachée à des sens mauvais, égarée par la passion ! Pour un mince plaisir, je tomberai dans une perdition terrible.»

Verse 73

कथं पश्यामि मरणे यमदूतान्भयंकरान् । कथं पाशैर्बलात्कंठे बध्यमाना धृतिं लभे

Comment, à l’heure de la mort, verrai-je les terribles messagers de Yama ? Et lorsque, de force, leurs lacets m’étrangleront le cou, comment trouverai-je la stabilité de l’esprit ?

Verse 74

कथं सहिष्ये नरके खंडशो देहकृंतनम । पुनः कथं पतिष्यामि संतप्ता क्षारकर्दमे

Comment supporterai-je, en enfer, que mon corps soit taillé en morceaux ? Et de nouveau, brûlé par la douleur, comment serai-je précipité dans la boue caustique et salée ?

Verse 75

कथं च योनिलक्षेषु क्रिमिकीटखगादिषु । परिभ्रमामि दुःखौघात्पीड्यमाना निरंतरम्

Et comment errerai-je à travers des centaines de milliers de naissances—parmi vers, insectes, oiseaux et autres—sans cesse accablé par un déluge de souffrance ?

Verse 76

कथं च रोचते मह्यमद्यप्रभृति भोजनम् । रात्रौ कथं च सेविष्ये निद्रां दुःखपरिप्लुता

Et comment la nourriture pourrait-elle encore me plaire dès ce jour ? Et la nuit, comment m’abandonnerai-je au sommeil, moi que la douleur submerge ?

Verse 77

हाहा हतास्मि दग्धास्मि विदीर्णहृदयास्मि च । हा विधे मां महापापे दत्त्वा बुद्धिमपातयः

Hélas, hélas ! Je suis perdu, je suis consumé, et mon cœur est déchiré. Ô Destin, après m’avoir donné l’intelligence, pourquoi m’as-tu précipité dans le grand péché ?

Verse 78

पततस्तुंगशैलाग्राच्छूलाक्रांतस्य देहिनः । यद्दुःखं जायते घोरं तस्मात्कोटिगुणं मम

La douleur terrible qui naît pour un être vivant tombant du sommet d’une haute montagne et transpercé par une lance—ma souffrance est un million de fois plus grande que cela.

Verse 79

अश्वमेधायुतं कृत्वा गंगां स्नात्वा शतं समाः । न शुद्धिर्जायते प्रायो मत्पापस्य गरीयसः

Quand bien même j’accomplirais dix mille sacrifices d’Aśvamedha et me baignerais dans la sainte Gaṅgā durant cent ans, la purification naîtrait à peine pour mon lourd péché.

Verse 80

किं करोमि क्व गच्छामि कं वा शरणमाश्रये । को वा मां त्रायते लोके पतंती नरकार्णवे

Que faire, où aller, et de qui prendre refuge ? Qui, en ce monde, me sauvera tandis que je sombre dans l’océan de l’enfer ?

Verse 81

त्वमेव मे गुरुर्ब्रह्मंस्त्वं माता त्वं पितासि च । उद्धरोद्धर मां दीनां त्वामेव शरणं गताम्

Toi seul es mon guru, ô Brahman ; tu es ma mère, et tu es aussi mon père. Relève-moi, relève-moi, moi la démunie, venue à toi seul en refuge.

Verse 82

इति तां जातनिर्वेदां पतितां चरणद्वये । उत्थाप्य कृपया धीमान्बभाषे द्विजपुंगवः

Ainsi, la voyant saisie de repentir et tombée à ses deux pieds, le sage, le meilleur des brāhmaṇas, la releva avec compassion et parla.

Verse 83

ब्राह्मण उवाच । दिष्ट्या काले प्रबुद्धासि श्रुत्वेमां महतीं कथाम् । मा भैषीस्तव वक्ष्यामि गतिं चैव सुखावहाम्

Le brāhmane dit : «Par heureuse fortune, tu t’es éveillée au moment opportun, après avoir entendu ce grand récit sacré. Ne crains point ; je t’enseignerai la voie et la destinée qui apportent la vraie félicité.»

Verse 84

सत्कथाश्रवणादेव जाता ते मतिरीदृशी । इंद्रियार्थेषु वैराग्यं पश्चात्तापो महानभूत्

«Rien qu’en écoutant un récit véridique et saint, une telle intelligence s’est levée en toi ; le détachement à l’égard des objets des sens est apparu, et un grand repentir est né.»

Verse 85

पश्चात्तापो हि सर्वेषामघानां निष्कृतिः परा । तेनैव कुरुते सद्यः प्रायश्चित्तं सुधीर्नरः

«En vérité, le repentir est l’expiation suprême de toutes les fautes. Par ce repentir même, l’homme sage accomplit aussitôt la pénitence véritable.»

Verse 86

प्रायश्चित्तानि सर्वाणि कृत्वा च विधिवत्पुनः । अपश्चात्तापिनो नार्या न यांति गतिमुत्तमाम्

«Même après avoir accompli selon le rite toutes les expiations prescrites, ceux qui sont sans repentir n’atteignent pas l’état suprême.»

Verse 87

सत्कथाश्रवणान्नित्यं संयाति परमां गतिम् । पुण्यक्षेत्रनिवासाच्च चित्तशुद्धिः प्रजायते

«En écoutant sans cesse l’enseignement sacré, on parvient au but suprême ; et en demeurant dans un lieu saint (puṇya-kṣetra), la pureté du cœur et de l’esprit prend naissance.»

Verse 88

यथा सत्कथया नित्यं संयाति परमां गतिम् । तथान्यैः सद्व्रतैर्जंतोर्नभवेन्मतिरुत्तमा

De même que, par l’écoute constante du récit sacré, on atteint la suprême destinée, de même, par d’autres vœux vertueux seuls, l’intelligence de l’homme ne s’exalte pas ainsi.

Verse 89

यथा मुहुः शोध्यमानो दर्पणो निर्मलो भवेत् । तथा सत्कथया चेतो विशुद्धिं परमां व्रजेत्

De même qu’un miroir devient sans tache lorsqu’on le nettoie sans cesse, ainsi l’esprit, par le récit sacré, parvient à la pureté suprême.

Verse 90

विशुद्धे चेतसि नृणां ध्यानं सिध्यत्युमापतेः । ध्यानेन सर्वं मलिनं मनोवाक्कायसंभृतम्

Lorsque l’esprit des hommes est purifié, la méditation sur Umāpati (Śiva, Seigneur d’Umā) s’accomplit. Par la méditation, toute souillure amassée par la pensée, la parole et le corps est ôtée.

Verse 91

सद्यो विधूय कृतिनो यांति शम्भोः परं पदम् । अतः संन्यस्तपुण्यानां सत्कथा साधनं परम्

Aussitôt les souillures secouées, les bienheureux vont au séjour suprême de Śambhu (Śiva). Ainsi, pour ceux qui ont renoncé à ne compter que sur le mérite, le récit sacré est le moyen suprême.

Verse 92

कथया सिध्यति ध्यानं ध्यानात्कैवल्यमुत्तमम् । असिद्धपरमध्यानः कथामेतां शृणोति यः । सोऽन्यजन्मनि संप्राप्य ध्यानं याति परां गतिम्

Par le récit sacré, la méditation s’accomplit; de la méditation naît le Kaivalya suprême, la délivrance en solitude. Même celui qui n’a pas encore atteint la méditation la plus haute, s’il écoute ce récit sacré, dans une autre naissance obtiendra la méditation et parviendra à la destinée suprême.

Verse 93

नामोच्चारणमात्रेण जप्त्वा मंत्रमजामिलः । पश्चात्तापसमायुक्तस्त्ववाप परमां गतिम्

Par la seule profération du Nom, Ajāmila ‘récita’ le mantra ; puis, saisi de repentir, il atteignit l’état suprême.

Verse 94

सर्वेषां श्रेयसां बीजं सत्कथाश्रवणं नृणाम् । यस्तद्विहीनः स पशुः कथं मुच्येत बन्धनात्

Pour les hommes, la semence de tout vrai bien est l’écoute des récits sacrés. Celui qui en est privé est tel une bête : comment serait-il délivré des liens ?

Verse 95

अतस्त्वमपि सर्वेभ्यो विषयेभ्यो निवृत्तधीः । भक्तिं परां समाधाय सत्कथां शृणु सर्वदा । शृण्वंत्याः सत्कथां नित्यं चेतस्ते शुद्धिमेष्यति

Ainsi toi aussi, l’intelligence retirée de tous les objets des sens, établis la dévotion suprême et écoute sans cesse le récit sacré. En l’écoutant chaque jour, ton esprit parviendra à la pureté.

Verse 96

तेन ध्यायसि विश्वेशं ततो मुक्तिमवाप्स्यसि । ध्यायतः शिवपादाब्जं मुक्तिरेकेन जन्मना

Par là tu méditeras Viśveśa, le Seigneur de l’univers, et alors tu obtiendras la délivrance. Pour celui qui contemple les pieds-lotus de Śiva, la mokṣa vient en une seule existence.

Verse 97

भविष्यति न सन्देहः सत्यं सत्यं वदाम्यहम् । इत्युक्ता तेन विप्रेण सा नारी बाष्पसंकुला

«Cela adviendra sans nul doute ; vérité, vérité je dis.» Ainsi parlée par ce brāhmane, la femme fut submergée de larmes.

Verse 98

पतित्वा पादयोस्तस्य कृतार्थास्मीत्यभाषत । तस्मिन्नेव महाक्षेत्रे तस्मादेव द्विजोत्तमात्

Tombant à ses pieds, elle dit : « Mon dessein est accompli. » Dans ce même grand champ sacré, de ce même brāhmaṇa éminent, elle reçut encore des enseignements.

Verse 99

शुश्राव सत्कथां साध्वीं कैवल्यफल दायिनी । स उवाच द्विजस्तस्यै कथां वैराग्यबृंहिताम्

Elle entendit un récit saint et vertueux, dispensateur du fruit du kaivalya, la délivrance absolue. Alors ce brāhmaṇa lui adressa un enseignement affermi par le vairāgya, le détachement.

Verse 100

यां श्रुत्वा मनुजः सद्यस्त्यजेद्विषयवासनाम् । तस्याश्चित्तं यथा शुद्धं वैराग्यरसगं यथा

En l’entendant, l’homme renoncerait aussitôt aux désirs des objets du monde. Et son esprit devint pur, comme plongé dans la saveur même du vairāgya, le détachement.

Verse 110

इत्थं प्रतिदिनं भक्त्या प्रार्थयंती महेश्वरम् । शृण्वंती सत्कथां सम्यक्कर्मबंधं समाच्छिनत्

Ainsi, jour après jour, avec dévotion elle priait Maheśvara ; et, écoutant avec justesse le saint enseignement, elle trancha entièrement les liens du karma.

Verse 120

देव्युवाच । सोऽस्मत्कथां महापुण्यां कदाचिच्छृणुयाद्यदि । निस्तीर्य दुर्गतिं सर्वामिमं लोकं प्रयास्यति

La Déesse dit : « Si quelqu’un venait un jour à entendre ce récit nôtre, d’un mérite immense, ayant franchi toute infortune et tout destin mauvais, il atteindra ce monde béni. »

Verse 130

विमानमारुह्य स दिव्यरूपधृक्स तुंबुरुः पार्श्वगतः स्वकांतया । गायन्महेशस्य गुणान्मनोरमाञ्जगाम कैवल्यपदं सनातनम्

Monté sur un vimāna céleste, Tumburu—rayonnant d’une forme divine—s’avança, sa bien-aimée à ses côtés. Chantant les grâces enchanteresses de Maheśa (Śiva), il atteignit l’état éternel de kaivalya, la délivrance ultime.

Verse 136

विविधगुणविभेदैर्नित्यमस्पृष्टरूपं जगति च बहिरंतर्वा समानं महिम्ना । स्वमहसि विहरंतं वाङ्मनोवृत्तिदूरं परमशिवमनंतानंदसांद्रं प्रपद्ये

Je prends refuge en Paramaśiva : dont la forme demeure à jamais intacte, au-delà de toutes les distinctions des guṇa ; dont la majesté est identique au-dedans et au-dehors du monde ; qui se meut dans sa propre splendeur, hors d’atteinte de la parole et des mouvements du mental, compact d’une béatitude infinie.