
Brahmottara Khanda
In this sub-division, sacred geography is articulated through the prominence of Śaiva kṣetras, especially the coastal pilgrimage sphere of Gokarṇa (गोकर्ण). The discourse treats the site as a concentrated field of ritual efficacy, where darśana (seeing the liṅga), upavāsa (fasting), jāgaraṇa (night vigil), and bilva-patra arcana (bilva-leaf offering) are framed as high-impact devotional technologies. The narrative also situates kingship and social order within tīrtha practice: the ruler’s moral crisis becomes legible and resolvable through movement across places, culminating in a sage-mediated redirection toward Gokarṇa as a purificatory destination.
22 chapters to explore.

शैवपञ्चाक्षरी-मन्त्र-माहात्म्यं तथा गुरूपदेश-प्रभावः (The Glory of the Śaiva Pañcākṣarī and the Efficacy of Guru-Initiated Japa)
Le chapitre s’ouvre par des versets d’invocation et d’hommage (incluant la révérence à Gaṇeśa et à Śiva), puis se poursuit en dialogue : les Ṛṣi demandent à Sūta de raconter Tripuradviṣ (Śiva, destructeur de Tripura), la grandeur des dévots de Śiva et la puissance des mantras qui s’y rattachent. Sūta répond que la bhakti sans motif envers l’écoute et le récit de l’Īśvara-kathā est le bien suprême, et il place le japa au rang le plus élevé des sacrifices. L’enseignement se concentre sur le mantra śaiva Pañcākṣarī, proclamé mantra suprême, source de libération et de pureté, dont le sens s’accorde au Vedānta. Il est dit qu’avec une intention juste et une pureté intérieure, il ne dépend pas d’auxiliaires compliqués tels que le choix d’un moment précis ou des rites extérieurs. Sont aussi cités des lieux exemplaires pour le japa : Prayāga, Puṣkara, Kedāra, Setubandha, Gokarṇa et Naimiṣāraṇya. Vient ensuite un récit illustratif : un roi valeureux de Mathurā épouse la princesse Kalāvatī. Lorsqu’il cherche l’intimité sans respecter son vœu et sa pureté, il subit une conséquence saisissante et s’enquiert de sa cause. La reine explique que, dans son enfance, le sage Durvāsā lui a transmis la Pañcākṣarī, rendant son corps protégé par le rite ; elle reproche aussi au roi son manque de pureté quotidienne et de discipline dévotionnelle. Désireux de se purifier, le roi s’approche du guru Garga. Celui-ci le mène sur la rive de la Yamunā, établit l’assise et l’orientation correctes, puis confère le mantra en posant la main sur la tête du roi. Les souillures karmiques sont figurées par des corbeaux quittant le corps et étant détruits ; le guru y voit la combustion des péchés accumulés par la dhāraṇā du mantra. Le chapitre se clôt en réaffirmant l’efficacité totale et l’accessibilité de ce mantra pour les chercheurs de mokṣa.

माघकृष्णचतुर्दशी-व्रतप्रशंसा तथा कल्मषाङ्घ्रिराजोपाख्यानम् (Praise of the Māgha Kṛṣṇa Caturdaśī observance and the legend of King Kalmaṣāṅghri)
Le chapitre s’ouvre sur un enseignement de Sūta affirmant la puissance purificatrice suprême du culte de Śiva, présenté comme le prāyaścitta le plus élevé, capable d’effacer même des fautes dites « tenaces » ou persistantes. Il exalte ensuite l’observance de la caturdaśī sombre de Māgha : jeûne (upavāsa), veille nocturne (jāgaraṇa), darśana du Śiva-liṅga et, surtout, offrande de feuilles de bilva, dont les fruits sont comparés à ceux de grands sacrifices et de longs bains dans les tīrtha. Vient alors un récit exemplaire : un roi vertueux de la lignée d’Ikṣvāku (plus tard nommé Kalmaṣāṅghri) nomme sans le savoir un rākṣasa déguisé, ce qui entraîne une offense envers Vasiṣṭha et une malédiction limitée dans le temps le transformant en rākṣasa. Sous cette forme, il commet une faute terrible (dévorer le fils d’un sage) ; l’épouse endeuillée prononce un śāpa puissant qui restreint la vie conjugale future du roi, tandis que la Brahmahatyā personnifiée le poursuit. En quête de délivrance, le roi parcourt de nombreux tīrtha sans obtenir de rémission, jusqu’à rencontrer Gautama. Celui-ci lui révèle que Gokarṇa est un kṣetra unique : l’entrée même et le darśana y procurent une purification immédiate, et les rites accomplis en ce lieu donnent des mérites surpassant ceux acquis ailleurs sur d’immenses durées. Le chapitre relie ainsi karma, malédiction et repentir à une géographie du remède (Gokarṇa) et à la pratique des vrata et pūjā śaiva.

चाण्डाल्याः पूर्वकर्मविपाकः, गोकर्णे बिल्वार्पणप्रभावः, शिवानुग्रहकथा (Karmic Ripening and Śiva’s Grace through a Bilva Offering at Gokarṇa)
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue : un roi interroge le sage Gautama au sujet d’un événement remarquable observé en voyage. Gautama raconte qu’à midi, près d’un lac d’une grande pureté, il vit une vieille caṇḍālī, aveugle et gravement malade, accablée d’une détresse extrême. Tandis qu’il la regardait avec compassion, un vimāna éclatant apparut, portant quatre serviteurs de Śiva munis d’emblèmes śaivas. Gautama s’étonne que des envoyés divins s’approchent d’une personne socialement rejetée et tenue pour moralement déchue. Les Śivadūtas exposent alors la loi du karma à travers le récit d’une vie antérieure : elle fut jadis une jeune brahmine, devint veuve, puis entra dans des relations transgressives, adopta la consommation de viande et d’alcool, et commit une faute grave en tuant un veau et en tentant de dissimuler l’acte. Après la mort, elle subit des châtiments et renaît caṇḍālī, aveugle et affligée, vivant dans la privation. Le récit met ensuite en lumière la sainteté du temps et du lieu. Lors d’un pèlerinage vers Gokarṇa à une tithi de Śiva, elle mendie de la nourriture ; un voyageur lui jette un petit rameau de bilva, qu’elle refuse car il n’est pas comestible, mais qui tombe par hasard sur un Śiva-liṅga la nuit de Śiva-caturdaśī, dans le contexte du jeûne et de la veille. Cette offrande involontaire de bilva, accordée au lieu sacré de Gokarṇa et au moment propice, devient le fondement de la grâce compatissante de Śiva qui l’élève malgré le poids de son karma. Le chapitre s’achève en célébrant le māhātmya du culte de Śiva : même une offrande minime peut être d’une grande puissance dans l’économie de la grâce, tout en maintenant que la souffrance procède de la maturation des actes passés.

चतुर्दशी-शिवपूजा-माहात्म्यं (The Glory of Śiva Worship on Caturdaśī and the Karmic Power of Darśana)
Sūta introduit un récit « extraordinaire » sur la grandeur de Śiva, affirmant que la Śiva-pūjā est un moyen décisif de franchir « l’océan du démérite » pour ceux qui sont absorbés par les objets des sens. Le chapitre raconte l’histoire du roi Vimardana, des régions kirāta : malgré des habitudes violentes et des excès moraux, il rend un culte régulier à Śiva, surtout le quatorzième jour lunaire (caturdaśī) des deux quinzaine claire et sombre, célébrant par le chant et la danse. La reine Kumudvatī s’étonne de la contradiction apparente entre sa conduite et sa dévotion. Le roi explique les résidus karmiques de ses vies antérieures : il fut jadis un chien qui, cherchant de la nourriture, fit à maintes reprises la circumambulation (pradakṣiṇā) d’un temple de Śiva et, chassé puis frappé, mourut à la porte du sanctuaire ; par cette proximité et ces tours répétés, il obtint une naissance royale. Il attribue aussi sa tri-kāla-jñatva—connaissance du passé, du présent et du futur—au fait d’avoir vu le culte de caturdaśī et la fête des lampes. Il rappelle encore la naissance antérieure de la reine : une colombe en fuite devant un prédateur, qui tourna autour d’un sanctuaire de Śiva et y mourut, d’où sa naissance actuelle. Le roi prophétise ensuite une suite de renaissances communes à travers plusieurs royaumes, aboutissant au renoncement ascétique, à la réception du brahma-jñāna d’Agastya et à l’accès conjoint à la demeure suprême de Śiva. La phalaśruti conclut que l’écoute ou la récitation de ce māhātmya mène à l’état le plus élevé.

Śiva-bhakti-mahātmya and the Legend of Candrasena and Śrīkara (Ujjayinī–Mahākāla Context)
Le chapitre s’ouvre par une louange doctrinale de Śiva, présenté comme guru, divinité, parent, Soi intérieur et principe vital. Il affirme que les offrandes, le japa (récitation de mantras) et le homa (oblation au feu), lorsqu’ils ont Śiva pour objet, donnent des fruits inépuisables, attestés par l’autorité des Āgama. Il développe aussi l’idée que la plus petite offrande, faite avec bhakti, s’amplifie spirituellement, et que la dévotion exclusive à Śiva délivre des liens. Le récit se déplace ensuite à Ujjayinī : le roi Candrasena adore Mahākāla. Son allié Maṇibhadra lui accorde la pierre cintāmaṇi, exauçant les vœux, ce qui suscite la jalousie d’autres rois et mène à un siège. Candrasena se réfugie en Mahākāla par une adoration inébranlable. Parallèlement, un jeune vacher, inspiré par la pūjā royale, façonne un liṅga simple et accomplit un culte improvisé ; bien que sa mère interrompe le rite, la faveur de Śiva se manifeste : le campement devient soudain un temple resplendissant de Śiva et le foyer s’emplit de prospérité. Le prodige apaise les rois ennemis, qui renoncent à la violence, honorent Mahākāla et récompensent l’enfant. Hanumān apparaît, enseigne qu’aucun refuge ne surpasse la Śiva-pūjā, nomme l’enfant Śrīkara et annonce une prophétie de lignée tournée vers l’avenir. La conclusion énonce le phala : ce récit est dit secret, purificateur, source de renommée et accroissant la dévotion.

प्रदोषपूजामाहात्म्यं तथा विदर्भराजवंशोपाख्यानम् (The Glory of Pradoṣa Worship and the Vidarbha Royal Legend)
Le chapitre 6 s’ouvre sur la demande des ṛṣi à Sūta d’éclaircir l’efficacité spirituelle du culte de Śiva au moment du pradōṣa (le crépuscule du treizième jour lunaire). Sūta affirme que le pradōṣa est un temps privilégié où Mahādeva doit être adoré tout particulièrement par ceux qui recherchent les quatre buts de l’existence (caturvarga : dharma, artha, kāma, mokṣa). Il recommande donc la pūjā, le japa, le homa et la récitation des qualités de Śiva comme disciplines à la fois éthiques et rituelles. Le texte déploie ensuite une cosmographie dévotionnelle : au pradōṣa, Śiva danse au Kailāsa, dans sa demeure d’argent, entouré des devas et des êtres célestes ; l’adoration à cette heure est ainsi tenue pour hautement méritoire. Vient alors un récit exemplaire de la lignée royale du Vidarbha : le roi Satyratha est vaincu et tué ; la reine s’enfuit, enfante, puis est emportée par un crocodile, laissant le nourrisson abandonné. Une femme brāhmane nommée Umā découvre l’enfant et l’élève avec son propre fils. Le sage Śāṇḍilya révèle l’origine royale de l’enfant et explique la causalité karmique des malheurs : l’interruption ou la négligence du culte de Śiva au pradōṣa, jointe à des manquements éthiques, engendre pauvreté et calamités au fil des naissances ; le remède est de revenir, avec bhakti, prendre refuge (śaraṇa) en Śaṅkara.

प्रदोषकाले शिवपूजाविधिः (Pradoṣa-Time Procedure for Śiva Worship)
Le chapitre 7 présente un canevas liturgique précis pour le culte de Śiva au moment du pradoṣa (le crépuscule), enseigné par le sage Śāṇḍilya en réponse à la question d’une femme brāhmane, tandis que Sūta encadre la transmission. Il commence par les disciplines préparatoires : jeûne le 13ᵉ jour de la quinzaine, bain avant le coucher du soleil, pureté, et retenue de la parole. Vient ensuite l’« ingénierie » rituelle : purification de l’aire de culte, tracé du maṇḍala, disposition des instruments, invocation du pīṭha, accomplissement de l’ātmā-śuddhi et de la bhūta-śuddhi, prāṇāyāma, mātṛkā-nyāsa et visualisation de la divinité. Des dhyānas détaillés décrivent Śiva selon l’iconographie de Candrasekhara et Pārvatī, puis l’āvaraṇa-pūjā est ordonnée selon les directions avec puissances associées, divinités, siddhis et figures protectrices. Le chapitre prescrit ensuite les upacāras : abhiṣeka avec pañcāmṛta, eaux de tīrtha et récitation du Rudra-sūkta ; offrandes de fleurs (dont la bilva), encens, lampe, naivedya, homa, et prières finales pour être délivré des dettes, du péché, de la pauvreté, de la maladie et de la peur. Il se clôt par l’affirmation du fruit : la pūjā à Śiva efface de lourdes fautes, souligne la gravité de s’approprier les biens de Śiva, et raconte la réussite concrète des dévots instruits—jusqu’à la découverte d’un trésor et d’autres grâces—faisant de la discipline rituelle une règle éthique et un instrument de délivrance.

Somavāra-Śivapūjā Māhātmya and the Narrative of Sīmantinī & Candrāṅgada
Le chapitre 8 s’ouvre sur l’exposé doctrinal de Sūta : ceux qui connaissent le Śiva-tattva comme éternel, paisible et au-delà de toute construction conceptuelle atteignent l’état suprême ; même ceux qui demeurent attachés aux objets des sens peuvent progresser grâce à la pūjā karmamaya, discipline accessible fondée sur l’acte rituel. Le texte précise ensuite la valeur du culte de Somavāra (le lundi) rendu à Śiva—avec jeûne, pureté, maîtrise de soi et rites accomplis selon la règle—comme moyen sûr d’obtenir à la fois des accomplissements mondains et l’apavarga (la délivrance). Vient alors un récit exemplaire : en Āryāvarta, Sīmantinī, fille du roi Citravarman, est louée par des brāhmanes astrologues, mais une autre prédiction annonce son veuvage à quatorze ans. Cherchant un remède, elle consulte Maitreyī, épouse de Yājñavalkya, qui prescrit le vœu du lundi pour adorer Śiva et Gaurī, avec offrandes et repas donnés aux brāhmanes ; elle détaille la logique des upacāras—abhiṣeka, gandha, mālya, dhūpa, dīpa, naivedya, tāmbūla, namaskāra, japa, homa—et les fruits qui leur sont attribués. Malgré la tragédie—son époux Candrāṅgada disparaît dans la Yamunā—elle demeure fidèle à son vœu. En parallèle, le chapitre évoque des troubles politiques et la survie de Candrāṅgada dans le royaume nāga de Takṣaka ; sa confession explicite de foi śaiva impressionne Takṣaka, qui lui apporte aide et retour. Ainsi se confirme l’affirmation que la bhakti envers Śiva protège jusque dans l’adversité extrême, et le chapitre se clôt en annonçant une suite sur la grandeur du Somavāra-vrata.

Sīmantaṇī-prabhāvaḥ — Somavāra-Śiva–Ambikā-pūjāyāḥ kathā (The Efficacy of Queen Sīmantaṇī’s Devotion)
Les ṛṣi demandent un nouveau récit instructif, et Sūta rapporte un épisode survenu au Vidarbha. Deux brāhmaṇa très liés, Vedamitra et Sārasvata, élèvent leurs fils Sumedhā et Somavān, qui deviennent savants dans le Veda, les sciences auxiliaires, l’itihāsa–purāṇa et le dharmaśāstra. Manquant de moyens pour préparer un mariage, ils sollicitent l’aide du roi du Vidarbha. Le roi propose alors un dessein moralement périlleux : qu’un des jeunes hommes se déguise en femme afin que tous deux puissent entrer dans l’assemblée de culte du lundi (Somavāra) de la reine de Niṣadha, Sīmantaṇī, y recevoir de somptueux dons et revenir riches. Les deux jeunes gens s’y opposent, invoquant la tromperie, la ruine de l’honneur social et la perte des mérites acquis ; mais le roi exige l’obéissance à l’ordre royal. Somavān est transformé en une forme féminine convaincante, nommée Sāmavatī, et le duo se présente comme un « couple » au rassemblement rituel, où brāhmaṇa et épouses sont honorés par offrandes et dāna. Après la pūjā, la reine s’éprend de la jeune femme apparente, déclenchant une crise de désir et un trouble de l’ordre social. Sumedhā admoneste Sāmavatī par des raisons de dharma, reconnaissant la faute née d’une dissimulation imposée. L’affaire parvient au roi ; des sages expliquent que l’efficacité de la dévotion à Śiva–Pārvatī et la volonté divine ne se renversent pas aisément. Le roi accomplit une observance austère et des louanges à Ambikā ; la Déesse apparaît et accorde une issue : Sāmavatī demeurera comme fille de Sārasvata et deviendra l’épouse de Sumedhā, tandis que Sārasvata recevra un autre fils par la grâce de la Déesse. Le chapitre s’achève en soulignant l’étonnant prabhāva des bhakta de Śiva et l’enseignement que la bhakti, située dans un cadre rituel et éthique, peut réordonner les conséquences même au milieu de l’erreur humaine.

ऋषभशिवयोग्युपदेशः, भस्ममन्त्रप्रभावश्च (Ṛṣabha’s Śiva-yogic instruction and the efficacy of consecrated ash)
Sūta raconte un épisode « merveilleux » centré sur Śiva, montrant que la dévotion et la révérence envers un yogin accompli peuvent infléchir la trajectoire du karma. À Avanti, un brāhmaṇa nommé Mandara, habitué aux plaisirs des sens et négligeant les rites quotidiens, vit avec la courtisane Piṅgalā. Lorsque le Śiva-yogin Ṛṣabha arrive, tous deux l’accueillent selon l’hospitalité rituelle—lavement des pieds, offrande d’arghya, nourriture et service—accomplissant ainsi un mérite décisif au milieu d’une conduite déchue. Après leur mort, les effets karmiques se déploient en renaissances et souffrances : le brāhmaṇa renaît dans un contexte royal à Daśārṇa, mais une affliction liée au poison tourmente mère et enfant, conduisant à l’abandon et aux épreuves de la forêt. Ils sont finalement recueillis par le riche marchand Padmākara, pourtant l’enfant meurt. Ṛṣabha reparaît comme guérisseur du chagrin et maître, enseignant longuement l’impermanence, les guṇa, le karma, le kāla et l’inéluctabilité de la mort ; il conclut par la śaraṇāgati auprès de Śiva—Mṛtyuñjaya, Umāpati—et par la pratique de la méditation sur Śiva comme remède à la douleur et à la renaissance. Puis, grâce à la bhasma consacrée par le mantra de Śiva, il ranime l’enfant et guérit la mère et le fils, leur accordant un corps divinisé et une destinée favorable. L’enfant est nommé Bhadrāyu, et il est prédit qu’il obtiendra renommée et royauté.

Ṛṣabha-Śivayogin’s Dharma-Saṅgraha and Śaiva Devotional Discipline (Ethical Compendium)
Le chapitre 11 s’ouvre sur la poursuite, par Sūta, d’un récit karmique et social : la courtisane Piṅgalā, déjà mentionnée, renaît sous le nom de Kīrtimālinī, fille de Sīmantiṇī, remarquable par sa beauté et ses vertus. Parallèlement, un prince et le fils d’un marchand, Sunaya, grandissent comme compagnons intimes ; ils reçoivent les saṃskāras requis (dont l’upanayana) et étudient diverses disciplines dans une conduite irréprochable. Lorsque le prince atteint seize ans, le yogin śaiva Ṛṣabha arrive au palais ; la reine et le prince se prosternent à maintes reprises et lui offrent une hospitalité respectueuse. La reine le supplie d’accepter le prince et de le guider comme maître et protecteur plein de compassion. Ṛṣabha délivre alors un dharma-saṅgraha structuré : le dharma s’enracine dans śruti–smṛti–purāṇa et se pratique selon le varṇāśrama ; dévotion et révérence envers la vache, la divinité, le guru et le brāhmaṇa ; véracité (avec une exception étroite pour protéger vaches et brāhmaṇas) ; renoncement au désir illicite pour les biens ou l’épouse d’autrui, et évitement de la colère, de la tromperie, de la médisance et de la violence inutile ; vie disciplinée—modération du sommeil, de la parole, de la nourriture et des divertissements ; éloignement des fréquentations nuisibles et recherche de bons conseils ; protection des faibles et non-violence envers celui qui demande refuge ; générosité même dans l’épreuve et quête d’une bonne renommée (satkīrti) comme ornement moral ; éthique du gouvernement—considérer temps, lieu, capacité, prévenir le tort et contenir les criminels par une politique juste ; enfin, règle quotidienne de dévotion à Śiva : pureté matinale, salutations au guru et aux dieux, offrande de nourriture à Śiva, consécration de tous les actes à Śiva, souvenir constant, port du rudrākṣa et des marques de tripuṇḍra, et japa du mantra pañcākṣara. Le chapitre se clôt en annonçant un enseignement à venir : un kavaca śaiva, secret purānique qui efface le péché et accorde protection.

Śivamaya Kavaca (Śaiva Protective Armour): Meditation, Nyāsa, Directional Guardianship, and Phalaśruti
Ce chapitre présente un « kavaca » śaiva d’ordre technique, attribué à Ṛṣabha comme locuteur. Il s’ouvre sur un protocole rituel et intérieur : salut à Mahādeva, assise en un lieu purifié, préparation de la posture, maîtrise des sens et contemplation continue de Śiva l’impérissable. Vient ensuite la visualisation de Mahādeva dans le lotus du cœur, puis la protection par le ṣaḍakṣara-nyāsa et la mise en place du kavaca. La litanie protectrice est structurée en associant les formes de Śiva à (a) l’environnement et aux éléments — terre, eau, feu, etc. ; (b) aux directions, par les cinq faces de Śiva : Tatpuruṣa, Aghora, Sadyojāta, Vāmadeva, Īśāna ; (c) au corps du pratiquant de la tête aux pieds ; et (d) aux segments du temps, veilles du jour et de la nuit. Une longue invocation de type mantra culmine en demandes de sauvegarde totale, d’éloignement des afflictions et des périls, et se conclut par la phalaśruti : le porter ou le réciter régulièrement dissipe les obstacles, apaise la souffrance et soutient longévité et auspices. Le cadre narratif passe enfin à Sūta, rapportant que Ṛṣabha investit un prince de cendre consacrée, d’une conque et d’une épée, en décrivant leurs effets sur la force, le courage et la dissuasion des ennemis, et en scellant une assurance royale de victoire et de bon gouvernement.

भद्रायोः पराक्रमः — The Valor of Bhadrāyu and the Restoration of Daśārṇa
Sūta raconte une crise politique : le roi magadha Hemaratha envahit Daśārṇa, pille les richesses, incendie les demeures et capture des femmes ainsi que les dépendants de la maison royale. Le roi Vajrabāhu tente de résister, mais il est submergé, désarmé et ligoté ; la cité est prise et dépouillée avec méthode. Le prince Bhadrāyu, apprenant la capture de son père et la ruine du royaume, s’avance avec l’ardeur du kṣatriya et pénètre les rangs ennemis. Protégé par Shivavarma et muni d’armes extraordinaires — surtout une épée et une conque (śaṅkha) — il met en déroute les troupes adverses ; le son de la conque les frappe d’impuissance jusqu’à l’évanouissement. Bhadrāyu s’abstient de frapper ceux qui sont sans connaissance ou sans armes, manifestant la règle du dharma dans la guerre. Il délivre Vajrabāhu et tous les captifs, s’empare des biens ennemis, puis fait lier Hemaratha et les chefs alliés pour une rentrée publique dans la ville. Vient ensuite la reconnaissance : Bhadrāyu est le propre fils du roi, jadis abandonné enfant à cause d’une maladie, puis ramené à la vie par le yogin Ṛṣabha ; sa prouesse est attribuée à la grâce du yoga śaiva. Le chapitre s’achève par une alliance matrimoniale avec Kīrtimālinī, la stabilisation du pouvoir, puis la magnanimité de Bhadrāyu qui libère Hemaratha et scelle une amitié devant les Brahmarṣi ; enfin, il règne avec une vigueur hors du commun.

भद्रायोः धर्मपरीक्षा तथा शिवप्रत्यक्षता (Bhadrāyu’s Ethical Test and Śiva’s Direct Manifestation)
Sūta raconte que le roi Bhadrāyu, goûtant au printemps dans une forêt décrite avec magnificence aux côtés de la reine Kīrtimālinī, rencontre un couple de brahmanes fuyant un tigre. Bien que le roi décoche ses flèches, elles demeurent sans effet; le tigre saisit l’épouse, révélant une crise de l’efficacité royale. Le brahmane, accablé, se lamente et blâme le roi pour sa défaillance en rājadharma : protéger l’affligé est un devoir supérieur à la vie, aux richesses et au pouvoir. Saisi de honte et craignant la ruine morale, le roi propose une compensation; mais le brahmane exige la reine elle-même, portant l’épreuve éthique au conflit entre devoir de protection, normes sociales et péché. Estimant que ne pas protéger entraîne un lourd démérite, le roi cède la reine et se prépare à s’immoler pour sauver l’honneur et expier sa faute. Au moment d’entrer dans le feu, Śiva se manifeste en éclatante lumière avec Umā, entouré d’êtres célestes, et reçoit l’hymne théologique du roi, qui loue Śiva comme la cause transcendante au-delà de l’esprit et de la parole. Śiva révèle que le tigre et le brahmane n’étaient que des formes de māyā destinées à éprouver la constance et la dévotion du roi; la femme enlevée est reconnue comme une figure divine (Girīndrajā). Des grâces sont accordées : le roi demande la proximité éternelle de Śiva pour lui-même, la reine et des parents nommés; la reine demande la même faveur pour ses parents. Le récit s’achève par une phalaśruti promettant prospérité et, finalement, l’atteinte de Śiva à ceux qui récitent ou font entendre cette histoire.

भस्ममाहात्म्यं तथा वामदेवयोगिनः प्रभावः (The Glory of Sacred Ash and the Transformative Power of Yogin Vāmadeva)
Sūta donne un nouvel exemple de la puissance d’un śiva‑yogin et annonce un exposé concis du māhātmya du bhasma (vibhūti), la cendre sacrée. Le chapitre présente l’ascète Vāmadeva : détaché, paisible, sans possessions, marqué de cendre, aux cheveux emmêlés, vêtu d’écorce/de peau, menant une vie de mendiant saint. Entrant dans l’effrayante forêt de Kraunca, il est attaqué par un brahmarākṣasa affamé. Le yogin demeure inébranlable ; mais au simple contact de son corps couvert de cendre, les péchés du brahmarākṣasa sont aussitôt anéantis, la mémoire des naissances antérieures revient, et naît un profond nirveda — un retournement intérieur fait de dégoût du mal et de repentir. L’être tourmenté raconte alors une longue histoire karmique : jadis souverain puissant mais immoral (connu pour des violences sexuelles), il souffrit en enfer puis renaquit maintes fois en formes non humaines jusqu’à devenir brahmarākṣasa. Il demande si cette force vient du tapas, d’un tīrtha, d’un mantra ou d’une énergie divine. Vāmadeva répond que l’effet provient précisément de la grandeur du bhasma, dont la pleine mesure n’est connue que de Mahādeva ; il cite un précédent où un cadavre marqué de cendre est revendiqué par les messagers de Śiva, même contre les serviteurs de Yama. Le chapitre s’achève sur la requête du brahmarākṣasa : apprendre comment porter le bhasma, quel mantra employer, quel rite propice accomplir, et le temps et le lieu convenables, ouvrant la suite de l’enseignement.

त्रिपुण्ड्र-माहात्म्य तथा भस्म-धारण-विधि (Tripuṇḍra: Greatness and the Procedure for Wearing Sacred Ash)
Le chapitre se déploie en une narration à plusieurs niveaux : Sūta introduit le récit de Vāmadeva décrivant une immense assemblée divine sur le mont Mandara, où Rudra apparaît comme le Seigneur cosmique, redoutable et majestueux, entouré d’innombrables cohortes de Rudras et de multiples catégories d’êtres. Sanatkumāra s’avance pour interroger sur les dharmas menant à la délivrance et demande une pratique peu exigeante mais riche en fruits. Rudra enseigne que le Tripuṇḍra-dhāraṇa—porter les trois lignes de cendre sacrée—est un secret éminent, conforme à la Śruti, offert à tous les êtres. Le texte donne ensuite des prescriptions rituelles précises : la matière est le bhāsma issu de bouse de vache brûlée ; il doit être consacré par cinq Brahma-mantras (Sadyōjāta, etc.) et d’autres mantras ; on l’applique sur la tête, le front, les bras et les épaules ; les trois lignes sont définies par leur largeur et la méthode des doigts. Une mise en correspondance doctrinale attribue à chaque ligne des séries de neuf équivalences (phonèmes a/u/ma, feux, mondes/guṇas/parties du Veda, puissances, savanas et divinités présidantes), culminant en Mahādeva/Maheśvara/Śiva. La phalaśruti proclame les bienfaits : purification des fautes majeures et mineures, supériorité du porteur même s’il est socialement marginal, équivalence au bain dans tous les tīrthas, efficacité comme si de nombreux mantras avaient été récités, élévation de la lignée, jouissance d’états célestes, puis accès final à Śiva-loka et à l’union (sāyujya) sans renaissance. Le récit s’achève par la disparition de Rudra, l’exhortation de Vāmadeva et un exemple : un brahmarākṣasa est transfiguré en recevant et en appliquant le bhāsma/Tripuṇḍra, puis s’élève vers des mondes auspices ; écouter, réciter ou enseigner ce māhātmya est lui-même présenté comme salvateur.

Śraddhā–bhāva and the Efficacy of Śiva-Pūjā: The Niṣāda Couple’s Exemplum (श्रद्धा-भावमाहात्म्यं)
Les sages demandent quelle guidance est la plus efficace : l’enseignement de brahmavādin hautement érudits ou les conseils de maîtres plus « ordinaires » mais habiles dans la pratique. Sūta répond que la śraddhā (foi, confiance fervente) est la condition qui rend tout dharma opérant, assurant la réussite dans les deux « mondes » : prospérité ici-bas et accomplissement spirituel. Avec la bhāvanā (intention et orientation intérieure) juste, même des objets simples, telle une pierre, deviennent porteurs de fruits ; mantra et culte divin donnent des résultats selon l’état du cœur. À l’inverse, doute, agitation et absence de śraddhā éloignent du but ultime et enchaînent au saṃsāra. Pour l’illustrer, commence l’histoire de Siṃhaketū, fils du roi de Pañcāla, qui, grâce à un serviteur Śabara, découvre un sanctuaire en ruine et un subtil Śiva-liṅga. Le Śabara souhaite adorer et demande une méthode qui plaise à Maheśvara, pour ceux qui connaissent les mantras comme pour ceux qui ne les connaissent pas. Le prince, sur un ton parodique, expose une Śiva-pūjā « simple » : abhiṣeka d’eau fraîche, installation du siège, offrandes de parfum, fleurs, feuilles, encens, lampes et surtout citā-bhasma (cendre de crémation), puis réception respectueuse du prasāda. Caṇḍaka, le Śabara, reçoit ces paroles comme une autorité et accomplit chaque jour le culte avec dévotion. Quand la cendre vient à manquer, le Śabara désespère, jugeant insupportable d’interrompre l’adoration. Son épouse propose un acte extrême : brûler la maison et entrer dans le feu afin de produire de la cendre pour Śiva. Malgré les objections du mari, pour qui le corps est un moyen vers dharma-artha-kāma-mokṣa, elle affirme que l’accomplissement de la vie est l’offrande de soi au dessein de Śiva. Elle prie en offrant ses sens comme fleurs, son corps comme encens, son cœur comme lampe, ses souffles comme oblations et ses actes comme offrandes, ne demandant qu’une dévotion ininterrompue de naissance en naissance. Elle entre dans le feu sans souffrir ; la maison demeure intacte et elle réapparaît à la fin de la pūjā pour recevoir le prasāda. Un vimāna divin survient ; les serviteurs de Śiva élèvent le couple et, par leur contact, ils obtiennent une forme semblable à Śiva (sārūpya). Le chapitre réaffirme enfin que la śraddhā doit être cultivée dans toute œuvre méritoire : même un Śabara de condition humble atteint une destinée yogique par la foi, tandis que naissance et savoir restent secondaires face à la dévotion stable au Suprême.

Umā–Maheśvara Vrata: Narrative of Śāradā and the Ritual Protocol
Sūta rapporte un enseignement théologique fondé sur un cas exemplaire, centré sur l’Umā–Maheśvara-vrata, présenté comme un vœu complet conduisant à la « sarvārtha-siddhi » (accomplissement de buts multiples). Le chapitre s’ouvre sur la demeure du brāhmaṇa savant Vedaratha : sa fille Śāradā est mariée à un dvija fortuné, mais l’époux meurt peu après les noces, mordu par un serpent, et Śāradā se trouve soudain veuve. Arrive alors le vieux sage aveugle Naidhruva ; Śāradā l’accueille avec une hospitalité exemplaire—lavant ses pieds, l’éventant, l’oignant, organisant bain et culte, puis offrant la nourriture—manifestant l’atithi-sevā (service rendu à l’hôte) comme vertu rituelle. Satisfait, le sage prononce une bénédiction : retour à la vie conjugale, naissance d’un fils vertueux et renommée ; Śāradā s’interroge sur la possibilité d’un tel fruit, au regard du karma et de son veuvage. Le sage prescrit alors l’Umā–Maheśvara-vrata et en expose la procédure : choix d’un temps propice (Caitra ou Mārgaśīrṣa, quinzaine claire), saṅkalpa aux jours aṣṭamī et caturdaśī, édification d’un maṇḍapa orné, tracé d’un lotus au nombre de pétales prescrit, installation d’un monticule de riz, du kūrca sacré, d’un kalaśa rempli d’eau, d’un tissu et d’images d’or de Śiva et Pārvatī. Il décrit l’abhiṣeka au pañcāmṛta, le japa (Rudra-ekādaśa et pañcākṣara selon les comptes), prāṇāyāma et saṅkalpa pour la destruction des fautes et la prospérité, le dhyāna avec les traits iconographiques de Śiva et de la Devī, le culte externe avec mantras d’arghya, offrandes (naivedya), homa et clôture respectueuse. Le vœu se pratique durant un an (les deux quinzaines) et s’achève par l’udyāpana : bain mantrique, dons au guru (kalaśa, or, tissu), repas offerts aux brāhmaṇas et dakṣiṇā. La phalaśruti promet l’élévation des lignées et la jouissance graduelle des mondes divins jusqu’à la proximité de Śiva ; la famille de Śāradā prie le sage de demeurer tout près, dans leur maṭha, tandis qu’elle accomplit le vœu selon l’instruction.

गौरी-प्रादुर्भावः, स्वप्न-संगम-वरदानम्, तथा शारदाया चरितम् (Gaurī’s Epiphany, Dream-Union Boon, and the Account of Śāradā)
Ce chapitre, rapporté par Sūta, déroule une suite d’événements à forte portée théologique. La jeune Śāradā, après avoir accompli durant un an un grand vœu avec des niyama rigoureux auprès de son guru, célèbre l’udyāpana en nourrissant des brāhmaṇa et en offrant des dons convenables. Lors d’une veille nocturne, le sage et la dévote intensifient japa, arcana et méditation; Devī Bhavānī (Gaurī) se manifeste alors dans une forme incarnée « dense », et le sage auparavant aveugle recouvre aussitôt la vue. La Déesse accorde une grâce; le sage demande l’accomplissement de sa promesse faite à Śāradā: une longue vie conjugale et un fils d’excellence. Devī expose les causes karmiques: dans une naissance antérieure, Śāradā avait semé la discorde dans le mariage, d’où des veuvages répétés; mais son ancienne adoration de la Déesse a neutralisé le péché résiduel. Vient ensuite une résolution morale complexe: Śāradā s’unit chaque nuit à son époux en rêve (réincarné ailleurs), conçoit par ce mode extraordinaire et subit les accusations du village. Une voix désincarnée la justifie publiquement, atteste sa chasteté et menace de conséquences immédiates les calomniateurs; les anciens réinterprètent l’événement à la lumière de récits exemplaires de conceptions inhabituelles. Le chapitre s’achève par la naissance d’un fils brillant, formé avec soin. En pèlerinage à Gokarṇa, les époux se reconnaissent, transmettent par l’enfant le « fruit du vœu » et atteignent finalement une demeure divine. La phalaśruti promet à l’auditeur ou au récitant l’effacement des fautes, la prospérité, la santé, le bien-être auspicious des femmes et l’atteinte ultime.

रुद्राक्षमाहात्म्यं (Rudrākṣa Māhātmya: Theological Discourse on the Sacred Bead)
Le chapitre s’ouvre sur la proclamation concise de Sūta : écouter et réciter la gloire du Rudrākṣa purifie, et son bienfait s’étend aux auditeurs comme aux récitateurs, quels que soient leur condition et leur degré de dévotion. Il présente ensuite le Rudrākṣa comme une observance disciplinée, semblable à un grand vœu (mahā-vrata), en indiquant des nombres idéaux de perles et leurs emplacements sur le corps, ainsi que des équivalences rituelles : se laver la tête avec le Rudrākṣa procure le mérite d’un bain dans le Gaṅgā ; vénérer le Rudrākṣa équivaut à vénérer le liṅga. Le japa accompli avec le Rudrākṣa est dit amplifier les fruits par rapport au japa sans lui, et le Rudrākṣa est placé au cœur de l’identité dévotionnelle śaiva, avec le bhasma et les marques du tripuṇḍra. Le récit se tourne ensuite vers une légende édifiante : le roi Bhadrasena du Cachemire interroge le sage Parāśara au sujet de deux jeunes gens naturellement attachés au Rudrākṣa. Parāśara rapporte un épisode d’une vie antérieure : une courtisane dévouée à Śiva ; un marchand offrant un bracelet de joyaux et confiant un liṅga de gemme. Un incendie soudain détruit le liṅga, et le marchand résout de s’immoler ; la courtisane, liée par la vérité de sa parole, se prépare aussi à entrer dans le feu. Śiva apparaît, révèle qu’il s’agissait d’une épreuve, accorde des grâces et délivre la femme ainsi que ses dépendants. Les animaux survivants—un singe et un coq, jadis parés de Rudrākṣa—renaissent comme les deux garçons, expliquant leur pratique innée par le mérite et l’habitude acquis auparavant.

रुद्राध्याय-प्रभावः तथा आयुर्लेख्य-परिवर्तनम् (The Efficacy of the Rudrādhyāya and the Revision of Lifespan Records)
Sūta rapporte un dialogue à la cour : le roi, touché par la parole du sage, douce comme un nectar, exalte le sat-saṅga comme une purification qui retient les passions et donne la clarté. Il interroge ensuite Parāśara sur l’avenir de son fils—durée de vie, fortune, savoir, renommée, force, foi et dévotion. Parāśara, à contrecœur, révèle un pronostic affligeant : le prince n’a que douze années à vivre et mourra le septième jour à partir de cet instant ; le roi s’effondre de chagrin. Le sage le console et enseigne la doctrine : Śiva est le principe primordial, sans parties, lumineux—conscience et béatitude ; Brahmā est habilité pour la création et reçoit les Veda ainsi que le Rudrādhyāya comme une essence de nature upaniṣadique. Le chapitre déploie ensuite une cosmologie karmique et éthique : dharma et adharma engendrent ciel et enfer ; vices et grands péchés sont personnifiés comme administrateurs du naraka sous l’autorité de Yama. Lorsque la pratique du Rudrādhyāya se répand comme moyen direct vers le kaivalya, ces agents déclarent ne plus pouvoir agir ; Yama supplie Brahmā, qui introduit des entraves—absence de foi (aśraddhā) et intelligence obtuse (durmedhā)—pour gêner la récitation chez les mortels. Le texte énonce les bienfaits du japa du Rudrādhyāya et du Rudra-abhiṣeka : destruction des fautes, longévité, santé, connaissance et absence de peur de la mort. Un grand bain rituel est accompli pour le prince ; il aperçoit un instant une figure punitive, mais la protection est affirmée. Nārada arrive et rapporte l’événement invisible : la Mort était venue prendre le prince, Śiva manda Vīrabhadra, et l’appareil de Yama (dont Citragupta) confirme que le registre de vie a été révisé de douze ans à une durée prolongée grâce au rite. La conclusion loue l’écoute et la récitation de ce Śiva-mahātmya comme libératrices et prescrit le bain de Rudra pour la longue jouissance de la vie du prince.

Śiva-kathā-śravaṇa-mahattva (The Excellence of Hearing Śiva’s Purāṇic Narrative)
Ce chapitre expose de façon structurée pourquoi le récit purāṇique de Śiva (śaivī-paurāṇikī kathā) est dit être une voie « commune » accessible à tous (sādhāraṇaḥ panthāḥ), capable d’accorder une délivrance immédiate (sadyo-mukti). L’écoute et la récitation y sont louées comme remède à l’ignorance, destructeur des semences karmiques, et discipline particulièrement adaptée au Kali-yuga lorsque d’autres moyens du dharma deviennent difficiles. Le texte codifie ensuite l’éthique de la transmission : qualités requises du connaisseur du Purāṇa (pūrāṇajña), lieux convenables (propres, empreints de dévotion, sans hostilité) et règles de conduite de l’auditeur. Il avertit des effets néfastes de l’irrespect—interrompre, se moquer, adopter une posture indue, ou écouter sans attention. La dernière partie propose un récit exemplaire autour de Gokarṇa : un foyer moralement compromis et la transformation d’une femme par la crainte, le repentir et une écoute persévérante, menant à la purification du mental, à la méditation et à une bhakti tournée vers la libération. Le chapitre s’achève sur une haute louange śaiva, affirmant Paramaśiva comme transcendant, au-delà de la parole et de l’esprit.
It emphasizes Gokarṇa as a Śaiva kṣetra where Śiva’s presence is treated as especially accessible and purificatory, making the site a focal point for accelerated ritual merit and moral restoration.
Repeated claims highlight rapid purification through Gokarṇa-darśana and vrata performance; offerings such as bilva-leaf worship are presented as yielding results comparable to extended bathing or long-duration austerities elsewhere.
Key materials include the Mahābala-liṅga’s prominence at Gokarṇa, the assembly of deities around the shrine’s directional gateways, and a moral exemplum involving a king’s fall and partial restoration through sage-guided practice.