
Le chapitre 1 s’ouvre sur Īśvara décrivant le « kṣetra-garbha », la sainteté intérieure de Vastrāpatha, en y désignant Raivataka-giri, la Suvarṇarevā et des kuṇḍa générateurs de mérite, notamment Mṛgīkuṇḍa, où le śrāddha procure une satisfaction accrue aux ancêtres. Devī demande un développement ; Īśvara introduit alors un récit ancien : sur une rive sacrée du Gaṅgā, le roi Gaja et son épouse Saṅgatā recherchent purification et adoration. Bhadrarṣi arrive avec d’autres ascètes, et le roi s’enquiert du moyen d’obtenir un ciel « akṣaya » (impérissable) par le temps, le lieu et le rite appropriés. Bhadrarṣi rapporte une tradition de Nārada énumérant, mois par mois, les mérites des tīrtha renommés, pour conclure qu’aucun tīrtha n’égale Damodara. Le mois de Kārttika—surtout Dvādaśī et la période de Bhīṣmapañcaka—donne des fruits exceptionnels grâce au bain dans les eaux de Damodara. Le chapitre cartographie ensuite Vastrāpatha près de Somnātha et de Raivataka : sol riche en minéraux, flore et faune sacrées, et thème de la délivrance par le simple contact. Il recense des dons exemplaires et des actes rituels—offrandes de feuille/fleur/eau, repas offerts, don de lampes, construction de temples, installation d’étendards—avec une phalaśruti graduée. Il affirme aussi une éthique de dévotion double : adorer Hari (Damodara) ou Bhava (Śiva) mène pareillement à des mondes sublimes. Enfin, le roi Gaja accomplit son pèlerinage de Kārttika, multiplie yajña et austérités avec divers pratiquants ; des vimāna célestes apparaissent et il s’élève vers les hauteurs. La phalaśruti finale promet purification et accomplissement suprême à ceux qui récitent ou écoutent ce récit.
Verse 1
ईश्वर उवाच । अथ ते संप्रवक्ष्यामि क्षेत्रगर्भं महोदयम् । तद्वस्त्रापथमाहात्म्यं यत्र रैवतको गिरिः
Īśvara dit : À présent, je vais t’exposer pleinement le profond « cœur du lieu sacré », un sujet grand et de bon augure — à savoir la glorification de Vastrāpatha, où se dresse la montagne Raivataka.
Verse 2
दामोदरं रैवतके भवं वस्त्रापथे तथा । एतद्रैवतकं क्षेत्रं वस्त्रापथमिति स्मृतम्
Dāmodara demeure sur Raivataka, et Bhava (Śiva) de même à Vastrāpatha. C’est pourquoi ce kṣetra de Raivataka est mémorisé sous le nom de « Vastrāpatha ».
Verse 3
सुवर्णरेवा यत्रस्था नदी पातकनाशनी । यत्र साक्षात्स्थितः कृष्णो दामोदर इति स्मृतः
Là coule la rivière Suvarṇarevā, qui détruit les péchés; et là même demeure Kṛṣṇa en personne, vénéré sous le nom de Dāmodara.
Verse 4
यत्र स्थितं मृगीकुण्डं महापातकनाशनम् । सकृच्छ्राद्धे कृते यत्र कल्पकोटिसहस्रकम् । पितॄणां जायते तृप्तिरपुनर्भवकांक्षिणी
Là se trouve le Mṛgīkuṇḍa, qui détruit même les grands péchés. Si l’on y accomplit le śrāddha ne fût-ce qu’une seule fois, les ancêtres obtiennent une satisfaction égale à des milliers de crores de kalpas, une plénitude qui ne désire plus renaître.
Verse 5
देव्युवाच । भगवन्विस्तराद्ब्रूहि दामोदरमहोदयम् । क्षेत्रगर्भस्य माहात्म्यं कर्णिकारूपसंस्थितम्
La Déesse dit : Ô Seigneur, explique en détail la grande gloire de Dāmodara, ainsi que la grandeur de l’essence intérieure du kṣetra, établie sous la forme de la karṇikā, le cœur du lotus.
Verse 6
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि दामोदरहरिं प्रति । इतिहासं पुराख्यातमृषिभिः कल्पवासिभिः
Īśvara dit : Écoute, ô Déesse ; je vais raconter, au sujet de Dāmodara-Hari, un récit ancien, proclamé jadis par des sages qui demeurèrent au fil des kalpas.
Verse 7
गंगातीरे शुभे रम्ये पुण्ये जनपदाकुले । ऋषिभिः सेविते नित्यं स्वर्गमार्गप्रदे ध्रुवम्
Sur la rive bénie du Gaṅgā—charmante, sainte et foisonnante de bourgades—ce lieu est sans cesse fréquenté par les ṛṣi, et il accorde assurément la voie vers le ciel.
Verse 8
तत्र ज्ञानविदो विप्रा यजंति विविधैर्मखैः । ऋषयः सांख्ययोगेन दानेनैवेतरे जनाः
Là, les brāhmanes versés dans la science sacrée accomplissent le culte par des sacrifices variés; les ṛṣi poursuivent la voie du Sāṃkhya et du Yoga; et les autres hommes, par le don méritoire (dāna).
Verse 9
ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्रा स्वर्गमभीप्सवः । सेवंते तज्जलं दिव्यं देवानामपि दुर्लभम्
Brāhmanes, kṣatriya, vaiśya et śūdra—désireux du ciel—recourent à cette eau divine, difficile à obtenir même pour les dieux.
Verse 10
तत्र राजा गजोनाम बली सर्वजनाधिपः । गंगाजलाभिषेकार्थं त्यक्वा राज्यं जगाम ह
Là se trouvait un roi puissant nommé Gaja, souverain de tout son peuple; et, désireux de recevoir l’onction (abhiṣeka) avec les eaux du Gaṅgā, il renonça au royaume et se mit en route.
Verse 11
भार्या तस्य सती साध्वी पुत्रिणी रूपसंयुता । साऽप्ययात्सह तेनैव भर्त्रा वै भर्तृवत्सला
Son épouse—satī vertueuse et chaste, comblée d’enfants et parée de beauté—partit elle aussi avec ce même époux, tant elle l’aimait et lui demeurait fidèle.
Verse 12
संगता नाम नाम्ना च दक्षा दाक्षायणी यथा । एवं निवसतोस्तत्र वर्षाणामयुतं गतम्
Elle se nommait Saṅgatā, habile et accomplie comme Dakṣāyāṇī, fille de Dakṣa. Ainsi, tandis qu’ils demeuraient là tous deux, dix mille années s’écoulèrent.
Verse 13
आजगाम ऋषिस्तत्र भद्रोनाम महायशाः । सहितो बहुभिर्विप्रैर्जपहोमपरायणैः
Alors arriva en ce lieu le sage au grand renom nommé Bhadra, accompagné de nombreux brahmanes voués au japa et au homa.
Verse 14
त्यक्त्वा संसारमार्गं तु स्वर्गमार्गजिगीषवः । गंगानिषेवणं कृत्वा स्फोटयित्वाऽत्मजं मलम्
Renonçant à la voie du saṃsāra et aspirant à gagner le chemin du ciel, ils se vouèrent au service de la Gaṅgā, rejetant l’impureté née du moi.
Verse 15
जलं दत्त्वा तु भूतेभ्यः पूजयित्वा जनार्द्दनम् । यावद्यांति नदीतीर ऋषयो भद्रकादयः । तावत्पश्यंति राजानं गजं वरगजोपमम्
Après avoir offert de l’eau aux êtres et rendu culte à Janārdana, tandis que les sages conduits par Bhadra se rendaient à la rive du fleuve, ils virent le roi Gaja, resplendissant tel un éléphant noble.
Verse 16
तेनैव दृष्टा मुनयो राज्ञा निहतकल्मषाः । सप्तर्षयो यथा स्वर्गे सुरराजेन धीमता
Ces sages furent vus par ce roi, dont les fautes étaient effacées, comme au ciel le sage seigneur des dieux voit les Sept Ṛṣis.
Verse 17
तमृषिं स च संप्रेक्ष्य पदानि दश पंच च । आगच्छन्त्वत्र पूजार्हा भवतो मम मन्दिरम्
L’ayant aperçu, il fit quinze pas en avant et dit : «Venez ici, vénérables dignes d’adoration ; daignez venir à ma demeure».
Verse 18
पश्यंतु संगतां सर्वे मम भार्यां यशस्विनीम् । तस्याः पूजां समादाय यो मार्गो मनसि स्थितः
Que tous contemplent mon illustre épouse, Saṅgatā. Après avoir reçu comme il se doit son culte, suivez la voie qui demeure établie en votre esprit.
Verse 19
तं गच्छध्वं महाभागाः पुण्याः पुण्यमभीप्सवः । एवमुक्तास्तु ते राज्ञा ऋषयः कौतुकान्विताः । आजग्मुर्मंदिरं शुभ्रं पुरंदरपुरोपमम्
Allez en ce lieu, ô bienheureux, saints désireux de mérite. Ainsi interpellés par le roi, les sages, pleins de curiosité, parvinrent au palais éclatant, semblable à la cité de Purandara (Indra).
Verse 20
आसनानि विचित्राणि दत्त्वा तेषां मनस्विनी । संगता राजराजेन सार्द्धमग्रे व्यवस्थिता
Saṅgatā, sage et résolue, leur offrit des sièges variés et magnifiques. Puis, aux côtés du roi des rois, elle prit place à l’avant.
Verse 21
कृत्वा करपुटं राजा ऋषीणां पुण्यकर्मणाम् । बभाषे वचनं राजा भद्रो भद्रं सुसंगतम्
Le roi, les mains jointes en révérence devant les sages aux actes saints, prononça des paroles justes et de bon augure, bien placées et au moment opportun.
Verse 22
वसुधा वसुसंपूर्णा मंडिता नगरी पुरी । पर्वतैश्च समुद्रैश्च सरिद्भिश्च सरोवरैः
La terre, riche de trésors, ornait cette cité, embellie par les montagnes et les mers, par les rivières et les lacs.
Verse 23
ग्रामैश्चतुष्पथैर्घोरैर्गोकुलैराकुलीकृता । नररत्नैरश्वरत्नैर्गजरत्नैस्तु संकुला
Elle était foisonnante de villages et de carrefours animés; bourdonnante de hameaux de gardiens de vaches; et encore remplie de « joyaux humains », de chevaux d’élite et d’éléphants splendides.
Verse 24
दुस्त्यजा भोगभोक्तृणां परं ज्ञानमजानताम् । संसारेऽत्र महाघोरे पुनरावृत्तिकारिणि
Pour ceux qui ne vivent que pour jouir des plaisirs et ignorent la sagesse suprême, ce terrible saṃsāra est difficile à quitter, car il engendre sans cesse le retour répété (la renaissance).
Verse 25
पतंति पुरुषा भद्र पत्राणीव पुनःपुनः । कृतेन येन विप्रेंद्र स्वर्गं प्राप्नोति निर्मलम् । दानेन तपसा चैव तत्त्वमा चक्ष्व सुव्रत
Les hommes chutent encore et encore, ô Bhadra, comme des feuilles. Ô le meilleur des brāhmaṇas, par quel acte atteint-on le ciel sans tache ? Dis-moi la vérité : est-ce par le don et par l’austérité, ô toi aux vœux excellents ?
Verse 26
भद्र उवाच । तीर्थानि तोयपूर्णानि देवाः पाषाणमृन्मयाः । आत्मस्थं ये न पश्यंति ते न पश्यंति तत्परम्
Bhadra dit : « Les tīrthas ne sont que des eaux pleines d’eau ; les dieux ne sont que des images de pierre ou d’argile. Ceux qui ne voient pas le Suprême demeurant dans le Soi, ceux-là ne voient pas vraiment le Très-Haut. »
Verse 27
संति तीर्थान्यनेकानि पुण्यान्यायतनानि च । पुण्यतोया पवित्रश्च सरितः सागरास्तथा । बहुपुण्यप्रदा पृथ्वी स्थानेस्थाने पदेपदे
Il existe de nombreux tīrthas et de nombreux sanctuaires saints. Les rivières et les océans aussi purifient : leurs eaux sont pleines de mérite. La terre dispense un mérite abondant—lieu après lieu, pas après pas.
Verse 28
यद्यस्ति तव राजेंद्र ज्ञानं ज्ञानवतां वर । विष्णुं जिष्णुं हृषीकेशं शंखिनं गदिनं तथा
Si tu possèdes vraiment la sagesse, ô seigneur des rois, le meilleur des sages, alors reconnais Viṣṇu : le Victorieux (Jiṣṇu), Hṛṣīkeśa, celui qui porte la conque et aussi celui qui brandit la massue.
Verse 29
चतुर्भुजं महाबाहुं प्रभासे दैत्यसूदनम् । वाराहं वामनं चैव नारसिंहं बलार्जुनम्
Aux quatre bras, aux bras puissants, destructeur des daitya à Prabhāsa—reconnais-le comme Varāha et Vāmana, et aussi comme Narasiṃha, le héros vigoureux (vaillant tel Arjuna).
Verse 30
रामं रामं च रामं च पुरुषोत्तममेव च । पुंडरीकेक्षणं चैव गदापाणिं तथैव च
«Souviens-toi et loue Rāma—Rāma—Rāma; et aussi Puruṣottama, la Personne suprême; le Seigneur aux yeux de lotus; et pareillement Celui qui tient la massue en sa main.»
Verse 31
राघवं शक्रदमनं गोविंदं बहुपुण्यदम् । जयं च भूधरं चैव देवदेवं जनार्द्दनम्
«Souviens-toi de Rāghava, dompteur d’Indra; de Govinda, dispensateur d’un mérite abondant; de Jaya; du Soutien de la terre; du Dieu des dieux; et de Janārdana.»
Verse 32
सुरोत्तमं श्रीधरं च हरिं योगीश्वरं तथा । कपिलेशं भूतनाथं श्वेतद्वीपपतिं हरिम्
«Souviens-toi du Meilleur parmi les dieux; de Śrīdhara; de Hari; du Seigneur des yogins; de Kapileśa; du Maître des êtres; et de Hari, Souverain de Śvetadvīpa.»
Verse 33
बदर्याश्रमवासौ च नरनारायणौ तथा । पद्मनाभं सुनाभं च हयग्रीवं विशां पते
(Qu’on se souvienne) de Nara et de Nārāyaṇa demeurant à Badarī-āśrama; de Padmanābha; de Sunābha; et de Hayagrīva—ô seigneur des peuples.
Verse 34
द्विजनाथं धरानाथं खड्गपाणिं तथैव च । दामोदरं जलावासं सर्वपापहरं हरिम्
(Qu’on se souvienne) du Seigneur des deux-fois-nés; du Seigneur de la terre; du Porteur de l’épée; de Dāmodara; de Celui dont la demeure est dans les eaux; et de Hari, qui efface tous les péchés.
Verse 35
एतान्येव हि स्थानानि देवदेवस्य चक्रिणः । गच्छते यत्र तत्रैव मुच्यते सर्वपातकैः
En vérité, ce sont là les demeures sacrées du Dieu des dieux, le Porteur du disque. Où que l’on aille (en ces lieux), là même on est délivré de toutes les fautes graves.
Verse 36
गंगा च यमुना चैव तथा देवी सरस्वती । दृषद्वती गोमती च तापी कावेरिणी तथा
Le Gaṅgā et la Yamunā, ainsi que la déesse Sarasvatī; la Dṛṣadvatī et la Gomatī; la Tāpi et de même la Kāverī.
Verse 37
नर्मदा शर्मदा चैव नदी गोदावरी तथा । शतद्रुश्च तथा विंध्या पयोष्णी वरदा तथा
La Narmadā et la Śarmadā, ainsi que le fleuve Godāvarī; la Śatadru, et de même la (rivière) Vindhyā; la Payoṣṇī et la Varadā aussi.
Verse 38
चर्मण्वती च सरयूर्गंडकी चंडपापहा । चंद्रभागा विपाशा च शोणश्चैव पुनःपुनः
Carmaṇvatī et Sarayū ; Gaṇḍakī, farouche destructrice du péché ; Candrabhāgā, Vipāśā et aussi Śoṇa — louées encore et encore.
Verse 39
एताश्चान्याश्च बहवो हिमवत्प्रभवाः शुभाः । तासु स्नातो नरः स्वर्गं याति पातकवर्जितः
Ces rivières et bien d’autres, auspiciées et nées de l’Himavat : celui qui s’y baigne gagne le ciel, délivré du péché.
Verse 40
वनानि नंदनादीनि पर्वता मंदरादयः । नामोच्चारेण येषां हि पापं याति रसातले
Des forêts telles que Nandana et des montagnes telles que Mandara : par la seule profération de leurs noms, le péché tombe aux profondeurs du monde d’en bas.
Verse 41
गज उवाच । भद्रं हि भाषितं भद्र आख्यानममृतोपमम् । पृच्छामि सर्वधर्मज्ञ त्वामहं किंचिदेव हि
Gaja dit : « Ô Bhadra, tes paroles sont de bon augure ; ce récit est semblable au nectar. Ô connaisseur de tout dharma, je souhaite encore te demander quelque chose. »
Verse 42
यस्मिन्मासे दिने यस्मिंस्तीर्थे यस्मिन्क्रमान्नरैः । अक्षयं सेव्यते स्वर्गस्तन्ममाचक्ष्व सुव्रत
En quel mois, quel jour, en quel tīrtha, et par quelle observance accomplie par les hommes le fruit du ciel devient-il « impérissable » ? Dis-le-moi, ô toi aux vœux excellents.
Verse 43
स्नानं दानं जपो होमः स्वाध्यायो देवतार्चनम् । अक्षयो येन वै स्वर्गस्तन्मे गदितुमर्हसि
Le bain sacré, l’aumône, la récitation des mantras, l’offrande au feu (homa), l’étude des Veda et l’adoration de la Divinité — par lequel de ces actes le ciel devient-il d’un mérite inépuisable ? Daigne me l’enseigner.
Verse 44
भद्र उवाच । श्रूयतां राजशार्दूल कथां कथयतो मम । यां श्रुत्वा मुच्यते पापान्नरो नरवरोत्तम
Bhadra dit : «Ô tigre parmi les rois, écoute tandis que je raconte ce récit. Celui qui l’entend est délivré des péchés, ô meilleur des hommes.»
Verse 45
ऋषीणां कथितं पूर्वं नारदेन महात्मना
Autrefois, le magnanime Nārada l’enseigna aux sages ṛṣi.
Verse 46
एवं पृष्टश्च तैः सर्वैर्नारदो मुनिसत्तमः । कथयामास संहृष्टो मेघदुदुभिनिस्वनैः
Ainsi questionné par tous, Nārada, le plus excellent des munis, se mit joyeusement à raconter, d’une voix retentissante telle le tambour des nuées tonnantes.
Verse 47
रम्ये हिमवतः पृष्ठे समवाये मया श्रुतम् । तदहं तव वक्ष्यामि श्रोतुकामं नरर्षभ
Dans une belle assemblée sur les pentes de l’Himālaya, j’ai entendu cela. À présent je te le dirai, ô taureau parmi les hommes, puisque tu désires l’entendre.
Verse 48
तीर्थान्येव हि सर्वाणि पुनरावर्त्तकानि तु । अक्षयांल्लभते लोकांस्तत्तीर्थं कथयामि ते
En vérité, tous les autres tīrtha donnent des fruits après lesquels on revient encore; mais par ce tīrtha on atteint des mondes impérissables. Ce tīrtha, je vais te le révéler.
Verse 49
मार्गशीर्षे कान्यकुब्ज उषित्वा राजसत्तम । न शोचति नरो नारी स्वर्गं याति परावरम्
Au mois de Mārgaśīrṣa, après avoir séjourné à Kānyakubja, ô le meilleur des rois, ni l’homme ni la femme ne s’afflige; ils vont au ciel, séjour suprême.
Verse 50
पौषस्य पौर्णमासी या यदि सा क्रियतेऽर्बुदे । वर्षाणामर्बुदं स्वर्गे मोदते पितृभिः सह
Si, à Arbuda, l’on accomplit selon le rite la cérémonie de pleine lune (Paurṇamāsī) du mois de Pauṣa, on se réjouit au ciel durant un crore d’années, avec les Pitṛ (ancêtres).
Verse 51
माघ्यां यदि गयाश्राद्धं पितॄणां यच्छते नरः । त्रयाणामपि देवानां चतुर्थः स प्रजायते
Si, au mois de Māgha, un homme offre le Gayā-śrāddha aux Pitṛ (ancêtres), il devient comme un « quatrième » parmi les trois classes de dieux, né à l’état divin.
Verse 52
फाल्गुन्यां हिमवत्पृष्ठे वसन्नेकां निशां नरः । स याति परमं स्थानं यत्र देवो जनार्द्दनः
Si, en Phālguna, un homme demeure une seule nuit sur les pentes de l’Himavat, il atteint la demeure suprême où réside le Seigneur Janārdana.
Verse 53
चैत्र्यां श्राद्धं प्रभासे तु ये कुर्वंति मनीषिणः । न ते मर्त्त्या भवन्तीह कुलजैः सह सत्तमाः
Les sages qui accomplissent le śrāddha à Prabhāsa au mois de Caitra ne demeurent pas ici de simples mortels ; avec leur lignée, ils deviennent élevés et vénérables.
Verse 54
चतुर्भुजे तु वैशाख्यां ये कुर्वंति जलप्रिये । तथावंत्यां नरः कश्चित्स याति परमां गतिम्
Au mois de Vaiśākha, ceux qui accomplissent le rite prescrit à Caturbhuja—ô bien-aimée des eaux—et de même quiconque le fait à Avantī, atteint la destination suprême.
Verse 55
ज्यैष्ठ्यां ज्येष्ठर्क्षयुक्तायां श्राद्धं च त्रितकूपके । कुर्युर्युगानि ते त्रीणि वसंति नाकसद्मनि
Au mois de Jyaiṣṭha, lorsque l’astérisme Jyeṣṭhā est conjoint, ceux qui accomplissent le śrāddha à Tritakūpaka demeurent trois yugas dans la demeure céleste.
Verse 56
यो व्रजेशवने नद्यां दिनानि नव पंच च । तिष्ठते च नरः स्वर्गं वैकुण्ठमभिगच्छति
Quiconque demeure quatorze jours au bord de la rivière dans Vrajeśavana atteint le ciel ; en vérité, il parvient à Vaikuṇṭha.
Verse 57
श्रावणस्य तु मासस्य पूर्णायां पूर्वसागरे । स्नानं दानं जपं श्राद्धं नरः कुर्वन्न शोचति
À la pleine lune de Śrāvaṇa, sur l’Océan de l’Est, l’homme qui accomplit le bain sacré, l’aumône, la récitation (japa) et le śrāddha ne connaît plus le chagrin.
Verse 58
तथा भाद्रपदे क्षेत्रे प्रभासे शशिभूषणम् । पूजयित्वा नरो लिंगं देवलिंगी भवेत्ततः
De même, au mois de Bhādrapada, dans le kṣetra sacré de Prabhāsa, celui qui vénère le liṅga nommé Śaśibhūṣaṇa devient ensuite « deva-liṅgī », pourvu d’un état de liṅga divin.
Verse 59
आश्विने चंद्रभागायां श्राद्धं स्नानं करोति यः । स्थानं युगसहस्राणां कृतं तेन त्रिविष्टपे
Quiconque, au mois d’Āśvina, accomplit le bain sacré et le śrāddha sur la Candrabhāgā, reçoit une demeure en Triviṣṭapa (le ciel) durant mille yuga.
Verse 60
अष्टाक्षरैश्चतुर्बाहुं ध्यायंति मुनिसत्तमाः । बहुनाऽत्र किमुक्तेन गजाहं प्रवदामि ते
Par le mantra de huit syllabes, les plus excellents des sages méditent le Seigneur aux quatre bras. À quoi bon en dire davantage ici ? Ô Éléphant, je te l’énoncerai clairement.
Verse 61
दामोदरसमं तीर्थं न भूतं न भविष्यति । मासानां कार्त्तिकः श्रेष्ठः कार्त्तिके भीष्मपंचकम्
Il n’a jamais existé, et il n’existera jamais, de tīrtha égal à Dāmodara. Parmi les mois, Kārttika est le suprême; et dans Kārttika, le Bhīṣma-pañcaka est tout particulièrement sacré.
Verse 62
तत्रापि द्वादशी श्रेष्ठा राजन्दामोदरे जले । किमन्यैर्बहुभिस्तीर्थेः कि क्षेत्रैः कि महावनैः । दामोदरे नरः स्नात्वा सर्वपापैः प्रमुच्यते
Même là, ô Roi, le jour de Dvādaśī est le meilleur pour les eaux de Dāmodara. À quoi bon tant d’autres tīrtha, d’autres kṣetra, ou de vastes forêts ? Celui qui se baigne dans Dāmodara est délivré de tous les péchés.
Verse 63
गज उवाच । भद्र भद्रं त्वया प्रोक्तं रसायनमिवापरम् । भूयोऽहं श्रोतुमिच्छामि तीर्थस्यास्य महाफलम्
L’Éléphant dit : Ô Bhadra, ce que tu as exposé est de bon augure, tel un autre élixir qui donne la vie. Je souhaite entendre davantage le grand fruit de ce tīrtha.
Verse 64
के देशाः किं प्रमाणं तु का नदी केः च पर्वताः । जना वसंति के तत्र ऋषयः के तपस्विनः
Quels pays s’y trouvent, quelle en est l’étendue, quel fleuve y coule, et quelles montagnes s’y dressent ? Quels peuples y demeurent, et quels ṛṣi et ascètes résident en ce lieu ?
Verse 65
भद्र उवाच । पृथिवी वसुसंपूर्णा सागरेण तु वेष्टिता । मंडिता नगरैर्ग्रामैः सुरैः परपुरंजय
Bhadra dit : La terre est comblée de richesses et, certes, entourée par l’océan. Elle est ornée de cités et de villages—et aussi des dieux, ô vainqueur des forteresses ennemies.
Verse 66
वाराणसी प्रभासं च संगमं सितकृष्णयोः । एवं साराणि तीर्थानि यस्मान्मृत्युहराणि च
Vārāṇasī, Prabhāsa, et la confluence du Fleuve Blanc et du Fleuve Noir : tels sont les tīrthas essentiels, car ils ôtent la mort (ils surmontent la crainte et les liens de la condition mortelle).
Verse 67
दामोदरेति ये नूनं स्मरंतो यत्र तत्र हि । ते वसंति हरेर्गेहं न सरंति कदाचन
Assurément, ceux qui se souviennent du nom « Dāmodara », où qu’ils soient, demeurent dans la demeure de Hari et ne déchoient jamais de cet état.
Verse 68
सोमनाथस्य सान्निध्य उदयन्तो गिरिर्महान् । तस्य पश्चिमभागे तु रैवतक इति स्मृतः
Près de Somanātha se dresse la grande montagne nommée Udayanta. Sur son versant occidental se trouve celle dont on se souvient sous le nom de Raivataka.
Verse 69
वाहिनी वहते तत्र नदी कांचनशेखरात् । धातवस्तत्र ते रक्ताः श्वेता नीलास्तथाऽसिताः
Là coule la rivière Vāhinī, issue de Kāñcanaśekhara. Les minéraux qu’on y trouve sont rouges, blancs, bleus, et aussi noirs.
Verse 70
पाषाणाः कुञ्जराकाराश्चान्ये सैरिभसन्निभाः । चणकाकृतयश्चान्ये अन्ये गोक्षुरकप्रभाः
On y voit des pierres en forme d’éléphant; d’autres ressemblent au puissant buffle. Certaines ont l’aspect du pois chiche, et d’autres brillent comme le fruit épineux du gokṣura : telles sont les merveilles de ce lieu sacré.
Verse 71
वृक्षा वल्ल्यश्च गुल्माश्च संतानाः संत्यनेकशः । सर्वं तत्कांचनमयं मूलं पुष्पं फलं दलम्
On y trouve arbres, lianes et buissons en profusion innombrable; et tout y est de nature d’or : racine, fleur, fruit et feuille, pareillement.
Verse 72
न हि पश्यति पापात्मा मुक्तः पापेन पश्यति । सेव्यते स गिरिर्नित्यं धातुवादपरैर्नरैः
L’âme enchaînée par le péché ne le voit pas vraiment; seul celui qui est délivré du péché peut le contempler. C’est pourquoi cette montagne est sans cesse fréquentée par des hommes voués au dhātuvāda, la doctrine des métaux.
Verse 73
ब्राह्मणैः क्षत्रियैर्वैश्यैः शूद्रैः शूद्रानुगैर्बहिः । पक्षिणस्तत्र बहवः शिवाशिवगिरस्तदा
Au dehors se tenaient des brāhmanes, des kṣatriyas, des vaiśyas, des śūdras et les serviteurs des śūdras ; et là se trouvaient aussi de nombreux oiseaux, poussant des cris tantôt fastes, tantôt néfastes.
Verse 74
हंससारसचक्राह्वाः शुककोकिलबर्हिणः । मृगाश्च वानरेन्द्राश्च हंसा व्याघ्रास्तथैव च
On y voyait des cygnes, des grues, des oiseaux cakravāka, des perroquets, des coucous et des paons ; ainsi que des cerfs et des singes majestueux — des cygnes, et même des tigres aussi.
Verse 76
सर्वे विमानमारूढा गच्छन्ति हरिमन्दिरम् । वायुना पातितं यत्र पत्रपुष्पफलादिकम्
Tous, montés sur des vimānas, se rendent au temple, demeure de Hari. Là, tout ce que le vent fait tomber — feuilles, fleurs, fruits et autres —
Verse 77
तस्या नद्या जलं स्पृष्ट्वा सर्वं वै मुक्तिमाप्नुते । सा नदी पृथिवीं भित्त्वा पातालादागता नृप
Rien qu’en touchant l’eau de cette rivière, tous obtiennent assurément la délivrance. Cette rivière, ô roi, est remontée de Pātāla en fendant la terre.
Verse 78
पूर्वं पन्नगराजस्तु तेन मार्गेण चागतः । स्नातुं दामोदरे तीर्थे यममृत्युप्रघातिनि
Autrefois, le roi des serpents vint par ce même chemin afin de se baigner au tīrtha de Dāmodara — le lieu saint qui terrasse Yama et la Mort.
Verse 79
स्वर्गादागत्य चन्द्रोऽपि यष्टुं यज्ञं सुपुष्कलम् । यक्ष्मरोगाद्विनिर्मुक्तो गतः स्वर्गं निरामयः
Même Candra (la Lune) descendit du ciel pour accomplir un yajña des plus opulents ; délivré de la maladie dévorante (yakṣmā), il retourna au ciel, sain et indemne.
Verse 80
बलिना चैव दानानि दत्तान्यागत्य कार्तिके । हरिश्चन्द्रेण विधिना नलेन नहुषेण च
Bali aussi, venu ici au mois de Kārtika, fit des dons de charité ; de même Hariścandra selon le rite prescrit, ainsi que Nala et Nahuṣa.
Verse 81
नाभागेनांबरीषाद्यैः कृतं कर्म सुदुष्करम् । दत्त्वा दानान्यनेकानि गजा गावो हया रथाः
Nabhāga, Ambārīṣa et d’autres accomplirent une œuvre des plus ardues—en offrant de nombreux dons : éléphants, vaches, chevaux et chars.
Verse 82
अनडुत्कांचना भूमिं रत्नानि विविधानि च । छत्राणि विप्रमुख्येभ्यो यानानि चैव वाससी
Ils donnèrent encore des taureaux, de l’or, des terres et des joyaux de toutes sortes ; et aux brāhmaṇas les plus éminents, ils offrirent aussi des ombrelles, des véhicules et des vêtements.
Verse 83
अन्नानि रसमिश्राणि दत्त्वा दामोदराग्रतः । गतास्ते विष्णु भुवनं नागच्छंति महीतले
Après avoir offert, devant Dāmodara, des mets mêlés de saveurs exquises, ils gagnèrent le séjour de Viṣṇu et ne revinrent plus sur la terre.
Verse 84
पत्रं पुष्पं फलं तोयं तस्मिंस्तीर्थे ददाति यः । द्विजानां भक्तिसंयुक्तः स याति जलशायिनम्
Quiconque, en ce tīrtha, offre feuille, fleur, fruit ou eau, animé de dévotion envers les deux-fois-nés, atteint le Seigneur qui repose sur les eaux.
Verse 85
प्रकृतिं चापि यो दद्यान्मुष्टिं वाथ क्षुधार्थिने । विमानवरमारूढः स सोमं प्रति गच्छति
Même celui qui donne une part de nourriture—fût-ce une simple poignée—à l’affamé, monte dans un vimāna splendide et gagne le domaine de Soma.
Verse 86
दामोदराग्रतः कृत्वा पर्वतानन्नसंभवान् । पूजितान्फलपुष्पैश्च दीपं दद्यात्सवर्त्तिकम्
En présence de Dāmodara, après avoir façonné des « montagnes » de nourriture et les avoir honorées de fruits et de fleurs, qu’on offre une lampe munie de sa mèche.
Verse 87
अवाप्य दुष्करं स्थानं कुलानां तारयेच्छतम् । चतुरंगुलमात्रेपि दत्ते दामोदराग्रतः
Ayant obtenu un état difficile à atteindre, il délivre cent lignées—s’il donne, devant Dāmodara, ne fût-ce qu’une mesure de quatre doigts.
Verse 88
दाने युगसहस्राणि स्वर्गलोके महीयते । मा गच्छ हिमवत्पृष्ठं मलयं मा च मन्दरम्
Par un tel don, on est honoré au ciel durant des milliers de yuga. N’allez pas vers les hauteurs de l’Himavat, ni vers le Malaya, ni vers le Mandara.
Verse 89
गच्छ रैवतकं शैलं यत्र दामोदरः स्थितः । कृत्वा मासोपवासं तु द्विजो दामोदराग्रतः
Va au mont Raivataka, où demeure le Seigneur Dāmodara. Après avoir observé un jeûne d’un mois, un brāhmane, se tenant devant Dāmodara avec dévotion, obtient le fruit promis.
Verse 90
न निवर्तति कालेन दामोदरपुरं व्रजेत् । करोत्यनशनं यश्च नरो नार्यथवा पुनः । सर्व लोकानतिक्रम्य स हरेर्गेहमाप्नुयात्
Il ne revient plus selon le cours du temps : il gagne la cité de Dāmodara. Quiconque—homme ou femme—entreprend le jeûne total, dépassant tous les mondes, atteint la demeure même de Hari.
Verse 91
विघ्नानि तत्र तिष्ठन्ति नित्यं पञ्चशतानि च । धर्मविध्वंसकर्तॄणि नरस्तत्र न गच्छति
Là demeurent sans cesse cinq cents obstacles, destructeurs du dharma ; c’est pourquoi l’homme ne se rend pas en ce lieu.
Verse 92
प्रद्युम्नबलशैनेयगदाचक्रादिभिः सदा । शतलक्षप्रमाणैस्तु सेव्यते स गिरिर्महान्
Cette grande montagne est sans cesse honorée et servie par Pradyumna, Bala, Śaineya, Gadā, Cakra et d’autres encore, en nombre atteignant des centaines de lakṣas.
Verse 93
क्रीडंति नार्यस्तेषां हि नित्यं दामोदराग्रतः । सुचन्द्रवदना गौर्यः श्यामाश्चैव सुमध्यमाः
Leurs femmes, en vérité, se divertissent sans cesse devant Dāmodara : certaines au visage beau comme la lune, d’autres à la peau claire, d’autres au teint sombre, toutes à la taille fine.
Verse 94
नितंबिन्यः सुकेशाश्च शुभ्राः स्वायतलोचनाः । सुगंडा ललिताश्चैव सुकक्षाः सुपयोधराः
Aux hanches gracieuses et à la chevelure soyeuse; rayonnantes, aux yeux larges; aux joues charmantes et à la grâce délicate—à la taille bien formée et à la poitrine opulente.
Verse 95
शोभमानाः सुजंघाश्च सुपादाः सुन्दरांगुलीः । राजपुत्र्यो गिरौ तस्मिन्हसंति च रमंति च
Rayonnantes, aux mollets gracieux, aux pieds charmants et aux orteils délicats; les princesses sur cette montagne rient et se réjouissent dans le jeu.
Verse 96
कौसुंभं पादयुगले कुंकुमं पीतकंचुकम् । ब्राह्मणीभ्यो ददन्तीह स्पर्द्धमानाः पृथक्पृथक्
Ici, rivalisant entre elles, elles offrent aux femmes brāhmaṇes : la teinture de carthame pour la paire de pieds, le kumkuma et des corsages jaunes—chacune à part.
Verse 97
भक्ष्यं भोज्यं च पेयं च लेह्यं चोष्यं च पिच्छिलम् । तांबूलं पुष्पसंयुक्तं कार्तिके हरिवासरे
Mets à croquer et repas, boissons, douceurs à lécher, choses à mâcher et délicatesses moelleuses; et le bétel accompagné de fleurs—sont offerts en Kārtika, au jour sacré de Hari.
Verse 98
दृष्ट्वा तु रेवतीकुंडं प्रदद्यात्फलमुत्तमम् । पुत्रिणी ऋद्धिसंपन्ना सुभगा जायते सती
Mais en voyant le Revatī-kuṇḍa, on reçoit le fruit suprême : la femme vertueuse est bénie d’enfants, comblée de prospérité et favorisée par la bonne fortune.
Verse 99
एवं कृत्वा तु सा रात्रि नीयते निद्रया विना । वेदघोषैः सुपुण्यैस्तु भारताख्यानवाचनैः
Ainsi accompli, cette nuit se passe sans sommeil, remplie de très méritoires récitations védiques et de la lecture des récits du Bhārata.
Verse 100
हुंकृतैस्तलशब्दैश्च तालशब्दैः पुनःपुनः । देशभाषाविभाषिण्यो रामामण्डलमध्यतः । हास्यनृत्यसमायुक्ता राजन्दामोदराग्रतः
Avec des exclamations, des claquements de mains et des battements de rythme répétés, parlant en langues du pays, au milieu du cercle des femmes, elles rient et dansent, ô Roi, devant Dāmodara.
Verse 101
पञ्चपाषाणकं हर्म्यं यः करोति शिवालयम् । पंचवर्षसहस्राणि स्वर्ग लोके महीयते
Quiconque bâtit une demeure-sanctuaire, temple de Śiva, avec cinq pierres, est honoré dans le monde céleste durant cinq mille ans.
Verse 102
दशपाषाणसंयुक्तं कृत्वा दामोदराग्रतः । दशवर्षसहस्राणि स्वर्गे हल्लति मल्लति
Ayant édifié, devant Dāmodara, une structure assemblée de dix pierres, on se divertit et se réjouit au ciel durant dix mille ans.
Verse 103
शतपाषाणकं हर्म्यं यः करोति महन्नृप । मन्दिरं सुन्दरं शुभ्रं स याति हरिमन्दिरम्
Ô grand roi, quiconque bâtit une demeure-temple de cent pierres, belle et immaculée, atteint la demeure de Hari.
Verse 104
कृत्वा साहस्रिकं चैत्यं बहुरूपसमन्वितम् । सर्वांल्लोकानतिक्रम्य परं ब्रह्माधिगच्छति
Ayant édifié un sanctuaire (caitya) au mille aspects, riche de formes diverses, on transcende tous les mondes et l’on atteint le Brahman suprême.
Verse 105
पंचवर्णध्वजं दद्याद्दामोदरगृहोपरि । तं तु प्रमाणवर्षाणि दिव्यानि स दिवं व्रजेत्
Qu’on dresse un étendard aux cinq couleurs au sommet de la demeure (temple) de Dāmodara ; durant la durée mesurée des années divines, il ira au ciel.
Verse 106
तस्य गव्यूतिमात्रेण क्षेत्रं वस्त्रापथं शुभम् । यद्दृष्ट्वा सर्वपापानि विलीयन्ते बहूनि च
Ce saint lieu de Vastrāpatha, si propice, ne s’étend que sur un gavyūti ; rien qu’en le voyant, bien des fautes—oui, toutes—se fondent et s’évanouissent.
Verse 107
राजंस्तत्पदमायाति यद्गत्वा न निवर्त्तते । पूजयित्वा भवं देवं भवसंभवनाशनम्
Ô roi, il parvient à cet état d’où, une fois atteint, on ne revient plus, après avoir adoré le Seigneur Bhava (Śiva), qui détruit la renaissance dans le devenir du monde.
Verse 108
नरो नारी नृपश्रेष्ठ शिवलोके महीयते । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य भद्रस्य च सुभाषितम्
Ô roi des rois, homme ou femme, chacun est honoré dans le monde de Śiva. Ayant entendu ces paroles—le discours bien dit de Bhadra—(le récit se poursuit).
Verse 109
आगतः कार्तिकीं कर्त्तुं देवे दामोदरे ततः । ऋग्यजुःसामसंयुक्तैर्ब्राह्मणैर्ब्रह्मवित्तमैः
Alors il vint accomplir le rite de Kārtikī auprès du dieu Dāmodara, accompagné de brāhmanes, excellents connaisseurs du Brahman et versés dans le Ṛg, le Yajus et le Sāman.
Verse 110
क्षत्रियैः क्षत्रधर्मज्ञैर्वैश्यैर्दानपरायणैः । सह शूद्रैः समायातस्तस्मिंस्तीर्थे गजो नृपः
Avec des kṣatriya connaissant le dharma de la royauté, des vaiśya voués au don, et aussi des śūdra, le roi Gaja arriva ensemble en ce tīrtha.
Verse 111
दत्त्वा दानान्यनेकानि हुत्वा हविर्हुताशने । अग्निष्टोमादिकान्यज्ञान्हयमेधादिकान्बहून् । चकार विधिवद्राजा गजस्तत्र समाहितः
Après avoir accordé de nombreux dons et versé les oblations (havis) dans le feu du sacrifice, le roi Gaja—l’esprit parfaitement recueilli en ce lieu sacré—accomplit selon la règle maints sacrifices, tels l’Agniṣṭoma et bien d’autres, y compris l’Aśvamedha.
Verse 112
ततश्च न्यवसत्तत्र तपः कर्तुं सहर्षिभिः । ऊर्द्ध्वपादाः स्थिता विप्राः पीत्वा धूममधोमुखाः । शुष्कपत्राशनाश्चान्ये अन्ये वै फलभोजनाः
Puis il demeura là avec les ṛṣi pour pratiquer l’ascèse. Certains brāhmanes se tenaient debout, les pieds levés; d’autres buvaient la fumée, la tête en bas; d’autres se nourrissaient de feuilles sèches, et d’autres encore vivaient de fruits.
Verse 113
मूलानि चान्ये भक्षंति अन्ये वार्यंशना द्विजाः । आलोकंति स्वमन्ये च तथान्ये जलशायिनः
Les uns mangeaient des racines; d’autres, les «deux-fois-nés» (dvija), ne vivaient que d’eau. Certains fixaient leur regard sur le Soi (Ātman), et d’autres observaient le vœu de demeurer couchés dans l’eau.
Verse 114
पञ्चाग्निसाधकाश्चान्ये शिलाचूर्णस्य भक्षकाः । जपंति चान्ये संशुद्धा गायत्रीं वेदमातरम् । सावित्रीं मनसा चान्ये देवीमन्ये सरस्वतीम्
Les uns pratiquaient l’austérité des cinq feux, et d’autres allaient jusqu’à manger de la pierre réduite en poudre. D’autres, purifiés, récitaient la Gāyatrī—Mère des Veda ; certains contemplaient Sāvitrī dans le cœur, et d’autres adoraient la déesse Sarasvatī.
Verse 115
सूक्तानि हि पवित्राणि ब्रह्मणा निर्मितानि च । अन्येऽवसंस्तदा तत्र द्वादशाक्षरचिन्तकाः
Car les sūkta, hymnes sacrés, sont purificateurs et furent façonnés par Brahmā. En ce temps-là, d’autres demeuraient en ce lieu, méditant le mantra aux douze syllabes.
Verse 116
आलोक्य सर्वशास्त्राणि विचार्य च पुनःपुनः । इदमेव सुनिष्पन्नं ध्येयो नारायणः सदा
Ayant parcouru tous les śāstra et réfléchi maintes et maintes fois, une seule conclusion demeure ferme : Nārāyaṇa doit être médité en tout temps.
Verse 117
आराधितः सुदुष्पारे भवे भगवतो विना । तथा नान्यो महादेवात्पतन्तं योऽभिरक्षति
Dans cet océan du devenir, si difficile à traverser, en dehors du Seigneur que l’on adore, nul autre n’existe. De même, nul autre que Mahādeva ne protège celui qui chancelle et tombe.
Verse 118
गतागतानि वर्तंते चंद्रसूर्यादयो ग्रहाः । अद्यापि न निवर्तंते द्वादशाक्षरचिंतकाः
Les astres tels que la Lune et le Soleil vont et viennent dans leur course ; mais, aujourd’hui encore, ceux qui méditent le mantra aux douze syllabes ne se détournent pas de leur pratique inébranlable.
Verse 119
येऽक्षरा ऋषयश्चान्ये देवलोकजिगीषवः । प्राप्नुवंति ततः स्थानं दग्धबीजं च तत्तथा
Ces sages impérissables, et d’autres encore qui aspirent à conquérir le monde des dieux, atteignent cet état; et là, leur semence est comme brûlée—ainsi, en vérité, la cause de la renaissance est détruite.
Verse 120
सकृदुच्चरितं येन हरिरित्यक्षरद्वयम् । बद्धः परिकरस्तेन मोक्षाय गमनं प्रति
Quiconque prononce ne fût-ce qu’une seule fois l’invocation de deux syllabes « Hari », pour lui l’équipement de la délivrance est assuré, et la marche vers le mokṣa se met en mouvement.
Verse 121
एकभक्तं तथा नक्तमयाच्यमुषितं तथा । एवमादीनि चान्यानि कृत्वा दामोदराग्रतः । कृतकृत्या भवंतीह यावदाभूतसंप्लवम्
En observant des disciplines telles que ne manger qu’une fois par jour, ne manger que la nuit et demeurer sans mendier—ainsi que d’autres vœux semblables—lorsqu’elles sont accomplies en présence de Dāmodara, on devient accompli dès cette vie et l’on demeure tel jusqu’à la dissolution cosmique.
Verse 122
स राजा ऋषिभिः सार्द्धं यावत्तिष्ठति तत्र वै । विमानानि सहस्राणि तावत्तत्रागतानि च
Aussi longtemps que ce roi demeure là avec les rishis, durant ce même temps des milliers de vimānas, chars célestes, arrivent également en ce lieu.
Verse 123
गंधर्वाप्सरस्तत्र सिद्धचारणकिन्नराः । सर्वे विमानमारूढाः शतशोऽथ सहस्रशः
Là, les Gandharvas et les Apsaras, ainsi que les Siddhas, les Cāraṇas et les Kinnaras—tous montés sur des vimānas—se rassemblent par centaines, et même par milliers.
Verse 124
सर्वैर्जनपदैः सार्द्ध स राजा भार्यया सह । गतो विमानमारूढो यत्तत्पदमनामयम्
Accompagné de tout son peuple, ce roi—avec sa reine—monta sur le char céleste et s’en alla vers cet état suprême, immaculé et sans peine (la demeure la plus haute).
Verse 125
य इदं पठते नित्यं शृणुयाद्वाऽपि मानवः । सर्वपापविनिर्मुक्तः परं ब्रह्माधिगच्छति
Quiconque le récite chaque jour—ou même ne fait que l’entendre—se libère de tous les péchés et atteint le Brahman Suprême (Paramabrahman).
Verse 785
तत्तीर्थस्य प्रभावेन न दुष्टान्याचरंति ते । कालेन मृत्युमायांति पशुपक्षिसरीसृपाः
Par la puissance de ce gué sacré, ils ne commettent pas d’actes mauvais; et, en son temps, même les bêtes, les oiseaux et les reptiles rencontrent la mort d’une manière naturelle et ordonnée.