Adhyaya 13
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 13

Adhyaya 13

L’Adhyāya 13 déploie un enseignement à plusieurs niveaux, mêlant indications de topographie sacrée de Kāśī, louange doctrinale et récit édifiant d’un dévot. Les Gaṇa décrivent une zone de la cité sainte, embaumée et pure, et y situent un liṅga lié à Vāyu (Prabhañjana), affirmant que, par le culte rendu à Śrī Mahādeva, Vāyu obtient le rang de dikpāla, gardien des directions. Le texte raconte la longue tapas de Pūtatmā à Vārāṇasī et l’établissement du liṅga purificateur Pavaneśvara/Pavamāneśvara, en soutenant que le simple darśana (vision dévotionnelle) suffit à faire tomber les péchés, comme une transformation éthique et rituelle. Un stotra prolongé célèbre Śiva dans sa transcendance et son immanence, expose la distinction Śiva–Śakti (śaktis de jñāna, icchā, kriyā) et propose une cartographie du « corps cosmique » intégrant ordres sociaux et éléments du monde en un cosmogramme théologique. Le chapitre fournit aussi des repères concrets : le liṅga se trouve près de Vāyu-kuṇḍa, à l’ouest de Jyeṣṭheśa, et l’on prescrit bains parfumés et offrandes odorantes. Le récit s’ouvre ensuite sur une autre légende, évoquant une splendeur comparable à Alakā et l’élévation d’un dévot (avec des motifs ultérieurs de royauté), avant de se clore par une phalaśruti assurant que l’écoute de cette histoire efface les fautes.

Shlokas

Verse 1

गणावूचतुः । इमां गंधवतीं पुण्यां पुरीं वायोर्विलोकय । वारुण्या उत्तरे भागे महाभाग्यनिधे द्विज

Les gaṇas dirent : «Vois cette cité sainte et parfumée de Vāyu. Dans la partie septentrionale de Vāruṇī, ô brāhmane, trésor de grande fortune, elle se laisse contempler».

Verse 2

अस्यां प्रभंजनो नाम जगत्प्राणोदिगीश्वरः । आराध्य श्रीमहादेवं दिक्पालत्वमवाप्तवान्

Ici, Prabhañjana—Vāyu, souffle vital du monde et seigneur des directions—ayant adoré le glorieux Mahādeva, obtint la charge de gardien d’un point cardinal.

Verse 3

पुरा कश्यपदायादः पूतात्मेति च विश्रुतः । धूर्जटे राजधान्यां स चचार विपुलं तपः

Autrefois, un descendant de Kaśyapa, renommé «Pūtātman» (l’âme purifiée), accomplit de vastes austérités dans la cité royale de Dhūrjaṭi (Śiva).

Verse 4

वाराणस्यां महाभागो वर्षाणामयुतं शतम् । स्थापयित्वा महालिंगं पावनं पवनेश्वरम्

À Vārāṇasī, ce très fortuné—après dix mille ans et encore cent—érigea le grand liṅga, le Purificateur nommé Pavaneśvara.

Verse 5

यस्य दर्शनमात्रेण पूतात्मा जायते नरः । पापकंचुकमुत्सृज्य स वसेत्पावने पुरे

Par la seule vision de Lui, l’homme devient une âme purifiée. Rejetant le manteau du péché, qu’il demeure dans la cité du Purificateur, à Pāvana.

Verse 6

पलायमानो निहतः क्षणात्पंचत्वमागतः । अभक्षयच्च नैवेद्यं भाविपुण्यबलान्न सः

Fuyant, il fut frappé et, en un instant, atteignit la mort. Pourtant, par la puissance du mérite qui devait naître pour lui, il ne goûta point au naivedya offert.

Verse 7

उवाच च प्रसन्नात्मा करुणामृतसागरः । उत्तिष्ठोत्तिष्ठ पूतात्मन्वरं वरय सुव्रत

Alors le Seigneur, le cœur apaisé, océan de compassion et de nectar, dit : «Lève-toi, lève-toi, ô Pūtātmā. Ô toi aux vœux excellents, choisis une grâce».

Verse 8

अनेन तपसोग्रेण लिंगस्याराधनेन च । तवादेयं न पूतात्मंस्त्रैलोक्ये सचराचरे

«Par cette austérité ardente, et par ton adoration du Liṅga, rien, dans les trois mondes—mobile et immobile—n’est pour toi impossible à obtenir, ô Pūtātmā».

Verse 9

पूतात्मोवाच । देवदेवमहादेव देवानामभयप्रद । ब्रह्मनारायणेंद्रादि सर्वदेवपदप्रद

Pūtātmā dit : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, dispensateur d’intrépidité aux devas ; toi qui confères les dignités mêmes de tous les dieux—Brahmā, Nārāyaṇa, Indra et les autres».

Verse 10

वेदास्त्वां न च विंदंति किमात्मक इति प्रभो । प्राप्ताः शतपथत्वं च नेतिनेतीतिवादिनः

«Les Veda ne te saisissent pas pleinement—quelle est ton essence, ô Seigneur. Proclamant “ni ceci, ni cela”, ils ont emprunté cent voies d’approche».

Verse 11

ब्रह्मविष्ण्वोपि गिरां गोचरो न च वाक्पतेः । प्रमथेशं कथं स्तोतुं मादृशः प्रभवेत्प्रभो

Même Brahmā et Viṣṇu ne sont pas à la portée de la parole, pas même le Seigneur du verbe (Bṛhaspati). Comment un être tel que moi pourrait-il Te louer, ô Seigneur des Pramathas ?

Verse 12

प्रसह्य प्रमिमीतेश भक्तिर्मांस्तुतिकर्मणि । करोमि किं जगन्नाथ न वश्यानींद्रियाणि मे

Ô Seigneur, la dévotion me pousse de force à l’acte de Te louer. Mais que puis-je faire, ô Jagannātha, Maître du monde ? Mes sens ne sont pas sous mon contrôle.

Verse 13

विश्वं त्वं नास्ति वै भेदस्त्वमेकः सर्वगो यतः । स्तुत्यं स्तोता स्तुतिस्त्वं च सगुणो निर्गुणो भवान्

Tu es l’univers ; en vérité il n’y a nulle différence, car Tu es l’Un, omniprésent. Tu es Celui qu’on loue, celui qui loue, et la louange elle-même ; Tu es avec attributs et au-delà des attributs.

Verse 14

सर्गात्पुरा भवानेको रूपनाम विवर्जितः । योगिनोपि न ते तत्त्वं विंदंति परमार्थतः

Avant la création, Toi seul existais, dépourvu de forme et de nom. Même les yogins ne connaissent pas vraiment Ta réalité au sens le plus élevé.

Verse 15

यदैकलो न शक्नोषि रंतुं स्वैरचर प्रभो । तदिच्छा तवयोत्पन्ना सेव्या शक्तिरभूत्तव

Lorsque Toi, ô Seigneur qui erres librement, ne pus Te réjouir seul, de Ta volonté naquit Ta Puissance, digne d’adoration : Ta Śakti.

Verse 16

त्वमेको द्वित्वमापन्नः शिवशक्तिप्रभेदतः । त्वं ज्ञानरूपो भगवान्स्वेच्छा शक्तिस्वरूपिणी

Bien qu’Unique, Tu parais double par la distinction de Śiva et de Śakti. Toi, ô Seigneur Bienheureux, Tu es de la nature de la conscience et de la connaissance; et Ta Puissance est la forme de Ta propre libre volonté.

Verse 17

उभाभ्यां शिवशक्तिभ्या युवाभ्यां निजलीलया । उत्पादिता क्रियाशक्तिस्ततः सर्वमिदं जगत्

De vous deux — Śiva et Śakti — par votre propre jeu divin, fut engendrée la puissance de l’action (kriyā-śakti) ; et d’elle est né cet univers tout entier.

Verse 18

ज्ञानशक्तिर्भवानीश इच्छाशक्तिरुमा स्मृता । क्रियाशक्तिरिदं विश्वमस्य त्वं कारणं ततः

Ô Seigneur de Bhavānī, Bhavānī est célébrée comme la puissance de la connaissance, et Umā comme la puissance de la volonté ; cet univers est la puissance de l’action — ainsi Tu en es la cause ultime.

Verse 19

दक्षिणांगं तव विधिर्वामांगं तव चाच्युतः । चंद्रसूर्याग्निनेत्रस्त्वं त्वन्निःश्वासः श्रुतित्रयम्

Brahmā est ton flanc droit, et Acyuta (Viṣṇu) ton flanc gauche. Tes yeux sont la Lune, le Soleil et le Feu ; et les trois Veda sont ton propre souffle.

Verse 20

त्वत्स्वेदादंबुनिधयस्तव श्रोत्रं समीरणः । बाहवस्ते दशदिशो मुखं ते ब्राह्मणाः स्मृताः

De ta sueur sont nés les océans. Le vent est ton oreille ; les dix directions sont tes bras ; et les brāhmaṇas sont tenus pour ta bouche.

Verse 21

राजन्यवर्यास्ते बाहु वैश्या ऊरुसमुद्भवाः । पद्भ्यां शूद्रस्तवेशान केशास्ते जलदाः प्रभो

Ô Īśāna, les nobles Kṣatriya sont tes bras ; les Vaiśya naissent de tes cuisses ; le Śūdra vient de tes pieds ; et tes cheveux, ô Seigneur, sont l’amas des nuées.

Verse 22

त्वं पुं प्रकृतिरूपेण ब्रह्मांडमसृजः पुरा । मध्ये ब्रह्मांडमखिलं विश्वमेतच्चराचरम्

Toi, en tant que Puruṣa et en tant que Prakṛti, tu créas jadis l’œuf cosmique ; et dans ce brahmāṇḍa se trouve contenu l’univers tout entier, le mobile et l’immobile.

Verse 23

अतस्त्वत्तो न मन्येऽहं किंचिद्भिन्नं जगन्मय । त्वयि सर्वाणि भूतानि सर्वभूतमयो भवान्

Ainsi, ô Toi qui pénètres le monde, je ne tiens rien pour séparé de toi. En toi sont tous les êtres, et toi-même tu es fait de tous les êtres.

Verse 24

नमस्तुभ्यं नमस्तुभ्यं नमस्तुऽभ्यं नमोनमः । अयमेव वरो नाथ त्वयि मेऽस्तु स्थिरा मतिः

Hommage à toi, hommage à toi, hommage à toi, encore et encore. Voici l’unique grâce, ô Seigneur : que mon intelligence demeure ferme en toi.

Verse 25

इत्युक्तवति देवेश स्तस्मिन्पूतात्मनि प्रभुः । स्वमूर्तित्वं समारोप्य दिक्पालपदमादधे

Quand cette âme purifiée eut ainsi parlé au Seigneur des dieux, le Seigneur l’assimila à sa propre forme et lui conféra la dignité de Dikpāla, gardien des directions.

Verse 26

सर्वगो मम रूपेण सर्वतत्त्वावबोधकः । सर्वेषामायुषोरूपं भवानेव भविष्यति

Dans ma forme, tu seras omniprésent, l’éveilleur de l’intelligence de tous les tattvas; et toi seul deviendras l’incarnation même de la durée de vie de tous les êtres.

Verse 27

तव लिंगमिदं दिव्यं ये द्रक्ष्यंतीह मानवाः । सर्वभोगसमृद्धास्ते त्वल्लोकसुखभागिनः

Ceux qui, ici, contempleront ce Liṅga divin qui est le tien seront comblés de toutes jouissances et de toute prospérité, et ils auront part au bonheur de ton propre monde.

Verse 28

पवमानेश्वरं लिंगं मध्ये जन्मसकृन्नरः । यथोक्तविधिना पूज्य सुगंधस्नपनादिभिः

Qu’un homme, ne fût-ce qu’une seule fois au cours de sa vie, adore le Liṅga de Pavamāneśvara selon le rite prescrit, par l’ablution parfumée et les autres offrandes.

Verse 29

सुगंधचंदनैः पुष्पैर्मम लोके महीयते । ज्येष्ठेशात्पश्चिमेभागे वायुकुंडोत्तरेण तु

Par le santal parfumé et les fleurs, il est honoré dans mon monde. (Ce Pavamāneśvara se trouve) à l’ouest de Jyeṣṭheśa et au nord de Vāyu-kuṇḍa.

Verse 30

पावमानं समाराध्य पूतो भवति तत्क्षणात् । इति दत्त्वा वरान्देवस्तस्मिंल्लिंगे लयं ययौ

Ayant dûment apaisé Pāvamāna (Pavamāneśvara), on est purifié à l’instant. Ainsi, après avoir accordé ces grâces, le Deva se fondit et se résorba dans ce même Liṅga.

Verse 31

गणावूचतुः । इति गंधवती पुर्याः स्वरूपं ते निरूपितम् । तस्याः प्राच्यां कुबेरस्य श्रीमत्येषालकापुरी

Les Gaṇa dirent : « Ainsi t’a été décrite la véritable nature de la Cité Parfumée. À son orient se trouve la cité splendide de Kubera — Alakā. »

Verse 32

शंभोः सखित्वमापेदे नाथोस्या भक्तियोगतः । निधीनां पद्ममुख्यानां दाता भोक्ता हरार्चनात्

Par la force de la dévotion, son seigneur obtint l’amitié de Śambhu ; et par le culte rendu à Hara, il devint à la fois dispensateur et jouisseur des trésors, au premier rang desquels Padma, le grand Nidhi.

Verse 33

शिवशर्मोवाच । कोसौ कस्य पुनः कीदृग्भक्तिरस्य सदाशिवे । यया सखित्वमापन्नो देवदेवस्यधूर्जटेः

Śivaśarman dit : « Qui est-il, et de qui est-il le seigneur ? Quelle sorte de dévotion porte-t-il à Sadāśiva, grâce à laquelle il obtint l’amitié de Dhūrjaṭi, le Dieu des dieux ? »

Verse 34

इति श्रोतुं मम मनः श्रुतिगोचरतां गतम् । युवयोर्वाक्सुधास्वाद मेदुरोदरमंथरम्

Ainsi mon esprit s’est entièrement tourné vers l’écoute de ce récit. La saveur, pareille au nectar, de vos paroles met en mouvement même l’esprit lourd et lent.

Verse 35

गणावूचतुः । शिवशर्मन्महाप्राज्ञ परिशुद्धेंद्रियेश्वर । सुतीर्थक्षालिताशेषजन्मजातमहामल

Les Gaṇa dirent : « Ô Śivaśarman, grand sage, maître des sens purifiés : les vastes souillures nées d’innombrables existences ont été lavées par d’excellents tīrtha. »

Verse 36

सुहृदि प्रेमसंपन्ने त्वय्यनुद्यं न किंचन । साधुभिः सह संवादः सर्वश्रेयोऽभिवृद्धये

En toi, notre ami plein d’amour et de bienveillance, il n’y a rien du tout à blâmer. L’entretien avec les vertueux sert à faire croître tout bien suprême.

Verse 37

आसीत्कांपिल्यनगरे सोमयाजिकुलोद्भवः । दीक्षितो यज्ञदत्ताख्यो यज्ञविद्याविशारदः

Dans la cité de Kāṃpilya vivait un brāhmane consacré, issu d’une lignée d’officiants du Soma-yajña, nommé Yajñadatta, expert dans la science du sacrifice.

Verse 38

वेदवेदांगवेदार्थान्वेदोक्ताचारचंचुरः । राजमान्यो बहुधनो वदान्यः कीर्तिभाजनम्

Il connaissait les Veda, les Vedāṅga et le sens de l’enseignement védique; zélé dans la conduite prescrite par le Veda, honoré des rois, riche, généreux, il était un réceptacle de bonne renommée.

Verse 39

अग्निशुश्रूषणरतो वेदाध्ययनतत्परः । तस्य पुत्रो गुणनिधिश्चंद्रबिंबसमाकृतिः

Il se consacrait au service attentif du feu sacré et s’appliquait à l’étude des Veda. Son fils était Guṇanidhi, dont le visage ressemblait à l’orbe de la lune.

Verse 40

कृतोपनयनः सोथ विद्यां जग्राह भूरिशः । अथ पित्रानभिज्ञातो द्यूतकर्मरतोऽभवत्

Après avoir accompli l’upanayana, il acquit de vastes connaissances. Mais ensuite—à l’insu de son père—il se voua à la pratique du jeu de hasard.

Verse 41

आदायादाय बहुशो धनं मातुः सकाशतः । ददाति द्यूतकारेभ्यो मैत्री तैश्च चकार सः

À maintes reprises, il prenait de l’argent auprès de sa mère et le donnait aux joueurs, se liant d’amitié avec eux.

Verse 42

संत्यक्त ब्राह्मणाचारः संध्यास्नानपराङ्मुखः । निंदको वेदशास्त्राणां देवब्राह्मणनिंदकः

Il renonça à la conduite digne d’un brahmane, se détourna des prières du sandhyā et du bain rituel, et devint un blasphémateur des Veda et des śāstra, diffamant dieux et brahmanes.

Verse 43

स्मृत्याचारविहीनस्तु गीतवाद्यविनोदभाक् । नटपाखंडिभंडैश्च बद्धप्रेमपरंपरः

Privé de la conduite prescrite par la Smṛti, il se complaisait dans les chants et les instruments, et se trouva lié par une chaîne d’attachements à des acteurs, des imposteurs et des bouffons.

Verse 44

प्रेरितोपि जनन्या स न याति पितुरंतिकम् । गृहकार्यांतरव्यग्रो दीक्षितो दीक्षितायिनीम्

Bien que sa mère l’y pressât, il n’allait pas auprès de son père. Occupé par d’autres affaires du foyer, il ne cessait de tourmenter la maîtresse de maison, l’initiée (dīkṣitā).

Verse 45

यदा यदैव तां पृच्छेदयेगुणनिधिः सुतः । न दृश्यते मया गेहे क्व याति विदधाति किम्

Chaque fois que son fils Guṇanidhi l’interrogeait : «Je ne le vois pas dans la maison ; où va-t-il, et que fait-il ?».

Verse 46

तदा तदेति सा ब्रूयादिदानीं स बहिर्गतः । स्नात्वा समर्च्य वै देवानेतावंतमनेहसम्

Alors, chaque fois, elle répondait : «À l’instant même il est sorti—après s’être baigné et avoir dûment adoré les dieux ; voilà tout, rien de plus.»

Verse 47

अधीत्याध्ययनार्थं स द्वित्रैर्मित्रैः समं ययौ । एकपुत्रेति तन्माता प्रतारयति दीक्षितम्

Après avoir achevé ses études premières, il sortit pour poursuivre l’apprentissage avec deux ou trois compagnons. Mais sa mère—se disant : «C’est mon fils unique»—ne cessait de cajoler et de tromper Dīkṣita, l’indulgeant et le couvrant.

Verse 48

न तत्कर्म च तद्वृत्तं किंचिद्वेत्ति स दीक्षितः । स च केशांतकर्मास्य कृत्वा वर्षेऽथ षोडशे

Dīkṣita ne savait absolument rien de cet acte ni de cette conduite fautive. Et ensuite, lorsqu’on eut accompli pour lui le rite du keśānta, en sa seizième année…

Verse 49

गृह्योक्तेन विधानेन पाणिग्राहमकारयत् । प्रत्यहं तस्य जननी सुतं गुणनिधिं मृदु

Selon la règle enseignée par les Gṛhya-sūtras, elle fit accomplir son mariage, la ‘prise de la main’. Jour après jour, sa mère s’adressait doucement à son fils : «Ô trésor de vertus…»

Verse 50

शास्ति स्नेहार्द्रहृदया क्रोधनस्ते पितेत्यलम् । यदि ज्ञास्यति ते वृत्तं त्वां च मां ताडयिष्यति

Le cœur attendri par l’affection, elle l’admonestait : «Assez—ton père est prompt à la colère. S’il apprend ta conduite, il nous frappera, toi et moi.»

Verse 51

आच्छादयामि ते नित्यं पितुरग्रे कुचेष्टितम् । लोकमान्योस्ति ते तातः सदाचारैर्न वै धनैः

Je voile sans cesse tes fautes devant ton père. Ton père, mon enfant, est honoré du monde non par la richesse, mais par la droiture de sa conduite.

Verse 52

ब्राह्मणानां धनं पुत्र सद्विद्या साधुसंगमः । सच्छ्रोत्रियास्त्वनूचाना दीक्षिताः सोमयाजिनः

Ô fils, la vraie richesse d’un brāhmaṇa est la connaissance juste et la compagnie des vertueux : de dignes śrotriyas, des récitateurs savants, des dīkṣitas consacrés et des accomplisseurs du Soma-yajña.

Verse 53

इति रूढिमिह प्राप्तास्तव पूर्वपितामहाः । त्यक्त्वा दुर्वृत्तसंसर्गं साधुसंगरतो भव

Ainsi tes aïeux ont-ils acquis ici la tradition établie. Délaisse la compagnie des gens de mauvaise conduite et attache-toi à la compagnie des vertueux.

Verse 54

सद्विद्या सुमनो धेहि ब्राह्मणाचारमाचर । तवानुरूपारूपेण वयसाकुलशीलतः

Établis en toi la vraie science et un esprit bienveillant ; pratique la conduite d’un brāhmaṇa. Car, conforme ou non à ce qui te sied, à cause de l’instabilité propre à la jeunesse…

Verse 55

ऊनविंशतिकोऽसि त्वमेषा षोडशवार्षिकी । तव पत्नी गुणनिधे साध्वी मधुरभाषिणी

Tu n’as pas encore vingt ans, et elle a seize ans. Ton épouse, ô trésor de vertus, est une sādhvī : chaste et à la parole douce.

Verse 56

एतां संवृणु सद्वृत्तां पितृभक्तियुता भव । श्वशुरोपि हि ते मान्यः सर्वत्र गुणशीलतः

Accueille et chéris cette épouse de bonne conduite, et sois rempli de dévotion envers ton père. Car ton beau-père aussi est digne d’honneur en tout lieu, par ses vertus et la noblesse de son caractère.

Verse 57

ततोऽपत्रपसे किं न त्यज दुर्वृत्ततां शिशो । मातुलास्तेऽतुलाः पुत्र विद्याशीलकुलादिभिः

Pourquoi n’éprouves-tu pas de honte, mon enfant, et n’abandonnes-tu pas ta conduite perverse ? Tes oncles maternels sont sans pareils, mon fils, renommés pour leur science, leur bonne tenue et la noblesse de leur lignée.

Verse 58

तेभ्योपि न बिभेषि त्वं शुद्धोस्युभय वंशतः । पश्यैतान्प्रतिवेश्मस्थान्ब्राह्मणानां कुमारकान्

Ne les crains-tu pas même, toi qui es de lignée pure des deux côtés ? Regarde ces garçons des brāhmaṇas, demeurant dans les maisons voisines.

Verse 59

गृहेपि शिष्यान्पश्यैतान्पितुस्ते विनयोचितान् । राजापि श्रोष्यति यदा तव दुश्चेष्टितं सुत

Même à la maison, regarde ces disciples de ton père, instruits dans la discipline convenable. Car lorsque le roi apprendra tes méfaits, mon fils, les suites ne tarderont pas.

Verse 60

श्रद्धां विहाय ते ताते वृत्तिलोपं करिष्यति । बालचेष्टितमेवैतद्वदंत्यद्यापि ते जनाः

Perdant toute confiance en toi, mon enfant, ton père retranchera ton entretien. Déjà, les gens disent : «Ce n’est là que des enfantillages».

Verse 61

अनंतरं हसिष्यंति युक्तं दीक्षिततास्त्विति । सर्वेप्याक्षारयिष्यंति तव विप्रं च मां च वै

Ensuite ils riront en disant : « Ainsi donc, voilà la dīkṣā “convenable” ! » Et à cause de toi, tous blâmeront ton brāhmane précepteur et moi également.

Verse 62

मातुश्चरित्रं तनयो धत्ते दुर्भाषणैरिति । पिता पितेन पापीयाञ्च्छ्रुतिस्मृतिपथीनकिम्

Les gens diront : « Par ses paroles outrageantes, le fils porte au jour le caractère de la mère. » Et encore : « Le père est pire à cause du père qui l’a précédé ; ne suivent‑ils donc pas la voie de la Śruti et de la Smṛti ? »

Verse 63

तदंघ्रिलीनमनसो मम साक्षी महेश्वरः । न चर्तुस्नातयापीह मुखं दुष्टस्य वीक्षितम्

Pour moi dont l’esprit demeure aux pieds du Seigneur, Maheśvara est mon témoin. Et ici, pas même celui qui s’est purifié par le « bain quadruple » n’a posé les yeux sur le visage d’un méchant.

Verse 64

अहो बलीयान्सविधिर्येन जाता भवानिति । प्रतिक्षणं जनन्येति शिक्ष्यमाणोतिदुर्मदः

« Ah ! Puissant est vraiment le destin par lequel tu es né ! »—ainsi parlent‑ils. Pourtant, même lorsqu’on l’instruit, à chaque instant il retourne vers sa mère, ivre d’orgueil.

Verse 65

न तत्याज च तद्धर्मं दुर्बोधो व्यसनी यतः । मृगया मद्य पैशुन्य वेश्याचौर्यदुरोदरैः

Il n’abandonna pas cette conduite, car il était obtus et enchaîné aux passions : la chasse, l’ivresse du vin, la médisance, la fréquentation des prostituées, le vol et le jeu funeste.

Verse 66

सपारदारैर्व्यसनैरेभिः कोत्र न खंडितः । यद्यन्मध्ये गृहे पश्येत्तत्तन्नीत्वा सुदुर्मतिः

Avec ces vices—et l’adultère avec eux—qui donc en ce monde n’est pas brisé ? Tout ce qu’il voyait au sein de la maison, cela même il l’emportait, tant son esprit était profondément mauvais.

Verse 67

अर्पयेद्द्यूतकाराणां सकुप्यं वसनादिकम् । नवरत्नमयीं मातुः करतः पितुरूर्मिकाम

Il remettait aux joueurs les biens de la maison, les vêtements et le reste ; et il alla jusqu’à donner l’anneau de sa mère, serti de neuf gemmes, ainsi que la bague de son père.

Verse 68

स्वपंत्यास्त्वेकदाऽदाय दुरोदरिकरेऽर्पयत् । एकदा गच्छता राजभवनान्निजमुद्रिका

Une fois, le prenant tandis qu’elle dormait, il le plaça dans la main d’un joueur. Et une autre fois, se rendant au palais du roi, il emporta son propre anneau-sceau.

Verse 69

दीक्षितेन परिज्ञाता दैवाद्द्यूतकृतः करे । उवाच दीक्षितस्तं च कुतो लब्धा त्वयोर्मिका । पृष्टस्तेनाथ निर्बंधादसकृत्प्रत्युवाच किम्

Par hasard, le brāhmane consacré remarqua que le joueur le portait à la main. Le dīkṣita lui dit : « D’où as-tu obtenu cet anneau ? » Interrogé avec insistance, encore et encore, que répondit-il donc ?

Verse 70

ममाक्षिपसि विप्रोच्चैः किं मया चौर्य कर्मणा । लब्धा मुद्रा त्वदीयेन पुत्रेणैषा ममार्पिता

« Pourquoi m’accuses-tu si haut, ô brāhmane ? Qu’ai-je à faire avec le vol ? Cet anneau-sceau, je l’ai obtenu de ton propre fils : c’est lui qui me l’a remis. »

Verse 71

मम मातुर्हि पूर्वे द्युर्जित्वानीतो हि शाटकः । न केवलं ममाप्येतदंगुलीयं समर्पितम्

«Autrefois, après avoir vaincu au jeu, il emporta le vêtement de ma mère ; et non content de cela, il remit aussi cette bague qui est à moi.»

Verse 72

अन्येषां द्यूतकर्तृणां भूरि तेनार्पितं वसु । रत्नकुप्यदुकूलानि भृंगारुप्रभृतीनि च

«Et aux autres joueurs aussi, il donna des richesses en abondance : des joyaux, des biens précieux de la maison, de beaux vêtements, et des parures telles que des bracelets et autres.»

Verse 73

भाजनानि विचित्राणि कांस्य ताम्रमयानि च । नग्नीकृत्यप्रति दिनं बद्ध्यंते द्यूतकारिभिः

«On les dépouilla même de vases variés, faits de bronze et de cuivre ; et, jour après jour, les joueurs les liaient, les traînant dans la détresse.»

Verse 74

न तेन सदृशः कश्चिदाक्षिको भूमिमंडले । अद्य यावत्त्वया विप्र दुरोदरशिरोमणिः

«Sur la face de la terre, nul joueur de dés ne lui est comparable. Jusqu’à ce jour, ô brāhmane, il est le joyau de la couronne des joueurs.»

Verse 75

कथं नाज्ञायि तनयो ऽविनयानयकोविदः । इति श्रुत्वा त्रपाभार विनम्रतरकंधरः

«Comment le fils, si habile à entraîner vers l’inconvenance, n’a-t-il pas été reconnu ?» À ces mots, accablé de honte, il inclina le cou plus bas encore.

Verse 76

प्रावृत्य वाससा मौलिं प्राविशन्निजमंदिरम् । महापतिव्रतामास्य पत्नीं प्रोवाच तामथ

S’étant couvert la tête de son vêtement, il entra dans sa propre demeure. Puis il s’adressa à son épouse, grand modèle de fidélité et de vertu conjugales.

Verse 77

दीक्षितायिनि कुत्रासि क्व ते गुणनिधिः सुतः । अथ तिष्ठतु किं तेन क्व सा मम शुभोर्मिका

«Ô Dīkṣitāyinī, où es-tu ? Où est ton fils, trésor de vertus ? Qu’il soit—qu’importe-t-il ? Mais où est mon anneau de bon augure ?»

Verse 78

अंगोद्वर्तन काले या त्वया मेंऽगुलितो हृता । नवरत्नमयीं शीघ्रं तामानीय प्रयच्छ मे

«Celle que tu as ôtée de mon doigt lorsque tu frottais mon corps d’onguents : apporte-la vite, cette bague aux neuf gemmes, et remets-la-moi.»

Verse 79

इति श्रुत्वाथ तद्वाक्यं भीता सा दीक्षितायिनी । प्रोवाच सा तु माध्याह्नीं क्रियां निष्पादयत्वथ

Entendant ces paroles, Dīkṣitāyinī fut saisie de crainte. Alors elle répondit : «Que l’office de midi soit d’abord accompli».

Verse 80

व्यग्रास्मि देवपूजार्थमुपहारादि कर्मणि । समयोयमतिक्रामेदतिथीनां प्रियातिथे

«Je suis absorbée par le culte des dieux et les actes d’offrandes et autres devoirs. Voici l’heure prescrite : qu’elle ne soit pas dépassée, ô bien-aimé, toi qui chéris les hôtes.»

Verse 81

इदानीमेव पक्वान्नकरणव्यग्रया मया । स्थापिता भाजने क्वापि विस्मृतेति न वेद्म्यहम्

À l’instant même, absorbée par la préparation du mets cuit, je l’ai déposé quelque part dans un récipient ; et, l’ayant oublié, je ne sais où je l’ai mis.

Verse 82

दीक्षित उवाच । हंहो सत्पुत्रजननि नित्यं सत्यप्रभाषिणि । यदायदा त्वां संपृच्छे तनयः क्व गतस्त्विति

Dīkṣita dit : « Ah ! ô mère d’un noble fils, toi qui dis toujours la vérité : chaque fois que je te demande : “Où est allé l’enfant ?” »

Verse 83

तदातदेति त्वं ब्रूया नाथेदानीं स निर्गतः । अधीत्याध्ययनार्थं च द्वित्रैर्मित्रैः सयुग्बहिः

«Tu réponds sans cesse : “à tel et tel moment”. Mais à présent, dame, il est déjà sorti, avec deux ou trois amis, après l’étude, pour poursuivre l’apprentissage, au dehors.»

Verse 84

कुतस्त्वच्छाटकः पत्नि मांजिष्ठो यो मयाऽर्पितः । लंबते वस्त्रधान्यांयस्तथ्यं ब्रूहि भयं त्यज

«Où est ce vêtement rougeâtre, épouse, celui que je t’ai donné ? Il pendait jadis dans l’armoire aux habits ; dis la vérité et renonce à la peur.»

Verse 85

सांप्रतं नेक्ष्यते सोपि भृंगारुर्मणिमंडितः । पट्टसूत्रमयीसापि त्रिपटी क्व नृपार्पिता

«À présent, même ce vase orné de pierreries ne se voit plus. Et où est aussi la triple bande de soie, celle offerte par le roi ?»

Verse 86

क्व दाक्षिणात्यं तत्कांस्यं गौडी ताम्रघटी क्व सा । नागदंतमयी सा क्व सुखकौतुकमंचिका

Où est ce vase de bronze venu du Sud ? Où est ce pot de cuivre de Gauḍa ? Où est ce petit lit d’ivoire, destiné au confort et à la joie ?

Verse 87

क्व सा पर्वतदेशीया चंद्रकांतशिलोद्भवा । दीपिका व्यग्रहस्ताग्रा सालंकृच्छालभंजिका

Où est cette lampe du pays des montagnes, née de la pierre chandrakānta ? Sa flamme vacille au bout d’une main agitée ; parée d’ornements, comme si elle surpassait l’éclat d’un palais.

Verse 88

किं बहूक्तेन कुलजे तुभ्यं कुप्याम्यहं वृथा । तदाभ्यवहरिष्येहमुपयंस्याम्यहं यदा

À quoi bon tant de paroles, ô toi de noble naissance ? En vain je me mets en colère contre toi. Quand l’heure viendra, moi-même j’agirai et moi-même j’y pourvoirai.

Verse 89

अनपत्योस्मि तेनाहं दुष्टेन कुलदूषिणा । उत्तिष्ठानय दर्भांबु तस्मै दद्यां तिलांजलिम्

Je suis sans fils digne à cause de ce méchant qui souille la lignée. Lève-toi : apporte l’herbe kuśa et de l’eau ; je lui offrirai une libation de sésame et d’eau, comme aux morts.

Verse 90

अपुत्रत्वं वरं नृणां कुपुत्रात्कुलपांसनात् । त्यजेदेकं कुलस्यार्थे नीतिरेषा सनातनी

Pour les hommes, mieux vaut être sans enfant que d’avoir un fils mauvais, souillure de la famille. Pour le bien de la lignée, on peut renoncer à un seul : telle est la règle éternelle du dharma.

Verse 91

स्नात्वा नित्यविधिं कृत्वा तस्मिन्नेवाह्निकस्यचित् । श्रोत्रियस्य सुतां प्राप्य पाणिं जग्राह दीक्षितः

Après s’être baigné et avoir accompli les rites quotidiens, ce même jour Dīkṣita obtint la fille d’un brahmane savant dans les Veda et lui prit la main en mariage.

Verse 92

श्रुत्वा तथा स वृत्तांतं प्राक्तनं स्वं विनिंद्य च । कांचिद्दिशं समालोच्य निर्ययौ दीक्षितांगजः

Ayant entendu ce récit et blâmé sa propre conduite d’autrefois, le fils de Dīkṣita, après avoir envisagé une direction, s’en alla.

Verse 93

चिंतामवाप महतीं क्व यामि करवाणि किम् । नाहमभ्यस्तविद्योस्मि न चैवास्ति धनोस्म्यहम्

Il fut saisi d’une grande inquiétude : «Où irai-je ? Que ferai-je ? Je n’ai pas acquis la science, et je n’ai aucune richesse».

Verse 94

देशांतरे ह्यस्ति धनः सद्विद्यः सुखमेधते । भयमस्ति धने चौरात्सविद्यः सर्वतोऽभयः

La richesse peut se trouver en un autre pays, mais la vraie connaissance s’épanouit dans la joie. La richesse porte la crainte des voleurs ; l’homme de savoir est sans peur partout.

Verse 95

यायजूके कुले जन्म क्वक्व मे व्यसनं तथा । अहो बलीयान्स विधिर्भाविकर्मानुसंधयेत्

Né dans une lignée sacerdotale d’officiants du yajña, et pourtant, comment et d’où m’est venue une telle infortune ? Hélas, le destin est plus puissant : il suit le fil des actes appelés à porter fruit.

Verse 96

भिक्षितुं नाधिगच्छामि न मे परिचितः क्वचित् । न च पार्श्वे धनं किंचित्किमत्र शरणं भवेत्

Je ne trouve même pas de moyen de mendier ; je n’ai de connaissance nulle part. Je n’ai pas non plus d’argent auprès de moi : quel refuge pourrait-il m’être ici ?

Verse 97

सदाभ्युदिते भानौ प्रसूर्मे मृष्टभोजनम् । दद्यादद्यात्र कं याचे याचेह जननी न मे

Il songea : «Quand le soleil se lève chaque jour, ma mère m’aurait donné aujourd’hui un repas délicat. Mais ici et maintenant, à qui demander ? En ce lieu, je n’ai pas de mère à implorer».

Verse 98

इति चिंतयतस्तस्य भानुरस्ताचलं गतः । एतस्मिन्नेव समये कश्चिन्माहेश्वरो नरः

Tandis qu’il pensait ainsi, le soleil gagna la montagne du couchant. En ce même moment apparut un homme, dévot de Maheśvara (Śiva).

Verse 99

महोपहारानादाय नगराद्बहिरभ्यगात् । समभ्यर्चितुमीशानं शिवरात्रावुपोषितः

Portant de magnifiques offrandes, il sortit de la cité. Pour vénérer Īśāna (Śiva), il avait observé le jeûne durant la nuit de Śivarātri.

Verse 100

पक्वान्नगंधमाघ्राय क्षुधितः स तमन्वगात् । इदमन्नं मया ग्राह्यं शिवायोपस्कृतं निशि

Sentant le parfum du mets cuit, affamé qu’il était, il le suivit en songeant : «Je dois prendre cette nourriture, bien qu’elle ait été préparée de nuit comme offrande à Śiva».

Verse 110

कुलाचारप्रतीपोयं पित्रोर्वाक्यपराङ्मुखः । सत्यशौचपरिभ्रष्टःसंध्यास्नानविवर्जितः

Celui-ci est hostile aux usages de sa lignée, se détourne des paroles de ses parents, a déchu de la vérité et de la pureté, et a abandonné les rites de la sandhyā—la prière du crépuscule—ainsi que le bain sacré.

Verse 120

कलिंगराजोभविताऽधुनाविधुतकल्मषः । एष द्विजवरो दूता यूयं यात यथागताः

Il deviendra maintenant roi de Kaliṅga, ses fautes étant lavées. Cet excellent brāhmaṇa est mon messager ; ô envoyés, partez et retournez comme vous êtes venus.

Verse 130

स्वार्थदीपदशोद्योत लिंगमौलि तमोहरः । कलिंगविषये राज्यं प्राप्तो धर्मरतिः सदा

Dissipateur des ténèbres, portant le liṅga pour diadème, rayonnant comme dix lampes de son propre dessein, il obtint la royauté au pays de Kaliṅga, se réjouissant sans cesse dans le dharma.

Verse 140

तावत्तताप स तपस्त्वगस्थिपरिशेषितम् । यावद्बभूव तद्वर्ष्म वर्षाणामयुतं शतम्

Il accomplit des austérités (tapas) jusqu’à ne plus laisser que peau et os, et il persévéra jusqu’à ce que son corps endurât ainsi pendant cent myriades d’années.

Verse 150

क्रूरदृग्वीक्षते यावत्पुनःपुनरिदं वदन् । तावत्पुस्फोट तन्नेत्रं वामं वामा विलोकनात

Tant qu’il fixait d’un regard cruel, répétant sans cesse ces paroles, son œil gauche éclata, sous l’effet du regard tourné à gauche de la Dame.

Verse 160

देवेन दत्ता ये तुभ्यं वराः संतु तथैव ते । कुबेरो भव नाम्ना त्वं मम रूपेर्ष्यया सुत

«Que les grâces que le dieu t’a accordées demeurent telles quelles. Par ton nom tu seras Kubera, ô fils, né de ma jalousie devant la beauté.»

Verse 166

पुर्यां यक्षेश्वराणां ते स्वरूपमिति वर्णितम् । यच्छ्रुत्वा सर्वपापेभ्यो नरो मुच्येदसंशयम्

Ainsi t’a été décrite la véritable nature des Yakṣeśvaras dans cette cité sacrée. En l’entendant, l’homme est délivré de tous les péchés, sans aucun doute.