
Le chapitre s’ouvre lorsque les sages prient Sūta de raconter la gloire d’un tīrtha lié à Viśvāmitra dans le cadre du Hāṭakeśvara-kṣetra. Sūta évoque l’ampleur extraordinaire de Viśvāmitra, puis décrit un kuṇḍa qu’il aurait créé et l’arrivée d’eaux parfaitement pures, reconnues comme Jāhnavī (Gaṅgā), dont la puissance détruit les péchés. Il est aussi question de l’installation d’une présence solaire, Bhāskara, comme divinité associée au lieu. Un rite fixé par le calendrier est prescrit : au mois de Māgha, durant la quinzaine claire, si le jour de Saptamī coïncide avec un dimanche, le bain sacré suivi d’une vénération du Soleil est présenté comme dissipant le kuṣṭha (grave maladie de peau) et les souillures morales. Le récit introduit encore une vāpī guérisseuse à l’ouest–nord-ouest, attribuée à Dhanvantari ; par son tapas, Bhāskara lui accorde la grâce que ceux qui s’y baignent au moment requis obtiennent un soulagement immédiat des maladies. Viennent ensuite des exemples humains : le roi Ratnākṣa d’Ayodhyā, atteint d’un kuṣṭha incurable, est conduit par un kārpaṭika (mendiant errant) au tīrtha ; il accomplit le bain prescrit, guérit sur-le-champ et établit une divinité solaire nommée Ratnāditya. Un autre exemple raconte qu’un vieux gardien de troupeau, guéri fortuitement en entrant dans l’eau pour sauver un animal, entreprend ensuite un culte discipliné et atteint une réussite spirituelle rare. Le chapitre se clôt par des directives de pratique (snāna, pūjā, japa de Gāyatrī en grand nombre) et des assurances de type phalaśruti : santé, accomplissement des souhaits et, pour le détaché, libération ; la charité—telle l’offrande d’une vache faite avec foi—est dite protéger la descendance contre la maladie.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । श्रुतं तीर्थत्रयं पुण्यं हाटकेश्वरसंज्ञिते । क्षेत्रेऽत्र यत्त्वया प्रोक्तमस्माकं सूतनंदन
Les sages dirent : Nous avons entendu de toi parler des trois tīrtha sacrés dans cette contrée sainte appelée Hāṭakeśvara, tels que tu nous les as décrits, ô fils de Sūta.
Verse 2
विश्वामित्रीयमाहात्म्यं श्रोतुमिच्छामहे वयम् । सांप्रतं तत्समाचक्ष्व परं कौतूहलं हि नः
Nous désirons entendre le Māhātmya lié à Viśvāmitra. À présent, de grâce, raconte-le-nous : notre curiosité est des plus grandes.
Verse 3
सूत उवाच । समुद्रस्यापि पारोऽत्र लक्ष्यते च क्षितेरपि । तारकाणां मुनेस्तस्य न गुणानां द्विजोत्तमाः
Sūta dit : «Ô meilleurs des deux-fois-nés, ici l’on peut discerner même la rive lointaine de l’océan et les limites de la terre ; mais les vertus de ce muni—dépassant jusqu’aux étoiles—ne sauraient être mesurées.»
Verse 4
लक्ष्यते केनचित्पारो गाधेः पुत्रस्य धीमतः । क्षत्रियोऽपि द्विजत्वं यः संप्राप्तो द्विजसत्तमाः
«Certains diront qu’on peut discerner la “limite” de ce sage fils de Gādhi ; pourtant lui—bien que né kṣatriya—atteignit l’état de brāhmaṇa, ô meilleurs des deux-fois-nés.»
Verse 5
अंत्यजत्वं गतस्यापि त्रिशंकोः पृथिवीपतेः । यज्ञभागभुजो देवाः प्रत्यक्षेण विनिर्मिताः
«Même pour Triśaṅku, seigneur de la terre, tombé dans la condition d’exclu, les dieux—receveurs des parts du yajña—se manifestèrent de façon visible, sous les yeux mêmes.»
Verse 6
ब्रह्मणः स्पर्धया येन पुरा सृष्टिर्द्विजोत्तमाः । प्रारब्धा च ततो देवैः प्रणिपत्य निवारितः
Par rivalité avec Brahmā, jadis il entreprit une création, ô le meilleur des deux-fois-nés ; puis les dieux, s’inclinant en hommage, retinrent cet acte.
Verse 7
तस्य तीर्थस्य माहात्म्यं साप्रतं वदतो मम । श्रूयतां ब्राह्मणश्रेष्ठाः सर्वपातकनाश नम्
Écoutez maintenant de ma bouche la grandeur de ce tīrtha, ô brāhmaṇas éminents : un gué sacré qui anéantit tous les péchés.
Verse 8
तेन तत्र कृतं कुण्डं स्वहस्तेन महात्मना । शस्त्रं विनापि भूपृष्ठं प्रविदार्य समंततः
Là, ce grand être façonna de sa propre main un bassin sacré, fendant la surface de la terre de toutes parts, même sans aucune arme.
Verse 9
तत्र ध्यात्वा समानीता पातालाज्जाह्नवी नदी । मर्त्यलोके समायातं यस्यास्तोयं सुनिर्मलम्
Là, par la méditation, la rivière Jāhnavī (Gaṅgā) fut amenée depuis Pātāla ; et dans le monde des mortels, son eau, d’une pureté parfaite, se manifesta.
Verse 10
सुस्वादु च तथा स्नानात्सर्वपातकनाशनम् । तेनापि स्थापितस्तत्र भास्करो वारितस्करः
Son eau est douce au goût, et s’y baigner détruit tous les péchés. Là encore, il établit Bhāskara (le Soleil) sous le nom de « Vāritaskara », celui qui repousse les voleurs et les maux.
Verse 11
यः सप्तम्यां सूर्यवारे स्नात्वा तस्य हृदे शुभे । माघमासे सिते पक्षे नमस्यति दिवाकरम् । स कुष्ठैर्मुच्यते सर्वैस्तथा पापैर्द्विजो त्तमाः
Quiconque, le septième jour lunaire (Saptamī) tombant un dimanche, se baigne au « cœur » auspicious de ce tīrtha et, au mois de Māgha, durant la quinzaine claire, se prosterne devant Divākara, le Soleil, est délivré de toute lèpre et pareillement de tous les péchés, ô meilleurs des deux-fois-nés.
Verse 12
पश्चिमोत्तरदिग्भागे तस्यास्ति जलसंभवा । धन्वंतरिकृता वापी सर्वरोगविनाशिनी
Dans son quartier nord-ouest se trouve une source d’eau : un puits/étang façonné par Dhanvantari, qui détruit toutes les maladies.
Verse 13
तत्र पूर्वं तपस्तेपे धन्वं तरिरुदारधीः । ववन्दे तपसा युक्तो ध्यायमानः समाहितः
Là, jadis, Dhanvantari, au noble esprit, accomplit des austérités (tapas). Fort du tapas, absorbé en méditation et parfaitement recueilli, il offrit son hommage révérencieux.
Verse 14
ततः कालेन महता संतुष्टस्तस्य भास्करः । उवाच वरदोऽस्मीति प्रार्थयस्व महामते
Après un long temps, Bhāskara (le Soleil) fut satisfait de lui et dit : « Je suis dispensateur de grâces ; ô grand d’esprit, demande ce que tu désires. »
Verse 15
धन्वंतरिरुवाच । अत्र कुण्डे नरो भक्त्या यः स्नानं कुरुते विभो । तस्य स्यात्सर्वरोगाणां संक्षयः सुरसत्तम
Dhanvantari dit : « Ô Seigneur, le plus excellent des dieux, quiconque se baigne avec bhakti dans ce kuṇḍa verra s’éteindre toutes ses maladies. »
Verse 16
श्रीभगवानुवाच । अद्य शस्ते दिने योऽत्र सप्तम्यां रविवासरे । सूर्योदये नरः स्नानं करिष्यति समाहितः । व्याधिग्रस्तः स नीरोगस्तत्क्षणात्संभविष्यति
Le Seigneur Bienheureux dit : «En ce jour de bon augure — au septième tithi (saptamī), un dimanche — quiconque se baigne ici au lever du soleil, l’esprit recueilli, fût-il atteint de maladie, sera délivré du mal à l’instant même.»
Verse 18
एवमुक्त्वा सुरश्रे ष्ठोंऽतर्धानं स गतो रविः । धन्वन्तरिः प्रहृष्टात्मा स्वस्थानं च गतस्ततः
Après avoir ainsi parlé, Ravi (le Soleil), le meilleur parmi les dieux, disparut aux regards. Alors Dhanvantari, l’âme toute réjouie, retourna à sa propre demeure.
Verse 19
कस्यचित्त्वथ कालस्य रत्नाक्षोऽथ महीपतिः । अयोध्याधि पतिः ख्यातः सूर्यवंशसमुद्भवः
Après quelque temps, parut un roi nommé Ratnākṣa, renommé comme seigneur d’Ayodhyā, issu de la dynastie solaire.
Verse 20
कृतज्ञश्च वदान्यश्च स्वदारनिरतः सदा । शूरः परमतेजस्वी सर्वशत्रुनिषूदनः
Il était reconnaissant et généreux, toujours dévoué à son épouse légitime ; héros d’un éclat souverain, il abattait tous les ennemis.
Verse 21
पूर्वकर्मविपाकेन तस्य भूमिपतेर्द्विजाः । कुष्ठव्याधिरभूद्रौद्रो दुश्चिकित्स्यो जगत्त्रये
Ô vous, deux-fois-nés, par la maturation des actes antérieurs, ce roi fut frappé d’une lèpre terrible, difficile à guérir dans les trois mondes.
Verse 22
तदस्ति नौषधं लोके यत्तेन न कृतं द्विजाः । कुष्ठग्रस्तेन वा दानं यत्र दत्तं महात्मना
Ô brāhmanes, il n’est point de remède en ce monde qu’il n’ait essayé ; et il n’est point d’aumône que ce grand d’âme, bien qu’atteint de lèpre, n’ait offerte.
Verse 23
यथायथौषधान्येव स करोति ददाति च । तथातथा तस्य कायो व्याधिना क्षामितो भृशम्
Quels que fussent les remèdes qu’il prenait et les dons qu’il faisait, son corps, de même, se trouvait sans cesse cruellement amaigri par la maladie.
Verse 24
ततो वैराग्यमापन्नः स नृपो द्विजसत्तमाः । पुत्रं राज्येऽथ संस्थाप्य वांछयामास पावकम् । निषिद्धोऽपि हि तैः सर्वैः कलत्रैराप्तसेवकैः
Alors ce roi, ô meilleurs des deux-fois-nés, tomba dans le vairāgya, le détachement. Ayant établi son fils sur le trône, il désira le feu, c’est-à-dire entrer dans le bûcher. Bien que tous—ses épouses et ses serviteurs dévoués—le retinssent, il le désirait encore.
Verse 25
दत्त्वा दानानि विप्रेभ्यः पूजयित्वा सुरोत्तमान् । संभाष्य च सुहृद्वर्गं शासयित्वा निजं सुतम्
Après avoir fait des dons aux brāhmanes, après avoir honoré les plus hauts des dieux, et après s’être entretenu avec son cercle d’amis, il instruisit son propre fils des devoirs du règne.
Verse 26
एतस्मिन्नेव काले तु भ्रममाणे यदृच्छया । कश्चित्कार्पटिकः प्राप्तो दिव्यरूपवपुर्धरः
En ce même temps, tandis qu’il errait par hasard, arriva un certain kārpaṭika (mendiant ascète), dont le corps portait une forme divine.
Verse 27
अथासौ व्याकुलं दृष्ट्वा तत्सर्वं नृपतेः पुरम् । अपृच्छद्विस्मयाविष्टो दृष्ट्वा कञ्चिन्नरं द्विजाः
Alors, voyant toute la cité du roi en proie au trouble, il demanda, saisi d’émerveillement, après avoir aperçu là un certain homme, ô Brāhmanes.
Verse 28
कार्पटिक उवाच । किमेषा व्याकुला भद्रे सर्वा जाता महापुरी । निरानन्दाऽश्रुपूर्णाक्षैर्बालवृद्धैर्निषेविता
Le kārpaṭika dit : «Dame vénérable, pourquoi cette grande cité tout entière est-elle devenue si troublée—sans joie, et remplie d’enfants et de vieillards aux yeux baignés de larmes ?»
Verse 29
सोऽब्रवीन्नृपतिश्चायं कुष्ठव्याधिसमन्वितः । साधयिष्यति सन्दीप्तं सुनिर्विण्णो हुताशनम्
Il répondit : «Ce roi est atteint de la maladie de la lèpre. Accablé d’un profond désespoir, il veut entrer dans le feu flamboyant.»
Verse 30
तेनेयं नगरी कृत्स्ना परं दुःखमुपागता । गुणैरस्य समाविष्टा नूनं मृत्युं प्रयास्यति
À cause de lui, toute cette cité est tombée dans une affliction extrême. Enchaînée à ses vertus, il semble qu’elle le suivra sûrement jusque dans la mort.
Verse 31
तच्छ्रुत्वा सत्वरं गत्वा नृपं कार्पटिकोऽब्रवीत्
À ces mots, le kārpaṭika s’y rendit en hâte, alla vers le roi et lui adressa la parole.
Verse 32
सर्वं जनं नरेन्द्रस्य मृतं जीवापयन्निव । मा नृपानेन दुःखेन व्याधिजेन हुताशनम् । प्रविश त्वं स्थिते तीर्थे सर्वव्याधिक्षयावहे
Ô roi, c’est comme si tu rendais la vie à tout ton peuple qui était mort, tant tu leur es cher. Ne va pas au feu sous l’affliction née de cette maladie. Entre plutôt dans ce tīrtha établi, qui anéantit toutes les maladies.
Verse 33
मदीयो भूपते देह ईदृगासीद्यथा तव । तत्र स्नातस्य सद्योऽथ जात ईदृक्पुनः प्रभो
Ô roi, mon propre corps fut jadis semblable au tien. Mais après m’y être baigné, aussitôt je redevins tel que je suis, ô seigneur.
Verse 34
सप्तम्यां सूर्यवारेण भास्करस्योदयं प्रति । यस्तत्र कुरुते स्नानं व्याधिग्रस्तो नरो भुवि
Le septième jour lunaire, lorsque c’est un dimanche, au moment où le Soleil se lève : quiconque s’y baigne, fût-il un homme accablé de maladie en ce monde,
Verse 35
स व्याधिना विनि र्मुक्तस्तत्क्षणात्कल्पतां व्रजेत् । तथा पापविनिर्मुक्तो यथाहं नृपसत्तम
est aussitôt délivré de la maladie et parvient à la plénitude et au bien-être. De même, il est affranchi du péché, ô le meilleur des rois, comme je le fus moi-même.
Verse 36
राजोवाच । कस्मिन्देशे महातीर्थं तादृशं वद मे द्रुतम्
Le roi dit : « En quel pays se trouve un si grand tīrtha ? Dis-le-moi vite. »
Verse 37
कार्पटिकौवाच । अस्ति भूमितले ख्यातं नागरं क्षेत्रमुत्तमम् । कुष्ठव्याधिसमाक्रांतो गतोऽहं तत्र भूपते
Kārpaṭika dit : «Sur la terre, il est un kṣetra sacré, renommé et suprême, nommé Nāgara. Frappé par la lèpre, je m’y rendis, ô roi.»
Verse 38
तस्य सन्दर्शनार्थाय तीर्थयात्रापरायणः । तत्र मां दीनमालोक्य व्याधिग्रस्तं सुदुःखितम् । कश्चित्तत्राश्रयः प्राह तपस्वी कृपयान्वितः
Désireux d’accomplir un pèlerinage afin de contempler ce lieu saint, j’y parvins. Me voyant misérable — accablé par la maladie et en grande souffrance — un ascète compatissant qui demeurait là me parla.
Verse 39
पश्चिमोत्तरदिग्भागे देवस्य जलशायिनः । तीर्थमस्ति महापुण्यं विश्वामित्रजलावहम्
Dans le quartier nord-ouest, auprès de la divinité nommée Jalaśāyin, se trouve un tīrtha d’un mérite suprême, appelé Viśvāmitra-jalāvaha.
Verse 40
तत्र गत्वा कुरु स्नानं सप्तम्यां रविवासरे । माघमासे तु संप्राप्ते शुक्लपक्षे विशेषतः
Va là-bas et accomplis le bain sacré au jour de Saptamī lorsqu’il tombe un dimanche, surtout quand vient le mois de Māgha, et tout particulièrement durant la quinzaine claire.
Verse 41
येन निर्याति ते कुष्ठो भास्करस्योदयं प्रति । तच्छ्रुत्वाऽहं च तत्प्राप्तः सप्तम्यां सूर्यसंयुजि । ततश्च कृतवान्स्नानं निर्झरे तत्र शांभवे
«Par cela, ta lèpre s’en ira, au moment où le Soleil se lève.» L’ayant entendu, j’atteignis ce lieu au jour de Saptamī conjoint au jour du Soleil (dimanche), puis j’accomplis le bain dans le ruisseau de source Śāmbhava qui s’y trouve.
Verse 42
ततस्तस्माद्विनिष्क्रांतो यावत्पश्याम्यहं तनुम् । तावन्नृपेदृशी जाता सत्यमेतत्तवोदितम्
Alors, lorsque je sortis de cette eau et que je contemplai mon corps, en cet instant même il devint ainsi, ô roi. Ce qui t’a été rapporté est en vérité exact.
Verse 43
तस्मात्त्वमपि राजेंद्र तत्र स्नानं समाचर । सप्तम्यां सूर्यवारेण भास्करस्योदयं प्रति
C’est pourquoi, ô seigneur des rois, accomplis toi aussi le bain sacré en ce lieu : le jour de Saptamī, lorsqu’il tombe un dimanche, à l’heure du lever du Soleil.
Verse 44
येन ते नश्यति व्याधिर्विशेषमपि पातकम् । तच्छ्रुत्वा स नृपस्तूर्णं तेनैव सहितो ययौ
Ayant entendu parler du moyen par lequel sa maladie—et même une faute grave—serait anéantie, le roi partit aussitôt, accompagné de cet homme même.
Verse 45
चकार स तथा स्नानं सप्तम्यां सूर्यवासरे । माघमासे तु संप्राप्ते विश्वामित्रजले शुभे
Ainsi, il accomplit le rite du bain le jour de Saptamī, un dimanche ; et lorsque le mois de Māgha fut arrivé, dans les eaux auspiciennes de Viśvāmitra.
Verse 46
ततः कुष्ठविनिर्मुक्तस्तत्क्षणात्समपद्यत । दिव्यरूपवपुर्द्धारी कामदेव इवापरः
Alors, délivré de la lèpre à l’instant même, il se trouva aussitôt transfiguré, portant un corps divin et resplendissant, tel un autre Kāma-deva.
Verse 47
अथ तुष्टो नरेंद्रस्तु तस्मै कार्पटिकाय च । ददौ कोटित्रयं हेम्नः प्रोवाच स ततो वचः
Alors le roi, comblé de joie, donna à ce mendiant trois crores d’or ; puis, ensuite, il prononça ces paroles.
Verse 48
त्वत्प्रसादाद्विमुक्तोऽस्मि रोगादस्मात्सुदारुणात् । तस्मात्त्वं गच्छ गेहं स्वं स्थास्येऽहं चात्र निर्भरम्
«Par ta grâce, je suis délivré de cette maladie des plus terribles. Va donc dans ta demeure ; moi, je resterai ici, sans aucune inquiétude.»
Verse 49
करिष्यामि तपो नित्यं स्वकलत्रसम न्वितः । राज्ये संस्थापितः पुत्रः समर्थो राज्यकर्मणि
«Je pratiquerai chaque jour l’austérité, avec ma reine. J’ai établi mon fils dans le royaume ; il est apte aux devoirs du gouvernement.»
Verse 50
इत्युक्त्वा प्रेरयामास तं तथान्यान्समागतान् । सेवकास्वगृहायैव स्वयं तत्रैव संस्थितः
Après avoir ainsi parlé, il le renvoya, ainsi que les autres qui s’étaient rassemblés—avec les serviteurs—vers leurs demeures ; lui-même demeura en ce lieu.
Verse 51
कृत्वाऽश्रमपदं रम्यं स्वकलत्रसमन्वितः । संप्राप्तश्च परां सिद्धिं कालेन द्विजसत्तमाः
Ô meilleur des deux-fois-nés ! Ayant établi, avec sa reine, un ermitage délicieux, il atteignit, en son temps, la plus haute réalisation spirituelle.
Verse 52
तस्य नाम्ना ततः ख्यातं तीर्थ मेतत्त्रिविष्टपे । सर्वव्याधिहरं रम्यं सर्वपातकनाशनम्
Ensuite, ce gué sacré devint célèbre dans les trois mondes sous son nom : charmant, ôtant toutes les maladies et anéantissant tous les péchés.
Verse 53
तेन संस्थापितस्तत्र देवदेवो दिवाकरः । रत्नादित्य इति ख्यातो निजनाम्ना महा त्मना
Là, il installa le Soleil, Dieu des dieux ; et ce grand être fut connu sous son propre nom, Ratnāditya.
Verse 54
सप्तम्यां सूर्यवारेण तत्र स्नात्वा प्रपश्यति । यस्तु पापविनिर्मुक्तः सूर्यलोकं स गच्छति
Quiconque s’y baigne le septième jour lunaire, lorsqu’il tombe un dimanche, est délivré des péchés et atteint le monde du Soleil (Sūryaloka).
Verse 55
यदन्यत्तत्र संवृत्तं क्षेत्रजातं द्विजो त्तमाः । तदहं कीर्तयिष्यामि शृणुध्वं सुसमाहिताः
Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vais maintenant raconter ce qui advint encore là-bas : un événement né de ce kṣetra sacré. Écoutez avec une attention recueillie.
Verse 56
आसीत्तत्र पुमान्कश्चिद्देशे ग्राम्यो जरात्मकः । कुष्ठी तथापि नित्यं स करोति पशु रक्षणम्
Dans cette contrée vivait un villageois, vieux et infirme. Bien qu’atteint de lèpre, il gardait pourtant chaque jour le bétail.
Verse 57
एकदा रक्षतस्तस्य पशूंस्तत्र गिरेरधः । एकः पशुर्विनिष्क्रांतः सत्पथात्तृणलोभतः
Un jour, tandis qu’il gardait le bétail au pied de la colline, une bête s’écarta du droit chemin, séduite par l’avidité de l’herbe.
Verse 58
सप्तम्यां रविवारेण पतितस्तस्य निर्झरे । न च संलक्षितस्तेन गच्छमानः कथंचन
Le jour de Saptamī, qui était un dimanche, l’animal tomba dans un ruisseau de montagne (ou le bassin d’une cascade) ; et lui, cheminant, ne s’en aperçut nullement.
Verse 59
अथ यावद्गृहे सोऽथ भोजनाथं समुद्यतः । तावत्तस्य पशोः स्वामी भर्त्सयन्समुपागतः
Puis, comme il se mettait en route vers la maison pour prendre son repas, le maître de cette bête arriva, le réprimandant.
Verse 60
नायातः स पशुः कस्मान्मदीयो मामके गृहे । तस्मादानय तं शीघ्रं नो चेत्प्राणान्हरामि ते
« Pourquoi ma bête n’est-elle pas revenue à ma demeure ? Va donc la ramener sur-le-champ — sinon, je t’ôterai la vie ! »
Verse 61
सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा भय संत्रस्तः स कुष्ठी सत्वरं ययौ । तेन मार्गेण येनैव दिवा भ्रांतो महीतले
Sūta dit : À ces mots, le lépreux, saisi d’effroi, se hâta de partir, par le même chemin où, le jour, il avait erré sur la terre.
Verse 62
अथ दूरात्स शुश्राव तस्य रावं पशोस्तदा । पतितस्य महागर्ते निशांते तमसि स्थिते
Alors, de loin, il entendit le cri de cet animal—tombé dans une grande fosse—à la fin de la nuit, tandis que l’obscurité demeurait encore.
Verse 63
ततो गत्वाऽथ तं गर्तं प्रविश्य जलमध्यतः । चकर्ष तं पशुं कृच्छ्रात्पंकमध्यात्सुदारुणात् । समादायाथ तं हर्म्यं प्रजगाम शनैःशनैः
Puis il se rendit à cette fosse ; entrant au milieu des eaux, il tira l’animal avec grande peine du cœur redoutable de la boue. Le prenant, il regagna lentement la demeure.
Verse 64
अर्पयित्वाथ तं तस्य स्वकीयं त्वाश्रमं गतः
Après l’avoir remis à cette personne, il retourna ensuite à son propre āśrama.
Verse 65
ततः सुप्तो महाभागाः स प्रबुद्धः पुनर्यदा । प्रभाते वीक्षते गात्रं यावत्कुष्ठविवर्जितम्
Puis cet homme fortuné s’endormit ; et lorsqu’il se réveilla de nouveau à l’aube, il contempla son corps et le trouva entièrement délivré de la lèpre.
Verse 66
शोभया परया युक्तं विस्मयोत्फुल्ललोचनः । चिंतयामास किं ह्येतदकस्माद्रोगसंक्षयः
Paré d’une splendeur extraordinaire, les yeux écarquillés d’étonnement, il se demanda : «Comment cette maladie s’est-elle évanouie si soudainement ?»
Verse 67
नूनं तस्य प्रभावोऽयं तीर्थस्याद्य निशागमे । मयावगाहितं यच्च पशोरर्थं सुकर्द्दमम्
Assurément, telle est la puissance de ce tīrtha sacré, manifestée en cette nuit ; car je suis entré, pour le bien d’un animal, même dans cette eau boueuse pourtant douce.
Verse 68
ततश्च वीक्षयामास तेन गत्वा सुकौतुकात् । यावत्कंडूविनिर्मुक्तस्तेजसा परिवारितः
Puis, poussé par une vive curiosité, il s’y rendit et examina le lieu ; et il se trouva délivré des démangeaisons, comme enveloppé d’une énergie rayonnante.
Verse 69
तत्र स्थाने स्वयं गत्वा ज्ञात्वा च तीर्थमुत्तमम् । तपस्तेपे स तत्रैव ध्यायमानो दिवाकरम्
S’étant rendu lui-même en ce lieu et l’ayant reconnu comme un tīrtha excellent, il y accomplit des austérités, méditant sur Divākara, le Soleil.
Verse 70
अरण्यवासिनं सम्यग्दिवारात्रमतंद्रितः । गतश्च परमां सिद्धिं दुर्लभां त्रिदशैरपि
Vivant comme un ascète des forêts, avec droiture, sans relâche jour et nuit, il atteignit la siddhi suprême, difficile même pour les dieux.
Verse 71
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तत्र स्नानं समाचरेत्
C’est pourquoi, de tous ses efforts, que l’on accomplisse le bain rituel en ce lieu sacré.
Verse 72
पूजयेच्चापि तं देवं भास्करं वारितस्करम् । अद्यापि कलिकालेऽपि तत्र स्नातो नरः शुचिः
Et l’on doit aussi vénérer ce dieu Bhāskara, le Soleil, qui ôte le « voleur d’eau » (les péchés et les tourments) ; aujourd’hui encore, même en l’âge de Kali, l’homme qui s’y baigne devient pur.
Verse 73
तत्र पुण्यजले कुण्डे सप्तम्यां सूर्यवासरे । यस्तं पूजयते भक्त्या सोऽपि पापैः प्रमुच्यते
Là, dans le bassin d’eau méritoire, au septième jour lunaire lorsqu’il tombe un dimanche, quiconque Le vénère avec dévotion est lui aussi délivré des péchés.
Verse 74
गायत्र्यष्टसहस्रं यो जपेत्तत्पुरतः स्थितः । सोऽपि रोगविनिर्मुक्तो मुच्यते सर्वपातकैः
Quiconque, se tenant devant cette présence sacrée, récite huit mille fois la Gāyatrī, est lui aussi délivré des maladies et affranchi de toutes les fautes graves.
Verse 76
एतद्वः सर्वमाख्यातं मयादित्यस्य संभवम् । माहात्म्यं श्रवणाद्यस्य नरः पापाद्विमुच्यते
Ainsi vous ai-je pleinement exposé l’origine d’Āditya, le Soleil. Par l’écoute et autres pratiques (récitation, souvenir) de cette grandeur, l’homme est délivré du péché.
Verse 117
नीरोगश्चेप्सितान्कामान्निष्कामो मोक्षमेष्यति
S’il désire des fruits mondains, il devient sans maladie et obtient les jouissances souhaitées ; mais s’il est sans désir, il atteint la libération (mokṣa).
Verse 212
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्र माहात्म्ये रत्नादित्यमाहात्म्यवर्णनंनाम द्वादशोत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le deux-cent-douzième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Ratnāditya », dans le Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara du sixième Nāgarakhaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, la compilation de quatre-vingt-un mille (vers).
Verse 785
तस्योद्देशेन यो दद्याद्धेनुं श्रद्धासमन्वितः । न तस्यान्वयजातोऽपि व्याधिना परिगृह्यते
Quiconque, avec foi, offre une vache en son nom (pour l’amour de ce saint), même un être né dans sa lignée ne sera pas saisi par la maladie.